Partagez
avatar
Messages postés : 31
Inscrit.e le : 22/09/2017
Voir le profil de l'utilisateur Ven 10 Nov - 23:40
S’il faut dire une chose je dirai que je ne m’y attendais pas. Ce n’est pourtant pas quelque chose que l’on prévoit, que nous redoutons au pire et que nous attendons au mieux. Et pourtant il plane presque sournoisement, comme un vautour, parfois menaçant ou alors bienveillant, il attend son heure. Et la nôtre. J’ai rencontré de trop nombreux anxieux qui en avaient une peur bleue, comme l’extension de l’inconnu, une équation à deux.

Et j’ignore si mes parents en avaient peur, s’ils le redoutaient plus qu’ils n’osaient se l’avouer. En réalité je ne fais que formuler d’étranges suppositions qui ne se fondent sur rien de concret. Les morts sont aussi muets que leur tombe et les regrets ne se gravent pas en tourment sur les os. Je n’aime pas le mot imaginer, parce que c’est de cela que naissent le fantasmes, les chimères, toutes ces contradictions à la réalité. Alors je reste ignorant et je me fonde sur ce que je vois et ce que je sais.

J'ai entendu de beaux récits aussi, de quoi glorifier pour des siècles et des siècles une entité. De quoi rassurer les générations et les peureux, les futurs névrosés. De parfaits exemples sur lesquels nous pouvons nous reposer. De jolies statistiques aussi. Et comme il semblerait que mes conseils soient judicieux, peut-être que l'univers entier s’attend à ce que moi-même je sois plus que serein.

Le mariage ne m’effraie pas, même ainsi incarné sur papier rose, en caractères élégants. Comme immuables et imperméables au monde. Je ne l’ai ni redouté, ni attendu, il était une probabilité infime que nous supputons tous comme autant de traders coincés dans une tour dorée.

C’est en lisant le contenu de la lettre que j’ai réalisé qu’il fallait que j'effectue un certain nombre de démarches. Résilier le bail de mon appartement, changer le nom sur mes cartes de visite, le nom sur la porte de mon cabinet, prévenir mes producteurs qui trouveront ce nom encore moins vendeur que le mien. Et c’est tout. Je ne connais pas réellement les enjeux et les aboutissants, même si je prétends savoir.

Alors j’ai perdu mon premier jour en démarches administratives assez usantes, je dois dire, sans m’inquiéter un seul instant de l’identité de celui qui aurait la chance de partager ma vie. Et si j’étais attristé un instant c’est d’imaginer que mon appartement allait être loué à quelqu’un qui ruinerait la décoration. Mon espace. J’ai également perdu mon deuxième jour, déménager toutes mes affaires attendrait que je réussisse à les empaqueter.

C'est finalement la quatrième nuit que je me présente, toujours indifférent à la situation. À la nôtre. Incapable de statuer. Effrayé ou heureux. J’ai simplement composé le numéro pour pouvoir déverrouiller la porte. J'entre et je referme la porte, je cherche l'interrupteur et je suis presque instantanément déçu. C’est loin de ressembler à mon ancien appartement. En réalité je ne sais pas à quoi cela ressemble. La différence est mince entre le désastre et la félicité. Floue, aussi, je le conçois. Aussi abstrait qu’un immonde canapé trop gris dans une pièce trop grande.
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum