Noorin Q. Aso
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le Mer 22 Mai - 7:22
par Noorin Q. Aso
Noorin Qhara ASO
"Vous pourriez vous étouffer rien qu'avec le silence." Palahniuk.

Généralités
Nom ;; Aso.
Prénoms ;; Noorin Qhara, mais tout le monde se contente de Noor.
Âge ;; 29 ans depuis le 30 octobre, mais l'âge n'est certainement pas une indication de maturité chez elle.  (30/10/2081)
Genre ;; Féminin, pour le meilleur et pour le pire.
Origines ;; Pakistanaise de sa mère, japonaise de son père. Physiquement c’est son côté japonais qui ressort, mais elle a la peau plus sombre que la moyenne.
Activité ;; Barmaid/serveuse dans un club underground, même si elle accepte aussi de vous hacker le profil de votre ex pour une poignée de billets. Ça fait les fins de mois, on va dire. Si vous êtes poli, elle acceptera même peut-être de vous faire des faux papiers.
Sexualité ;; Les genres ne la gênent pas, elle prend tout ce qui vient sans se poser de questions. Techniquement bisexuelle mais, sans le label.
Avatar ;; (c) jeeleery.
Règlement ;;
Chemin ;; Longue histoire.
Commentaire ;; Non mon capitaine.
Histoire


C'est la troisième fois cette semaine.

Ça crie, ça hurle, ça tape – ça écorche le silence avec de longues griffes acérées. C'est la troisième fois que les mots dépassent leur pensée, la troisième fois que les bruits traversent les murs jusqu'à ta chambre miteuse. Tu les entends tellement crier que tu t'demandes si c'est pas dans ta putain de tête que le chaos prend place. Peut-être qu'un jour t'auras peur du silence.

Ça devrait pas t'atteindre, tu l'as bien trop entendu. Le son de la vaisselle qui tinte violemment, les pas précipités qui résonnent comme des bombes, chaque parcelle de voix qui t'revient et qui t'fait frissonner. T'es seule, t'es toute seule, et y a personne à qui l'dire.

La chanson commence toujours comme ça. Étouffée, troublante – puis tout s'accélère et te prend à la gorge, la porte vole et ton paternel s'y engouffre, ta mère à sa suite. Il n'y a pas à se demander ce qu'ils font là, parce que tu le sais très bien. Tu te recroquevilles sur ton lit, à peine grande pour tes treize ans, même si t'as bien eu tes premières règles y a trois semaines à tout casser. On te le dit souvent, que t'as pas l'air d'une femme, parce que tu te caches sous des manières d'hommes et un visage de plomb ; selon toi, c'est la seule solution à ce bordel.

Même si la vérité, c'est qu'y en a pas. Alors ton père s'approche, le visage crispé par la frustration et la peur, et il t'agrippe de toutes ses forces. Tes jambes et tes bras luttent pour rester sur la terre ferme, bien tranquilles sur ton matelas qui jaunit à vue d'œil, mais c'est pas la peine de lutter, non. Un homme et une gamine est un duel vite fait.

T'as rien fait, tu te dis, quand tes longs cheveux se prennent entre ses doigts par mégarde et qu'il te tire, toujours un peu plus fort, pour te secouer devant les yeux de ta pauvre mère et appuyer ses dires. Tu sais pas pourquoi ils finissent toujours par te mêler à leurs histoires, t'es trop jeune pour comprendre que t'es la corde sensible. Celle de ta mère en tout cas. Elle, elle pleure, parce qu'elle est foutue. Avec une famille pareille, n'importe qui l'serait.

Et les flingues, la mort douce, c'est pas son truc. Alors elle endure, un coup à la fois, peut-être qu'au fond elle aime ça. Peut-être même que toi aussi, que c'est dans les gènes.

Il pleut pas. Y a pas d'orage, pas de chien qui en crache ses poumons sous ta fenêtre. Y a personne d'autre que vous trois et le silence, et ça rend le tout bien trop réel, bien trop vif, c'est presque trop difficile à assimiler. Mais tu sais comment ça va finir, n'est-ce pas ?

Ce soir, ou tout court. T'as jamais eu aucun putain de doute là-dessus, non, parce que les gens comme toi ils finissent que d'une seule manière. Seuls, à crever dans leur coin, parce qu'il y a pas de place pour eux dans cette saloperie de monde. Et c'est tant mieux, probablement, quand on voit le reste de la bande, une file interminable de crevards et d'imbéciles, d'hommes narcissiques et de salopes.

Est-ce que t'es une salope, toi ? Sûrement. En tout cas, t'en es devenue une, alors à qui la faute. À maman ? Ta mère, elle s'en fout. Elle a toujours rêvé que d'une chose : retourner dans le passé pour effacer toutes ses ratures, et t'en fais partie. Elle t'aime, c'est sûr, ça crève les yeux. Mais elle t'aimera jamais plus qu'elle aime l'idée d'une vie meilleure, sans le rappel constant de ses mauvaises décisions sous les yeux. C'est toi, ce putain de rappel, t'es une piqûre lancinante, une plaie ouverte qui prend le soleil et qui crame, t'es le caillot de sang qui bloque l'artère.

Y a pas grand-chose à dire sur ton compte. T'as encore un bleu, t'as encore sommeil, parce que personne dort dans cette putain d'maison. Les soirs où t'entends pas tes parents se cracher dessus à coups d'insultes et de regrets, tu perçois les gémissements pleins de honte à travers les murs. Si c'est ça l'amour, alors tu préfères crever.


*



« Aso ? Aso, putain. »

Tu soupires. Tes prières pour devenir invisible sont bien vaines, et t'en es à te demander si on se fout pas de toi là-haut. Si t'étais honnête avec toi-même, tu admettrais que tu l'as toujours su, mais se résigner, c'est bien ce que ta mère a fait non ?

« T'm'écoutes jamais ? T'es chiante. »

Ça, chiante, tu l'es. C'est dans tes veines, ça palpite sous ta paupière, ça bat dans ton oreille. C'est viscéral et t'as beau y faire, tu restes une garce, une pauvre fille. Les gens que tu intimides ont peur de toi, de c'que tu pourrais faire. C'est vrai que tu t'es déjà battue pour moins que ça.

« Ferme-la Gôki », tu marmonnes, mais personne daigne t'écouter non plus.

La seule personne que t'arrives à supporter ces derniers temps, c'est ce gamin au nez trop long, ce garçon qui plaît pas aux filles. Il leur fait peur, lui aussi, et les rumeurs vont de bon train dans les couloirs froids du lycée. Alors vous étiez voués à finir tous les deux, à partager un joint en plein milieu d'un chantier abandonné, et aujourd'hui vous vous agacez, mais vous vous plaignez pas car vous savez que vous n'avez qu'vous deux.

« J'disais que ça se passe mardi soir. Tous les mardis soirs, d'ailleurs. Tu voudras qu'on aille y faire un tour ? » Tu l'regardes, les sourcils froncés. Ce gosse te dépasse, il est trop enthousiaste pour la vie de la merde qui l'attend.

Vous avez pris l'habitude de vous retrouver dans des endroits glauques, où vous serez sûrs d'être seuls. Pas pour vous emballer, à vrai dire, t'as jamais emballé personne. T'es censée en avoir envie ? T'es pas normale.

Non, c'que vous faites, c'est des conneries. Vous faites tout ce que vous êtes pas censés faire justement parce que c'est interdit, et vous le faites avec le sourire mesquin de quelqu'un qui est fier d'avoir bousillé quelque chose. Certains jours, c'est l'endroit que vous bousillez, puis d'autres, c'est vos visages.

Tes parents te d'mandent pas d'où ça vient, même si tu sens ta mère te suivre du regard avec une pointe d'angoisse dès que tu passes la porte, parce que de toute façon, le soir, tu rentres toujours trop tard. T'as que quinze ans et t'es déjà une bombe à retardement. Mais tu te dis que si t'abîmes ton visage toute seule, ton père aura pas à l'faire.

C'est ça que vous faites. Vous vous battez. T'es encore trop petite pour le dépasser, mais faut dire qu'il est trop grand, trop pâle, trop élancé ; ses cheveux noirs lui retombent dessus avec nonchalance et tu trouves ça beau. Dans une autre vie, peut-être qu'il se serait passé quelque chose, mais t'es mieux toute seule. Tu préfères recevoir son poing dans ta gueule plutôt que de le voir te détester jour après jour.

« Quoi, qu'est-ce qui s'passe mardi ? Explique, j'comprends rien. Tu râles, tu râles, parce que parler t'fatigue. C'est un effort vain, c'est du gaspillage. Lui il parle beaucoup, de tout et de rien, de rien surtout. Tu l'aimes bien pour ça, même si tu lui diras jamais.
—— Le tournoi ? Eh oh. On en parle depuis deux s'maines. Y a genre, un peu d’blé à la clé. »

Non, vous n'en avez pas parlé. Vous avez évoqué l'idée, et vous vous êtes bousillé la mâchoire avec un bon crochet du droit. Il t'a chopé le bras et t'a frappée dans les côtes, alors t'as envoyé une bombe en plein nez. Depuis, c'est cassé, un peu. Tu trouves ça plus joli, et lui, il trouve ça plus classe. Tu t'souviens encore de votre fou-rire quand vous avez partagé une bouteille de soda sans bulles, dégueulasse, son nez ensanglanté séchant avec saleté.

T'aurais bien aimé lui dire que l'tournoi se passe à minuit, mais c'est pas une excuse et il le sait. Ça fait des mois que tu sors sans demander ton reste, et que tes parents te regardent faire avec fatigue, irrités de te voir foutre ta vie en l'air à leur place. Ça énerve ton père, parfois, alors il rattrape le temps perdu avec un p'tit coup. T'esquives pas parce que tu l'aimes.

Alors, tu hausses les épaules. T'as rien de mieux à foutre un mardi soir, de toute façon.

« OK.
—— OK ?
—— OK », tu répètes, et tu chopes ce qu'il t'offre.

Vous fumez en silence, c'est ce que vous faites.

Mardi, tu te feras défoncer la gueule, mais c'est gratuit et illégal alors rien ne te retient.

« Tu sais ce qu'ils racontent, sur toi ? tu d'mandes à Gôki, sans doute parce que tu sais plus de quoi parler maintenant. T'as jamais été très bonne pour ça.
—— On raconte des trucs sur moi ?
—— Ouais. »

Il se tait, tu te tais. Tu patientes parce que tu sais que derrière ses airs de dur, Gôki est un cœur fragile qui n'veut qu'espérer mieux. Mais la lumière au bout du tunnel, c'est seulement le phare d'en face qui t'aveugle sur l'autoroute de la vie, alors tu peux pas t'empêcher de le ramener sur Terre.

« Non.
—— Ils disent que les jours où t'es pas là, tu vas voir ton vieux en prison. Que t'as repris le business quand il s'est fait arrêter, et que comme il a pris perpèt, tu dealeras toute ta vie. Ça c'est d'l'amour filial. »

Gôki t'regarde avec de grands yeux, curieux et attentifs, qui te font te demander ce que les autres détestent chez lui. Il est grand, direct, trop direct. Parce qu'il a une gueule de cadavre, les gens le traitent comme un phénomène de foire au passé sombre, aux mille secrets. Tu t'demandes toujours ce qu'ils racontent sur toi. Probablement rien – la dernière fois qu'on a dit des conneries de ce genre, t'as fini dans le bureau du proviseur avec le poing couvert d'un sang sec qu'était pas le tien.

Le proviseur avait suggéré de te faire consulter, et ta mère avait hoché la tête en silence, les yeux graves. Elle comprenait à peine le Japonais, faut dire, mais y avait pas grand-chose à comprendre : t'étais un putain de désastre, et ça se disait en toutes les langues avec un froncement de sourcil désapprobateur, presque attristé.

Puis dans la voiture, ni ton père ni ta mère n'avaient ouvert la gueule, et la bombe que t'attendais nerveusement n'a jamais explosé. Même rentrés chez vous, personne n'a dit un mot, et plus tard t'as entendu ton père susurrer des mots doux dans l'oreille de ta mère, à travers le mur qui vous séparait. Elle y répondait pas, elle se laissait faire ; tu t'es dit que c'était ce que faisait la plupart des femmes.

Gôki répond pas, il rigole juste. Tu le fais souvent rire, ce gars-là, et c'est bien l'seul. Ça te déplaît pas.

« Faut y aller.
—— Où ? tu demandes, parce que vous aviez passé l'accord taciturne de pas retourner en cours. Vous manquerez à personne.
—— Voir mon père en taule », il ricane, et tu ricanes avec lui.

Tu finis le bâton de drogue qu'il a fait juste pour toi, tu l'écrases du bout de ta botte noire poussiéreuse. Tu te demandes souvent ce que ça ferait de se faire marcher dessus avec ça. Mal, sûrement – t'aimerais.

Vous partez épaule contre épaule dans un silence entendu, probablement chercher les ennuis. T'as que quinze ans, et t'es déjà dans la merde.


*



Ça y est, t'es grande. On peut plus t'faire de mal.

Les gens qui te touchent ont ta permission, et tu craches sur ceux qui essayent de la contourner. Tu t'affirmes, t'as l'impression – même si l'avenir est pas plus brillant qu'il l'était avant. Ça brille pas, même pas un peu, y a rien à l'horizon, rien d'autre qu'une vie dans l'obscurité à attendre que ça passe. Et ça devrait te faire mal, mais t'es habituée.

Ça aussi, t'es habituée ; la façon dont ses mains se referment autour de ton cou avec un brin de folie, un désir presque malsain. C'est tellement intense que tu pourrais pleurer, tellement bon que c'en est presque insupportable pour ton pauvre petit cerveau.

La douleur égale pas le plaisir, ou bien peut-être qu'ils se confondent. Tu les as toujours côtoyés, ces deux-là, comme les deux parents que t'as jamais eu. Tes parents sont des loques, des cadavres, un ramassis d'ordures qui n'aura jamais le cran de vivre. Tu te dis que si tu te laisses faire, tu finiras pareil – alors tu t'fous en l'air toute seule, parce qu'on est jamais mieux servi que par soi-même.

Tu préfères crever à poil sur le tapis dégueulasse de ton minuscule salon, la bouche ouverte t'étouffant dans ton propre vomis, que de finir ta vie comme ils finiront la leur. Tu préfères te faire mal que de réaliser que c'est ça qui t'attend, une vie amère pleine de faux-semblants et de regards haineux. La haine tu la choisis, toi, tu la subis pas – et tu préfères bien crever que de te la voir imposée.

C'est moite, ça glisse. Ça fume de partout comme la vapeur qui sort d'une douche bouillante, des perles de sueur roulent dans le creux de ton dos. Sa main s'y flanque, glisse, se rattrape sur ton flanc, et vous faites les joyeux idiots.

Tu serres les dents tellement fort qu'elles te font mal, alors tu te demandes si elles tiendront.

Tes mains sont pressées sur son torse pour le retenir à terre, et toi t'arbores le sourire le plus fou de ta vie. Il aime ça, il trouve que ça te va bien – toi tu t'en fous, tu souris parce que tu perds les pédales. Tu ressens les vagues de plaisir monter en toi comme du poison, comme la dose quotidienne d'une drogue parmi toutes les autres, sur la longue liste des conneries que tu t'utilises pour tenir le coup.

T'as pas encore trouvé le grand amour, et t'as pas envie d'le trouver. Selon toi, c'est un connard, un salopiaud qui ne mérite pas son titre ; alors tu te contentes de ça, de lui, des mecs que tu croises en soirée et qui partent pas en courant. T'utilises les préservatifs comme une poignée de main, t'insistes à peine.

Tu sais qu'après ça, vous vivrez vos vies comme vous le faites. C'est pas la première fois que ce pauvre type finit dans ton lit, mais c'est tout ce que t'as trouvé, et tu sais que ce sera pas la dernière fois non plus. L'âge de l'ignorance est bien loin, et maintenant c'est plus toi qui entend des gémissements à travers le mur : c'est toi qui les offre, égoïstement, du bout de tes lèvres abîmées. T'as trop léché, t'as trop embrassé, t'as trop mordu. C'est tes voisins qui seront pas contents, demain.

Il te pousse de sa paume chaude et vous vous déboîtez, décadents. Tu tombes en arrière et tu rebondis sur le matelas comme une pauvre gosse, mais il t'attrape le poignet et te tires hors du lit. Les draps sont encore faits, froissés mais intacts, parce que vous vous donnez rarement la peine de romancer l'acte.

La musique est forte, très forte, le genre de conneries qui passe dans le bar où tu travailles. C'est pas un bar, d'ailleurs, c'est un repaire à crevards comme toi, là où les gens sans amour vont abreuver leur soif avec un verre de vodka ou une jolie pilule bleue. T'en as vu de toutes les couleurs, si bien que t'en as oublié les noms ; de toute façon, tu prendrais n'importe quoi.

C'est un endroit sans fenêtre, un sous-sol oublié qui retient le bruit, et ça te rappelle ton chez toi. T'as réussi à partir de chez tes parents, finalement, même si ça t'aurait fait jubiler de pouvoir t'extasier à voix haute, flanquant tes paumes contre le mur pour qu'ils comprennent que tu prends ton pied. Tes parents sont fous, et toi aussi.

Là où tu bosses, les gens n'ont aucune retenue. Ils sont pas mariés, et ils en ont pas envie ; ils ont faim, soif, ils manquent de sexe et d'ivresse. En général, tu restes derrière le bar à servir les visages pathétiques qui s'offrent à toi, dégoulinants de sueur sous la musique alternative et les corps qui se collent, et puis tu t'dis que t'es bien là où t'es. Parce que le fun, tu l'auras plus tard – y a toujours quelqu'un à ramener chez toi, et t'es consciente que t'as une chance inouïe.

Ta joue finit contre le mur, et tu te dis que c'est bien. T'aimes être au-dessus, dominer, avoir pleine vue sur ce qui te foutra en l'air plus tard. Mais parfois, t'es fatiguée, et tu veux finir la joue contre le mur. Alors tu le laisses faire, parce qu'il sait, il sait que t'aimes ça et que si c'était pas le cas, il aurait déjà un œil en moins. T'es folle et il le sait, c'est ça qu'il aime. Tu sais pas pourquoi, t'arrives pas à comprendre, mais tant qu'il répond quand tu l'appelles et qu'il cherche pas quand tu l'ignores, tout ira pour le mieux. Hein ?

Oui, tout ira pour le mieux.

Le mur est froid, tu cherches à t'agripper. Tu finis par renvoyer tes mains dans le vide, quelque part derrière ta tête, et tu ramènes sa nuque vers toi pour le rapprocher. Il t'embrasse, mais t'en as que faire, tu fais glisser ta main sur sa hanche et t'agrippes la fesse aussi fort que tu peux, quitte à y laisser des marques. Si t'avais pas les ongles aussi courts que ton espérance de vie, il aurait déjà perdu sa peau.

Il gémit ton prénom dans ton oreille, et toi tu r'gardes ailleurs. Ton prénom, tu l'aimes pas, tu le détestes. T'as beau le raccourcir lettre après lettre, rien ne demeure, rien d'autre qu'un putain de prénom que tu détestes. Faut pas aller chercher bien loin.

C'est ta mère qui te l'a donné, et tu te demandes pourquoi. Elle t'appelait jamais, de toute façon, trop occupée à rester silencieuse. Elle souffrait, oui ? Toi aussi. Elle a jamais rien dit, jamais tenté. Ta mère est une garce et t'es son héritage, une garce plus jeune, plus amère, plus jalouse encore. Ce que ta mère n'avait pas mérité, toi tu finiras dedans à plein nez, mais ce sera amplement ta faute.

Ce type te tire doucement les cheveux et t'entrouvres les lèvres sous le plaisir insidieux de la douleur. Le mal te fait du bien, t'es tarée comme ça.

Puis tu vas t'enfermer dans ses chiottes minables, pour pisser un bon coup et haïr ton reflet. Tu restes sur la lunette des toilettes pendant dix, vingt, quinze minutes – t'as la trace de tes coudes sur tes genoux caramel. La musique gueule toujours, elle t'excite l'esprit et te retourne l'estomac.

Tu t'attaches les cheveux, tu tires la chasse. Et tu vas faire du café, toute nue au beau milieu d'la nuit, parce que tu sais que t'as rien de mieux à faire. Dans une demie heure, il en voudra encore, et t'as toute la nuit d'vant toi.


*



T'as mal dosé, putain. Encore.

Tu trembles comme une putain d'feuille, tes sens sont en panique. Tu sais pas trop si tu sens rien ou si tu sens tout, tu sais pas trop si t'es encore vivante. Tu pourrais bien être en train de rêver, ou bien déjà morte ; après tout, qui sait ?

La ligne blanche délaissée sur la table du salon a l'air de rien, elle est même pas droite. Y en a un peu partout, comme si t'avais soufflé dessus, et tu sniffes le bout de tes doigts à la recherche d'un peu d'amour.

C'est dans ces moments-là que tu te dis que t'as merdé, que t'aurais pu aller loin. T'es jamais allée plus loin que le lycée, à quoi bon ? Et pourtant, t'avais tout. La fougue, la spontanéité, l'intellect ; ta mémoire eidétique te sert pas à grand-chose, au final, à part retenir chaque commande qu'on te gueule au bar sans le moindre mal. T'aurais pu devenir avocate ou professeur, t'aurais pu chercher un moyen de finir autre part, mais tu l'as pas fait.

T'es toute seule parce que tu foires tout. T'as probablement repoussé Gôki, aussi, parce que t'aimes te sentir forte et indépendante, parce que l'idée d'avoir besoin de personne te fait tripper comme un joint pur. T'as pas besoin de poudre pour te ramasser par terre, t'y es déjà depuis trop longtemps.

Gôki en a bavé, de toi. Et t'en as bavé, de lui, mais tu l'mérites toujours pas. Tu mérites personne. A part toi-même, peut-être, mais il faudrait être fou pour engendrer deux Noor. T'imagines un instant la gueule de ta mère si elle avait eu des jumelles, et tu ricanes fort. Très fort. Ça te secoue l'estomac mais t'es hilare, parce que t'aurais voulu voir ça.

T'as le téléphone dans la main, et t'es obligée d'aller dans les contacts pour le trouver. T'as beau connaître son numéro par cœur, c'est pas avec tes mains tremblotantes que t'arriveras à quelque chose. La coque noire du téléphone prend des airs sales, t'as d'la farine sur les doigts. T'es pas sûre que ton corps tiendra le coup, mais tu te dis quand même que la prochaine fois, faudra y aller plus doucement. Et juste après, tu te dis que tu le feras pas, parce que tu l'fais jamais.

« Gôki ? Gôki... tu murmures quand la sonnerie disparaît. Gô—
—— Votre correspondant n'est pas disponible pour...
—— Va t'faire foutre ! » tu balbuties dans un haut le coeur.

Il répond pas, bien sûr. Tu sais qu'il est debout, même s'il est quatre heures, et tu sais qu'il a entendu les cinq appels que t'as passé en une minute. Il répondra pas, c'est tout. Fais-toi à l'idée, putain.

Tu jettes le téléphone et la coque se craque, tant pis. Tu te grattes le sternum, tu meurs de chaud, même si t'es qu'en soutien-gorge et pantalon. Tes cheveux te collent au crâne, au front, aux joues, mais t'es trop haute pour t'en rendre compte, trop ailleurs pour réaliser que ce qui te fait mal au dos depuis tout à l'heure, c'est l'angle coupant de ta table en verre qui te rentre dans la peau.

T'as raté ta vie, et elle vient à peine de commencer. Ma petite, t'es dans de beaux draps, hein ? Tant pis. Tu feras avec, comme t'as toujours fait.

Même si tu sais qu'un jour t'y passeras. Tu veux pas de cette vie, de cette lettre rose, t'en as jamais voulu et tu abhorres l'idée de la voir glissée sous ta porte un matin où t'as pas encore décuvé de la nuit passée. Tu t'imagines sans cesse comment ça se passerait, et ta réaction. Tu la brûlerais, sûrement, et t'essayerais de te barrer loin d'ici pour défaire le mal que ta famille a fait en y venant. C'est eux qui ont scellé ton destin, au fond.

Tu veux pas d'un homme, tu veux pas d'une femme. Tu veux de personne, tu veux la paix. Ils te la laisseront pas, mais tu t'acharnes à l'exiger quand même.

T'as entendu parler d'eux, des Incontrôlables. C'est qu'une fois en plein bad trip que t'y songes pour de bon, que tu te demandes si ta place est pas parmi eux. Le système tu l'as toujours détesté, t'as jamais trop lutté pour ça, parce que c'était plus facile de lui montrer un doigt d'honneur que d'essayer de faire semblant d'approuver. T'es comme ça, t'y peux rien, même si tu sais que ça t'enverra au trou.

Tu tombes sur le côté, lequel, t'en sais trop rien. Ton bras est coincé sous ton corps, qu'est pourtant pas si lourd, mais t'es incapable de le reprendre. Bientôt le sang passera plus, t'auras mal, très mal, mais tu sens déjà rien. Combien de temps tu passes la joue contre le parquet, cette nuit-là, à attendre qu'on vienne te réveiller de ton mauvais rêve, t'en as aucune putain d'idée. Aucune putain d'idée, non.


*


IAMX – Volatile Times (Iamsex Unfall Rework)
The Soft Moon – Black

Si tu fermes les yeux, si tu les fermes bien, tu peux presque y être. C’est presque la même chose. La même pénombre, étouffante et familière, délicieusement dangereuse. Tentatrice, comme toi. Tordue, comme toi. C’est la même valse du diable, une danse de transe parmi des corps qui s’abandonnent, anonymes, perdus dans la foule – des paupières closes et des visages tournés vers le ciel. Oui, si tu fermes bien les yeux, tu peux presque t’y croire. Un endroit des bas-fonds où les déchets sociaux vont s’échouer comme des baleines mortes, comme des sacs en plastique déchirés qui retrouvent le rivage après avoir pollué l’océan. Un endroit comme ton club à toi, où de ton bar tu enivres des connards et des imbéciles, tes pairs, tes ancêtres, des gens un peu plus pâles et un peu plus bruyants mais qui n’ont rien à t’envier. Pas même ton insouciance, parce qu’elle est naïve, fragile ; il te suffit d’ouvrir les yeux et elle s’en va.

Parce que, oui, si tu les rouvres, c’est une autre déchéance qui te prend. Il n’y a que ton corps nu baignant dans des draps emmêlés, brûlant d’une fièvre impossible à chasser. Sous des couches épaisses de musique et de basses brusques et impardonnables, des coups sur ta porte – encore, encore, et qu’est-ce qu’ils te veulent. De l’argent, bien sûr. C’est la cinquième fois qu’on réclame ton loyer, mais tu n’ouvres pas la porte, même si tu sais qu’il a les clés de toute façon. Pourquoi t’ouvrirais ? T’as rien à lui donner, rien, même pas une excuse. Ton argent a disparu, tu l’as dilapidé, comme tu dilapides tout : il est passé dans la machine de la vie, bye-bye les billets.

Tout ce qu’il te reste, c’est un peu d’acharnement. Alors tu rampes hors du lit, t’emmènes un pan de drap avec toi et luttes pour t’en défaire d’un coup de jambe trop maladroit, et puis tu cherches dans l’obscurité quelque chose qui te soulagerait. Les coups continuent, cette fois, t’es plus sûre s’il s’agit de la porte, de la musique, ou de ce qui est tapi dans ta tête. Parfois, il suffit de gigoter un peu pour que tout ce qui y dort se réveille. Libère la cavalerie, arrache-toi les cheveux jusqu’à ce que ta boîte crânienne le sente.

La salle de bain, peut-être. Tu sais qu’il t’en reste, un peu – par de l’argent, non. De la poudre, n’importe quoi suffirait, mais il t’en faut, tes veines crient famine, ton cœur s’affole, peut-être que c’est ça la mort. Si c’est ça, alors tu meurs toutes les nuits. Presque. L’ange de la mort, il dormirait à côté de toi, si seulement il pouvait dormir – au lieu de ça, il te guette du coin de l’œil, à toute heure et en toutes circonstances, comme s’il se languissait de pouvoir t’étreindre. Parfois, il y a une feinte, tu y crois même quelquefois ; puis c’est comme un spasme qui te réveille, et te voilà de nouveau en vie. Ça ne dure qu’un instant.

Essoufflée, tu tâtonnes à l’aveugle le comptoir, incapable de te souvenir où tu as vu la petite boîte pour la dernière fois. Une boîte de métal aux airs de ta mère, peut-être qu’elle vient d’elle, t’en es plus sûre. Maintenant, de toute façon, elle est remplie à ras bord de petites merdes pour oublier qu’elle existe, pour oublier ton père, pour t’oublier toi. Surtout toi. Des petits sachets, minuscules, entassés les uns sur les autres. Il y en a tellement qu’il n’est même plus nécessaire de les remplir pour qu’ils fassent la boîte à eux tous seuls ; pourtant, tu sais qu’il reste probablement un fond, misérable comme celui d’une bouteille de whiskey, lâchement oublié après un verre qui ne pardonne pas.

C’est ridicule, de t’accrocher à cet espoir, vain et brûlant, mais c’est plus facile que de sombrer dans la folie. C’est moins pénible. Et puis – c’est moins de gaspillage.

Tes doigts abîmés finissent dans le lavabo, écrasent les gouttes d’eau qui témoignent de ta dernière venue ; c’est tiède et désagréable, mais tu ne t’essuies même pas. A quoi bon, tu flambes, tu flambes, tu résistes comme la dernière bougie allumée dans la tempête. Une seule brise et t’es foutue.

Quelque chose de laid sort de toi. De ta bouche, de ta gorge. Un gémissement rauque et puéril, tout droit venu d’un endroit oublié, qui te répugne d’avance – un souvenir, peut-être, des gémissements du passé. Pourtant, ce ne sont pas les mêmes. Celui-ci, c’est celui du manque. De la gourmandise, du vice. Les pleurs de l’âme et du corps ; c’est ta bêtise qui s’exprime et qui demande toujours plus. Ça quémande, ça exige. Alors tu tâtes, toujours, jusqu’à reconnaître un bruit familier, et tu attrapes comme un animal hystérique, tu ouvres, tu inspectes sans voir, parce que tes doigts connaissent le chemin.

Ça éclate, dans le couloir. Les coups reprennent, suivis de voix – deux, trois, en tout cas, le type n’est plus seul. Tu te demandes un instant s’il a appelé du renfort, peut-être même la police, avant de te souvenir que ce n’est pas un coin où ce genre de visite est appréciée. Si tu caches tes sombres secrets dans une petite boîte métallique ou dans un disque dur, tes voisins ont aussi matière à cacher les leurs, quels qu’ils soient. Non, ce n’est pas la police, ce sont les autres, les gens qui viennent se plaindre de la plainte, qui en rajoutent une couche car il n’y en a jamais assez. C’est parfait, tu sais que tu poses problème, cette nuit : il est trois heures et cet endroit n’a jamais paru aussi malheureux. T’es brûlante et t’es pas seule, mais la fièvre est une bien moins bonne compagnie qu’un malheureux inconnu perdu sous les draps. Qu’importe son nom, son sexe, son visage. Qu’importe sa peau ou la raison de sa présence. Qu’il soit sobre ou défoncé, ivre ou désespéré – tu t’en fous, tant que tu peux l’être, toi. Défoncée, ivre. Désespérée.

Le vacarme continue, c’est toi qui le cause. Eux ils ne font que rebondir comme les effets indésirables d’une drogue, les ricochets dans l’eau qu’on ne peut ni prévoir ni contrôler ; ils veulent que tu t’en ailles. C’est pas quelque chose qui te dérange, pas d’habitude, pas si ton trip est assez puissant pour t’emmener loin d’ici – mais là, ça te démange la nuque, le coin de la bouche, la clavicule. Tu grattes, tu racles de tes ongles rongés, tu sens presque tout trop fort. C’est pas la musique, c’est tes battements de cœur.

Tu ramènes les sachets sur ton bureau, là où un des écrans d’ordinateur t’offrent un semblant de lumière. Tu les inspectes, la gorge prise d’une nausée, tu cherches avec des doigts tremblants ce qui soulagerait la peine que tu caches. La vérité, c’est que t’es une sale lâche, une vaurien. Une pourriture hypocrite et pleinement consciente de l’être. T’es dans le déni, c’est tout. C’est bien trop. La vérité, la vraie, c’est que tu ne supportes la vie que lorsqu’elle est altérée de quelque façon – quand elle flotte, qu’elle s’allonge, qu’elle s’étire d’un clignement d’yeux, qu’elle glisse sous tes paumes moites.

C’est tellement plus facile de nier la vie, bordel – tellement plus facile de tricher.

T’es une junkie, c’est pas nouveau. C’est pas tant à tous ces choses que t’es accro, c’est à l’illusion. Les junkies sont des illusionnistes. Incapables de supporter la réalité sous son vrai visage, laide et déplaisante – ils se croient capables d’en changer la couleur. Alors c’est chose aisée de s’enfoncer une aiguille dans le bras ou d’allumer un joint, c’est facile de faire un tas de poudre comme si c’était que du sucre pour les papilles, ça c’est certain. Le plus dur, c’est le retour à la réalité, quand on tâtonne les sachets magiques pour finalement réaliser qu’il ne plus une goutte du nectar illusoire. Pas un grain de poussière, rien qui satisfasse ton esprit tordu au bord de la panique.

Les coups sur la porte continuent, toujours. Les voix se fondent dans la musique, mais tu ne l’éteindras pas. Si tu t’arrêtes de respirer une seconde ou deux, tu pourrais presque croire que ces basses sont plus violentes que tes battements de cœur.

T’essuies d’un geste misérable ce qui sort de tes narines, même si t’es pas sûre de ce que c’est. Tu sanglotes, c’est vrai, tu t’en es même pas rendue compte. Alors tu rampes de retour au lit, le front en sueur, tes cheveux sombres collés jusque sur tes joues comme les racines d’un arbre ; de longs méandres désarticulés qui en suinteraient presque.

Plus rien, t’as plus rien. Plus d’amis, plus d’argent, plus de drogues. T’as plus rien d’autre à faire que d’attendre, de subir. De fermer les yeux pour te bercer d’illusions, encore, parce que c’est tout ce que tu sais faire. Tu grelottes, tu grelottes, mais t’es déjà loin.


*



La nuit, c'est ton royaume maudit. C'est là que t'existes.

Toc, toc, toc. Clic, clic. Toc.

Ta piaule, c'est pas un moulin à vent, mais ça y ressemble parfois. Les gens viennent te voir parce qu'ils détestent leur vie, et, pas parce qu'ils veulent y faire quelque chose, mais parce qu'ils trouvent ça être une assez bonne raison pour gâcher celle des autres.

C'est un boulot plutôt infect, qui te purifie pas ; mais t'as beau porter un nom sacré, t'es pas un ange. Ou déchu, peut-être bien. Le genre d’ange qui a sauté du quinzième étage juste pour vérifier qu’il savait voler.

Les gens te demandent des infos crackées, ils te demandent des mots de passe, des infos personnelles récupérées sur des disques durs qui sont pas censés être ouverts au public. Parfois c'est important, ça pue le complot, parfois c'est banal et c'est un ex qui se venge sous l'égo meurtri.

T'es pas un as de la technologie, mais y a des trucs que tu sais faire. Gôki t'as appris des trucs, et t'as appris le reste, et ça finit par te servir. Tu vends aussi, des trucs qu'on devrait pas vendre, sûrement.

La drogue, t'y touches seulement, tu fais pas dans le commerce. Mais tu vends des systèmes, des cartes mémoires, des clés USB bourrées de trucs qu'il faut pas. Tu vends des virus comme on vend des pains au chocolat, tu pirates pour quelques billets. C'est un job malsain, une fenêtre ouverte sur la vie privée des gens, mais tu t'en balances bien. La plupart du temps, quand tu fais ce qu'on te demande de faire et que tu fouilles le profil d'une nana qui a rien demandé pour y trouver des infos sensibles, t'es à moitié à poil avec un soda dans la main. C'est presque un hobby, presque une façon blasée de tuer le temps.

La clope entre les lèvres, tu vas ouvrir ta porte. Elle résiste, et tu tires, et tu dois bien tirer quatre coups secs pour qu'elle se décoince. Tout est miteux chez toi, mais t'aimes ça. Tu trouves que t'es dans ton élément, ouais.

« C'est pour ? tu te demandes, et on te rend un regard apeuré, visiblement pas dans l'habitude de ces choses-là. C'est un réflexe pour toi de t'appuyer contre l'encadrement de la porte, d'un air profondément ennuyé, comme si ça ne rimait à rien.
—— T'es bien… Aso ? Noor Aso ? »

Tu grimaces, t'aimes pas ça. Les gens connaissent ton nom ou bien ils l'ignorent, mais ça crie celui qui l'a entendu au détour d'une conversation. Ce boulot, c'est le tien, et t'aimes pas qu'on te traite comme un sale missionnaire ; d'ailleurs, il a pas l'air de savoir ce qu'il fout là.

T'ouvres ta porte, tu t'écartes. Ta radio est allumée, branchée sur une station dans ta langue maternelle. Le type s'engouffre à l'intérieur, et tous les traits de son visage se crispent à chaque détail. Le murmure troublant de l'animateur pakistanais, l'odeur brutale de la clope froide, la température chaude et lourde qui conforte dans l'idée qu'aucune fenêtre ne voit jamais le jour.

Tu fermes la porte, prends ta clope entre tes longs doigts. T'as encore des croûtes de ton dernier corps à corps avec un inconnu, devant un bar que t'aimais même pas. Les hommes ont peur de frapper les femmes, tu leur prouves raison.

« Si c'que tu cherches c'est comment contourner les censures des sites pornos ou comment accéder au Deep Web, tu peux r'partir. »

Le terminal est ouvert sur l'écran, impossible de se tromper. Tu codes, tu tapes, tu pirates, c'est ce que tu fais quand t'es pas derrière un comptoir, dans une obscurité presque malsaine, à peine éclairée par les néons enivrants d'un endroit que peu de gens se savent vouloir fréquenter. Combien de fois avait-elle trouvé des gens en plein ébats dans les toilettes publiques, écrasés contre le lavabo à moitié cassé ?

« Non, non, c'est… J'ai besoin de ton aide. »

Tu fronces les sourcils, tu le jauges du regard. Il t'a l'air à peine plus vieux que toi, mais définitivement moins brave, et tu sens d'ores et déjà la panique qui prend place dans sa voix, dangereuse, comme des mots que tu avais toujours redouté entendre.

Y a une femme dans ton lit, elle est nue et t'es plus sûre de son nom. Il la remarque avec surprise et en perd presque son élan.

« Combien tu prends ?
—— Ça dépend. Tu fixes, méfiante.
—— Je voudrais… j'voudrais changer quelque chose. D'ordre administratif. »

Ton froncement s'accentue, il se crispe. Ta mâchoire aussi, d'ailleurs, et ça te donne pas l'air jolie. Tu sens le type à deux doigts de faire demi-tour, et tu sens que s'il le fait pas, tu le foutras dehors à coups de pieds.

« J'suis censée deviner c'que tu viens foutre ici ? Précise.
—— Il suffirait juste de… s'infiltrer ? De s'infiltrer dans le réseau et… y changer mon nom, mais…
—— Dégage. »

L'inconnu s'arrête en plein élan, te regarde avec de grands yeux semblables à ceux d'un animal en pleine détresse. Tu saisis l'urgence de la situation, mais tu n'as rien à voir avec ça. Ça ne te regarde pas, et plus loin tu te tiendras de ce système, moins gros tu risqueras.

« Dégage, j'te dis ! » Tu hurles, tu craches. La biche prend peur.

Tu savais pertinemment ce qu'on avait attendu de toi à l'instant. Tu ne peux pas pénétrer plus grand que toi, et surtout pas l'impénétrable. Un remord lancinant te prend, comme si tu aurais pu y faire quelque chose, et la haine contre ce dôme d'acier qui vous recouvre tous te saisit les tripes.

Le type s'en va en courant, il laisse la porte ouverte et t'entends déjà ses pas précipités dans les escaliers. Ça grince, ça claque, puis plus rien.

Tu donnes un coup de pied dans la porte, et elle claque à son tour. Puis tu regardes ta clope se consumer doucement, millimètre par millimètre. C'est pas tes préférées.

Tu t'assois devant l'écran, silencieuse. Les lignes de code sont toujours là, elles n'attendent que toi. Et dans un instant de trouble, tu te demandes si quelque chose de plus t'attend pas. T'as la mémoire, le sexe, les drogues – mais t'as pas encore conquis l'inaccessible, t'as pas encore laissé ta marque sur cette société que tu fuis.

Et il y aurait bien quelques idées, là, qui te viennent en tête pour le faire. Alors, bêtement, comme tout débutant, tu flanques tes doigts sur ton clavier sale et tu tapes : "Incontrôlables". Tu trouveras du censuré, de la propagande, des pages supprimées du net. Mais toi, tu sais comment percer les pare-feu et plonger dans le Deep Web, tu sais les chemins étroits qu'il faut passer pour trouver c'que tu cherches. T'as déjà trouvé des réseaux d'enfants au prix d'un clic, ça doit pas être plus dur. Tu sais que les trouver sera probablement difficile.

Mais il faut bien commencer quelque part.


*



En général, c’est comme ça que tu sais que t’as trop bru. Pas quand tu te bats, parce que les filles comme toi se battent quoi qu’il arrive, même quand elles ont aucune raison de se battre – surtout quand elles ont aucune raison de se battre. Pour les drogués outrés des injustices parfaites de la vie, un rien est suffisant pour brandir les poings et serrer les dents en espérant ne pas en perdre. T’as déjà vu un junkie chez le dentiste ? Une barmaid avec des dents en moins, ça attire difficilement le client. De toute façon, comment ils le sauraient, tu souris pas.

C’est ça, oui. Tu souris, quand t’as trop bu. Parfois le sourire est tellement large qu’il fait mine de fendre tes joues en deux comme une lame aiguisée, de remonter jusqu’à tes oreilles. Tu montres les dents comme on montre des crocs, mais sans haine – du mépris, plutôt. C’est pas tant la même chose. La haine, c’est rouge, ça brûle. Le mépris est gris comme ton visage, passif, il attend en grinçant des dents.

Mépris pour les règles, pour les gens, les institutions, les conventions sociales que tout le monde semble s’acharner à respecter. Tu vois tes pairs du coin de l’œil baisser la tête à chaque ordre qu’on leur donne, comme s’ils se savaient nés pour ça, et ça te démange, ça te donne la nausée. Tu veux les secouer et les pousser dans les flaques d’eau pendant que la pluie se déchaîne, leur envoyer le talon de tes bottes en plein dans la pommette. Un délire collectif, que t’appelles ça, une nation toute entière persuadée que ce qui la dicte fait le bon choix. Et plus t’en apprends sur ceux qui disent non, plus t’en apprends sur toi-même. Toi, fatiguée, toi, victime, victime qui a fini par s’habituer à prendre des coups, à les recevoir, à les deviner à l’avance. Ça t’a aidée, tu te dis. Les gens comme ton père rendent des filles comme toi folles jusqu’à la moelle : c’est pour ça que tu ris quand tu te bats, ivre, à peine assez consciente pour tenir sur les bâtons qui te servent de jambes.

Inutile de le nier, la force te manque cruellement. Dans la vie de tous les jours, ça te revient en pleine gueule comme une injustice de plus. Cette fois, c’est la génétique, aucun doute. Ta mère, frêle et fragile, petit être de chair et d’os, plus d’os que de chair – cette femme qui se laissait secouer et baiser, frapper et embrasser, qui trébuchait toujours en arrière quand il osait la pousser un peu. Pas d’équilibre, ni de quoi réceptionner les coups ; sa peau brune était trop souvent couverte de mille galaxies violettes et bleues, parfois noires le premier jour. Chaque matin, au-dessus de ton assiette de petit-déjeuner, tu la suivais de l’œil rien que pour voir de quelle couleur ses ecchymoses seraient, aujourd’hui, comme une prévision tordue de la météo locale. Aujourd’hui, quelques éclaircies sur la clavicule, mais risques élevés de perturbations sur la mâchoire supérieure. N’oubliez pas vos saloperies de parapluies.

Non, fallait croire qu’ouvrir les bouteilles et porter des cartons, ça t’avait jamais rendu service. Pourtant, tu t’en sortais comme un chef dans la rue, qu’importe le temps qu’il faisait ou le nombre d’étoiles dans le ciel, de toute façon, vous étiez tous trop soûls pour pouvoir les compter. Les étoiles, ivres, ça ne donne que le tournis ; il n’y a que les rêveurs pour s’allonger sur un trottoir et les effleurer du bout des doigts, et toi, ça fait bien longtemps que t’as arrêté d’être une rêveuse. Même la nuit, tu ne rêves plus.

Ça commence toujours sans prévenir, comme si l’effet de surprise était un délice que tu léchais sur le coin de tes lèvres. C’est vrai qu’il y avait quelque chose de puissant dans le fait de voir un inconnu trébucher, tituber, se rattraper sur un pan de mur en jurant dans sa barbe des mots incohérents que l’alcool coupait en deux. Un langage difficile à maîtriser, que t’as pas besoin de comprendre ; frapper, ça passe le message. Parfois, ce genre d’attitude dans ce genre de quartier finit mal. Il suffit d’une patrouille, d’un seul agent, et les risques que la nuit finisse gâcher s’empilent les uns sur les autres. Mais ce soir, aucun signe de vie, aucune voiture, que les pas maladroits des gens ivres qui rentraient chez eux, ou qui cherchaient où ils pourraient bien aller à la place. Pour eux, le fun s’arrête là. Mais pour toi, il ne fait que commencer.

Le type, tu ne le connais même pas. T’en as pas besoin. Tu veux juste qu’il te frappe, et très souvent, c’est ce qui se passe. Peu de gens acceptent un premier coup en disant, OK, d’accord, celui-là je l’ai mérité, bonne journée à toi. Le plus souvent, ils relèvent la tête, un peu secoués, comme s’ils essayaient de se remémorer une raison valable pour s’en prendre une dans la gueule – puis ils renvoient le coup, parce que c’est la beauté de la nature humaine. T’as plus qu’à remercier Dieu.

Celui est tellement ivre qu’il pourrait frapper sa propre mère. Le coup est lent et maladroit, tu l’esquives en souriant, pourtant t’aurais bien aimé qu’il heurte de justesse ton épaule gauche. C’est drôle, c’est fascinant, et d’un coup t’es projetée dans tes années lycée, quand tu séchais les cours avec Gôki pour vous démonter le visage dans des endroits abandonnés. Gôki a arrêté de se battre, maintenant, et tu te dis que c’est un peu vrai pour son entièreté. Il ne se bat plus, tout court. Mais toi, t’en es incapable, t’en chialerais tellement c’est frustrant de ne plus pouvoir dire « merde » et lancer un poing à l’aveuglette. C’est pas parce que les années passent et que la menace de la lettre rose pèse sur ta petite bête que tu devrais t’assagir pour autant ; ce que tu fais là, dans la rue au milieu de la nuit, c’est probablement une des choses les plus sages que tu saches faire.

Tu marmonnes quelque chose d’un ton moqueur, mais quelque chose te revient en pleine joue comme si tu te réveillais d’un mauvais rêve. C’est vrai, ça réveille, c’est assez pour secouer ce qui cogite dans ta tête de droguée ; ça s’entrechoque encore comme si ça tanguait, si bien que tu ne vois pas le suivant non plus. Il suffit d’une fraction de seconde, et quelque chose te traverse l’estomac, du moins c’est tout comme. L’air chassé de tes poumons, tu tâtonnes sans regarder comme pour vérifier que ton ventre est encore là, que rien ne saigne ni ne s’écoule à tes pieds. Triste fin, de finir éviscérée sur un trottoir à quatre heures du matin. Surtout un lundi.

Tu rigoles, crachant quelque chose par accident. C’est peut-être de la salive, ou bien du sang, ou bien la pluie qui te tombe dans les yeux. Un peu des trois, avec de la chance. Le type te regarde sans comprendre, et tu sais ce qu’il se dit à cet instant précis. Que t’es folle. Mais, ça va, tu ne t’en offusques pas : tu te le dis, toi aussi.

Ta tête tourne vers l’arrière, comme si c’était trop hilarant pour ton pauvre petit corps. Et pourtant, quand la tête roule à nouveau sur le devant et que tu détournes les yeux, tu balances un bras vers le haut, assez violemment pour que quelque chose craque. Si quelque chose crache, alors tu n’as rien entendu – pour être sûre, tu renvoies l’autre bras. Le contact est si brutal que tes phalanges craquent quand tu rencontres son menton.

Il t’attrape l’épaule, mais sa main mal coordonnée par tous les verres enfilés ne parvient à attraper que le tissu de ta veste, et il tire, tire vers la gauche, si bien que tu titubes jusqu’au mur, mais quand il fond sur toi pour te refaire le portrait, tu plonges sur le côté. Il finit le front contre le mur, et pendant une seconde, tu te demandes s’il n’y restera pas. Ça n’a pas l’air de bouger, pourtant ça respire – alors t’en profites, sale gamine que tu es, pour lui asséner un coup dans les côtes, assez fort pour qu’il s’en souvienne le lendemain matin. C’est peut-être ses pieds d’ivrogne qui glissent sur le bitume, mais il finit à quatre pattes, et tu l’observes en fronçant les sourcils comme si t’attendais qu’il vomisse ou qu’il pleure. Rien ne sort, il ne tousse même pas, mais il ne se relève pas non plus.

Plus personne pour te pointer du doigt et fondre sur toi derechef. Plus personne à provoquer, ne serait-ce que pour sentir quelque chose en toi se briser, même si, en toute honnêteté, ce que tu préfères, c’est constater les dégâts dans le miroir. Un œil au beur noir est difficile à arborer au travail, mais tu bosses quasiment dans le noir, alors qu’est-ce qu’on s’en fout. De toute façon, ce soir, tu t’en tires plutôt bien, ce qui est décevant.

Mais, tant pis. Ça t’ennuies, soudainement, comme si t’étais sortie pour rien – mais ta tête tourne encore, de l’alcool et des coups, et tu marches presque droit en direction de la rue voisine, celle qui te rapproche de chez toi. Toi aussi, tu titubes. La différence, c’est que tu fouilles tes poches pour des clopes oubliées en ricanant gaiement. C’est comme ça que tu sais que t’as trop bu.

Caractère


T'es pas droitière. T'es pas diurne, non plus, et on a plus de chance de te trouver dans un sex shop ou une station de métro passé minuit. T'es un oiseau de nuit, sauvage et discret, qui s'efforce de tenir jusqu'au matin sans s'arracher les ailes. Il t’arrive de pas voir le jour pendant des semaines, mais ça te pose aucun problème.

Le truc, avec toi, c'est que tu t'énerves pas. Tu t'irrites, tu t'agaces, tu rigoles et tu fronces les sourcils jusqu'à ne plus les sentir – mais rarement tu t'énerves, parce que t'as appris à garder ça en toi. Alors tu frappes, tu grognes, tu pleures ou tu glousses, mais jamais tu cries. Tu ignores, tu offres des crochets du droit à qui veut en recevoir, mais la vraie furie est tapie bien profondément.

T'aurais pu aller loin, oui. Bosser dans un bar underground où les gens s'enivrent, se défoncent et baisent dans tous les coins, c'était pas ce que tes parents avaient prévu pour toi. Avec ta mémoire, t'aurais pu être un génie, mais t'as raté le coche on dirait bien. Alors tu t'en sers pour pirater, pour t'insinuer dans la vie des gens comme un vil insecte, le putain de parasite que t'es. Tu fais la maligne en retenant toutes les boissons de derrière le comptoir, enchaînant verre après verre comme si tu pouvais pas en oublier les noms. T'as un côté physionomiste, parce que tes rétines n'oublient jamais quoi que ce soit. C'est pas forcément une bonne chose, tu l'sais très bien.

T'es pas gracieuse, t'es pas une dame. Les rots te font rire et tu croises jamais les jambes, même quand t'es à poil. T'as des manières d'hommes parce qu'on t'a jamais traité comme une fille, alors les hommes te font pas peur. Tu les abhorres en silence, tu t'accroches pas aux sentiments. On dit merci papa.

T'aimes c'que tu fais, parce que c'est tout c'que tu sais faire et t'es bonne à ça. T'as un don pour rendre les gens ivres, pour refiler à la meilleure offre un bon paquet de photos privées. Les limites, ça te fait pas tiquer. Personne en a jamais eu avec toi.

Y a certains trucs qui te font tiquer, pourtant. La lumière du jour, alors tu sors pas. Les gens, alors tu sors pas non plus. La mauvaise came, mais ça, tant que t'en as… Puis y a cette histoire, ce gros malentendu terrible que tu haïs plus que tout : l'Incontestable. Le meilleur moyen de te foutre en rogne, c'est d'en parler, parce que t'as toujours fait comme s'il existait pas. Y aura jamais de lettre rose pour toi mon petit, tout ça c'est qu'un bon gros mythe. Tu feras jamais une bonne femme, une bonne copine, une bonne mère. Alors pourquoi s'acharner, hein ? Ce truc hideux qui a rendu ta famille encore plus hideuse, t'en veux pas, t'en voudras jamais.

T'es une addict, tu le sais. A la drogue, à la nuit, au sexe, à tout ce qui répond à tes coups de poing. Une junkie de merde, un véritable déchet à l'échelle humaine ; tu traînes tes sales pieds partout où le monde accepte tes conneries. Pas beaucoup d'endroits, en somme, si ce n'est les repaires nocturnes des gens qui sont aussi tarés qu'toi. Et puis y a Gôki, ce type qui cessera jamais d'espérer alors que la vie lui crache à la gueule. Tu devrais le trouver idiot et naïf, mais tu l'aimes comme un frère, c'est plus fort que toi. On peut dire qu'il te complète, avec sa gentillesse réservée, ce privilège qu'il offre qu'à toi et que t'offres à personne. T'es une amie de merde, tu l'sais très bien, mais t'es trop égoïste pour le laisser partir. Un jour il partira, pourtant, et tu détesteras le système encore plus si c'est possible.

T'es pire qu'une fleur, tu fanes à la vitesse de la lumière. Tu te remettras jamais d'un amour que t'as jamais eu, d'un type qui t'a jamais embrassée. C'est ça ta tragédie, d'être tout dans ton absence, d'exister dans le négatif. T'es un déficit, t'accumules les zéros en-dessous du moins.

T'as pas de frère, ni de sœur, t'as Gôki pour ça. Et si le mot famille te ramène aux horreurs de ton enfance, alors tu veux pas d'ce mot tout court. Tu t'en tires très bien toute seule, que tu te dis, même si tu sais pertinemment que tu fous en l'air ta vie, aussi, simplement à ta manière. Mais c'est OK, c'est tout bon, tout va bien. Hein, tout va bien ? C'est fantastique.

Tu t'attaches, parfois, même si t'aimes pas ça. T'en as horreur parce que ça te rend faible, ça t'empêche de lutter. Ça rend l'euthanasie plus facile.

Tu manges qu'épicé, tu bois que du sucré. Les seules exceptions à ça sont ces putains de pains au lait dont tu raffoles, et les tonnes d'alcools forts qui traînent dans ta piaule. Rien que ça, ça pourrait constituer ton régime alimentaire en entier.

T'aimes pas la télévision. T'en as pas, d'ailleurs, même si avec quelques efforts et du stalking plus poussé sur les réseaux sociaux, t'aurais bien moyen de t'en trouver une dans tes prix. Tu détestes les films, du coup, et tout ce qui touche à la publicité ; tu restes loin de ces merdes comme on reste loin d'un essaim d'abeilles. Selon toi, ça bousille le cerveau, et t'es contente de trouver que t'as raison sur ce point.

Parce que t'as pas raison sur tout. T'as beau être brillante, t'es pas sage du tout, ni raisonnable, en fait, t'es une gosse à qui on a filé une bagnole, un appart miteux et le droit d'accès à toutes les jolies choses du monde. Tes putains d'addictions. Tu lâches rarement l'affaire, t'es qu'une saloperie de tête de mule qui refuse d'admettre qu'elle a tort. L'égo il t'aveugle, mais tu vis la nuit alors tu t'en fous. Tu te dis que les gens t'ont tellement traitée comme une merde qu'il n'y a que toi pour compenser, alors tu t'efforces de t'aimer comme tu peux. C'est pas facile tous les jours, tu le sais bien, mais c'est un travail minutieux qu'il faut soutenir jour après jour. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que tu t'aimes toi plus que t'aimes les autres.

T'es jalouse, t'es folle. C'est difficile d'oublier la fois où Gôki s'était trouvé une copine, tout aussi paumée que lui, une fille qu'avait l'air bien même si elle avait pas l'air bien dans ses pompes. Ça t'avait rendue folle ça, oui, et t'étais devenue ton père pendant quelques instants, accablé par tous les fléaux du monde, terrassé par les défauts que Satan a déversé en toi comme on se remplirait une chope de bière. Ça te rend possessive et amère, mais t'y peux rien alors tu luttes pas. Au contraire, t'enlaces cette nature de salope qui fait de toi qui t'es, parce que tu préfères ça plutôt que d'être ta mère. Au final, question du jour : de tes deux parents fous à lier, lequel aimerais-tu le plus devenir ?

Mais ça, c'pas sûr que tu aies le choix. On verra bien, hein. Dans les deux cas, t'es pas bien loin de la folie mon ange.

Physique


T'as la peau plus sombre que la plupart des gens, même si au Japon c'est chose aisée. T'es presque métisse, t'es caramel, parce que ta mère porte la teinte de son pays d'origine. T'as ses yeux sombres, sans profondeur – ou trop sombres justement. T'as aussi le nez, d'ailleurs, un nez tordu au milieu mais mignon quand même, enfin c'est ce que raconte Gôki. Lui aussi il a le nez tordu, par ta faute, alors c'est pas vraiment une référence.

Ton côté pakistanais fait friser tes cheveux, légèrement – et tu te surprends à entrer dans des phases irritées où tu les lisses pour être tranquille. Mais tes cheveux restent jamais les mêmes bien longtemps, d'ailleurs, c'est la première chose qui change quand tu te métamorphoses. T'as eu plusieurs phases, petites, mais t'es encore dans la dernière, l'ado rebelle qui veut pas grandir, qui porte que du noir. Parce que du noir, t'as que ça, de toute façon.

Tu t'es rasé la tête, une fois. Ça a fait pâlir ta mère alors t'as adoré, et tu te dis qu'il faudrait le refaire bientôt. Sur ton crâne lisse t'avais décoloré tes racines, un blond presque ridicule qui contrastait avec ton teint légèrement typé. Puis après ça tu t'étais mise à les faire pousser et à les teindre en noir, et par-dessus tout ce chaos de mèches rebelles t'avais foutu du bleu en pensant que ça ferait joli. Du coup, tes cheveux sont d'un bleu sombre et profond qui renvoie des reflets océaniques à chaque rayon de soleil. Dommage que t'aimes pas ça, l'soleil.

Maintenant, t'as une frange trop courte que t'as coupée toi-même, des cheveux lisses qui font pas la même longueur d'un côté que de l'autre. Ils t'arrivent sous l'oreille à gauche, et sous le menton à droite, mais tu te dis que ça fait joli quand même, justement parce que ça l'est pas. Derrière, c'est plus court, d'ailleurs tu continues de raser le bas de ton crâne. Les mauvaises habitudes ont la vie dure, à ce qu'on dit.

T'as des petites taches de rousseur sous les yeux, que tu cachais au lycée. Maintenant tu trouves ça joli, mais tu te dis que c'est pas exceptionnel, parce que tout le monde en a. C'est ta façon de penser ; tu veux ce que les autres n'ont pas, sans trop savoir pourquoi.

Ton corps, c'est le plus gros paradoxe de ta vie. C'est la fissure entre ton âme et tes pensées, tes mots et des actions, c'est la preuve que t'es autant un homme rustre qu'une petite fille. T'as pas de manières, et la politesse, tu l'envoies où tu penses. Mais pourtant, t'as une gueule d'ange, une bouille de fille, et il paraît que c'est un atout. Tu t'en sers, alors, et tu réalises avec surprise que les gens aiment ça – la différence entre l'air que t'as et celui que tu te donnes. Les mecs pensent que t'es fragile à l'intérieur, tu joues le jeu pour avoir le plaisir de les surprendre un jour.

T'es plus grande que la plupart des filles, même si t'es pas incroyable. Ta taille te donne de l'assurance, quelque part, et ça intimide les plus frêles. T'as le bras gauche entièrement tatoué de roses noires, l'autre bras surmonté de deux bandes noires et épaisses que tu t'es fait tatouer sur un coup de tête. Tes deux pouces ont les mêmes bandes noires, et de loin, on dirait presque deux bagues de charbon. Ta colonne vertébrale est ornée d'un long, sinueux serpent, et ta gorge d'une pieuvre sortie tout droit des enfers, tentacules glissant jusqu'à tes clavicules.

On t'appelle légèrement gothique sur les bords, un gothique sans convention ni habitude, sans public, presque viscéral. La vérité, c'est surtout que t'aimes le noir, le reste tu t'en balances. Tes ongles sont courts et noirs, comme s'ils poussaient jamais ; et tu peins tes lèvres en vermillon ici et là, quand l'envie te prend. Le reste du temps, c'est un trait épais d'eyeliner la paupière, mais jamais les deux en même temps, t'appelles ça l'harmonie, l'équilibre. Ils ne te verront jamais, d'ailleurs, porter boucle d'oreille en pendentif ou colliers de diamant : tu hais le bling-bling à t'en mordre les doigts.

T'as des cicatrices, aussi. Des trucs pas jolis mais qu'on voit pas si on fait pas l'effort de regarder. Tu les aimes, quelque part, parce que tu sais que ce sont que les premières. Les gens comme toi, ils se font tellement mal qu'ils finissent par aimer ça, alors tu rechignes pas à la tâche. Alors tu laces tes bottes en cuir et tu pars affronter le monde comme la stupide petite salope que tu es.
Noorin Q. Aso
Messages postés : 3
Inscrit.e le : 21/05/2019
posté
le Mer 22 Mai - 8:05
par Noorin Q. Aso
+1
Bacon L. Beigbeder
Messages postés : 1796
Inscrit.e le : 23/08/2016

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Celle qui fait du couscous.
Autre: Connard pathétique IRL, passe ta route.
#JeSuisJeanne
#JeSuisJeanne
posté
le Mer 22 Mai - 9:29
par Bacon L. Beigbeder
Love U, for ever.
Teare B. Jefferson
Messages postés : 451
Inscrit.e le : 21/03/2017

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : fuck la police. ❤︎
Autre: ava : len-yan, deviantart
posté
le Mer 22 Mai - 10:00
par Teare B. Jefferson
The only one. ❤
Ibiki Becker
Messages postés : 203
Inscrit.e le : 06/04/2017

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Anders Becker
Autre: Ibiki est "sourd" ! Donc vous étonnez pas s'il vous réponds pas !
#Le petit Pingouin bougon#
posté
le Mer 22 Mai - 10:00
par Ibiki Becker
Oh god ! Quand j'ai vu ton nom dans les supprimés, j'ai eu un petit pincement au cœur... Je suis trop ravie de te revoir ♥. Et Ibiki aussi de ne pas perdre une amie noor │ baby's got a temper 3912395661.

Bon courage pour ta fiche noor │ baby's got a temper 1362171446.
Ren Bashō
Messages postés : 219
Inscrit.e le : 05/08/2015

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Reiichi Basho ♦
Autre: LUV.
posté
le Mer 22 Mai - 10:35
par Ren Bashō
You back ! noor │ baby's got a temper 2579413762

Bonne chance pour la fin de ta fiche, heureuse de te revoir !

noor │ baby's got a temper 1984817200 noor │ baby's got a temper 1362171446
Alekseï Arizona
Messages postés : 264
Inscrit.e le : 06/03/2017

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Petit Prince Lullaby ♥
Autre:
— L'Araignée —
posté
le Mer 22 Mai - 11:19
par Alekseï Arizona
Re-welcome ♥
Noor, toujours avec nous. Je suis content que tu sois revenue.
Bonne rédaction noor │ baby's got a temper 1661517263
Haven Thorne
Messages postés : 110
Inscrit.e le : 07/06/2018

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Cho ♥
Autre: Merci Teare pour l'ava ♥
posté
le Mer 22 Mai - 14:00
par Haven Thorne
Re-bienvenue !
Je ne te pense pas t'avoir déjà croisée. Mais je découvre ta plume et...olalalala noor │ baby's got a temper 3998388675
Merci rédaction c:
Noorin Q. Aso
Messages postés : 3
Inscrit.e le : 21/05/2019
posté
le Mer 22 Mai - 15:58
par Noorin Q. Aso
Merci vous tous. noor │ baby's got a temper 2146490309
Akirō Takahashi
Messages postés : 240
Inscrit.e le : 08/09/2018

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Jessica ♡
Autre: Passe la vodka !
Serial Dredger
Serial Dredger
posté
le Ven 24 Mai - 21:57
par Akirō Takahashi
Okay... J'vais être claire : j'ai kiffé lire ta fiche.  noor │ baby's got a temper 4228984879
L'histoire de Noor est d'une tristesse affligeante mais c'est si bien écrit ! Y'a tout dedans, tout ce qu'on a à savoir et à ne pas savoir et je t'épargne les trois fautes qui se battent en duel.

J'ai rien à dire. Rien du tout, à part te pré-valider tout de suite, sans me poser de questions.
Amuse-toi bien parmi nous !  noor │ baby's got a temper 872998743

Pré-validation par Akirō
Votre fiche a été pré-validée par un modérateur, un administrateur passera sous peu valider officiellement celle-ci.

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬


Akirō se pavane en cc0033 et ça lui convient très bien.
Chris J. Attacks
Messages postés : 216
Inscrit.e le : 21/03/2017
Fucked up's never been sexier
Fucked up's never been sexier
posté
le Sam 25 Mai - 5:42
par Chris J. Attacks
♥
Makoto Nanase
Messages postés : 4332
Inscrit.e le : 10/10/2016

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Kiyohi Nanase
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?

★
posté
le Sam 25 Mai - 10:17
par Makoto Nanase
noor │ baby's got a temper 716243026

Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

N'oubliez pas :
• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
• Si vous souhaitez trouver des partenaires pour vous lancer, n'hésitez pas à faire un tour par ici ! ♥
• Dans l'ordre, vous pouvez faire une demande de conjoint ici, ensuite vous faites une demande d'habitation ici et enfin, vous pourrez valider votre mariage ici.
• De faire un peu de pub autour de vous pour le forum et de voter régulièrement aux tops sites. ♥

& Surtout, AMUSEZ-VOUS !

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

noor │ baby's got a temper 4qQG8D4
Merci Lucci pour le kit noor │ baby's got a temper 1647638966

Spoiler:
Ce qu'ils ont dit ♥️:
[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
noor │ baby's got a temper Ld7d
noor │ baby's got a temper BbNTuR8
Le plus beau compliment ♥️:
noor │ baby's got a temper Cn3Ckyx
noor │ baby's got a temper 1EPYLUw
noor │ baby's got a temper DfzeUm9


La famille ♥️:
Nanase's family:
noor │ baby's got a temper E9mgMerci à Aria ♥️

Game of Nanase et activité familiale:
noor │ baby's got a temper 3OXEfcUMerci à Driss ♥️

Merci Karlito ♥️:
noor │ baby's got a temper Ea0v9qn

Merci Oz ♥️:
noor │ baby's got a temper YqECw0j
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