Fubuki Nomura
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Célibataire.
Autre:
posté
le Ven 7 Juin - 17:49
par Fubuki Nomura
吹雪家康野村
Nom ;; Nomura
Prénoms ;; Fubuki, Ieyasu
Âge ;; 30 ans fraîchement acquis, né le 31/05/2081 à Beppu, sur l'île de Kyûshû.
Genre ;; Masculin
Origines ;; Japonais pure souche.
Activité ;; Facteur le matin, barman dans un nightclub assez réputé de Shibuya le soir et la nuit. Il fait en gros des journées de 21h à 11h du matin. Il dort le reste du temps. Réserviste des forces terrestres d'autodéfense japonaises.
Sexualité ;; Fut un temps il était hétérosexuel, attiré par les courbes féminines, puis il a eu un certain intérêt pour la gent masculine une fois arrivé à Tokyo, bien qu'il se posait des questions depuis des années. Homosexuel assumé et maintenant fier de l'être.
Avatar ;; Fanarts de Park Jimin - BTS
Règlement ;;
Commentaire ;; Ripperoni Natsu. Also, désolé pour la (future) longueur, c'est pas voulu (un peu quand même) .
you won't make a fool of me;




Caractère (250 mini)
Physique (250 mini)
i can('t) make it better;
Toutes les histoires commencent par les mêmes choses ; d’un couple formé par l’Incontestable ayant eu un merveilleux gosse qui grandit bien et qui finit par devenir même chose qu’eux. Là, c’est s’il ne se passe rien dans notre vie. Ça peut arriver à des tas de gens, tout comme des crasses peuvent arriver à des tas de gens aussi. Ma mère me disait toujours qu’une vie rose n’est qu’une idylle quand bien même beaucoup de gens cherchent à l’obtenir – je l’ai crue, et je la crois toujours aujourd’hui pour ne rien cacher. J’ose espérer qu’un jour ça arrivera. Rien qu’un peu. Pas beaucoup, je demande pas grand-chose. J'ose croire que l’Incontestable est fait pour ça, à la base. Rendre les gens heureux.

Je suis l’aîné d’une fratrie de trois ; on est tous nés à Beppu, sur l’île de Kyushu. Nos parents dirigeaient un onsen, l’un des plus anciens et plus réputés de la ville qui en comporte pourtant des milliers. J’avais beau leur montrer que je voulais vivre comme je l’entendais, pour eux, tout ce qui comptait, c’est que je reprenne le business familial du côté de mon père. Je n’étais certainement pas le premier de la famille à vouloir aller contre ça. J’avais beau leur dire qu’ils pouvaient refiler ça à mes frangines, leur avis ne changeait jamais – c’était moi ou rien. Je n’ai rien dit pendant des années, je me suis juste contenté de grandir.

Je n’ai pas vécu grand-chose d’intéressant durant toute cette période. En revanche, c’est bien à partir du collège que j’ai enchaîné pépin sur pépin et que j’ai commencé à changer. Cette période est parfaitement propice aux changements pour un gosse qui continue de grandir. Que ce soit dans le bon ou dans le mauvais sens, j’ai fini par en faire les frais. C’est presque un mois après être entré au collège que j’ai commencé à être harcelé. Trop chétif, souvent isolé, certains des harceleurs étaient des gosses venant de familles qui dirigeaient également des onsens. Vu la renommée de la mienne, il y avait de la jalousie, de la haine, probablement une influence parentale. Tout ça ne pouvait mener qu’à ce genre d’actes.

Forcément, je l'ai mal vécu au début. Il n'y a rien de pire que l'ijime pour qu'un enfant ne dise plus rien sur lui-même, que ce soit à ses parents ou à n'importe qui d'autre. C'est malheureusement une société ou il faut continuer à garder la face quand bien même on vit les pires saloperies du monde. Alors s'ils me demandaient, je ne disais rien. Je m'enfermais dans ma chambre et je travaillais jusque tard le soir, sortant seulement de ma chambre pour aller manger et m'occuper un tant soit peu de moi. Entre les bleus sur les jambes, les douleurs musculaires et la peur panique qu'un jour, ils fassent pire encore, je n'avais presque plus envie d'aller au collège. Parce que je n'avais rien dit ni à mes parents, ni au personnel, je devais y aller. Je faisais cependant tout pour rester dans le champ de vision d'un adulte – histoire de les faire fuir tant que je n'étais pas seul.

Ça a continué jusqu'à la fin du collège. Je restais le même d'années en d'années, alors n'y sont certainement pas allés de main morte. J'avais développé une phobie scolaire. J'avais peur d'y aller, de me retrouver seul là-bas, acculé dans un coin. J'avais beau être bon élève, ce n'était pas rare que je dise à mes parents que j'étais malade pour que je loupe les cours. C'était quelques heures, quelques jours loin de mes bourreaux. Parfois, ça suffisait à me faire un peu déstresser. D'autres fois, il n'en était rien. Vers la fin de ma dernière année de collège, deux de ces enfoirés ont laissé des marques permanentes, plus seulement temporaire. Deux mégots de cigarette écrasés sur le crâne. Deux cicatrices laissant un trou dans les cheveux.

J'avais longuement hésité à arrêter les cours là, ne pas aller au lycée. Au final, je me suis dit que si je travaillais dur et que je m'affirmais un peu plus, je serais capable de me défendre moi-même et de devenir quelqu'un d'autre. Je me laissais manipuler par mes émotions, mes peurs, tout simplement par les autres – j'ai tiré un trait sur tout ça. J'ai commencé par frapper dans un sac. Dépendant des jours, des mot différent étaient marqués dessus. Héritage Familial. Angoisse. Corps de lâche. Harcèlement. Déception. Laisser-Aller. Tout ça, toutes mes peurs les plus profondes, celles bien ancrées dans ma peau, dans mon corps et dans ma manière de vivre, j'ai déversé toute ma colère, toute ma force contre eux, contre ces mots qui m'ont valu des années de peur. Il m'a fallu plus de six mois d'entraînement avant de sentir les véritables changements physiques. Six mois durant lesquels j'ai réussi à me faire un ami ; un yankee.

C'était mon premier véritable ami, à vrai dire. Quand il s'est approché de moi, j'ai eu cette peur qu'il soit un énième de ces enfoirés qui veulent m'en faire voir de toutes les couleurs. Au final, il s'est avéré être quelqu'un d'un tant soit peu intelligent. Lui aussi, il était seul. Deux solitaires finissent forcément par se rapprocher et s'apprécier. C'est ce qu'il s'est passé avec nous, et il a été celui qui m'a poussé à continuer de m'entraîner, toujours aller plus loin, ne jamais lâcher les bras. Quand j'étais pas au lycée avec lui, je traînais avec ses potes yankees ; on dévalait les rues de Beppu en groupe, à pied ou à moto. Je me sentais libre, quand j'étais avec eux. J'oubliais tout ce que j'avais vécu avant, et je profitais de l'instant présent comme si je n'allais plus jamais revivre de tels moments.

La même année, mon père a reparlé de l'héritage familial que je ne devais ni rejeter, ni abandonner. Ça faisait bien des années qu'il ne m'en avait pas reparlé. Je devais commencer à apprendre à ses côtés, savoir comment gérer tout ça, afin de le reprendre quand je serais enfin en âge. Toute sa morale à la con m'a rendu furieux, presque fou de rage – parce que je voulais vivre comme je l'entendais. La seule différence, comparée à la dernière fois, c'est que je n'étais plus ce petit garçon peureux, effrayé de tout. J'étais sur le point de devenir un homme, celui qui serait capable de dire non à ses parents et de s'opposer à eux. On a tracé toute ma vie jusqu'à là, ce n'était plus ni à eux, ni aux autres de dire quel chemin je devais prendre. J'allais prendre le mien. Peu importe ce qu'il me réservait.



Vingt-six juillet 2098, plage de Beppu.

On pourrait presque croire à l'american dream, comme ça. Celui où on montre une bande de jeunes autour d'un feu, à faire de la guitare, boire des cocktails et profiter du coucher de soleil ou de la nuit déjà présente. Pourtant, on était au Japon. Certains sont seuls, d'autres ont leur moitié à côté d'eux – et je suis de ceux qui ont leur moitié avec eux. Ça faisait bientôt un an que j'avais réussi à changer, pour le meilleur, et un an que je n'étais plus vraiment le même comparé au moi du collège. Je suis passé du stade de petit garçon à celui d'homme sans avoir ne serait-ce qu'un seul entre-deux. Pas de passage par l'adolescence, le moment où est censés profiter de sa jeunesse, pas de passage par l'innocence de la pré-adolescence. J'ai voulu arrêter d'être faible, alors je me suis construit une carapace solide, presque impénétrable. Je me suis forcé à changer.

Sachi, ma petite amie, était collée à moi, ses paupières luttant pour ne pas tomber de fatigue. L'un de mes bras l'entoure et essaye de la rapprocher un peu plus encore, je dépose un baiser sur son front. Je n'aurais jamais pensé avoir la chance un jour d'avoir quelqu'un à mes côtés, quelqu'un qui se souciait de moi et de ce que je ressentais. J'avais été la pire des catastrophe pour lui expliquer ce que je ressentais, elle m'a dit de ne pas m'inquiéter, qu'elle était maintenant là pour moi et qu'elle m'aiderait dans les pires situations. Elle n'a pas eu besoin de préciser que je devais faire la même chose pour elle, parce que je trouvais ça naturel. On avait beau être tous les deux en âge d'être mariés par la machine, on voulait en profiter tant qu'on le pouvait. Avant qu'on ne doive s'éloigner. Partir, pour vivre une vie toute tracée pour nous.

Je coince l'une de ses mèches derrière l'oreille et je relève la tête, croisant le regard de celui qui m'avait tendu la main quand j'en ai eu besoin. Minato semble heureux de me voir aussi épanoui. Je lui envoie un sourire, il me renvoie la pareille. D'un mouvement de tête, je comprends qu'il a envie de me parler seul à seul, j'acquiesce à la suite. « Sachi, chérie, je te laisse quelques minutes. Demande à Kana de te prêter son épaule pendant que je ne suis pas là. » Elle lâche un petit rire. « OK, mais reviens vite. J'ai envie de m'endormir dans tes bras. » Je lui caresse la joue, et je la déplace tout doucement jusqu'à l'épaule de Kana, sa meilleure amie. Je me lève une fois qu'elle est bien installée. Au moment où j'allais partir, sa main se serre autour de mon poignet. « Bucky, je t'aime. » Sourire en sa direction avant qu'elle ne lâche la prise et qu'elle reparte un peu loin dans les limbes du sommeil.

Minato avait déjà commencé à prendre la route, et je ne tarde pas à le suivre, marchant un peu plus vite pour revenir à son niveau. Quand il me propose une cigarette, je l'accepte avec un certain plaisir et je lui laisse le plaisir de l'allumer pour moi. Je m'étire et je fais craquer certains de mes muscles juste après la première taffe. « C'est rare que t'aies envie de me parler en privé, Min. Il y a quelque chose qui te préoccupe, ou t'as simplement pas envie d'en parler à Seita ? » Seita ; le plus gros loubard de la bande. Un vrai bourreau des cœurs, un Don Juan dans toute sa splendeur. Il s'approche cependant pas des filles dont ses potes sont proches, mais il adore les teaser. Il connaît Minato depuis la première année d'école, ils se connaissent tellement bien qu'ils n'ont plus aucun secret entre eux. « J'en ai justement déjà parlé à Seita. Et Seita a toujours été d'excellent conseil pour moi, mais... J'ai sûrement besoin d'un avis définitif sur la chose. T'es la deuxième personne en qui j'ai le plus confiance, t'es au courant de trucs que j'oserais même pas raconter à d'autres personnes que vous deux. Sauf que le truc, Bucky, si je me trompe pas et que c'est comme ça que Sachi te surnomme affectueusement, c'est que je suis plus totalement indifférent. »

On s'était posés sur le rebord d'une rambarde de sécurité, cigarette coincée entre les doigts, la fumée du tabac nous arrivant dans les narines. En réfléchissant deux secondes à ce qu'il me disait, je me rendais à peu près compte de ce qu'il me disait. Qu'il était plus totalement indifférent, comme il le faisait paraître auparavant. « Min, je peux pas te dire quoi que ce soit. J'en suis littéralement incapable. Sachi m'en voudrait si... si... » Il hausse un sourcil, lâche un soupir, fait sauter la cendre de sa cigarette. « Si quoi, si je fais ça ? » Je l'ai vu balancer sa cigarette, s'avancer vers moi si vite que j'aurais presque pu ne pas empêcher ça si j'étais totalement ivre. J'ai réussi à poser ma main entre nos lèvres. « Min, je suis en couple. J'aime Sachi comme jamais, je peux pas lui faire ça. J'ai pas envie de lui faire subir ça. » Nouveau soupir de sa part. « T'étais un bon menteur avant, non ? Laisse-moi juste le faire une fois, tu te débrouilleras pour déformer la vérité comme t'en a si bien l'habitude... » Je baisse ma main au fur et à mesure, et au final, je n'empêche même pas ça. Nos lèvres se rencontrent dans un baiser. Je sens de la volonté dans le sien. De la volonté, et de l'envie. L'envie d'en avoir plus que ça. De pas seulement en rester là. Il colle son corps contre le mien, me coince contre la rambarde, et je me laisse faire, je ne bouge pas.

On est restés comme ça, quelques minutes, à s'embrasser, comme si ne rien n'était, s'arrêtant quelques fois pour reprendre notre souffle. Prétendu hétérosexuel, hein. Il suffit d'un rien pour faire basculer quelque chose qui semblait être clair depuis des années dans notre tête. « Min, je regrette d'avoir fait ça, j'aurais pas dû. Je suis pas homosexuel, j'ai toujours aimé que des nanas. » C'est plus très vrai, parce que j'ai apprécié le moment, quand il m'a embrassé. J'aurais voulu en avoir plus, comme il le voulait lui, mais je l'imaginais pas lui quand je l'embrassais. J'ai imaginé Sachi. J'ai eu l'image mentale de notre dispute, de ses hurlements, de ses pleurs, moi qui cherche à mentir, déformer la vérité pour qu'elle ne m'en veuille pas. Je sais que c'est inévitable, qu'on a forcément été vu étant donné qu'on est partis il y a déjà cinq minutes et qu'on ne se trouve pas si loin que ça du groupe. Qu'elle sera au courant. J'ai des regrets, maintenant. « Va pas me balancer que t'as pas aimé ça, Fubuki. Je te croirais pas. T'aurais fui si c'était pas le cas. » Je relève le regard, le sien était déjà en train de faire une fixette sur mon visage. « T'as peut-être pas tord, mais j'ai pas envie d'en parler. J'ai besoin de temps pour y réfléchir, Min. » Je me suis mordu la lèvre. Il m'a souri. « Je... je dois raccompagner Sachi chez elle, et... et  je dois– je dois aider mon père demain. J'aurais pas dû rester aussi tard. Je dis au revoir à tout le monde, et j'y vais. Je te laisse là, Min. »



Sept août 2098, logement des Nomura, Beppu.

Je l'ai jamais vue autant en colère, depuis qu'on est ensemble, et ça fait pourtant sept mois. Elle m'en a collé une si forte que je suis tombé sur le lit, et j'ai pas osé bouger depuis, si ce n'est la tête pour la voir faire les cents pas et contrôler un minimum sa colère. Elle ne réussit pas, de ce que je vois. Elle empoigne le mug sur mon bureau, celui qu'elle m'a offert pour mon anniversaire, vise d'abord sur moi avant de le jeter sur le mur, le faire exploser. J'ai sursauté. « T'es vraiment rien d'autre qu'un connard, Fubuki, je sais même pas comment j'ai pu te faire confiance, je savais que t'étais rien d'autre qu'un mytho, depuis le début ! Je t'ai fait confiance, je pensais que t'avais changé parce que j'étais là pour toi mais... mais c'est pire, tu m'as trompé avec ton autre pote yankee, là, l'autre crétin en décrochage scolaire qui fait rien d'autre que sécher les cours, entretenir son putain de cancer et taguer les murs de la ville ! » Je déglutis, j'ose même pas répondre. Mais j'ai besoin de préciser quelques trucs. Pas sur les détails. Je sais que si je la reprends sur les détails, mon autre joue va très fortement rougir. Donc il faut que je reste dans le simple, mais un minimum censé pour que je puisse un tant soit peu me défendre. Au moment où j'ouvre la bouche, elle m'interrompt. « Et t'avises même pas de dire quoi que ce soit, je veux pas t'entendre ! »

Je baisse la tête. Je me mords la lèvre. Je l'entends pleurer. Sûrement des larmes de colère. Mêlé à de la tristesse. « Je comprends pourquoi ton père te prend pour rien d'autre qu'un raté qui refuse d'accepter ce qui l'attend. » Je relève la tête soudainement, je la regarde sûrement avec une mine colérique. Elle sait pertinemment qu'il ne faut pas ramener ce genre de choses dans une discussion, elle l'a pourtant fait, et en pleine connaissance de cause. « Je t'interdis de prendre position avec mon père ! C'est lui le raté, qui pourrit la vie de son fils parce que c'est rien d'autre qu'un putain d'égoïste ! » Elle se pose juste devant moi, un air hautain se dessinant sur son visage. « Sinon quoi, Bucky chéri, tu frappes pas les femmes ? Oh, pardon, si ton père est un raté, t'en es un aussi. Tel père, tel fils. » Je me relève de mon lit, et mon premier réflexe, c'est la coller contre le mur avec une telle violence que je l'ai entendue lâcher un gémissement de douleur. J'ai levé la main, j'étais à deux doigts de la claquer. Juste parce que ça faisait mal à entendre. « Je te le répète, Sachi, une dernière fois. C'est mes soucis de famille, pas les tiens. Tout ce que j'ai éprouvé ces derniers mois, c'était sincère. J'ai jamais été aussi sincère de ma vie. Je t'aimais, je voulais tout te donner, je t'ai livré mes sentiments sur un putain de plateau d'argent, et juste parce que je t'ai déçue une fois, tu fous tout en l'air comme s'il ne s'était jamais rien passé ! Et toi, tu penses que tu m'as pas déçu ? Je sais pardonner. Pas toi. Il y a juste des limites qu'il ne faut pas dépasser. »

Je suis toujours autant incapable de pardonner tant que ça touche à tout ça, à ce que me dit mon père, à ce que ça implique, aux remarques qu'il me fait sans cesse. Son sens de l'honneur, du respect et de la famille me fait vomir. Il est incapable de respecter mes décisions et ce que je suis. Pourquoi est-ce que je suis censé faire un effort pour lui ? « Tu pourras jamais arrêter de mentir, Bucky. C'est plus fort que toi. Il faut qu'on arrête là. » Est-ce que je me mens à moi-même, est-ce que je rejette des choses que je suis simplement censé accepter comme si ne rien n'était, est-ce que je me rassure en déformant la réalité parce que je déteste cette même réalité ? Je me pose souvent ce genre de questions, à vrai dire – et même si elles me concernent moi, je n'ai toujours pas trouvé les réponses. « De toute manière, ce sera mieux pour nous deux. On a l'âge d'être mariés par l'Incontestable. On a pas le temps de discutailler d'amourettes d'adolescents. Si ce n'était pas ça qui allait nous séparer, ça allait être chose. Peut-être que t'aurais pu me plaquer parce que t'aimais réellement Minato et que les sentiments ne trompent jamais, peut-être simplement que t'aurais pas pu avoir le temps nécessaire avec le travail, j'en sais rien, mais j'ai pas envie de continuer. Je... je suis désolée pour ce que je t'ai dit plus tôt, à propos de ton père et de toi. Jamais je le soutiendrais, mais je–je pensais te secouer en frappant là où ça fait mal. »

« Sors. » Je souffle lourdement. Je la décolle du mur, je m'éloigne d'elle.
« Bucky, je... » Je lui désigne la porte.
« Sors de cette maison, Sachi. »

Mon ton s'est fait plus menaçant, et elle n'a pas cherché à dire un mot de plus. Récupérant sa sacoche au passage, elle me regarde une dernière fois avant  de partir de ma chambre. J'entends ma mère lui parler, elle ne répond pas. Claquement de porte. Elle est partie. Je me mord la lèvre jusqu'au sang. Une dernière respiration, et je décide de sortir de la maison le plus rapidement possible, en espérant qu'elle ne soit pas déjà loin. « SACHI ! » Je hurle. Ma respiration est saccadée. Je décide de partir du côté droit de la rue, en courant. Je hurle son prénom à pleins poumons encore une fois. Pas de réponse.

Putain, qu'est-ce que j'ai fait ?



Année 2099.

Ça fait deux mois que j'ai eu mon diplôme de fin d'études secondaires. J'ai fini le lycée, et je suis supposé être totalement disposé à aider mon père, finir ce fameux apprentissage à ses côtés pour que je puisse hériter de tous les onsens qu'on possède à Beppu. Depuis que je suis tout petit, je sais que je n'en ai pas envie. On a tous rêvé un jour d'être un super-héros, un flic ou un pompier, quand on était haut comme trois pommes. J'avais de ces envies-là. L'envie d'aider mon prochain d'une manière ou d'une autre, lui tendre la main dans l'espoir qu'il se relève et reparte de plus belle. Les rendre heureux. Je n'avais en rien l'envie de reprendre un lieu où se situait de stupides sources chaudes.

Ces derniers temps, je m'embrouille beaucoup plus avec mon père. Je refuse de sortir, d'aller lui filer un coup de main. Je reste à la maison, j'essaye de trouver une alternative pour échapper à ça. À vrai dire, j'avais déjà réfléchi d'une possibilité, il y a des mois. M'enrôler dans l'armée d'autodéfense japonaise. Aller jusqu'aux trois ans proposés. Fuir cette famille qui ne voyait en moi qu'un héritier, capable de faire perdurer le nom Nomura au travers des générations. Comment est-ce que c'était encore possible d'être aussi aveugle, de rester ancré dans des traditions aussi anciennes ? Le monde change ; le monde a changé. Ils restent sur leurs positions. Sur la tradition, l'honneur et la famille avant tout. Des fossiles. Voilà ce qu'ils étaient.

Je tire sur ma cigarette. J'inspire ; j'expire. Léger coup pour que la cendre tombe dans le cendrier, et je continuais de m'occuper sur mon téléphone. Derrière, j'entends la porte de la maison s'ouvrir, ma mère qui salue mon père. Je sens déjà son regard sur moi. « Je t'ai déjà dit de ne pas fumer à l'intérieur de la maison, Fubuki. Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? » Je tire dessus encore une fois en le regardant dans les yeux. « Sinon, quoi, tu vas me frapper ? Me rendre la vie dure ? Me forcer à aller t'aider au travail ? J'en veux pas de tes putains de sources d'eau chaude, garde-les. Donne ça à Etsuko et Miyuki. Elles vont se faire un plaisir de t'aider, elles, par contre. Elles devraient bientôt rentrer du lycée, d'ailleurs. » Je hausse les épaules en lui lançant un sourire moqueur, et je reprends position dans le canapé sans un mot de plus. Je lâche un soupir, et je ne m'attarde plus vraiment sur ce qui se passe à l'extérieur. Sauf que je m'attendais pas vraiment à ce que j'énerve mon père avec si peu.

Il envoie balader mon téléphone d'un coup sec, balance ce qui reste de mégot par terre, et il agrippe ses mains autour du col de mon t-shirt. « Ton comportement dépasse les bornes, Fubuki. J'en ai assez de ta nonchalance, de ton insolence et par-dessus tout que tu passes tes journées enfermé dans la maison, à fumer et gâcher ton temps sur tes écrans ! » Réalité plutôt moche, mais il marquait un point ; j'étais un exemple même du pourquoi l'Incontestable avait été instauré. Il resserre sa prise et arrive même à me soulever du canapé. Je regarde ma mère ; j'ai peur.

Pour la première fois depuis longtemps, j'avais peur de lui.

« De toute façon j'en ai plus rien à faire de ce que tu veux me dire, je me suis enrôlé dans l'armée d'autodéfense japonaise– » Moyen de persuasion, parce que sa poigne commençait à faire mal. Je la sentais contre ma peau, mon cœur battait à mille à l'heure. Je n'ai même pas envie de croiser son regard. « Tu as quoi ? » Je regarde maman. Elle ne bouge pas, quand bien même elle a l'air tout autant paniquée que moi. « Je resterais pas ici. Ou plus pour très longtemps. J'ai–je– je veux pas reprendre tes onsens, tu le sais depuis des années– mais t'as pas envie de l'accepter. »

Dans les secondes qui ont suivi, la seule chose que j'ai entendu et qui a résonné dans mes oreilles, c'est le bruit d'une gifle soudaine et puissante sur ma joue. Il m'a lâché. J'étais tellement sonné que j'avais même pas capté, sur le coup. Mes doigts froids viennent effleurer ma joue et c'est presque un électrochoc, elle est brûlante. « Avises-toi juste d'obéir, tu n'est pas encore en âge de me tenir tête, gamin. »

Maman, elle aurait pu m'aider à raisonner papa. Elle aurait pu lui dire d'arrêter. Je l'ai regardée tout du long de la conversation avec papa. Elle n'a pas bougé un doigt. Pourquoi elle a rien voulu faire ? Ça fait mal. J'ai les larmes qui montent aux yeux, alors que je vois mon père s'éloigner, certainement pour aller détendre ses nerfs. Mes dents se plantent férocement dans ma lèvre, alors que je commence à pleurer. Je récupère mon téléphone, mon paquet de cigarette, mon gilet qui traîne au bord du canapé, et je cours en dehors de la maison.

Dis, Minato. Tu voudras bien m'aider, toi ?

Je sais qu'il y a un semblant de froid entre nous, depuis l'année dernière et ce baiser qu'on a eu, mais j'ai toujours confiance en toi, je sais que tu seras là pour m'écouter si j'en ai besoin. J'ai toujours été là pour toi, depuis qu'on s'est rencontrés. Tu veux bien m'aider à ton tour, hein ? Tu peux pas refuser.

–––––––––––––

« J'ai pas envie de retourner là-bas, Min. Je– je peux pas. J'ai pas envie de le revoir, de lui faire face. Je lui ai dit que je m'étais enrôlé, mais c'est pas vrai, il va être furieux– » Il me fait taire en mettant sa main sur ma bouche. J'ai presque sursauté, je me suis rappelé la gifle de papa, tout à l'heure. Il m'a prit dans ses bras, j'ai lâché un soupir. Je pleure, encore. « Tu peux rester là si tu veux, ma porte sera toujours ouverte. Je peux aller te chercher quelques affaires, si tu veux. Je n'ai qu'à appeler l'une de tes frangines pour qu'elles préparent ça. » J'ai fait glisser mes bras pour qu'ils l'entourent, j'ai serré ma prise et je l'ai approché plus près encore de moi. « Je veux pas rester tout seul. » J'ai un hoquet. Nouveaux sanglots ; je cache mon visage dans son cou. « Je veux pas revenir là-bas. Je... je pense que je vais vraiment m'enrôler. M'éloigner de cette famille, de ce père qui veut dicter ma vie jusqu'à ce que je crève. Ne jamais pardonner à ma mère. Détester mes sœurs sans leur dire, parce qu'elles ne m'aident jamais. J'ai toujours détesté cette putain de famille. J'ai envie de faire des efforts, mais ils n'en font pas. Qu'est-ce que je suis censé faire, Min ? Les pardonner et repartir sur une base saine, ou garder la distance et... essayer de vivre de moi-même, comme je l'ai toujours voulu ? J'en sais foutrement rien. Je suis incapable d'y penser, et même d'avoir une seule réflexion censée à ce propos. » Sa main passe dans mes cheveux, doucement, il prend son temps. Il écoute en silence. J'ai toujours apprécié ça, chez lui.

On reste comme ça plusieurs minutes, sans un mot. Je sens l'une de ses mains descendre, atteindre le bout de mon t-shirt ; ses doigts, s'emmêler avec le tissu, chercher leur chemin jusqu'à ma peau. La douce chaleur de ceux-ci tracer des arabesques contre mon épiderme. Je soupire, puis je relève la tête. Je m'avance doucement pour poser mes lèvres contre les siennes. Sans penser à personne derrière. Juste lui.

Juste lui et moi.



Année 2100.

Le réveil fait un vacarme assourdissant dans les dortoirs. Certains sont tirés de leurs rêves et lâchent un petit cri de peur, d'autres bougonnent comme ils en ont si bien l'habitude. Sans oublier ceux qui sont déjà sur pied et qui partent déjà en direction de la douche. Je me frotte les yeux quelques secondes, puis je viens attraper mon téléphone, regarder si j'ai eu un message de Minato durant la nuit – il n'en est rien. Je prends le temps de lui en envoyer un, et ces quelques secondes perdues me valent une remarque. Ça ne faisait même pas un an que j'étais parti que je remettais déjà tout en question. Est-ce que c'était vraiment le bon choix ? Faire ce que j'ai toujours voulu ? Parfois, j'ose penser que oui. D'autres fois, je me dis que reprendre le business de mon père n'était peut-être pas une fatalité, mais plutôt une chance et la sûreté d'avoir une vie confortable.

C'est trop tard, maintenant. J'ai fait mon choix.

Peu importe si je ne finis pas les trois ans, peu importe si je m'excuse, peu importe si je décide d'obéir sagement à mon père jusqu'à ce qu'il claque, je ne peux pas revenir sur une décision. Ce ne sera plus « la voie choisie par le père », mais « la voie du fils ». Je devrais sûrement aller à l'université, ou peut-être m'inscrire et postuler dans une école d'officiers de l'armée d'autodéfense. Travailler dans la sécurité ou que sais-je encore. Je n'ai aucun talent particulier. Je ne peux plus compter sur ma famille. Tout foutre en l'air du jour au lendemain a toujours été d'une simplicité déconcertante. Se reconstruire après des mauvaises décisions prend des années.

Les journées en tant que soldat ne sont pas si terribles ; elles sont juste éprouvantes. Entraînements, préparations, rhétorique, on passait par tout pour être prêt à intervenir en cas de besoin. L'armée d'autodéfense n'a jamais vraiment attiré qui que ce soit, alors on est très peu dans les bases. La chose la plus troublante, de mon point de vue, c'est que je ne suis même pas le plus jeune ici. Il y a un type de dix-sept ans. L'âge minimum pour s'enrôler. Qu'est-ce qu'il a dû vivre pour décider de rejoindre les rangs ? Je n'ai même pas envie d'y penser, ça me filera sûrement la nausée.

–––––––––––––

Minato est parti à Tokyo, pour travailler. Il a trouvé un job qui lui convenait et qui allait certainement pouvoir définir une bonne partie de son futur, et ses parents l'ont épaulé dans son projet. J'ai cette sensation de manque, depuis que je suis à l'armée. J'ai un besoin de lui parler en face à face, de partager une cigarette avec lui, de boire un verre pour deux, de gaspiller du temps sur la plage de Beppu. Tout ça me semble déjà si loin, alors qu'on avait l'habitude de le faire, il y a moins de deux ans. Les meilleurs souvenirs de ma vie datent tous de ma période lycée, et... j'ai l'impression que ça fait une éternité depuis qu'ils se sont passés. Souvent, je me trouve un endroit calme. La salle de bain, les dortoirs quand ils sont vide et que je suis sûr que personne d'autre n'y sera. Un quelconque endroit avec du silence.

Je laisse les larmes couler. Mes sanglots comme seule source de bruit.

J'ai dix-neuf ans et j'ai déjà foutu ma vie en l'air.



Année 2102

Maman m'a laissé entrer sans aucun problème, parce que papa est au travail et qu'il ne rentrera pas avant un moment. Notre étreinte a duré longtemps ; comme s'il s'agissait du dernier jour avant la fin. Sauf que ce n'était pas vraiment ça. Je ne sais même plus quoi penser d'elle. Est-ce que je la déteste parce qu'elle ne cherche jamais à m'aider quand papa est en colère, ou est-ce que je l'apprécie parce qu'elle reste quelqu'un qui m'acceptera quoi qu'il arrive ? J'en sais foutre rien. J'ai pas envie d'y penser. J'ai besoin de paix, pour un moment. Quelques semaines, quelques mois tout au plus. Repenser à tout ce qu'il s'est passé ces dernières années, prendre des décisions sur ce que je vais finalement faire de ma vie.

Je sens ma mère déposer un baiser sur ma joue, avant qu'elle ne se recule. Elle m'envoie un sourire et va ouvrir la porte à mes sœurs, que je n'ai même pas entendues. Elles ont grandi, elles ne ressemblent plus vraiment à des jumelles parfaites vu qu'elles cherchent maintenant à se différencier. Leurs réactions, elles, resteront toujours les mêmes. « Frangin, t'es enfin rentré à la maison ! Tu... tu nous a manqué. » Cette fois, c'est moi qui sourit. Je viens les prendre toutes les deux dans mes bras, encore. « Je repartirais pas de si tôt, c'est promis. Prendre... prendre trois ans pour moi m'a fait du bien. J'ai eu le temps de réfléchir. Mais j'ai encore besoin de temps. Vous aidez bien toutes les deux papa aux onsens, de temps en temps ? » La question qui fâche ; est-ce qu'il a finalement laissé ça à mes sœurs, ou il s'est résigné à ça ? « Oh, tu sais, depuis que t'es parti, il n'en parle même plus. On ne sait pas s'il s'en veut, s'il t'en veut, s'il est déçu. Il ne dit jamais rien. Même maman n'en sait rien. »

Ouais, hein. Avoue-le, sale raclure de merde. Tu voulais juste me pourrir la vie.

Sur le coup, je me crispe. Je m'éloigne d'elles, j'essaye de leur envoyer un sourire tout à fait sincère, puis je prends le chemin jusqu'à ma chambre. Elle n'a pas bougé depuis la dernière fois. Elle a dû être nettoyée il y a peu, il n'y a même pas une seule couche de poussière sur les meubles.

Je lance d'abord mon sac sur le lit ; mon deuxième réflexe est d'attraper le premier truc qui me vient sous la main et de l'envoyer contre le mur sans aucune retenue. J'ai pensé très fort que c'était mon père. Je le refais ; encore une fois. Mon poing vient s'encastrer dans le mur, et j'y fais même une fissure. Je serre les dents, ma respiration est saccadée. Il faut évacuer la colère avant qu'elle n'empire et que je finisse par m'en prendre à lui. J'ai beau le détester, je lui dois le respect – même si l'inverse n'a pas l'air d'être vraiment le cas. Je ne sais jamais quoi penser de lui, de ce que je ressens à son propos. Quand ça me passe par la tête, je ne pense qu'à la haine viscérale que je lui voue, j'ai la colère qui monte et je n'ai qu'une envie ; lui en faire baver, comme il l'a fait avec moi.

Je sais pas si c'est la solution. J'ai pas envie de me réduire à utiliser la violence.

–––––––––––––

Hé, Min.

Je suis rentré à la maison. Ça me fait bizarre de savoir que t'es plus là, à Beppu. T'as toujours été mon ami le plus proche depuis qu'on s'est rencontrés au lycée. Puis t'as développé des trucs pour moi. Je sais pas, de l'amour, de l'affection. Tu m'as embrassé alors que j'étais en couple avec Sachi. Et puis... il y a eu ce fameux jour. Tu sais, où je me suis laissé aller à cause de mes émotions. Je me souviens de ce que tu m'avais dit sur la plage. Tu savais que j'allais mentir sur le fait que j'aimais ça ou pas.

J'ai rien regretté, depuis ces jours. Pas même l'avoir fait avec toi.

Je veux juste pas te perdre, Min. Je peux pas. T'es bien la seule personne à qui je peux tout dire sans avoir peur que ça se sache. Tu connais tout. Ma vie, mes secrets, les cicatrices du passé, les plaies béantes qui ne sont certainement pas prêtes de cicatriser.

Je pourrais pas vraiment t'aimer comme tu le fais toi. Tu mérites sûrement mieux qu'un raté dans mon genre qui déçoit sa famille et qui s'en échappe même en allant à l'armée.

Je sais pas vraiment comment finir ça, tout ça, ce que je t'écris.

Je pourrais jamais écrire je t'aime, de toute manière.

Bucky.




Je me demande combien de jours, semaines ou mois sont passés, depuis que je suis rentré. Je ne sors pas de la maison, rarement de ma chambre. Mes yeux alternent entre l'écran de la télé, de l'ordinateur et de mon portable. Il est quatre heures du matin. Je me suis levé il y a deux heures à peine. À cette heure-là, la télé passe les animes les plus gores, la toile s'avère calme, et personne ne répond à mes messages.

Quand je me lève de mon lit, je renverse la vaisselle qui s'accumulait au pied de celui-ci. Je claque la porte du micro-ondes que j'avais oubliée de refermer, je me fraye un chemin parmi tout ce qui se trouve au sol. Déchets, vêtements, bouts de verre d'objets éclatés à cause de mes moments de colère. J'arrive tout de même à trouver mon chemin jusqu'à la porte de ma chambre, et j'en sors. D'abord une douche. Après, prendre de quoi manger. Et repasser en mode ermite moderne pendant quelques jours, sans voir la lumière du jour. Quel jour on est, d'ailleurs ? La question reste omniprésente dans ma tête. J'y pense tout le temps que je suis sous l'eau. Je suis rentré en février. Etsuko est passée à la maison il y a... quand, déjà ? Je dirais un mois. Miyuki est restée à Beppu pour travailler avec son copain. Etsuko est à Fukuoka.

L'habituelle horloge au-dessus de l'arche entre la cuisine et la salle à manger indique quatre heures dix-sept. Toujours aucune date. Je réussis à enlever cette pensée de ma tête en voyant le paquet de cigarettes de ma mère qui traîne sur la table basse, juste devant l'écran de télé. Je me penche pour l'attraper, et je décide d'aller dehors, respirer un bol d'air frais. Chose que je n'ai pas fait depuis un sacré bout de temps.

Quand je pousse la porte menant au petit jardin arrière, j'ai presque un choc. Il neige. L'hiver est déjà revenu ? Fin novembre ou décembre. Dix mois ? Plus ou moins. J'ai perdu la notion du temps, et mon rythme de sommeil est inexistant.

Le clic du briquet m'extirpe de mes pensées. Mes doigts jouent avec la sécurité de celui-ci, pendant que ceux de l'autre main s'affairent à déposer une cigarette entre mes lèvres. Cette fois, c'est le dernier clic parasite, qui me permet d'allumer ce petit bout de cancer.

J'aspire la fumée de la première taffe.
Léger goût de gaz en fond, comme tout le temps.
J'expire.

Je reste là, le dos appuyé contre l'un des murs extérieurs de la maison. Des flocons dans les cheveux, mes pieds nus dans la fine couche de neige au sol. Elle ne restera pas plus de quelques heures, de toute manière. Beppu est beaucoup trop géothermique, trop chaude. La fumée s'échappe en permanence des onsens de la ville, même en hiver.

La cendre se mêle à la neige. Je prends une dernière taffe, et je lâche le mégot dans cette même neige. Il s'éteint presque immédiatement. J'ai le réflexe d'en prendre une deuxième, jusqu'à ce que j'entende quelqu'un, proche de moi, s'exprimer avec une voix endormie. « Frangin, c'est toi ? Je t'ai pas vu depuis des semaines– » Elle est interrompue dans sa phrase par un bâillement. C'est Miyuki. « Désolé. J'ai pas l'envie de sortir. » J'allume une autre cigarette dans les quelques secondes qui suivent. Je la vois s'avancer vers moi du coin de l'œil, avant qu'elle ne soit interpellée. « T'as vu ce que tu portes ? Tu vas attraper la crève ! On vit peut-être à Beppu, mais soit prudent quand même ! » Elle rebrousse chemin, s'aventure à nouveau dans la maison. Elle avait beau ne pas me voir très souvent, être habituée à ce que je ne me soucie pas d'elle plus que ça, elle reste toujours aussi attentionnée et affectueuse. Etsuko aussi, elle a toujours été comme ça. Elles ont tout hérité de maman. J'ai hérité du caractère de cochon de papa et de l'entêtement de maman. Un mélange particulier, qui fait ce que je suis aujourd'hui. Un raté.

Elle revient même pas une minute plus tard avec l'un de mes gros gilets. Elle le dépose sur mes épaules et m'envoie un sourire. « Je n'en avais pas besoin, tu sais. J'aurais pu m'en prendre à moi-même si je tombais malade. Ça aurait été ça en plus, dans toute la liste que j'ai déjà établie. » Elle me donne un coup de coude. Je ne réagis même pas. « Hé, pourquoi t’es si négatif ? Tu disais pas être revenu à la maison pour réfléchir ? Tu passes ton temps enfermé dans ta chambre et tout ce que tu fais, c’est te blâmer ? Bucky, merde, tu prends vingt-deux ans l’année prochaine, t’as encore la vie devant toi ! » L’une de mes canines se plante férocement dans ma lèvre inférieure. J’en saigne, tellement j’y vais fort. « J’ai pas envie d’en parler, j’suis rien d’autre qu’un raté qui a déçu son père ! J’ai pas d’avenir, j’ai éclaté en morceaux celui que papa me proposait, j’ai gâché trois ans de ma vie à l’armée, Minato est parti à Tokyo, j’ai plus rien, plus personne ! »

Plus personne, ouais.

« Bucky, je suis encore là avec Etsuko et—tu pourras toujours compter sur nous ! On est tes sœurs, pour rappel— » J’écrase le bout de ma cigarette entre mes doigts. Je serre les dents, j’ai juste envie d’exploser. « Et vous étiez où, quand j’ai eu besoin de vous ? Quand j’ai eu besoin d’aide pour faire comprendre à papa que j’en voulais pas, de ses putains d’onsens ? Et vous étiez où, quand il me menaçait ? Vous étiez où, hein ? Où est-ce que vous étiez, putain ! »

Je suis en train de hurler, je ne m’en rends même pas compte. Miyuki couvre ses oreilles avec ses mains. Je lui fais peur. Je voulais pas – je voulais pas lui faire peur. J’entends quelqu’un arriver de l’intérieur de la maison. Maman.

Elle vient directement prendre ma sœur dans ses bras, et elle m’envoie un regard noir. Elle doit certainement lui intimer d’entrer. Miyuki pleure. J’ai envie de chialer aussi. Ma mère s’avance vers moi et me colle deux gifles, une sur chaque joue. « Si je t’entends encore une fois hurler sur ta sœur, je risque bien de me ranger du côté de ton père ! Arrête tes conneries, Fubuki Nomura. J’ai essayé de te comprendre jusque là, mais je n’ai même plus envie de faire d’efforts. »

Je viens de perdre les derniers liens qui me raccrochaient à cette famille.

T’as fait fort, Fubuki.



Je n'ai rien eu, à Noël. Je n'ai rien donné non plus. En vérité, je ne suis même pas sorti de ma chambre. Je sais qu'il y avait mes grands-parents maternels, Etsuko et son mari, Miyuki et son copain, papa et maman. Etsuko était quand même venue à la porte de ma chambre, essayant de l'ouvrir. Elle s'était vite défaite de cette idée. Au final, elle m'avait parlé au travers de la porte. Je ne sais toujours pas si elle est au courant de ce qu'il s'est passé, il y a quelques semaines déjà. Bucky, il y a papy et mamy, à la maison. Viens dire au moins bonjour. Je dois te présenter mon mari, aussi ! J'avais laissé planer un grand silence. La seule chose qui avait réussi à me distraire, c'est le chemin bouche - cup de noodles. Sans faire un seul bruit. J'espère au moins te voir pour le dessert. Je compte sur toi frangin, OK ?

Au final, je ne suis même pas venu.

Personne n'est revenu à ma porte, depuis ce jour-là.

Mes yeux se posent sur l'horloge de mon ordinateur. Dix-huit heures quarante-neuf. On est le sept janvier 2103. Je prends vingt-deux ans dans moins de cinq mois. J'attends toujours l'Incontestable ; un quelconque moyen pour sortir d'ici, m'aider à remonter la pente. Une lumière inespérée.

Est-ce qu'il m'a oublié ?

Sur cette même pensée, je me lève de ma chaise de bureau. J'attrape la bouteille de whisky  récupérée la nuit dernière, je calcule le nombre de gorgées restantes. Maximum trois. J'y vais franco ; j'avale une fois, deux fois, trois fois ce liquide ambré qui atterrit dans ma bouche. J'ai la gorge et l’œsophage en feu, mais ça m'importe peu. Je balance la bouteille parmi tous les déchets qui parsèment cette chambre. Comment est-ce que je fais pour seulement vivre dans cette porcherie à longueur de journée ? Elle n'a même pas vu la lumière du jour depuis des mois.

Je marche en dehors de ma chambre, je croise le chemin de Miyuki qui est sortie au même moment de la sienne ; on s'échange un regard. Le mien est certainement incompréhensible, vu le taux d'alcool qui circule dans le sang. Le sien montre du mépris et de la pitié en même temps. Je reste immobile un instant alors qu'elle continue son chemin, me bousculant même au passage. « Hé– t'pourrais t'excuser, au moins ! » Elle s'arrête peu avant d'entrer dans le salon, se retourne vers moi et m'envoie un sourire hautain. « J'attends d'abord les tiennes, après on verra. J'attends toujours, depuis cette fois, il y a un mois. De toute façon, t'es une cause perdue. On peut plus rien faire pour toi. » Ça fait aussi mal qu'une balle en plein cœur. « T'es trop torché pour comprendre quoi que ce soit, de toute matière. Tu pues l'alcool, va prendre une douche si tu veux aller voir papa et maman. »

J'ai soudainement l'envie d'aller faire un tour, là, dehors. Boire un peu plus encore. Récupérer dix mille balles dans le portefeuille de ma mère ou de mon père, rentrer à quatre heures du matin, complètement ivre, à la limite du coma éthylique. C'est pas comme s'ils en auront quelque chose à foutre, de toute manière.

Dix minutes plus tard, je me retrouve dehors. Pour la première fois depuis cette fameuse fois où j'ai hurlé sur Miyuki sans vraiment le vouloir. Le réflexe qui vient d'abord, c'est allumer une cigarette. Le deuxième, c'est se demander même où je suis. Ne pas sortir pendant un moment a altéré ma mémoire à ce niveau. Je crois même que je ne me suis pas aventuré aussi loin de la maison depuis que je suis rentré, l'année dernière. Je me souviens être allé à droite, quand j'ai voulu courir après Sachi, lui dire que j'étais désolé et que je recommencerais pas. Je pars à gauche, cette fois. Je dois juste trouver du tabac, puis un bar ensuite.

Je me demande où est-ce que j'ai pu merder autant. Je repense à ce que j'ai dit tout à l'heure ; je prends vingt-deux ans dans moins de cinq mois. Aujourd'hui, je ressemble à quoi ? Une épave. Mais... Je n'ai plus personne sur qui compter, à Beppu. J'ai perdu tous mes amis au fur et à mesure des années, Minato était le seul avec qui je restais en contact. Minato est parti à Tokyo. Et si je le rejoignais ?

Le temps passe.

Un verre. Deux verres. Trois, quatre, cinq, six peut-être – je n'en sais rien. Plus les verres s'empilent, moins je réussis à avoir la tête claire pour les compter. J'enchaîne les cigarettes une par une, je vide d'abord le reste du paquet de ma mère, et j'entame le nouveau. Les minutes passent. Je finis mon verre – j'en demande un nouveau. « Aussi invraisemblable que ça puisse paraître, je veux pas de ton fric et je te donnerais pas un autre verre. Rentre chez toi et décuve. » J'ai même pas envie de protester. Je reprends pied quelques secondes plus tard, je range mes clopes, mon briquet, ce qui me reste de fric – plus ou moins cinq mille yens, de ce que je réussis à compter –, et j'essaye de retrouver le chemin jusqu'à la maison. J'ai encore mon téléphone, je me souviens approximativement de l'adresse. Ça devrait pas être si compliqué que ça– si ?

Je m'arrête deux fois dans une ruelle pour vomir, relâcher tout ce que j'ai englouti. J'ai un goût amer et acide dans la bouche ; je crache toutes les dix secondes. Plusieurs fois, je m'arrête, je pose ma main sur mon front. Il est affreusement brûlant et je me sens bouillir de l'intérieur. J'ai encore des nausées ; je dois me retenir, encore.

L'heure actuelle m'est totalement inconnue, je ne sais même pas s'il est minuit passé ou simplement vingt-deux heures, si le chant des oiseaux arrive bientôt. Mon regard est fixé au sol alors que je marche machinalement jusqu'à destination inconnue, parce que je me laisse guider. Je finis quand même par retrouver la maison, je passe le portillon sans aucun soucis, je fais un vacarme assourdissant contre la porte pour qu'on vienne m'ouvrir. À ma grande surprise, ce n'est ni ma mère, ni ma sœur ; c'est papa. « Pire déchet que toi, il faut le faire. Allez, rentre avant que je te claque la porte au nez. » Je me recule soudainement, je vomis une dernière fois, dans le buisson juste à côté de la porte. Je tousse, je crache encore. J'ai tout sauf la tête claire. Ce qu'il m'a dit est pas resté anodin, même si tous mes sens sont partis en vacance. « T'entends c'que tu dis, l'vieux ? J'suis l'putain de déchet d'fils qu't'as élevé, ouais ! Sachi l'disait, quand on s'est quittés, tel père tel fils. » Je reprends la marche pour passer le pas de la porte de la maison. J'espérais passer sans soucis, mon père en décide autrement. Poing dans la gueule, sans retenue. « P'tain, c'quoi ton problème mec ! »

J'aurais aimé m'évanouir, à ce moment-là. L'alcool me faisait dire des choses stupides, faire des choses stupides, et par dessus tout me faire passer pour quelqu'un de stupide. C'était pas vraiment le cas, si ?

Je ne me souviens plus vraiment de cette soirée, à vrai dire.

Les seuls souvenirs que j'en ai eu, en me relevant le lendemain, c'est que j'avais fait un blackout dans une rue de Beppu, loin de la maison. Extinction des feux.

Retour à la case départ.



Suite dans le deuxième post ~
(c) ozzman
Fubuki Nomura
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Autre:
posté
le Ven 7 Juin - 17:49
par Fubuki Nomura
demons in my mind;
Suite de l'histoire.
(pardon c'est long)
(j'espère que vous m'aimez quand même le staff)
(la suite arrive, pas taper ok)
(c) ozzman
Hyun Minh
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posté
le Ven 7 Juin - 17:52
par Hyun Minh
Hellow you dirty little secrets, dirty little lies 3766924225

dirty little secrets, dirty little lies 5e4049340c594fd5e1c95971d6215b38
Daiki Seki
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★
posté
le Ven 7 Juin - 17:54
par Daiki Seki
Coucou dirty little secrets, dirty little lies 901032552
Dude tu ressembles à mon futur facteur !?

Bref, bon courage pour achever tout ça ! Depuis le temps que j'en entends parler de ce cutie, j'vais sans doute revenir plus tard pour m'en foutre plein les yeux. dirty little secrets, dirty little lies 901032552
Peace ♥
Kaori Vanzine
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Mrs. 4x4
Mrs. 4x4
posté
le Ven 7 Juin - 18:00
par Kaori Vanzine
Bonne nouvelle tête o/

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

En ce moment je suis au ralenti
dirty little secrets, dirty little lies Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Nanako Kanon
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Époux/se : Célibataire.
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
posté
le Ven 7 Juin - 18:05
par Nanako Kanon
Re toi dirty little secrets, dirty little lies 3303333686
Maze Jefferson
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Je suis: neutre.
Époux/se : Sexy langue de vipère Teare ♥
Autre: Merci Driss pour l'ava ♥

★
posté
le Ven 7 Juin - 18:37
par Maze Jefferson
bon reboot! Rien que la liste des métiers promet. J'ai hâte de lire tout ça dirty little secrets, dirty little lies 2432113367
Alekseï Arizona
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— L'Araignée —
posté
le Ven 7 Juin - 21:52
par Alekseï Arizona
Bon reboot ♥
J'ai hâte de lire tout ça, les généralités promettent que du bon **
Bon courage pour la rédaction dirty little secrets, dirty little lies 1362171446
Kjetil Jørgensen
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Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
posté
le Lun 10 Juin - 19:08
par Kjetil Jørgensen
Je galère avec mes examens et toi tu reboot !
Encore une fiche à savourer, tu nous combles hehe ♥

En tout cas bon reboot et hâte d'en découvrir plus sur ton p'tit gars ! Bien que la mise en bouche est déjà intéressante dirty little secrets, dirty little lies 2432113367
Teare B. Jefferson
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Époux/se : fuck la police. ❤︎
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posté
le Lun 10 Juin - 19:17
par Teare B. Jefferson
Bon reboot !!❤
J’aime ce que je lis dirty little secrets, dirty little lies 3998388675
Yuna Noguchi
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Époux/se : Ryôtarô Noguchi
Autre: Thanks Bro, I know you know. 4ever.
Dolce Lupa Bianca
posté
le Mar 11 Juin - 13:47
par Yuna Noguchi
Mais, qui voilà donc ?

Love love love , mon mari poilu d'un autre compte.

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posté
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