Simon Lechat
Messages postés : 359
Inscrit.e le : 16/07/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Libellule. ♥
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
01010011 01110100 01101111 01110000
posté
le Jeu 23 Aoû - 3:05
par Simon Lechat


Va.
Vis.
Reviens.
Généralités
Nom ;; Lechat.
Prénoms ;; Simon, Léon.
Âge ;; 27 ans, bientôt 28. (12 Octobre 2082)
Genre ;; Le sexe est celui d'un homme.
Origines ;; Elles sont française et japonaise.
Activité ;; Anciennement thanatopracteur, dans une vie précédente. Il a tenté de se reconvertir, pour voir les sourires des touts petits, mais ça a échoué. Actuellement, il est juste au bout du rouleau.
Sexualité ;; Attiré par les hommes, l'Incontestable n'a que fait lui rappeler cet état de fait en le mariant à une femme, par le passé.
Avatar ;; Josh(ua) Dun.
Règlement ;;
Chemin ;; Déjà là par le passé, il était temps de revenir.
Commentaire ;; Sur le point de disparaître pour de bon, on m'a dit de pas abandonner. Qu'il était de ses âmes virtuelles et dans ma tête trop importante, de prendre le temps de réfléchir. Qu'un élan brisé pouvait en cacher un autre. Que l'amour qu'on peut porter à une âme inexistante est parfois trop important pour tout lâcher. Alors le revoici. Ce chat de gouttière, ce bâtard de bas étage qui m'aura tant arraché le coeur pour en faire sien que je suis incapable de le voir partir.
Ça y est.
Vous n’êtes plus obligés de vous aimer.

Décroche pas, Olive. S'il te plaît, ne décroche pas.

Parce que si tu le fais, je crois que je vais sauter. Olive, je suis face à du vide. À un vide si grand que si je tombe, ça sera à jamais, que je finirais contre l'asphalte et qu'il y aura plus jamais d'histoire d'ange, plus d'histoire commune. Le chat n'a pas neuf vies, ou il les a déjà toutes usées.  C'est sans doute ça, je brûle les bouts, je crame le tout. Alors décroche pas, Olive. Parce que si j'entends ta voix, ça me rappellera cette peur de l'abandon, si terrible, qui me prend chaque jour un peu plus. J'ai beau lever les yeux au ciel, il n'arrête plus de pleuvoir en ce moment. Et j'en peux plus des gouttes, qu'elles soient de sel ou de sang. Olive, j'ai peur, tout le temps. Alors si je t'écoute me dire que t'es là, mes phobies vont se réveiller. La plus terrible, c'est de me dire que toi aussi, un jour, tu ne seras plus là. Quand tu seras trop heureuse avec Bacon, que les messages seront moins réguliers. Et tu sais, je te le souhaite, je veux que ton bonheur, je ne t'aurais pas épousé volontairement autrement.

Mais j'ai mal. J'ai mal et j'ai peur.
Toi aussi, t'as mal à l'âme ?

Je regrette ma vie entière je crois, à force. Et j'en peux plus, Olive. J'en peux plus de tout ça, de cette vie entre cachetons et insomnies. J'arrive plus à me battre, j'en peux plus de ce coeur qui se déchire dans mon poitrail. J'aimerais tout effacer, tout balayer pour de bon, à jamais. Qu'il cesse de croire en l'Amour, qu'il cesse de se dire que c'est fait pour moi. On le sait tous les deux que c'est impossible. Tu m'as trop ramassé, trop de fois. Tu m'as trop retrouvé dans des états pas possibles. Et tu sais, on pensait que je pourrais jamais faire pire que l'hôpital, que l'overdose qui m'a scié les veines et le coeur, que la cohorte des drames s'arrêteraient à ce moment-là. Que j'allais me relever, pour toi au moins. Et j'ai essayé, pour de vrai. J'y ai même cru. Y'a eu ce palpitant qui a éclot. Et qui a dérapé. Il a suffi d'un baiser pour tout briser. Pardon, pardon, pardon... Putain, que ça fait mal, Olive. Même quand j'y repense maintenant, même des mois après, j'ai l'impression qu'on m'arrache encore tout l'intérieur de moi-même.

Olive, je vois flou.
Il pleut encore ?

C'est le carnage, tout autour de moi. L'hécatombe, sous ciel pollué. J'étouffe, Olive. Je suffoque, même. Je tente de happer de l'air mais il est vicié. Il a le goût du fer et l'odeur qui va avec. Et je vois rouge, et je vois trouble. Et y'a des myriades de trucs tout autour. Les lumières de la ville, par la fenêtre. Au départ, c'était charmant. Ca l'est toujours. Je me disais que ça irait. Je me dis toujours que ça ira. Et puis très vite, j'ai su, j'ai compris. T'aurais été la première à me dire de me barrer. J'y ai songé. Et puis, y'a eu ses doigts autour de ma gorge et ses mots tranchants. Et je me suis dit qu'il avait raison. Que je mérite plus que ça. Plus que de ramasser les éclats de moi-même, de tenter de les rassembler, quand on se voit. De m'excuser pour la lèvre fendue, de te dire d'éviter tel bar à l'avenir, parce que c'est craignos. Et rire. J'ai tellement rigolé, Olive. Tellement fait semblant de rire.

Des éclats, partout.
Des bouts de moi.
Des bouts de nous.
Il va tout prendre, Olive.

Tout, absolument tout.

Mais regarde, Olive. Regarde et fais-moi ouvrir les yeux. Rappelle-moi qu'il y a toi. Et pas que. Rappelle-moi qu'il y a Penny. Qu'il y a Mako. Qu'il y a Ariel. Et moi, moi, je ne verrais que les absents. Je te dirais qu'il y a plus monsieur Sanako, plus Shibata, plus Jian, plus Hanz, plus Danthius, plus vraiment Yuuto, plus jamais Mélusine. Elle est où, Mélu ? Je te crierais les absences, parce que je crois qu'elles me composent à présent. Que je sais plus voir le reste, tout ce qui se construit. J'ai des œillères pleines de vide. Comme celui qui se dessine, face à moi. Tout a débuté avec mes parents, ceux qu'on appelle comme ça en tout cas. J'ai la tête lourde, je me souviens même plus de leurs prénoms. Comme si à force de trop l'avoir eu pleine de rouge, y'a tout qui avait été noyé. Mais je me souviens du reste. De l'abandon. Dès la naissance, je crois. Finalement, j'ai pas vraiment su ce que c'était que ce mot, famille, jusqu'à vous tous. Et que ça le rend encore plus terrible. Parce qu'un jour, un jour, il se perdra dans un temps qui n'appartiendra plus qu'au passé, lui aussi.

Olive, ne décroche pas, je t'en supplie.

J'oublie leurs visages. Le son de leurs voix. Leurs manières de se bouger. Petit à petit, ça se fait grignoter par le fait qu'ils ne sont plus là. Tu comprends ce que c'est, pas vrai ? De se rappeler des gens pour ce qu'ils représentaient, mais plus pour ce qu'ils étaient ? Et je me souviens pourtant encore de la chaleur de certains, des doigts qui s'entrelaçaient, des pognes chaleureuses dans le dos, de la sensation de me sentir radieux à leurs côtés. Mentor, amis, amours... Y'a plus rien, Olive. Y'a plus que lui, lui, face à moi. Qui me regarde avec trop d'attention. Putain, qu'est-ce que je peux en avoir besoin... Je crois qu'il m'abîme. Pas que le corps. L'âme aussi. Que dans ses yeux trop noirs, là où je me suis trop plongé pour oublier ceux de ma seconde plus grosse erreur, je me fais écarteler. Qu'il extrait tout de moi. Qu'il me laisse parler pour mieux me gaver de mes propres mots. À lui aussi, j'en ai parlé, de mes parents. À lui aussi, j'ai compté les heures de l'enfance, des souvenirs que j'en gardais. Des regards qui se posaient qu'entre eux, jamais sur moi. De cette absence d'amour à laquelle je m'étais faite, de cette recherche d'attention jamais comblée. Que j'avais beau m'égosiller en silence, ils n'entendaient rien. Que j'étais plus proche de la voisine et de son fils, que d'eux. Des bains avec ce second, pour s'assurer que je sois pas à l'abandon. Je me souviens de ce père au visage trop européen, de ce français qui rêvait de trop, de l'Amour pur et idéal. Qui se perdait dans la contemplation de ma mère, qui se perdait dans son imagination. Qui pensait l'aimer sans savoir qu'il n'en était rien, qu'elle n'était qu'un fantasme qu'un divorce a brisé. Elle ne l'a pas laissé partir pour autant, même quand il lui a fait un enfant dans le dos. Un enfant plus attendu que j'aurais pu l'être. À elle, il a laissé des lettres. À elle, il a laissé un infime quelque chose. Pas juste des traits ou des défaites.

Ça me tue encore aujourd'hui.
D'avoir espéré jusqu'au bout.

Tu comprends, Olive ? Tu captes ce que la vie peut bien signifier ? Rien. Absolument rien, ouais. Je voulais juste être heureux, Olive. Je rêvais de la vie simple, de la vie qu'on nous vend partout. À la télé, dans les journaux, dans le regard des gens. J'aurais préféré avoir le regard blanc que trouble. Le genre qui paraît sans vie que trop vibrant. Je ne voulais pas briller, pas vriller. Et pourtant, je ne cesse de me ramasser. À ressasser ce passé, à me rappeler de mes géniteurs qui ne voulaient pas de moi. J'étais l'accident ordonné par une machine qui ne veut pas que notre bien, au final. Qui n'oublie pas ses objectifs malgré toute la bonne volonté qu'on veut bien lui prêter. Alors regarde, elle produit. Elle accompli ses objectifs. L'enfant est né, la pérennité du pays est assurée. J'étais un avenir, Olive. Tu crois que ça a capoté le fameux jour où j'ai récolté mes cicatrices ? Celles qui me couvrent plus assurément que n'importe qui ? Elles seront éternelles, elles. Comme celles qu'il est en train de faire naître. À chaque fois qu'il m'ouvre la peau, la tête, c'est sa manière de me dire qu'il m'aime. Elle n'est pas plaisante, un brin cassante. Je le hais et en même temps, je le remercie. Je ressens tout et plus rien à la fois. C'est comme des shots d'adrénalines à chaque fois. Et dans ses souffles, j'entends comme des murmures. Qui me disent qu'il ne sera pas comme ses parents-là. Qu'il me couvrira encore d'attentions et de mots, qu'il sera le brasier sur lequel me brûler directement, plutôt que de passer par une casserole trop haute, qu'un récipient trop lourd pour un enfant de six ans. À chaque fois qu'il pose ses mains sur moi, ça me rappelle les cris. Ceux dans ma tête, ceux du passé. Les siens aussi. À chaque fois qu'il me pose face contre terre, ça me rappelle cette vague de douleur, quand j'ai cru que la chair allait se détacher de moi, ne faire plus qu'un avec le parquet. À chaque fois qu'il me dit pardon, ça me rappelle toutes ses fois là où j'ai espéré un geste de ma mère, un regard de mon père.

À chaque fois, je les entends.
Et ça me donne envie de pleurer.

Je me sens pitoyable. Lamentable. Et ça date pas que de lui, tu sais. Il a pas fallu attendre un type comme lui dans ma vie, pour me sentir comme ce qu'il me décrit chaque jour. Y'a juste eu le reste. Les bains glacés dans lesquelles je versais déjà toutes mes larmes, pour tenter de le réchauffer. Parce que je me sentais divisé en deux, dans mon propre corps. Comme si c'était à la fois des lames brûlantes qui me léchaient les os, mais aussi des glaciales. Comme les flammes des enfers, qu'on se figure comme bleus, pour aller avec le lugubre. C'était tout pareil, dans ma tête d'enfant. Je voulais déjà que tout cesse, à cet instant. Je prends conscience que j'avais déjà souhaité la mort, que j'avais déjà compris, si jeune, qu'elle était préférable au reste. C'est sans doute pour ça que je pleurais autant aussi. Ou c'est peut-être juste moi qui délire, que la douleur fait partir dans des délires qui n'appartiennent qu'à l'adulte, qu'à l'épuisé de service. Et je sais pas si ça me rassure de croire tout ça. Si ça me rattache un peu à ce que j'ai pu être, à ce moment-là. De savoir que dans un moment donné de mon existence, j'étais déjà Simon avant de le savoir. Qu'il a existé à un moment T sans qu'aucun ne le sache, avant qu'on ne le mène à l'hôpital. Et les larmes se sont taries, pour m'entendre dire que j'étais un petit gars courageux. Avant de m'expliquer que je ne pourrais pas rentrer à la maison, parce que mes parents n'en étaient pas vraiment. Je crois que ça voulait dire à l'enfant qu'ils n'étaient pas des gens biens. Je crois que ça voulait dire à l'adulte qu'il n'en sera pas un non plus, malgré tout ce qu'il aura pu essayer de faire. Je te jure, Olive, je te jure que j'ai lutté. Mais qu'à partir du moment où Elles sont arrivées, c'était déjà foutu.

Tout était déjà joué.

Même en espérant plus rien d'eux, j'étais encore blessé tu sais. Le corps cicatrisait là où l'âme, elle, se noyait déjà dans un verre d'eau. Pour un gosse, c'est énorme. C'était le premier tsunami de ma vie. Un raz-de-marée émotionnel qui m'a rendu si sage et si apte au formatage. Le foyer, ça n'en porte que le nom. C'est des têtes qui n'ont qu'une idée dedans. Qui veulent juste rentrer, même si leurs parents ne sont pas les meilleurs. Parce qu'il y a cette notion que ce sont les leurs au moins. C'était facile pour aucun d'entre nous. Facile pour personne. Faut pas avoir de rêve pour survivre à ça. Faut juste espérer. Juste croire que nos parents sont les meilleurs et qu'un jour, ils reviendront nous chercher pour le prouver. Et j'ai attendu, Olive. Tellement attendu, moi et mes lubies bizarres, moi et ma passion des araignées, grandissantes. Je t'ai déjà raconté tout ça, de moi qui attendais des heures parfois dans l'herbe, pour en voire une et l'attraper doucement, pour la fiche dans une boîte avec tout ce qu'il lui fallait. C'étaient mes premières amies. Si minuscules et inoffensives, que seule la Mort pouvait m'arracher. Elles ne pouvaient partir, dans leur petit terrarium improvisé. Je faisais avec les moyens du bord, récupérais tout ce que je pouvais, pour leur faire des abris que je cachais ensuite sous mon lit, avec mes affaires. J'ai rigolé le jour où je t'ai raconté la réaction des surveillants quand ils ont trouvé le tout. Mais ce jour-là, j'avais eu le coeur en charpie, quand ils ont voulu toutes les tuer. Un éclat de voix de ma part, piétiné par des gens qui ne comprenaient pas que l'amour pouvait avoir différentes formes. Qu'on n'était pas tous beaux les uns pour les autres. Que pour moi, elles étaient magnifiques, autant que le chien ou le chat qui pouvait les attendre chez eux. Ils ont tout piétinés et m'ont interdit de recommencer. Et maintenant qu'il y a Agathe dans ma vie, depuis tant d'années, tu comprends bien que j'ai fini par tourner le dos à tout ça.

Je voulais juste des ami-e-s, Olive.
Juste... Rien qu'un peu d'attention.

Peut-être que si on avait été à Tokyo, ça aurait été plus simple. Mais non. Chichibu est une belle ville, confortable et agréable. Belle et singulière à sa façon. Avec finalement ses désastres aussi, qui se cachent en son sein, parmi une famille qui aurait pu sembler tout avoir de normal, s'ils s'étaient aimés mutuellement, s'ils avaient pas eu cet enfant bizarre aux yeux vairons qui a un jour disparu, du jour au lendemain. Piiin, pooon... Je ne me souviens même pas avoir entendu des sirènes. Alors il y en a sans doute pas eu. Sans doute que c'était la voisine qui s'occupait déjà de moi la plupart du temps qui s'est occupé d'appeler les urgences pour m'y amener, en voyant mon état. Sans doute que de toute manière, elle ne m'aurait jamais plus touché après ça, par peur qu'on lui fasse la remarque à elle. Par peur aussi peut-être que ça déteigne sur son propre fils, au travers de l'eau. Sait-on jamais. Chichibu est belle. Et comme tout le reste, elle a ses vices. Cela ne va pas l'un sans l'autre. Le foyer était calme. Le foyer était ce qu'il était. Un lieu où rentrer manger, se brosser les dents, dormir. Espérer, jusqu'à s'esquinter. Où la discipline rejoignait bien celle de l'école. J'avais que la natation, pour m'évader. Que ce sport pour échapper au reste. Et tandis que je plongeais, que je nageais, que je me donnais tout entier, je n'arrêtais pas de penser à des trucs bêtes. Pour me dire que je pouvais être assez fort pour aller au-delà de mes limites. Pour passer outre les regards sur les cicatrices. Pour passer outre les murmures des gens parfois après mon passage. J'effaçais tout, avec des pensées qui me disaient que je pouvais y arriver. C'était encore quand elles étaient agréables, que je pouvais les contrôler, les pondérer. Quand je pouvais choisir de me rouscailler tout seul, comme un grand. Sans aucune aide à moitié plantée dans ma cervelle, indélébile. Je nageais et je me sentais bien. J'écoutais que l'entraîneur et sa voix qui perçait les remous de l'eau. Qui parvenait à se faire sa place, parmi les vagues. Et je me sentais si bien, Olive. Si libre. Comme si chaque mouvement était celui d'une aile. J'étais comme le papillon qui sortait de sa chrysalide, avant de retourner se mettre à l'abri ensuite.

J'étais juste terriblement naïf déjà.

Pourtant il y avait des signes. Pour me dire de ne plus l'être, pour me dire d'ouvrir les yeux, que ma place était nulle part. Pas avec eux, en tout cas. Que j'ai revu mes parents que des années plus tard, pour une incinération. Aucun d'eux, pas encore. Juste ma petite soeur. Tu mesures l'ironie de la chose, Olive ? L'Incontestable n'avait pas eu assez à briser encore, il avait fait remettre le couvert et cette fois, ça avait marché. Je l'ai su, que des années plus tard, que les deux voulaient une fille, que j'avais été une erreur de bout en bout. Et ça me fait doucement rire, aujourd'hui, de me dire qu'ils m'auraient sans doute rejetés encore et encore, s'ils m'avaient vu avec les jupes que je porte parfois. Que même en essayant de correspondre à un idéal qu'ils auraient voulus, je n'aurais jamais suffi. Parce que j'étais Simon, pas Simone. Une lettre qui aurait fait la différence, visiblement. Une lettre qui m'aurait permis de me reposer tout petit déjà. Ils ont perdu définitivement ma garde, après sa mort à elle. Cette petite soeur jamais connu, dont j'avais vaguement entendu parler. Et en qui je ne croyais pas. Elle était comme un mirage, une vérité qui faisait mal. Songer que ce n'était pas vrai, juste que des rumeurs, c'était rassurant. Puis la réalité a frappé, comme une balle en pleine poitrine. Il y avait ce petit cercueil, sobre, qui est allé se faire engloutir par les flammes. Et il y avait déjà un premier bout d'âme à moi avec. Un regret, instantané, de n'avoir pu la connaître, de n'avoir pu mettre le moindre son par-dessus le bois. Rien, rien, rien... Et le regard vers les parents, qui avaient vieilli. Qui étaient touchés en plein coeur, en plein dans leur chair. À pleurer la perte. Cette perte-là. À n'avoir jamais pleuré la mienne. C'est en baissant les yeux que j'ai compris que je n'aurais jamais ma place à leurs côtés. Avec l'espoir qui m'a tenu au corps encore quelques années pourtant. Je n'étais qu'un idiot, qu'un indésirable, indésiré.

Rien qui n'a changé.
Alors qu'il prenne tout.
Je ne veux plus rien.

Je ne vaux plus rien.

Bordel, qu'est-ce que j'ai pu leur faire, quand même ? Qu'est-ce que j'avais pu faire pour mériter le mépris et le silence ? Pour ne pas valoir le temps d'une parole ? J'avais envie de hurler "J'EXISTE" en permanence. Et au lieu de ça, je me suis contenté de regarder ailleurs. Tu saisis Olive, pourquoi tu ne dois pas décrocher ? La lâcheté m'étouffe. J'ai toujours cru que de laisser les gens faire leur vie sans moi, c'était une preuve d'amour. Mais non, NON. C'est juste de la facilité, pour mieux me complaire dans la peine. Regarde, Olive, constate comme tout s'explique enfin. Je n'en peux plus... Y'a tout qui s'écrase dans ma tête, tout qui passe sous un rouleur compresseur. Et j'ai beau gratter mes tempes, ça ne veut pas s'arrêter, ça ne veut pas ne plus me faire aussi mal. Je ne veux plus fuir, c'est bon, arrêtez, je vous en supplie... Tu devais mourir, Simon, mourir à sa place, pourquoi tu ne l'as pas fait, pourquoi tu es encore là ? Ils seraient tous plus heureux comme ça... Stupide petit cochon... Idiot, idiot, idiot... Tu sais, j'ai beau hurler aussi fort que je peux, Elles continuent d'être les plus fortes. J'ai beau rire, Elles sont toujours les gagnantes. J'ai beau pleurer, Elles sont les plus vicieuses. Pourquoi faut continuer de vivre, hein, Olive ? Pourquoi j'ai pas le droit au repos ? Pourquoi j'ai choisi un métier où je cherchais à le donner aux autres tout en m'en privant moi ? Viiilaiiin garçoooon ♫ ! Tu te souviens, quand je t'ai parlé de monsieur Sanako ? Je l'ai rencontré ce jour-là, alors qu'elle était à partir dans un autre monde, la première petite soeur... Il était dans le fond de la pièce, discret. On sentait qu'il ne faisait pas parti du scénario, qu'il n'était qu'un employé s'assurant que tout allait bien. À observer la peine couler des masques. Je l'ai approché avec curiosité, avec pour idée aussi qu'il serait peut-être le seul à savoir me comprendre. Au moins juste me voir. Entendre le cri intérieur qui m'animait. Au final, il m'a donné tellement plus. Il a été mon père. Et il a disparu, comme les autres.

Tu ne mérites que ça.

Il avait ce je ne sais quoi qui m'a attiré vers lui. Peut-être plus de pudeur qu'aucun autre. Cette manière de se tenir, droit et pourtant si discrètement. Peut-être était-ce son regard, un horizon sans nuage. Pas le moindre, pour le déranger. Comme s'il s'assurait bel et bien que les âmes s'envolent, qu'elles aillent retrouver une nouvelle vie. Comme s'il s'assurait que tout était respecté. Que la Mort avait été digne au moment de faucher jusque l'esprit. S'assurer d'un tout propre à ceux qui travaillent avec elle, en étroite collaboration. J'ai tant voulu y croire. Simon, petit iiidiiiot... Il avait ce calme intérieur auquel j'inspirais tant. La représentation d'un avenir plus certain que celui derrière moi, que ses parents qui pleuraient des larmes creuses. Un chapitre où je n'avais aucune ligne dedans. J'ai fermé ce livre, me suis attaqué à un autre. Il a posé ses yeux sur moi. Et j'ai souris. Je me souviens qu'il était un peu offusqué. Parce qu'on ne devait pas sourire en ce genre de circonstances, qu'il fallait un peu de respect pour la famille qui avait perdu un proche. J'avais répondu que c'était ma petite soeur. J'ai rajouté un "je crois" qui devait parler plus que le reste. Il y avait eu sa main, sur mon épaule, et... Et... Ne pleure pas, chhht... Olive, j'ai tellement mal. Je ne cesse d'y repenser. De chercher sa main de nouveau, sur cette épaule affaissée. Et il n'y a rien. RIEN OLIVE ! Juste lui et ses doigts trop longs, ses doigts qui me brisent encore et encore. Je hurle en silence, dans l'oreiller, souvent. Je hurle jusqu'à en user mes cordes vocales, pour que plus jamais, le moindre son n'en échappe. Plus le moindre gémissement, plus le moindre ravissement. Pour ne plus jamais dire que je crois, à qui que ce soit. J'aimerais lui éclater les tympans mais je sais que c'est une quête vaine. Qu'il ne sera jamais qu'épuisé par ma bêtise et mes faiblesses. Alors je hurle dans le tissu, étouffe les sanglots et les envies. Je m'asphyxie tout seul, les poings serrés, les doigts qui ne veulent faire plus qu'un, avec les draps. Qu'est-ce que je fous, Olive ? Ne décroche pas pour me le dire, non, pardon...

Il va te tuer...
Mais je suis déjà mort...

Je me suis accroché à l'époque, pour réussir ! À seize ans, je me suis orienté exprès vers une voie spécifique, parce que j'avais décidé. J'avais compris que pour redevenir un avenir, il fallait choisir celui de ce père de substitution. Une voie qui allait me diriger vers le médical, pour pouvoir faire ce métier qui me faisait tant rêver, ce métier où je pensais pouvoir rendre hommage aux gens, en prenant soin de leurs dépouilles. Ce métier qui semblait si noble, qui portait des traits si familiers à présent ! J'AI TOUT BRISÉ OLIVE ! Tout, absolument tout... J'ai pas travaillé au bon endroit, pas pour les bonnes personnes... Tu ne sais même pas raconter les histoires... Tu es trop bête, idiot, stupide, trop sale, trop et pas assez à la fois, tu ne vaux pas le coup, tu sais que personne ne t'aime, personne, personne, PERSONNE ! C'est vrai... Non, non, je ne dois pas les écouter, je le sais, je me le suis répété mille fois déjà, depuis presque dix ans... Une litanie qui ne cessera jamais, une auto persuasion qui échoue à chaque fois. Je ne t'ai jamais raconté quand Elles sont apparues... Cette souffrance terrible, pendant des mois, avec de symptômes que je n'associais à rien. Et cette paranoïa qui grandissait. Dans les films, dans les séries, c'est toujours monté de telle sorte que ça paraisse impressionnant mais cool. Comme si les hallucinations étaient une source d'inspiration, comme si les personnages étaient possédés mais que ça allaient. Certains y puisent des troubles de la personnalité qui excuseront les crimes à venir. La maladie devient un prétexte aux scènes de massacre. Comme s'il y avait besoin d'elle pour cela. Comme si l'Homme n'était pas assez fou de base pour tuer sans raison, pour prendre des vies sans se soucier de la Morale. Et il y a d'autres personnages, qui sont présentés comme des génies mais à qui il fallait bien une tare. Alors on leur colle des voix dans la tête, qui semblent capables de tout résoudre, qui l'aide à mettre fin aux mystères qui entourent son petit monde cloisonné. Tu n'es personne... Des clichés, d'un bout à l'autre, si bien qu'on ne comprend pas quand ça nous arrive. Qu'on vogue dans le noir, qu'on tente de se raccrocher à la réalité mais que la Maladie remporte déjà la première bataille. Que tout semble désespérément noir.

Et depuis, Olive, personne n'a rallumé la lumière.
Mélusine a su les dompter à sa manière.
Mais à part elle, il n'y a eu personne.

Il m'a tant offert. Tant appris. Transmis ses passions, sa douceur, son amour des autres. Si j'ai autant aimé l'Homme, c'est grâce à lui. Si j'ai voulu autant croire en Eux, c'était parce qu'il avait la sagesse nécessaire pour tout m'apprendre. Pour me faire comprendre que la Maladie était une donnée en plus, mais que je restais Simon. Que je ne devais jamais l'oublier. Que j'avais la batterie pour m'évader. J'ai commencé avec lui, parce qu'elle était une de ses propres passions. Et tu aurais dû le voir jouer Olive, il était incroyable. Tu ne te serais jamais lassé toi aussi. T'aurais commenté le tout, entre mes bras, à t'extasier sur ses mouvements, sur ses muscles fins et vieillit qui pourtant restaient fermes. Je me disais que je voulais les mêmes bras, pleins de vigueurs encore pour savoir encore jouer de la batterie à cet âge-là. Jamais tu ne seras quelqu'un de bien... Et ses mains, pleines d’aspérités et de rides, tout comme lui, capable encore de soigner les maux des Morts. De prendre le Mal et l'évacuer, leur rendre des expressions sereines, des dignités qui parfois n'étaient plus parce qu'ils avaient cru qu'ils n'en valaient plus le coup. C'est ironique comme ça résonne en moi... Il m'a aidé pour sortir du foyer, m'a aidé à obtenir un appartement à dix-huit ans, m'a porté comme on ne l'avait jamais fait. Un appartement où j'ai pu mettre le plus beau des terrariums, pour ma très chère Agathe. Tu sais, elle... Elle a été la première témoin, depuis sous ses roches. La première à assister à Leur naissance, un an plus tard. Heureusement qu'elle n'était pas dans ma main, lors de la première crise. J'aurais pu la broyer et à jamais le regretter. Elle m'aurait mordu et j'aurais pu rien sentir, pour une fois. Je... Idiot, idiot, idiot... Elle n'a toujours cherché qu'à se défendre, tu sais... Elle aussi... Elle aussi avait peur. Du monde entier. Et un jour, elle m'a accordé cette chance d'être le moins un, de ce monde. J-

IDIOT !
TAISEZ-VOUS !

Il se tient la tête, serre le propre étau qu'il est. Assis par terre, à faire ce mouvement de balancier spécifique, à tenter de repousser l'assaut qui subjugue ses pensées. Il doit continuer, il le sait. Il n'y a que nous pour t'aimer... Mais Simon ne parvient pas. Il manque de souffle et de mots. La souffrance pullule dans son être entier. Le corps n'en peut plus, de toute cette folie. Il n'y a que moi pour te trouver beau quand tu es affreux... La tête non plus, d'ailleurs. Ses murmures à cet homme bien trop incrusté dans sa vie se mélangent aux Autres. Et il est comme Elles. À encourager l'épanchement. Ses mains qui s'invitent encore sur le corps, qui caressent ce torse où un tatouage régnait en maître, par le passé. Pourvu de lézardes désormais, comme un plafond perforé. Tu n'as besoin que de moi, Simon... Il murmure les mêmes choses qu'Elles. Sa bouche qui s'invite dans la nuque, qui trace les contours des galaxies qu'il imprime, du bout des doigts, du bout des lèvres. Il mord, vivement, arrache une nouvelle douleur, dans un océan déjà trop rouge. Et les Voix encore, qui n'ont de cesse de hurler, en sa tête. Il hurle, le vent. Et personne d'autre pour l'entendre. Ce mal qui le ronge depuis ses dix-neuf ans. Tu es trop bête pour réussir à tenir une conversation, tu sais ? Non, il ne sait pas. Il ne fait que soupçonner. De prendre cela comme vérité, à force. Il oublie ce qu'il a été. La confiance s'effondre de plus en plus. Il n'en reste plus que quelques briques. Pernicieux, il a coupé les ponts, petit à petit. Cette fille ne te mérite pas. Tu la vois trop, elle te tire vers le bas. Et Simon pleure, laisse les sillons se creuser davantage. La peau qui s'engorge du mal. Vilain Simon, ne ferme pas les yeux, tu ne supportes pas le noir... Il est épuisé, ne tenait déjà pas debout quand il l'a rencontré. Et il a fleuré la divine fragilité. S'est engouffré dedans, promettant monts et merveilles. Amant merveilleux, avant de devenir le bourreau du quotidien. Il n'y a que moi qui ne t'abandonnera pas... En effet. Car bientôt, il mourra, ce Simon-là. Poussé à bout, poussé dans des retranchements où plus nulle âme ne vit. Il voudrait encore se débattre, mais il n'en a plus la force. Le champ de bataille est sanglant, fumant. Il a tout perdu. Et l'attrape-rêves sur le poitrail a perdu de ses plumes. Plafond fissuré, pierres saccagées. Où est passé Simon ? Tu ne vas pas sortir comme ça, j'espère ? Il ne sait pas non plus.

Il flotte, ailleurs...

La communication n'existe pas, avec Elles. J'ai beau tout essayer, je sais que je parle dans le vide. Alors pourquoi j'essaye encore... ? Monsieur Sanako avait été si patient avec moi... Il a su très vite que ce n'était pas ma faute, que ce n'était pas moi, ce type qui avait l'impression d'être suivi, à qui on murmurait qu'il n'était pas tout seul, qui s'agitait dans des crises de paranoïa sévère... Il m'a aidé à mettre un nom sur tout ça. Schizophrénie. Je pouvais en rire, à une autre époque. Entre ce nom qui effraie, le fait de vivre avec une mygale et ce métier dédié aux morts... Les gens prenaient peur et je riais. Faiblement, mais je prenais le "bon" côté des choses, m'imaginais que ce n'était rien dans le fond. Je n'étais qu'un sombre con. On sait toi et moi comme elles me bouffent désormais, comme ça s'est aggravé avec le temps, que les hallucinations sonores sont désormais accompagnées de quelques unes visuelles. Et on sait comme ça ronge de craindre un monde imaginaire... J'ai dû refaire une année, avec tout ça. Une année de plus en tant qu'apprenti, auprès de lui. Cela m'allait, en toute franchise. Cela valait le coup, sur l'instant. Parce que je pouvais encore me mentir sur mes sentiments à son sujet. Que je pouvais dire qu'il était mon mentor et non m'avouer que je le voyais comme une figure paternelle. Je pouvais encore compter sur la naïveté de la jeunesse pour me voiler la face. Quand j'ai eu mon diplôme, j'ai éclaté de joie, partageant le tout avec Agathe en lui montrant ce premier tel un trophée, une victoire contre la maladie, un message pour me dire de ne jamais abandonner. Il ne me servira plus jamais... Et j'étais tellement heureux, d'autant plus parce que je pouvais rester dans la même entreprise que monsieur Sanako, parce qu'il n'allait plus tellement tarder à prendre sa retraite et que ça leur allait bien d'avoir directement la relève, plutôt que de laisser filer quelqu'un qui avait été formé par lui en bonne partie. Et moi j'étais juste là, à flotter dans mon nuage. Les temps de pluie, c'était quand les voix se mettaient à former des lignes dans ma tête, comme autant de gouttes qui formaient des aiguillons pour m'attacher la chair.

Je le voyais, tu sais,
cet avenir revenu.

Shibata est arrivé dans ma vie. Je savais rien encore, trop perdu dans mon monde, entre les lignes de pluie, à craindre les averses. Et je ne sais même pas ce qui a pu le pousser à m'approcher, à braver cet interdit que la société possède à sa manière, de ne pas attendre sagement après le choix de l'Incontestable, d'en faire un de lui-même. Il a été le premier et je n'ai jamais su t'en parler. Parce qu'il a connu toutes mes premières fois. De l'ivresse des instants jusqu'aux Adieux. Peut-être est-ce simplement les hormones qui l'ont poussé à me sourire la première fois, à m'approcher à la seconde. À m'embrasser à la dixième. Je n'avais aucune idée de ce qui me plaisait et ce trouble qu'il faisait naître en moi était si puissant. Je m'en suis voulu, si fort, d'éprouver du désir pour lui, de me toucher en ayant son visage en tête. De laisser des soupirs chauds s'échapper de moi parce qu'il était rentré dans ma vie. Et ça a été d'autant plus terrible quand c'est lui qui est venu les chercher, de ses propres mains, de son propre corps. C'était un peu formel comme première fois, du genre timide à fond, parce que j'avais honte de moi déjà, que je ne savais pas comment faire pour lui plaire et que ses murmures où il me disait d'être simplement moi me laissaient perplexe. Parce que je me disais qu'il changerait d'avis s'il savait pour la maladie. Cela a été un an de relation où j'ai fait au mieux pour cacher mes maux, pour ne pas paraître bizarre, faisant passer les crises de paranoïa pour de la fatigue intense. Et je rentrais alors seul, en lui promettant de le rappeler dès le lendemain, d'un baiser déposé du bout de la langue contre la sienne. Des sourires mal assurés qu'il ne remarquait pas, parce que j'étais déjà doué pour mentir, pour cacher tout ce qui n'allait pas. Mais il y a eu ce jour où il a débarqué sans me prévenir, pour me surprendre. Et où il a tout découvert. Les médicaments et son petit-ami en proie à une crise difficile à cacher, parce que je ne le reconnaissais même pas sur l'instant.

Alors il est parti.
C'était le premier.
Pas le dernier.

C'est comme une machinerie infernale, bien trop huilée. Comme si le premier schéma devait être le même à reproduire à chaque fois. Ils vont et viennent dans ma vie, défilent sans se soucier de ce qu'ils prennent en partant. Parfois juste un peu de dignité, d'autre fois un peu d'amour. Je me suis donné tant de fois, trop facilement. Connu plus d'hommes qu'il n'aurait fallu, effleuré bien plus de corps que je n'aurais voulu. J'ai voulu tout effacer, tant de fois. Caressé dans l'espoir que la trace précédente disparaisse, sans me soucier de la nouvelle qui allait apparaître. Un désespoir qui a commencé à son départ. La plongée en enfer, face à ses médicaments qui l'avaient dégoûté. J'ai arrêté pour la première fois mes traitements à ce moment-là. Je me disais que ça irait, que ça ne servait à rien. Je voulais détruire les fondations qu'un autre avait mis tant de temps à mettre en place. Et tu sais, je suis persuadé que c'est ce qui a tué monsieur Sanako. De voir ce gosse revenir alors qu'il avait façonné un adulte, de voir le gosse faire de ses briques... Du sable. Friable, entre les doigts. De tout balayer en soufflant dessus, de me prendre pour un grand méchant loup alors que je n'en avais pas même les airs, pas même la prétention. Je ne voulais faire du mal qu'à moi-même, en proie à mes démons. L'abandon de Shibata, brutal, m'en a rappelé d'autres. N'a fait que se réveiller ce truc qui sommeillait en moi, qui me rappelait que mes parents ne m'avaient pas regardé, à cette foutue incinération. Et que je n'aurais sans doute plus le moindre regard de leur part. Je me suis laissé engloutir, tout entier. Noyé dans un chagrin d'amour stupide qui a tué le seul qui devait véritablement compter. Les larmes ont redoublé, la pluie a cessé pendant un temps. Comme si l'âme trop en peine et en perdition ne nécessitait plus les bassesses d'un esprit malade. Peut-être aussi parce que je reprenais mon traitement, en ayant su que j'étais l'héritier désigné par cet homme qui m'avait aimé jusqu'au bout, sans que je ne sache lui en rendre la moitié.

Sa batterie face à moi.
Une lettre entre les doigts.
La vie entière pour regretter.

J'ai quitté Chichibu pour Tokyo. Je n'étais plus capable de travailler là-bas, tu comprends ? Plus sans lui. Il aurait dû être juste à la retraite, pas mort. Jamais mort. Alors pourquoi il l'était, Olive ? Pourquoi ça me brûle encore, de repenser à tout ça ? Pourquoi il me manque comme au premier jour, comme à l'instant où le vide s'est installé en moi pour, semble-t-il, ne jamais repartir ? J'ai tout quitté parce qu'être là où il m'avait tout appris n'était plus supportable. Que chaque recoin de la pièce me le rappelait lui. Que j'avais peur que sa voix viennent à se confondre avec les Autres. Je ne voulais pas qu'il devienne un mal. Alors j'ai démissionné, rendu mon appartement et avec Agathe, nous sommes partis à la capitale. Je savais qu'ils cherchaient des gens, dans la fonction publique. Alors j'ai tenté ma chance. Et de ça, je ne t'en ai jamais parlé, jusqu'à tomber sur l'autre connard... Qu'il dévoile tout. Si tu savais comme j'ai pu regretter. Comme il fut plus terrible de signer ce contrat-là qu'aucun autre. J'ai vendu mon âme au Diable et avec le sourire, content au fond de moi d'enfin rendre un bout de ce que l'État avait pu m'apporter, avec le foyer, avec la chance de croiser la route de monsieur Sanako, avec les études que j'avais pu mener. Et j'étais heureux et j'y ai cru, sincèrement, que je pouvais apaiser les âmes qui allaient s'éteindre au centre de redressement. Je me pensais assez fort, assez grand. J'aurais dû savoir, pourtant. En signant ce contrat avec tellement de clauses dedans que j'avais du mal à tout lire et que je ne saisissais pas. Et le piège s'est refermé sur moi quand on m'a dit simplement les principales : ne pas dévoiler que je travaillais ici et de ne jamais révéler la manière dont meurent les gens ici. Que c'était un contrat à vie aussi, pour la confidentialité, que des poursuites pourraient être menées si je venais à briser ce voeu de silence. Je ne pourrais jamais rien te raconter, Olive.

J'ai la bouche cousue
des fils que l'État tirent.

Il n'y avait pas des morts tous les jours, contrairement à ce qu'on peut lire dans certaines propagandes anti-Incontestable. Pas tous les jours, non. Mais ils viennent toujours deux par deux, Olive. C'est ce qu'il y a de terrible, dans ce travail. Tu sais, je l'ai fait parce que pour moi, c'était rendre un dernier hommage, voir réparer des dommages qu'un accident aurait provoqués, cacher les dommages d'un suicide ou quoi... Mais ici, ici... C'est pas pareil. Ici, il n'y a nullement besoin de ça, ou dans des cas de maltraitance avant la mort. Ici, on tue les gens volontairement. Ils vivent et l'instant d'après, ils sont morts. Deux par deux. À la vie, à la mort. Le mariage, ça a un truc symbolique pour certains, c'est quelque chose de fort, que certains attendent toutes leurs vies jusqu'à ce que ça arrive enfin. Regarde le cas de mon père. Il aurait pu tomber sur une femme qui n'aurait pas supporté sa présence. Et alors, il aurait été envoyé à la mort parce qu'elle n'aurait pas su vivre ainsi. C'est comme ça que ça se passe, Olive. Ils sont envoyés à l'abattoir. Et toujours par deux, putain. C'était usant d'imaginer ce qu'ils avaient pu être, ce qu'ils auraient pu faire encore. Comment savoir s'ils avaient tous les deux décidé de mourir ? S'ils avaient choisi cette voie-là, devenir comme des ennemis de l'État dans leur dernier souffle. Et il y en a qui étaient parfois bien plus jeunes que moi... Ils avaient tant à voir encore... Au début, c'était supportable. Parce que je n'y pensais pas ou je ne remarquais rien. Je bossais en duo avec un type qui semblait sortir tout droit d'un manga. Un jour, j'ai fini par poser la question du pourquoi on n'assistait jamais aux cérémonies ici. Et il m'a expliqué qu'on avait déjà assez à voir au quotidien, que c'était déjà assez dur vu les circonstances, qu'on ne résisterait pas si on voyait en plus la famille se retenir de pleurer ou s'il n'y avait, au contraire, personne pour le faire.  Il m'a dit aussi que c'était pour ça, qu'il avait ce look. Pour qu'on ne le confonde pas avec les morts, pour ressortir, dans tous le gris et blanc du travail. Qu'il lui fallait ça, pour se préserver et qu'ironiquement, même si nous étions employés de l'État, on pouvait bien, parce qu'après tout personne ne fait jamais attention aux types qui s'occupent des corps après que les médecins aient fait leur travail, qu'on ne nous voyait jamais. Il m'a conseillé de faire pareil, de pas me laisser avoir, de trouver qui j'étais au fond de moi, de laisser exploser un trop plein de vie avant d'oublier le goût qu'elle peut avoir. J'ai passé des mois à y penser, des mois à cogiter. Le jour où j'ai senti la dépression me reprendre à la gorge, je suis allé acheter ma première couleur, du vert, mes premières fringues qui sortent du cadre standard, afin d'être cet autre gars que celui de la morgue. Chez les autres, ça a pu marcher, mais chez moi... De voir les corps qui s'empilent, dans ma mémoire... J'étais de plus en plus malade, de plus en plus dans ce mal interne, face à cette boucherie dont je cachais les crimes.

J'ai participé à un génocide, Olive.
J'ai cautionné ce dernier en travaillant.
Sans trouver le courage d'en partir.

Je me disais que j'aidais les morts.
Qu'est-ce que j'étais con, bordel.

Olive. Tu te souviens ? De ce moi abandonné en plein dans ta boutique, à ne pas savoir quoi faire ? C'est quelqu'un qui m'a mené là, avant de voir partir précipitamment pour je ne sais même plus quelle raison. Mais on s'en fiche, de ça. Parce que t'étais là. Et que tu m'as sorti une vanne directement. Et c'était la première fois que tu me faisais rire. Ça me semble tellement loin, bon sang, Olive j'ai si peur... On a discuté un long moment, avant que je ne reparte avec les albums que tu avais pu me conseiller. J'ai tout écouté après avoir acheté une vieille chaîne hi-fi exprès pour lire les CDs et... Je me souviens avoir tout adoré. Que je découvrais que tu avais parfaitement saisi mes goûts. Sans savoir qu'on partageait les mêmes en fait. Et je suis revenu, le sourire aux lèvres. Tant de fois. Pourquoi ça ne marche plus, Olive ? Pourquoi ? On a commencé à se voir en dehors. Et on s'est plus jamais lâchés, toi et moi. Même quand tu as compris que je me droguais en secret via ma cigarette électronique, tu n'as rien dit. Tu ne cautionnais pas mais tu voulais ne pas me perdre, parce que tu savais que ça allait me heurter autrement. Tu savais juste pas ce qui se cachait dans le liquide des cartouches de rechange... Je te remercierais jamais assez, Olive. D'être rentrée dans ma vie et de l'avoir bousculé à ce point-là. Et d'être resté surtout. De n'être jamais partie. J'ai tellement peur, Olive, du jour où tu en auras assez de mon absence, de mes conneries, de mon absence de courage... Je n'en peux plus... Dès que je repense à tout ça, y'a tout qui éclate en moi. Les larmes et le bout de bonheur qui persiste à rester, dès que je pense à toi. Et je crois que si je tiens encore le coup, malgré les siens, c'est parce que t'es encore là. Et que le jour où tu le seras plus, sans doute par mon entière faute, je le laisserais me couler pour de bon, parce que j'aurais détruit la relation qui me tient tant à coeur, qui me fait vibrer encore et encore, même quand mes os tremblent sous sa force. Je me raccroche à toi, ton image gravée sur les paupières, dès que je ferme les yeux. Et je te jure que je fais au mieux pour ne voir plus que toi, pour plus écouter les battements erratiques.

Mais tu le sais, pas vrai,
que je pense encore à lui...

Je t'ai toujours dans la peau. J'y ai cru en nous. En cette histoire dans laquelle t'as voulu me faire croire, avec tes mots. Hanz, t'as été la pire chose qui me soit arrivé, ainsi qu'une des plus belles. Mais depuis toi, ça s'est empiré, ce mal en moi. Celui qui m'empêche de m'exprimer. Parce que t'étais là et que t'as compté, terriblement, si fort. C'était irrésistible. J'ai été attiré par toi dès le premier soir, dès l'instant où j'ai pu poser mon regard sur ta nuque. Sombre con que j'ai été, encore une fois, à te chercher. Jusqu'à te trouver. Et c'était foutu dès cet instant-là, dès cette ruelle où on s'est embrassés pour la première fois. Et je me souviens encore parfaitement de la scène. Du taxi qui s'éloigne, avec ta casquette qui est tombée à terre sous l'effet de mouvement. L'histoire aurait dû s'arrêter là, n'est-ce pas ? Olive a eu tant de mal à me sortir suite à ça. Et j'aurais dû continuer à refuser, jusqu'à m'être guéri de toi. Jusqu'à ne plus rien ressentir. J'aurais dû m'anesthésier entièrement, pour être capable de te recroiser sans me sentir tomber dans un gouffre sans fin. Pour ne pas te courir après. Pour ne pas finir briser en trop de morceaux pour que quiconque puisse les compter. J'étais un puzzle à qui il a manqué une pièce, des longs mois. Et au fond, je le sais très bien, que tu as gardé la plus importante. Que ce "je t'aime" que j'ai pu te dire, le premier de ma vie, tu le garderas à jamais avec toi. Que je ne saurais plus jamais le dire. Parce que tu as disparu dès le lendemain de ses mots. Que tu m'as donné les tiens en pitance, comme une manière de mieux faire passer la pilule. Dommage, ils sont restés au travers de la mémoire, les miens dans la gorge et a jamais tût désormais. Je t'ai pleuré, hurlé, détesté, haï mais surtout, surtout... Je t'ai aimé. Comme je ne pourrais plus jamais aimer aucun autre homme. Que ça ne sera qu'une pâle copie de ce qu'ont pu être mes sentiments pour toi, de ce qu'il en reste encore. Tu sais, il y a des hommes qui ont emporté un bout de dignité, d'autre un bout d'amour. Tu as tout emporté, toi. En partant comme tu l'as fait, tu m'as privé de ce qu'il me restait. Ce n'est pas pardonnable.

Et pourtant, j'ai tout excusé.

Je l'ai connu un soir comme les autres. Il faisait trop chaud et j'avais trop bu. Je n'ai vu que sa nuque, avant de croiser son regard dans le rétroviseur. Et je suis tombé amoureux. De cet air semi-sévère. De ce mystère qui pouvait l'envelopper. Si amoureux. De ses rires qui se cachaient dans les sourires. De ces moments où il était impétueux, à râler contre le monde. Tellement amoureux. De ces instants de grâce où nous restions dans les bras l'un de l'autre, à profiter du temps qui passe sans plus se soucier de nous, que les silences étaient les marques de notre affection, la tendresse distillée du bout des doigts, du bout des lèvres. Terriblement amoureux. Des tempêtes dans lesquelles on s'est plongés, coeur tout devant, en pensant le protéger. À se hurler dessus parce qu'on était déjà trop atteint dans la cervelle, qu'elle ne savait plus rien diriger. Comme un chef d'orchestre que nous avions mis au placard, chacun de notre côté, pour mieux se dévorer. À la folie. Il y a ces jours d'hiver, loin du monde, à profiter l'un de l'autre, à se découvrir et s'aimer pour la première fois. À la discrétion des montagnes et des feuillages, du monde entier. Il a été cet homme en qui j'ai voulu croire, pour qui je me serais tant battu pour qu'il cesse de trembler. Où est le dernier pétale qui devrait tout clore ? Et il y a ce concert où on a vécu un rêve, toi et moi. Où j'avais des étoiles pleins les yeux et la tête, où je me disais que le bonheur était quelque chose de beau. Fragile mais magnifique. Alors j'y ai cru, tu sais. Au fait que j'étais aimé, que je pouvais me laisser aller. Alors je lui ai dit que je l'aimais, sur le pas de ma porte. Il m'a souri et j'ai fait de même. Nos mains liées, avant de se détacher. Et tu sais, la dernière chose que j'ai entendu de lui, c'était le bruit de ses pas dans les escaliers. J'ai écouté sa fuite sans savoir que c'était la fin. Que plus jamais, je ne le reverrais. Elle court, elle court, la maladie d'amour, dans le coeur...

Il m'a fait dire les mots
que je n'avais jamais
osé donner avant.

Pas même à toi.
Excuse-moi.

Quelques mois, sans plus croiser aucune chaleur. Un siphon sentimental, à attendre peut-être sagement le jour où il me rappellerait. Il n'est jamais arrivé. Au bout de huit mois, je ne me pensais pas prêt à passer à autre chose. Je n'y songeais pas tellement et finalement, quand on y pense, je ne le suis toujours pas. Mais il y a Danthius et son air doux et si calme. Ses rires à lui aussi, dans le creux de l'oreille. Mes mains sur lui, le temps d'un slow, sur cette vieille chanson française. Et mes mots maladroits, pour lui dire que ça parlait de bonheur, de ce que j'avais pu comprendre. Des sourires et des émotions offertes l'un à l'autre, avant de continuer notre soirée loin des foules. Un thé partagé, une grimace parlante de sa part et des nouveaux rires. Jusqu'au moment où j'en ai eu assez, de ce coeur brisé, je crois. Où l'envie de le découvrir plus amplement s'est faite plus forte que la peur. Alors il y a ses lèvres, puis il y a eu un "nous". Quelques mois de douceur que je n'espérais plus. Je me remémore le moment où je me suis mordu les lèvres, avant de te dire que j'avais peut-être quelqu'un. Et cette exaltation de joie commune, ta boutique habitée par deux furies et des milliards de questions. Toutes sur le bel allemand venu se perdre au Japon et contre lequel j'aimais à me fiche. Des nouvelles heures délicates et bien moins de discrétion qu'avec Hanz. La cervelle et le coeur qui ont bien voulu conjuguer à deux pour une fois, acceptant de l'oublier lorsque j'étais au creux d'autres bras. Tu sais, je crois que j'ai un petit coup de foudre, pour Danthius. Qu'il dégageait quelque chose d'infiniment doux qui a su calmer toutes les angoisses. Il ne me demandait rien de contraignant et j'étais de faire de même. Nous étions simplement heureux, ainsi, à soigner le coeur mutilé de chacun.

Il est entré dans mon coeur une part de bonheur dont je connais la cause... ♪

C'est l'instant où je te parle de Mélusine, pas vrai ? De cette lettre rose, reçue un beau matin, alors que mes rêves étaient tournés vers un autre. Je n'en suis pas vraiment capable, tu sais. Je ne parviens pas à y repenser. Je me sens toujours aussi horriblement sale... L'incontestable s'est joué de nous. Quand la vague a écrasé Tokyo, il nous a divorcé. Un infime soulagement de ressenti, parce que nous approchions de cette première fois que je redoutais tant... Et un nouveau jour, il y avait eu de nouveau une lettre rose, qui nous annonçait le retour à la normale, qui nous disait que ce mariage était de nouveau effectif. Nous n'avons pas pu échapper au reste... Il revoit cette chevelure trop claire, cette femme vide de vie tout en ayant bien trop. Les ongles qui raclent la peau tout comme ils pourraient faire crier un tableau. Elle a marqué, bien trop laissée sa trace. Simon revoit les heures passées à ses côtés, ces longues minutes où il ne pouvait plus parler, la gorge sciée par le malaise, par cette chose terrible qu'était l'Amour. Celui qu'il n’éprouvait pas mais qu'il fallait tout de même accomplir. Ce mot qu'on use de trop. Ce n'était pas une baise, pas faire l'amour non plus. C'était le genre de mot qui fait froid dans le dos, le genre de mot qu'on prononce rarement vraiment, qu'on déglutit encore et encore, qui revient et se cogne contre les dents qu'on ne peut desserrer. Comme durant l'acte, comme lorsqu'on doit toucher de force, être touché sans consentement réel. Violeur et violé. Voilà ce qu'il s'était passé. Simon avait été les deux, l'espace de minutes qui devenaient des heures. Et dans sa gorge couve un feu, un incendie bien trop fort pour qu'il ne puisse réussir à l'exprimer. Et ça le déchire intérieurement, ça termine de le détruire, encore et encore. Simon a envie de vomir, comme à chaque fois. Comme quand il allait se vider de toutes les horreurs qu'ils avaient dû vivre, comme pour tenter d'emporter les mots qui restent là, suspendus, contre les dents. Les yeux qui s'écarquillent, l'instant d'après. Cela n'a duré qu'une seconde et pourtant, il vient d'en revivre des milliers.

Mélusine est repartie un matin.
Quand une nouvelle missive
est encore tombée.
Encore un divorce.

Pour de vrai, cette fois.

Penny est arrivée dans ma vie peu de temps avant. Elle est venue rencontrer un frère, elle n'a trouvé qu'un automate, plus même bon à accomplir les tâches qu'on pouvait bien lui confier. Je respirais, c'était déjà bien. Elle est apparue sans doute au pire des moments. Juste avant que tout empire, pas assez pour qu'elle puisse être encore un poids dans la balance. L'overdose aurait pu être fatale. Elle devait l'être. J'avais calculé pour qu'elle le soit. Je t'ai juste prévenu d'une lettre, par sms. Une seule lettre. Qui voulait te dire de prendre soin de mon Agathe. Parce que je n'étais plus capable de rien. Je n'étais plus Simon. Je n'étais plus qu'un violeur. Au nom de ce même État que j'ai aidé, docilement, pendant des années. Il m'a rendu monstrueux, jusque dans le privé. Je ne méritais plus de vivre, Olive. Je ne voulais plus supporter tout ça. C'était comme trop de souvenirs dans ma tête, trop de choses qui m'assassinaient à chaque fois un peu plus. Tokyo avait subit un tsunami. J'avais la sensation d'en avoir des dizaines chaque jour. Les larmes ressemblaient à des lames de rasoirs. Alors, oui, j'ai voulu mettre fin à mes jours. Pour ne plus m'entendre penser. Pour qu'enfin tout cesse. J'ai pris une dose d'héroïne qui aurait été mortelle, s'il n'y avait eu personne pour me prendre en charge à temps. Pour appeler les secours, pour qu'ils me repêchent depuis les ténèbres. C'était comme une mauvaise farce. Comme un cycle sans fin, dans lequel je devais toujours revenir. Une punition divine qui me disait que jamais je ne pourrais oublier. Parce que j'ai tué monsieur Sanako, en me sabordant. Parce que j'ai participé à des centaines de meurtres, au fil des années, en maquillant les traces des injections létales. Le Karma qui m'a indiqué que je devais laisser gratter sous les paupières les visages des adolescents morts d'être tombés sur la mauvaise personne. Les visages des pères ou mères mort-e-s pour ne plus subir la personne désignée pour eux. Et depuis, Olive, je me souviens chaque jour. De qui je suis, de qui j'ai pu être. J'ai été la main des bourreaux. Celle qui cajole, après avoir commis le crime, après avoir battu à mort un des sujets du royaume. J'ai aidé le pire des camps. Démissionner n'a rien changé. C'est toujours là, partout autour de nous. Il me suffit de regarder les gens passer dans la rue et de me demander qui sera mort demain, ou après-demain, parmi eux tous.

Ne décroche pas, Olive.
Je ne le mérite pas.

J'ai raté ma formation pour tenter de devenir professeur d'école. J'ai tout saboté je crois. Avec Chû aussi. Peut-être que je l'ai embrassé parce que je me disais que ça accélérerait les choses. Qu'il m'abandonnerait plus vite ainsi. Peut-être qu'il me plaisait sans que je le comprenne consciemment, que je ne voulais pas qu'il soit juste un colocataire. Je ne sais plus. Il n'empêche que j'ai tout détruis, encore une fois, pour voir sans doute. Et ça n'a pas loupé, lui aussi a disparu. Peut-être que mes baisers sont maudits. Si oui, je regrette celui qu'on a pu échanger, au nouvel an. Je regrette d'avoir voulu t'aimer, rien qu'une soirée, rien qu'un instant, comme un homme devrait le faire avec une femme. C'était fugace, mais sincère. Je t'aime, Olive, même si tu n'en sauras jamais rien. Peut-être que c'est parce que j'ai aimé chacun des gens de cette vie dissolue qu'ils sont tous partis. Parce que je suis réellement nocif. Peut-être est-ce lui, qui a raison. J'ai de nouveau quelqu'un dans ma vie, Olive. Il est rentré dedans, sans crier gare, s'est fait une place de choix. Et il s'invite, trop souvent, à vérifier qu'elle est bien encore à lui. Et je ne dis rien. Parce que je n'en ai plus le droit. Je ne suis plus qu'un monstre, Olive. Depuis des années. Il a raison, tu sais. Je devrais disparaître. Avant que tu n'en crèves, de ce baiser sali par le temps. De cette agonie que je ressens, depuis des mois, des années. De ce bonheur asphyxié dont je prends parfois quelques goulées. Juste de quoi tenir pour faire deux trois pas supplémentaires, avant de nouveau tomber à genoux. Tu sais, les bleus qui me recouvrent depuis quelques temps, depuis qu'il est apparu dans ma vie...

C'est rien de plus que mon moi interne.
Il extériorise l'être hideux que je suis.

Ma mère est morte. Elle vivait à Tokyo, désormais. Et je n'en savais rien. J'avais de la famille encore de son côté et je n'en savais rien non plus. Deux tantes et un cousin. Et la vague a emporté l'une d'entre elles. Et j'y ai cru, à ce possible bonheur, avant tout ça. Et la Mort a frappé encore. Je suis une malédiction sous ciel couvert. Quiconque m'approche connaît forcément le malheur, au bout d'un moment. Yuuto aussi, il a tenté de mettre fin à ses jours. Ne vois-tu pas les évidences, Olive ? Je suis un poison qui doucement coule dans les veines de tout le monde. Une pierre, si lourde, qui vous entraîne vers des précipices qu'aucun n'aurait jamais connus si je n'avais pas été là. Je coule, encore et encore, chute en emportant dans la tombe des personnes qui jamais ne l'ont mérité. Olive, ne décro-...

- Yo, dude.
- ... Salut, Bacon...
- Olive est à l'douche. Faut lui transmettre un message ?
- ... Dis-lui juste qu'elle me manque.
- Jamais.

Il ricane, avant qu'on ne se souhaite une bonne fin de soirée. Il y a ce vide, partout autour de moi. Et il semble émaner de mon propre corps.

Pardon.

* * *

Juillet.

Vous êtes bien sur le répondeur de Simon Lechat. Je ne suis pas disponible pour le moment, mais n'hésitez pas à laisser un message !

... Yo, c'Bacon. Mec, t'es passé où, ça fait un mois bordel ?! Rallume t'putain d'téléphone, Olive t'cherche partout, elle s'fait un sang d'encre et j'déteste la voir comme ça, alors, j'sais pas, bouge ton cul. Pas l'peine de lui dire que j'ai appelé, juste... Juste appelle-là, ok ? Pi viens à la maison quand t'veux... Un silence, avant qu'il ne murmure. Si t'es dans la merde et que t'as besoin d'aide, t'connais mon num'... Tchao.

* * *

Août.

Olive... À l'aide...

Simon Lechat
Messages postés : 359
Inscrit.e le : 16/07/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Libellule. ♥
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
01010011 01110100 01101111 01110000
posté
le Jeu 23 Aoû - 3:05
par Simon Lechat
Broken heart.
Une petite araignée avait pu le décrire autrefois. Comme un garçon au regard doux qui se perdait dans ses songes. Comme un être capable encore de rêver, même s'il ne s'en rendait plus compte. Plein d'un espoir beau et terrible, comme d'un homme qui voulait rendre hommage à d'autres. Il y avait en lui cette magie enfantine encore, discrète mais présente tout de même dans les sourires timides qu'il cachait derrière ses mains, pour masquer un peu la puissance de ce rire qui perçait encore les barrières des lèvres, qu'il laissait entendre à moitié. Et de ses mains-là, on pouvait voir et sentir son coeur battre, puissamment, trop simplement. La gentillesse trop débordante, dans les mains qu'il pouvait tendre, pour accompagner le sourire qu'il voulait modérer un peu, pour ne pas effrayer. Il offrait bien plus qu'il ne pouvait, bien trop généreux pour son propre bien. Qu'importait s'il était blessé, il disait à la petite araignée être capable de se relever à chaque fois, même si c'était un peu plus long après chaque déchirure. Il voulait continuer de lui sourire, même lorsqu'il avait les larmes qui montaient. Il voulait y croire, elle le sentait bien qu'il voulait sincèrement dire les choses. Que l'honnêteté de ses propos était véridique, qu'il promettait sans savoir qu'il ne pourrait mener à bout le tout. La petite araignée écoutait, de sous ses rochers, ses multiples yeux dardés sur le garçon qui avait mis tant d'années à l'apprivoiser. Qu'elle avait mordu parfois, dans des instants de panique, se vidant de son venin qu'elle devait alors secréter de nouveau pendant de longues semaines, épuisantes. Petit à petit, elle a cru par instinct en ce garçon, en comprenant que son venin ne le tuerait jamais et qu'elle se fatiguait pour rien. Alors un beau jour, elle aussi, elle a accepté cette main tendue. Grimpant dessus, avec lenteur mais rigueur. Les pattes bien accrochées, avant de se sentir soulevé. Et elle pouvait les voir de plus près, les sourires tendres. Sentir sous elle la peau, l'explorer tout doucement et sentir que l'être s'apaisait. Il en était alors de même pour elle.

Il était comme ça, Simon.
À apaiser les autres.
Sans arrêt.

Quand il n'était qu'avec son Agathe, il ne pensait plus à grand-chose d'autre qu'elle. Il ne faisait que regarder cette petite araignée qui cavalait le long du bras, de ce rythme qui aurait tué plus d'un impatient. Parce qu'elle ne courait jamais vraiment, Agathe. Elle prenait son temps, mais il savait que parfois, elle allait plus vite, pour venir se nicher entre les mèches de cheveux, parce que ça ressemblait à des herbes dans lesquelles se cacher. Il sentait les pattes vouloir faire de ses cheveux un tissage particulier sans y parvenir, la frustration gagnait la petite araignée et qui, finalement, décidait de rester là, cachée pour de bon à cet endroit où personne ne pouvait soupçonner qu'elle était. Et il sentait cette petite vie qui pouvait effrayer tellement de gens. Il ressentait même, et ça le faisait sourire. De savoir parfois les pattes qui se rataient et passaient dans le creux du petit écarteur de l'oreille. Et qu'elle était perturbé de ne trouver aucune surface là où il y en avait par le passé. Parce qu'elle a tout vu, la petite araignée. Tout connu, de son Simon à elle. Du jeune adulte encore sain au Simon qui a changé physiquement pour tenter de se trouver. C'est pour ça qu'elle aimait bien ses cheveux, dans le fond. Parce qu'elle se reposait près de là où ça ne semblait jamais s'arrêter de chauffer. Il a toujours été de ses gens qui réfléchissaient trop, constamment. À se torturer l'âme avec des "Et si" qui avaient tout de l'allure des scies qu'on retrouve ailleurs. À découper les branches sur lesquelles il pouvait trouver son repos parfois, dégringolant alors face contre terre, à se remémorer de trop tous les événements passés. À se demander où il avait pu échouer, où il avait pu rater le coche de l'instant qui aurait pu devenir important. Des longs instants à se torturer, sans cesse, sans jamais trouver la moindre réponse. Simon n'a jamais couru après les vérités, il pensait vouloir comprendre mais il ne se rendait pas compte de ce qu'il en était vraiment. Ce n'était juste que des angoisses perpétuelles, bonnes juste à le faire s'enfoncer plus loin encore dans les bassesses des esprits qu'il fréquentait parfois et qui parvenaient à le pourrir. Il a été de ces âmes trop pures, qui ont lutté envers et contre tous, jusqu'à tomber à son tour.

Tombé au combat,
sans être au champ
des honorables.

Elle ne comprenait pas pourquoi il aimait tant passer le bout de son doigt sur son dos à elle. Agathe n'aimait pas ça, assurément. Une caresse et elle se figeait. Une seconde et elle frémissait. Une troisième et elle fuyait sous ses rochers. Elle entendait alors toujours ce rire tendre, ce rire de l'homme heureux d'un quotidien qui lui allait bien, dans ce genre de moment. Et elle voyait ce regard posé sur elle, taillé dans la même roche que le reste. Une malléable et contre laquelle il est agréable de se blottir. Alors elle restait là, jusqu'à voir la main venir, se poser à plat, dans une invitation muette. Jusqu'à la voir sortir de son petit coin à elle, pour revenir auprès de lui. Espèce docile de base qu'est la sienne, en plus de ses poils aux allures parfois rosâtres. La petit chilienne remontait alors le long du bras, laissant cette petite sensation de colle douce sur la peau, l'espace d'un instant. Il arrivait parfois aussi qu'ils ne soient pas qu'à deux, cet appartement qui fût le leur pendant tant d'années. Elle a vu, des âmes vagabondes, contre lesquelles Simon venait à se perdre, le temps d'une nuit, parfois plusieurs. Elle a vu son Simon se disperser, petit à petit, entre les doigts des étrangers. Il a trop donné, Simon. Purement sa faute. Mais pas que non plus. Pas assez de confiance en lui. Malgré tout ce qu'il pouvait dire et montrer, il était bien loin d'en avoir. Juste assez pour assumer sa non binarité, pour se fiche des genres et s'habiller comme il pouvait avoir envie. Il cachait le mal être inhérent sous tout cela. Sous les jupes, les cheveux teints, le maquillage, les débardeurs larges, les chemises serrées, les t-shirts, les slims, les jeans dits normaux. Qu'une apparence pour cacher le problème. Pour cacher le coeur. Sous une extravagance juste là pour grimer l'horreur en quelque chose de plus acceptable. Elle a tout vu depuis sa cachette, Agathe. Jusqu'à la fin, elle a regardé les changements. L'humeur qui dégringole, le mal-être qui devient si puissant qu'il est désormais imprimé sur Simon lui-même. Que même le corps ne suffit plus, pour distraire. Jusqu'à la fin, elle a tout regardé.

Elle, sous ses rochers.
Qui menaçaient de
devenir si lourds.

Où est-il ? La question qui se pose, sur toutes les lèvres. Qu'est-il devenu ? Semble être la seconde, qui suit systématiquement. Est-ce qu'il va bien ? Est la dernière. L'évidence frappe soudainement ceux qui ont connu Simon. Bien sûr que non, il n'allait pas bien. Que ça n'a jamais été vraiment le cas. Qu'il est de ces âmes qui ont toujours trop pris sur elles, qui ont trop ouvert les bras, jusqu'à les esquinter tellement qu'il n'y a plus rien à en tirer, de cette carne trop flétrie. Des formes trop épousées, pour trop de lendemains sans plus aucun horizon. One Shot. Shot. Shot. Shot. Bang bang, Lechat. Il a disparu, un de ces matins où il faisait trop chaud. Il est parti, rendu sourd à la souffrance des autres, à la sienne aussi. Le regard las, sans plus rien pour pétiller dedans. Parti, faux sourire aux coins des lèvres, à dire des mensonges encore. À suivre la mauvaise personne encore. Habitude qu'il a prise depuis si longtemps. Qui lui a fait débuter la drogue, jusqu'à ce qu'elle tente de le tuer, assistée de Simon même. Il a entendu l'appel des Voix, le sien à Lui. Cet homme, amant puis bourreau désormais. Qui se sent vivre, en tuant à petit feu le Simon que tous ont fréquenté. Éclat par éclat, tel un tailleur de pierres bien trop doué. La victime s'en est allée avec lui. Parce que l'instinct lui a hurlé qu'il fallait aller mourir ailleurs, pour qu'il ne touche pas à sa bien-aimée, ni à qui que ce soit d'autres.

Le coeur qui l'a trahit, une ultime fois.

Premier caractère :
J'aime bien quand tu me regardes comme ça. T'as le regard doux, de celui qui se perd dans ses songes, voir ses rêves. Je me demande si tu en as encore. Souvent, tu sembles ne plus en avoir aucun, juste perdu dans le quotidien, entre la peur et l'envie, entre les angoisses et les substituts de plaisir. Mais jamais je ne pourrais te poser la question, malheureusement. Et tu n'y prêterais pas vraiment attention, je crois, même si je pouvais. Tu te contentes toujours de sourire quand on te pose une question, comme pour faire comme ça ne te gênait pas, pour cacher parfois le malaise que ça fait naître. Et puis, t'as ce geste, pour venir te frotter le visage, qui trahit que tu es gêné. Ce sourire de timide, qui tend tes lèvres d'un côté à l'autre. C'est parfois fascinant, si bien que je peux te fixer de longues minutes, quand tu fais ça. Et finalement, tu détournes la tête, pour regarder ailleurs, pour fuir le monde qui t'entoure. T'es souvent comme ça, oui, dans ton monde à toi, à oublier ce qu'il se passe autour de nous. Parfois, tu ris tout seul, parce que tu t'es imaginé des trucs, mais que tu ne sais pas le partager pour autant. Mais tu rigoles quand même. Parce que ton monde, il est sans doute plus beau, plus coloré, plus vif, même si souvent il te fait du mal aussi. Alors, il vaut sans doute le coup d'en rire tout de même.

Mais tu ne vas jamais jusqu'aux larmes pour le coup. Même là, t'es tout en retenu. Il n'est pas rare que tu caches ta bouche, quand tu as vraiment un grand fou rire. Comme si ainsi, tu minimisais tout ce que tu peux exprimer sur l'instant. Tu n'as pas forcément envie qu'on te remarque alors tu étouffes ce son-là, celui d'une joie qui ne parvient à rester caché. C'est ironique de se vouloir discret quand on a la couleur de ses cheveux qui change d'un mois à l'autre mais c'est pourtant vrai. Eux, c'est juste le continu de ton monde que personne d'autre ne peut voir. Ta manière juste ne pas oublier que tu es en vie, malgré ta vie, malgré tout. Puis parfois, tu me le partages, tandis qu'un doigt se promène sur mon dos. C'est souvent fugace parce que tu sais que je n'apprécie ça qu'à moitié. Une fois, ça passe, deux fois, je risque de partir me cacher pour que tu cesses de me taquiner. Pourtant, je sais que tu l'es, tu sais. T'as même un côté joueur, souvent. Mais tu trouves rarement les bonnes personnes pour l'exprimer. Souvent on se sert de toi, on t’utilise parce que tu peux paraître naïf de prime abord, parce que t'essayes de jamais blesser personne. C'est rare quand ce n'est pas toxique. Mais tu t'accroches quand même, parce que tu espères que l'on continue de te voir, même si c'est pour te mépriser.

Il arrive souvent que tu pleures. Dans un coin de la pièce, en allant d'avant en arrière. T'as la tête contre les genoux, les bras remontés, comme pour protéger celle-ci des coups bas de la vie. Et tu pleures, tu parviens pas à te calmer. C'est le genre de scène qui me déchire le cœur. La crise d'angoisse est souvent trop forte, t'as la sensation qu'on écrase ton thorax, qu'on te scie la gorge, que tu ne peux plus hurler alors que tu n'as même pas essayé. Et tu pleures, là-bas, contre deux murs, tout en priant celui qui régit ton univers de te laisser tranquille, de te laisser respirer à nouveau, de pouvoir reprendre un souffle que tu ne sais plus saisir de toi-même. Comme toujours, je me contente de te regarder, depuis mon bout de cachette, lui aussi entre deux de mes murs à moi. Tu sais, je ne comprends pas vraiment ce qu'il t'arrive, dans ce genre de moment. Ça porte un nom qui m'échappe, même si tu me l'as déjà répété tant de fois, qui fait souvent peur aux gens, d'ailleurs. Moi, ce n'est pas tellement que j’ai peur, juste que je ne peux pas comprendre. On n'arrive pas toujours à cerner le problème exact, avec toi. Parce que tu ne sais même pas par où commencer pour l'expliquer, en fait. Il n'est pas rare que tu dises que tu ne sais pas, quand on t'interroge. C'est aussi pour ça que tu préfères sourire, plutôt que répondre.  

Il y a les moments avec, les moments sans. Quand tu prends ton traitement, tu peux continuer à vivre sans trop d'accrocs, t'as juste l'air d'un type un peu étrange, qui apparaît souvent amorphe. Tu ressens mais tu n'as pas la vivacité que d'autres auraient, quand bien même tu débordes de vie. Ce n'est pas vraiment ça quoi, t'as juste ce truc insidieux qui ne te permet pas de toujours tout comprendre, tout capter. Mais il arrive aussi que tu te retrouves vidé de toutes émotions, que tu ne saches pas les partager non plus. Ce n'est vraiment pas que tu ne veux pas, juste vraiment que ton cerveau est incapable de fonctionner correctement sur l'instant. Cela peut durer des jours, des semaines ou encore seulement quelques heures. Et puis, il arrive parfois que ça roule, le long de tes jours, alors que tu fixes le vide, justement parce qu'il n'y a plus aucune frontière pour les retenir. Tu oublies tout, ta retenue, ta joie, tes peines. Parfois, il n'y a plus que les angoisses, dévorantes. Et alors, tout éclate. La dépression te talonne et souvent tu luttes, si fort contre elle, pour qu'elle ne te dévore pas. Mais elle finit toujours par gagner, parce que tu n'es pas encore assez fort, Simon.

Tu arrêtes alors les traitements, tu arrêtes d'aller voir le psychiatre du moment. Souvent, ils disent que tu ne fais pas d'efforts et alors, tu finis par devoir en changer. Ils ne peuvent pas comprendre, malgré les études, malgré les années, comme c'est dur, comme c'est éreintant. Alors la plupart du temps tu t'enfermes chez nous, tu bouges plus de sous la couette, tu me fixes. Il y a beau avoir cette paroi qui nous sépare, il m'arrive de tenter d'en trouver la sortie pour venir te voir. Mais j'ai beau m'agiter, je suis comme toi, enfermée dans une boîte, enfermée dans un quelque chose dont les barreaux ne veulent pas céder. Moi ça ne me gêne pas, je suis bien ici, je n'ai jamais connu autre chose et tu prends grand soin à ce que tout reste propre, à ce que je puisse être heureuse. Mais ce n'est pas pareil pour toi, il ne suffit pas de créer un environnement pour que ça te suffise. Il arrive que tu viennes m'y chercher, que tu tendes ta main pour que je vienne avec toi et alors, tu me parles sans attendre de réponse de ma part. Tu me demandes de te mordre en plein sur le coeur, d'injecter un venin que je n'ai pas jusqu'au plus profond de tes veines, de te faire du mal. Et pour une fois, c'est moi qui me balade sur toi, comme pour te dire que je n'en ferais rien, que je resterais là, prête à retourner dans ma boîte quand tu arrêteras de lutter contre la tienne.

Puisque je ne peux t'injecter aucun poison à même le cœur, puisque je ne peux et ne veux te faire aucun mal, tu finis toujours par ressortir. Pour aller le faire toi-même. Tu es ton propre venin, tu sais ? Je n'aime pas quand tu rentres pour te faire du mal comme ça. Parfois, c'est que le lendemain que je peux te revoir passer le pas de la porte. Les yeux rouges, les dents serrées, à renifler. Parce que tu sors rarement très couvert dans ces situations-là. Pourtant, t'as un tas de vêtements qui n'attendent que toi mais t'oublies, trop pressé de ressentir à nouveau quelque chose de positif. Et puis, au fond, si tu pars te faire du mal, à quoi bon penser à prendre une veste ? Enfin, il y a cette drogue liquide, que tu mélanges avec les rechargements pour ta cigarette électronique. C'est translucide, comme pour dire que la mort n'a pas de visage. Je ne sais pas si mon venin aurait eu une couleur mais je me dis souvent que si j'en avais eu, il aurait été translucide aussi. C'est sans doute pour ça que tu apprécies tant celle-ci. Et puis, tu vapotes, en regardant le plafond ou en me regardant moi, ou les autres. Et nous tous, on peut que constater les sueurs froides qui commencent à couler le long de ton visage, du cou. On sait que c'est que le début du mal. Mais au moins, tu retrouves le sourire, même s'il n'est que factice. Je ne peux pas m'empêcher d'être rassurée, l'espace d'un instant. Tant que tu souris, tu ne partiras pas, n'est-ce pas ?

Je me demande parfois si ça t'amuse tant que ça, de te détruire la santé alors que tu as déjà le cerveau malade ? Je ne sais pas si tu t'en rends réellement compte. Parce que souvent, tu finis par retrouver la raison, retrouver ce qui te compose alors tu arrêtes la drogue pour revenir aux médicaments, pour revenir à une thérapie et tu reprends le cours normal de ta vie. Heureusement qu'il n'y a pas des morts à aller préparer tous les jours. Et de ça aussi, tu m'en parles souvent. De cette passion que tu as pour la vie, de celle qui compose tout, qui fait la Nature et les Hommes. Tu as toujours aimé celle-ci, malgré tout ce que tu as pu encaisser déjà. Rien qui pouvait détériorer cet amour-là. Tes yeux brillent tellement, dans ces moments-là, quand tu parles avec passion de tout ça. Mais, tu n'aurais pas dû écouter tout ce qu'on pouvait dire à l'école, les journaux, internet. Vraiment pas. Que l'Incontestable, c'était chouette et nécessaire, qu'il donnait la vie à tant d'enfants. Tu aurais dû te le dire, que là où il y a la vie, il y a la mort. Tu n'avais peut-être pas mesuré à quel point c'était vrai, ce genre de phrase. Tu savais qu'il arrivait que des gens meurent, mais tu n'avais jamais fait le rapprochement ? En même temps, rien ne t'avait été donné pour y penser encore.

Quand tu as entamé la formation pour faire ce travail, tu étais encore sain, encore si loin de ta maladie. Tu as commencé la tête pleine de rêves, prêt à rendre hommage, plus que jamais, aux gens, à leurs vies passées, à l'avenir de tous. Tu n'imaginais pas qu'on puisse mourir autrement que par accident ou naturellement. Il y avait bien sûr les suicides, mais ta logique, c'était avec les accidents. Les erreurs de parcours, de ceux qui ne parvenait plus à voir la vie, contre un mur et qui préférait fermer les yeux, parce qu'ils étaient effrayés de pouvoir la revoir un jour. C'est ironique de se dire que toi, c'est le contraire, quand tu es plus bas que terre, tu as peur de ne plus jamais savoir la saisir à nouveau. Alors, tu t'es battu, tu as appris, lutté contre la maladie quand elle est apparue. Parce qu'il y avait ce but au bout, ce truc qui te faisait te lever chaque matin, espérer encore et toujours. Je t'ai vu face à elle, du début jusqu'à maintenant. Et puis, il y a eu le diplôme et ce jour-là, tu l'as brandis devant moi, riant aux éclats, trop heureux. Je crois que c'est la première fois que je te voyais si heureux. Resplendissant, même. Il t'arrive souvent de ne pas avoir les mots exacts pour décrire les choses et c'est la même pour moi, pour ce jour-là.

Puis, il y a eu la réalité une fois Monsieur Sanako mort. Ça avait déjà été tellement dur pour toi. Travailler au service de l'État, c'était un rêve aussi en plus d'être une fuite vers l'avant, tout au fond de toi. Mineur à côté du reste, mais tout de même là. Tu as signé pour garder le secret, à jamais. Et tout a changé. Tu n'as pas compris. Au départ, tu te demandais de quoi mourraient les gens, quand ils venaient. Et puis, il y a eu la vérité. Et alors, petit à petit, c'est comme si on avait bousculé toutes tes fondations. Un cataclysme qui te ravage, doucement, morceaux par morceaux, mais sûrement. Tu comprenais mieux pourquoi personne ne se regardait vraiment, dans ces lieux. Pourquoi il devait avoir l'air si festif dans son apparence au moins, ton collègue. C'est sans doute là qu'elle a commencé à prendre réellement le dessus, ta maladie. Même s'il n'y a pas des morts tous les jours. Il demeure que ceux dont tu prends soin, avant leur dernière demeure, ils ont tous été assassinés. Ce n'est pas un suicide, ces gens-là, ils voulaient vivre. Tu le ressens si fort, quand tu les regardes alors que plus aucun souffle ne s'échappe d'eux. Et ça t'angoisse de savoir si tu pourrais continuer à leur donner ce qui fait ta vie, de leur donner une dernière fois un bout d'humanité, après qu'ils en aient été privés. Parfois, tu pleures même pour eux.

Tu es terriblement méticuleux, dans ton travail. Dans ces moments-là, il n'y a personne d'autre que toi et la vie qui s'échappe, petit à petit, tandis que tu traites le corps. Tu pourrais presque la voir s'envoler, pour en rejoindre d'autres encore. Mais la sensation qu'elle ne pourra jamais retrouver réellement son chemin te hante. Parce qu'ils ont été tués. Par l'État, parce qu'ils n'ont pas voulu obéir à telle règle, à tel ordre. La mort, plutôt que la soumission. Tu ne parviens pas à te dire qu'ils ont choisi. Ce n'est que de la soumission jusqu'au bout. Et je sais que quand tu y penses trop, tu te sens comme un collabo, qui cache les crimes que les nazis font en toute impunité. Tu sembles porter la culpabilité du monde entier et tu n'oses imaginer les médecins qui font cela, ceux qui programment les morts et qui préviennent que le lendemain, un corps attendra à la morgue. Pourtant, ce n'était pas ce qu'on t'a appris dans les médias, dès ta prime enfance. Quand le poids de la culpabilité se fait trop fort, tu t'écroules. Tout en sachant qu'un jour, il faudra recommencer. Parce que, malgré tout, qui prendrait soin d'eux, si tu ne le fais plus ? Et toi, Simon, qui prend soin de toi quand tu as les morts qui grattent sous tes paupières, la nuit ?

Tu pleures plus que tu ne ris, désormais. Mais tu n'es souvent qu'une façade, un sourire timide que peu dépasse, une jolie gueule que beaucoup effleurent sans réellement la caresser. Tu aimerais qu'un jour on s'arrête pour réellement te regarder. Pourtant, tu t'entoures de gens la plupart du temps mauvais, ou qui ont des intentions envers toi qui n'iront pas dans ton sens. J'espère souvent qu'un jour, on saura te voir sans idées mal placées, qu'on évitera de te dire que tu n'es qu'un fou, qu'un cinglé, qu'il te faudrait une place dans un asile parce que ce n'est que là que tu mérites d'être. C'est eux, les véritables fous, de juger sans te connaître, juste parce qu'ils ont pu coucher avec toi une fois et qu'au réveil, ils voient les médicaments, qu'ils écoutent à peine tes justifications. J'aimerais qu'un jour, tu ne te sentes plus seul, malgré notre présence. Malgré ma présence. Je sais que t'aide souvent à tenir le coup, que tu m'appelles Agathe pas juste par envie, que c'est réellement important pour toi. Mais aussi pour te sentir moins seul, lorsqu'il passe la frontière de tes lèvres. Et c'est bien pour ça que j'aimerais que tu arrêtes d'être si seul, Simon.

Cela fait déjà six ans que je souhaite ça. Et j'espère, qu'un jour, je serais entendue. Parce que tu aimes trop la vie pour supporter longtemps encore de t'en sentir aussi exclu. Pour avoir la sensation de participer à un rouage atroce et sans fin, inhumain et qui va à l'encontre de la Nature, du cycle de la vie. Il ne faut pas laisser le mal gagner, il faut parvenir à te faire arrêter la mort translucide. Je voudrais tant que tu te relèves pour de bon, que tu retrouves la fierté d'autrefois, pour le métier que tu exerces. Je ne veux plus que tu sois qu'une coquille qui se remplit de plus en plus du négatif, qui oublie de se nourrir, de sortir, de... De vivre. Un jour, ça serait au tour de quelqu'un de te tendre la main pour à ton tour venir à cette personne. Moi, je ne bougerais pas, je t'attendrais, je serais patiente même si ça voudrait dire que tu me regardes plus vraiment pendant un moment. Parce que j'ai envie de te revoir sourire pour de vrai. Ça nous manque à tous les deux, je crois. J'aimerais parfois pouvoir revenir à ce jour où tu m'as montré ton diplôme. Quand tes yeux étaient encore capables de rassembler une galaxie tant ils pétillaient.

Broken boy.

(Attention, physique possiblement vomitif dans sa narration. Sous hide.)



* * *

Septembre.

Crâne rasée. Regard vide, se perdant dans le lointain. Présence qui vient à ses côtés. Il tourne la tête, observe celle qui vient d'arriver. Elle se pose, joue du pied avec une pierre.

- Vous souhaitez parler de tout ça, aujourd'hui ?
- Non.

Comment le pourrait-il ? Il dégueule la honte, désormais.

Premier physique (avant 2110) :
Tu as le sourire d'un innocent qu'on a trop souvent mis à terre. De celui qui s'est trompé et qui le paye chaque jour un peu plus. T'as le sourire de façade, celui qui dit que tout va bien alors que dans tes yeux, on peut parfois y lire ta détresse. Tu regardes souvent les gens la tête de côté, pour qu'ils ne puissent pas te voir complètement sourire. Ça te gêne de montrer des dents, de montrer ta joie, tes peines, tes envies. Alors, tu te caches souvent à l'aide de tes mains. Elles sont assez grandes et larges pour ça, des mains d'hommes comme pourrait dire certains. Elles ont les ongles courts avec souvent par-dessus du vernis qui s'écaille, parce que tu ronges même quand il y en a. Vilaine manie contre laquelle tu ne peux rien et ainsi, tu te laves souvent les dents, pour virer de celles-ci les dépôts qui n'auraient jamais dû s'y trouver. Du coup, elles sont blanches parce que tu fais ça trop souvent pour que la nicotine puisse en être reine. Tu les laves aussi quand elles te font mal, à force de drogue, certaines font manifestation ainsi. Mais tu te contentes de brosser, comme pour y enlever le mal qui ronge à son tour, que tu t'infliges toujours. 

Quand tu te lèves, on peut voir que tu es dans la moyenne. J'ai du mal à évaluer, de mon point de vue, tu me parais gigantesque. Mais j'ai déjà entendu quelqu'un te poser la question et dire que tu étais dans la moyenne, avec un mètre soixante-seize. Tu dis que tu as pris de ton père ensuite, qu'il était plus grand que ta mère. Et puis il t'avait demandé si plus bas, tu avais pris de lui aussi. Alors, tu avais rougi, lâché un rire timide et arrêté de le regarder, pour ne pas être plus gêné. Sans répondre à sa question mais je ne crois pas qu'il attendait vraiment de réponse, l'autre ? Tu avais les cheveux rouges à ce moment-là. Je m'en souviens bien parce que je m'étais dit que s'il continuait, tu allais finir entièrement comme eux. Il t'avait dit de le regarder dans les yeux, de ceux que tu avais parés de maquillage, quelque chose de manière parfois exagéré, d'un rouge la plupart du temps qui éloigne les regards du tien. Tout en se rapprochant, on aurait pu croire qu'il allait t’engloutir avec sa masse. C'était une période où tu n'arrivais plus à te nourrir alors forcément, tu fondais comme neige au soleil et tous paraissent bien épais alors. Mais quand tout va bien, tu reprends, entre les médicaments et le sport. Ta carrure peut se développer à nouveau mais tu as déjà les épaules larges de base, le dos comme celui d'un nageur, faute aux années passées à la piscine, sport que tu pratiques toujours.

Il avait remarqué que tu portais une lentille, à l'oeil droit. Peu prennent le temps de te regarder assez pour le voir. Tu avais tenté d'expliquer que c'était parce que tu voyais moins bien de ce côté-là et il s'est laissé duper. Pour le coup, il n'attendait pas non plus de réelles réponses, je crois. Mais moi, je connais bien la vérité, je te vois faire presque chaque jour de l'année. Une lentille de couleur noire, pour avoir les deux yeux sombres, identiques. Parce qu'il n'est pas noir, celui que tu caches derrière. Il est d'un marron qui rappelle le bois, on pourrait le retrouver dans une forêt qu'il ne choquerait personne. Tu n'as pas choisi qu'il soit ainsi, c'est la Nature qui, à la loterie de la génétique, te l'a offert. Et tu respectes bien trop celle-ci pour décider d'avoir recours à un changement, pour qu'ils soient pareils sans artifice. Tu lui as rendu hommage, d'ailleurs. Il y a sur ton corps le même marron, perdu au travers d'un vert qui pétille, d'un vert qui rappelle la Vie. Un arbre qui s'est gravé dans ta chair, dans un style à la Van Gogh. Il est surplombé d'un galaxie pour ciel, d'un tas de couleur pour l'arrière, d'un sol où il plante avec vivacité ses racines dans ton bras droit. Il déborde de vie et semble avoir trouvé en toi un lieu où regorge tout ce qu'il lui faut pour vivre. Et c'est pareil pour toi, quand tes yeux se posent sur ce tatouage, tu te sens reprendre Foi, l'espace d'un instant, tu puises en lui une énergie qui se renouvelle. 

C'est pour ça que t'es souvent en débardeur, avec des côtés très ouverts, retombant jusqu'aux hanches parfois qui laissent voir tes côtes et les brûlures du passé qui s'étendent jusqu'à l'omoplate gauche. Ça ne te gêne pas tant que ça qu'on puisse les voir ou même les toucher. Tu n'y prêtes plus attention depuis tellement d'années, la douleur a été oubliée même, à vrai dire. Je sais que tu te souviens que ça faisait mal, que tu ne voudrais pas que ça recommence évidemment, mais ce n'est pas plus que ça. Quelque chose qui ne t'entrave pas. C'est pour ça que tu t'habilles comme tu as envie. T-shirts larges aussi, mais pour ceux à manches longues, tu aimes bien qu'ils soient plus proches du corps. Sans doute parce que quand tu en portes, c'est qu'il fait froid et que tu te dis que ça fait moins passer d'air, comme ça. En bas, c'est souvent des jeans typé slims, qui te colle à la peau comme un serpent qui va perdre sa mue, quand tu les retires. Ils peuvent être sobres ou dans des matières qui permettent plus d’extravagance, un noir en imitation cuir, un rouge en tissu et encore bien d'autres. J'aime bien le jaune moutarde à carreau, il fait vieux jeu et te colle bien à la peau. Tu as de tout dans ton armoire et il faut avouer qu'elle déborde un peu à force. Ceci dit, tes jeans ne font plus si serré quand tu te laisses aller. C'est sans doute pour ça que je préfère la vision d'une mue que d'une peau qui se fripe.

Comme j'ai déjà pu le mentionner, tu aimes changer de couleur de cheveux régulièrement, le plus souvent, c'est une fois par mois. Parfois, ça dure plus mais tu n'aimes pas vraiment l'effet délavé que ça peut prendre avec certaines couleurs, surtout les plus vives, tout ne se marie pas forcément avec le foncé. J'ai remarqué au fil des années que tu avais tes préférences : le bleu clair, le rose, le violet, le rouge. Ils sont naturellement d'un brun sombre chez toi, héritage de ta mère, comme les yeux d'ailleurs, j'ai oublié de le signaler, ils sont à la Japonaise, ils rient facilement, dès que tu souris, ne serait-ce qu'un peu. En fait, tu fais assez asiatique, même si on sent les traits de ton père, ci-et-là, dans la mâchoire carrée notamment. Après cet aparté, revenons à tes cheveux, donc. Tu les coiffes avec une sorte de crête courte qui déborde à demi sur ton front, ce n'est pas vraiment ça non plus, tu ne la dresses que vraiment très rarement, souvent plus pour faire l'idiot ou parce qu'on te les tire, finalement. Alors oui, ça fait plus une mélasse de mèches qui n'ont que peu de sens, ils vont au gré du vent ou d'un passage de main, quand ils ne sont pas aplatis par une casquette ou un bonnet. Tu aimes beaucoup les couvre-chefs, aussi, c'est vrai. Là encore, ça a sa place dans le placard et pour le coup, tu en as de toutes les sortes, juste sous les grosses écharpes.

J'ai omis de parler aussi de tes piercings. Deux écarteurs, un à chaque oreille, deux boules à la langue, un labret vertical, un anneau à la narine gauche et puis un dernier qui passe au travers d'un téton. Celui-ci, tu hésites souvent à l'enlever puis tu me racontes à chaque fois que ça a fait trop mal pour ça, finalement. Les autres sont immortels visiblement, tant tu ne veux pas t'en séparer, même si tu retires parfois les écarteurs, pour t'amuser à sentir mes pattes passer au travers du petit gouffre laissé. Je crois que ça te chatouille, avec mes poils. Tu ne t'en lasses pas alors, je le fais à chaque fois que je veux grimper sur ta tête, même si être secouée l'espace d'un rire est souvent perturbant. Alors, j'évite de bouger et je retire doucement la coupable de tout ceci ensuite, pour mieux continuer mon ascension. Souvent, je te sens te détendre, quand je parcours ainsi ton corps, que je vagabonde d'une épaule à une autre. Parfois, j'ai envie de tisser un pont entre elles. Parce que ça t'irait bien, toi le passeur, celui qui s'occupe de faire passer les morts du trépas au renouveau. Tu ne trouves pas ?

Il m'arrive de me louper quand je vais pour redescendre et alors que j'attente à la vie d'un œil que tu as eu le réflexe de fermer à temps, je gravis ton nez. Il est assez fort et marqué d'une bosse. C'est pour ça que tu as percé une narine d'ailleurs, tu m'as déjà expliqué que c'était pour qu'ils regardent l'anneau plutôt que ton nez dans sa globalité. Il te gêne un peu ce dernier mais moi, je l'aime bien, il offre un bon appui mine de rien. Alors, je ne veux pas que tu en changes, que tu fasses je ne sais trop quoi avec. S'il devenait tout lisse, je glisserais sans doute et ça ne m'arrange pas, vois-tu. En dessous, la bouche. La lèvre supérieure est plus fine que l'inférieure, elle forme une sorte de petit 'm' sur le dessus. Tu as peu de poils autour de celles-ci, pas du genre poilu barbu, tant mieux, ça m'évite de m’emmêler dedans, que ce soit au menton ou au torse, le fait que je sois bien plus poilue est ma plus grande fierté ! Mais ça reste toujours fin chez toi, comme les sourcils d'ailleurs que quelques personnes t'envient, à ce qu'il paraît. Pour le coup, tu es sans avis particulier dessus. Tu me l'as dit en haussant des épaules alors que j'étais dessus, pour ça que ça m'a marqué, même si je sais que tu n'as pas fait exprès.

Oh et quand tu parles, t'as une voix claire et douce, il lui manque un peu de grave dedans à ton goût mais tu t’accommodes et après tout, la voix ne fait pas l'homme, pas vrai ? Tu le répètes à ceux qui se moquent de ton brin de douceur et puis tu dis souvent aussi que tu préfères parler plus bas que les autres pour que lorsque tu hurles, on pense que ce n'est rien de plus qu'un murmure dans le vent. J'aime bien cette idée-là, même si je préfère quand tu parles tout court, parce que les sons trop forts ont tendance à me rendre de mauvaise humeur. C'est pour ça que tu écoutes de la musique avec un casque, toujours, plutôt que via des hauts parleurs. Quand tu le retires, ça te fait les oreilles toutes rouges, très chaudes. T'as la peau claire alors ça se voit bien, les rougissements tout court aussi, ça fait ressortir les multiples taches de rousseur qui constellent ta peau. T'as en as sur le visage mais aussi la gorge - celle-ci est assez large, a la pomme d’Adam assez apparente et j'aime bien la gravir aussi - avant de continuer sur les épaules, le dos et les bras. 

Du coup, je me dis souvent que tu as plusieurs galaxies qui te parcourent le corps, en plus du tatouage. Tu pourrais être une œuvre d'art à toi tout seul, avec un tas d'imperfections qui font ton charme. Il y a quelqu'un un jour qui t'a dit que tu paraissais étrange, décalé du reste. Alors qu'il y en a des tas d'autres, comme toi, tu arrivais quand même à dégager un quelque chose d'inquiétant. Sans doute parce que tes mains touchent des cadavres, qu'à force de passer trop de temps avec eux, ils parvenaient à déteindre sur toi. Ça t'avait blessé. Et quand tu prends mal quelque chose, tu as cet air de chien battu, avec les sourcils qui se froncent, le regard qui implore à l'autre d'arrêter, comme si tu voulais lui dire que tu avais déjà bien assez, souvent, pour détruire ton estime. Ça s'est atténué avec le temps, parfois, on ne voit plus rien. Parce qu'à force, tu ne dégages pas grande assurance, sans drogue ou alcool dans le sang, tout simplement parce que tu n'en as plus. Tu te laisses embarquer par des hommes qui ne te plaisent pas tant que ça et quand ils partent, tu te mets à la fenêtre, pour ne plus y songer. Surtout envers ceux qui partent sans prévenir, quand tu dors encore. Et tu soupires si fort qu'on pourrait croire que laisse un bout de toi s'échappait, dans les volutes de la ville. 



Alishka Hinrich
Messages postés : 104
Inscrit.e le : 08/07/2018

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : L'asperge basketteuse
Autre:
Crevette Fracasseuse (ง •̀_•́)ง
posté
le Jeu 23 Aoû - 3:30
par Alishka Hinrich
MON DIEU J'AIME TON AVATAR ! BIG LUV JOSH DUN Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 580292765

Hum... Bienviendu ! Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 2432113367
Kaori Vanzine
Messages postés : 2974
Inscrit.e le : 07/04/2014

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Sergei Vanzine
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Mrs. 4x4
Mrs. 4x4
posté
le Jeu 23 Aoû - 11:18
par Kaori Vanzine
"Au cas où" Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 3813954746

Re-bienvenue le matou (ou la lessive, comme tu préfères Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 901032552) et courage pour la fiche o/

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Invité
Anonymous
Invité
Invité
Invité
posté
le Jeu 23 Aoû - 12:33
par Invité
Hiiiiiiiii ! Welcooooome baaaaack ♡♡♡♡♡
Kyle Kemuri
Messages postés : 208
Inscrit.e le : 08/01/2018

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Corbeau
Autre: Née le 23 aout : 16 ans
KicK-Ass Chipie♥
posté
le Jeu 23 Aoû - 13:55
par Kyle Kemuri
Mais...
MAIS...
MAAAAAAIIIISSS


IL EST DE RETOUR! \O/

*Câline Simon*

Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Giphy
Simon Lechat
Messages postés : 359
Inscrit.e le : 16/07/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Libellule. ♥
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
01010011 01110100 01101111 01110000
posté
le Jeu 23 Aoû - 17:11
par Simon Lechat
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Tumblr_o5sw2exQIS1vqnak2o1_500
Marek S. Obayashi
Messages postés : 257
Inscrit.e le : 15/05/2018

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
posté
le Jeu 23 Aoû - 17:42
par Marek S. Obayashi


IL EST REVENU !!! Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 1362171446
Eren Sôma
Messages postés : 109
Inscrit.e le : 19/07/2018

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : miskin
Autre:
posté
le Jeu 23 Aoû - 20:54
par Eren Sôma
Elle est là Melu~
Elle commence à un peu t'aimer je crois. Pas autant que moi, mais quand même.
Et elle a aussi un cadeau pour toi, rien de mort, promis.
Invité
Anonymous
Invité
Invité
Invité
posté
le Jeu 23 Aoû - 21:14
par Invité
AZY MOI JE TE CONNAIS TOUA Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 901032552

par contre toi tu te rappelles probablement pas de moi mais c'est pas grave. Mon aveugle blond te salue de son petit coeur
Invité
Anonymous
Invité
Invité
Invité
posté
le Lun 27 Aoû - 19:47
par Invité
T BO.
JTM.
;w;
♥️
Simon Lechat
Messages postés : 359
Inscrit.e le : 16/07/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Libellule. ♥
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
01010011 01110100 01101111 01110000
posté
le Mar 28 Aoû - 7:09
par Simon Lechat
Merci à vous ! LOVE SUR VOUS ! ;w;

Ma douce Mélusine, havre de guerre, j'ai hâte de vous retrouver. ♥️

Et si Aubépine, je me souviens très bien de Yuhiko, ne t'en fais pas !

Histoire. ENFIN. Terminée. Je m'occupe du reste demain, hein. Parce que là, j'ai plus le coeur assez en place pour le faire maintenant.

Édit : Fiche terminée tout court. Physique sous hide, il y aura un résumé façon dans ma fiche de liens.
Pepper Lechat
Messages postés : 47
Inscrit.e le : 24/08/2018

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Mon Grand. ♥
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
posté
le Jeu 30 Aoû - 13:50
par Pepper Lechat
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Tumblr_inline_nx7s7hgwm81tto7ss_250

Imagine que ct'Olive stp. Jtm. (jdis ça et jposte pas avec Olive oklm Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 3766924225 )(ON VA LSAUVER SIMON, OK ? ON VA LSAUVER.)

♥️.
Kaori Vanzine
Messages postés : 2974
Inscrit.e le : 07/04/2014

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Sergei Vanzine
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Mrs. 4x4
Mrs. 4x4
posté
le Jeu 30 Aoû - 15:05
par Kaori Vanzine
Analyse de fiche

Le staff de Just Married te souhaite la bienvenue sur le forum ! ♥️

Introduction
Re-Bienvenue sur le forum p'tit minet ! o/

Histoire

♠️ j'ai pas vraiment sur
♠️ ce qu'ils représentés
♠️ Qui penser
♠️ qui se cache
♠️ J'ai beau pleuré
♠️ aux mystères qui entoure
♠️ La première a assisté → Dans le sens que tu veux dire, c'est l'infinitif qui doit être utilisé à assister
♠️  qui caresse ce torse → S'accorde avec les mains
♠️ Et ça été → Manque un mot
♠️ ses murmures où il me disait d'être simplement moi me laissait → S'accorde avec ses murmures
♠️ ses médicaments qui l'avait dégoûté
♠️ pourquoi il l'été
♠️ un maux → Au singulier c'est un mal
♠️ ont s'est plongés

Validé !

Caractère

♠️ à l'apprivoisé
♠️ décidé de rester là → décidait
♠️ cette appartement

Validé !

Physique

♠️ Cette arbre
♠️ Elle est sur par-dessus → Un mot en trop ?
♠️ que celui qui ragent

Validé !

Conclusion
Rien à redire si ce n'est que j'ai envie de faire un méga hug à Simon. Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 3637992759 Il m'a crevée le coeur mais en même temps je voulais savoir la suite alors je lisais encore et encore. Il y avait quelques coquilles qui traînaient mais rien de grave, j'ai juste relevé celles qui m'ont fait tiquer. Et même avec ça, vu la longueur de la fiche, ça passe sans souci.


Bon courage pour les modifications ! En cas de problème, de doute, n'hésite pas à contacter un des membres de l'administration, nous serions ravis de te venir en aide ! :)

Analyse : 1/3
Nous analysons au maximum trois fois une fiche, après cela, si nous ne pouvons toujours pas la valider, nous serons malheureusement obligés de la refuser. Nous ne pouvons nous permettre de reprendre chaque fiche dix ou vingt fois, cela serait autant pénible pour vous que pour nous. Merci de votre compréhension. ♥️


Pré-validation par Kaori
Votre fiche a été pré-validée par un modérateur, un administrateur passera sous peu valider officiellement celle-ci.

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Makoto Nanase
Messages postés : 4547
Inscrit.e le : 10/10/2016

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Kiyohi Nanase
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?

★
posté
le Jeu 30 Aoû - 15:54
par Makoto Nanase
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 2837704232

Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

N'oubliez pas :
• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
• Si vous souhaitez trouver des partenaires pour vous lancer, n'hésitez pas à faire un tour par ici ! ♥️
• Dans l'ordre, vous pouvez faire une demande de conjoint ici, ensuite vous faites une demande d'habitation ici et enfin, vous pourrez valider votre mariage ici.
• De faire un peu de pub autour de vous pour le forum et de voter régulièrement aux tops sites. ♥️

& Surtout, AMUSEZ-VOUS !

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 4qQG8D4
Merci Lucci pour le kit Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 1647638966

Spoiler:
Ce qu'ils ont dit ♥️:
[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Ld7d
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] BbNTuR8
Le plus beau compliment ♥️:
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Cn3Ckyx
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 1EPYLUw
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] DfzeUm9


La famille ♥️:
Nanase's family:
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] E9mgMerci à Aria ♥️

Game of Nanase et activité familiale:
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 3OXEfcUMerci à Driss ♥️

Merci Karlito ♥️:
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Ea0v9qn

Merci Oz ♥️:
Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] YqECw0j
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
posté
par Contenu sponsorisé
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
© Street cred
Le contexte original du forum appartient à Aiichirô C. Yori. Les évolutions, précisions et annexes appartiennent aux staff présent et passés de JM.

Design et code par Carmine S. Bellandi / PAN, avec l'appui des ressources de Forumactif et CCC. Optimisé pour Firefox et grandes résolutions d'écran.

Les productions écrites du forum appartiennent à ses membres.

Toute reproduction partielle ou totale du forum, de son contexte ou de son contenu est strictement interdite. Soyez sympas, faites pas vos tarbâs. ♥

Nos partenaires
RPG-ChevalierSupercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 50-50-2Earth WolfSupercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 50x50-56504f9 Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] SvinSupercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 3zm1 Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Opol0Q6Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] FHZzEDvSupercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 7Uxn8zPSupercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 494ZUS0Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 1553711497-50-50FTM 50x500Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] B50x50Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 1553722908-no-50x50Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 59e4Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Logo_510Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 190412122437274038 Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] RXqdRpDSupercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Logo5010Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] VBL1j1M Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 1559228694-50x50Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Qlaa Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] IcoSC5050 Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Bouton10 Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Bouton15 Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 1498954954-bouton-50 Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] Sans_t12Rejoins-nous sur Intelligences Mécaniques !Supercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] DezgSupercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] 179wRemainsofhellSupercalifragilisticexpialidocious. [Déconseillée aux âmes sensibles.] LsuvxJW