Ryôtarô Noguchi
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Il lupo selvaggio
posté
le Lun 15 Oct - 17:01
par Ryôtarô Noguchi
Ryôtarô Noguchi
« your love keeps me in chains »

Généralités
Nom ;; Noguchi
Prénoms ;; Ryôtarô
Âge ;; 38 ans
Genre ;; Masculin
Origines ;; Japonaises. Presque pur souche - il y a eu du métissage sur les générations récentes.
Activité ;; Commandant de police dans la division des mœurs, quatrième district. Commissariat de Kabukicho.
Sexualité ;; Infertile et asexuel. Combo gagnant. (Hétéro-romantique, puisque le sexe n'est pas sa tasse de thé.)
Avatar ;; Alexios - Assassin's Creed Odyssey Jesse McCree, Overwatch.
Règlement ;;
Chemin ;; Reboot
Commentaire ;; Pardon, c'est ultra long. meep meep les rageux. (Je tiens à m'excuser auprès du staff, vraiment. J'insiste. M'en voulez pas svp.)
waltz with the devil
« Yo, Akira. Ils ont signalé un petit dealer de drogue qui essaye de se faire la malle. Il serait monté à bord d’une voiture et en route pour se barrer de la ville. Fais ronronner le moteur, il va pas se barrer d'ici sans les menottes. »

On avait pas vraiment le temps de discuter deux fois. Mon collègue démarrait la voiture, pendant que je finissais de manger un donut, mettant le reste de la boite sur la banquette arrière. C’est un genre de sésame qu’on ne gaspille pas, et qu’on oublie encore moins. On en raffolait tous les deux, toujours à en engloutir entre deux patrouilles ou arrestations. Un café bien trop amer, lunettes de soleil sur le nez, musique dynamique en fond. Il appuie sur la pédale. Et c’est le drame.
J’ai mis du gras sur ma chemise.

Malaise.


Voilà trente-huit ans que j’ai gueulé pour la première fois. Pas un petit gueulard, par contre, un grand gueulard. Les premiers cris résonnaient dans la salle d’accouchement alors que les chirurgiens s’occupaient d’ores et déjà de m’implanter la puce dans le crâne. Ma mère a eu des difficultés à me sortir du bidon, ils ont fait la césarienne -- et elle est tombée dans les vapes presque immédiatement après que je sois sorti de là-dedans. Ce n’est certainement pas elle qui me l’a raconté, mais plutôt mon père, quand il n’était pas dans ses périodes très fortement alcoolisées -- chose qui s’avérait, en fait, plutôt rare.

Quelques jours à l’hôpital et la petite famille rentrait sereinement à la maison, gracieusement accordée par la machine. Mes parents étaient mariés depuis voilà deux ans et demi, et l’ordre était tombé ; procréez. Ils s’aimaient comme tout bon couple de moutons nippons, obéissant sagement aux ordres donnés. Je n’ai jamais demandé pourquoi ils s'affairaient à suivre à la lettre les ordres, parce que pour moi, suivre les ordres de quelqu’un qu’on ne porte pas particulièrement dans notre cœur, c’était aller contre notre volonté d’agir et notre liberté de vivre. Plus tard, quand j’ai grandi, j’ai appris que le mot “liberté” n’était qu’une vaste blague et que personne, absolument personne dans ce pays n’était libre. Ils avaient beau nous bourrer le crâne avec leur propagande débile, je voulais rester sur mes positions et choix. Chose que j’ai dû abandonner bien plus tard dans la vie, à mon grand dam.

À l’école, j’écoutais attentivement. Parfois, avec mon innocence de gosse, je demandais dans le plus grand des calmes “Qu’est-ce qu’on a fait pour en arriver là ?”, et la maîtresse me regardait toujours avec de gros yeux, avant de me répondre de manière succincte que le pays courait un grave danger à l’époque, et que c’était le seul moyen de le sauver lui, et sa population vieillissante. Ce n’était pas vraiment le bon terme “vieillissante”, mais un gamin qui naît en pleine période de la technologie ne comprendrait certainement pas le mot “isolement”, parce que pour lui, c’était normal de vivre entouré de tout ça. Là encore, ce n’est que bien plus tard, pendant l’adolescence, où les méninges se creusaient et se mettaient à rude épreuves, que je me suis posé des questions à propos de ce mot. Et j’avais compris, uniquement à ce moment-là. Pas avant.

Quelques années plus tard, âgé de sept ans, ma mère était de nouveau enceinte. Ce n’était pas un enfant désiré par l’Incontestable, cette fois, mais un enfant où les parents se sont unis par amour. Mon père, lui, buvait encore, toujours, sans s’arrêter. C’était un véritable fut d’alcool qui ne semblait pas avoir de fond. Whiskies, vodka, bières, saké, tout y passait sans la moindre hésitation de sa part. Sauf qu’un jour, un malheureux soir où il avait trop bu, qu’il n’avait personne pour le ramener et qu’il était encore moins en état de conduire, il l’a fait quand même. Accident mortel, fin de l’histoire. Plus de papa. Maman veuve, stressée. Maman qui commençait à fumer, boire, mettant la santé du bébé qui grandissait dans son ventre en danger.

Maman a accouché prématurément. Comme avec moi, c’était avec difficulté, sauf qu’ils n’ont pas eu l’éclair de génie qu’était de lui faire une autre césarienne. J’étais censé avec une petite sœur, elle est mort-née. Maman est également morte en couche. Évanouissement puis arrêt cardiaque. Ils n’ont pas pu la réanimer. Puis, si l’enfant avait survécu, il aurait eu des problèmes à cause des consommations diverses et variées de ma mère. Malformations, problèmes respiratoires, tout le bordel -- ce qui faisait que j’étais à présent seul. Ma mère, pensant que j’étais assez grand pour que je m’occupe de moi tout seul, m’avait laissé à la maison avec un peu d’argent pour que j’aille la voir les jours prochains. Sauf qu’elle n’est jamais revenue de l’hôpital, et c’est l’assistante sociale qui m’a dit que maman était partie, et que le bébé n’avait pas survécu non plus. J’ai pleuré, pour tout dire. J’ai pleuré tellement longtemps que je suis resté dans cette “maison” vide d’âme pendant quelques jours, et que la femme qui était censée venir me chercher pour m’emmener à l’Orphelinat National est restée avec moi, m’a aidé à ranger mes affaires, mes jouets.

Elle m’avait demandé sérieusement “est-ce que tu veux garder des souvenirs de ton papa et de ta maman ?”. J’ai haussé les épaules, je suis monté dans la chambre de mes parents pour y prendre les quelques photos où ils étaient heureux. La boîte à bijoux de ma mère, le briquet de mon père. C’était tout. Rien de plus.

Je suis finalement parti quelques jours après l’annonce, avec mes petits cartons d’affaires et de souvenirs malheureux. J’ai eu le droit à une chambre, comme tous les autres enfants, et j’ai attendu. Attendu qu’un couple vienne m’adopter, me choisir moi. J’y suis resté un peu plus d’un an, je fréquentais toujours la même école, parce que, dixit l’assistante sociale “Il ne faut pas que tu perdes ton environnement familier, Ryôtarô. Je veillerais à ce que ta nouvelle famille fasse de même”. Maintenant, j’étais calme. Un peu perturbé, je faisais des cauchemars, parce que j’étais seul. Tout seul. Le personnel n’était pas ma famille, il n’y avait rien pour que je me raccroche à eux. Puis, ils sont arrivés. Un petit couple incapable de procréer, de donner naissance à un enfant. Juzô Kôtarô, Sayuki Kôtarô. Ils étaient jeunes et fringants, beaux et souriants. “Voilà ta nouvelle famille, Ryôtarô. Ils vont prendre soin de toi”.

Papa ne flirtait pas avec l’alcool, Maman ne jouait pas avec le tabac et ses dérivés illégaux. Ils étaient propres sur eux, attentionnés, comme deux nouveaux parents fiers de leur fiston. J’ai eu du mal à m’accommoder à ça, au début. J’étais hésitant, silencieux. Jamais beaucoup de mots, toujours dans les actions. Ils l’ont compris, et ils m’ont aidé à surpasser un mutisme traumatique. Ils prenaient toujours du temps pour jouer avec moi, pour que je puisse m’épanouir du mieux que je pouvais dans ce nouvel environnement. La seule chose que je ne savais pas, et que je n’avais pas remarqué non plus, c’est que papa battait maman, de temps en temps. Sur son visage, parfois, se dessinaient des bleus qui étaient les témoins de récents coups.

Parce qu’elle n’écoutait pas, parce qu’elle faisait des bêtises. Je n’avais pas à savoir, de ce qu’ils me disaient. Alors je ne cherchais pas à savoir. “C’était leurs affaires de grandes personnes”. Pas de curiosité de ma part, rien. Je restais ignorant, parce que ça ne me concernait pas. Et même des années après, je n’ai jamais assouvi ma curiosité pour me satisfaire.

J’ai grandi. J’ai eu ma période ado, où je me montrais un peu rebelle de temps en temps. Tout ado qui se respecte dit non à ses parents, même adoptifs, de temps en temps. Je m’affirmais, je devenais un homme. Au collège, c’était le "bad boy trop love" des filles qui ressortait. Connes comme leurs pieds, idolâtrant le moindre garçon avec qui elles pensaient avoir la moindre chance. Si ce n’était pas nous, de toute façon, c’était les chanteurs coréens ou japonais. Discussions inintelligibles pour les personnes dans mon genre qui n’y voient aucun intérêt. J’ai pourtant eu une petite copine, vers mes seize ans, venant d’un même groupe de pétasses qui n’avaient que d’yeux pour un "mec trop beau". Pas le plus grand amour du monde, de quoi satisfaire les deux camps. Je n’ai bien évidemment pas cherché à faire ma première fois avec ce genre de nana, trop d’amour propre. Je l’avais dit à mon père, qui avait pourtant essayé de me pousser à faire ça, sous prétexte qu’il pourra parler "de problèmes de couples et autres sottises amoureuses et intimes" quand ce sera fait. Je lui ai répondu que je préférais le faire avec un thon rouge doté de trois neurones fonctionnels plutôt qu’avec ça. Il m’avait compris sur le coup, en plus d’exploser de rire.

Au final, je lui ai avoué que je n’étais pas totalement dénué de connaissances à ce sujet. Parce que, soyons honnêtes – même le plus innocent des adolescents finit par aller sur des sites pour adultes pour satisfaire ses besoins personnels. Surtout pour s’informer sur la chose, ne pas se tromper de trou quand ça arrivera. S’informer – qu’ils disaient. Je m’informe de manière ludique. C’est gagnant-gagnant, non ?

Et puis l’adulescence. Mes dix-huit ans sont arrivés, j’avais le diplôme de fin d’études secondaires en poche. Pas le meilleur des élèves, pas le pire de tous non plus. Dans la moyenne. Ça m'a suffi pour commencer des études qui me plaisaient. Si au lycée je n'avais pas grandes ambitions, j'ai essayé de faire des études en langues. Je voulais apprendre une langue européenne. J'ai eu de la chance, à ce moment, parce que la seule langue qui sonnait bien à mes oreilles était le grec. Ils l'enseignaient à Tokyo. Des siècles, millénaires de civilisation, une culture littéraire riche, tout pour intéresser la plus ignorante des personnes. J'ai essayé d'être assidu et concentré, cette fois – et hormis quelques fois où j'ai un peu perdu en intérêt, les professeurs étaient là pour me botter le cul. Le grec était une langue magnifique, à vrai dire, bien que peu utilisée en dehors de la Grèce. Je sais que si j'ai envie de décamper quelques années en attendant l'arrivée de l'Incontestable, je pourrais le faire là-bas. Un an, puis deux. Premier diplôme. Pas grand intérêt.

Durant ces deux ans, j'ai rencontré plusieurs personnes qui ont quelques peu illuminé ma vie. D'abord une sud-coréenne, venue spécialement à Tokyo pour apprendre cette langue qui disparaîtra dans le futur. Hana Ji-Hye, qu'elle s'appelait. Elle n'avait qu'un visa long séjour pour ses études, et quand bien même elle me disait adorer le pays, elle ne comptait pas se faire implanter la puce pour vivre ici. C'était compréhensible, à vrai dire. Quand je lui ai parlé de l'Incontestable et de comment les enfants le perçoivent, ses premiers mots ont été "mais c'est horrible !", en me demandant juste après si on trouvait ça normal. J'ai explosé de rire. On vit là-dedans depuis déjà trois générations. Je lui ai juste dit qu'avec notre petit cerveau toujours en train de se construire, on se disait que tout était normal, mais que c'était en grandissant qu'on finissait par se poser des questions. Ce n'était pas vraiment mon cas, à vrai dire. J'en ai presque rien à taper. Hana, elle m'a fait vivre tellement de choses que je suis tombé amoureux d'elle. Entre les sourires, des petits mots échangés, des cafés et autres pâtisseries françaises au prix exorbitant d'offertes, on s'entendait vraiment bien. Elle qui était un peu plus studieuse que moi, elle m'a redonné quelques peu goût à l'apprentissage.

C'est quelques temps après que j'ai découvert mon asexualité. J'ai beau avoir des plaisirs solitaires de temps à autre, j'ai un désintérêt total pour le sexe et ses dérivés. Ma seule préoccupation, durant ce moment, c'était de faire plaisir à l'autre et pas à moi-même. Elle a essayé de comprendre, de m'aider à résoudre ça, mais rien n'y faisait. Je n'avais pas de désir. Et ça a continué des années après ça, même.

Le deuxième, c'était Nobuyuki Hirako. Un type paumé dans sa campagne auparavant – parce qu'il me disait venir de l'extrême nord d'Hokkaido. Le genre de village paumé, où on peut voir un bout de la Russie de l'autre côté. C'est ce qu'il racontait, du moins, parce que je n'avais certainement pas envie d'aller là-bas pour vérifier la véracité de ses propos. Mais je le croyais – parce que j'ai rarement remis la parole de mes amis en doute. Nobuyuki, c'était un sale con. Un loubard comme on en croise rarement. Un dézingué à l'alcool et au tabac, avec des périodes où il consommait plus d'herbe qu'autre chose. Mais ce débile, il était passionné. Aussi passionné que son "arrière grand-tante stalinienne réfugiée six pieds sous terre", d'après ses dires. Je n'ai jamais vraiment osé lui demander ce que sa tante trouvait de si passionnant. J'ai laissé mon esprit libre d'interprétation, avec quelques fous rires quand j'y repensais. Non, ce type-là, c'était vraiment une perle. C'est lui qui m'a initié à l'alcool et ses dérivés, en plus de me faire aimer le goût du tabac. Bien évidemment, certains peuvent rétorquer "eh gneh gneh gneh c'est pas bon pour la santé" et autres arguments bidons qui ne valent même pas la peine d'être entendus. Il m'a aussi immergé dans l'ambiance des bars et boîtes de nuit nippones, en profitant parfois pour y ramener Hana pour qu'on y passe une bonne soirée.

Encore un an, puis deux, et enfin trois. L'équivalent du "master degree" dans le monde, celui qui permettait presque de faire ce qu'on voulait. Sauf qu'au final, je me suis désintéressé. J'ai gardé mes connaissances, et j'ai tout de même essayé de faire une thèse. Thèse que j'ai rapidement abandonnée, là où Hana l'a faite et l'a eue. C'est des douloureux adieux qui nous ont séparés, mais je lui ai promis de venir la voir en Corée du Sud, au détour d'un PC bang, pour jouer et s'amuser pendant quelques heures. Un ultime baiser et elle repartait dans ce pays qui l'a vue naître et grandir. Nobuyuki, lui, a carrément sombré dans les méandres de ces produits dangereux, qui sont censés ponctuer une vie pour qu'elle ne ressemble à aucune autre. Il a arrêté en cinquième année, après des résultats catastrophiques, mais il a tout de même choisi d'aller au Grèce afin d'y avoir une vie confortable, en attendant que la machine le case avec l'amour de sa vie. Il avait explosé de rire en disant ça, moi aussi. Parce qu'au fond, je ne croyais pas vraiment à cette notion "d'amour d'une vie" dictée par une machine, fonctionnant uniquement grâce à un algorithme stupide. Même un enfant de huit ans saurait mieux caser deux personnes.

J'ai erré pendant moins d'un an, à la recherche de ce que je voulais faire. Papa et Maman acceptaient toujours de m'héberger, mais à condition que je me bouge les fesses pour faire quelque chose de ma vie après. J'ai trouvé un job à mi-temps de nuit dans un konbini, et j'avais appris à vivre la nuit pour me reposer le jour. Ça m'avait presque déprimé. Au bout du dixième mois, j'ai rassemblé toutes mes économies, et je suis parti faire un détour de quelques semaines en Corée du Sud, revoir la jeune et jolie coréenne qui m'avait donné du bonheur. Une adresse, un numéro de téléphone, un coréen bancal mais passable. Je me suis retrouvé dans une jungle parce que j'avais capté qu'elle habitait à Séoul. Je n'avais auparavant jamais regardé le papier qu'elle m'avait donné le jour de nos adieux. C'était grand et moderne, Séoul. Ils vivaient bien, on se croyait en plein jour alors qu'il faisait nuit. Ils n'étaient pas dominés par la technologie, à l'inverse des japonais. Ils en avaient, elle était avancée et prometteuse, mais pas au point d'enfermer ses habitants derrière un programme ultra perfectionné. C'est là que j'ai compris pourquoi Hana m'avait dit que "c'était horrible" d'être enfermé dans une dictature où on ne pouvait pas hausser la voix sans qu'on se fasse réprimer derrière. Parce qu'en Corée du Sud, c'était des mariages d'amour.

Quand j'ai posé un pied devant sa maison, je me suis arrêté. Je me suis dit que c'était enfin le moment des retrouvailles, qu'elles avaient mit du temps à arriver, mais qu'elles étaient enfin là. J'ai toqué à la porte, et la première chose que j'ai vue, c'était ma chute à cause de son chien surexcité.  Puis son visage, et celui de sa mère. Elles ont toutes les deux ri à s'en péter la panse. "Bienvenue chez moi", qu'elle m'avait dit dans un japonais parfait. J'ai souri bêtement, et j'ai accepté la main qu'elle m'avait tendue pour que je me relève. Notre premier réflexe, à tous les deux, c'était un baiser ; chaste. Elle était heureuse que je sois là, et elle m'a intimé d'entrer.

Elle m'a dit que je pouvais rester autant de temps que je voulais, qu'elle m'hébergeait sans soucis à partir du moment où j'aidais sa famille dans les tâches de tous les jours, au même titre qu'elle. Je l'ai bien évidemment remerciée, et les jours ont défilé à vive allure. Elle m'a fait découvrir sa ville, son pays, sa culture. Mon coréen s'est amélioré de manière fulgurante parce qu'elle adorait me donner des cours pour que je me débrouille un peu mieux. J'ai appris, plus tard, qu'elle allait s'installer en Grèce, au même titre que Nobu, pour vivre de ce qu'elle voulait faire. Elle était actuellement en train d'amasser les fonds pour le voyage, l'installation, et qu'elle cherchait en même temps un travail en tant que conférencière, spécialisée en culture et civilisation.  Elle avait des pistes – qu'elle me disait, et c'est le soir d'avant que je reparte qu'elle a eu l'appel salvateur pour lui dire qu'elle était embauchée. Elle a sauté de joie, et on a fêté ça dignement.

J'ai pu faire la connaissance de sa famille, aussi. La personne qui m'a le plus marqué, c'était son père, Yi-Jun Ji-Hye. Il était un fonctionnaire dans la Gyeongchalcheong, plus communément appelée "Korean National Police". Il était absorbé par son travail, mais il adorait ce qu'il faisait. Quand il me racontait les histoires de ses journées, j'étais littéralement subjugué par ses propos. C'est là que j'ai eu le déclic. Qu'est-ce que j'ai eu dans la tête pour passer à côté de ça des années durant ? Être de la police, c'était une aventure, des histoires ou des anecdotes à raconter, mais par-dessus tout un défi de tous les jours. Quand je lui ai demandé s'il savait quelque chose à propos de la police japonaise, il m'a rétorqué qu'il n'en savait rien, et qu'il l'aurait sûrement raconté à Mangu, le chien, en premier. Parce qu'il faut savoir que chez les Ji-Hye, le chien, c'était sacré. Trop sacré. Un vieux pépère de bientôt dix ans, mais idolâtré et chouchouté par ses propriétaires.

Je me suis même demandé, à un moment, s'ils n'étaient pas un peu fous à propos de ce chien.
Ma seule conclusion a été que non, que c'était probablement normal.

À l'heure des adieux est venue, je l'ai longuement remerciée. Une longue étreinte, un dernier contact, avant que nos chemins ne se séparent pour qu'on vive pleinement. Elle m'a laissé une adresse mail, un numéro de téléphone, en me disant qu'on essayerait de se donner des nouvelles et de se voir de temps en temps. Je lui ai promis, que j'irais la voir elle et Nobu si je recroisais ce vieux bougre là-bas. J'ai également remercié ses parents, fait une caresse au chien, puis je suis reparti au Japon, tout sourire. Ces quelques semaines ont été parfaites pour me remettre en forme et dans le droit chemin. Je n'en attendais pas autant, à vrai dire – mais la revoir a été un pur plaisir.

Quand j'ai dit à mes parents que je savais ce que je voulais faire – ils ont presque sauté de joie. Un peu moins quand je leur ai dit que je voulais faire l'école de police. Avec un diplôme en poche, je n'ai pas eu à faire les douze mois de formation réglementaire, je n'ai eu le droit qu'à six mois. Rien de très palpitant cette fois, juste des formations, des formations, des cours. C'est tout. Tout ce qu'il fallait savoir pour être un bon flic. Rien de très compliqué à vrai dire, surtout beaucoup trop de choses à retenir et prendre en compte. Les lois les plus importantes, les bases du tir, les paperasses et dérivés, tout un pataquès qui s'est avéré plutôt utile pour ma culture personnelle, au fond.

C'est peu de temps après la fin de la formation que j'ai posé un pied dans un commissariat en tant qu'employé de la fonction publique. J'ai trouvé une place dans la division des mœurs, au poste de Kabukicho. Au départ, j'étais seul, mais ma solitude n'a pas duré très longtemps. Au détour d'une patrouille, d'un café, d'un beignet et autres donuts, j'ai lié une amitié avec toi. Ils te surnommaient tous « Kuchiki » – et j'ai capté que quelques temps après qu'ils parlaient de ta famille. Parce que ouais, ton nom est pas anodin, dans la haute. J'ai beau venir des tréfonds de Tokyo, j'ai entendu ton nom au moins une fois. Sauf que moi, au lieu de te faire chier avec une telle merde, je t'ai toujours appelé Akira, ou je te surnommais affectueusement bro. Parce que les jours, les semaines et les mois passaient, et tous les instants passés côte à côte nous liaient, et renforçaient cette amitié qui s'avérait être durable dans le temps.

Au final, toi, t'as vite été marié. On s'était même pas rencontrés que t'étais déjà maqué par la marieuse en chef de ce pays d'asociaux. T'avais vingt ans – je m'en souviens, parce que tu me l'avais raconté – et on t'a marié à ce que j'ai qualifié, au premier regard, de "foutue midinette cliché". C'est sans compter le regard noir que tu m'as jeté, juste après. Qu'est-ce que j'avais ri, limite à m'en taper le cul par terre. Évidemment, je me suis excusé, et t'as vite appris par la suite que j'étais encore seul, que j'attendais toujours la décision d'un super calculateur de merde. Malgré la différence entre nos classes sociales et le fait qu'on disait que t'avais un cœur de glace, j'ai réussi à percevoir tes émotions au travers de tes paroles, de tes silences. Je t'ai compris. C'était pas donné à tout le monde, de comprendre ceux qui ne disent rien sur eux.

On a enchaîné les arrestations, les quatre cent coups, les boîtes de cochonneries sucrées, on s'est rarement arrêtés. Deux ans après t'avoir rencontré, j'ai été marié à mon tour. Elle s'appelait Junko. Junko Noguchi à présent. J'avais vingt-six ans, elle en avait vingt-quatre. Elle était jeune, fringante, élégante. Elle avait la classe, elle savait causer aux hommes. T'as dû le remarquer, grand dadais, mais je suis directement tombé amoureux d'elle. Elle ne croyait pas vraiment au prince charmant, moi non plus – mais je crois qu'on est si bien tombés tous les deux que t'aurais rien pu placer pour dire l'inverse. Elle avait beau se montrer un tantinet rebelle sur les bords, je crois qu'on a succombé l'un à l'autre. C'était le coup de foudre, comme dans les films, comme dans les plus grands clichés hollywoodiens, comme dans les livres à l'eau de rose. Et puis, putain, qu'est-ce qu'elle était belle, Junko.

De temps en temps, elle me faisait comprendre que je devais la lâcher, qu'elle voulait de l'intimité, un espace personnel. Je n'avais aucun problème avec ça, c'était son droit, tant qu'elle respectait les clauses du contrat de mariage. Elle accomplissait tout ça avec un certain plaisir, à vrai dire. Elle tenait un bar plutôt mal famé dans un quartier craignos d'Arakawa, héritage malheureux de son défunt père, mais elle s'en occupait comme il le faut et elle usait de ses poings quand c'était nécessaire. Elle gueulait quand la situation l'exigeait. Jamais dans l'excès, toujours dans la nécessité. Elle avait du caractère, pas qu'un peu. Elle m'étonnait tous les jours, elle avait trop de choses à me montrer et à me faire découvrir. Toi qui l’as connue aussi, tu peux sans aucun doute dire qu'elle était merveilleuse pour une personnalité comme la mienne. Pas vrai, bro ?

J'avais beau te parler d'elle tous les jours, on continuait le travail. Des enquêtes, des trafics mis au jour, des arrestations, des crétins qui terminaient derrière les barreaux. On avait l'air d'une équipe de choc, de deux parfaits coéquipiers que rien ne pouvait arrêter, qui menaient à terme toutes les affaires qui étaient sous leur nez. Non – ça, c'était pas vrai. C'est ce qu'on montrait aux collègues, parce que l'envers du décor était tout inverse. On avait un taf dangereux, un dérapage et on pouvait y passer à notre tour. Parce que rien n'arrête ces gens-là, pas même un flic bien armé et bien entraîné. Le commerce d'être humain, la prostitution, les travailleurs au black. Il y avait de tout, contrôlé par les yakuzas et autres mafias mondiales, mais on ne s'occupait que de ça. Le reste était confié à un autre département. Il fallait être vigilant, bro, tellement vigilants.

Après trois ans de mariage avec Junko, l'Incontestable nous a donné l'ordre de procréer, de donner naissance à un autre grand gueulard pour ce monde. Elle était pas prête à arrêter son travail, mais comme elle adorait me le dire "un ordre est un ordre, une merde et c'est la taule". Alors on a obéi. On s'est unis dans l'espoir de donner la vie. Première fois, sans succès. Deuxième fois non plus. Une troisième fois. Toujours rien. Ça l'épuisait, elle aussi. L'ordre restait affiché comme si ne rien n'était. Junko s'énervait contre ce moniteur à la noix, elle s'est retenue plusieurs fois de le briser parce qu'elle ne voulait plus voir cette infamie en rentrant chez nous tous les soirs. Une quatrième fois, quelques temps après. Pas concluant, toujours. Cette fois, on avait bien fait attention, c'était le jour parfait pour donner la vie – et quand elle a vu qu'elle n'était toujours pas enceinte, elle m'a demandé si je n'étais pas infertile. Sauf que je n'en savais rien. Je n'avais jamais tenté de mettre quelqu'un en cloque par pur plaisir, alors quand elle m'a dit ça, je lui ai dit qu'il fallait faire des tests cliniques pour le savoir.

Avant d'en venir aux grands moyens, on a d'abord consulté, voir si ce n'était pas un manque de confiance de ma part. Quand la spécialiste m'avait demandé si j'avais des doutes durant l'acte, j'avais fermement répondu que non – tout était normal et que j'étais parfaitement dans mes baskets quand je faisais ça quand bien même j'étais asexuel. Elle n'a pas recherché à remettre ça en cause, et nous a dit de retenter une dernière fois avant d'aller faire des tests spécifiques. J'ai haussé les épaules et on a laissé ça en suspend pendant quelques temps avant de se pencher à nouveau sur la question. On avait besoin d'un peu de repos, d'arrêter de se tuer à la tâche juste pour un gosse qui comptera, au final, comme une statistique. Elle était d'accord avec moi sur ce coup-là, et on a pu souffler pendant près d'un mois.

Évidemment – j'aurais dû m'en douter, mais la dernière fois n'a pas été concluante. Après une belle batterie de tests et une dizaine de jours qui passent, le verdict est tombé ; je suis infertile. Le doc' a précisé que c'était l'azoospermie, ou un mot scientifique dont je me souviens même pas. Dans tous les cas – Junko allait avoir une bonne raison de m'engueuler. Sauf que moi, j'en savais rien. C'était la première fois que j'entendais ça, et je pensais même pas être infertile. La discussion entre elle et moi a duré très, très longtemps. Si longtemps qu'on a même pas remarqué que l'ordre de l'Incontestable avait changé. De « procréez », c'était passé à « adoptez un enfant ». Elle était bien évidemment en colère contre moi – mais désolée en même temps. Elle aurait adoré avoir son enfant, son propre enfant, avec son mari. Mon crétin de corps en a décidé autrement. Vous saviez que c'était aussi mal foutu, ce truc-là ?

Après un court laps de temps pour digérer la nouvelle, c'est un merveilleux samedi, à l'aube de mes trente ans, qu'on s'est rendus à l'Orphelinat National. Parce qu'il fallait obéir – et que, au fond, un enfant ne serait pas plus mal pour remuer cette vie de couple ponctuée de hauts et de bas. Là où je m'attendais à ce qu'on fasse un choix particulièrement horrible entre une belle flopée d'enfants, ce sont eux qui choisissent en fonction de notre manière de faire, d'agir, et de notre caractère. Pas de jalousie pour les autres enfants.

Une fois rentré dans le bâtiment, accompagné de ma femme, je voyais tout ce petit monde qui grouillait. Ils s'amusaient, jouaient entre eux, d'autres dormaient tranquillement dans un coin, et j'en ai vu un, qui était seul. Je me suis arrêté un instant, j'ai soudainement resserré ma prise sur la main de Junko. Parce que l'enfant que j'ai vu tout seul, il m'a rappelé moi, quand j'ai posé un pied ici, après le décès de mes parents biologiques. Je n'allais voir personne, il n'y avait personne qui m'intéressait. Parce que j'étais secoué, que le traumatisme était si fort que je pensais que personne n'allait comprendre. Junko m'avait demandé pourquoi je regardais cet enfant en particulier. Je suis resté silencieux, jusqu'à ce que je lui dise que je me suis retrouvé à sa place il y a de ça plus de vingt ans, mais que j'ai eu de la chance d'avoir des nouveaux parents. Et nous aussi, aujourd'hui, on va devenir des nouveaux parents pour un enfant qui a probablement tout perdu.

Après avoir longuement discuté avec l'assistante sociale, répondu à ses questions, elle a réussi à trouver ce qu'il nous fallait à tous les deux. On se doutait qu'elle n'allait pas nous coller un enfant déjà âgé de dix ans, plutôt un jeune enfant ; et quand on en a parlé avec Junko, le temps qu'on arrive jusqu'à la chambre de cet enfant en particulier, on en est venus à la même conclusion ; il allait avoir moins de cinq ans. Elle nous a laissé devant la porte, en nous disant de revenir au même bureau où on a eu l'entretien quand les présentations seront terminées. Après un sourire échangé avec ma femme, on a osé toquer, puis pousser doucement. Junko s'est avancée en premier. Moi qui voulait d'abord rester en arrière, elle m'a tiré avec elle. Arrivés à bonne distance, elle s'est mise à genoux, un grand sourire s'étendant sur son visage. Je l'ai imitée.

« Bonjour, petite. Comment est-ce que tu t'appelles ? Moi, c'est Junko Noguchi, et voici mon mari, Ryôtarô. »
« Je... m'appelle Reiko. »
« Nous sommes maintenant là pour toi, Reiko. Nous allons prendre soin de toi. »


Reiko est descendue de son lit, et a hésité un peu avant de s'avancer vers nous. Ses cheveux bruns s'agitaient, et elle s'est finalement posée devant nous. Elle a murmuré un léger "maman" en fixant Junko, suivi d'un "papa" quand elle me regardait. Ses petits bras ont cherché à nous attraper tous les deux. On a légèrement ri avant de lui faire un premier câlin. Le câlin qui scellait une rencontre. On est revenus avec elle dans le bureau de l'assistante sociale, puis après une belle flopée de papiers et de formalités qui avaient leur importance, on revenait chez nous, accompagnés de Reiko.

Les jours sont passés comme ça. On vivait comme une petite famille heureuse. Toi aussi, de ton côté. Ta femme était finalement enceinte. On était bien tous les deux, on avait une vie dont plusieurs pouvaient rêver. Sauf que je ne te l’ai jamais dit, mais pendant que ta femme était enceinte, tu agissais un peu bizarrement. Je te sentais plus tendu, sur tes gardes. Comme si un mal allait frapper. Tu m'as demandé quelques fois d'aller surveiller des collègues pour me dire comment ils agissaient. Comme de la curiosité mal placée. Tu ne voulais pas voir toi-même. J'ai dû trouver des excuses quand je devais aller trifouiller dans leur bureau. Je pensais que t'avais une dent contre eux, que tu voulais qu'ils disparaissent de la division.

Je n'ai jamais osé te demander ce qu'il se passait. Peut-être que tu me l'as dit un jour, bien avant la grossesse de ta femme, je m'en souviens plus vraiment. Dans tous les cas, je me souviens plus vraiment ce que ça concernait – mais ça avait l'air de t'importer. Je continuais de faire ce que tu me disais, même si je te questionnais de temps en temps. Tu me trouvais des excuses bidon, je savais pertinemment qu'elles n'avaient rien à voir avec ça. Je ne dirais rien, je faisais semblant de te croire. J'avais pas envie de te perdre parce que je te décevais. C'est normal, hein ? On est potes, Akira, depuis bien trop longtemps pour que je laisse une amitié se briser pour quelques mystères qui ne cassent pas trois pattes à un canard.

Un soir, alors que je devais récupérer des affaires que j'avais oublié chez toi, t'avais pas répondu à mes messages. Pas aux appels. Je me suis demandé ce qu'il se passait – et cette vigilance dont tu faisais preuve depuis déjà quelques mois ne pouvait m'emmener qu'à une seule et unique conclusion ; il s'était passé quelque chose. Vu le monde qu'on va titiller avec notre boulot, ça me semblait évident. J'ai emprunté la moto de Junko, pour aller te retrouver. Une pluie battante, qui résonnait comme un coup de feu à chaque fois qu'elle entrait en contact avec le casque. J'ai fait le plus vite possible, pour me rendre chez toi. J'ai peut-être même perdu quelques points sur mon permis, j'en ai jamais rien eu à foutre.

J'ai coupé le contact, je retirais le casque alors que je m'avançais devant la porte de ta maison. Cette même porte était entrouverte, pas fermée à clé. À l'intérieur, il faisait sombre. J'avais déjà les relents d'une odeur nauséabonde qui flottait dans l'air. J'ai poussé la porte, j'ai posé le casque de la moto sur le meuble à l'entrée de cette maison que je connaissais si bien. Je me suis approché lentement. J'ai reconnu l'odeur du sang. J'avais la main droite posée sur mon arme de service que je ne quittais presque jamais. Et une fois suffisamment avancé, tout ce que j'ai vu, c'était toi, ta femme. Tous les deux baignant dans une mare de sang géante, qui se répandait même jusqu'à mes pieds, tâchant ainsi la semelle blanche de mes baskets. J'ai raté un battement.

Pour autant, je n’allais pas bouger. Je ne sais pas si quelqu’un attendait au coin de la pièce, si les alentours s’avéraient sécurisé. J’ai finalement attrapé mon arme de service, la retirant de son étui, et je me suis avancé, petit à petit, vérifiant chaque recoin de cette maison avant de revenir dans le salon. J’ai fermé la porte d’entrée, je me suis finalement rapproché de toi, de ton corps lacéré par une lame. Tu n’étais pas encore mort – tu respirais encore. J’ai appelé une ambulance en urgence, j’ai donné l’adresse, ils se sont empressés de venir. Je n'ai pas tardé non plus à appeler les flics, tu sais, ces collègues qui se chargent des enquêtes criminelles. Eux aussi, ils n'ont pas tergiversé trois secondes avant de rappliquer. Je ne devais rien faire, pour le moment, rien toucher. Et ça, c'était dur. Trop dur à faire.

Dehors, j’entendais les sirènes, les ordres clairs d’un supérieur tout aussi affolé que moi. Ils ont ouvert la porte sans difficulté, et j’ai expliqué la situation à l’ambulancier en chef. Les flics ont dû rappliquer au même moment, parce qu'ils m'ont directement inondés de question, tant que j'étais encore là et qu'ils m'avaient sous la main. Je sais pourtant que, demain, je m’occuperais de l’affaire avec mes collègues d’un autre département. Et cette affaire, je le sentais, elle allait être longue. Très longue.

J’ai prévu Junko qu’on se verrait rarement ces prochains jours, juste de quoi effectuer les ordres de la machine et me reposer. J’étais désolé, bien évidemment, et elle m’a demandé ce qu’il se passait jusqu’au bout. Je lui finalement lâché que Miyako a été assassinée, et que t’étais entre la vie et la mort. J’ai raccroché. Elle a dû comprendre, elle ne m’a pas rappelé. Juste moi – pour que je la mette au courant de l’avancement de tout ça.

Sur l’affaire, j’aurais dû me douter que j’allais être défini comme suspect. Seul, dans une maison, avec deux corps. Pas de témoins, personne qui pouvait plaider en ma faveur – sauf ma femme, qui leur a assuré que j’étais chez moi, jusqu’à ce que je me presse chez Akira. Et ça leur a suffi, c’était un alibi suffisamment fort. Ils avaient beau être sceptiques, je n’étais pour autant pas écarté. Alors j’ai attendu, attendu ton réveil. Parce que c’était long, sans toi, j’étais dans un étau qui se resserrait un peu plus chaque jour, tu étais le seul à pouvoir prouver mon innocence. Que je n’étais en rien responsable de tout ça – mais qu’il y avait quelqu’un d’autre. Qui, personne ne le sait. Tant que ton témoignage n’était pas entendu, l’affaire n’allait pas avancer. Je stressais, j’avais peur, peur que tu ne te réveilles jamais, quand bien même ils t’avaient écarté de la mort. Parce que si tu ne te réveillais jamais, Akira, pour eux, c’était moi le coupable. Personne d’autre.

Les jours sont passés, quelques semaines en plus. Au bout d’un mois, on m’avait téléphoné pour dire que tu étais enfin conscient et revenu parmi nous. J’étais dans une énième crise d’angoisse quand je me suis décidé à aller te voir. Je croyais dur comme fer que tu allais me rassurer. Junko m’a dit ce jour-là qu’elle allait conduire la voiture, parce qu’elle savait mes mouvements très peu sûrs. Reiko et elle ont fait un travail formidable à me maintenir dans l’optimisme. Puis, arrivé devant la porte de ta chambre d’hôpital, j’ai eu un frisson gigantesque. Je me suis mordu la lèvre jusqu’au sang. Ma femme m’a embrassé avant de me lancer un grand sourire. Elle est restée dehors avec Reiko, et je me suis avancé, j’ai ouvert la porte. Puis je t’ai vu. Convalescent. T’étais bel et bien en vie, t’étais vivant, tu respirais. Tu allais enfin me sortir de là.

Il a fallu quelques temps avant que je ne sois totalement innocenté. Parce qu’il a fallu du temps pour que tu te sois remis un minimum de tes blessures. Un de ces jours où je te rendais visite à l'hôpital, tu m'as dit de ne pas partir, de rester toujours un peu plus. J'ai dit à Junko d'y aller, de ne pas m'attendre, de rentrer à la maison. Elle n'a pas vraiment cherché à savoir ce que tu voulais me dire. Parce que c'était l'histoire de toute cette affaire sordide, tous les détails, ce qu'il se passait. Je me suis souvenu, à ce moment, tu m'en avais touché un mot il y a plus d'un an, peut-être deux. Je ne m'en suis jamais souvenu. Cette affaire était sombre, la division des mœurs s'avérait être pourrie jusqu'à la moelle. Un chef corrompu, des arrestations et des gardes à vue sans suite, un réseau, trafic entier, manipulé par un seul et même homme qui avait une soif de pouvoir gigantesque. C'était ça, ton dossier, ton affaire. Celle qui t'a mis elle, toi et moi en danger. T'as été con, Akira. Mais tu l'as fait pour une bonne raison.

C'est à peu près à ce moment là que je t'ai raconté le début de l'affaire judiciaire depuis le début. Que j'avais été le suspect principal de cette affaire quand bien même ma femme avait prouvé mon alibi. Qu'ils avaient fait une perquisition chez moi, dans l'espoir de retrouver l'arme du crime qui n'était pas sur place. Je t'ai parlé de mon stress, de mes crises d'angoisse, de tout ce qui a suivi. De mes gardes à vue successives pour essayer de me faire parler alors que je n'en savais rien. Des interrogatoires, de ma suspension de poste indéfinie. T'as failli nous mener à notre perte, parce que tu n'as jamais voulu que je t'aide. T'as été dans l'erreur. Je t'en ai voulu ; je ne te l'ai jamais dit. Parce que j'ai su pardonner au fil du temps. Je ne voulais pas être bouffé par la rancune. Alors à ta demande, pour finalement mettre au jour cette affaire, je t'ai aidé. Rallier les policiers qui n'étaient pas des ripoux sous un seul et même drapeau. Le chef avait beau essayé d'étouffer l'affaire, elle a résonné dans les oreilles de la division des mœurs et dans celle des enquêtes criminelles.

Parce qu'après avoir connu tous les détails de ce dossier que tu montais, j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour t'aider, mener cette affaire à bien. L'accuser, l'amener devant la justice, ce chef de division qui avait presque tué mon meilleur ami. C'était peut-être bien une histoire de vengeance, mais j'en avais rien à battre. J’ai mené des enquêtes personnelles, je te faisais des comptes rendus, toi qui étais toujours alité en attendant de que ça cicatrise presque complètement. Mais tu étais malheureux, de rester dans ce lit. Je voyais que tu t’amaigrissais, que tu perdais de ta masse musculaire ; je ne pouvais que te comprendre, à vrai dire. Je deviendrais dingue aussi si je ne pouvais pas bouger autant de temps. Tu me donnais des ordres, je les effectuais. Mais je devenais tellement négligeant que j’en oubliais ma famille. Il n’y avait plus que les ordres, jamais de temps pour elles, pour moi. Junko me l’avait fait remarquer plusieurs fois, mais je lui ai dit que je n’avais pas de temps à perdre, que je devais tout faire pour mettre ce réseau corrompu au goût du jour quand tu serais de nouveau capable de te mettre debout.

Et puis au fil du temps, j’avais réuni une masse de collègues suffisamment importante, et toi tu avais enfin repris pied. Tu avais passé beaucoup de temps au dojo, dans l’espoir de te remuscler, de combler cette nouvelle faiblesse qui te déchirait la peau. Parce qu’une telle cicatrice, à vrai dire, on en voit peu. J’en avais bien quelques-unes causées par ma maladresse légendaire, mais pas d’aussi énormes. Mais avant de tout balancer sur le bureau d’inspection de la police métropolitaine, t’as attendu. Tu rassemblais plus d’éléments encore. Ton dossier était déjà solide, mais pas suffisamment. T’en voulais toujours plus. Et ça, encore, je t’y ai aidé. Sauf pour ta vengeance personnelle. T’as retrouvé l’assassin de ta femme, tu l’as saigné comme un porc. Je me souviens, de te mots, que tu avais retrouvé ton arme encore tâchée de ton sang et de celui de ta femme, qu’elle n’avait pas bougée ni changé d’état. T’as mis du temps à me le raconter, à vrai dire. Mais ta vengeance personnelle était importante, parce que cet homme avait pris toute ta vie d’un seul instant. C’était dur, hein ? Beaucoup trop dur pour que tu restes les bras croisés à attendre que tout te tombe sous le nez dans un paquet cadeau.

Une année de plus ; c’est ce qu’il a fallu pour que tu fasses tomber ce dossier à l’inspection. J’étais à tes côtés, ce jour-là, parce que depuis que tu m’avais raconté l’histoire depuis le début, j’ai tout donné, tout mon temps libre, chacune des heures où je pensais être libre – pour qu’on puisse régler ça, ensemble. Et tout ça a payé, parce que quelques temps plus tard, il n’était plus là. Ton dossier était suffisamment solide, ils n’ont rien eu à dire. Ce chef de division pourri jusqu’à la moelle était certainement derrière les barreaux, et n’en ressortirait probablement jamais. Et toi, t’as tenté de le remplacer. Moi, j’ai enfin pu vivre à nouveau, avec ma petite famille. Reiko était contente de retrouver son papa qui avait été occupé pendant si longtemps, et Junko me faisait bien comprendre que je lui avais manqué. J’ai posé des jours de repos, ma femme a fermé son bar pendant une semaine. On est partis en vacances, loin. En Grèce – plus précisément. J’avais retrouvé le papier que m’avais donné Hana des années plus tôt, et deux jours avant de partir là-bas, je lui avais envoyé un mail, tout en grec. Elle m’a répondu de la même manière. On s’était donné rendez-vous dans cinq jours précisément, devant le Parthénon qui surplombait toute la ville.

Après toutes ces années sans exercer la langue grecque, j’ai perdu mes facilités et j’ai eu un peu de mal à tout me remémorer, mais Junko s’est fait un certain plaisir à me replonger dans mes cours que j’avais gardé après toutes ces années, et elle a appris quelques trucs à propos de la langue en deux jours. Deux jours où on s’est préparés au jetlag, alternant le rythme de sommeil et le régime alimentaire. C’était avec un certain plaisir qu’on posait un pied sur le sol grec – pour respirer, vivre à nouveau comme une famille unie. On a découvert la ville d’Athènes pendant trois jours entiers, avec des petits craquages qu’on n’aurait certainement pas pu se permettre au Japon. Pour autant, on respectait les clauses du contrat de mariage. Parce que même en dehors du pays, les lois restaient – c’était impossible d’y échapper, peu importe où on se trouvait.

Trois jours après le début de nos vacances, on s’est posé devant le Parthénon d’Athènes en début d’après-midi, et on a attendu. Une bonne vingtaine de minutes, à vrai dire, mais ça m’importait peu, parce qu’après tant d’années j’allais revoir cette femme que j’appréciais beaucoup et avec qui j’ai partagé cinq bonnes années de ma vie. Quand je l’ai vue, au loin, elle était accompagnée d’un homme, typé grec, bien plus grand qu’elle. Des sourires d’échangés entre eux, et une dizaine de pas plus tard, on était face à face. "T’as changé", qu’elle m’a dit. Je n’ai pas trouvé autre chose à dire qu’un "c’est vrai" avec un rire. S’en est suivi une embrassade amicale, en tant que vieux amis. Pas vraiment en tant qu’ex-amants. Même si on le savait, je n’avais jamais vraiment raconté à Junko ce qu’il s’était passé entre elle et moi. Ma période à la faculté de Tokyo reste totalement inconnue pour elle. J’ai présenté ma petite famille, ma femme, ma fille adoptive. Elle, elle me présentait son mari, Georgios Marsianopoulos. Une poignée de main d’homme. Ma première réaction, quand je l’ai vu, c’était simplement de penser qu’il était presque aussi grand que moi. Ma taille me vient de mes aïeuls européens qui se sont glissés dans l’arbre généalogique il y a quelques générations, avec l’arrivée de l’Incontestable au pays. Je savais que les grecs étaient plutôt grands, mais pas à ce point. J’ai presque été surpris, mais pas suffisamment pour que je lui pose la question.

Hana était resplendissante, elle avait un léger ventre rond de femme enceinte. Elle semblait heureuse, épanouie, et nous avons partagé l’après-midi et la soirée ensemble. Ils nous ont invité chez eux, et nous avons mélangé les deux langues, grec et japonais, pour que chacun puisse se comprendre. Reiko s’amusait à imiter le grec, et la manière dont elle le faisait nous a tous fait rire. Ponctué de grimaces et autres sons minuscules qui n’arrivaient pas à sortir. Le japonais n’a pas une lettre que les européens possèdent, et c’est une difficulté pour la plupart d’entre-nous qui cherchent à apprendre d’autres langues. C’est ce qui faisait que notre accent était reconnaissable parmi tant d’autres, parce que cette lettre râpait contre notre palais, et se changeait en un R parfaitement roulé. C’est de l’entraînement, après tout.

On s’était tous mit à la cuisine dans l’espoir de faire quelque chose de plutôt bon, et cette soirée passée avec eux m’a rappelée celles que j’avais passées avec les parents d’Hana, bien des années plus tôt. Participer à la vie familiale pour qu’elle tourne bien. En tant que japonais, de toute manière, le respect était une chose normale, presque incrusté dans le sang. On manquait rarement de respect aux autres, on se montrait toujours respectueux, qu’importe ce qu’il se passait. Il n’y avait que les rustres qui oubliaient ça bien trop souvent. C’était une merveilleuse soirée que je n’oublierais pas, parce qu’elle était mémorable. Hana et Georgios nous ont proposé de faire des activités un peu plus ludiques que les classiques visites. Ils connaissaient un peu tout du pays, et on n’a pas vraiment cherché à réfléchir en acceptant. Parce que c’était un plaisir pour moi comme pour ma femme et ma fille. Un vrai plaisir.

On a passé le reste de nos jours de vacances avec eux, ils nous ont fait découvrir beaucoup de chose. Sur les derniers jours, on s’est tenus au courant des dernières choses qui sont arrivées dans notre vie, et j’ai notamment appris qu’elle était déjà enceinte de quatre mois et qu’elle attendait un petit garçon – qu’ils nommeront Yeong. Un deuxième enfant était déjà prévu, et ce serait cette fois plutôt un prénom grec qui était voulu par les deux parents. C’était ça de fait – j’étais heureux pour eux, pour elle. Parce que ma seule pensée, à ce moment, a été de ne pas avoir été attentif avec elle, de l’avoir rendue malheureuse. Et je me suis rendu compte que je lui ai donné tout le bonheur qu’elle n’aurait jamais pu avoir de ma part, et qu’elle était heureuse avec l’homme de sa vie. C’était mon bonheur à moi, au final.

Et c’était encore une fois l’heure des adieux. Encore une fois, je lui ai promis de revenir, je ne sais pas vraiment si je tiendrais ma promesse, mais j’essayerais, envers et contre tout. C’est une amie que je n’oublierais jamais, pour sûr. Une ex-amante, une amie – en or. Encore une fois, je revenais dans mon pays le cœur léger, après une telle affaire qui a failli avoir des répercussions sur ma vie toute entière, anéantir ma carrière. Je n’ai jamais lâché, pourtant. J’ai toujours cru en moi, en toi, en mon entourage.

Quelques années ont défilé, rien de notable ne s'est réellement passé. Un peu de calme faisait du bien après une affaire éprouvante. Je vivais ma vie de père de famille comblé, j'adorais mon travail – et surtout être sous ton commandement. Parce que ouais, mon cochon, t'as réussi à le remplacer. Devenir toi-même le chef de la division des mœurs, âgé seulement de trente-quatre ans. Et malgré ce que le travail de bureau nous imposait, on trouvait toujours du temps pour refaire des rondes, des courses poursuites après les dealers. Notre amour des donuts date d'il y a longtemps, mais il s'est encore plus amplifié quand on a recommencé à perdre notre temps dans une voiture en attendant que les choses se passent. On était plus heureux comme ça. T'avais peut-être perdu ta femme, mais t'étais pas tout seul, j'espère que tu le savais. Tu seras jamais seul. On sera jamais seuls. Tant qu'on sera là, côte à côte, il n'y aura jamais rien ni personne qui ne pourra empiéter sur cette relation fraternelle. Toujours là pour se soutenir, même dans les pires moments. Tu le savais aussi ça, hein ?

La vie aurait pu être calme, et pourtant, en 2108, un événement majeur frappa le Japon de plus belle ; le Big Bang Kiss. Une nuit de terreur et de désastre, où les couples anti-Incontestable ont fait entendre leurs voix et leur mécontentement. Qu'importe le département où on se trouvait, toutes les forces de police de Tokyo disponibles et en service ont été appelées pour contenir cette population grondante de colère. Parce qu'il était inacceptable pour un pays où la dictature règne en maître que la population se rebelle. On avait essayé, essayé de les repousser, de les calmer, parce que les débordements étaient nombreux et les forces de la milice même déployées pour nous donner un coup de main. J'admirais ces gens-là, à vrai dire. Ils étaient pour la plupart des vétérans de l'armée là où on était de simples flics.

J'étouffais dans mon gilet pare-balle, j'étais l'un des policiers désignés pour tenir un bouclier anti-émeute. Ils essayaient de nous atteindre, mais les casques nous protégeaient des coups, les boucliers de leurs mots haineux envers le système. J'aurais voulu savoir où t'étais, pour qu'on puisse se serrer les coudes dans ce moment sous tension. Je t'ai jamais trouvé, t'as dû être mobilisé ailleurs. À la place, j'ai aidé des collègues qui avaient du mal de leur côté. L'anarchie était partout, il n'y avait presque pas un endroit dans le centre-ville où rien ne se passait. Quand j'ai réussi à me poser, j'ai vu que Junko avait essayé de m'appeler, plusieurs fois, parce que j'étais parti en trombe pour aller les rejoindre. J'ai rassurée, je lui ai dit que tout allait bien. Quand elle m'a dit « Et Akira ? », j'ai eu un silence. Je lui ai dit que j'allais l'appeler juste après – et j'ai ressenti, au travers de ses paroles suivantes, qu'elle était tout sauf parfaitement confiante. Moi aussi, à vrai dire. J'avais les relents de ce soir-là, il y a voilà cinq ans. Je ne voulais pas que ça se reproduise.

Quand j'ai essayé de l'appeler, t'as pas répondu. T'étais peut-être encore occupé en première ligne ou en ligne de commandement. Alors au lieu de m'acharner sur mon téléphone, j'ai demandé à l'un de mes supérieurs de l'administration s'il savait où se trouvait le chef de la division des mœurs Kuchiki. Il m'a répondu que tu n'étais pas ici, mais que tu n'étais certainement pas en première ligne. Après une tape sur l'épaule, il m'a dit de retourner là-bas. Et la nuit a été longue, trop longue – jusqu'à ce qu'un énorme boum retentisse. Et un autre, juste à côté. Des cris, des hurlements, une population à contenir. Des équipes d'urgence sont arrivées, et parmi les blessés, il n'y avait pas que des civils. Je me souviens, quelques secondes avant la deuxième explosion, j'ai cru entendre une policière crier un nom. Je me souviens, il ne sonnait pas d'ici. « Giulia, va-t-en d'ici », qu'elle hurlait. « GIULIA », qu'elle a crié une ultime fois, avant que ça n'explose. Et tout ce que j'ai vu après, parce que le souffle nous a tous fait reculer un peu, c'était une masse d'inconscients, un peu plus loin. Quelques policiers, et j'ai vu une jeune femme, blonde, dans un uniforme de police. Un peu de sa tignasse trempait dans le sang qui s'écoulait de son bras arraché. Et le sang m'a encore rappelé ce soir-là. J'ai paniqué, j'ai vu Akira à la place de cette policière. Je suis certainement resté immobile pendant deux ou trois minutes, jusqu'à ce qu'un collègue policier me dise qu'il fallait déguerpir d'ici. Je me suis éloigné, mais mon regard restait coincé sur ce corps frêle et inconscient. J'ai eu du mal à me défaire de cette image. Peut-être quelques jours – une bonne grosse semaine. Les images que j'ai vues ce soir-là resteront certainement gravées dans ma mémoire.

(La suite c'est plus bas, sorry, c'est long)

Précisions du joueur ;
1/ L'école de police > Au Japon, le nombre de mois de formation à l'école de police diverge si la personne a un diplôme ou non. Dix mois si aucun diplôme, six avec. "Graduates of high school, junior colleges, or universities are all welcome to apply; however, university graduates are given a training course of only six months while high school students and junior college students are trained for ten months." = Les diplômés de lycée, collège ou universités sont les bienvenus pour postuler. Cependant, les diplômés à l'université ont un entraînent de seulement six mois, là où les lycéens et collégiens diplômés sont entraînés pendant dix mois. Src :
2/ L'infertilité masculine > Dans le cas de Ryôtarô, on parle d'azoospermie, il n'y a pas de spermatozoïdes dans le liquide spermatique. C'est lié à divers maux, mais je vais pas faire un exposé ici. Je vous renvoie sur ce site si vous voulez en savoir plus > ici
Kaori Vanzine
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Sergei Vanzine
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
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posté
le Lun 15 Oct - 17:15
par Kaori Vanzine
Bonne nouvelle tête et bon courage pour ta fiche ! o/

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you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Akira Kuchiki
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Autre: Merci à Natsu, best bro 4ever, pour l'avatar.
Mâle lpha | Chef De Meute
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le Lun 15 Oct - 17:42
par Akira Kuchiki
* Depose une tasse de café et un donut*

Just for you Bro.

TMTC , love.
Hirojiro Aijo
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le Lun 15 Oct - 18:33
par Hirojiro Aijo
Serrons-nous les couilles les coudes entre Taro tarés you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 1353670443

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Ashley A. Agena
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posté
le Dim 21 Oct - 9:33
par Ashley A. Agena
Bon reboot Ryôtarô !
Avec un tel métier, on devrait pouvoir se trouver un lien ! Et si tu veux, je te donne un gosse, j'en ai trois à la maison en comptant mon mari you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 4115966937
Fubuki Hartcher
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Drunk Grumpy Cat

posté
le Mer 24 Oct - 14:26
par Fubuki Hartcher
Holaaa qué tal bonsoir you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 4158426957

Déjà - merci pour les p'tits comms, ça me fait forcément plaisir :>
Ashley > On va forcément se caser un lien - mais c'est pas sûr que Ryôtarô veuille d'un autre gosse. Ou alors faut négocier. :>>>>

J'viens demander un délai siouplé, je suis bientôt en vacances, jpp de ma vie. Puisque je pense que trois jours suffiront pas - si possible sept jours.
Safety first, je veux pas jouer au débile.

Thanks !
Kaori Vanzine
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posté
le Mer 24 Oct - 15:00
par Kaori Vanzine
Accordé, je t'ajoute une semaine de rab o/

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En ce moment je suis au ralenti
you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Kaori Vanzine
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Mrs. 4x4
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posté
le Mar 30 Oct - 15:50
par Kaori Vanzine
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En ce moment je suis au ralenti
you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi Y23dmr11
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posté
le Jeu 1 Nov - 12:54
par Invité
ça pue la maitrise de codage dans l'coin you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 4115966937 Gloire on you
Ryôtarô Noguchi
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Il lupo selvaggio
posté
le Jeu 8 Nov - 11:54
par Ryôtarô Noguchi
mighty long fall
J'aurais voulu avoir plus de temps sans que rien d'autre ne se passe. J'aurais voulu continuer ma vie de famille, avoir du temps pour soi. Elle a été calme pendant plus d'un an – pour dire. J'ai pu partir à nouveau en vacances, découvrant cette fois les contrées italiennes. Reiko devient grande, elle a prit onze ans en avril et Junko allait bientôt dépasser la barre des trente-cinq. Moi, ça allait attendre septembre, pour mes trente-sept ans. On avait tous notre routine, et on vivait bien. Si bien qu'on aurait voulu que chaque jour ressemble au suivant. C'était un peu le cas, fut un moment. Mais j'étais heureux. Heureux de vivre comme tout le monde. Métro, boulot, famille, dodo. Après un début de trentaine catastrophique, il fallait bien vivre. Tout simplement ; vivre. Ivre de vivre.

Début octobre deux mille cent neuf. On apprend que trois typhons, d'après les calculs des météorologues, devraient s'abattre sur tout le Japon dans une seule et même nuit. J'en déjà connu quelques uns dans ma vie. Un, deux en même temps peut-être. Jamais trois. C'était rare, comme phénomène, et cette nuit-là, on allait devoir rester cloîtrés chez nous, ne pas sortir, barricader les fenêtres pour qu'elles ne se brisent pas sous certains impacts. Cette nuit, on prendra sûrement notre fille avec nous, dans le lit. Parce qu'on a osé lui expliquer, et maintenant, elle a peur. Elle n'a pas envie de vivre ça toute seule dans sa chambre. C'est après une bonne séance de fous-rires qu'on a accepté. On l'a bien évidemment prévue qu'elle allait devoir agir en grande fille les prochaines fois.

Neuf octobre ; tout le monde au commissariat en parle, il n'y a pas une seule exception. Les médias donnent les consignes de sécurité, le gouvernement déconseille fortement de sortir durant cette nuit-là. De rester chez soi. Des règles de sécurité, obligatoires. Toute personne devrait être rentrée chez elle à partir de dix-huit heures, le travail finit plus tôt, les transports sont mobilisés pour que chacun soit chez soi le moment venu. Mesures exceptionnelles pour intempéries exceptionnelles – et sans surprise, les konbini ont été drastiquement vidés pour que les réserves soient prêtes pour le moment venu. Mais moi, je le savais, je devais aller au travail le lendemain matin. Étant un membre de la police, en cas d'urgence, ils convoqueraient les fonctionnaires d'autres départements pour venir en aide à ceux qui en ont besoin.

Nuit du onze au douze octobre ; j'étais rentré au travail après une journée bien plus courte. Au lieu de revenir du travail aux alentours de dix-huit heures trente, j'étais chez moi à dix-sept heures. Junko n'allait pas tarder à être là, après avoir été cherché Reiko à l'école. On passerait une soirée ensemble, à se rassurer les uns les autres, se raconter des histoires heureuses pour mieux s'endormir. Pour me rassurer moi, j'ai acheté un peu d'alcool, ça fait longtemps que je n'en ai pas bu pour le plaisir. Une cigarette au bord de la fenêtre de la cuisine, et j'écrase le mégot quand j'entends mes deux princesses arriver. Je fais attention à rentrer le cendrier, le poser sur le buffet. Reiko se rue dans mes bras, elle est trempée parce que la pluie fait déjà rage dehors. Je la couvre de bisous, elle aussi. Et puis j'embrasse ma femme – parce que c'était elle, la princesse de ma vie, la reine de mes envies.

Quand je demande à Reiko si elle a des devoirs pour les prochains jours, elle répond positivement et je lui propose de l'aider en attendant que le repas de ce soir soit prêt. Je l'aide pour ses mathématiques et son japonais. Elle se débrouille très bien sur le reste, et ça me rend fier d'elle. Fier d'être un papa aussi comblé par une petite fille qui frôle le génie. Enfin – c'est ce que disent tous les pères. En fond, on laisse la télévision allumée en permanence, la chaîne d'informations passant en boucle les images de prévision des typhons et ces fameuses consignes de sécurité. Le gouvernement rappelle les règles de sécurité, dans l'espoir de faire comprendre à toute la population qu'il faut rester planqué chez soi. On a compris le message, ce n'était pas la peine de le répéter en boucle toute la journée, ça ne fait qu'effrayer les enfants.

Quand est venu le temps du repas, on a préféré tous manger dans le canapé, la télé allumée sur les dessins animés sur soir. Parce que toutes les chaînes ne passaient pas en boucle les informations et ces foutues consignes de sécurité – et ça faisait du bien. Ni Junko, ni même moi, n’avaient envie de faire pleurer Reiko à cause de leurs prévisions de scénario catastrophe. Il n’y avait rien de pire pour effrayer un enfant, et ce n’était pas vraiment notre but à tous les deux. On s’est plutôt contentés de s’extasier devant ce qu’il se passait devant nos yeux, faire rire notre choupette pour mieux la détendre et qu’elle oublie les événements qui allaient se produire. Mais ils avaient beau parler des scénarios catastrophes, il n’y avait pas d’impossibilité pour que ça arrive. Trois typhons d’un coup, je n’ai encore jamais vu ça. Il y avait bien un début à tout.

Là où Reiko s’était facilement endormie après avoir mangé, c’est aux alentours de vingt-deux heures où le vent a commencé à souffler violemment contre les volets. J’ai tout de même pris le temps de mettre des briques devant les fenêtres pour que rien ne les brise, hormis celle de la cuisine pour que je puisse entretenir mon cancer en toute sécurité. J’étais dans la cuisine avec Junko, on se partageait un verre de whisky ensemble avec la radio diffusant les dernières nouvelles en fond. Dans la salle, il y avait toujours la même ambiance réconfortante qui aidait probablement Reiko à se maintenir dans un sommeil profond. Tant que le réseau téléphonique passait encore, j’ai pris le temps de t’appeler toi, savoir si tu étais en sécurité, dans un endroit sûr. Que tu n’étais pas en bordure de la ville, près de la mer, mais plus enfoncé dans la capitale. On a eu une brève discussion histoire de se réconforter l’un l’autre, mais également pour se dire d’appeler en cas de pépin – et qu’on se revoyait demain au travail. Parce que même avec un temps pareil, s’il n’y avait pas assez de flics dans un département en particulier, on allait être demandé en renfort. Ça s’appliquait même aux réservistes.

La soirée passait tranquillement, rien de remarquable, si ce n’est des vents incroyables et une pluie qui s’entendait parfaitement bien. Il devait être aux alentours d’une heure du matin quand on a entendu un arbre se déraciner dans le quartier pour s’envoler plus loin, atterrir sur un terrain vide ou sur une maison. Je n’espérais bien évidemment pas le deuxième scénario. Junko s’est endormie dans le fauteuil du salon peu de temps après, moi je restais éveillé, je vidais la cafetière au fur et à mesure et j’en préparais une autre quand elle était finie. Je le faisais bien noir ; bien fort, histoire qu’il m’aide à garder les yeux ouverts. Je mettais quelques gouttes d’alcool au moment où je rajoutais le carré de sucre, et j’ai passé le reste de la nuit à lire, me pencher sur quelques dossiers, et préparer le café. En plein milieu de la nuit, on m'a demandé de rappliquer au poste via un canal d'urgence, parce qu'ils étaient en manque de haut-gradés et de fonctionnaires en général, et que la situation était quelques peu catastrophique à certains endroits de la ville. Je m'attendais à ce qu'on me demande le matin, mais pas la nuit. Je suppose que ce sont les déboires du métier.

Je fais tout de même attention à être présentable dans mon uniforme, et je prends même cinq minutes pour me faire un bento avec les restes du frigo. Je remplis une demi-cafetière dans un thermos, je rajoute quelques gouttes d'alcool, mes carrés de sucre – je suis prêt à partir malgré ce qu'il se passe dehors. Je fais un bisou sur le front de ma femme ; un autre sur celui de ma fille, mais je n'oublie pas de leur laisser un petit mot comme quoi je suis parti dès cette nuit pour le travail. Elle s'inquiéteront un peu moins. Alors maintenant, direction le commissariat de Kabukicho. En chemin, je suis bien évidemment tombé sur des obstacles. Des boîtes aux lettres arrachées, des branches d’arbres qui ont volé et qui se sont retrouvées sur la route. J’ai dû sortir deux fois avec la plus grande des prudences pour dégager la route puisque toutes n’ont pas encore été déblayées, et je suis arrivé au travail après plus de quarante-cinq minutes sur la route. La nuit a commencé avec un appel aux renforts à divers endroits de la ville, sécuriser certains périmètres et assurer la sécurité des citoyens. On a juste eu le temps de faire un petit débriefing avant de partir faire ce qu'on nous avait demandé. Peu importe le rang, le poste, tout le monde y passait et personne n'y échappait.

Ceux qui étaient venus en voiture emmenaient les autres là où on en leur donnait l'ordre. J'ai pu remplir ma voiture et l'emmener au nord de Shibuya, et on a tous profité pour s'offrir un break avant de partir au travail. Une cigarette, une petite lampée d'alcool caché dans une flasque, quelques gorgées de café, et c'était parti. Malgré la fatigue, je restais opérationnel, parce que la concentration m'aidait à tenir debout. Puisque j'étais l'une des personnes les plus haut-gradées présentes sur place, j'ai pu donner à mon tour certains ordre – et ça m'a fait bizarre. Un peu trop, parce que je les recevais la plupart du temps. Ce n'est pas si désagréable que ça, de diriger, au final. C'est à ce moment où je t'envie de diriger la division entière, tu sais. Il y a peut-être la paperasse, mais ce n'est qu'une simple formalité. Pas de quoi pavoiser. Au même titre que ce qu'on faisait tous à l'heure actuelle. Rien de trop stressant.

Jusqu'à ce que la terre tremble. Elle a grondé. Quelques personnes sont sorties, et les jeunes ont suivi pour aider les plus âgés. Nous aussi, malgré la panique, notre réflexe a été de les aider, de tous les regrouper pour que personne ne soit blessé. La seule chose qu'on peut remercier, c'est les architectes de nos jours et leurs normes parasismiques. Qui sait ce qui aurait pu arriver sans ça. Une minute qui paraissait bien trop longue. Une deuxième. Ça s'est arrêté. Ma première pensée a été pour Junko et Reiko. Je n'allais pas pouvoir prendre de nouvelles d'elles avec une ligne basique, et je n'étais certainement pas en mesure d'aller les retrouver au vu de ce qu'il venait se passer. Je devais, envers et contre tout, me focaliser sur la population et la sécurité. Le reste pouvait attendre.

Ma seule grande question était ; est-ce que l'épicentre était sous des terres, ou en mer ? Dans les deux cas ; il fallait s'attendre au pire. Et ça m'a donné encore plus envie de m'appliquer à mon travail pour que je parte les rejoindre. Je n'avais pas d'autre choix que de faire ça, parce qu'on m'interdirait tout simplement de partir tant que ce n'était pas fait. J'ai donné des instructions claires, à la population comme à mes collègues. Dans les prochaines heures, réfugiez-vous en hauteur, peu importe ce qu'il se passe. Qu'ils demandent aux voisins, aux amis, à des inconnus. Il fallait que tout le monde soit en sécurité.

Quand a fini le travail à Shibuya, on est repartis à Shinjuku, direction le poste de police pour faire un dernier débriefing des événements de la matinée. Cette fois, la télé était totalement coupée, et les seules informations venaient de la radio. Ça devait être aux alentours de midi et demi qu'on a apprit que le tremblement de terre était de magnitude neuf, et que l'épicentre se trouvait en mer. Un tsunami arrivait. Personne ne pouvait rien y faire. La nature était encore une fois plus forte que l'homme. De là où on était, on avait une vue sur la baie de Tokyo. Le quinzième étage du commissariat nous offrait un spectacle désastreux à venir. On est tous restés là, à observer, incapables de faire quoi que ce soit. Peu importe ce que la police faisait, elle ne pouvait pas empêcher ce qui allait arriver. Mais on ne se lamentait pas, on a agi en conséquence. On s'est tous donné des consignes, et avant de partir, j'ai tout de même demandé à mon supérieur si je pouvais faire entorse à la règle, que j'habitais dans le sud de Setagaya et que c'était dangereux pour ma famille. Il m'a répondu un non très sec. J'ai décidé de désobéir à ce moment-là.

Douze heures quarante-cinq, je monte dans ma voiture, plein gaz, je ne respecte pas le code de la route ; pas de temps à perdre. Douze heures cinquante-cinq. Sur une pente, je vois la vague arriver au loin. Je décide de rester en hauteur le temps qu'elle passe. Sauf que je n'ai pas prévu qu'elle serait aussi grande. Je vois le désastre s'écraser sur toute la capitale. Le souffle créé par le choc de la vague en vient même à briser la vitre de ma voiture. Certains éclats tranchent mon visage, mais ce n'est pas ce qui va me faire reculer face à l'adversité. Je continue finalement mon chemin, je laisse ma voiture en haut de la rue puisqu'elle est elle aussi en pente, je cours. Je n'ai jamais couru aussi vite de ma vie. Ici, l'eau commence à monter, j'en ai déjà jusqu'à mi-mollets et ça n'arrête pas de monter au fur et à mesure des secondes qui passent. Je défonce la porte de la maison, et la seule chose que j'entends en rentrant, ce sont des cris et des hurlements.

Ceux de Reiko. Je me presse dans le salon, je lui dis que je suis là. Elle monte sur mon dos, et je décide d'aller voir dans la cuisine – parce que Junko n'est pas avec elle. Et c'est là que je comprends l'origine de ses pleures. Le toit au niveau de la cuisine s'est effondré. Ma femme, elle, se trouve partiellement coincée sous ces décombres.

« Junko ? Junko ! Je suis là, c'est moi, Ryôtarô ! »
« Chéri je–je crois que j'ai les jambes broyées en dessous de tout ça. Je serais incapable de sortir. »


Je réalise. Je met Reiko en hauteur sur le plan de travail de la cuisine restant, et je m'affaire et enlever tout ce que je peux pour la sortir de là. Sauf qu'entre les pleurs, la fatigue, l'anxiété, je n'arrive à rien faire. Tout ça est beaucoup trop lourd pour un seul homme. Mais je ne veux pas l'abandonner. Je ne peux... tout simplement pas.

« Va-t-en, laisse-moi ici. L'eau monte, je ne pourrais pas être sauvée. Sauve au moins Reiko, sauve-toi toi-même. Si tu t'éternises, on va mourir tous les trois. »
« Mais... »
« Pars d'ici. S'il te plaît, Ryôtarô, promet-moi que tu ne pleureras pas pour moi. »
« Je... je te le promet, Junko. »


Avant que je ne parte, elle me fait descendre d'un cran pour un ultime baiser. J'aurais voulu qu'il dure pour l'éternité. Jusqu'à la fin des temps. Elle coupe le contact et m'envoie un dernier sourire, et je reprends Reiko sur mes épaules. Et je m'en vais. L'eau m'arrive maintenant jusqu'à mi-cuisses, et courir devient dur, la douleur émotionnelle commence déjà à me tirailler. Je pleure silencieusement, là où Reiko se fait entendre. Je finis par atteindre le haut de la rue, la voiture est toujours là. Je la mets à côté de moi, et je vois, au loin, quatre personnes qui courent en ma direction. J’y vois deux adultes, un enfant et une personne âgée. Je sors de la voiture pour aller aider celui qui transporte la personne âgée, et une fois arrivés, ils se mettent tous en ordre sur la banquette arrière. Je fais une manœuvre le plus rapidement possible, et je m’en vais du quartier le plus vite possible.

Je cherche à aller toujours plus en hauteur, et après une bonne quarantaine de minutes en voiture, on voit un regroupement de voiture, proche du pic d’une colline qui surplombe toute la ville. Quand je coupe le contact, je tourne directement mon regard vers Tokyo, littéralement dévastée sur la côte. Personne ne sort.

« Monsieur… pourquoi– pourquoi est-ce que vous voyez la ville comme… vide d’âme et de vie ? Quelques uns ont péri, mais pas tout le monde… »
« J’ai laissé ma femme derrière, sans quoi ma fille et moi mourrions avec elle. Je n’ai pas eu le choix. J’aurais aimé mourir à ses côtés. »
« Je… je suis désolé. C’était une question déplacée. J’aurais dû m’en douter. »


Quand je demande si quelqu’un ai faim, ils me répondent tous la même chose ; un léger oui. Je sors mon bento de la boîte à gants et en le voyant, on s’active tous à faire un petit endroit où se poser derrière, en rabattant les sièges de la banquette. Je l’ouvre, et je sépare les deux étages. Je m’excuse de la quantité, en rétorquant tout de même que ce n’est mieux que rien. Je casse ma paire de baguette en deux pour donner l’autre partie à la famille en face. On mange en silence, on partage tout ce que ça contient sans en laisser une miette, parce que le prochain repas ne sera peut-être pas avant plusieurs jours.

Les jours sont passés comme ça, on a dû attendre longtemps avant que l’eau ne commence à s’évacuer de nos rues. L’aide humanitaire est très vite venue, et on a tous commencé à revenir chez nous. Grâce à mon grade dans la police, j’ai réussi à demander à deux ambulanciers de m’accompagner chez moi, m’aider à sortir ma femme des décombres qui n’ont certainement pas bougé. À l’extérieur, tout semblait mort. Avant de revenir ici, j’avais laissé Reiko chez toi qui n’avait rien eu. Tu m’as dit que tu prendrais soin d’elle le temps que je fasse ce que j’ai à faire. Et ça a prit un peu de temps, mais t’as réussi à la réconforter, malgré le fait que tu sois aussi émotif qu’une poupée en plastique. De mon côté, ça allait être long.

On s’avançait, doucement mais sûrement, et je découvrais ce que qu’était devenu cette maison dans laquelle j’ai habité plus de dix ans. Tout est sans dessus dessous. Le salon est dans un état déplorable, rien ne ressemble à l’image que j’avais de lui avant. Mais le plus important, ce n’était pas ça. Je dis aux deux ambulanciers de me suivre, mais je les laisse s’avancer en premier vers la cuisine, je n’ai pas envie de voir ça. J’ai pourtant eu à les aider. J’ai lentement marché à mon tour vers les décombres, et j’ai découvert avec horreur le corps sans vie de ma femme. L’un des deux types qui m’accompagnait m’a donné une tape sur l’épaule, et on s’est très vite mit au travail. On a réussi à l’extirper après vingt minutes à soulever toutes ces fondations, et ils l’ont mise dans un sac mortuaire juste après, pour la déposer dans l’ambulance. Ils m’ont demandé si ça pouvait aller pour le reste, je leur ai juste demandé un téléphone portable pour que je puisse appeler des collègues pour qu’ils me donnent un coup de main, le reste allait se faire sans soucis.

Dans le garage, l’eau n’a pas énormément pu s’infiltrer. De ce que je vois, il y aurait à peine eu une quinzaine de centimètres d’eau. La moto de Junko semble intacte. Je prends les clés qui sont à l’endroit même où elle avait l’habitude de les poser. Contact, le moteur ronronne. Je le coupe immédiatement après. Je me remet à pleurer. J'ai osé l'abandonner derrière moi, alors que je sais que j'aurais pu la sauver. Un peu de force, de la volonté, c'est tout ce qu'il me fallait. Pourtant, pourtant... Elle est morte – à cause de moi.

À l'étage, il n'y avait pas grand-chose qui avait été touché, mais j'allais tout de même devoir trier, faire le vide de cette maison. Garder uniquement ce que je souhaitais. Comme quand j'avais huit ans. C'était dur, de faire le tri. Je suis resté de marbre devant mon placard, mélangeant les affaires de Junko avec les miennes. Je décide de laisser ça pour plus tard. Dans le placard du premier étage, je sors des cartons d'électroménagers, les valises habituelles qu'on emporte en vacances. Je m'occupe d'abord de la chambre de Reiko, qui est intacte, laissée telle que je l'ai vue pour la dernière fois. Le lit est défait, son cartable traîne au bord de son petit bureau de couleur rose, et le manteau jaune qu'elle portait le soir où elle est rentrée avec Junko est encore sur la chaise de son bureau. Je n'ai pourtant pas envie de défaire tout son petit monde. Je m’affaire pourtant à le faire, je viens chercher les gros cartons d’électroménager pour y mettre la plupart de ses jouets et de ses poupées. Je réussis à caser ses livres, et une fois le carton fermé, je pose son sac de cours et son manteau sur le dessus. Je reviendrais chercher le reste plus tard, lors de la deuxième tournée de vidage de la maison.

Quand j’allais m’affairer à la chambre que je partageais avec ma femme, j’entends les collègues arriver dehors. Ils m’appellent d’en bas, et je m’empresse de descendre pour les retrouver. Je devais m’y attendre – ils sont tous désolés. Ils sont venus avec des bentos, du café, un fond d’alcool. Tout ce qu’il me fallait pour me remotiver. Ils ont pris le soin d’emmener des cartons avec eux aussi, ce sera plus simple d’aller chez toi par la suite. On a passé l’après-midi à vider la maison, pour que je revienne le soir chez toi. Et les jours suivants, alors que j’ai voulu partir, tu m’as retenu. Tu m’as dit de rester, parce que j’avais plus de maison. Que chez toi, c’était également chez moi. Et ça, Akira, je ne t’en serais jamais assez reconnaissant.

Je me suis installé chez toi, et j’ai commencé à faire un deuil difficile. Tu prenais soin de Reiko quand je ne le faisais pas, et même si tes singeries pour essayer de me faire rire ne valaient pas grand-chose, tu avais le mérite d’essayer. De temps en temps, je rigolais, je prenais quelques verres avec toi. Tu m’apprenais à vivre sans elle, parce que je n’ai jamais imaginé ma vie sans elle à mes côtés depuis que je l’ai rencontrée. Tu réussissais à me redonner le sourire, à l’oublier pendant quelques heures alors c’est ce qu’un homme peut faire de plus difficile. Je réussissais à vivre. Vivre encore, apprendre à vivre à tes côtés, me débrouiller seul. Comme est-ce que t’as fait, depuis la mort de Miyako ? Ça m’échappe, je n’en aurais jamais été capable tout seul. Peut-être est-ce que c’est ta détermination et ton éducation noble qui t’a appris ce qu’il fallait faire pour que ça ne te prenne pas la vie comme ça ? J’ose croire que oui. T’as toujours réussi à me le prouver d’une manière ou d’une autre. Ce n’est pas pour rien qu’on s’entend si bien, je me trompe ?

Comme tu le savais pertinemment, j’adorais voyager. J’ai déjà fait des pays connus avec Junko, mais cette fois, j’allais le faire à tes côtés. On a tous fait nos valises, celle de la gamine y compris, et on a attrapé les billets d’avion et la réservation d’hôtel. Nos portefeuilles remplis à craquer de dollars américains, et on est partis, rien qu’un peu. Toi qui fais dans le luxe, tu ne t’es certainement pas gêné pour prendre des hôtels au prix exorbitant, réserver nos places sur les plages privées de Los Angeles où on pourra mater le cul des stars d’Hollywood. Tu fais vraiment les choses bien, bro. Si bien que j’en ai oublié mon deuil pendant deux semaines entières. On est partis de Tokyo aux alentours de vingt-trois heures, on est arrivés à Los Angeles huit ou neuf heures plus tard, à l’heure où tout le monde se réveille. On a piqué du nez dans l’avion, et on était partis toute la journée, à enchaîner cocktail sur cocktail et donut sur donut.

Une journée sur la plage, je me souviens, on était tranquille tous les deux à faire bronzette. Reiko s’amusait à faire des châteaux de sable, et on sirotait notre pina colada en paix. Au loin, j’ai entendu un groupe de jeunes débiles se faire des farces, un type qui s’appelait Brody. « Allez, Caitlyn, j’suis sûr que t’es même pas cap d’aller demander le numéro du type aux cheveux noirs. C’est un japonais, c’est débile et ça acquiesce à tout. Il va même te vouvoyer, ils savent pas faire autrement. Si t’as son numéro, j’te fais ta fête au pieu ce soir. » Les paris débiles des jeunes avaient le mérite de me faire rire. Entre nous deux, c’était moi le père de famille, donc aucun risque que j’attire la midinette américaine. Toi, par contre, c’était moins sûr… « T’es con, Brody. OK, j’vais le faire, si tu tiens parole ! » Et voilà, je la voyais s’avancer alors que t’étais encore à moitié en train de piquer du nez dans ton transat.

En bikini, comme toutes les autres nanas, elle t’interpelle en japonais. Classique, quand on sait qu’on est étrangers. T’as un peu grogné, t’as remonté ta paire de Ray-bans, tu m’as regardé moi avant de la regarder elle. Ton réflexe, c’était de lui demander ce qu’elle voulait, dans un ton parfaitement calme. Elle a pouffé de rire, elle a dit que t’étais sexy pour un japonais, que t’avais la classe et qu’en plus de ça t’étais particulièrement bien foutu. J’aurais aimé te voir jouer à son jeu, mais t’étais pas vraiment de cet avis, tu l’as envoyée bouler pour mieux repartir dans ta bulle tranquille. Quand t’es reparti dans ta bulle, je me suis levé et je suis allé vers les deux jeunes, j’ai parlé d’abord en anglais au type, lui demander s’il parlait japonais. Il m’a répondu que oui, malgré qu’il soit totalement bancal. « C’est pas vraiment le genre de type qui se laisse facilement avoir par de la midinette. Tu sais, c’est un peu une poupée fragile sans émotions. Sans vouloir le vexer, c’est bien pour ça que je te le dis tout bas. C’est comme le deuxième père de ma fille, sauf que ça se remarque pas vraiment. T’as dû capter, hein ? » Il a ri à son tour. Il m’a répondu en faisant des finger guns typique américain, et il a embrassé sa nana qui rentrait toute dépitée. Il lui a dit que ça ne changeait rien à la donne. Elle a regagné son sourire.

Le reste du voyage ne s’est finalement pas trop mal déroulé, on a mangé à des restaus chics chaque soir de la semaine, on se faisait des fast-foods pour le midi. Tout ça pour bronzer, boire et fumer l’après-midi. Est-ce qu’il y a quelque chose de mieux que ça, comme voyage ? Je pense pas vraiment. C’était vraiment extra, de faire ça tous les deux. J’ose espérer qu’on partira en vacances plus souvent. Pour le moment, tu réussis bien ta mission qu’est de me faire oublier Junko. Depuis qu’on vit tous les deux, t’as repris la moto, tu l’as remise en état pour qu’on aille au travail en même temps, dans le même accoutrement, de la même manière. Fini la voiture qui fait vie bien trop rangée, bonjour la sensation de liberté. Et ça, bro, c’est pour ça que je te kiffe. Tu changeras jamais vraiment, t’es quelqu’un d’exceptionnel. Je suis bien content d’avoir croisé ta route, il y a bientôt quinze ans. Quinze ans – ouais. C’était beau, d’avoir une si belle amitié, qu’on pouvait presque comparer à une bromance pure et dure. Avis aux midinettes et aux jeunes débiles qui s’amusent à nous mettre ensemble – on compte pas zek zek qu’importe l’endroit.

Maintenant, voilà – je t’ai tout raconté. C’est long, comme histoire, pas vrai ? Mais je suis heureux d’avoir partagé une partie de ma vie avec toi, avec elle, avec ma petite princesse. Vous êtes tous aussi exceptionnels les uns que les autres. J’ai beau pas être prêt pour la lettre, je le serais toujours pour toi.

my fears keeps me right here
Ryôtarô, c’est un homme avec du vécu. Il a vu le monde, les horreurs qu’il peut accomplit, la colère terrestre, le fracas maritime. Il a vu la mort, il a connu la douleur. Tout ce qu’un homme peut découvrir de pire dans une seule vie. Pourtant, il a réussi à se relever, plusieurs fois. Il avait beau être le suspect principal d’une affaire de meurtre, le personnage principal d’une pièce dramatique, le rôle qui laisse à penser qu’aucun malheur ne peut lui échapper, il était toujours là, debout, à affronter ce qui allait suivre. Voilà ; c’est Ryôtarô. Un malheureux qui n’a pas eu la plu grande des chances dans sa vie, qui aurait aimé être un peu plus tranquille. Grand bien lui en fasse qu’il soit un minimum en paix maintenant, mais pour combien de temps encore ? Ça va faire plus d’un an qu’il a laissé sa femme derrière lui, il ne s’est toujours pas pardonné. Il a peut-être réussi à terminer ce deuil d’une personne qu’il a aimé fort, si fort, mais il n’en reste pas moins quelqu’un de fragile émotionnellement.

Parce qu’il a beau se montrer comme une montagne infranchissable, un mur impossible à escalader, quand on connaît le bonhomme, on sait que c’est tout l’inverse. Il est faible. Il ne sait pas avancer tout seul, sans quelqu’un à ses côtés. Quand ses parents sont décédés, il s’est plongé dans un mutisme traumatique pendant plus d’un an, où il n’avait jamais prononcé un seul mot ; parce qu’il n’a pas eu le courage d’aller voir les autres et qu’il ne veut pas non plus les voir. Mais une fois intégré, il sait se faire une place, se montrer digne d’être là où il est. Ce n’est pas vraiment pour rien qu’il s’est élevé si haut dans la police, au grade de Commandant de la division des mœurs. Il a su penser, agir, réfléchir en conséquence. Rien ne sert de courir, il faut toujours examiner la situation avant – sauf si elle presse et qu’aucune seconde ne doit être perdue.

Il sait se montrer compréhensif et empathique. Son meilleur ami, Akira, il l’a compris alors qu’aucun autre n’avait fait l’effort de le faire. Il l’a compris dans son silence, dans sa manière d’agir. C’est dans le secret qu’on comprend mieux quelqu’un d’autre que soi, et ça, il l’a compris. Parce que les autres ne cessaient leurs agissements de gamin, parce que les autres n’avaient que faire de ce qu’il était vraiment – et ce nom de famille que son meilleur ami a si longtemps porté comme un fardeau, il l’a allégé pour qu’il se sente mieux.

Mais le point le plus fort de cette personnalité faiblarde, c’est l’altruisme. Ryôtarô donnerait sa vie pour les autres s’il le pouvait. Il est prêt à se sacrifier pour le bonheur d’autrui, il peut tout donner tant que son entourage est heureux. C’est tout ce qui compte pour lui. Ce qu’il fait, ce n’est pas pour son plaisir personnel, mais celui des autres. « Les autres », qui lui sont si chers. Ces autres, auprès desquels il soigne son image. Ces autres, à qui il tient tout particulièrement. Ces autres, qui l’ont soutenu des années durant et qui continuent encore aujourd’hui. La vie n’est pas si simple qu’il n’y paraît, qu’on lui dit souvent. Si vous lui dites un jour, il vous enverra un sourire triste avant de continuer son chemin. Parce qu’il le sait plus que quiconque, au même titre que d’autres.

C’est un esprit libre. Il n’aime pas s’enfermer dans une seule idée. Les choses qui ne le regardent pas ne l’intéressent pas, n’attisent pas sa curiosité si peu utilisée. Il aime voyager, changer d’horizon, de paysage. Il sait qu’il peut se le permettre. Pays occidentaux, asiatiques, il n’a jamais voyagé une fois de sa vie en sol japonais, hormis peut-être une seule fois à Kyoto quand il était plus jeune ; c’est tout. Ce n’est pas comme si son pays l’intéressait plus que ça, de toute manière.

Petits + ;;
_ Ryôtarô est neutre vis-à-vis de l’Incontestable. Il respecte ses ordres, mais n’irait pas dévouer sa vie à faire de la propagande pour la machine.
_ Il parle japonais, grec et coréen couramment, et a un anglais quelques peu bancal.
_ Il adore sa petite princesse, quand bien même ce n’est pas sa fille biologique. C’est tout comme, pour lui. Il la chérit et la couvre de cadeaux dès qu’il en a l’occasion.
_ Il adore la soul, le funk, le jazz, et autres musiques dansantes du genre. Les musiques extrêmes et « populaires » ne sont pas vraiment son genre.
_ Il a un goût prononcé pour le saké, le whisky, et les spiritueux en général.
_ Vraiment, si vous voulez cerner le personnage, lisez son histoire. Simple conseil.

beyond the mountains and the wild sea
Ryôtarô n’est pas le genre à passer inaperçu dans une foule. Parce qu’il a des ancêtres européens à la suite de l’arrivée de l’Incontestable, il est un peu plus grand que la norme, avec son mètre quatre-vingt-cinq. Il a la peau légèrement mate, mais rien de très troublant comparé à la pâleur des japonais. Par contre – sa masse de muscle ne passe pas inaperçue. En tant que fonctionnaire de police dans un quartier aussi dangereux que celui-là, quand il n’y a pas d’arme dans chaque camp, il faut savoir se montrer plus fort que l’autre. C’est pourquoi il s’entraîne durement, encore aujourd’hui, dans le but de garder sa force et sa forme. Il doit frôler les cent kilos de muscle, se mélangeant tout de même à une certaine masse de graisse. Mais c’est suffisant pour mettre KO son opposant avec l’aide de quelques patates dans la face.

Il possède les cheveux mi-longs, bruns, et on peut également trouver quelques perles plaquées or dans ses cheveux, soigneusement installées par sa femme il y a des années de cela. Elles datent de leur voyage à Athènes, et il n’est certainement pas prêt à les enlever. Elles ont vécu une belle vie, des misères comme des bonheurs, mais il ne les enlèvera pour rien au monde ; il attendra qu’elles tombent. Tout ça, c’est couronné d’une barbe, parfois mal rasée, parfois de trois jours, agrémentée de cicatrices toutes aussi difformes les unes que les autres. Celles-là, elles marquent le jour où il a perdu sa femme. La vitre brisée a eu son petit effet sur le visage de Ryôtarô, et il n’est pas près de les oublier.

Sur son corps, on retrouve également d’autres cicatrices. Certaines viennent de maladresses, d’autres d’arrestations qui ont mal tourné. Sur le biceps droit, il y en a deux, l’une à côté de l’autre, résultat d’un petit délinquant pas suffisamment maîtrisé qui n’avait pas l’air de vouloir se laisser faire. Une autre, assez imposante, traverse l’épaule gauche pour finir son chemin sur le pectoral. Assez longue et profonde, c’est encore une arrestation qui a mal fini ; parce que Kabukicho n’a pas fini de montrer tout ce qu’elle avait dans le ventre. Encore d’autres, plus petites, peu visible à l’œil nu. Il faut regarder d’un peu plus proche si on veut espérer remarquer ce petit ramassis de peau.

On retrouve également certains tatouages sur ce corps qui en a vu. Entre ses deux omoplates, il a fait tatouer une croix celtique, et on peut retrouver les kanjis du nom de sa femme sous les côtes, du côté droit. Celui-là est récent, peut-être quelques mois. Une couronne légèrement stylisée dans la nuque, et une boussole sur le mollet gauche. Chacun a sa signification – et il faudra lui demander si on veut savoir leur histoire. Côté fringues, il n’est pas très compliqué. Il a les trois-quarts du temps son uniforme, et le quart restant représente un côté plus décontracté de sa personnalité. Un peu loubard sur les bords, bien que classe. Assez agréable à regarder – en somme.
Makoto Nanase
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★
posté
le Jeu 8 Nov - 12:00
par Makoto Nanase
Délai dépassé. Ajout des trois jours supplémentaires o/

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Merci Lucci pour le kit you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 1647638966

Spoiler:
Ce qu'ils ont dit ♥️:
[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
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Le plus beau compliment ♥️:
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La famille ♥️:
Nanase's family:
you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi E9mgMerci à Aria ♥️

Game of Nanase et activité familiale:
you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 3OXEfcUMerci à Driss ♥️

Merci Karlito ♥️:
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Merci Oz ♥️:
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Ryôtarô Noguchi
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Il lupo selvaggio
posté
le Ven 9 Nov - 9:25
par Ryôtarô Noguchi
Ça y est, c'est enfin fini. C'était long, bordel, mais j'ai réussi à boucler cette fiche.

J'ai jamais fait aussi long, mais j'ai adoré l'écrire, puisque j'ai tenté un genre d'écriture qui m'a, au final, beaucoup plu. C'est comme Akira, mais en plus détaillé, et plus axé sur les émotions du personnage.

Pardon le staff pour la longueur, j'vous aime quand même. Je vous déposerais une boîte de donuts sur votre bureau.

Ryôtarô's off.

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Kaori Vanzine
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Mrs. 4x4
Mrs. 4x4
posté
le Sam 10 Nov - 13:13
par Kaori Vanzine
Analyse de fiche

Le staff de Just Married te souhaite la bienvenue sur le forum ! ♥️

Introduction
Bonne nouvelle tête ! o/

Sache que j'te hais déjà pour la longueur. J'espère que t'as prévu un camion rempli de cookies et de gâteaux au chocolat pour te faire pardonner you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 3766924225

Histoire

♠️ J’étais censé avec une petite sœur → J'imagine que tu voulais dire "censé avoir une petite soeur" ?
♠️ Et puis l’âge adulte. Mes dix-huit ans sont arrivés → Au Japon, la majorité est à 20 ans.
♠️ À l'heure des adieux est venue
♠️ J’ai pris un peu de temps pour aller chercher un drap, l’apposer sur la défunte → En tant que flic, il devrait savoir qu'on ne doit pas toucher au corps et modifier la scène du crime à cause du risque d'effacer certaines preuves.
♠️ avant qu’ils ne vous emportent tous les deux. → Avant ça, ils doivent commencer l'enquête, prendre les photos de la scène de crime, etc
♠️ J’ai prévu Junko qu’on se verrait rarement ces prochains jours
♠️ Le chef avait beau essayé
♠️ de te mots
♠️ Le quatrième jour → Je croyais qu'il reverrait Hana le 5ème jour. D'ailleurs si je compte les 2 jours "d'études" + les 3 jours de visite, je n'arrive quand même pas à 4.
♠️ le gouvernement interdit formellement de sortir durant cette nuit-là. De rester chez soi. Un couvre-feu, obligatoire. Toute personne doit être rentrée chez elle à partir de dix-huit heures, le travail finit plus tôt, les transports sont mobilisés pour que chacun soit chez soi le moment venu. → Au temps pour moi, quand tu m'as posé la question le couvre-feu me paraissait logique. Mais après avoir eu un avis supplémentaire, ils ne vont pas en mettre un. Ils vont plutôt vivement conseiller la population à se mettre à l'abri mais pas mettre un couvre-feu obligatoire vu que les médecins, la police, etc doivent quand même continuer leur job.
♠️ les règles du couvre-feu → Du coup là tu pourrais par exemple remplacer couvre-feu par les règles de sécurité
♠️ ce que qu’était

Caractère

♠️ qu’il peut accomplit
♠️ la plu grande

Validé !

Physique


Validé !

Conclusion
J'ai vu quelques coquilles qui traînaient mais je n'ai pas eu la foi de les relever. La plupart étaient juste des fautes de terminaison (genre un t au lieu du s pour certains verbes au passé composé ou au plus-que-parfait) mais vu la longueur de la fiche, ça passe. Je te laisse donc juste voir ce qui a été relevé et apporter quelques modifications et normalement ça devrait être bon. Sinon dans l'ensemble, j'ai encore une fois beaucoup aimé lire ta fiche même si j'te déteste toujours pour la longueur de celle-ci. x) J'ai aussi beaucoup aimé découvrir ce monsieur qui est un personnage intéressant.


Bon courage pour les modifications ! En cas de problème, de doute, n'hésite pas à contacter un des membres de l'administration, nous serions ravis de te venir en aide ! :)

Analyse : 1/3
Nous analysons au maximum trois fois une fiche, après cela, si nous ne pouvons toujours pas la valider, nous serons malheureusement obligés de la refuser. Nous ne pouvons nous permettre de reprendre chaque fiche dix ou vingt fois, cela serait autant pénible pour vous que pour nous. Merci de votre compréhension. ♥️

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you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Ryôtarô Noguchi
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Il lupo selvaggio
posté
le Sam 10 Nov - 13:22
par Ryôtarô Noguchi
C'est corrigé. Encore désolé pour la longueur, j't'aime quand même. you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 4158426957

(j'ferais liver les cookies en temps et en heure HEH)
Kaori Vanzine
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Mrs. 4x4
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posté
le Sam 10 Nov - 17:19
par Kaori Vanzine
C'est bon you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 1362171446
(T'as intérêt, j'veux mes cookies sinon j'lâche la demeurée aux couteaux you can sleep with a gun, one eye opened | ryôtarô noguchi 3766924225)

Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

N'oubliez pas :
• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
• Si vous souhaitez trouver des partenaires pour vous lancer, n'hésitez pas à faire un tour par ici ! ♥️
• Dans l'ordre, vous pouvez faire une demande de conjoint ici, ensuite vous faites une demande d'habitation ici et enfin, vous pourrez valider votre mariage ici.
• De faire un peu de pub autour de vous pour le forum et de voter régulièrement aux tops sites. ♥️

& Surtout, AMUSEZ-VOUS !

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