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Voir le profil de l'utilisateur Mar 5 Déc - 23:26
J’en reste comme deux ronds de tarte, la bouche entrouverte sur une exclamation muette et un début de sourire. Merde, le con... Il se souvient. Ça me fait chaud, tout chaud. Chaud au cœur, chaud aux joues. P’t’être qu’il les a pas toutes lues, mes lettres, p’t’être qu’il a pas voulu répondre pour toutes sortes de raisons... mais ce qu’il a lu il s’en rappelle. Je ricane discrètement et passe la pointe de mon index sur la trace fine qui tranche l’arrête de mon nez. Elle n’est plus sensible depuis le temps. Je prends ça comme une minuscule perche, un infime signe qu’il a pas tout zappé, qu’il m’a pas totalement zappé moi, que le Owen que je poursuis si ardemment a ralenti un peu le pas, loin devant et qu’il me laisse une chance de le rattraper. Je me raccroche à ça, mince rai de lumière dans le tunnel sombre où on est tous les deux coincés.

De l’autre côté du lit il se redresse et je le suis presque nerveusement du regard. J’suis comme un gosse qui doit aller quelque peur et qui flippe qu’on l’oublie, qui s’ronge les ongles dans son coin sans oser se rappeler au bon souvenir de ses parents. J’ai déjà vu des nanas se crêper le chignon pour obtenir une nuit avec moi et là j’suis comme un con, suspendu aux gestes d’un type qui quelques minutes plus tôt me fracassait la tronche et qui rechigne pour un malheureux bisou. Et c’est ce même type que j’ai embrassé y’a treize ans avant de me barrer de l’autre côté du globe. Au son de sa voix je sais qu’il a pas oublié, qu’il cherchait juste ses couilles et que le moment tant redouté est arrivé. Dans ma poitrine ça s’emballe. Merde... Merde !

Sa main se referme sur la mienne et un frisson électrique m’hérisse tout entier, des pieds à la tête, couvrant mes avant-bras d’une chair de poule que la pénombre dissimule. Je suis le mouvement lentement, la tête me tourne mais je sais que c’est pas du à notre empoignade. C’est le fait d’être là, d’être avec lui. On voit presque rien, je distingue tout juste les contours racés de son visage, la lueur farouche dans ses yeux clairs et le reflet tendre de ses lèvres, pincées. Pourquoi je suis pas calme ? C’est qu’un putain de bisou. Je le smack, on en parle plus...on en parle plus. Ma belle assurance vacille, balayée par tout ce qu’il représente, tout ce qu’il incarne, ce qu’il pourrait devenir. J’ai rarement eu aussi peur, peur du pendant, de l’après. De le voir s’essuyer rageusement la bouche, maudissant par avance tous ces jours où il allait être forcé de m’embrasser à nouveau. Pourtant, ma trouille, je la ravale, je l’étouffe profondément, parce qu’il y a la même dans ses yeux et dans les ongles qui s’enfoncent dans ma chair quand nos souffles se mêlent.

À cet instant précis, j’oublie que c’est un mec, j’oublie tout ce qu’on s’est craché à la gueule quelques minutes plus tôt, le bleu sur ma joue, les pansements sur sa main. Y’a juste lui et moi, nos respirations nerveuses, ce début de nous que je veux protéger comme une flamme vacillante. Je veux faire ça bien. Je veux lui donner ce que personne d’autre que lui ne mérite. Moi aussi je ferme les yeux et je lui laisse la main. J’sais que je peux vite être brusque, trop gourmand alors c’est mieux comme ça. J’offre, accepte pleinement ce baiser maladroit qui manque d’assurance et de conviction. Ses lèvres sont minces, plus étroites que ce à quoi je suis habitué et, étonnamment... je réalise que ça me plait plus que les bouches pulpées au silicone. C’est doux, lent, hésitant. Et à la fois c’est familier, comme rentrer à la maison après une longue, très longue absence. Ça me fait du bien et je ne résiste pas à l’envie de glisser ma main libre derrière sa nuque. J’aurais surement pas beaucoup de le toucher et je peux pas m’empêcher. J’ai besoin de contact, de chaleur et c’est comme s’il était le seul à pouvoir apaiser ce manque en moi.

Nos lèvres se frôlent, se caressent. L’échange est bref, ne se prolonge pas beaucoup plus et c’est surement l’un des baisers les plus frustrants que je n’ai jamais reçu. Je regrette que l’Incontestable soit aussi permissif en ce qui concerne le traditionnel « bisou » du jour. Mes doigts demeurent sur sa peau lisse, contact infime que je ne peux me résoudre à rompre, soin qui revient à Owen qui ne tardera certainement pas à battre en retraite dans les secondes qui suivent. Optimiste que je suis, j’espère qu’il va rester encore peu et que la bulle qui nous enveloppe pourra subsister quelques minutes de plus.
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Voir le profil de l'utilisateur Lun 11 Déc - 15:23

Notre destin, scellé par les liens sacrés du mariage...  



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Ses lèvres sont d’une douceur infinie.  Cela me surprend, alors que je m’attendais à rencontrer des lippes beaucoup moins tendres. Car oui, je m’étais fait tout une idée à propos de cet instant, de ce moment que je repoussais comme s’il s’agissait de la peste. Je ne voulais tout bonnement pas avoir le moindre contact avec Thalie qui me répugnait. Et qui me répugne toujours, d’ailleurs. Embrasser un homme ? Quelle horreur. J’me suis sans cesse décrit comme n’ayant rien à voir avec les pédales qui croisaient ma route. Incapable de me faire toucher par un mec, qu’il soit mon meilleur pote, ou une simple connaissance. Je fuyais le moindre contact physique. Alors évidemment, savoir que j’allais devoir bécoter le mec qui fut jadis comme mon second frère, je préférais crever que d’avoir à le faire ! C’est ainsi que l’Incontestable me remercie, alors que durant tant d’années, je n’ai jamais douté de son bon fonctionnement ?

J’avais pour modèle, le bonheur de mes grands parents et celui de mes parents. Et voilà comment je termine… Condamné à être attaché à Thalie, comme un boulet est accroché à un bagnard. Quelle vie de merde. Terminer tafiole, moi, le plus homophobes de tous les homophobes… C’est ce à quoi j’ai pensé durant les premières secondes où je me suis retrouvé devant le blond. Pourtant, maintenant que nous sommes dans ce lit, que j’ai cette proximité que je n’ai jamais eu avec aucun autre homme, je songe à des milliers d’autres choses. Des choses qui concernent seulement et uniquement Thalie. Le court du temps s’est arrêté et une bulle s’est formée autour de nous. Elle semble imperméable, indestructible. Dans la pénombre de notre piaule, nous sommes tous deux invisibles, en sécurité. Dans le plus romantique des instants. Durant les jours qui se sont écoulés, je me suis imaginé des milliers de façons d’embrasser ce type. Chaque fois, ça terminait par l’idée que j’allais forcément dégobiller et que j’allais vivre le moment le plus désagréable de toute mon existence.

Mais en vérité, le contact de ses lèvres contre les miennes m’offre une sensation bien différente de celle à laquelle je m’attendais. Je note leur douceur, leur fermeté, la tendresse avec laquelle il m’offre ce baiser. Mes paupières se rouvrent et j’observe longuement son visage. Face qu’il ne m’a jamais été donné de voir d’aussi près. Je remarque que sa peau est incroyablement lisse. C’est con à dire, mais vu l’genre de mec que c’est, j’m’attendais à ce qu’il ait une peau à l’aspect rugueux, déshydratée. J’sais pas s’il prend soin d’lui, mais ça lui donne une allure bien différente. Presque… élégante. Je ressens deux sentiments contradictoires à cet instant-là. Mon cœur tambourine contre ma poitrine, tandis que mon ventre se noue de dégoût. Pourtant, lorsque les doigts du blond se déposent sur ma nuque, un long frisson me parcourt au contact de sa peau. Je sens une chaleur agréable m’envahir et un sentiment de bien-être prendre le pas sur ma nervosité.

Bordel, mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Les secondes s’écoulent et je perds peu à peu la notion du temps. Depuis combien de temps est-ce que j’le galoche, déjà ? Combien de temps un putain d’baiser doit durer ? Est-ce ce je dois briser immédiatement le contact pour éviter qu’Thalie ne s’imagine des choses ?! Putain, manquerait plus qu’il croit que l’embrasser me fait bien plus bander que je n’ose le dire. Ma main droite se lève et mes doigts se glissent juste au-dessus de son cou, à la base de ses cheveux. Sa chevelure douce caresse ma peau et durant un millième de seconde, j’en apprécie le contact. Et puis, ma main exerce une pression bien plus forte et glisse sur son épaule. Je ne lui laisse pas le temps de se poser la question à propos de ce semblant de « caresse » que je lui ai accordé et le repousse le plus sèchement possible. Fuyant son regard, les joues en feu, je m’essuie la bouche en poussant un grognement et marmonnant à propos d’à quel point l’idée de mélanger ma salive avec un autre mec peut être dégueulasse. Et puis, sans un mot de plus, je laisse ma tête retomber contre mon oreiller et tourne le dos au blond. Terminé pour cette nuit.



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