Chihiro Bohra
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Je suis: neutre.
Époux/se : Une aveugle qui regarde avec le coeur.
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
posté
le Ven 13 Oct - 22:41
par Chihiro Bohra
千と千尋の神隠し

Si tu hésites entre moi et une autre personne, surtout, ne me choisis pas.

ASV ?
Nom ;; Bohra.
Prénoms ;; Chihiro, Wolfgang.
Âge ;; Vingt-neuf ans. (22 Juillet 2080.)
Genre ;; Masculin, sans aucune interrogation là-dessus.
Origines ;; Mère allemande à la base, naturalisée, le père est japonais de naissance.
Activité ;; De cinq heures à huit heures du matin, éboueur, à partir de dix heures jusqu'en fin d'après-midi, livreur au service postal de TPAI. Il livre quelques uns des cadeaux (empoisonnés ?) que l'Incontestable envoie.
Sexualité ;; Proche de l'asexualité, ouvert aux deux sexes parce qu'il n'a pas d'attirance particulière pour l'un ou l'autre. Peut-être une légère tendance à être attiré par les personnes dites du troisième sexe, sans s'expliquer pourquoi.
Avatar ;; Tyler Joseph.
Règlement ;;
Chemin ;; DC ! "Dernier compte", en plus du dédoublement !
Commentaire ;; J'espère que Chihiro vous plaira, j'y ai mis beaucoup de coeur ! (Et j'en met encore, promis !)
Merci pour les larmes.
Ma mère me parlait souvent des signes astrologiques occidentaux, de leur différence avec ceux des Japonais. Rat et Cancer. Elle m'a expliqué chacun, sans me dire ce que c'était, le cancer. Ça, on le découvre un beau jour, quand ça s'empare du corps de quelqu'un que l'on connaît. Parfois, cette personne, c'est nous-même. À un jour près, j'aurais pu être Lion. À un jour près, qui sait, j'aurais pu échapper aux cancers. J'aurais pu rayer ce mot de ma vie, entièrement. Petit, elle m'expliquait que je serais quelqu'un de sensible, sans doute trop mais que ça ferait de moi quelqu'un de généreux, d'altruiste et de bien. Elle souriait toujours en parlant de ça, heureuse de partager un bout de sa culture à elle, une de ses passions. Elle venait d'Allemagne, pays qui me semblait si lointain, petit. Au fond, même adulte, il me paraît encore irréel, parfois. Sans doute parce que j'en connaîtrais jamais aucun recoin par cœur. Que je n'ai pu que l'effleurer. Juste assez pour me demander pourquoi elle était venue vivre ici, avait accepté la puce, ce système. Je n'ai jamais su lui poser la question et je n'aurais jamais plus l'occasion d'obtenir la réponse.

C'était une mère aimante. Pour mon père, je ne saurais dire. Je suppose qu'il aimait du mieux qu'il pouvait, à sa manière, tant qu'il y a avait des résultats qu'il jugeait suffisamment bons pour qu'on puisse mériter son attention. J'imagine que c'est la même chose pour beaucoup de monde. Je ne dirais pas que je n'ai pas souffert de son manque d'attention, de cette absence quasi-constante, même lorsque son regard se posait sur nous. Il semblait perdu dans ses chiffres, plus préoccupé par le travail que par sa famille. On ne peut lui en vouloir, l'Incontestable est là pour palier ça après tout, palier cette perte d'intérêt qu'on éprouve au fur et à mesure pour les autres, au fur et à mesure que le temps passe. J'ai hérité de lui, pour ça. La question que ça pourrait soulever, ça serait de savoir si je suis un parfait produit de l'Incontestable de ce fait, ou une création ratée ? Après tout, je ne fais pas parti de ceux qui remettent en cause son existence, sans doute parce que sans lui, j'aurais sans doute choisi de passer ma vie entière seul. Mais je ne suis pas un adorateur non plus, il pourrait disparaître demain que je ne m'en sentirais qu'à peine un peu perdu, comme si on perdait de vue un parent éloigné, un grand-oncle dont on a toujours entendu parler sans jamais réellement le voir. Mais qui a suffisamment marqué nos vies pour ressentir son absence, le jour de son départ.

Je suis né un vingt-deux juillet, de l'année deux mille quatre-vingts. Cela signifie que l'an prochain, j'aurais trente ans. Mais j'ai déjà débuté cette fameuse trentième année de vie du coup. C'est déprimant. J'aimerais pouvoir revenir à il y a tellement longtemps. Il m'arrive souvent de vouloir le remonter, ce temps passé. Pour tout changer, de cette vie que j'ai menée. Peut-être pas l'enfance. Elle fut douce, épanouissante. Des légers soucis par rapport à ma protanopie, héritée de ma mère. J'ai une sœur, de six ans mon aînée. Nous ne vivions pas sous le même toit, si bien que je n'ai pas compris avant un certain âge le véritable lien que nous avions. J'apercevais son portrait dans le salon, me demandant souvent qui elle était, sans réussir à mettre une fonction, sur son nom, sur son visage. Elle était cette fille jolie, qui donnait de la vie dans la pièce sans avoir besoin d'être véritablement là. Mon père avait ainsi refusé qu'elle vive avec nous, parce qu'elle n'était pas la sienne, qu'elle était née d'une union hors mariage, hors du leur. Sans doute parce qu'il s'imaginait ne rien pouvoir construire avec une enfant d'à peine quatre ans, lors de leur union forcée. Aujourd'hui, je crois que je pourrais le comprendre. Je n'aurais pas l'envie ni la force de construire un lien avec une enfant qui a déjà tout ce qu'il faut ailleurs. Parce que j'aurais sans doute trop la flemme pour m'investir autant. Alors, elle était chez son père à elle. Et lorsqu'on était réunis, elle était la fille du portrait. Pas grand-chose de plus, pendant quelques années.

La situation était dure à vivre, pour notre mère. Je me souviens qu'elle se perdait souvent dans la contemplation de cette photo, qu'elle était souvent au téléphone a demandé comment avait été la journée d'école, à pleurer de joie quand ma grande sœur décrochait une médaille, une bonne note, un très bon lycée, tout ce genre de conneries dont un parent se doit d'être fier pour justifier qu'il ait fait un gosse pour une autre raison que son propre bonheur personnel. Sauf qu'au final, si l'enfant se révèle décevant, alors, la plupart des parents s'en détourne, en font un autre, se concentrent sur quelque chose de plus euphorisant. Je crois que c'est le souci, avec l'Incontestable. On n'apprend pas aux parents d'en être. Ils ne sont que des personnes paumées à qui on file une responsabilité trop grande. Mon père était de ceux-là, dans le fond. Il n'avait déjà pas su accepter Aloysia, cela aurait dû présager qu'il ne prêterait plus attention à moi dès l'instant où je l'ai déçu. Le moment exact où tout a commencé est difficile à définir.

C'est arrivé un beau jour. Il aurait pu être extraordinaire, être marquant d'une certaine façon. J'aurais préféré, mais non. Je ne me souviens plus de lui précisément. Je ne me souviens plus s'il faisait beau ou mauvais, s'il pleuvait ou s'il y avait un grand soleil. J'ai rien qui me revient en tête. C'est qu'avec le temps que j'ai remarqué que ça devenait récurrent, avec le temps que j'ai vu le cercle se faire autour de moi. Un cercle parfait, sans aucun échappatoire. Ils faisaient tous corps les uns avec les autres, m'empêchant de passer. Et je n'ai rien vu tout de suite. C'était doux au départ, des moqueries dans la cour, avant de rentrer en cours, des croches pattes, des fausses promesses, des airs dégoûtés quand on me mettait dans un groupe, le dernier choisi pour le sport, les bousculades dans les couloirs avec moi qui m'excuse. C'est sans doute parce que je demandais pardon qu'ils ont continué. Petit à petit, ça a évolué, les coups sont devenus un peu plus violents, un peu plus vicieux. Derrière moi, ma camarade avait une aiguille dans ses affaires et quand le professeur ne pouvait rien voir, elle me piquait le dos avec, sans jamais prévenir. Ce n'était pas grand chose, une brève douleur, ce qui me rendait fou surtout, c'était de ne pas savoir quand elle allait arriver. Il y avait des jours où elle piquait plusieurs fois, d'autres où il ne se passait rien de sa part. C'étaient les pires, j'angoissais jusqu'à la dernière heure. Mais je n'ai rien dit. Je n'ai pas osé me lever pour lui dire d'arrêter. À quoi bon ? Le professeur présent m'aurait dit de me rasseoir, les autres l'auraient soutenue. Et puis, il y a un jour où j'ai croisé le regard de l'un d'eux, quand elle m'a piqué. Il s'était retourné sans prévenir, lui aussi. Et de sa part, il n'y avait eu que du silence. Alors j'ai compris qu'il n'y aurait jamais rien d'autres que ça, finalement.

Doucement mais sûrement, j'ai eu de moins en moins envie d'aller en cours. J'avais du mal à suivre et le soir, en voulant faire mes devoirs, je me retrouvais plus à pleurer par-dessus qu'à véritablement relire. Le tout encore en silence, pour qu'on ne puisse pas m'entendre, qu'on ne me remarque pas. Il ne fallait surtout pas. Le soir, je ne laissais rien paraître. Le matin non plus, malgré les maux de ventre de plus en plus régulier. J'aurais aimé que ça reste à ça, juste le coup des aiguilles. Mais il y a cette pente glissante dans laquelle je me suis enfoncé, sans même chercher au départ à me cramponner quelque part. Parce que je me disais que ça ne servirait à rien. Je me demande aujourd'hui si leur parler aurait changé quelque chose ? Et je cesse d'y songer dès que ça me prends trop à la gorge, parce que ça me fait me sentir idiot d'y songer après autant d'années. En tout cas, ça a empiré. Dès qu'on pouvait être seul avec moi, il se passait quelque chose. J'appréhendais chaque moment du genre, n'osais plus aller aux toilettes, chaque pause repas était une angoisse terrible aussi. Dans les vestiaires, on me poussait sous les douches, pour les allumer en n'ayant que faire que l'eau soit glacée ou au contraire brûlante. Et leurs rires, ils résonnent encore. À me traiter d'idiot tandis que je tentais de me protéger de l'eau, des coups parfois. Jamais dans une zone visible, plutôt dans les côtes, dans le ventre. Et quand quelqu'un osait enfin dire quelque chose, il y avait toujours cette même excuse, que c'était juste pour rire. Et on me forçait alors à dire que ça allait, que je trouvais ça amusant aussi. Ils ont tué mes envies de rire sincèrement.

Parfois, il y avait des affaires qui disparaissaient. Et on me traitait d'idiot à tout perdre, de tête trop en l'air, on me demandait d'être bien plus prudent. Je baissais la tête, disais que je ferais attention désormais. Et je sentais les sourires de certains s'approfondir, au fur et à mesure. Et les angoisses, de plus en plus présentes aussi. Quand j'osais encore aller aux toilettes, il m'arrivait souvent de ''glisser'', d'après le camarade venu avec moi. C'est ainsi qu'on a pu justifier l'arcade ouverte une fois, après avoir perdu mon équilibre, quand il m'a poussé, comme une fois de trop. Je ne me souviens plus exactement, je crois que j'ai voulu me retourner dans la chute, pour pouvoir me réceptionner, mais le lavabo était trop proche et j'ai eu la sensation que ma tête avait éclatée. Tout est devenu d'abord flou, puis noir. J'avais eu si peur, lors de celle-ci, que je m'étais relâché, un peu. Ça m'a condamné à être leur souffre douleur. Et depuis cette fois-là, je ne suis plus jamais allé aux toilettes, à l'école. Je buvais à peine pour ne pas avoir envie, expérimentais des positions ou des mouvements pour quand l'envie me prenait. Et ça finissait toujours par passer. J'ai cessé aussi rapidement de porter le pansement qu'on me disait de garder, lorsqu'il était arraché au détour d'un couloir, à longueur de journée.

À la maison, on constatait la chute de mes notes. On me demandait ce qu'il pouvait bien m'arriver, parce que j'avais toujours eu de bons résultats avant ça. Et vu que je répondais qu'il ne m'arrivait rien, on me disait que je ne devais pas me relâcher, que la crise d'adolescence passerait, qu'il fallait que j'arrête d'être ''comme ça'', que je me reprenne en main. Je ne pouvais pas jouer mon avenir et rater plus tard l'occasion de rentrer dans un bon lycée juste parce qu'actuellement, mes hormones étaient en travail. Je serrais les poings, les yeux toujours baissés, pour être sûr qu'ils ne puissent rien y déceler, acquiesçant sagement, avant de repartir dans ma chambre. Je n'en veux pas à mes parents de n'avoir rien vu, à l'époque. Je culpabilisais bien trop de tout ce qui pouvait m'arriver, je gardais ça tellement enfoui au fond de moi. Et puis, j'ai décidé de cacher mon corps, de plus en plus. Les cols roulés, les manches longues, toujours un pull ou une veste sur moi, même en été, malgré la chaleur. Parce que c'était une couche supplémentaire, que ça me laissait l'espoir que l'aiguille finisse par ne plus réussir à passer. Et pour couvrir les marques que j'ai commencé à me faire, à l'époque. La scarification m'est apparue comme une délivrance, ironiquement. Parce que c'était moi qui contrôlais la douleur, qui m'en faisais maître, qui était capable de la dompter. Je me sentais vivant, enfin, quand les premières perles rougeâtres apparaissaient. C'était quelque chose qu'ils ne pouvaient pas m'enlever. Que personne ne pouvait maîtriser, si ce n'est moi-même.

Je sais que ce n'était pas une solution, que ce n'était qu'une façon de dévoiler ce mal-être grandissant. Aujourd'hui, je le sais. Mais à l'époque, tout était différent. J'avais une veste où dans les manches, il y avait un trou spécialement fait pour le pouce. Je la portais autant que possible, pour cacher les coupures qui s'étendaient parfois jusqu'à presque la naissance de mes paumes. Je n'avais pas de limites tout en m'imposant, encore une fois, de garder secret celles-ci. Mes lèvres s'asséchaient à force que je n'ouvre plus la bouche, que je n'aille plus boire, que je me taise et reste dans mon coin. Même lorsque les coups venaient, dans les coins discrets, je ne laissais plus aucun son s'échapper. J'étais mort intérieurement, désormais la victime idéale, celle qui se relève sans plus rien dire, sans même plus penser à ne serait-ce que dire un mot. Parce qu'ils auraient pu me faire leur dire merci, s'ils avaient voulu et que c'était peut-être bien la dernière chose que je refusais de faire. De me soumettre entièrement, jusqu'à dans ma pensée profonde. J'ai haï chacun d'entre eux et elles, vomis leurs noms en même temps que le peu que je pouvais avaler. Je vomissais leurs existences même, tandis que je pleurais contre la cuvette des toilettes.

La dépression était définitivement là. Installée, pas prête de me quitter. Au fond, ça nous quitte jamais vraiment, même lorsqu'on va mieux, on l'entend susurrer dans notre oreille, nous dire qu'elle ne nous oublie pas. Et on sait dès lors qu'on ne parviendra pas à l'effacer non plus. Mon père était souvent en voyage d'affaires, ma mère travaillait aussi, parfois jusqu'à tard. Pour la soulager de ses tâches, j'ai appris à me faire à manger, à faire ma lessive, le ménage, m'occuper du chien en lui faisant son toilettage lorsqu'il avait les poils trop longs. C'étaient les moments que j'appréciais le plus, quand on était tous les deux ensembles, ça durait des heures parce que j'étais loin d'être un expert et que je ne voulais pas lui faire le moindre mal. Et il attendait, patiemment, me laissant le manipuler avec la plus grande gentillesse du monde, avec tout l'amour dont il était capable. Parfois, lors des ''accolades particulières" de mes camarades, je songeais à ça, pour tenir le coup. À mon chien qui m'attendait et qui venait avec moi chaque soir à partir du moment où je me rappelais de son existence, se loger entre mes bras, me laissant pleurer contre lui. Je me souviens de sa truffe posée contre mon épaule, de ses oreilles basses lorsqu'il m'écoutait expier ma journée. Il a été le plus fidèle des compagnons, le plus précieux aussi.

Je ne pouvais pas rater l'école, ils auraient signalé mes absences. Le matin, j'allais très souvent à l'infirmerie, pour y rester une heure ou deux, le temps d'être oublié, avec l'espoir que mes camarades se disent qu'ils seraient cléments ce jour-là. J'étais encore trop naïf. Néanmoins, mes douleurs à l'estomac inquiétait davantage à chaque fois l'infirmière qui un jour, a laissé un mot à mes parents, pour leur dire de me faire faire un examen, au cas où. Pour fuir, j'ai dit que ce n'était rien, que je mangeais trop et que j'avais souvent des crampes à l'estomac. Tout un tas de mensonges, les yeux écarquillés, les mots se bousculant pour sortir le plus vite possible. J'ai toujours été un bon menteur, malheureusement sans doute, ils m'ont cru et je me suis fait gentiment engueuler, d'arrêter d'embêter les autres avec ce genre de souci mineur. Ce que nous aurions pu savoir si je n'avais pas eu si peur qu'on découvre la vérité, qu'on sache tout, c'est que je commençais à avoir une inflammation de la vessie. Le genre d'inflammation capable de plier en deux quelqu'un, provoquant des envies d'uriner plus fréquentes, même lorsqu'il n'y avait rien à vider. Le début d'un second cauchemar, directement inclus dans le premier qui ne semblait jamais vouloir se terminer. Et puis, il y a une période quelques mois après, où ils se sont calmés à cause des examens à venir, prenants. Puis vint les vacances d'été. Alors, c'est durant celles-ci, une fois que les marques n'étaient plus qu'à peine visibles, que j'ai pu aller consulter. J'avais tellement souffert, urinant parfois dans mes draps, quand la douleur me sciait tellement que j'étais incapable de me lever. Ce n'était pas grand-chose à chaque fois, mais c'était toujours terriblement humiliant à vivre, même lorsqu'il n'y avait personne pour le voir.

Tous mes sentiments s'accentuaient davantage, ceux de la culpabilité et la sensation que je méritais tout ça en première ligne de mire. J'avais l'impression de m'engluer davantage chaque jour dans quelque chose de malsain. Mais au fond, n'était-ce pas juste moi qui prenait tout ça trop à cœur ? Après tout, ils semblaient juste s'amuser, les autres. Ils ne semblaient pas réellement méchants... Je trouvais toutes les excuses du monde à mes harceleurs, pour les soulager d'un poids que je m'infligeais en retour. J'ai été soigné, tout est revenu à la normale. Une simple consigne, celle de boire plus souvent, pour éviter que ça ne puisse revenir. Je ne l'ai pas écouté mais le karma a été un peu meilleur, il a accepté de me laisser respirer un peu, de ne plus m'infliger ça au moins. Après cet été-là, j'ai même pu me faire mon premier ami. Un nouveau qui avait été transféré en cours d'année. Une véritable foire d'intérêt pour les autres, au départ. Et puis un jour, au détour d'un couloir que je pensais vide, dans le fond, ils étaient là. J'ai d'abord pensé à fuir, avant de remarquer avec exactitude la scène. J'étais, pour une fois, spectateur de ce qui était normalement mon quotidien. Et alors, j'ai pris conscience que rien de tout ça n'était un jeu.

Ça m'a fait mal, avant de me donner la force d'aller vers eux. Le but n'était pas de leur dire d'arrêter. Pas exactement. Juste de le sauver lui, en reprenant ce qui était ma place d'habitude. En disant de les laisser tranquille lui, qu'ils avaient déjà bien assez avec moi comme victime. On m'a répondu que c'était pour rire. J'ai frappé celui qui avait donné cette foutue réponse. Le nouveau a pu s'enfuir, pendant que je servais de diversion. Il a eu droit aux réflexions, aux moqueries, à harcèlement moral, mais pas le reste. Pas d'aiguilles, pas de douches surprises, pas de coups. On est devenus amis, nous, les deux répudiés. Sohta est devenu un phare dans la nuit. On s'est raccrochés l'un à l'autre avec force et enfin, je pouvais parler des autres, de leur grand jeu dont nous étions les bouffons, tout juste bon à amuser la galerie. En parler ne m'a pas donné plus de courage mais au moins, je pouvais parvenir à penser à autre chose, parfois. Et je n'étais plus seul, nous pouvions passer des après-midi à jouer ensemble à des jeux-vidéos, à parler des derniers films, à aller voir des classiques de notre année de naissance quand ils repassaient dans un vieux cinéma, voir parfois allant jusqu'à deux mille cinquante et quelques. Une bouffée d'air dans une noyade.

Malheureusement, ça n'a pas duré, moins d'une année. Il a dû repartir, pour le travail de sa mère, veuve qui se lançait autant que possible dans sa carrière avant d'être possiblement remariée et obligée de stationner à un poste parce qu'elle ne pourrait plus bouger au gré des besoins de son entreprise. Dernière année de secondaire, avant le secondaire avancé. Dernière année obligatoire aussi. Au départ, j'ai presque regretté d'avoir connu Sohta. Et au final, je me suis senti comme anesthésié sans l'être. Avant d'aller en cours, il y avait toujours ses douleurs, l'envie de fuir très loin. Et une fois là-bas, je ne ressentais plus rien. Je n'écoutais plus, je ne voyais plus, je ne vivais plus. C'était comme être un automate, vide de la moindre émotion, jusqu'au soir. Une fois dans ma chambre, je reprenais les scarifications et la douleur m'éveillait enfin de nouveau. Mes larmes se mélangeaient au sang. La première tentative de suicide a suivi peu de temps après la rentrée. Il n'y avait personne à la maison et il n'y aurait personne jusqu'au soir. Je n'étais pas allé en cours, ce jour-là. J'avais rempli la baignoire d'eau en partie et j'ai commencé à m'ouvrir les veines. Dans un sens bien précis, parce qu'un site internet disait qu'il fallait faire ainsi pour que ça aille plus vite. Alors, j'ai taillé. C'était comme être anesthésié, de nouveau. La chemise de l'uniforme me collait à la peau, rougissant au fur et à mesure aussi. Je n'ai touché qu'à un poignet. Parce que tout au fond de moi, je voulais avoir le temps de me sentir mourir. Je voulais voir la baignoire se remplir de mon sang. C'était comme me sentir vivant une dernière fois.

Apparemment, un professeur a appelé ma mère. À croire que finalement, mon état qui se dégradait avait finalement alerté quelqu'un. En fait, je n'avais pas remarqué à quel point certains me couvaient du regard. Mais la nature humaine a fait qu'ils ont attendu qu'il soit trop tard, qu'un nouveau cap soit franchi. Il lui a signalé mon absence du jour, en lui parlant de mes notes désormais catastrophiques. D'un tas de trucs qu'il avait pu remarquer, au fil du temps. C'est elle qui m'a trouvé là. Elle qui m'a sauvé. Ou prolongé le cauchemar, je ne sais pas. Et je ne parviens à savoir non plus de ce pourquoi je m'en veux le plus : qu'elle ait assistée à ça, cette tentative désormais ratée ou que justement, elle fut ratée. Aurais-je préféré qu'elle retrouve un fils mort, plutôt qu'un fils qui souhaitait mourir ? Je m'étais déjà évanoui lorsqu'elle est arrivée. Le souvenir reprend à l'hôpital. Face aux questions, d'abord calmes, avant de devenir pressantes. Il fallait des réponses. Savoir ce qui avait pu m'arriver, ce qui avait bien pu me pousser à faire ça. C'est lorsque j'ai haussé les épaules en répondant que c'était qu'un jeu, qu'elle a véritablement craqué. La seule gifle que j'ai pu prendre de la part de ma mère. Je n'ai pas pu me résoudre à lui avouer, même face à ses larmes. Parce que je voyais flou. Parce que je pleurais aussi.

J'ai pu arrêter d'aller en cours. Je restais prostré dans ma chambre, jour et nuit, fantôme errant parfois dans la cuisine lorsque la faim me tiraillait véritablement, sans être capable de garder grand chose en moi pour autant. La fatigue était constamment là et pourtant, je n'arrivais pas à dormir vraiment. Des heures à ressasser, à me dire qu'il faudra y retourner une nouvelle fois, affronter cette classe qui me hantait. Les crises de larmes n'étaient pas rares, loin de là. Toutes les nuits, pratiquement. Je grattais souvent ma peau qui se couvrait de plaques, les cicatrices au poignet, les autres aussi. Ça saignait souvent encore et ça me soulageait. J'ai tenté de retourner une fois là-bas. Une fois devant les grilles, j'ai cru que j'allais mourir. Si je passais celles-ci, je sentais que je serais condamné. Que j'aurais trouvé la force d'outrepasser le haut grillage du toit pour en sauter. J'ai tenté un pas de plus, avant que la bile ne m'agresse la gorge avec son acidité. Le soir-même, je retentais de me tuer. Nouvel échec. Je n'ai jamais pu y retourner, j'ai passé mes examens de fin d'année dans un centre spécialisé. Et même dans celui-ci, même s'il était un cadre extérieur, l'ambiance scolaire me faisait suffoquer. La phobie scolaire était désormais bel et bien là.

Ma mère a accepté de me laisser une année sans rien faire, juste pour me reposer. Père, c'était autre chose, j'étais la honte de la famille pour le coup, à ses yeux. Il ne se rendait pas compte, lui. Ma mère non plus, d'ailleurs. Pas vraiment. Elle voyait juste une détresse folle sans parvenir à expliquer d'où elle provenait. J'ai refusé les séances chez un psychologue, persuadé que je m'en sortirais seul et avec toujours cette peur farouche qu'on me dirait que c'était bel et bien ma faute tout ce qui était advenu. Cette année sans rien faire n'a rien arrangé. Je restais encore et toujours la plupart du temps dans mon lit, ou caché derrière celui-ci, par terre. Je trouvais le sol étrangement réconfortant. Parce qu'il était constant. Alors, j'ai passé des heures à fixer le mur en face de moi, ou le plafond, allongé là, à réfléchir. Parfois je ne pensais à rien. C'était plus rare, mais ça arrivait. Plus les mois passaient, plus on me reparlait d'avenir, de choisir quoi faire pour la rentrée. Les angoisses sont revenues au fur et à mesure de leur insistance, de l'idée de retourner dans une salle de classe, d'affronter à nouveau des gens.

Pour pouvoir fuir, j'ai choisi de faire un apprentissage. Peu de cours, beaucoup de temps en entreprise. Ça m'allait bien comme rythme. C'est une chocolaterie qui m'a accepté comme apprenti. J'avais postulé à beaucoup de boutiques différentes, des restaurants, sans trop réfléchir. Je n'ai jamais eu vraiment d'idées quant à ce que je voudrais faire de ma vie. Enfin, le peu qui me faisait rêver incluait de suivre des cours normaux, alors... La formation a duré trois longues années. J'ai terminé celle-ci à mes vingt ans, j'ai travaillé quelques années ensuite au même endroit, incapable d'en changer, même si ça ne me plaisait pas vraiment. C'était mieux que rien, l'assurance d'avoir un salaire, de pouvoir prendre mon indépendance. Et je n'ai pas tellement eu d'autres choix que de quitter la maison familiale, lorsqu'une lettre bien connue est arrivée. J'avais vingt et un ans, ça m'a paru logique de la recevoir à ce moment-là, avec un emploi normalement stable, diplômé. Elle s'appelait Kunio et devait visiblement partager le reste de sa vie avec moi à compter de ce jour.

Nous nous sommes rendus rapidement au domicile, nous découvrant trois jours après la lettre. Sa tête me disait vaguement quelque chose, mais je n'ai pas cherché à aller plus loin dans ma réflexion. Après tout, nous étions à Tokyo, j'aurais pu la croiser n'importe où, ou voir des femmes qui lui ressemblaient. Elle était mon aînée de presque quinze ans. Ce n'était pas gênant non plus, je me faisais la réflexion qu'elle aurait pu avoir mon âge, je ne l'aurais pas trouvé attirante pour autant. Parce qu'elle avait justement ce quelque chose qui me rappelait quelque chose. Elle avait ce genre de physique passe partout et insipide, sans rien qui ne ressorte de particulier. Peut-être que d'autres l'auraient trouvé jolie, ou juste mignonne au moins. Ici, il n'y avait rien. Je ne l'attirais pas non plus et son caractère semblait trop proche du mien pour qu'on essaye de communiquer plus que nécessaire, plus que ceux qu'on nous demandait de faire chaque jour. Nous ne développions rien, aucune complicité naissante, juste accomplir ce qu'on attendait de nous, rien de plus que les devoirs strictes, avec parfois des surprises de l'Incontestable, sur le moniteur de l'appartement. Et même ça, j'avais l'impression que ça ne faisait rien de plus, le tableau qui ne serait jamais complété. En fait, je ne suis même pas sûr qu'on est voulu en faire véritablement partie, qu'on soit au moins dans le cadre. 

Elle n'était pas beaucoup plus grande que moi, pas plus forte, on nous avait dit, sans doute par politesse, qu'on formait un couple charmant, harmonieux. Quand quelqu'un osait une remarque du genre, ça me donnait envie de lui cracher au visage comme lui-même pouvait le faire, avec son hypocrisie. Au fond, je crois que Kunio n'était pas mieux à ce niveau-là, elle avait toujours un sourire crispé dans ces moments-là. C'est la seule chose que j'ai apprise d'elle, ce genre de faux semblant, ceux pour sauver la façade qu'elle nous imposait. Sa vie était plus exemplaire que la mienne, elle avait un boulot dans lequel au moins elle s'épanouissait. Sans ça, j'imagine qu'on aurait fini par s'étriper, parce que si chacun rentrait du travail avec l'envie de se pendre après y être allé, on n'aurait été pas loin de fiche le feu à l'appartement. J'étais de nouveau vide, me laissant porter par la vie. Une femme banale donc, un boulot qui commençait à me sortir par les yeux, l'odeur du chocolat devenant de plus en plus pénible à supporter. Le moniteur était finalement ce qu'il y avait de plus passionnant, dans cette vie monotone. Parce qu'il parvenait à briser nos silences, lorsqu'on voulait savoir de quoi il s'agissait, cette fois. Il y a une celle où l'ordre ultime est tombé. Un enfant de plus à concevoir, un enfant de plus où il n'y avait aucun amour.

Quand elle est tombée finalement enceinte, au bout de quelques tentatives aussi chiantes que nous, Kunio a voulu découvrir ma famille et m'a fait découvrir la sienne. Ils étaient trois enfants chez elle, elle était l’aînée d'ailleurs. Des parents comme les miens, à peu de choses près. Les deux étaient japonais, c'est sans doute de là que venait ce manque d'exotisme chez Kunio, elle n'avait rien à raconter sur ses origines, parce que j'avais en partie les mêmes. En revanche, sa plus jeune sœur avait mon âge. Sa plus jeune sœur avait été dans le même cycle de secondaire que moi. Sa plus jeune sœur aimait les aiguilles. Quand je l'ai reconnu, j'ai cru que j'allais mourir sur place. Je pouvais encore dessiner son visage par cœur, dans les nuits où les cauchemars m'agrippaient le cœur jusqu'à me donner la sensation que j'allais passer par dessus bord. Kunio prenait des somnifères alors elle n'en voyait jamais rien, de ces traversées en haute mer qu'étaient mes nuits, quand la sueur manquait de me noyer tant elle me collait à la peau, des vomissements qui revenait parfois. Peut-être que si elle avait un jour su se réveiller pour me repêcher, on aurait pu construire quelque chose. Mais c'était terminé, dès que mon ancienne camarade de classe est revenue dans ma vie, comme un long frisson glacé le long de l'échine.

Ainsi, la vie avait fait que je devais partager mon quotidien avec une femme dont le sang été vicié. Je ne pouvais voir les choses autrement, désormais. Parce que Kunio ressemblait à sa sœur, ou plutôt, c'était comme voir cette dernière avec quelques années de plus. Le retour des terreurs nocturnes, plus même juste des cauchemars, des insomnies, de tout. Incapable de continuer à travailler à la chocolaterie, je n'étais plus assez attentif la journée et l'odeur de chocolat était définitivement devenue écœurante. Mais je ne pouvais décemment pas, ni moralement, rester à la maison. Ça aurait signifier l'entendre parler de sa salope de sœur avec le sourire, sans se douter du monstre qui se cachait derrière. Ça aurait voulu dire aussi la voir elle et son ventre grossissant, devenant rond, me rappelant indéniablement que mon ADN était désormais mêlé au sien, que ça grandissait, que ça allait vivre. Ça me fichait un peu plus la nausée, l'envie de me foutre en l'air de nouveau, grandissante. C'est ainsi que j'ai commencé comme éboueur, prenant le service de nuit pour ne plus partager que le minimum avec elle dans le même espace. Nous dormions bien dans le même lit, mais en différé la plupart du temps. L'acte sexuel était une torture mentale et physique. Auparavant, je faisais des efforts, le minimum qui était exigé. Désormais, elle ne prenait plus aucun plaisir, tout comme moi je n'en avais de toute manière jamais pris non plus. Pour que ça fonctionne, il fallait prendre de quoi booster cette libido désormais totalement inexistante. Éteinte, tout comme moi.

J'ai commencé à devenir véritablement horrible, avec elle, avec sa famille. À être méchant avant qu'ils ne puissent m'atteindre davantage. L'ironie étant que sa stupide sœur ne m'avait même pas reconnu. J'avais changé entre deux ou bien, elle était tellement habituée à ne regarder que mon dos qu'elle n'a jamais prêté attention à mon visage, à qui je pouvais être, sous l'aiguille. Rien qu'un dos, rien qu'un sursaut qu'elle s'amusait à provoquer, une crispation, un adolescent qu'elle détruisait avec les autres. Il lui avait suffi de grand chose pour m'oublier, à ne pas savoir me remettre, même avec mon nom et mon prénom, même avec mon dos. J'avais été si insignifiant dans son quotidien qu'elle n'avait même pas daigné retenir ça. Et l'enfant qui venait à naître, je l'imaginais comme elle. Je l'ai vu comme un monstre à venir, qu'elles prendraient le dessus sur moi, encore et encore. Un enfant capable de piquer un autre d'une aiguille. Les réveils la nuit en furent d'autant plus redoutables. De quoi devenir fou, la dépression revenant plus que jamais me chanter son ode aux oreilles, dans mes entrailles. Insidieuse mélodie, qui m'aurait rendu définitivement dingue, si la fausse couche n'était pas arrivée.

Elle était à quelques mois de grossesse. C'était une fille, apparemment. Elle n'a pas survécu et je dois bien avouer que ce fut un grand soulagement. La meilleure nouvelle, depuis des mois. Parce que ça voulait dire qu'il n'y aurait pas un monstre de plus, dans la nature. Une enfant de moins qui deviendrait bourreau plus tard, avec cette gangrène dans l'ADN, qu'elle ne connaîtra jamais le plaisir d'un jeu cruel et sadique, qui n'en est jamais un pour la victime. Je pouvais presque sentir mon cœur battre dans mes tempes, sans même avoir couru pour rejoindre l'hôpital, tant l'émotion fut forte. Pourquoi l'aurais-je rejoint comme si sa vie ou celle de cette enfant m'importait ? C'est la seule fois où j'ai pu lui sourire, sincèrement. Elle avait été choquée, parce qu'elle était triste, elle, affectée par cette mort prématurée. Quand j'ai vu la souffrance sur son visage, j'ai senti dans mon estomac ce sentiment particulier, de satisfaction. J'espérais que sa sœur en souffrirait aussi, de cette perte. Moi, je me suis contenté de leur sourire. J'aurais pu en rire même, si sa sœur n'avait pas tué ceux-ci il y a longtemps de cela.

Au bout de trois ans et quelques mois de mariage, Kunio a quitté ce monde. Une rupture d'anévrisme. La première chose à laquelle j'ai songé en apprenant la nouvelle, c'est que j'allais être content. Comme lors de la fausse couche, parce que c'était une seconde libération, quelque chose du genre. Et finalement, il n'en fut rien. Ça m'a laissé indifférent. Totalement vide d'émotion. Parce qu'elle n'était finalement devenue qu'un point dans mon horizon, que je devais remarquer quelques minutes par jour. Rien de plus, elle me fuyait autant que possible elle aussi, désormais. La seule satisfaction que j'ai pu en retirer, c'est lorsque je l'ai vu en larmes, sa sœur, d'avoir perdu quelque chose de précieux. Je me suis dit que ça faisait un partout. Ou deux pour moi. Et ça, ça m'a fait un bien fou. Et quand ils m'ont demandé si j'avais remarqué si elle était fatiguée ces derniers temps, je me suis contenté de hausser les épaules en leur demandant pourquoi j'aurais dû faire attention à elle. En quel honneur j'aurais dû voir quoi que ce soit, d'elle. Je n'ai plus jamais eu affaire à cette famille après tout ça. Mes premiers tatouages dataient de quelques années déjà, mes premiers cercles autour de mon bras gauche. Des marques pour me rappeler que j'avais survécu au secondaire. Trois nouveaux désormais, autour du poignet, toujours du même côté. Pour symboliser les trois années de mariage dont j'étais enfin libre. Ce n'était pas pour lui rendre le moindre hommage. Juste pour être un témoignage silencieux que j'avais pu y survivre et pas elle. Pas elles. Elles n'avaient pas réussi à me rendre fou.

Je n'ai pas parlé de ma sœur, depuis un moment. Ces trois années nous ont rapprochées, mine de rien. Parce que je suis devenu un adulte, aussi. C'était plus simple de parler entre nous, parler de nos mariages, le mien en cours, le sien pas encore arrivé. Elle s'en est voulue un peu que je sois marié avant elle, comme si elle avait pu avoir le choix. Ce fut étonnant de se découvrir de nouveau, comme si les entrevues quand nous étions plus jeunes avaient été balayées, quand nous étions comme des inconnus l'un pour l'autre. Même si elle avait toujours eu cet instinct envers moi, parce qu'elle avait compris plus tôt qui j'étais, pour elle. Je suppose que je lui dois beaucoup, que sans elle et sa présence discrète, avec notre mère, j'aurais sans doute craqué avant, que j'aurais cédé à l'appel pour quitter ce monde. Et finalement, désormais, je suis en vie, libre de responsabilités maritales et parentales. J'ai continué à faire le métier d'éboueur finalement, même après son départ, mes horaires ont juste changé quand j'ai trouvé mon second emploi. Une campagne de recrutement qui m'a amené à devenir livreur pour le compte de l'État et du TPAI, plus précisément. Non pas par une quelconque idéologie, ça m'indiffère bien trop pour ça. Juste pour être le témoin direct de tous ces mariés m'ouvrant pour comprendre rapidement ce qui m'amène. Pour étudier les expressions de chacun, de ceux qui vont du désespoir à l'indifférence, jusqu'à la joie parfois. Pour comprendre ce qu'est leur vie à l'instant T.

Je ne sais pas pourquoi j'ai préféré ce service-là à celui des lettres. Sans doute pour ne pas me retrouver avec la prochaine qui me serait destiné entre les mains directement. Pour laisser le plaisir à un autre de voir ma propre expression, quand j'ouvrirais et comprendrais de quoi il en retourne. J'apprécie aussi le fait de pouvoir rentrer chez les gens directement, quand ils ne sont pas là, pour laisser en évidence leur cadeau. Il m'arrive parfois de bouger légèrement un objet, juste pour le plaisir de me dire qu'ils peuvent se dire que quelque chose à changer, sans percevoir quoi. J'ai bien conscience qu'un jour, on pourrait me surprendre, me dénoncer quant au fait que je reste plus longtemps que prévu dans les habitations. Mais c'est le seul frisson que je parviens à m'arracher, la chose qui me donne envie de sourire, qui me permet de leur en faire un qui mélange l'hypocrisie et le réel plaisir d'être là, quand on m'ouvre ou non d'ailleurs, quand je suis devant chez eux tout court. Cela m'importe peu qu'on puisse me frapper parfois, que j'ai déjà pu recevoir un poing dans le nez justement parce que je venais au nom de l'Incontestable. Tout le reste vaut le fait de prendre parfois des coups, oui. Et puis, ça justifie la fameuse prime de prise de risque, j'imagine. 

La vie est plutôt calme. Je me découvre une passion pour le karaoké, parce que j'adore chanter et que c'est l'excuse parfaite pour réussir à le faire sans trop s'avancer pour autant. Parce que tout le monde chante, que tout le monde est poli même lorsque les notes sont fausses. J'avais envie qu'on me laisse tranquille, qu'on se contente des sourires de circonstances, de montrer que quelque chose me passionne aussi, pour qu'on évite de trop s'interroger sur moi, sur les murs blanc de l'appartement, sur cette vie que je leur camoufle. Ma sœur se décide d'apprendre l'ukuélé, m'entraînant avec elle dans cette situation. J'ai accepté, comme pour la remercier d'être toujours là, parce que ça plaisait à notre mère de nous retrouver certains après-midi, à gratter les cordes, tandis qu'Aloysia me tapait sur les doigts pour m'apprendre à les placer correctement. J'ai eu envie d'abandonner mille fois, sans jamais y parvenir réellement. Quand je voulais bouder ce drôle d'instrument, il finissait toujours par revenir entre mes mains, à laisser entendre les notes que j'apprenais par cœur, au fur et à mesure. Notre chien est finalement mort de vieillesse. Ce jour-là, j'ai joué pour ne pas pleurer devant ma famille. J'ai joué pour qu'il entende, où qu'il soit, mes larmes que je n'ai voulu offrir qu'à lui.

Puis, ce fut au tour de mon père de mourir. J'ai eu plus de peine pour le chien que pour lui. Ça faisait des années qu'on ne se parlait plus vraiment, uniquement quand je venais voir ma mère et qu'il était là. Les politesses d'usage, avec toujours cette même question, récurrente, de savoir si j'allais me décider un jour à changer de métier. Je suis presque sûr que s'il pouvait me parler de l'Au-Delà, il me le demanderait encore une dernière fois. Je ne saurais plus dire à partir de quel moment son existence m'a laissé doucement indifférent aussi. Sans doute que ça veut dire que ça fait longtemps que j'avais abandonné l'idée d'avoir un père, tout comme lui avait délaissé ce rôle qu'il n'avait jamais voulu. Aloysia et Maman pleuraient, elles. Je n'ai pas compris pourquoi, pour ma sœur. Et je crois qu'elle-même ne saurait s'expliquer. Peut-être pour soutenir notre mère ou simplement qu'elle pleurait un regret, qu'elle pleurait comme on peut pleurer après la liberté quand elle est enfin là, qu'elle était enfin libéré du poids d'un homme qui n'avait jamais voulu d'elle dans sa vie et qui l'avait empêché de vivre avec le reste de sa famille. Je préfère me dire ça plutôt que d'imaginer que c'était de la tristesse.

Pour remonter le moral de notre mère, on a organisé un voyage en Allemagne, il y a deux ans. On s'est organisé au mieux, pour lui faire la surprise, pour pouvoir payer les billets. Les fins de mois étaient dures, mais qu'importe, ça valait le coup parce que c'était pour elle. La femme qui avait été là pour moi, même sans que je n'arrive jamais à lui exprimer de quoi elle m'avait sauvé, de quel sable mouvant elle avait su m'extraire. Ça valait le coup de se restreindre, parce que ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vu pleurer de joie, ma mère. Elle faisait partie de ces femmes qui cachent au mieux leurs souffrances, qui sourient toujours doucement, pour ne pas montrer à quel point la détresse s'empare pourtant de leurs cœurs. Elle ne voulait inquiéter aucun de nous, elle n'était qu'amour et tendresse, elle était une véritable mère, un véritable refuge. Et pour une fois, on a eu envie qu'elle puisse se reposer un peu contre nous, qu'elle puisse nous dire qu'elle était parfois fatiguée de vivre, elle aussi. Je me souviendrais à jamais de ses yeux qui brillaient, lorsqu'on a pris l'avion.

J'ai eu comme la sensation d'avoir une adolescente plutôt qu'une mère. C'était bizarre, sur l'instant, mais tellement plaisant aussi. Sa joie de revenir dans ses terres natales, dans ce Berlin qui l'avait vu grandir. Pourquoi on ne lui a pas demandé, à ce moment-là ? Je crois qu'on avait senti avec Aloysia que ça n'aurait pas été le lieu, pour ça. On voulait qu'elle profite, ne pas potentiellement lui rappeler quelque chose de mauvais, si tant est son départ fut d'une mauvaise expérience. Alors on s'est contenté de découvrir à ses côtés, de l'écouter parler des fêtes et des plats, de découvrir à ses côtés ce qui faisaient en grande partie nos origines à nous aussi. On ne faisait pas tache dans le paysage, même avec un allemand plus mauvais du côté de ma sœur, on n'avait pas l'air de Japonais. J'ai bien aimé la sensation de ressembler à tout le monde, ici. On s'est fait tatouer, sur place. C'était aussi prévu, inclus dans le voyage. On avait envie de ça, avec Alo. Deux ''i'' sur l'épaule gauche pour moi, sans que ce soit la lettre pour autant. Elles ont su que c'était une manière pour moi de les représenter. Que là où d'autres verront une lettre en double, elles se verront elle, en forme de bonhomme bâton encore plus simplifié. Comme un enfant aurait pu le faire sur un dessin quelconque. Ça a fait rire ma mère. Alors, je me suis mis à rire aussi. Je me suis senti renaître, un peu.

Ça a duré presque deux semaines. C'était particulièrement long, on avait travaillé dur pour avoir autant de jours, en s'arrangeant, en prenant des congés sans être payés. Parce qu'on savait qu'on ne reviendrait pas de sitôt. Ma sœur avait dû limiter sa consommation de cigarettes par jour, ce qui m'allait plutôt bien, n'étant pas particulièrement appréciateur de l'odeur. Le tabagisme passif n'a jamais fait partie de mes passions et souvent, elle s'amusait à me souffler sa fumée à la figure, en rigolant. Je crois que si elle avait su ce qui nous attendait, elle n'aurait plus jamais touché une cigarette de sa vie. Le fait de revenir fut difficile, autant le voyage pour cause d'un avion bloqué durant une journée, que le retour à la réalité, au train train quotidien. Heureusement pour moi, ma sœur a un jour débarqué à la maison, avec ses deux rates. Elle venait me les confier, pour un temps indéterminé, parce qu'elle s'était mise avec une femme qui était apparemment allergique. Les débuts ont été un peu difficiles, on ne va pas se le cacher. Parce que j'ai peut-être une manie ou deux, que j'aime bien quand tout est en ordre, malgré les livres qui s'empilent depuis quelques années dans mon appartement. Et qu'il a fallu trouver une place, pour mes deux nouvelles colocataires, ne pas m'indigner quant au chanvre qui vient à s'échapper parfois de la cage. Elles ont mené la vie dure à mes habitudes, mais au final, je n'ai jamais rendu les deux.

Avoir des bêtes dont il fallait s'occuper, ça m'a aidé plus que je ne l'aurais cru. Parce que ça occupe l'esprit, parce qu'elles me font rire elles aussi, quand elles se glissent contre ma peau, que les chatouilles sont fatales. La vie s'est retrouvée soudainement plus animée, même si j'avais peu de temps la journée pour elles, ça m'a donné un certain rythme, plus sain, pour m'en occuper. Je crois qu'elles ont apprécié aussi de ne plus subir la fumée de ma sœur, que les piles de livres font des parfaits parcours pour les deux. J'ai déjà pu avoir une sacrée frayeur, quand j'en ai vu une tomber, j'ai tellement eu peur qu'une d'entre elles soient dessous. Mais non, elles trônaient sur une à côté, l'air de dire que ce n'était pas du tout leurs fautes. Le soulagement fut tel que je me suis contenté de tout ramasser. La relation d'Aloysia s'est finalement terminée, mais elle retrouva rapidement quelqu'un. Un phobique des rats, cette fois. Je me disais que les bêtes étaient maudites, Alo songeait au contraire, en me disant qu'elles avaient l'air plutôt heureuses, ici. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a fait rougir, bêtement. Je déteste quand elle arrive à faire ça. J'ai fini par adopter un chaton abandonné, je n'ai pas su le laisser là. L'entente est arrivée facilement, entre les deux filles et lui, il fait souvent leur toilette.  

Un jour, elle m'a demandé pourquoi elle ne voyait jamais avec quelqu'un, pourquoi je ne lui parlais jamais des relations que je pouvais potentiellement entretenir. J'ai eu la sensation de franchir un nouveau cap avec elle. J'ai osé alors lui parler de cette fille, dont j'ignorais encore le prénom à ce moment-là. Je lui ai raconté que je ne parvenais pas à me la sortir de la tête, malgré quelques tentatives ratées de sortir avec quelques personnes, au fil des années. C'était un peu bizarre apparemment. La situation n'ayant pas changé en un plus d'un an, j'imagine que ça doit lui paraître encore plus fou, désormais. Entre deux, Alo est tombée enceinte. Et comme notre mère autrefois, elle a voulu garder le bébé. Parce qu'elle dit souvent qu'on n'est pas si terrible nous, que notre famille est pas si mal, que ça ne pourra qu'aller. J'ai eu peur de devenir oncle. Les inquiétudes d'autrefois qui me grattaient sous les paupières, encore. J'ai craint d'être heureux encore, si elle faisait une fausse couche. Je ne voulais pas devenir le frère qui serait affecté par sa sœur triste, alors que je l'avais voulu pour une autre, il y a quelques années. J'ai culpabilisé, tandis que mes sourires se sont de nouveau fanés.

Finalement, tout s'est bien passé. L'enfant est né, un petit garçon, Leopold. Appelé ainsi pour notre mère, grande fan de Mozart et tout ce qui peut le toucher. D'où le prénom de ma sœur, d'où mon second. La première fois qu'on me l'a mis entre les bras fut particulière. J'étais rebuté tout en me disant que ça pourrait aller. Parce qu'il n'était pas de moi, que je ne le verrais que de temps en temps. Ou carrément souvent mais ça, je ne pouvais prévoir. Pendant la grossesse, j'ai caché à ma famille des soucis de santé, que je trouvais être mineur. Des douleurs en avalant parfois, des sensations de brûlure dans l'oesophage, des problèmes de digestions basiques. Je me disais que c'était juste la grossesse qui provoquait un stress que je n'arrivais pas à gérer. Et puis, petit à petit, je crachais du mucus. J'ai parlé, il y a un moment de ça, de ma protanopie. C'est une forme de daltonisme, celle où la vision ne peut capter le rouge et ses nuances. Il est tout bonnement inexistant de notre vie. Votre rouge à vous n'est pas le même pour moi. Ce que j'appelle du rouge n'en est pas, pour les gens avec une perception des couleurs normal. En voulant minimiser les faits, en étant trop préoccupé par l'arrivée de ce bébé, je me suis dit que c'était du mucus, ce que je crachais. Ça faisait longtemps que je n'avais plus vu du sang. J'avais oublié comme il était. J'ai préféré l'oublier.

Je n'ai pas écouté mon corps, ni fait attention aux pneumonies qui se répétaient, ni au sang que je continuais à cracher, à la perte d'appétit parce que ça avait de plus en plus de mal à passer. En dormant, ma respiration qui se fait sifflante selon la position. Ma sœur qui me l'a fait remarqué, lors d'un somme avec elle. C'est à partir de là qu'elle m'a dit d'aller voir un médecin. Je n'ai pas écouté, et puis, il y a eu un jour où j'ai failli m'étouffer, avec un groupe d'amis. J'ai craché, jusqu'à ce qu'ils voient l'état de mes mains, du sang qui s'étalait doucement dessus. Je n'avais pas réussi à prendre à temps un mouchoir. Eux qui ont les fameuses bonnes couleurs, ils ont prévenu ma sœur et ma mère. Les scanners furent rapidement faits : cancer de l'oesophage qui s'était étendu dans les bronches, à force que je laisse traîner. On m'a appris que ça allait s'appliquer aux poumons, bientôt, que c'était commun avec ce genre de cancer, qu'il aurait fallu consulter dès les premières douleurs, les premières difficultés à avaler. La tumeur dans l'oesophage était trop importante, ils ont dû opérer il y a une semaine pour la réduire au mieux. La dysphagie permanente n'était plus très loin, apparemment. J'ai accepté l'opération, un peu par manque de choix concret. Mais la chimiothérapie, ce fut d'abord... Impossible.

Ça fait trop peu de temps qu'on m'a appris cela. La cicatrice de l'opération est encore fraîche. On me propose trop de choses, trop d'options, j'ai la tête qui en tourne. À cause des bronches, je vais devoir passer par un traitement lourd, par la chimiothérapie. On me propose de traiter en même temps l'oesophage, que ça devrait éliminer le reste de tumeur, qu'une dernière opération sera nécessaire pour s'assurer du tout. Et moi, je me sens comme vidé, comme ayant perdu beaucoup de moi-même, soudainement. J'y vois aussi une occasion de mourir enfin, sans qu'on le sache réellement. Qu'on n'y prête pas attention. Ma mère l'a compris, quand elle a vu mes doutes. Elle a pleuré, avant-hier. Elle m'a supplié de me soigner. Alyosia m'a demandé de le faire pour elles. À deux, elles m'ont fait baisser les yeux. À deux, elles m'ont fait serrer les poings. À deux, elles m'ont donné l'impression de revenir à il y a tellement d'années, face à cette classe que je n'avais pas osé affronter. J'ai finalement accepté, j'ai dit qu'on ira doucement, parce que j'avais peur, au fond. Puis je suis parti, je suis allé à un bar sans pouvoir boire d'alcool. J'ai croisé un regard qui m'a glacé le sang. Même après autant de temps, j'ai pu le reconnaître au travers de la foule. Il m'a dit que j'étais plutôt charmant, en s'approchant. Il m'a demandé mon prénom, sans se douter le moins du monde qu'il le connaissait déjà. Qu'il l'avait dit de manière tellement moqueuse, à l'époque. Il était pire que les aiguilles.

Lui aussi, il avait effacé mon visage de ses souvenirs, mon existence aussi sans doute. Parce que ça n'avait été qu'un jeu. Et il était là, à me sourire, à me draguer, à me dégoûter de la vie davantage. J'ai regretté d'avoir accepté de me soigner, quelques heures avant. J'ai dû respirer, me reprendre, pour ne pas m'étouffer dans mon propre sang. Il portait du rouge, d'ailleurs. Je reconnais cette teinte dégueulasse, que je hais tant. J'ai craché mes mots, à défaut de mes bronches. Je lui ai rappelé mon nom, mon prénom, mon existence, lui ai rappelé le secondaire, les brimades, les coups, les douches, tout ce qui m'est passé en tête. Et j'ai fini par oser, par oser lui demander pourquoi. Pourquoi moi, pourquoi tout ça. Je sentais les larmes qui voulaient sortir, à qui j'ai interdit de se montrer. Pas là, pas devant lui qui semblait réfléchir, avant de hausser les épaules, en me répondant enfin.

- Pourquoi il aurait fallu une raison ? C'est tombé sur toi comme ça aurait pu être un autre.

Il ne s'est pas excusé. Aucun d'eux ne s'excusera jamais. Ce n'était qu'un jeu, après tout. Je lui souhaite de crever. Parce que nous sommes le douze octobre, qu'il est passé treize heures et qu'il y a trop d'eau, autour de nous. J'ai songé à ce qu'il se noie, lui et tous les autres. Sans savoir que demain, j'apprendrais la mort de ma mère. J'ai promis de vivre pour elle, pour ma sœur. J'ai perdu une partie de moi-même, dans l'eau glacée.
Par deux fois. Deux fois de trop.
Chihiro Bohra
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Une aveugle qui regarde avec le coeur.
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
posté
le Ven 13 Oct - 22:41
par Chihiro Bohra
千と千尋の神隠し

Si tu hésites entre moi et une autre personne, surtout, ne me choisis pas.

Des bleus au coeur.

En face de moi, il n'y a pas que toi. En face de moi, il y a toi et toute ta vie, tes mensonges, tes angoisses, tes culpabilités, tes échecs, tes envies, tes fantasmes, des trucs qui se réaliseront jamais parce que tu n'auras jamais le courage de t'affronter. Tu es ton plus grand ennemi, toi et ta légendaire ''flemme'', ou du moins, ce que tu appelles comme ça. C'est plutôt de la lâcheté mélangée à de la peur. Une peur de sortir de son quotidien, de sortir des sentiers battus, d'oser aller contre tes habitudes. Tu es un trouillard et souvent, j'ai envie de te secouer pour te dire de vivre ta vie, enfin, au lieu de la subir. Petits, on était bien, t'étais un gamin intéressé par tout, curieux de la vie, prêt à tout découvrir. Le genre silencieux déjà mais attentif, qui souriait sincèrement. Aujourd'hui, tu rigoles souvent avec les gens pour faire croire que tu vas bien, que tout est parfait, dans ta vie, que tu parviens à la diriger comme tu voudrais. L'illusion marche bien avec ceux qui ne creusent pas, qui se contentent de la prime apparence. C'est vrai que quand tu sais qu'on te regarde, t'as l'air quelqu'un pour qui ça va, à l'orée de ses trente ans. Mais dès que les lumières s'éteignent, t'as juste l'air du pauvre paumé que tu es, de l'idiot du village qui se laisse martyriser parce qu'il n'a pas la force de faire autrement la plupart du temps.

T'es qu'un grand faux semblant, oui. Si je n'étais pas ta sœur, ça fait longtemps que je t'aurais chassé de ma vie et Dieu sait que ça me démange souvent quand même. Parce que tu es exaspérant, tellement trop souvent dans ton monde pour fuir la réalité, pour fuir les responsabilités, pour fuir ce qui te ronge intérieurement. En fait, tu es resté un adolescent, parce que tu as été incapable de grandir après tout ce qu'il s'est passé à l'époque. C'est comme s'ils t'avaient volé ta vie. Qu'ils avaient, en oubliant de s'excuser, rendu à jamais comme ça. Un entre deux, dépressif. Je ne me leurre pas, je sais que tu l'es, je sais que ça ne changera sans doute jamais, pas parce que le mal est profondément ancré en toi, non, juste parce que tu te complais dedans, parce qu'il est familier et que même si tu es incapable de l'avouer, encore moins de le remarquer, tu chéris ça. Parce que tu te dis que c'est ton repère dans la vie, le fil rouge qui t'a toujours aidé alors que c'est qu'un poison. Mais un que tu ingères, volontairement. Regarde-toi, t'es qu'une loque au fond, un type plus passionné par rien depuis des années. Et même si tu te dis amoureux de cette fille dont tu parles rarement, j'ai l'impression que c'est que des paroles en l'air, pour tenter de rassurer ton monde et pour chasser aussi les gens qui veulent ton cœur, en plus du corps.

Sauf que ton cœur, il est trop meurtri, trop déchiqueté par la vie que tu t'es imposé. Ton cœur a été piétiné trop de fois par le passé pour que tu en ais l'envie de le ramasser encore. Alors, tu le laisses dans un coin et tu t'assois à côté, le regard dans le vide, à imaginer des vies où tu n'es pas toi. Ça a l'air tellement simple quand on t'écoute, quand tu commences à sourire doucement tout en me disant d'imaginer. Et alors, tu te lances dans des vies parfois délirantes, parfois ridicules de simplicité. Et ça me fait tellement de mal, de t'entendre rêver d'autre chose, de ne pas savoir profiter de la vie qui t'es offerte déjà. Si on n'avait pas été là, tu te serais laissé emporter par le cancer, aucun doute là-dessus. Déjà que comme un pauvre con, t'as tardé à le faire dépister, alors que je t'ai répété pendant des mois d'y aller. Mais non, t'avais la fameuse flemme, tu disais que ça passerait, que c'était que des toux, des soucis de digestion bateaux, des aliments trop gros, que des conneries du genre. Résultat, ça s'est étendu. Parce que c'est bien un truc à toi, d'attendre, de toujours tout repousser au lendemain. Le pire, c'est que tu es partout pareil pour ça. Pour donner des nouvelles, pour penser aux gens, pour penser à vivre. Tu te dis que ça peut bien attendre demain. Et puis, le sur-lendemain. Il y a un mois qui passe, puis deux... Heureusement que tu n'attends pas aussi longtemps pour te nourrir, tout de même. Quoique, dans les symptômes, il y avait la perte d'appétit. Au final, tu vois les gens partir, loin de toi et comme t'as pas l'envie de lutter, leur dire de rester, tu les laisses s'en aller, quand bien même ça te puisse te faire du mal.

Tu mens souvent, aussi. Très bien, en plus. Tu mens avec une aisance certaine, avec un panache incroyable. Pour qu'on t'oublie, surtout. Quand tu n'as pas vu quelqu'un pendant longtemps, tu ne lui parles pas vraiment de toi. Tu lui parles de ce que tu imagines être ses attentes, à ton sujet. C'est à dire que si c'est une connaissance à qui tu as pu parler d'une quelconque envie, tu lui dis l'avoir concrétisé. Alors que pas du tout. Parce que tu as honte, tout au fond de toi-même, d'être le même qu'il y a des années, avec juste des foutues tumeurs en plus dans le corps. Tu vis dans le même appartement depuis trop longtemps, depuis que ton ex-femme est morte en fait. Il ne te plaît pas vraiment cet appartement, mais t'as pas ''envie'' d'en changer pour autant. Parce que faudrait refaire des démarches, des papiers, des trucs d'adultes quoi. Et toi, tu ne veux pas de ça. Pareil pour le tatouage, c'est une rare passion que tu as, mais tu en parles jamais aux gens. Je le sais parce que j'ai trouvé un jour une machine chez toi, un des premiers prix qu'on peut acheter, pour apprendre à se faire un peu la main sur des peaux synthétiques, pour s'entraîner. Quand je t'ai posé la question de pourquoi tu avais ça, tu as haussé les épaules, prétextant que ça devait être quelqu'un qui l'avait oublié. Je te connais bien trop pour savoir que tu me racontais de la merde. Parce que tu as eu cette vague lumière dans le regard. Et que ça aussi, tu l'as laissé mourir dans l'oeuf, parce que tu n'as pas osé. Ça me dégoûte pour toi, souvent, ta passivité.

Le pire, c'est que plus tu t'enfonces dans ça, plus tu as honte. Et plus tu te sens coupable en prime, moins tu as envie de te lancer. C'est un cercle vicieux, le genre de serpent qui se mord la queue. Je crois bien que ça ne changera jamais, parce que tu ne veux pas qu'on puisse voir ça de toi, ça te fait trop peur qu'on puisse pousser à te changer. C'est sans doute pour ça que tu n'as jamais fait le moindre pas envers cette fille qui te fait rêver. Quand je te demande des nouvelles d'elle, tu es incapable de me dire quoi que ce soit. Je t'imagine alors en amoureux lointain, le genre d'idiot qui ne montre même pas qu'il existe, se contentant de l'observer sans rien dire, sans s'exprimer pour dévoiler son existence. C'est triste à imaginer, parce que je sais que tu capable de passer des heures à la regarder, si elle existe vraiment. Parfois j'ai envie de te voler ton téléphone, de trouver le code qui protège tes secrets, parce que je suis sûre que si elle est vraiment quelque part dans Tokyo, cette fille, tu l'as prise en photo, sans doute à son insu. Une seule et unique photo. Ça suffirait à te dire que t'es qu'un taré, à vouloir la supprimer sans jamais y parvenir, parce que ça aura été ta seule audace des dernières années. Et je te vois bien face à ton téléphone, face à cette photo, sans plus aucune expression. Parce que quand t'es triste, tu n'en as pas l'air.

J'appelle ça un mécanisme de défense. Si tu as juste l'air blasé, on ne va pas forcément chercher à te remonter le moral. Que si tu avais l'air triste, les gens pourraient détecter quand ça ne va pas. Et en fait, vu que ça ne va jamais, tu es souvent comme les trois quarts des gens, le nez plongé sur toi-même, à fixer tes chaussures dans les transports en commun, dans les salles d'attente, en attendant qu'on vienne t'ouvrir quand tu livres quelque chose. Tu es comme la plupart des gens, centré sur toi-même, à l'écoute de tes pensées qui pourtant divaguent, qui t'éloignent davantage de ton voisin. Tout comme lui, tu regardes souvent ton téléphone, faisant parfois défiler des musiques dessus jusqu'à en trouver une qui correspond à ton état d'esprit de l'instant. Quand tu travailles, tu écoutes toujours de la hardtech et c'est marrant parce que ça ne te va pas d'écouter ça, c'est trop dynamique pour toi. Mais c'est bien pour ça que t'en écoutes, parce que c'est le seul moment où tu ne culpabilises pas d'avoir de l'énergie, parce que tu utilises l'excuse de la musique. Il y a des années, j'ai voulu apprendre à jouer du ukulélé, une lubie passagère. Et je t'ai forcé à apprendre avec moi, en prétextant ne pas avoir envie d'en faire toute seule. Au fond, je savais que t'en décrocherais jamais toi, parce qu'une fois que tu as été obligé d'apprendre, il n'y a plus qu'à gratter les cordes, à laisser ta voix s'élever. Ce sont les moments où je suis fière d'avoir le même sang.

Quand tu chantes, t'as l'air totalement différent. Je crois que ça fait un peu partie de ce que tu appelles tes autres vies. Tu t'imagines ailleurs, peut-être perdu en pleine forêt, ou face à la mer, je ne sais pas. Mais tu te laisses porter et le pire, c'est que tu as une voix agréable à écouter, qui déraille parfois. Parce que tu ressens des émotions en chantant. Et ça prends aux tripes de t'entendre en avoir, de parvenir à les exprimer. Il n'y a que lorsque tu joues, lorsque tu vas dans ta bulle que tu peux enfin dialoguer, inconsciemment. Le seul truc dommage, c'est que lorsque tu fais ça, lorsque tu ne changes pas des compositions que tu as apprise par cœur, c'est que tu es tout seul. Moi, je t'écoute à ton insu, parce que je passe souvent à l'improviste et que t'es jamais foutu de faire attention à ta porte qu'on déverrouille. Juste parce que tu n'es plus là. Juste parce que les doigts glissent sur les cordes, parfois tellement lentement qu'on pourrait croire que tu arrêtes de jouer, alors qu'en fait, tu venais juste de te perdre dans ce qu'elle pouvait représenter pour toi. Alors tu reprends, quand t'as retrouvé pied. Et moi, je reste assise dans le couloir, à t'écouter. À me rappeler pourquoi je ne peux pas m'empêcher de t'aimer. Tu me rappelles que moi aussi, j'utilise des excuses pour pas reconnaître que même si tu n'étais pas mon frère, je n'aurais sans doute pas réussi à te dégager de ma vie. Parce que quand tu chantes, face au vide, on a l'impression que c'est à nous que tu parles. Alors qu'on existe même plus.

Tu vas souvent au karaoké, avec des amis. Forcément, c'est une activité que tu apprécies réellement, mais que tu pratiquerais pas tout seul. Ça fait partie de ton masque quotidien, pour leur faire croire que ça va. Jusqu'au jour où l'hémoptysie s'est faite visible de tous, que tu as toussé jusqu'à cracher du sang devant eux. C'est bien parce que tu étais acculé, incapable de te cacher plus longtemps que tu as fini par consulter, découvrir la vérité sur ton état de santé. Ils n'auraient pas été là, tu te serais laissé mourir, aucun doute là-dessus. Sans jamais avoir consulté, même si ça te fais terriblement mal, comme quand tu étais plus jeune, préférant te pisser dessus que d'alerter qui que ce soi. Et si je ne te surveille pas, tu ne prendrais pas correctement ton traitement, tu n'aurais pas accepté les chimiothérapies, les opérations, tout ce qui est à venir encore. Parce que ça demande une énergie que tu n'as pas. Ou plutôt que tu n'as pas envie de dépenser. Simplement parce qu'il s'agit de toi-même. La haine que tu te portes, en tant qu'éternel adolescent, t'empêches de vouloir prendre soin de toi. Alors, on doit être derrière toi pour le faire à ta place. Je rêve que l'Incontestable te remette quelqu'un dans les pattes. Quelqu'un qui ne te laisserait pas dans un coin, qui te pousserait à te surpasser, qui ne te laissera pas indifférent cette fois. Même si c'est de la haine au départ : ça sera toujours mieux que l'indifférence. Et au pire, je serais là pour mettre mon poing dans la gueule de celui ou celle qui voudrait encore te détruire, cette fois. Mais sans doute que tu cracherais ton venin avant.

Autre mécanisme de défense, chez toi. Si tu te sens menacé à un certain stade, tu deviens acide, tu deviens méchant, tu fais en sorte de frapper le premier verbalement, parce qu'avec de la chance, si tu fais assez mal d'un coup, on te laissera tranquille, on n'ira pas te blesser en retour. Parce que la plupart des gens qui ont eu droit à cette partie-là de toi se disent que tu n'es qu'un parfait connard. On cherche pas à approfondir avec quelqu'un s'il nous paraît hostile, s'il nous paraît méchant gratuitement. En fait, tu reproduis un peu le schéma d'autrefois, tu te sens encore comme une victime, persécuté, mais cette fois tu agis, pour ne plus avoir envie de te suicider. C'est un peu comme marcher sur une corde au-dessus du vide, c'est risqué, ça pourrait te détruire définitivement un jour, si on venait à creuser derrière cette carapace. Ça t'effrayes, tu ne veux pas y penser. Tu ne veux pas qu'on voie comme t'es vulnérable, comme tu peux être hyper-sensible quand il s'agit de ça, quand on gratte la surface, qu'on égratigne. Tu ne veux pas qu'on remarque ta souffrance lorsque tu fais du mal à quelqu'un d'autre, pour te préserver. Parce que pour te connaître réellement, en fait, faut passer par ça et rester malgré tout. Combien de fois on s'est pris la tête, gueulant aussi fort l'un que l'autre, ayant des mots durs qu'on ne pensait pas ? Au final, c'est toujours la même chose : tu pars t'enfermer quelque part, pour aller pleurer, tout en priant pour que je ne remarque rien. Et dans ces moments-là, je sais qu'on s'aime autant l'un que l'autre. Je sais que tu tiens à moi. Parce que tu ne pleures que lorsque tu hais ou lorsque tu aimes. Ou lorsque tu as la rage, envers toi-même.

Heureusement qu'il y a les animaux, pour te reposer un peu dans tout cet océan de sentiments qui te submergent de trop. T'es trop sensible pour ton propre bien, tu ne sais pas comment contrôler tout ça, mais ils arrivent à te canaliser. T'es jamais pareil avec eux qu'avec les êtres humains. Quand on te voie avec les deux fifilles, on a l'impression de voir un autre homme. T'es doux, presque charmant si on n'est pas ta soeur, tu sembles venir d'ailleurs, tes gestes sont lents et pleins d'une délicatesse que tu as laissé s'éteindre avec les autres, parce qu'on ne l'était pas assez avec toi pour que tu en gardes le réflexe. Tu as l'air tellement heureux quand ils sont contre toi, à dormir tous, on pourrait croire que tu pourrais te mettre à ronronner, toi aussi. Je sais par avance que lorsqu'une ratte mourra, tu ne sauras pas faire autrement que d'en reprendre un autre, que tu es désormais incapable de vivre sans eux, même si tu l'avoues pas vraiment. Tu ne dis jamais rien façon, parce que parler de toi ça sonne presque comme un crime chez toi, je me doute qu'il n'y a qu'à eux que tu te confies, quand ton propre silence t'écoeure enfin. J'avais menti à l'époque, pour voir si ça pourrait te faire du bien, de vivre avec. J'estime avoir réussi mon pari et j'espère dans le fond que ça t'aideras à remonter la pente pour de bon un jour.

Je t'aime, petit frère. Même si tu es incapable de me dire ces mots en retour. Même si t'es qu'un lâche, même si j'ai souvent envie de te foutre des claques. Même si tu me fais peur à ne pas craindre la mort, à la souhaiter sans plus l'avouer à qui que ce soit. Je t'aime assez pour deux, assez pour compenser la colère que tu portes, qui déborde quand je ne suis pas là pour la contenir. Assez pour tenter de te pousser à vivre. Parce que ça marche souvent, de te dire de te battre, pour maman et moi. Ça te brise à chaque fois que je dis ça. Ça te fait du mal parce que ça t'obliges à voir les choses en face, ça te force à porter un regard sur ta propre vie, à remarquer ta demi-maturité forcée. Celle qu'ils ont provoquée, tout en t'enfermant dans la tête d'un adolescent. C'est comme si tu avais grandi sans le faire. C'est particulier, c'est comme osciller entre un monde et un autre. J'imagine que c'est pour ça que tu baisses les yeux, quand on te rappelle que tu as bientôt trente ans. Parce que tu n'es pas Peter Pan, que tu ne peux pas rester éternellement dans ton monde à toi, que le monde continue de tourner, sans t'attendre. À chaque fois qu'on te parle du cancer, ça te ramène au fait qu'il faut se battre, dans la vie. Et ça te rappelles que tu t'es jamais battu pour quoi que ce soit. Ça te fait te dire que t'aimerais remonter le passé, que t'aimerais tous les tuer pour les empêcher de te faire du mal, tout en sachant que si tu pouvais réellement revenir dix-sept ans en arrière, tu resterais finalement figé face à tes anciens tortionnaires. Que tu subirais à nouveau sans être capable d’élever la voix. En souriant comme ils te disaient de faire, en disant que tu t'amuses avec eux, alors qu'ils se moquent de toi. Penser, c'est se rappeler qu'ils ne t'ont pas rendus lâche, Chihiro. Penser, c'est se rappeler que tu l'as toujours été. Penser, c'est se faire mal. C'est s'humilier davantage.
Et toi, tu préfères chanter.

Tu ressembles à mon futur mari.

Il y en a beaucoup. Des petites, qui ont l'air innocentes pour certaines, à des plus grandes qui sont un aveu silencieux de l'horreur. Des plus légères, à des plus profondes qui font des boursouflures lorsqu'on touche. Des cicatrices qui jalonnent tes bras, tes poignets, tes cuisses, venant de cette époque où tu préférais ouvrir ta peau plutôt que le cœur. Il y a celles qu'on t'a faites aussi, sans le savoir, celles dans le dos, des marques rouges sur ta peau presque diaphane tant elle est blanche. Ça ressort si bien, sur cette étendue de chair si claire. On ne peut que les voir, quand tu retires les vêtements, on ne peut que remarquer que la vie t'as été apprise de la pire des manières, que la violence se grave tout autant dans l'esprit que le cœur. Il n'y a qu'à voir tes lèvres, celles qui sont pourtant jolies quand tu ne les abîmes pas, à force de mordre dedans, à force de ronger tes ongles, à te rater et riper contre celles-ci, tant le stress te colle à la peau, celle dans laquelle les veines se voient si facilement. On voit sur toi que ton esprit est malade aussi quand on prête attention à tes lèvres, quand on regarde quand toi, tu ne fais pas attention. Parce qu'elles ne s'élèvent pas, les bords ne veulent pas sourire quand il n'y a aucun profit à en tirer. Pour te voir élaborer un sourire sincère, il faut être caché, être une petite souris dans un coin de ton appartement, te voir interagir avec tes précieux animaux.

On sait que tu en as, au moins le chat, quand on prête attention aux petites griffures qui jalonnent tes mains, quand vous jouez trop fort et qu'il oublie de rentrer les griffes. T'as les ongles courts, trop courts, parce que tu ronges trop, de plus en plus, tu ne laisses pas le temps de repousser alors ça a du mal à repousser. Tu ronges jusqu'au sang parfois, jusqu'à t'en faire mal, jusqu'à ne plus pouvoir ronger parce que tu as du mal à te saisir des objets si tu continues, que tu ne peux pas décemment souffrir à longueur de journée, au travail. Pour ça, il y a déjà le reste de ton corps, pour ça, il y a cette cicatrice récente, faite volontairement, qui traverse une petite partie du sternum, quelques centimètres en dessous de la glotte, une quinzaine tout au plus. On la voit bien, elle aussi, on devine vite, on comprend facilement les choses quand tu les laisses être vues. C'est comme des faiblesses pour toi, ça ne te plaît pas, tu ne veux pas qu'on puisse lire en toi ton histoire. Alors tu te caches, derrière des hauts souvent trop amples et des airs blasés. Parce que tu n'as pas grande chose de plus, tellement peu de pilosité pour tenter de te cacher derrière et ça va empirer. Et pourtant, tu as beau essayer, il suffit parfois de plonger dans tes yeux, pour y voir un morceau, de ta vie.

Tu as les yeux marron, un de ceux qui tirent sur le carmin, subtile mélange hérité de ta mère, modification génétique d'une époque où c'était à la mode, d'avoir une pointe de rouge dans le regard. Ce fut passager, ça n'a duré que quelques mois, mais ça lui a plu alors elle l'a gardé, parce que ça trouble parfois, de croiser ses yeux trop vifs parfois, teinté de ce rouge que tu ne vois même pas. Pas comme eux peuvent le voir. Toi, ça a une teinte de vert plutôt, mêlée au marron. Et tu détestes cette couleur. Tu détestes le vert, parce qu'il est partout pour toi. Les peaux, déjà. Tout est dans des tons verdâtres fades, c'est un peu effrayant et déroutant, quand les gens vont voir comment tu peux voir toi, sur Internet. Ils te plaignent sans trop le dire mais toi, tu t'en fiches, parce que tu n'as aucune idée de ce que tu rates. Tu sais juste que tu détestes le rouge et le vert. Parce qu'il y en a trop partout, dans ta vie. La seule raison pour laquelle tu ne fais pas changer la couleur de tes yeux, c'est parce que ce sont ceux de notre mère et parce qu'il est plus simple de fuir les miroirs que d'entreprendre de telles démarches.

Tu portes toujours les mêmes couleurs, toujours du bleu, du gris ou du noir, des teintes dans ce genre de palettes, de celles que tu apprécies, qui te reposent, que tu n'as pas l'impression de voir partout. Tu adores les yeux bleus chez les gens, parce qu'ils ont quelque chose d'indescriptible pour toi. Parce que ça t'apaise, que ça ressemble au ciel et que quand tu le regardes, tu te sens un peu mieux, de fuir la fadeur. Alors on te voit pratiquement jamais avec du vert ou du rouge, ce genre de tons restent dans le placard les trois quarts du temps, même si parfois avec l'empressement, tu attrapes des affaires avec ce genre de couleur, parce que j'aime bien te voir en porter, parce que ça te va bien mine de rien, le vert, avec ton teint de porcelaine. Tu as l'air tellement fragile, entre ça et ta taille, ta carrure, même si t'as les épaules assez carrée finalement, le reste tout en longueur tant tu es fin. T'es plutôt petit, plus que moi en tout cas, du haut de ton mètre soixante trois, c'est marrant parce que tu marches vite pourtant, l'habitude avec les boulots. C'est le second qui te muscle un peu, parce que les livraisons parfois, tu les fais en vélo quand tu as l'occasion, parce que ça te défoule et que ça t'as donné goût de te déplacer ainsi même en dehors du travail. Entre ça et les escaliers à affronter parfois, on peut dire que tu as les muscles du bas du corps solides. Pour le reste, il y a le basket que tu pratiques depuis longtemps.

Ça ne se voit pas forcément de prime abord, il faut vraiment que tu portes un slim pour qu'on se fasse la remarque, même si un jean suffit à mettre ton fessier en valeur. Je n'irais pas détailler plus que ça, c'est un peu trop détaillé pour moi, je l'ai juste entendu trop de fois pour ne pas le dire, aujourd'hui. Et puis, si ça me permet de te vendre plus facilement à autrui... Sur tes cuisses règnent deux tatouages, qu'on ne peut que remarquer si tu es en boxer, parce qu'ils commencent à la frontière et s'arrêtent bien vite. Deux haïkus, que je n'apprécie pas, parce qu'ils sont plein d'une fatalité qui m'irrite, mais que tu apprécies plus que de raison, sans que je ne parvienne à savoir pourquoi. Tu en as d'autres aussi, des tatouages. Au dessus du genou gauche, un prénom, "Josh", que tu ne te souviens pas avoir fait un jour, une des rares fois où l'alcool a pu te monter à la tête, toi qui boit si rarement. Puis, une croix sur l'omoplate droite, quatre carrés sur le pectoral gauche, un sablier sur le droit, deux ''i'' (qui n'en sont pas en réalité) sur l'épaule gauche, des cercles au niveau du coude du même côté, deux supérieurs, dont l'épaisseur diffère, le troisième dessous, et trois bien plus fins autour du poignet, avec au creux de celui-ci des sphères qui font que les cercles ne se ferment pas entièrement. Le bras droit a sur un flanc des signes étranges dont j'ignore totalement la signification, tandis que dans le creux du bras, on peut lire ''Carpe Noctem'' avec l'ombre que les lettres forment, tandis que sur le biceps, on peut lire une série de chiffres romains, qui donnent une citation de la bible : John 16:33 “I have told you these things, so that in me you may have peace. In this world you will have trouble. But take heart! I have overcome the world.”

C'était la préférée de Maman. On l'a souvent entendu jusqu'au jour où tu as eu envie de l'avoir sur la peau, indirectement. Elle comprenait elle et ça lui avait fait tellement plaisir. D'elle, tu as tout hérité. Les traits européens, ce profil spécifique, de ce nez sans bosse si ce n'est au bout, de la ligne de sourcil qui dans un creux relève la différence avec le front, avant d'aller se perdre dans les mèches d'un marron foncé, qui bouclent légèrement, que tu laisses souvent passer sur le dessus, en rasant avec un sabot les côtés, pour ne pas être gêné dans la nuque. Bientôt, tu les perdras sans doute et ça t'emmerde, parce que tu aimes bien tortiller des mèches avec tes doigts, souvent, en réfléchissant. Quand on continue ton profil, on remarque vite que t'as un menton fin et court, dans un rond discret, qui s'allonge jusqu'à une mâchoire qu'on peut décrire de carrée, vaguement. La peau dessous se tend rapidement, dévoilant la glotte, déjà assez visible de base. Tu ressembles à Maman, c'est indéniable. C'est sans doute ça qui fera le plus mal encore, à l'avenir. De voir le manque d'elle, au travers du miroir.
Heureusement que tu fuyais déjà leurs reflets.


Les haïkus :
Cuisse droite :
Nuit brève 
Combien de jours 
Encore à vivre.


Cuisse gauche :
Sans rien dire
Le silence
Le calme.
 
Daiki Seki
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se :
Autre: ✚ Parle en : #ff9172

★
posté
le Ven 13 Oct - 22:47
par Daiki Seki
Re bienvenue, p'tite perle. J't'attendais.

Dociousalipristicfragicalisuper. La845110

*marque son territoire*
Invité
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Invité
Invité
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posté
le Ven 13 Oct - 22:48
par Invité
Dociousalipristicfragicalisuper. 2078551763
Satoshi Totsuzen
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : /
Autre: Merci Jian pour l'avatar ♥

★
posté
le Ven 13 Oct - 22:56
par Satoshi Totsuzen
Re-bienvenue Bohra-Bohra Dociousalipristicfragicalisuper. 3303333686

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬


Dociousalipristicfragicalisuper. Sato-s10

avatars tournants (voir les noms en dessous). Signa par Chû, merci ♥️
Merci Chû, Keanu, Takashi, Mad et Bacon Beige-Betterave pour les avatars ♥
Olive Beigbeder
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Le Litchi. :olé:
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
#JeSuisRouclette
#JeSuisRouclette
posté
le Ven 13 Oct - 23:02
par Olive Beigbeder
Omg.

*Chante "Que je t'aime"*

*Partage pleins de Kit-Kat*

*Attend la suite*

*pls*

*check*

Comme ça wesh:
Dociousalipristicfragicalisuper. 89524335f76a19163e9fd9576bd25dad
Dociousalipristicfragicalisuper. 7Fm55D

Courage pour la suite ! Pleins de hugs ! Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341 (VIVEMENT OMG)
Chihiro Bohra
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Une aveugle qui regarde avec le coeur.
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
posté
le Ven 13 Oct - 23:46
par Chihiro Bohra
Merci tout le monde ! Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341

Haaanz ! Cette image me fait tellement rire, vraiment ! Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341

Olive ! Check !

Spoiler:
Dociousalipristicfragicalisuper. C9dac72e6f63399389cffb301c00e753

Je me dépêche pour finir la fiche, promis ! Pardon par avance, pour la longueur probable ! Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341
Marty Kusanagi
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : KUGO KUSANAGI! *Uesh*
Autre: 24 ans, maman d'un petit garçons de deux ans. 3 piercings et 2 tatoo
♥Blondie Pin Up♥
♥Blondie Pin Up♥
posté
le Sam 14 Oct - 1:35
par Marty Kusanagi
MAIS CESSEZ OLIVE ET CHIHIRO! D': TROP DE SEXITUDE ME TUUUUEEE

WELCOME À TOI! Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341

Dociousalipristicfragicalisuper. Giphy
Chihiro Bohra
Messages postés : 225
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Une aveugle qui regarde avec le coeur.
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
posté
le Sam 14 Oct - 11:05
par Chihiro Bohra
Merci Marty !! Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341

C'est... Terminé ! Mes excuses encore une fois pour la longueur, j'espère que ça ira ! Dociousalipristicfragicalisuper. 313954929

Et ça c'est moi là maintenant :
Dociousalipristicfragicalisuper. A207a8e901ad8a56565159762b3e80d1
Invité
Anonymous
Invité
Invité
Invité
posté
le Sam 14 Oct - 11:14
par Invité
Bonne nouvelle tête :p
Makoto Nanase
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Inscrit.e le : 10/10/2016

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Kiyohi Nanase
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?

★
posté
le Sam 14 Oct - 18:31
par Makoto Nanase
Analyse de fiche

Le staff de Just Married te souhaite la bienvenue sur le forum ! ♥️

Introduction
Bon DC !  Dociousalipristicfragicalisuper. 1988361910

Histoire

- qu'elle est assistée à ça,
- juste accomplir ceux qu'on attendait de nous
- Parce qu'elle n'été finalement devenue
- Juste pour être le témoin direct de tous ses mariés m'ouvrant
- Elle faisait partie de ses femmes qui
- Alors, ça m'a rire aussi.
- si elle avait su ce qui nous attendrait

Validée ♥️

Caractère

- Qu'ils avaient, en oubliant de s'excusant
- par la vie que tu t'ai imposé.
- pour que tu ai eu l'envie
- la vie qui t'es offerte déjà
- parce que tu l'aimes personne voir ça de toi,
- tu l'a prise en photo
- Je crois que ça fait un peu partout de
- même si ça t'avais terriblement mal
- que d'alerter qui que ce sois.

Validé ♥️

Physique

-  il faut être cachée
- les choses quand tu les laisses être vu
- ce genre de palettes, de celles que tu apprécies, qui te repose
- parce que ça te défoules

Validé ♥️

Conclusion
Fiche très agréable à lire ! Il y avait des fautes ici et là, j'en ai relevé quelques unes qui m'ont un peu sautées aux yeux, mais sinon rien de bien méchant  Dociousalipristicfragicalisuper. 1854274601  J'ai eu beaucoup de peine pour Chihiro, et j'en ai encore. Et j'ai eu envie de commettre des meurtres aussi... Surtout pour la réplique de la fin Dociousalipristicfragicalisuper. 3813954746
Bref, tu nous ponds un second personnage vraiment attachant que j'ai hâte de rencontrer en rp  Dociousalipristicfragicalisuper. 654180842

Analyse : 1/3

Nous analysons au maximum trois fois une fiche, après cela, si nous ne pouvons toujours pas la valider, nous serons malheureusement obligés de la refuser. Nous ne pouvons nous permettre de reprendre chaque fiche dix ou vingt fois, cela serait autant pénible pour vous que pour nous. Merci de votre compréhension. ♥️


Pré-validation par Mako'
Votre fiche a été pré-validée par un modérateur, un administrateur passera sous peu valider officiellement celle-ci.

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Dociousalipristicfragicalisuper. 4qQG8D4
Merci Lucci pour le kit Dociousalipristicfragicalisuper. 1647638966

Spoiler:
Ce qu'ils ont dit ♥️:
[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
Dociousalipristicfragicalisuper. Ld7d
Dociousalipristicfragicalisuper. BbNTuR8
Le plus beau compliment ♥️:
Dociousalipristicfragicalisuper. Cn3Ckyx
Dociousalipristicfragicalisuper. 1EPYLUw
Dociousalipristicfragicalisuper. DfzeUm9


La famille ♥️:
Nanase's family:
Dociousalipristicfragicalisuper. E9mgMerci à Aria ♥️

Game of Nanase et activité familiale:
Dociousalipristicfragicalisuper. 3OXEfcUMerci à Driss ♥️

Merci Karlito ♥️:
Dociousalipristicfragicalisuper. Ea0v9qn

Merci Oz ♥️:
Dociousalipristicfragicalisuper. YqECw0j
Olive Beigbeder
Messages postés : 259
Inscrit.e le : 12/04/2017

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Le Litchi. :olé:
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
#JeSuisRouclette
#JeSuisRouclette
posté
le Sam 14 Oct - 18:42
par Olive Beigbeder
Omg. Mais. Mais.
MAIS. Dociousalipristicfragicalisuper. 501520050 Dociousalipristicfragicalisuper. 501520050 Dociousalipristicfragicalisuper. 501520050

Please:
Dociousalipristicfragicalisuper. Giphy10

Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341:
Sache que jt'ai fait tout ça dans ma tête pleins de fois à la suite de ma lecture en vrai. Jtm ;w;
Dociousalipristicfragicalisuper. Original
Dociousalipristicfragicalisuper. 68747470733a2f2f73332e616d617a6f6e6177732e636f6d2f776174747061642d6d656469612d736572766963652f53746f7279496d6167652f4c45566f676f4a6e5975493851673d3d2d3237333935343231312e313435613739656230653935653434383732333635323335363134362e676966?s=fit&w=1280&h=1280
Dociousalipristicfragicalisuper. Tumblr_oarj32Wv2c1v8nwbro10_r1_540
Dociousalipristicfragicalisuper. Db2ab0c26bedd800f0dd661a4f42a6be
Invité
Anonymous
Invité
Invité
Invité
posté
le Sam 14 Oct - 18:56
par Invité
Azy il faudrait ban les fiches trop longues c'est pas possible. Les gens qui lisent pas vite comme moi ils peuvent pas suivre. T'm'énerves. Dociousalipristicfragicalisuper. 3813954746

J'adore ce que t'as graphé. Puis rebienvenue, wesh. :danzo3:
Honoka Nicolson
Messages postés : 1513
Inscrit.e le : 23/06/2014

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Zetsu Izumo
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Fast'action de Logan
Fast'action de Logan
posté
le Sam 14 Oct - 19:40
par Honoka Nicolson
J'te déteste pour la musique que tu m'as remise en tête. Je vais l'avoir durant des jours en plus. Dociousalipristicfragicalisuper. 3813954746

Bon DC sinon !
Bacon L. Beigbeder
Messages postés : 1796
Inscrit.e le : 23/08/2016

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Celle qui fait du couscous.
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
#JeSuisJeanne
#JeSuisJeanne
posté
le Sam 14 Oct - 20:41
par Bacon L. Beigbeder
Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !
N'oubliez pas :
• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
• Si vous souhaitez trouver des partenaires pour vous lancer, n'hésitez pas à faire un tour par ici ! ♥️
• Dans l'ordre, vous pouvez faire une demande de conjoint ici, ensuite vous faites une demande d'habitation ici et enfin, vous pourrez valider votre mariage ici.
• De faire un peu de pub autour de vous pour le forum et de voter régulièrement aux tops sites. ♥️

& Surtout, AMUSEZ-VOUS !
Chihiro Bohra
Messages postés : 225
Inscrit.e le : 13/10/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Une aveugle qui regarde avec le coeur.
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
posté
le Sam 14 Oct - 21:48
par Chihiro Bohra
Merci encore une fois, tout le monde ! Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341

Merci Makoto pour la modération, je m'affaire à vite corriger tout ça, je suis ravi que Chihiro te plaise, ravi d'avoir pu toucher des gens avec lui ! Dociousalipristicfragicalisuper. 2244379341
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