Butch Akikazu
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le Jeu 18 Juil - 22:54
par Butch Akikazu
Butch TSUKINAMI
Comme le sable du sablier qui ne s'échappe jamais
Les étoiles naissent puis meurent, mais sans souci

Sous les néons
Nom ;; Tsukinami. Comme le présentateur ?! Ouais, Tsukinami Rui, c’est ton guignol de frère. Sorry not sorry Rui-nii.
Prénom ;; Butch. Un nom poussiéreux, qui respire les très vieux films de la Conquête de l’Ouest et une culture étrangère. Merci Otōsan. Il a suffi d’une soirée télé de trop et te voilà affublée d’un nom que personne n’arrive à prononcer correctement. Bon, Bout-chee ça marche aussi.
Âge ;; 32 ans. T’as soufflé tes bougies le 9 juin. Ç’a été un long chemin depuis 2079.
Genre ;; Femme. Malgré ton apparence souvent trompeuse et les tas de fiottes qui sont infoutus de comprendre que non, c'est pas la poitrine qui définit la féminité.
Origines ;; Japonaise née au Japon. Même si tes yeux sont pas très bridés. La faute à Obāsan, qui était anglaise.
Activité ;; D'abord, y a eu des petits boulots au noir dans des garages, puis t'as commencé à bosser sur tes propres motos et à parier. T'aimais aussi faire mordre le bitume à leurs roues et régler tes comptes à même la route. Maintenant, tu possèdes le quart d'un bar et y gères tes propres courses illégales. Un régal.
Sexualité ;; Lesbienne. Les hommes ne t’ont jamais intéressée.
Avatar ;; Laura Pergolizzi « LP ».
Règlement ;;
Chemin ;; Allons, je fais presque partie des meubles. QC.
Commentaire ;; A tous ceux qui m'ont manipulée et forcée encouragée, je vous retiens, bande de traîtres, merci. Sinon, ce personnage est tellement important pour d'autres que je suis assez angoissée à l'idée d'avoir fait du caca. Pas bon pour mon petit cœur fragile ça.
Les cœurs se brisent
Tu ne peux compter que sur toi-même.

Ah, ça, tu l’as appris très tôt. En fait, quand t’y réfléchis bien, t’as jamais connu autre chose. Oh, faut pas croire, tu ne leur en veux pas. Vraiment. C’est comme ça. T’as fait avec et t’aimes ce que t’es devenue, alors, non, tu ne leur en veux pas.

Espérer de l’aide.
Compter sur du soutien.
Attendre quelque chose de quelqu’un d’autre.

C’est stupide, ça ne mène rien.

T’as voulu croire en tes parents et ils ne t’ont jamais vraiment accordé leur attention. Y en avait toujours que pour ton frère. Rui-nii par-ci, Rui-nii par-là. Quand est-ce que tu claques, dis, Rui ? Quand est-ce que tu me laisses de la place pour vivre, dis, Rui ? Oh, ce sont pas de mauvais bougres, tes darons. Tu sais qu’ils t’aiment. Ton père t’a pris sous son aile au garage et il t’a appris les bases de tout ce que tu sais aujourd’hui – c’est bien grâce à lui que t’as appris à aimer les moteurs, que tu t’es noyée, perdue dans le cambouis et la mécanique sûre des motos. Ta mère t’aidait pour tes devoirs et t’emmenait au parc le vendredi soir. Mais en fait, tout ça, là, t’en as toujours été consciente : ce n’étaient que des restes. Ouais, tout ce qu’ils t’ont donné, ce n’étaient que les restes que ton frère ne voulait pas. Ha. Illusion, désillusion. Amère sensation. Ou pas. Tu savais. T’as toujours su. Mais quand même. Ça fait mal, d’être la seconde. Ça fait mal, de ne pas compter. Ça fait mal. Ah, tant pis, tant mieux, tu t’es construite toute seule pendant qu’ils accordaient tous leurs regards, tous leurs encouragements, à ton frère aîné. Tout ça parce qu’il est pas con. Tout ça parce qu’il a fait Todai. Tout ça pour ça. Je te déteste Rui.

T’as voulu croire aux camarades de ton école mais, eh, t’es trop différente Butch. T’es pas assez comme les autres. Tu dénotes trop. Tu détonnes, même, bombe humaine en dehors des normes. Visage pas suffisamment japonais, t’es une gaijin en fait ? Voix trop grave pour une fillette, t’es sûre que t’es bien une fille ? Allure de garçon, t’es vraiment sûre, hein ? Et ce prénom. Butch. Butch c’est pas japonais. Tu viens d’où ? Qu’est-ce que tu fais là ? Putain, ouais. T’es pas comme eux alors ils ne t’ont pas laissée approcher. Tu ne seras jamais des leurs, mieux vaut abandonner, laisser tomber. Tu regrettes pas. Les gosses sont stupides. Méchants. Un jour, Kimie a baissé ton pantalon pour vérifier ce que t’as entre les jambes. Akane arrêtait pas de répéter que tes parents n’ont pas d’argent, alors c’est pour ça que tu portes toujours les vieilles fringues trouées de ton frère. Et les profs qui te comparaient à lui. Encore et encore. Tu peux faire mieux, Butch. Tu peux être mieux, Butch. Pourquoi tu n’es pas assez comme ton frère, Butch ? Ah. L’école. Mauvaise période. T’as appris à croire en personne là-bas, parce que personne ne vaut le coup.

T’as voulu croire aux gens, pourtant, vraiment.

T’étais optimiste avant, une gosse comme une autre en fait. Mais trop bizarre, trop à part, pas assez écoutée ni vraiment acceptée.

Alors t’as cessé de croire.
Alors t’as cessé de t’en faire.
Alors t’as cessé de les écouter et de leur accorder du crédit.

T’façon, ils ne sont rien pour toi, tu n’es rien pour eux. Tu ne peux compter que sur toi-même, Butch.

Puis Boomer a débarqué. Enfin, c’est plutôt toi qui as débarqué. Et tout a changé. Tu t’es posée. T’as appris à croire et espérer. Même si t’as l’air froide et austère, même si tu parles pas beaucoup et que t’es distante, même si, Boomer s’est accrochée à toi, tu t’es accrochée à elle, et tout a changé.

C’est ça. C’est le début de ta vie, la vraie.

Butch, tu débordes d’amour en fait. Tu débordes d’un trop plein d’affection muet que tu sais pas déverser. Tu ne gâches que rarement de salive pour parler, pas ton genre, t’as d’autres préoccupations, pas le temps ni l’envie, mais elle te comprend, elle. Silence, calme. Toi, tu écoutes, hoches la tête au fil des propos, bois les paroles. C’est un problème pour tous les autres. Parce que t’es inaccessible. Qualité, défaut. T’as l’air absente de la réalité, trop détachée à tout observer. Tu veux pas t’en mêler – les autres t’ont laissée de côté, en retour tu les abandonnes sur le bas-côté. Oh, tu l’fais pas exprès, t’as juste naturellement ces gestes lents, cette tranquillité rassurante, ce calme patient. Tu souffles le froid, Butch. Pourtant, y a pas plus heureuse que toi. Aucune envie de faire des efforts pour les gens, et tu trouves quand même ta place auprès de Boomer, ta Boomer.

Boomer, c’est la première femme de ta vie, celle qui t’a appris à être forte.

Mais tout le monde a une faille, une fêlure. Plus ou moins profonde, plus ou moins douloureuse, parfois ça ouvre sur de véritables gouffres. Tu ne fais pas exception. Même si t’as l’air d’un bloc de glace, même si tout semble te glisser dessus comme de l’eau, toi aussi, tu as tes insécurités et tes doutes, tes peurs et tes hésitations. Tout un tas, même. Qui convergent vers une seule et même racine : tu n’as pu compter que sur toi-même. On ne s’intéressait pas vraiment à toi avant Bo, on ne s’attardait pas sur toi sauf pour te rabaisser ou se moquer. Alors tu ne sais pas. Tu te demandes parfois si tu es assez. Est-ce qu’il ne te manque pas quelque chose ? Est-ce que tu n’es pas trop différente ? Et surtout, est-ce que tu es cassée ? A force de ne pas côtoyer grand monde, tu t’es distancée, ça se lit sur ton visage, ça se voit dans tes yeux, ça s’inscrit dans ta moue. T’as l’air de tout, t’as l’air de rien, d’un bloc de glace austère incapable de décongeler. Alors, est-ce que tu ressens vraiment toutes ces choses ? Est-ce que Boomer va croire que tu ne l’aimes pas ? Parce que tu l’aimes, vraiment. Parce que tu ressens tellement de choses, de belles et bonnes choses mais tu ne sais pas.

Tu ne sais pas les exprimer.
Tu ne sais pas t’exprimer.

Puis Baby est arrivée. Et t’as découvert que t’aimes sans limite, que t’aimes aimer et être aimée en retour. Avec elle, t’as appris à être souple, conciliante, à laisser couler. A vivre et ressentir. A te montrer comme tu es, à t’exprimer, oui, ça y est. Tu n’es pas qu’un bloc de glace. Tu n’es pas qu’un fantôme. Tu es plus que ça, plus que tes craintes, plus que ce que tu croyais. Ça fait du bien, d’être aimée. Ça fait bien, d’aimer. Tu apprends les petits gestes du quotidien. Tu t’essaies à la tendresse des gestes à défaut de celle des mots. Et faut croire que t’y arrives plutôt bien.

T’es pas tactile, pourtant, Butch. Ton espace personnel est important, tu n’aimes pas qu’on l’envahisse sans te demander ni te prévenir – tu n’aimes pas qu’on l’envahisse tout court, en fait. Ta tranquillité, tu l’affectionnes par-dessus tout. Le silence des moteurs te réconforte et te rassure. La solitude, parfois, te berce et t’apaise. T’as pas besoin des gens. Enfin, tu te passes bien de la plupart d’entre eux. Ils ne sont pas nombreux à avoir percé ta carapace. Que trois en vérité. Boomer. Baby. Burden.

T’es compliquée, Butch. T’es renfermée, difficile à atteindre. Parce que tu ne sais pas comment faire pour abaisser les murs que t’as construit, parce que tu as du mal à exprimer ce que tu ressens et parfois même à ressentir tout court. Il t’a fallu longtemps, vraiment très longtemps, pour appréhender les sentiments que tu portes à Baby. Parce qu’il n’y a pas de papillon dans le ventre, mais des paillettes dans tes yeux. Parce que tu ne rougis pas, mais tu n’arrêtes pas de sourire. Ce n’est pas comme dans les livres, pas comme dans les films. Tu ne te comprends pas très bien. Mais t’as fini par apprendre. Tu l’aimes. Tu l’aimes tellement.

Baby, c’est la deuxième femme de ta vie, celle qui t’a réconciliée avec tes faiblesses.

Puis Burden s’est imposé. T’es plutôt silencieuse, Butch. Tu n’aimes pas trop parler, par flemme ou par désintérêt le plus souvent, mais c’est facile avec lui. C’est amusant aussi. En fait, on dirait pas, mais t’as de l’humour. Noir. Plein à ras bords de sarcasme. Saturé de cynisme. Tu te moques beaucoup. T’enchaînes les piques et tu les lances bien. On pourrait croire que t’es méchante, en fait. Passive-agressive. Y a une colère qui couve entre tes côtes, ombre tapie derrière ton cœur qui a grossi avec les années et les injustices, les humiliations, la difficulté de la vie. Y a une colère et une maladresse que tu maîtrises mal, qui te fait trébucher sur les mots parfois, oublier le tact d’autres fois. Alors non, t’es pas méchante, pas vraiment. Tu t’en fous juste des états d’âmes des autres. Aveuglement conditionné par la solitude, faut croire que t’es aigrie, vieillie et rassie avant l’âge. Avec l’indifférence vient la rancœur rance.

Au début, t’avais pas confiance. Parce que Butch, t’es la définition même du mot méfiance, juste après défiance et distance. Mais c’est facile de s’approcher de Burden, de se lâcher, un peu. Il est un peu comme un aimant, en fait. Attirant et repoussant à la fois. Irritant. Parce que oui, il t’insupporte encore, parfois. Faut dire que même si t’es sacrément patiente, un véritable talent d’abnégation, il est très doué pour te taper sur les nerfs. Tu ne comptes plus les taloches que lui as foutues. Ni les barres de rire que vous avez eues. Ou les soirées passées à bitcher et critiquer en toute impunité derrière un verre bien trop dosé. Burden, il réveille une Butch plus sauvage, qui aime s’amuser et boire à n’en plus pouvoir, qui s’énerve un peu trop vite et lève trop souvent les yeux au ciel. Une Butch que tu ne connaissais pas, que tu ne pensais pas rencontrer un jour et pourtant. Oui, pourtant. T’es plus que la façade froide et austère que t’offres au quotidien. Tu ressens des choses et c’est devenu plus facile de les exprimer ou du moins, de les laisser sortir. T’es tellement plus que ce qu’on pourrait croire de toi, Butch. Tellement plus.

Burden, c’est le seul homme de ta vie, celui qui t’a fait faire de tes faiblesses une force.

Les choses ont bien changé, Butch. T’as grandi, t’es plus la même.
Avant, tu ne pouvais compter que sur toi-même.
Mais tout ça, c'était avant.
Et avant, c'est fini.

Maintenant, tu ne peux compter que sur vous quatre.

Les corps se droguent
T’es une femme, Butch. T’es une femme et les gens peuvent peut-être s’y tromper mais pas toi. T’en as jamais douté, non. Même si ton corps est longiligne, même si t’as pas de ces courbes supposément féminines, même si tu ne portes ni robe ni jupe, que t’as de grands pieds, des bras musclés et que t’aimes les costards trois pièces et les cravates. De loin, on te prend toujours pour un gars. De près aussi, parfois, souvent. Ça ne t’atteint pas vraiment. Faut dire que les autres, clairement, t’en as rien à cirer.

Tu te trouves belle, Butch. T’aimes ton corps androgyne. T’aimes ton torse plat et les cicatrices causées par la mastectomie totale. T’aimes tes cheveux en désordre, fouillis de boucles mal organisé que tu laisses pousser en jachère ou que tu tailles, coupes, rases, au gré de tes envies. Tu te trouves belle, ouais, et t’en as rien à faire des regards. Préjugés et autres tabous séculaires ne t’atteignent pas vraiment. C’est probablement pour ça que tu t’es fait tatouer – et pas qu’un peu, parce que ça a un côté un peu grisant de faire de son corps une toile. Un bateau sur ton torse – peut-être bien pour combler le deuil de ta poitrine. Des lettrages de-ci, de-là. Baby gravée sur ton bras comme dans ton cœur. Une étoile sur le poignet. Que des choses très occidentales, finalement, rien de typiquement japonais, ça ne te plaît pas spécialement les carpes et les dragons. Bon, tout ça pourrait t’attirer des ennuis, vu que le Japon n’est pas connu pour sa tolérance envers les tatouages. Mais t’as ta propre affaire, les réflexions glissent sur toi comme de l’eau, alors non, tout ce que ça te coûte, c’est l’entrée de certains lieux. Et encore, si t’y tiens vraiment, t’as juste à enfiler des vêtements bien couvrants et le tour est joué.

En vrai, tu sais, tu ressembles à n’importe quel employé de bureau quand t’enfiles ta chemise et ton veston, quand tu repasses tes pantalons bien droits et que tu marches sur le monde du haut de tes chaussures bien cirées. Des fois, t’échanges pour des rangers et un t-shirt, plus confortables pour bosser. Souvent, tu portes ton vieux cuir usé. Tu ne quittes que rarement tes bagues et tes boucles d’oreilles. A mi-chemin entre l’homme d’affaires et la rockstar déchue, t’attires pas vraiment l’attention en fait. Tu ne te démarques pas tant que ça. Toujours en noir et gris, rarement de la couleur pour égayer tout ça. Toujours en ton sur ton, t’aimes ce qui est sombre. Ah, Butch, au final, tu n’es qu’une parmi la multitude. Tu as les yeux et les cheveux noirs, héritage des gênes presque cent pour cent japonais qui coulent dans tes veines. D’eux aussi, tu tires ta peau couleur de désespoir blafard. Rien de remarquable, t’as l’air d’une nippone bien comme il faut dans la foule de nippons bien comme il faut. Grande pour une femme mais pas pour un homme. Svelte et élancée, un peu dégingandée, toute en muscles nerveux. Les épaules droites et carrées, t’es dessinée en angles. Rien de remarquable, non. Sauf peut-être ton visage.

T’as pas les traits de ton frère. Rui-nii est le parfait japonais jusqu’au bout de ses paupières en amandes. Toi, tu tiens plutôt ton visage un peu trop long, pas assez anguleux, encore moins bridé, d’Obāsan. Tu lui as même pris ce nez épaté. T’as l’air de rien, t’as l’air de tout, sauf d’une Tsukinami comme les autres. Tant pis. Tant mieux. La différence, c’est beau. T’as l’habitude qu’on te critique et qu’on te juge, qu’on t’appelle gaijin à chaque coin de rue et qu’on te lorgne de travers. Pauvres esprits étriqués, t’as bien mieux à faire que te préoccuper de leurs états d’âme. Tu préfères te noyer dans le cambouis et la sueur, te perdre dans l’odeur des moteurs. Métier d’homme, qu’on t’a répété. Mais t’es bel et bien une femme alors qu’ils aillent se faire foutre.

Peut-être que t’es pas un canon de beauté, Butch, mais tu te tiens droite, tu te tiens fière et tu t’aimes, alors t’as l’air magnifique. Y a un truc qui se dégage de toi, une impression, drôle de sensation, charisme au goût de nonchalance. Tu t’aimes comme tu es, Butch, et c’est ça qui compte.

Et tu les regardes faire
Tu l’as trouvée dans le tiroir de maman.

L’enveloppe est rose, la lettre est blanche, les mots noirs. Elles courent elles courent, les petites lettres. Elles courent elles courent, se succèdent et s’emmêlent, trébuchent sur le point final. Les deux noms qui s’enlacent, tu les touches du bout des doigts. Maman et papa. L’ordre de l’Incontestable qui les a faits se marier. Ça te fait frissonner.

C’est la troisième fois que tu viens ouvrir le tiroir pour la sortir et la relire.

Y a pas de raison particulière à ça. T’en as juste envie. Maintenant, tu l’as tellement vue et revue que tu la connais par cœur. Tu pourrais la réécrire si seulement tu savais tracer tous les kanjis adéquats, mais t’as pas encore bien appris.

C’est marrant comme deux personnes peuvent avoir l’air de s’aimer sur le papier. Pourtant, ils crient beaucoup dans la vraie vie. Et c’est toujours ta faute, Butch. Toujours.

— *** —

Les erreurs, ça arrive.

C’est ce que papa dit. Ta mère s’emporte contre lui, râle et l’invective. Les murmures, les reproches. C’est pas la première fois que t’entends tout ça, planquée sous ta couette. Ils ont oublié de fermer la porte. Alors leurs voix te parviennent aussi facilement que s’ils étaient juste à côté de toi. C’est presque ça, en vrai. Votre appartement est minuscule, impossible de cacher quoique ce soit.

Les erreurs, ça arrive.
Et l’erreur, c’est toi, Butch.

Enfin, papa dit que c’est ton prénom, qu’il n’aurait pas dû t’appeler comme ça. Tu ne comprends pas vraiment, il est joli pourtant. Court et percutant, un peu sec, à peine tranchant. Tu l’aimes bien.

Les erreurs, ça arrive.

Maman n’aime pas qu’on te prenne pour une gaijin mais qu’est-ce que c’est, une gaijin ?

— *** —

Tu te dis que si papa veut bien de toi au garage, c’est qu’il te préfère à Rui-nii. Ridicule, vraiment. Faut croire que t’es une cause perdue. T’espères encore alors que lui et maman passent tout leur temps avec ton frère, à la maison, en dehors, qu’ils ne parlent que de lui, Rui-nii par-ci, Rui-nii par-là, même quand t’es en face. Toi, t’as droit aux miettes. Mais tu t’en fous, si les miettes ça veut dire le garage.

Au début, tu regardais juste. Ça a quelque chose d’agréable, d’être assise dans un coin à observer les mains de papa. Noires, elles s’occupent d’une moto. C’est beau les motos. Tu te demandes si tu pourras monter dessus, un jour. T’aimerais bien.

« Butch, tu peux me passer la mini-clé à cliquet à côté de toi ? »

Au début, tu regardais juste. Puis t’as commencé à donner un coup de main. Pas grand-chose. Que dalle, même. Donne-moi cet outil, là. Aide-moi à tenir ça. Prête-moi tes yeux. Pas grand-chose, non, vraiment. Mais t’aimes ça.

« Viens voir plus près, Butch. Regarde, ça c’est- »

Au début, tu regardais juste. Maintenant, tes mains aussi, elles sont noires.

— *** —

Aujourd’hui, Kimie a baissé ton pantalon. Pour « voir ce qu’il y avait entre ses jambes, sensei ».

Tu ne portes pas de jupe. T’aimes pas les jupes, alors pourquoi te forcer ? C’est ce que papa a dit quand tu as refusé d’enfiler l’uniforme féminin. Maman a crié. Encore. Mais finalement, le jour de la rentrée, les anciens pantalons de Rui-nii étaient sagement pliés au bout de ton lit. Et t’as pas eu à porter de jupe. Si t’avais su.

Les professeurs n’ont pas apprécié. Les autres élèves n’ont pas compris. Et c’est comme ça, les gens n’aiment pas ce qu’ils ne comprennent pas. Plus simplement, ils n’aiment pas ce qui est différent. Et t’as toujours été différente. T’es une fille, Bout-chee ? Oui. T’es sûre ? Ben oui. Alors pourquoi t’es habillée en garçon ? C’est juste un pantalon. Mais c’est pour les garçons. Ça veut dire que t’es un garçon ? Non ! Non, t’es une fille. Menteuse ! Tu ne mens pas. Menteuse. Menteuse. Menteuse. TU NE MENS PAS ! Alors on peut vérifier ?

Aujourd’hui, Kimie a baissé ton pantalon. T’as pleuré.

— *** —

C’est la deuxième fois que vous déménagez.

C’est toujours à cause de l’Incontestable. Tu ne sais pas trop pourquoi, cette fois, mais tant pis, tant mieux. T’en as rien à faire. De toute façon, ce n’est pas comme si quoi que ce soit allait changer juste parce que vous êtes dans un nouveau quartier. Dernière année de secondaire, tu ne t’attends pas à rencontrer qui que ce soit d’intéressant à l’école. La vie ne te surprend pas – plus.

Sauf qu’une fille s’est assise à ta table et a décidé de ne plus jamais partir.

« Salut meuf, je suis Boomer. Je peux ? »

Tu penches la tête sur le côté, clignes des yeux. C’est une question rhétorique, là, non ?

« T’as déjà posé ton plateau. T’as vraiment besoin de ma permission ? » Tu ne t’essaies même pas à sourire, t’as jamais su faire. Mais… « Appelle-moi Butch. »

C’est marrant comme l’amitié peut être facile, finalement.

— *** —

Y a une rumeur qui court dans les couloirs.
Ça dit que t’es en couple avec Bo.

Aujourd’hui ça te fait sourire. Parce que Bo, en fait, c’est la première femme que t’as aimée. Profondément, inconditionnellement. Sans réserve. C’est ton premier amour, oui, et tu l’avoues sans pudeur. Mais à l’époque, c’était un peu plus compliqué. Tu te moques du regard des gens. Tu te moques de ce qu’on pense de toi. Et t’as toujours aimé les femmes, rien à faire de ce qu’on pourrait te reprocher là-dessus. Boomer, elle est belle. Boomer, elle est gentille. Boomer, elle tient à toi. Boomer, elle est tout pour toi. T’as accepté ces sentiments, tu vis très bien avec. Tu n’as pas besoin de plus. Mais faut bien l’avouer, t’as peur, un instant, qu’elle te laisse à cause de ça, qu’elle ne veuille plus de toi ou quelque chose dans ce goût-là.

Stupide.
T’es stupide, Butch.

Toi et Bo, c’est pour la vie et c’est pas des rumeurs qui vont y changer quoique ce soit. Et puis, elles sont vraies, en fait. Vous êtes un petit couple. Platonique. Rien que de l’amitié. Mais un petit couple quand même.

Vous avez votre propre langage codé.
Vous vous comprenez sans un mot.
Vous vous soutenez.

Vous ne vous quittez jamais vraiment, fusionnelles jusqu’au bout. Vous êtes tout l’une pour l’autre. Bo, elle vient avec Butch. Butch, elle vient avec Bo. Lot commun. Impossible de vous séparer. Et quiconque s’y essaierait pourrait bien se prendre ton poing dans la figure. Parce que tu t’es découverte possessive envers ton amie, la seule que tu aies, la seule que tu veuilles.

Plus jamais sans elle.

— *** —

Le ronronnement du moteur entre tes cuisses. La sensation du vent sur ton corps courbé. L’asphalte qui roule et se déroule sous les roues. L’ivresse de la liberté fait comme des bulles dans ta poitrine. Hier, t’as eu ton permis moto. Aujourd’hui, tu veux le crier au monde entier. Et surtout à Boomer. C’est comme un nouveau champ de possibilités en couleurs qui s’offre à toi. Un voyage en plein ciel, au goût de rêve à peine réel.

Ce rêve bleu, tu veux le partager alors tu te pointes à l’école en pétaradant et tu fais vrombir le moteur sous les yeux des élèves. Rien à faire que tout le monde te voit. Rien à faire du professeur qui arrive vers toi en courant. Tu lèves la visière de ton casque.

« Salut Boomer. »

Un sourire. Le plus grand que t’aies jamais fait. T’en as mal aux joues et à la mâchoire mais putain, c’est tellement jouissif. T’as l’impression d’être sur ton propre nuage, de pouvoir aller où tu veux quand tu veux.

« Je t’emmène faire un tour, poupée ? »

La voix faussement graveleuse, tes yeux rient alors que tu tapotes la selle derrière toi. Oh oui. Vous allez rouler toute la nuit vers l’horizon. Je vais t’offrir un monde aux mille et une splendeurs, Bo.

— *** —

Vous avez obtenu votre certificat d’études secondaires y a quelques temps déjà. Simple formalité obligatoire. Tu t’en serais bien passé, en vrai. Toi, ce que t’aimes faire, c’est bidouiller des moteurs. Mais bon. Rui-nii a dit que tu serais incapable de l’avoir. Tes parents le croyaient fermement. Ah, ils ne t’ont jamais rien dit, bien sûr, mais tu le savais. T’es pas aveugle, hein.

Fallait bien leur fermer le clapet alors tu l’as eu. Avec mention, même. Dans leur cul. Papier sans valeur que t’as épinglé sur le mur de la cuisine avant de te barrer. Ils t’imaginaient dans un bureau, à jouer les employées modèles. Ou peut-être au garage, à aider papa. Ouais, mais non. Merci non merci. T’en veux pas, de leur petite vie bien rangée.

Tu t’es trouvée des petits boulots au black, dans des garages de-ci de-là. Ça paie bien et tu peux faire ce que tu aimes. Tu ne le dis à personne encore mais t’espères pouvoir ouvrir ton propre garage un jour prochain.

T’as commencé à parier pour arrondir tes fins de mois. Quand tu connais les bécanes qui vont courser, ou qu’on te file un bon tuyau, t’es quasi certaine de rafler la mise. C’est grisant, presque jouissif. Et chut, faut pas le dire, mais un jour t’as concouru. Puis un autre. Et un autre. Pas trop souvent, juste de temps en temps. Mais putain, ce que ça fait du bien de tout laisser voler, de juste rouler, rouler, rouler, sans se soucier d’autre chose que gagner.

T’as déniché un studio, aussi, un peu miteux, pas bien grand, mais c’est suffisant. Y a de quoi caler un futon et vivre confortablement, tranquillement. Que demander de plus ?

Ouais, t’es heureuse, Butch.

Alors qu’ils se mettent leurs attentes bien profond où tu penses.

Tu vis pour toi.
Pas pour eux. Plus pour eux.

— *** —

Dans un coin de l’appart, Boomer cogne le sac de frappe que tu lui as offert pour votre emménagement. Il est rouge vif. T’y as dessiné des motos et tu sais qu’il lui plaît. Des fois, tu lèves la tête de ta caisse à outils et tu lui jettes un œil. Ah, elle est belle, Boomer, quand elle se défoule à en perdre l’âme. Y a rien de plus beau, oui.

Vous avez trouvé cet appart y a pas si longtemps. Quand t’as commencé à lui donner quelques adresses. Pour qu’elle se fasse un nom dans le milieu des combats de rue. Toutes les deux, vous parlez pas des problèmes d’argent, mais t’as bien vu que c’était difficile et elle est belle, Boomer, quand elle se bat. Alors tu l’as aidée. Ton bookmaker touche un peu à tout, c’était facile. Juste quelques mots aux bonnes personnes. La voilà qui s’élance. La voilà qui saisit sa chance.

Habiter ensemble, c’était la suite logique.

Le sac de frappe grince et heurte le mur. Silencieuse, tu te lèves et viens te mettre derrière, places tes mains comme Boomer te l’as appris pour le tenir, lui, et l’aider, elle. Un sourire. Vous pourriez rester comme ça des heures durant.

— *** —

Elle est belle, Baby.

C’est une soirée comme une autre. T’es sortie pour échapper à ton quotidien, à l’ennui d’une journée trop banalisée. Quelques verres et de nombreuses clopes plus tard, tu manques de te faire éborgner par un petit bout de femme rousse qui fait le pas de danse du robot rouillé. Elle rit, trop fort. Et ça te fait sourire. Elle est mignonne.

« Tu t'appelles comment ? »

Tu te demandes un instant si elle va répondre.

« 'ie, maislesgenm'appellentbabyyyy »

Haussement de sourcil. Tu la rattrapes par les coudes quand elle s’accroche à toi et glisse. Il te faut un instant pour décortiquer les syllabes qui se sont écrasées entre vous deux. Baby, c’est ça ? C’est joli. Pas très japonais. Mais elle n’a pas l’air très japonaise non plus, avec ses boucles rousses et ses traits occidentaux. Elle est vraiment très mignonne, oui. Tu te demandes ce que ça ferait de l’embrasser.

« etoi ?

- Butch. Bu-tch.

- boutchi ? »

Un rire qui t’échappe. Le sourire jusque dans le pli de tes paupières. Avant, ça te gavait qu’on déforme ton prénom. Maintenant, tu t’en cognes un peu. Et puis son accent est mignon, un peu trop aigu, comme un arrière-goût de bonbon acidulé. T’aimes, ça sonne pas si mal. Finalement, elle est peut-être bien japonaise.

« Ouais. Boutchi ça marche aussi. »

Elle brille, Baby.

— *** —

Boomer se passe de l’eau sur le visage, peut-être dans l’espoir d’en ôter les dernières gouttes de sang séché. Elle a l’habitude mais ça ne doit pas être agréable. C’est ce que tu te dis en lui tendant une serviette. Geste bien rôdé. L’habitude, ouais. C’est devenu votre habitude.

Les combats se passent bien. Les paris, encore mieux. D’arènes improvisées aux ruelles sordides, en passant par les vraies salles, tu l’as jamais vue se démonter, elle a toujours tout donné. Et ça paie. Oh, ça paie vraiment très bien. Même si en retour elle écope de trop de coups pour être comptés. Même si parfois tu dois la conduire à l’hôpital pour se faire remettre en place et soigner. On vous a posé des questions. On t’a demandé si elle s’était faite agresser. Ah. Boomer. Se faire agresser. Mais bien sûr. Ça te fait sourire.

Elle rend chaque coup, Boomer. Et elle continue jusqu’à s’user les os, jusqu’à se faire connaître et apprendre les ficelles du métier.

Toi, t’es toujours dans son ombre. Tu ne sais peut-être pas te battre comme elle, mais à force, t’apprends quelques trucs. Sur les paris de ce milieu. Sur ce qu’on peut et ce qu’on ne peut pas faire. Sur les gens qui traînent dans ce genre d’endroits. Sur les adversaires potentiels de Bo. Ouais, t’apprends pas mal de trucs. A te défendre aussi. Pour mieux la défendre, elle. Pour mieux la connaître, aussi. Pour partager quelque chose de plus, quelque chose encore.

C’est le début de quelque chose, tu ne sais pas encore quoi mais ça va être grandiose.

— *** —

T’as peur, Butch.
Putain, t’es totalement flippée, même.

Tu sais que tu dois le dire. Tu sais que Boomer ne t’en tiendra pas rigueur. Tu le sais. Mais c’est comme si le prononcer à voix haute allait rendre les choses plus… réelles. Vraies. Et ça, ça craint mais ça te terrifie. Inspire. Expire. Tu peux le faire.

L’air de rien, tu restes accroupie devant la moto que t’es occupée à trafiquer depuis quelques jours. Et tu te lances.

« J’ai craqué sur une meuf, tu sais. »

Les premiers mots. Ta respiration qui se coupe. Tu peux le faire.

« Elle s’appelle Baby. » Tu ne peux pas t’en empêcher : tu souris. C’est rare, pourtant, de te voir sourire comme ça. Un vrai sourire, pas une moue un peu tordue. De ceux qui te creusent une petite fossette, juste là. Elle te met des paillettes dans les yeux et sur le cœur, ta Baby. « J’sais pas si c’est son vrai nom, ou si elle veut qu’on l’appelle comme ça. Et je m’en cogne, j’ai pas demandé, elle a fait pareil pour moi. »

Ouais. Elle ne s’est jamais moquée de ton nom, Baby. Elle a toujours du mal à le prononcer, mais pas une seule fois tu n’as entendu de la moquerie ou ne serait-ce qu’une once de raillerie. Pour elle t’es Boutchi et puis point barre. T’as jamais été aussi heureuse d’entendre ton prénom être maltraité.

« Elle se traîne un con en béret. Son meilleur pote. Burden, si je me rappelle. Il est cool je crois, j’ai pas fait gaffe. »

Et tu t’en fous, en fait. Ce Burden n’est pas important. Celle qui compte, c’est Baby. Parce qu’elle te fait sentir, ressentir des choses, des tas de choses. Parce qu’elle te fait vivre et te donne envie de sourire. Son meilleur ami, tu l’as croisé une ou deux fois pour le moment. Tu l’aimes pas spécialement, il ne t’intéresse pas vraiment. Pour l’instant.

Parce que, tu ne le sais pas encore, mais c’est le début de vous quatre.

— *** —

Ton verre tinte contre un autre. La musique tisse l’ambiance en fond sonore mais tu l’entends à peine. Tes yeux sont perdus sur l’acte de vente, sur les papiers qui certifient que, oui, le bâtiment est toi, oui, l’affaire est à toi. Il y a ton nom. Noir sur blanc. Il y a ta signature. Noir sur blanc. T’as réussi. Ça mérite une nouvelle gorgée de scotch, que tu à peine passer et brûler ta gorge, toute à ton exultation. T’as réussi.

Ça t’a pris du temps, beaucoup de temps. Ça t’a usée jusqu’à la moelle, jusque dans tes os. T’as tout donné, tout ce que t’avais et plus encore. Boomer t’a aidée, bien sûr. Baby aussi. Même Burden s’y est mis. Il ferait un bon marchand de tapis le bougre. Tu ne pourras jamais assez les en remercier. Parce que c’est grâce à eux, tout ça.

Parce que c’est grâce à eux que t’as réussi, si l’acte de vente est entre tes mains et pas ailleurs, si tu vas pouvoir faire ce que t’aimes sans le devoir à quelqu’un d’autre. Enfin. Enfin.

Oh, qu’est-ce que t’es fière, Butch, putain. T’as réussi.

Tu l’as ouvert, ton garage, ça y est.

— *** —

Ça fait bizarre.

Au début, t’y as pas trop réfléchi. C’est la suite logique, après tout. Vous avez grandi. Vous êtes entrées dans la « vie adulte », aussi con que ça puisse paraître. Et puis, t’as Baby qui vient souvent à la maison, qui a installé des affaires dans ton placard et sur ton bureau. Et Boomer a aussi ses propres histoires. Donc, ouais. C’est logique. Alors pourquoi est-ce que ça fait mal ?

C’est une pointe, dans ta poitrine. Comme une lame, qui te transperce. Ça te coupe un peu le souffle pendant que t’empiles les cartons et que tu ranges les dernières affaires qui traînent.

Butch et Boomer, c’est pas fini.
Ça peut pas être fini. Vous déménagez juste. Chacune de son côté.
Ça ne veut rien. Rien dire du tout. T’as peur pour rien, Butch. C’est juré.

— *** —

Un choc. Le bruit sourd d’un corps plaqué contre la porte d’entrée. Tu coinces la gorge de ton frère de ton avant-bras, ton genou tout contre ses couilles. T’es trop tendue. Tes muscles sont crispés à en trembler et tu le serres fort – un peu plus et il aurait du mal à respirer. Rien à foutre.

« Qu’est-ce que tu fous là, Rui-nii ? »

Ah, les habitudes ont la vie dure. Tu voudrais l’insulter, le jeter à la rue. Lui hurler après. Pourtant, tu te contentes de lui donner du Rui-nii.

« J’ai besoin d’un endroit où rester quelques nuits. Tu ferais bien cette faveur à ton grand-frère, Boutchee ? »

Tu serres la mâchoire à en grincer des dents. Sa gorge pulse contre ton coude. T’as envie de la lui enfoncer, qu’il se taise et te laisse en paix. Connard. Il a fallu qu’il te suive jusqu’ici. Il a fallu qu’il te retrouve après tout ce temps. Connard. Connard. Connard.

« Connard. Essaie encore une fois de rentrer chez moi par effraction et je te fais bouffer tes couilles. Crues.

- C’est un oui ? »

— *** —

Tu comptes jusqu’à dix, lentement, et tu ouvres les yeux.

Elle est toujours là. Putain de flaque de pisse juste dans l’entrée. Putain de chat. Tu grognes et te résous à aller chercher de quoi nettoyer la catastrophe. Un mouvement, l’éclat jaune d’un regard perçant, quelques touffes de poils gris qui volent. Tu tends le bras juste à temps pour attraper l’engeance démoniaque qui te sers d’animal de compagnie.

« Vraiment, Burden ? T’étais obligé de faire ça ? »

Ouais, t’as appelé ton chat Burden. Comme l’autre con en béret avec qui tu passes de plus en plus de temps. Au début, c’était une blague pour l’enquiquiner. Une idée de Baby. Toi, t’avais pensé à Martine. Mais Burden, c’est définitivement plus amusant.

Burden a chié sur mes pompes.
Burden a foutu des poils partout, c’est relou.
Burden a fait ses griffes sur mes rideaux, je vais devoir les changer.
Burden a rendez-vous pour se faire castrer, aujourd’hui.


Ouais, c’était une bonne idée. Puis avec le temps, c’est devenu une habitude, et le chat ne répond plus qu’à ce nom alors bon.

A la base, t’en voulais pas. Il s’est juste installé dans ton cœur comme une poussière impossible à déloger. Tous les jours, il était là, au garage, à pisser partout et à se frotter contre tes jambes pour un peu de bouffe et une gratouille derrière les oreilles. T’as fini par céder. Faut croire que t’as le cœur tendre, hein, Butch ? Maintenant, tu te retrouves avec une saleté de monstre, un bâtard de persan et de quelque chose d’autre, qui déteste tout et tout le monde, mais te suit partout sans faillir.

Brave bête. T’adores le voir feuler et cracher sur le « vrai » Burden. La tête qu’il a fait quand le chat lui a régurgité une boule de poils sur les genoux était juste épique.

« Ta litière est à moins de deux mètres. Faut que t’arrêtes ça, sérieux, t’as un problème pour viser ou quoi ? »

Miaulement. Grondement. Ah. Tu le lâches précipitamment quand il sort les griffes et te lacère la joue. Une goutte de sang perle. Puis une autre. Ah. Ouais. Bon. Toujours aussi sauvage, le matou. Tu comptes jusqu’à dix, lentement, et tu respires – ça va aller.

— *** —

Boomer a eu une idée.
Ou peut-être que c’était Baby.
Ou alors Burden. Ou toi ?
Vous avez eu une idée.

Tu ne te souviens plus d’où c’est venu, mais vous avez eu une sacrée bonne idée. La Toile Rouge, que ça va s’appeler.

— *** —

« Vous savez, ça va déjà mieux, hein. »

Franchement, t’aimerais t’enfoncer six pieds sous terre. T’as jamais été particulièrement maladroite pourtant il a fallu que tu trébuches sur une caisse à outils dans le bordel mal organisé du chantier du bar. Et que tu t’évanouisses juste après. Gé-ni-al. Baby a insisté pour te conduire à l’hôpital et te voilà, à moitié nue devant le doc’ qui étudie tes radios.

« C’est ma copine qui voulait pas prendre de risques mais c’était pas grand-chose.

- A priori vous n’avez rien de cassé. »

Ah. Tant mieux. Tu t’imaginais déjà devoir crécher ici et ça, c’est hors de question, y a trop de travail qui t’attend entre le garage et le chantier. Tu commences déjà à te rhabiller.

« En revanche » comment ça en revanche ? « au niveau de votre sein, il semble qu’il y ait une petite grosseur. »

Silence. Le tissu de ta chemise glisse à nouveau sur tes épaules et tu clignes des yeux.

« Ah bon ? »

Il se tourne vers toi, un sourire qui se veut rassurant aux lèvres. T’as jamais aimé les fausses mines de circonstance du corps médical. T’as jamais aimé l’hypocrisie, en fait.

« Ça vous ennuie que je regarde ?

- Non, non. »

Le contact froid des gants te ferait frissonner si ton esprit n’avait pas bloqué. Une grosseur. Dans ton sein. Quoi ? Non.

« Ça fait la taille d’une cerise, je dirais. Regardez, touchez. » Il t’aide à trouver l’endroit du bout des doigts. Une grosseur. Dans ton sein. « Vous sentez, là ?

- Hn.

- Vous ne l’aviez jamais sentie avant ? En mettant votre soutien-gorge ou en vous lavant ?

- Non. » Probablement parce que tu ne mets jamais de soutif. Et que tu préfères caresser la poitrine de Baby que la tienne, on va pas se le cacher. « Qu’est-ce que c’est ?

- On va faire des examens complémentaires pour le déterminer. Ça peut être un tas de choses. »

Un cancer ?

T’oses pas le dire mais ça tourne dans ta tête.

« Vous pouvez vous rhabiller. Vous êtes suivie régulièrement par un gynécologue ? » Tu secoues la tête. Non, pas vraiment. Ta santé, tu la surveilles de loin, sans trop y faire attention. Pour la première fois, tu commences à regretter. Il ne bronche pas, ne t’engueule pas non plus – il a dû en voir d’autres. « Bon, voilà ce qu’on va faire. » qu’il reprend. « On va demander une mammographie, une échographie et une biopsie. Les résultats peuvent prendre quelques temps, surtout pour la biopsie, donc surtout ne vous affolez pas, d’accord ? Et n’allez pas regarder sur internet, on y trouve tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi en fait, de nos jours. » Il te sourit, l’air concerné, et remonte ses lunettes sur son nez en s’approchant. Comme pour te soutenir par sa présence. Tu te retiens pour pas lui en mettre une. T’as déjà dit que t’aimais pas l’hypocrisie de façade ? « Ca va bien se passer. »

Menteur.

— *** —

« Bonjour Tsukinami-san.

- Bonjour docteur. »

Salut formel de circonstance, il s’incline et se rassied à son bureau.

« Merci d’avoir pu vous libérer rapidement. » Il ouvre le dossier posé sagement devant lui. Ton dossier. Tu peux lire ton nom sur l’étiquette. Y a comme une bulle d’angoisse qui monte dans ta gorge. « Les résultats de la biopsie sont arrivés et ils ne sont pas bons.

- … Est-ce que c’est un cancer ? »

Les mots sont sortis avant que tu puisses les retenir. Ils t’ont échappé, les traîtres.

« Oui. »

Ah.

« Vous avez un cancer du sein. »

Tu pensais être submergée par la peur et la colère, noyée par des sentiments que tu ne maîtriserais pas. Au lieu de quoi, tu ressens à peine un pincement. C’est comme… si tu étais vide, complètement vide. Oh, il y a bien de l’appréhension, quelque part. De l’incompréhension, aussi, peut-être. Mais surtout de la résignation. Tu t’y connais pas trop, rayon émotions, mais c’est pas normal de presque rien ressentir, non ?

« Il va falloir envisager très rapidement un rendez-vous chez l’oncologue, pour déterminer le traitement. Dans un premier temps je suppose qu’il va vous proposer une chimiothérapie. Nous allons devoir vous faire un bilan sanguin complémentaire- Tsukinami-san ? »

Tu clignes des yeux. Sa voix est assourdie, comme s’il te parlait à travers plusieurs épaisseurs.

« Vous serez très bien prise en charge, ne vous en faîtes pas. Un cancer du sein c’est un combat, et vous allez le gagner. On a fait d’énormes progrès dans le domaine, vous savez. On guérit de plus en plus de cancers aujourd’hui. Être entouré c’est une des clés, vous aurez besoin de l’appui de vos proches. Vous êtes toujours avec votre compagne ? »

Ta compagne, oui.
Putain. Comment tu vas pouvoir annoncer ça à Baby ?

— *** —

C’est long, une chimiothérapie. Et c’est dur. Ça te donne envie de gerber rien qu’à y repenser. Huit séances à trois semaines d’intervalle. Six putains de mois à croiser les doigts et prier des dieux auxquels t’as jamais crus.

Rester assise sur le fauteuil de l’hosto, le cathéter branché à la perfusion, à regarder s’écouler ce qui est supposé te sauver la vie, ça t’a très vite foutu le cafard. Tu pleurais souvent, le soir, sous la douche ou dans ton lit, quand personne ne pouvait te voir. Tes cheveux ont commencé à tomber une quinzaine de jours après le premier rendez-vous. Tu as tout coupé dans la foulée, incapable de supporter de les voir s’arracher par poignées. Et puis les sueurs froides. Et puis la fièvre. Et puis les nausées. Et puis les douleurs jusque dans les os. Ça t’a mise à terre, Butch.

T’as bien failli tout foutre en l’air et abandonner. Mais, ah, ils t’ont pas laissée faire. Boomer. Burden. Ta Baby. Ils t’ont pas lâchée. Sans eux, le garage n’aurait pas tenu le choc non plus. Sans eux, le bar n’aurait pas vu le jour. Sans eux, tu serais probablement déjà six pieds sous terre.

Mais ça va maintenant.

Avant la chimio, t’as eu droit à une mastectomie totale. Cancer du sein stade 3. La tumeur s’étendait sur une grande partie de ton sein droit. L’intervention a été décidée en urgence. Les médecins ont préféré procéder à l’ablation pour le côté gauche également, dans un but prophylactique. Tu n’as plus de poitrine du tout, même plus de tétons. Mais t’es guérie et c’est tout ce qui compte. Oui, ça va maintenant. Tu vires juste parano les veilles de contrôle.

— *** —

Les verres qui trinquent, les rires qui sonnent et résonnent. Ce soir, c’est le grand soir. Ce soir, c’est la fin du prologue, le début du premier chapitre. Le chantier est fini, les dernières vérifications ont été effectuées. Vous allez tous devoir mettre la main à la pâte le temps de vous faire une vraie clientèle, le temps de devenir un peu plus connu et de vous forger un nom. Mais ça y est, la Toile Rouge peut ouvrir.

T’aimes bien l’ambiance calme de la grande pièce, la bande son des siècles passés. Avec ses murs tapissés, ses banquettes lustrées, la décoration chic et posée, l’éclat du piano, l’ambiance rétro des néons, ça te rappelle un peu le Cell Block où tu vas voir Baby danser. Ça a l’air de rien comme ça. D’un bar, peut-être même d’une enseigne. D’un endroit où l’on vient boire et se relaxer.

Et puis il y a les portes de derrière.

Vous auriez pu continuer votre petit jeu longtemps, avec Boomer. Planquées dans la crasse et la boue, à enchaîner les paris à la sueur de votre front. Mais vous y avez inclus Baby et Burden et vous voilà à prendre votre essor, quitter la terre trop ferme pour un ciel de poudre et de paillettes. Cet endroit, avant d’être un bar, c’est une toile, la Toile. Parce que c’est grâce au réseau que tout tient, que Bo pourra dealer une chose bien plus précieuse que la drogue, l’alcool ou les putes. Parce que c’est grâce au réseau que les informations circuleront, passeront de main en main, de bouche à oreille et atterriront toutes dans sa poche. Parce que c’est grâce au réseau que le ring, les tables de jeux et les courses de bécanes attireront autant de monde, seront aussi rentables.

Parce que c’est grâce au réseau que tout se joue et se jouera.

Baby se love contre toi, Burden rit fort – trop. Et tu te laisses même aller à sourire à Boomer. Vous quatre, vous avez commencé ensemble et si vous deviez tomber, ce sera ensemble aussi.

— *** —

Elle te nargue. Posée, là, sur la table basse. Enveloppe rose, papier blanc. Les mêmes mots noirs qui se courent après. Boomer a dû oublier de la ranger. Tu ne vois que ça. Cette foutue lettre et Hiroki.

« Bonjour… Tsukinami-san, c’est bien ça ? »

Tu le toises, fronces les sourcils. Il a l’air de rien comme ça. D’un gars comme un autre, lambda, ordinaire. Normal. Tu ne t’y laisses pas prendre.

« Hn.

- Euh… Enchanté. Je suis ravi de faire ta connaissance, Bo m’a par-

- Boomer. »

Il cligne des yeux. Tu croises les bras.

« C’est Boomer. T’avises pas de la blesser, Hiroki. Ou j’te le ferai payer au centuple. Clair ? »

Un mouvement dans ton dos. Boomer passe son bras autour de ton cou, colle sa tête à la tienne. Elle sourit.

« Rassure-moi Butch : tu sais que t’es pas ma daronne, hein ? »

C’est seulement maintenant que tu te rends compte que ton corps tout entier est tendu, tes muscles crispés comme dans l’expectative. De quoi ? Devoir le frapper ? Peut-être. Si elle te le demande, tu le feras sans hésiter ni broncher. Mais elle a l’air bien pour l’instant, alors tu te détends. Un peu. Et tu surveilles Hiroki du coin de l’œil. Il a l’air gêné, se frotte nerveusement les cheveux de la main.

Tu le sens pas, ce gars.
Il va vous apporter des emmerdes.

— *** —

Réponds Baby. Réponds.

Tes doigts pianotent nerveusement sur le comptoir du bar. Rien n’a été vraiment endommagé ici, heureusement. Quelques dégâts, rien d’irréparable. Vous n’aurez pas trop de travail pour remettre tout en place. Shukumei a épargné la Toile Rouge.

Réponds Baby. Réponds.

Boomer va bien.

Réponds Baby. Réponds. S’il te plaît, réponds.

Burden va bien.

Baby… Réponds Baby, réponds !

Toi aussi tu vas bien. Mais t’as pas de nouvelles de Baby.

— *** —

« Butch, c’est Boomer. »

Sa voix est grave. Elle tremble un peu, aussi. Tu ne l’as jamais entendue comme ça.

« Ecoute-moi bien attentivement. »

T’acquiesces en silence de l’autre côté du fil.

« N’oublie rien de ce que je vais te dire. »

Ça doit être vraiment grave, pour qu’elle soit aussi précautionneuse. Tu t’attends à tout et à rien, tu ne sais pas ce qui s’est passé, ce que tu vas devoir faire, mais t’es prête à tout pour elle.

La requête te percute comme un train de marchandises lancé à grande vitesse.

Tu n’as pas vraiment peur pourtant, même si tu devrais. Esprit morcelé, cœur en balance. Le silence est choqué. Tu penses que, normalement, tu devrais ressentir de la crainte et de l’horreur, de la colère aussi. Au lieu de quoi, il y a juste un pincement. Et une froide détermination.

« D’accord. »

C’est tout ce que tu dis avant de raccrocher. Rien de plus, rien de moins. Personne ne tombera. Aucun d’entre vous ne tombera. Pas si tu peux l’empêcher.

Et tu le peux, pas vrai ?
C’est pour ça que Boomer t’a appelée. Tu le peux.

— *** —

Regarde-toi.
Regarde-toi, Butch.

T’as pas fait gaffe au début. Trop prise par l’adrénaline. Trop choquée pour réaliser, peut-être. Non. C’est faux. T’étais pas choquée. Tu savais parfaitement. Tu sais parfaitement. Vous avez tué quelqu’un. Oh, t’y étais pas, mais c’est tout comme, pas vrai ? Vous avez tué quelqu’un, maquillé les preuves, tout fait pour qu’un autre tombe à votre place. Depuis, vous attendez.

T’as pas fait gaffe au début. Embarquée dans le système judiciaire. Embrigadée par l’enquête. Les flics aux portes de la Toile, sur le pas de la porte de Boomer. Et de preuve en preuve, d’interrogatoire en interrogatoire, la soirée s’est tissée, a pris forme sous leurs yeux. Oh. Ils ne sauront jamais. Non. Tu t’en es assurée, pas vrai, Butch ?

« Non, j’étais pas là. »

Bien sûr que si.
Mais ils n’ont aucune raison de te soupçonner.

« J’étais chez moi, devant la télé avec mon chat. »

Bien sûr que non.
Mais ils n’ont aucune raison de te soupçonner.

« Ouais, bien sûr que je connais Ijima. Il était toujours dans les pattes de Boomer – Bo. Il la draguait. S’est jamais vraiment remis du vent qu’elle lui a mis, je crois. Je me suis pris la tête avec lui, une fois. Il la collait trop, une vraie glue. C’était insupportable. » Froncement de sourcils. Moue savamment dosée. « Mais on l’a perdu de vue après le lycée. » Haussement d’épaules. « J’sais pas trop ce qu’il a fait de sa vie depuis mais il s’est pointé au bar une fois. Il était pas méchant, voyez ? donc, bon, on l’a laissé rester. Il faisait de mal à personne… Puis il s’est mis à bosser pour des gens louches, un peu craignos, et il est devenu bizarre. Enfin, encore plus bizarre. »

Fais attention, Butch.
Fais attention, n’hésite pas, ne trébuche pas.
Ou ils pourront s’en servir contre toi et vous faire tomber.

Ça n’arrivera pas.

« Hiroki – le mari de Boomer – l’aimait pas trop. Je le connais un peu, c’est un bon gars. Un peu sanguin, mais pas méchant. Très amoureux de Boomer, ouais. Et il avait des fantasmes chelous, enfin, ces derniers temps il arrêtait pas de me parler de notre coloc. De me demander si on a été ensemble, Bo et moi. Non que ça le regarde, mais il est du genre jaloux j’ai l’impression. Vous pensez vraiment qu’il aurait pu… ? J’sais pas, j’étais pas dans leur intimité après hein. Pour ça, faudra leur demander directement. Quand même… Comment est-ce que ça a pu dégénérer à ce point ? »

Oh, tu le sais.
Tu le sais très bien.
Et si t’avais été sur place, tu l’aurais fumé sur place toi-même, le Ijima. Personne ne touche à ta Baby. Personne.

Regarde-toi.
Regarde-toi, Butch.

T’as pas fait gaffe au début. Embourbée dans ta colère aveugle. Muselée par les responsabilités. Puis les conséquences sont tombées. Hiroki condamné. Envoyé en prison.

Où il est mort, putain.

C’est un peu comme si tu l’avais tué toi-même, pas vrai ?

Regarde-toi.
Regarde-toi, Butch.

T’as tué quelqu’un, merde.

C’est ce que tu te dis parfois, c’est ce qui te ronge souvent. Tu l’as tué. C’est toi qui l’as fait condamner. Tu as posé ses empreintes sur l’arme. Tu as utilisé sa voiture. Tu as porté ses chaussures, ses vêtements, et maintenant on y sent l’odeur de brûlé, on y trouve un peu de poudre. Tu l’as envoyé en taule donc tu l’as tué. T’es coupable, Butch. Et tu regrettes pas, non. Tout pour les tiens. Tout pour Baby, Boomer et Burden. Tout pour la Toile. Tout pour vous. Tu regrettes pas et ça, c’est ce qui te fait peur.

Jusqu’où êtes-vous prêts à aller ?

Dans l’eau boueuse nous tombons
Dans l’eau boueuse nous rampons

Teare B. Jefferson
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : fuck la police. ❤︎
Autre: ava : len-yan, deviantart
posté
le Jeu 18 Juil - 23:13
par Teare B. Jefferson
Baby, is that lost on you ?  || Butch 2432113367
Birdie Bradshaw
Messages postés : 52
Inscrit.e le : 16/10/2018

★
posté
le Ven 19 Juil - 0:02
par Birdie Bradshaw
...

Je me suis fait voler le first post de l'amour de ma vie par un nain en couche-culotte.

Mixed feelings right now Baby, is that lost on you ?  || Butch 4209819182
Butch Akikazu
Messages postés : 36
Inscrit.e le : 18/07/2019
posté
le Ven 19 Juil - 0:07
par Butch Akikazu
Tu restes ma préférée, Babe de mon cœur. ♥ C'est pas un gosse, aussi mignon soit-il avec ses airs de chérubin, qui pourrait te voler la vedette. ♥

(jevousaime)
Corvus Aoki
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Fiancé, gnéhéhé.
Autre: Corvus vous méprise en #993300 •
posté
le Ven 19 Juil - 7:44
par Corvus Aoki
Baby, is that lost on you ?  || Butch 1984817200 Si hâte d'en lire plus ! Baby, is that lost on you ?  || Butch 2837704232
Bo D'Elia
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Inscrit.e le : 01/12/2018

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : roue libre
Autre:
posté
le Ven 19 Juil - 8:43
par Bo D'Elia
MA BUTCH MA BEBEE MA PRÉFÉRÉE ♡♡♡
Ollie Alta
Messages postés : 159
Inscrit.e le : 08/03/2018

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se :
Autre: cause en #CC6666. Bosse chez un fleuriste. Aussi menteur que mignon. Aime le rose. Et les lapins. Et aimer, tout simplement.
Veuf noir
Veuf noir
posté
le Ven 19 Juil - 10:56
par Ollie Alta
Je le savais, ça se joue au chantage ici Baby, is that lost on you ?  || Butch 4200135721

Bon courage avec le nouveau bébé 👀
Kaori Vanzine
Messages postés : 2874
Inscrit.e le : 07/04/2014

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Sergei Vanzine
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Mrs. 4x4
Mrs. 4x4
posté
le Ven 19 Juil - 15:54
par Kaori Vanzine
Re-bienvenue et bon courage pour ta fiche o/

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

En ce moment je suis au ralenti
Baby, is that lost on you ?  || Butch Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
Butch Akikazu
Messages postés : 36
Inscrit.e le : 18/07/2019
posté
le Lun 22 Juil - 0:01
par Butch Akikazu
MA BOOMER T'ES VENUE M'ACCUEILLIR ♥ JTM J'ESPERE QUE T'ES PRETE A ME SUPPORTER
Merci à tous Baby, is that lost on you ?  || Butch 1362171446

La fichette avance doucement (je m'étais promis de pas m'inscrire sans l'avoir terminée mais j'ai pas su respecter ça, trop hâte de voir le B-BANG au complet Baby, is that lost on you ?  || Butch 3912395661)
Banpei Fujiyo
Messages postés : 441
Inscrit.e le : 08/05/2014
Exploseur de Mots
Exploseur de Mots
posté
le Lun 22 Juil - 16:48
par Banpei Fujiyo
B-BANG Assemble !
Grouille par contre, parce que je veux lire
Butch Akikazu
Messages postés : 36
Inscrit.e le : 18/07/2019
posté
le Sam 27 Juil - 9:25
par Butch Akikazu
Baby, is that lost on you ?  || Butch 4209819182
Edit : quasi fini, promis Baby, is that lost on you ?  || Butch 4115966937
Carmine S. Bellandi
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Buldozer diplomate
Buldozer diplomate
posté
le Dim 28 Juil - 20:18
par Carmine S. Bellandi
T'as oublié un " tu " là : Tu ne comptes plus les taloches que lui as foutues.
Et cette ref à Aladin. Baby, is that lost on you ?  || Butch 3998388675

Rebienvenue, hâte de voir la butcherie en action. Baby, is that lost on you ?  || Butch 2078551763

Pré-validation par Carmine
Votre fiche a été pré-validée par un modérateur, un administrateur passera sous peu valider officiellement celle-ci.


▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬


So if you want to push, I'm a shove || If you want to spar we can do it no gloves || And if you're gonna run at me you better do it hard || 'Cause I fear no fall, no brawl, no scars
I'm two pounds shy of a bomb || I'm one shade short of alarm || I'm too past wrath that I'm calm || Got two last laughs in my palms

And all around the sirens play
Don't get in my way
◀◀    ❚❚  ▶▶



Yzma, spirit animal:
Makoto Nanase
Messages postés : 4332
Inscrit.e le : 10/10/2016

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Kiyohi Nanase
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?

★
posté
le Dim 28 Juil - 20:21
par Makoto Nanase
Baby, is that lost on you ?  || Butch 1353670443

Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

N'oubliez pas :
• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
• Si vous souhaitez trouver des partenaires pour vous lancer, n'hésitez pas à faire un tour par ici ! ♥
• Dans l'ordre, vous pouvez faire une demande de conjoint ici, ensuite vous faites une demande d'habitation ici et enfin, vous pourrez valider votre mariage ici.
• De faire un peu de pub autour de vous pour le forum et de voter régulièrement aux tops sites. ♥

& Surtout, AMUSEZ-VOUS !

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Baby, is that lost on you ?  || Butch 4qQG8D4
Merci Lucci pour le kit Baby, is that lost on you ?  || Butch 1647638966

Spoiler:
Ce qu'ils ont dit ♥️:
[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
Baby, is that lost on you ?  || Butch Ld7d
Baby, is that lost on you ?  || Butch BbNTuR8
Le plus beau compliment ♥️:
Baby, is that lost on you ?  || Butch Cn3Ckyx
Baby, is that lost on you ?  || Butch 1EPYLUw
Baby, is that lost on you ?  || Butch DfzeUm9


La famille ♥️:
Nanase's family:
Baby, is that lost on you ?  || Butch E9mgMerci à Aria ♥️

Game of Nanase et activité familiale:
Baby, is that lost on you ?  || Butch 3OXEfcUMerci à Driss ♥️

Merci Karlito ♥️:
Baby, is that lost on you ?  || Butch Ea0v9qn

Merci Oz ♥️:
Baby, is that lost on you ?  || Butch YqECw0j
Butch Akikazu
Messages postés : 36
Inscrit.e le : 18/07/2019
posté
le Dim 28 Juil - 20:23
par Butch Akikazu
Jpp. Vous êtes tellement au taquet. Baby, is that lost on you ?  || Butch 128457956

Oubli corrigé sir, yes sir Baby, is that lost on you ?  || Butch 4115966937
Je suis agréablement surprise de voir que c'est le seul en vrai Baby, is that lost on you ?  || Butch 517494357 j'ai dû me relire quinze fois au moins et à chaque fois y avait encore des mots manquants ou des fautes d'inattentions jpp.

MERCI POUR LA PRE-VALIDATION CARMINOUCHE ♥
ET POUR LA VALIDATION MAKOKOTTE ♥ (tqt je te réserve Inari, en espérant que personne te le vole)
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posté
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