Fubuki Hartcher
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : a (not yet) gay doctor named Elliot ♡♡
Autre: Je cause en CRIMSON (#DC143C).
Drunk Grumpy Cat

posté
le Ven 7 Juin - 17:49
par Fubuki Hartcher
吹雪家康野村
Nom ;; Nomura
Prénoms ;; Fubuki, Ieyasu
Âge ;; 30 ans fraîchement acquis, né le 31/05/2081 à Beppu, sur l'île de Kyûshû.
Genre ;; Masculin
Origines ;; Japonais pure souche.
Activité ;; Facteur le matin, barman dans un nightclub assez réputé de Shibuya le soir et la nuit. Il fait en gros des journées de 21h à 11h du matin. Il dort le reste du temps.
Sexualité ;; Fut un temps il était hétérosexuel, attiré par les courbes féminines, puis il a eu un certain intérêt pour la gent masculine une fois arrivé à Tokyo, bien qu'il se posait des questions depuis des années. Homosexuel assumé et maintenant fier de l'être.
Avatar ;; Fanarts de Park Jimin - BTS
Règlement ;;
Commentaire ;; Ripperoni Natsu. Also, désolé pour la (future) longueur, c'est pas voulu (un peu quand même) .
you won't make a fool of me;




Bucky, c'est un personnage complexe, rongé de tous les côtés, essayant parfois de retrouver le bon chemin à prendre pour faire ce qu'il doit faire. Il vit dans le regret, Bucky, il a toujours vécu dans le regret, les fantômes du passé refaisant surface quand il s'y attend le moins. Il a jamais vraiment de bol, c'est un malchanceux et il le sait pertinemment. Il a toujours bouffé de la merde, et c'est resté marqué quelque part. Sur son esprit ou sur sa peau.

Il regrette souvent, trop souvent, Bucky. Il se dit parfois qu'il n'aurait jamais dû appeler Minato, il se dit qu'il n'aurait jamais dû refuser les explications de Sachi, il se dit qu'il aurait dû écouter son père tant qu'il était encore temps. Il aimerait bien retourner en arrière, revenir sur beaucoup trop de mauvaises décisions, changer le cours des choses. Probablement vivre heureux. C'est tout ce dont il a envie, pour de vrai ; vivre heureux. Vivre une vie idyllique aux côtés de la personne qu'on lui a désigné, avoir un mariage heureux, comme on le décrivait sans arrêt à l'école, fonder une famille. Ses rêves les plus chers.

Bucky, il est nostalgique. Il vit parfois dans le passé, oubliant rarement ce qu'il a vécu. Il essaye d'en tirer des leçons, de se conseiller lui-même de ne jamais refaire les mêmes conneries. Parfois, il a juste envie de se souvenir des bons moments passés avec ceux qu'il aime ou qu'il aimait à ce moment ; la famille n'en fait plus parti. D'autres fois, la nostalgie devient cauchemar ; il se souvient de ses années d'enfer, au collège, et les cicatrices sur son crâne ont comme une nouvelle sensation de brûlure, comme le premier jour.

Il est jaloux, Bucky. Il envie la vie des autres si elle est stable et qu'elle reflète parfaitement la vie dont tout le monde rêverait. Il envie parfois d'autres personnes qui sont aimées à sa place, et il devient malicieux, possessif, insupportable. Il fait comprendre aux autres qu'il n'a pas ce qu'il veut, d'une manière ou d'une autre, et essaye de leur faire regretter. Tout ce qu'il veut, c'est immatériel, jamais coûteux.

Il veut juste être aimé ; et aimer en retour.

Parce qu'il est humble, Bucky, il vit avec ce qu'il a et ce qu'on lui donne ; il ne demande jamais plus que ça, si ce n'est sa moitié. C'est une chose qui prend du temps à arriver, alors il essaye de combler ça d'une manière ou d'une autre. Des coups d'un soir. Des sexfriends, des plans et toute autre chose qui peut se rapporter à l'intime ou au sexuel ; parce qu'il se sent lésé et oublié. Il est en cruel manque d'affection et se remet souvent en question à cause de ça, ou est bien du genre à se blâmer.

Bucky, il a délaissé son fatalisme pour laisser place à un optimisme dégoulinant et niais au possible, bien du genre à donner la gerbe aux autres. Il essaye de ne plus vivre dans le défaitisme constant, alors il distribue des petites joies, qu'elles soient courtes ou intenses. Il agit comme un rayon de soleil et montre beaucoup trop souvent cette partie de lui-même. Il essaye de prouver que c'est le gars souriant, sans vrai problème. Sauf qu'il en a, des problèmes. Sauf qu'il n'en parle à personne, et qu'il n'en parlera de toute manière à personne.

C'est un vrai hardworker, Bucky. Il bosse sans relâche et se dégonfle rarement au travail, il est toujours à bloc et au maximum de ses capacités. Véritable oiseau de nuit, c'est une pile électrique qui se laisse très peu aller et qui continue jusqu'à ce que les derniers clients soient sortis. C'est le même type qui s'occupe de livrer le courrier dans une zone précise de Nakano, l'arrondissement qu'il connaît presque par cœur, et qui le fait dans la joie et la bonne humeur. C'est rare de le trouver sans un sourire sur son visage.

Bucky, envers et contre tout, c'est un menteur de compétition. Si on ne le connaît pas ; on ne le devine jamais. Il n'y a que lui qui différencie la vérité du mensonge dans la plupart des situations, et il sera toujours du genre à vous faire tourner en bourrique d'une manière ou d'une autre.

Il veut arrêter de mentir ; et qu'on arrête de lui mentir en retour.


Facts // détails en + ;;
Il laisse de temps en temps le dialecte de Kyûshû reprendre le dessus, et certaines de ses phrases peuvent devenir incompréhensible. // Il a beau avoir étudié le coréen et un peu d'anglais durant sa scolarité, il ne se souvient quasiment de rien et est une vraie catastrophe. // Très mauvais cuisinier. Il ne cherche pas à faire d'efforts, aussi. // Fana de bonne bouffe // Très branché hip-hop, rap, gros sons et électro. // Accro au tabac (du genre à devenir foutrement irritable s'il n'a pas sa dose de tabac tous les jours), à l'alcool (plus modéré, mais un bon vodka-orange en sortant du travail c'est toujours agréable) et touche de temps en temps aux drogues douces.
Il ne fait pas grande figure, dans les foules, il est au même niveau que tout le monde. C'est un japonais lambda parmi tous les autres avec son mètre soixante-neuf et ses soixante-deux kilos. Il est cependant en forme physiquement, la plupart de ses muscles se dessinent sur sa peau ; il s'entretient un minimum avec quelques heures de sport par semaine, pour combler son alimentation désastreuse la plupart du temps.

La seule chose qui peut le différencier de tout le reste, c'est sa couleur de cheveux qui change tous les deux mois. Gris argenté, rose-orangé, blond cendré ou platine, rouge pétant et bien d'autres encore ; il varie les plaisirs. Il laisse la plupart du temps ses yeux au naturel, mais se voit quelques fois obligé d'enfiler des lunettes à cause de problèmes de vue certains. Le reste du temps, c'est des lentilles de vue, d'autres fois, c'est de vue et de coloration. Son regard peut s'adoucir ou devenir plus dur en changeant une seule et unique couleur. Il n'est pas un grand fan de la barbe, aussi, il la porte en horreur et se rase tous les jours sous la douche, pour laisser sa peau la plus douce possible. C'est bien trop rare de le voir avec quelques poils sortis.

Niveau fringues, il n'est franchement pas compliqué et tourne rarement autour du pot ; il a cependant une préférence pour un côté old school classique ou du streetwear pur et dur. Il y a rarement autre chose que ça dans ses placards, et ses chaussures se résument à une vieille paire de bottes totalement défoncées et de trois paires de baskets.

Le plus notable, chez Fubuki, ce sont ses tatouages, nombreux, et ses piercings. Il possède sept tatouages aux significations différentes qui ornent son corps. Un seul n'en a pas ; mais la plupart de ses tatouages sont simplement un moyen de couvrir son corps qui lui a fait honte des années durant, quand il était plus jeune. Il les montre rarement en public et cherche même à les couvrir du mieux qu'il peut, même en été. Il serait même du genre à couvrir ses bras de bandages.

Les tatouages de Fubuki & leur signification, dans l'ordre:
Lien vers l'image regroupant tous ses tatouages
Half-sleeve sakura/koïs ; Bras droit. Fait en 2105. /// Signification ; renaissance.
NEVERMIND ; côtes droites. Fait  en 2106. // D'abord pour l'esthétisme, puis il a trouvé une signification. Ce qu'il aurait toujours voulu dire à son père.
花樣年華 (Signes chinois / Trad.: Withering Youth (Jeunesse flétrie)) ; côtes/flanc gauche. Fait en 2107. // Signification ; Sa jeunesse perdue dont il n'a pas pu profiter.
Double bande noire ; avant-bras gauche. Fait en 2107. // Pur esthétisme.
Serpent ouroboros qui se mord la queue ; Molet droit. Fait en 2108.
XIII ; poignet (intérieur) gauche. Fait en 2108. // Signification ; malchance.
Vague Hokusai ; Bras droit (intérieur). Fait en 2109, après le tsunami. // Signification ; la mort de son meilleur ami, Minato.
i can('t) make it better;
Toutes les histoires commencent par les mêmes choses ; d’un couple formé par l’Incontestable ayant eu un merveilleux gosse qui grandit bien et qui finit par devenir même chose qu’eux. Là, c’est s’il ne se passe rien dans notre vie. Ça peut arriver à des tas de gens, tout comme des crasses peuvent arriver à des tas de gens aussi. Ma mère me disait toujours qu’une vie rose n’est qu’une idylle quand bien même beaucoup de gens cherchent à l’obtenir – je l’ai crue, et je la crois toujours aujourd’hui pour ne rien cacher. J’ose espérer qu’un jour ça arrivera. Rien qu’un peu. Pas beaucoup, je demande pas grand-chose. J'ose croire que l’Incontestable est fait pour ça, à la base. Rendre les gens heureux.

Je suis l’aîné d’une fratrie de trois ; on est tous nés à Beppu, sur l’île de Kyushu. Nos parents dirigeaient des onsens, parmi les plus anciens et plus réputés de la ville qui en comporte pourtant des milliers. J’avais beau leur montrer que je voulais vivre comme je l’entendais, pour eux, tout ce qui comptait, c’est que je reprenne le business familial du côté de mon père. Je n’étais certainement pas le premier de la famille à vouloir aller contre ça. J’avais beau leur dire qu’ils pouvaient refiler ça à mes frangines, leur avis ne changeait jamais – c’était moi ou rien. Je n’ai rien dit pendant des années, je me suis juste contenté de grandir.

Je n’ai pas vécu grand-chose d’intéressant durant toute cette période. En revanche, c’est bien à partir du collège que j’ai enchaîné pépin sur pépin et que j’ai commencé à changer. Cette période est parfaitement propice aux changements pour un gosse qui continue de grandir. Que ce soit dans le bon ou dans le mauvais sens, j’ai fini par en faire les frais. C’est presque un mois après être entré au collège que j’ai commencé à être harcelé. Trop chétif, souvent isolé, certains des harceleurs étaient des gosses venant de familles qui dirigeaient également des onsens. Vu la renommée de la mienne, il y avait de la jalousie, de la haine, probablement une influence parentale. Tout ça ne pouvait mener qu’à ce genre d’actes.

Forcément, je l'ai mal vécu au début. Il n'y a rien de pire que l'ijime pour qu'un enfant ne dise plus rien sur lui-même, que ce soit à ses parents ou à n'importe qui d'autre. C'est malheureusement une société ou il faut continuer à garder la face quand bien même on vit les pires saloperies du monde. Alors s'ils me demandaient, je ne disais rien. Je m'enfermais dans ma chambre et je travaillais jusque tard le soir, sortant seulement de ma chambre pour aller manger et m'occuper un tant soit peu de moi. Entre les bleus sur les jambes, les douleurs musculaires et la peur panique qu'un jour, ils fassent pire encore, je n'avais presque plus envie d'aller au collège. Parce que je n'avais rien dit ni à mes parents, ni au personnel, je devais y aller. Je faisais cependant tout pour rester dans le champ de vision d'un adulte – histoire de les faire fuir tant que je n'étais pas seul.

Ça a continué jusqu'à la fin du collège. Je restais le même d'années en d'années, alors n'y sont certainement pas allés de main morte. J'avais développé une phobie scolaire. J'avais peur d'y aller, de me retrouver seul là-bas, acculé dans un coin. J'avais beau être bon élève, ce n'était pas rare que je dise à mes parents que j'étais malade pour que je loupe les cours. C'était quelques heures, quelques jours loin de mes bourreaux. Parfois, ça suffisait à me faire un peu déstresser. D'autres fois, il n'en était rien. Vers la fin de ma dernière année de collège, deux de ces enfoirés ont laissé des marques permanentes, plus seulement temporaire. Deux mégots de cigarette écrasés sur le crâne. Deux cicatrices laissant un trou dans les cheveux.

J'avais longuement hésité à arrêter les cours là, ne pas aller au lycée. Au final, je me suis dit que si je travaillais dur et que je m'affirmais un peu plus, je serais capable de me défendre moi-même et de devenir quelqu'un d'autre. Je me laissais manipuler par mes émotions, mes peurs, tout simplement par les autres – j'ai tiré un trait sur tout ça. J'ai commencé par frapper dans un sac. Dépendant des jours, des mots différents étaient marqués dessus. Héritage Familial. Angoisse. Corps de lâche. Harcèlement. Déception. Laisser-Aller. Tout ça, toutes mes peurs les plus profondes, celles bien ancrées dans ma peau, dans mon corps et dans ma manière de vivre, j'ai déversé toute ma colère, toute ma force contre eux, contre ces mots qui m'ont valu des années de peur. Il m'a fallu plus de six mois d'entraînement avant de sentir les véritables changements physiques. Six mois durant lesquels j'ai réussi à me faire un ami ; un yankee.

C'était mon premier véritable ami, à vrai dire. Quand il s'est approché de moi, j'ai eu cette peur qu'il soit un énième de ces enfoirés qui veulent m'en faire voir de toutes les couleurs. Au final, il s'est avéré être quelqu'un d'un tant soit peu intelligent. Lui aussi, il était seul. Deux solitaires finissent forcément par se rapprocher et s'apprécier. C'est ce qu'il s'est passé avec nous, et il a été celui qui m'a poussé à continuer de m'entraîner, toujours aller plus loin, ne jamais lâcher les bras. Quand j'étais pas au lycée avec lui, je traînais avec ses potes yankees ; on dévalait les rues de Beppu en groupe, à pied ou à moto. Je me sentais libre, quand j'étais avec eux. J'oubliais tout ce que j'avais vécu avant, et je profitais de l'instant présent comme si je n'allais plus jamais revivre de tels moments.

La même année, mon père a reparlé de l'héritage familial que je ne devais ni rejeter, ni abandonner. Ça faisait bien des années qu'il ne m'en avait pas reparlé. Je devais commencer à apprendre à ses côtés, savoir comment gérer tout ça, afin de le reprendre quand je serais enfin en âge. Toute sa morale à la con m'a rendu furieux, presque fou de rage – parce que je voulais vivre comme je l'entendais. La seule différence, comparée à la dernière fois, c'est que je n'étais plus ce petit garçon peureux, effrayé de tout. J'étais sur le point de devenir un homme, celui qui serait capable de dire non à ses parents et de s'opposer à eux. On a tracé toute ma vie jusqu'à là, ce n'était plus ni à eux, ni aux autres de dire quel chemin je devais prendre. J'allais prendre le mien. Peu importe ce qu'il me réservait.



Vingt-six juillet 2098, plage de Beppu.

On pourrait presque croire à l'american dream, comme ça. Celui où on montre une bande de jeunes autour d'un feu, à faire de la guitare, boire des cocktails et profiter du coucher de soleil ou de la nuit déjà présente. Pourtant, on était au Japon. Certains sont seuls, d'autres ont leur moitié à côté d'eux – et je suis de ceux qui ont leur moitié avec eux. Ça faisait bientôt un an que j'avais réussi à changer, pour le meilleur, et un an que je n'étais plus vraiment le même comparé au moi du collège. Je suis passé du stade de petit garçon à celui d'homme sans avoir ne serait-ce qu'un seul entre-deux. Pas de passage par l'adolescence, le moment où est censés profiter de sa jeunesse, pas de passage par l'innocence de la pré-adolescence. J'ai voulu arrêter d'être faible, alors je me suis construit une carapace solide, presque impénétrable. Je me suis forcé à changer.

Sachi, ma petite amie, était collée à moi, ses paupières luttant pour ne pas tomber de fatigue. L'un de mes bras l'entoure et essaye de la rapprocher un peu plus encore, je dépose un baiser sur son front. Je n'aurais jamais pensé avoir la chance un jour d'avoir quelqu'un à mes côtés, quelqu'un qui se souciait de moi et de ce que je ressentais. J'avais été la pire des catastrophe pour lui expliquer ce que je ressentais, elle m'a dit de ne pas m'inquiéter, qu'elle était maintenant là pour moi et qu'elle m'aiderait dans les pires situations. Elle n'a pas eu besoin de préciser que je devais faire la même chose pour elle, parce que je trouvais ça naturel. On avait beau être tous les deux en âge d'être mariés par la machine, on voulait en profiter tant qu'on le pouvait. Avant qu'on ne doive s'éloigner. Partir, pour vivre une vie toute tracée pour nous.

Je coince l'une de ses mèches derrière l'oreille et je relève la tête, croisant le regard de celui qui m'avait tendu la main quand j'en ai eu besoin. Minato semble heureux de me voir aussi épanoui. Je lui envoie un sourire, il me renvoie la pareille. D'un mouvement de tête, je comprends qu'il a envie de me parler seul à seul, j'acquiesce à la suite. « Sachi, chérie, je te laisse quelques minutes. Demande à Kana de te prêter son épaule pendant que je ne suis pas là. » Elle lâche un petit rire. « OK, mais reviens vite. J'ai envie de m'endormir dans tes bras. » Je lui caresse la joue, et je la déplace tout doucement jusqu'à l'épaule de Kana, sa meilleure amie. Je me lève une fois qu'elle est bien installée. Au moment où j'allais partir, sa main se serre autour de mon poignet. « Bucky, je t'aime. » Sourire en sa direction avant qu'elle ne lâche la prise et qu'elle reparte un peu loin dans les limbes du sommeil.

Minato avait déjà commencé à prendre la route, et je ne tarde pas à le suivre, marchant un peu plus vite pour revenir à son niveau. Quand il me propose une cigarette, je l'accepte avec un certain plaisir et je lui laisse le plaisir de l'allumer pour moi. Je m'étire et je fais craquer certains de mes muscles juste après la première taffe. « C'est rare que t'aies envie de me parler en privé, Min. Il y a quelque chose qui te préoccupe, ou t'as simplement pas envie d'en parler à Seita ? » Seita ; le plus gros loubard de la bande. Un vrai bourreau des cœurs, un Don Juan dans toute sa splendeur. Il s'approche cependant pas des filles dont ses potes sont proches, mais il adore les teaser. Il connaît Minato depuis la première année d'école, ils se connaissent tellement bien qu'ils n'ont plus aucun secret entre eux. « J'en ai justement déjà parlé à Seita. Et Seita a toujours été d'excellent conseil pour moi, mais... J'ai sûrement besoin d'un avis définitif sur la chose. T'es la deuxième personne en qui j'ai le plus confiance, t'es au courant de trucs que j'oserais même pas raconter à d'autres personnes que vous deux. Sauf que le truc, Bucky, si je me trompe pas et que c'est comme ça que Sachi te surnomme affectueusement, c'est que je suis plus totalement indifférent. »

On s'était posés sur le rebord d'une rambarde de sécurité, cigarette coincée entre les doigts, la fumée du tabac nous arrivant dans les narines. En réfléchissant deux secondes à ce qu'il me disait, je me rendais à peu près compte de ce qu'il me disait. Qu'il était plus totalement indifférent, comme il le faisait paraître auparavant. « Min, je peux pas te dire quoi que ce soit. J'en suis littéralement incapable. Sachi m'en voudrait si... si... » Il hausse un sourcil, lâche un soupir, fait sauter la cendre de sa cigarette. « Si quoi, si je fais ça ? » Je l'ai vu balancer sa cigarette, s'avancer vers moi si vite que j'aurais presque pu ne pas empêcher ça si j'étais totalement ivre. J'ai réussi à poser ma main entre nos lèvres. « Min, je suis en couple. J'aime Sachi comme jamais, je peux pas lui faire ça. J'ai pas envie de lui faire subir ça. » Nouveau soupir de sa part. « T'étais un bon menteur avant, non ? Laisse-moi juste le faire une fois, tu te débrouilleras pour déformer la vérité comme t'en a si bien l'habitude... » Je baisse ma main au fur et à mesure, et au final, je n'empêche même pas ça. Nos lèvres se rencontrent dans un baiser. Je sens de la volonté dans le sien. De la volonté, et de l'envie. L'envie d'en avoir plus que ça. De pas seulement en rester là. Il colle son corps contre le mien, me coince contre la rambarde, et je me laisse faire, je ne bouge pas.

On est restés comme ça, quelques minutes, à s'embrasser, comme si ne rien n'était, s'arrêtant quelques fois pour reprendre notre souffle. Prétendu hétérosexuel, hein. Il suffit d'un rien pour faire basculer quelque chose qui semblait être clair depuis des années dans notre tête. « Min, je regrette d'avoir fait ça, j'aurais pas dû. Je suis pas homosexuel, j'ai toujours aimé que des nanas. » C'est plus très vrai, parce que j'ai apprécié le moment, quand il m'a embrassé. J'aurais voulu en avoir plus, comme il le voulait lui, mais je l'imaginais pas lui quand je l'embrassais. J'ai imaginé Sachi. J'ai eu l'image mentale de notre dispute, de ses hurlements, de ses pleurs, moi qui cherche à mentir, déformer la vérité pour qu'elle ne m'en veuille pas. Je sais que c'est inévitable, qu'on a forcément été vu étant donné qu'on est partis il y a déjà cinq minutes et qu'on ne se trouve pas si loin que ça du groupe. Qu'elle sera au courant. J'ai des regrets, maintenant. « Va pas me balancer que t'as pas aimé ça, Fubuki. Je te croirais pas. T'aurais fui si c'était pas le cas. » Je relève le regard, le sien était déjà en train de faire une fixette sur mon visage. « T'as peut-être pas tort, mais j'ai pas envie d'en parler. J'ai besoin de temps pour y réfléchir, Min. » Je me suis mordu la lèvre. Il m'a souri. « Je... je dois raccompagner Sachi chez elle, et... et  je dois– je dois aider mon père demain. J'aurais pas dû rester aussi tard. Je dis au revoir à tout le monde, et j'y vais. Je te laisse là, Min. »



Sept août 2098, logement des Nomura, Beppu.

Je l'ai jamais vue autant en colère, depuis qu'on est ensemble, et ça fait pourtant sept mois. Elle m'en a collé une si forte que je suis tombé sur le lit, et j'ai pas osé bouger depuis, si ce n'est la tête pour la voir faire les cents pas et contrôler un minimum sa colère. Elle ne réussit pas, de ce que je vois. Elle empoigne le mug sur mon bureau, celui qu'elle m'a offert pour mon anniversaire, vise d'abord sur moi avant de le jeter sur le mur, le faire exploser. J'ai sursauté. « T'es vraiment rien d'autre qu'un connard, Fubuki, je sais même pas comment j'ai pu te faire confiance, je savais que t'étais rien d'autre qu'un mytho, depuis le début ! Je t'ai fait confiance, je pensais que t'avais changé parce que j'étais là pour toi mais... mais c'est pire, tu m'as trompé avec ton autre pote yankee, là, l'autre crétin en décrochage scolaire qui fait rien d'autre que sécher les cours, entretenir son putain de cancer et taguer les murs de la ville ! » Je déglutis, j'ose même pas répondre. Mais j'ai besoin de préciser quelques trucs. Pas sur les détails. Je sais que si je la reprends sur les détails, mon autre joue va très fortement rougir. Donc il faut que je reste dans le simple, mais un minimum clair pour que je puisse un tant soit peu me défendre. Au moment où j'ouvre la bouche, elle m'interrompt. « Et t'avises même pas de dire quoi que ce soit, je veux pas t'entendre ! »

Je baisse la tête. Je me mords la lèvre. Je l'entends pleurer. Sûrement des larmes de colère. Mêlé à de la tristesse. « Je comprends pourquoi ton père te prend pour rien d'autre qu'un raté qui refuse d'accepter ce qui l'attend. » Je relève la tête soudainement, je la regarde sûrement avec une mine colérique. Elle sait pertinemment qu'il ne faut pas ramener ce genre de choses dans une discussion, elle l'a pourtant fait, et en pleine connaissance de cause. « Je t'interdis de prendre position avec mon père ! C'est lui le raté, qui pourrit la vie de son fils parce que c'est rien d'autre qu'un putain d'égoïste ! » Elle se pose juste devant moi, un air hautain se dessinant sur son visage. « Sinon quoi, Bucky chéri, tu frappes pas les femmes ? Oh, pardon, si ton père est un raté, t'en es un aussi. Tel père, tel fils. » Je me relève de mon lit, et mon premier réflexe, c'est la coller contre le mur avec une telle violence que je l'ai entendue lâcher un gémissement de douleur. J'ai levé la main, j'étais à deux doigts de la claquer. Juste parce que ça faisait mal à entendre. « Je te le répète, Sachi, une dernière fois. C'est mes soucis de famille, pas les tiens. Tout ce que j'ai éprouvé ces derniers mois, c'était sincère. J'ai jamais été aussi sincère de ma vie. Je t'aimais, je voulais tout te donner, je t'ai livré mes sentiments sur un putain de plateau d'argent, et juste parce que je t'ai déçue une fois, tu fous tout en l'air comme s'il ne s'était jamais rien passé ! Et toi, tu penses que tu m'as pas déçu ? Je sais pardonner. Pas toi. Il y a juste des limites qu'il ne faut pas dépasser. »

Je suis toujours autant incapable de pardonner tant que ça touche à tout ça, à ce que me dit mon père, à ce que ça implique, aux remarques qu'il me fait sans cesse. Son sens de l'honneur, du respect et de la famille me fait vomir. Il est incapable de respecter mes décisions et ce que je suis. Pourquoi est-ce que je suis censé faire un effort pour lui ? « Tu pourras jamais arrêter de mentir, Bucky. C'est plus fort que toi. Il faut qu'on arrête là. » Est-ce que je me mens à moi-même, est-ce que je rejette des choses que je suis simplement censé accepter comme si ne rien n'était, est-ce que je me rassure en déformant la réalité parce que je déteste cette même réalité ? Je me pose souvent ce genre de questions, à vrai dire – et même si elles me concernent moi, je n'ai toujours pas trouvé les réponses. « De toute manière, ce sera mieux pour nous deux. On a l'âge d'être mariés par l'Incontestable. On a pas le temps de discutailler d'amourettes d'adolescents. Si ce n'était pas ça qui allait nous séparer, ça allait être chose. Peut-être que t'aurais pu me plaquer parce que t'aimais réellement Minato et que les sentiments ne trompent jamais, peut-être simplement que t'aurais pas pu avoir le temps nécessaire avec le travail, j'en sais rien, mais j'ai pas envie de continuer. Je... je suis désolée pour ce que je t'ai dit plus tôt, à propos de ton père et de toi. Jamais je le soutiendrais, mais je–je pensais te secouer en frappant là où ça fait mal. »

« Sors. » Je souffle lourdement. Je la décolle du mur, je m'éloigne d'elle.
« Bucky, je... » Je lui désigne la porte.
« Sors de cette maison, Sachi. »

Mon ton s'est fait plus menaçant, et elle n'a pas cherché à dire un mot de plus. Récupérant sa sacoche au passage, elle me regarde une dernière fois avant  de partir de ma chambre. J'entends ma mère lui parler, elle ne répond pas. Claquement de porte. Elle est partie. Je me mord la lèvre jusqu'au sang. Une dernière respiration, et je décide de sortir de la maison le plus rapidement possible, en espérant qu'elle ne soit pas déjà loin. « SACHI ! » Je hurle. Ma respiration est saccadée. Je décide de partir du côté droit de la rue, en courant. Je hurle son prénom à pleins poumons encore une fois. Pas de réponse.

Putain, qu'est-ce que j'ai fait ?



Année 2099.

Ça fait deux mois que j'ai eu mon diplôme de fin d'études secondaires. J'ai fini le lycée, et je suis supposé être totalement disposé à aider mon père, finir ce fameux apprentissage à ses côtés pour que je puisse hériter de tous les onsens qu'on possède à Beppu. Depuis que je suis tout petit, je sais que je n'en ai pas envie. On a tous rêvé un jour d'être un super-héros, un flic ou un pompier, quand on était haut comme trois pommes. J'avais de ces envies-là. L'envie d'aider mon prochain d'une manière ou d'une autre, lui tendre la main dans l'espoir qu'il se relève et reparte de plus belle. Les rendre heureux. Je n'avais en rien l'envie de reprendre un lieu où se situait de stupides sources chaudes.

Ces derniers temps, je m'embrouille beaucoup plus avec mon père. Je refuse de sortir, d'aller lui filer un coup de main. Je reste à la maison, j'essaye de trouver une alternative pour échapper à ça. À vrai dire, j'avais déjà réfléchi d'une possibilité, il y a des mois. M'enrôler dans l'armée d'autodéfense japonaise. Aller jusqu'aux trois ans proposés. Fuir cette famille qui ne voyait en moi qu'un héritier, capable de faire perdurer le nom Nomura au travers des générations. Comment est-ce que c'était encore possible d'être aussi aveugle, de rester ancré dans des traditions aussi anciennes ? Le monde change ; le monde a changé. Ils restent sur leurs positions. Sur la tradition, l'honneur et la famille avant tout. Des fossiles. Voilà ce qu'ils étaient.

Je tire sur ma cigarette. J'inspire ; j'expire. Léger coup pour que la cendre tombe dans le cendrier, et je continuais de m'occuper sur mon téléphone. Derrière, j'entends la porte de la maison s'ouvrir, ma mère qui salue mon père. Je sens déjà son regard sur moi. « Je t'ai déjà dit de ne pas fumer à l'intérieur de la maison, Fubuki. Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? » Je tire dessus encore une fois en le regardant dans les yeux. « Sinon, quoi, tu vas me frapper ? Me rendre la vie dure ? Me forcer à aller t'aider au travail ? J'en veux pas de tes putains de sources d'eau chaude, garde-les. Donne ça à Etsuko et Miyuki. Elles vont se faire un plaisir de t'aider, elles, par contre. Elles devraient bientôt rentrer du lycée, d'ailleurs. » Je hausse les épaules en lui lançant un sourire moqueur, et je reprends position dans le canapé sans un mot de plus. Je lâche un soupir, et je ne m'attarde plus vraiment sur ce qui se passe à l'extérieur. Sauf que je m'attendais pas vraiment à ce que j'énerve mon père avec si peu.

Il envoie balader mon téléphone d'un coup sec, balance ce qui reste de mégot par terre, et il agrippe ses mains autour du col de mon t-shirt. « Ton comportement dépasse les bornes, Fubuki. J'en ai assez de ta nonchalance, de ton insolence et par-dessus tout que tu passes tes journées enfermé dans la maison, à fumer et gâcher ton temps sur tes écrans ! » Réalité plutôt moche, mais il marquait un point ; j'étais un exemple même du pourquoi l'Incontestable avait été instauré. Il resserre sa prise et arrive même à me soulever du canapé. Je regarde ma mère ; j'ai peur.

Pour la première fois depuis longtemps, j'avais peur de lui.

« De toute façon j'en ai plus rien à faire de ce que tu veux me dire, je me suis enrôlé dans l'armée d'autodéfense japonaise– » Moyen de persuasion, parce que sa poigne commençait à faire mal. Je la sentais contre ma peau, mon cœur battait à mille à l'heure. Je n'ai même pas envie de croiser son regard. « Tu as quoi ? » Je regarde maman. Elle ne bouge pas, quand bien même elle a l'air tout autant paniquée que moi. « Je resterais pas ici. Ou plus pour très longtemps. J'ai–je– je veux pas reprendre tes onsens, tu le sais depuis des années– mais t'as pas envie de l'accepter. »

Dans les secondes qui ont suivi, la seule chose que j'ai entendu et qui a résonné dans mes oreilles, c'est le bruit d'une gifle soudaine et puissante sur ma joue. Il m'a lâché. J'étais tellement sonné que j'avais même pas capté, sur le coup. Mes doigts froids viennent effleurer ma joue et c'est presque un électrochoc, elle est brûlante. « Avises-toi juste d'obéir, tu n'est pas encore en âge de me tenir tête, gamin. »

Maman, elle aurait pu m'aider à raisonner papa. Elle aurait pu lui dire d'arrêter. Je l'ai regardée tout du long de la conversation avec papa. Elle n'a pas bougé un doigt. Pourquoi elle a rien voulu faire ? Ça fait mal. J'ai les larmes qui montent aux yeux, alors que je vois mon père s'éloigner, certainement pour aller détendre ses nerfs. Mes dents se plantent férocement dans ma lèvre, alors que je commence à pleurer. Je récupère mon téléphone, mon paquet de cigarette, mon gilet qui traîne au bord du canapé, et je cours en dehors de la maison.

Dis, Minato. Tu voudras bien m'aider, toi ?

Je sais qu'il y a un semblant de froid entre nous, depuis l'année dernière et ce baiser qu'on a eu, mais j'ai toujours confiance en toi, je sais que tu seras là pour m'écouter si j'en ai besoin. J'ai toujours été là pour toi, depuis qu'on s'est rencontrés. Tu veux bien m'aider à ton tour, hein ? Tu peux pas refuser.

–––––––––––––

« J'ai pas envie de retourner là-bas, Min. Je– je peux pas. J'ai pas envie de le revoir, de lui faire face. Je lui ai dit que je m'étais enrôlé, mais c'est pas vrai, il va être furieux– » Il me fait taire en mettant sa main sur ma bouche. J'ai presque sursauté, je me suis rappelé la gifle de papa, tout à l'heure. Il m'a prit dans ses bras, j'ai lâché un soupir. Je pleure, encore. « Tu peux rester là si tu veux, ma porte sera toujours ouverte. Je peux aller te chercher quelques affaires, si tu veux. Je n'ai qu'à appeler l'une de tes frangines pour qu'elles préparent ça. » J'ai fait glisser mes bras pour qu'ils l'entourent, j'ai serré ma prise et je l'ai approché plus près encore de moi. « Je veux pas rester tout seul. » J'ai un hoquet. Nouveaux sanglots ; je cache mon visage dans son cou. « Je veux pas revenir là-bas. Je... je pense que je vais vraiment m'enrôler. M'éloigner de cette famille, de ce père qui veut dicter ma vie jusqu'à ce que je crève. Ne jamais pardonner à ma mère. Détester mes sœurs sans leur dire, parce qu'elles ne m'aident jamais. J'ai toujours détesté cette putain de famille. J'ai envie de faire des efforts, mais ils n'en font pas. Qu'est-ce que je suis censé faire, Min ? Les pardonner et repartir sur une base saine, ou garder la distance et... essayer de vivre de moi-même, comme je l'ai toujours voulu ? J'en sais foutrement rien. Je suis incapable d'y penser, et même d'avoir une seule réflexion claire à ce propos. » Sa main passe dans mes cheveux, doucement, il prend son temps. Il écoute en silence. J'ai toujours apprécié ça, chez lui.

On reste comme ça plusieurs minutes, sans un mot. Je sens l'une de ses mains descendre, atteindre le bout de mon t-shirt ; ses doigts, s'emmêler avec le tissu, chercher leur chemin jusqu'à ma peau. La douce chaleur de ceux-ci tracer des arabesques contre mon épiderme. Je soupire, puis je relève la tête. Je m'avance doucement pour poser mes lèvres contre les siennes. Sans penser à personne derrière. Juste lui.

Juste lui et moi.



Année 2100.

Le réveil fait un vacarme assourdissant dans les dortoirs. Certains sont tirés de leurs rêves et lâchent un petit cri de peur, d'autres bougonnent comme ils en ont si bien l'habitude. Sans oublier ceux qui sont déjà sur pied et qui partent déjà en direction de la douche. Je me frotte les yeux quelques secondes, puis je viens attraper mon téléphone, regarder si j'ai eu un message de Minato durant la nuit – il n'en est rien. Je prends le temps de lui en envoyer un, et ces quelques secondes perdues me valent une remarque. Ça ne faisait même pas un an que j'étais parti que je remettais déjà tout en question. Est-ce que c'était vraiment le bon choix ? Faire ce que j'ai toujours voulu ? Parfois, j'ose penser que oui. D'autres fois, je me dis que reprendre le business de mon père n'était peut-être pas une fatalité, mais plutôt une chance et la sûreté d'avoir une vie confortable.

C'est trop tard, maintenant. J'ai fait mon choix.

Peu importe si je ne finis pas les trois ans, peu importe si je m'excuse, peu importe si je décide d'obéir sagement à mon père jusqu'à ce qu'il claque, je ne peux pas revenir sur une décision. Ce ne sera plus « la voie choisie par le père », mais « la voie du fils ». Je devrais sûrement aller à l'université, ou peut-être m'inscrire et postuler dans une école d'officiers de l'armée d'autodéfense. Travailler dans la sécurité ou que sais-je encore. Je n'ai aucun talent particulier. Je ne peux plus compter sur ma famille. Tout foutre en l'air du jour au lendemain a toujours été d'une simplicité déconcertante. Se reconstruire après des mauvaises décisions prend des années.

Les journées en tant que soldat ne sont pas si terribles ; elles sont juste éprouvantes. Entraînements, préparations, rhétorique, on passait par tout pour être prêt à intervenir en cas de besoin. L'armée d'autodéfense n'a jamais vraiment attiré qui que ce soit, alors on est très peu dans les bases. La chose la plus troublante, de mon point de vue, c'est que je ne suis même pas le plus jeune ici. Il y a un type de dix-huit ans. L'âge minimum pour s'enrôler. Qu'est-ce qu'il a dû vivre pour décider de rejoindre les rangs ? Je n'ai même pas envie d'y penser, ça me filera sûrement la nausée.

–––––––––––––

Minato est parti à Tokyo, pour travailler. Il a trouvé un job qui lui convenait et qui allait certainement pouvoir définir une bonne partie de son futur, et ses parents l'ont épaulé dans son projet. J'ai cette sensation de manque, depuis que je suis à l'armée. J'ai un besoin de lui parler en face à face, de partager une cigarette avec lui, de boire un verre pour deux, de gaspiller du temps sur la plage de Beppu. Tout ça me semble déjà si loin, alors qu'on avait l'habitude de le faire, il y a moins de deux ans. Les meilleurs souvenirs de ma vie datent tous de ma période lycée, et... j'ai l'impression que ça fait une éternité depuis qu'ils se sont passés. Souvent, je me trouve un endroit calme. La salle de bain, les dortoirs quand ils sont vide et que je suis sûr que personne d'autre n'y sera. Un quelconque endroit avec du silence.

Je laisse les larmes couler. Mes sanglots comme seule source de bruit.

J'ai dix-neuf ans et j'ai déjà foutu ma vie en l'air.



Année 2102

Maman m'a laissé entrer sans aucun problème, parce que papa est au travail et qu'il ne rentrera pas avant un moment. Notre étreinte a duré longtemps ; comme s'il s'agissait du dernier jour avant la fin. Sauf que ce n'était pas vraiment ça. Je ne sais même plus quoi penser d'elle. Est-ce que je la déteste parce qu'elle ne cherche jamais à m'aider quand papa est en colère, ou est-ce que je l'apprécie parce qu'elle reste quelqu'un qui m'acceptera quoi qu'il arrive ? J'en sais foutre rien. J'ai pas envie d'y penser. J'ai besoin de paix, pour un moment. Quelques semaines, quelques mois tout au plus. Repenser à tout ce qu'il s'est passé ces dernières années, prendre des décisions sur ce que je vais finalement faire de ma vie.

Je sens ma mère déposer un baiser sur ma joue, avant qu'elle ne se recule. Elle m'envoie un sourire et va ouvrir la porte à mes sœurs, que je n'ai même pas entendues. Elles ont grandi, elles ne ressemblent plus vraiment à des jumelles parfaites vu qu'elles cherchent maintenant à se différencier. Leurs réactions, elles, resteront toujours les mêmes. « Frangin, t'es enfin rentré à la maison ! Tu... tu nous a manqué. » Cette fois, c'est moi qui sourit. Je viens les prendre toutes les deux dans mes bras, encore. « Je repartirais pas de si tôt, c'est promis. Prendre... prendre trois ans pour moi m'a fait du bien. J'ai eu le temps de réfléchir. Mais j'ai encore besoin de temps. Vous aidez bien toutes les deux papa aux onsens, de temps en temps ? » La question qui fâche ; est-ce qu'il a finalement laissé ça à mes sœurs, ou il s'est résigné à ça ? « Oh, tu sais, depuis que t'es parti, il n'en parle même plus. On ne sait pas s'il s'en veut, s'il t'en veut, s'il est déçu. Il ne dit jamais rien. Même maman n'en sait rien. »

Ouais, hein. Avoue-le, sale raclure de merde. Tu voulais juste me pourrir la vie.

Sur le coup, je me crispe. Je m'éloigne d'elles, j'essaye de leur envoyer un sourire tout à fait sincère, puis je prends le chemin jusqu'à ma chambre. Elle n'a pas bougé depuis la dernière fois. Elle a dû être nettoyée il y a peu, il n'y a même pas une seule couche de poussière sur les meubles.

Je lance d'abord mon sac sur le lit ; mon deuxième réflexe est d'attraper le premier truc qui me vient sous la main et de l'envoyer contre le mur sans aucune retenue. J'ai pensé très fort que c'était mon père. Je le refais ; encore une fois. Mon poing vient s'encastrer dans le mur, et j'y fais même une fissure. Je serre les dents, ma respiration est saccadée. Il faut évacuer la colère avant qu'elle n'empire et que je finisse par m'en prendre à lui. J'ai beau le détester, je lui dois le respect – même si l'inverse n'a pas l'air d'être vraiment le cas. Je ne sais jamais quoi penser de lui, de ce que je ressens à son propos. Quand ça me passe par la tête, je ne pense qu'à la haine viscérale que je lui voue, j'ai la colère qui monte et je n'ai qu'une envie ; lui en faire baver, comme il l'a fait avec moi.

Je sais pas si c'est la solution. J'ai pas envie de me réduire à utiliser la violence.

–––––––––––––

Hé, Min.

Je suis rentré à la maison. Ça me fait bizarre de savoir que t'es plus là, à Beppu. T'as toujours été mon ami le plus proche depuis qu'on s'est rencontrés au lycée. Puis t'as développé des trucs pour moi. Je sais pas, de l'amour, de l'affection. Tu m'as embrassé alors que j'étais en couple avec Sachi. Et puis... il y a eu ce fameux jour. Tu sais, où je me suis laissé aller à cause de mes émotions. Je me souviens de ce que tu m'avais dit sur la plage. Tu savais que j'allais mentir sur le fait que j'aimais ça ou pas.

J'ai rien regretté, depuis ces jours. Pas même l'avoir fait avec toi.

Je veux juste pas te perdre, Min. Je peux pas. T'es bien la seule personne à qui je peux tout dire sans avoir peur que ça se sache. Tu connais tout. Ma vie, mes secrets, les cicatrices du passé, les plaies béantes qui ne sont certainement pas prêtes de cicatriser.

Je pourrais pas vraiment t'aimer comme tu le fais toi. Tu mérites sûrement mieux qu'un raté dans mon genre qui déçoit sa famille et qui s'en échappe même en allant à l'armée.

Je sais pas vraiment comment finir ça, tout ça, ce que je t'écris.

Je pourrais jamais écrire je t'aime, de toute manière.

Bucky.




Je me demande combien de jours, semaines ou mois sont passés, depuis que je suis rentré. Je ne sors pas de la maison, rarement de ma chambre. Mes yeux alternent entre l'écran de la télé, de l'ordinateur et de mon portable. Il est quatre heures du matin. Je me suis levé il y a deux heures à peine. À cette heure-là, la télé passe les animes les plus gores, la toile s'avère calme, et personne ne répond à mes messages.

Quand je me lève de mon lit, je renverse la vaisselle qui s'accumulait au pied de celui-ci. Je claque la porte du micro-ondes que j'avais oubliée de refermer, je me fraye un chemin parmi tout ce qui se trouve au sol. Déchets, vêtements, bouts de verre d'objets éclatés à cause de mes moments de colère. J'arrive tout de même à trouver mon chemin jusqu'à la porte de ma chambre, et j'en sors. D'abord une douche. Après, prendre de quoi manger. Et repasser en mode ermite moderne pendant quelques jours, sans voir la lumière du jour. Quel jour on est, d'ailleurs ? La question reste omniprésente dans ma tête. J'y pense tout le temps que je suis sous l'eau. Je suis rentré en février. Etsuko est passée à la maison il y a... quand, déjà ? Je dirais un mois. Miyuki est restée à Beppu pour travailler avec son copain. Etsuko est à Fukuoka.

L'habituelle horloge au-dessus de l'arche entre la cuisine et la salle à manger indique quatre heures dix-sept. Toujours aucune date. Je réussis à enlever cette pensée de ma tête en voyant le paquet de cigarettes de ma mère qui traîne sur la table basse, juste devant l'écran de télé. Je me penche pour l'attraper, et je décide d'aller dehors, respirer un bol d'air frais. Chose que je n'ai pas fait depuis un sacré bout de temps.

Quand je pousse la porte menant au petit jardin arrière, j'ai presque un choc. Il neige. L'hiver est déjà revenu ? Fin novembre ou décembre. Dix mois ? Plus ou moins. J'ai perdu la notion du temps, et mon rythme de sommeil est inexistant.

Le clic du briquet m'extirpe de mes pensées. Mes doigts jouent avec la sécurité de celui-ci, pendant que ceux de l'autre main s'affairent à déposer une cigarette entre mes lèvres. Cette fois, c'est le dernier clic parasite, qui me permet d'allumer ce petit bout de cancer.

J'aspire la fumée de la première taffe.
Léger goût de gaz en fond, comme tout le temps.
J'expire.

Je reste là, le dos appuyé contre l'un des murs extérieurs de la maison. Des flocons dans les cheveux, mes pieds nus dans la fine couche de neige au sol. Elle ne restera pas plus de quelques heures, de toute manière. Beppu est beaucoup trop géothermique, trop chaude. La fumée s'échappe en permanence des onsens de la ville, même en hiver.

La cendre se mêle à la neige. Je prends une dernière taffe, et je lâche le mégot dans cette même neige. Il s'éteint presque immédiatement. J'ai le réflexe d'en prendre une deuxième, jusqu'à ce que j'entende quelqu'un, proche de moi, s'exprimer avec une voix endormie. « Frangin, c'est toi ? Je t'ai pas vu depuis des semaines– » Elle est interrompue dans sa phrase par un bâillement. C'est Miyuki. « Désolé. J'ai pas l'envie de sortir. » J'allume une autre cigarette dans les quelques secondes qui suivent. Je la vois s'avancer vers moi du coin de l'œil, avant qu'elle ne soit interpellée. « T'as vu ce que tu portes ? Tu vas attraper la crève ! On vit peut-être à Beppu, mais soit prudent quand même ! » Elle rebrousse chemin, s'aventure à nouveau dans la maison. Elle avait beau ne pas me voir très souvent, être habituée à ce que je ne me soucie pas d'elle plus que ça, elle reste toujours aussi attentionnée et affectueuse. Etsuko aussi, elle a toujours été comme ça. Elles ont tout hérité de maman. J'ai hérité du caractère de cochon de papa et de l'entêtement de maman. Un mélange particulier, qui fait ce que je suis aujourd'hui. Un raté.

Elle revient même pas une minute plus tard avec l'un de mes gros gilets. Elle le dépose sur mes épaules et m'envoie un sourire. « Je n'en avais pas besoin, tu sais. J'aurais pu m'en prendre à moi-même si je tombais malade. Ça aurait été ça en plus, dans toute la liste que j'ai déjà établie. » Elle me donne un coup de coude. Je ne réagis même pas. « Hé, pourquoi t’es si négatif ? Tu disais pas être revenu à la maison pour réfléchir ? Tu passes ton temps enfermé dans ta chambre et tout ce que tu fais, c’est te blâmer ? Bucky, merde, tu prends vingt-deux ans l’année prochaine, t’as encore la vie devant toi ! » L’une de mes canines se plante férocement dans ma lèvre inférieure. J’en saigne, tellement j’y vais fort. « J’ai pas envie d’en parler, j’suis rien d’autre qu’un raté qui a déçu son père ! J’ai pas d’avenir, j’ai éclaté en morceaux celui que papa me proposait, j’ai gâché trois ans de ma vie à l’armée, Minato est parti à Tokyo, j’ai plus rien, plus personne ! »

Plus personne, ouais.

« Bucky, je suis encore là avec Etsuko et—tu pourras toujours compter sur nous ! On est tes sœurs, pour rappel— » J’écrase le bout de ma cigarette entre mes doigts. Je serre les dents, j’ai juste envie d’exploser. « Et vous étiez où, quand j’ai eu besoin de vous ? Quand j’ai eu besoin d’aide pour faire comprendre à papa que j’en voulais pas, de ses putains d’onsens ? Et vous étiez où, quand il me menaçait ? Vous étiez où, hein ? Où est-ce que vous étiez, putain ! »

Je suis en train de hurler, je ne m’en rends même pas compte. Miyuki couvre ses oreilles avec ses mains. Je lui fais peur. Je voulais pas – je voulais pas lui faire peur. J’entends quelqu’un arriver de l’intérieur de la maison. Maman.

Elle vient directement prendre ma sœur dans ses bras, et elle m’envoie un regard noir. Elle doit certainement lui intimer d’entrer. Miyuki pleure. J’ai envie de chialer aussi. Ma mère s’avance vers moi et me colle deux gifles, une sur chaque joue. « Si je t’entends encore une fois hurler sur ta sœur, je risque bien de me ranger du côté de ton père ! Arrête tes conneries, Fubuki Nomura. J’ai essayé de te comprendre jusque là, mais je n’ai même plus envie de faire d’efforts. »

Je viens de perdre les derniers liens qui me raccrochaient à cette famille.

T’as fait fort, Fubuki.



Je n'ai rien eu, à Noël. Je n'ai rien donné non plus. En vérité, je ne suis même pas sorti de ma chambre. Je sais qu'il y avait mes grands-parents maternels, Etsuko et son mari, Miyuki et son copain, papa et maman. Etsuko était quand même venue à la porte de ma chambre, essayant de l'ouvrir. Elle s'était vite défaite de cette idée. Au final, elle m'avait parlé au travers de la porte. Je ne sais toujours pas si elle est au courant de ce qu'il s'est passé, il y a quelques semaines déjà. Bucky, il y a papy et mamy, à la maison. Viens dire au moins bonjour. Je dois te présenter mon mari, aussi ! J'avais laissé planer un grand silence. La seule chose qui avait réussi à me distraire, c'est le chemin bouche - cup de noodles. Sans faire un seul bruit. J'espère au moins te voir pour le dessert. Je compte sur toi frangin, OK ?

Au final, je ne suis même pas venu.

Personne n'est revenu à ma porte, depuis ce jour-là.

Mes yeux se posent sur l'horloge de mon ordinateur. Dix-huit heures quarante-neuf. On est le sept janvier 2103. Je prends vingt-deux ans dans moins de cinq mois. J'attends toujours l'Incontestable ; un quelconque moyen pour sortir d'ici, m'aider à remonter la pente. Une lumière inespérée.

Est-ce qu'il m'a oublié ?

Sur cette même pensée, je me lève de ma chaise de bureau. J'attrape la bouteille de whisky  récupérée la nuit dernière, je calcule le nombre de gorgées restantes. Maximum trois. J'y vais franco ; j'avale une fois, deux fois, trois fois ce liquide ambré qui atterrit dans ma bouche. J'ai la gorge et l’œsophage en feu, mais ça m'importe peu. Je balance la bouteille parmi tous les déchets qui parsèment cette chambre. Comment est-ce que je fais pour seulement vivre dans cette porcherie à longueur de journée ? Elle n'a même pas vu la lumière du jour depuis des mois.

Je marche en dehors de ma chambre, je croise le chemin de Miyuki qui est sortie au même moment de la sienne ; on s'échange un regard. Le mien est certainement incompréhensible, vu le taux d'alcool qui circule dans le sang. Le sien montre du mépris et de la pitié en même temps. Je reste immobile un instant alors qu'elle continue son chemin, me bousculant même au passage. « Hé– t'pourrais t'excuser, au moins ! » Elle s'arrête peu avant d'entrer dans le salon, se retourne vers moi et m'envoie un sourire hautain. « J'attends d'abord les tiennes, après on verra. J'attends toujours, depuis cette fois, il y a un mois. De toute façon, t'es une cause perdue. On peut plus rien faire pour toi. » Ça fait aussi mal qu'une balle en plein cœur. « T'es trop torché pour comprendre quoi que ce soit, de toute matière. Tu pues l'alcool, va prendre une douche si tu veux aller voir papa et maman. »

J'ai soudainement l'envie d'aller faire un tour, là, dehors. Boire un peu plus encore. Récupérer dix mille balles dans le portefeuille de ma mère ou de mon père, rentrer à quatre heures du matin, complètement ivre, à la limite du coma éthylique. C'est pas comme s'ils en auront quelque chose à foutre, de toute manière.

Dix minutes plus tard, je me retrouve dehors. Pour la première fois depuis cette fameuse fois où j'ai hurlé sur Miyuki sans vraiment le vouloir. Le réflexe qui vient d'abord, c'est allumer une cigarette. Le deuxième, c'est se demander même où je suis. Ne pas sortir pendant un moment a altéré ma mémoire à ce niveau. Je crois même que je ne me suis pas aventuré aussi loin de la maison depuis que je suis rentré, l'année dernière. Je me souviens être allé à droite, quand j'ai voulu courir après Sachi, lui dire que j'étais désolé et que je recommencerais pas. Je pars à gauche, cette fois. Je dois juste trouver du tabac, puis un bar ensuite.

Je me demande où est-ce que j'ai pu merder autant. Je repense à ce que j'ai dit tout à l'heure ; je prends vingt-deux ans dans moins de cinq mois. Aujourd'hui, je ressemble à quoi ? Une épave. Mais... Je n'ai plus personne sur qui compter, à Beppu. J'ai perdu tous mes amis au fur et à mesure des années, Minato était le seul avec qui je restais en contact. Minato est parti à Tokyo. Et si je le rejoignais ?

Le temps passe.

Un verre. Deux verres. Trois, quatre, cinq, six peut-être – je n'en sais rien. Plus les verres s'empilent, moins je réussis à avoir la tête claire pour les compter. J'enchaîne les cigarettes une par une, je vide d'abord le reste du paquet de ma mère, et j'entame le nouveau. Les minutes passent. Je finis mon verre – j'en demande un nouveau. « Aussi invraisemblable que ça puisse paraître, je veux pas de ton fric et je te donnerais pas un autre verre. Rentre chez toi et décuve. » J'ai même pas envie de protester. Je reprends pied quelques secondes plus tard, je range mes clopes, mon briquet, ce qui me reste de fric – plus ou moins cinq mille yens, de ce que je réussis à compter –, et j'essaye de retrouver le chemin jusqu'à la maison. J'ai encore mon téléphone, je me souviens approximativement de l'adresse. Ça devrait pas être si compliqué que ça– si ?

Je m'arrête deux fois dans une ruelle pour vomir, relâcher tout ce que j'ai englouti. J'ai un goût amer et acide dans la bouche ; je crache toutes les dix secondes. Plusieurs fois, je m'arrête, je pose ma main sur mon front. Il est affreusement brûlant et je me sens bouillir de l'intérieur. J'ai encore des nausées ; je dois me retenir, encore.

L'heure actuelle m'est totalement inconnue, je ne sais même pas s'il est minuit passé ou simplement vingt-deux heures, si le chant des oiseaux arrive bientôt. Mon regard est fixé au sol alors que je marche machinalement jusqu'à destination inconnue, parce que je me laisse guider. Je finis quand même par retrouver la maison, je passe le portillon sans aucun soucis, je fais un vacarme assourdissant contre la porte pour qu'on vienne m'ouvrir. À ma grande surprise, ce n'est ni ma mère, ni ma sœur ; c'est papa. « Pire déchet que toi, il faut le faire. Allez, rentre avant que je te claque la porte au nez. » Je me recule soudainement, je vomis une dernière fois, dans le buisson juste à côté de la porte. Je tousse, je crache encore. J'ai tout sauf la tête claire. Ce qu'il m'a dit est pas resté anodin, même si tous mes sens sont partis en vacance. « T'entends c'que tu dis, l'vieux ? J'suis l'putain de déchet d'fils qu't'as élevé, ouais ! Sachi l'disait, quand on s'est quittés, tel père tel fils. » Je reprends la marche pour passer le pas de la porte de la maison. J'espérais passer sans soucis, mon père en décide autrement. Poing dans la gueule, sans retenue. « P'tain, c'quoi ton problème mec ! »

J'aurais aimé m'évanouir, à ce moment-là. L'alcool me faisait dire des choses stupides, faire des choses stupides, et par dessus tout me faire passer pour quelqu'un de stupide. C'était pas vraiment le cas, si ?

Je ne me souviens plus vraiment de cette soirée, à vrai dire.

Les seuls souvenirs que j'en ai eu, en me relevant le lendemain, c'est que j'avais fait un blackout dans une rue de Beppu, loin de la maison. Extinction des feux.

Retour à la case départ.



Suite dans le deuxième post ~
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posté
le Ven 7 Juin - 17:49
par Fubuki Hartcher
demons in my mind;
Janvier 2103.

Ce fameux blackout, après une soirée en solo bien trop arrosée, est arrivé à l'endroit où je m'y attendais le moins ; une rue paumée bien trop loin de la maison. Je n'avais aucune indication de l'heure, mon téléphone était déchargé, et j'avais un mal de crâne tellement puissant que je me demandais encore comment ma tête pouvait ne pas exploser. J’avais des nausées, je me suis retenu de toutes mes forces de pas lâcher le peu de bile que j’avais encore dans le bide. Pour faire passer le goût désagréable dans ma bouche, j’allume une cigarette, qui se consume en l’espace de cinq minutes. Je réussis tant bien que mal à me lever après ça, prenant appui sur le mur, et je tangue, parce que je n’ai pas encore la tête parfaitement claire.

Je dois attendre un petit moment avant de pouvoir prendre la route en direction de la maison. Sur le chemin, j’enchaîne cigarette sur cigarette, je vide le paquet comme à mon habitude, j’essaye de me repérer en faisant attention aux alentours. Je repère le tabac où j’ai acheté mon paquet hier – j’en reprends un en passant –, et je continue mon chemin sans perdre une minute de plus. Pourquoi est-ce que j’ai pas dormi à la maison hier ? Ça m’échappe, je n’arrive même pas à me souvenir de quoi que ce soit. Juste le fait que j’ai bu… encore et encore, jusqu’à ce que mon esprit n’enregistre plus rien. Je ne sais même plus non plus quand est-ce que j’ai bu autant pour la dernière fois.

Certains me regardent comme si je n’étais pas normal. Je hausse un sourcil, mais je ne leur pose même pas la question. J’arrive finalement dans ma rue ; je viens de la droite. Je me vois encore, des années auparavant, courir après Sachi, hurler son prénom, lui dire que j’étais affreusement désolé. Je me revois encore à genoux, au sol, en train de pleurer comme je ne l’avais pas fait depuis des années. La même question me revient en tête. Putain, qu’est-ce que j’ai fait ?

Le portillon est fermé. Je décide de passer par-dessus comme j’en avais la manie auparavant, puis je me positionne devant la porte-fenêtre. J’ai toujours eu l’habitude de regarder mon état physique avant de m’aventurer à l’intérieur, quand j’étais au collège. Faire de mon mieux pour couvrir les bleus, préparer mes excuses et mes mensonges quand je devais en user. Quand je relève la tête, ce que je vois ce n’est certainement pas la tête d’un jeune adulte en clair manque de soleil puisqu’il n’a pas vu la lumière du jour depuis un sacré moment, mais plutôt la tête d’un type ayant passé un mauvais quart d’heure la nuit d’avant. J’ai un œil au beurre noir, la lèvre inférieure ouverte, et un nez partiellement gonflé. Ouais, putain, qu’est-ce que j’ai fait ?

Je n’ai même pas le temps de toquer qu’on m’ouvre déjà, mais ce n’est certainement pas pour m’accueillir. J’ai à peine le temps de voir le visage de ma mère qu’on me jette un sac à la figure. Je recule d’un pas au vu de son poids, je le pose au sol, et j’observe ce qui se trouve devant moi. Papa a une tête horrible. « Hé, papa, c’est qui qui t’a fait ça ? T’as une tête à— » —a faire peur. Je n’ai pas le temps de finir ma phrase que j’entends déjà leurs cris. « Dégage et ne reviens plus ici ! Si je te revois une seule fois devant la porte de cette maison, je ne serais certainement pas des plus clémentes ! » J’ai besoin de savoir, et ils sont probablement les seuls à savoir ce qu’il s’est réellement passé hier soir. Je n’ai cependant même pas envie de m’y risquer au vu de la tête qu’ils arborent. Un regard de tueur, presque – et ça fait flipper. « Qu’est-ce qu’il s’est passé, hier soir ? Je me souviens de rien. Pourquoi on a des têtes de zombie, avec papa ? J’étais torché, je sais, j’ai dû forcer un peu mais—me dis pas que je l’ai— » Cette fois, ce n’est pas mes parents qui s’en prennent, mais ma sœur, qui s’était cachée derrière eux depuis un certain moment déjà, de ce que je comprends. « T’étais tellement bourré que t’as frappé ton propre père ! Tu fous plus rien de tes journées, on te voit jamais, tu discutes avec tes amis de la toile parce que t’as coupé tous les ponts avec ceux que tu voyais pour de vrai, ici, à Beppu ! Tu sais quoi, frangin ? T’es un vrai raté. Je disais le contraire, mais maintenant je suis sûre. Et je prouverais pas le contraire. »

Les trois derniers piliers de ma vie, aussi fragiles étaient-ils, venaient maintenant de s’effondrer comme s’ils n’avaient jamais existé.

Comme un château de carte.

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Mes derniers yens partent dans un maigre repas même pas capable de me rassasier. J’ai le ventre qui hurle famine, mon envie de tabac qui revient toutes les deux heures mais je dois la renvoyer loin puisque j’économise le peu qui reste dans mon paquet. Deux cigarettes. J’ai réussi à m’en tenir à une par jour, depuis que j’ai—que j’ai été viré de la maison. Je suis rien d’autre qu’un SDF sans avenir, et sans rien pour se raccrocher. Je n’ai plus personne, plus rien, pas un sou en poche pour aller à Tokyo, rejoindre Minato. Pas même de quoi aller jusqu’à Fukuoka. Y aller à pied ne me dérangeait pas, en principe ; mais je risquerais de mourir de faim et de soif durant le chemin, faute d’avoir de quoi se rassasier.

Je perds énormément de poids depuis une semaine. Toute la graisse accumulée au fur et à mesure des mois où je ne sortais pas de ma chambre commencent à être consommés pour que je tienne un minimum le coup. Dans le sac que m’avait jeté maman, il n’y avait que quelques affaires de rechange, de quoi tenir un peu le coup – trois jours, tout au plus –, des souvenirs qu’elle a jugé bon de virer.

Je songe de plus en plus à vendre mon téléphone, déchargé depuis maintenant plus de vingt jours – parce qu’il peut me rapporter plus que je ne le crois. Sûrement de quoi manger pendant plus d’un mois, prendre le train jusqu’à Fukuoka. La seule chose qui m’empêche de le faire, c’est que j’ai toujours le numéro de Minato dessus, et tous mes souvenirs d’adolescence dedans. Je peux pas me résoudre à faire ça. C’est une partie de ma vie que j’ai pas envie de foutre en l’air pour quelques sous.

Le vent me rappelle à quel point l’hiver est rude. Je remonte le zipper de mon gilet puis de mon manteau, et j’essaye de me réchauffer du mieux que je peux. En soi, je rêve d’un repas chaud. D’un vrai, bon repas chaud. D’un truc pour me redonner un peu de vigueur. D’autre chose qu’un vieux sandwich dans un sachet plastique. Pour le moment, je dois m’y faire.



Mars 2103.

Se la jouer clodo de service et demander les fonds de poche, les petites pièces, c’est devenu presque une habitude. Je réussis rarement à avoir plus de cent yens en une heure. Je dois faire peur, avec la tronche que j’ai. J’ai besoin d’investir dans un quelconque couteau ultra coupant pour me débarrasser de la barbe, me couper les ongles comme un sauvage, et avoir de nouveau un semblant de propreté. Ou alors économiser petit à petit et me payer une nuit dans un hôtel capsule pour prendre une douche bien méritée. J'ai besoin d'un peu d'amour propre, pour que je puisse croire que je vais bien, ou que je fais semblant d'aller bien. Je fais que ça, depuis que j'ai été jeté dehors.

Je fais semblant d'aller bien.

Avoir ne serait-ce qu'un sou en poche, un quelconque moyen de me souvenir du numéro de Minato, un chargeur de téléphone – tout ça m'aiderait, parce que je suis sûr qu'il pourrait faire de son mieux pour venir me chercher alors que je suis au fond du trou. C'est bien la seule personne au monde qui se préoccupe encore de moi. Je me sens affreusement seul, là, à Beppu. Seul, sans défense, au bord du craquage mental, pas loin d'avoir des envies suicidaires pour ne pas à avoir à vivre comme ça. J'y ai pensé plusieurs fois, au suicide, depuis que je dois dormir dans la rue ou dans un quelconque endroit ouvert. Ce n'était pas sérieux la plupart du temps, parce que j'ai toujours eu un élan d'espoir qui remontait et qui me disait de ne pas baisser les bras.

Aujourd'hui, c'est une autre histoire. Ça fera bientôt trois mois que je ne peux pas manger à ma faim, que je crève la dalle tous les jours, que je n'ai toujours aucune porte de sortie, une aide inespérée. Depuis un sacré moment déjà, je me retrouve à prier tous les jours au temple shintoïste du centre-ville, y déposer une pièce de dix yens, et simplement, espérer. Espérer que l'Incontestable est là, quelque part, prêt à me tendre la main et me sauver de là où je suis. C'est presque le seul espoir viable que j'ai encore. Le reste est probablement inatteignable ou impossible à réaliser au vu de ma situation.

Il m'arrive de rêver d'une nouvelle vie, celle qu'on m'offre, avec la personne dont j'ai toujours voulu, celle qui me comprendra et qui pourra me soutenir dans toutes les situations possibles et imaginable. Celle qui m'aimera quand bien même je suis un raté. Celle qui va me chouchouter, m'adorer, et me faire comprendre que je suis aimé. Je dois apprendre à m'aimer, à apprécier les autres, les petites choses de la vie. En retour, je ferais la même chose pour l'aider. On finira par fonder une famille.

Vivre heureux.

Comme j'ai toujours vu ma vie avec l'Incontestable.

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Je déplie la lame du couteau tout juste acheté avec des semaines d'économies, je laisse mon doigt passer sur le côté tranchant, affûté, faire un léger bruit au contact de ma peau. Je lâche un soupir, puis je viens chercher la bouteille d'eau rangée dans mon sac, m'asperger un peu le visage avant de m'atteler à la tâche. Je me regarde dans la vitrine d'un magasin fermé depuis peu situé dans le coin d'une ruelle, et je fais attention à avoir des mouvements sûrs avant d'abaisser l'outil. Encore une fois, deux fois, trois fois – jusqu'à ce qu'un côté soit de nouveau redevenu lisse. Ou du moins, ce qu'on pouvait appeler lisse. Ce n'était bien évidemment pas aussi parfait qu'avec un rasoir, mais je devais faire avec mes moyens.

De temps en temps, j'essuie la lame sur l'un de mes t-shirt que j'ai arraché sans faire exprès il y a quelques semaines déjà, et j'y repars. Ressentir un coup de vent sur ma joue me fait de nouveau du bien, et je finis cette corvée qui s'avère plutôt agréable. Je lâche un soupir, je laisse ma main frôler la peau de nouveau un minimum propre et présentable. J'ai l'impression de retrouver une partie du moi d'avant. Il y a juste cette crasse constante et une puanteur à toute épreuve à régler. J'essayerais de me payer une nuit à l'hôtel, la prochaine fois.

Je replie la lame du couteau, et je range l'outil dans la poche de mon pantalon. J'ai l'exacte même tenue que le soir où j'ai laissé l'alcool prendre le dessus sur ma raison et mes sens. Des boots type militaire totalement défoncées, un jean troué au niveau des genoux et des cuisses, un t-shirt noir sans motif, un gilet de la même couleur et une veste en simili cuir qui en pâtit carrément à cause de la situation dans laquelle je suis. Mais il faut y croire, hein ? J'ai envie d'y croire.

Je reviens dans l'une des grandes rues de Beppu, sac dans le dos et un presque sourire au lèvre. Comme tous les soirs, je m'excuse poliment auprès de passants, je leur demande s'ils n'ont pas quelques yens dont ils cherchent à se débarrasser. Certains m'ignorent, d'autres fouillent dans leurs poches avant de me donner des pièces de dix yens, parfois cinquante. Je m'incline bien bas par la suite, je continue à errer, essayant d'avoir de quoi manger un bout ce soir.

J'ai la tête penchée, à compter le nombre de yens amassés jusque là. Je suis concentré, si concentré que je ne fais pas attention et que je me heurte à quelqu'un, faisant par la même occasion tomber une partie de ce que j'ai réussi à amasser jusque là. «Oh, je suis désolé– » Je relève la tête pour regarder cette personne, qui s'est baissée pour m'aider à ramasser mes pièces. On s'arrête tous les deux quand nos regards se croisent. « Bucky ? C'est–c'est toi ? » Je la croyais partie à Fukuoka, ou même à Kitakyûshû. Qu'est-ce qu'elle fait encore à Beppu, alors qu'elle disait tout le temps vouloir en partir, il y a des années ? « Non, vous–vous devez faire erreur. Je m'appelle Akira. Excusez-moi de vous être rentrée dedans, j'ai été imprudent. » Elle tend sa main pour me redonner mes quelques pièces, mais au lieu de simplement déposer son tas, elle attrape ma main, me rapproche d'elle d'un coup rapide. L'un de ses doigts de son autre main se pose sur l'une de mes deux cicatrices, sur le crâne. La froideur de celui-ci me fait légèrement frissonner. « Je... je voulais pas que tu me voies comme ça. Je dois y aller, Sachi, je– » Elle lâche un soupir d'agacement. « Toujours avec tes mensonges, hein.  Tu n'as décidément pas changé. » Elle se recule et ne tarde pas à se relever. Je n'aurais pas dû lui mentir. Je me mord la lèvre. « Tu l'avais dit, le jour où on s'est séparés. Je suis un raté. »

Je lâche un grand soupir, je me relève à mon tour une fois que j'ai rangé mes quelques sous dans la poche de mon jean. Je tourne les talons sans plus tarder pour m'éloigner d'elle. « Bucky, attends, je– » Les choses se répètent quand on en a tout sauf envie, hein. Le destin a un sens de l'humour particulier. « Je veux rien savoir, Sachi. Fous-moi la paix. » La seule différence par rapport à la dernière fois, c'est que je n'irais pas courir après elle parce que je suis désolé. Je resterais silencieux.



Il ne suffirait que d'un instant pour que le couteau tranche d'abord ma peau, puis la veine. Juste une pensée, la volonté de le faire. Il me faut juste les couilles pour passer à l'acte. J'ai peur. J'ai toujours eu peur de tout, de toute manière. Ça n'a jamais changé, au fur et à mesure des années.

La première chose dont j'ai vraiment eu peur, c'est aller au collège pendant que j'étais harcelé. Trop chétif. Trop souvent seul, isolé. J'avais la réputation de ma famille et son honneur sur le dos, je devais les soulever à bout de bras alors que je n'étais encore qu'un gosse qui n'avait pas encore tout vu de la vie. Tout ça, j'aurais pu l'éviter. J'aurais pu l'éviter si je n'avais pas été faible, si ma famille n'était pas l'une des plus réputées dans son domaine. J'aurais pu l'éviter si les gosses qui me harcelaient n'avaient pas le pression de leurs parents derrière pour qu'ils agissent. Il y a toujours eu de la jalousie et de la rivalité entre toutes les familles dirigeant des onsens. J'en ai fait les frais.

Et puis ; papa. Papa, je l'ai toujours détesté, aussi loin que je m'en souvienne. Il faut que tu sois fort, fier et bon, mon fils. Ces mots me sont rentrés dans le crâne comme une mélodie funeste qui voulait me susurrer mon futur. Tout ce qu'il voulait, c'était m'élever dans l'espoir d'être un jour son héritier, celui qui allait continuer à s'occuper du business familial. Tout ce qu'il voulait, c'était me contrôler. Continuer à me surveiller, de près ou de loin, même une fois marié. Je n'ai jamais voulu de cette vie, alors j'ai choisi ma propre voie. La voie du fils ; j'ai bloqué la sortie de secours, j'ai tout fait foirer, j'ai désobéi, j'ai frappé mon père, j'ai hurlé sur l'une de mes sœurs, j'ai déçu ma mère.

J'ai tout fait foirer à cause de ma fierté mal placée et de ma vanité. Passer la lame sur ma peau le temps d'un instant fera pas si mal que ça, hein ?

C'est de ma faute si j'en suis là aujourd'hui. Je peux m'en prendre qu'à moi-même.

Je resserre ma poigne sur le manche du couteau, le tranchant menaçant mon épiderme, prêt à trancher le peu d'obstacle entre sa cible et lui. À qui est-ce que je vais manquer ? Minato doit sûrement me détester à l'heure qu'il est, parce que je ne donne même pas de nouvelles. Ma famille veut plus voir ma sale gueule, j'ai perdu tous mes potes. Tout ce que j'avais réussi à construire au lycée est parti en fumée. Tout ça parce que je suis un raté, et un fils dont on a honte.

Dites, hein, ça fait pas mal de mourir ?

J'ai envie que tout redevienne comme avant, ou au moins que je le revoie. J'ai envie de le revoir. Ça va bientôt faire plus de quatre ans que je n'ai pas réellement vu Minato. Bientôt quatre ans, depuis que ses lèvres ont parcouru ma peau, arpenté les miennes comme si elles avaient toujours été les siennes. J'ai toujours aimé que des nanas, mais lui est la seule exception ; c'est l'unique personne à qui je pourrais m'offrir sans hésiter.

Je pleure ; je tremble.

Je lâche le couteau, je me recroqueville, et je laisse simplement les sanglots prendre le dessus, les larmes couler le long de mes joues. Comment est-ce que j'ai pu tomber aussi bas pour avoir eu envie de mourir ? J'ai toujours réussi à remonter la pente dans les pires moments. Je sais maintenant pourquoi je vais le faire ; parce que j'ai envie de le retrouver.

Dis, Min. Tu m'attendras, hein ?



Juillet 2103.

Il m'a fallu économiser trois semaines pour me payer une seule nuit dans un hôtel capsule ; de quoi prendre une douche, me décrasser, et être un minimum présentable pour le mini-entretien d'un job qui va durer tout l'été ; ramasser tous les déchets de la plage, et s'occuper de faire le pigeon voyageur quand c'est nécessaire. Certaines choses sont toujours mieux délivrées en main propre, que ce soit des messages ou des instructions ; et ce sera ce que je suis censé faire, si je passe avec succès l'entretien d'embauche. Je ne m'attends pas à être payé une blinde vu la difficulté phénoménale du travail, mais ce sera mieux que rien, si je veux arriver jusqu'à la première étape de mon voyage ; Fukuoka. J'ai déjà calculé, j'en aurais pour plus ou moins cinq mille yens. Mes dépenses en nourriture et eau exclues.

Cette remontée d'espoir est presque comme une bouffée d'air. J'ai envie d'y croire. J'ai envie de croire que je vais pouvoir faire le voyage jusqu'à Tokyo et le retrouver. J'étais prêt à remonter la pente et tout faire pour réussir. Quand j'aurais les moyens, que je serais là-bas, enfin établi, je pourrais enfin rallumer ce téléphone, l'appeler. Lui dire que je suis désolé, et lui expliquer toute l'histoire depuis que j'ai été foutu dehors.

Peut-être même lui dire qu'au final...

Non, je peux vraiment pas lui dire ça. Je me souviens encore du message que je lui ai envoyé, quand je suis rentré de mes trois ans de service. Je pourrais jamais écrire je t'aime, de toute manière. Je pourrais jamais l'aimer comme il le fait lui. Mais on peut quand même rester amis, hein ? Des vrais amis. Ceux qui se serrent les coudes et qui surpassent tous les obstacles, peu importe la difficulté. C'est la seule personne à qui je peux me raccrocher, j'ai pas envie de le perdre à cause de ma stupidité ou de mes sentiments égarés. Je sais pas si ça sert à grand-chose que je refoule tout ce que je ressens pour lui, si je décide de rester bouche-bée sans lui en toucher un mot. Il y a forcément des choses qui ne trompent pas, et il a toujours été le premier à les remarquer. Est-ce qu'il sait déjà que je suis entiché de lui ?

Va pas me dire que t'as pas aimé ça.

J'avais hésité, ce soir-là. Mais tu le savais. Tes doigts qui parcouraient ma peau, tes baisers et tes caresses qui me rendaient dingue. J'aurais jamais pu dire non.

J'accepte sûrement pas le fait que je sois homosexuel.
T'as tout fait pour me faire changer d'avis.

C'est bien pour ça que j'ai envie de te retrouver, là bas, à la capitale. Te parler de ça, de mes moments d'égarements, de mes hésitations, puis tu vas finir par mettre les mots sur ce que j'ai de plus profond au fond du bide que j'oserais jamais sortir, même si c'était toi. C'est sûrement pour ça que je t'apprécie autant.



Septembre 2103.

L'annonce de l'arrivée à Fukuoka me sort de mon sommeil. J'entends le peu de personne autour de moi se lever, prendre le chemin jusqu'à la sortie. Je prends à peine cinq secondes pour me frotter les yeux avant de récupérer mes affaires, me remettre sur mes pieds et sortir de là. Quand je suis sur le quai de la gare, je prends un temps pour m'étirer, bâiller un coup et chercher le paquet de cigarettes que je me suis acheté avant de prendre le train. Je me suis offert un petit luxe, étant donné que je pouvais me le permettre. Les trente mille yens gagnés cet été ont fait du bien autant au moral qu'à mon corps ; j'ai pu acheter des extra de nourriture, regagner un peu de vigueur, me sentir un peu mieux en général.

Je coince une cigarette entre mes lèvres avant de placer mon paquet dans la poche de ma veste. Il me faut peu de temps avant de sortir de la gare, et je suis presque immédiatement ébloui par la ville. C'est carrément autre chose que Beppu. C'est plus grand, plus moderne, bien plus vivant. Je prends un peu plus le temps d'observer mes environs une fois ma cigarette allumée, et je ne tarde pas à prendre une direction quelconque, essayer de me repérer depuis la gare. Je dois bien trouver un endroit calme et peu fréquenté où dormir ce soir, de toute manière.

Le goût du tabac dans la bouche est un vrai plaisir auquel je n'avais pas pu profiter depuis un sacré bout de temps. Je me suis dit à un certain moment que ce serait le bon moment d'arrêter cette mauvaise manie qui me coûte de l'argent, mais je me suis rendu compte que c'était probablement un moyen de déstresser et de me détendre un peu plus. J'ai pas vraiment eu tort. C'est sûrement pour ça que mon état était si déplorable des mois durant.

Les premiers jours à Fukuoka vont d'abord être pour me situer un peu plus dans cette ville gigantesque comparée à mon ancien patelin, puis trouver une supérette paumée pas trop chère et acheter de quoi me nourrir. La seconde étape sera de scruter toute offre de travail qui traîne, essayer de passer l'entretien d'embauche, et amasser de quoi faire le voyage jusqu'à Tokyo. Prendre la ligne Sanyo, puis la ligne Tokaido du Shinkansen. Je verrais pour la suite du voyage une fois dans le train, parce que la route sera longue.

Il me reste l'équivalent de deux mille yens ; de quoi manger pendant une bonne semaine avant de devoir à nouveau mendier auprès des passants. Je me demande comment sont les gens, ici. Beppu n'était pas une grande ville, les gens avaient forcément un peu plus le temps, étaient moins pressés. Ici, c'était un tout autre délire, de ce que je voyais. Pas forcément de quoi paniquer, mais je pense que ma patience sera mise un peu plus à rude épreuve. Dans le sens où les gens n'ont pas forcément tous l'envie ni même le temps nécessaire pour s'arrêter. C'est dingue à quel point les mentalités pouvaient changer d'une ville à l'autre. Je me demande ce qu'il en sera à Tokyo ; ce sera probablement encore pire.

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C'est forcément les boulots qui n'attirent personne que j'ai toujours réussi à décrocher. Entre le ramassage de déchets à Beppu et la surveillance de nuit de certains locaux de nuit à Fukuoka, on peut dire que j'ai une certaine chance. À vrai dire, il y avait un autre type qui voulait le poste, mais j'ai réussi à faire pencher la balance en ma faveur en disant que j'étais dans une situation déplorable et que je pourrais même faire des heures en plus sans être payé, juste pour me sortir de là où j'étais. La meilleure partie ? C'est que je l'ai eu, ce job. Et ils m'offrent même un endroit où se reposer, en hôtel capsule low-cost.

Mes journées ne riment pas vraiment à grand-chose. De dix-neuf heures – horaire de fermeture – à huit heures de matin – d'ouverture, cette fois –, je fais le tour des locaux et je surveille le périmètre. Une fois rentré à l'hôtel, je me fourre sous la couette après avoir mangé un bout. La plupart du temps, je mange là-bas avec l'autre gardien de nuit qui me partage avec plaisir son bento, mais j'ai souvent des petits creux et autres envies sucrées. Les besoins normaux d'un être humain, en somme.

Je dois faire ça jusqu'à début janvier. Et début janvier, ça marquera ma première année depuis que j'ai été viré par ma famille. Parfois, j'ai des regrets, des remords, je me sens coupable et j'ai presque envie de revenir là-bas, essayer de me racheter. D'autres fois, je me dis que ce n'est pas plus mal, et que je serais capable de remonter la pente sans eux. Je le ferais tout seul, sans l'aide de personne ; jusque là, je réussis bien. J'ai eu six mois d'égarements où j'étais totalement au fond du gouffre, incapable de faire quoi que ce soit sans vouloir éclater en sanglots à cause de la situation. Cependant, pendant ces six mois, je n'ai jamais approché le périmètre de la maison, tous les endroits que mes parents avaient l'habitude de fréquenter. Puis il y a eu ce presque coup fatal, avec Sachi. Je l'ai encore stoppée avant qu'elle ne dise quoi que ce soit.

Est-ce qu'elle avait voulu m'aider ? Probablement pas.

Puis, qui voudrait aider un type comme moi, de toute manière ? Hormis Minato, je vois franchement personne. Peut-être que ça changera, quand je commencerais mon semblant de nouvelle vie, à la capitale. J'ose y croire, de toute manière.

J'y crois toujours, depuis cet élan d'espoir.



À Noël, j'ai eu deux cadeaux. C'est les premiers que j'ai depuis plus de quatre ans. Ça avait beau être des cadeaux commun de la part de tous mes collègues de travail temporaire, ils m'ont dit que ce n'était rien, et que j'en aurais sûrement l'utilité pour la suite de mon voyage. Le premier n'était rien d'autre qu'un simple chargeur de téléphone. Un luxe inabordable avec mes moyens. Le deuxième, c'était un manteau un peu plus chaud que mon combo gilet et veste en simili cuir. J'ai presque pleuré dans leurs bras en les remerciant tous, un par un, longuement. Je ne me suis pas senti aussi aimé depuis tellement longtemps que je n'avais même pas su réagir comme un homme le devrait.

J'allais partir à Tokyo le dix janvier, et mes collègues ont jugé bon de fêter ça en m'invitant dans un bar pas loin de la boîte. Ils ont tous insisté pour que je ne dépense rien, que je garde ça pour quand j'arriverais à la capitale. Je profite de l'instant présent, on se laisse tout simplement aller comme si tout était parfaitement normal et que c'était simplement des hommes qui s'amusaient entre eux. C'est la première fois que je me sentais normal, depuis quelques années.

Il a juste fallu que je m'y mette pour de bon pour que réussisse ce voyage qui allait être long. Je suis parti de rien, et j'ai finalement ma dernière destination au bout des doigts. Après avoir bouffé toute la merde du monde des années durant, je pouvais enfin respirer et... tout simplement, vivre. Comme j'aurais dû le faire depuis le début.



Le plan est fait ; avec l'argent qu'il me reste, j'ai de quoi tenir un mois. J'ai donc un mois pour trouver un job quelconque, peu importe qu'il soit atrocement pourri ou mal payé. J'ai besoin d'un revenu régulier pour trouver un endroit où loger, passer la plupart de mon temps, mais j'en ai aussi besoin pour prendre un nouvel abonnement téléphonique. J'ai besoin d'un endroit où je pourrais me sentir chez moi. Avoir un toit. J'en rêve, depuis que j'ai été foutu dehors. Quel clochard n'en rêverait pas, de toute manière ? Il n'y a que le plus désespéré ou le plus ahuri de tous qui refuserait ça.

L'escale à Kyoto a été de courte durée ; juste de quoi changer de train et payer le reste du voyage. À partir de là, je serais à Tokyo dans moins de deux heures. Plus je me rapprochais de ma dernière destination, plus j'étais excité. Je m'approchais de lui. J'étais si proche du but et à la fois si loin.

À un certain moment du voyage, mon envie de tabac se fait pressante. Il existe toujours un wagon fumeur dans chaque train bien qu'il soit à chaque fois très peu peuplé, et c'est exactement là où je me dirige. Je commande un petit verre de soda en passant, et le chemin ne s'avère plus très long jusqu'au wagon qui m'intéresse. Je réussis à trouver place près d'une fenêtre, et au moment où je veux allumer ma cigarette, mon briquet est à court de gaz. Je lâche un juron, et avant même que je n'aie le temps de demander, il y en a un de tendu, déjà allumé. Je prends ma première taffe, et je le remercie. « T'es pas d'ici, je me trompe ? Ton dialecte fait pas tokyoïte. Pas non plus d'Osaka. Dis-moi que j'ai vu juste. » Sur le coup, je le regarde en haussant un sourcil. Puis je me souviens des différents dialectes japonais. Un nouvel obstacle à ma progression, bien que pas énorme. M'adapter à la langue locale. « T'as vu juste. Je viens de l'île de Kyûshû. J'habitais dans la ville la plus géothermique du pays. » Il prend une demi-seconde pour réfléchir, en profite pour prendre une taffe sur sa cigarette, et finit certainement par capter ce que je voulais dire par ville la plus géothermique du pays. Beppu est connue pour être une destination de vacances plutôt agréable. Je me souviens à quel point papa avait besoin de recruter des saisonniers durant les périodes estivales pour tenir la cadence. « La ville aux trois mille sources d'eau chaudes ? J'ai toujours rêvé d'aller là-bas ! »

J'ai toujours rêvé d'en fuir.

« Oh, ouais, c'est plutôt beau. Assez calme. Comparé à Fukuoka, Kyoto ou encore Tokyo, Beppu est un petit havre de paix. C'était le mien. » Je hausse les épaules, je tire sur ma cigarette ; j'inspire, j'expire. Je prends une gorgée de soda frais juste après. « Et toi, tu viens de Tokyo ? C'est ma première fois là-bas, et je suis à la recherche de quelqu'un. Si t'as quelques tuyaux pour que je puisse me débrouiller, je suis preneur. La ville doit être gigantesque. » On dirait presque que j'agis comme un homme des cavernes. N'importe quelle personne sensée utiliserait son téléphone pour avoir tout ça. S'il me demande, je lui dirais que je suis à court de batterie et que je n'ai pas eu le temps de le recharger. « Si tu viens en touriste, je pense que tu connais les beaux quartiers. Si t'es là pour trouver quelqu'un, quelque chose ou que sais-je encore sans que tu n'aies la moindre information si ce n'est un nom, un prénom et un détail en particulier, fonce à Kabukicho. Plutôt la nuit, cependant. Le jour, le quartier des plaisirs n'est rien d'autre qu'un lieu de tourisme. La nuit, c'est un territoire de yakuzas. Tout se paye et s'obtient, avec eux. Tu dois connaître la chanson. » Je dois sûrement avoir l'air choqué ou être abasourdi. Je m'attendais pas vraiment à ça, mais je n'irais certainement pas lui dire que ça me sera pas utile. Tout se paye et s'obtient. C'était bien la première fois de ma vie que j'entendais parler des yakuzas quand je m'intéressais à quelque chose en particulier.

En fait, ça me faisait flipper. Qu'est-ce qu'il va se passer si mon téléphone se rallume pas ? Je devrais sûrement aller voir ces fameux yakuzas, les payer d'une quelconque manière que ce soit, et récupérer des informations à propos de Minato. J'y avais encore jamais pensé, jusque là. Je venais d'un havre de paix, et j'allais arriver dans une jungle grandissante où les prédateurs se cachent là où on s'y attend le moins. La plupart vivent heureux et paisiblement. D'autres n'ont pas cette chance. J'ai pas envie de me catégoriser là-dedans.

Avant d'en arriver aux yakuzas, peut-être essayer de soutirer quelques infos auprès de la police. Je doute cependant qu'ils aient le droit de dire quoi que ce soit à propos de qui que ce soit tant qu'il n'y a pas une raison judiciaire ou toute autre chose possible et imaginable. Mais qui ne tente rien n'a rien. « Et les opportunités de job, t'as... des idées ? Genre, dans le légal. » Dans le légal, ouais. J'ai pas la tronche d'un dealer de drogue, encore moins d'un gigolo, et certainement pas celle d'un type qui en castagne d'autres pour du fric. « Cherche plutôt dans les échoppes et camions de bouffe ambulants ou que sais-je encore. Ils recherchent constamment du personnel, là-dedans. »

Donc, les yatais. C'est pas une si mauvaise idée. Reste à savoir s'ils vont un accepter un SDF crasseux et en situation ultra irrégulière. Détail que je me suis permit d'omettre auprès de ce type qui a quand même l'amabilité de m'aider. Je finis mon verre – je prends le soin d'en laisser un fond pour éteindre mon mégot –, et puis je reporte mon attention sur le paysage. Plus on approchait de Tokyo, plus le paysage était urbanisé. Il doit rester à peine dix minutes de voyage avant qu'on arrive à la gare. Ça me fera arriver à l'arrondissement de Chiyoda. Et à partir de là, ça deviendra encore plus compliqué qu'avant. « Merci, t'étais pas obligé de m'aider. Je m'attendais pas à ce que les gens de Tokyo soient aussi aidants. C'est pas le cas de tous, j'imagine. » Je l'entends lâcher un rire dans un souffle. « Non, en effet. Comparé à Fukuoka ou Beppu, Tokyo est d'un autre niveau. Personne n'a jamais le temps de rien. Même une personne qui a l'air libre ne le sera jamais. »

Sa dernière phrase est bourrée de sous-entendus. Une personne qui a l'air libre ne le sera jamais. Il y avait des tas de significations. Je suis sûr que je pourrais y réfléchir des heures durant et toujours trouver des choses à son propos.

Je crois que Tokyo me fait déjà peur.



Février 2104.

Aucun job, plus aucun sou en poche, le ventre qui crie famine. Elle était belle, ma situation à la capitale. Je ne faisais que l'idéaliser sous prétexte que Minato s'y trouvait, mais au final, c'est vraiment un autre délire dans lequel je n'aurais sûrement pas dû me fourrer. J'arrive à peine à avoir de quoi me payer un repas par jour et une bouteille tous les deux jours. Moi qui pensait pouvoir réussir un peu plus facilement ici, je me suis trompé sur toute la ligne. Je me suis jeté dans la gueule du loup alors que ma situation est déplorable et je n'ai aucune porte de sortie. Viable, du moins.

Il y a quelques jours, je suis allé à un commissariat, j'ai demandé si je pouvais leur emprunter une prise électrique le temps de quelques minutes. Mon téléphone s'était enfin rallumé, après plus d'un an. Toujours dans le même état, mais je n'ai reçu ni messages ni quoi que ce soit parce que je n'avais aucun abonnement valable. Juste de quoi regarder ma galerie, les messages passés, et ma liste de contacts.

La liste de contacts. J'avais le numéro de Minato.

Quand j'ai demandé un téléphone, ils m'ont d'abord dit de le faire avec le mien, puis je leur ai expliqué que j'étais totalement fauché et totalement incapable de faire quoi que ce soit avec. J'ai donc eu le téléphone de l'accueil ; et quand j'ai fini de taper son numéro de téléphone, je m'attendais à avoir les habituels bips sonores pour m'indiquer que la personne était probablement au bout du fil mais n'avait pas encore décroché. Ce fut tout sauf le cas. Personne n'a répondu, parce que la conversation a coupé court en disant qu'il n'y avait personne enregistré à ce numéro. La dernière piste que j'avais de lui était inutile. Je n'avais plus rien pour le retrouver.

Je n'avais plus qu'à aller suivre la piste du type, dans le train. Les yakuzas. Comment est-ce que j'allais les payer, j'en sais rien. C'était la dernière des choses que j'avais envie de faire, et j'ai quand même dû m'y rabaisser. Le quartier des plaisirs, la nuit.

J'allais me jeter dans la gueule du loup parce que je n'avais plus le choix. Plus un rond pour me nourrir, plus aucune piste pour le retrouver. Errer dans les rues et demander aux gens s'ils connaissaient un certain Minato Jang-Min, qui bosse probablement dans une petite-moyenne entreprise et qui a un dialecte du sud était tout sauf possible. Personne n'aurait le temps de me répondre. Et personne ne voudrait m'écouter non plus. Le type du train n'a pas eu tort, c'est juste moi qui me suis foiré sur toute la ligne. À quoi est-ce que je m'attendais, au juste ? Ça se saurait, si c'était aussi simple que ça.

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Rien pour payer, ouais. Je devais m'attendre à ce qu'ils me foutent dehors sans aucun ménagement, parce que j'allais rien leur rapporter. C'est encore pire que ce que j'imaginais. Est-ce que j'allais réellement crever la bouche ouverte dans un coin de rue ? C'était pas à écarter. Tout ce que j'ai imaginé de Tokyo, mes retrouvailles, mon semblant de nouvelle vie, toutes ces chimères s'effacent petit à petit pour laisser place à une réalité que je ne daigne même pas refuser. J'aurais dû rester à Fukuoka. Au moins, là-bas, j'avais retrouvé des liens. Peu épais, mais des liens quand même. C'est mieux qu'être lâché dans la fosse au lion, prêt à être bouffé par le premier truc qui passe. La maladie, la sous-alimentation, la déshydratation ou que sais-je encore.

Ouais. C'est bien beau, Tokyo. Ville de merde.

Au moment où j'allais m'éloigner de l'endroit où on m'a emmené après avoir parlé ce que je voulais parler, j'entends la porte s'ouvrir à nouveau et la tête du type qui m'a dit de dégager réapparaître. « Quoi, vous avez changé d'avis, j'vous ai assez fait pitié ? » C'était pas très gentil et ça allait certainement pas arranger ma situation, soit. « Il y a bien un moyen pour nous payer, mais je suis pas sûr que ça te plaise. » Rien que l'entendre parler, ça me plaît déjà pas, en fait. « Tu bosses pour nous pendant deux mois et on te file ce dont t'as besoin. T'attends pas à ce que ce soit de la livraison de drogue ou toute autre chose illégale. » Je dois avouer que ça attise ma curiosité. Un job, et en plus on me filait des informations sur Minato ? Je sentais forcément la crasse arriver, et bien comme il faut. « J'ai pas envie de bosser dans l'illégal, de toute manière. J'ai pas non plus envie d'écarter les jambes pour qui le veut. Si c'est ce que tu veux entendre, tu peux limite te les garder, tes infos. Je vais me démerder. » J'aurais été lui, j'aurais pas aimé.

Il lâche un soupir et s'approche un peu plus de moi. Il se permet d'allumer une cigarette et m'en propose même une. Cette fois, je ne refuse pas vraiment, ça fait toujours du bien. Et parce qu'il a l'air plutôt bien élevé, il allume d'abord la mienne. « À moins que t'aie envie de crever la bouche ouverte dans un coin et que personne se souvienne de toi, c'est probablement la seule solution viable que t'aies. Deux mois, c'est rien. T'as bien dit que ce type là comptait pour toi ? C'est qui, au juste, un type que tu veux castagner ? T'as des comptes à régler ? » Pas vraiment, non. C'est même tout l'inverse. « C'est mon meilleur ami. J'ai rien pour le contacter. Il a changé de numéro, j'ai aucune indication sur sa boîte ni quoi que ce soit. Je voulais pas me rabaisser à ça, mais si tu me dis que c'est franchement la seule solution, je crois que j'aurais pas le choix. » Je pose mon sac au sol, près du mur et je lâche un cri d'exaspération. C'était mais alors franchement, franchement la merde. « Tu bosses pour nous pendant deux mois et on cherche des infos à propos de lui. Je peux m'arranger pour que t'aies un endroit où coucher, te décrasser tous les jours et que tu manges à ta faim aussi. C'est ta dernière chance, j'ai pas plus de temps à perdre que ça. »

Bien. J'ai plus grand-chose à dire, hein. Il a tout ce qu'il fallait pour faire pencher la balance. J'avance ma main vers lui, prête à serrer la sienne. « OK, deal. Et où est-ce que je vais bosser, au juste ? » Pas le temps de répondre qu'on finit par conclure. « On est à la recherche d'hommes, dans un soapland réservé aux femmes. Sauf si tu préfères l'autre côté de la barrière. » Foutu pour foutu, je venais de me faire berner comme pas permis. Je l'avais pas vue venir, celle-là. C'était de ma faute, soit dit en passant.

Au final, je ne réponds pas. On finit de fumer dans le plus grand des silences, et il m'invite à revenir à l'intérieur. Deux mois là-dedans n'étaient rien comparé à tout ce que j'avais vécu jusque là. J'allais vite les sentir passer, et j'allais bientôt pouvoir retrouver Minato. Au final, c'était simple, mais j'ai dû me rabaisser à un niveau que je ne pensais jamais atteindre.



Avril 2104.

C'était aujourd'hui, le dernier jour où j'étais censé travailler pour eux. Je n'ai eu aucune information, aucune indication d'avancement, et encore moins une nouvelle visite du yakuza. Jusqu'à aujourd'hui, du moins. On m'a dit que j'étais attendu à vingt-deux heures "là où l'accord avait été conclu", avec les clés de la chambre de bonne qu'on m'avait prêté. Le soir où j'ai accepté le marché avec le type, j'ai été présenté à celui qui sera mon supérieur, quelqu'un à qui je ne devais par-dessus jamais désobéir. Il m'avait vu dans le pire de moi-même – et quand je suis arrivé le lendemain, totalement propre, rasé, et dans des fringues neuves, il m'avait clairement dit qu'il n'y avait rien à jeter. J'aurais pu prendre ça pour un compliment, si je n'étais pas dans une situation pareille.

Ils appelaient ça un soapland, parce que dans l'idée, une bonne partie de l'acte se faisait dans le bain. C'est pour ceux qui font encore dans le traditionnel, du moins. Celui-là oubliait clairement toutes les vieilles traditions, sauf si les clientes demandaient. Ça arrivait environ deux, trois fois par jour. Grand maximum. Le reste du temps, c'était sur un matelas gonflable et l'affaire était pliée. Pas besoin de grand-chose de plus.

C'est en travaillant là-dedans que je me suis rendu compte que j'aimais vraiment, vraiment pas faire ça avec des femmes. Je n'ai eu que deux petites amies ; Sachi et une autre avec qui ça a à peine duré un mois. Ce n'était pas mémorable dans les deux cas. Et puis il y a eu Minato. Je vais avouer avoir aimé ça, au final. J'ai toujours dit aimer que des nanas. En fait, c'est pas vrai. C'est même loin de la réalité. J'étais juste un peu trop aveugle pour me rendre compte que la personne que je devais aimer était sans arrêt à mes côtés. J'ai juste sans arrêt refoulé mon amour pour lui. Il faudrait que je lui explique, quand on se sera enfin retrouvés. Demain. C'était demain, le grand jour.

Je n'ai presque pas vu la journée défiler. Il était dix-neuf heures quand on m'a dit que je pouvais rentrer chez moi, finir de préparer mes affaires avant que je ne reparte. Comme convenu ce soir-là aussi, quatre-vingt dix pourcent des gains revenait aux yakuzas, et je gardais le reste. Puisque j'étais nourri et logé, la plupart du temps, l'argent était soit mit de côté soit utilisé pour m'acheter des clopes. Un presque bon usage, en soi.

Vingt-deux heures. Je me trouve devant la porte arrière de l'établissement, je finis ma cigarette. Je me demande ce qu'il se passera à l'issue de cette entrevue, j'espère du positif. De toute manière, ils ne m'auraient pas fait travailler s'ils n'étaient pas sûrs d'avoir les informations. La porte finit par s'ouvrir, j'écrase le mégot sous ma botte, et je m'avance à l'intérieur. La déco a quelques peu changé, depuis la dernière fois. Mon premier réflexe, c'est poser la clé de la chambre sur le bureau du type. « Ces deux mois n'ont pas été trop pénibles ? J'ose espérer que non. » Je hausse les épaules. « C'était plutôt agréable, sauf la partie travail, je dirais. Mais je n'ai pas vraiment eu le choix, hein. » Il ricane. Vas-y, rigole, enfoiré, tu m'as quand même un peu piégé ce soir-là. « Comme convenu, on trouvé les informations que tu voulais sur Minato Jang-Min. En vérité, on avait déjà tout au bout d'une semaine, mais un marché est un marché. » Bien joué, tu viens de te placer tout seul dans la catégorie des enculés de première dans mon esprit, champion. « Tu trouveras tout là-dedans. Oh, et, je serais toi, j'irais demain. C'est le dernier jour avant qu'ils ne ferment pendant une semaine, pour cause de vacances. »

C'était carrément flippant, de tout savoir, même ça. J'ai même pas envie de savoir comment est-ce qu'ils ont procédé pour obtenir toutes ces infos. « Je suppose que ton travail pour nous s'achève ici. Si tu as besoin d'argent ou d'une solution temporaire de logement, tu sais où nous trouver. » Je serre les dents. « Une fois, pas deux. Merci, et probablement à jamais. » Je pouvais parfois être d'un charmant à toute épreuve. Surtout avec ce genre de personnes qui s'amusaient à me faire tourner en bourrique et me prendre pour un con.

Demain. Finalement, bordel, demain.

Quinze mois en enfer m'ont suffi. Il était temps de remonter la pente.

–––––––––––––

J'appuie sur le bouton de l'interphone afin de pouvoir entrer dans la cour de l'immeuble. Mon cœur battait à mille à l'heure. Je le sentais, là, proche de moi, plus proche que jamais. Je suis plus très loin de lui. Je dois insister plusieurs fois avant qu'on ne daigne répondre. « C'est à quel sujet ? » Une fois féminine est au bout du fil. « Oh, j'ai... j'ai quelque chose pour monsieur Jang-Min. Est-ce qu'il peut descendre dans la cour ? » J'ai le trac, j'ai failli perdre mes mots et mes moyens avant de m'enfuir. C'est pas le moment de se dégonfler. « C'est de la part de qui ? » Je me mord la lèvre. « Dites-lui simplement que c'est de la part de Bucky. Il comprendra. » La seconde d'après, la porte est ouverte, et ça raccroche.

Je sens mon cœur cogner contre ma poitrine, une montée d'espoir surgir de moi, une excitation à son comble ; j'en reviens toujours pas. Je l'ai enfin retrouvé. Ça aurait fait cinq ans en juin depuis la dernière fois qu'on s'était vus. Cinq longues années interminables, de cauchemar. La dernière fois que je l'ai vu, j'étais sur le quai de la gare de Beppu, en direction de la base militaire de l'île de Kyûshû. Il me disait qu'il devait partir, parce que ses parents allaient commencer à s'inquiéter. Je me souviens avoir hésité à ce moment là, à m'avancer vers lui, l'embrasser et le garder dans une longue étreinte. J'en ai pas eu le courage.

Je pourrais sûrement rattraper le temps perdu, aujourd'hui.

Je suis tiré de mes pensées quand mes yeux captent des mouvements, au niveau de la porte de l'immeuble. La personne derrière ne bouge pas d'un pouce. Son visage s'illumine, puis il ouvre la porte en trombe avant de se ruer dans mes bras. « Bordel, j'en reviens pas Bucky, c'est vraiment toi ! Putain, j'ai cru qu'ils me faisaient encore une blague, mais c'est vraiment toi, bordel... Je t'ai cherché partout à Beppu, t'étais nulle part. Mais t'es là, bordel. Je rêve pas... » On se retrouve à pleurer dans les bras de l'un et de l'autre, de longues minutes et en silence. Je me sens comme à la maison, là. « Pourquoi t'étais parti à Beppu me retrouver ? Qui c'est qui te l'a dit ? » Je l'entends renifler bruyamment , et puis il se recule pour essuyer ses larmes avec les manches de son t-shirt. « Il faut croire qu'Etsuko n'a jamais rien eu à te reprocher. Elle m'a appelé en Septembre, l'année dernière, pour me dire que tes parents t'avaient foutu dehors. J'ai sauté dans le premier train en direction de Kyoto dans l'heure qui suivait. Je suis resté plus d'une semaine à Beppu, j'ai demandé aux locaux s'ils t'avaient aperçus, personne n'a pu me répondre. » Etsuko. C'est bien la seule personne de ma famille qui ne me déteste pas. Elle a toujours été là pour moi, d'une manière ou d'une autre. Ce fameux Noël, ou elle a été la seule personne à toquer à ma porte pour me demander de venir. La seule à m'appeler de temps en temps. Je n'ai même pas pensé à elle, quand je suis allé à Fukuoka. Je me sens presque coupable.

Au final, on est remontés tous les deux, et j'ai découvert les locaux de la startup dans laquelle il bossait. Toute une belle bande de développeurs qu'il avait rencontré sur internet et qui avaient fini par se retrouver à un seul et même endroit. J'ignorais qu'il avait un tel hobby, mais maintenant il peut en vivre. J'adorerais, moi aussi, vivre de quelque chose que j'aime.

Quand il m'a demandé si j'avais un endroit ou coucher, il n'a même pas attendu ma réponse pour me proposer de venir chez lui. Je n'ai même pas hésité avant d'accepter. On a discuté tout l'après-midi, on s'est tenus au courant de tout et de rien, et j'ai raconté mon périple pour arriver jusque là. J'ai bien évidemment omis ma rencontre avec les yakuzas du coin.

Le moment venu, on est montés en voiture. J'ai lâché un soupir de soulagement, j'avais sûrement un sourire débile sur le visage. Mais je me sentais vraiment heureux et en sécurité, depuis des mois entiers. « Au fait, tu sais je... Toutes ces années loin de toi m'ont permit de réfléchir à certaines choses. Beaucoup trop, sûrement, mais je suis presque sûr, maintenant. J'ai assez eu de temps pour tourner, retourner et re-retourner ça dans ma tête, et... » Je lâche un soupir. Je le regarde droit dans les yeux alors que je me tourne sur mon siège en même temps. Nos lèvres ne sont qu'à quelques centimètres l'une de l'autre, et je crève d'envie de l'embrasser. Je finis par m'avancer, mais ce n'est pas la chaleur de ses lèvres que je ressens. C'est sa paume. « Je suis désolé, Bucky. L'Incontestable est passé par là. J'aurais adoré aussi mais... ce serait considéré comme de l'adultère. Je suis sûr qu'il te donnera quelqu'un de bien aussi. » Je me recule, je me mord la lèvre. J'étouffe même un sanglot. Tant de temps pour rien, au final. « Alors on va chez toi et... » Il baisse les yeux. « Chez moi et ma femme. »

Ça fait aussi mal qu'un poison fulgurant qui traverse le corps.



Je ne suis pas resté très longtemps chez Minato. Je n'ai pas supporté le voir avec quelqu'un d'autre, le voir s'entendre si bien avec. Je dois sûrement paraître jaloux ou possessif, mais ça me faisait mal. Tout ce temps, toutes ces réflexions, mes pensées à ce propos, ça n'avait plus aucun sens, parce que je n'aurais jamais l'occasion de lui dire quoi que ce soit, et je n'aurais pas non plus l'occasion de lui dire qu'après tout ce temps... je l'aimais. Il aura fallu huit ans de ma vie pour me rendre compte que je l'aimais. C'est long, huit ans. Ça en fait sept que j'attends l'arrivée de la machine ; qu'elle me désigne enfin quelqu'un. Mais il me l'a dit. Il est sûr que j'aurais quelqu'un de bien, moi aussi.

Après l'idéalisation de la capitale, l'envie de le retrouver, les retrouvailles, je me dis que ça aurait presque été aussi bien de ne jamais le retrouver. J'aurais aimé me confier à lui, comme la dernière fois qu'on l'avait fait. Lui dire les choses telles qu'elles sont. Qu'il comprenne mes sentiments sans que je n'aie besoin de lui dire à voix haute. Mais il est marié. Sa femme est déjà enceinte. Leur mariage date de décembre dernier et il l'avait déjà foutue en cloque. Je la déteste secrètement, mais je n'irais certainement pas lui avouer. Parce que je suis jaloux de la position qu'elle a auprès de lui. Elle n'est pas méchante, mais elle m'éloigne involontairement du seul homme qui comptait dans ma vie. Du seul et unique homme que j'ai réussi à aimer sincèrement jusque là.

Je ne sais pas vraiment si ça me passera un jour, si je réussirais un jour à accepter ça. J'attends l'Incontestable depuis beaucoup trop longtemps et cette même machine m'a éloigné de lui. J'ai comme un arrière-goût amer dans la bouche, tellement déplaisant. Est-ce que ça a pour autant changé l'avis que je me faisais de la machine ? Que dalle. S'il a eu quelqu'un qu'il a réussi à aimer, est-ce que moi aussi, je pourrais avoir quelqu'un d'aimant à mes côtés ? Peut-être que toutes ces prières faites, au temple de Beppu, se réaliseront un jour.

Avec les années qui passent, j'ai réussi à me sortir de là où j'étais. J'ai dû revenir travailler quelques mois au soapland pour régulariser ma situation, mais j'ai trouvé un appartement en colocation à Nakano, et également un job dans un nightclub nocturne de Shibuya, en plein cœur du quartier. Ces deux-là sont arrivés en l'espace d'un an et demi, et... j'ai enfin pu goûter au plaisir d'une vie plus stable, une véritable vie. Fini la rue, fini les trottoirs. J'avais un toit. J'avais un travail. Tout ce dont j'avais toujours rêvé.

Travailler au nightclub avait été compliqué les premiers temps. Ils avaient accepté de prendre un rookie dans la profession et de tout lui apprendre. Le pire a certainement dû être gérer la pression et le stress. Tenir la cadence des soirs bondés où le club est rempli à craquer. Apprendre comment faire les cocktails a été une partie de plaisir, et au bout de quelques mois, j'étais déjà aussi efficace qu'un employé qui était là depuis des années. Je me plaisais dans ce que je faisais, mais c'était toujours aussi compliqué au niveau des finances. J'avais franchement plus jamais envie de reposer un pied dans un soapland, alors j'ai pensé à trouver un deuxième travail, avec horaires légers. Le matin, après la nuit au club. Après avoir réfléchi pendant un sacré moment, j'ai trouvé une probable solution ; facteur. Pour ça, je devrais passer le permis scooter.

Quand j'ai eu mon premier vrai salaire, j'ai fait une folie. Une folie que j'aurais jamais pensé faire si j'étais encore coincé dans cette ville de malheur. D'abord, une coupe fraîche, puis une coloration des cheveux. Un gris argenté plutôt bien arrangé, qui redonnait aussi un peu de nouveauté. Sûrement parce que j'en avais assez, du noir. J'ai fini par prendre goût à ça, et tous les deux mois, je me laissais aller en testant de nouvelles couleurs. Un vrai plaisir qui ne coûtait pas très cher par la même occasion.

Quelques mois après avoir réfléchi à cette idée de facteur et de second job, j'ai réussi à économiser de quoi passer ce fameux permis. Je l'ai eu sans grande difficulté, et trouver le travail n'a pas duré des plombes. Forcément, j'ai eu du mal à m'accommoder à ce nouvel emploi du temps, dans le sens où je ne me couchais plus à huit heures du matin mais plutôt à onze ; les premiers temps ont été compliqués, et j'ai dû forcer sur la caféine pour rester éveillé.

D'une manière ou d'une autre, je restais proche de Minato et de la petite famille qu'il avait réussi à construire. Il était épanoui dans son mariage, père de trois enfants et chef de projet dans une boîte de développement. La vie lui a souri, sûrement trop. J'ai encore eu une pointe de jalousie, mais cette fois envers lui. Je l'enviais pour avoir une vie aussi stable et parfaite. J'aurais parfois voulu que ce soit moi à sa place. Ça aurait pu être moi, si je n'avais pas rejeté mon héritage familial. J'aurais pu diriger le business de papa comme jamais, et diriger nos établissements d'une main de fer. Sauf que j'ai été réticent jusqu'à la fin. Parce que ça n'a jamais été ce que je voulais. Lui, il a toujours fait ce qu'il voulait et ce qu'il aimait.

Je pensais que tout ne pouvait qu'aller bien, jusque là. C'est ce que j'aurais aimé. Qu'il ne se passe rien de nouveau dans cette nouvelle vie stable que j'ai bâtie de moi-même. Jusqu'à ce jour où trois typhons se sont abattus sur le Japon, suivi d'un tremblement de terre et d'un tsunami. J'ai eu un jour de congé forcé puisque le patron nous avait tous dit de rester chez nous en raison des conditions météorologiques. À ce moment-là, je n'avais pas de colocataire, et je me sentais affreusement seul. Au vu de mon rythme, je suis resté éveillé toute la nuit, j'ai observé ce qu'il se passait par la fenêtre au fur et à mesure des heures qui passaient. Tout ne pouvait qu'aller bien, hein ? C'était que de la flotte et du vent.

En début de soirée, j'avais demandé à Minato s'il voulait bien passer demain midi, quand la nature aura fini de se déchaîner. Il m'a dit qu'il n'y avait pas de problèmes et que je devais m'attendre à le retrouver devant la porte de mon immeuble aux alentours de treize heures. On a discuté comme ça, tous les deux, pendant un sacré bout de temps, jusqu'à ce qu'il aille se coucher. Ou du moins, essayer, tel qu'il me l'avait dit. Il sera sûrement réveillé par ses enfants à cause du bruit ambulant autour d'eux.

La terre, elle a tremblé. Je l'avais franchement pas vu venir, mais ça m'a fait flipper comme jamais, à tel point que j'ai cru que c'était la fin. J'en avais déjà senti par le passé, mais jamais aussi puissants que celui-là. Ça a été les presque deux minutes les plus longues de ma vie, j'ai même pas eu la foi de sortir de chez-moi et de retrouver d'autre voisins tout aussi paniqués que moi. Je suis resté terré dans mon trou. J'ai rien fait, j'ai pas bougé, je suis resté enfermé dans ma chambre et je suis uniquement sorti pour me préparer une cup de nouilles instantanées. J'ai attendu l'heure. Je guettais, sur mon téléphone, j'attendais ce moment fatidique où l'interphone à l'entrée de mon appartemment sonne.

À midi cinquante, quand j'ai enfin osé rouvrir mes volets, j'ai eu une vue imprenable sur la rue. Des arbres ont été déracinés, des voitures se sont retrouvées déplacées, tout était sens dessus dessous. La rue étant en contrebas, j'ai normalement une petite vue sur la baie de Tokyo, quand il fait beau. Tout ce que je voyais, ce jour-là, c'était le pire arriver.

Minato n'est jamais arrivé jusqu'à mon appartement. Aucune nouvelle de lui les jours suivants. Au final, c'est sa femme qui a fini par m'appeler. Même pas de formalités quand j'ai décroché. Juste de mon côté. « C'est de ta faute. » Qu'elle avait prononcé d'abord. Elle avait un ton grave, sûrement chagriné. « Shizu, de quoi tu parles ? » Silence complet. « C'est de ta faute s'il est mort ! Tu lui avais demandé de venir le lendemain, et... il est jamais revenu. Il a été emporté par la vague à cause de toi ! » À cause de moi, ouais.

Tout a toujours été de ma faute, de toute manière.

« Écoute, je pensais pas que– je pensais pas que ça allait arriver, j'y suis... j'y suis pour rien. Ça m'affecte tout autant que toi, c'était mon meilleur ami, putain ! » Et la personne pour laquelle je me suis battu, la personne que je voulais retrouver et qui m'a fait remonter la pente comme j'aurais jamais pu l'espérer. « Si tu l'avais pas appelé, il serait jamais sorti ! Il y a trois enfants qui vont grandir sans leur père, connard d'égoïste ! » Mon sang ne fait qu'un tour, je laisse la colère sortir. « Et tu croyais être quoi pour lui, hein ? T'es rien d'autre qu'une salope qu'on lui a refourgué pour faire plaisir à la machine ! C'est moi qu'il aimait, pas toi ! Ça aurait jamais dû être toi... » Parce que ça aurait dû être moi.

C'était la première fois que je sous-entendais verbalement que j'éprouvais des sentiments pour lui à quelqu'un d'autre. Ça faisait mal ; aussi mal que cette fois dans la voiture, où il a dû s'interposer pour que je ne l'embrasse pas.

La vie a un sens de l'humour particulier.

C'est peut-être bien pour ça que j'allais souvent voir ailleurs. Que je flirtais avec des hommes, que j'assumais totalement cette partie de moi-même, et que j'en étais presque fier. C'est simplement parce que je ressentais un manque d'affection de sa part. Que j'avais besoin de quelqu'un pour s'occuper de moi, peu importe si c'était de manière intime ou sexuelle. Il m'a jamais entendu dire je t'aime, j'ai jamais su lui écrire je t'aime. J'ai jamais eu l'occasion de lui dire tout ce que j'avais sur le cœur.

Au final, peut-être qu'il avait eu une femme capable de faire tout ça. C'est peut-être pour ça qu'il l'aimait. C'est comme ça qu'il aurait dû m'aimer, si j'avais été capable de dire tout ce que je ressentais. J'ai tout fait foirer, pour la deuxième fois de ma vie.

Je suis condamné à vivre avec mes regrets et mes torts.



Mai 2111.

L'Incontestable ne marche plus. Alors que je continuais d'attendre sa venue, la machine s'est arrêtée. Un SYSTEM ERROR affiché sur tous les moniteurs des maisons où les couples se trouvaient. Le gouvernement ne dit rien, la population reste dans l'ignorance. Les médias n'ont aucune information, il n'y a aucune fuite. La machine que j'idéalisais depuis des décennies avait soudainement arrêté de fonctionner.

Cette année, je prends trente ans.
Ça fera bientôt quatorze ans que j'attends ce mariage heureux.
Ça fera bientôt deux ans que Minato est mort.

Les jours défilent, et j'ai peur.
Peur que ça ne vienne jamais.
(c) ozzman
Mina Sasaki
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posté
le Ven 7 Juin - 17:52
par Mina Sasaki
Hellow you dirty little secrets, dirty little lies 3766924225

dirty little secrets, dirty little lies 5e4049340c594fd5e1c95971d6215b38
Daiki Mikami
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★
posté
le Ven 7 Juin - 17:54
par Daiki Mikami
Coucou dirty little secrets, dirty little lies 901032552
Dude tu ressembles à mon futur facteur !?

Bref, bon courage pour achever tout ça ! Depuis le temps que j'en entends parler de ce cutie, j'vais sans doute revenir plus tard pour m'en foutre plein les yeux. dirty little secrets, dirty little lies 901032552
Peace ♥
Kaori Vanzine
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posté
le Ven 7 Juin - 18:00
par Kaori Vanzine
Bonne nouvelle tête o/

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Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Invité
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Invité
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posté
le Ven 7 Juin - 18:05
par Invité
Re toi dirty little secrets, dirty little lies 3303333686
Maze Jefferson
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★
posté
le Ven 7 Juin - 18:37
par Maze Jefferson
bon reboot! Rien que la liste des métiers promet. J'ai hâte de lire tout ça dirty little secrets, dirty little lies 2432113367
Alekseï Arizona
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posté
le Ven 7 Juin - 21:52
par Alekseï Arizona
Bon reboot ♥
J'ai hâte de lire tout ça, les généralités promettent que du bon **
Bon courage pour la rédaction dirty little secrets, dirty little lies 1362171446
Invité
Anonymous
Invité
Invité
Invité
posté
le Lun 10 Juin - 19:08
par Invité
Je galère avec mes examens et toi tu reboot !
Encore une fiche à savourer, tu nous combles hehe ♥

En tout cas bon reboot et hâte d'en découvrir plus sur ton p'tit gars ! Bien que la mise en bouche est déjà intéressante dirty little secrets, dirty little lies 2432113367
Teare B. Jefferson
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posté
le Lun 10 Juin - 19:17
par Teare B. Jefferson
Bon reboot !!❤
J’aime ce que je lis dirty little secrets, dirty little lies 3998388675
Yuna Natsume
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Dolce Lupa Bianca
posté
le Mar 11 Juin - 13:47
par Yuna Natsume
Mais, qui voilà donc ?

Love love love , mon mari poilu d'un autre compte.

*keur*
Fubuki Hartcher
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posté
le Dim 16 Juin - 22:06
par Fubuki Hartcher
Heeeello ici, merci pour votre accueil again ♥♥
J'ai avancé et posté des bouts (mais c'est loin d'être tout posté tho), donc j'espère que vous appréciez déjà la lecture pour ceux qui stalkent au fur et à mesure /pan

J'viens poster pour demander un délai d'une semaine pour finir la fiche. Je suis de corvée de surveillance de bac la semaine prochaine et j'ai encore masse de corrections à faire avant de pouvoir tout poster et j'aurais besoin d'un bout de temps en plus !

Merci d'avance dirty little secrets, dirty little lies 2432113367
Kaori Vanzine
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posté
le Lun 17 Juin - 2:25
par Kaori Vanzine
Délai accordé. J'te rajoute une semaine.

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Fubuki Hartcher
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posté
le Lun 24 Juin - 4:08
par Fubuki Hartcher
Heeeello there, c't'encore moi dirty little secrets, dirty little lies 1845802901

J'reviens demander un dernier (vraiment dernier dernier, juré, j'vois le bout de la fiche) délai afin de boucler tout ça. J'ai actuellement fini la fiche (sur mon doc texte, hein), mais il est 4h du matin et je suis mais alors complètement rôti. Et j'ai pas envie de crever des rétines à cause de ça, d'autant plus qu'on me tapera sûrement sur les doigts dans ce cas-là.

Du coup voilà, j'en aurais bien besoin, et après vous pourrez me détester autant que vous voulez pour une longueur pareille.

Merci d'avance dirty little secrets, dirty little lies 128457956
Kaori Vanzine
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posté
le Lun 24 Juin - 13:31
par Kaori Vanzine
Si tu nous pètes les rétines, oui on te tapera dirty little secrets, dirty little lies 2078551763

Délai accordé, j'te rajoute une semaine.

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posté
le Mer 26 Juin - 7:10
par Fubuki Hartcher
So... yeah, c'est fini, et bordel que c'était kiffant sa daronne.

C'est long. C'est complet. J'ai laissé des zones ouvertes/d'ombre (notamment à Tokyo), mais le bébé est fini. Et qu'est-ce qu'il est beau, le bébé dirty little secrets, dirty little lies 128457956

En tout cas, v'là, j'suis prêt à passer à la casserole, pour le meilleur comme pour le pire !

Merci d'avance pour la modération dirty little secrets, dirty little lies 2432113367
(jpaye en pot de vin ou c'que vous voulez d'ailleurs, hein, pardon MDR)

P.S. : Lisez Histoire > Caractère > Physique. C'est comme ça sur la fiche pour l'esthétisme, mais ça fait aucun sens dans l'ordre de lecture MDR.
Kaori Vanzine
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posté
le Dim 30 Juin - 0:49
par Kaori Vanzine
Analyse de fiche

Le staff de Just Married te souhaite la bienvenue sur le forum ! ♥

Introduction
Bonne nouvelle tête ! dirty little secrets, dirty little lies 1362171446

Histoire

♠ des mot différent
♠ T'as peut-être pas tord
♠ mais un minimum censé
♠ une seule réflexion censée à ce propos
♠ Il y a un type de dix-sept ans. L'âge minimum pour s'enrôler. → L'âge minimum pour s'enrôler est de 18 ans donc celui de 17 ans ne peut pas y être. (Source)
♠ J'ai pas vraiment eu tord
♠ Le type du train n'a pas eu tord
♠ pour rester éveiller

Caractère

Validé !

Physique

♠ Un seul n'en pas → Je n'ai pas trop compris là. J'crois qu'il manque un mot

Validé !
Conclusion
Je t'avoue qu'au niveau des fautes, j'ai chipoté. Beaucoup chipoté dirty little secrets, dirty little lies 901032552 Sinon il y a juste un tout petit détail à revoir mais ça sera rapide. Et j'aime ce personnage. Il me donne envie de le prendre dans les bras et de le poutouter. Il me fait tellement de peine au début. dirty little secrets, dirty little lies 3912395661 T'auras intérêt à le chouchouter dans les rp's dirty little secrets, dirty little lies 3766924225


Bon courage pour les modifications ! En cas de problème, de doute, n'hésite pas à contacter un des membres de l'administration, nous serions ravis de te venir en aide ! :)

Analyse : 0/3
Nous analysons au maximum trois fois une fiche, après cela, si nous ne pouvons toujours pas la valider, nous serons malheureusement obligés de la refuser. Nous ne pouvons nous permettre de reprendre chaque fiche dix ou vingt fois, cela serait autant pénible pour vous que pour nous. Merci de votre compréhension. ♥

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

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posté
le Dim 30 Juin - 1:00
par Fubuki Hartcher
Merci pour la (longue) lecture madame, et bravo pour avoir chipoté autant, c'est toi tout craché dirty little secrets, dirty little lies 2432113367
(mais t'façon j't'aime comme ça, tu le sais déjà)

Du coup c'est corrigé, pour le peu qu'il y avait à faire dirty little secrets, dirty little lies 1728200632

Encore merci ♥♥♥♥
Kaori Vanzine
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posté
le Dim 30 Juin - 1:04
par Kaori Vanzine
Vengeance pour cette longue fiche à lire en pleine canicule /pan/

C'est tout bon et comme dit t'as intérêt à le chouchouter. Je mords sinon dirty little secrets, dirty little lies 3766924225


Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

N'oubliez pas :
• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
• Si vous souhaitez trouver des partenaires pour vous lancer, n'hésitez pas à faire un tour par ici ! ♥
• Dans l'ordre, vous pouvez faire une demande de conjoint ici, ensuite vous faites une demande d'habitation ici et enfin, vous pourrez valider votre mariage ici.
• De faire un peu de pub autour de vous pour le forum et de voter régulièrement aux tops sites. ♥

& Surtout, AMUSEZ-VOUS !

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