Koizumi Otsuka
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le Ven 19 Avr - 23:18
par Koizumi Otsuka
Aussi fort que tu peux


Sleeplessly embracing
Butterflies and needles
Line my seamed-up join
Encased in case I need it
In my stomach, for my heart
Chain mail…


17 avril 2111. J’sais pas trop pourquoi mais, dès que j’ai ouvert les yeux ce matin, j’ai su que la journée était cassée.

7h, le soleil est là. Je tourne dans le lit, engluée dans la couette. Un moucheron dans un pot de miel, tout pareil. P’tain, c’est dur… D’une main, je donne au réveil le droit de garder le silence, et d’aller embrasser le plancher. Faut se lever, plus que 3h avant l’entraînement. Je repousse la couette comme on arrache un pansement et je plisse les yeux en exposant ma peau toute neuve à la lumière. Le son du volet roulant me berce, j’ai le cœur tout à l’envers en regardant les voitures dans la rue. Cette fois, c’est sûr : il se passe un truc. J’ai mal au ventre en préparant le thé, mes règles vont peut-être arriver. Je vais vérifier mais finalement, non.

10h, j’ai fini le petit-déjeuner, la douche et le thé. C’est bien d’avoir du temps le matin. Même si je n’en fais pas toujours grand-chose, j’ai une heure que je peux remplir de ce que je veux, même de rien. J’aime bien. C’est souvent là que je nourris Fafnir ou que je le porte un peu, pas longtemps pour ne pas l’embêter. Mais aujourd’hui, je ferai rien de tout ça. Je voulais lire et coller des trucs dans le cahier alors je suis descendue chercher le courrier. C’est là qu’elle m’a sauté dessus.

Un camion passe, tout près. Le bruit et le vent me soulève les cheveux, me font frissonner. Y a comme un caillou brûlant qui se met à richocher entre mes côtes, en frappant mon cœur et mes os de l’intérieur. Ça fait mal et je crois que j’ai un peu peur. La dernière fois que j’ai vu du rose, c’était sur un t-shirt de Kono, un de ceux que j’ai du porter avant de le filer à Kinu. Elles sont mariées toutes les deux maintenant, je me demande combien de temps elles sont restées à freezer comme des connes devant la boîte aux lettres. Je pense à elles, aux daronnes, à Kyo. Putain, on me l’aurait dit, j’y aurais pas cru…

Le papier se froisse sous mes doigts. Choper la lettre. Fermer la boîte. Remonter. Redescendre et récupérer la clé. Appeler le coach même si ça fait chier, je voulais trop y aller… Est-ce que je préviens le frangin ? J’hésite un instant, le portable dans la main. Ouvre la messagerie, puis ferme l’appli. Finalement non. Plus tard. Au lieu de ça, j’attrape un sac pour y mettre de quoi survivre. Tout ce qu’il faut pour m’habiller, faire du sport, et tromper l’ennui sans trop de soucis. Je redescends, j’appelle un taxi. L’adresse est plutôt loin, je m’arrête un peu avant l’immeuble pour acheter des trucs à manger dans un combini. Des ramens, des oeufs, des brioches, des asperges, des aubergines, du natto et du riz. Et plein de thé glacé aussi. Avec ça, je devrais m’en tirer. Pourtant, j’ai toujours mal au ventre en passant la porte de l’immeuble. Le caillou brûlant me cogne toujours en dedans quand j’arrive au septième, que j’appuie sur la poignée et entre dans un grand carré de lumière. Waouw. Je sais pas ce qu’il fait dans la vie ce Yuki mais c’est certainement pas balayeur.

J’avance, mais pas beaucoup. En moins de deux pas, je suis bouche bée. Les sacs tombent, les bouteilles roulent. Je les enjambe pour regarder le terrarium de plus près. À genoux sur le banc, le nez collé à la vitre, je souris comme une débile. Il va être tellement bien là-dedans. Ça en fera au moins un sur trois… Changement de plan. Je fous toute la bouffe au frigo et laisse le reste en vrac dans l'entrée. Surtout ne pas courir trop vite dans les escaliers en redescendant, ne pas tomber, ne pas se blesser et parler distinctement en rappelant un taxi. Revenir à la maison, parler tout doucement à Fafnir en le sortant du terrarium pour le mettre dans une taie d’oreiller bourrée de copeaux de bois, puis dans la boîte isotherme avec les chaufferettes. Il n’est pas très content mais il se laisse faire. C’est bien, camarade. Deux ou trois souris mortes dans une autre boîte, un pain de glace et je repars d’où je suis venue. Vite, j’ai pas beaucoup de temps.

13h47. Les ramens sont bons, j’ai toujours préféré le poulet au boeuf. Je les mange assise sur le banc à côté de la vitre du terrarium où Fafnir est installé et je souris. Il m’a mordue quand je l’ai mis dedans mais c’est de ma faute, je me suis pas lavée les mains et je sentais le rongeur crevé. Maintenant c’est bon, j’ai mis un sparadrap et j’y pensais déjà plus en commençant à bouger les meubles. Il y en avait pas mal dans la chambre, dans le salon, dans les pièces du fond qui servent à dieu sait quoi. Y a plus rien dedans ou presque maintenant. J’ai tout empilé devant la porte d’entrée. Et je mange mes nouilles en souriant, en imaginant la tête de ce con quand il va arriver et rester sur le palier.

Yukimori Otsuka.
Je sais pas qui t’es, et toi non plus sans doute. C’est suffisant pour que j’ai pas envie de passer ma vie avec toi. L’Incontestable, c’est un menteur. Les familles qu’il crée, c’est du vent, du toc, ça compte pas. Tu comptes pas. Je veux pas de toi.
Y a des gens qui emmènent leur conjoint en cellule pour faire connaissance. Moi, je veux pas te rencontrer et, tant qu’à faire d’être enfermée, autant que je sois du bon côté des barreaux. Celui où y a la bouffe.
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Yukimori Otsuka
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le Sam 20 Avr - 21:28
par Yukimori Otsuka
Aussi fort que tu peux
Le temps passe et panse les blessures. Yukimori se remettait peu à peu des événements qui avaient chamboulé sa vie ces derniers mois. Il parvenait à dormir davantage, il se nourrissait convenablement à présent et il était à nouveau opérationnel au travail. Cependant, il était conscient que cet équilibre était précaire. Il était encore véritablement affecté et cela le rendait fragile. Un rien pouvait le replonger dans une intense tristesse, une profonde détresse. C'est pourquoi, jusqu'à présent, ses parents avaient fait des efforts considérables pour ne pas qu'il retombe dans ce cercle vicieux. Ils n'avaient fait aucun commentaire quant à son divorce et encore moins à propos de l'état dans lequel ça l'avait mis, quand bien même ils ne le comprenaient pas.

Ce n'est qu'à presque 21 heures que Yukimori, en rentrant de sa journée de travail, poussa la porte de la maison familiale, ce mercredi-là. Il n'avait pas encore eu l'occasion de trouver un appartement où vivre seul. A vrai dire, entre le temps de se rétablir moralement - après la fausse couche de Siobhan et leur divorce - mais également physiquement - après son accident de voiture -, puis le temps qu'il revienne de ses vacances avec sa cousine, il ne commençait les recherches que maintenant.

- Tadaima.

Il retira ses chaussures et son manteau qu'il rangea immédiatement. Il tiqua légèrement. Habituellement, on lui répondait lorsqu'il annonçait sa présence. Étrange… Il s'arrêta un instant pour écouter les bruits de la maison, se demandant s'il était seul. Mais quelques murmures, des mots prononcés à voix basses, parvinrent à ses oreilles. Un mauvais pressentiment commença à le gagner et il se confirma lorsqu'il passa devant la salle à manger. Ses parents discutaient tout bas, le visage sérieux. Sa mère sursauta en le voyant. Elle se leva instantanément en le regardant avec un air grave. Cela ne présageait rien de bon. Yukimori voulut prendre la parole mais elle l'interrompit.

- Yukimori… Assied-toi, s'il te plaît.

Le cœur du jeune homme se mit à battre plus fort dans sa poitrine. Une certaine tension flottait dans la pièce et cela commençait à l'angoisser. Sa première crainte fut pour Kiyohi. Il ignorait pourquoi mais il pria intérieurement pour que rien ne lui soit arrivé, à elle ou à sa famille. Il prit place à côté de son père qui se tenait droit sur son siège. Après quelques secondes à tenter de sonder ses parents, Yukimori osa poser la fâcheuse question.

- Que se passe-t-il ?..

Ses parents se lancèrent un regard entendu. Son père finit par placer quelque chose sur la table et le faire glisser vers lui. Une enveloppe rose… Yukimori se leva subitement et recula. << Non… Pas déjà?.. >> Eh si… Sa troisième lettre venait d'arriver le matin-même, bousculant son quotidien à l'équilibre instable. << Merde…  >> Il fixa longuement l'enveloppe sans oser la toucher, comme si elle lui brûlerait la peau. Ses parents semblaient ne pas savoir quoi lui dire tant leur désarroi, à eux aussi, était fort.

- Je n’en veux pas de cette lettre…

Son père se leva immédiatement, lui faisant face, une pointe d'inquiétude dans le regard. Il savait pertinemment qu'il ne devrait pas le brusquer de risque qu'il explose. Il posa une main sur l’épaule de son fils, tâchant de lui montrer son soutien.

- Ça va aller, ne t'en fais pas…

Mais pour le jeune homme, cela signifiait: << On sait que tu n'as pas le choix et on ne veut pas que tu poses de problèmes alors accepte la situation. >> Yukimori se dégagea en lui lançant un regard noir. Ces mots lui semblaient très facile à dire de la part de son père qui avait été formaté pro-incontestable et qui n'avait connu aucun divorce. Qui n'avait d'ailleurs connu quoi que ce soit qui puisse remettre en doute cette machine infernale. Mais le jeune homme était à son troisième mariage en huit mois et il en avait assez. Il savait que c'était difficile d'être marié à un inconnu et de s'en accommoder. Mais il savait surtout que ça faisait mal quand ça prenait fin. D'autant plus quand on était sincèrement attaché à la personne…

- Qu'est-ce que tu en sais ?!

Le ton de Yukimori avait été dur, glacial et il toisa son père un instant qui ne répondit rien. Madame Otsuka voulut intervenir pour reprendre le ton de son fils qu'elle jugeait incorrect envers son père mais ce dernier lui fit signe de s'interrompre.

- ...Rien du tout. Alors foutez-moi la paix.

Sur ces paroles, Yukimori monta dans sa chambre pour s'y enfermer. Il avait besoin de s'isoler afin d'assimiler la nouvelle. A présent, il devrait prendre le temps de se préparer à ce nouveau changement, même s'il en avait aucune envie. Ce soir-là, il ne sortit pas de sa chambre. Pas même pour manger. Cette histoire de lettre lui avait réellement coupé l'appétit. Il se réfugia naturellement dans le travail. Le temps s'écoula et des bruits de pas se firent entendre dans le couloir. Ses parents allaient probablement se coucher mais ils s'arrêtèrent un instant au niveau de la porte de la chambre de leur fils. Yukimori se figea, redoutant qu'ils ne viennent lui faire la leçon alors qu'il n'était absolument pas d'humeur. Au lieu de cela, il entendit seulement le son d'un papier glissant sous la porte avant qu'ils ne s'éloignent. Le jeune homme leva les yeux au ciel en grommelant. Par chance, il avait été relativement bien éduqué parce que ce n'était pas l'envie qui lui manquait d'inviter cordialement ses parents à se fourrer la lettre où il pensait.

L'insomnie le prit à nouveau. Impossible de dormir de la nuit. Alors il resta un long moment sur son ordinateur. Mais au fur et à mesure que le temps s'écoulait, la présence de cette lettre sur le sol se fit de plus en plus pesante. Il tenta de l'ignorer un long moment mais il finit par céder. Il se leva de sa chaise et s'approcha de l'enveloppe rose avant de s’accroupir pour la ramasser. Il prit place à nouveau à son bureau avec la lettre entre les doigts. A qui l'incontestable avait-il bien pu le marier, cette fois ?.. L'appréhension monta d'un cran alors qu'une crainte nouvelle naquit dans son esprit. Et si c'était un homme ?.. Il ne s'était encore jamais posé la question mais il avait vu dernièrement certains de ses collègues - tout à fait hétérosexuels - être mariés à un homme, alors pourquoi pas lui ?.. Non, ce serait trop pour lui, il ne le supporterait pas… Autant s'il s'agissait d'une femme, il pouvait tenter de s'adapter à la situation mais un homme, il en était hors-de-question.

Il pesta contre cette enveloppe de malheur, source d'angoisse. Et c'est ainsi qu'un manège incessant d'émotions commença sans qu'il ne l'ait encore ouverte. Il passa d'un sentiment d'injustice mêlé à de la révolte à un profond sentiment de mal-être, puis enfin à un état de lassitude où il en venait à penser qu'il n'était plus à ça près, désormais. Il finit par s'allonger sur son futon, la lettre dans les mains, en laissant ce carrousel d'émotions faire son chemin. C'est lors de l'une de cette troisième phase qu'il finit par se redresser, par ouvrir l'enveloppe et la lire, un air blasé sur le visage.

Il commençait à connaître par cœur le blabla habituel de l'incontestable alors il chercha du regard le prénom de celui ou celle à qui il serait lié pendant plus ou moins longtemps. Oui, c'est ainsi qu'il se rassurait, en se disant qu'avec un peu de chance il serait divorcé dans 3 semaines et il pourrait reprendre une vie normale… Jusqu'au prochain mariage… Il tiqua lorsque son regard se posa sur les kanjis que formaient le prénom “Koizumi”. Il s'attendait à des katakanas, puisqu'il avait été marié qu'à des gaijins. Il s'agissait donc d'une femme japonaise. Il se sentit légèrement soulagé en constatant qu'effectivement ce n'était pas un homme. Il regarda ensuite sa nouvelle adresse. Ou plutôt, leur nouvelle adresse. Il vivrait désormais dans le quartier de Katsushika, à l'opposé de chez ses parents - ce qui n'était pas une mauvaise nouvelle en soit - et de son travail. Ce deuxième point était un peu plus contraignant mais puisqu'il s'agirait probablement de quelques semaines avant qu'on le divorce encore une fois, cela ne lui posa pas d'ennuis particuliers. Puis si jamais ce mariage s’avérait être un réel fiasco, c’était une très bonne excuse pour passer moins de temps chez eux.

Malgré sa journée de travail, il consacra son jeudi à préparer son départ vers sa nouvelle vie, que ce soit psychologiquement ou en terme de logistique. Puisque sa voiture avait fini à la casse après son accident, il devrait probablement faire appel à un taxi. Il devrait également préparer les affaires qu'il voudrait apporter dans son nouveau domicile. Pas grand chose, il doutait que la mascarade dure bien longtemps. Juste son ordinateur, quelques vêtements et le nécessaire pour la douche. Il avait fini par reprendre du modafinil, puisqu'il n'avait pas dormi de la nuit et qu'il avait besoin de tenir jusqu'à la prochaine fois qu'il trouverait le sommeil.

Le vendredi arriva bien plus vite que ce qu'il aurait souhaité. La veille, il avait prévenu son supérieur qu'il serait absent car il venait d'être marié et il ne devait pas traîner à s'installer. Il n'avait aucune envie de se retrouver à nouveau en prison. Il savait qu'il devrait se résoudre à se rendre à son nouveau logement et à accepter la situation mais en réalité il avait bien des difficultés à s'y faire. Il prit son temps pour prendre sa douche, s'habiller, préparer ses affaires… Tout fut prétexte à gagner du temps, mais il finit par appeler un taxi qui arriva rapidement. Il attrapa son sac et descendit au rez-de-chaussée afin de mettre chaussures et manteau. Son père l'intercepta immédiatement.

- Où vas-tu ?

- À ton avis ?..

La tension née à l’arrivée de la lettre n’était visiblement pas redescendue. Yukimori avait besoin d'être seul pour pouvoir gérer tranquillement la situation, non pas d'être fliqué par son paternel. Ce dernier lui proposa de l'emmener. Délicate attention n'est-ce pas ? Mais c'était simplement impensable pour Yukimori. Ils avaient le chic pour rendre les situations encore plus délicates que ce qu'elles pouvaient être à l'origine.

- Non ça ira, merci. C'est à moi de gérer ça tout seul.

Sans attendre davantage, Yukimori attrapa son sac, salua ses parents et quitta la demeure familiale. Il s'installa dans le taxi et renseigna l'adresse citée dans la lettre. Pendant l'heure de trajet, des milliers de questions s’entrechoquaient dans son esprit. Comment était-elle, cette nouvelle femme ? Était-elle déjà arrivée au logement ? Comment avait-elle pris la nouvelle ? Était-elle en faveur de l'incontestable ? Est-ce qu'ils arriveraient à s'entendre ? Il avait tendance à penser qu'étant japonaise, elle serait facile à vivre. Quelle aurait probablement été formatée de la même façon que lui. D'un côté cela le rassurait mais d'un autre, il redoutait de s'ennuyer légèrement.

Après une heure d'attente dans l'appréhension la plus totale, le taxi s'arrêta devant un immeuble moderne. Il se dirigea rapidement vers l'appartement indiqué et, une fois arrivé devant la porte, il renseigna le code indiqué sur la lettre. Il soupira et poussa la porte. En vain. Il resta planté là un instant, dans l’incompréhension la plus totale. Il était pourtant à la bonne adresse, devant le bon appartement et il avait renseigné le bon code, non ?.. Il vérifia chaque donnée avant de réitérer l'opération. Mais la porte ne s'ouvrait toujours pas. En fait, si, elle s'ouvrait légèrement mais elle semblait bloquée. Soit, il s'agissait d'une anomalie de la porte, mais il avait tendance à penser que quelqu'un s'en serait rendu compte bien avant et aurait résolu le problème. Soit, on l'empêchait d’ouvrir cette porte depuis l'intérieur… Cela signifiait donc qu'elle était déjà là et qu'elle faisait en sorte qu'il ne puisse pas rentrer. <>

Il posa son front contre la porte, las. Qu'était-il censé comprendre ? Qu'il n'était pas le bienvenue ? Qu'elle voulait qu’il reparte ? Qu'il devait se battre pour être accepté dans le logement qui était aussi censé être le sien ? Il soupira longuement et se redressa convenablement.

- Mmh… Bonjour ?..

Qu'est ce qu'il se sentait stupide à se retrouver coincé sur le palier et à parler à travers la porte…

- Je… Je suis Yukimori Otsuka. La situation est un peu délicate, je sais, mais... Pouvez-vous ouvrir la porte s'il vous plaît ?..
©️ DABEILLE
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le Jeu 2 Mai - 22:21
par Koizumi Otsuka
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Hunger of the pine
Hunger of the pine…


19 avril. La fenêtre s’ouvre, je m’étire dans l’embrassure, juste au bord du balcon. J’ouvre les bras et je respire. Il y a un peu de vent aujourd’hui alors c’est comme être au sommet d’une colline. Avec des murs, du bruit et de la pollution, et pas d’herbe sous les pieds, mais c’est pas grave. Si je ferme les yeux, ça marche mieux. On dirait que si je me laisse tomber en avant, je pourrais faire des roulades jusqu’en bas et finir sur le dos, sans souffle en regardant le ciel, comme dans un anime. Haha.

J’arrête le jeu avant que ça me rappelle Gifu, les vraies collines qu’il y avait là-bas et le temps que je passais dedans pour pas être à la maison. Coup d’œil dans la cuisine : il est encore tôt pour manger et je viens de finir mon sport, de prendre ma douche, alors ça sera juste un grand verre d’eau. Juste de l’eau. Le thé glacé c’est pour plus tard. Je me pose sur le banc près de Fafnir et j’allume la musique. Alt+j, Every Other Freckles. Je comprends pas pourquoi j’aime ce groupe, et pourquoi j’aime cette chanson. J’aime pas quand les chansons parlent de trucs érotiques. Je change. Hunger Of The Pine. Beaucoup mieux. Je me lève pour prendre du thé glacé, finalement. J’imagine Yuki à la place du gars du clip. La course dans la forêt, la pluie de flèches et la mort par le feu. Si ça pouvait être vrai ça serait cool, mais faudrait pas que je vois. C’est pas le genre de trucs qu’on regarde sans rien faire et je veux rien faire avec lui.
Je me demande quand est-ce qu’il va arriver…

Pouf. Hm ? La bouteille aux lèvres, je me retourne. Y a eu un bruit, je crois. Pouf. Je me tourne encore. C’est la porte d’entrée. Oh. Le caillou enflammé cogne encore dans ma poitrine, j’essaie de noyer ses brûlures sous le thé glacé. Le tas de meubles n’a pas bougé, t’y as sans doute pas mis assez de forces mais je tremble, je tremble comme si tu venais de donner un coup de bélier. Cette fois, ça y est. J’entends vaguement ta voix de l’autre côté, étouffée par la musique et tout ce que j’ai mis entre nous.

« Hein ? Ah, salut ! »

Je me suis approchée pour soutenir le siège. C’est débile, faut que j’arrête de regarder cette porte comme si elle était prête à tomber. T’es pas une armée, t’es pas armé non plus, t’es juste un gars tout seul sur le palier qui commence par les politesses d’usage. Je souris, bien cachée dans ma forteresse. Putain, quel blaireau tu fais. Je décide de t’imiter :

« Quoi, elle s’ouvre pas ? Pourtant y a pas de soucis de mon côté. »

I’m a female rebel… Aucun souci, je t’assure. Tout est parfait comme ça. Toi, moi, et un gros tas de trucs lourds et solides entre nous. Herse, meurtrières et pont-levis. Canapé, armoires et lit. Pas pareil du tout mais on s’en fout, c’est moi qui décide, c’est mon bastion que t’assiège et je te repousse comme je veux. Mon sourire s’entend dans ma voix quand je te suggère, mine de rien :

« Au pire c’pas grave, t’as qu’à rentrer chez toi ! »

Ouais, tire-toi avant de te prendre ma pluie de flèches dans la gueule.
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Yukimori Otsuka
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posté
le Ven 3 Mai - 12:23
par Yukimori Otsuka
Aussi fort que tu peux
Yukimori approcha sa tête de la porte afin de pouvoir entendre les potentielles réponses de la soit-disant épouse, depuis l'intérieur de l'appartement. Tout ce qui lui parvenait aux oreilles était de la musique. Évidemment, il lui était impossible d'identifier l'artiste et le titre de la chanson, encore fallait-il qu'il en écoute, de la musique. Puis, enfin, une voix se fit entendre.

- Hein ? Ah, salut !

Il semblait que la voix s'était rapprochée jusqu'à ce qu'elle soit au plus proche de la porte. Yukimori réfléchissait par quels moyens elle avait pu la bloquer. Des cales ? Des verrous ? Elle aurait eu le temps d'en installer, en 2 jours et ce serait impossible pour lui de déverrouiller la porte depuis l'extérieur. Il était donc impuissant et cela devenait franchement vexant.

- Quoi, elle s’ouvre pas ? Pourtant y a pas de soucis de mon côté.

Menteuse. Premier adjectif pouvant qualifier cette femme qu'il ne connaissait pas. Elle feignait la surprise alors qu'elle était l'unique responsable de la situation. Situation bien assez difficile à l'origine, envenimée à cause de Madame Koizumi, visiblement pas décidée à coopérer. Yukimori garda le silence, tentant de rassembler tout son calme et sa patience, sentant qu'il en aurait bien besoin.

- Au pire c’pas grave, t’as qu’à rentrer chez toi !

Il avait senti le sourire dans sa voix. Elle s'amusait de la situation. Si elle trouvait cela comique, elle était bien la seule. Yukimori avait presque envie de lui dire “Oui, vous avez raison. Je vais rentrer chez moi et j'attendrai que la milice vienne nous cueillir. C'est tellement sympa de faire connaissance dans une cage insalubre de trois mètres carré.” Et il serait ainsi reparti dans la demeure de son enfance. Mais il avait déjà été en cellule une fois. D'une part, ce n'était pas agréable. D'autre part, il suffisait de faire un rapide calcul pour réaliser que c'était une très mauvaise idée. S'ils se faisaient emmener au centre de détention, en huit mois, il aurait été marié trois fois et emprisonné à deux reprises. Très mauvais ratio. Si cela continuait dans cette lancée, l'an prochain, il serait exécuté. Il devait alors se montrer un peu plus persévérant et garder son sang froid. Il ne pensait pas que découvrir son nouveau logement et connaître sa nouvelle épouse serait un tel casse-tête.

- Je veux bien rentrer “chez moi” mais d'après ce que dit cette lettre, j'y suis et on ne m'y laisse pas entrer…

Il ignorait combien de temps elle serait capable de le laisser dans le couloir, si bien qu'il n'était pas tenté par le fait de lui dire qu'il ne bougeait pas d'ici avant qu'elle n'ait ouvert. Cela pouvait le mettre dans une position délicate puisqu'il n'y avait absolument pas de quoi satisfaire ses besoins primaires, sur le palier. Elle avait l'air de s'être donné du mal afin qu'il ne puisse pas entrer alors il imaginait qu'elle ne céderait pas rapidement. Alors il fallait qu'elle ait besoin de sortir, mais ne la connaissant pas, il ne pouvait pas savoir si elle travaillait ou avait des obligations les prochains jours. Il y avait peut-être une autre issue ? Une terrasse ? Un balcon ? Mais ce ne serait peut-être pas accessible depuis un appartement voisin… Puis même si c'était le cas, il n'était pas du genre casse-cou, il ne prendrait pas le risque de s'aplatir sept étages plus bas…

Comment devait-il donc s'y prendre ?.. La seule certitude qu'il avait était qu'elle ouvrirait lorsqu'elle en aurait besoin. Il lui restait deux possibilités. La première étant d'attendre qu'elle sorte et donc qu'elle ouvre la porte d'elle-même. Mais cela risquait de prendre beaucoup trop de temps. La seconde étant de tenter de lui faire peur. Il ne comptait pas rentrer chez ses parents, ni attendre l'échéance car il ne fallait surtout pas qu'il retourne en cellule. Sauf que ça, elle ne le savait pas. Nombreux sont ceux craignant le centre de redressement, peut-être était-ce le cas de Koizumi ? Il pourrait tenter de lui faire croire qu'il abandonnait alors que ce n'était pas le cas. Après tout, elle avait menti elle aussi… Et si elle ne craignait pas la cellule, il faudrait alors qu'il mette en place un plan pour pouvoir entrer lorsqu'elle serait partie. Il devrait trouver un endroit non loin d'ici pour surveiller les entrées et les sorties de l'immeuble. Certes, il ne pourrait pas la reconnaître car il ne savait pas à quoi elle ressemblait. Mais il avait apporté son ordinateur, il pourrait peut-être faire des recherches sur elle. Son nom de jeune fille apparaissant sur la le lettre rose, ce ne serait pas bien compliqué. Les gens ne réalisent pas les montagnes d'informations qu'ils laissent sur internet. Avec un peu de chance il y aurait même une photo d'elle. Cela faciliterait grandement l'opération.

- Très bien. Il est évident que je ne vais pas attendre indéfiniment devant cette porte. C'est simple, soit vous l'ouvrez, soit la milice s'en chargera.

En soit il n'avait même pas eu besoin de mentir car il s'agissait d'une vérité. Si elle n'ouvrait pas la porte, lui ne le pourrait pas alors ce serait à la milice de s'en occuper. A voir si cela suffirait à la convaincre, si ce n'était pas le cas, il suivrait la suite du plan. Dans tous les cas, il entrerait avant que la milice ne s'en mêle.
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posté
le Ven 3 Mai - 19:00
par Koizumi Otsuka
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Sleeplessly embracing
Yawn yearns into me
Plenty more tears in the sea
And so you finally use it
Bedding with me you see at night
Your heart wears knight armour…


« Déso, j’étais là en premier donc c’est chez moi. J’ai déjà refait la déco, d’ailleurs. »

Ton japonais est très beau. Ca s’entend. Ce sont les phrases d’un type qui a fait de longues études et qui les a réussi, avec des mots très élégants et très bien choisi qui coulent délicatement quand tu parles. C’est con, ils vont pas avec ta voix. T’as une voix de mec normal. Pas trop grave, pas trop aigue, bien maîtrisée. Une voix sans rien de particulier pour ton japonais d’intellectuel. Trop bizarre. A côté, on entend sûrement mon accent de Gifu. Tant pis. Tant mieux. Je veux que tu saches qu’on vient pas du même terreau, même si ça fait longtemps que je me suis déracinée.

Je pose la bouteille sur le canapé. Si je continue de boire, je vais pisser partout et quand même, pas pendant notre première rencontre. Ouais ça compte, même si je te vois pas. Au contraire, j’en sais déjà beaucoup rien qu’avec ce que tu me dis. Sourire, un peu crispé. La milice, sérieux ? Okay. Même si j’aime pas t’entendre parler de cellule, je fais comme si je m’en foutais en encochant ma deuxième volée de flèches :

« Okay gros, on fait comme ça ! Au moins, je verrai des vrais mecs avant de finir en taule. Dis voir, Yuki-chan, t’es pas un peu grand pour laisser des types plus costauds que toi faire le sale boulot ? T’as peur de te casser un ongle ou de froisser ta chemise ? »

J’observe la porte, les meubles, en équilibre sur un pied. Si je pouvais, je me collerais contre le battant pour écouter comment tu respires. T’es derrière, je le sais. Faudra bien que je sorte, demain je dois aller voir Kyo mais je veux pas te voir tout de suite, pas encore. Je me demande si t’es déjà en colère ou si je dois frapper encore. Ca serait bien que tu le sois. Enerve-toi. Pas trop de patience. Tu peux le garder, ton japonais trop polissé. S’il n’y a pas de failles dans ta garde, je ne peux pas courir et te dépasser sans même que tu m’aies vu venir. Et même si je crois pas en la machine, je veux pas qu’elle se plante au point de me coller un mec chiant. Je finis par faire la moue au tas de meubles.

« Tu sais, je m’étais vaguement dit que j’ouvrirais peut-être si t’étais marrant. Mais au final, Incontestable ou non, le Japon est toujours le pays de l’homme lamentable alors je vais te laisser faire ton nid sur le paillasson encore un petit peu. À plus, Action Man ! »

Et je repars dans le salon en augmentant la musique.
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Yukimori Otsuka
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le Sam 4 Mai - 10:51
par Yukimori Otsuka
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Égoïste. Deuxième adjectif pouvant la qualifier. Koizumi s'était visiblement emparée de l'appartement comme s'il lui appartenait à elle seule. Elle affirma qu'étant arrivée la première, il s'agissait de chez elle et qu'elle l'avait d'ailleurs agencé à son image. Yukimori sentait son agacement monter au fil des secondes mais s'efforçait de garder la tête froide. Inutile de s'énerver, elle serait contrainte - de gré ou de force - d'accepter cette cohabitation. Tout simplement car ils n'avaient pas d'autres choix. Yukimori ferait tout son possible pour avoir accès à l'appartement et pour accomplir ses devoirs. Non pas qu'il en avait envie, au contraire, mais il était conscient que contester l'incontestable serait vain. Tout ce qu'il pourrait obtenir serait un séjour en cellule et il devait éviter cela au maximum… En réalité, en constatant le caractère prononcé de Koizumi et sa rébellion, il craignait d'aller plus de deux fois en centre de détention et qu'on l'exécute.

Pourtant, c'est en faisant croire qu'il renonçait et qu'il attendrait sagement la venue de la milice qu'il avait tenté de faire réagir la japonaise.

- Okay gros, on fait comme ça ! Au moins, je verrai des vrais mecs avant de finir en taule. Dis voir, Yuki-chan, t’es pas un peu grand pour laisser des types plus costauds que toi faire le sale boulot ? T’as peur de te casser un ongle ou de froisser ta chemise ?

Grossière. Troisième adjectif pouvant la qualifier. Yukimori ne releva ni la familiarité du langage de Koizumi, ni le surnom rabaissant qu'elle lui avait attribué, ni même son flagrant manque de respect. Il encaissait sans rien dire, refusant de répondre à sa provocation. Il garda son sang froid, décidant de passer à la seconde partie du plan.

- Tu sais, je m’étais vaguement dit que j’ouvrirais peut-être si t’étais marrant. Mais au final, Incontestable ou non, le Japon est toujours le pays de l’homme lamentable alors je vais te laisser faire ton nid sur le paillasson encore un petit peu. À plus, Action Man !

Mesquine. Quatrième adjectif pouvant la qualifier. Elle tentait de lui faire croire que s'il avait été autrement, il aurait pu accéder à l'appartement. Mais c'était de la pure manipulation, il le savait. Elle disait cela uniquement pour le rabaisser et lui faire porter la culpabilité de la situation. Or, la seule coupable de ce manège c'était elle.

A peine eut-elle terminé son speech - que Yukimori n'avait écouté qu'à moitié car elle n'avait visiblement rien d'intéressant à raconter - que le son de la musique se fit plus fort. Message reçu, elle ne l'écouterait plus. Il était hors-de-question qu'il “fasse son nid sur le paillasson” alors il appela immédiatement l'ascenseur et quitta l'immeuble. Il s'arrêta un instant devant la porte d'entrée et regarda quels étaient les point de vue intéressants qui l'entouraient. Là. Un café, a sa diagonale. Avec une grande baie vitrée en plus. Ce serait parfait. Il entra demandant poliment un café long et le code WiFi.

Son regard passait continuellement de l'écran de son ordinateur à l'entrée de l'immeuble. Il tapa sur la barre de recherche de son navigateur l'identité qui apparaissait sur la lettre rose. “Koizumi Hanagami”. A sa grande surprise, il pu trouver rapidement des informations sur elle ainsi que son visage. Elle était donc footballeuse professionnelle. Bizarrement, elle n'avait pas rehaussé l'opinion qu'il se faisait des sportifs. Il était resté ainsi pendant des heures, scrutant l'entrée de l'immeuble. Plusieurs personnes y étaient rentrées, une vieille femme avait sorti son chien, mais pas de Koizumi à l'horizon. La nuit était tombée depuis plusieurs heures à présent, on l'invitait gentiment à rentrer chez lui puisque le café était sur le point de fermer. Il termina le fond de café froid stagnant dans la tasse avant de ranger ses affaires et de quitter le lieu. Il y reviendrait dès l'heure d'ouverture.

Il avait réfléchi au préalable où il passerait sa nuit. Il n'allait pas rentrer chez ses parents, c'était une certitude. D'une part car il fallait compter une bonne heure de taxi jusqu'à chez eux. D'autre part car il ne voulait pas devoir leur expliquer qu'il se retrouvait face à une porte bloquée que l'épouse refusait d'ouvrir. Alors il avait trouvé un hôtel à une vingtaine de minutes à pied de l'appartement où il avait réservé pour cette nuit, malgré son prix élevé. Il s'y rendit rapidement en mangeant des onigiris achetés sur le trajet. Autant dire que cette histoire lui avait coupé l'appétit mais il se força tout de même, afin d'avoir assez de nutriments dans le corps pour supporter la journée du lendemain. Lorsqu'il fut arrivé dans sa chambre d'hôtel, il prit rapidement une douche, se brossa les dents et programma l'alarme de son téléphone pour huit heures le lendemain. Il en profita pour envoyer quelques messages à sa cousine, annonçant son troisième mariage et évoquant ses mésaventures. Le fait d'en parler lui retira un poids sur les épaules, et c'est l'esprit plus léger qu'il s'endormit.

Le lendemain, il se prépara rapidement, rassembla ses affaires et se rendit avec son sac dans le café qu'il avait repéré la veille. Il commanda cette fois-ci le menu petit-déjeuner et patienta, scrutant sans relâche l'entrée de l'immeuble, espérant voir Koizumi apparaître enfin…
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le Mar 14 Mai - 17:42
par Koizumi Otsuka
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Hunger of the pine
I'm a female rebel
I'm a female rebel
I'm a female rebel


J’ai monté la musique mais j’ai tout entendu. C’est-à-dire rien.
Tu hausses pas la voix pour essayer de me convaincre. Tu te mets pas à gueuler pour tenter de me faire peur. Tu ne lances pas la charge contre les murailles. Non. Tu te tires. Parce que tu te dis certainement que c’est pas un château, juste une porte et que je finirais bien par l’ouvrir. Ben voyons.
Le siège fait que commencer.

Couper la musique. Courir jusqu’au balcon. Se coller à la fenêtre en toute discrétion. Je suis trop grande, on peut pas me rater mais je veux pas que tu me vois. Je me fais toute petite derrière le rideau et je regarde en bas. Y a plein de gens qui passent, j’ai aucun moyen de savoir si c’est toi. A quoi tu peux bien ressembler avec ta voix normale et ton japonais policée ?
Y a ce jeune qui pianote sur son smartphone. Y a ce salaryman qui desserre sa cravate. Y a ce lycéen qui plisse les yeux face au soleil. Y a ce type qui s’assoit sur un banc avec l’air perdu. Y en a plein d’autres que je rate parce qu’ils marchent trop vite. Et toi que j’ai raté quand t’es sorti de l’immeuble.
Je scrute le trottoir. Mes doigts tapent contre la vitre et je continue de regarder même quand je sais que je te verrai plus.
T’es partout et nulle part à la fois. Tu me cernes comme un ennemi invisible.
Frisson. Je froisse le rideau dans ma main. Je me fous d’à quoi tu ressembles mais je voudrais pas… je voudrais pas que tu sois…

Je me détourne de la fenêtre, je m’éloigne à grands pas. Faut pas que je pense à ça.
J’allume la télé pour mater une série. Plus tard, je me cuisine des nouilles avec du kombu. Je lis. Je sors Fafnir pour le porter un peu. Je regarde tomber la nuit. Seule la lumière change, l’obscurité n’existe pas ici. Le repos non plus.
22h47. Je vais me coucher voler ouverts. Les étoiles s’allument, un peu. Trop de pollution pour bien les voir. A Gifu, la nuit n’était pas en matière synthétique comme ici. Je m’en veux d’avoir ravivé ce souvenir.
Je n’ai pas sommeil. Je regarde par la fenêtre en me demandant ce qui se passerait si toi ou moi on mourrait, là, tout de suite…

20 avril 2111, 16h34. Je sors.
Il me faut une demi-heure pour pousser tous les meubles et dégager la porte, parce que je m’énerve. Je jure, je souffle, j’engueule tout ce bordel que j’ai mis. J’aime pas quand mes bonnes idées se retournent contre moi. J’aurais pas eu besoin de faire ça si t’avais pas été là.

Je sors. Ça me soûle. J’ai pas envie de te libérer la voie, que tu puisses entrer dans cet endroit, dans ma vie, dans mon lit, dans tout ce qui ne t’appartiens pas. Je veux pas de toi. Je voudrais laisser tout ça en place jusqu’à ce que tu crèves. Je voudrais être la seule à pouvoir passer ce barrage, être dans un vrai château fort et pas dans cette piaule qu’on doit partager.
Créneaux, balistes, trébuchets, eau bouillante et catapultes, tout, tout sur ta gueule et surtout une poterne pour que je puisse me barrer sans que tu le saches parce que je peux pas rester là.
Fafnir peut rester sans bouger des heures et des jours dans son terrarium. Pas moi. J’en ai déjà assez. Plus rien n’est suffisant pour me faire oublier que je suis piégée. Cet endroit est trop petit, mon corps aussi. Je bouge partout dans les pièces sans pouvoir me calmer parce que je peux pas m’arrêter de m’agiter en dedans.
Ça fait quatre ans que j’ai pas passé autant de temps sans entraînement.
Alors je sors. Y en a marre.

Jean, résilles, veste, débardeur, bracelets de cuir. Je respire à fond une fois devant l’immeuble. J’ai envie de sauter jusqu’à remplir tout l’espace. À la place, je sautille, m’étire un peu, puis trottine jusqu’au métro le plus proche.
Kyo a sa convention aujourd'hui. Faut que je vérifie s'il est toujours aussi petit et que j'achète la fin de son stock, sinon je pourrai pas lire la suite.
J’ai pas les bonnes fringues pour courir mais c’est pas grave. J’ai l’impression de reprendre le contrôle sur mon corps.
Au fond c’est pas plus mal. Amène-toi, Yuki-chan. Je suis pas faite pour les guerres d’usure.

Sleeplessly
Embracing
You...

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Yukimori Otsuka
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le Mer 15 Mai - 11:06
par Yukimori Otsuka
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L'attente était longue et pénible. Yukimori n'osait pas quitter la porte d'entrée de l'immeuble du regard, de peur de la manquer.  Il suffirait de quelques secondes d'inattention pour que la fameuse Koizumi sorte enfin de sa cachette et disparaisse de son champ de vision. Il était alors en alerte, prêt à laisser un billet, attraper son sac et rejoindre au plus vite l'appartement. Il n'avait même pas sorti son ordinateur, pour éviter de le distraire ou de le ralentir. Il patienta des heures et des heures, les yeux rivés vers l'extérieur. Il en vit, des passants. Des hommes, des femmes, des entre-deux. Des plus ou moins jeunes. Certains seuls, d'autres accompagnés. Il regardait ainsi les individus circuler dans la rue lorsqu'un mouvement au niveau de la porte d'entrée attira son regard.

Son cœur manqua un battement. C'était elle, il en était certain. Il avait vu son visage sur le net. Ce qu'elle était grande ! Certainement plus que lui… Il n'était décidément pas prêt de se débarrasser du doux surnom dont elle l'avait affublé : Yuki-chan… Il l’observa un instant. Style vestimentaire manquant cruellement d'élégance, de classe. Dégaine d'ado sportive… L'incontestable avait donc définitivement décidé de se jouer de Yukimori, une fois encore. Le jeune homme avait parfois la sensation de faire partie d'une étude sociologique tant ces derniers mois lui semblaient surréalistes. La découverte de cette femme confirmait cette impression puisque cela le laissait dubitatif. Si la machine avait cherché le parfait opposé du jeune homme, elle avait trouvé la bonne candidate. Et dire, qu'à peine un an auparavant, il était persuadé que le système unissait des individus compatibles... Quelle naïveté. Il savait désormais que cela n'avait absolument aucun sens. Cela devait être du pur hasard et chacun tentait de s'adapter à la situation. En ce qui le concernait, il lui semblait avoir réussi à s'accommoder de ses deux mariages précédents. Le second, plus que le premier, d'ailleurs… Mais il avait beaucoup de difficultés à se projeter pour ce troisième. Cela avait si mal débuté, Yukimori ignorait comment la suite des événements pourrait être moins chaotique. De plus, il n'avait véritablement pas une haute estime de sa nouvelle “épouse”. Il ne se voyait absolument pas suivre les devoirs de l'incontestable et pourtant, il n'en aurait pas le choix…

Il soupira longuement, laissant de la monnaie pour ce qu'il avait consommé dans le café et lorsque l'épouse disparut de son champs de vision, il s'empressa de rejoindre l'appartement, le cœur battant à tout rompre. Une fois devant la porte d'entrée, il entra le code rapidement, craignant que son plan ait échoué. Cependant, cette fois-ci, la porte s'ouvrit sans aucune résistance. Yukimori avait presque le sentiment d'entrer par effraction tant il avait le sentiment de ne pas être le bienvenu. Il entra prudemment et referma la porte derrière lui. Il resta immobile un instant, découvrant avec effarement la quantité de meuble dans l'entrée. C'était donc ainsi qu'elle avait bloqué l'entrée… A sa place il aurait simplement installé un verrou. Moins encombrant, plus efficace, réutilisable à l'infini… Il se déchaussa, ôta son manteau et se fraya un chemin jusqu'au reste de la maison. Ce désordre l’ennuyait sincèrement mais il estimait que ce n'était absolument pas à lui d'y remédier. Faisant face à l'entrée, ce n'est qu'en se retournant qu'il remarqua une sorte d'aquarium, ne comportant pas l'eau suffisante pour accueillir des poissons. Il s'en approcha, intrigué, détaillant avec curiosité les lumières, les végétaux, les branchages, les différents recoins et cachettes dissimulés par-ci, par-là, le serpent… Le serpent ?! Il recula précipitamment si bien que sa tête percuta un meuble.

- Aïe…

Il jaugea un moment ce qui était visiblement un terrarium, en se frottant la tête. Il refusait d'y croire. Ce n'était pas vraiment un serpent qu'il avait aperçu, si ?.. Pitié que non… Elle ne pouvait définitivement pas avoir que des tares, cette femme. Il s'approcha une nouvelle fois du terrarium, tout doucement, un air soucieux sur le visage. Et si… L'immonde bête roulée sur elle-même n'était autre qu'un serpent. Quelle horreur… Entre l'épouse infernale et l'animal abominable, Yukimori remercia intérieurement l'incontestable pour le pack empoisonné. Il se demanda un instant lequel des deux était le plus dangereux pour lui. Étrangement, il n'était pas certain que le plus redoutable soit celui derrière la vitre…

Il fit rapidement le tour du propriétaire, peu enthousiaste. Séjour, chambre, toilettes, salle de bain… Une des portes était verrouillée. Madame avait donc droit à sa pièce personnelle, très bien… Il découvrit la dernière pièce et sans nulle doute la meilleure. Le bureau. Son bureau. Naturellement, il s'y installa sans perdre de temps. Il prit même le soin de s'enfermer dans la pièce, établissant ainsi son repère. Il sortit son ordinateur quelques dossiers et, comme il le faisait habituellement, il se réfugia dans son travail.
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le Dim 19 Mai - 9:29
par Koizumi Otsuka
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Realization grew on me
As quickly as it takes your hand
To warm the cold side of the pillow...


19h16. Y a encore du monde à cette heure-ci, le taxi avance à petites foulées. Je serais bien rentrée autrement mais j’avais pas le choix. Trop chargée.
La pile de mangas tangue à côté de moi sur la banquette arrière. Une dizaine de tomes de Kyo et deux trois autres trucs cools que j’ai achetés. Quand la voiture prend un virage, je les retiens d’une main pour qu’ils penchent juste ce qu’il faut. Le but du jeu, c’est de tenir jusqu’à la maison, cet endroit que je suis sensée considérer comme chez moi alors que c’est pas chez moi puisque je suis forcée de le partager avec toi. Je serais chez moi si je pouvais continuer de te garder dehors, de tout barricader pour ne jamais voir ta tronche.
Comme ça, je pourrais devenir dingue et mourir emmurée vivante, mais chez moi.
Quel plan de merde.

Le taxi arrive, se gare devant l’immeuble. Payer. Remercier. Décliner poliment quand il propose de m’aider avec tout mon bazar. Non, merci, c’est gentil mais j’ai besoin de personne. La pile ballote en équilibre précaire sur mes bras. Entre la porte d’entrée et l’ascenseur, y en a trois qui font le grand saut. Un seuil de perte acceptable.
J’ouvre le verrou, pousse la porte, entre. Aussitôt, je les vois. Une paire de pompes noires, bien cirées, qui luisent dans l’entrée comme deux gros scarabées. Du 41. Je me raidis. La forteresse a été investie en mon absence. Je suis maintenant dans une place forte ennemie.
Je n’annonce pas que je suis arrivée. Mes chaussures volent, les mangas sont posés au hasard sur les meubles qui bouchent encore l’entrée et j’avance avec circonspection, en marchant tout doucement sans faire de bruit.
Un chasseur et un loup sont dans la forêt. Lequel est toi ? Lequel est moi ? Je sais pas. La seule chose que je sais, c’est que c’est moi qui aurait ta peau la première.

Tout est silencieux. À l’exception de tes godasses, tout est presque comme je l’ai laissé. Fafnir non plus n’a pas bougé. Dommage. J’aurais bien aimé être cachée dans un coin quand tu l’as vu. T’as du tirer une tronche d’abruti, comme tous les gens stupides qui ne voient pas sa beauté. Je lui adresse un clin d’œil et un signe complice pour lui dire que je gère avant de continuer à te chercher.
Il faut que je te trouve d’abord. Sinon ça n’ira pas. Je ne pourrai pas aussi bien me défendre si c’est toi qui sors du bois en premier. Heureusement pour moi, t’as rien d’un prédateur.
Je m’arrête au fond de l’appart’, près des pièces qui servent à rien. Tout est silencieux, ou presque.
Ce que j’entends là, c’est le son d’un clavier. Okay.

Sans un mot, je retourne vers l’entrée, me plante devant le tas de bazar. Commode, armoire, bibliothèques et canapé. Bon… Prendre son souffle, faire jouer ses épaules, tester les prises. Ça semble pas mal. J’inspire un bon coup et m’arc-boute pour traîner le meuble derrière moi. Je sais plus où j’ai pris cette commode, dans la chambre je crois. Au fond, je m’en fous, j’ai peut-être même pas l’intention de tout remettre à la même place qu’avant. En attendant, je mets toute mon énergie à pousser ce truc jusqu’à ta porte.
Ouais. Même que je rajoute une bibliothèque pour faire bonne mesure. Ensuite seulement, je mets la musique à fond avant d’aller me faire des pâtes.
Head like a hole, Nine Inch Nails.
J’suis trop fière de moi.
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le Dim 19 Mai - 19:56
par Yukimori Otsuka
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Les heures s'écoulaient bien plus rapidement depuis que Yukimori avait réussi à pénétrer dans l'appartement. Absorbé par ses dossiers, il ignorait cette appréhension qui le gagnait peu à peu. Lorsqu'il s'était installé à son bureau, il s'était interrogé sur la façon dont ils allaient pouvoir procéder -avec l'épouse- pour parvenir à une entente acceptable. Ou plutôt un semblant de cordialité mutuelle et constante… Cela paraissait être un bon début, déjà. Si, généralement, il était d'un naturel poli et paisible, il sentait qu'au contact de cette femme cela devenait bien plus compliqué. Il refusait de l'admettre mais elle avait déjà réussi à effriter sa patience et son sang-froid, laissant place à des pointes de rancœur et d'incompréhension. Elle agissait de la pire façon possible pour rendre la situation supportable. Il avait saisi qu'elle ne souhaitait pas ce mariage et c'était tout à fait réciproque. Cependant, lui, il avait la décence de ne pas lui faire porter la culpabilité de cette décision de l'Incontestable. Il n'avait pas réellement fait sa connaissance, encore, mais leurs premiers échanges ne l'invitaient absolument pas à lui accorder de l'intérêt.

Trop concentré sur sa tâche, il avait fait le vide dans son esprit. Il n'avait alors pas prêté attention au bruit du verrou. Ni au son de deux objets volants non identifiés s'écrasant sur le sol. C'est un coup contre sa porte qui détacha son regard de l'écran. Quelqu'un avait-il frappé ? Il n'en était pas sûr. Un deuxième faible coup vint confirmer ses doutes. Il soupira. Il n'avait aucune envie de se confronter à cette femme mais il le faudrait tôt ou tard. Il en était conscient. Il se levait tranquillement de sa chaise lorsque le volume bien trop fort d'une chanson irritante le crispa. Il se hâta vers la sortie du bureau afin de lui demander de baisser un peu la musique. Il déverrouilla la porte et l'ouvrit d'un coup sec avant de se retrouver nez à nez… Avec des meubles. Il se retrouvait donc officiellement marié avec une adolescente en crise dont l'acte de rébellion favoris était de bloquer les portes avec des meubles… Autant dire que les perspectives d'avenir ne semblaient pas très engageantes… Il prit sur lui, respirant doucement, veillant à ne pas s'emporter. Il devrait faire preuve de patience en attendant qu'elle cesse son petit manège. Il ne devait surtout pas entrer dans son jeu, cela finirait par lui passer. Si elle cherchait à l'ennuyer, elle n'allait récolter que l'indifférence. Du moins, il ferait tout son possible pour s'y tenir.

Elle voulait le voir dégager péniblement l'entrée de son bureau ? Le tourner en ridicule ? Se moquer de lui ? Eh bien, elle serait déçue. Elle comprendrait rapidement que ses mesquineries ne serviront à rien si ce n'est la mettre elle-même en difficulté. Il referma alors la porte sans prendre la peine de la verrouiller et s'installa à nouveau sur la chaise, face à son ordinateur. Il commençait à avoir faim, pourtant. Il savait qu'il devrait partager ce repas avec elle, ainsi qu’une activité et qu'il leur faudrait également échanger un baiser. Mais il préférait ne pas y penser, il ne s'en sentait pas prêt. Pas dans ces conditions en tous cas. A cet instant, il regretta de ne pas avoir patienté encore un jour ou deux avant d'entrer dans l'appartement et de valider le mariage… Il jeta un coup d'œil à sa montre. Dix neuf heures et trente deux minutes. Il lui restait donc un peut moins de quatre heures et vingt-huit minutes pour accomplir leurs devoirs et ne pas finir en cellule. Il estima que cela serait entièrement faisable s'il s'y penchait sérieusement dans cinquante huit minutes. Il verrait à ce moment-là, comment il procéderait. En attendant, il mit un casque réducteur de bruit sur ses oreilles et lança une playlist de sons relaxants. Il ne doutait pas en avoir besoin, en préventions de la suite des événements. Puis, il reprit son travail, aussi imperturbable que quelques minutes plus tôt.

Ces cinquante-huit minutes passèrent péniblement. La femme avait augmenté le son de la musique et même le casque réducteur de bruit ne pouvait plus rien pour le jeune homme. Il le garda pourtant sur les oreilles un instant, prenant le temps de faire le plein de patience et de sang-froid. Lorsqu’il se sentit prêt, il verrouilla son ordinateur, posa son casque sur le côté et décida de sortir de la pièce. Première étape, dégager le passage. Seconde étape, accomplir chacun des devoirs. Il ouvrit la porte et fit face une nouvelle fois aux meubles. S’il poussait la commode comme une brute, il ferait probablement tomber la bibliothèque. Il devait donc mettre de la force pour déplacer les meubles mais faire preuve de douceur pour ne pas faire de dégâts. Il s'exécuta avec difficulté mais avec de la ténacité, il finit par libérer l’espace suffisant pour pouvoir passer. Il nota intérieurement de reprendre une activité physique régulière parce qu’il ne suivrait pas avec les épreuves de forces que lui imposait l’épouse… De plus, cela lui donnerait une raison pour rentrer plus tard à l’appartement.

La première étape étant validée, il pouvait désormais passer à la seconde. Il se dirigea directement dans le séjour et il y découvrit la femme, son serpent autour du cou. Alors c’était elle, Koizumi Hanagami, celle que l‘incontestable lui avait imposé pour le meilleur et pour le pire. Visiblement, davantage pour le pire, étant donné son comportement... Elle n’avait pas l’air très avenante avec son reptile mais Yukimori s’efforça de garder un air neutre. Il ne devait ni laisser transparaître sa contrariété quant aux actes de celle-ci, ni la crainte qu’il pouvait ressentir vis à vis de l’animal. Il ne ferait donc aucun commentaire à propos des meubles devant la porte et agirait comme si de rien n’était.

- Bonsoir. Avez-vous dîné ?

Question rhétorique. Il se moquait de la réponse puisqu’ils devaient manger ensemble. Alors il se dirigea dans la cuisine. Il ouvrit les placards et le réfrigérateur, à la recherche d’une idée de repas. Il ouvrit également le congélateur, pensant qu’il y trouverait peut-être un plat congelé, tout prêt. Il n’avait nulle envie de se compliquer l’existence ce soir. Mais lorsqu’il en vit le contenu, il le referma aussitôt, écoeuré. Des souris. Tout à fait logique, pourtant, étant donnée leur cohabitation avec le reptile, mais il ne s’y attendait pas. Il n’était plus certain d’avoir très faim, à présent. De plus, il n’y avait pas grand chose de disponible et le peu qu’il y avait appartenait à l’épouse. Il réalisa alors qu’il avait complètement oublié d’aller faire des courses. Il avait certainement pris certaines mauvaises habitudes en logeant chez ses parents pendant un mois… Il reporta son attention vers la femme au serpent.

- Cela vous dérange-t-il si j’utilise ce qui vous appartient, pour manger ?

Il espérait que ce ne soit pas le cas car s’il devait sortir pour faire quelques courses, il craignait de ne pas pouvoir rentrer à cause de la fâcheuse manie de déménageuse dont souffrait l'épouse. Ou à moins qu’il l’invite à l’accompagner. Cela ferait office d’activité quotidienne, après tout.

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le Lun 3 Juin - 18:59
par Koizumi Otsuka
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I’m there for you, be there for me
I’ll hum the song the soldiers sing
As they march outside our window
Hunger of the pine...


J’ai monté la musique mais ça suffit pas. Non, ça suffit pas quand je t’entends ouvrir la porte. Je m’immobilise, la poignée de nouilles au-dessus de la casserole. Faut pas que je bouge. Si je fais un mouvement, un seul, l’onde de choc te transmettra les battements de mon coeur. Il cogne déjà si fort que j’ai l’impression qu’il fait trembler les murs, ébranle les fondations. Ma belle forteresse assiégée qui commence déjà à s’écrouler.
Tu vas sortir de la pièce.
Je vais te voir, te reconnaître. Les traits de ton visage vont remplacer ceux des kanjis de ton nom. Je vais être obligé de les lire, d’y voir inscrit le mot “mari”. J’ai pas envie.
Finalement, rien de tout ce que j’ai fait ne suffit.
Quoique, en fait si.

La porte se referme sans que les meubles ne bouge. J’en reste baba, mes pâtes à la main et l’air de n’avoir pas inventé l’eau chaude pour aller avec. Je sais pas trop comment, mais le dernier rempart a tenu bon. La vache…
Comme une idiote, je me marre. J’imagine ta tête avant que tu jettes l’éponge et je rigole en jetant mes nouilles à l’eau. C’est bête et ça veut rien dire, mais elle me fait du bien cette petite victoire. Elle me donne du cœur au ventre pour la suite du siège. T’es peut-être dans la place mais je te le dis par avance : t’auras jamais le bastion.
Je me battrai contre toi jusqu’à la dernière pierre.

Je laisse défiler l’album en mangeant mes nouilles aux algues et mon œuf à la coque. Prendre des forces. Préparer le face-à-face. Goûter les nouilles trempées dans l’œuf. Pas mauvais. Tester avec l’algue. Bof. Essayer de fourrer les nouilles et les algues dans la coquille d’œuf. Y a du bouillon qui coule. Ça déborde. Merde, y en a partout. Bon tant pis. La prochaine fois, je mettrai l’œuf direct dans le bouillon. Et je le testerai sur toi d’abord.
Je laisse la vaisselle dans l’évier. Le CD arrive à la fin, alors je change. Alt+j de nouveau, je suis trop bonne avec toi. Je baisse même le son parce que je sens que tu vas pas tarder à te montrer et faut que je sois prête. Avec des gestes plein de douceur, j’ouvre le vivarium pour attraper Fafnir.

Il se laisse faire. Il a l’habitude. Je le sens dans la façon dont les écailles de son ventre épouse la ligne de mes épaules. C’est froid, doux, lisse, remplis de muscles qui bougent lentement. Les gens s’imaginent que les serpents sont visqueux et mous et dégueux. Ils ont simplement croisé un miroir sans faire gaffe.
Les serpents sont des merveilles de puissance, des ouragans qui ralentissent pour qu’on puisse les voir. Ca fait bientôt deux ans que Fafnir m’emporte dans ses bourrasques écailleuses qui s’étirent à l’infini. Je pourrais le regarder des heures, lui donner toute ma chaleur. Dans le poids de ses anneaux, je touche la courbe du monde.
J’en suis la prêtresse quand tu sors enfin de ton trou. J’attends ton offrande parée de mon collier d’écailles.
Putain, j’suis pas déçue.

Ça commence par des petits mouvements par à-coups qui poussent repousse les meubles petit à petit. Le bélier le plus doux du monde qui t’ouvre la voie tellement lentement que j’ai presque envie de venir t’aider parce que je sais que moi, je le ferais trois fois mieux que toi.
De toute façon, sans même voir ta tronche, je sens bien qu’on est pas pareil. T’es trop calme, trop tranquille, trop plat comme une mer d’huile. C’est le plus chiant parce qu’on voit pas les icebergs.
À la place, je te vois toi.

Tu sais quoi ? J’ai vécu toute ma vie dans ce putain de pays. Pourtant, je crois pas avoir déjà vu quelqu’un de plus japonais. C’est pas tes cheveux noirs, ni tes yeux, ni ta gueule, ni ta chemise bien repassée. C’est plus que ça encore.
T’es plus petit que moi. Tant mieux. J’aurais pas aimé que tu sois grand. J’aurais pas aimé penser que tu puisses me maîtriser si t’en avais envie, parce que dix putains de centimètres te donnent une meilleure prise, un meilleur angle, davantage d’ombre où noyer mon courage.
T’es belle, Koi-kun…

Je frissonne mais ça se voit pas. Par la visière de mon armure serpentine, je te regarde, je cherche la faille dans ta garde. Mais t’es tout lisse toi aussi, tu prends ton temps, tu restes propre et impassible comme si t’avais déjà l’habitude. Comme un serpent. En vrai, j’aurais aimé que tu t’énerves.
J’aurais aimé que tes yeux ne soient pas si profonds, ton regard si direct, tes appuis si sûrs.
C’est drôle. En te voyant là, tout frais dans ta chemise blanche et tes cheveux bien peignés, on pourrait penser que t’es un mec banal et nul comme notre pays en dégueule par douzaine mais c’est pas le cas.
T’es petit et pourtant t’as la stature d’un pilier. Putain, tu vas me faire chier.
Et puis y a ta voix lambda et ton japonais rutilant.

« P’têtre. »

Evidemment que j’ai déjà bouffé, j’allais pas t’attendre. Je me fous qu’on doive manger ensemble. J’allais pas renoncer à mon dernier repas solitaire avant que tu envahisses jusqu’à mon assiette.
Sans un mot, je te regarde galérer dans la cuisine à la recherche des vivres. Frigo. Placards. Congélo. Oh oui, le congélo. Je souris en caressant mon acolyte.
Tu vas gerber ? Ça serait drôle. Je te regarderai nettoyer. Mais finalement, c’est mieux de te regarder faire la manche.
Je me lève de la banquette sans geste brusque, maintenant Fafnir sur moi pendant que je bouge. Tu demandes avant de te servir. Je suis sûre que t’as pas de frères et sœurs. Sinon, tu te grouillerais de prendre ce que tu peux tant que tu le peux. Je t’envie. J’aurais aimé avoir droit au luxe de la courtoisie.
Pendant un long moment, je te regarde pas. Quand je le fais, c’est pour que tu regrettes que je t’ai pas entendu finalement :

« Ch’ais pas. J’aime bien ces ramens et je partage pas ce que j’aime. Mais Fafnir dit qu’il peut te dépanner si tu veux. »

C’est ma charité que tu veux ? Viens la chercher.
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le Mar 4 Juin - 19:22
par Yukimori Otsuka
Aussi fort que tu peux
A peine Yukimori avait-il demandé l'autorisation à l'épouse de se servir de sa propre nourriture pour dîner, qu'il le regrettait déjà. La situation semblait bien trop amuser la femme qui s'était levée de la banquette, son reptile autour du cou. Il n'était pas à l'aise. Pas du tout. Il ne se sentait pas particulièrement en sécurité avec l'animal, ni avec la maîtresse. De plus, il sentait un certain potentiel à cette dernière pour chercher à le mettre en difficulté. Cependant, il n'en montrait rien, attendant en silence qu'elle daigne lui répondre, le regard posé sur elle.

- Ch’ais pas. J’aime bien ces ramens et je partage pas ce que j’aime. Mais Fafnir dit qu’il peut te dépanner si tu veux.

Sans doute se trouvait-elle absolument amusante de se jouer de lui de la sorte, mais elle était bien là seule à se divertir. Yukimori n’afficha aucune réaction, imperturbable. Il avait déjà remarqué qu'elle était égoïste et mesquine alors il ne s'attendait pas particulièrement à une autre réaction de sa part. Aucune surprise. Elle avait l'air d'une enfant gâtée qui refuse de prêter ses jouets… Il en avait croisé dans sa vie, des rejetons de familles traditionnelles particulièrement riches, qui refusaient également de partager ce qu'ils appréciaient. Mais eux avaient au moins l'avantage d'avoir conscience un tant soit peu de la bienséance et d'avoir développé bien plus d'éloquence que cette femme. Jamais on ne l'avait coincé dans une pièce en bloquant la porte avec des meubles. Jamais ces enfants insupportables ne s'étaient adressés à lui avec des "Ch'ais pas" ou encore des "Ok, gros". Aucune classe… Il était alors persuadé qu'elle n'avait pas évolué dans un milieu comme le sien. Il pensait davantage à un milieu très populaire où, quand tu as la chance d'obtenir quelque chose, tu veilles à pouvoir le garder.

Puisqu'elle ne semblait pas vouloir se montrer très partageuse, il devait trouver une autre solution, seul, pour le dîner de ce soir. Il avait effectivement pensé que si elle refusait, il allait devoir faire quelques emplettes pour remplir le réfrigérateur. Mais le risque était bien trop grand. Il finirait probablement par devoir pousser des kilos de meubles à travers la porte afin d'obtenir la légitimité, auprès de l'épouse, à rentrer dans l'appartement. Autant dire que cette vision ne le réjouissait absolument pas. Il avait alors imaginé qu'elle pourrait l'accompagner mais il jugea que ce n'était absolument pas une bonne idée. Il se voyait déjà prendre un refus de la part de cette femme qui ne manquerait pas de le tourner encore en ridicule. "Dis voir, Yuki-chan, t'es pas un peu grand pour avoir besoin de quelqu'un pour te surveiller dans le magasin ?" Il l'entendait déjà prononcer ces mots… Toujours avec un regard neutre il lui répondit:

- Cela ne fait rien, merci quand même.

Les possibilités n'étaient pas infinies. Puisqu'il ne se servirait pas de ce qu'il y avait chez eux pour dîner et qu'il ne quitterait pas l'appartement non plus, il devait recevoir de la nourriture depuis l'extérieur. Il allait se faire livrer quelque chose, oui, tout simplement. Alors il attrapa son téléphone dans sa poche et lança l’application de livraison de repas à domicile. Il reporta son regard vers l’épouse.

- Je vais commander de la nourriture. Voulez-vous quoi que ce soit ?

Certes, elle avait peut-être déjà mangé et dans tous les cas, il aurait pu la laisser avec ses ramens qu’elle affectionnait tant. Cependant il s’était promis de faire des efforts et de ne pas garder de rancoeur envers elle, alors ce fut naturellement qu’il se vit lui proposer de prendre quelque chose pour elle, comme il l’aurait fait pour quelqu’un d’autre. Il passa alors commande. Selon les estimations du site, cela arriverait dans environ une demi-heure. Cela lui laissait le temps de discuter un peu avec l'épouse, ce qui devrait compter comme l'activité du jour. Autant dire qu’il n’était pas un grand bavard et qu’il le faisait par obligation et non par envie, alors il ne savait pas tellement quel sujet aborder avec elle. D’un point de vue stratégique, s’il voulait que la tentative de dialogue fonctionne, il devait choisir un sujet qui suscitera l’intérêt de l’épouse. Il avait appris quelques détails sur elle grâce à internet mais qu’il n’abordera pas immédiatement afin de ne pas dévoiler avoir fait des recherches sur elle. Alors les seuls éléments qu’il était censé avoir pour le moment, c’était sa passion débridée pour les déménagements, ses défauts dont elle ne se cachait pas et sa cohabitation saugrenue avec un reptile. Il était conscient qu’évoquer les deux premiers thèmes était un peu hasardeux, alors il favorisa le troisième.  De toutes façons, il lui semblait plutôt utile d’obtenir des informations sur l’animal étant donné qu’ils vivraient sous le même toit.

- Depuis combien de temps vivez-vous avec…

Elle avait dit son nom, un peu plus tôt. Il aurait dû s’en souvenir, se montrer plus attentif… Il avait plutôt bonne mémoire habituellement, pourtant...  F… Funin ?.. (=Stérilité) Probablement pas… F… Fakir ?.. Non plus… Impossible de mettre la main dessus.

- Votre serpent ?

Simple et efficace. Tôt ou tard, elle finira bien par prononcer son nom, à ce moment là il le mémorisera. Il espérait intérieurement que son semblant d’intérêt envers le serpent ne pousse pas la jeune femme à vouloir trop l’approcher avec. Qu’elle garde ses distances, elle et l’écailleux, ainsi c’était parfait.
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posté
le Jeu 20 Juin - 17:09
par Koizumi Otsuka
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Sleeplessly
Embracing
Sleeplessly
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You...


Est-ce que t’as peur ? Je me le demande. C’est peut-être Fafnir qui te met mal à l’aise et ça serait normal. C’est l’instinct qui parle, celui qui te dit qu’un ancêtre commun a passé le silex à gauche, empoisonné par une morsure. Je ne te dirai pas tout de suite que les serpents des blés ne sont pas venimeux, que ses dents te feront moins mal qu’une griffure de chat et qu’il ne grandira jamais assez pour pouvoir t’étouffer. Je te laisserai croire encore un peu que tu pourrais mourir si j’oubliais de fermer son vivarium.
J’aimerais bien mais faut pas trop se leurrer non plus. Tout le monde a peur dans un mariage japonais. Tout le monde se demande de quoi maintenant sera fait. T’échappe pas à la règle, pas plus que moi, je crois pas.
La seule différence, c’est que moi j’avance la truelle à la main pour être sûre de connaître la réponse. Je peux me tromper, mais je crois que tu vas essuyer plus d’un plâtre. Tu dois le savoir toi aussi parce que tu le fais avec soin et patience, en courbant la tête et en disant merci, comme un vrai japonais.
J’essaie de rester détendue pour ne pas stresser Fafnir, de ne pas te montrer que ça m’énerve.
J’ai l’impression d’avoir un samurai au pied de mes remparts.
Je secoue doucement la tête quand tu proposes de m’inclure dans ta commande.

« Nan, j’ai tout ce qu’il me faut. »

C’est-à-dire rien qui vienne de toi. J’aurais déjà bien assez quand on devra échanger nos fluides, que je serai engluée de toi jusqu’aux muqueuses, que je pourrai pas respirer sans avoir ton odeur à la bouche.
Tranquillement, en prenant tout mon temps, je rouvre le vivarium pour rendre Fafnir à son royaume maintenant qu’on a partagé ma chaleur. Il se fond presque aussitôt dans le décor, le rouge orangé de ses écailles contrastant joliment avec le vert des plantes et le brun du sol, fondu dans la lumière de la lampe chauffante.
J’aimerais pouvoir en dire autant mais maintenant que t’es là, c’est plus possible. Je ne serai plus jamais vraiment chez moi ici. Il y aura toujours un truc pour me rappeler ta présence, pour confirmer que je dois partager le territoire. Je te regarde avec froideur alors que tu me parles de nouveau.
Il y a définitivement quelque chose de mal assorti dans nos couleurs.

« Depuis toujours. »

Je me détourne de toi pour aller récupérer deux yaourts dans le frigo. T’espérais quoi ? Que j’allais tout te dire comme ça ? Que je l’ai pris l’an dernier, que je voulais un serpent pour faire fermer leur gueule à toutes celles qui croulent sous les chats mais que je suis réellement tombée amoureuse de sa beauté sitôt que je l’ai vu ? Que le regarder vivre à son rythme me fait oublier la médiocrité du temps qui passe ? Tu crois vraiment que je suis faite de ce bois-là, le genre qui s’effrite et s’étale partout au moindre contact ?
Perdu.

Les deux yaourts crachent leurs tripes au fond d’un bol. Ajouter du sucre. Du chocolat. Des fruits séchés. J’aurais aimé mettre des graines et des noisettes. Ou de la glace. Faut que j’achète de la glace. Rien de meilleur que le yaourt à la glace.
Je m’assois à la table de la cuisine une fois finie ma tambouille. Je ne mange pas tout de suite puisqu’on attend ton livreur. Au lieu de ça, je tapote le bord du bol avec la cuillère en te regardant fixement.

« T’as pas l’habitude des animaux de compagnie. Ça se voit. »

Je laisse passer un temps, te considère de haut en bas. T’es tellement lisse que mon regard glisse tout seul sans se fixer nulle part. Une pensée traître me demande si ça sera pareil quand je devrais te toucher.

« T’as pas l’habitude de grand-chose, en fait… »
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posté
le Ven 21 Juin - 1:52
par Yukimori Otsuka
Aussi fort que tu peux
Yukimori se montrait rarement très loquace. Il avait plutôt tendance à observer, écouter et analyser. Il privilégiait le fait de parler peu, pour exprimer une pensée utile ou constructive plutôt que de se perdre dans un bla-bla incessant, inutile et stérile. Cependant, il avait fait l'effort, cette fois-ci, d'engager la conversation et de se prêter au jeu de la discussion sans but apparent. Si ce n'est valider discrètement l'activité quotidienne à réaliser en "couple" -terme qui lui arracherait presque un rictus amer tant il lui semblait grotesque. Mais l'épouse ne semblait pas disposée à entretenir cette conversation. Au contraire, après avoir enfermé la bête à écailles, elle avait balayé les efforts du jeune homme en deux mots.

- Depuis toujours.

Elle le contourna sans même lui prêter attention pour aller se servir dans le frigo. Il resta silencieux un instant, réalisant son échec cuisant. Communication interrompue.  Durée estimée: huit secondes. Il était certain que c'était bien trop bref pour être considéré comme une activité. Il n'était définitivement pas doté d'une tchatche inouïe mais il n'était pas non plus avantagé par le profond manque d'amabilité de son interlocutrice. Il n'avait pas demandé la lune et pourtant elle avait été incapable de faire un pas vers lui, refusant de répondre à la question. Ou plutôt, en y répondant de manière erronée puisqu'il était techniquement impossible qu'elle vive avec le serpent "depuis toujours". Il avait l'impression de faire face à une créature sauvage qu'il devrait apprivoiser. Chaque pas dans sa direction la faisait fuir, comme un mustang face à un cow-boy. L'ennui c'était qu'il n'avait aucune idée de comment parvenir à ce qu'elle cesse de le fuir et de le désarçonner comme elle le faisait.

- T’as pas l’habitude des animaux de compagnie. Ça se voit.

Il posa son regard sur elle, cherchant à comprendre où elle voulait en venir. Elle était visiblement un peu identique à lui, utilisant sa salive dans un but précis. De ce qu'il avait pu observer, c'était généralement pour l'offenser, d'ailleurs. Alors il était persuadé que sa remarque aurait une suite car, pour le moment, il n'avait pas ressenti une pointe d'agacement à son égard. Puis, en considérant la manière dont elle le toisait des pieds à la tête, il avait peu de chance de se tromper.

- T’as pas l’habitude de grand-chose, en fait…

Voilà. Il l'avait pressenti. Il était agacé. Il ne la connaissait que depuis quelques heures et pourtant il peinait à garder contenance. Il s'efforça à ne pas afficher de réaction, à ne pas répliquer et pourtant, ce n'était pas l'envie qui lui manquait. << Visiblement, nous formons la paire, puisque vous semblez peu habituée à grand chose, également. Notamment au respect, au savoir-être, à la maîtrise de soi, et à ce genre de valeurs que nous possédons en tant qu'êtres civilisés. >> Oh, ce que cela lui brûlait les lèvres mais il ne céda pas. Il s'était promis de ne lui faire aucun reproche, de ne pas se laisser gagner par la colère, le sentiment d'injustice et l'incompréhension. Il ne lui ferait pas le plaisir de lui montrer qu'elle parvenait à l'atteindre alors qu'elle se tenait à mille lieues de lui, inaccessible. Au lieu de cela, il préféra utiliser le venin de la vipère de manière utile. En l'occurrence, pour alimenter la conversation et ainsi tenter encore une fois de valider l'activité quotidienne.

- Pourquoi vous dites ça ?

Pas une once de sentiment ni de ressentiment dans sa voix. Ton neutre, question ouverte. De quoi laisser l'épouse s'exprimer sur ses impressions. Même s'il y avait une très forte probabilité qu'elle décide de ne pas insister, trop excédée par le manque de réactivité du jeune homme. Dans tous les cas, quelle que soit la réaction de cette femme, il devrait rester imperturbable. Même si l'ambiance était pesante et désagréable. Même s'il n'avait aucune envie de l'écouter. Même s'il n'avait aucune envie d'être ici à remplir les tâches imposées par l'incontestable. Il devrait prendre son mal en patience car ce n'était que le début de ce quotidien qui ne présageait absolument rien de bon.

Le temps semblait s'être arrêté tant les minutes défilaient au ralenti, cependant le livreur finit enfin par apporter le repas à leur domicile, ils purent alors se mettre à table. Yukimori s'abstint de tenter quelconque manœuvre pour instaurer un dialogue. Il n'était pas dupe, c'était voué à l'échec. C'était simple, pour l'objectif "activité", ils n'auraient qu'à regarder la télévision ensemble. Ayant appris la veille qu'elle était footballeuse professionnelle, il pria intérieurement pour qu'il y ait un match ce soir. N'importe lequel. Masculin ou féminin, il n'était pas très exigeant. Il cherchait seulement un moyen de les occuper sans qu'elle se montre désagréable. Autant dire que ce n'était pas chose aisée. Il imaginait qu'elle devait être passionnée de football -puisqu'elle en avait fait son métier- et qu'elle serait si captivée par le match qu'elle accepterait l'activité sans rechigner.

Il patienta la fin du repas pour sortir de table et s'armer de son téléphone pour jeter un œil au programme de ce soir. Il lui semblait bien qu'il y avait une chaîne de télévision qui diffusait régulièrement des matchs de football. Apparemment, l'équipe masculine du Japon allait affronter celle de l'Angleterre, ce soir. Il débarrassa rapidement la table et alluma la télévision.

- Ça vous irait qu'on regarde la télé ?

Si elle possédait un minimum de bon sens, elle n'avait pas oublié l'activité qu'ils devaient partager ensemble. Elle serait donc dans une posture compliquée pour refuser. A moins qu'égoïstement elle ait décidé de les envoyer en cellule dès le premier soir… Pensée insupportable pour le jeune homme qui ne voulait pas y retourner de peur que les occasions se reproduisent et qu'il finisse à l'échafaud. Comme pour la convaincre d'accepter, il feignit appuyer aléatoirement sur la télécommande pour tomber sur cette fameuse chaîne qui diffusait le match. Il était déjà commencé depuis une quinzaine de minutes.

- Mmh… Du foot… Vous préféreriez autre chose ?

Il n’avait pas particulièrement envie de paraître suspect et de devoir admettre qu’il avait fait des recherches sur elle -il trouvait cela extrêmement indiscret, cela ne lui ressemblait pas- c’est pourquoi il préféra agir comme s’il ne savait rien. Il lui tendit la télécommande pour lui laisser le libre arbitre, espérant qu'elle enterre la hache de guerre pour aujourd'hui. Une fois de plus, il tentait de s'adapter pour faciliter la situation, mais encore fallait-il qu'elle cesse de tout saboter… Et dire qu'ils n'en étaient qu'au stade de l'activité, il n'osait pas imaginer ce que donnerait l'étape du baiser et il refusa de se projeter deux semaines plus tard…
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le Lun 8 Juil - 9:33
par Koizumi Otsuka
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An immense hope has crossed over the earth
An immense hope has crossed over the earth
An immense hope has crossed over my fear
An immense hope has crossed over my fear...


Cric. C’est le bruit que ça fait. Ma cuillère interrompt une seconde son compte-à-rebours sur le rebord du bol, avant de reprendre. Personne ne l’entend, personne ne le remarque, faut dire que t’es un maçon hors pair et que rester de marbre, ça a l’air d’être ton rayon. Mais moi je sais, je le vois. C’est le bruit que ça fait quand tu commences à craquer.
Je souris en te regardant colmater la fissure en un éclair, je te laisse même me retourner la question.
La cuillère trouve le chemin de ma bouche, le yaourt et le chocolat s’étalent sur ma langue.
Un vrai délice.

« Parce que t’es aussi réactif qu’une moule et que t’as pas l’air très à l’aise. Mais c’est peut-être tes fringues qui font ça. On dirait que tu vas t’écrouler si tu desserres ton nœud de cravate. »

Il va être temps de t’acheter une colonne vertébrale et de tenir debout tout seul. C’est ce que je pense des gens comme toi qui n’ont que leur boulot dans leur vie, un boulot chiant en plus. Sans rire, t’es quoi ? Un agent d’assurance ? Un commercial ? Un fonctionnaire ? Un comptable ? Qu’est-ce que ça change ? Vous avez tous la même tête.
Les gens comme toi, on les produit en série. On m’a marié avec toi pour que je fasse tourner l’usine moi aussi.
Rien que d’y penser, j’ai envie de déglinguer la machine, de sauter par la fenêtre, de jamais me laisser toucher par ta médiocrité.
Sans le vouloir, je le repense à Yuhei. À ses pyjamas ridicules, sa dizaine de chats, ses yeux pleins d’étoiles et son sourire de vacances d’été, encadré par les fossettes de ses joues comme des parenthèses. J’aurais du deviner rien qu’en les voyant que ça pouvait pas durer, qu’un mec comme toi viendrait tout niquer un jour.
J’aurais du le couvrir de baisers comme autant de points de suspension, pour que ça ne s’arrête jamais…

Le livreur finit par arriver. J’ai dessiné un smiley dans le yaourt avec les pépites de chocolat. La seule chose qui sourit dans cette pièce et que je finis par bouffer sans te regarder. Je sens d’ici l’odeur de ta bouffe. Je n’ai pas envie d’y toucher.
Quand je finis mon bol, je suis vaguement dégoûtée. Je fourre mon bol au lave-vaisselle et bats en retraite quand je te vois approcher pour débarrasser ton assiette.
Je recule en te jetant un regard méfiant. J’ai la chair de poule mais à l’intérieur, comme si l’envers de ma peau se hérissait pour me griffer les muscles. Ça m’énerve. Je me force à rester immobile pour toiser avec mépris, puis je me détourne pour aller me brosser les dents.
Je n’ai pas peur de toi. T’es trop petit pour que je craigne quoi que ce soit.

Quand je reviens, t’as pris les devants et décidé du programme. Les cris du public résonnent dans le salon, leurs différents arpèges gonflant et refluant comme le bruit de la mer et je tourne les yeux avec surprise vers la télé. T’as pas osé ?
Si.
Et à cause de toi je le vois, fendant les flots avec aisance malgré les anglais qui tentent de lui mettre des bâtons dans les voiles, de lui voler le ballon avec lequel il danse.
Cette fois, ma peau se hérisse dans le bon sens. Tu peux voir en temps réel toutes les plaques d’armure qui me recouvrent, l’acier brandit dans mon regard tandis que je tressaille sous la fourberie de l’assaut.
Je t’arrache la télécommande des mains pour zapper sur autre chose, n’importe quoi.
Tout sauf Heisuke qui règne sur la pelouse, son maillot des Samuraï Blue tombant avec aisance sur ses muscles parfaits, son talent de génie.

« Ouais. Je préfère autre chose. »

Je me laisse tomber en tailleur sur le canapé, les bras croisés, le visage fermé. T’as pas intérêt à me parler. Je ne pas parler après l’avoir vu me narguer comme ça, dans ce qui est censé être chez moi. Ma forteresse blindée de trous qui laisse s’infiltrer tous les ennemis, que je vais m’épuiser à défendre alors que c’est déjà foutu, que la bataille est déjà perdue.
Que le match n’aura jamais lieu parce que je suis pas sur le terrain mais séquestrée dans les gradins à regarder d’autres joueurs que moi décider de ma vie.
Pendant dix minutes, je fixe l’écran où défile un anime remplis de fillettes en jupe avec des pouvoirs magiques qui se transforment pour sauver le monde dans des séquences musicales pleines d’étoiles et de couleurs trop vives. J’apprends par cœur leurs devises et leurs formules magiques pour éviter de hurler, de tout envoyer promener dans un grand mouvement de rage.
Les choses seraient tellement plus claires ainsi pourtant…
Dix minutes donc avant que je déclare forfait.

« J’vais me coucher. »

Et sans prévenir, je déplie mes jambes, pivote et plonge une main dans tes cheveux pour maintenir ta tête pendant que je t’embrasse.
Ta bouche est fraîche et douce. Quand je la débusque, ta langue efface de la mienne le goût du dentifrice. J’ai pas mis de soutien-gorge. Ce sont mes seins que tu sens contre ton torse.
Honnêtement, je ne m’attendais à rien de spécial et j’étais sûre que tu ne saurais pas t’y prendre. Alors je suis surprise, c’est vrai, par ton odeur. T’as pas de personnalité, pas de caractère, pas un cheveu de travers, pas la capacité de tenir debout sans tes chemises au col bien repassé. T’es plat, t’es lisse, t’es transparent, tu ressembles plus à une fenêtre qu’à un être humain.
Alors d’où te vient ce parfum de pierre de rivière, de pin, d’air presque pur mêlé de terre qui me rappelle soudain comme le monde était grand, comme les arbres étaient hauts quand j’avais six ans ?
Je n’en sais rien. Il est probable que toi non plus.
Je me détache de toi avant de connaître la réponse, me relève, remets de l’ordre dans mes cheveux avant de m’éloigner vers la chambre à coucher.

« T’embrasses comme un gosse... »

Et je suis déçue.
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posté
le Jeu 11 Juil - 19:55
par Yukimori Otsuka
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Surprise sur le visage de l’épouse à la découverte du programme du soir. Yukimori était partagé entre le fait de se réjouir d’avoir trouvé une activité qui la surprenne -positivement, il l’espérait- et le fait de redouter sa réaction car elle avait tendance à saboter toutes ses tentatives pour rendre la situation moins pénible. Et il avait eu raison de se méfier puisque la jeune femme sembla ne pas apprécier le choix du programme. Pas du tout, même. Son regard parut plus sombre, plus froid tandis qu’elle lui arracha la télécommande des mains pour appuyer sur n’importe quelle touche, au hasard, en affirmant préférer autre chose. Il avait échoué, une fois encore et il ne saisissait pas pourquoi. Elle était censée être passionnée de football, non ? A moins que cela fasse partie de son jardin secret et qu’elle ne souhaite pas le partager avec le boulet que l’incontestable lui avait enchaîné au pied ?.. Ou à moins qu’elle soit dérangée par le fait que ce soit l’équipe masculine ? Y avait-il une rivalité entre les équipes sportives de genres différents ? Il n’en avait aucune stricte idée mais cette idée lui paraissait débile… Cela pouvait tout aussi bien être une réticence personnelle. Et si elle avait une sorte de désintérêt et de dégoût envers les hommes ? Et si elle était homosexuelle ? Yukimori jeta un regard à l’épouse possiblement lesbienne. Est-ce que le système pouvait être aussi défectueux pour le marier trois fois en huit mois, dont une fois à une femme qui n’éprouverait que de la répulsion pour lui ? Il pria intérieurement pour que ce ne soit pas le cas. Pour qu’il ne s’agisse que d’un fort sentiment de rébellion envers le système qui la pousse à agir de cette manière envers lui, ou simplement qu’il ne soit pas son style. Ou n’importe quelle autre raison serait valable. Tout sauf une potentielle homosexualité. Il n’avait rien envers les gays et les lesbiennes, vraiment. C’était une mentalité digne d’un autre siècle de haïr qui que ce soit à cause de sa sexualité. D’autant plus qu’il ne se sentait absolument pas concerné par la vie sentimentale et sexuelle de quiconque. Non. Ce qui le dérangeait dans cette éventualité c’était les complications que cela engendrerait. Il ne voulait pas assumer le rôle du monstre qui imposerait une sexualité autre à cette femme. Il n’osait pas imaginer l’horreur que l’échéance des deux semaines pourrait représenter pour elle…

Il chassa ces idées de son esprit, préférant ne pas le laisser s'emporter. Il réalisa qu’il avait peut-être surinterpréter la réaction de la jeune femme et qu’il n’était pas très pertinent de faire des suppositions hâtives. Il verrait au fil des jours comment la situation évoluerait, jugeant qu’il était tout à fait inutile de s’inquiéter par avance. Il reporta alors son attention vers l’écran de télévision pour anesthésier son cerveau un peu trop actif. Et pour cela, rien de tel qu’un dessin animé stupide, aux couleurs si vives qui déclencheraient une crise à n’importe quel épileptique. Il s’interrogea sérieusement sur l’intérêt de ce genre de programme. Quels parents autorisaient son enfant à regarder cela ? Curieusement, il avait le sentiment de comprendre pourquoi certaines personnes avaient l’air d’avoir le cerveau atrophié… C’était compréhensible si depuis l’enfance, ils étaient gavés de débilités de cette sorte.

- J’vais me coucher.

Voilà une idée brillante. Yukimori ignorait depuis combien de temps ils étaient restés immobiles, les yeux rivés sur ces dessins abrutissants, mais c’était bien suffisant pour aujourd'hui. Il hocha la tête pour seule réponse, ravi d’avoir validé l’activité. Il n’eut pas le temps de s’interroger sur le dernier objectif à accomplir qu’il se retrouvait déjà avec une main de l’épouse dans ses cheveux et ses lèvres contre les siennes. Ce fut son tour d’être surpris. Il eut un léger mouvement de recul et se crispa instantanément, incapable de masquer ses réactions, cette fois-ci. Il aurait pourtant dû s'y attendre, c'était extrêmement prévisible après tout. C'était ce qu'il leur restait à faire dans la journée avant que la milice décide de les embarquer. Cependant, il avait imaginer que ce serait à lui de prendre les devants puisqu'elle semblait peu décidée à coopérer. C'est ce qu'il avait prévu en tous cas et il aurait préféré se tenir à ce plan. Il aurait fait ce qu'il avait à faire, l'affaire aurait été bouclée en tant que simple tâche à accomplir, sans mettre en péril son contrôle à toute épreuve. Ou presque… Puisqu'à présent, il se retrouvait complètement décontenancé, le cœur frappant violemment contre sa poitrine, la chaleur lui montant aux joues. Sa réaction était-elle causée uniquement par la surprise ? Ou à moins que le contact de la poitrine de la jeune femme contre son torse et de sa langue contre la sienne y soient pour quelque chose. Oh, évidemment, il aurait juré qu'il était seulement effaré par la soudaine initiative de son épouse. Que cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Et pourtant, le corps peut être bien traître, parfois… Réactions physiologiques incontrôlables qui l'agacent, le contrarient. Si seulement il pouvait avoir une maîtrise totale de lui-même…

Lorsqu'elle s'éloigna de lui, il réalisa qu'il en avait oublié de respirer. Réflexe stupide qui ne fit que renforcer son exaspération. Peu indulgent envers lui-même, il s'ordonna intérieurement de reprendre contenance rapidement car il ne valait actuellement guère mieux qu'une Yuki-chan effarouchée. Il s'efforça alors d'afficher cet air neutre habituel, de garder cette carapace, comme si de rien n'était. Mais il ne put s'empêcher de se sentir soulagé lorsque la jeune femme se leva du canapé et s'éloigna pour aller se coucher. C'était bien plus simple de regagner un semblant d'attitude normale si elle n'était pas dans les parages à pointer du doigt chacune de ses failles et à se montrer si imprévisible.

- T’embrasses comme un gosse…

Énième commentaire désagréable. Mâchoire crispée, il leva les yeux au ciel, exaspéré contre elle cette fois-ci. Son orgueil blessé lui criait d'aller lui prouver qu'elle avait tort. Non, il n'embrassait pas comme un gosse. Non, il n'était pas aussi mou qu'une huître ou n'importe quel autre mollusque. Et non, il n'allait pas s'écrouler s'il desserrait sa cravate. Ce n'était que la première journée de cohabitation et elle parvenait déjà à mettre ses nerfs à vifs. A quoi allaient ressembler les prochains jours ? Les prochains mois ? Il n’en avait aucune idée mais il se refusait de céder aussi vite à la colère. Il se répéta plusieurs fois de rester calme, de l'ignorer. Elle ne méritait pas qu'il se mette dans un tel état alors il jugea qu'il était grand temps de prendre ses distances et d'opter pour un repli stratégique dans le bureau. De toutes manières, il était hors-de-question qu'il aille se coucher en même temps qu’elle, la situation était bien assez embarrassante et contraignante comme ça. Cependant, il relativisa. Au moins, cela lui avait permis de chasser une hypothèse qu’il gardait dans un coin de son esprit. Elle n’était pas lesbienne. Ça, il en était persuadé. Ce serait une complication en moins, ce n’était pas négligeable. Il quitta le salon calmement, en silence, sans accorder d'attention supplémentaire à l'épouse et s'enferma dans son repaire. La nuit était entamée depuis bien longtemps lorsqu'il se doucha, brossa ses dents et ses cheveux et enfila un pyjama avant de se glisser discrètement dans le lit.
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le Jeu 25 Juil - 8:56
par Koizumi Otsuka
Aussi fort que tu peux


You're just another in a long line of men she screwed
Just another in a long line of men she knew
And yeah she did, yeah she did what she wanted to do
Like all the boys before
Another dream come true...


Ton goût me reste sur la langue. Je la passe sur mes lèvres, je la mords pour tenter de t’en déloger. Pas moyen. T’es cramponné à mes papilles alors que je me mets au lit, m’entortille dans la couette en essayant de m’y perdre. Si je vais suffisamment profond, peut-être que tu perdras ma trace.
Peut-être que le goût chaud de ta bouche restera coincé dans les draps, loin de moi, condamné à périr dans la prochaine lessive. Je l’espère.
C’est pas toi que j’aurais voulu embrasser. Sans le vouloir, je repense à Yuhei. On n’allait pas ensemble et pourtant on s’attirait, on s’approchait, et nos sourires ressemblaient aux avions en papier qu’on s’envoie en classe. Fragiles et libres, chargés d’un millions d’aventures, de secrets, de mots d’amour qu’on ne sait pas encore dire.
Il fallait vraiment que tu débarques et que tu nous coupes le vent.
C’était pas censé se passer comme ça. T’embrasse comme un gosse, c’est vrai. Ça veut dire que tu deviendras un homme.

Je ferme les yeux très fort jusqu’à avoir mal, jusqu’à voir des couleurs à la lisière de mes paupières. Je  faisais ça souvent quand j’étais petite et je me demandais d’où elles venaient. Je me demande si c’est la vraie couleur des larmes, ou seulement le monde qui continue de s’infiltrer même quand je ne veux plus de lui.
Je me demande si ça compte comme un viol. Je me demande si c’est ce que j’ai fait tout à l’heure aussi, quand je t’embrassais alors que tu voulais pas, que t’étais pas prêt. Au final, on pourrait en dire autant de ce mariage tout entier.
L’Incontestable s’imagine sans doute que, tant qu’on y trouve un peu de plaisir, ça compte pas.
Je pleure la tête cachée dans l’oreiller. Je t’entends même pas te coucher.
Je dors d’une traite, bouclée dans un sarcophage de sommeil.

Je me réveille le lendemain avec l’impression d’émerger du brouillard d’hiver, froid et collant, trop épais pour être joli quand il habille les champs. 6h17. Plus tôt qu’avant. Je me lève sans te regarder, rapidement, pour aller faire mes étirements.
Fafnir me regarde, enroulé sur sa branche. Je lui grimace des sourires tout en faisant le cobra, pour le narguer. Ensuite, c’est la routine habituelle. Douche, shampooing, abricot et jasmin. Petit-dej, pancakes et micro-ondes, fruits, thé, jus d’orange, lait concentré. Je devrais pas je sais, mais faut bien un peu de réconfort aujourd’hui.
T’es pas encore levé. Tant mieux. J’ai pas l’intention de te croiser. Faut que je me grouille, quelque chose me dit que tu vas pas tarder.
Un instinct de guerrier en ce qui te concerne, comme si je sentais à distance ton silence de samurai.

Finalement, j’arrive à me barrer juste quand tu sors de la chambre, en trottant un peu dans le couloir. Obligée de m’enfuir de chez moi, comme une voleuse. Ça me plaît bien.
Juste une ombre dans ta nuit, un bruit dans ton dos, un souffle sur ton épaule et pouf, plus rien dans tes poches sans que tu ne puisses lutter.
Un concept à travailler. Mais j’ai bientôt mieux à me mettre sous la dents que ce fantasme foireux.
9h, j’arrive au centre, sautillant déjà pour l’entraînement. J’ai de l’énergie à revendre après ces quelques jours sous pression avec toi. C’est à croire que la Machine l’a senti de là où elle est.
Mon portable sonne. Je connais pas. C’est cette putain d’appli de gens mariés à la noix.
Qui me dit qu’en rentrant ce soir, je vais faire de la peinture.
Sur toi.

J’éclate de rire, à moitié à poil dans les vestiaires. Je sens venir le seppuku à des kilomètres.
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le Jeu 25 Juil - 19:49
par Yukimori Otsuka
Aussi fort que tu peux
Etrange sensation que de partager son lit avec une inconnue qu’on n’a pas choisie. C’était la troisième fois que cela arrivait et pourtant il retrouvait les mêmes sensations que la première fois, à quelques nuances près. Sentiments d’embarras, d’appréhension, d’inquiétude et -cette fois- d’incompréhension mêlée à de la colère. Il ignorait lequel était le plus à blâmer entre le système qui semblait bien se jouer de lui ou l’épouse qui le repoussait de toutes ses forces, et prenait visiblement un malin plaisir à l’humilier, alors qu'il n'avait jamais demandé à ce qu'ils se retrouvent enchaînés l'un à l'autre. Au contraire, il avait prier pour tomber dans l’oubli de l’incontestable, fatigué de ses désillusions, de ces rebondissements à répétition qui finissaient par lui donner le tourni. Cela n’avait pas suffit visiblement. Le manège infernal reprenait de plus belle et avec bien plus de véhémence encore. Lettre rose, nouvelle épouse, nouvelle demeure, nouvelle vie, changements difficiles, efforts pour s’habituer, divorce. A quand la dernière étape ?..

Cette nuit-là fut particulièrement longue et pourtant, il s’était abstenu de reprendre un de ses comprimés qui lui ôtait toute sensation de fatigue. Ce qui était la cause de son insomnie c’était ces nouveautés à avaler, l’attitude déconcertante de l’épouse à digérer, cette situation qui lui nouait l’estomac et la rancoeur qui lui tordait le ventre. Il ressassait en boucle cette journée, dont il faisait un bilan peu glorieux et craignait que cela s’envenime au fil des jours. Il tentait toutefois de se rassurer. Comment la situation pouvait-elle être pire ? Allait-elle à nouveau bloquer les portes avec des meubles ? Allait-elle encore faire preuve d’hostilité envers lui ? Allait-elle se montrer imprévisible comme elle l’avait fait aujourd’hui ? Tout cela n’était que du déjà vu. Elle avait placé la barre très haut dès le départ alors il avait bon espoir pour que la journée suivante soit plus douce, ou -au moins- pas plus pénible. Il agirait de la même façon, fidèle à lui-même, il accomplirait les devoirs quotidiens et s’en tiendrait au strict minimum. Il ne lui accorderait pas une seconde d'attention supplémentaire, ainsi, tout devrait se dérouler convenablement. Ce léger regain d’optimisme lui permit de se laisser atteindre par le sommeil et de sombrer pour les quelques heures restantes avant le lever du jour.

C’est la soudaine fraîcheur du lit qui l’éveilla. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il ne put apercevoir qu’une silhouette disparaître furtivement dans un mouvement de porte. Il ne restait jamais bien longtemps au lit, peu familier aux grasses matinées, mais cette fois-ci, il ne se pressa pas à se lever. Il profita longuement de ce moment de solitude avant de devoir affronter à nouveau l’épouse et plus les minutes avançaient, plus il souhaitait retarder l’échéance. Il finit tout de même par rassembler son courage et par quitter les draps. Il prit le temps d’ouvrir stores et fenêtres, d’aérer le lit, gagnant un temps considérable pour ne pas se retrouver en tête à tête avec elle. Puis, lorsqu’il ne trouva plus rien à faire, il posa la main sur la poignée de la porte et inspira profondément avant de l’ouvrir. Encore une fois, ce ne fut qu’une silhouette qu’il vit s’évanouir hors de l’appartement. Décidément, l’épouse avait de nombreuses facettes. Tantôt footballeuse, tantôt déménageuse, tantôt ninja…

Quelque part, ce n’était pas plus mal qu’elle s’absente. Il pouvait circuler librement sans s’attendre à ce que sa langue de vipère lui siffle des mots acerbes. Il se retrouvait donc seul, ou presque. En tête à tête avec la véritable bête à écaille. Il vérifia d’ailleurs qu’elle était bien enfermée derrière sa vitre et qu’elle n’avait aucune chance de venir l’importuner comme sa maîtresse le ferait. Une fois rassuré, il put prendre son petit-déjeuner, se préparer et penser à l'organisation de la journée en paix. Pour la première fois, il ressentait l'intense nécessité de s'évader de ces murs. Il était pourtant plutôt casanier et n'avait généralement besoin de rien d'autre que d'un bureau, un ordinateur et la WiFi pour se réfugier dans son travail. Or, aujourd'hui c'était différent. Il projetait de passer du temps avec sa cousine, récupérant ses dernières affaires et flânant dans les magasins pour remplir le frigo et les placards. Il envoya d'ailleurs un message à celle-ci pour lui donner des nouvelles, en prendre, lui annoncer qu'il était enfin parvenu à accéder à l'appartement et lui demander si elle était disponible pour l'aider à apporter ses dernières affaires dans son nouveau chez lui.

En attendant une réponse, il décida de s'isoler dans le bureau pour travailler. Il prit grand soin de fermer la porte à clef, s'installa confortablement sur le siège, posa doucement le téléphone sur la table et profita de quelques secondes de silence avant de songer à mettre son nez dans ses dossiers. Silence rompu par une sonnerie qui ne lui était pas très familière. Celle de l'application de l'incontestable ?.. Oui, c'était effectivement cela. Regard interrogateur vers le téléphone. Est-ce que la machine avait déjà réalisé l'erreur qu'elle avait commise ? Le divorce était-il déjà prononcé ? Un sourire satisfait s'afficha sur ses lèvres à cette pensée alors qu'il attrapa l'appareil. Sourire qui s'évanouit immédiatement à la lecture de la notification. Il devrait rajouter à ses plans du jour du bodypainting avec l'épouse… Il laissa tomber le téléphone sur la table et se passa une main sur le visage en soupirant. Plus jamais il ne serait aussi confiant sur le déroulé de la journée. Plus jamais il ne penserait que ça ne pourrait pas être pire que la veille car la machine semblait le prendre comme une provocation directe.

Il ne prit pas la peine d'allumer son ordinateur et décida de quitter l'appartement sur le champs. Il avait besoin de prendre l'air, de se rafraîchir les idées pour ne pas se laisser emporter par cette impression croissante qu'on s'acharnait sur son sort. Cet impératif de la machine était particulièrement cruel. Elle ne l'avait pas marié à la femme la plus facile qui soit, déjà. Puis elle leur imposait désormais une activité qui impliquait de se dénuder en grande partie et du contact physique. Le point faible du jeune homme. Il était bien plus à l'aise dans son costume trois pièces et lorsqu'on respectait son espace vital. Cela n'avait pas échappé à l'incontestable, n'est-ce pas ?.. Écœuré, il décommanda auprès de sa cousine. Il ne voulait pas devoir aborder le sujet fâcheux avec elle et préférait se retrouver seul, le temps d'accepter la nouvelle.

Il en profita pour se familiariser avec son nouveau quartier. Repérer les lignes de métros, de bus, les épiceries à proximité, le dojo le plus proche pour reprendre une activité physique au plus vite. En somme, tout ce dont il pourrait avoir besoin et qui lui occuperait l'esprit. Lorsqu'il pénètra à nouveau l'appartement, les bras emplis de courses et d'une inscription au dojo, son téléphone indiquait treize heures. Déchaussé, il s'aventura discrètement dans le séjour où il rangea ses emplettes sans un bruit, guettant la silhouette furtive de son épouse. Une fois qu'il eut terminé le rangement, il fit un tour du domicile, à pas de loup, s'assurant qu'elle n'était toujours pas rentrée. L'appartement était silencieux et il n'y avait toujours pas ses chaussures dans l'entrée. Soupir de soulagement. La peinture spéciale bodypainting pourrait attendre encore un moment sur la table du salon…

Direction le bureau, porte scellée, ordinateur allumé, dossiers en cours devant les yeux. Son esprit était si accaparé par le travail qu'il ne songeait absolument plus au lieu où il se trouvait, ni à aux devoirs qu'il devrait accomplir, ni à cette sombre histoire de peinture. Ce fut le son de la porte d'entrée qui le reconnecta à la réalité. Un coup d'œil vers le bas de son écran lui indiqua qu'il était déjà dix-neuf heures… Son cœur commença à frapper plus frénétiquement contre son torse, conscient qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps -moins de deux heures, à présent- pour réaliser l'ordre particulier affiché sur l'application. Si seulement il avait la possibilité de se défiler, il n'hésiterai pas un instant, mais il n'y avait aucune issue. Il était pris au piège dans cette souricière, en compagnie de deux serpents…

Il se leva de son siège, s'approcha de la porte, mais s'arrêta en chemin, pétrifié par l'angoisse, l'appréhension et le manque de volonté. Il prit un temps pour respirer longuement, une main enfoncée dans cheveux. A cet instant, cela n'avait plus d'importance d'être décoiffé, de ne plus être parfaitement impeccable, puisqu'il était en terrain hostile. Depuis qu'il avait reçu cette fichue troisième lettre rose, sa vie était en train de se transformer en champ de bataille où il devait lutter pour que les murailles qu'il avait construites depuis des années restent indemnes. Il était seul face à deux attaquants à l'offensive efficace, l'incontestable et l'épouse. Il devait se faire violence pour ne pas céder face aux assauts des ennemis et tenir bon. Il rassembla alors tout son courage, se rappelant qu'il n'avait pas d'autres options que d'affronter la réalité, alors mieux valait y faire face la tête haute. Il sortit alors de la pièce et s'empressa de rejoindre l'épouse d'un pas déterminé. Il planta son regard sur elle, l'air assuré, gardant toutefois une certaine distance entre eux.

- Bonsoir. J'imagine que vous avez dû recevoir une notification sur votre téléphone ou que celle du moniteur n'est pas passée inaperçue.

Du mois, c'est ce qu'il espérait car il n'avait nulle envie de devoir expliquer à cette femme qu'elle devrait toucher son corps pour le barbouiller de peinture…

- Il ne nous reste plus beaucoup de temps alors nous devrions nous y mettre sans attendre…

Il redoutait ce moment mais tentait de se consoler en se disant que plus vite il serait débarrassé de cet ordre, plus vite il serait libéré de ses craintes. Alors, il desserra sa cravate, la gorge nouée par ses émotions, non plus par le tissus…
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posté
le Lun 12 Aoû - 17:24
par Koizumi Otsuka
Aussi fort que tu peux


It's a power, it's a power, it's a power move
And while I'm not quite sure what she's trying to prove
They all say she's got low self-esteem
So, why is she looking like the cat who got the cream...


C’était drôle quand je l’ai reçu. Je me suis marrée pendant longtemps, gloussant dans ma tête pendant presque tout l’échauffement. Mais après les tours de terrain, montées de genoux, talons-fesses, sauts, flexions, sprints et pas chassés, l’ordre était aussi chaud que mon corps et je voyais de quoi il était capable de la même façon que je sentais tous mes muscles prêts à se lancer.
Quads, ischios, psoas, adducteurs et fessiers. Peinture, nudité, contact, proximité. Toute ma défiance à ta portée. Ça me plaît plus qu'à moitié, finalement.
Quand les autres se mettent à nu, c’est toujours moi qui me sent la plus exposée. Y a moins de failles dans la peau que dans les armures.
Je finis par plus y penser en attaquant le coeur de l’entraînement. Passes et frappes, feintes et dribbles, angles et trajectoires. Viser. Corriger. Recommencer. Calculer tous les points d’impact. Viser à droite et passer à gauche. Tromper l’adversaire, c’est avant tout une question de mental. Le mien se forge toute la journée, même pendant la sieste et la pause déjeuner.
Le soir venu, quand on débriefe et qu’on amorce le repos, je me tâte encore à sortir du moule.

Faut que je te peigne sur la tronche. Tu vas pas aimer, je le sais. T’as pas un fil qui dépasse, comment tu pourrais apprécier de te retrouver tout taché ? Je te vois déjà faire la tronche et grimacer. Ca sera marrant. Ca pourrait l’être vraiment si j’étais sûre d’avoir assez de peinture pour masquer la vraie couleur de ton épiderme, les ombres et les lumières qui l’habillent quand il enveloppe tes muscles, tes os, les angles agressifs de ton corps de mec fait pour percer, pénétrer, planter bien haut son drapeau turgescent.
Je me frotte le bras pour en chasser les frissons. Je me demande pourquoi ça s’appelle la chair de poule. Je me demande à quoi ressemblerait mes plumes et ce que j’en ferais si j’en avais vraiment.

En tout cas, quand j’arrive t’es déjà là. Je m’y attendais. Même si t’as une tête à faire des heures sup’, t’es trop sérieux pour risquer de passer le délai. Tant mieux d’ailleurs, j’ai pas envie de me retrouver en taule avec toi. Ca m’empêche pas de me marrer quand tu m’accueilles avec ta tronche de robot.
J’espère que c’est suffisant pour cacher la tension qui me durçit tous les muscles quand je te vois avancer de façon aussi décidée.
Ne pas reculer. C’est pas un terrain que je dois céder.

« Quoi, t’es pressé de te mettre à poil, Yuki-chan ? T’es un vrai mâle alpha sous ta petite chemise ? »

Je me marre en te passant sous le nez. Façon de parler. C’est à toi de lever les yeux pour me regarder. Fringues au sale, sweat et short, coucou Fafnir et plongée dans le frigo à la recherche d’un jus de fruits.
Je note au passage la peinture sur la table, spéciale body painting.
Pas un regard pour ta pomme.

« En tout cas, ça va attendre un moment. J’viens de rentrer et j’ai pas super envie de te voir en slip dans l’immédiat. T’as qu’à étaler ça dans le salon si tu peux plus y tenir. »

Je te désigne vaguement le tas de journaux que j’ai laissé dans l’entrée. Je les ai récupérés au combini du coin. On devait toujours en étaler partout quand on faisait de la peinture à la maison. Moi je m’amusais à soulever les feuilles pour laisser des empreintes colorées sur la table.
En général, quand Kazue ne caftait pas, c’est Kaoriko qui me filait une trempe. Droit d’aînesse, privilège de cons. Je finissais par aller pleurer dans le jardin.
J’y repense vaguement en aspirant ma compote d’une main et en examinant les tubes de peinture de l’autre. En équilibre sur un pied, je te regarde bosser.
Tu m’énerves à être aussi soigneux.
Avec un soupir, je te laisse étaler le journal et attrape l’éponge qui traîne dans l’évier. Je choisis le rouge parce que je veux que ça soit sans équivoque mais j’aurais aimé prendre le vert ou le bleu. Plus tard peut-être. Pour l’instant, il s’agit d’être rapide.
Ouvrir le tube. Barbouiller l’éponge. Poser la compote. S’avancer dans ton dos, l’arme du crime à la main. Et frapper sans réfléchir.
J’éclate l’éponge entre tes omoplates, sur ta belle chemise blanche. Et en un coup de poignets, je trace une spirale qui finit sur ta nuque. Ça te fait une petite crête de cheveux rouges.
Pas mal, que je me dis en reculant.
Hors de portée.

« En relisant la consigne, j’me suis rendue compte qu’à aucun moment c’est marqué que tu dois être à poil. »
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posté
le Mer 14 Aoû - 8:46
par Yukimori Otsuka
Aussi fort que tu peux
Le rire de l'épouse résonna dans l'appartement. Résonna dans la tête de Yukimori qui avançait vers elle d'un pas déterminé. Ce n'était pas un rire agréable. Non. C'était un rire empreint de moquerie, de mépris. Le genre de rire qui pique les nerfs à vif, qui vient bousculer la patience. Et pourtant le jeune homme ne releva pas. Il se concentra plutôt sur son objectif. Ils n'avaient plus que deux heures pour obéir sagement aux caprices de cette machine infernale, tels les bons petits pantins qu'ils devaient être. Alors, il n'y avait pas de temps à perdre inutilement. Mais c'était sans compter l'épouse qui semblait s'amuser de la situation sans prendre en compte l'urgence de celle-ci.

- Quoi, t’es pressé de te mettre à poil, Yuki-chan ? T’es un vrai mâle alpha sous ta petite chemise ?

Crispation difficilement dissimulée. Mâchoire serrée, puis immédiatement desserrée pour tenter de ne rien laisser paraître. Son commentaire, son rire, sa manière de le snober avec dédain, tout de la jeune femme semblait avoir été calculé pour qu'il cède enfin à la colère. C'était particulièrement efficace puisque peu à peu, les barrières du jeune homme s'effritaient. Bientôt, il ne pourrait probablement plus contenir la rancœur accumulée ces derniers jours, il le sentait. Pourtant, il résista encore, se répétant autant de fois qu'il le fallut de garder son calme. Il devait rester maître de la situation et tout se passerait à merveille. Du moins, c'était ce qu'il espérait… Le plus important était de rester focalisé sur l'objectif initial qui était de se faire peinturlurer le corps, et non d'étriper l'épouse. Il lui fallait prendre ses remarques à la légère. Si sa cousine s'était efforcée de lui inculquer un soupçon de second degré et d'ironie au fil des années, il fallait bien que cela serve. Cet instant semblait y être particulièrement propice.

- C'est ça, j'en rêve.

Yukimori s'efforça de garder un air léger, affichant un léger sourire sarcastique. Qui passa probablement inaperçu puisque l'épouse vaquait à ses occupations sans se préoccuper de lui, ni même de l'heure qui tournait. Cependant, il s'encouragea intérieurement pour ne pas se laisser abattre par le comportement de la jeune femme, il devait continuer sur cette voie.

- En tout cas, ça va attendre un moment. J’viens de rentrer et j’ai pas super envie de te voir en slip dans l’immédiat. T’as qu’à étaler ça dans le salon si tu peux plus y tenir.

- Oui, j'en trépigne tellement d'impatience que c'est ce que je vais faire.

Il attrapa alors, sans se faire prier, le tas de journaux qu'elle lui avait désigné et s'exécuta. Il commença alors à recouvrir soigneusement le sol de papier, un léger sourire sur les lèvres, pas peu fier de son attitude envers l'épouse. Certes, il avait dû changer de stratégie puisque l'ignorer et rester impassible commençait à devenir franchement compliqué tant elle était pénible. Mais, au moins, il avait le sentiment de reprendre un peu le dessus sur elle et c'était extrêmement plaisant. Cependant, cette pensée fut de courte durée... Il avait bien entendu qu'il y avait du mouvement dans son dos, mais trop concentré sur sa tâche, il ne s'était pas montré assez méfiant. Il aurait pourtant dû… On raconte qu'il ne faut jamais tourner le dos à un serpent. Et pour cause, ils attaquent sournoisement, sans un bruit et lorsqu'on s'en aperçoit, il est déjà trop tard… Une sensation glaciale et humide vint mordre son épiderme. Il eut un léger sursaut, causé par la surprise avant de se figer sur place.

- Put…

Il serra les dents pour étouffer le juron. Elle ne venait quand même pas de faire ce qu'il pensait qu'elle avait fait, n'est-ce pas ? Elle n'avait pas osé ?.. Eh bien si. Et comme pour confirmer ses doutes, elle continua d'étaler fièrement ce qu'il supposa être la peinture. Toutefois, elle ne tarda pas à s'éloigner de lui, craignant probablement sa réaction. Réaction qui ne se fit pas attendre. Il se releva subitement avant de se retourner vers la coupable et de lui jeter un regard assassin. Il n'appréciait vraiment pas la sensation d'être sale, il détestait qu'on envahisse son espace vital, mais surtout, il avait horreur qu'on lui impose un contact physique, ainsi, sans prévenir. Cela s'était déjà produit la veille, lorsqu'elle l'avait embrassé. Il l'avait excusée puisque c'était la première fois et qu'il s'agissait d'un devoir. Mais cette fois-ci, rien n'expliquait son comportement puisqu'en aucun cas l'ordre de l'incontestable impliquait des attaques surprises de peinture sur les vêtements. Il avait le sentiment d'avoir été lâchement attaqué dans le dos. S'il était à nouveau envahi par ce sentiment d'incompréhension et de révolte, la colère ne se fit pas attendre non plus et il lui était impossible de s'en dépêtrer.

- En relisant la consigne, j’me suis rendue compte qu’à aucun moment c’est marqué que tu dois être à poil.

Le regard de Yukimori demeura toujours aussi froid. Aussi froid que la peinture dans son dos. Fraîcheur qui contrastait avec la chaleur de son corps qui bouillonnait intérieurement et qu'il avait toutes les peine du monde à contenir. Est-ce qu'elle voulait réellement jouer à la plus maline ? Parce qu'à ce jeu-là, il n'était pas sûre qu'elle prenne l'avantage…

- Je suppose qu'on vous a enseigné un peu d'anglais à l'école, non ? "Body" ça veut dire "corps". S'il s'agissait de peindre mes vêtements, ça s'appellerait du "Cloth painting". Alors non, je ne vais pas me dénuder entièrement parce qu'il y a des limites, mais je vous prierais de suivre l'ordre sans causer d'ennuis.

Son ton était sec. Glacial, aussi. La situation était déjà bien assez complexe pour qu'elle décide de l'envenimer encore davantage. Tout ce qu'il souhaitait, c'était qu'elle coopère pour qu'ils valident ce devoir au plus vite. Il n'avait aucune envie de se retrouver avec elle, à jouer avec de la peinture derrière des barreaux… En fait, il n'avait aucune envie de se retrouver avec elle, tout court. Il ne la connaissait à peine depuis plus de vingt-quatre heures mais elle se montrait si détestable qu'il avait déjà des difficultés à la supporter. Peut-être que c'était l'occasion parfaite pour mettre les choses au clair, en espérant que cela porte ses fruits.

- Cessez de m'importuner. Et de m'avoir par surprise, aussi… Ou bien vous acceptez que j'en fasse de même avec vous.

Il soutint son regard quelques secondes, tentant de lui faire comprendre qu'il était tout à fait sérieux. Elle semblait toujours vouloir tourner la situation à son avantage, alors comment réagirait-elle s'il l'imitait en devenant aussi imprévisible qu'elle ne l'était ? Il était persuadé que ça ne lui plairait pas, alors il imaginait qu'elle changerait de comportement à l'avenir. Ou à moins qu'elle ne le pense incapable d'agir de cette manière ?.. D'un côté, elle n'aurait pas tort. Lui, il préférait la stabilité, la tranquillité, la douceur. Mais, ce qu'elle ignorait probablement, c'était qu'il aimait également l'équilibre et il n'appréciait absolument pas qu'elle tente de prendre le dessus sur lui de cette manière. Alors, s'il le devait, il agirait comme elle, pour lui faire comprendre qu'il ne se laisserait pas marcher dessus.

Sur ces bonnes résolutions, il déboutonna sa chemise -d'abord immaculée, à présent tachée- et s'éclipsa dans la salle de bain pour s'en débarrasser dans le panier de linge sale. Il supposa que la trace rouge ne serait pas trop récalcitrante. Puisqu'il s'agissait de peinture pour le corps, cela devait certainement pouvoir disparaître à l'eau sans grande peine. Il profita d'être seul dans la salle de bain pour ôter également le reste de ses vêtements, conservant uniquement son boxer. Et cela lui paraissait tellement peu, il avait la sensation d'être nu… Il regagna le séjour, gardant son air sérieux -légèrement sévère, après la contrariété occasionnée- qu'il adoptait un peu plus tôt, afin de masquer son embarras. Il n'était vraiment pas à l'aise, aussi peu vêtu. Il avait l'impression d'être encore plus vulnérable qu'il ne l'était naturellement en présence de la vipère qui lui servait d'épouse... Toutefois, il tacha de garder contenance et se plaça sur les journaux. Le papier était sec sous ses pieds. Sensation désagréable. Mais il n'en dit rien, désirant accomplir la tâche au plus vite.

- Bon… Qu'on en finisse…

Il espérait qu'elle soit enfin décidée à coopérer car sa patience était en train de faillir inéluctablement…
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Koizumi Otsuka
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posté
le Sam 7 Sep - 12:38
par Koizumi Otsuka
Aussi fort que tu peux


It's a power, it's a power, it's a power move
And while I'm not quite sure what she's trying to prove
They all say she's got low self-esteem
So, why is she looking like the cat who got the cream...


L’éponge est visqueuse dans ma main. Ça coule sur mes doigts quand j’appuie, tache le sol. C’est rouge, on dirait que je viens d’arracher un cœur ou d’abattre un ennemi. Ça me déplaît pas. À toi le marquage du bétail, à moi la peinture de guerre. On sait très bien tous les deux qui, ici, est la bête sauvage quand tu te retournes pour me foudroyer du regard.
Je ris. Je riais aussi quand tu déballais tes sarcasmes tout à l’heure. L’excitation pique tous mes muscles comme un aiguille.
Te voir en colère, c’est remporter une victoire. J’en hisse la bannière aussi haut que je peux :

« Haaaaan, t’as failli dire un gros mooot ! On va te retirer des bons points dans ton dossier, tu crois ? »

Tu dois fonctionner comme ça au boulot je suis sûr. Collectionner les félicitations comme des insectes morts à punaiser sur les murs, bien rangés, bien alignés, bien étiquetés, exposés sous verre pour que rien ne dépasse. Toujours à l’heure, jamais en colère, les dossiers classés au cordeau sur ton bureau, les courbettes parfaites pour ton chef de service et les corvées café pour le stagiaire.
Putain, tu me dégoûtes.
J’ai envie de te secouer jusqu’à ce qu’il y ait des trucs qui bougent dans ton musée intérieur.

Tu parles sèchement, plus que tu ne l’as jamais fait. Je continue de sourire, je le brandis comme un bouclier pendant que j’étudie les failles. T’es du genre froid quand tu t’énerves. Évidemment. Exploser et crier en cassant des trucs, ça t’aurait pas ressemblé.
Ici, c’est toi l’iceberg et moi le volcan. Y a pas de problème, je t’aurais à l’usure. Y a presque plus de banquise, de toute façon.
Je ricane à ta menace. Trop mignon.

« Ch’ais pas. Faudrait que tu sois capable d’agir spontanément pour ça, non ? Est-ce que je risque vraiment quelque chose ? »

T’as beau agiter les pattes et claquer des mandibules, t’es toujours cloué au mur et j’ai jamais eu peur des morts-vivants.
Je lève le pouce et cligne de l’œil à Fafnir quand tu pars te changer dans la salle de bain. On a gagné cette manche, mon vieux. Et comme un gros bâtard, tu me laisses pas le temps de m’en réjouir.
J’étais en train de me dessiner sur les jambes quand tu reviens avec juste ton caleçon sur le cul.
Je sursaute, mon sourire se barre. Sans le vouloir, je serre l’éponge. La peinture qui coule ruine mon dessin.
Je le savais mais j’avais oublié. J’avais pas envie de te voir comme ça.
T’es impatient, tu veux en finir rapidement. C’est à moi de te jeter un regard mauvais, en espérant que ça parvienne à cacher la lueur de l’alarme qui tourne dans ma tête.
Putain.

« Bouge pas. »

Et tais-toi. Je prends les autres tubes, je garde l’éponge. Vert et bleu. J’aime bien ces couleurs. Ça me fait mal parce que je sais que ça sera pas suffisant. L’écart est trop grand. Y a trop d’espace entre tes deux épaules, entre ce que je t’ai montré et le reste de ce que je suis, entre toutes les tourelles de ma citadelle.
Je peux pas tout défendre à moi seule.
Je m’approche à pas raide, sans te regarder. J’ai la gorge serrée. Je sais pas par où commencer. Tout ton corps est couvert de peau sans que ça m’empêche de voir le reste. Veines, tendons, os et articulations. Tu n’as plus l’air d’un insecte sur son mur. Tu respires, tu bouges. Je connais le nom de tous tes muscles, je sais mieux que toi ce que tu serais capable de faire et ça me paralyse.
Les vivants, c’est bien plus terrifiant que les morts.

Je commence par ton dos comme on se jette dans le vide. Seule l’éponge te touche, moi j’ai pas envie. J’ai aucune idée de ce que je te peins dessus, j’ai jamais eu de patience pour ces choses-là de toute façon, je m’appelle pas Kyo.
J’ai jamais su prendre mon temps pour faire des trucs jolis.
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Yukimori Otsuka
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★
posté
le Mer 11 Sep - 13:10
par Yukimori Otsuka
Aussi fort que tu peux
Lorsque Yukimori prit place sur le journal, il ne réalisa pas immédiatement le changement de comportement de son épouse. Trop embarrassé de se trouver si peu vêtu devant elle, il n’osait pas vraiment la regarder, préférant baisser légèrement le visage pour poser ses yeux sur un point invisible au sol. Ce fut l’absence de réaction de sa part qui lui mit la puce à l’oreille. Il s’était attendu à des remarques impertinentes, un sourire moqueur dessiné sur ses lèvres. Après tout, cela semblait être sa spécialité. Elle le lui avait encore prouvé quelques minutes plus tôt en ne se privant pas de se montrer encore davantage railleuse lorsqu’il avait perdu patience. Alors, constater qu’elle s’était abstenue de toute réflexion le poussa à relever doucement la tête vers elle, intrigué. Il l’observa sans dire un mot, l’encourageant presque -en pensée- à rompre le silence. << Eh bien, alors ?.. On a perdu sa langue de vipère ?..>> Était-ce de la peur, de la panique qu’il lisait dans son regard ? Dans son attitude ? Non, probablement pas. Il devait faire erreur. Elle montrait tant d’assurance habituellement -peut-être trop, d’ailleurs-, ne se gênant pas pour l’embarrasser ni pour l’embrasser, alors pourquoi semblait-elle si vulnérable soudainement ? Cela ne faisait pas sens dans son esprit.

- Bouge pas.

Elle n’avait vraiment pas l’air bien à l’aise, l’épouse. Où était donc passée son attitude de fanfaronne ? Ses remarques désobligeantes ? Son sourire narquois ?.. Ce n’était tout de même pas la semi-nudité du jeune homme qui les avait chassés, si ? Il continua de l’observer, cherchant à comprendre ce qu’il se passait dans son esprit. Il en oublia même sa propre gêne, trop concentré sur les gestes de la jeune femme. Elle choisit des couleurs froides. Du vert. Du bleu. Il s’attendait à quelque chose de plus vif, de plus chaud. A l’image de l’épouse. Peut-être avait-elle sélectionné ces couleurs au hasard, ou à moins qu’elle ait eu besoin d’opter pour des teintes plus apaisantes, moins agressives ?.. Impossible de le savoir.

Il la regarda s’approcher, le regard fuyant, la démarche crispée sans comprendre pourquoi elle agissait de cette manière. Evidemment, il ne posa aucune question, persuadé qu'elle n'y répondrait pas, de toutes façons. Mais l'attitude de son épouse lui donnait presque le sentiment d’être responsable de son état et il ressentait une pointe de culpabilité. Il repassa la scène en boucle dans son esprit pour savoir s'il avait agi de manière inappropriée. Mais il réalisa que même lorsqu'il l'avait menacée de se montrer aussi imprévisible qu'elle, elle ne l'avait pas du tout pris au sérieux. Alors il ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce qui pouvait l'avoir heurtée. Et, finalement, est-ce que cela avait de l'importance ? Pourquoi n'ignorait-il pas simplement les états d'âme de la jeune femme ? Après tout, elle ne s'était pas sentie coupable, elle, de bloquer les portes avec les meubles pour l'empêcher de circuler librement dans leur logement commun. Elle n'avait aucun remord non plus lorsqu’elle se moquait ouvertement de lui et le rabaissait à chaque occasion qui se présentait. Non, elle ne méritait pas sa gentillesse, sa sollicitude, c'était une certitude.

Il la laissa se glisser dans son dos, sans bouger, comme elle le lui avait demandé. A vrai dire, il n'était pas tout à fait serein non plus. Il ne pouvait s'empêcher de se montrer méfiant à l'égard de la jeune femme. Elle était bien trop instable et mesquine envers lui pour qu'elle lui inspire confiance. Tous ses sens étaient en alerte, craignant de se faire attaquer par surprise. D'autant plus qu'il n'avait plus aucune visibilité sur ses agissements… Son regard était figé droit devant lui, concentré sur le moindre son, la moindre perception. Il ne put alors réprimer un frisson lorsque l'éponge entra en contact avec sa peau. Ses poils se dressèrent au passage de l'éponge qui diffusa la fraîcheur de la peinture sur son corps. Il résista pour ne pas s'avancer et éviter le froid, la viscosité et surtout le contact indésiré de l'objet dans son dos. Toutefois, il ne pouvait s'empêcher de se tendre par moment, lorsque l'épouse passait sur des zones plus sensibles.

Il ignorait ce qu'elle pouvait bien dessiner, ou même si elle cherchait à représenter quelque chose en particulier. En réalité, il ne voulait pas le savoir. Dans le meilleur des cas, elle se contentait d'étaler la peinture pour valider l'ordre de l'incontestable, et c'était tout ce qui importait. Dans le pire des cas, elle en profiterait pour le ridiculiser, une fois encore… Il décida alors de ne prêter aucune attention aux motifs qu'elle pouvait tracer sur son corps. Ainsi, il ne serait pas agacé et tout se déroulerait sans encombres. Cela lui laisserait un peu de répit avant le prochain assaut mesquin de son épouse. Lorsqu’elle eut terminé avec la partie arrière du corps du jeune homme, elle réapparut face à lui. Son regard était toujours aussi fuyant, elle semblait encore davantage crispée. Yukimori avait le sentiment qu’on lui avait changé son épouse pour une autre tant il ne la reconnaissait pas. Même si cela avait des airs de bonne nouvelle -parce qu’il fallait reconnaître qu’elle n’était pas la plus agréable qui soit, soyons honnête-, en réalité il ne pouvait s’empêcher d’être inquiet. Il y avait un problème. C’était évident. Mais il ne savait toujours pas comment aborder le sujet avec elle…

Il revint rapidement à la réalité, coupé dans ses interrogations par la sensation désagréable de l’éponge contre son torse. Son regard se posa furtivement sur la main de l’épouse. Encore surpris par la fraîcheur de la peinture, mais également embarrassé par le fait qu’elle se tienne si proche de lui. Oh, il aurait bien rompu cette comédie grotesque mais il savait qu’il y était forcé et que sa seule option était de se résigner et attendre que l’ordre soit accompli. Toutefois, il se consolait en constatant qu’il n’était visiblement pas le seul à subir la situation. Plus les minutes s’écoulaient, plus l’épouse semblait mal à l’aise. Yukimori ne pouvait que comprendre et compatir. Il n’avait aucune envie qu’elle lui touche le torse et encore moins qu’elle descende sa main comme elle le faisait. << Mon Dieu… >> Le malaise n’avait jamais été aussi intense et pourtant il ne cessait de croître. Evidemment qu’elle devait appliquer la peinture sur ses jambes. Bien sûr qu’elle était forcée de se baisser pour les atteindre. Forcément, les dernière fois qu’une femme s’était retrouvée ainsi devant lui, ce n’était pas pour étaler de la peinture. Ni pour refaire ses lacets ou pour ramasser un crayon… Alors les pensées du jeune homme commençaient à devenir très inappropriées, ce qui ne fit qu'empirer la situation. Il eut un léger mouvement de recul.

- Mh… Désolé.

Il avait besoin de réinstaurer de la distance entre eux, de ne pas se laisser envahir ni par ses pensées, ni par la nervosité. Pourtant, son cœur battait si fort dans sa poitrine… Il soupira et leva les yeux vers le plafond, vers la fenêtre, cherchant de quoi s'occuper l'esprit en attendant que ça se termine. Il ne restait plus que les jambes et ils seraient libérés de ce devoir. Enfin... Yukimori préféra tendre une jambe après l'autre vers l'épouse plutôt que de se rapprocher à nouveau. Puis, lorsqu'elle eut achevé son œuvre, le jeune homme s’éloigna davantage avant de soupirer une nouvelle fois et d’adresser un léger sourire à Koizumi, soulagé qu’ils soient enfin débarrassés de cette corvée.

- C’est fini… Merci beaucoup.

Elle l’avait épargné cette fois, elle ne l’avait pas tourné en ridicule plus qu’il ne l’était. Elle avait accepté de coopérer alors qu’il la sentait peu disposée à obéir aux caprices de ce système infernal. Elle leur avait évité la cellule alors que ce devoir semblait lui avoir énormément coûté. Plus qu’à lui en tous cas, il en était certain, et pourtant ce n’avait pas été le moment le plus agréable de son existence pour lui non plus. Alors oui, en cet instant, il se sentait reconnaissant. Elle avait légèrement remonté dans son estime et il espérait que cette avancée soit le premier pas vers une entente meilleure.
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