Banpei Fujiyo
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le Dim 21 Juil - 23:03
par Banpei Fujiyo
Banpei FUJIYO
"La Toile Rouge, c'est quatre personnes, un brelan et un branleur"

Généralités
Nom ;; FUJIYO
Prénoms ;; Banpei (seulement dans l'administration ; dans les faits, dans ses cercles, c'est Burden)
Âge ;; 31 ans (25 Juillet)
Genre ;; Masculin
Origines ;; Japonaise
Activité ;; Croupier et gestionnaire de la Toile Rouge
Sexualité ;; Hétéro
Avatar ;; Thomas Shelby
Règlement ;;
Chemin ;; Re.boot
Commentaire ;; Dédicaces à Boomer, dédicaces à Butch, dédicaces à Birdie o/
Histoire


4/7
Casse


Ce soir, je veux respirer enfin, un grand coup, relâcher l’entièreté de ma vie dans un grand soupir, et relâcher entièrement tout ce que je retiens dans les burnes dans le petit con de cette fille ; je l’ai pêchée, la splendeur, dans ce qu’on m’avait dit être un mauvais quartier. Je lui ai dit de me suivre dans mon hôtel, elle a dit que c’était trop loin, qu’elle ne pouvait pas bouger de la rue, sans plus d’explication. Un truc de mac, certainement. Pas grave, je la ferais rosir dans cette rue ou dans une autre. Elle me désigne un truc moche, un petit hôtel de briques, indigne d’être appelés une habitation, on s’y est rendus, on a payé, la chambre est miteuse à souhait, pas très éclairée, un plancher nase, et le lit grince. A la limite, savoir qu’il va grincer, c’est pas un mal. Je vais le faire grincer sévère. Elle fait vraiment très jeune, mais les Nippones de toute manière, n’ont qu’un visage de vieille à cinquante balais. Faut profiter, alors. Maintenant qu’on est rentrés, je frappe un peu dans mes mains, et je la pose, assise, sur le lit.

“Tu veux te… ?”

  Elle me regarde, elle comprend à peine mon japonais. Je grogne, je m’assieds à-côté d’elle, puis je la prends soudainement d’une main bien placée, je pose la poupée sur mes cuisses, je la fais remonter encore un peu pour qu’elle soit pile sur m… voilà, parfait.

“Tu peux commencer à bouger.”

  Je l’aide au début, pour lui faire comprendre ce que je voulais ; les mains posées sur les hanches, je la fais aller et venir sur moi. Allez petite, voilà, t’imprimes le mouvement, hmf, continue, continue, continue. Haaan, yes. Maintenant qu’elle sait quoi faire, je me permets de laisser une main libre qui va se poser vers le haut du corps, je cherche du doigt la piste d'atterrissage ; je lui souffle à l’oreille :

“Dis-moi petite, tu t’appelles comment ?” Je l’entends à peine baragouiner son prénom, je pense que je lui fais de l’effet, et que ça la gêne pour parler correctement. “Tu peux enlever ton… enfin, tu sais.”

  Je la soulève un peu de mes jambes pour lui agripper le jean, je l’abaisse d’un violent coup de poignet ; elle se débat un peu, mais je vois déjà le début d’une raie ; my god, je touche. Ma main se rapproche de la culotte blanche, j’entends des pas très rapides, je m’en fous quand mes doigts frôlent sa peau, jusqu’à ce que… VLAM, la porte se fait écraser d’un coup de pied et se ratatine contre le mur, je sursaute comme si on m’avait mordu la teub, putain ! un homme vif se précipite dans la pièce en hurlant :

“POLICE ! POLICE !”

Je vire la fille, qui hurle à son tour, de mon bassin, je lève les mains en l’air, je dis quoi quoi ?!, lui me dit de me retourner les mains contre le mur, un flingue noir sombre, immobile ! J’ai le mur en-face de moi maintenant, putain, je ferme les yeux, putain, le policier s’abaisse, me palpe la chemise, les poches, il est satisfait et de son souffle, je le comprends, se détend d’un coup.

“Vous pouvez vous retourner, monsieur.” Il n’avait pas trouvé d’arme, c’est ça ? Ces connards de keufs foutent des coups de pression pour rien !

  Je respire enfin un grand coup, je fais volte-face et je me mets debout. Ce n’est pas vraiment un policier ; sa chemise blanche, son harnais mis à la dernière minute, sa tension, le rouge de son visage… trop fin, trop élégant, trop grave, ça devait être un jeune inspecteur de police en opération. Il fait très jeune, mais sa voix grave, lente, qui hache chaque syllabe, ne laisse pas de doute. D’une main, il range son arme dans un étui de son harnais sombre, et de l’autre, il active, près de l’épaule, un talkie :

“Zone sécur... “ Il me regarde et m’ordonne : “Monsieur, asseyez-vous sur le lit, ne bougez pas.” Il se tord la nuque avec son talkie : “Oui, zone sécurisée.”
“Très bien, rapport.”, crachota métalliquement la voix venue du talkie. Je me rendis compte que la jeune fille était dans un coin de la pièce, en train de trembler, s’apprêtant à pleurer. Elle se mit à bouger en direction de la porte, mais le flic la surprit, et pointa son doigt sur elle :
“TOI, TU BOUGES PAS ! TU ! BOUGES ! PAS !” Il ponctua chaque syllabe d’une frappe violente contre le mur. Elle eut si peur qu’elle se dépêcha de retourner dans son coin, et s’affaissa sur le sol.
L’inspecteur respira fort, les yeux sur ses pompes, ses mains posées sur ses hanches, comme s’il cherchait quoi faire maintenant, et se tourna lentement vers moi. Qu’est-ce que ce type me voulait ? Me dîtes pas que je m’étais fait avoir ou un truc comme ça, c’était qui la gamine ? Lui, s’avançant, avait un sacré visage, avec des vraies pommettes, une vraie gueule, des cheveux bien peignés. Il avait l’autorité et la prestance d’un commandant, coincé dans un corps de freluquet. Je déglutis, la frayeur passée, les tambourinages du coeur calmés,  et je demande d’une voix forte :
“Qu’est-ce qui se passe, bon sang de merde ?” Le policier força à peine pour parler plus fort que moi :
“A votre avis ? Clientèle de prostitution sur mineur.”
“Quoi ?!”
“Bah…”
Le policier me désigne du doigt la pauvre forme qui tremblotte en sanglotant dans un coin : “Mais monsieur, c’est une gamine.” Là, maintenant, à la voir renifler, complètement perdue, c’était impossible de voir autre chose qu’une collégienne. Oh non putain… Non non non… “Elle est connue, on l’a déjà chopée une fois avant, mais elle continue à… fricoter.” Le flic s’alluma une clope d’un geste expert, ramena une chaise pour se placer devant moi en faisant lentement grincer le plancher bruyant, et me fixa de deux yeux bleus intense. “C’est qu’une petite merde. Mais je n’aime pas trop non plus, ceux qui paient pour se la troncher.”
“ON N’A RIEN FAIT !!!”
C’était pas possible ! J’allais pas me faire coffrer à cause d’une mioche ! Si ma femme l’apprenait, c’était ma vie entière qui était terminée ! Non, c’était impossible, complètement impossible. Je me calme, je dis : “Vous êtes au courant, n’est-ce pas, que je ne savais absolument pas que c’était une mineure. Elle ne me l’a jamais dit, n’est-ce pas ?” Je me tournais vers elle, mais elle était bien trop paniquée pour m’offrir un quelconque soutien. “Comment voulez-vous que je la voie très jeune dans le noir ? Puis, je vais pas lui demander sa carte d’identité !” Le flic, lui, souffla une épaisse fumée, neutre, blanchâtre, qui se dépêcha de caresser les traits anguleux de son visage.
“Bien sûr. Votre prénom, votre nom.”
“Burden.”
“Oui ?”
“Burden Kwan-Ho.”
“Coréen ?”
“Oui, à moitié.”
“Ok, et donc vous venez au Japon pour… ?”
“Affaires.”
“Et vous taper une collégienne.”
“JE VOUS DIS QUE JE NE SAVAIS PAS QU’ELLE ÉTAIT MINEURE !!!”
J’avais hurlé, mais pas de colère ; je me rassieds très vite, mais ça n’avait même pas effrayé l’homme. Celui-ci se pencha très lentement vers moi, en cillant à peine, et me menaça d’une voix glaciale, d’un débit de voix tranchant :
“La prochaine fois que vous me beuglez au visage, j’appelle les renforts, et on vous colle au trou sans déposition. Ok ?
“Ok.”
Très bien, il fallait rester calme. Il y avait peut-être moyen de se tirer de là. Certes, je m’étais dit qu’elle était pas très âgée, mais pas au point qu’elle était… pas baisable. Putain, putain, fallait trouver une solution. Le policier revient sur sa chaise, fume un bon coup, hoche la tête très légèrement, puis finit par dire, détachant chaque syllabe avec un soin de velours :
“Maintenant que nous nous sommes compris, je vais me présenter brièvement : je suis l’inspecteur Fujiwara, et j’enquête depuis quatre mois sur le réseau dont elle fait partie. J’imagine que vous ne savez rien dessus ?”
“Pas du tout, non, rien.”
“On ne vous a pas conseillés telle rue à telle heure ?”
“Non, j’ai agi sous le coup d’une impulsion.”
“Racontez-moi tout de votre impulsion alors.”
Il sortit un calepin, et fit tourner son stylo dans le vide pour me faire comprendre qu’il écoutait.

  Je lui raconte tout, dans les moindres détails ; il ne m’interrompt jamais, prends des notes rapides dès que je disais quelque chose d’intéressant, et ce manège dura une bonne quinzaine de minutes. Je n’avais pas à raconter énormément de choses. Je me promenais dans la rue après une journée de réunions harassantes, la nuit tombait, je voulais rentrer, j’ai croisé une femme très belle, ça m’a ouvert l’idée d’une… bonne soirée, je l’ai croisée, elle, là-bas, la petite chieuse, dans le noir, c’est tellement dur de savoir qui ressemble à quoi, elle m’a fait venir ici, et dans les préliminaires, enfin, les préliminaires des préliminaires, la porte s’était brutalement ouverte. Dès que je conclus sur son arrivée, il hocha à nouveau la tête, relut quelques-unes de ses notes et brisa le silence :
“Ok, merci.”
“Maintenant, il va se passer quoi ?”
“Maintenant, vous allez tous les deux me suivre au commissariat.”
“Comment ça au commissariat ?!”
L’inspecteur respira si fort par le nez que je me forçai à me calmer. “Monsieur l’inspecteur, c’est ridicule, vous savez tout ce que je risque ?
“Excusez-moi, mais vous comptiez baiser une enfant.”
“Je vous dis que je ne savais pas, bordel de merde !”
Mais quel connard ! Mais dans quelle merde je me suis fourré ! “Vous me faîtes pas confiance, là ? A quoi ça sert que vous m’écoutiez si vous vous en foutez ?!”
“Si je faisais confiance aux gens, je ne serais pas devenu flic.”
Il se tourna brusquement vers le tas de chiffon qui restait immobile, le nez rouge : “Toi, t’as un portable ?” Elle faisait non de la tête. “File-moi ton portable avant que tu te prennes un coup de pied au cul.” Il était si autoritaire que la fille courut lui donner son smartphone directement dans sa main avant de repartir aussi sec se réfugier au fond de la salle. L’inspecteur déverrouilla le code facilement ; il avait tenté 1-2-3-4 et ça avait fonctionné. Il fouilla quelques dossiers dedans, sembla-t-il, trouva ce qu’il cherchait puis lança un appel. Qui apparemment n’aboutit à rien, et il fut obligé de laisser un message : “Madame, excusez-moi de vous déranger, c’est à nouveau moi, l’inspecteur Fujiwara, on s’était déjà rencontrés à cause des agissements singuliers de votre fille, qui a malheureusement recommencé. Vous pourrez la récupérer au commissariat comme la dernière fois, dans l’heure, sinon, le lendemain matin. Nous aurons tous les trois une très sérieuse discussion. J’attends, Madame, de vos nouvelles, bonne nuit.” Il coupa la communication et passa le portable dans sa poche. Il retourna soigneusement son buste vers moi, toujours froid, toujours grave, toujours avec sa lenteur habituelle, les jambes écartées, les coudes posées sur les cuisses, sa bouche continuant d’émettre de grosses volutes de fumée blanche qui se retrouvaient coincées au plafond.
“Donc, comme je vous disais, je vous ramène avec moi, nous allons lancer une petite enquête, et si elle n’est pas concluante, vous pourriez rester une semaine au trou, avec procès-verbal.”
“C’est impossible ! Complètement impossible.”
“C’est obligatoire. Vous venez avec moi.”
Il se leva prestement, mais je restai assis : c’était effectivement impossible. J’avais des réunions le lendemain, jamais je ne pourrais expliquer à mes supérieurs pourquoi je n’y étais pas allé. Et si ma femme l’apprenait… ? Non, c’était impossible. Je gardais une voix blanche :
“Monsieur l’inspecteur, par pitié, ne m’emmenez pas là-bas, vous détruiriez ma carrière. Vous le comprenez ?”
“J’entends. Venez maintenant.”
“JE VOUS DIS QUE C’EST IMPOSSIBLE !”
L’inspecteur était complètement imperturbable, et il appuya de nouveau sur son talkie : “Oui, c’est moi. Emmenez la voiture, j’ai deux personnes à embarquer.”
“Bien reçu, inspecteur, on arrive.”
Oh non… Les rouages m’écrasaient, et maintenant, ils se mettaient à tourner. C’était impossible, impossible.
“S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît, écoutez-moi… Vous allez détruire ma vie pour un acte que je n’ai pas commis, et dont je ne savais rien.”
“Je ne fais pas dans le social, monsieur, j’applique seulement la procédure. Si vous ne vouliez pas d’ennuis avec la justice, ne prenez pas des jeunes putes, c’est fréquent au Japon de perdre une main là-dedans. Demandez une carte d’identité.”
Il se remit à tirer sur sa cigarette. Il n’en avait rien à foutre, ce fils de pute, absolument rien à foutre. Ces fonctionnaires de merde, harassants, qui appliquent, appliquent, appliquent, sans faire dans l’humain. Je fais quoi, je cours ? Non, il a une arme et il sait comment je m’appelle. C’est terminé. Vie détruite, hop. Le talkie sonna à nouveau, ils arrivaient bientôt. C’en fut trop… Je reniflai fort, puis je me mis à sangloter de honte… C’était pas possible, mais qu’est-ce qu’il m’arrivait ? Dans quoi je m’étais foutu ? Oh non, non, non…
“Ecoutez-moi s’il vous plaît…” réussis-je à répéter entre deux reniflements dégueulasses. Putain, je pleurais vraiment, ça m’était quasiment jamais arrivé ces dix dernières années, et là… je lâchais tout. Je regardais mes pompes, merde, avec les gouttes qui pleuvaient dessus, les mains sur le visage pour pas qu’on m’observe. J’étais au fond, heureux comme tout de pleurer, si ça pouvait être une preuve de sincérité. L’inspecteur restait silencieux. Puis soudain, il cliqua sur son talkie :
“Attends un peu.” Il soupira longuement, profondément, et s’approcha de moi. Il me posa une main compatissante sur l’épaule et me dit : “Ecoutez-moi Burden, je comprends votre situation. Ok, je comprends. Je ne peux juste pas faire autrement.”
“Je ferai tout ce que vous voulez… S’il vous plaît. Peut-on… s’arranger ?”
J’étais tellement pathétique à pleurer, est-ce qu’il avait au moins compris ? Manifestement oui, car il rit doucement, avec une pointe de gêne :
“Je… Je n’accepte pas les… arrangements.” Pour une fois, je voyais l’humanité de ce type, plutôt que sa casquette de connard rigide. Je pouvais peut-être percer un trou dans sa cuirasse pour échapper à ses griffes :
“Est-ce que vous pourriez dire à vos collègues qu’il ne s’est rien passé ? Que c’était une erreur ? J’ai jamais voulu baiser une môme, je regarde jamais de porno avec des mômes.”
“Nan nan nan.”
Il redevint le terrible et ferme inspecteur Fujiwara. Il balaya ma question de sa cigarette, avant qu’il ne la recolle dans sa bouche : “Impossible. Si je sors ça à mes collègues, ils vont sentir le pot-de-vin. Je ferais croire à personne que vous avez récupéré une pute, l’amené à un hôtel, pour simplement jouer aux cartes. C’est la direction qui va me tomber dessus.”
“Mais quoi alors ? Je peux faire quoi ?”
“Je ne sais pas.”
admit-il en levant les épaules. “C’est trop tard, c’est bouclé.” Allez, il devait y avoir une solution quelque part… Moi, je ne trouvais rien, mais je voyais bien que Fujiwara cherchait quelque chose. Il se creusait les méninges, rappelait à son talkie de continuer à attendre un peu, puis soudain, ses yeux s’allumèrent !
“Ok, j’ai trouvé. Merdeuse, approche.” Il fit signe à la fille de se ramener, et l’accompagna brutalement jusqu’au lit où il la fit s’asseoir près de moi. Nous formions une sorte de duo étonnant, elle et moi, à dix centimètres d’écart, sans oser se regarder, en-face d’une sorte de militaire tombé dans un secteur trop doux pour lui. Il se rassied sur sa chaise, moins calme qu’avant, et nous parla à tous les deux : “Voici ce que je vais dire dans mon rapport : toi, Burden, tu l’as emmenée ici, mais là, tu t’es rendu compte qu’elle était mineure, et donc, tu as refusé le rapport sexuel.”
“C’est génial ! C’est vraiment génial !”
J’aimais bien ce qu’il disait, là !
“Si on s’arrête là, cependant, ça fera une sorte d’excuse, et on me collera une enquête au cul. Donc pour que ça soit crédible, on va dire que quand tu as refusé le rapport, elle s’est agrippée à toi, t’a frappé, et tu l’as frappée en retour. Ce qui nous amène à un procès-verbal. Ca fera un bon leurre.” Il semblait assez fier de sa solution, même si aucun sourire ne venait ponctuer son visage. Il agitait les mains pour l’aider à réfléchir : “Burden, vous êtes en tort actuellement, vous risquez de la prison, peut-être plus plusieurs centaines de milliers de yens, et on devra vous garder ; sans compter que pour des procès ultérieurs qui toucheraient ce réseau, on vous ferait venir de Corée. Vous ne voulez pas ça, vous êtes d’accord ?”
“Jamais de la vie.”
“A la place, ce que je vous propose : vous avez juste frappé une fille, pas besoin de détail, de contexte dans mon rapport. Ca sera fait avec la plus grande discrétion. Je vais dresser un autre rapport, mais pour éviter d’avoir à vous retenir ou de vous envoyer du courrier chez vous, je vous propose que vous payez maintenant, et comme ça, vous en aurez définitivement terminé avec cette affaire.”
“Très bien, c’est parfait, ça me va. Combien ?”
“Quatre-vingt-dix mille yens.”
C’était une somme certaine, mais je voyais bien pire. Génial, génial, je lui demande : “Par carte bancaire, c’est possible ?”
“Ca aurait été plus simple, mais je n’ai pas de TPE sur moi.”
Il tapota son harnais pour prouver ses dires. “Alors il faudra que ça soit en cash. Il y a une borne pas loin, il me semble.” Il se tourna ensuite vers la fille : “Toi, tu mouftes rien, et je te laisse filer, j’appellerais ta mère à nouveau pour dire qu’il y a eu méprise, tu pourras rentrer chez toi, ok ?”
“Hm…”
“Ok, tu réponds.”
“Ok.”
“Bien.”


Il laissa la fille filer, puis on partit chercher l’argent à deux. Il me trouva une machine rapidement, où je retirais l’argent sans difficulté. Il écrivit un tout autre rapport qu’il signa, puis m’adressa. Je lui transmis les billets, il me laissa le procès, et nous fûmes quittes. Il s’excusa ensuite :
“Vraiment désolé de la tournure que ça a pris.”
“Au contraire… Mais je dois vous avouer que j’ai eu très peur.”
Il rigola légèrement en réponse, puis me demanda :
“Vous vous appelez bien Burden ?”
“Oui, Burden, c’est ça, pourquoi ?”
“Rien. J’aime bien votre prénom. Ca m’évoque la liberté.”
Il rangea la liasse de billets dans sa poche. “Cyao Burden.”

Je fonçai vers ma voiture de crainte d’être pris dans une autre affaire à laquelle mon coeur ne supporterait pas. Pays de merde qu’est le Japon avec ses gamines qui ouvrent leurs jambes après les dix piges passées. Je claque la porte de la bagnole, je fais démarrer le contact avec mon doigt, et je file le plus loin possible. Si j’avais regardé dans mon rétro à ce moment-là, j’aurais pu voir que ma jeune pétasse de collégienne se rapprochait du flic comme s’ils se connaissaient depuis un bail, puis lui flanquer une gifle rageuse ; et si j’avais eu l’ouïe plus fine qu’un chien, j’aurais pu entendre de la bouche de la donzelle :

“La prochaine fois Banpei, c’est toi qui te fais tripoter !” Avant que le flic Banpei ne réponde, sortant sa liasse de billets pour la tendre vers la fille :
“A Tokyo, ce genre de conneries, ça sera terminé.” C’était une promesse dite entre la honte et l’exaltation. Un soupir, là, c’était certain : “On quitte enfin notre trou à rats.”



1/7
Le trou à rats


“Vas-y ! Pose-le !” L’homme faisait un large mouvement du bras pour embrasser toute la pièce sombre, par-dessus les deux jeunes enfants, un garçon et une fille, qui s’étaient précipités pour voir la tête que faisait le dernier et nouveau frère, emmitouflé dans un drap sombre et derrière le bras protecteur de la mère qui faisait tout pour qu’ils ne l’écrasent pas sous la curiosité. L’homme n’avait pas dit ça aimablement. C’était un ton de défi tranchant, accusateur, rouge, colérique, ponctué d’une odeur d’alcool triste. Elle devait se battre contre tout le reste de la famille ?
“Les enfants, arrêtez…”
“POSE-LE !”
Il ne la laissera pas s’échapper : elle devait répondre à son injonction. Il refit le même mouvement du bras, déçu qu’elle n’ait pas réagi et fouillé la pièce du regard instantanément. Elle le fit maintenant, mais bien seulement par politesse. Elle connaissait déjà la pièce aux alentours, elle y vivait depuis six ans.

Petite pièce ridicule, si étroite qu’elle s’écrasait elle-même, si sombre qu’on avait par pitié envie d’éteindre les pauvres ampoules qui éclaboussaient pas plus qu’une pâleur morne, enlaidissant considérablement l’espace déjà à peine visible, timide, gravement malade. Les murs étaient encombrés de clous qui ne supportaient plus rien, ou de trop de choses qui fatiguaient les yeux, comme cette photo au cadre si gros qu’elle en comprimait son sujet, une famille de quatre membres déjà bien coincés les uns contre les autres, à la plage, longtemps avant. Les papiers-peints aussi, au bout du rouleau, s’écaillaient dans une mosaïque essoufflée. Plus loin, une étagère gonflée de livres jusqu’à l’épuisement : trois rangées au niveau des pieds et des genoux, doublées de trois autres rangées cachant les premiers bouquins, et le reste, il fallait les trouver là où l’espace pouvait encore les accueillir, quand ils n’étaient pas tout simplement jetés au-hasard sur le sol, quelques-uns, ouverts et fatigués de l’être. Il y avait évidemment ce canapé, où Eriko dormait chaque nuit, sa tête posée contre un coussin, le corps sous un plaid, mais il était submergé de cartables, de ses affaires, de vêtements propres, et d’une énorme pile de vêtements sales, à l’endroit où ses pieds se trouvaient quand elle n’arrivait à garder ses jambes pliées ; sans oublier sur les coussins des clefs, des emballages pourris de bonbons, des miettes, des tâches de… gras, oui, de découpages dans le tissu, tout cela pếtri d’une odeur de moisi faible, mais tenace. En-bas du canapé, il y avait le matelas gonflable contre lequel tous les pieds frappaient ; là, c’était le lit de Jinzo, et comme tout le monde se lassait de le dégonfler et le regonfler à chaque fois, on le laissait traîner ici, et quand il devenait trop sale, on préférait le retourner que d’utiliser l’eau. Lui aussi avait le droit à un coussin et à un plaid, qui sentait fort, et les mauvaises journées, sa silhouette endormie se creusait dans la poussière.

“Vas-y ! Où ?” Ok, essayons ailleurs… Tant que la mère scrutait le rien qui leur servait de maison, le mari devenait patient.

  La cuisinière, au fond de la pièce ? Même pas, tous les espaces de cuisine étaient utilisés : par des plats qui attendaient encore la vaisselle, et au-dessus desquels traînaient férocement des dizaines de petits moucherons (l’été seulement). Il y avait des poêles partout au-dessus du four, des saladiers et des assiettes sur le tout petit établi où l’on pouvait couper quelques légumes si on pliait bien les coudes, le dessus du micro-ondes était aussi recouverts de babioles et de choses qu’on n’osait pas jeter, le four était à peine utilisable, avec son vieil âge, et toutes les cendres qui s’y étaient accumulées. Face au canapé, la nouvelle télé, un peu grosse, un peu petite, très poussiéreuse, prenant de la place car derrière elle, l’écran éteint à jamais de la télé d’avant, retournée, dans son coin, mauvais élève, attendant un réparateur qui trois ans plus tôt n’était apparemment jamais venu. La moisissure la collait maintenant, certainement, au sol, et elle faisait autant partie des meubles que le canapé, l’étagère, et la cuisinière. Au sol, dans les rares espaces qui n’étaient pas occupés, se trouvait le panier du chien, un chien de bonne taille, un croisé golden retriever avec une autre race, dont la mention était inutile car elle n’expliquerait certainement pas ses yeux semi-ouverts, perpétuellement, comme s’il cachait son mal-être canin pour ne pas accabler ses maîtres plus encore. Le poil était sale, il aboyait souvent, il jouait avec tout et le laissait par terre, et avait déjà mordu les enfants plusieurs fois à chaque bras. Sa couche occupait déjà le coin près de la cuisine, mais le chien, même s’il s’y reposait souvent dedans en chouinant, bougeait, et avec lui, la moitié de ses jouets, partout.

“Tu comprends maintenant ? Oh, vas-y, tu pleures maintenant.”

Près des toilettes, une pissotière à peine dans un bourgeon de salle aux canalisations bouchées et saturées d’une puanteur qui occupait à son combat une bonne partie des membres de la maison, un tout petit espace disposant d’un rideau, cachant les deux futons et les affaires éparses dans lesquels les parents s’endormaient la nuit en ronflant. Ils avaient à-côté d’eux les seuls placards de la maison, qu’on avait bourrés à ras-bord de tout, d’absolument tout. Les jeux de société des enfants, hérités, pièces manquantes, les autres courbées par le temps, trônaient tout en-haut, avec les serviettes, les habits de tous roulés en chaussettes pour gagner de la place, des sacs plastiques de course qui de toute façon, avaient des homologues traînant près de l’entrée, et de tant et tant de choses qui échappaient à l’intérêt et donc fatalement, à un grand débarras. Pour se saisir de ce qu’il y avait, comme pour aller aux toilettes d’ailleurs, il fallait fatalement passer au-dessus du futon des parents quand ceux-ci étaient endormis.

  Il y avait une petite table basse, pliée et posée contre le mur, qui permettait de manger par-dessus et de faire ses devoirs, en s’accaparant l’espace entre les déchets déjà énoncés, le tas de linge tombé du canapé, les cartables et les jeux. Même pliée comme elle l’était et collée au mur, elle semblait voler une part importante de l’appartement. Elle était vieille, mais comme tous les objets qui se battaient pour exister dans ce minuscule appartement, elle tenait le coup. Contrairement à la mère qui reniflait très fort pour éviter que ses larmes ne coulent, et de défier ainsi son mari. Ce dernier, las, s’avança dans la pièce en évitant les détritus au sol, et se posa sur le canapé en lâchant une respiration terrible. Il se tourna vers sa femme d’un air grave, et conclut :

“Tu vois ? Tu peux le poser nulle part.”

Le combat était perdu, mais elle chercha quand même une solution, et son esprit épuisé cessa de fonctionner, et plutôt que de crâner fièrement en trouvant un mètre carré où elle pourrait poser le lit du petit, ne serait-ce qu’un landau, elle se rendit peu à peu compte de l’intention de son mari, elle comprenait sa pensée, au-delà de la formulation : faire vivre un gosse là-dedans, était-ce vraiment raisonnable ?

Tout le bazar infini, qui n’aurait même pas tenu dans un appartement deux fois plus grand, qui s’amassait où il le pouvait, se battant pour un bout de terrain sombre, les uns par-dessus les autres, se déséquilibrant jusqu’au sol s’il le fallait, formait un bouillon de désespoir qui demandait maintenant du courage pour tous ces occupants véritables. C’était ça, pour braver cet appartement, là où les gens rentraient chez eux pour se calmer et se vider la tête, eux, ici, il leur fallait encore plus de bravoure que quand il fallait aller dehors mendier des sous ou un travail, aboutissant à des furieuses crises de nerf qui gâchaient la solidarité qu’on aurait pu attendre de leur pauvreté. Toutes ces affaires entassées, toutes cette poussière accumulée, plus la graisse, plus les tâches, plus les enfants… Ce n’était pas un cadre de vie. Le déni de grossesse, rompu par l’Incontestable trois mois avant l’accouchement, sonnait, plus encore pour la mère que pour le père, un coup de paume de la société pour les écraser encore plus dans la boue ; ça faisait longtemps qu’ils avaient appris à y respirer, car lutter pour chercher de l’air frais était impossible pour eux.

Mais à cette immondice imperturbable, tentaculaire, grouillante même là où on refusait de regarder pour ne pas abandonner (la mère avait osé une fois regarder sous le canapé, et elle n’aurait pas trouvé meilleur rangement que ce qu’elle y avait trouvé), il fallait rajouter le bruit, ou plutôt, le magma de bruits, qui formait comme une cloche emprisonnant la famille. Les bruits du train à-côté, évidemment, qui pouvaient faire trembler les murs quand c’était de la marchandise qui passait, les klaxons des conducteurs, de la voie ferrée (horribles ceux-là) comme de la route, empestant en plus des embouteillages d’un feu mal placé, une odeur dégueulasse, qui bouchait les narines. Le tintement insupportable de la sonnette, du micro-ondes, qu’on faisait tout pour éviter, les bruits des voisins qui ne semblaient pas mieux lotis qu’eux, la télé qu’on mettait fort pour entendre par-dessus le brouhaha. Le pire, il ne fallait pas le dire, c’était les deux enfants eux-même, encore en bas-âge, six ans et quatre ans. Ils parlaient naturellement forts, comment leur en vouloir quand on était éduqués dans une telle chaudière ? Ils braillaient souvent, leur voix portait, les pleurs aussi, ils n’avaient pas de place pour s’épanouir avec leurs corps, donc ils compensaient naturellement avec le cri. Quand ils se battaient, quand ils jouaient avec le chien, quand ils pleuraient, quand ils ne comprenaient pas. Eux et le reste formaient un tintamarre qui ne s’arrêtait jamais, au grand jamais, et le seul espoir de survie était de prier pour que l’esprit n’y fasse plus attention. Car sinon, même en faisant taire le chien, la télé, les gosses, le brouaha, au final, restait, pesant, perçant, comme un train bruyant qui ferait le tour de la maison. Un tonitruant BLABLABLABLABLA niché dans l’oreille et contre lequel on ne pourrait rien, comme une énorme piqûre de moustique à l’intérieur de la peau qui grattait chaque seconde.

  La mère n’en voulait pas à son mari ; il était plus triste qu’autre chose, pas tant en colère contre elle que contre le gouvernement qui voulait natalité, natalité, natalité.

“Nulle part.”

Pour lui répondre sans un mot, comme elle avait fait jusqu’à présent, elle se décala légèrement, et bravant l’autorité de son mari qui n’attendait aucune réponse, encore moins un défi, elle posa le nourrisson avec délicatesse sur le paillasson de l’entrée, où elle venait tout juste de se tenir. Le petit bébé, silencieux, le regard circonspect comme n’importe quel bébé à son âge, ne pipait mot, bougeait à peine les bras fébriles, alors que les quatre membres de sa famille le regardaient. Voir comme ça un nouveau-né sur le pas de la porte sonna différemment dans l’esprit de chacun, l’esprit traduisant le symbolisme à son échelle : pour le père, c’était une provocation mais il était las d’être triste ; pour la mère, c’était l’espoir qu’un jour, toute la famille pourrait mieux vivre ; pour la grande soeur, c’était la plus petite chose imaginable qui s’invitait près d’elle pour qu’elle puisse le défendre de l’extérieur à qui il tournait le dos ; pour le petit frère enfin, trop jeune pour se laisser distraire par des états d’âme, prit cette image par son aspect le plus véritable, et y vit, précisément, une prémonition. Burden vivrait dehors, loin de la famille, et donc forcément, en prise avec d’autres personnes, louches comme un jour sans nuages.

Caractère
Certains vous diront que je suis égocentrique, et ceux-là, oui, ont raison. J’apprécie les gens, c’est un fait, il n’y a rien de mieux que de rencontrer de nouvelles personnes sinon coucher avec ; par contre, je ne leur fais tout simplement pas confiance. Les masses sont des additions de conneries, de violence, de mensonges, d’intérêts et de passions débiles ; effeuillez d’abord les faux-semblants, et après, vous les comprenez, et après, vous leur faîtes confiance si le mépris ne s’est pas installé entre les étapes. C’est un procédé long et complexe, et en attendant qu’on en arrive là, généralement, je ne les revois plus, alors… il faut bien penser à moi avant tout. A moi et au reste du quatuor, qui elles, sont directes, fermes, bien plus appréciables que le niveau moyen de la médiocrité.

Paradoxalement, je suis celui des quatre qui rassemble le plus les traits que j’abhorre chez les autres. Je ne laisse pas les pensées s’infiltrer dans mon visage, je cache généralement mes envies et mes ambitions, je suis très calme et je pèse tous mes mots ; à-côté de Boommer, je fais prêtre. Mais il faut bien quelqu’un avec la tête froide dans le groupe, le visage froid au moins, et c’est logique que ça soit le vétéran de poker d’écoper du rôle le moins drôle. Ne vous inquiétez pas, j’aime fumer, j’aime me poudrer les narines, j’aime le sexe, j’aime l’alcool à trop haute dose, j’aime hurler, j’aime chanter à m’en péter les cordes vocales, j’aime frapper, j’aime monter sur les tables et devenir le meilleur. Je le fais juste dans un environnement contrôlé. Contrôlé, sûr, carré. Ce que je ne connais pas, je les ignore, ou je cherche à les impressionner. Simple moyen de défense.

Mais je le répète, et le pose : j’aime les gens. J’adore les voir se dépêtrer de leurs masques après une à trois phrases gentilles, je trouve ça fascinant comment chacun se défait de son rôle social rapidement au moindre signe d’amitié. Ca, c’est quelque chose auquel je peux croire, auquel je peux m’attacher, c’est purement universel. Pour certains, un grand sourire fonctionne, pour d’autres, ça serait un contact, un trait d’esprit, une remarque bougonne, une question sur leur vie privée. Je dois avouer que j’aime aussi quand ils m’aiment bien ; léger souci d’ego. Mais je ne suis pas manipulateur, je ne pense pas l’être. Je m’entends juste avec les gens. Une question de timbre de voix, ou que je décrypte rapidement les visages, que j’empathise beaucoup, allez savoir, tout ça. Je suis naturellement doué ; comme vous savez, règle numéro une au poker, on minimise des défaites, on maximise ses gains, alors si je suis bon à quelque chose, je vais naturellement en abuser. C’est normal.

  Il y a un Burden d’avant, vous diront ma mère, Baby, des exs ; un Burden de province, jeune, casse-cou, casse-social, un défieur de tous les instants, quelqu’un qui va s’obliger, par entêtement, par envie de titiller des normes, plus en tout cas que de se prouver son courage, ce qui aurait été plus acceptable, qui va s’obliger à toujours être un connard. Un gentil connard, mais un connard quand même. Essayer de ne pas payer, inventer une excuse, tricher pour la frime, mimer, monter une arnaque. Tout dans la vie était une opportunité pour “optimiser” : plus rapide, moins cher, plus efficace, plus créatif, le moins de travail possible. Capitaliste dans l’âme, côté sombre. Trop occupé à me déployer, je faisais aussi moins gaffe aux autres, et si Baby n’avait pas été aussi paumée pour me suivre et se laisser utiliser, elle aurait pu souffrir. Burden maintenant est plus posé, plus calme, et ne joue pas son ego dans des conneries, il a une situation appréciable, connaît ses limites. Il est concentré, déjà. Et ça me permet en écho, de faire plus attention à Baby, peut-être trop. Je suis des fois son grand frère, des fois son grand-père.

  Reste de cet ancien Burden un amour du risque et du calcul constant, un oeil plein de mesures, d’idées ; le talon par contre, reste plus ancré à terre. Je suis toujours à quelques doigts j’ai l’impression, de sortir de ma selle et de devenir aussi cool que les trois autres ; Baby, elle, elle s’est lâchée depuis Tokyo, les deux autres sont naturellement dans leur élément, j’ai encore l’impression de me retenir. J’osais plus, jeune, là, j’ose juste moins oser. Plus je deviens quelqu’un, plus le moule est dur à briser. Comme la balle d’un chanceux de la roulette russe : je suis toujours prêt à partir, mais rare où ça part. Je me sens comme ça. C’est peut-être à cause du poker ici, qui sait ? A force de se masquer, les émotions prennent pas facilement. Sans visage pour s’exprimer, elles se taisent d’elle-mêmes de plus en plus, logique. Au moins, je suis posé, j’ai les semelles solides. Je change mal d’avis, et impossible de me faire dévier d’un objectif. Le nouveau Burden ne cherche plus la meilleure manière en dépit des conventions, le nouveau Burden est méticuleux, pas-à-pas. Plus besoin de secouer l’environnement, je suis dans le mien. Tant que je me maîtrise, pas-à-pas, méticuleux, c’est ma vie qui filera bien.

  Après, quand l’émotion passe, elle fracasse. Si elle est assez puissante pour briser mon visage de marbre, alors c’est qu’elle m’emporte sans me laisser une fibre de contrôle ; j’adore ces moments-là. C’est un peu paradoxal mais je suis incapable de lâcher prise, alors si l’univers m’y force, j’accepte le bain. Oui, j’ai le sang-froid, j’ai l’expérience de la magouille, un peu de bagarre, et surtout de l’impro, et l’expérience, c’est ce qui te fait calculer vite, et le calcul rapide, c’est le contrôle. Mais quand ça vient pas de la tête, quand ça vient des tripes, du bide, assez puissamment pour me forcer à l’écoute, alors là, oui, l’expérience n’est plus une donnée, c’est un souvenir à la limite et je me laisse embarquer dans les courants de l’incertitude, on lance les dés, la roulette et la bille s’arrête à son envie quelque part. Pour moi, c’est réaliser un fantasme, et retrouver ce vieux con de jeune Burden.

Physique
  Il y a toujours eu deux Burden, et je me prépare au grimage du plus excitant des deux ; jusque-là, du premier coup d’oeil, c’est grimace, oeil poché, teinte pâle, pattes d’oies, gueules de bois, épis, lèvres tsst, cliquées. Le Burden citoyen, civil passant. La lumière blanche étincelante au-dessus de l’évier m’aveuglera toujours, comme je serais toujours à l’étroit dans ce cagibi à la con. Je claque la porte qui ne ferme pas entièrement. D’abord, les cheveux, que je trempe vigoureusement de mes deux mains au-dessus de l’évier, une serviette par-dessus les épaules. Je les sèche à peine, mais je les peigne au millimètre alors que les mèches gouttent sur mon front. Je les enlève avec le bord du peigne que je repose sur le lavabo dans un tintement de dentiste. Je rabats mes cheveux noirs et fin, aux débuts d’une ondulation rebelle, en arrière, dans ce qui était, selon une paysagiste, la meilleure coiffure pour faire ressortir les traits de mon visage - vrai ou pas, je me trouve beau comme ça, alors je continue. Quand j’aurais les pattes blanches, et j’en suis à la frontière, alors faudra colorer. Burden a les cheveux noirs jais.

Je vérifie que j’ai la peau parfaitement lisse, tordant mon cou dans toutes les directions pour scruter la moindre parcelle. Pas de poil ; peu poussent, mais la surveillance est nécessaire. J’ai toujours mes pommettes mongoles qui m’allaient si mal quand j’étais gamin ; un vrai chemin de croix pour les accepter, cadeau génétique du papy de mon papy. Maintenant, ça me donne un visage particulier, assez sérieux, mais il n’y a rien de mieux que de paraître intimidant pour les premières rencontres, avant de faire fondre la glace d’un seul coup en parlant de façon enjouée. Catharsis paternelle immédiate. Je caresse mon menton avenant, je vérifie que j’ai aucune saleté dans les paupières qui pourrait gâcher mes yeux en cristal, et la touche finale, je rajoute de l’after-shave même si je n’ai pas eu besoin de me raser. L’odeur à elle seule marque les contours et fait ressortir mes meilleurs traits. Une fois que c’est fait, je me regarde dans les yeux comme pour vérifier qu’ils n’ont toujours pas perdu leur bleuté. Je souris fièrement, je suis parfait. Ca, c’est le Burden que j’aime. Le conquérant, le croupier, le beau connard.

Ma montre sonne et vibre à mon poignet une fois, je dois me dépêcher : je suis obligé d’ouvrir la porte d’une épaule dure afin d’avoir la latitude nécessaire dans le couloir pour remonter le col de ma chemise, enfiler un veston avec des motifs sombres au possible en surimpression discrète, vérifier que ma ceinture n’est pas ouverte, me regarder à nouveau. Je m’allume une nouvelle clope d’un geste expert avant de ranger le briquet dans une poche arrière, je la cale dans mes dents, j’inspire, je souffle tout en remontant mes boutons. Pour Burden le croupier, les tenues chic sont obligatoires. Les chemises, tout le temps ; les vestons, tout le temps ; les chaussures cirées ; tout le temps encore, tout le temps encore. Être croupier, c’est un rôle social avant d’être un métier. Ca me coûte cher, tout le temps, en flouze et en temps, de repasser les belles tous les jours. Le pantalon sombre, vous imaginez, je porte ça souvent aussi. L’été, pas de short, mais j’ose la parisienne : je plie  les derniers centimètres du futal pour dégager les chevilles. Heureusement qu’au jour, je suis un peu plus décontracté ; ‘un peu’ avant ‘plus’. Le Burden de la vie moyenne garde quand même des fibres de nostalgie de ce grand Burden si éduqué, donc j’imagine que même si ça tranche avec notre sacré trou à rats, je reste les vêtements bien lisses même en civil. J’ai vécu dans une telle misère, je me suis faufilé de mon adolescence à ici, maintenant que j’ai des habits propres et que je porte bien, je les garde.

J’ai terminé, je tire sur le bas de ma veste d’un geste vigoureux, je finis la chemise dans le pantalon, et je me penche pour tapoter la cigarette et faire tomber les cendres dans le lavabo. Je suis droit, tout le temps, c’est une règle générale. Ca donne à mes épaules étroites un peu d’allure, ce que la chemise souligne avec encore plus de dignité. Le reflet de Burden, maintenant, est pas mal. Pas mal du tout. Je chauffe la voix après avoir craché la fumée :

“Messieurs, asseyez-vous, prenez place. Vous avez déjà une idée du pot sur lequel vous voulez vous lancer ? Messieurs, bonne chance... Messieurs, bonne chance. Messieurs, bonne chance !”

  Ca, c’est encore mieux. Mon physique laisse ou non indifférent, à vos goûts de décider, taille moyenne, épaules presque étroites mais fières ; par contre, ma voix, elle, me satisfait bien plus. Même sans fumer, j’ai le timbre grave, avenant, lent, légèrement impérieux ; elle me fait sentir comme quelqu’un d’important. Avec elle, je me séduis moi-même. Je prends encore une longue inspiration de fumée avant de tout recracher avec un grand sourire en coin. Allez.

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Marek S. Obayashi
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
posté
le Dim 21 Juil - 23:16
par Marek S. Obayashi
Oh bah voilà le tout beau ♥. Hâte de voir la fiche complète !! Et je kiff le choix de gueule Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 2432113367.
Birdie Poghosian
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★
posté
le Dim 21 Juil - 23:17
par Birdie Poghosian
BURDEN BB JTM - Depuis le temps que je t'attends Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 4209819182
Bo D'Elia
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : roue libre
Autre:
posté
le Dim 21 Juil - 23:17
par Bo D'Elia
QUATRIÈME CAVALIER DE L'APOCALYPSE PRÊT Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 1362171446
Butch Tsukinami
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Asling (bientôt † on espère)
Autre:
posté
le Dim 21 Juil - 23:43
par Butch Tsukinami
BURDEN MON CHAT ENFIN Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 2432113367
Banpei Fujiyo
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Exploseur de Mots
Exploseur de Mots
posté
le Lun 22 Juil - 16:51
par Banpei Fujiyo
Merci beaucoup le B-Bang !
On lance un rp à quatre dès la validation pour fêter ça ?

Merci beaucoup Marek, ça me touche très profond en moi !
Akirō H. Hayashi-Obata
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : 7 ♥♥♥
Autre: ♥
posté
le Lun 22 Juil - 17:13
par Akirō H. Hayashi-Obata
Thomas Shelby. Cillian Murphy. *mode fangirl activé* Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 3488335006
Hâte de voir la fin de ta fiche ! ça donne envie de rejoindre votre bordel Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 3473897349
Banpei Fujiyo
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Exploseur de Mots
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posté
le Jeu 25 Juil - 19:58
par Banpei Fujiyo
Merci Akiro ! N'hésite pas à rejoindre notre bordel, mfufufu
Suite de l'histoire, j'ai pas assez de places...


Histoire

2/7
La pauvre dame


  Le directeur Yaten vérifia que ses boutons de manchette étaient toujours là. Sur le petit miroir collé au mur, il regarda son noeud de cravate verte olive qui était toujours aussi propre. Très bien. La journée avait été assez agréable, il se sentait d’humeur pour ce rendez-vous avec madame - il vérifia son petit carnet jaune - Fujiyo. Il se permit à l’aube de leur discussion, d’effacer d’un trait droit et sonore la mention du carnet, comme il faisait généralement quand la tâche était terminée. Cet écart était peut-être dû à son stress.

  Le journal local n’avait pas été tendre, trois semaines de ça, avec le lycée, l’accusant, sur le dossier de ses mauvais éléments, une gestion pitoyable. L’article se ridiculisait lui-même, mais l’établissement avait vu son image s’écornir, et il fallait redresser la barre. Banpei Fujiyo n’était pas un cancre - ceux-ci ne posaient aucun problème - c’était juste un loubard. Pas un voyou, un loubard. Un caractère problématique, pathétique même si le directeur se laissait aller à un égard empathique, mais il n’imaginait pas ce qu’était capable de hurler une mère échauffée de l’article, s’il ne satisfaisait pas ses attentes. Cependant, le personnel ne pouvait être changé à ce stade de l’année scolaire - on était quand même bientôt en mars - et les formations n’étaient pas gratuites. L’école manquait de moyens, évidemment, et devrait faire mieux avec moins. Voilà pourquoi c’était le directeur Yaten qui devait s’occuper de cette affaire. Il tapa contre la vitre qui le séparait de sa secrétaire et fit un mouvement du doigt pour indiquer de faire rentrer l’invitée.

“Bienvenue madame Fujiyo”, prononça-t-il distinctement, pour la bonne impression, avant d’échanger une courbette.
“Bonjour Monsieur le Directeur, merci de m’accueillir.” Re-courbette.

Il se posa sur sa chaise lentement, ravi de voir que la mère n’avait pas une présence très forte. Elle semblait même ahurie de pouvoir échanger avec lui directement, regardant chaque pièce du bureau comme si elle découvrait une chambre d’hôtel particulièrement chic. Sa veste beige était usée, elle avait un chignon sale en guise de coiffure, son menton tremblait (?). Voilà, maintenant, ils étaient tous les deux posés, l’un en-face de l’autre. Le directeur hésita à lui proposer un verre d’eau, mais se ravisa à la dernière minute : allons droit au but.

“Vous avez sollicité un entretien pour parler avec un membre de l’établissement à propos des notes de votre fils.”
“Tout à fait.”
Elle ne dirait pas plus si on ne l’invitait pas à parler. Elle devait se sentir très petite. Le poids de sa condition sociale devait la tourmenter tous les jours. D’une main bienveillante, le directeur l’invita à poursuivre. Elle chercha ses mots avant de parler lentement : “Je voulais savoir pourquoi il avait de mauvaises notes. J’ai cru avoir lu que le lycée ne pourrait pas l’aider s’il… continuait dans cette voie.” Elle n’était pas satisfaite des termes employés, mais le directeur, lui, tiqua quand elle confirma à demi-mot que le journal l’avait poussé à demander un rendez-vous. Elle l’avait lu, c’était pénible pour la suite. Comment bien s’en tirer maintenant ? Déjà, gérer l’urgence et tailler fort dans l’argument avant qu’il ne se développe.
“Il est vrai que cela a fait du bruit, et il est vrai que le lycée a eu des parts de responsabilité dans ce qui a pu se passer. Au nom de mon personnel tout entier, je m’excuse.” Il baissa la tête. L’assaut pouvait commencer : “Cependant, je préfère vous rassurer sur trois points. D’abord, les chiffres ont été largement exagérés.” Il n’y avait jamais eu de chiffre, mais tant pis, c’était de meilleur goût que de mettre en cause le ton du journaliste. “Ensuite, nous avons énormément appris de nos erreurs.” Là aussi, c’était à peine vrai. “Enfin, je tiens à être d’accord avec vous sur une chose : votre fils n’est pas un voyou.” Un loubard, un crâneur. Mais ça, il le garda pour lui.

  La mère approuva tous ses points la bouche semi-ouverte comme si elle les absorbait avec bonheur. S’excuser au début avait dû la toucher. Un directeur s’excusant devant elle, voilà qui commençait fort, et dans le bon sens. La transition cependant, était lancée, il fallait la consommer avant que la mère ne brise son élan, Yaten repartit :

“Il a tout simplement du mal avec le système scolaire, cela arrive et ce n’est pas une honte.” Le mensonge passa tranquillement dans sa bouche. Il se surprenait lui-même.
“Comment lui faire redresser la barre ?” Elle s’était autorisée une intervention fulgurante. L’inquiétude. Le directeur se frotta délicatement les mains.
“Je ne sais pas ce que l’établissement peut lui inculquer de plus. Il est puni à sa juste mesure et a chaque semaine des cours particuliers et des heures d’étude. Les surveillants le connaissent et font tout pour l’aider dans ses devoirs et veiller à ce qu’il apprenne ses cours. En cela, faîtes-nous confiance.” S’il était puni chaque semaine, l’école pouvait-elle faire plus ? Autant l’embaucher dans l’établissement. Le directeur se trouva la voix un peu dure, et décida d’alterner avec de bonnes nouvelles : “Ne laissez pas les notes vous distraire de ses véritables capacités. Ses professeurs, moi-même, percevons qu’il est très mature pour son âge - à comprendre qu’il a un certain potentiel d’apprentissage, et que s’il se reprenait miraculeusement demain, il pourrait tout à fait décrocher de bons diplômes et trouver un travail satisfaisant. Cela, j’en suis persuadé.” Pour une fois, il ne mentait pas vraiment : Banpei n’était pas idiot. Un peu imbécile dans son comportement, très, allons-y, même, mais ce n’était pas un abruti. Il était inconsidéré, voilà. Ivre de la jeunesse, de sa propre formulation, dont il n’était pas peu fier. “Il est un peu inconsidéré, mais il a tout le bagage nécessaire pour finir l’école.”
“Oui oui.” Qu’elle aimait entendre cela.
“Votre fils a été en échec scolaire, c’est vrai qu’il a redoublé une fois. Mais nous ne voyons pas cela comme une fin. S’il se redresse, tout pourra lui être pardonné. Madame, croyez-moi sur ce point.”
“Mais comment pourrait-il trouver la motivation ?”
“Il faut pour chaque élève trouver le bon équilibre entre l’écoute et l’autorité. Banpei étant un garçon difficile, cet équilibre est délicat à trouver ET à préserver. Cependant, nous ne doutons pas que face aux épreuves, et à une remise en contexte, il se rendra vite compte de ses erreurs et retournera sur une voie plus saine.”
Il fallait enfoncer un clou et parler de l’avenir. “Vous savez qu’à fin de briser la centralisation autour de la capitale, le gouvernement cherche à revigorer l’économie des provinces éloignées. Pour cela, ils ont besoin de jeunes têtes créatives, pleines de talent, qui sont prêtes à s’éloigner des sentiers battus pour créer des horizons nouveaux pour le Japon - comme une pépinière d’essais. Des projets de plus en plus intéressants naissent chaque jour, notamment à Chugoku. Quelqu’un comme Banpei, aiguisé comme il le faut, avec toute sa… maturité, pourra trouver une place là-bas, et qui sait, mener lui-même un projet pour dynamiser la région. Pour moi, c’est clair, il a le profil parfait.”
“Vous en êtes sûr, monsieur le Directeur ?”
“Absolument certain.”
Il sourit, à l’aise. Banpei pourrait être effectivement un atout là-bas. Peut-être qu’il avait légèrement baratiné quand il le prévoyait chef de projet, mais tout ce qui se passait là-bas happait plein de jeunes que les hiérarchies très verticales du Japon dégoûtaient. Non, c’était une bien bonne idée, Banpei à Chugoku, belle improvisation.
“C’est une excellente idée, il faudra que je lui en parle.”
“Tant que ses notes se redressent.”
“Oui, bien sûr. Mais comment faire ? Si vous faîtes tout pour l’aider, d’où vient le problème ? Ses fréquentations ? Je suis sûr que ce sont ses fréquentations.”
“Je ne pense pas. Il peut avoir des amis turbulents, mais ils ne sont pas pires que lui, donc je ne les vois pas les tirer vers le bas. Il a au contraire des amis assez proches qui sont parfaitement…”
Il faillit prononcer ‘normaux’, ce qui était fort peu diplomates. “... dans les clous. Avec de bonnes notes. Il a même une…” Il hésita encore, peut-être que ce n’était pas à lui de dévoiler que Banpei avait une petite amie. “... relation, une amie très proche, mademoiselle Kanon, qui est une jeune fille tout à fait respectable.” Tout à fait normale, elle, pour le coup. Etrange, d’ailleurs. Un signe de potentiel ? Les insectes comme Banpei était attirés par de la lumière et du sucre, pas par des tourtes. Excusez-moi, mademoiselle Kanon.
“Elle pourrait l’aider à réviser alors ?”
“C’est une piste.”
En vrai, c’était plus un faux espoir qu’une piste. La jeune Nanako ne se situait que dans la moyenne de la classe - il y avait mieux comme modèle - puis il était difficile de savoir si elle avait la personnalité pour canaliser Banpei. L’expérience montrait que ça n’a jamais été le cas. Elle était trop timide, trop tendre, pas encore affirmée, pour peser dans l’équation. Au contraire, c’était plutôt lui qui la corrompait. Mais l’espoir était gratuit, les mots aussi, et la mère se satisfaisait de peu.
“Il y a d’autres gens dans son entourage, qui pourraient l’aider ?” A l’inverse, pensa-t-il, il faudrait l’éloigner de Birdie, oui, déjà. Sa partenaire de crime. Il avait suffi qu’ils se voient une fois, et Banpei était devenu un duo. Lui, puis Birdie dans son sillon. S’il parlait de Birdie et qu’elle devenait la tête de turc de la dame, et que par miracle elle réussisse à les empêcher de se voir, alors elle se rendrait bien compte qu’elle non plus n’avait aucune influence sur son fils. En bref, ne pas parler de la toute jeune Birdie, réfléchissons à long terme.
“Quelque soit l’entourage, ce garçon a besoin de motivation. Et pour la trouver, il doit avoir un cadre de vie qui l’implique.” L’artillerie se lance. Le directeur n’avait finalement trouvé qu’une stratégie : tout en douceur, faire comprendre à la mère que c’était sa faute à elle si Banpei ratait sa scolarité. Tout en douceur. “Comment croire qu’un jeune garçon, rendu fou par l’adolescence, puisse donner pour sa patrie si celle-ci ne lui rend rien en retour. Comment l’inclure dans une société où il est de base, déconsidéré ?”
“Oui, oui.”
Elle ne comprenait pas encore, tant mieux.
“Banpei doit pouvoir s’exprimer dans un contexte cohérent qui lui donne envie de contribuer à renforcer ce contexte. C’est comme tout, comme l’économie.”
“Oui, oui.”
“Tout suit un cercle, vous me suivez ? Les causes et les conséquences ne sont qu’un long et riche échange qui amène des cercles, vicieux, ou vertueux. Or, si les causes de Burden le sapent, comment croire que les conséquences seront elles, positives ? C’est impossible.”
“Je suis d’accord.”
“Est-ce que vous pouvez me dire à quoi ressemble la vie de Burden actuellement, en-dehors de tout cadre scolaire ?”
“Oh.”
Il fallait réfléchir et parler maintenant, la dame fut légèrement prise de court. Elle joua un peu avec ses lèvres pour choisir ses mots : “Il est très souvent en-dehors de la maison. Il voit beaucoup ses amis. Il lui arrive même de dîner à l’extérieur. Il est assez brusque comme garçon, vous savez, très… direct. Un peu renfermé, quand il est avec nous. Il nous parle peu, à mon mari et à moi, il est plus proche de son frère et de sa soeur. Il rigole beaucoup avec eux. Sinon, il évite de passer les vacances avec nous, il n’est pas très poli. Oh ça, non. Mais il est très gentil quand même, enfin, il est très charmant. Mais il nous fait tourner en bourrique.”
“Je vous coupe là. Dîtes-moi plutôt si l’enfance a été difficile ?”
“Oh oui, énormément. Nous sommes une famille de cinq, et l’Incontestable nous donne un espace à la hauteur de nos moyens. Rien du tout, c’est-à-dire. Il a vécu toute son enfance dans une pièce. Depuis, on a déménagé en-face, mais c’est presque pareil.”
“Hm…Hm.”
Le directeur Yanten était pensif. La mère comprit alors :
“Vous pensez que c’est ma faute ?”
“Non, pas du tout.”
Il répondit sans trop appuyer : tant que elle, se mettait à y croire. “Le contexte économique ne peut pas satisfaire tout le monde, certaines opportunités sont dures à saisir.” Maintenant, comment rajouter un ‘mais’ sans l’affoler ? Le vêtir agréablement. “Il faut comprendre cependant qu’un quotidien, dans vos conditions, peuvent effectivement attenter un enfant, profondément. Il ne voit pas ce qu’il y a de beau dans le fait d’avoir un travail longue durée respectable, d’avoir un vaste chez-soi pour se poser. Il ne compre…” Il dû s’arrêter ici, il aurait été impoli de ne pas se rendre compte du visage de Madame Fujiyo qui s’empourprait et dont les yeux s’embuaient à grande vitesse. De colère, sans doute pas, mais de honte, oui. Le spectacle était gênant. Elle renifla, malpropre, un grand coup :
“Je m’excuse, désolé.”
“Ce n’est rien.”
Il chercha dans un tiroir un mouchoir qu’il lui tendit. Ses mains revinrent l’une contre l’autre : “Il y a des solutions. Celles intra-scolaires je le crains, ne sont pas assez suffisantes. Pour un cas comme celui-là, un jeune homme tout à fait normal transformé en cancre, c’est auprès de son cercle le plus intime, sa famille, que les solutions doivent être trouvées.”
“Des solutions vous dîtes ?”
Le directeur approuva :
“Soyez plus…” Il ne termina pas sa phrase, mais serra sa main pour former un poing noueux. Sa bouche était fine, comme s’il luttait contre quelque chose. “Soyez-le plus. Plus près de lui. Qu’il comprenne les enjeux.”
“Plus sévère ?” Difficile de lire le visage de Madame Fujiyo à cet instant précis : ses yeux semblaient baignés de la lumière au bout du tunnel, que la solution fut si simple, mais le reste de son visage se convulsait malgré elle dans une honte dégoûtante qu’elle tentait de réprimer en pleurant. Le directeur avait appuyé sur un point ultra-sensible. Elle avait un complexe terrible qui venait d’il ne savait où. Peut-être que Banpei en avait hérité. Le directeur se reprit :
“Plus ferme.” nuança-t-il pour montrer qu’il n’était pas absolument négatif. “Soyez plus ferme.”

Il faut préciser que plus tard, cette même mère conclut le rendez-vous avec une foule de mercis et d’excuses, avant de revenir chez elle. Quand elle retrouva son fils, sur le canapé, à rigoler avec Jinzo et Eriko, elle sembla hurler :
“Banpei !” Et la gifle partit. Ses larmes partirent. “Tu vas travailler maintenant !” Banpei, furieux, se leva comme un démon :
“Mais t’es folle ! T’es tarée !”
“Tu vas travailler Banpei, tu vas travailler comme un diable.”
“Mais qu’est-ce que tu fous d’un coup ?!”
“Tu vas travailler de suite Banpei !”
Elle ne retenait plus ses larmes maintenant. “Tu vas travailler, tu as Chugoku à portée de main !”
“Mais je m’en bats les couilles de Chugoku ! Mais qu’est-ce tu me raco...”
“TOUS LES SOIRS, toi et moi, on travaille ! Et toi aussi, Jin, tu vas l’aider ! On travaille pour Banpei !”
“Mais maman, mais t’as pété un câble ! T’as pété un câble !”
Même Jin semblait contre elle.
Elle travailla avec lui des heures toute la soirée, ce soir-là, et chaque semaine. Les notes de Banpei remontèrent à peine. Mais il était forcé de travailler sur le canapé pendant des heures dès qu’il revenait de ses sorties à l’extérieur. Il marchait chez lui les épaules tendues.



6/7
Les griffes de la Toile Rouge


  Moi, chuis bien dans le canapé ; rien à foutre jusqu’au soir, Fuzuki rentre dans une heure, le temps que je la passe et je pourrais repartir au taff. Parfait. Plus qu’à espérer que mon boss ou ses lieutenants à la con m’appellent pas. Chuis d’astreinte. Avec ce job, on est tout le temps d’astreinte. Le boss a pris mon portable, a monté la sonnerie jusqu’au plus haut volume, pour être sûr que je l’entende quand il m’appelle. Ses yeux fixes étaient couleur “ordre”. Que je baise, que je chie, que je sorte avec des amis, il me le faut tout le temps. Mais jusqu’à ce soir, je peux regarder ma série, le reste des tonkatsus d’hier sur la table en-face. Tout s’est accéléré ces derniers mois, je vais bientôt me faire un nom. Je reste poli, je reste à l’écoute, je fais pas chier les yaks. Mon taff est plus simple qu’avant. Tiens, ça sonne à l’entrée.

“TZIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII”
“Yas, j’arrive !”
Je stoppe la télé d’un bouton et je me lève.

Chais pas qui vient me faire chier, mais il me fait sacrément chier. J’ouvre la porte après avoir remis ma chemise dans mon pantalon. Je dis “Oui ?” en ouvrant la porte. Deux gars derrière, un gars plus une fille. En vrai, ils ont l’air commodes. En vrai, je sais que c’est faux. Je reconnais la fille, c’est une des pontes de la Toile Rouge.

  Si vous connaissez pas la Toile Rouge, alors valait mieux pas que vous cherchiez à savoir, parce que vous venez pas du bon milieu. La Toile Rouge, c’est un nid à emmerdes, ça attire les crachats, les affaires de l’ombre, la pègre, la vengeance, le sang, l’alcool pur et les très mauvaises histoires. Pour les gars comme moi, en tout cas. Le genre à squatter l’arrière-boutique. En vrai, être client régulier à la Toile Rouge, c’est possible de l’être sans avoir à se… mouiller. S’investir dedans. Peut-être même que ça peut plaire. Ca fait très chicos chic, ambiance calme, assieds-toi sur le tabouret, graille ton martini, basta. C’est posé, un poil luxe, bien tapissé, des fois, on dirait les bons soirs, que c’est pas une brasserie, c’est pas un bar, c’est une enseigne. Mais !
Mais, pour les connaisseurs, y a autre chose. Les portes de derrière.

  J’ai passé des soirées d’enfer à la Toile Rouge. Là-bas, c’est bourré d’adrénaline, de sueur, de mecs qui crient, de femmes qui boxent, t’as des billets qui filent, des bouteilles qui s’ouvrent, t’as de la zic trop forte, t’as des restes de poudre sur les tables, t’as que des sales gueules. C’est du fantasme dilaté ; vous avez le droit derrière le bide de ressentir un certain malaise, mais c’était pas parce que vous plongiez dans un enfer où les normes humaines tenaient de blagues, y avait pas de décor de films trashos, rien d’un peu SM. On pouvait se sentir pas à l’aise parce que tout autour de vous, derrière les rires et les compagnies, les paris et les cartes, on sentait que quelque chose se jouait, et quand on fait que le sentir, c’est qu’on n’est pas dans le coup. Venir à la Toile Rouge et juste s’amuser, c’est louper quelque chose, selon mon boss. C’est un bar, et en vrai, c’est une ruche. L’argent passe et change de mains à telle vitesse et pour tant de raisons différentes qu’il valait mieux pas toutes les connaître. Je sais pas QUI exactement gère ce bordel, mais on pourrait parier que y a besoin d’aucune technique de management : ça tourne tout seul, comme la folie, emporté dans l’élan rotatif des beuglements.

  Enfin, c’est faux, je sais qui gère ce bouiboui, j’en ai entendu parler. C’est pas vraiment des gens respectables, mais c’est pas non plus des caïds. C’est toujours des sortes d’entremetteurs si vous voulez, ils vous amènent face aux gens que vous voulez voir, aux secrets que vous voulez entendre, et face aux jeux. La Toile Rouge, avant d’être un bar, et une sorte de revers d’étage à traders, c’est aussi un parc d’attractions.

  Peut-être que la plus cheftaine du merdier, c’est Boomer. C’est quelqu’un qu’il faut pas faire chier, point barre. Boomer est une grosse indic des bas-fonds de la ville, peut-être la plus grande du quartier. Tout ce qui se passe dans la Toile Rouge lui rameute les infos dont elle a besoin. Personne s’approche d’elle, parce qu’elle vendrait tout ce qu’elle pourrait trouver de vous. C’est une sorte de sorcière urbaine, et qui paraît qu’a le poing massif. Si ça se trouve, elle touche à rien de la gestion de l’ensemble, mais comme c’est elle qui file le commerce le plus problématique pour les tiers, fatalement, on lui attribue le plus de pouvoir.

  Les trois autres, je les connais à peine. Baby, paraît que c’est une danseuse qui pourrait assurer les coulisses (légende urbaine), mais c’est pas le style de la Toile Rouge, alors je pourrais pas toucher deux mots sur elle. Burden, c’est le seul gonze, mais c’est aussi le plus discret. On n’a pas besoin de connaître ni l’une, ni l’autre en particulier, alors on les a ignorés facilement. Butch, elle, je la connais, c’est la ponte à voir pour les paris de bécanes (illégales au possible), je la connais parce que perso, c’est sur quoi je parie le plus, les bécanes. Les courses se font souvent dans les deux quartiers de Tokyo où j’ai grandis, et je les connais comme ma poche, alors les voir débouler à toute vitesse dans les rues de ma vie, ça me fait un bien fou. Puis chuis bon à ça, franchement, je suis bon. Tant mieux, j’aime pas perdre mon blé, réflexes d’ancien pauvre. J’aime le dépenser, mais j’aime pas le perdre. La seule chose qui me permet de pas beugler quand je perds mon pari, c’est quand mon poulain s’est méchamment gaufré ; là, je rigole de bon coeur. C’est plus grave de perdre quand on trébuche que quand on a tout donné pour louper le podium.

  Tout ça pour dire que Butch, je la connais de tête, je lui ai à peine parlé, et je pourrais vous la situer dans une foule - bah tiens, la voici. Elle a une présence lourde qui sent bon l’hiver. Je fais sa taille, mais j’ai l’impression de devoir tordre la tête pour lui devoir lui parler. Le second type qu’est là, plus près de moi, j’imagine que c’est Burden, il a une tête de Burden.

“Yoshino, c’est ça.” C’était à peine une question. Je lui demande si c’est Burden, il me répond pas et me pousse de l’épaule pour rentrer chez moi. Il inspecte tout mon appart, et je suis bien gentil de pas m’énerver parce que je suis encore sous le choc de les voir. Butch rentre à son tour, je me sens obligé de lui laisser la place. Me dîtes pas qu’ils sont là pour l’ardoise. Le mec sort une clope et l’allume une fois qu’il a terminé de dévisager mon studio. Là, je reprends bout, je lui ordonne :
“La clope, c’est dehors.”
“Tant mieux, je ne demande qu’à sortir.”
Il s’approcha à peine de la fenêtre ouverte pour y cracher sa fumée. “Yoshino, ça fait quatorze jours que tu nous a empruntés de la thune. C’est quoi ? Cinquante mille yens ?”
“Cinquante-sept mille yens.”
précisa la grande qui pour la première fois, ouvrit la gueule. Burden claqua la langue pour confirmer. Donc ils étaient juste venus à deux pour me soutirer le fric ? Putain, c’était une bande de rapiats à la con. Film de gangster, quoi. Mais bon, j’imaginais ça avec plus d’hommes, ou en tout cas, plus de muscles. Ils avaient juste pas l’air aimables, un peu butés du plafond.
“Cinquante-sept mille yens.”, répéta-t-il clairement avant de siroter sa cigarette. Il était temps de prendre les devants :
“J’ai pas l’argent sur moi, là. Je vous rembourse à la fin du mois, dans deux semaines.” Ma phrase devait jeter un pavé... qui n’émeut manifestement aucun des deux, car ils ne réagirent pas, l’un comme l’autre, et ils répondirent pas, genre, sourds à tout refus comme des robots mal programmés. “Me pétez pas les couilles, je vous dis que je vous rembourse, je vous rembourserai.”
“C’est non.” Butch avait parlé. Burden continua :
“C’est maintenant qu’on rembourse.”
“Je vous dis que j’ai pas le fric, j’ai pas le fric. Là, j’ai à peine trois cent yens, je vous les file si vous voulez, mais j’ai rien pour vous rembourser.”
“Bon, Yoshino, on n’est pas une banque, on fait pas la dîme. La Toile Rouge t’a avancé les sous pour que tu t’éclates, maintenant, la Toile Rouge veut son argent, c’est normal. On te demande même pas d’intérêts.”
“Vous pouvez pas attendre deux semaines de merde ?”
Y me foutent quoi le duo de pingouins ? Ils sont aussi proches de leur sou que ça ? J’ai besoin de mon fric pour le moment, j’ai pas autant d’argent dans le site. Burden secoua la tête :
“C’est que deux semaines, c’est long.” Il cracha un bon jet et inspecta la pièce. “Puis, je vois là-dedans de quoi nous rembourser.”
“Vous êtes sérieux ?”
“Tiens”
, il désigna des doigts qui tenaient sa cigarette en direction de mon coin perso : “La télé là-bas, elle vaut sacrément cher. Tu la prends avec toi, on va la vendre direct, on t’accompagne chez un ami.”
“Mais jamais, vous êtes cons.”
Là, je dois avouer que j’étais un peu choqué. Comment ils venaient me demander quoique ce soit à deux, pour rien ? Quelle bande de salauds. Puis pas touche à ma téloche quoi, j’étais encore dans ma série ! “La télé, c’est non.” Je voulais le dire en-face de Burden, mais je me rendis compte trop tard que Butch était partie de mon champ de vision, comme une ombre. Saisi d’un instinct de survie, je sens le danger, je me retourne : proche de ma télé, elle se saisit du couteau que y avait sur ma table et d’un geste d’une rapidité jusqu’au flou, elle poignarda le centre de l’écran dans un son strident et bref. L’écran se fêla direct et vira au noir brisé. Butch renversa le tout dans une ultime savate qui fracassa l’objet contre le sol. Je voulus lui beugler dessus, mais Burden avait repris le dessus :
“Jolies assiettes là-bas. Elles, on peut les vendre aussi.” Je dû refaire volte-face, et pris de court, je dois avouer que je bégayais un peu :
“Pas là-bas, c’est le coin de ma meuf. Enfin, la cuisine, y a beaucoup d’objet à elle, c’est son espace, y allez pas, y a rien à voir.” Quel con j’ai fait, quel abruti j’ai eu de l’ouvrir. Tu laisses passer une faiblesse, que font tes ennemis ? Ils sourient. Burden avait trouvé le point d’appui qu’il fallait. Il était déjà dans la cuisine quand il dit :
“Pas de chance, ça.” Ces gros connards allaient saccager tout mon appart jusqu’à quand ? Yoshino, fallait que tu trouves un truc. T’as bientôt vingt-cinq ans, t’allais pas te laisser écraser comme ça. Butch s’était rapprochée de moi, et laissait derrière elle une télé pétée à jamais. Ils me le paieraient, c’est sûr. Cependant, au milieu de cette télé était encore plantée le couteau. Les idiots. Au moindre signe, je le récupère façon Excalibur et je leur chante mon disque à moi. Burden faisait la leçon, inspectant les différents tiroirs de chez moi, les étagères, le frigo, tout.
“J’aimerais te laisser un peu plus de temps Yoshino, vraiment. Mais mais mais, les comptes sont les comptes, les bons comptes évitent les ennemis, tu sais ce que c’est, Boomer pète un câble et il faut tout rembourser, etc, etc. Si Butchy et moi, on repart bredouille, qu’est-ce qu’il se passe ? Et bien toi, et tous tes amis, toute ta petite bande, tous tes supérieurs, vous serez considérés comme de mauvais payeurs. Dans ce petit milieu, tout notre monde, il vaut mieux être étranger, politicien, abruti, handicapé, que mauvais payeur. Tu peux laisser un cadavre à la Toile Rouge, mais jamais tu nous laisses une ardoise. Tout dans ce monde est argent qui passe, qui s’échange, qui circule, et les dettes, ce sont des noeuds, et les noeuds ont une tendance désagréable et toute particulière d’étrangler aux pires endroits l’idiot qui les forme.” Il parle beaucoup, il sort le sel d’une étagère, il vérifie au nez que c’est bien du sel à l’intérieur après l’avoir aspergé sur le comptoir, il check les baguettes, les verres, la marque du lave-vaisselle. Un vrai taré. Moi de mon côté, je bouge, je joue la nervosité, je me mets entre eux et la téloche poignardée. Je lui dis pour l’exemple, pour lui montrer que j’ai pas de plan en tête :
“Je m’en bats les couilles.” Il fait sa star de cinéma, il joue au supérieur, il a l’égo dans les talons, ça fait clamser les shoes. Il profite. Voilà, ce mec monologue, profite, il imite ce qu’il a ingéré des films et le ressort façon chuis le patron. Saleté de trouduc. Butch est dans un coin, elle le surveille d’un oeil, me surveille de l’autre, je me tasse et je reste immobile. Faut attendre le bon moment. Tant que le bon moment arrive avant que Burden détruise un autre truc de valeur. Il joue au con mais il me fait flipper. Il triture tout dans la cuistoche, il check l’argenterie, la gueule des verres, les petits recoins où cacher la came, il cherche la valeur. Heureusement, il trouve pas grand-chose mais ça a pas l’air de le stresser du col jusque-là, vu qu’il va jusqu’à fouiller dans le micro-ondes, au cas où. Pourquoi il stresserait, il sait qu’il peut me latter les couilles par correspondance s’il casse un truc à ma meuf.
“Tu saurais ce qu’on peut vendre pour rembourser la dette, s’il te plaît ? On gagnerait du temps.” Il continue à pas me regarder, à fumer et à cracher dans les commodes. “C’est mieux ça plutôt que je détruise un truc.”
Je réponds rien, je joue l’agité et me rapproche encore de la télé ; elle est derrière moi, j’ai plus qu’à me retourner d’un coup et me saisir du manche. Mais Butch me fait peur. J’ai l’impression avec son regard, qu’elle a le visage constamment appuyée sur mon épaule comme si elle était toujours derrière moi, même avec sa stature en-face, posée le dos contre le mur, les bras croisés. Faut la distraire, mais comment ?
Burden perd patience, soupire la clope dans le bec, les deux mains dans les poches, me regarde à peine comme s’il peut pas supporter ma vue et lance :
“Bon bah si tu joues au silencieux…” Et là, il lève une main au niveau de son visage et se met à claquer des doigts. L’écho retentit dans le silence. J’attends, Butch attend, lui aussi finalement. Il reclaque des doigts, second silence et enchaîne :
“Butch, on a dit que quand je claquais des doigts, tu cassais un truc.”
“J’ai jamais dit ça. Toi, t’as dit ça.”
“La classe qu’on aurait si tu respectais le code !”
“Chuis pas ta larbine, Burden.”


Là, c’est rapide, la vie en accéléré, les deux font plus gaffe. Je dégaine le coutelas de la téloche vu que les deux étaient partis en discussion et je me retourne pour leur faire face les dents en avant, la rage sur le visage.
Mais la seconde d’après, alors que je me rends compte à peine de ce que je veux faire, la salière que Burden avait sorti vola du comptoir vers mon front d’un swing parfait de Burden en question ; une demi-seconde plus tard, et j’arrondis au large supérieur, moi les pupilles plissées à fermer les yeux pour pas me recevoir le projectile en pleine face, le réflexe hésitant, pris ailleurs, Butch avait déjà bondi.
La douleur qui me clamse le nez me fait voler en arrière et je retombe le crâne contre le sol près du canap. Je me tiens alors que le sang s’écoule partout, respirant comme un gros porc, mais quel coup elle m’a donné, cette connasse ! Je me tords, un pied dans mon champ de vision, c’est Burden qui est arrivé et se penche pour récupérer l’arme, si proche de ma main. Il se relève la lame à la main, et annonce la sentence.
“Fini la sympathie.”
La main de Butch me prend à la gorge et au col, et elle me fout sur mes pattes en m’étranglant, alors je peux voir la scène : Burden est revenu près de la cuistoche et sans ménagement, il fout le couteau dans le micro-ondes, et se tourne vers moi, le doigt posé sur l’interrupteur.
“J’appuie, j’appuie pas ? File l’argent, file tout, tu rembourses maintenant.” Il est complètement taré, il veut faire sauter l’appart ? L’immeuble ? [b]“J’appuie, j’appuie pas, t’as cinq secondes. Si tu crois que je le fais pas, je le fais tout de suite. A part les arcs électriques, y a rien d’impressionnant, y a que la cuisine qui va payer. Alors dégueule le fric.” Wat ? Wat ?! Burden appuie appuie sur le bouton, je tressaute comme un dingue et mon poignet s’angle violemment vers le haut. Evidemment que je paie. Sombres enfoirés.
“OK OK ! PUTAIN DE MERDE !!!” Le micro-ondes s’éteint instantanément.
J’ai abdiqué, Butch me tient toujours, et quand je tente, bonhomme, de me libérer, elle me fout une claque. Burden est maintenant juste devant moi, avec sa gueule de vautour, le couteau de nouveau dans la main, et il me tapote, pour se foutre de ma gueule, le plat sur le front quelques fois.
“Montre.”
Bande de bâtards. Bande de sale bâtards de merde.
[/b]
Makoto Nanase
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le Mer 31 Juil - 12:24
par Makoto Nanase
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posté
le Ven 2 Aoû - 14:02
par Makoto Nanase
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Exploseur de Mots
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posté
le Jeu 8 Aoû - 15:44
par Banpei Fujiyo
Histoire

5/7
Sans suite


“Voilà le flop, dame, valet, cinq.”
“Je mise 10.”
“Je me couche. Trop dangereux. T’as un jeu de malade, me disent-elles.”
Tiptip sur la prunelle.
“Un peu que j’ai un jeu de malade. Regarde ça. Avec mes deux cartes, ça me fait une couleur.”
“...”
Le doigt s’éloigne des yeux pour retomber avec douceur sur la table.
“Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?”
“Ouais Boomer, tu m’as dit que tu connaissais pas les règles ?”
“Ouais, ça veut dire que je connais pas les règles. Crétin. Là, j’ai une couleur ?”
“Non, t’as pas de couleur.”
“J’ai cinq cartes de la même couleur.”
“T’as trois coeurs et deux carreaux.”
“Qui sont rouges. J’ai cinq rouges.”
“C’est les figures qui comptent. Cinq coeurs, ou cinq carreaux.”
“Mais pourquoi bordel, on appelle ça une couleur si c’est une figure ?”
“Veux-tu qu’on retrace l’histoire du poker ensemble, à deux ?”
“Franchement ouais.”
“...”
“Puis c’est trop dur à faire, franchement.”
“C’est pour ça que la couleur est meilleure que la suite.”
“La suite, c’est un nom logique. Pas la couleur. Bouteille ?”
“Yes.”
“BIERE !”
Elle rigole quand elle fait sursauter le serveur. “Burdy, tire pas cette tronche, tu vas chier un pape.”
“Tu m’as dit que tu connaissais le jeu.”
“Ouais, de nom.”
“...”
“...”
“Je teste comment mes lentilles ? Tu sais combien elles m’ont coûté ? J’ai fait rajouter toutes les options d’interface sociale possibles, j’ai mis des heures pour toutes les essayer, c’est important.”

Sourire style Boomer.
“Là, tu te fous de ma gueule.”
“Ah, bah tu vois qu’elles fonctionnent, tes lentilles, l’aristo.”
“Pas eu besoin de mes lentilles. Merci pour la bouteille, m’sieur.”
“Mouais. La prochaine fois, soyez polis. Et faîtes moins de bruit.”
“Mais ouais, c’est ça… Tchin. Il est coincé du cul, quand même.”
“T’es la grosse.”
“Qu’est-ce t’as Burdy ?”
Ton sifflé.
“Blinde. T’es la grosse blinde. Mets tes jetons.”
“Ah ouais.”
“V’là tes cartes.”
Une gorgée. “Je te suis.”
“Cool.”
“ Hm ?”
“Envoie les autres cartes, là.”
“Donc tu relances pas ?”
“Pourquoi faire ?”
“Pour rien. Enfin, je détecte que t’as une main géniale.”
“Ah bah ça, prépare ton cul.”
“Donc, c’est dame, quatre, huit.”
“Prépare bien ton cul, je t’ai dit. J’ai une paire de dames déjà dans la main.”

Burden soupire, pose son jeu côté visible, et récupère toutes les cartes.
“Pourquoi tu me le dis ?”
“Comme ça.”
“Pff…”
“Détends-toi, putain, mec ! Ton but, c’est de réussir à voir si tes lentilles fonctionnent, bah elles ont fonctionné là, arrêter de brasser.”
Elle prend cinq gorgées.
“T’as raison, allez.”
“En vrai, tu kiffes jouer à ce jeu, non ?”
“Peut-être.”
“Je te jure que t’aurais perdu face à un triple de dames. C’est ma Boutchy et c’est ma Baby plus moi. Je t’aurais battu même si t’avais mieux.”
“Boutchy....”
Bulles dans la bière.
“Roh, arrête, joue pas ton jaloux. Elles sont trop heureuses ensembles.”
“D’accord, mais moi, je vois plus Baby.”
“Tant mieux, elle t’appartient pas.”
“Puis Butch me déteste.”
“Elle déteste tout le monde, tu sais. Puis toi, en vrai, elle te déteste pas tant que ça, tu sais ? Franchement.”
“Elle a appelé son chat Burden.”
“...”
“...”
“Une autre bière ?”
“Tope-là.

Tu te marres.”
“Ouais !”
Elle explose de rire. Burden regarde vers le parasol en attendant qu’elle ait fini de se marrer, arrive pas à retenir un sourire. Le serveur passe près de Boomer : “Une autre bière, steup !”
“Ok, je vous sers. Mais la prochaine fois que vous faîtes du bruit, je vous fous dehors.”
“Ambiance.”
Bière, bière, dans les verres. Burden se régale et voir le mec partir à une autre table.
“Franchement, ce mec, c’est un sale connard ?”
“Mais on est d’accords. On peut plus parler !”
“Désolé Boomer, je t’ai pas entendu, tu peux répéter.”
“On peut plus parler !”
“QUOI ?!!!”
Il tend son oreille.
“J’AI DIT : ON PEUT PLUS PARLER !!!” Les deux rigolent, le serveur est à l’intérieur, semble pas oser sortir. “T’inquiète Burden, t’es pas le seul à tenir la chandelle avec le couple.”
“Tu te rappelles la première fois qu’on s’est retrouvés chez vous, à quatre ?”
“Mais grave ! Le malaise !”
“On se connaissait à peine.”
“Allez viens Burden, on va faire des cocktails !”
“En vrai, grâce à la glace, on les entendait moins quand on pilait le tout.”
“Elle nous a sauvés la vie cette glace.”
“Je te jure qu’elles t’ont entendu.”
“De quoi ?”
“Mais si, là, quand tu secouais le shaker hyper fort à chaque fois que Baby sifflait.”
“‘siffler’, comme c’est mignon. Tu voulais dire, entre chacun de ses gémissements torides ?”
“Oh, ta gueule.”
“Mais ouais, donc, tu disais ?”
“Je crois qu’elles t’ont entendu faire les maracas avec le shaker pour les accompagner, parce qu’après, c’était moins fort.”
“BUAHAHAHA ! T’es sûr ?!”
“J’en suis persuadé.”
“Faut trop qu’on leur demande en vrai !”
Burden rigole.
“Tu veux continuer à jouer ou pas ?”
“Nan, j’ai juste envie de parler. Ses lentilles sont pas mal, mais elles sont un peu trop lourdes. J’ai les yeux qui se fatiguent là. Puis elles chauffent, c’est hyper désagréable.”
“De toute façon, si je comprends bien, t’auras qu’à les porter que quand t’en auras besoin.”
“Faut que je dégage les gens trop forts, sinon, ils feront chier le reste de la table. Je peux cacher les lentilles derrière des lunettes de soleil, mais si elles font trop de bruit, elles vont m’épuiser.”
“Tu veux les prendre ou pas ?”
“Les japonaises m’attirent plus. J’ai pris les chinoises parce qu’on me les avait bien vendues, mais elles sont trop repérables, et pas assez rapides. Puis quand t’as mis tes lunettes de soleil, elles étaient complètement perdues. Les Japs sont plus chères, faudrait juste les faire trafiquer par ton pote pour avoir accès aux applis chinoises.”
Bière. “Enfin, c’est pas vraiment intéressant comme discussion, je peux plus me faire rembourser là. J’ai pas le budget pour m’en racheter d’autres.” Burden se penche en arrière pour chercher un peu le soleil avec sa clope.
“Regarde-moi le serveur. Il fait chier deux vieux, sur la gauche.”
“Non mais ce type me saoule.”
“Tu sais Burden, est-ce que tu crois, sincèrement, que le destin nous a réunis tous les deux pour être les pièces rejetées du couple Baby-Boutchy ?”
“Je crois rien et je m’en fous.”
“Allez connard, réponds !”
Frappe forte dans le tibia.
“Nan, je crois pas !”
“Moi non plus, je crois pas. Je crois que le destin et les cieux ont pris Burden, ont pris Boomer, et les ont collés l’un à l’autre pour une raison précise.”
Elle pointe son doigt à clope vers le serveur qui navigue entre les tables. “Pour ce fumier.” Burden se penche un peu pour regarder. “Après, je peux comprendre que tu refuses.”
“Il le mériterait bien.”
“On peut le laisser tranquille.”
“Puis il est même pas japonais. Chuis sûr que c’est un Coréen.”
“Brrr, vile engeance.”
“Je hais les Coréens.”
“Alors ?”
“Tu proposes quoi ?”
“Tes lentilles te disent quoi ?”
“Eurf… Il est pas forcément énervé, c’est donc juste un sale con. Il doit pas avoir la direction dans son dos. Il marche vite, il est pressé. Il est jeune. Il finit certainement le service dans vingt minutes, à dix-sept heures, il traîne pas mal au bar pour les recettes. Il est très impatient, ça, c’est sûr.”
“Un vrai serveur français.”
“Non : il n’a pas craché dans nos verres jusque-là. Tu connais une mineure ?”
“Tu me demandes quoi, là, niveau carnet d’adresses ?”
“Y a eu des antécédents de la sorte. Tu prends une grenadine pour une chtiote, une bière pour toi. Puis dès que le serveur a le dos tourné, tu tournes les boissons et tu lui fais boire la bière. Puis tu te plains au patron que le serveur a vendu de la bière à la la chiarde.”
“Ok ?”
“Légalement, il n’a pas le droit de vendre de l’alcool à une mineure. Et comme il n’a aucune preuve que le serveur n’a pas agi ainsi, et comme le patron est directement responsable devant la loi, ils te filent des consos gratos.”
“Ok, et dans la vraie vie, ça se passe comment ?”
“C’est la vraie vie, Boomer. Ce que je te dis, c’est pas une astuce de film. Certains gens, moi le premier, fonctionnent comme ça, c’est imparable. Faut juste pas revenir au café après.”
“Très bien Burdy. Moi je te file un vrai plan pour le faire chialer sa race.”
“C’était un vrai plan, moi.”
“T’es mineur ?”
“Nop.”
“Chuis mineuse ?”
“Nop again.”
“Je disais alors : on fait un vrai plan, sans écolière.”
“Ok, je t’écoute ?” Boomer “tttttt” avec sa langue.
“Moi, je gère, toi, t’improvises.”


Boomer géra : dès que le serveur en question s’approcha d’eux, plateau à la main, elle se leva “sans faire gaffe”, d’un coup niveau rocket, percuta les bières qui s’envolèrent mousser les environs. Burden ne reçut pas plus de trois gouttes d’alcool sur l’épaule mais cette information, seule Dieu peut la sortir, pas le pauvre serveur sous le coup du choc, les yeux perdus n’importe où, le cerveau freezé pendant quelques secondes, certainement encore moins quand sa conscience reprit le contrôle pour voir un Burden se rouler par terre en hurlant, se tenant un oeil comme s’il avait reçu un poignard dans la pupille. Il roulait en pleurs, Boomer tentait de l’aider, et quand enfin il se calma après une danse horizontale sur les pavés après avoir arraché après moults tremblements et cris, une lentille, Boomer sauta sur le serveur et hurla au responsable : l’incident avait ravagé les lentilles spéciales de son ami, provoquant un court-circuit, lui brûlant la rétine. Quel scandale elle noua.

Le jour d’après, après cris et chambardements, après la civière vint le remboursement : Boomer avait tant menacé les flics que le patron s’inclina, comprenant que tout venait de la faute du serveur (en tout cas, incapable de prouver l’inverse, qui pourrait ?), et avait déversé la somme demandée pour que Burden puisse rendre les chinoises et s’acheter ses japonaises. Des lentilles qu’il mettrait à peine au final. Mais qui étaient le dernier rempart pour barricader le service croupier de la future Toile Rouge, et comme Burden était du genre à gérer les détails avant d’avoir le plaisir de s’occuper de l’essentiel, autant dire que ses nouvelles lentilles furent le premier vrai pas entre l’idée qu’il se faisait du commerce, et son implication totale dans le projet.


__

3/7
Le naturel reviendra au galop


Ce fut ce mois-ci un vrai plaisir de retrouver la maison. La claustrophobie qui habituellement me frappait quand je retournais dans l’appartement de mes parents - d’autant plus violente que je n’avais plus à y vivre, paradoxalement - était égayée par le soleil qui arrondissait tous les angles des pièces, et surtout, qui nous permettait de sortir dehors plus souvent. De plus, Jinzo et Banpei partaient bientôt de la maisonnée ! Le premier était heureux comme tout. Il allait à Kyoto, lui, il ne me retrouverait pas à la capitale ; son humeur était revitalisante. Il était tout le temps de bonne humeur pour tout faire, lui qui pouvait facilement se lover dans le canapé pendant des heures, ses sacs étaient prêts une semaine à l’avance, aucune autorité ou contrainte ne pouvait le contenir. Il semblait véritablement se réveiller, sa peau absorbait la lumière comme une éponge ; il atteignait ce stade d’humeur et d’énergie seulement après avoir bu deux bières ou trois. Mais là, juste savoir que sa vie allait enfin avancer. Des fois, il était si facile et si clair de donner du bonheur à quelqu’un. Il fallait connaître le bon interrupteur.

Les parents eux-mêmes commençaient à sentir glisser de leurs épaules le fardeau de trois enfants : ils voyaient enfin la lumière au bout du tunnel, et ce même s’ils en étaient sortis ridés, exténués, les épaules avachies, on aurait pu croire qu’ils sortaient d’un long accouchement de plus d’une vingtaine d’années. Ils étaient trop molestés pour que leur visage trahisse une simple notion de fierté, mais savoir que tous leurs enfants allaient quitter le foyer leur faisait un bien fou. Peut-être que maman se tenait plus droite. Peut-être que papa hochait la tête affirmativement plus souvent qu’à l’accoutumée. Je ne sais pas, peut-être que je voulais juste le sentir, mais j’avais le droit à assez d’indices pour me laisser espérer. Ils avaient vécu dans la misère pendant tellement d’années que peut-être, en voyant leurs trois enfants prendre le large vers des horizons meilleurs, ils se disaient : on a brisé quelque chose, tout en-haut, on l’a fait, par nos enfants à défaut de nous.

  Jinzo avait eu l’idée d’aller au parc tester les nouvelles fontaines. Il faisait trop beau et trop moite pour oser refuser. C’était à peine un parc en vérité, plus comme une sorte d’îlot de légère verdure entre deux routes bruyantes, avec des balançoires et des jets d’eau qui crachaient selon un rythme et une puissance irrégulière de l’eau vers le ciel. C’était un jour d’été, pas mal des voisins profitaient aussi du soleil, ces journées-là étaient sans fin. Il faisait tellement bon que j’aurais pu ramener mon copain de Tokyo pour qu’il profite avec moi d’un épisode heureux avec ma famille (je lui demandais généralement de rester en ville à cause du manque de place). Puis mes parents ne voulaient pas voir n’importe quel homme qui précéderait mon vrai mari, que l’Incontestable pouvait me choisir d’une journée sur l’autre ; j’étais prête. Cependant, il serait venu ce week-end, il aurait eu le droit de mettre en doute ma parole. Je l’avais longtemps bassiné comme quoi mon enfance avait été terrible et poussiéreuse, que mes parents n’étaient que des reliques à la recherche de la moindre économie et se jetaient sur toutes les hontes dont ils étaient capables pour s’accabler et rabaisser l’ambiance de plusieurs degrés de la salle. Là, on était presque normaux !

  Le père était allé chercher des glaces, pas loin d’être dynamique. Jinzo fuyait entre les gouttes comme un gamin, je parlais à maman qui avait tenté tantôt de s’asperger ses pieds nus dans l’eau. Banpei était là aussi, collé contre sa Nanako qu’il avait ramené. Banpei était assez silencieux pour une fois ; Nanako ne parlait pas beaucoup, comme à son habitude quand elle était avec lui, mais elle semblait plus pâle. C’était choquant, le soleil la frappait plus cruellement encore.

  Banpei était un fantôme d’habitude, pensais-je les années d’avant. Presque jamais là, toujours à traîner dans la rue avec des amis, jamais à réviser, faisait le minimum syndical de présence au lycée, et même quand il revenait à la maison, il filait dans sa chambre, me parlait par politesse et mimait une certaine assurance et son fameux charme de façade, mais il disparaissait. Il avait la tête ailleurs. Maintenant, il était autre chose. Pour le coup, contrairement à Jinzo, il semblait transparent, plus calme. C’était rassurant en un sens.

  Ma mère l’aidait à travailler ses devoirs et l’étouffait certainement mais il allait rejoindre dans moins de deux ans un programme à Chugoku, paraîtrait-il. Le dossier était en phase d’acceptation, sous réserve de si, sous réserve de ça, sous réserve que la dernière année au lycée se passe bien. Il n’avait pas l’air heureux. En fait, non, je dirais plutôt qu’il n’en parle pas, c’est déjà un mauvais signe. Il acquiesce. Banpei n’est pas du genre à acquiescer d’habitude. Mais le voir posé sur les marches du parc, avec sa Nanako sur le côté, les deux avec un visage impassible, une forme de sérénité se dégageait du tableau. Il y avait l’amie de Burden, Birdie, qui était aux abonnées absentes mais il paraît que Nanako ne voulait pas la voir. Très bien, jalousie ?

  J’aimais à penser cependant que les parents, le lycée, tout le microcosme duquel Banpei avait tenté de s’échapper, l’avait récupéré, l’avait repêché avec une telle violence, l’avait “arraché” à son propre monde, qu’il lui fallait - forcément - un temps d’adaptation pour s’en remettre. Il était ferré comme une proie et tout le monde lui hurlait aux oreilles : fais-ci, fais-ça. C’était peut-être cruel mais il le fallait. Le Banpei de transition était là, tout calme, comme un zombie, toujours souriant, mais doux sourire, à avancer à son rythme. Son corps était courbé sous le poids d’une modestie (?) nouvelle, il avançait peut-être un peu penché, comme s’il était shooté à la morphine. Peut-être s’était joué un combat entre deux Banpeis, le nouveau formaté et l’ancien rebelle ; le nouveau, pour qui le futur sourierait à coup sûr, venait de gagner, pas intact, mais il fallait toujours du temps pour se remettre de ses combats intérieurs.

  Il fumait à peine, il était plus présent à la maison, il semblait faire amende honorable. Même s’afficher comme ça avec Nanako semblait être le signe d’une nouvelle naissance : il était le genre, pour masquer les mensonges, à séparer ses différents cercles de connaissance et Nanako a toujours été un de ses secrets les mieux gardés. Ce qu’il se passait au lycée restait au lycée ; ce qu’il se passait à la maison, à la maison, dans la rue à la rue, etc. Maintenant, ils étaient en couple. Pour la vie ou pas ? Il était chou, il lui serrait fort la main. Ou alors c’était elle. Phalanges blanches.

  Il était malin, il s’en sortira de toute manière. Il a cette vivacité d’esprit qu’on retrouvait des fois chez des héros de film qui n’ont pas les muscles nécessaires pour se tirer des épreuves par la force. Même si le Banpei en-face des fois caressé par les ombres des arbres pouvait paraître un peu éteint, c’était certain qu’il allait se ressaisir, évoluer, s’adapter, pour se mouvoir à son aise dans son nouvel environnement. Je le voyais bien à la tête d’une équipe, il avait la tchatche nécessaire pour créer du liant. Il serait dans son élément, loin des parents, à se dépatouiller avec ses propres responsabilités. Donnez des responsabilités, il saura les gérer ! Dans son établissement, avec des centaines de bureaux, des objectifs clairs à atteindre, une équipe responsable, dans un projet à lui qu’il encadre lui-même, ça ressemble à un avenir. Comprenez-moi, à l’époque où j’habitais encore ici, Banpei semblait indécrottablement liés à un monde que nous ne connaissions pas, dans les ombres, sur les fines frontières jaunes entre la malice et les lois, toujours à errer au plus loin de chez nous, insensible à toute punition scolaire, toute leçon, toute volonté de baser son futur sur quelque chose qui serait au moins un peu en adéquation avec ce que demande la société à tous ses citoyens. Il revenait enfin dans la lumière.


__


Quatre jours plus tard, Nanako tente de se suicider. Elle et Banpei rompirent peu de temps après.
Un peu moins d’un an plus tard, Burden remercia ses parents d’un billet sur le frigo et disparut. Birdie disparut avec lui. Et plus personne n’entendit parler d’eux. Un mois passa, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq…



__

7/7
Burden



Un shot, deux shots, trois et cinq et huit shots forment à l’unisson un barillet humide que je soulève d’un plateau en riant. “Messieurs, bonne chance !”. Les jetons claquent sur la table au rythme de mes verres qui plongent dans la bassine, la musique irlandaise donne de l’étoffe, je rajuste mon veston devant un reflet de métal avant de me rapprocher de la table et de délivrer trois cartes au milieu de la bande, brassant les premiers jetons du côté opposé au tas de cartes.
Ce que je fais n’a aucune sorte d’importance : ce que je suis, par contre, vous intéressera car de cette seule manière, vous appréhenderez la forme véritable, l’essence immuable de la liste des tâches sous ma gouvernance : je suis la graisse, l’huile. La roue du train de la fortune ne tourne pas grâce à moi, mais elle tourne BIEN quand je suis là pour la frotter, et croyez-moi, je frotte.

  Les commissions atterrissent dans ma main parce que je les fais pleuvoir de l’autre. Je suis la terre de récoltes et le nuage. Je fais couler l’alcool quand les prudents s’enlisent dans un long tight qui n’abîme que mes chaises, je récompense les tables abruptes par des musiques plus énergiques, j’autorise la drogue dans les museaux, le foie en bourrique, je défie l’âme entrepreneuriale des gens et si elle se sent provoquée, je double en valeur les pots ; tout pousse à la faute. Les jetons sont lourds et font du bruit sur la table en verre, afin qu’on ne puisse les bouger sans titiller les autres ; gagner devient un concert, ramasser ses jetons, un prestige. Si le moindre pro se montre et bride la ripaille, je le vire moi-même, dans le jeu, j’aplatis ses mains avec mes lentilles et je sais que je l’inviterais plus ; je distribuerais une partie des dividendes avec majesté aux démunis autour de moi, qu’ils reprennent le jeu dans la bonne humeur. Tout pour que l’argent passe et re-passe. Je suis vieux keynésien, l’économie n’est rien d’autre qu’une route sur lequel les voitures doivent rouler le plus rapidement possible sans s’arrêter, et moi, je suis le péage.

Burden doit être le croupier tokyoïte le plus réputé : sous Burden, toutes les parties doivent ressembler à du cinéma. La fumée au plafond, l’ambiance oscillant entre rires et suspense, les gros cigares, les tenues belles, l’alcool à l’infini, la détente, les ténèbres en-dehors d’eux, la concentration, les grosses mains qu’on sent tous, les batailles éperdues, mythologiques, mes joueurs doivent se sentir au centre d’un spectacle dont ils sont les héros, et les héros comme on le sait bien, tentent leur chance, ils ne restent pas à tourner autour du pot, si vous comprenez ce que je veux dire. Ils doivent jouer, ou ils sont perdants. Le jeu loose, sinon, looser.

  Moi, je joue le professionnel, le propret, le passionné, le rôle le plus aimable à récolter les commissions, qu’ils ne m’en veulent guère. J’attends juste une dizaine de mains avant que mes griffes ne prennent la dîme. Cigarette généreuse dans la bouche, je distribue les cartes à haute vitesse ; je peux jouer au singe habile quand les enjeux montent mais au début, je fluidifie la partie. Je graisse. J’ai l’air d’en re-demander moi-même par amour du beau-jeu, que tout le monde se venge de la partie précédente. Je suis discret comme une ombre blanche, jamais derrière un joueur, toujours dans la pénombre et toujours disponible, mes bras sont les seuls qui goûtent un peu à la lumière quand les cartes attendent la prochaine battue ou quand je vais chercher le cendrier y appuyer ma cendre. Quand une manche s’éternise, je peux rejoindre mon bar et mes néons préparer les prochaines armes : des shots, la playlist, la vaisselle. Tout doit se passer parfaitement. Je suis l’esclave qu’on paie par déraison.

Un deux, trois quatre, cinq six sept et huit, les shots repartent autour de la table, trente minutes plus tard. On me demande de l’eau, d’un claquement de doigts ; j’attends la précision orale, je suis pas un chien. On me demande une cave, j’attrape mon stylet, je refais les comptes sur ma tablette, au bon nom, le bon montant, je pose sur le dossier de mon tabouret avant d’ouvrir le coffre, de me saisir de ma caisse et d’arriver à table où je distribuerais la bonne somme de jetons, adaptés au pot, de belles tours que je crée pour redonner espoir aux joueurs avant de repartir dans l’ombre.

  La salle est assez étroite et on peut pas dire que ça soit luxueux, l’obscurité m’arrange à tout noyer dans sa nasse, mais vu que je ne peux pas avoir les murs plaqués or des grands casinos, je joue l’effet inverse : le côté intime, délabré, loin du regard des médiocres. Il n’y a pas mieux que cet endroit pour y cacher les riches, qu’on chercherait habituellement dans leurs tours d’argent ; qui penserait que dans cette pièce étroite, pas si bien éclairée que ça, dans un bar à mauvaise fréquentation, s’échangeait des sommes qui dans les grands moments, pouvaient dépasser en montant les quatre murs et le plafond ? Personne, et c’était bien l’idéal. J’avais ma salle à moi, mais généralement, pour l’ambiance, quand aucun combat de boxe n’était programmé, c’était sur le ring que je posais la table. Moins pratique pour distribuer les verres, mais autrement plus puissante, l’ambiance.

  Dans ma clientèle, règle d’or, déjà, aucun ennemi, aucune personne qui nous voulait du mal, et contrairement aux autres, je faisais pas crédit : jouer au poker, c’était légal, et seul moi me trouvais dans l’illégalité à les organiser sans licence, donc si je me mets à  dos un endetté, il ferait d’une pierre deux coups à secouer mon commerce. Boomer était trop intimidante pour que quelqu’un ose remuer les flics, car elle aurait la main lourde, et toutes les infos concernant les salauds passeraient au prix gratos. Pas d’ennemi, pas mal de truands, pas tant que ça de vrais riches. Mais ils peuvent arriver avec les bons carnets d’adresse. Je cherche ceux qui ont un bon carnet d’adresse ; plus quelqu’un autour de la table ouvre sa grande gueule, plus j’assume qu’il connaît du monde, plus je tourne autour de lui pour qu’il apprécie le lieu et fasse remonter les infos. Des fois même, quand le poisson a les écailles en or, il a le droit à un commentaire sur sa façon de jouer, toujours positive. Plus une cigarette.

  Quelques heures plus tard, après de longues montées d’adrénalines et de jetons échangés dans tous les sens traçant un pentacle fou à terme, les gens s’en vont en bouclant les dernières gorgées de leur verre, et moi, je retire mes pupilles que je range délicatement dans leur étui, que je fourre à son tour dans la valise qui a préalablement avalé mon carnet, ma tablette, et mes recettes de cash déduites de mon plafond de caisse. Je lance la machine pour la vaisselle, je me tire une taff, je regarde l’heure, il est assez tard, je vais remonter kisser les filles en nage puis je vais me rhabiller pour m’endormir sur le matelas - peut-être qu’un verre se glisserait entre une étape et une autre, on croise les doigts. Je crache la fumée avant de claper la porte de la salle avec mon pied.

La suite de la soirée, c'est le soir de ce fameux cadavre. Normalement, vous connaissez déjà la chanson, et le refrain, vous l’avez trop entendu : vous savez que dans chaque pomme, y a un ver. Celui dont l'aura a mauvaise haleine. J'aurais dû le deviner. Enfin non, je le savais, au fin fond de mon âme, mais je n'avais pas eu la volonté de l'extirper, pas eu le courage de déclencher une fissure. La Toile Rouge mérite mieux que ma putain de lâcheté ! Parce que la suite, vous savez, c'est les frappes de Boomer, c'est le canon de Baby et c'est le mauvais réflexe de Burden. Le PAN! a explosé dans l'air, ruinant toute l'ambiance dans cette rue que je connaissais tant, comme si le jour de Noël le sapin du centre-ville se mettait à brûler. Le PAN! part, est parti, le cadavre est là, mais ne partira pas.

Ouf, celui qui a perdu la vie, c'était le merdeux... au vu des protagonistes, j’aurais pu pleurer le nez dans une mare de sang. J'ai fermé les yeux sur ce que j'avais fait, et Baby... je l’ai engueulée sévère, ramenée jusqu’à chez elle, sur le dos, rassurant sans peser mes mots d’abord. J’éprouvais un vide, ce qui me faisait culpabiliser car il me semblait que je devrais être dégoûté et horrifié. Non, l’événement était passé derrière moi, maintenant, j’attendais les conséquences. Et en place et lieu de sentiments, je sentais que j’avais faim. On avait tous un cadavre sur les bras, ma Baby choute que je me trimballe depuis le lycée, Boomer ma meilleure partenaire de crime, Burden l'insolent. Le dieu de la mort avait pris des chemins bien tortueux pour nous donner un cadavre. On était tous au moins ses complices.

  J’ai ramené Baby chez elle et je l’ai posée sur son canap’, plaid par-dessus. Je faillis partir une fois, mais je lui préparai quelque chose de fort à la place, me battant avec sa cafetière pour l’aider à se réveiller - le temps de la préparation, je lui avais commandé de prendre une douche chaude. Je faillis partir une seconde fois, mais je me rendis compte à cet instant seulement l’inertie totale du coup de feu qui m’attirait comme un soleil capture une planète. Impossible de partir. Je souffrais seulement en écho aux tourments de sa tête, mais j’étais incapable de me plonger dans la noirceur de nos sentiments à ce moment ; ce flou, cette incompréhension, était dangereux alors je restais par sécurité. Je finis par commander des sushis. On patienta, ils arrivèrent. On se posa près du canapé où je la serrai contre moi. Je lui grattai l’arrière du crâne sans la regarder, sur le tempo de ma propre respiration.

“On s’en est bien tirés jusque-là.” ‘Jusque-là’ pesait des tonnes de souvenirs d’années qui remontaient au lycée. Des tonnes et des tonnes et des tonnes et des tonnes, beaucoup de cours chiant, beaucoup de sorties, de cavalcades, de soleil, de fontaines de jets d'eau, de quoi en pleurer. “On continue.”
Banpei Fujiyo
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Exploseur de Mots
Exploseur de Mots
posté
le Jeu 8 Aoû - 15:45
par Banpei Fujiyo
Fiche éparpillée... Mais en attente de validation messeigneurs ! o/
Seyfried H. Bellandi
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Inscrit.e le : 09/06/2018

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : BELLANDIVE (╯°□°)╯︵ ┻━┻
Autre:
Reine des Chagasses
Reine des Chagasses
posté
le Jeu 8 Aoû - 23:51
par Seyfried H. Bellandi
my my my.

Je suis toujours aussi fan de ta façon d'écrire, genre. Fan. Voilà. Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 1984817200
Déjà parce que tu sais super bien planter les décors, genre leur appartement miteux là je m'y voyais, et j'ai senti leur désarroi dans la crasse - t'as rendu le truc réel, chapeau bas. Et puis les saynètes sont ultra-badass (kudos to you Butchy), ça se déroule comme un film, le rendu est super visuel et vivant. Je crois que j'ai sauté aucun paragraphe, et ça c'est assez rare pour être noté dude. J'ai trop hâte de rp avec toi, genre hâte comme ça -> Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 1258839627

Mais malheureusement le dialogue avec Boomer est trop "brouillon" (on perd le fil de qui parle quand), il y a des fautes qui traînent quand même et Baby est toujours vexée de pas avoir eu sa scène badass elle aussi so va falloir me corriger tout ça, je peux pas prévalider en l'état Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 3766924225



(mdr j'ai menti)


Pré-validation par Sif
Votre fiche a été pré-validée par un modérateur qui est bien trop gaga de votre style, un administrateur passera sous peu valider officiellement celle-ci.


▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 181202111716271804

Kinkeabae, fournisseuse de kits swag since 2018

so nobody will ever forget your memorable skill, satoshit:

Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 85277910
Makoto Nanase
Messages postés : 4579
Inscrit.e le : 10/10/2016

Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Kiyohi Nanase
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?

★
posté
le Ven 9 Aoû - 0:08
par Makoto Nanase
Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 716243026

Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

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& Surtout, AMUSEZ-VOUS !

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Merci Lucci pour le kit Banpei, valet de crique [TERMINEEE] 1647638966

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[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
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