Benji N. Tarkovski
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le Jeu 15 Aoû - 0:27
par Benji N. Tarkovski
Eclipse lunaire

Le compte à rebours avait été lancé dès le premier pas posé chez vous.
Tic-tac incessant de l'horloge sur votre nuque qui te glaçait les entrailles, constante présence de ce rappel à l'ordre. Les doigts grattaient la peau autour des ongles, incapacité de garder le contrôle face à l'angoisse, tic nerveux, traque du sommeil. 14 jours, rapides, violents, affamés de chair à se mettre sous les crocs devant la chasse impudique, menant tout droit à l’échafaud sous forme de matelas. Ils s'écoulaient les uns après les autres, vous rapprochant de la date butoir. Danse des corps nus sur un lit couvert de devoirs odorants et salissants. Tu avais regardé le calendrier épuiser ses pages, le dégoût bloquant la gorge et les pensées.
C'était aujourd'hui, tu le savais. Lui aussi, certainement. Les yeux évitaient de se poser sur ton époux, déviant leur trajectoire vers des points invisibles ou des objets incroyablement intéressants, l'espace de quelques secondes. Le malaise était palpable, semblant suinter de chaque pores de ta peau. Tu fuyais depuis 3 jours. Son toucher, son regard, vos interactions. Hier, déjà, tu ne savais pas comment agir ou que faire de l'information d'un devoir incontestablement proche. Trop conscient de ce corps à tes côtés dans le lit, de ces lèvres qui s'abattaient sans répits jour après jour sur tes lèvres. Pourtant ta bouche était moins crispée, la moue de dégoût se calmait, l'appréhension prenait un arrière goût doux-amer de routine. Tu ne pensais pas ça possible, au début. La bête semblait s'être calmée, le dragon était à cours de feu, l'époux avait déposé les armes. Le désintérêt semblait réciproque, en dehors de ce regard qui glissait sur tes fesses en quelques occasions malsaines.
Pourtant vous y voilà.
14ème jour, 14ème nuit.
Tu n'es pas prêt.

Petit-déjeuner avalé en quelques cuillerées, salutations forcées du bout des lèvres, le repas était encore plus silencieux que d'habitude.
La journée s'était écoulée dans la même ambiance lourde où tu attendais le retour de l'époux, ventre noué. Si seulement il y avait un moyen d'y échapper. Te voilà obligé de te préparer à le toucher, à le laisser pénétrer dans ton intimité, à sentir son parfum sur ta peau. Impossible de te concentrer sur ta dernière commande de stress-ball, les billes étaient plus nombreuses sur le sol que sur ton plan de travail. Rien n'allait, l'esprit vagabondait trop pour que tu puisses te concentrer sur ton travail. Tu venais tout juste de commencer à te faire à l'idée des baisers, comment était-il possible que tu réussisses à faire quoi que ce soit de plus avec cet homme ?
Le problème semblait sans solution. Il n'y avait aucun autre moyen que la mort pour refuser l'ordre. Tu allais devoir prendre Kintaro. Ce soir. Dans votre lit.
Yeux clos, mains sur les tempes et soupir d'abdication.
La question sur l'aptitude de ton corps à remplir son devoir te traversa l'esprit. Même les souvenirs confus de cet homme en robe ne pouvaient aider la nature. Tête renversée en arrière pendant que tu émets un couinement plaintif, les yeux rivés sur le plafond. Si seulement il était possible de procrastiner cette étreinte. Peut-être proposer une sortie ? Vous changer les idées avant le grand saut, donner du courage aux esprits dégoûtés. Boire. Il fallait boire à en perdre la raison, empoisonner le corps et endormir l'âme. Te poser un bandeau d'alcool sur les yeux pour un nuit. Ce devait être possible, non ? Tu te redresses sur ta chaise, mains posées à plat sur la table, sourcils froncés. Oui, ça pouvait aider à digérer les actions de la soirée. Tout sauf les souvenirs et l'amertume d'une virginité perdue contre un homme. Avec un peu de chance tu en oublierais la personne qui se dandine sous ton corps nu. L'époux n'y verrait pas d'inconvénient n'est-ce pas ? Lui qui semblait si heureux de te servir un verre lors de votre seconde soirée. L'alcool avait fait plus que son travail ce jour là : très peu de souvenirs avaient survécus au traitement.
Cette fois tu allais provoquer la chance.
Ce soir, tu comptais vous anesthésier pour une nuit.
Faire taire l'écho des gémissements.
Anéantir la vision des corps nus trop virils.

Les paquets de chips étaient installés sur le sol, contre le kotatsu. Les mains jointes posées sur la table, tu ne pouvais pas t'empêcher de cliquer toutes les 5 secondes sur ton portable pour y lire l'heure. L'impatience t'agitait les jambes, la hâte n'avait pas le goût de la joie mais bien celle de la nervosité. Tu venais de passer les 30 dernières minutes à tenter de préparer un repas pour le soir avant de tout jeter à la poubelle et de te rabattre sur une application de livraison à domicile. Le plan était parfaitement rodé : Kintaro allait rentrer du travail d'une minute à l'autre, tu l'inviterais ensuite à te rejoindre autour du kotatsu pour y régler un duel qui attendait son vainqueur depuis 4 jours. La suite ne dépendait que de lui.

Inspiration.
Expiration.
Tu redresses le dos en entendant le bruit de votre digicode sur le palier. Le rideau peut se lever pour laisser place à l'Acte 1 de votre pièce de théâtre maritale.
Tu te relèves, dos droit, regard fixe depuis l'autre bout de la pièce. Voix grave que tu essaies de contrôler pour lui donner un timbre posé et calme.

« Bonsoir. J'ai le surprise pour toi. »
Il est trop tard pour reculer.
L'incontestable n'attend plus que vous.
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Kintaro N. Tarkovski
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le Dim 18 Aoû - 23:35
par Kintaro N. Tarkovski

Quinze jours, c’était bien court.

Hier, Kintaro avait étouffé de sa propre semelle un feu dangereux dans l’appartement de son époux. Hier, le pauvre innocent, ridicule inconscient, osait balbutier ses mensonges en maintenant son regard droit dans le sien. De mouvements de lèvres narquoises, de vibrations dangereuses, d’un baptême de l’air improvisé par une testostérone brûlante, le directeur l’avait rassit à sa place.

Aujourd'hui, il était toujours l’enfant aux chaussures usées, au regard et mouvements fuyant.
Aujourd'hui, ils étaient toujours deux inconnus.
Espérant la fragilité du fil rouge.

Quinze jours, pourtant, c’était bien long.

Sa frustration lorsqu’il ne parvenait à se faire comprendre, alors que Kintaro interdisait ses habitudes pour lui imposer les siennes, quand il ne réussissait pas du premier coup. Ses tics nerveux, sa façon d’utiliser leurs barrières pour fuir ses obligations, sa nature plus fragile que sa façade. En quinze jours, Kintaro avait ramassé les informations qui tombaient à ses pieds quand il le remuait.

Ce bloc d’argile humide, mou et mouvant, prenait chaque jour une forme plus humaine, s’imprégnait de couleurs, de motifs, parfois temporaires, parfois solides et distincts. Ce n’était pas une fière sculpture, pas une œuvre que Kintaro aurait placé dans sa maison de son plein gré. Elle lui inspirait beaucoup de dédain, beaucoup de frustration et de déception. La frôlant de l'épaule chaque matin, chaque soir, la salive de Kintaro s'imprégnait d'amertume, ses yeux se fermaient de frustration. Exposer une œuvre si scabreuse, avec si peu d’intérêt artistique attaquerait sa réputation de sculpteur, quand bien même chacun savait que le choix ne lui appartenait pas.
Lui au bras duquel s’accrochait les plus belles créatures, les esprits brillants aux manières les sophistiquées. Lui qui dansait dans des salles dorées, dont les doigts ne touchaient que les matières les plus nobles, appartenant à la bourgeoisie la plus grandiose, promis au futur le plus éclatant.

Pourtant, c’était ce qui lui était destiné.

Rester debout à ses côtés et feindre un sourire en la présentant.

Sa décevante œuvre finale.


Ça ne faisait que quinze jours, pourtant. Pas plus que son dernier mariage. Peut-être que ce soir, à minuit, le carillon de l’Incontestable n’annoncerait pas une autre humiliante contrainte mais bien la liberté.

Si seulement.


Les corps nus avaient quelque chose de rassurant. Dans l’ombre de la tour des vices Kintaro poursuivait ses activités malsaines, assistant à des ondulations impudiques d’un œil tout analytique. Ses mains froides rectifiaient, ses paroles contrastaient avec l’émotion factice des acteurs, ordonnant avec précision, haussant son ton grondant lorsqu’il devait se répéter. Tout companion n’était que vague à ses pieds, écume s’enroulant en un soupir autour de ses mollets. Kintaro lui, était un marin qui avait bouché ses oreilles, refusant l'appel de la mer, bien conscient qu'une fois happé des mains le pousseraient sans faute sur les rochers acérés.

C’était ça aussi, quinze jours : un sevrage violent qui se normalise. L’addiction n’était pourtant jamais bien loin, prête à lui sauter à la gorge, reprendre contrôle de ses actions. Enclencher un sourire carnassier, des paroles habiles, des caresses qui aimaient la tiédeur d’une peau, saisissant avec autorité.

Sa joue appuyée sur son poing, dans ce fauteuil de cuir tendre, Kintaro ne voyait plus ses employés. Son stylo s’agitait entre deux doigts, l’esprit parti à la conquête de nouvelles idées, à la révision d’un planning peu professionnel.

Son époux s’était appliqué à l’éviter ces derniers jours. Leurs interactions suintaient le malaise, Benji semblant de plus en plus nerveux, indisposé au moindre mot. Kintaro était loin d’être dupe, le devoir capital patientant en épée de Damoclès n’était pas étranger à ces réactions fuyantes. Son regard accrochant la réalité un instant, le japonais alluma son portable et ouvrit l’application qui irrémédiablement décomptait les jours.

Demain soir dernier délai.

Un de ses hommes, le voyant ainsi distrait, s’approcha en murmurant. “ Désirez-vous interrompre la démonstration, monsieur ? ” Le directeur balaya la proposition d’une main sans même daigner quitter ses pensées.

Kintaro Nakashima n’était pas du genre à honorer ses obligations à la dernière minute, surtout quand il était question de prison ou de sa vie. Alors, s'était-il dit, ce soir, Benji ne s’enfuirait pas. Ce soir, -et il savait déjà que cela ne plairait pas à son époux- il toucherait à nouveau sa peau sombre, obtiendrait ce que le russe ne désirait lui offrir. Un sourire pâle se dévoila à cette pensée. Certes, il avait hâte. Hâte même s’il devrait se retenir, maintenir sa façade aimable, cette mascarade de respect qu’il accordait à son époux.

Sur le chemin du retour l’idée raisonnait encore, songeant aux mots qu’il était bon d’employer, aux précautions à mettre en place pour une première fois non traumatisante. Le but était de faire perdre pied à Benji, et un jour ou l’autre l’amener à chercher à nouveau ce contact de la chair. Il était ainsi primordial que tout se passe bien.


Une odeur étrange flottait dans le couloir. Grognant en s’approchant, Kintaro composa le code en se demandant avec appréhension quelle potion infecte Benji avait encore concocté dans son chaudron de fonte. Peut-être ne devrait-il même pas goûter, il aurait bien pu l’empoisonner, un de ces jours.

La scène qui apparut une la porte poussée parut irréelle. Benji attendait, assis au kotatsu, mains sur celui-ci, ne semblant que patienter, tournant la tête en l’entendant entrer. Kintaro se retrouvait quelques années en arrière, sa mère l’attendant à son retour, son regard dur et plein de nuages prêts à exploser. Kintaro resta immobile un instant, quasi mal à l’aise. Benji se redressa, adapta son ton, comme respectant des codes personnels pour une annonce de la plus haute importance.

" - Bonsoir. J'ai le surprise pour toi. "

Kintaro inclina légèrement la tête sans le quitter des yeux, se débarrassa de ses chaussures puis disparut dans son bureau un instant. Pourquoi Benji avait-il cessé de fuir ? Il posa son porte document sur le bureau et accrocha son manteau. Que l’attendait-il dans le salon, une importante conversation ? Kintaro reparut, s’approchant en sondant son époux. Benji, Benji. Finalement, sa droiture semblait une nouvelle façade pour dissimuler la tension qui grattait la peau autour de ses ongles. A l’arrêt devant son époux, les paquets appuyés contre le kotatsu finirent de le convaincre. Benji n’avait rien de particulier à lui dire. Peut-être même avaient-ils eu la même idée.

Sa bonne humeur revint en se rendant compte qu’il avait oublié de retirer sa veste, dérogeant à son habitude millimétrée. Il abandonna avec elle sa retenue de directeur pour se permettre un peu plus de familiarité.

“ - Oh, tu comptes m’offrir cette victoire ce soir ?

Parlait-il réellement de leur pari ? Son regard arrogant pouvait bien coller aux deux situations. En le connaissant un peu, cependant, on pouvait deviner qu’il ne parlait pas de chips. S’attaquant au nœud de sa cravate, Kintaro pivota vers la cuisine, jetant un regard interrogateur sur la table, faussement sérieux.

- Pas d’eau ? Tu ne vas pas t’étouffer ?

C’était ce genre de sourires à étapes, au premièrement en coin puis éclatant d’un plaisir simple, accompagné d’un semblant de rire, qui avait le don d’attirer la sympathie. Ses piques de provocation émoussées contribuaient elles aussi à un charisme cavalier mais qui avait fait ses preuves. Il s’assit en tailleur, s’appuyant nonchalamment sur le kotatsu.

- Nous avions convenu d'un gage pour le perdant, est-ce bien cela ?

Kintaro leva les yeux, réfléchissant, posant ses bras derrière lui et s'appuyant en arrière. Il regarda Benji un instant avant de repartir dans ses pensées.

- J'espère que tu es un homme de parole. "

Dit-il avant d'attraper un paquet.

J'espère que tu es au moins ça.

Benji N. Tarkovski
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le Lun 19 Aoû - 23:13
par Benji N. Tarkovski
Éclipse lunaire


Vous vous fixez en chien de faïence. La curiosité glisse de son regard à ton visage, s'attarde sur tes paroles et tes mains. Mesure tes gestes Benji, mesure tes propos. Attention au calme feint sur tes traits. Il te fait face de toute son arrogance, te fait déglutir d'appréhension. Que faire ? Que dire ? Le souffle se perd dans tes bronches en une inspiration étranglée. Tu ne détourneras pas le regard aujourd'hui. Les cils battent l'air sans que le yeux ne dérivent vers le sol.
L'homme d'affaire quitte son vêtement pour devenir l'époux. Caméléon aux multiples peaux, tu suis ses gestes avec appréhension. Ce soir tu ne fuiras pas. L'arrière goût de peur coule encore dans ta gorge à chaque fois que tu te souviens de votre rencontre et de ses injonctions.

Tes mains se retrouvent jointes sur la table. Tentative frustrée de calmer tes nerfs. Tu redoutes le dernier devoir. Aucunes autres pensées n'arrivent à la supprimer. L'ordre est incontestable, la fuite est impossible. La mort ou le lit, l'abdication ou la voltige. Kintaro a bien fait comprendre le message : il n'y aurait aucune fuite possible tant que le ruban rouge lie vos annulaires.
Il y a de la lutte sous ta chevelure, un combat interne pour soutenir son regard sans détourner les yeux. Ses paroles t'arrachent des sourires crispés, les mains ne savent pas comment se placer, les doigts ne cessent de s'entrelacer, de se lâcher, de se serrer. Il y a presque une envie de riposter, le titillement du sarcasme démange le palais. Il t’agace, il t'agace. Il t'embête avec ses commentaires et ses piques, mais tu ne peux pas t'empêcher de les trouver divertissants. Son sourire t'irrites les yeux, tu peux pas t'empêcher une main de rejoindre ta nuque avant d'y faire glisser ton menton dans sa paume.
Un sourcil tressaute, la dernière provocation réussit à te tirer un sourire narquois. Un homme de parole. Tu es bien plus que ça. Certain d'une victoire par abandon, prêt à te délecter de son visage rouge et de sa bouche en feu, c'est cette vision que tu veux imposer à ton esprit avant de passer au travail. Tes jambes se délient sur le sol et tu te relèves. Quelle belle vue, tu poses un regard de haut sur ton époux et attrape le paquet de chips déposé près de toi. L'ouverture se fait dans un nuage odorant qui te souffle des relents de piments à la figure.

« Tu veux annuler avant pire ? »

Ta main se plonge dans le paquet sans que les yeux ne quittent les rétines de Kintaro.
Première chips ente les doigts, tu reposes le paquet sur la table.

« Attention à la bouche, le repas est après. » les lèvres restent ouvertes mais aucun sons n'en sortent. Elles s'étirent en un sourire crispé, non assumé, que tu as du mal à retenir. « Et si alcool mais pas eau. Plus drôle mh ? »

Il n'est pas rare que ton époux se serve un verre le soir. Longue journée, retour décevant à l'appartement, tu n'as jamais su la raison derrière, et elle ne t'intéresse pas plus que ça, mais l'emplacement des bouteilles t'es resté en mémoire. Tu contournes le kotatsu pour rejoindre le meuble. Les deux verres sont assez remplis pour un cul sec, après avoir tâté chaque bouteille. Les étiquettes te semblent toutes trop coûteuses, tu finis par déboucher le goulot de ce qui semble être de la vodka. Ce soir ton époux tâtera de la Russie, que ce soit de ses lèvres ou de ses fesses.

L'alcool est posé face à Kintaro avant de rejoindre ta place en face de lui. La bouteille reste sagement entre vous deux.
« Za zdorovie »
Tu lèves ton verre et avales entièrement le liquide.
Ventre vide, tu le laisses te brûler la gorge et t'embrumer les pensées.

La première chips est directement avalée à sa suite.

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Kintaro N. Tarkovski
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le Mer 28 Aoû - 23:42
par Kintaro N. Tarkovski

La tension était unilatérale ce soir, Benji étant bien trop nerveux pour réagir à ses pics. Aux premiers du moins. Bien vite, l’époux se releva, le toisant de là-haut, de cette hauteur qu’il n’avait jamais sur Kintaro, ouvrant son paquet d’une impulsion dramatique. Le visage du japonais se secoua imperceptiblement en réponse à la mise en scène particulièrement risible. Ce qu’il était sûr de lui, ce petit. Il faisait moins le malin sur le sol de la salle de bain. Il le ferait moins également, la tête dans l’oreiller.

“ - Attention à la bouche, le repas est après.

- … Pardon ?

La phrase était lourde de sous-entendus dominateurs et sexuels. Pourtant, elle avait été prononcée franchement, sans ciller un instant. Le pli entre les sourcils de Kintaro s’aplanit quand il se souvint de son époux n’avait jamais fait preuve d’une telle audace flegmatique. Il s’agissait d’une incompréhension, rien de plus.
Benji poursuit sa conversation peu naturelle, s’envolant vers son cabinet à eaux-de-vie. Le dos de Kintaro se raidit mais il ne prononça mot, patientant diplomatiquement de voir la bouteille choisie par son époux, en espérant qu’il pioche sans le savoir dans le bas du panier. Le japonais la reconnut au premier coup d’œil. Le russe avait su instinctivement trouver l’alcool de son pays, démontrant une fois de plus son envie d’intégration. Si ce n’était pas beau. Au moins l’avait-il servi, contrairement à la dernière fois. Voulait-il se désinhiber sans être le seul ?

Kintaro leva sobrement son verre, le vidant à son tour. L’alcool brûla sa langue mais il le maintint en bouche, le faisant tourner, l’avalant à petites gorgées, regardant Benji prendre sa première chips alors qu’il s’appliquait à s’anesthésier, prenant tout le temps du monde pour examiner la bouteille et ouvrir à son tour le sachet.

La première chips n’eut pas d’effet particulier. Rassuré, Kintaro en prit quelques-unes, avalant sans trop mâcher. Comme Benji n’avait pas l’air de s’activer, le japonais repoussa la bouteille et son verre vers son époux, l’invitant à le resservir, comme le voulait la coutume. Ce serait honteux pour n’importe quel japonais de se faire rappeler les bonnes manières, mais Benji n’aurait pu comprendre l’implication que ce geste avait.
Il fallait tout lui apprendre.
Sourire mesquin.
Comme ce soir.

" - Ressers nous. "

Ça lui rappelait quelque chose, le kotatsu, la boisson, ses ordres. Benji était plus docile ce soir, pourtant.
Une chaleur bien spécifique traçait une ligne dans sa trachée, bien droite, prenant son temps pour faire son apparition, patientant que le paquet se vide pour le grand reveal. C’est soudainement que le feu prit, brûlant sur tout le chemin, faisant sauter le sang au visage. Kintaro agrippa un coin du kotatsu, toussa, garda la tête baissée alors qu’il sentait sa peau bouillir. Ah, il imaginait déjà la joie béate de son idiot d’époux, il ne pouvait lui faire ainsi plaisir. Pourtant, le piment l’agressait avec férocité, gardant sa bouche ouverte, encombrant ses yeux de larmes, déboutonnant le haut de sa chemise. Son poing s’abattit sur la table, cherchant à surmonter son état, prenant une gorgée l’alcool en espérant calmer le jeu.
De toute évidence, ça ne marchait pas. Cela semblait plutôt faire l’effet inverse.
Son regard remonta sur Benji pour le dévisager. Il ne pouvait pas le laisser s’en tirer comme ça. Son époux ne semblait pas non plus indifférent à la morsure du piment.

" - Abandonne. "

Kintaro n’avait pas imaginé être dans un tel état pour du piment, mais voilà qu’il l’était, et il n’aimait pas cela. Mais encore plus, il haïssait perdre. Ses doigts en feu reprirent des chips pour les avaler sans lâcher son époux du regard. Il continua de fouiller dans le sachet, faisant intentionnellement une partie à côté de lui, invisible aux yeux de Benji.

Abandonne car je compte bien finir ce paquet.

Benji N. Tarkovski
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posté
le Sam 31 Aoû - 0:44
par Benji N. Tarkovski
Éclipse lunaire
L'alcool enflamme ta gorge sans pitié. Ce ne sont que les préliminaires à un déluge de chaleur que tu t'apprêtes à subir. Un mal pour un bien, le ventre vide et l'estomac à jeun accueillent l'offrande avec avidité, prêts à se gorger, à te corrompre le sang et les sens avec des fantasmes odorants. Le liquide est avalé d'une traite, sans possibilité de fuite. Il détend tes pensées, délie les mouvements. Tu fermes les yeux quelques secondes et laisse l'alcool te faire perdre tes repères petit à petit. Il faudra bien quelques instants avant que tu ne sentes réellement les effets sur ta psyché. Placebo ou potion, tu laisses le stress couler sur ta peau.
Les chips suivent peu après dans ta bouche, une à une. Doigts teintés d'orange et de rouge aux senteurs enivrantes de sel et d'épices. Tu te colores les lèvres de piment, le laissant te brûler la langue et te rougir les joues.
Quelques regards sont lancés en face de toi, tu ne détournes pas les rétines du paquet concurrent. L'homme avale les chips sans se soucier de la suite, le dédain reste collé à ses lèvres. Bien. Qu'il mange, qu'il avale, qu'il profite du répit. Tu mâches à ton tour, prenant soin à ne pas avaler de travers, laissant quelques coups de dents entre chaque bouchées. Plus vite il abandonnera, plus vite tu pourras refermer le sachet, pas besoin de souffrir inutilement lorsque la victoire est certaine. Ce n'est qu'une question de temps.

Le geste est arrêté en plein vol pendant que la bouteille est poussée vers toi. Un petit sourire en coin, tu t'empresses de remplir le verre de l'époux. Le tien reste vide, tu préfères taire toute tentation de boire, ou d'avaler par mégarde de l'alcool à la place de l'eau. La leçon a été bien comprise, c'est avec le sacrifice d'une bonne nuit de sommeil et d'un estomac en bon état que tu as compris l'importance de laisser l'estomac vierge de tout alcool directement après avoir ingéré des épices.
Parfait, penses-tu en regardant Kintaro avaler le liquide. Tu peux pas t'empêcher de sourire en le fixant pendant qu'il se débat dans son océan de chaleur. Les chips sont avalées avec intermittence de ton côté, mais le corps commence aussi à souffrir du piment. Le rouge colle aux joues, la bouche reste ouverte pendant que tu halètes par moment, pour attraper des lapées d'air. Le nez se vide dans un mouchoir qui attendait son grand moment d'utilité. Les yeux se mouillent, la vision se trouble, la langue est engourdie par le piment. Soupire, souffle chaud, tu tentes d'aérer ta bouche, de faire taire le piquant.
L'époux n'a pas l'air bien non plus.
Injonction, ordre, ça sonne comme une supplication à tes oreilles. Le sourire te monte sur les joues, bras croisés devant toi. Tu arques le dos vers lui, yeux coincés sur les mouvements de sa main entre ses lèvres et le paquet. Combat de regards, tu ne détournes pas le visage.

« Pas chaud ? » ton mielleux, sourire narquois. Difficile de retenir le ton moqueur qui gronde dans ta gorge. Il ne tardera pas à monter dans ta bouche et à arroser ton époux.
Tu fais tourner tes doigts parmi les chips, caressant leurs bordures, choisissant avec soin le prochain attaquant. Ta stratégie repose sur l'endurance : ton époux épuise rapidement sa bouche pendant que tu prends ton temps à mâcher les chips. La chaleur se répand plus lentement, les picotement sont plus diffus.
Tu avales une dernière bouchée, doigts colorés et brûlants. Le paquet est encore bien remplis, le soupire ne se fait pas attendre. Les jambes se déplient sur le sol, tu relèves ta carcasse brune. La démarche se fait rapide pendant que tu approches du coin cuisine. Les mains sont essuyées dans une serviette et un verre est posé sous le robinet. Oh non Benji, tu ne vas pas abandonner si facilement. Sourire moqueur en coin, tu reviens t’asseoir autour du kotatsu. Non plus face à ton époux, mais sur le côté qui lui est proche. Tu ne fais pas attention aux chips manquantes, trop occupé à ne pas éclabousser ton époux.

L'eau claque contre la table basse, tu pousses le verre vers ton époux du bout des doigts.
« Pas bien ? Chaud ? Ça va fait bien. »
La tête se penche vers le côté, une main attrape ton paquet pour le rapprocher de toi. Tu croques dans une chips en une provocation silencieuse. La tête se tourne vers la bouteille d'alcool, toujours fièrement dressée à tes côtés. Tu dodelines de la tête dans sa direction, l'indiquant d'un mouvement du menton. « Ou mieux ça ? »

Quel plaisir de le voir aussi mal. Tu ne le quittes pas des yeux, léchant ses expressions de tes rétines, t'abreuvant de son malaise et de ce rouge que partagent vos joues.

« Le gage gentil. »
Tu fais claquer ta langue contre tes lèvres. Grand sourire sur le visage, le dos se redresse et tu pioches à nouveau une chips.
« Promis. »
Tu vous ressers de la vodka en quelques mouvements. Trois verres vous font face, tes doigts glissent avec paresse sur les bords du tien. La hâte de fêter ta victoire te donne le courage d'avaler une petite gorgée qui met le feu à ta gorge.
Regarde, Kintaro. Regarde.
Regarde et avoue ta défaite.

Qu'il sera doux ce gage.
Que tu vas y prendre du plaisir.
La déglutition se fait plus difficile. Qui sait combien de temps tu arriveras à garder ce rythme pour calmer la brûlure.

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Kintaro N. Tarkovski
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le Dim 1 Sep - 16:17
par Kintaro N. Tarkovski

Kintaro avait toujours eu des flammes s’échappant de sa gueule, comme n’importe quel démon rampant des crevasses de l’enfer jusqu’au monde des hommes. Cela ne l’avait jamais dérangé, cracher un torrent de lave à ses ennemis, hurler des fournaises sur ses subordonnés, serrer les dents devant ses partenaires. Aujourd’hui cependant, le feu était différent, une illusion tout au plus, mais qui le courbait devant son époux.

Ce petit renard ne manquait pas de profiter de la moindre faiblesse pour montrer ses vraies couleurs, son sourire aux crocs pointus, ses paroles piquantes. Et bien que cette attitude se joue de lui, Kintaro ne pouvait qu’apprécier cette facette joueuse, définitivement plus franche que ce qu’il obtenait jusqu’alors.

Et alors qu’il étudiait ses expressions pour déceler la moindre suspicion, Kintaro vidait peu à peu son sachet au sol. Une chips en bouche, deux au sol. Le plan se déroulait avec assurance jusqu’à ce que Benji ne se lève. Un mouvement de main encouragea le tas à se cacher sous le kotatsu, non sans laisser une trainée de paillettes orangées sur son passage. En même temps la curiosité de Kintaro suivait Benji au travers d’une étrange bulle de chaleur, vérifiant qu’il ne trichait pas.

Le verre se posa en face de lui, le narguant. Promesse d’un soulagement à très court terme, mais un soulagement tout de même. Benji avait cette même attitude fanfaronne, ses mots filant s’écraser sur l’arrière de sa gorge comme de petits piments, provoquant toux et regard embué. Que fais-tu donc, Benji ? Ces regards espiègles, ces paroles railleuses ne pouvaient-elles avoir d’autre but que d’attaquer sa fierté, de le faire réagir d’autant plus grandiosement ? Venir l’aguicher de la sorte, on eut dit un de ses employés le poussant à la débauche.
Kintaro s’appuya pourtant sur son avant-bras pour se tourner vers son époux, la tête basse et le regard urgent, s’approchant du verre sans oser le toucher. Il demanda, entre deux goulées d’air frais :

“ - Gentil comment ?

L’alcool coula, dans les verres et la gorge du jeune. Ce dernier ne pouvait empêcher ses pensées de s’inscrire dans le moindre de ses mouvements. Il était certain de sa victoire. Kintaro reporta son attention sur les verres qui lui contaient milles merveilles, aussi trompeuses qu’un spot publicitaire. Ses mains restaient hors de portée mais ses doigts se tendaient inconsciemment vers la cible, en proie au désespoir. Benji semblait pensait que boire serait un aveu d’abandon, mais après tout, cela n’avait jamais été précisé. Il ne pouvait cependant se permettre de vexer son époux ce soir. Alors autant jouer le jeu.

De nouvelles chips furent soulevées à sa hauteur, ingérées alors que son front devenait brillant. Les manches de sa chemise se relevèrent, il s’appuya d’autant plus sur la table, abattu par un soleil de plomb. Kintaro souffrait, c’était un fait. Son corps le lui rappelait à chaque instant, ne lui offrant aucun répit. ll aurait pourtant été mal le connaitre que de penser qu’un malaise passagère pousserait Kintaro à l’abandon, d’autant plus en étant défié de la sorte. Mais Benji semblait si disposé à lui montrer qui il était, autant s’amuser un petit peu.

Mais le kotatsu était bien trop chaud pour son corps fiévreux. Kintaro s’extirpa en poussant sur ses jambes, le moindre mouvement semblant surhumain pour son organisme effervescent. Son œsophage lui suppliait de de plus rien avaler, menaçant de représailles lorsqu’il se plia en avant. Kintaro ne cachait pas son combat intérieur, peut-être cela encouragerait Benji à faire plus d’efforts pour précipiter une victoire imminente.

- Convaincs-moi.

Bien qu’à moitié débraillé et couché sur la table, l’œil du japonais brillait d’une malice brûlante. Il voulait voir plus de cet idiot qui se pensait malin.
Benji N. Tarkovski
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le Lun 9 Sep - 13:37
par Benji N. Tarkovski
Éclipse lunaire
Le feu monte à l'intérieur. Brasier d'épices, mélange toxique d'alcool et du souffle ardent d'une hâte contenue. Tu veux le voir tomber, s'écraser sous tes pieds pour mieux te permettre de le piétiner. Appuyer ton talon contre sa tempe, l'humilier pour mieux l'apprécier.
Le ventre est chaud, l'estomac gronde, incandescence des tripes, bouillonnement qui s'impose sous ta peau. Tu sens la vague enflammée se répandre dans ton corps. Le sang ne quitte plus tes joues, il fait pulser ton cœur à chaque respiration. Difficile de faire la différence entre le piment et la vodka, la tête ne tourne que trop peu, la conscience est si présente.

Les yeux ne cessent de glisser sur Kintaro, caressant du regard ce malaise grandissant, ce bouillonnement qui illumine la peau. Les lèvres s'étirent sur ton visage sans que tu ne t'en rendes compte. Sourire pensif, satisfait, le plaisir irrésistible de voir la bête coincée. Il lutte, cet homme. Pour maintenir la tête droite, pour ne pas se laisser aller à la facilité et à la faiblesse. Tu aurais presque envie de pousser le verre plus près. Inciter à la défaite, pousser à l'abandon. Les rétines griffent ses doigts blancs. Le démon s'épuise, laisse la saveur piquante le terrasser. Bientôt il ne sera qu'un tas de poussière, pantin désarticulé, acculé, obligé de se soumettre à tes ordres et à tes envies de vengeance. Dragon vaincu, achevé, lance en travers du corps.
La grande gueule perd de sa poésie et de son panache.
Oh, mais tu seras gentil. Gentil comment ? Aussi doux qu'un agneau, aussi tendre que la brise de vent sur tes joues innocentes. Sourire ingénu, yeux plissés, doigts déliés sur le kotatsu. Il ne faut pas s'inquiéter de ça si tôt, Kintaro. Tu dodelines de la tête doucement, en un signe qui incite à la patience. Surprise.

L'homme bouge, fuite du corps hors du kotatsu. Tu ne lui adresses qu'un regard pendant que l'esprit est occupé autre part : ta main retrouve le chemin vers ton verre. Un nouvelle gorgée embrase la gorge, la grimace ne se fait pas attendre. Elle durcit tes traits et déforme la bouche quelques instants. Tu clignes difficilement des yeux, digérant avec mal la vague qui s'abat dans ton corps. C'est pour l'encourager, lui montrer la voie, ouvrir le chemin. Si toi tu peux le faire, pourquoi pas lui ?
Doigt glissé entre ton cou et ton t-shirt, tu déglutis avec difficulté en tirant sur le bord du vêtement. Le spectacle à ta gauche attire à nouveau ton attention. L'époux luttait toujours, corps tordu, gestes hésitants et lents. Le regard glisse sur ses vêtements et les traits de son visage. Jugeant, jaugeant, à quand il succombera enfin à l'abdication. Ne te fait pas supplier, Kintaro.

La voix se lève, les regards se bloquent. Délice de la malice, pointe d’espièglerie dans l'attitude. Toutes tes pensées sont occupées par le gage. Bientôt, bientôt. Icare tombera du ciel dans l'océan de la vengeance. Kintaro perdra bientôt ses plumes, arrachées par poignées pour le laisser à nu sur le sol. Tu pourras le regarder de haut, le laisser regretter ses péchés. Il ne pourra pas t'en vouloir, ce n'est qu'un gage, un défi perdu. Il ne pourra rien te dire, non. Comment demander des excuses quand c'est la défaite qui te brûle les ailes ?
Alors oui, tu es prêt à le convaincre.
Les yeux trouvent le chemin vers ses lèvres. Tu ne t'abaisseras pas à des supplications verbales. Les iris s'accrochent à la pulpe rougie par les épices. Tu ne t'abaisseras pas non plus à lui faire le plaisir d'un baiser aux dures senteurs de piment. Pourtant il serait capable de se laisser aller. Peut-être. Il n'a pas eu l'honneur de caresser tes lippes aujourd'hui, ni de sentir ton haleine sur sa peau.
Que faire, quand tu veux lui embrouiller l'esprit, lui vider la tête de toutes pensées ? Que faire quand tu dois endiguer ce venin de revanche face à ton orgueil ?

Tu allais t'approcher, Benji. Le mouvement était lancé, le corps avait bougé. Pour le tenter, sans le toucher. Lui faire sentir ton souffle sans lui donner la joie de te sentir sur lui. Narguer ses désirs d'un commentaire railleur en te laissant à l’abri de ses attaques. Lui promettre un esprit lisse et un gage chaste de toute malice.
Tu allais glisser vers lui, Benji. A mi distance, juste assez près, juste assez loin.
Mais le regard a été attiré par de la poudre rousse. Poussière orangée, laissée sur le sol vers le bord du kotatsu. Voici les infidèles qui reposent près de la jambe de Kintaro. Poussées à la lumière par une fuite des membres hors du meuble. Tu t'es arrêté en pleine approche. Visage tourné vers le sol, sourcils qui tiquent, qui se froncent devant l'outrage et la triche. Les doigts ont attrapé une chips, les yeux curieux ont questionnés l'époux.

« Ah. Mhh... » le sourire disparaît, tu restes songeur, irrité. Contrarié d'avoir été la victime d'une tromperie aussi flagrante, aussi honteuse, aussi sournoise. Pourtant tu aurais dû t'y attendre.
Cet homme obtient toujours ce qu'il veut, glissant entre les règles, effaçant les limites pour mieux les redessiner où il les préfère. Tu avais déjà pu voir le maître à l'oeuvre.

Le bras est passé sous un bord du tissu, relevant le kotatsu pour faire éclater la supercherie.
« Kintaro. »
C'était un murmure, presque un soupire de consternation. L'autre main est venue attraper une poignée de chips. Poing levé entre vous, tu le fixes dans les yeux, air désabusé sur le visage.
Et maintenant ?
Est-ce qu'il est disqualifié ?

« J'ai gagné. »
Tu lâches les chips. Elles tombent à vos côtés dans un déluge de poussière épicée.
« Le gage, à moi. »

Comment disait il déjà.. ? « J'espère que tu es un homme de parole. »
Raillerie amère. Sourire narquois.

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le Lun 9 Sep - 21:19
par Kintaro N. Tarkovski


Ce que Kintaro aimait les dents de Benji, surtout quand elles croquaient pleinement dans les pommes empoisonnées qu’il lui tendait. Ce qu’il était vilain, cet enfant. Docile en apparence mais prêt à frapper à la moindre faiblesse, oubliant le lendemain où il serait puni. On disait souvent, chez les Nakashima, qu’il était fou de confier le pouvoir aux frustrés, qui ne savaient l’utiliser sans devenir détestables. Benji avait tout de celui qui n’a possédé la moindre autorité et s’est fait piétiner toute sa vie. Chaque opportunité était à saisir pour tenter de se hisser sur l’échelle, faire payer à la société sa méchanceté. L’affaire aurait été moins grossière que Kintaro se serait laissé faire bien galamment, en bon gentilhomme qu’il se devait être avec son époux. Mais il y avait bien trop de ressentiment dans ce regard, une lueur malveillante qui ne pouvait lui plaire.

Alors Kintaro jouait avec ce sentiment d’ascendant, acceptant ce rôle de victime, rien qu’un instant, pour voir jusqu’où il irait. Et Benji croque le fruit, observe ses lèvres, le fait espérer, amorçant une approche. Kintaro s’imagine déjà l’obliger à presser son corps contre le sien, le faisant chanter pour qu’il aille plus loin, sans promesse d’abandon. Pourtant, l’attention du russe fut détournée au dernier moment, fixée sur un point près de sa jambe, là où, horreur et damnation, quelques preuves avaient été mises à découvert.

L’ambiance joueuse retomba immédiatement, Benji revint vers lui avec le dégoût de celui qui prend âprement conscience d’une moquerie latente. Ses doigts saisirent le tissu et Kintaro sut que le pire était à venir. Un rire fut difficile à dissimuler face à la déception russe. Il pinça sa bouche, fronça les sourcils et mordit sa langue dans l’espoir de se contrôler mais pendant une seconde on voyait son menton tressauter.

Benji lâcha les miettes qui s’éparpillèrent au sol. Kintaro les observa un instant, imaginant Benji les nettoyer, le lendemain. Ah ! S’il avait su être ainsi découvert, il aurait poussé les chips d'un pied de l'autre côté de la table pour pouvoir l'accuser à son tour.

“ - Ah, oui… mon paquet s’est renversé, tout à l’heure.

Kintaro s’était à peine repris, il souriait, ne se fatiguant que peu à feindre un air contrit, préférant s’appuyer sur son poing et le dévisager, ouvertement narquois. Rouge et peinant à respirer, mais narquois tout de même.

- Tu avais tant envie de jouer, je n’ai pas osé te le dire.

Cette fois-ci, la plaisanterie ne passerait pas, n’est-ce pas ? Il ne devait pas vexer sur époux, et ne comptait pas manger ce qu’il avait mis au sol. Alors il râla d’un ton léger, saisissant le verre d’eau et le levant en direction de Benji.

- Ok, très bien, tu as gagné.

Kintaro prit quelques gorgées d’eau en soupirant d’aise. Cela ne le soulagerait pas longtemps, pourtant. Il faudrait manger. Alors il se releva, le nez dans son verre, pour fouiller dans les placards à la recherche d’une pommade alimentaire.

- Que veux tu, donc, comme gage ?
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le Mer 11 Sep - 19:32
par Benji N. Tarkovski
Éclipse lunaire

musique

Tu écoutes les fausses excuses, lèvres closes, sourcils arqués et froncés. Ta langue claque avec agacement dans ta bouche, le regard est détourné vers le tas de chips. Agacement dans les pensées, vision affligeante de son dédain. Il se moque de toi, te fait tourner entre ses mains pour faire de toi une poupée de chiffon à la tête creuse. Tu n'avais rien vu, rien remarqué. Trop occupé par tes propres pensées pour remarquer le stratagème. Que tu es vexé Benji. Fugace impression de te prendre une gifle, ça résonne dans ta caboche comme des rires moqueurs. Te voilà retombé à ta place étriquée de gamin. Il croit pouvoir te dire autant de moqueries qu'il le souhaite, mais ça gonfle dans ta poitrine. La rancœur s'amasse, l'agacement s'empile.

Seul un petit regard en coin est lancé vers l'époux. Tu ne veux pas lui donner plus d'attention, la honte te vrille le cerveau en repensant à l'approche que tu avais amorcé. Dégoût de l'acte, humiliation de la pensée. Que tu te serais senti idiot, à t'approcher si près de ses lèvres. A lui offrir la vision amère de ton corps s'approchant tant du sien. Tu déglutis avec agacement. Oui, il s'est bien moqué de toi. Il y a une telle envie de lui arracher ce sourire de ses lèvres. Grimace sur le visage, tu redresses ton dos, comme pour te redonner de la contenance. La fierté est mise à mal.
Mais voilà l'époux qui râle, qui peste, qui lève son verre. Tu fronces les sourcils à cette vision, le doute te fait croiser les bras sur ton torse. Tes yeux suivent ses gestes du regard, tu ne veux pas lui donner l'occasion de te décevoir une nouvelle fois. Pourtant le voilà qui avale, qui avoue, qui s'abandonne à l'abdication. Les paroles sont là, l'acte est fait. Tu ouvres la bouche, incapable de savoir quelles paroles prononcer. Les lèvres se lient à nouveau pendant que tu examines ses gestes. Abandonne-t-il vraiment ? Ou n'est-ce qu'un autre artifice pour te souffler dans les ailes avant de mieux te projeter contre le sol ?
Tu ne sais pas très bien.
Mais...
« ...tu as gagné. »



Il n'y a pas eu de sourire ni d'épine sarcastique. Les paroles sont restée cachées dans tes cordes vocales. Tu n'as rien dit, visage tourné vers ton époux pendant qu'il fouillait les placards. Le canapé bloque trop tôt ta vision, mur douillet entre tes rétines et les va et viens de ton époux dans la cuisine.
Soupir dédaigneux, insolent, dubitatif. Tu lèves les yeux au ciel avant de te mettre à ton tour sur tes jambes. Vos verres sont attrapés au vol, encore remplis à moitié du liquide transparent aux senteurs assez lourdes de courage. Il te faudra bien ça pour aller jusqu'au bout de tes fantasmes. Il lui faudra bien ça pour accepter sans rechigner.

Le salon est contourné, la table de la salle à manger est évitée. Avançant avec une tranquillité feinte jusqu'à Kintaro, tu déposes les deux boissons sur l'îlot de l'évier. Dos tourné à l'époux, doigt glissant avec lenteur sur les bords du verre. Comment lui dire ? Comment lui présenter le défi ?
« Je veux... » tu veux ?
Tu veux. Mais tu ne sais pas comment. Pas exactement.
Murmure rauque où perce l'hésitation. Tu coinces ta lèvre inférieur entre tes dents, énervé après toi-même d'exposer ton incertitude à l'oreille du démon. Tu te reprends, te redresse.
C'est un vibrement dans ta poche qui détourne ton attention. Le portable s'emballe, veut t'annoncer que votre repas est arrivé. Bien. Timing parfait.

Pas besoin de prévenir l'époux, tu n'as que quelques pas à faire vers la porte vers la porte avant d'y attendre le livreur. L'échange est bref, quelques regards sont échangés en même temps que les règles de politesses. Il faut croire que vos corps portaient encore les stigmates du piment, le pauvre homme vous regardait d'un air ahuri, geste hésitant, regard papillonnant de l'un à l'autre.
Le sachet est posé près des verres, tu t'installes sur l'un de tabourets du bar américain pour sortir les boites chaudes. L'odeur te met l'eau à la bouche, tu salives d'avance à l'idée de croquer dans le pain fondant.

« Burgers. Thé à moi, l'eau à toi. »
Un paquet est poussé vers l'époux pendant que tu entames avidement le repas. Il n'y aura rien de japonais au menu ce soir pour lui. Rien n'est fait pour son plaisir : tu te refuses à suivre la vie nippone de Kintaro. Tout est prétexte à éloigner un peu plus loin cette lourdeur de l'ambiance japonaise.
La viande tendre et le fromage fondu coulent dans ta bouche avec délice. La crème épaisse te caresse la gorge et apaise les brûlures. L'estomac reste toujours douloureux par endroit, trop peu habitué à être maltraité aussi durement. Les soupirs de satisfactions sont impossibles à retenir, les yeux se ferment par moment pour mieux savourer ce moment. Une main graisseuse attrape rapidement le gobelet de thé glacé. Les glaçons s'entrechoquent pendant que les gorgées sont avalées. Tu ne fais pas attention aux gouttes qui roulent aux commissures de tes lèvres, les essuyant prestement du dos de ta main.

Ce n'est qu'à la moitié du repas que tu te rends compte.
Mouvement impertinent des épaules, tu recroques dans ton burger :
« Pas le dessert. J'ai oublié. »

Tu ne sais pas encore que ce sera toi, la petite pêche saupoudrée au matcha. Impossible d'imaginer à quelle sauce tu vas te faire croquer.


Le repas est avalé en quelques coups de dents supplémentaires, trop affamé pour laisser des restes. Tu verses le fond de ton thé dans ta vodka pour la diluer. Les gorgées sont plus agréables à avaler. Une, deux, trois. Le goût en est meilleur, pourtant l'effet sera le même. La bouche et les mains sont essuyées puis lavées. Pas de saletés, pas de traces de gras qui pourraient te mettre mal à l'aise. Tu aimes la propreté, tes déchets sont immédiatement jetés à la poubelle. Ceux de ton époux sont laissé à son propriétaire.
Il ne reste plus qu'une chose à faire.
Regard coincé sur la poubelle, tu n'oses pas le tourner vers Kintaro.

« Le gage, mh ? »
Le portable est sorti, une application de traduction est ouverte. Il n'y a pas de place aux erreurs, tu ne veux rien laisser au hasard, ni lui donner la possibilité de jouer sur les mots. Pas d'échappatoires à tes désirs, aucune fuite possible.
Tu tapotes quelques phrases en russe. Mince sourire qui flotte sur les lèvres, tu te tournes vers le diable en costard, yeux fixés sur l'écran.

« Vous allez suivre mes commandes. Sans refus. »

Petite pause dans la diction, tu t'approches d'un pas vers ton nouvel esclave, gardant une distance de sécurité entre vous.

« A genoux. »
Jusqu'où peux-tu le pousser ?
Jusqu'où est-il prêt à aller ?

Tu vas prendre ton temps pour le découvrir. Juste le temps d'apprécier cette vision de soumission.

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Kintaro N. Tarkovski
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le Sam 14 Sep - 13:26
par Kintaro N. Tarkovski

L’appartement était un sauna qu’il espérait fuir avec un peu de nourriture. Seul, Kintaro aurait sans doute laisser tomber ses vêtements mais, quand bien même ils seraient nus ce soir dans des positions bien plus gênantes, une chemise de moins semblait présentement inconcevable. Après un pas d’enfant agacé, Benji le rejoignit d’un rythme lent, quasi hésitant, inhabituel, forcé. Jamais n’avait-il cherché sa présence. Ce changement si soudain, après un tel dégoût dans les plis du nez n’aurait pu être naturel.

Kintaro inclina son regard pour étudier l’arrière de sa tête. Que veux-tu, Benji ? Ton désir est-il incertain ou ne sais-tu pas comment l’exprimer ?

Le verre d’eau se termina et claqua sur le comptoir. Kintaro menaçait son dos d’un air dur, lui ordonnant de surveiller ses paroles. Un pas, puis un autre le rapprocha de lui, sa nuque était proche, facilement effarouchée, ne s’attendant pas à ces doigts qui, sans agressivité mais avec fermeté, se tendaient pour l’attraper.

Nuque, aine, cuisses.
J’arrive, j’arrive pour elles.


As-tu imaginé toute la journée mes mains sur ta peau ? C’est étrange, je m’étais imaginé te poursuivre jusqu’au dernier jour. L’application est-elle restée fermée ? Ignores-tu encore d’où venaient ces bleus, ces douleurs parsemées sur son tendre corps ?

Le démon rouge était prêt à croquer, non annoncé, cette chair vierge et insoumise.
Mais le portable vibra.

Benji avait encore commandé. C’était bien la peine de refuser que ses hommes leur livrent le repas chaque soir. Un autre jour, il aurait évoqué le paradoxe. Pas aujourd’hui.
La nourriture américaine était bien loin de faire partie de ses favorites, mélange savant de sucre et de gras compact enroulé dans du papier comme tout juste sorti d’un carton. Kintaro avisa le sandwich et les morceaux d’oignon tombés dans un blob de sauce. Il croqua une ou deux fois pour se débarrasser du piment, écœuré par la graisse qui giclait du steak, la salade cuite, la colle que devenait le pain. L’eau aida à déglutir et l’alcool à se rincer la bouche. Jamais plus. Benji, lui, semblait bien aise, ne portant que peu d’importance à la façon de manger ou de boire, s’abandonnant à ses désirs comme s’il avait été seul. Une grimace fut cachée alors que Kintaro essuyait sa bouche. Ne savait-il donc rien faire correctement ?

Kintaro sirota la vodka pour patienter, le corps maintenant presque apaisé. C'est en silence que le japonais attendit que son époux finisse sa phrase, mais ce dernier ne cherchait pas à communiquer plus qu’à l’habituelle : c’est à dire pas du tout. Aucun regard, aucune position qui pourrait laisser entendre qu’il était ouvert à la discussion. Patience.
Benji finit son repas, rangea, lava. Kintaro restait immobile.

“ - Le gage, mh ?

Le regard du japonais darda une fois de plus sa colonne. Fais-moi face, Benji, ose recevoir mon avertissement avant de faire une erreur. Mais le russe gardait le regard bas, même en se retournant. Kintaro, lui, se leva, bien droit dans son attitude aristocratique, son verre à la main, ses menaces au bout des lèvres. Benji semblait confiant.

- Vous allez suivre mes commandes. Sans refus.

Le regard s’étrécit, le menton se leva encore un peu. C’était donc un abruti fini. Un génie lui aurait offert une faveur qu’il aurait demandé pour une infinité de vœux.

Tu te crois malin ?

"Sans refus."


Déjà son pied commençait à battre le sol.
Enfin, Benji osa lever son regard bravache jusqu’à lui, s’approcher comme si un pouvoir inaliénable avait investi son être, comme si les règles étaient inviolables, comme si les lois étaient d’une quelconque importance. Il put ainsi rencontrer une froideur toute particulière, observer avec quelle impatience ses bras se croisèrent sur son torse.

-  A genoux.

Sa voix eut le temps de rebondir sur les murs et de s’éteindre comme une bougie en fin de vie. Le japonais était resté immobile, une moue d’incompréhension surprise plâtrant ses traits. Une seconde s’écoula péniblement, puis deux. Qu’est-ce que cela, Benji ? Demandait son allure méprisante, tentant de comprendre le chemin de pensée de son idiot d’époux. Kintaro ne jouait pas selon les règles, Benji le savait déjà. Comment cela avait-il pu sembler une bonne idée ?

Était-ce ainsi qu’il comptait remplir leurs devoirs, ce soir ?

Cette pensée avait un tel potentiel comique qu’elle parvint à alléger la situation et son humeur d’un coup. Rire suffisant, regard supérieur. Ses bras se dénouèrent en s’approchant de son époux, son dos ployant, ses yeux ne le lâchant pas un instant, le pénétrant, allant d’un œil à l’autre en penchant la tête, testant cette attitude de parvenu, dissection lente et récréative qui mettait si facilement mal à l’aise.

- Une obéissance totale est un peu trop demander pour une défaite aussi frivole, ne crois-tu pas ?

Son visage paternaliste se pencha, demandant une réponse. Un gage n’est pas une raison d’oublier sa pondération. Benji devait le comprendre ou subir les conséquences.

- Alors, Benji, dit-il en se redressant, soudainement plus léger, laissant leur différence de taille peser sur son époux, l’air horriblement conciliant. Annonce ton gage tout entier, que nous soyons fixés. Lâche donc ta connerie en une seule fois, que je te croque immédiatement. Tu avais une idée en tête. Que devrais-je faire après m’être mis à genoux ? Ah, petit renard, te voilà dans un sacré pétrin. Prudence, prudence. C’était là le maître mot.

Sa main s’allongea, vint tranquillement se refermer sur le portable et le déposer sur le bar à côté d’eux. Poison de leur génération, l'écran captivant l’attention d’un plus jeune restait, pour Kintaro, une insulte à l’étiquette.

- Concentre toi sur moi. "

Plus de refuge pour le regard, d’impression de savoir dû à des recherches internet. Non, il était seul face à sa décision.
Benji N. Tarkovski
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le Dim 15 Sep - 0:46
par Benji N. Tarkovski
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Tu es si sûr de toi.
Ça s'égraine, s'égare, les certitudes chancellent à mesure que le silence s'installe après l'ordre.

Tu étais si sûr de toi. Un gage, un ordre, une chance de lui faire accepter une commande. Tu tiens ta position, muscles tendus, traits crispés, pendant qu'il se rapproche. A genoux, à genoux. Le regarder de haut, juste pour quelques secondes. Lui faire poser les mains sur le sol, ensuite. Le forcer à courber l'échine, l'obliger à s'excuser et à te demander pardon pendant que tu resterais debout face à lui. Le dominer, le regarder de haut, pour une fois. Lui qui te disait de respecter les ordres, qui te demandait à être un homme allant au bout de ses paroles. Le voilà qui avance avec cette lueur mauvaise dans les yeux. Tu clignes, les paupières papillonnent plusieurs fois. Un homme de parole. Tu en es un toi. Tu pensais naïvement qu'il y aurait réciprocité. Il semblait s'être plus ou moins calmé, presque adoucis. Il aurait fallu prendre ton temps Benji, ne pas être aussi gourmand et affamé. Calmer cette envie de vengeance.
Le dragon montre les crocs en un rire dépourvu de joie. Il pourrait presque se lécher les babines devant ta balle gâchée, ricoché inutile sur ses écailles sombres.

Oh, Benji. Que faire quand il pose ce regard sur toi ? Quand son corps s'érige devant toi avec cette agressivité fumant hors de lui à chaque pas ?
Ce gris aussi froid que l'acier, ce gris de tempêtes, ce gris de pluie, ce gris d'orage. Il n'y a que ça qui s'impose à tes yeux. Mélange de noir et de blanc aussi glaçant qu'une lame de couteau sous la gorge. Tu déglutis. Le regard plonge en toi sans que tu puisses t'en défaire, rétines contre rétines, pupilles qui sautent d'un œil à l'autre sans bienveillance. Il prend son temps pour te fixer, te met mal à l'aise. Le souffle se coupe presque, le cœur pompe à toute allure pour ravaler ces couleurs qui t'explosaient sur les joues. Tu pourrais presque étouffer sous son ombre. Mais tu restes face à lui, une détermination qui fuit petit à petit tes lèvres.
Les voici qui s'entrouvrent, se referment, se pincent. Les doigts réajustent leur prise sur le téléphone, le dos tente de se tenir plus droit. Kintaro pourrait ne faire qu'une bouchée de toi. Le loup a la gueule grande ouverte, prêt à te gober, à te croquer chaque membre, à lécher ton malaise qui suinte dans chaque geste.

L'homme prend la parole et informe, met en garde des dangers qui se cachent dans ces occasions trop belles pour être vraies. Tu as foncé tête baissée quand on t'en a donné l'occasion. Sans réfléchir, sans penser au delà des désirs. Guêpe engluée dans de la confiture, tu te débats pour te sortir de sa présence douce-amère. Tu bourdonnes de l'intérieur, t'agites pour trouver ce soubresaut et t'éloigner enfin.
Alors Benji ?
Alors, Benji ?


Tes yeux ne savent plus où se poser, impossible de soutenir le regard de Kintaro plus de quelques secondes. Impossible de garder les rétines immobiles, les paupières s'agitent, tapent des cils contre ta peau avec agacement. Futilité de la fuite, tu sens tout de même sa présence devant toi, même en baissant la tête. La bouche s'ouvre pour parler, mais tu te reprends avec amertume. Que répondre ? Que dire ? Quelle excuse inventer, quand tes véritables intentions pourraient amener sa main contre ta joue ? Tu pinces tes lèvres, avales les lippes et les coince entre tes dents pour faire disparaître le rose de la pulpe. Le stress te faire agiter les doigts sur le portable, les ongles grattent les boutons sans les presser. Tu érafles le plastique de la coque sans l'abîmer. Pourtant les sourcils se froncent d'agacement. Que cet homme t’énerve, malgré la peur qu'il fait couler dans tes veines.
L'objet t'es retiré des mains sans que tu ne puisses rien trouver à dire. Le menton tombe en silence et les yeux suivent la main de ton époux du regard. Tes doigts ne se sont pas serrés autour de ton portable, le geste n'aurait servit à rien après tout.
Le bras reste toujours dans la même position, espace vide dans la paume à découvert. Ta mâchoire se crispe de frustration pendant que le cœur calme ces battements dans tes oreilles.
Alors tu te concentres.
Tu te concentres sur lui.
Tu te concentres sur le gris de ses yeux, sur le noir de ses sourcils.

Les mains viennent discrètement s'essuyer sur ton pantalon. Tu bloques tes yeux sur son regard, non sans efforts. Sourcils toujours froncés. C'est difficile de cacher le malaise, d'essuyer la contrariété hors de tes traits. Tu ne sais pas quoi répondre. Impossible de trouver tes mots ni la bonne réponse à apporter. Hors de question de lui balancer la vérité, mais tu restes incapable de trouver un bon mensonge. Tu tentes de soutenir son regard, t'humectant les lèvres pour te donner quelques secondes de plus.
Concentre toi.
Concentre toi sur les mots
concentre toi sur lui.
Eh bien quoi ? Il veut que tu restes face à lui, que tu gardes les yeux fixés sur ses rétines ? Que tu le dévisages pour retenir chaque trait, chaque pigment de la peau, chaque détail de ses émotions laissées transparaître sur son visage ?
Pourtant tu ne peux pas empêcher ton regard de fuir vers le portable. Si proche, mais resté hors de ta portée. Tu as bien compris qu'il était impossible de l'utiliser. Tu ravales la frustration qui te sert la gorge. Incapable de tirer le bon d'une opportunité offerte sur un plateau d'or.
Le soupir glisse entre tes lèvres, les doigts viennent caresser l'arête de ton nez.

Tu avances un pieds. Quelques centimètres plus proches, à peine.
Il y avait l'envie de reculer, pourtant. De mettre de la distance pour te protéger, pour fuir. Il a fallu ravaler l'inquiétude et la répulsion. Calmer la cacophonie dans la poitrine et la moiteur des mains. Ne pas montrer la peur ni le trouble.
Devrais-tu répondre que tu voulais une photo souvenir ? Ce serait sauter de toi même du balcon. Dire que c'était une blague ? Non, il chercherait à t'arracher la vérité. Il faut chercher, fouiller, trouver la bonne excuse, celle qui évitera la violence ou les insultes, qui calmera les esprits par l'humour ou la désinvolture. Les souvenirs s’entremêlent et s'entrechoquent dans la caboche. Puis vient l'illumination. Ce n'est pas l'idée du siècle, tu sais à peine si tu ne risques pas de finir toi même à genoux. Le temps te manque pour trouver mieux pourtant.
Les yeux retrouvent le chemin vers ceux de Kintaro. Les lèvres s'étirent en un sourire qui se veut narquois, mais dont l'apparence est trop crispée. La désinvolture que tu essaies d'imiter s'effondre quand la voix craque, à peine la bouche ouverte.

« C'est... » hésitation, « je pensais... » quoi ? Lui faire plaisir ? Non, tu ne veux pas dire ça. Comment traduire ? Comment choisir les mots ? Ce serait te précipiter dans la gueule du loup. « Drôle. Pour rigoler, vodka. Alcool, pas... » les mains se crispent d'agacement pour prendre la forme de poings, tu plies et déplies les doigts. « Alcool, dans tête. Je- juste rigoler. » le regard évite celui de Kintaro quelques secondes, puis reviennent à la charge pour s'enfoncer dans ses rétines, essayant de le convaincre en plongeant dans les prunelles. Tu avais lu ça dans ses réponses, à la salle d'arcade, souviens toi. Comment dire le mot "soumission" quand tu connais si peu de mots japonais ?
« Le-... » c'est quoi déjà, ce mot ? Tu décides de le prononcer à l'anglaise, incertain des sonorités en japonais. « Je pensais le BDSM, tu aimais. »
Tu termines la phrase en haussant des épaules, air mutin qui revient sur le visage. Le regard se repose sur le kotatsu où la bouteille trône toujours. Oh... si elle pouvait venir à ton secours, si elle pouvait embrumer les pensées de ton époux. Pourtant elle n'est que trop diffuse dans tes veines. Te donnant à peine cette impression de légèreté. Le repas a épongé les gorgées avalées.
Les lèvres se pincent à nouveau, tu n'oses pas tourner le visage vers Kintaro. Impossible de ralentir le rythme cardiaque.

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