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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 14:14
Isaiah Shinobu Greyster
Greyster
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Isaiah Shinobu
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22 yo
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Nippo-américain
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Tatoueur et serveur/barman, à temps partiel
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Aoba Seragaki - Dramatical Murder
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Je suis vraiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiment désolée pour la longueur de cette fiche. Vraiment, vraiment.
La reprise m'a inspirée. Désolée ;w;
Take a piece of china, break it and you have me...
TITRE 1 - PHYSIQUE
Le physique de votre personnage. 250 mots minimum.
My mind's a mess
J’aurais dû te demander pardon. C’est c’que j’me suis dit quand je t’ai regardé te décomposer sous mes yeux. Quand j’ai vu toutes ces briques qu’on avait remises en place ensemble sauter les unes après les autres. J’aurais dû m’excuser et te laisser. Jamais je ne t’avais vu perdre tes moyens à ce point. Jamais j’aurais pu penser que tu craquerais comme ça, devant moi. J’te croyais incassable tu sais ? Fragile, ouais, mais incassable quand même. T’étais un paradoxe vivant. Je savais pas que t’étais déjà une poupée brisée. En fait non, t’en étais même plus là. T’étais un appareil en miette, qu’on pouvait pas réparer et qu’on avait abandonné parce qu’il n’était plus d’aucune utilité et qu’on pouvait pas le recycler. Bien sûr, j’étais pas stupide. Je voyais bien qu’il y avait des choses qui allaient, et beaucoup qui n’allaient pas chez toi. Parce que je savais comment tu fonctionnais. T’étais ultra fragile, et je savais que j’devais prendre des pincettes avec toi pour ne pas t’abîmer plus. T’en donnais pas l’impression quand on s’est rencontré tu sais ? Je t’avais déjà vu avant, pour moi t’étais un p’tit gars un peu trop virulent. T’avais de la hargne, t’étais agressif, impulsif. T’avais cette aura de méchant garçon qui n’attendait que de pouvoir se faire dresser et c’est ça qui m’a attiré tu sais ? J’voulais être celui qui allait te remettre à ta place. T’étais sauvage et je voulais te dresser. C’est ça. Te dresser. J’l’aimais ce côté sauvage, oh ouais, beaucoup. Il allumait une flamme dans ton regard. Ce genre de flamme qui disait « Allez-y, essayez de m’éteindre encore. » Du défi. C’était toujours ça avec toi, tu défiais. Et t’aimais ça. Cette flamme dans ton regard, elle brillait pour rappeler ça. Et aussi pour cacher ce que tu ne voulais pas qu’on voie. Et quand tu nous as trouvé Finn et moi, en te regardant dans les yeux, j’ai eu mal, parce que cette flamme, je l’avais éteinte. Et je voyais toute la douleur en toi. Parce que c’était ça hein ? Et pas autre chose. La douleur. Tu m’en parlais souvent, mais je ne réalisais pas ce que ça signifiait réellement pour toi. Je pensais que t’abusais juste avec les mots que t’utilisais, que tu souffrais pas tant. Que c’était juste pour que je fasse plus attention à toi. De la comédie. Mais tu es tout sauf un comédien Isaiah. Et je l’ai compris trop tard. J’avais oublié à quel point tu savais manier les mots, même si tu ne savais pas comment t’exprimer. Et c’était très étrange d’ailleurs. Parce que t’avais un truc avec les mots. Ah oui, t’avais un vrai talent pour écrire les choses. Mais dès qu’il s’agissait de parler, tu ne disais plus grand-chose.

[...]

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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 14:14
Made to be hurt
Hit.
Hit.
Hit. Hit.
Hit. Hit. Hit.


Frappe. Frappe encore. Douleur. Elle s'intensifie, et tu la sens à sa pleine force. La douleur. Tu vois le sang qui tâche les bandes enroulées autour de tes phalanges. Mais pourtant tu frappes. Tu frappes encore et encore. T’as mal, putain oui ça fait mal. Mais t'arrêtes pas. Jamais. La douleur, t'en as besoin. Elle t'a tenu debout. Elle te fait vivre. C’est ta drogue, t'en dépends plus que n’importe quelle autre substance que tu as pu consommer. T’en souffres c'est vrai, mais le manque est pire. Aujourd’hui, tu sais plus fonctionner si t’as pas mal. La douleur, tu la haïssais. Tu ne pouvais pas la supporter. Mais elle t’a très vite montrée qu’elle serait ta meilleure alliée. Auparavant, tu croyais naïvement que tu t’en débarrasserais un jour. Que ton nom n’y serait plus nécessairement associé. Que tu serais ta propre personne sans toute cette douleur attachée à toi comme un boulet. Tu savais pas à quel point tu te trompais. Maintenant, tu sais que tu peux rien faire. Elle sera toujours là, souvent exacerbée, parfois tapie en toi, mais jamais perdue. Et t’as appris à composer avec, à vivre avec, si bien qu’à présent, tu sais plus faire sans. C’est ton mot clef finalement. Toute ta pâle existence se résume à ça : la douleur. Tu sais pas ce qui t’a fait tenir jusque-là. Avec tous les désastres que la vie te balance à la gueule. C’est dans ce genre de moment que t’essaies de te motiver. Tu te dis que t’es pas arrivé jusque-là par hasard. Tu te dis que la plupart des gens auraient abandonné depuis longtemps. Et que toi, tu dois pas. Mais depuis quelques temps, c’est dur. C’est si dur. Cette force qui te tenait encore, tu sais qu’elle te lâche petit à petit. Elle t’a été arrachée en même temps que ton seul repère par la vague. Et tu te dis, pourquoi toi ? Pourquoi elle, et pourquoi pas toi ? T’es rien toi, tu vaux rien. Tu l’sais bien. Pourtant, ça a été elle et pas toi. Et tu la revois, dans tes bras, dans tes putains de bras. Chaque nuit durant lesquelles tu ne dors pas. Si t’avais pu, si t’avais su. Des « si » encore et toujours trop nombreux. Pour te rappeler combien tu souffres, combien t’as mal. Parce que toute ta vie, tu as eu mal. Mais jamais tu n’as eu si mal, trop mal. Tu pourras jamais oublier. Et alors te voilà devant ton sac à lutter. De toutes tes forces, ou en tout cas, ce qu’il te reste. Contre la vie. Les aléas. Mais surtout, contre toi.

Hit.
Hit. Hit.


Tu sais exactement comment tout a commencé, sans te laisser le choix de pouvoir y échapper. Vingt et décembre deux mille quatre-vingt-huit. C’est ce jour-là que tu es né, balancé innocemment sur cette planète sans avoir décidé. À quel moment as-tu jamais décidé de toute façon ? Dès l’instant où tu as été juste conçu, la possibilité de choisir t’a été retirée. Les détails de ton arrivée, tu n’étais pas censé les connaître. Mais ta génitrice a tendance à trop parler quand elle est ivre ou trop défoncée pour réfléchir. Alors tu sais tout. À cette époque-là, Inori Greyster était une prostituée comme toutes celles qu’on trouvait dans la partie sud de Cypress Hill, à Brooklyn, là où les choses étaient plus sales, moins dignes et toujours plus dégradantes. Bien sûr, ce n’est pas là qu’elle travaillait. Elle était de celles opéraient dans le luxe. Jamais la catégorie de clients qui l’intéressait n’aurait mis un pied dans un quartier aussi pourri que celui dans lequel tu as grandi. Non. Alors elle partait, quittait cette partie de Brooklyn pour les coins plus huppés que tu n’as jamais vus, où on trouvait les hommes d’affaires, les riches qui voulaient tromper leurs femmes sans jamais se faire avoir, et où ses services seraient payés très cher. C’est comme ça qu’elle a rencontré Akihiko Yamada, homme d’affaires reconnu, PDG de TechniCorp, société spécialisée dans la robotique et l’informatique, qui l’a fait remarquer parce qu’il a été capable de la relever avec peu, à un jeune âge. Il avait normalement tout pour lui. La beauté, le charisme, l’intelligence et la richesse. Ah non. Presque tout. Il était stérile. Alors la suite, c’est pas bien compliqué. Ta mère a fait son travail, et lui, il a assuré qu’une protection serait dans tous les cas inutile. Ta mère elle, tant qu’elle était payée, n’avait rien à foutre du reste de tout façon. Et puis, elle se protégeait…

C’était l’histoire d’une nuit comme ça l’est souvent entre une pute et ses clients, réguliers ou pas, parce que la vie s'passe pas comme dans Pretty Woman avec de l’amour à la fin et tout est bien qui finit bien. Tu sais pas comment t’as survécu aux six mois que t’as passés dans le ventre de ta vieille. Parce que bien sûr, elle ne voulait pas de toi. Elle était la première de toute une liste à ne pas vouloir de toi. La vie a voulu faire de toi un p’tit teigneux, le genre de gars qui s’accroche et qui lâche pas, qu’tu le veuilles ou pas. Parce que tout au long de sa grossesse, ta mère n’a pas ralenti ses doses de came. T’étais l’bébé miracle et ça s’est vérifié quand tu t’es extirpé de son corps encore jeune mais déjà usé sans de séquelles plus graves qu’un système immunitaire extrêmement fragile, une naissance prématurée et une malformation cardiaque qu’il a fallu opérer après tes trois mois en service de néonatalogie. T’es sorti de là, après qu’on t’ait foutu dans le corps ton boulet invisible. La puce. La malédiction, mais ça tu l'as su beaucoup plus tard. Trop tard peut-être. Sans doute. Ta mère te voulait pas. Elle songeait très sérieusement à t’abandonner, p’tet dans un orphelinat, ou p’tet aux mains des autorités japonaises quand elles t’ont pucé comme un animal. Au moins, elle a pas pensé à te laisser dans le froid. Parce qu’il n’y a rien de fou dans un hiver new-yorkais. Jusqu’à maintenant, tu sais pas ce qui l’a fait changer d’avis. Et tu te d’mandes parfois si ça n’aurait été mieux si elle t’avait abandonné. Y a plein de trucs que t’aurais pas eu à expérimenter.

T’as été marqué à ce moment-là tu crois. Erreur. Accident. À jamais, c’est tout ce que tu seras.

Hit.
Hit. Hit.
Hit. Hit. Hit.


L’école. Une jungle humaine avant toute chose. Pour toi, l’un des pires lieux où tu pouvais te trouver après l’appartement décrépi que louait ta mère. À la fois le pire, mais l’endroit qui t’apportait le plus de sécurité, au début en tout cas. L’école. Dans des coins comme le sud de Cypress Hill, le danger vient toujours du dehors. Et parfois, le dedans est infiltré. C’est ce que tu as toujours pensé, face aux enfants plus vieux que toi qui t’ont toujours maltraité. Cheveux tirés, devoirs déchirés. Au début, ça n’arrivait pas, tu étais trop petit pour ça. Mais dès que tu as été assez vieux pour tenir un stylo entre tes mains et comprendre les exercices des plus vieux, la paix t’a vite abandonné. T’avais six piges quand t'as compris que sur cette terre y avait deux catégories de personnes. Pas les gentils et les méchants non, ça n’existait pas chez toi ça. Mais les faibles et les forts. Et malheureusement pour toi, avec ton mètre même pas atteint et tes cheveux trop longs à six ans, tu faisais partie du maillon faible. Tu n’as pas demandé tes yeux dorés ou ta chevelure si longue. Ta mère n’a jamais su te couper les cheveux. Et quand ça arrivait, ils repoussaient trop vite alors tu as abandonné. On te prenait pour une nana au début à cause de ça. Au début, ça t’arrangeait c’est vrai, mais t’aimais pas ça. Alors un jour où on t’embêtait, t’as décidé d’le prouver. Pantalon et caleçon à terre, tout le reste à l’air. La pire des décisions que tu aies pu prendre. Après ça, ce n’était plus des moqueries. C’est devenu de l’abus. Et tu pouvais rien faire, t’étais petit, faible, et une tête en plus de ça. Ils savaient tous que t’étais pas con, parce que tu suivais les cours de plus vieux que toi. C’est le truc des petites écoles de sales quartiers ça. C’est de là que sortent les milliardaires à vingt ans parfois, quand ils ont eu de la chance et qu’ils ont réussi à se tirer. On vous fait passer des classes facilement parce que vous êtes en avance, et avec de la chance vous vous en sortez et vous partez, parce que les bourses ça aide quand on a bien bossé. Mais y en a beaucoup qui partent pas. Pas parce qu’ils veulent pas non. C’est juste qu’ils peuvent pas. Comme toi. T’as sauté une classe comme ça, à dix ans, tu t’es retrouvé avec des gens qui en avaient douze ou treize même parfois, parce que si toi t’étais pas con, d’autres oui. Les instit’ pensaient faire bien en te balançant aux fauves. De toute façon, la violence, ils n’y pouvaient plus rien. À cet âge te dira-t-on, on ne peut pas être déjà si méchant, si violent. Et toi tu répondras que tout dépend d’où on vient. La rue éduque même ceux qui sont censés garder l’innocence. Très tôt, il fallait devenir comme ceux du dehors, pour pas s’faire bouffer. Mais toi t’étais pas comme ça, pas encore. Alors t’étais là, et tu faisais sagement ce qu’on attendait de toi. La plupart du temps, tu d’vais donner tes petits repas en plus des devoirs, parce que personne mangeait plus qu’un autre chez lui, c’était la galère pour tout le monde à un moment ou un autre, alors les repas de la cantine, aussi dégueu soient-ils, étaient précieux. Si tu l’faisais pas, tu risquais de te faire battre alors c’était mieux comme ça. Tu donnais, et on te tapait pas. Tes cheveux, on te les arrachait pas. C’est un de tes nombreux traumatismes aujourd’hui, t’as du mal à te laisser toucher, les cheveux en particulier. À cause de tes harceleurs mais pas que. Oui, ils étaient mauvais à ce point-là. Le problème dans tout ça, c’est qu’au fond de toi, tu enrageais. Incapable. Faible. Putain de fragile. Et rien d’autre. C’est c'que t’étais. Et ça devait changer.

Tu savais juste pas encore comment. C’était pas évident, parce que même sans le vouloir, tu passais toujours pour le faiblard du coin. T’étais le gamin qui choppait toutes les maladies parce que t’avais pas un système immunitaire en béton de base. Celui qui se baladait avec un masque sur le visage quand il y a avait des épidémies pour éviter d’attraper quelque chose. Et ça t’avait dû l’comprendre et l’apprendre de toi-même. Pareil pour tes allergies. C’était pas ta vieille stone vingt-quatre heures sur vingt-quatre qui préférait mettre son argent dans la came plutôt que de l’utiliser pour s’occuper de toi qui t’en aurait informé. T’es même pas sûr qu’elle était au courant de tes problèmes de santé. Et si elle l’était, alors elle s’en foutait complètement.

Tout ça, t’as fini par en avoir assez. C'est comme ça que la rage que t'avait accumulée au fil des années a fini par être relâchée. Comme un élastique qu’on a trop tiré et qui a fini par péter. Ça fait jamais du bien un élastique qui craque. Ça fait toujours mal. Et t’as compris que dans la vie, tout était une affaire de décision. Alors quand t’as décidé de ne plus te laisser faire, Isaiah le p’tit chaton est devenu un lion.

Hit.
Hit. Hit. Hit.


T’étais pas mal à la place de la victime. T’étais utile à tous et à plusieurs. Mais t’as attiré l’œil des gangs du quartier quand tu as commencé à appliquer cette loi tristement devenue ta préférée. Œil pour œil, dent pour dent, la loi du Talion. Ta petite poussée de croissance au collège a aidé, et quand tu es arrivé au lycée, tu étais taillé. C’est une période que ta mère n’a pas spécialement apprécié. Elle préférait largement cette époque où t’étais la putain de p’tite victime de service. Là au moins, elle était pas obligée de mettre une partie de son argent dans les réparations des dommages que tu causais. Parce que des lunettes, t’en as pété, des bastons, t’en as enchaîné, et des objets quelconques cassés t’en as aligné. Et tout ça, il fallait le rembourser, et c’est pas toi qui allais le faire. Ces mêmes instit’ qui croyaient en toi ont vite déchanté. Ils ont vite compris que ton cas était réglé. Intelligent ouais, mais tu faisais partie de ceux qui partiraient pas. T’aurais pas pu être préservé de l’environnement dans lequel tu vivais. T’aurais forcément été infecté par la perversion et la méchanceté. Parce que personne autour de toi n’avait de valeur à admirer. Les gars comme toi qui finissaient bien avaient quelqu’un pour les protéger. Ils avaient la pauvreté, ouais, ils galéraient, ouais, mais ils étaient pas laissés à eux-mêmes. Ceux qui étaient seuls tournaient mal. Ils n’avaient comme repères que la rue et eux-mêmes. Comme toi. Et comme toi aussi, ils étaient souvent les moins chanceux. L’abus à l’école n’était pas le seul motif du réveil de ton agressivité. Il y avait aussi ce que tu vivais chez toi. Tout était fait pour te rendre fou. Et au final tu l’es devenu. Complètement fou.

Ta génitrice avait tendance à fréquenter différents hommes lorsqu’elle ne travaillait pas pendant une longue période. Non en fait, ce n’était pas vraiment ça. Elle arrêtait de travailler à cause de ces hommes. Et quand ils la quittaient, elle devait aller chercher de l’argent en faisant ce qu’elle savait faire de mieux. Ta vie n’était pas des plus chaotiques lorsqu’elle se contentait de la prostitution. Mais quand ce n’était pas le cas, tu expérimentais deux choses qui vont toujours si bien ensemble. Ces mêmes choses qui te tiennent encore aujourd’hui. La douleur et la peur. La douleur parce qu’aucun de ces hommes qui défilaient n’était tendre. Toi qui cherchais innocemment une figure paternelle, t’as été obligé de t’en passer. Et forcément, ton image du père a été faussée. Alcooliques, junkies, souvent les deux à la fois, violents, tous autant que les autres. Si t’as appris à te défendre vite, c’était à cause d’eux aussi. Les coups, tu d’vais les encaisser sans rien dire. Le cendrier n’était pas à sa place après tout. Et même si c’était pas toi qui l’avais déplacé, ça méritait une raclée. Les mecs de ton école étaient des anges à côté. Tout le monde connaissait Inori Greyster. Et tout le monde savait que t’étais rien d’autre que l’erreur, le fils de la pute. Ta propre mère te respectait pas. Ce n’était certainement pas les autres qui allaient le faire. D’ailleurs ta vieille, elle disait rien, jamais. Parfois même elle prenait part, se sentait pousser des ailes, et mettait toute sa hargne dans les coups qu’elle te portait. Le plus souvent, elle regardait, avec son regard vitreux et ses lèvres retroussées en une espèce de sourire moqueur. Tu voyais bien dans ses yeux c’qu’elle pensait. « Tu l’mérites gamin. » Et à force, t’y a cru à ces conneries. Ça s’est gravé dans ton putain de cœur comme une blessure qui se referme pas et qui cicatrise pas. Alors t’as fini par ne plus répondre et juste encaisser, comme tu le méritais. Et t’es devenu le mec qu’on ne pouvait plus toucher. Mais ça, c’était juste la douleur. Tout a empiré quand la peur est venue te saluer.

Elle est arrivée insidieusement, comme un poison à retardement. Elle t’a infecté, et comme la douleur, tu n’as jamais pu t’en débarrasser. Ça a commencé quand tu es entré au lycée. T’avais quatorze ans, y avait encore un peu d’innocence en toi. Tu te laissais plus faire par les autres, même si face aux différents compagnons de ta génitrice, tu avais fini par accepter ton impuissance. Et tu voyais pas comment les choses pouvaient empirer. Et pourtant, elles ont empiré. Il y avait ces jours où tu rentrais chez toi et que ta mère était en compagnie de personnes que tu n’avais jamais vues avant. Des hommes, des femmes, jeunes ou vieux. Ce n’était pas inhabituel, probablement des clients, alors tu ne t’en étais pas formalisé. Des clients oui. Mais tu savais pas qu’ils étaient pour toi. Jamais tu ne l’aurais soupçonné. Aucun d’eux n’était là souvent, jamais en même temps. Ils te portaient tout leur intérêt, sans jamais aller trop loin. T’aurais dû être plus méfiant hein ? Moins naïf ? Mais même dans le pire des mondes t’aurais jamais pensé ta propre mère capable de tenter de te prostituer. Parce que c’est à ça que ça a tourné. Très vite, les femmes t’ont laissé. Faut croire qu’un gamin inexpérimenté ne devait pas les intéresser, et quand elles l’ont réalisé, elles ont laissé tomber. Ou alors elles n’étaient pas assez pourries pour vouloir aller au bout de leur entreprise. Restaient donc les pervers, les vrais. Ceux qui n’avaient pas froid aux yeux. Ceux qui avaient probablement leur propre réseau de proxénétisme, et qui testaient leurs marchandises avant de les mettre sur le marché. L’air honnête et respectable, en réalité pourri, jusqu’à la moelle. Ils t’ont jaugé, observé, et au final il n’y en a qu’un qui est resté. Et alors, c’était trop tard. Tu te souviendras de ce jour toute ta vie. Il est gravé dans ta mémoire au marqueur indélébile. On l’appelait Mr. D dans le quartier. Personne ne connaissait sa véritable identité. Juste que c’était un homme à l’air chaleureux, mais pourtant particulièrement douteux. Il était élégant dans ses costumes, et semblait toujours amical quand vous discutiez. Tu pensais qu’il venait pour ta mère. Après tout, tout le monde tombait pour elle. Sur le coup, ça t’a jamais semblé étrange. Tu t’es jamais dit qu’un type comme ça se pointerait jamais aussi régulièrement dans un coin comme Cypress Hill. Il était le loup, et toi la brebis. Ce jour-là, le lion s’était endormi. Quand tu es rentré, ta mère t’a appelé par ton nom complet. « Isaiah Shinobu Greyster. » Là. La peur est entrée à cet instant précis, pour cette fois ne plus jamais te quitter. Ta mère ne t’appelait comme ça que pour t’alerter que tu allais t’en prendre plein la gueule sans raison apparente. Juste pour son putain de plaisir. Mais ce jour-là, y avait personne dans l’appartement. Juste elle et toi. Tu croyais en tout cas. Elle t’appelé, et t’as été incapable d’aligner quoi que ce soit. T’as bafouillé. Incapable de trouver des mots. Parce que t’avais peur. Non. T’étais terrorisé. Parce que pour la première fois depuis longtemps, tu ne savais pas ce qui t’attendais. Alors simplement, tu t’es figé, ton regard doré en balade dans la pièce pour voir s’il y avait quelque chose d’anormal alors que ton sac de cours était toujours sur ton épaule. Ta mère avait rompu avec son dernier copain en date depuis longtemps. Alors pour t’avoir appelé comme ça ? « Monte. » Tu l’avais toisée un moment. Cette femme ne t’effrayait pas un seul instant, pas vraiment. Elle nan, mais la promesse de ses mots te donnait envie de te pisser dessus. Tu n’comprenais pas ce qui la poussait à te donner des ordres alors qu’elle n’avait aucun droit sur toi. Alors t’as pensé qu’elle voulait simplement jouer avec toi, histoire de se donner du pouvoir, parce que si elle savait qu’elle ne pouvait rien, ses copains aux tendances violentes eux pouvaient te faire quelque chose, et ça ne te rassurait jamais. C'étaient ces promesses là qui te terrorisaient. T’es monté. Parce que t’avais rien à faire, et que ta chambre était ton seul havre de paix. Était. Même ça, on te l’a enlevé. De force, parce que le choix, tu ne l’as plus depuis que tu es né. Tu ne t’es pas méfié, et tu aurais dû. Si seulement tu avais su. « Bonsoir Isaiah. » Surpris, tu as sursauté. Il était là, l’homme dans son costume de pingouin, un sourire aux lèvres qui ne te plaisait pas. Pas du tout. Mr. D dans ta chambre, c’était une première. Il t’a fait signe de t’asseoir mais tu n’as pas bougé. Alors il est venu vers toi, saisissant au passage un verre posé à même le sol près de ton matelas, parce que le sommier c’était pour ceux qui avaient des moyens, et le matelas, tu l’avais récupéré en bas d’une rue, et recousu, histoire que les ressorts ne se barrent pas. Ta situation, tu ne l’aimais pas. Tu avais l’impression d’être une proie. Et c’était exactement ça. Tu étais une proie. Dans cette chambre, tu as vu ce que tu n’aurais pas dû voir, expérimenté ce que tu n’aurais pas dû connaître. « J’ai payé pour toi, alors tu vas faire ce que je dis. » À ce moment-là, tu t’es demandé ce que ta mère trouvait à ce monde. Pourquoi elle ne faisait pas autre chose ? Et pourquoi elle avait imaginé que tu devais faire c’qu’elle faisait ? L’homme t’a frappé une première fois. Tu hurlais trop et il aimait pas. Le deuxième coup, c’était parce que tu l’avais mordu. Alors après, il t’avait bâillonné avec sa cravate. Après, tu ne les as plus compté les coups. Jusqu’à ce qu’il décide de passer à autre chose, puisque c’était pour ça qu’il avait payé. Tu t’es débattu, comme un sauvage. Ce qui t’a sauvé ? Un coup de pied bien placé. Juste avant le pire. T’as attrapé la première chose que tu pouvais ensuite pour le frapper. Et tu t’es barré, aussi vite que tes jambes tremblantes te permettaient d’aller. Alors c’était ça ? Tu valais tellement rien que ta mère avait décidé de te livrer aux proxénètes ? Ça t’a fait mal. T’étais habitué à ça pourtant, un coup au visage ou ailleurs n’était jamais agréable. Mais ça, c’était un autre genre de douleur. C’était celle qui t’accompagne chaque jour, avec la peur. Au fond de toi, t’espérais encore un peu bêtement. Ta mère pouvait pas te haïr à ce point. Et pourtant, l’adrénaline qui poussait tes jambes à courir puis vite, à fuir plus loin et à ne surtout pas t’arrêter provenait bien de la monstruosité qu’elle avait organisé. Ce soir-là, tu as fugué. Et ce soir-là, ce qu’il restait du toi encore innocent, qui cherchait le bien dans les autres, quelles que soient les circonstances a été brisé. Non. Massacré.

Hit.
Hit. Hit. Hit.
Hit.


L’impuissance. Tu n’aimes pas ça. Pas du tout. C’est probablement pour ça qu’après le coup de ta mère qui a voulu te prostituer, et la tentative de viol, tu t’es mis à déverser dans les rues tout que tu gardais en toi, et que tu étais incapable de rendre à tes bourreaux. L’expression de ta peur, de ta rancœur et de toutes ces émotions dont tu n’savais pas parler, c’était la violence. Toujours sur tes gardes, irritable et irrité. C’était beaucoup plus simple de massacrer les autres. C’était sur les autres que tu passais ta frustration. Tu sais que ta façon d’extérioriser était malsaine. Mais c’était tout ce que tu connaissais. Frapper, lutter. Encore, et encore. Avec le temps, t’avais fini par te former un p’tit groupe, constitué de gars avec lesquels tu t’étais battu, mais qui avaient compris qu’ils n’avaient pas choisi la bonne personne à emmerder. Tu n’étais plus une p’tite frappe, mais t’étais pas encore une terreur. On commençait à savoir qui était Isaiah Greyster, et pour ça, les gens s’amusaient moins à te regarder de travers. En tout cas, pas ceux qui pourraient pas assumer. Mais t’agissais pas comme les mecs de ces gangs qui campaient dans les rues sombres et vous observaient, sachant qu’ils avaient le pouvoir. Depuis l’incident avec Mr. D, t’étais devenu un véritable ouragan. Deux ans après, t’avais encore des séquelles, et t’es pas certain qu’elles disparaîtront un jour. Ta confiance, tu ne l’accordais à personne. A part en cas de bagarre, personne ne pouvait te toucher, parce que t’avais beau essayer d’oublier, t’étais traumatisé. Tu supportais que le contact des poings. Et tu comprenais que le langage de la violence. Le reste, c’était pas pour toi. Le lycée, t’avais abandonné. Tu faisais plus d’effort. Le minimum pour passer. Deux ans plutôt, on t’avait sucé ton reste de vitalité, et tu n’avais plus rien, rien à part la colère, la douleur, la peur, et probablement la tristesse aussi. Mais ça, t’allais pas le reconnaître. Et puis t’étais plutôt secret, un mec de peu de mots. Ça te donnait ce côté un peu mystérieux et bad boy qui plaisait aux filles. A partir de là, t’as commencé à avoir du succès auprès d’elles. Tu les enchaînais les une à la suite des autres, parce que tu comptais pas te poser. Parce qu’aucune ne te donnait envie de le faire. Parce que tu ne savais pas comment faire. Et surtout parce qu’il y avait quelque chose qui manquait. Tu savais pas quoi, mais ça te dérangeait. T’avais d’intérêt pour aucune, tu faisais les choses par automatisme. Tu les regardais pas elles, ton regard s’arrêtait plus souvent sur eux. Mais ça voulait rien dire ça, hein ? Ta première fois, t’avais pas ressenti l’excitation à laquelle tu t’attendais. T’avais pas pris de plaisir, que dalle. Rien à part du dégoût. Donc t’as largué la fille avec qui t’étais, t’as essayé avec une autre. Toujours la même chose. Et pareil avec celles qui ont suivi. Souvent, tu t’arrêtais avant même qu’il ne se passe quelque chose. Parce que t’étais pas un connard à c’point. Et alors tu sais pas, p’tet que tu cherchais ? Sans jamais trouver. Tu savais pas à quoi devait ressembler la relation parfaite. Et puis un jour, tu l’as rencontré. Et tu as compris.

C’était un soir comme la plupart des soirs. Tu roulais sur ton skate lorsque t’as croisé tes gars qui t’ont proposé une sortie. C’est comme ça que tu t’es retrouvé chez Santana avec eux. Santana, c’était la référence du coin. Elle tenait une boîte à la limite entre le bar et le bordel, qui se fichait pas mal des lois en vigueur et c’est pourquoi c’était pas étonnant que des mineurs comme tes potes et toi puissiez entrer sans avoir même à présenter de faux papiers. Là-bas, c’était toujours la même chose. Alcool, dope, et toujours du sexe. Y avait pas de valeurs. Là-bas, t’avais pas seize piges. Là-bas, t’étais un mec comme tous ceux qui venaient. C’est là que t’as eu tes premières expériences. T’as été initié là-bas, t’es d’venu un homme là-bas. C’est ce qui arrivait quand autour, tout le monde était plus vieux que soi. On se retrouvait sous une influence, à faire des choses qu’on devait pas. Au début, t’étais pas chaud pour y aller. T’étais plutôt irrité, et t’avais pas envie de décompresser avec un verre, mais plutôt avec un sac de frappe. En plus, tu savais très bien comment ça allait se finir, et t’en avais vraiment pas envie. Mais tes potes t’avaient convaincu et finalement tu les avais suivi. Pas de problème pour entrer, vous vous étiez installés, vous aviez commandé. Au bout d’un moment, tes potes avaient décidé de partir à la chasse et toi, t’avais pas eu envie d’bouger. T’étais resté assis, calant entre tes lippes un clope que t’avais allumée avec un briquet volé dans la poche arrière d’une serveuse à laquelle t’avais adressé un de tes sourires hypocritement charmeur pour qu’elle te colle la paix. Des gens t’avaient salué et t’avais répondu sans vraiment les reconnaître. T’étais rarement sobre quand tu venais chez Santana, et si on se rappelait de toi, c’était absolument pas ton cas. Pour faire simple, tu t’faisais chier. Et il est arrivé. Il s’était assis en face de toi et te fixait, et tu ne l’avais pas remarqué tout de suite, perdu dans tes pensées. Et puis t’as fini par sentir son regard sur toi, alors t’as redressé la tête, préparant une remarque acide pour cette personne qui te fixait sans gêne. Mais quand tu l’as regardé, les mots sont morts au fond de ta gorge. Tu venais de te faire gifler, et c’était pas physique. Tout ton corps s’était tendu, en alerte, et tes doigts étaient crispés autour de ta clope. Tu ne comprenais pas ce qui t’arrivais. T’avais jamais ressenti des sensations pareilles. Il était beau. Putain, même trop beau. « T’es qui toi ? ». Il s’était mieux installé sur sa chaise et il avait souri. Un sourire que tu connaissais bien. Sauf qu’en général c’est plutôt toi qui l’adressait. Le sourire de ceux qui savaient qu’ils obtiendraient ce qu’ils étaient venus chercher. Il le savait. Il t’avait eu. « Ty. Et toi, t’es plutôt cute. ». Tu n’as rien dit. Tu savais pas quoi répondre à ça. Tu crois même que t’as rougi un peu à ce moment-là. Et ça t’avait fait chier. T’étais pas timide ou fragile, et t’allais certainement pas te comporter comme une gamine devant son amoureux. T’étais ennuyé. Vraiment très ennuyé. Parce que t’as été incapable de t’empêcher de l’observer. De détailler ses yeux bleus et francs, sa longue chevelure brune, son visage anguleux et ses lèvres provocantes. Et là, quelque chose avait cédé en toi. Tout à coup, tu t’étais senti vulnérable. Plus encore que d’habitude. T’avais baissé ta garde. Et t’aimais pas ça. Alors tu t’es redressé et tu l’as regardé droit dans les yeux. Quoi qu’il fût en train de t’arriver, et même si t’avais ressenti un truc très fort que tu t’expliquais pas encore, ce soir, il t’aurait pas. « Range ton sourire, et dégage de ma vue. ». Pour toute réponse, son sourire s’était étiré. Pourquoi devait-il être aussi conscient qu’il avait réussi à t’avoir ? Il s’était levé, te disant de ne pas paniquer, qu’il s’en allait, mais que tu devais te préparer parce que tu l’reverrais. Et tu l’avais regardé partir, observant sa démarche et sa façon de se tenir. Longtemps. Jusqu’à ce qu’il disparaisse de ton champ de vision. Et tu avais décidé que t’en avais assez. Alors toi aussi, tu t’étais levé, avec la ferme intention de tout oublier des sensations désagréables de cette soirée.

Hit.

Ils étaient deux, et ils avaient l’air heureux. Scott et Finn, deux seniors de ton lycée. T’avais quelques cours avec l’un et l’autre. Tu les avais croisés en regagnant ton point de chute parce qu’il était hors de question que tu retournes chez toi en sachant qu’Inori était là. Surtout pas dans cet état-là. Crevé, complètement défoncé. T’attendais le soir pour ça, quand elle partait bosser. Le moins tu la voyais, le mieux tu te portais. Alors t’étais le moins possible dans cet appart’ miteux dans lequel vous cohabitiez. T’avais ton casque sur les oreilles, t’étais perdu dans des pensées sombres et ils ont attiré ton regard. Ils étaient appuyés contre un mur, main dans la main, le regard plongé dans celui de l’autre. Ils avaient un truc, ça se voyait. Alors tes pensées ont été ramenées à ta soirée. À ce Ty que t’essayais d’oublier. Pendant un court instant, t’as pensé que tu pourrais avoir ça toi aussi. Et puis l’idée t’es très vite passée. T’y croyais pas vraiment. Tu commençais à te sentir comme un stalker alors t’as décidé de t’en aller. T’espérais être discret, mais Finn t'avait remarqué. De là où t’étais, t’avais bien vu qu’il s’était figé. Il avait dit un truc à son copain qui s’était retourné aussitôt pour te regarder. Ils semblaient s’attendre à ce que tu fasses quelque chose. Pourquoi ? « Toi aussi tu veux nous finir Greyster ? » Tu n’avais pas compris. Tu n’avais aucune raison de te battre avec eux. Mais les gars qui sont arrivés après, si apparemment. Toi, ils t’ont salué. Mais Finn et Scott… « Mais ce sont nos pédales préférées ! Vous osez encore vous montrer en public les tapettes ? Besoin d’vous rappeler que les pédés n’ont pas le droit d’exister ? » Ils n’ont eu aucune pitié. Ça chez toi, c’est un truc qui a jamais existé. Finn n’a pas cherché à se défendre. Scott lui a tenté, mais ils étaient à trois pour le massacrer. Et toi ? Et toi Isaiah ? La terreur t’a figé sur place. T’étais incapable de bouger, ni même de parler. Tu pouvais juste regarder, immobilisé. Parce que tu les comprenais toi. Au fond, tu savais bien que t’étais comme eux. Sinon, t’aurais pris ton pied avec toutes les filles que t’avais rencontrées. Sinon, t’aurais pas ressenti de désir pour ce type aux yeux bleus. Quand le groupe en a terminé avec le couple, ni l’un ni l’autre ne pouvait se relever. Ils sont partis en leur crachant des insultes et en riant, et toi tu es resté planté là. Pas un mot, les yeux écarquillés, la panique était venue te prendre à la gorge. À cause de leur homosexualité, Finn et Scott venait de se faire tabasser. Sous tes yeux. Tout ton corps tremblait, tu le sentais. Parce que ta conscience te disait simplement « Ça pourrait être toi Isaiah, ça aurait pu être toi. » Et tu te sentais comme si c’était toi qu’on avait massacré. Tu pouvais pas jouer le dur, faire le grand. Là, tu t’es rappelé que t’avais beau avoir grandi, malgré ton mètre soixante-quinze, tu restais le gamin qui jouait dans la cour des grands. Un gamin de seize ans et quelques face à des gens à parfois quelques mois de la majorité. L'homosexualité. Ça sonnait comme une maladie. Ta réaction face à cette scène était honteusement puérile. Et toi qui croyait avoir vu pas mal de choses déjà, tu t’es rendu compte que beaucoup pouvaient encore te toucher. Alors sortant de ta torpeur, t’as reculé d’un pas, puis de deux. Et très vite, tu t’es mis à courir, tu t’es mis à fuir. Ta lâcheté ce soir-là t’a poussé à abandonner les deux gars blessés, sans même savoir s’ils étaient encore en train de respirer. Et tu te répétais une seule et unique phrase en courant, une seule et unique. Je ne suis pas un pédé.

C’était la vérité pas vrai ? Alors pourquoi même dans ta tête ça sonnait aussi faux ?

Hit.
Hit.
HIT.


Tyler Jones. Effronté, insolent, et beaucoup, beaucoup trop audacieux. Tu l’as évité. Longtemps. Très longtemps. Pas parce qu’il te soulait, même s’il y avait un peu de ça. Mais surtout parce que tu étais terrifié. Et tu savais que s’il t’approchait te trop près, il allait faire sortir de toi ce que tu tenais absolument à cacher. Tu voulais pas finir comme Scott et Finn qui avaient dû rester un moment à l’hosto à cause des nombreux coups qu’ils avaient reçus. T’avais beau savoir bien te battre et te défendre face aux meilleurs, tu ferais pas le poids s’ils devaient s’en prendre à toi. Alors forcément, voir Ty rôder autour de toi comme un fauve qui attendait de se jeter sur sa proie, ça te mettait à cran. Naturellement, t’avais tendance à être méchant. Mais avec lui, t’étais tout simplement et purement ignoble. Tout et n’importe quoi pour qu’il sorte de ta vie. Sans savoir que lorsqu’il entrait quelque part ce Ty, c’était dur de l’faire sortir. Il trouvait toujours un moyen pour que tu doives le voir. Pour lui c’était simple. Il te voulait. Point. Et tu pouvais lui balancer à la gueule toutes les obscénités du monde, lui, ça l’amusait simplement. A ses yeux, t’étais le mec qui s’faisait désirer. Il entendait pas que tu voulais pas de lui. Probablement parce qu’il savait que c’était pas la vérité. Et toi, tu pouvais te mentir comme tu voulais, tu savais bien que t’étais pas crédible. Parce que ce foutu Ty te plaisait. T’avais fini par te l’avouer. L’accepter c’était autre chose, mais au moins, t’en avais conscience. Et ça, il l’a vite saisi. Et il a fait en sorte d’être encore plus présent. Toujours plus, au point où t’as fini par t’habituer à lui, à sa présence permanente, à ses blagues salaces et ses techniques de drague subtiles en public, parce qu’il était pas con non plus et il savait que s’il s’affichait trop, il risquait gros. Il s’est rendu dépendant. Tu dépendais pas d’lui nan, juste de sa présence. Du fait qu’il soit là, même si tu le repoussais à chaque fois. Et puis un jour, il a arrêté d’être là. T’as pas capté que ça faisait partie de son plan. Qu’il le faisait exprès. Pour toi, il était juste plus là, du jour au lendemain. Et t’appréciais pas. Pas du tout. Tu t’es mis à attendre. Un jour, deux. Une semaine. Voir s’il allait revenir. Sauf qu’il l’a pas fait. Et comme tu savais pas t’exprimer autrement, ça t’a mis en colère. Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il avait disparu comme ça ? Est-ce qu’il avait trouvé quelqu’un d’autre ? Est-ce que c’était mort pour toi ? Pourtant, il te disait si souvent que c’était avec toi qu’il voulait être. Est-ce qu’il te prenait au sérieux chaque fois qu’il te trouvait à la sortie des cours, quand tu marchais seul, et que tu lui disais de fermer sa grande gueule et de te coller la paix ? Est-ce qu’il était vraiment allé voir ailleurs ? Et c’était égoïste, tu l’savais. Mais t’avais décidé qu’il avait pas l’droit. Que ça d’vait être personne d’autre que toi. Alors tu t’es pointé chez lui un soir. T’allais lui balancer tes quatre vérités à la gueule. Lui dire qu’il t’appartenait, qu’il pouvait pas voir quelqu’un d’autre. Lui dire qu’il ne devait voir que toi, et pas un autre. T’étais vraiment en colère. C’est ce que tu voulais faire. Pourtant, quand vous vous êtes retrouvés tous les deux dans sa chambre, c’est pas c’que tu lui as dit. « J’suis pas une putain de pédale, tu m’entends ? » Tu lui lançais un regard mauvais. Et à l’instant où tu avais sorti ces mots de ta bouche, il t’avait regardé avec un regard tout aussi noir. Il avait fait quelques pas vers toi, et tu l’avais imité. Face à lui, t’étais pas crédible. Obligé d’lever la tête parce qu’il avait une bonne tête de plus que toi. « Pardon ? Répète pour voir ? » T’allais répéter sans problème. T’allais le faire ouais. Mais tu l’regardais, et t’as été distrait un instant. T’étais pas gay, nan tu l’étais pas. Mais pourtant, tu l’voulais. Alors tu l’as attrapé par le col de son sweat et tu l’as fait descendre à ta hauteur. En faisant ça, t’avait marqué le début de ta fin. Tu savais pas trop où regarder. Ses yeux ou bien ses lèvres ? « J’ai dit : je suis pas une putain de pédale. J’suis pas comme toi. J’te supporte pas. Et je… J’te déteste parce que t’étais pas là, salaud. Moi j’veux pas de toi, tu m’entends ? J’suis pas comme toi. » Tu t’perdais dans tes mots. Tu t’entendais et tu savais que t’étais pas cohérent. Tu faisais pas sens et ça t’irritait d’autant plus que ça semblait amuser Tyler. « Ferme ta gueule. » Et tu l’as fermée ouais. Pas parce que tu voulais obéir. Juste parce que ses lèvres sur les tiennes t’avaient fait oublier que t’étais censé protester.

HIT

Vous avez fini par sortir ensemble Ty et toi. Tu disais rien, mais tu l’assumais pas. Tu passais beaucoup de temps chez lui, parce que chez toi, c’était pas imaginable, et tu le voyais rarement en dehors de chez lui d’ailleurs. Très vite, t’as remarqué que Tyler était pas mal tactile. Il t’avait fallu du temps pour t’y habituer. Parce que t’avais beau faire, l’accident Mr D. était toujours gravé dans ta mémoire, et puis tous les charmants copains de ta génitrice aussi, même si beaucoup de temps s’était écoulé depuis. Mais c’est pas comme si t’allais lui dire ça. Ta gueule, tu la fermais le plus souvent. C’qui t’torturais, tu l’disais jamais. Tu savais endurer, pas parler. Alors si au début, tout allait bien dans l’meilleur des mondes, très vite, les choses ont commencé à mal tourner. Un mois, deux, puis trois. Ty a essayé de te faire parler. Souvent. Tu devais extérioriser, qu’il disait. Il cherchait à obtenir de toi quelque chose que t’étais pas prêt à donner. Et tu sentais bien qu’il s’impatientait, mais est-ce qu’il pouvait vraiment t’en vouloir ? Parce que tu ne saisissais pas toutes ses allusions ? Parce que tu n’arrivais pas à comprendre tes émotions ? Alors vos disputes devenaient plus régulières. Et t’aimais pas vraiment ça, parce que t’en étais la cause, et t’avais pas tendance à calmer le jeu, mais plutôt envenimer la situation. Parce que t’étais un nerveux, que tes émotions, tu les avais bloquées toute ta vie, et ton seul moyen d’expression généralement, c’étaient tes poings. Alors ouais, vous vous battiez souvent aussi. Parce que ça, c’était ta spécialité. Et tu te demandais souvent ce qu’il attendait vraiment. Pourquoi il voulait te changer depuis le temps qu’il te connaissait et qu’il savait comment tu fonctionnais. Il te disait tout l’temps qu’il t’aimait. Et même si tu saisissais pas vraiment le sens, tu te disais que ça supposait de t’accepter comme t’étais. Non ? Evidemment, c’était pas toujours comme ça. Vous aviez vos moments agréables aussi. Sinon, vous auriez jamais tenu. Ceux-là, c’étaient tes préférés. Et là, tu te rappelais qu’avec Tyler, t’étais bien. T’étais vraiment bien. Presque heureux. « Tu sais déjà ce que tu veux te faire tatouer ? » Ce jour-là, c’était l’un de vos moments. Pour une fois, vous étiez chez toi, uniquement parce qu’Inori n’était pas là et ne reviendrait pas avant un moment. Tu t’étais levé pour aller chercher ce carnet où tu passais ton temps libre à gribouiller. C’est là qu’étaient nées toutes tes idées depuis que t’avais été pris par Max, le gérant du salon du coin comme apprenti. Les études, tu savais que c’était plus pour toi, alors ton diplôme du lycée reçu, t’avais été gratter à la porte de Max. Tu pouvais pas bosser légalement, parce qu’il te manquait les formations, et tu pouvais pas t’permettre de les faire, alors Max te gardait pour faire les dessins des clients. Pour ça, t’étais doué, et t’avais pas à montrer que t’étais pas con. T’étais pas forcément fan du salon, mais c’était ça ou rien. Et puis, tu rêvais de devenir tatoueur. Ouais, tu rêvais de ça. Dans toute ta merde, t’en avais quand même quelques-uns des rêves. « C’est super beau c’que tu fais Shin. » Shin. C’est comme ça qu’il avait réduit Shinobu, le second nom dont t’avait été affublé et que tu détestais. Pour toi, c’était un prénom maudit, qui te définissait si bien, mais qui te rappelait trop bien que t’étais enchaîné. Mais dans sa bouche, ton nom avait un son spécial. Tu montrais pas souvent tes dessins. Par rapport à ce que tu faisais pour les clients de Max, les tiens étaient vivants, humains, avaient une histoire, une symbolique. C’étaient tes maux, et tes mots. Ce qui te faisait mal et ce que tu ne savais pas dire. Parce que t’avais jamais su t’exprimer. C’que tu pouvais pas dire, tu l’écrivais, ou tu le dessinais. C’était mieux que de te battre à tout va pour essayer de t’faire comprendre. « Tu devrais partir tu sais. » T’avais haussé les épaules. Si tu pouvais, tu l’aurais fait. Depuis longtemps. Et Ty le savait. Tu lui avais parlé de ta vieille, un peu. T’étais pas rentré dans les détails. Et puis de toute façon, tout le monde la connaissait. Alors c’était toujours la même chose. Chaque fois que Ty voulait t’encourager à partir, tu restais silencieux. Encore plus maintenant que t’avais appris que t’étais aussi attaché à un pays à l’autre bout du Pacifique. Et ça aussi, il le savait. « Hey, fais pas cette tête. J’suis là pour toi, que tu partes ou non. » Tu savais pas pourquoi, mais l’entendre dire ça, ça t’énervait. Et en même temps, ça te réjouissait. Et t’avait l’impression que ton cœur gonflait comme un ballon. Mais tu savais pas trop de quelle émotion. Alors tu lui disais juste de se taire. Qu’il se la ferme, parce que tu savais pas quoi lui répondre. Et généralement, c’était là, la fin du moment agréable. Parce qu’il voulait entendre de ta bouche des mots que tu refusais de lui dire. « Arrête. » T’as voulu te lever. Partir. Pour éviter que les choses prennent une mauvaise tournure. Mais il t’avait attrapé. Il voulait t’empêcher de fuir. Que tu lui retournes enfin son « je t’aime ». Aimer, toi ? Tu ne pouvais pas. Pourquoi ? Personne ne t'avait jamais appris. Ça n’avait pas de sens pour toi, avant que tu vérifies dans un dictionnaire. Et t’as réalisé que c’étaient trois petits mots qui engageaient beaucoup de choses. Et pour ça, t’étais pas prêt. Si tu lui disais, tu supporterais pas d’le quitter après. Des attaches émotionnelles, t’en avais eu aucune. Là, tu mettais beaucoup trop de toi en jeu. Beaucoup trop. Alors t’as pas réfléchi longtemps quand tu lui as collé ton poing dans le visage. Tu supportais pas qu’on te mette la pression. Il avait relâché sa prise, mais c’était pas encore suffisant. T’as cherché à te dégager, tu t’es débattu mais il t’a retenu, et plaqué contre le mur de ta chambre. Et alors ça avait été plus fort que toi, t’avais paniqué. Tu t’étais débattu plus fort jusqu’à ce qu’il te lâche. Et après t’avais réalisé ta connerie. Tu l’avais insulté. Et puis tu t’étais excusé. Les joues rouges, la tête baissée, tu voulais pas le regarder. Tu voulais pas qu’il sache que t’étais prêt à céder. Pourtant il avait reposé sa question. La même qu’il te posait depuis longtemps. Incapable de parler, t’avais acquiescé. Parce que si t’avais encore essayé de t’exprimer, tu l’aurais frappé, pour avoir réussi à tirer de toi ce que tu voulais garder. Tu lui as pas caché que t’étais effrayé. Mais t’as aussi pensé que désormais, entre vous, ça devrait aller. Comme tu t’étais trompé.

HIT

La trahison. Ça fait mal. Toujours. Mais toi, t’as eu l’impression de la ressentir avec cent fois plus de force qu’elle n’aurait dû te frapper. Selon les gens, ça varie. Une connaissance, ça ne fait pas grand-chose. Un ami ? On comment à avoir plutôt mal quand même. Un petit ami par contre… Et pour toi, ça a été exactement ça. Juste comme ça, Ty t’a retiré ton habilité à faire confiance, à aimer, et le membre qui allait avec tout ça aussi. Ce jour-là a été le pire de ton existence. Il ne portait déjà pas un bon bagage, parce que c’était le jour de ta naissance. Ouais. Le jour de ton anniversaire. En temps normal, tu l’fêtais pas. Parce déjà, t’avais pas les moyens pour ça, et parce que personne s’intéressait suffisamment à toi pour s’en souvenir. Grâce à Ty, t’as eu une raison supplémentaire de ne pas le fêter. Tu voulais pas te rappeler la trahison tous les ans. C’était devenu un peu tendu entre vous, parce que Ty voulait faire passer votre relation à un autre stade. Ça devait devenir plus physique, et psychologiquement, t’étais pas prêt. A chaque fois, tu fuyais. C’est pas que tu voulais pas. Mais souvent, les traumatismes parlent plus fort. Alors quand il commençait, tu essayais ouais. Mais très vite, tu le repoussais. Tu repensais à ta mère, ses différents copains, Mr. D et c’était suffisant pour te faire paniquer. T’avais trop peur pour ça, est-ce que c’était pas normal ? Bien sûr, tu pouvais pas le dire à Ty. T’osais pas. Et puis c’était pas simple d’en parler. Tu pensais qu’il comprendrait sans que t’aies trop à lui parler. Après tout, après six mois, on commence à bien comprendre une personne non ? Apparemment, lui, il ne te connaissait pas. T’étais pas au courant de ses affaires. Tu voulais pas être le type trop possessif, alors tu laissais Ty vivre sa vie, en ravalant ta jalousie quand tu la sentais monter. C’est pour ça que tu savais pas qu’il fréquentait Finn. Ce même Finn que t’avais vu s’faire démonter en moins de deux. Ce même Finn qui avait rompu avec son copain, et qui avait son cul à offrir, lui. Ce Finn-là. Il pouvait offrir à Ty ce que toi tu ne pouvais pas. C’est peut-être pour ça qu’il a fini dans ses bras. Parce que tu les as trouvés comme ça ce jour-là. S’il y a bien un truc qui ne te trompera jamais, et tu le sais bien, c’est ta mémoire. La scène, tu la revis dans tous les détails. T’avais voulu surprendre Tyler, alors tu t’étais rendu chez lui. Tu voyais déjà comment la soirée allait se dérouler. Film, bisous et câlins, pour te faire pardonner de la dernière dispute que vous aviez eue. T’avais sonné, mais aucune réponse. Comme la porte était ouverte, t’étais entré. Tu t’sentais un peu comme un voleur, mais tu savais que Ty t’en voudrait pas. Aussitôt, t’avais pris la direction de sa chambre. Et arrivé dans le couloir, le malaise avait commencé. Au sol, des vêtements qui n’étaient absolument pas les siens. T’en avais pas tenu compte, bizarrement t’étais redevenu un putain d’optimiste. Il était où cet optimisme auparavant, t’en savais rien. Y avait des vêtements, oui, mais ça voulait rien dire. Rien du tout. Mais en approchant la chambre, t’as commencé à entendre du bruit. Il y avait de la musique au fond, mais tu discernais bien quelque chose qui ressemblait à des grognements. L’optimisme avait disparu aussi vite qu’il était arrivé. Ta main tremblait quand t’as ouvert la porte. Et jusqu’à présent, tu regrettes encore de l’avoir ouverte. « Shin… » L’expression aurait voulu que tu dises que tu voyais rouge. Mais c’était pas le cas. C’était pire que ça. Lentement, t’as reculé. Si tu restais, t’allais déconner, mieux valait te tirer. T’as entendu Ty t’appeler alors que tu partais en courant, mais t’as refusé de t’arrêter. Si tu l’faisais, tu les aurais massacrés, lui et son putain de booty call. Et tu savais pas pourquoi tu t’en empêchais, mais quelque chose te disait que ça valait mieux. Beaucoup mieux. Happy birthday Isaiah.

Le jour d’après, Ty avait osé se pointer chez toi. En le voyant, tu n’as rien dit. Tu pouvais pas. Ton sang était déjà en train de bouillir, tes poings étaient déjà fermés, et tu faisais preuve d’un contrôle monstrueux pour ne pas l’encastrer contre un mur. « Shin, écoute… » Le premier coup était parti tout seul. Comme un réflexe. « J’ai pas envie d’entendre mon nom sortir de ta gueule c’est clair ? » Ce même surnom qui sonnait bien te paraissait comme une insulte. T’étais froid. Plus que froid, t’étais glacial. T’avais pas envie d’entendre ses excuses bidon. Il n’avait aucune justification. Tu voulais juste qu’il se tire. Vite. Très vite. Parce que le revoir là, ça te faisait mal. Et tu t’sentais prêt à craquer à n’importe quel moment. Les questions que tu t’étais posé la veille étaient revenues tourner dans ta tête, et avant que tu t’en rendes compte, tu les avais posées à voix haute. Pourquoi ? Tu suffisais pas ? T’étais un si mauvais petit ami que ça ? Y avait que le physique qui comptait ? Il comprenait pas que t’avais peur ? Peur à te faire dessus ? « Ça faisait six mois Isa et… » T’as commencé à hurler. A essayer de se justifier, il ne faisait que s’enfoncer, et la corde qui retenait ton hystérie menaçait de craquer. Pourquoi est-ce qu’il ne partait pas ? Pourquoi est-ce qu’il était encore là ? Rageusement, t’avais commencé à tirer sur tes cheveux ? Get a grip, get a grip ! Tu aurais réussi, s’il avait arrêté de parler, d’essayer de se justifier sans jamais s’excuser pour ce qu’il t’avait fait. Tu t’en serais sorti, s’il n’avait pas fini par te demander : « Pourquoi Shin ? Pourquoi tu m’repoussais à chaque fois ? » Et alors tu lui as tout dit. Tu lui as tout balancé à la gueule. Verbalement et physiquement. Tout ce que tes mains attrapaient, tu lui balançais au visage. Tu lui as raconté pour les abus récurrents des copains de ta mère. Des coups que tu t’prenais chaque jour sans avoir rien fait. Et tu lui as parlé de Mr. D, de ce que ta propre mère t’avait fait, et des séquelles que ça t’avait laissé. Et là, il s’est décomposé. Mais t’en avais plus rien à foutre, le mal était fait. Et s’il ne partait pas vite, t’allait en faire beaucoup plus. Quand tu n’as plus rien eu à lancer, tu lui as hurlé de partir. Et il l’a fait, sans rien dire. De toute façon, il n’y avait rien à dire. Mais tu n’as pas oublié de le remercier avant qu’il parte. Le peu de toi que t’avais réussi à reconstruire… « Merci d’l’avoir brisé. » Ty, tu voulais plus rien à voir avec lui. Ça s'est terminé comme ça. Finn par contre, tu l'as pas laissé passer. Il croyait que t'allait le finir avec son copain quand tu les as croisé ? Mais t'avais même pas encore commencé. Ça a été l'histoire de quelques minutes avant que tu ne rentres chez toi, les poings encore bien défoncés.

Et ensuite ? Ensuite, les écluses se sont ouvertes. Et t’as pleuré comme t’avais jamais pleuré. Jusqu’à ce que le sommeil vienne t’attraper.

HIT.
HIT. HIT.
HIT. HIT. HIT.


Yuri. Espèce d'abrutie. C’est ce que tu n’as pas arrêté de penser depuis qu’elle est partie. C’est plus facile de penser comme ça. D’être en colère. Parce que tout le reste, c’est du passé. Dont tu t’es toujours pas remis, mais ça reste du passé. Yuri, elle, avait toujours été si présente. Tu l’as rencontrée quand t’as été balancé dans la cage aux lions quand on t’a fait sauter une classe et que t’as été contraint de quitter la sécurité précaire de l’élémentaire pour la jungle qu’était le collège. Elle, elle allait passer en dernière année, mais ça ne vous a pas empêché de vous lier d’une amitié très forte. Comme toi, elle vivait dans une vraie galère. Mais elle était des chanceux dont on protégeait l’innocence. Elle avait des parents qui s’aimaient et qui l’aimaient. Toutes ces fois où tu as squatté chez elle, surtout après tes quatorze ans, c’est ce que tu remarquais. Cette union que toi tu connaîtrais jamais. Tu l’enviais un peu. Tu t’disais qu’elle avait vraiment beaucoup de chance et qu’elle le réalisait même pas. Au début, t’étais vraiment jaloux, et ultra remonté contre elle. Pourquoi certains pouvaient avoir autant de chance ? Et pourquoi est-ce qu’elle s’en plaignait ? Toi, t’avais pas c’qu’elle avait. Et l’entendre se plaindre sans arrêt te prenait la tête. Alors un jour, t’as décidé de faire en sorte qu’elle la boucle. Quatre ans d’écart entre vous, c’était rien quand tu lui as raconté ce par quoi t’étais passé toi. Tu te souviens bien de ce moment-là. Avec Yuri, c’était simple de parler, donc t’avait fini par tout lui dire. Et après ça, t’avait décidé de partir. C’était un de ces soirs où t’errais parce que t’avais pas assez de courage pour oser mettre un pied chez toi, y croiser ta vieille ou qui que ce soit d’autre. Tu savais pas où t’allais dormir, mais t’allais pas rester chez elle. Pas quand tu venais de tout lui dire, et que ta seule envie, c’était de t’isoler, et de prendre sur toi pour ne pas craquer. Tu voulais pas. Mais elle t’a retenu. Elle t’a attrapé la main, et t’as empêché de te dégager, même si t’en avais envie. Et puis elle s’est excusée. Un truc que jamais personne n’avait fait. S’excuser. Toi-même t’en étais incapable. Alors t’as été ému. Emu ouais. Et t’es resté. Vous aviez parlé toute la nuit. Après, c’était beaucoup plus simple. Et très vite, Yu a été au courant de tous tes secrets, de la même façon que t’étais au courant de tous les siens, ou presque. Ouais, presque. Elle a été la première au courant pour ta relation avec Ty, aussi bien avant qu’après que vous l’ayez officialisée. Elle savait pour chaque dispute, et elle était celle qui te conseillait pour essayer de tout arranger. C’était elle aussi qui t’avais ramassé après la rupture, et qui t’avait aidé à remonter la pente, même s’il y avait eu un accident de parcours qui vous impliquait tous les deux dans un lit et qui aurait pu détruire ce que vous aviez. Avec elle aussi, tu avais beaucoup appris. Elle avait cette âme d’artiste et elle partageait tout avec toi. Toi, t’étais doué pour le dessin, et les mots. T’écrivait pour elle, elle jouait pour toi. Un jour, elle a décidé de t’apprendre aussi. Alors elle t’avait offert sa vieille guitare pour ton seizième anniversaire. C’était pas grand-chose, mais t’avais été heureux comme jamais auparavant. Et même s’il manquait une corde, c’était le meilleur cadeau du monde, parce que t’en avais jamais eu, et que tes anniversaire tu les fêtais pas. Vous étiez vraiment inséparables. Même quand elle a su pour le Japon, et la lettre que ta mère avait reçue lui annonçant son mariage, elle t’a promis de ne pas te laisser. Elle était plus vieille, elle travaillait. Toutes ses économies, elle les avait mises de côté juste pour rester avec toi. Elle t’avait dit qu’elle était prête à s’enchaîner si c’était pour toi. Tu savais ce qu’elle ressentait, t’avais fini par le comprendre, même si t’avais été pas mal aveugle avant. Et tu voulais pas qu’elle en arrive là. Pour elle, tu le sentais pas. Mais elle était convaincue. Elle était là pour toi. Elle t’avait affirmé qu’en plus, elle voulait aussi étudier. Que les paysages du Japon étaient plus beaux que ceux de New-York, et que, en tant qu’étudiante en photographie, elle ne pouvait pas laisser passer une telle opportunité. Elle avait réussi à obtenir son transfert et une bourse d’études. Et tu t’étais demandé d’où lui venaient toutes ses ressources. Parce que toi, tu ne sais pas si tu te serais donné la peine. Mais elle, elle l’a fait. Et elle était là. Encore là. Toujours. Vous étiez déjà seuls contre tous aux Etats-Unis, mais dans ce pays que vous ne connaissiez pas, avec une langue que vous ne parliez pas, c’était pire. Vous aviez dépassé le stade de l’inséparable, parce sans l’autre, vous n’étiez rien. Sans elle, jamais t’aurais supporté la rencontre avec ton père, le fameux mari. Sans elle, t’aurais jamais accepté le rôle qu’il voulait te forcer à prendre, celui du parfait fils, l’unique, parce que si t’étais un miracle, tu serais bien le seul. T’aurais pas non plus décidé de suivre une formation en tatouage pour pouvoir bosser au moins à mi-temps, et faire ce que tu voulais vraiment, même si c’était parfaitement contre ce que Akihiko voulait pour toi, non pas que t’en aies eu quelque chose à foutre. Sans toi, elle aurait peut-être jamais eu la motivation pour en finir avec ses études. Elle aurait sûrement pas proposé sa candidature à plusieurs agences de mannequinat pour proposer ses services. Elle aurait certainement pas commencé à vivre son rêve elle aussi. Alors, t’as eu du mal à le croire, mais au fond, tout commençait à rouler, même si tu restais isolé, que tu t’mélangeais peu aux autres et que t’essayais pas de passer la barrière de la langue. Ça commençait à aller. Oui. Mais la vie était toujours contre toi Isaiah. C’est pour ça quand tu as cru que ça irait, la vague est arrivée. Et la vague vous a séparé. Elle l’a emportée.

Ils ont mis du temps à la retrouver. Toi, t’as été chanceux. Les eaux t’ont vite recraché. Tu t’en es tiré avec une épaule démise, un traumatisme crânien, pas mal de contusions et quelques côtes brisées. Elle. Elle non. Tu revois encore toute cette eau vous envahir, et tu sens la panique, parce que vous saviez pas nager, et que de toute façon, la nage ne vous aurait probablement pas sauvé dans cette situation. Elle t’a entraîné avec elle, vous êtes partis en courant de l’endroit où vous vous trouviez. Mais l’eau vous a rattrapé. La violence vous a projeté beaucoup plus loin en avant, quelque part, n’importe où. Ta tête avait pris un coup et t’avais sombré dans l’inconscience. Yuri aussi avait fini quelque part et jusqu’à ce que tu te réveilles à l’hôpital, tu savais pas où elle se trouvait. Tu t’souviens que t’as demandé après elle longtemps. Assez longtemps pour qu’on finisse par céder et qu’on accepte de t’emmener la voir. Ils t’avaient dit que son cas était incertain. T’avais pas voulu le croire. Tout ce qui raisonnait dans la pièce, c’était les bips du moniteur cardiaque. Tu lui tenais encore la main lorsqu’il s’est arrêté. Ce bip si régulier. Alors tu l’as appelée. « Yu ? » Naïvement t’as cru qu’elle te répondrait. Tu pensais qu’elle t’entendait pas. Alors tu l’as appelée plus fort. Puis t’as fini par crier. Et là, les médecins sont entrés. Ils t’ont regardé l’air désolé. Mais tu voulais pas de leur pitié ! Tu voulais qu’ils sauvent la vie de celle qui était devenue ta sœur ! T’as hurlé. Hurlé. T’es devenu fou. Parce que tu pouvais pas accepter. Non, tu pouvais pas accepter que cette fois, elle t’avait laissé.

HIT.
HIT. HIT.
HIT. HIT. HIT. HI-


Le sac de frappe revient vers toi, et tu fais rien pour l’arrêter. Tu le reçois sans même chercher à le ralentir, et tu tombes lourdement au sol, le souffle coupé. Les yeux fixés sur le plafond, t’essaies de respirer mais c’est bien difficile. Tu retires lentement les bandages de tes mains, inspectant sans vraiment le faire les dégâts. Et puis tu passes tes mains sur ton visage trempé. Est-ce que c’est à cause de la sueur ? Ah, non. C’est probablement tes larmes.
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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 14:26
Le double post
Rebienvenue, ancien amour de ma life  ♥️
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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 14:28
Un fier camarade cet ami le double post
Thanks darling
Mrs. 4x4
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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 14:42
Iahiaaaaaaaaaaaah !!!

Re-bienvenue ! Même si double post m'a fait flippé

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Thanks Kenken pour le kit ♥
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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 14:44
Sorry
Thanks tho ♥️
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Je suis: neutre.
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Autre: Merci à Satoshi pour le vava et la signa ♥
Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 14:46
omglalongueurdel'histoire *s'en va mourir dans un coin*
Bon courage pour la suite de ta fiche et puis.. AOBA !! *-*

Bonjourjet'aimeaurevoir ♥️ 8D
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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 15:45
*lui fait un massage cardiaque*
Thanks tho ♥️
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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 17:44

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Merci Lucci pour le kit 

Ce qu'ils ont dit ♥️:
[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"


La famille ♥️:
Nanase's family:
Merci à Aria ♥️


Game of Nanase:
Merci à Driss ♥️


Activité familiale:
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Voir le profil de l'utilisateur Mar 17 Avr - 18:06
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Voir le profil de l'utilisateur Mer 18 Avr - 0:26
Trop bonne histoire et bordel quoi c'est triste

Mais je t'aime quand même
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Hanw
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