Moon Raitô
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Un adorable chaton ♥
Autre:
Croquette
posté
le Jeu 22 Mar - 19:06
par Moon Raitô
ムーンライト
I'm broken.

Dans les faits
Nom ;; ライト - « Raīto » ;« D’une banalité navrante… », disait mère lorsqu’elle s’est vue affublée de ce patronyme. Elle grimaçait d’ailleurs, se faisant la remarque qu’une fois prononcé, cela ressemblait à un mot anglais. Cette grande dame regrettait de ne pas avoir été mariée à un homme de son rang, voyez-vous. Ou tout du moins, quelqu’un d’influence. Mon pauvre papa n’était qu’un simple gardien du centre de redressement de la ville d’Uji à l’époque. Se retrouver marié à une descendante de la noblesse Japonaise avait de quoi intimider cet homme au cœur tendre. Il était sa déception…
Prénom ;; ムーン - « Moon » ; Tel est le nom que papa m’a donné justement. Pour mère, tomber enceinte risquait de freiner sa carrière. Néanmoins, cela lui octroyait aussi un héritier. Le temps s’écoulant, ses relations avec papa s’étaient améliorées, aussi elle accepta son idée. Pourquoi la lune ? Car aux yeux du premier homme de ma vie, je suis la lumière qui éclaire ses nuits.  Il faut dire que papa a toujours aimé travailler le soir. Je soupçonne cependant sa passion pour l’astronomie de ne pas être étrangère à une telle dénomination…
Âge ;; 26 ans - Né le 16 Juillet 2083, sous un ciel moucheté d’étoiles. Jamais papa n’a oublié mon anniversaire depuis. Mère non plus d’ailleurs. J'ai toujours les cadeaux qu’elle me faisait envoyer à la bonne date du moins…
Genre ;; Masculin, pour le plus grand plaisir de Mère !  
Origines ;; Nippon de chair comme de sang, heureusement ! Mère n’aime les gaijins que pour les affaires. Mon cœur se balade pourtant quelque part entre la Corée du Sud, la France et le Royaume-Uni.
Activité ;; Professeur des écoles d’une classe de maternelle à Tokyo depuis près de 3 ans. Je fabrique des peluches depuis le lycée aussi, j’y mets tout mon cœur ! Bien sûr, il m’arrive régulièrement d’en vendre, sans quoi mon lieu de vie serait envahi ! Ce n’est pas pour autant que ça ne me brise pas le cœur quand je dois me séparer de l’une d’elles…
Sexualité ;; Elle va, elle vient. Douce et passionnée. J’Aime avec un grand A. J’apprécie séduire et flirter tout autant que j’aime être convoité. Je ne suis pas fixé – ou tout du moins, j’essaye de m’en persuader – car je n’ose plus. Je suis Polyamoureux, Homosexuel depuis toujours.

♦️♦️♦️

Avatar ;; Kim Nam-joon, connu sous le pseudo "RM" (Rap Monster) du groupe BTS
Règlement ;; Moonlight || Shadows 3766924225 - Litchi
Chemin ;; Moonlight || Shadows 3766924225
Commentaire ;; Ça rentre dans un post Moonlight || Shadows 2432113367 ♥️
Depuis Shukumei
Jeudi 12 Octobre 2109 – 15h00

« Monsieur ! Est-ce que vous m’entendez ? Monsieur ! »

Mes yeux roulent sous mes paupières pour toute réponse. Ça semble vous convenir, assez pour que vous vous intéressiez sérieusement à mon cas du moins. Je vous entends, oui, mais tellement loin, qui que vous soyez… Secouriste ? Pompier ? Quelque chose dans le genre sûrement. Mon corps frêle est alors bougé, soulevé, attaché, puis enfin hissé quelque part. J’ai du mal à suivre en fait. Il fait froid, si froid… Sensation d’eau glacée qui glisse sur ma peau, de vent s’empressant de l’agresser ensuite.

« Pourquoi il est à moitié désapé, lui ? Ses vêtements auraient été happés par la vague, tu crois ? » Demande une voix nouvelle, troublée.
« On s’en fout, c’est pas important. Faut le stabiliser ! »

Mon sauveur se montre un peu agressif. Si seulement je pouvais lui sourire... J’aimerais être en capacité de le regarder, de dessiner ses traits du bout des doigts, de les graver dans ma mémoire. En mon for intérieur, j’ai envie d’embrasser cet inconnu à pleine bouche. De ces baisers qui veulent faire passer un message. Le mien serait « Merci ». Le plus beau, le plus fort et le plus sincère des remerciements du monde, quand bien même la raison m’échappe encore. Je suis heureux, tellement heureux que cet homme m’enveloppe soigneusement dans une couverture. Il commence à faire plus chaud déjà. J’ai envie de pleurer tant je suis soulagé…

Pourtant, mon corps ne va pas bien. Je le sais, je le sens. Mes oreilles, devenues mon seul repère en cet instant, sifflent intensément. C’est insupportable… Au loin, je reconnais la voix étouffée de mon héros, mêlée à une myriade d’autres éléments sonores. Il y a de l’agitation autour de moi, et pas qu’un peu. Des vrombissements de moteurs. Des cris, des sanglots. J’ai l’impression de rêver. Il faut dire que je n’ai pas la sensation d’être vraiment là. Je sens des mains qui me secouent, qui me tapotent à divers endroits, certainement pour juger de mon état.

Que se passe-t-il, bon sang ?!
Ou plutôt… Que s’est-il passé ?

Ce sifflement que j’entends, il est aussi perturbé par quelque chose de plus proche. Trop proche. Un geignement. Est-ce que ça vient de moi, ce son atroce ? J’ai du mal à respirer… Sensation désagréable d’étouffer. J’aimerais vomir, tousser, mais je ne le peux pas. Ma gorge est obstruée je crois, mais j’ignore par quoi. J’ai mal… Ma tête me fait un mal de chien. Elle éclipse les autres douleurs qui me parcourent. Et il fait froid, si froid finalement... La couverture ne suffit pas. Pourquoi suis-je trempé ? Je ne sais pas où je suis, ni ce que je fais là. Mon instinct me murmure que je dois être sur un bateau, ou une embarcation quelconque vu comme ça tangue. A moins que je ne me découvre des vertiges ? Qui sait…

Voilà que j’ouvre difficilement les yeux. Une image approximative de l’apocalypse vient agresser mes rétines. Le temps d'une seconde à peine, avant que mes paupières ne se scellent à nouveau. Des décombres, des gravats, de l’eau boueuse… Et des corps flottants à la surface.
Je ne comprends pas.
Tout ce que je sais, c’est qu’il s’est passé quelque chose. Mais quoi ?

« Merde, putain, il perd connaissance ! »

{…}

Dimanche 15 Octobre 2109 – 19h27

Je suis en plein interrogatoire, je crois. Pourtant l’homme qui me fait face n’a rien d’un policier… J'ai fait quelque chose de mal ? Je ne crois pas... M’enfin, je n’ai plus beaucoup de sensations pour le moment à vrai dire… Qu’il est dur d’émerger, de chasser ce nuage opaque qui a pris place dans ma tête, cohabitant avec une jolie migraine. J’ai mal. Je veux me rendormir… Tout est si blanc ici, si lumineux que j’ai l’impression qu’on a reset ma palette de couleurs. Les murs, les draps, mon plâtre, les blouses… Tout est blanc. Celle de mon médecin n'échappe pas à la règle. Je ne sais plus s’il est Neurologue ou chef de service… Les deux peut-être ? J’en sais rien…

Il me demande des choses, je m'exécute docilement. Il me pose des questions, j’y réponds. Et il note. Encore et encore. Jusqu’alors, il semble satisfait. J’aimerais pouvoir en dire autant, mais j’ai soif, et si mal… Plus ou moins partout à vrai dire. Les antidouleurs ne sont pas assez puissants… J’imagine qu’on reverra mon traitement à la fin de l’entretien. En attendant, je ravale mes plaintes et mes larmes, comme à mon habitude. J’ai hâte que ce soit fini, d’être soulagé.

J’essaye de cacher cette petite pointe d’agacement qui monte en moi également. Parce qu’à force d’être pressé comme un citron, j’ai la sensation qu’il cherche la petite bête, ce cher docteur. Qu’il attend la question piège.  Pour passer le temps et tenter de rester concentré, je me contente de fixer ses lunettes de vue. Je les trouve jolies, originales. Pas comme les miennes, de loin plus sobres. Je me demande bien où j’ai pu les mettre, d’ailleurs… Je ne sais plus…

« Pouvez-vous m’indiquer la date, Raīto-san ? » Un soupir fatigué m'échappe.
Je grommelle. « Mh… Le 13 Septembre 2108. »

Hochement de tête machinal, comme jusqu’alors. Puis il se fige au moment de noter. Quoi ? On dirait qu’il a compris quelque chose. Je n’ai pas parlé assez fort ? Vu comme je me sens lessivé, c’est fort possible. Je l’ai vu tendre l’oreille à de nombreuses reprises depuis qu’il me parle. Ses iris verts se posent sur moi. Je fronce les sourcils.

« … Vous pouvez répéter, s’il vous plait ? »
« Euh… Le 13 Septembre 2108 … Non ? »
Non.

Un ange passe. Nous parlons quelques temps encore, mais je sens une crispation chez mon vis-à-vis. Le doute s’installe dans mon esprit. De l’aspect plus fonctionnel des premiers tests, les questions se font plus précises. Temporelles comme personnelles. Et je dois bien me rendre à l’évidence… J’ai du mal à répondre. Beaucoup de mal. Peut-être car je suis encore dans les vapes ? Mon esprit, c’est comme de la ouate actuellement. Une boule cotonneuse toute douce, rassurante. Un cocon. Seulement, je devine que quelque chose cloche, depuis cette fameuse question. J’imagine qu’avec mes quelques jours de sommeil, je me suis trompé de peu. Ça arrive.

Une fois l’entretien terminé, il m’annonce qu’il va me faire passer des tests supplémentaires car il semblerait que ma mémoire soit affectée. Je n’y crois pas, pouffe même d'un rire nerveux. C’est une mauvaise blague, j'espère ? J’y croyais jusqu’à ce qu’il me montre la date sur son mobile. Mes paupières s’ouvrent davantage, je me transforme en statue de cire. Une année. J’aurais oublié plus d’une année de ma vie ?... Il me rassure, me dit que c’est sûrement une amnésie temporaire, que cela va se décanter. Je veux bien le croire. Le contraire me semble inconcevable.

Au diagnostic préliminaire post-apocalypse m’informant que j’ai une jambe cassée, de nombreux hématomes sur le buste, l’abdomen et les avant-bras ainsi qu’un trauma crânien supposément de gravité moindre, s’ajoute maintenant la variable perte de mémoire.

J’espère que les examens seront positifs…

{…}

Mercredi 18 Octobre 2109 – 11h12

Sourire avenant, réconfortant. Le genre qui invite à s’épancher. Elle a la tête de l’emploi, en fait, mais je la sens fatiguée. Une telle proportion d’ anticernes, ce n’est pas sans raison. J’imagine qu’elle a eu beaucoup de travail après la catastrophe. Personnellement, il m’a fallu un moment pour assimiler. J’ai pourtant dû m’y résoudre en observant mon triste état. Je n’aurais pas fini dans ainsi si je ne m’étais pas pris une vague gigantesque sur la tête ! A la télévision, on ne parle que de ça depuis une semaine. C’est déprimant... Nous sommes en deuil, tous autant que nous sommes. Je suis un miraculé. J’ai été sauvé et j’en suis heureux. Il faudra que je songe à demander le nom de ceux qui m’ont aidé pour les remercier un jour, si j’arrive à les retrouver. Toujours est-il que d’autres n’ont pas eu ma chance. Aussi, même si l’idée de rester alité un temps me frustre, je tente de me résoudre à accepter mon sort.

Et ça passe aussi par consentir à la présence de cette gentille dame dans mon quotidien. C’est la première fois que je la vois. J’aime bien sa voix. Je ne lui en veux pas de me voir un peu tard. Mon état psychologique n’a rien de gravissime au fond. Je vais bien, c’est ce que je n’arrête pas de lui répéter. Sauf qu’elle ne semble pas me croire.

« Raīto-san… Comment prenez-vous le fait d’être amnésique ? » Je me laisse un instant de réflexion, pinçant mes lèvres entre elles. « Ça va vous paraître bizarre je pense, mais… Je le prends bien. Bien sûr, c’est perturbant de savoir qu’on a la mémoire défectueuse, mais au fond… Ça change rien pour moi. Je veux dire, j’ai pas l’impression d’être différent de celui que j’étais avant. J’ai des souvenirs tout de même ! Beaucoup, maintenant. »

Bien qu’à mon réveil, je peinais à faire le lien entre les images que j’avais dans la tête et les informations ancrées en moi. Sûrement du mal à me réveiller. Il m’a fallu quelques jours pour aller mieux, pour dissiper petit à petit le nuage compact dans lequel j’étais prisonnier.

« Je suis moi. Et je pense que mes souvenirs, je les retrouverais petit à petit. C’est une question de temps. » « Tout à fait ! » Elle note. « Mh… J’ai entendu dire que votre père était venu vous voir il y a quelques jours… Racontez-moi. » Mes mâchoires se crispent. Les images se succèdent. Souvenir douloureux. Je déglutis, détourne les yeux cette fois. « Eh bien… Je ne l’ai pas reconnu sur le moment… » Elle hoche la tête. Je n’arrive pas à dire un mot de plus, elle insiste. « Ce dont je me souviens est loin, très loin. Je me souviens d’un père présent et attentif, mais quand je l’ai revu… Sa voix me disait quelque chose. Je sentais que je le connaissais très bien. Que c’était quelqu’un que j’aimais et appréciais particulièrement. Seulement… » Ma respiration se fait lourde. « Le père dont je me souviens n’a jamais porté de lunettes. Il était plus musclé, moins rondouillard, moins voûté. Il était plus souriant, moins effrayé. Il n’était pas poivre-sel. Il portait toujours une montre à gousset à la ceinture et une chaîne en argent autour du cou… Cet homme que j’ai rencontré, c’est aussi mon père, oui. Maintenant j’en suis sûr, après avoir discuté et passé du temps avec lui. Sauf que c’est mon père avec 10, peut-être 15 ans de plus que dans mes souvenirs ?... » Ma main tremblante d’émotion saisit mon verre et je me désaltère. J’en ai besoin, je sens ma voix tressaillir. « Ce qui m’affecte avec ces retrouvailles… C’est qu’avec ma perte de mémoire… Je lui ai fait du mal, et je m’en veux terriblement. »

J’ai bien cru avoir brisé son cœur quand je lui ai demandé qui il était. Mon père n’est pas quelqu’un qui montre quand il souffre. Tel père tel fils, comme on dit. Je l’ai senti pourtant. Alors au fur et à mesure de la conversation, quand je l’ai replacé, quand j’ai mis un nouveau visage sur mes souvenirs, j’ai ressenti une énorme culpabilité m’envahir. Il ne mérite pas ça. Certes, je sais qu’il ne m’en veut pas, il est trop heureux que je sois en vie pour ça, mais tout de même...
Je tente de me reprendre. La psychologue se redresse, me sourit.

« Vous savez, Raīto-san, ce que vous vivez est tout à fait normal. Vous avez survécu à une catastrophe naturelle. Il est normal de ne pas en sortir totalement indemne. »

Son regard d’ambre bifurque vers ma jambe gauche. Apparemment je suis parti pour un peu moins d’un mois et demi à rester ainsi immobilisé sur ce lit d’hôpital, avant d’enchaîner sur une longue rééducation pour réapprendre à marcher avec un tibia fragilisé. Ça fait bizarre d’avoir toujours une jambe en l’air, immobilisée d’un plâtre du pied jusqu’en haut de la cuisse. Le pire, c’est quand je sens des fourmis dans ma jambe, ou encore qu’elle me démange. Là, c’est de la torture ! Puis entre nous, je suis du genre actif. Alors rester au lit juste avec un ordi entre les mains ou zapper sur les différentes chaînes de télévision… C’est vraiment pas ma tasse de thé. Je m’ennuie à mourir, je suis tellement pressé que tout ça soit fini… Puis je n’ose même pas imaginer la tête que j’ai après être passé sur le billard pour mon trauma’. J’dois plus ressembler à rien…

Ma psychologue ne se préoccupe pas de mon état physique, elle. Je sens le malaise quand ses mireilles glissent vers mes avant-bras parsemés de cercles difformes devenus jaunes/verdâtres. Vestiges d’hématomes.

« Que pensez-vous du diagnostic de votre amnésie ? » Haussement d'épaules, un sourire s'étire sur mes lèvres. « Je ne suis pas surpris. Je me suis quand même pris une vague sur la tête, il y a de quoi traumatiser tout le monde ! »

Mon rire s’envole. J’aimerais détendre l’atmosphère. Effectivement, j’ai oublié une partie des événements avant la catastrophe, mais je n’ai pas de souci à ancrer de nouveaux souvenirs. C’est une amnésie rétrograde, à source psychogène. Les résultats parfaits de mes imageries cérébrales le prouvent. Voilà comment je me suis retrouvé à dialoguer avec cette gentille dame… Qui ne se laisse pas berner par ma bonne humeur. « Selon vous donc… Ce serait dû à la vague ? » Mon regard se perd un instant, mon esprit se vide. Je capte le sous-entendu. Oui, Madame, moi aussi je trouve ça bizarre, mais non, je n’ai pas d’explication pour mes bleus, ni du fait que j’ai été retrouvé à demi-nu à ce qu’on m’a dit. Et je ne suis pas sûr de vouloir savoir, à vrai dire… Je déglutis, penchant la tête sur le côté pour donner le change. « A quoi ce serait dû sinon ? »

J’élude la question, elle semble compatir. Oui, je fuis. Non, je n’ai pas envie d’en parler. Je ne suis pas quelqu’un qui parle facilement quand ça ne va pas. Il y a des limites à ne pas dépasser, et là, je me sens sincèrement dans une mauvaise position. Si je n’étais pas cloué au lit, j’aurais déjà pris congé… Heureusement, elle change de sujet

« J’ai lu sur les transmissions que vous aviez fait des cauchemars ces dernières nuits ? Vous pouvez m’en parler ? »

J’hoche la tête. D’ordinaire, je dors déjà peu, mais depuis que je suis sorti du coma, les rares fois où le sommeil m’emporte, je ne me sens pas bien. Je vois des choses qui m’effraient, me donnent des sueurs froides. Il m’est arrivé de me réveiller à plusieurs reprises en m’accrochant à mes ridelles comme un naufragé à la mer, ma blouse trempée. Alors je raconte sans omettre de détails, le peu de choses dont je me rappelle. Un homme. Je le connaissais, mais je ne sais plus qui c’est. Une arme de poing que j’ai l’occasion de voir sous différents angles. Ses multiples tatouages… Et surtout, la présence d’un élément qui me rend perplexe : une lettre rose.

Avec un peu de chance, ce n’est rien d’important…

{…}

12 Octobre, 12h32. Sur l’écran de mon portable, je relis le message de Ryôma. Il m’a donné rendez-vous dans un lieu que nous connaissons tous les deux. Une vieille bâtisse désaffectée où je me plais à venir chanter, danser ou encore parfois jouer avec quelques amis. C’est calme, un peu éloigné de l’affluence du centre, souvent désert. Au moins ici, quand on se produit, on ne dérange personne. Liberté d’expression, de mouvements. J’aime cet endroit.

Je l’aimais…

Ma silhouette fluette glisse dans le bâtiment presque en ruines. Les murs sont pour certains rongés par la mousse, d’autres abattus. J’espère qu’il ne va pas pleuvoir. Le ciel est si noir, je n’ai pas pris de parapluie… Je ne peux décemment pas retourner travailler en étant trempé ! Ça ferait rire les enfants, mais sûrement moins la directrice. Pour autant, c’est le cadet de mes soucis pour l’instant. Mes orbes noisette cherchent mon ami et ancien amant du regard. Ils finissent par le trouver, assis sur une caisse en bois à jouer avec son zippo, l’air absent, préoccupé. Ce n’est pas son genre de demander à me rencontrer de toute urgence. Néanmoins, je ne peux m’empêcher de sourire en le voyant. Qu’importe ce qui le turlupine, je vais faire de mon mieux pour le rassurer, le consoler. Il ne m’a pas appelé au secours sans raison ! Je penche la tête sur le côté en approchant doucement, un brin minaudeur.

« Bah alors ? Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Claquement sec du zippo qui résonne dans le vide. Ses perles de jais me détaillent. Quelque chose cloche. Il est froid, fermé. Je déglutis même en le voyant me fixer de la sorte. Je me sens soudainement mal à l’aise. Il est en colère. Mon sourire se fane et je me redresse, penaud, comme un enfant qu’on gronde après une bêtise. Quelques cendres tombent de sa cancerette. Il tire dessus, la tapote et fait un signe de tête face à lui. Mes yeux suivent la direction indiquée jusqu’à tomber sur une lettre rose. Aïe. On a jamais parlé de l’Incontestable tous les deux, mais à en juger son état, j’imagine qu’il ne vaut mieux pas le féliciter…

« T’en as reçu une ? » Je cligne des yeux, incrédule. Je l’attends depuis tellement longtemps, cette lettre… Si je l’avais reçue, je ne serais sûrement pas là. Ou alors, je lui aurais sauté dans les bras. L’enveloppe rose signe le début d’une nouvelle vie. Une promesse d’avenir nouveau. Sa question me pince donc le cœur… Vu son regard, je n’ose même pas répondre, me contentant de me pincer les lèvres. « Bon. Bah j’ai pas besoin de la lire alors. » J’écarquille les yeux de stupeur. Le temps d’assimiler l’information, il est en train de mettre le feu à son enveloppe, encore scellée. Mon sang ne fait qu’un tour dans mes veines et je lui saute dessus, m’empressant de reprendre sa lettre déjà en partie attaquée par les flammes. « Arrête ça, qu’est-ce qui te prend ?! »Je la jette au sol, la tapote du pied pour éteindre le feu. Ouf, c'est superficiel. Avec un peu de chance, il peut encore la lire. « Mais pourquoi t’as fait ça ?! » « Et toi alors ? Pourquoi t’as fait ça ?! » Siffle-t-il.

Ses traits se tendent et je ne peux répondre quoi que ce soit, estomaqué devant son manque d’intérêt. J’en ai connu des gens qui avaient peur du mariage, qui n’acceptaient pas le fait d’être marié de force, mais de là à nier à ce point le règne de l'Incontestable, c’est bien la première fois. Je suis décontenancé, perdu. Ému aussi. Je n’ai pas envie qu’il meure. Je voudrais qu’il essaye au moins. La personne qui lui a été choisie sera sûrement parfaite pour lui. Alors j’ose, la voix un peu éraillée.

« Tu… Tu veux aller en prison ?... » Il termine sa cigarette, la jette et sourit. Des volutes de fumée s’échappent de ses narines. J’ai l’impression qu’il incarne soudainement le dragon qui est tatoué le long de son bras en cet instant. Il m’arrache un frisson. « Oh nan, j’y mettrais même pas un pied. » Je fronce les sourcils. Il se redresse, me domine de sa hauteur. Sentiment intense de vulnérabilité. L’incompréhension peint toujours mes traits. Il s’approche près, tout près. J’hésite à reculer, reste figé. « Dis, Moon… Ça fait combien de temps que tu me trompes, au juste ? » Mes yeux sortent presque de leurs orbites à cette question. « … Quoi ? »

Question dégoulinante de sincérité, lâchée dans un souffle à peine audible. Il s’approche, carnassier, me chope par la chemise et me tire vers lui d’un coup sec. Mes pieds ne touchent plus le sol, je suis devenu une poupée de chiffon je crois. L’incompréhension se mue en surprise, marbrée de peur.

« Tu t’es tapé combien d’mecs dans mon dos, p’tite pute ? »

L'effroi cette fois. Cette dénomination me débecte. Il n’a jamais été injurieux par le passé, ni brutal. Peut-être un peu pressant et possessif, mais de là à s’imaginer qu’on est ensemble et que de surcroît je l’ai trompé, là, j’hallucine ! Je l’apprécie, comme un ami, et il a été assez séduisant pour que je me retrouve à quelques reprises dans son lit, mais ça s’arrête là. Il ne m’a jamais intéressé ! J’aimerais m’énerver, lui crier qu’il est timbré et prendre la fuite, mais ce n’est pas mon genre. A la place, je tente de le raisonner, avec toute la douceur dont je suis capable. Lentement, ma main se pose sur la sienne, mes doigts caressant l’encre de son tatouage. Ma voix se fait compatissante.

« Ryô… Il n’a jamais été question qu’on soit ensemble, tous les deux. Je ne pensais pas… Que tu me voyais de cette façon. » C’est un peu tard pour comprendre que lui m’aimait, hein ? J’en suis désolé. Toujours est-il qu’il ne se démonte pas, me repoussant aussi sec qu’il m’a attiré à lui. Un petit cri s'envole et je me retrouve douloureusement au sol dans un gémissement. Ah… J’me souvenais pas que c’était si dur, le béton.« Jamais, hein ? La bonne excuse. Depuis l’début, j’t’ai dit que t’étais à moi. Salaud ! » Il crie, s’agite. Moi, je déglutis. Je le croyais juste possessif. On ne se voyait que rarement, quand bien même il m’envoyait des mails régulièrement. « Si t’avais reçu la lettre, toi aussi, t’aurais pu t’en sortir avec une p’tite correction. Mais si j’peux pas t’avoir, Moon, personne t’aura. »

Il braque alors une arme vers moi. Mon palpitant s’accélère dangereusement. Cette déclaration et ce sourire affreux qui fend son visage me glace le sang. Il est fou ? Ça veut bien dire c’que ça veut dire ?... Mes lèvres s’entrouvrent, tremblantes. Je crois que tout mon corps tremble en fait. Il me fait peur. Ce n’est plus l’homme que j’ai connu. Je veux m’échapper, mais mes jambes ne me porteront pas. Les mises en garde de Sarah me reviennent en mémoire. Elle disait qu’il était Yakuza, qu’il tremperait dans le trafic de stupéfiants. Je n’y avais jamais cru. Il ne m’en parlait pas, n’avait rien de menaçant. Pétrifié, je tente une nouvelle fois de le raisonner. Un petit rire nerveux m’échappe.

« Mais, Ryô… T’es pas sérieux, quand même ?... »   Son regard se durcit. Sa main dévie à peine sur le côté et il presse la détente. Un coup part, s’abat à quelques mètres de moi dans un éclat. Je sursaute et je lâche un cri d’affolement en me recroquevillant sur moi-même. C’est un cauchemar. Alors c’est vrai ? Il veut vraiment me tuer ? Mon cœur s’affole plus encore. J’ai peur… « J’ai l’air plus sérieux comme ça ? » Je me contente de gémir sans le regarder. Ses pas s’approchent, il s’agenouille face à moi alors je redresse la tête, en pauvre bête apeurée que je suis devenu. « Mais avant, tu vas payer pour tous ceux qu’t’as baisé entre temps. Tu vas m’faire prendre mon pied autant d’fois que j’voudrais avant que j’t’achève. » Je tremble davantage, de manière totalement incontrôlable. Dans un ultime éclair de naïveté, je lâche « Non… Tu ferais pas ça. Tu… Tu vas mourir sinon… Tu… Tu vas tuer t-ta femme, ou-ou ton époux… »   Il pouffe de rire. « Et alors ? »

{...}

Mon regard se trouble. Alors ça y est, je vais mourir. Je vais vraiment mourir… En tous cas, ce dernier bruit semble avoir calmé mon agresseur pour un temps, je crois. Il sort de mon champ de vision amoindri pour faire je ne sais trop quoi. Moi, je n’ai plus de forces. Ma tête roule sur le côté, vers ce mur éclaté qui donne sur l’océan que j’arrive à deviner au loin. Il y a tant de choses que j’aurais aimées faire avant de partir... Dans ma tête, les visages de mes proches se succèdent. Je leur adresse un dernier au revoir doublé d’un pardon. J’aurais aimé être plus fort, moins naïf. J’aurais aimé ne jamais rencontrer Ryôma…

Mes orbes noisette finissent par se perdre sur la lettre rose malmenée tandis que je sens que Ryôma baisse mon pantalon. Je lâche prise. Mes yeux piquent encore en repensant à mon futur époux. Je n’aurais jamais imaginé partir avant de le rencontrer… Pardon, mon cœur. Tu ne me connais pas mais j’aurais tellement voulu que ce soit le cas. J’aurais voulu t’aimer en personne, te faire comprendre que je t’ai toujours attendu, que je suis heureux de t’avoir connu… Je t’aime… J’espère que tu ne m’en voudras pas trop de partir le premier…

Un bruit sourd me parvient, persistant. Mes yeux se pointent de nouveau vers la mer et je peux voir une vague se former, une très grande vague… Qui se rapproche dangereusement. Je fronce les sourcils. Voilà que j’ai des hallucinations maintenant…

{…}

Dimanche 7 Janvier 2110 – 3h03

Je me réveille en hurlant à plein poumons, m’accrochant corps et âme au plaid que Sarah m’a donné pour dormir sur son canapé. C’est vrai, je loge chez elle le temps que ma jambe se rétablisse assez pour que je marche correctement seul avec une canne. Vu comme ce cauchemar me paraissait réel, j’avais oublié… Heureusement, ma sauveuse surgit dans le salon, suivie de près par son mari qui allume toutes les lumières. Alertés par mes cris de panique, ils s’inquiètent. Elle se précipite sur moi, me caresse le visage. Je réalise alors que je suis pris de tremblements intense. Je crois que je fais une crise de panique. Mes yeux sont encore gorgés de larmes. Je me blottis contre le corps fragile de ma meilleure amie, tombant du sofa. Elle m’enferme dans ses bras et me berce fermement pour me faire revenir à la réalité, tandis que je tire sur sa robe de nuit pour qu’elle ne me lâche pas. Elle me questionne longuement, tel un disque rayé. Finalement, ma voix ne se brise.

« Je voulais pas savoir ! Je voulais pas savoir c’qu’il s’est passé ce jour-là, Sarah… Je voulais pas… »
« Quoi, Moon ? Qu’est-ce que tu voulais pas savoir ?... »
« Il… Il a… » Je renifle, lâchant dans un sanglot : « Il a voulu me tuer… »

Je ne lui en dirais pas plus. Jamais. A personne. Pas maintenant du moins. C’est trop dur,  trop frais. Je ne peux pas...
Mais je sais maintenant que ce jour-là, sans Shukumei… Je serais mort.


You are...
Jeudi 22 Février 2110 – 06h54

Cachée dans l’embrasure de la porte, j’admire ce que je ne croyais plus pouvoir observer un jour. Toi. Je t’observe vivre, tout bonnement mon Moon. C’est mon petit rituel du matin depuis que tu es venu vivre chez moi. J’en profite, je sais que ça ne durera pas, que ça te pèse d’empiéter sur ma relation de couple depuis que tu as appris – encore une fois – que je suis mariée. Pourtant, je suis émue. Émue de te voir dans ma cuisine. Elle n’est pas comme celle de notre ancien appartement, bien sûr, mais j’ai l’impression de replonger dans le passé. Dans ces presque sept années de cohabitation amicale. Tu n’as pas changé depuis tout ce temps, sinon très peu.

Debout aux aurores, tu aimes regarder le soleil se lever, apprécier le quartier qui s’éveille en douceur. Ici, tes yeux d’ébène cerclés de noisette – je me demande encore pourquoi tu ne t’es pas fait opérer depuis le temps, tu les portes si souvent, tes lentilles de couleur ! – ont tout à apprendre, tout à découvrir. Dans tes perles en amande, typiquement asiatiques, je retrouve ce même regard pétillant. Cette petite étincelle au fond de tes prunelles. Celle qui aime à corps perdu, qui est incapable de ressentir un véritable ressentiment pour qui que ce soit. Même pour celui qui aurait pu t’ôter la vie ce jour-là…

Tu es là.
Un peu cassé peut-être, mais tu es en vie.

Avec ce sempiternel sourire d’imbécile heureux, celui qui déstabilise et séduit. Ces lèvres charnues qui se complaisent à chercher leurs âmes sœurs. Tu as toujours été tactile dès lors que l’affection s’immisce dans ton cœur, et ce malgré un grand respect de la politesse nippone. Ce sourire me laisse toujours voir tes adorables fossettes. On dirait un gamin en train d’admirer le premier feu d’artifices de sa vie. Tu respires le bonheur et la joie de vivre, dans toute ta simplicité et ta candeur.

Le soleil illumine ton teint légèrement halé, réchauffant cette peau parfaitement entretenue sur laquelle tu n’hésites pas à expérimenter quelques maquillages discrets quand l’envie te prend. Elle est douce, ta peau. Elle invite aux caresses, aux câlins, à la tendresse que tu souhaites offrir en retour.

Tu l’offres sans doute plus que tu ne la reçois, cela dit…

Un sourire naît sur mes lippes en observant ta crinière. Capillairement instable, vestimentairement impossible à suivre, tu te plais à être de ces caméléons anonymes qui peuplent nos existences. On peut te voir un jour en costard-cravate, le lendemain en sweat-baskets et le surlendemain arborer un look « Rock ». La seule variable inchangée, c’est que tu ne portes JAMAIS le total look noir. Quant aux cheveux, j’exagère un peu. Ça doit faire trois ans environ que j’ai remarqué que tu optais pour certaines teintes selon les saisons. L’Hiver pour toi est synonyme de blanc, de pureté, bien qu’il t’arrive parfois d’avoir un brin de folie et de tester une couleur vert sapin. A croire que tu imagines que c’est festif… Le Printemps, édulcoré, revêt les couleurs blondes, roses pâles ou oranges clairs. Un dégradé doux, pour lequel tu es un peu en avance cette année vu que tu ne t’imaginais pas te teindre en blanc pour un petit mois seulement. L’été est pour toi synonyme d’évasion. Tu as un coup de cœur prononcé pour le bleu turquoise ou le violet en cette période, bien que diverses variantes d’indigo se sont déjà retrouvées sur ta tignasse. Quant à l’Automne, il est réservé aux couleurs plus naturelles et sobres. Il t’arrive même de faire reprendre leur aspect originel à tes cheveux, soit un noir de jais des plus banals. La coupe ? Elle change trop souvent, mais tu prends autant soin de ta tignasse que de ton corps. En ce moment, tu les gardes un peu plus longs que d’ordinaire, j’imagine que c’est pour cacher la cicatrice à l’arrière de ton crâne…

Après quelques secondes de contemplation, je me décide à te rejoindre. Par réflexe, tu te relèves. Mes yeux pointent vers le plafond.

« Combien de fois il faut que je te dise de rester assis ? »
« Combien de fois il faut que je réponde que je ne suis pas cloué à ma chaise ? »

Je souris. Je n’aime pas que te voir faire des efforts depuis ton séjour à l’hôpital, même si j’imagine que c’est bon pour toi de solliciter davantage ta jambe gauche maintenant que tu arrives à marcher avec une canne. Tu es encore très maladroit avec cette dernière, mais je te sens soulagé de réussir à remarcher au moins ainsi, bien que frustré de ne plus pouvoir danser comme tu le faisais si bien jusqu’à il y a quelques mois… C’est sûrement pour cela d’ailleurs que tu fais tout ton possible pour récupérer au plus vite. Ça, et l’espoir de reprendre le travail rapidement. Les enfants te manquent. Avec un peu de chance, tu auras assez récupéré pour que la commission te laisse reprendre Avril… Bien que j’en doute...

Je t’embrasse chaque joue. Habitude Française qui ne te déplaît pas. Tu es pratique à embrasser, Moon. Ni trop grand, ni trop petit, dans la parfaite moyenne. 1m73 si mes souvenir sont bons. Et tout en finesse en plus de cela, si on omet ton visage un peu potelé. Depuis tes désillusions avec Nathan, tu as maigri, et je n’ai pas la sensation que tu aies repris. Tu ne manges peut-être pas assez ? Pourtant, tu manges à ta faim et pas des façons les plus équilibrées qui soient ! Je ne comprends pas, mais je t’envie. Y’a tant de filles qui aimeraient avoir ton métabolisme, si tu savais…

Je nous sers du café et on s’installe posément. Mes prunelles sont attirées vers tes mains de musicien, portant la tasse à tes lèvres. Tes bijoux captent la lumière. Que ce soit tes bagues, ton bracelet, les anneaux à tes oreilles ou encore le piercing qui orne ta langue quand tu parles. Ça me fait sourire, encore. Dire qu’il n’était pas vraiment prévu, celui-là… Une soirée un peu alcoolisée qui te désinhibe après des années d’hésitation, un pote tatoueur-perceur et le tour est joué ! Ah, t’étais le premier surpris au réveil, mais au final, tu ne l’as jamais regretté, ton unique piercing.

... Tu n'as pas changé.

« Alors comme ça, tu te sens partir ? » Décidément, Ikuto est un mari adorable mais il est parfaitement incapable de tenir sa langue. J’hausse les épaules. « Eh oui, il faut bien. On va pas laisser notre ancien appart’ à l’abandon plus longtemps, non plus. Ce serait dommage… Puis il est bien trop loin de chez mon kiné’, sans parler de son accessibilité. »

Je soupire en repensant à mes difficultés à monter et descendre nos cinq étages sans ascenseur. Dire que je faisais ça les doigts dans le nez avant, en sautillant même, tant c’était facile. Maintenant, je me traîne. Je me suis senti si vieux et diminué la dernière fois… J’aime notre ancien appart’, vraiment. Il est bourré de souvenirs, mais si je dois souffrir pour y aller pendant encore des mois, ce n’est pas possible pour moi. Sans même parler de la poussière qui s’accumule… Ça me rend malade. Je songe même à prendre de nouveau un(e) colocataire. Quelqu’un qui serait susceptible de m’aider dans ma convalescence au besoin. Je sais pas si quelqu’un répondrait à une annonce pareille, mais qui ne tente rien n’a rien. Je me redresse en lui adressant un sourire.

« Puis je chercherais plus près de mon lieu de travail. L’ancien était proche de l’université, mais j’passais beaucoup de temps dans les transports en commun depuis deux ans. » « … Trois ans, Moon. » Sourire compatissant. Oui, c’est vrai qu’on est en 2110 maintenant. J’échappe un rire nerveux. J’ai encore du mal à m’y faire parfois. Faut dire que j’ai jamais été bon avec les dates de toute façon !
« Oui, trois ans bientôt. » Vite… Un changement de sujet, s’il vous plait ! « Tu comptes faire quoi si la commission te dit que tu ne peux pas reprendre en Avril ? »

Mon sourire se crispe. Sincèrement, j’espère surtout ne pas perdre mon emploi à cause de ça. J’aime beaucoup l’école où je travaille, ça me ferait mal au cœur de devoir tout recommencer ailleurs... L’air de rien, faut être en capacité physique pour suivre une classe de 25 têtes brunes ! Et ça implique donc d’être assez en forme pour pouvoir leur courir après au besoin, ce qui n’est pas mon cas pour l’instant.

« J’imagine que je reprendrais des gardes d’enfants. Je chercherais un travail qui me demande moins de solliciter ma jambe, le temps qu’elle finisse de se remettre. En attendant, je croise les doigts pour que ça passe quand même... »

Mes apprentissages sont intacts, mes souvenirs moins. La mémoire épisodique flanche, celle sémantique a parfois du mal à se réveiller aussi, mais je vais bien. Selon ma psychologue, j’ai une amnésie psychogène, due à ce qu’il s’est passé le 12 Octobre. Ça a affecté des passages de ma mémoire de façon anarchique. J’ai oublié certaines personnes, mais les côtoyer fait resurgir petit à petit les souvenirs. Comme avec mon père par exemple. D’autres comme Sarah me sont restés en mémoire, outre mon gros trou d’un an environ sur l’année 2108-2109. Peut-être ai-je cherché à effacer des moments qui m’ont fait mal de façon inconsciente ? Comme oublier tout événement lié à Ryôma déjà… Ou le fait de me retrouver seul dans notre appartement après l’annonce du mariage de Sarah… En tous cas, je préférerais largement ne pas vivre ça … Je vais faire de mon mieux d’ici la commission. Cette amnésie ne m’empêche pas de travailler, ma psychologue est formelle. Mais ça, ce sera à eux d’en juger…

En tout cas, outre la contrariété que ça occasionne à mes proches, moi, elle ne me dérange pas, cette amnésie. Je vis très bien avec et je n’ai pas la sensation d’être différent. Mes yeux tombent vers ma tasse et je me mords la lèvre.

« Sarah… Est-ce que je suis un monstre ? » Mon regard se porte sur mon amie, choquée par ma question. Je précise, elle ne peut pas savoir après tout. « Tu sais… Moi, je suis content que la vague soit passée. Vraiment. » Et être heureux qu’un tsunami ait emporté une partie de la ville et ses habitants, ça ne devrait pas être un sentiment que je devrais ressentir. Je m’en veux tellement pour ça… Ma voix perd de sa superbe. « Parce que… Sans Shukumei… Je pense sincèrement que je serais mort à l’heure actuelle. » Et vraisemblablement dans d’atroces souffrances vu les promesses de mon assaillant...
« Alors oui, c’est affreux mais… J’arrive pas à m’empêcher de remercier la vague d’être passée. Grâce à elle, j’ai eu une chance de survivre. Est-ce que ça fait de moi un monstre ?... »
« Bien sûr que non, idiot ! »

Et sur cette déclaration, elle vient m’étreindre. Mon visage se fraye un chemin dans le tissu de sa chemise de nuit. J’inspire, expire profondément. Grâce à Shukumei, je peux encore sentir le parfum de ma meilleure amie, sentir la chaleur de son corps et la texture de ses vêtements. Je peux entendre de nouveau mes chansons favorites, savourer mes plats préférés… Et grâce à Shukumei, j’ai encore une chance de pouvoir, un jour sûrement, rencontrer mon futur mari.

Il me tarde tant d’y être…


Still Alive.
Un homme sérieux et doux sur qui l’on peut compter. Un professeur aimant et esthète dans l’âme. Ma fée au masculin, débordante d’imagination et de chaleur humaine. De ces personnes heureuses de vivre, qui croquent la vie à pleines dents. Tu t’émerveilles de tout et d’un rien. Très curieux, tu aimes découvrir, apprendre, partir à l’aventure. Tu es lumineux, Moon. En ta compagnie, tout semble plus facile, plus simple, plus doux. D'une douceur apaisante.. Tu vois le verre à moitié plein, oubliant le vide persistant de l’autre côté. Optimiste, voire utopiste, tu es de ceux qui rêvent, espèrent et agissent en conséquence. De ceux qui poussent autrui à se réaliser, à se dépasser. Tu encourages, tu soutiens, tu es là. Toujours. A mes yeux, l’incarnation même de la gentillesse. Un peu trop même. « Trop bon, trop con », comme on dit. Crédule parfois, naïf souvent. Tu ne te méfies pas. Jamais. De personne. A croire que tu n’as pas d’instinct de conservation. Evidemment, ça t’a joué des tours, jusqu’à très récemment encore… Tu t’en mords les doigts à chaque fois. Néanmoins, pour chaque échec, chaque erreur, tu hausses les épaules et un sourire benêt vient orner tes lèvres

« Ce n’est pas grave, je ferais mieux la prochaine fois »
C’est craquant, comme tu débordes d’innocence et de pureté.
De pureté, vraiment ?

Oh non. Il n’y a qu’à te voir flirter pour comprendre que tu n’es pas innocent en toutes circonstances. Séduire t’excite, t’électrise. Tu en as besoin désormais, depuis que ta première blessure sentimentale a meurtri ton cœur encore un peu trop jeune. C’est le frisson que tu cherches. Celui qui parcourt ton échine jusqu’à ta chute de reins. Tu aimes être attiré tout autant que tu peux plaire. Tu aimes discuter, faire monter la température lentement, jouant de mots comme de caresses. Assumant ta spontanéité, n’écoutant que tes envies, quitte à essuyer une gifle ou un coup de temps en temps, tu as toujours préféré vivre sans regrets. La suite, je n’en sais pas plus. Chacun son jardin secret. Toutefois, il t’arrive trop régulièrement d’avoir du mal à préserver ton cœur d’attirances qui ne seraient pas que charnelles. D’avoir des « coups de cœur », comme tu le dis si bien.

Non, ce qui te pose problème, c’est que tu voudrais une relation vraie, sincère. Exclusive même peut-être, à terme ? Au fond de toi, tu en as assez de devoir partager. Et pourtant, tu as toi-même été amoureux de plusieurs personnes à la fois par le passé – rien qu’avec ton futur époux dans la balance, tu as toujours été polyamoureux en fait... Paradoxe humain. Pourtant, force est de constater que tu cumules les échecs sentimentaux. Ça me fait mal de voir ça. Tu mérites tellement mieux que les indécis qui ont peuplé ton existence. Depuis quelques années, tu ne te qualifies plus comme « amoureux » quand les papillons viennent s’agiter dans ton ventre. Tu réduis le sentiment pour ne pas souffrir de l’issue qui approche.

Et tu te raccroches à ta seule sûreté : ton futur époux. Fort d’une foi inconditionnelle en l’Incontestable, tu es convaincu que ce sera un homme, malgré les 50% de chances - et encore... Tu ne le connais sûrement pas, mais tu l’as toujours considéré comme l’amour de ta vie. Ça peut paraître invraisemblable d’aimer quelqu’un dont on ne connait pas l’identité. Et pourtant… C’est le cas. Il a sa place dans ta vie, tu l’attends depuis que tu as l’âge de recevoir la lettre après tout, et tu as tant préparé pour ce mariage depuis tes 16 ans... Qui que ce soit, je sais que tu l’aimeras. Tu lui donneras tout pour qu’il t’aime en retour. Tu es comme ça : passionné, romantique, attentif. Tu seras patient, autant qu’il le faudra. Tu le séduiras. Tu l’amadoueras et surtout, tu l’aimeras comme tu n’as jamais aimé auparavant.

Contrairement à moi, tu es très organisé et travailleur. Tu as également ce petit côté dominant qui surprend au vu de la première image que tu renvoies. Un peu autoritaire par moments, mais il le faut vu le métier que tu fais. A l’écoute, tu as tout de même un fond de leader, de ceux qui prennent les décisions après avoir concerté l’autre. Dans tes relations de couple, outre Nathan – et encore, crois-moi que tu le menais par le bout du nez. – , c’était toujours toi qui menait la barque. Un rôle qui te convient, que tu caches et enterres malgré toi derrière une façade gentille et naïve. J’aimerais que tu écoutes un peu plus ce côté de ta personnalité à l’avenir, que tu t’affirmes. Ça ne te ferait pas de mal ! Et que tu te décides à te confier un peu aussi. Arrête de garder le poids de tes peines et de tes douleurs pour toi. Tu as le droit de pleurer, bordel ! Ça me fait toujours aussi bizarre que tu sois si secret. A croire que tout ce qui est du registre de l’émotion négative, tu n’as pas le droit de le ressentir.

Moon, tu n’es pas un robot.
Tu n’es pas parfait.
Tu es Humain.

Et dans cette parfaite imperfection, il y a tout de même un point qui me chiffonne. Un mal qui te ronge de l’intérieur, qui n’aurait pas dû être là: ton amnésie. Je m’estime chanceuse que tu te souviennes. De moi, de nous. Oh, je ne suis pas naïve, tu ne te rappelles pas de tout, loin de là. Ta mémoire est comme fragmentée, nuage opaque sur l’année 2109. Pour le reste, la brume est encore un peu dure à dissiper, mais tu as fait d’énormes progrès déjà, ta psy’, ton père et moi, on l’a bien vu. Ton cerveau réapprend doucement à accorder sa confiance. Des personnes, des pans entiers de ta vie passée te sont parfois très durs à replacer, voire impossible pour l'heure. Les souvenirs sont endormis, mais ils sont là. Ta mémoire n’est pas morte, elle se protège. C’est psychologique, et oui... Et c’est mal vu d’avoir une affection psychologique dans notre société, malheureusement.

Tu ne le montres pas, mais je sais que ça te fait mal de ne pas te rappeler. Pas pour toi, non. Tu te contenterais bien de continuer ta vie ainsi. On ne peut pas souffrir de quelque chose dont on n’a pas conscience après tout… Non, c’est pour nous que tu as mal. Pour ceux dont ton cerveau malade n’arrive pas bien à replacer les pièces du puzzle. J’imagine que ça doit être fatiguant de vivre ainsi : subir jour après jour le même schéma. Je sens la peine dans tes yeux quand tu comprends que quelque chose cloche. Puis, d’un sourire circonstanciel, tu rassures. Tu fais comme si de rien n’était. Tu t’excuses si besoin est. Tu expliques ta situation, luttant parfois pour que la personne comprenne l’information.

Qu’importe l’émotion qui t’assaille, il y aura toujours un sourire sur tes lèvres.
Toujours.

Bacon L. Beigbeder
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par Bacon L. Beigbeder
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Moon Raitô
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Makoto Nanase
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par Makoto Nanase
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[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
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Bacon L. Beigbeder
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le Jeu 22 Mar - 20:20
par Bacon L. Beigbeder
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Vive Shukumei. Moonlight || Shadows 1362171446

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