Lullaby Arizona
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Le plus beau. ♥︎
Autre: Ava par Syato.
posté
le Lun 3 Déc - 19:53
par Lullaby Arizona
Lullaby Arizona
"In your head, in your head, they are crying."

Généralités
Nom ;; Arizona, ça vient d’ailleurs, ça vient de loin, ça vient de papa.
Prénoms ;;  Lullaby, douce mélodie, mélodie d’une vie.
Âge ;; 17 années gravées sur un visage qui grandit sans toi.
Genre ;; XY.
Origines ;;  Enfant métissé, de tous les horizons. Le sang est principalement japonais par la mère, avec des relents pakistanais lointains. Des origines amérindiennes chez le père, gravées sur ta peau, ton visage, tes cheveux.
Activité ;; C’est la dernière année, la dernière avant de quitter le lycée. Tu sais pas trop où aller plus tard. Il y a trop de voies, de voix qui t’influencent, de chemins qui s’ouvrent à toi. Philosophie, danse, danse, philosophie, tu sais pas, pas encore, pas vraiment.
Sexualité ;; Compliquée, floue, incertaine. Sage et tranquille. Timide. Inexistante. Tu aimes les hommes, tu crois, tu aimes les femmes, tu crois, tu aimes les entre-deux, les rien du tout, tu crois, mais tu n’en sais rien. Tu penses aimer, tu penses désirer, tu touches sans toucher.
Avatar ;; Lullaby fait maison par Ariel <3 outrunning karma 1728200632
Règlement ;;
Chemin ;; QC du dalmatien, du lama moustachu et de la pornstar outrunning karma 1845802901
Commentaire ;; C'EST CHIANT À TROUVER LES IMAGES.
Sur ce, je retourne me planquer dans une grotte paske j'ai pas confiance en moi outrunning karma 4115966937
Creature lie here


I.
NOVA DECA
16 ans

« Pourquoi sourit-on ? Pourquoi rit-on ? Pourquoi se sent-on seul ? Pourquoi est-on triste ? Pourquoi lit-on de la poésie ? Pourquoi pleure-t-on devant un tableau ? Pourquoi l'amour nous fait-il perdre la tête ? Pourquoi a-t-on honte ? Qu'est-ce que le désir ? »


— Benjamin Alire Saenz


Snuff - Slipknot
White Blood - Oh Wonder


J’abandonne.
Je t’abandonne.
Même si je t’ai aimée. Fort, fort, si fort, trop fort.

Je t’ai aimée. Non. NON. Personne ne peut t’aimer. Parce que tu es FAIBLE et STUPIDE.
Je t’ai aimée dans toutes mes réalités, dans toutes mes nuances et inconstances. Je t’ai aimée comme on chérit un souvenir frêle qui s’étiole dans la mémoire jusqu’à s’éteindre dans un murmure. Je t’ai aimée comme j’ai aimé tant et trop, de toute la force de ce petit coeur fragile, qui se bat pour survivre au-creux de ma poitrine. Je t’ai aimée à chaque instant, à chaque moment passé loin de toi ou dans tes bras. J’ai aimé ton sourire, tes mots s’échouant à mes oreilles. Je t’ai aimée. Je t’ai aimée. Je t’ai aimée. Je t’ai aimée si fort que j’ai même oublié ce que ça faisait d’aimer. Je t’ai aimée si fort que j’ai découvert ce que voulait dire aimer à en crever. Je t’ai aimée comme j’ai pris l’habitude d’aimer. Entièrement. De tout mon être. De toute ma force. De tous mes battements. Je t’ai aimée comme j’aime le soleil quand il s’endort doucement et que je l’observe par la fenêtre. Je t’ai aimée comme j’aime le monde et la nature, beauté froide et sauvage, dangereuse et sensuelle. Je t’ai aimée comme j’aime papa, bougie souvent vacillante, mais toujours vaillante, que je n’oserai jamais souffler parce que c’est une partie de moi, de mon être, de ma structure, il est là, il est écrit quelque part dans mon adn.

Je t’ai aimée et je t’aime encore.
Même si tu m’ignores et me délaisses. Que ton absence et ton silence m’émiettent chaque jour un peu plus en milliers de moi. Le vide est arrivé, s’est mis entre toi et moi, immense plaie béante s’élargissant chaque jour un peu plus sur nos corps meurtris et nos âmes endolories. Les mots se sont effacés, le silence est arrivé, bruyant, bruyant, si bruyant. Tu t’es désintégrée de jour en jour. Boom boom. Les sourires ont foutu le camp, ton visage s’est fermé en une constante grimace. Cette grimace qui maquille tes lèvres à chaque fois que papa te prend par la main et te supplie de l’écouter. Lui non plus, tu ne l’aimes plus.

Pourtant, vous vous êtes aimés. Envers et contre tous.
Même si tu ne voulais pas de lui, quand la lettre est arrivée, rose et délicate, cadeau empoisonné dans ta boîte aux lettres. Même s’il t’a pris ton nom, qu’il t’a possédé du sien, je sais et tu sais aussi qu’il ne t’a jamais dépossédée. Il t’a laissé t’épanouir, t’as regardée voler au-dessus du monde et des anges. Il t’a apprivoisée avec le temps, les mots, les sourires. Jusqu’à ce que tu t’ouvres à lui, que tu te déploies, que tu commences à te dire, peut-être, que tu pouvais aimer papa. Malgré ta haine de ce système, ton envie de le foutre en l’air comme tu as failli le faire avec toi-même, tant et trop de fois. Et puis, finalement, tu l’as aimé. À en faire gronder la foule. À en faire peur à la houle. À te faire peur.

Alors écoute-toi.
Regarde-toi.

Tu t’entends ? Tu hurles tout bas dans le salon. Papa et toi, vous vous tranchez la gorge avec des mots. Et vous saignez. Et je saigne. Et nous saignons tous les trois. Hémorragie familiale. Si je pouvais réparer ça… Avec un sparadrap et beaucoup d’amour, je le ferai. Mais je n’existe plus à tes yeux. Je suis ton secret, ton ombre, ton tabou. L’enfant caché. L’enfant qu’il ne faut pas montrer au reste du monde. Chut, caché, bien caché. Tais-toi, tais-toi, avale-donc ces cachets, allez, disparais. DISPARAIS. Chut, tout va bien. Tout va bien. Allez, allez, disparais. Tu ne VAUX rien. Mais moi, tu sais, je veux faire partie de ton monde. De votre monde. Laisse-moi venir, laisse-moi entrer. Je te promets, je serai comme les autres, je me fondrai dans la masse. Je ne te ferai pas honte. Alors laisse-moi revenir dans ta vie. Revenir dans cette vie. Non, non, reviens pas, casse-toi, disparais, allez, allez. Ils savent tous, la lalalala, disparais. Tout va bien. Meurs. Meurs. Il fait si noir là-bas.

Tu claques la porte, tu t’en vas. Fais demi-tour. Reviens. Contemple ton oeuvre. Papa, épaules affaissées, qui traîne les pieds, qui peine à rejoindre le canapé. Il a le dos voûté, comme si toi et moi, on était trop lourds à porter. Il s’use à t’aimer, à m’aimer, à nous aimer et toi, tu t’uses à me détester. C’est plus facile d’aimer. Arrête de haïr. Mais tu hais. Tu es née dans la colère, tu as grandi dans la colère, à l’envers, hors-système. Oiseau fou. Fleur séchée. Dissidente.

Pourtant, je sais que tu as aimé. Que tu m’as aimé. Même que papa raconte toujours que quand je suis né, tu souriais tellement que t’en as fait peur au soleil, il a bien cru que tu allais lui voler sa place. Tu brillais, tu irradiais. Toi, la nomade, la rêveuse aux semelles de vent, t’avais l’impression, pour la première fois, d’être exactement à ta place, là où tu devais être et là où tu aurais toujours dû être. Et je sais que papa ne ment pas. Parce que je me souviens de tes sourires, de tes bonne nuit, de tous tes cadeaux à mes anniversaires, de la chaleur de tes bras autour de moi, de la tiédeur de ta peau contre la mienne. De nos disputes et de nos colères, de nos rires dans le jardin et de ton cri paniqué quand je suis tombé de la balançoire, quand tu m’as poussé un peu trop fort, cet après-midi là.

Je me souviens de tout ça.
Et je sais que tu t’en souviens aussi.

Je t’ai aimée, je t’aime. Et je t’aimerai encore. Dans tous les mondes, je t’aimerai comme un fils peut aimer sa mère. Mais tu sais, tu me manques. Terriblement. J’ai besoin de nos conversations, de tes réprimandes, de tes danses ridicules dans le salon, de tes jurons grossiers qui font se hérisser les poils sur les bras de papa. J’ai besoin de toi et tu sais, j’aimerais que tu aies besoin de moi. Pardonne-moi, je ferai de mon mieux. Je te promets, je vais le chasser. Je vais chasser le Trouble qui s’est glissé dans une interstice de mon être, qui s’est logé au plus profond de moi, et qui n’est plus jamais reparti. Parce que tu sais, j’ai compris que c’était à cause de lui que tu ne voulais plus de moi dans ta vie. Non, non, je partirai pas. Allez, tais-toi, disparais. Silence. Je prends soin de toi. HA HA HA. Écoute-moi, écoute-moi, ÉCOUTE-MOI.

À cause de cette folie.
Pourtant, je ne suis pas fou.
La seule chose qui me rend fou, c’est ce vide que tu as creusé entre nous. Ce puits sans fond. Dans lequel je tombe depuis maintenant un an. Je me suis battu. J’ai essayé de m’accrocher à une paroi glissante, mais je n’ai pas réussi.

J’abandonne.
Je t’abandonne, même si je t’aime.
Et même si tu ne te souviens pas de moi, que tu refuses de te souvenir de moi et que tu as tout oublié de moi, même ma couleur préférée, j’espère que tu te souviendras de moi, dans cette réalité que je connais pas encore.

Mais que je vais connaître.
Bientôt. Très bientôt. Oh, oui, bientôt, tu sers à rien, disparais, allez, allez.

J’ai les paupières qui papillonnent et il y a des larmes qui dévalent mon visage. J’ai mal. Si mal. Ça pulse. Ça brûle. Je hoquète. Ma bouche s’ouvre sur un cri silencieux et d’autres étouffés meurent dans ma gorge et retournent se noyer dans mes entrailles. J’ai chaud, j’ai froid. Je regarde la vie qui s’évade en perles et torrents rouges de mes poignets, qui coule sur le sol et qui se répand sous mon lit et entre les lattes du parquet. IMBÉCILE. C’est tout sale. SALE, SALE, SALE. NON. Ne sors pas. NETTOIE. Allons, regarde ça. TU DOIS TE TUER. Il fait noir là-bas.

Maman, je t’ai donné mon coeur. Tu l’as fait pleurer. Tu l’as brisé.
J’arrive plus à le réparer.


*
Don’t Go - Bring Me The Horizon
Broken Crown - Mumford&Sons


Papa pleure.
Pas toi.

C’est pas grave, je t’aime quand même, je renonce à te haïr. Je renie ton désintérêt, je nie l’amour que tu me portes plus. Je ferme les yeux. Je vais vivre les yeux fermés. Je préfère avoir la peau couverte de bleus plutôt que de vivre en sachant que je ne suis plus rien pour toi. Non, non, ouvre les yeux, tu n’es rien, souviens-toi. Allez, souviens-toi.

La tête enfoncée dans l’oreiller, les yeux clos, je fais semblant de dormir et j’écoute les sanglots de papa qui s’éclatent contre les murs de la pièce. Il paraît que la mort fait peur aux Hommes. Peut-être parce que c’est quelque chose qu’ils ne peuvent pas maîtriser. L’espèce humaine a dominé la planète au fil des siècles, je le sais, je l’ai lu dans plein de livres d’histoire. Il a mené des guerres et des combats, des recherches, fait des découvertes, il a changé le monde, il l’a modelé pour lui. Il a inventé, défait ce qui existait et reconstruit sur des poussières la civilisation à son image. Il s’est emparé de la nature, du vivant, il l’a utilisé au gré de ses besoins, égoïstement. Mais il n’a pas appris à dominer la mort. Il sait la retarder. L’éviter. La prévoir, parfois. Mais quand la Mort veut venir, elle viendra.

Elle viendra et elle se fichera bien de notre vie. Qu’elle soit inachevée, à peine entamée. Elle viendra. Sans être toujours juste. Sans se poser des questions. Elle viendra, prendra celui qu’elle voulait au-creux de ses bras et l’emmènera dans un endroit. Quelque part. Dans un champs perdu au-milieu de tout, au-dessus du ciel.

Il faut croire que la mort n’a pas voulu de moi.
Parce que quand j’ai ouvert les yeux, j’étais à l’hôpital, en soins intensifs, des bandages aux poignets et le ronronnement des moteurs faisant saigner mes tympans. Honnêtement, je sais pas si je suis content d’être en vie.

Peut-être un peu.
Peut-être beaucoup.
Ou pas du tout. Pas contente, je suis pas contente. Il faut que tu disparaisses, allez. PAS CONTENTE. Écoute, écoute, écoute. MEURS. Écoute-nous.

Quand j’ai laissé ma vie s’échapper, que je l’ai forcée à partir, j’étais décidé à en finir. À disparaître, comme j’ai disparu de ta vie. Et maintenant que je suis là, engoncé sous les couvertures, je ne sais pas quoi penser. Je soupire et j’entrouvre les yeux. Papa est assis sur la chaise en plastique bleu. Il a le dos éternellement voûté et ses cheveux noirs tombent en rideaux devant son visage. Je regarde la grenouille sur le carrelage blanc. Je suis presque certain qu’elle n’appartient qu’à ma réalité parce qu’il y a marqué « fuck » sur sa peau.

« Papa, pleure pas. »

Il relève la tête.
C’est fou comme on se ressemble.
C’est ce que tu disais souvent quand tu nous mettais l’un à côté de l’autre pour nous embrasser chacun notre tour, lui sur les lèvres, moi sur le front ou sur la joue. Et c’est vrai qu’on se ressemble, j’ai ses origines sur, sous l’épiderme. Et j’aime lui ressembler.

« Lullaby… »

Il y a quelque chose qui m’irrite, qui me fait mal dans la gorge.
Je ferme les yeux et je pose le front contre son torse. Il murmure mon prénom. Lullaby. C’est toi qui l’a choisi. J’étais ton songe. J’étais l’achèvement ultime de la partition que tu composais jour après jour avec papa et qui sonnait faux aux oreilles de tout le monde, sauf aux vôtres.

« Pleure pas. Je suis désolé. »

Menteur.Vilain menteur. Oh, vilain vilain.

Je me fige.
Non, je ne suis pas un menteur. Je suis vraiment désolé d’avoir inquiété papa parce que je sais qu’il ne le mérite pas. Qu’il a déjà trop à penser et qu’il est rongé par ses maux d’adulte. Des choses qui me dépassent, que je ne suis pas certain de vouloir comprendre parce que c’est effrayant de grandir. Les gens changent quand vous n’êtes plus un enfant. Le monde change. Il est plus à vif, plus douloureux et moi je l’aime pas. J’aime sa douceur qui m’enveloppe et me protège.

« Maman est venue ? »
« Je suis désolé, Lullaby. »

Petit con, tu sais très bien que ta mère se fout de toi.Oh oui, elle se fout de toi. Elle ne t’aime pas mais nous t’AIMONS. Ha, ha, ha. La, la, la. Oh, OUI. NOUS T’AIMONS.  Même si tu ne vaux rien.
Je sais que tu viendras.
Je veux y croire.
Alors j’y crois.

Papa reste immobile et silencieux, sourire crispé sur son visage émacié. Il sait pas quoi dire. Je sais même pas s’il sait quoi penser. Je cligne des yeux et j’attrape sa main. La mienne est presque plus grande que la sienne. J’enlace ses doigts. Je les serre fort, fort, très fort. Je lui montre que je suis là. Que je ne suis pas un fantôme. Que je l’abandonnerai plus jamais. On sera là, tous les deux. On fera face. Et les cicatrices qui ornent désormais mes poignets seront la preuve de cet engagement à chair et à sang.

« Sois pas triste. Je vais bien. »

Je ne sais pas si je suis content d’être en vie.
Mais je suis content que papa sois là.

« Souris. Tu sais que je t’aime et que t’es mon papa à moi. »

J’ai l’air profondément blasé.
Pourtant, je pense très fort ce que je dis.
Il sait. Et je sais que tu le sais aussi.

II.
MONSTER, HOW SHOULD I FEEL ?

Human - Tokio Myers, Emily Middlemas, RagNBone Man

Tu sais, la première fois, j’ai cru que j’étais cinglé.
C’est sûrement ce que tu penses. Tu l’as souvent murmuré du bout des lèvres, dans tes incessantes disputes avec papa.

Je m’en souviens.
Je m’en souviens, c’est un souvenir gravé en moi, qui revient souvent dans mes rêves, dans mes songes. Que j’accueille sans haine, ni plaisir. Simplement. Humblement. C’était dans la cour de l’école, l’année de mes quinze ans. J’étais avec Kenta, on allait rentrer en cours. J’entendais déjà des murmures à mes oreilles, des voix confuses et je mettais ça sur le compte de la fatigue.

Et la toute première fois, j’ai aussi mise Luce sur le compte de la fatigue.
J’étais là et elle me regardait.
Elle ne regardait que moi, comme si elle ne pouvait pas voir le reste du monde.
Elle n’avait pas l’air agressive. C’était une drôle de demoiselle. Carapace jaune luisante comme les bijoux trop lourds à tes oreilles et autour de tes poignets graciles. Deux énormes têtes multicolores et des myriades de paires de yeux en pierres précieuses, tout en rubis, saphir et onyx. Et quand les deux têtes ouvraient la bouche pour aspirer l’air, il y avait des centaines et des centaines de dents, comme des stalactites multicolores qui brillaient au fond de ses mâchoires.

Tu sais que j’aime lire. Dans ma chambre, les livres s’étalent sur tous les murs, soigneusement rangés par couleur. Ça part du noir, au violet, en passant par le rouge, le orange, le jaune, le gris, le blanc, le vert et le rose. Il y a des livres qui parlent d’amour, d’autres de malheur. Il ya des livres qui racontent des histoires policières, d’autres qui expliquent l’histoire, qui la modifient parfois à leur convenance. J’ai des bouquins sur les animaux passés, présents. Et aucun ne parlait de Luce.

Alors au début, tu sais, j’ai pensé que j’avais découvert une nouvelle espèce et même qu’on allait me remettre un prix pour cette découverte.

Je regardais Luce, elle me regardait.
Étrange face à face.

Elle ne sentait ni la terre humide, ni le sel marin. Elle ne sentait rien, en fait. Son prénom, Luce, m’est venu comme une évidence. Tout comme sa présence. Et je la fixais, fasciné, à chaque fois qu’elle se déplaçait, avançant vers moi et que ses griffes raclaient le sol, l’éraflant et l’éventrant presque par endroit.

Quand elle a ouvert la bouche pour me parler la première fois, j’ai pas compris. C’était aussi confus que les voix gémissantes dans ma tête. Et puis finalement, à force d’acharnement, j’ai fini par comprendre qu’elle n’arrêtait pas de hurler « aide-moi ». Et j’ai eu peur.

Mais tu vois, le pire. C’est qu’à aucun moment, j’ai pensé que ce que je voyais ne pouvait pas être réel. Que ce n’était pas possible. En réalité, c’était possible uniquement dans le monde qui était progressivement en train de se dessiner rien que pour moi.

Alors mon premier réflexe, quand Luce a disparu aussi brusquement qu’elle est apparu, ça a a été de demander à Kenta s’il avait vu ce que je venais de voir. Il a froncé les sourcils avant de sourire grassement et de confirmer qu’il avait bien remarqué que la nouvelle était jolie à regarder. Alors j’ai levé les yeux au ciel et j’’ai compris qu’il n’avait pas vu ce que je venais de voir.

Mais moi, j’en étais persuadé.
Alors j’ai mis ça sur le compte de la fatigue et je me suis demandé si Luce me rendrait visite à chaque fois que les heures crèveraient en nuits blanches sous mes paupières. Parce que ça ne pouvait être que ça. La fatigue. Qu’est-ce que tu voulais que j’imagine d’autre ?

Le soir, en rentrant, je ne t’en ai pas parlé. Je me suis contenté d’embrasser ta joue comme tous les autres jours et j’ai soigneusement omis de te parler de Luce, préférant te raconter les exploits de Kenta en attendant que papa rentre de son magasin de musique. Je me demande ce qui ce serait passé, si je te l’avais dit.

Est-ce que tu aurais eu peur de moi ?
Est-ce que tu m’aurais flatté la tête en me traitant de sacré bon comédien.
Est-ce que, est-ce que, est-ce que. J’ai des noeuds dans la tête, je me pose trop de questions.

Je me demande si ça aurait changé quelque chose à notre relation. Papa dit que je me prends trop la tête, que ça ne sert à rien de refaire le monde avec des et si. Il me cite souvent les mêmes mots « si la pluie veut tomber, elle tombera, même en été » je crois que ça vient d’une chanson. Ou d’un livre. Et c’est sa façon de me faire comprendre, avec ses mots, que ce qui doit arriver arrivera. Que ça sert à rien d’imaginer d’autres scénarios. Mais je ne peux pas m’empêcher d’y penser. Moi, je suis un rêveur. Aïe, je suis tellement high, je me suis cogné la tête contre une étoile.

J’aime le monde.
Mais j’aime inventer d’autres mondes. J’invente du bonheur, j’invente ce qui me plaît, je réécris l’histoire moi aussi. J’aime tisser mes vérités au jour le jour, au gré de mes humeurs et convenances. Et dans ce monde, je sais que tu m’aimes parce que je l’ai décidé.

Même si aujourd’hui, c’est le quatrième jour que je suis à l’hôpital et que le docteur m’a informé que j’allais quitter les soins intensifs et être transféré en psychiatrie.

Et que tu n’es toujours pas venue me rendre visite.
Tu dois être occupée.
Tu as toujours été occupée.
Ton cauchemar, c’est l’inactivité. T’es toujours en mouvement. Tu bouges, tu danses, tu sautes, tu t’échines au travail. Travail qui change, qui varie selon tes humeurs et les mois, les situations. T’as fait des études en art. Et ça se voit, que t’es une artiste. T’as quelque chose d’aérien. Fugitif. Imperceptible. T’es comme un fragile éclat de lumière, un morceau de soleil, une goutte, une larme de lune. T’existes qu’à moitié, on peut te toucher sans jamais te posséder.

Mais j’espère quand même que tu viendras me voir le cinquième jour.


III.
WHAT’S IN YOUR HEAD ?

Sick of losing my soulmates - Dodie

Tu te souviens d’Ayumi ? Oh oui, Ayumi chérie. Inutile. Faible. Stupide. Comme toi. Comme toi, ha, ha. Mais tout va BIEN. Je suis là. Oui, oui, tout va bien. Je suis là. Cesse, cesse, je suis LÀ.
Sûrement. C’était ma meilleure amie.

Tous les trois, nous avons passé des week-ends entier ensemble, dans notre petit jardin coupé droit, carré ou dans les rues bondées et polluées de la ville. On révisait ensemble et tu nous frappais la tête quand on se trompait dans les réponses. Entre deux révisions, tu nous apportais à manger et quand il faisait chaud, t’aimais bien nous renverser de l’eau sur la tête. Ça faisait rire Ayumi et quand elle riait, on voyait parfaitement sa dentition, scindée en deux par le fameux chemin du bonheur. Et c’est vrai qu’elle était heureuse, Ayumi. Elle avait le pas léger, sautillant, les yeux rieurs.

Elle était légère.
Réservée, plus que timide.

Je l’avais rencontrée à la rentrée, l’année de mes 8 ans. J’étais sur le point de me désintégrer sur place, mort de trouille et je transpirais dans mon uniforme. Je me souviens de ses couettes hautes caressant mon visage, de sa main glissée dans la mienne et de son sourire de géant. Au fil des jours, elle s’est imposée à moi comme une évidence. On a grandi ensemble. Je l’ai regardée devenir chaque jour un peu plus jolie. Une beauté timide et qui s’ignore. Discrète. Et pourtant si évidente, quand on y regarde d’assez près. Ayumi me manque.

Tu sais qu’elle me manque.
Je te l’ai souvent dit, je m’en suis souvent plaint et papa m’a régulièrement proposé de reprendre contact avec elle. Sauf que j’ose pas. Il y a comme une boule d’angoisse qui se loge dans mes entrailles et dans ma gorge, un magma visqueux qui m’enlise et qui m’empêche d’aller au bout de la démarche. Je me demande si Ayumi a reçu la lettre. Elle rêve de mariage. Elle a grandi bien dans le rang, comme tu aimes si bien le dire. Quand j’étais un peu plus jeune, je rêvais de me retrouver marié à elle. Pas parce que j’étais amoureux mais parce que je savais que ce serait simple entre nous. Évident. Et elle aussi, voulait que l’Incontestable nous marie. Délire de gosse. Connerie d’enfance.

Je me demande si elle se souvient de ce désir.
S’il est resté intact.

Peut-être qu’un jour, je croiserai Ayumi dans la rue. Elle me sourira. Je lui sourirai. Nous nous sourirons. Et tout reprendra là où nous avons tout cessé.

*

J’ai toujours été léger, insouciant.
Tu me le disais en riant. Maintenant, quand tu me parles, c’est comme si tu crachais ces mots. Ils me brûlent et à chaque fois, mes joues me chauffent.

Et parce que j’ai toujours été léger et insouciant, j’avais tendance à ne pas faire attention à moi, même aux autres. Et puis, progressivement, je me suis mis à vérifier cinq, dix fois si j’avais bien fermé la porte avant de partir. À me retourner sans arrêt dans la rue, persuadé que quelqu’un me suivait pour m’enlever dans une autre dimension. L’impression permanente d’être épié, Truman Show grandeur nature. Et ça t’a étonnée, quand tu m’as trouvé un soir, courbé, presque plié en deux sous une chaise, observant par la fenêtre avec des jumelles. T’as cru que je jouais la comédie, quand je t’ai dit que je m’assurais que les reptiliens ne s’attaquaient pas à nous. Tu m’as flatté le crâne et t’as dit de ta voix empruntée directement aux anges que j’étais un sacré numéro.

Pourtant, je te jure, si t’avais pu sentir la peur qui se glissait sous ma peau et qui hurlait furieusement dans mes veines, tu aurais compris que j’étais malheureusement, on ne peut plus sérieux et effrayé par le monde qui devenait dangereux, corrosif, tranchant.

Et en plus des murmures, rires, hurlements et supplications hasardeux qui ricochaient contre les murs de mon âme, de ma crâne, il y a eu Basil. La mouche. Son bourdonnement incessant à mes oreilles. Les premières fois, je me suis cogné la tête contre les murs en lui criant de sortir de mon esprit. Mais Basil ne l’a pas fait. Elle s’est installée un peu plus confortablement, s’est planquée dans mes abysses internes et n’en est jamais ressortie. Même quand elle reste silencieuse, je la sens, je la ressens. Elle ne s’absente jamais bien longtemps. Je ne sais jamais quand elle va revenir, mais je sais qu’elle ne s’en va jamais définitivement. Je suis, je suis là, cachée, pas cachée. Oh oui, nous sommes bien cachés. Je suis CACHÉE. TU ES CACHÉ. Oui, CACHE-TOI. Personne ne veut de toi.

Basil m’aime trop pour partir.
Elle m’aime, même plus que toi.
Elle m’aime alors que je la déteste.

Basil vibre dans mon crâne. C’est une mouche. Et elle bourdonne, toujours, flot incessant. Elle me dit toujours que je suis insignifiant, inutile, faible, stupide.

Et c’est à cause d’elle que j’ai perdu Ayumi.

Ça a commencé un soir, alors que je raccompagnais Ayumi devant chez elle comme tous les autres. Elle m’a souri en me souhaitant une bonne soirée. Et puis, sans crier garde, Basil m’a susurré, doucereuse : regarde, son sourire. Regarde comme il sonne faux. Elle te ment. Tu vois bien qu’elle te ment. ELLE MENT. Parce que personne ne veut de toi. Ah, ah, ah !

Et puis les autres jours, à n’importe quel mot, geste d’Ayumi.

Qu’est-ce qu’elle est fausse.
Elle t’abandonnera un jour. Oh oui, un jour, un jour.
Elle s’en fout de toi, tu es insignifiant.
Mais quelle hypocrite.
Oh oui, hypocrite, hypocrite. MEURS, MEURS, DISPARAIS.
Elle t’aime pas Lullaby, personne ne t’aime.
Elle t’utilise.
Imbécile, elle t’utilise.


Et j’ai lutté, putain.
Je te jure que j’ai lutté.

J’ai pleuré. Je me suis bouché les oreilles. Je me suis battu, débattu, prisonnier d’une réalité qui m’emprisonne, qui m’enferme et qui me coupe trop souvent du reste du monde. Mais Basil n’a fait que hurler plus fort, jusqu’à me refiler des maux de tête à n’en plus finir. Elle était tellement souvent là. Elle avait des mots qui, ont fini par sonner juste, je ne sais pas pourquoi, je ne l’explique pas. Alors un soir, j’ai dit à Ayumi que je ne voulais plus la voir.

Et je regrette chaque jour.
Je me souviens, de l’incompréhension gravant son visage poupon. De ses larmes.
De Basil : regarde comme elle joue la comédie ! Ridicule. Ne me dis pas que tu la crois. À tous les coups, elle aussi c’est une reptilienne. Allez, chasse-la. Qu’elle parte, vite, loin. Vite, vite, CHASSE-LÀ. LOIN, LOIN.

Alors je lui ai tourné le dos.
J’ai coupé les ponts avec la seule personne qui peut-être, aurait pu m’aider à l’époque, à mettre des mots sur mes maux. Parce que j’osais en parler à personne. Que je voulais pas qu’on me traite de cinglé. Que j’arrivais à gérer. A peu près. Pas du tout. Pour être honnête, c’était en train de me bouffer de l’intérieur.

De toute façon, tu ne manques pas à Ayumi. Regarde-toi, t’es pathétique. La prochaine fois que tu veux te suicider, fais ça convenablement. Maman a raison, tu es un incapable. Écoute-nous, incapable.

Je sais que tu viendras.
C’est que le huitième jour.

IV.
ZOMBIE

Wake Up - NF

Je savais que le mensonge ne tenait qu’à un fil.
Que j’étais à l’équilibre, dangereux funambule.

C’est cet évènement qui a déclenché tous les autres, véritable château de cartes. Une journée comme les autres, enfin, plus exactement comme les autres depuis la disparition d’Ayumi dans ma vie. Parfois, je sentais son regard triste, désespéré, se poser sur moi et parfois, je pensais même l’entendre me parler, me supplier de l’écouter. Aujourd’hui, je ne sais toujours pas si ses supplications appartiennent à la réalité ou ma réalité. Elle est là toute la difficulté.

Je ne me souviens plus du cours. Peut-être que c’était un cours de math. J’étais assis. Je travaillais, à moitié. Je rêvassais, beaucoup. Je pensais au monde, à ses secrets insaisissables. À la danse. Au dessin. À toutes mes passions. Beaucoup plus intéressantes que ces heures passées sur une chaise à écouter sans rêver. Je rêvassais, tout en me méfiant de la fille devant moi, parce que j’étais persuadé que c’était une reptilienne et une platiste.

Je regardais par la fenêtre, attiré par les rires de plusieurs filles sur le trottoir quand la soupçonnée reptilienne s’est tournée vers moi, faisant voler ses longs cheveux bleus, et m’a craché au visage : « de toute façon, t’es qu’un pauvre con, tu méritais pas Ayumi. Regarde comme elle est malheureuse à cause de toi. J’espère que tout ça va te retomber sur la gueule. »

J’avais souvent été de mauvaise humeur. Pour des broutilles et des bricoles. Mais jamais, je n’avais ressenti cette colère froide et coulante. Celle qu’on lit dans les livres avec des personnages en colère et trop écorchés par la vie. Et pourtant, c’était cette même colère qui se déversait dans mes veines, qui venait faire battre mon coeur plus vite, encore plus vite, trop vite. Écoute, je saurai pas l’expliquer. Ça c’est passé trop vite. J’étais dégoûté, blessé.

Pourquoi elle me parlait ? Pourquoi elle était si méchante ? Pourquoi elle me dédaignait comme ça ? Je ne lui avais jamais rien fait, c’était injuste ! J’ai pas réfléchi, j’ai attrapé ma paire de ciseaux, j’ai bondi hors de ma chaise et j’ai tiré ses cheveux, les coupant furieusement. J’ai regardé les mèches bleues tourbillonner dans les airs et mourir au sol dans un soupir comme des feuilles mortes. Je soufflais comme un boeuf, la main tremblante et les doigts serrés, agrippés aux ciseaux. Et tout le monde me regardait. Il y avait quelque chose dans leur regard.

De la peur.
Mais surtout, de la moquerie.

Et la fille pleurait, me fixait, terrifiée.
Et je me suis désintégré sur place. Pétrifié.

*

Quand tu as appris que j’avais coupé les cheveux d’une élève de la classe, ça a été un drame. Notre première catastrophe familiale. Ce soir là, tu as beaucoup crié, papa aussi. Et moi, j’étais recroquevillé dans un coin en vous suppliant d’arrêter de hurler. Je me balançais lentement d’avant en arrière, les paumes plaquées contre les oreilles et vous, vous me disiez d’affronter la réalité.

La réalité qui m’échappait, putain.

Après une longue dispute, j’ai fini par disparaître dans ma chambre. Je me suis roulé en boule, sur le lit, j’ai serré ma tortue en peluche contre moi et j’ai prié pour me faire tout petit petit petit, quitte à disparaître. J’aurai aimé que ça marche. Après ça, je vous ai encore entendu dans le salon. Vous parliez vite et un peu fort. J’étais au coeur du sujet, du débat. Je vous entendais, dire que j’avais changé. Et c’est vrai que j’avais changé ces derniers mois. Mais je ne pouvais pas me l’expliquer. Alors vous l’expliquer, c’était impossible.

Le lendemain matin, papa est venu frapper timidement à ma porte. J’ai hésité et j’ai fini par le laisser entrer. J’avais pas dormi de la nuit et des cernes à la place des yeux. Il s’est installé au bord de mon lit, m’a caressé la jambe et m’a dit que ça ne servait à rien de rester fâché. Quand la pluie veut tomber, elle tombe même en été. Alors je me suis jeté dans ses bras en lui hurlant presque que j’étais désolé et il m’a flatté le dos en m’assurant qu’il savait que le Lullaby qu’il connaissait n’aurait jamais coupé les cheveux d’une fille sans raison.

Mais pour toi, ça a été beaucoup plus difficile à encaisser. T’as continué à m’en vouloir, même si tu m’aimais encore. C’est parce que je t’ai foutu la honte. Personne n’aime avoir honte. Je crois. Je pense. Je suppose. Je ne veux plus rien affirmer, si ce n’est que je t’aime. C’est une vérité intemporelle, inconditionnelle, qui traversera les âges, les siècles, les temps et les époques.

Peut-être que j’aurai dû sauter sur l’occasion. Vous raconter les cauchemars qui me hantaient, les délires qui commençaient à me pourrir de l’intérieur, mais j’ai pas osé. Alors j’ai inventé. J’ai menti. J’ai dit que je ne savais pas pourquoi j’avais coupé les cheveux de cette fille. J’ai plaidé une impulsion, un coup de folie. En tout cas, ça m’a rendu un renvoi de l’école.

Et c’est là que j’ai lu la déception dans tes yeux.
C’était la première fois que je te décevais. Et ça m’a fait quelque chose. Une douleur sourde et profonde. Quelque chose qui a implosé en moi, qui a formé comme un cratère sur mon coeur.

Papa a soupiré. Je sais qu’il a été déçu. Mais il m’a quand même pris par la main en me disant que ça allait aller. Qu’on me trouverait une autre école et que tout rentrerait dans l’ordre. Mais pour la première fois, j’ai senti notre famille tanguer, sombrer dans des eaux noires et profondes.

Nous étions naufragés.

En même temps, tu fous tout en l’air.
Retourne te cacher, disparais. OH, REGARDE INCAPABLE, TU AS MIS TON PULL À L’ENVERS. Tu ne vaux rien, rien,  rien, RIEN.


« Maman n’est pas venue ? »
« Non, Lullaby. » Papa hausse les épaules.

C’est mon dixième jour en psychiatrie et je n’aime pas le thérapeute. Je suis sûr qu’il est reptilien. J’espère que tu vas venir demain. Tu commences à me manquer.

V.
YOU’RE SPECIAL

ZombIe - Missio

J’étais stressé ce jour là et je transpirais dans mon bel uniforme.
Papa et toi m’aviez trouvé une nouvelle école, qui avait voulu de moi malgré mon écart de conduite. Vous étiez fiers et t’avais l’air un peu soulagée, enfin persuadée que tout allait rentrer dans l’ordre dans notre jolie petite famille. Moi aussi, j’y ai cru. Très fort. De toutes mes forces.

J’avais tressé mes cheveux noirs et tu m’y avais aidé. Ça faisait longtemps que tu ne t’étais pas occupée de moi. J’étais heureux. Heureux et terriblement angoissé à l’idée de faire ma rentrée en pleine année dans une toute nouvelle école. Avoir quinze ans ne m’empêchait pas d’être timide et de sentir le sol se dérober sous mes pieds à chaque fois qu’il me fallait parler à des inconnus. Mais j’ai pris sur moi. Pour toi. En l’honneur de ton sourire empli de fierté quand tu as passé tes doigts dans ma natte en me souhaitant une bonne journée.

Alors je me suis rendu à l’école. J’ai fait ma rentrée. En me martelant de me fondre dans la masse. De faire abstraction des voix dans ma tête, des choses que je voyais parfois et que les autres ne semblaient pas remarquer. Un tank de guerre en plein milieu de la cour. Un dinosaure dans la rue. Des papillons dans toute la classe. Autant d’images et de visions qui se dessinaient devant mes yeux et qui restaient invisible aux autres.

Privilège.
Malédiction.
J’avais pas encore tranché.
Si j’avais eu quelques années de moins, j’aurai pu croire que j’étais un sorcier, un élu, que j’avais des pouvoirs magiques et que j’allais vivre des aventures folles dans un monde imaginaire. Mais je savais que ce n’était pas le cas. Même si j’aurai aimé que ce le soit. Tout, plutôt que la réalité.

Tout, plutôt que te perdre.

J’ai passé une semaine sans faire de vague.
Et puis, j’ai pas pu me contrôler. J’ai paniqué. En plein cours. Je me suis glissé sous la table en répétant que les nazis allaient nous attaquer et tous nous tuer. Je criais. Je transpirais. Je hurlais. Et la prof n’arrivait pas à me calmer, même si elle avait une voix douce et mélodieuse qui aurait pu apaiser un soldat blessé sur le point de mourir et cherchant un peu de réconfort après avoir connu l’horreur pendant si longtemps.

Alors l’école a été contrainte de vous appeler, toi et papa. C’est papa qui est arrivé en premier parce que le magasin de musique où il travaillait n’était pas loin. Il m’a pris par la main puis dans ses bras et même en reconnaissant son odeur, j’ai mis du temps avant de revenir dans notre réalité. J’avais le coeur qui battait vite, trop vite. J’avais peur. Je transpirais, ma jolie natte à moitié défaite et des mèches folles plaquées contre mon front luisant d’une épaisse couche de sueur. Les autres élèves me regardaient avec un mélange de compassion et Basil ricanait dans ma tête en bourdonnant furieusement, visiblement satisfait de me voir dans cet état de désarroi.

Papa m’avait ramené à la maison, allongé sur le canapé avec une couverture doudou. Je m’étais endormi mais quand tu es arrivée en furie, faisant claquer tes talons sur le sol, je me suis réveillé. Mais j’ai fait semblant de dormir parce que je savais que vous alliez parler de moi et je voulais savoir ce que vous alliez dire. J’avais peur que tu sois de nouveau fâchée parce que j’avais fait de mon mieux pour ne pas vous décevoir, papa et toi. Je voulais que vous soyez fier de moi. Que vous puissiez clamer « c’est notre fils » sans avoir honte.

J’ai échoué.
Tellement échoué.

Parce que tu es un échec.

Tu vois, il y a des choses dont je n’ai plus souvenir.
La première dent que j’ai perdue. Mes premiers mots. Ma naissance. J’ai oublié une multitude de premières fois. Mes premières années de vie n’existent que parce que vous me les avez racontées et peut-être que vous me mentez après tout, qu’est-ce que j’en sais. Il y a des choses planquées dans les placards de ma mémoire, d’autres que j’ai volontairement foutu au tiroir. Mais la conversation qui a suivi ton retour à la maison, je pourrais la réciter mot pour mot.

Parce que c’est à partir de là que tout a dégringolé.
J’étais allongé dans le canapé et je faisais semblant de dormir.

« Il dort. »
« Merde, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Je crois qu’il a fait un genre de crise de panique. »
« Il déraille en ce moment. »
« C’est un ado. Il doit être un peu perturbé. »
« Je te rappelle qu’il a coupé les cheveux de cette fille ! Pauvre gosse. »

(Là, j’avais eu un pincement au coeur et je me suis battu pour empêcher une larme de rouler sur ma joue et mourir dans mon cou.)

« Je suis pas rassurée. C’est notre fils et il va mal. »
« Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? »
« Je pense qu’on devrait prendre rendez-vous avec un psychologue. La situation nous dépasse. »
« Si Lullaby est d’accord. On ne peut pas lui imposer ça. »

Alors le lendemain matin, vous êtes venus me trouver. Papa était adossé au chambranle de la porte, mal à l’aise et maman était assise sur mon lit, les jambes croisées. Je savais déjà ce que vous alliez me demandé et je savais déjà ce que j’allais répondre, mais j’ai attendu. Je vous ai laissé venir.

*

Be Somebody - TFK

Le psychologue avait la trentaine, des épaisses lunettes, des piercings et un tatouage qui dépassait du col de son t-shirt et remontait le long de son cou, enserrant sa gorge. Il était pas comme les psychologues dans les livres, vieux et fatigués, ennuyants et soporifiques. Il y avait quelque chose de doux qui se dégageait de lui, de ses yeux dorés. J’aurai presque pu me sentir à l’aise avec lui, si j’étais pas terriblement angoissé au-point de sentir mon estomac se retourner et menacer de renvoyer sur la table le contenu de mon repas.

Lui et moi, on a beaucoup parlé ensemble et j’étais un peu méfiant parce que je me demandais s’il n’était pas un reptilien lui aussi. Alors je suis resté sur mes gardes, la première demi-heure. Les bras croisés contre mon torse, la bouche pincée, les yeux vissés sur le mur, tout plutôt que le regarder lui. C’était ridicule comme comportement, je sais. Mais j’avais peur de ce qu’il pouvait lire de moi. Des fêlures qui striaient ma grande carcasse et qu’il pouvait voir en fouillant un peu. Après tout, c’était par là que le Trouble s’était invité.

Par une minuscule faille, là où ma lumière disparaît.

Et puis, j’ai pleuré.
J’ai craqué.
J’ai crié.

J’en pouvais plus. Des voix. Des images que j’étais le seul à voir, qui me coupait du reste du monde De cette peur qui me crochetait le bide, qui me bouffait de l’intérieur, de tout ce qui était en train de me dévorer à petit feu, de m’arracher à moi-même. J’avais peur. Peur d’avoir changé. D’être devenu quelqu’un d’autre. D’avoir été puni par un Dieu cruel nommé Destin pour des péchés que j’ignorais et que je m’excusais d’avoir commis si tel était le cas.

J’ai pleuré jusqu’à ne plus avoir de larme.
J’a crié jusqu’à ne plus avoir de voix.
Je me suis réveillé comme l’océan qui dort, et qui se met subitement à gronder avant de se rendormir, profond et insondable. J’avais les poings serrés, le coeur en l’air, par terre. Et c’était… tellement libérateur. C’était comme si le poids des mensonges que je portais à mes chevilles d’enfant s’amenuisait, s’effaçait.

Je lui ai parlé de Basil, même si elle m’a hurlé de me taire. Elle voulait rester mon secret. Une ombre dans ma propre pénombre, me contrôler en silence, en dedans, en cachette sans que je ne puisse le dire à personne.

Je lui ai parlé des murmures et des bourdonnements. De la peur qui me déchiquetait le ventre parfois, qui me poussait à me mettre en danger, me méfier des autres et même de moi.

Je lui ai parlé du dinosaure que j’avais aperçu à la fenêtre, de la pluie de frelons qui m’était tombée dessus quand je rentrais des cours un soir d’hiver.

*

Un psychologue, deux psychiatres plus tard, le diagnostic est tombé.
Sec, impitoyable.
Et c’est comme ça que j’ai compris que la fille à qui j’ai coupé les cheveux ne m’avait jamais parlé. Que ce n’était que dans ma tête.

Et tu n’as pas accepté.
Tu ne m’as même pas laissé une chance. Tu as décidé que je n’en valais plus la peine et tu m’as abandonné sur le trottoir, tu m’as laissé muet et désoeuvré, étalé sur le sol comme une étoile démembrée.

Tu voulais pas d’un cinglé.
C’est ce que tu as hurlé ce soir là.

« Les gens vont nous juger, putain ! C'est un putain de cinglé !»
« Les gens nous jugent tout le temps, Kana. C’est ton fils, ne le laisse pas. »

Mais tu m’as quand même laissé.

Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé. Cinglé.

C’est ce que Basil n’a pas arrêté de chantonner ce soir et celui d’après.

Le temps a passé.
Je me suis effacé.
Je me suis effacé comme un château sur le sable, un vieux tag sur un muret, une poussière sur une vitre, une trace de rouge à lèvres sur un cou exultant de vie, une fleur abandonnée dans la craquelure du bitume. Je me suis effacé jusqu’à devenir invisible. Je suis devenu un silence. Une parenthèse. Tu t’es mise à me regarder sans me voir. Me parler sans même m’écouter.

Et j’ai eu l’impression de mourir.
De mourir sans toi.

S’il te plaît, aime-moi. Aime-moi. Aime-moi. Aime-moi. Aime-moi. Parce que je t’aime. Je t’aime si fort que ça me fait mal, ça me brûle, ça me démange, ça me gratte, ça m’irrite. Je ferai des efforts, si tu m’aimes à nouveau.

J’ai besoin de toi maman, tu sais.
Et c’est le treizième jour. S’il te plaît, viens demain, la vie est triste et bien plus fade quand tu n’es pas là.

VI.
TIME OF DYING

Get out alive - Three Days Grace

C’est comme ça que les premières pensées suicidaires sont apparues et se sont logées au côté de Basil.

Et plus les jours passaient, plus elles étaient fortes et envahissantes. Étouffantes, comme des lianes grimpantes, qui s’étendaient de mon pied jusque mon coeur, ma gorge. Je me demandais qu’elle était la meilleure façon de disparaître, de cesser d’être un poids pour toi. La pendaison. Ou se bien se tailler les veines dans la baignoire, laisser l’eau rougir à la couleur de nos mensonges, de nos secrets, de toutes ces actions regrettées ou de celles qu’on aurait aimé avoir. La solution la plus simple sinon, se tirer une balle. Net, précis. Pas le temps de souffrir, si tant est qu’on sait viser ou qu’on n‘est pas atteint de la maladie de Parkinson. Ou bien finir en overdose, façon star de groupe de metal qui tourne mal. Se jeter du haut d’un toit, se sentir libre et voler, juste une seconde, pouvoir sentir le vent dans ses cheveux, cette sensation de liberté. Et l’avantage, c’est que la chute ne peut pas faire mal puisqu’elle est éternelle. Sinon, l’immolation. Laisser les flammes nous recouvrir dans un voile noire. Se planter un couteau dans le ventre et regarder la vie partir à grands bouillons, dans des tourbillons d’amertumes et de haines trop bien ancrées et depuis trop d’années. Bref. Il existe des tonnes de façon de mettre fin à ses jours. Et plus le temps passait, plus je me disais que c’était la solution la plus pertinente. J’en étais arrivé à un point où je fantasmais sur les couteaux de la cuisine, rêvant de la sensation qu’ils me feraient si je les enfonçais dans ma chair.

J’ai enchaîné les rencontres avec des psychologues, des psychiatres, sans jamais parvenir à nouer une relation d’entente avec l’un d’entre eux. Mon seul réconfort, ça a été le traitement que je m’échine à prendre même s’il m’énerve et que je n’aime pas à avaler les médicaments, surtout les gélules parce que elles restent coincées dans ma gorge et à chaque fois j’ai l’impression de vomir.

Mais je le prenais parce que les psychiatres promettaient que les symptômes s’atténueraient, même s’ils ne disparaîtraient jamais totalement. Et ils ont eu raison. Avec les semaines, et de la patience, j’ai pu percevoir la différence. Il y avait encore des voix. Des hallucinations visuelles, auditives. Mais c’était moins étouffant qu’avant. NON, NON. Ne prends pas ces pilules. ELLES TE VEULENT DU MAL. ELLES VONT TE TUER. Bon sang Lullaby ! TU SENS MAUVAIS.

Mais ce n’est pas pour autant que tu as recommencé à me voir.
Tu as continué à me regarder comme si je n’existais pas vraiment, que j’étais un poids, un déchet humain à jeter sur le bord de la route, un truc en trop et dont tu n’avais jamais vraiment voulu.

J’ai tout fait pour que tu sois fière de moi.
Je me suis heurté à ton silence. Si fort. Ça m’a brisé de l’intérieur, ça a cassé mon petit coeur. Je l’ai réparé tout seul avec du fil doré. Et t’as continué à marcher dessus, sans considération.

*

Mais bizarrement, avoir enfin un mot à mettre sur mes maux, ça m’a libéré. J’étais plus complètement taré. Les psy me comprenaient. Je pouvais leur expliquer ce que je ressentais au quotidien. Et c’est comme ça que j’ai pu apprendre à affronter le monde, de nouveau.

Papa m’a trouvé une nouvelle école. Les médicaments atténuaient suffisamment les symptômes pour que je puisse suivre les cours à peu près normalement, sans encombre. J’ai même réussi à me faire des amis, pour la première fois depuis longtemps.

Ça m’a fait du bien.
Je me suis senti humain.
Et ça, tu vois, ça n’a pas de prix.

Les gens me souriaient, je leur souriais en retour. Je ne leur ai pas parlé de ma maladie. J’avais peur qu’ils soient différents. Qu’ils me regardent différemment. Avec de la pitié, de la peur, ou du dégoût. Parce que tu vois maman, je suis comme toi. Je suis un putain d’humain. Je suis de la peau, des os, des muscles, de la respiration, des doutes, des actions bonnes ou mauvaises. Je suis ni plus ni moins qu’un putain d’être humain et parfois, j’ai l’impression qu’on remet en cause cet état de fait. Si tu savais comme ça me fait mal, que tu ne me vois plus comme ça.

À l’école, j’ai jamais retrouvé une Ayumi.
J’ai jamais osé trop m’attacher même si fatalement, j’aime trop et trop fort. J’ai essayé d’ériger des défenses autour de mon coeur et de mon être. Pour protéger les autres de mes nuances, des mots crades, sales, qui peuvent niquer une vie et qui bourdonnent dans mon oreille, la faute à Basil. Elle est là sans être là. Elle me murmure encore des phrases qui m’écorchent et me tranchent comme des milliers de morceaux de verre. Elle a perdu en ampleur, en fréquence, pas en puissance. J’aimerais que Basil disparaisse. J’aimerais l’éclater contre un des murs de mon crâne, mais je n’y arrive pas, les médicaments n’y arrivent pas, les thérapies non plus et je me demande si un jour, elle cessera de me hanter, de répéter les mots que tu me craches. Je me demande si un jour, je serai plus fort qu’elle et quelque part, j’y crois. Non, non jamais, je suis là, je suis bien, je reste.

J’y crois parce que tu sais, j’aime croire. Peut-être que je me trompe. Peut-être que j’ai tort. Mais j’aime croire. J’aime l’espoir. J’ai peur de ce qui se cache derrière, j’ai peur de voir le monde sans y croire. Et je sais que si je laisse Basil gagner, que j’apprends à vivre les yeux ouverts, je cesserai de croire et ça me fait peur. Je veux pas voir la saleté de ce monde que j’aime et que j’essaie d’apprivoiser de jour en jour. Je veux continuer à le rêver en dentelles et en velours même si fatalement, je me goure un peu.

Maman, c’est le quinzième jour. Je vois plus souvent les infirmières et les thérapeutes que toi.

Est-ce que tu viendras demain ?
S’il te plaît, viens demain.

VI.
THERAPY SESSION

Never Too Late - Accoustic

Et puis, j’ai rencontré Madame Hoshino.  
Nouvelle psychiatre, nouveau défi.

Je l’ai trouvée un peu bizarre et papa aussi. Madame Hoshino a un regard qui met mal à l’aise.  Mais elle a les mots, tu sais. Elle a réussi à me convaincre que ce n’était pas une reptilienne, alors je me suis ouvert à elle, j’ai laissé éclore mes pétales, elle ne m’a pas arraché au sol, elle m’a laissé m’épanouir sans me brusquer, sans me pousser et j’ai aimé ça.

Je me plaignais de ne pas réussir à différencier ma réalité et la réalité universelle. Elle a trouvé quelque chose pour m’aider à faire le tri, comprendre ce monde qui m’entourait. Elle m’a proposé de prendre en photos tout ce qui me paraissait invraisemblable, pour m’aider à réaliser que ça n’existait que dans ma tête et pas dans le monde extérieur. Au début, j’étais dubitatif mais j’ai quand même suivi papa dans un magasin pour acheter un bel appareil photo tout blanc.

Je te l’ai montré tout fier, tu m’as balayé d’un mouvement sec du poignet et d’un regard condescendant. Alors je suis retourné avec papa, on a lu la notice ensemble et j’ai commencé à mettre en place la thérapie proposée par Madame Hoshino.

Tous les soirs, j’observais les photos de la journée, je les imprimais et je les annotais soigneusement dans un album. La date, ce qui était représenté, ce que je pensais avoir vu. Et tous les mardis et vendredis, à chaque rendez-vous avec Madame Hoshino, je lui montrais l’album et elle acquiesçait, satisfaite, en me proposant des défis différents chaque jour. Pour pas que je me lasse. Mon appareil photo me quitte plus maintenant. Je l’ai toujours dans la main, autour du cou ou dans mon sac.

Les photos ne me mentent pas.
Elles ne peuvent pas me tromper.

Et tu sais, je me suis senti fort, grâce à ça.
L’impression d’avoir le dessus sur les hallucinations visuelles, même si les auditives ont toujours été plus fréquentes.

Je me sentais bien, même si caché quelque part entre deux pensées crades, l’envie de me mettre fin à mes jours ne me lâchait jamais totalement.

Pris au piège.
J’étais pris au piège.

*

All we do - Oh Wonder

Après six mois avec Madame Hoshino sans la soupçonner d’être une reptilienne, une platiste, une nazie ou une communiste en fuite, j’ai fini par prendre confiance en moi, même si toi, tu n’avais toujours pas confiance en moi. C’est pour ça qu’un jour, j’ai réuni mes quelques amis, ceux qui m’accompagnaient à la fin des cours et déjeunaient avec moi tous les midis. Et je leur ai dit. Qu’il y avait Basil dans ma tête, un monde qui me piégeait et que eux ne connaîtraient jamais.

Il y avait pas de la compassion dans leurs yeux. Juste de la compréhension. Et ça, ça a fait toute la différence.

Ils ont eu des mots, maman. Des jolis mots. J’ai eu chaud au coeur, j’ai cru qu’il allait brûler et exploser en cendres dans mes entrailles. L’impression d’être à sa place, ça n’a pas de prix. Sept milliards de terriens, sept milliards de vies. Le monde est une jungle sans foi ni loi où chacun lutte pour trouver sa place. Les plus faibles se font écrasés, les plus fort se marchent dessus. Dictature de l’individualisme, du crade, de la saleté, du désordre, de l’opulence, de la complaisance. Je me demande si toi aussi, t’as déjà eu l’impression de batailler sans but dans un monde où tout est perdu d’avance ? Parce que moi, avant de rencontrer Madame Hoshino, c’est ce que je ressentais. Ça prenait de l’ampleur en moi, lianes grimpantes qui s’enroulaient autour de mon coeur, de mon espoir, qui bouffaient toute ma lumière pour ne laisser que le silence, la nuit sans les étoiles et les ombres terrifiantes, celles qui font des cauchemars et des cernes sous les yeux.

*

C’est Kaori qui a eu l’idée.
Je griffonnais souvent sur ma tablette ou sur papier, elle regardait par-dessus mon épaule. Elle me disait que j’avais du talent, que je pouvais le mettre en profit, pour m’aider, et pour aider les autres à comprendre ma maladie qui est celle de tant d’autres. Nous sommes des milliers comme moi, piégés dans une autre réalité, qui nous dépasse, qui nous coupe du reste du monde, ce monde auquel on appartient, ou pas vraiment.

Alors j’ai commencé à dessiner mes hallucinations. Luce. Basil. La pluie de frelons. Les milliers de paires de yeux me fixant dans la salle de bains. La baleine. Le phoenix traversant le ciel. J’ai posté ça anonymement sur internet, en expliquant que c’était ce que je voyais.

Les gens ont aimé mon initiative. J’ai mon petit succès sur internet. J’aimerais que tu sois fière de moi, que tu suives ma page, que tu commentes mes photos, que tu me comprennes, que tu me ressentes. Et aussi, tout simplement, j’aimerais que tu me rendes visite.

Papa vient tous les deux jours et il reste… une bonne trentaine de chansons. Mais toi, tu viens pas. Je ne sais pas encore quand je pourrais sortir, mais je sais que tu viendras avant.

Peut-être demain ?






Lullaby Arizona
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Le plus beau. ♥︎
Autre: Ava par Syato.
posté
le Lun 3 Déc - 19:54
par Lullaby Arizona
Creature lie here


VII.
SONG OF THE SPARROW

Song of the sparrow - Say We Can Fly

Madame Hoshino a réalisé que j’aimais l’art.
Les photographies, souvenirs figés sur du papier glacé.
Le dessin, ou comment hurler au monde ce qu’on ressent sans s’embarrasser des mots. Le dessin est universel, il transcende les âges et les temps. L’art est là, depuis que l’humanité est là. Les fresques dans les grottes, les peintures murales, les gravures, les peintures. J’imagine pas ma vie, la vie sans art. J’ai besoin de l’art et Madame Hoshino l’a bien compris. Alors elle a orienté ma thérapie sur ce chemin-là. Je lui avais déjà raconté, au détour d’une discussion, que je pratiquais la danse contemporaine depuis mes six ans. Que j’aimais avoir l’impression de voler, m’envoler, quitter le sol, toutes les réalités, pour un instant intemporel.

Alors elle a proposé à mon prof de danse de m’aider à organiser des chorégraphies, pour mettre des mots sur mes maux et la première fois, j’ai dansé sur une chanson toute douce, une très vielle chanson de Dodie. Les gens étaient là pour m’applaudir, papa au premier rang, Kaori aussi. Il y avait même Ayumi au fond de la salle. Enfin je crois. Je suis certain de l’avoir vu, mais je n’avais pas mon appareil photo pour l’immortaliser alors peut-être que je l’ai rêvée.

J’aime à croire qu’elle était là.
Pour m’applaudir. Pour me voir.
C’est ma version des faits et elle est heureuse.

Mais toi, je sais que tu n’étais pas là. Je ne t’ai pas vu, je ne t’ai pas rêvée non plus.
Et ça m’a fait de la peine.
Beaucoup.
Mon p’tit coeur qui saignait fort, abondamment, j’ai bien cru qu’il allait mourir. C’aurait été bien, qu’il meure. J’aurai oublié ce que ça fait, de souffrir.

De me dire que tu n’es toujours pas là l’aube du vingtième jour.

IX.
WE REACH FOR THE SKY

One X - Three Days Grace

Après cette représentation, il y en a eu d’autres, sous l’oeil bienveillant de Kaori, Madame Hoshino et des profs de danse. J’étais doué. Tu me l’as dit plusieurs fois, quand j’étais petit et que tu venais voir mes spectacles de danse. Tu me disais que j’étais un drôle de moineau, ton oiseau préféré, que t’aimais me voir voler et moi, j’aimais quand tu étais fière de moi. Je pourrais décrocher la lune et éteindre les étoiles pour toi.

Et tu le sais très bien.

Il y a tant de fois où j’aurai aimé que tu sois là.
Surtout ce jour où j’ai gagné ce concours de danse contemporaine. Papa était fou dans la salle et il pleurait de joie. Il m’a serré tellement fort dans les bras, j’ai cru qu’il allait me briser pour me reconstituer parce que je suis comme un puzzle étalé sur le sol en mille morceaux de moi et si tu m’aimais comme papa m’aime, je suis sûr que je serai reconstitué.

Tu devrais voir comme je m’en sors bien, maintenant.
Quand j’ai mes périodes d’isolement, de renfermement, que je n’ai plus envie de rien, ni de dessiner, ni de danser, ni d’aller voir Madame Hoshino, ni d’aller au lycée, ni de me lever, ni de manger, ni de me laver, alors papa prépare un planning, minute par minute pour le lendemain. Il m’aide à instaurer une routine. Il s’use pour moi. Et comme mon traitement fonctionne bien et que Madame Hoshino a confiance en mes progrès, il y a peu, elle m’a proposé de trouver un petit boulot lycéen et j’ai accepté.

Papa était réticent, il avait peur que ça m’embrouille mais j’étais partant alors il a quand même cherché ce qui pourrait m’intéresser. Finalement, on a trouvé quelque chose. Bénévole dans un refuge animalier. Proche des gens, mais pas trop. Proche des animaux surtout parce que je suis certain que ça, tu t’en souviens, de mon amour affolant, étouffant, pour le vivant, le végétal, l’animal, pour la nature tout simplement.

Et j’aime ça, venir avec le vélo de papa après les cours pour m’occuper des chiens, des chats. Il y a tellement d’amour au fond de tous ces regards. Ça réchauffe le coeur. J’aime quand ma main se perd dans les poils des chiens, des chats, qu’ils me lèchent la main quand je leur donne à manger. J’aime voir les chiens partir en courant quand je les emmène en promenade.

J’aime les voir heureux comme j’aimerais te voir heureuse.
Un jour, la responsable du refuge a ramené un tout petit chaton blanc.
Elle m’a demandé comment je voulais l’appeler, j’ai choisi Lyre. Je m’y suis attaché, papa a fini par accepter de l’adopter et Madame Hoshino a approuvé. Il paraît que les animaux peuvent être utiles en thérapie. Moi je sais pas. J’aime Lyre, la douceur de son pelage, son doux ronronnement, et sa chaleur quand elle s’endort sur mes genoux quand je suis assis devant mon bureau.

Parfois, au boulot, c’est compliqué. Quand ma paranoïa est paroxysme, que je doute de tout et même des animaux. Mais je fais avec. J’essaie d’appliquer les conseils de Madame Hoshino.

Je grandis maman.
Je grandis sans toi.
J’évolue, je vis et peut-être que je crèverai sans toi.

C’est même une certitude.

Mais je continuerai à t’appeler maman.
Et je suis certain que tu seras là demain.

X.
PARADIS

Alive - Sia

Il y a eu Lyre.
Puis Symphonie et Orphée.
Ensuite, Mélody.
Octavia.
Et enfin, Aïda.

Des prénoms mélodieux, toujours, pour filer la métaphore avec mon prénom. Une idée de papa. Je l’ai trouvée drôle, c’est pour ça que j’ai accepté de jouer le jeu. Je vis avec mes chats, à défaut de pouvoir être à tes côtés. Je suis certain que sans l’Incontestable, il y a bien longtemps que tu aurais foutu les pieds de ma vie, après avoir marché sur mon coeur sans considération.

Mais au fond, je préférais que tu écrases ce coeur trop fragile une fois pour toute, plutôt que de continuer à marcher dessus. Il n’y a rien de pire que ton regard quand il vole au-dessus de moi sans même me regarder. Ça me fait mal quand tu m’ignores. J’aimerais te supplier de me regarder mais je ne le fais pas puisque tu le sais. Je le sais. On le sait. Vérité universelle, secret de polichinelle, mis au placard, dans un tiroir mal refermé, sans clé.

Je me demande si tu as oublié, que cette année serait ma dernière au lycée.
Le soir, à table, quand je parle de mes études avec papa, que je lui dis que j’hésite entre des études en art, pour poursuivre ma passion de la danse, ou des études en philosophie parce que j’aime réfléchir et m’éloigner du reste du monde pour mieux me poser des questions, je ne suis pas vraiment certain que tu m’écoutes. Tu es là sans être là. Vivre avec toi, c’est devenu vivre sans toi. T’es comme un miroir, un mirage au-beau milieu de notre désert sentimental.

Mais tu vois, malgré papa et son amour presque étouffant, malgré Madame Hoshino, Kaori et tous les autres, le souvenir heureux d’Ayumi, Basil il a gagné. J’ai abandonné. Je t’ai abandonné.

Et parce que j’ai compris ce que voulait dire aimer à en crever, j’ai failli le faire.

Mais c’est pas grave parce que tu es là.
Assise au-bord de mon lit, tes cheveux frôlent ma joue et tu me caresses le visage.

« T’es venue. »
« Toujours, pour toi. »

Ha ha, si seulement c’était réel.


The ghost in the back of your head



Something - Marina Kaye

Lullaby, ton prénom te va si bien. T’es comme une chanson douce. Une jolie mélodie. Une berceuse.Tu ne sonnes ni juste, ni faux. Tu sonnes vrai. Tu te composes d’un rien, de tout, d’un rien du tout. Et tu te décomposes beaucoup aussi. T’as des sonorités étrangères, tu portes les stigmates de milliers de cultures et de racines sous ta peau et dans tes mots. Les autres te fascinent, l’humanité dans sa complexité t’émerveille, même si tu ne la comprends pas vraiment, que tu la regardes avec tes yeux d’enfant, des yeux qui regardent le monde en ayant parfois la sensation désagréable de ne pas en faire partie. T’es un enfant piégé dans un corps qui grandit sans toi, un gamin qui aimerait faire partie du monde même si parfois, on ne t’accepte pas parce que tu vois, tu entends des choses qui n’appartiennent qu’à toi. Il y a Luce, Basil, les drôles d’araignées, les milliers et milliers de regards qui te fixent, les bouches qui font pleuvoir sur toi des mots qui t’enlisent et qui te fixent au goudron. Des voix qui murmurent dans ta tête, gémissement flou, brouhaha incompréhensible, ça t’empêche de dormir parfois. Mais ces voix, tu ne les comprends pas, contrairement à Basil qui te répète jour après jour que t’es qu’une putain de mouche insignifiante, qu’un jour on t’écrasera et que tu ne pourras plus jamais te relever.

Tu ne sers rien.
Le monde ne t’aime pas.
Tes amis te mentent.
Tes parents te détestent.


Basil insuffle, souffle, ses mots se répandent dans tes veines, toxines qui t’empoisonnent, qui s’imprègnent dans ton sang, tes mots, ta respiration, ton adn. Tant et si bien que parfois, le monde perd sa réalité, que tu ne sais plus qui et comment croire. Parce que Basil a les mots, une façon de te marteler jusqu’à ce que tu n’aies plus d’autre choix que d’accepter.

Accepter la fatalité.
Accepter d’être un poids pour les autres.

Et t’en es un pour ta mère, depuis que le psychologue a mis des mots sur tes maux. Tu as été diagnostiqué schizophrène, ça a été l’ouragan de ta vie, ton Shukumei personnel. Ton battement d’ailes de papillon. Plus rien ne sera plus jamais comme avant. Et tu veux pas y croire. Tu veux pas croire au rejet de ta mère et il n’y a rien qui ne te manque plus que la chaleur de son amour maternel. Ta mère t’a aimé si fort, et toi, tu l’aimes si fort que ça te fait mal et c’est peut-être ça qui vous a tué, tous les deux. Peut-être que vous vous êtes aimés trop fort. T’es son fils, c’est ce que tu aimerais lui hurler, mais quand tu lui fais face, les mots ne viennent pas, il n’y a que le chagrin, intense, sismique. Alors tu te déverses en torrent et tu imploses en étincelles, en milliers de toi tranchants, à vif, atomes, poussières de toi qui disparaissent dans l’atmosphère.

Dans ce monde, maman ne t’aime pas. Dans celui que tu tisses et que tu inventes, elle t’aime fort et pour toujours. Elle t’aime autant que papa t’aime. Amour paternel, un brin envahissant, mais il te fait du bien. Papa, il est là pour toi et parfois, il joue de la guitare et t’aimes ça, quand il compose des musiques et encore plus quand il dit qu’il a pensé à toi en les inventant, ces suites de notes et d’accords. Ton père t’a donné la passion pour la musique et pour les indiens. Vos racines communes. Les indiens d’Amérique, ceux dont les gens fantasment dans les films et les bandes-dessinées. Il y a tellement de livres sur eux, peut-être même que tu les as déjà tous lu parce que tu avales les mots plus que tu ne lis. T’aimes pousser la porte de l’imaginaire parce que ce monde n’a pas de limites, pas de contours, pas de frontières et c’est peut-être pour ça que toi, tu le trouves beau ce monde.

Therapy Session - NF

Mais tu aimes aussi le monde.
Parce que tu aimes, beaucoup.
Tu aimes aimer. Tout et n’importe quoi. Souvent trop fort, parfois à tort. Qualité et putain de défaut. Tu sais mieux aimer que détester, tu n’aimes pas détester mais tu détestes, quand même. Tu détestes ne pas obtenir ce que tu veux, tu détestes la souffrance et le malheur, le sang, les cauchemars qui s’implantent sous tes paupières le soir et refusent de te laisser dormir. Mais tu aimes plus que tu détestes et cet équilibre te rassure, te berce comme les mélodies de papa quand tu t’endors tard le soir et que lui continue à jouer en bas, dans le salon.

Ton monde, celui que ta maladie tisse pour toi, tu l’aimes et il t’effraie. Tu vacilles, à l’équilibre, tu sais pas où tomber, où poser, tu hésites. Parfois, t’es bien dans ta réalité, parfois elle t’effraie, tu te sens prisonnier, tu ne sais plus où et qui tu es. C’est pour ça que tu prends tout en photos. Les gens, le monde, la nature, le sol, le ciel. Tout ce qui te paraît suspect. Tout ce que ton esprit est susceptible d’inventer. Parfois, tu te rends compte que ton esprit se moquait effectivement de toi, parfois ta réalité était bien la réalité. Mais pour les voix, tu ne peux pas faire grand-chose. Pour ces voix qui résonnent contre les murs de ton âme. T’es comme un morceau de verre et d’espoir, à vif et tranchant. T’as la rage de vivre, la rage d’exister, la peur de vieillir, de grandir.

Parce que tu as peur aussi.
Peur de perdre papa. Peur de perdre ce qui t’es cher. Peur de demain. Peur d’être rejeté pour ce que tu es. Peur d’être réduit à ta schizophrénie. D’être le schizo, et plus Lullaby. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de prendre trop de place. Peur de vivre. Peur de ne plus vivre. Tu as peur Lullaby et pourtant, tu sais comme tu es fort. Papa te le dit souvent, en te prenant dans ses bras, que t’es fort et qu’il est fier de toi. Et il aimerait tant que maman aussi soit fière de toi. Toi aussi, tu l’aimerais mais elle ne l’est pas, elle ne l’est plus.

Parce que tu sais, t’es tellement plus que ce que à quoi maman te réduit : une putain de maladie mentale.

T’es de la beauté, de l’espoir. De l’humour décalé, de la générosité. De la tendresse, de l’amour. Même si t’as toujours l’air froid, absent, détaché quand on te parle. C’est pas ta faute, si ton visage ne suit pas ta pensée, n’exprime pas ce qui se planque au plus profond de ton être. Parce que tu débordes d’amour, tu en inondes le reste du monde. C’est juste que tu sais pas toujours comment le dire, que tu sais pas mettre les mots qu’il faut sur les maux, que t’as jamais appris, que tu sais pas, que t’as pas les gestes. Mais tu dessines, tu mets en images tes hallucinations, les sentiments qui bourdonnent, papillonnent et grandissent au-creux de ton ventre. Tu danses, tu chantes. Tu voles, et tu fais s’envoler les gens. T’as cette voix d’ange qui colle pas à ta stature, t’es un putain de paradoxe, un entre-deux. Un tableau. Une oeuvre d’art moderne, contemporaine, incompréhensible et criante de vérité.

C’est vrai que tu te méfies, que tu soupçonnes ton voisin d’être un reptilien et un de tes camardes de classe un nazi, mais c’est pas de ta faute. Ta paranoïa, elle vient, elle va. Elle fait partie de toi. Parfois imprévisible, parfois dangereuse parce que tu penses te protéger alors que tu ne fais que te mettre en danger. C’est pas de ta faute, si parfois ton instinct te pousse à te protéger, te méfier du monde autour. Ce monde qui d’un coup devient rugueux, dangereux, puits sans fond de souffrance et de criminalité, véritable boîte de Pandore. T’es toujours dans l’extrême. Parano ou trop naïf. Tellement, tellement crédule. Tu aimes croire.

Tu bois les mots, tu bois les mensonges.
Lullaby, t’es beau dans tes inconstances.

Imprévisible, dangereux comme un tsunami, le déluge, la fin du monde, de ce monde tout de verre et de cristal. Parfois hyperactif, parfois replié dans ton coin, incapable de te lever, d’affronter la réalité universelle. Parfois bavard, parfois silencieux, renfermé, mal à l’aise, terrifié à l’idée d’exister. Mais c’est pas grave parce qu’il reste la musique, la danse, l’art pour t’exprimer quand les mots meurent dans ta gorge et t’étouffent, t’asphyxient, te démangent, te paralysent. Et puis, il y a papa. Papa qui prépare un planning de la journée de lendemain avec toi tous les soirs, pour t’aider dans les moments difficiles. Papa qui est fatigué, qui s’use à t’aimer mais qui t’aime à en faire peur aux étoiles parce que quand il a les yeux qui brillent, ils t’illuminent bien plus qu’un putain de ciel d’été et dégagé.

Lullaby, t’es des couleurs, de la chaleur. Tu vois les autres jaune, bleu, rouge ou vert, selon ce qu’ils dégagent, ce qu’ils te disent. Tu aimes les gens s’ils t’aiment. T’as peur que eux ne t’aiment pas assez, à cause de ta maladie. Parce que avant, t’étais le soleil de maman et maintenant, t’es plus qu’une éclipse solaire, tout ce qui te reste, c’est des étoiles au-coin des yeux qui roulent sur tes joues et meurent dans ton cou.

T’as trop d’amour en toi, trop d’amour à donner.
Amour que tu donnes à tous ceux qui le veulent, à tes six chats. À ton crabe. Parce que t’as ta drôle de fascination pour les crabes et pour la glace. Depuis que t’es gamin et que t’as vu les crabes au super-marché, se baladant en marchant de côté et faisant claquer leurs grosses pinces orangées. T’aimerais bien être un crabe. Ou une tortue. Ouais, alors parfois, tu te rêves en crabe et t’oublies qui tu es, ce que tu es. Mais ça dure jamais vraiment longtemps.

La réalité te rattrape.
Cette réalité qui t’angoisse parfois, qui te met mal à l’aise et qui creuse comme un poids dans ton ventre.

Lullaby, t’es tellement doux, tellement gentil que parfois, t’as l’impression de sonner faux. T’es pas taillé pour le monde. T’es pas taillé pour être méchant. T’aimes les câlins, t’aimes la chaleur, t’aimes la tendresse. Pur, trop pur pour ce monde, t’es aveugle, mais c’est pas de la merde que t’as dans les yeux, c’est des plumes douces, blanches. Qui t’empêchent de voir le mal. Tu manques de discernement, souvent, tu manques de jugement. Les gens sont gentils, tous gentils. Faut s’aimer. Putain de Candide, boule de tendresse. Tu débordes, tu imploses, ça coule par tous les pores de ta peau. Lullaby, t’es le gamin que le destin a joyeusement écrabouillé sous sa chaussure mais tu gardes la rage d’aimer, de vivre. Il y a ton petit coeur qui tape fort dans ta poitrine. Et lui, tu sais que tu l’as pas rêvé.

Parce qu’au final, ta seule putain de certitude, c’est d’être réel et tu espères que le monde l’est aussi.


& :
Croit aux théories du complot / Hitler ne s’est jamais suicidé voyons, il a coulé des jours heureux au Brésil / Mais si c’est vrai, il l’a lu sur internet / Aime faire des colliers en perle / Mange très sucré / Végétalien / N’a jamais bu / N’a jamais fumé / Facile à convaincre / Trop crédule / Pleure facilement / Aime le noir / Range ses livres par couleur / Grand amateur de dessin animé / S’arrête parfois au milieu d’une phrase et en entame une nouvelle sans aucun lien  / Mélomane / Pro-Incontestable / Vit souvent dans le déni / Dans son monde / Rêveur / Compte le temps en musique / Respecte et suit plusieurs préceptes hindouistes


Dreamcatcher


Dreamcatcher - Leo Rojas

T’aimes tes origines étrangères, tu les sublimes plus que tu ne les portes.

C’est la nuit dans tes cheveux, crinière abandonnante que tu tresses parfois, que tu décores de perles de bois, de plumes, de bijoux qui hurlent qu’il y a un peu de ton sang qui vient de loin, de très loin. Des racines amérindiennes dont papa est si fier et te parle tant. Il en est fier, de ses origines lointaines. Il t’en parle souvent avec des étoiles dans les yeux et toi t’aimes le voir comme ça. T’as les cheveux noirs que tu as teint dans un bleu foncé, comme le ciel quand il est tard et que la nuit s’avachit lentement et vient cacher les nuages. Papa a tiré une drôle de tête quand tu lui as dit que tu voulais te teindre les cheveux, mais il a fini par hausser les épaules et t’a tendu le téléphone pour que tu prennes rendez-vous chez le coiffeur. Il ferait tout, trop pour toi papa, après tout. Ta crinière, c’est ta fierté, mais c’est pas ton seul héritage paternel.

T’as les yeux en amendes, comme papa. D’un brun foncé, moucheté de doré, comme maman. T’aimes avoir les yeux de maman. Parce que tu l’aimes aussi maman. Parfois, tu regardes les photos et tu souris de tes petites dents et tu te dis que t’es fier d’avoir ses yeux, parce que tu ne tiens pas beaucoup d’elle, comme si le destin savait que quelque chose allait vous séparer, rompre le fil qui vous reliait, ce fil nommé amour maternel, amour qui fut trop fusionnel. T’as des grands yeux qui veulent dire tant et trop de choses en même temps. Miroir de ton âme, des réalités que tu ne t’efforces même plus à cacher parce que tu es trop expressif.

T’es beau Lullaby.
T’es beau comme un rêve, un songe, une douce ballade au piano, comme l’aube qui imbibe le ciel et le colore, la neige quand elle s’étale en haut des toits ou la pluie qui roule contre les vitres et qui meurent sur les trottoirs. Larmes de nuage qui s’échouent goutte à goutte. T’es beau comme un conte de fée, une histoire heureuse où tout fini bien, où les gens s’aiment fort et où les destinées s’accomplissent dans une effusion de sourires et de joies. T’es beau et tu fascines. Ta peau dorée qui tend vers le cuivre, qui sublime ta crinière, qui fait ressortir tes yeux si bien enluminés par tes cils épais que tes larmes semblent parfois piéger dedans.

T’es beau et onirique.
Intriguant et tu le sais. Et tu aimes cet état de fait.
Tu te dessines des soleils ou des lunes sur les joues, ou sur le front, parfois. T’as une grande boucle d’oreille à l’oreille droite, un attrape-rêve, une connerie sentimentale censée retenir Basil et l’empêcher de te tirer vers le fond, de te noyer dans tes abysses internes. C’est papa qui te l’a fabriqué. C’est un porte-bonheur que tu n’enlèves qu’au moment d’aller dormir et que tu chéris comme tu chéris la vie, même si t’as voulu y mettre fin et que tes poignets en porteront les stigmates à jamais. Souvenir sur tes poignets graciles. Des lignes qui s’égarent, qui se perdent, qui se retrouvent, qui s’enlacent, qui débouchent sur des culs de sac.

Tu portes des bijoux qui brillent comme des milliers d’étoiles. Souvent, ils représentent une demi-lune, ou des divinités hindouistes, religion qui te fascine, à laquelle tu te rattaches et que tu suis, comme tu suis aussi certaines croyances indiennes ancestrales. La nature a une âme. Il y a du divin en tout et partout, même dans le pire, même dans le crade, même dans le laid, l’abstrait.

T’as aussi un bijou qui brille sur ton visage, un lourd anneau doré aux narines. Il est beau, délicatement ciselé. Parfois, tu portes une chaîne de nez que tu rattaches au lobe de ton oreille. Des dizaines de fils brillants qui décorent ton front et qui font scintiller la nuit de tes cheveux.

T’es étrange, t’es beau, t’es curieux, t’es particulier. T’es mignon, t’as une tête de gentil garçon, tu es un gentil, bien trop gentil garçon.

T’es grand, pas trop, dans la norme, tu frôles le mètre soixante-dix. Corps musclé, dessiné par la danse. Des belles mains aux doigts de pianiste. Et pourtant, il n’y a pas une once de violence en toi. Il y a que de la douceur dans ton sang. De la douceur, de l’amour qui coule et abonde. Ton visage ne le montre que trop bien. Il a cet air doux, rêveur, fragile innocent et les taches de rousseur, un autre cadeau de ta mère, qui s’étalent sur ta peau, qui te mouchètent le nez, les joues, dans une moindre mesure le front et le haut de tes épaules le montrent bien.

T’es clinquant et simple à la fois.
Vêtements amples et confortables, mais toujours mignons. Un peu old school. Des pulls douillets, des bijoux qui habillent suffisamment tes poignets pour cacher les cicatrices. Des colliers qui enluminent et subliment ton cou gracile. Des chaussures blanches, maculées de paroles et de chansons parce que tu vis dans la musique, t’es une mélodie. T’es la chanson de la vie, de ta vie. Un hymne à l’originalité, à la différence.

À toi même.






Alekseï Arizona
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posté
le Lun 3 Déc - 19:54
par Alekseï Arizona
outrunning karma 1266160259

Sors de ta grotte outrunning karma 1534650057 c'est juste génial comment tu fais hein ? outrunning karma 1534650057 outrunning karma 1534650057 outrunning karma 1534650057 J'aime ❤️
Invité
Anonymous
Invité
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posté
le Lun 3 Déc - 19:55
par Invité
Oh. My. Gosh.

Love that little cutie.

J'ai qu'ça qu'à dire. ♥️
Invité
Anonymous
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posté
le Mar 4 Déc - 13:16
par Invité
Bébé doux, finally here. ♥️
Kaori Vanzine
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Je suis: anti-Incontestable.
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Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Mrs. 4x4
Mrs. 4x4
posté
le Mar 4 Déc - 14:47
par Kaori Vanzine
Re-re-re-bienvenue et bon courage pour ta fiche ! outrunning karma 1362171446

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

En ce moment je suis au ralenti
outrunning karma Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Lullaby Arizona
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Inscrit.e le : 03/12/2018

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Époux/se : Le plus beau. ♥︎
Autre: Ava par Syato.
posté
le Mar 4 Déc - 16:53
par Lullaby Arizona
Alekseï > outrunning karma 1055899934 aime mwaaa

Ama > Mro, sankyu <3

Ariel > avec ce superbe ava outrunning karma 1845802901

Kao > merci biengue outrunning karma 1984817200
Seyfried Bellandi
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Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : BELLANDIVE (╯°□°)╯︵ ┻━┻
Autre:
Reine des Chagasses
Reine des Chagasses
posté
le Mar 4 Déc - 18:22
par Seyfried Bellandi
RIP le modo correcteur outrunning karma 2078551763

Hellcome back u outrunning karma 210053242

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outrunning karma 181202111716271804

Kinkeabae, fournisseuse de kits swag since 2018

so nobody will ever forget your memorable skill, satoshit:

outrunning karma 85277910
Makoto Nanase
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Inscrit.e le : 10/10/2016

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Kiyohi Nanase
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?

★
posté
le Mer 5 Déc - 11:17
par Makoto Nanase
outrunning karma 3813954746

J'ai l'impression de me répéter à chaque fois que je valide l'une de tes fiches, mais... Bah la lecture était super quoi outrunning karma 517494357 On s'attache tellement à Lullaby qu'on a envie de lui faire des câlins et de taper sa maman pour ce qu'elle lui fait subir ;w; La façon dont tu introduis sa maladie est fluide et ça augmente la compassion qu'on a pour lui outrunning karma 4115966937
Je vais pas m'étendre trois plombes, mais du coup je n'ai rien de particulier à dire à part que c'est bien écrit, qu'il n'y a pas de fautes et que je suivrai ses péripéties avec attention outrunning karma 4115966937

Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

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• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
• Si vous souhaitez trouver des partenaires pour vous lancer, n'hésitez pas à faire un tour par ici ! ♥️
• Dans l'ordre, vous pouvez faire une demande de conjoint ici, ensuite vous faites une demande d'habitation ici et enfin, vous pourrez valider votre mariage ici.
• De faire un peu de pub autour de vous pour le forum et de voter régulièrement aux tops sites. ♥️

& Surtout, AMUSEZ-VOUS !

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Merci Lucci pour le kit outrunning karma 1647638966

Spoiler:
Ce qu'ils ont dit ♥️:
[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
outrunning karma Ld7d
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Le plus beau compliment ♥️:
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La famille ♥️:
Nanase's family:
outrunning karma E9mgMerci à Aria ♥️

Game of Nanase et activité familiale:
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Merci Karlito ♥️:
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Merci Oz ♥️:
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