Shôji Mikami
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Époux/se : Daiki ♥
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le Sam 31 Aoû - 20:29
par Shôji Mikami

ft. Daiki Seki





Dimanche 30 Août 2111 ▬


Un soupir lourd qui se perd au cœur de l'oreiller.
Des draps tièdes qui se froissent, s'étirent pour laisser s'en extirper une silhouette. Je crois. Je sais pas trop. Je me pelotonne un peu plus dans les bras de mon meilleur ami, la tête prisonnière d'un étau insupportable. Merde, j'ai encore trop bu hier soir... constaté-je, l'air las. La mine fripée, j'entends des bruits pas loin, qui se veulent discrets apparemment. Mon nez pique, se retrousse. 'tain, ça pue l'parfum... Encore une qui a cru bon de se badigeonner d'odeurs synthétiques avant de sortir. Je tourne tout juste la tête, ouvre péniblement un œil. Une petite demoiselle est en train de remettre son soutien-gorge, avant d'enfiler son débardeur. Je fronce les sourcils. ... C'est qui celle-là? Inconnue au bataillon. Sûrement une nouvelle chopée au club que je fréquente depuis quelques temps. A force d'y passer tous ses week-end depuis des mois, on finit par repérer les habitués. Et elle, elle n'en fait pas partie. Son regard occidental se perd sur moi. Et ça m'revient quand nos yeux se captent. Des yeux verts... Faut pas chercher plus loin c'qui m'a attiré chez elle. Parce qu'en dehors de ce détail séduisant... Elle est d'un banal.

« … Salut bébé ? » risque-t-elle.

Eurk. Qu'est-ce qu'elles ont toutes à m'appeler « bébé », sérieux ? Je grogne pour toute réponse, replonge ma caboche dans le moelleux de mon coussin. Tant pis s'il embaume la fragrance bas de gamme. J'irais foutre mes draps au sale quand j'aurais décuvé. Peut-être. N'empêche, j'l'aurais pas cru, mais c'vrai que les beaux bruns ténébreux, ça plaît. Depuis qu'j'ai décidé de me teindre religieusement les cheveux et les sourcils tous les dix jours y'a quelques mois, ça n'a fait que m'ouvrir des portes – ou des cuisses en l'occurrence. J'supportais plus ma gueule, faut dire. Un peu d'changement s'imposait. Je songe même à faire une opération pour rester brun définitivement. Mais bon, faut l'argent pour ça...

Sans compter que j'ai c'te sensation poisseuse d'plus être moi-même dans le miroir depuis un moment...

Toujours est-il que j'suis pas d'humeur à causer, encore moins avec une clandestine de la nuit, qui s'est incrustée dans mon pieu pour la soirée. Elle semble le comprendre, ne pipant plus mot mais continuant ses p'tites affaires. Moi, en attendant, j'fais mine de dormir jusqu'à entendre ses pas s'éclipser, la lourde porte de mon entrée claquer.

Nouveau soupir.
C'est pas trop tôt...

Doucement, le cliquetis des griffes de mon fidèle Cookie se fait entendre dans le couloir, jusqu'à ce qu'il ne vienne poser sa petite tête tristoune de l'autre côté du matelas. Le cœur lourd, je risque un coup d'oeil timide dans sa direction. Son attitude a bien changé depuis ce fameux soir, y'a trois mois.

Trois mois, et neuf jours dans quelques heures...

Faut dire, la mienne aussi. En l'espace d'une soirée, j'ai dérapé sévère. Cette seule et unique bouteille de rhum, j'me la suis enfilée toute entière, dans l'idée grotesque que j'allais stopper le flot débordant de mes yeux... J'ai jamais été aussi pitoyable de toute ma vie.

J'me revois encore, mal à en crevé ; roulé en boule contre le mur de ma salle de bain, à avaler à grandes goulées cette boisson contre laquelle, pourtant, j'ai tant tenté de résister... Hélas, la soif a été plus forte. Il a suffi d'un détail, d'un seul ; un dont je tairais le nom... C'est dur, un chagrin d'amour, ça vous démoli un homme de l'intérieur. Ce soir-là, j'ai bien cru mourir. A boire trop vite après tant de manque, le corps réagit au quart de tour. J'aurais dû m'y attendre, c'était pas ma première rechute. Le mien a fini la joue scotchée au carrelage, que je tentais de griffer, dans l'espoir illusoire que la Terre arrête de tourner, que ces hauts-le-cœur cessent, que la douleur s'arrête... Le tout sous les yeux de mon pauvre berger australien, qui ne savait pas quoi faire pour m'aider, outre couiner et me tapoter maladroitement de son museau tout chaud. Celui-là même qui m'avait été offert par Atsushi pour fêter mes trois années d'abstinence...

Neuf ans.
Il a réduit à néant neuf ans, un mois et vingt jour d'abstinence.
Et tout ça en seulement quelques minutes...


Je ne lui pardonnerais jamais.

Depuis lors, à chaque fois que je regarde mon chien, je suis rongé par les remords. En sa simple existence, maintenant, j'y vois mon échec cuisant. C'est si dur à encaisser, cet air terriblement triste avec lequel il me regarde maintenant...

Je sais plus comment m'comporter avec lui. Néanmoins, j'le connais assez bien pour comprendre qu'il a faim, le pauvre pépère. J'ai p't'être oublié de donner à manger à mes bêtes hier ...? Dans l'doute, j'm'extirpe du lit en un geignement, traînant mes guêtres tâtonnantes jusqu'aux gamelles que je remplis à ra-bords. Une caresse embarrassée sur le flanc de Cookie, je lui murmure mes excuses encore une fois. Faut que j'prenne soin d'eux. Ce sont les seuls qu'il me reste, après tout...

Ouais, parce que j'allais évidemment pas me pointer aux Alcooliques Anonymes après ça. J'étais un de ceux qui avaient tenu le plus longtemps dans notre groupe ! La honte au ventre, et la peur de briser les espoirs des petits nouveaux du programme, j'ai purement et simplement coupé les ponts avec ceux dont j'avais les coordonnées. Cessé de me pointer aux réunions. Mon psy aussi, j'lui ai dit tchao ! Et depuis, ma consommation fait des montagnes russes. Généralement, j'arrive à m'contenter d'une petite bibine le soir, devant une série. L'air de rien, ça m'aide grave à dormir. Bien plus que leurs cachetons à la con, là ! Alors ouais, les soirs où j'arrive pas à dormir, maintenant, je bois. Ça finit toujours par m'assommer. L'avantage aussi, c'est que j'culpabilise plus quand j'fais des crêpes et que j'y incorpore une p'tite dose de rhum. Aussi étrange que ça puisse paraître... J'ai redécouvert un des plaisirs de la vie, et j'compte pas arrêter cette fois.

Ça m'a trop manqué. Ce goût âcre, fort. Tantôt sucré, acidulé, brut... Ces saveurs intenses, moi, elles me mettent en transe. Et, si j'étais parfaitement honnête, j'dirais surtout que c'est un très bon anesthésiant naturel, pour ces jours où j'réfléchis trop, où j'pense à des trucs qu'il faudrait pas... A des gens qu'il faudrait pas. Mes connaissances d'ailleurs, j'essaye au max de les éviter. En particulier ceux qui sont au courant que je suis j'étais un AA. Y'a qu'à voir la réaction d'Atsushi le jour où il m'a croisé dans un bar, une girafe de blonde à la main. J'l'ai jamais vu gueuler aussi fort... Et outre sa colère et sa déception, il n'a pas hésité à remettre tantine sur l'tapis, plantant un pieu douloureux de tort entre mes côtes...

J'me suis senti comme un p'tit garçon prit en train de fauter. Alors depuis, j'fais en sorte d'éviter son coin... Parce que j'ai pas tenu une semaine après qu'il m'ait fait promettre d'arrêter. J'lui parle plus qu'au téléphone, j'trouve des excuses quand il veut m'voir. J'lui mens, et il le sait, mais il dit plus rien... Par contre, il m'apporte des boites à bentô parfois, qu'il laisse sur le pas d'ma porte.

Mais à chaque bouchée que j'avale, j'peux pas m'empêcher de m'dire que sa cuisine n'a rien à voir avec la sienne...

Alors ouais, à défaut de voir mon cercle social, j'me contente du téléphone... Et de mes bêtes, donc faut qu'j'en prenne soin... Même les gens du quartier, j'évite de leur parler maintenant. Parce que j'ai bien conscience que certains jours, j'fais plus vraiment mon boulot correctement. Certains jours, j'bois pas seulement par plaisir festif, par habitude, ou pour dormir... Parfois, j'bois aussi pour arrêter de cogiter, de penser à des choses très sombres. Qu'importe l'heure qu'il est. J'ai déjà eu des remarques – courtoises – sur le fait que j'avais oublié ceci, ou cela. Que j'avais pas l'air présent... Et ça m'fait mal, tellement mal au fond, de leur laisser entrevoir l'épave que j'étais, à l'époque où je tentais vainement d'avancer sans Nee-chan...

J'suis qu'un minable.
J'me dégoûte.


D'un pas traînant, j'passe le pas de la porte à pieds nus pour aller guetter la boite aux lettres. Mon nouveau rituel du matin depuis quelques mois, puisque mon mode de vie n'était plus en adéquation avec le running. D'ailleurs, c'est p't'être con d'y aller. On n'est pas dimanche aujourd'hui ?... Quelle heure il est, d'abord ? songeai-je en déverrouillant la petite boite de métal... Avant de me figer.  

BOUM.
C'est c'qu'il se passe dans ma tête quand mes yeux s'arrêtent sur la lettre rose, soigneusement disposée dans l'antre de fer. Mon cerveau se glace, montre page blanche. Mes yeux sont tellement écarquillés que j'aurais presque peur qu'ils tombent pour rebondir sur ce sol crade, que j'ai oublié de laver cette semaine. J'suis tétanisé devant l'affreuse, celle que j'attendais plus ; celle qui me fait l'effet d'une gifle de la main gauche.

Oh putain... Manquait plus que ça!

J'en reviens pas... Il doit bien s'écouler deux bonnes minutes avant que mon système central n'ait enfin redémarré, ma migraine s'étant bigrement calmée suite à un tel choc. Et maintenant ? J'suis supposé faire quoi ? Si j'ai reçu ma lettre... Ça veut dire que j'vais perdre mon boulot, c'est ça ...? M'étonnerait que la machine m'offre une femme ou un homme emballé dans un joli paquet cadeau avec un gros nœud rouge pour l'incruster chez moi. J'en ai jamais entendu parler de ce genre d'histoire, donc ouais... Tout ce que j'vois, là, c'est que j'vais perdre la seule chose qui me maintenait à peu près sur les rails de la société, m'ancrait dans l'ici et le maintenant. La seule chose qu'il me restait... Cette machine me l'a l'enlevée !

Je grince des dents en attrapant fébrilement l'enveloppe, que je peine même à ouvrir tant j'ai les mains moites. Je plains sincèrement la personne qui va tomber sur moi. Je suis tellement pas un cadeau ces temps... Je sens déjà que je vais l'éviter, me contenter des ordres obligatoires et basta.

Franchement, y'avait pas pire timing...

Mes yeux fatigués lisent donc avec attention les caractères dessinés... Jusqu'à demeurer accrochés sur un nom.

Daiki Mikami... anciennement Seki.

Vertige.
Je recule d'un pas, mes yeux s'écarquillant avec horreur sur ce que je viens de lire, que je prends la peine de relire encore et encore, les mains tremblantes. Non, non, non, non non... me répété-je, pris d'une monstrueuse bouffée de panique. Mon buste se redresse et s'affaisse beaucoup trop fort.  C'est comme si toute la pièce tournait ; comme si je me noyais, tel un pauvre naufragé prit au  piège d'une mer déchaînée. Parce que c'est bien ce que m'évoque cette lettre : un piège ! Un piège brûlant et sournois que l'Incontestable me tend. J'ai la nausée. Et cette fois, c'est pas à cause des whisky coca que j'me suis enfilé la veille. Je peine à déglutir. C'est pas possible... C'est pas possible! Un geignement de douleur résonne aux tréfonds de ma gorge. C'est trop tard... Ce mariage, je n'en veux pas !! hurle une petite voix emplie de détresse dans ma tête.

Sauf que c'est une autre voix qui parvient à mes oreilles. Une familière.

« Gamin ? Ça va ? T'es blanc comme un cul... »

Je tourne la tête vers l'homme étrange sortant ses poubelles à des heures et des jours indus. Monsieur Nishimura qui s'inquiète pour moi, quoi... On aura tout vu ! Ok, j'suis clairement pas dans la réalité là, pincez-moi, je rêve ! Tu m'as même pas retenu quand t'en as eu l'occasion ! T'as même pas essayé ! T'as rien dit... Alors non, pour moi c'est juste pas possible que la machine nous ai liés.

Et là, ça fait tilt.
En effet, c'est tellement pas possible que ce soit ça, que c'est forcément une blague. Une blague de très mauvais goût... Mes doigts encore faibles s'en vont froisser, écraser la lettre entre mes doigts, très lentement, tandis que je fusille d'un regard mauvais le plafond, jouant des mâchoires.

« … Ça ira mieux d'ici deux minutes, monsieur Nishimura. »

Le sang bouillonnant dans mes veines, je m'élance dans l'escalier la seconde d'après, sans plus prêter attention à la voix nasillarde de l'homme. Mon esprit, lui, est déjà parti. Je grimpe les marches quatre à quatre, tel un fou furieux décidé à en découdre. J'manque même de me gameler, sur le palier du troisième, me rattrapant de justesse à la rambarde avant de reprendre mon ascension vers le huitième étage. Vers l'infini et au-delà... J'remarque même pas que j'ai grave perdu en endurance, que j'suis tellement essoufflé qu'on dirait que j'vais dégueuler mes poumons sur la moquette. Nan, la fureur qui fait vibrer mes veines m'en empêche. Arrivé au bout du couloir, je frappe, tambourine de toute mes forces contre cette foutue porte que je connais par cœur, violant la sonnette au passage. Tant pis pour les voisins. Je sais qu'il est là ; il est toujours là ! Alors j'appelle, j'appelle d'un air mauvais jusqu'à ce que Teru apparaisse, l'air encore un peu à l'ouest, bien qu'intrigué. J'lui laisse pas le temps d'ouvrir la bouche, avalant une grande goulée d'air avant de  l'attraper par le col d'un air menaçant.

« T'sais qu-qu'c'est... Vraiment dégueulasse c'que tu viens d'faire, là, Teru ?! » aboyé-je, fulminant.
« Qu-Quoi ?! » bégaya-t-il, l'air surpris.

J'le relâche vivement, lui envoie c'qui ressemble à une coquillette blanche et rose géante dans le buste, d'un coup sec... ! Bon ok, c'est du papier. Donc ça lui a rien fait. Ça rebondit même sur son torse pour arriver un mètre derrière moi, rendant la scène d'autant plus ridicule. Mais merde, c'était pour la forme. Faut qu'je passe mes nerfs là, sinon j'vais exploser.

« Fais pas genre ! Tu sais très bien c'que t'as fait ! Et franchement ça s'fait pas... J'm'attendais à mieux d'toi, Teru, tu m'déçois !! » Je m'écrie sur la fin, avant de le désigner d'un index tremblant de colère. « J'te jure que si tu r'commences, j'te la fais bouffer, ta connerie, pigé ?! »
« Mais- »

Mais j'le laisse pas parler. J'les abandonne, lui et sa lettre canular à la con pour mieux redescendre les marches en tapant de mes talons dénudés sur le béton. Ça fait mal mais tant pis.

Ça peut pas égaler la peur monstre que j'ai ressentie...


Samedi 5 Septembre 2111 - 21h47 ▬


Va savoir pourquoi, j'avais pas envie de sortir ce soir.

Sûrement parce que j'étais pris dans une conversation « passionnante » par SMS avec Atsushi, au sujet de son voisin qui a décidé de prendre son appartement pour une salle de répèt'. En un sens, ça m'arrange. Y'a un fait-divers inédit à la télé, ce soir. J'suis bien là, vautré sur mon canapé, une bière à la main – ma première de la journée – , la seconde posée sur Faith, sagement allongée sur mon ventre ; s'y laissant bercer. C't'un peu morose quand même, cette soirée. J'irais peut-être en boite une fois mon émission terminée, si j'me suis pas assoupi entre temps. Si j'me sens un peu trop seul, d'ici-là...

Ce qui vient interrompre le récit palpitant du présentateur, toutefois, c'est la vibration de mon téléphone dans la poche de mon jean. Un souffle quitte mes narines tandis que j'implore le plafond que cette crise téléphonique d'Atsushi soit courte. Je pose ma bière sur la table basse, mets l'écran en sourdine puis me tortille un instant pour récupérer mon mobile... Avant de froncer les sourcils en voyant que je ne connais pas le numéro en question. Mon cœur palpite tout doucement, suspicieux. J'hésite une seconde.

Et puis, j'sais pas trop pourquoi, mais j'décide de répondre.
Certainement parce que je m'ennuyais...


{…}


Bien que crispées sur le volant, mes mains tremblent terriblement.

Ton appel, je ne l'avais pas vu venir. Et ce que tu m'as annoncé, encore moins. Mariés... Toi et moi ?! Sérieusement, après tout ce qu'il s'est passé entre nous, comment tu voulais que j'y croie ? C'était pas possible. Et d'ailleurs, même maintenant que je suis sur le chemin vers « chez nous », je ne suis toujours pas sûr d'y croire totalement. Car si c'est vrai, si l'Incontestable m'a vraiment fait ce coup-là... Sache que ce mariage, moi, je n'en veux pas. Je t'en veux trop pour ça. J'ai trop souffert. Je n'veux plus de ça...

Si j'suis sur cette route, à attendre sagement que le feu passe au vert pour rejoindre Setagaya avant minuit, c'est pas pour toi. Pas pour moi non plus d'ailleurs. Encore moins pour nous... Nan, mais t'as soulevé un argument d'envergure pour m'inciter à me bouger les fesses. Certainement la seule chose que t'aurais pu dire qui m'aurait fait m'lever de mon canapé : le centre de redressement. En vrai, j'me fais pas assez confiance ces temps pour pouvoir promettre d'en sortir si on y va un jour. Des pensées obscures me sont revenues, depuis que j'ai recommencé l'alcool. Et mon âme, elle me semble bien noire aujourd'hui.

Si j'viens, c'est que j'ai pas l'droit de crever. Ok, j'ai pas d'parents pour m'pleurer, pas d'mec ou d'copine. Mes potes s'en remettront aussi et mes locataires s'adapteront sans mal à un nouveau concierge... Mais Tantine, elle, si elle se réveille... Qu'est-ce qu'elle penserait de moi si j'avais mené mon mari en cellule ? Et qui s'occuperait d'elle ensuite si on joue aux cons, tous les deux ? Personne... Elle n'a plus que moi, cette pauvre comateuse. Alors nan, nan... Tant qu'y'a encore une personne qui compte sur moi sur cette planète, j'suis pas décidé à aller en prison.

Mais c'est pas pour autant que j'accepte ce mariage, si tant est qu'il soit réel.

Les yeux dardés sur la route, cette fois, je conduis prudemment. C'est pas l'moment d'avoir un accident. D'une oreille attentive, j'écoute les indications de l'application GPS de mon téléphone, posé sur le siège passager. Il recouvre l'une des lettres que je n'avais pas ouvertes jusqu'alors. Si je devais être parfaitement honnête avec moi-même, je dirais que j'étais dans l'déni. Qu'au fond de moi, j'le savais. Sinon, pourquoi j'aurais pas ouvert ma boite aux lettres de la semaine ? Mais c'est dur, tu sais... J'ai tant et tant travaillé à t'oublier, à te détester ces derniers mois... Que ça fait mal, cette idée d'me dire que j'vais t'avoir sous l'nez tous les jours.

J'ai peur de c'que ça va donner.
Peur de ce que je vais faire ou dire.
Au fond, j'ai... Terriblement peur de te revoir.

Dans le silence religieux de l'habitacle, l'anxiété me picore les doigts et me mordille les entrailles... Et j'arrive pas à réfléchir. Depuis que j'ai claqué ma portière et mis le contact, c'est comme si mon cerveau avait cessé d'émettre. J'ai la tête vide, l'esprit ailleurs. J'vis comme un blanc intérieur. C'est désagréable, stressant... Mais j'y arrive tout simplement pas. Et j'peux même pas mettre ça sur le compte de l'alcool en plus : c'est à peine si j'ai touché à ma bière du jour. Mon cœur pulse furieusement, percutant mes côtes de plus en plus fort à mesure que le nombre de kilomètres nous séparant se raccourcit.

Aussi, ça m'fait l'effet d'une claque lorsque le GPS m'indique que je suis arrivé dans notre rue. Voyant que cette dernière a l'air plutôt encombrée, j'me gare dès qu'une place se présente à moi. J'coupe le contact, attrape mes clés et ma lettre... Et j'prends le temps de respirer, un peu, pour calmer ces vibrations dans mes mains. Faut que j'me calme...

Alors, j'passe sur le mode automatique une fois sorti de la voiture. J'me mets à trottiner sur la route, à la recherche du numéro concerné. Il avait parlé d'un dépôt abandonné, c'est ça ...? Encore un truc qui m'rend suspicieux ça d'ailleurs. L'Incontestable est plutôt du genre à donner des apparts clé en main, de ce que j'ai pu voir... Ça ne me dit rien qui vaille, tout ça. Un coup d'oeil à mon portable
22H39. Je suis dans les temps.

Après avoir humecté nerveusement mes lèvres, je reprends ma petite course en direction du bâtiment qui a attiré mon attention. J'passe devant la maison voisine, la contourne et là, j'me prends une claque... T'es là, t'es bien là. Tu tournes en rond dans cette courette délabrée, dans ton p'tit short en jean et ton t-shirt nesquik criard. C'est toi... Je déglutis, t'appelle :

« Daiki ! »

Et j'me laisse pas l'temps d'analyser la situation, je termine ma course jusqu'à me stopper à quelques mètres de toi, haletant légèrement. J'ai bien perdu en endurance en quelques mois de temps... Je passe une main sous ma frange brune, épongeant les quelques perles de sueurs qui y perlaient à cause de la température, ces temps.

« … Salut. »

Petite voix. C'est déjà pas mal de commencer par là, hein ?

Maintenant que j'suis là, j'me sens... Particulièrement intimidé face à toi. Penaud, j'dois avoir l'air un peu con, les épaules ainsi voûtées et les mains tenant la lettre du bout des doigts. C'pas comme si j'allais t'en faire offrande non plus ! Mes yeux se perdent sur tes traits. T'as laissé pousser tes cheveux depuis la dernière fois, hein ? Ils n'ont pas changé de couleur. Ça change de tes habitudes... Tout déboussolé encore, je commence à m'émouvoir. J'risque même un semblant de sourire.

« T'as vu ? J'suis venu... »

C'est bon maintenant, détends-toi...

J'me surprends moi-même, avec cette voix rassurante. C'est con. J'ai beau t'en vouloir énormément, j'peux pas m'empêcher d'essayer de te calmer quand j'te sens mal. Tss, les réflexes ont la vie dure... D'ailleurs, parlant de réflexes, pour couper court à celui qui entreprenait de te dévisager longuement, je me racle nerveusement la gorge. En proie à un certain malaise, mes yeux dévient vers le bâtiment derrière toi. Mieux vaut que je le regarde, lui...

« Alors comme ça... C'est ici ? »

Ici qu'on va devoir vivre... Tous les deux ?
Un frisson.
Nan, décidément, je réalise pas.


Infos en vrac:
Tenue shôji : clic
T-shirt et short comme sur la photo + des claquettes qu'il a pris à l'arrache au lieu de prendre le temps de mettre de vraies chaussures xD
NB : il a cessé le sport depuis environ 2 mois et mange de façon anarchique, ça s'en ressent sur sa silhouette. New game - Start ! 4115966937


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Daiki Mikami
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le Dim 1 Sep - 10:40
par Daiki Mikami

Yuanfen

Pas besoin de décrire l'état dans lequel j'étais après ma confrontation avec toi. Pas besoin de décrire l'ambiance du "foyer", non plus, là où le malaise s'est fait omniprésent, quand il m'a fallu recommencer à ne voir que Giulia, alors que dans ma tête, il n'y avait que toi. C'était pas contre elle. C'était pas sa faute. C'était juste la situation. Cette affaire sordide et pathétique qui venait de trouver sa conclusion dans les larmes.

Quand j'y repense. Je sais toujours pas comment j'ai pu te laisser partir, ce soir-là. Pourquoi tu t'es pas retourné ? Pourquoi tu m'as pas entendu ? J'm'en veux horriblement... J'm'en veux d'avoir été si faible, et en même temps, est-ce que j'avais encore le droit de te retenir ? À quoi ça aurait servi, Shôji ? Au fond, j'ai l'impression que tu t'es juste pointé pour vérifier que j'avais toujours des sentiments pour toi ? Est-ce que c'est ça ? Tu voulais vérifier ? Est-ce que tu voulais savoir si je t'aimais assez pour nous tuer, cette femme et moi, a cause de mes sentiments ? Ce qui me fait le plus de mal, dans cette affaire, c'est cette certitude que j'ai, qui me taraude. Celle que rien n'aurai pu nous combler ou nous rendre heureux, même si j'étais parvenu à crier ce que je ressentais encore pour toi.

Si Yue s'était pas inquiétée. Si elle m'avait pas trouvé, plus tard, dans ce coin de ruelle déserte. J'aurai certainement passé le reste de la nuit écroulé là-bas, à pleurer tout le sel de mon corps, sans plus savoir même respirer correctement.

La vérité, c'est qu'on peut jamais prévoir à l'avance si on va finir par toucher le fond. Quand on a le sentiment de l'avoir déjà fait plusieurs fois, il est normal d'espérer y échapper, non ? On se dit que ça ira, que le quota pour cette vie est sûrement déjà atteint, qu'on sera forcément épargné. Puis quand ça arrive.., on se rend compte qu'on se berçait d'illusion, et c'est ça qui est douloureux. On se rend compte qu'en réalité, on peut tous devenir les démons de quelqu'un si on y prend pas garde. En cela, nous ne valons pas mieux les uns que les autres. Un seul acte peut sauver une personne et en détruire une autre. Tu savais ? Est-ce qu'ils valent quand même le coup d'être tenté, ces actes ?

J'ai longtemps cru qu'il suffisait au moins d'essayer pour éviter les désastres. Essayer de tout son cœur, faire les efforts qui vont avec. Mais maintenant que le mien est en lambeau, et qu'il me semble entendre encore le tien se briser, je sais plus... Comment faut faire, quand c'est trop tard ? Qu'est-ce qui pourra tout arranger ? Qu'est-ce qui pourra faire revenir ton sourire et le mien ? Qu'est-ce qui... pourra faire que tu ne me détestes pas pour le restant de ta vie, Shôji ?

Quand je suis finalement rentré, ce soir-là, j'étais complètement mort, incapable de dire un mot ni même avaler quoique ce soit. Une coquille vide, sans âme. J'me suis laissé tomber lamentablement dans le lit, dans l'attente du jugement dernier, ou un truc dans le même style...

Je suis pas allé bosser pendant plusieurs jours. Mon cœur en a décidé ainsi, ce félon... Faut dire qu'il a eu un sacré mal à se calmer après toutes ces émotions. Et moi, j'arrêtais pas de réfléchir, tournant et retournant entre mes draps. Je pensais à nous. À mes choix. Au temps perdu. À tout ce qui aurait été – ou pu être – si seulement j'avais été plus courageux et moins jaloux. Si je m'étais pas persuadé que tu m'avais trompé avec Kô, pendant tout ce temps, et que tu l'avais préféré à moi, que c'était là ton choix.

L'homme est con, Shôji. C'est une vérité internationale. Non. Intergalactique, même ! Pourquoi essayerait-il toujours de s'achever lui-même, sinon ?! Même sans le vouloir, j'l'ai fait, me retournant tes mots comme un couteau dans le cœur, encore et encore. Mais le pire, c'est quand je voyais mon téléphone s'allumer... Mille fois j'ai espéré comme un idiot y voir s'inscrire ton prénom. Mille fois j'ai eu envie de t'appeler, de t'écrire, de te dire tout ce qu'il me restait sur le cœur, de trop lourd, et qui était en train de me rendre malade. Mais j'en revenais toujours au même point... À croire que nous deux, c'était pas 98 % de love, mais plutôt 98% de rancœur...

Dans mon malheur, toutefois, j'ai eu la chance de n'avoir plus besoin de répondre aux ordres de l'Incontestable, puisque celui-ci s'est avéré être réellement HS. Ha ha... ! Mais cette bonne blague pas drôle, ils auraient pu se la garder au frigo, c'est devenu bien bien rance, pour le coup... Pff. Ça m'a quand même ôté une sacré épine du pied... Même si... Même si c'était pas la plus grosse, ni celle que j'aurai aimé viser en premier lieu...

Quoi qu'il en soit. Je m'attendais pas à recevoir une lettre de divorce, le mois suivant.
… je m'attendais encore moins à recevoir celle d'un nouveau mariage, trois mois plus tard...

Je l'ai plutôt mal vécu, faut dire. Il faisait chaud, un orage avait éclaté la veille sans faire perdre un seul degré de sa chaleur à cette atmosphère lourde et oppressante. OK, il faisait soleil. Mais si mon kokoro allait un peu mieux – et donc par voie de conséquence, moi aussi – fatalement, les rumeurs sur cette épidémie morbide qui sévissait depuis l'annonce du gouvernement, me donnait presque de quoi cauchemarder. Est-ce que t'allais bien, toi, au moins... ?

Et je suais. Je suais comme un veau au beau milieu du désert, non pas sur un chameau mais sur un BMX, en train d'essayer de pédaler. C'est bien l'effort. Ça évite tellement de penser ! Ce soir-là, après la tournée de nos zones préférées, avec les potes, on avait décidé de passer le weekend chez Dan, histoire de me dérider un peu. Puisque apparemment, gros scoop, personne n'aime ça, que je tire la tronche, alors...

Mais tu parles d'un déridage en règle, toi. Si j'avais su...

J'pensais que c'était un gentil livreur qui venait gentiment livrer ses sushis, moi !!! Mais Dan s'est pas ramené avec des sushis, deux minutes plus tard ! Il s'est ramené avec une fichue lettre rose entre les doigts ! Ouais... !

T'aurai dû voir ma tronche. Quelqu'un aurait dû filmer la scène. Je me souviens très bien avoir remarqué le courrier dans sa main, genre, CASH. Déjà parce que ça ressemblait pas à des sushis. Puis ensuite ? Ça ressemblait pas à des sushi, bordel !!!

« Dude... » J'ai prévenu. (Il tirait déjà une drôle de tête à ce moment-là, mais je pouvais pas encore savoir, ni même imaginer qu'elle m'était destinée. Après tout, on était chez lui...) « T'approche pas d'moi avec ce truc. J'te jure que c'est contagieux ! Pas envie que le grand manitou retrouve ma trace... »

Ensuite j'ai dégluti très fort en essayant de m'écarter de la trajectoire qu'il empruntait, mais qui le menait pourtant bizarrement vers moi.

« No Dude ! NO ! »

Là, j'ai brandi un pied en l'air, très haut. Menace des menaces. Je savais mes sandales en plastiques plutôt bien hostile dans l'genre, pour qui n'a pas l'habitude de s'en prendre dans le pif.

« Nan mais j'comprends pas... Mon Dai, t'as été le gourou d'un gang anti-vegan dans une autre vie ?! Pourquoi l'incon s'acharne de trop sur toi comme ça ?! »
« Tu déconnes ! C'est pour ta gueule, gros, avoue ! » Riposta Riki. « Elle est pour toi, c'est ça ?! T'es marié, mec ? »

Bien sûr, mon cœur battait déjà comme celui d'un vieux en bout de course après un marathon de quarante kilomètres. Mais j'ai quand même eu un semblant d'espoir en entendant Riki l'interroger de la sorte. Pourquoi le regard de Dan ne fixait-il que moi ?!

« Mon pote. Il veut qu'tu plantes ta graine ! » Me dit-il en s'éventant de ce courrier démoniaque, avec son sourire de parfaite garce. « T'as pas encore planté ta graine en fait. C'est ça le blem, dude ! La société a besoin de tes fils ! »

J'aurai préféré qu'il me parle de planter des graines marijuana... Je regrette d'avoir saisis directement de quoi il retournait, bon sang.

« Quoi ? QUOI ??! Déconne pas avec ça ! » Ai-je méchamment beuglé, piqué au vif, en rebondissant presque sur mon assise et lançant à la ronde des regards furieux, comme si c'était une mauvaise farce.
« Tous les bébés du japon devraient avoir tes yeux~ Combien d'fois j't'l'ai pas dit, bro ?! »
« Mec, stop iiit ! » Couiné-je avec autorité en sentant mon pouls se taper derechef un nouveau sprint d'asthmatique. « Tu sais que je suis sensible ! C'est pas drôle ! »

J'te jure que quand j'ai compris qu'il se foutait pas de ma tronche, j'ai failli tourner de l’œil en direct live. J'ai feinté comme une diva, basculant en arrière. Puis j'ai vu toute ma vie défiler en accéléré devant mes deux yeux grands ouverts. D'ailleurs, jamais avant ils s'étaient ouverts aussi grand. C'était presque s'ils menaçaient pas de TOMBER ! Comme moi. Dans le néant. Bouffé par un trou noir surgit d'une autre dimension.

J'aurai encore préféré bouffer les sushis préparé par ce mécréant inapte, qui devait nous en livrer ce soir – jamais compris pourquoi mon pote préférait ceux-là aux miens, en plus, hérésie. Mais c'était trop tard pour faire marche arrière. L'envoyé de satan l'incontestable était parti. Et dès lors, ce fardeau rose ; cet abject et nocif petit fardeau rose qui sentait même pas la fleur, était devenu mon fardeau. Pour la seconde fois, cette année.

« Ahlàlà. Shit Bro. J'compatis tellement... ça va l'faire ou quoi... ? Tu veux que je l'ouvre à ta place ? Les mecs ! Filons tous nos joints à Daiki ! Cet homme à besoin de tout notre soutien. NAMASTE ! »

...À savoir que pendant ce temps-là, je m'étais roulé en boule dans le canapé, et qu'un coussin étouffait un cri puissant surgit des tréfonds de mon âme.

Non ça n'allais pas l'faire.

Ça n'allait clairement pas l'faire du tout.

[…]

« MAIS POURQUOI, BORDEL DE QUEUE, C'EST ENCORE SUR MOI QUE CA TOMBE ?! »

Je venais de hurler devant mon miroir, le lendemain, après avoir découvert que mon coloc avait rapporté ingénument une nouvelle petite lettre rose, avec mon nom imprimé dessus.

Bien sûr, j'ai catégoriquement refusé d'ouvrir cette lettre. Et la suivante. Et encore celle d'après.

Mais pour être honnête, paradoxalement, j'ai fini par l'attendre chaque jour avec un peu plus d'impatience et d'hostilité, juste pour pouvoir me la choper et me la bousiller comme il se doit ! Je suis con... certaines choses ne changeront jamais après tout. Et à la place, pour me calmer, j'ai fumé les derniers joints qu'il me restait... Tss. Dire que je dois retourner voir le toubib pour vérifier mon sang...

Ce n'est qu'à l'aube du cinquième jour que j'ai commencé à vraiment hésiter... Genre, mes gestes se sont fait bien plus lent et bien moins déterminés en s'emparant de la lettre... C'est comme si... la réalité avait brusquement insufflée dans mes veines un courant glacial, me projetant au pied d'un mur invisible avec tous les inconvénients qui vont avec.

Ce même cinquième jour, j'ai appelé Mina. Je voulais juste entendre sa voix... Le lui dire, à elle. Sentir qu'au moins une personne dans ce monde pouvait comprendre ce que je ressentais. Imaginer ma peur. Mes doutes : Et si c'était encore une femme ? Et si c'était pour de bon, cette fois ? … Et si…

Et si j'devais rendre cette personne malheureuse pour le restant de ses jours, de par ma seule existence.. ?


J'ai pas pu dormir...

Et tu sais ce qu'il y avait dans mes pensées, à ce moment-là ?

Toi, Shôji.

Toi, et tous les regrets que cette lettre était en train de consolider un peu plus fort, au fond de mon cœur.

[…]

Le sixième jour, j'ai simplement posé la lettre, bien en évidence, sur la table du salon. Froidement, en chien de faïence, je l'ai observée...

C'était comme si nous étions en train d'avoir un entretient silencieux, elle et moi. Le bourreau face a son prisonnier, qu'il allait bientôt exécuter de sang froid...

[…]

Le septième jour, à l'aube, mon cœur s'est remis à pulser comme un diable venu semer le chaos sur terre... Je l'ai senti avant même d'ouvrir les yeux, que ça déconnait dans ma poitrine...

08h03

La crise est un peu passée... Je suis allé prendre mon petit déjeuner en me disant qu'il fallait que je l'ouvre, cette fois, que j'allais pas y couper...

09h48

Je recommence à stresser et mon pouls re-déconne. Je suis pas prêt ! Pas prêt du tout, mince !!! Je sens des frissons de panique affluer doucement mais sûrement dans chaque fibre de mon corps. Et toujours, la lettre est close, ne cessant de m'observer.

11h26

La lettre est entre mes mains, il y a du progrès. Ça fait plus de dix minutes que je la fixe avec l'espoir fou de la voir s'embraser entre mes doigts, ou peut-être de parvenir à activer ma vision X.

18h35

Je sais qu'y a pas vraiment besoin, mais je suis quand même parti faire des courses au konbini du coin avec Dick. Ça me semblait important. Adéquat.

La lettre est dans la poche arrière de mon petit short en jean. C'est presque si je la sens pas essayer de me pincer le cul pour pas que je l'oublie. Je l'ai attrapée sur le chemin du retour... j'l'ai défaite presque instinctivement, sans plus réfléchir quoique les doigts tremblants. Tout sauf une meuf. Tout sauf une meuf !!! Je priais, très fort.

18h48

Je suis planté au beau milieu du trottoir avec la bouche entrouverte et l'air le plus confus et hagard qui soit. Mon cerveau a grillé. Mes yeux sont rivé sur le papier et ne savent plus s'en décrocher. J'ai du mal à respirer... Je suis la proie d'un choc foudroyant. J'en ai lâché mon sac de courses sans même m'en rendre compte. Je n'ai pas les mots. J'ai du mal à y croire. J'ai mal tout court. C'est une mauvaise blague. À mes côtés, Dick a dû sentir un truc, il grogne en essayant de m'escalader la jambe comme un forcené.

Il se passe peut-être une minute ou deux avant que je le remarque, ma cuisse commençant sérieusement à me cuire.

Sortant brusquement de ma paralysie, je gronde :

« DICK ! Couché !!! » Je dévie à peine la trajectoire de mes yeux vers lui, l'air toujours aussi effaré – et bien pire encore.

Il couine, m’obéis. Je retourne lire le nom inscrit sur le papier. Ma respiration s'accélère et mes dent s'entrechoquent. En moi, je sens un truc se briser avec grand fracas. Je sais pas ce que c'est, mais ça me dit absolument rien qui vaille. Puis brièvement, soucieux, j'inspecte les traces de griffures que mon toutou fou m'a infligé dans sa folie furieuse. Je grimace. L'instant qui suit, je lâche un juron nerveux. L'urgence m'écrase le cœur et les poumons. Tant pis. Je pars en courant, oubliant même mes courses sur le rebord du trottoir.

21h17

Essoufflé, non pas d'avoir trop couru – puisque j'ai pris un taxi après avoir déposé Dick à l'appartement et récupéré quelques affaires – mais à cause de l'émotion brute qui m'étreint toujours les côtes, je reste figé devant l'adresse indiquée sur la lettre. Je déglutis plusieurs fois, l'air décontenancé, décomposé. Ça doit être une erreur... C'est quoi ce taudis... ? Mon sang se glace. Tout à coup, une image affreuse de toi me vient à l'esprit. Je t'imagine m'attendre ici tout seul. Dormir ici tout seul. Non... Ça m'retourne le bide, j'en suis secoué d'un grand frisson de la tête aux pieds. Me mordant la lèvre durement et fronçant les sourcils, je prie : Pourvu que non !

Rassemblant tout mon courage, une dernière fois, je lis le code inscrit sur le papier. J'inspecte les alentours puis me dirige résolument vers ce qui ressemble le plus à une porte d'entrée, en prenant une grande inspiration... J'essaie de me calmer, en vain. Depuis que j'ai vu ton nom inscrit sur ce papier, de toute façon, c'est mission impossible. J'ai l'impression d'être au bout de ma vie et en prime, d'être ridicule dans ces fringues qu'il a fallu que je choisisse de mettre aujourd'hui ! Bordel ! Puis ces foutus cheveux qui tombent dans mes yeux, là ?! Non mais sérieusement, personne voudrait d'un mari comme ça, quoi !! Et toi... t'as déjà bien trop de raisons de plus vouloir de moi...

J'vais faire quoi, bon sang ?!!

Timidement, j'entre et jette un coup d’œil à la ronde, découvrant le vaste espace garnis de vieux meubles épars. Je ravale ma salive. Bon... finalement, dedans ce n'est pas si moche... c'est juste triste... et sinistre, et le mobilier semble très vieux... Mais au moins y a une télé... et... un truc qui ressemble à une cuisine. Oh seigneur. En fin de compte, peut-être que j'étais un gourou extrémiste anti-vegan dans une autre vie, Dan a raison... Ceci est mon châtiment...

Une fois le tour du propriétaire achevé, je me retrouve tel le con esseulé que je suis, au beau milieu du salon. Faut pas être devin pour comprendre que t'es pas là, et ça m'étonnerait que t'aie décidé de te faire une partie de cache-cache, alors... je suis bien obligé d'affronter la vérité en face : Il n'y a pas âme qui vive, ici... Je suis tout seul.

Et l'heure tourne, arrachant petit à petit les certitudes de mon esprit pour les planter douloureusement dans mon cœur.

« Il va pas venir, ou quoi... ? » Je marmonne, soupirant mon affliction en retournant inspecter l'extérieur depuis une fenêtre, une main sur ma nuque nouée.

Je sais même pas quoi faire... Ni par quoi commencer... Évidemment, si je commence par la fin, aussi... C'est pas comme s'il ne nous restait que quelques heures avant de nous faire envoyer fissa au centre de redressement... Je tilt. Oh non... J'suis sûr que je vais me faire taper, en plus, comme c'est la seconde fois en cinq mois... Oof. La perspective me fait frissonner tout en donnant à mon faciès une expression encore plus soucieuse. L'adrénaline me regonfle d'un bloc. Je veux pas revivre ça... j'veux pas que TOI tu vives ça ! C'est tellement horrible. Les hommes qui travaillent là-bas sont plus humains !

Stressé, je regarde l'heure sur mon téléphone puis souffle, complètement découragé. Je suis qu'un idiot... Qu'est-ce que j'imaginais ? Que tu serais là, avec la bouche ne cœur, à m'attendre joyeusement ?! Ça fait mal... Ça fait mal de découvrir que non, que t'es sans doute tellement dégoûté par mon comportement, déçu de moi, que tu préfères juste... ignorer tout ça... Faire comme si... Non. Non, non! Peut-être que tu es venu plus tôt ?! Peut-être que tu m'as attendu pendant des jours et que c'est toi qui a eu tellement mal au cœur, et que t'es reparti ???

« Shôji, t'es où.. ? » Murmuré-je en commençant sérieusement à m'inquiéter.

21h47

J'y tiens plus. J'ai dégainé mon téléphone, ai cherché ton numéro dans mon répertoire.

Je t'appelle. Une fois. Deux fois. Dix fois ! Sans succès...

« Mais ?! Mais comment ça son numéro n'est plus attribué ?!! »

De justesse, les phalanges blanchissant autour de l'appareil, j'me retiens de le balancer contre le mur le plus proche. J'ai les nerfs en pelote, les larmes aux yeux de capter qu'en fait, t'as juste certainement bloqué mon numéro. Mon geste se suspend in extremis à l'instant même où mon regard croise celui d'un téléphone, posé non loin. Et quand je dis regard, c'est parce que... bordel... ce téléphone a vraiment des yeux...

Écarquillant les yeux, me faut pas plus d'une seconde pour me jeter dessus. Autant tenter le tout pour le tout, je suis plus à ça près...

Fébrilement accroché au combiné, je marmonne déjà, d'une voix rendue sourde par l'appréhension : « Allez, répond..répond... ! »

[…]

Je crois qu'entendre ta voix au téléphone m'a fait prendre conscience que tout ceci est vrai...

Et là, ça fait bien quarante minutes que je tourne en rond devant nôtre "maison". Une main sur le cœur qui tente de l'enjoindre à se calmer et tenir le coup, l'autre fermement serrée autour de mon portable, il est clair que mon état de stress est sans commune mesure. J'essaie d'avoir confiance en toi. Vraiment. T'as dis que t'arrivais. Mais plus l'heure tourne et plus l'anxiété creuse son nids dans mon estomac. Le moindre truc qui passe dans les parages, que ce soit un chat ou un insecte qui fait un bruit bizarre et me frôle, me fait sursauter comme un dingue. J'en peux plus. J'en peux plus j'te dis. Je vais devenir cardiaque !

« Et pourquoi personne n'a pensé que ça serait cool d'avoir autre chose que cette micro lampe à énergie solaire, tout là-bas, au bout du chemin, pour m'éclairer la vie ?! » 

Je râle, parce que râler m'aider à penser à autre chose. Heureusement que j'ai allumé les lumières à l'intérieur de ce... truc qui ressemble à une habitation...

Et ma ronde nerveuse continue. Le souffle haché, j'ai piétiné et re-piétiné l'asphalte de cette cour abîmée. Avec tout ça j'ai même pas mangé ce soir. Qu'importe. J'aurai rien pu avaler de toute façon. La préoccupation extrême qui me laboure les boyaux me bloque aussi la gorge. Elle est douée en escalade.

« Allez. Calme-toi, mec... Sois un homme, un peu !! Et pleure pas comme une fillette s'il se pointe ! »

Sans m'en rendre compte, je pars dans un monologue agité. M'arrête en me mettant à fixer mes pieds, l'air grave.

« Mais en fait...comment j'vais faire pour être à la hauteur, moi... ? Comment j'vais faire... ?! »

Je secoue la tête. Déglutis en me mettant à me frotter les yeux avec vigueur. Merde... il y a un truc qui pique les yeux dans l'air ce soir...

Je regarde mon téléphone : 22h39.

« Daiki ! »

Semblant surgit de nulle part, ta voix me fait sursauter. Je ravale un juron en fermant brièvement les yeux pour me remettre. Il est là... Il est là ?! Par automatisme, je me retourne, te cherche illico du regard. Il me faut quelques secondes pour réaliser que c'est bien toi, ce grand brun qui se rapproche en trottinant... Déjà, t'es si près...

« … Salut. »

Malgré moi, je peux pas m'empêcher de te détailler pour m'assurer que tu vas bien – ou que t'es pas le jumeau démoniaque de Shôji... – Mais avec cette luminosité réduite, la seule chose que je constate... c'est que ta jolie crinière de licorne n'est plus... Et que malgré tout, t'es toujours aussi sexy dans ce short... avec ce sourire qui ne trompe personne...  

« T'as vu ? J'suis venu... »

Je cille, me mordant l'intérieur de la lippe. Mon cœur se serre. Ouais, t'es venu. Mais qu'est-ce que ça t'a coûté comme effort, hein ? Je sens mes émotions tout en vrac tenter de me faire passer un message. C'est quoi ? Dis un truc, mec. Dis un truc !! Ma pomme d'Adam roule dans ma gorge, j'ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. Je te fixe, et toi, tu détournes les yeux vers la bâtisse qui s'élève dans mon dos.

« Alors comme ça... C'est ici ? »

Un instant, je reste sans voix.

Je pensais plus jamais te revoir, mec... Je pensais que nous deux, c'était terminé pour de bon. Alors pourquoi t'es là ? Pourquoi on doit se faire face, si bêtement ? Tu trouves pas que ça sonne faux, tout ça ? Faudrait que je remercie l'Incontestable, en fait ? Pourquoi j'y arrive pas ? Pourquoi j'ai juste envie de m'enfuir en pleurant ?!

« Oui... » Que je parviens finalement à articuler, tout doucement.

Puis je baisse la tête, la tourne à peine, bienheureux d'avoir cette fichue frange ébouriffée trop longue subitement, pour te cacher mon regard.

« C'est bien finalement que tu sois pas venu plus tôt... Rester ici tout seul, c'aurait vraiment été moche... » Je déglutis, me rapprochant lentement, les yeux accrochés à tes pieds. (Ça va est-ce que j'arrive à faire le mec serein, là ?) « Un truc à te refiler des cauchemars, à tous les coups. Tu vas voir c'est plutôt grand, mais... Mais c'est bizarre, on dirait que le décorateur d'intérieur du TPAI était en vacances. Si c'est l'cas, j'espère qu'il s'amuse bien aux Bahamas et qu'il nous ramènera des cocotiers. C'est cool les cocotiers. »

Avec une petite moue réprimant trop de trucs, je m'interromps. Je soupire, me pinçant les lèvres, ne sachant soudain plus quoi faire ni comment agir. En vrai, il vaudrait mieux que je me la ferme, si c'est pour sortir ce genre d'ânerie. Mais en même temps... On va pas rester ici comme deux ronds de flan ! En plus j'ai le sentiment que toi aussi, t'aimerais t'enfuir très loin, si t'en avais la possibilité ! Est-ce que t'y crois toujours pas à ce mariage ?

T'adressant un dernier mais discret coup d'oeil soucieux, jaugeant de ta position en m'attaquant nerveusement la tignasse, j'hésite très franchement. Mais au point où j'en suis, hein. Qu'importe ce qui m'agite à l'intérieur. M'avançant d'un pas, j'attrape vivement ta main sans te laisser le temps de protester, froissant au passage un bout de cette enveloppe de malheur. Le creux de ma paume est moite. Un frisson se répand aussitôt dans mon bras, pour remonter le long de celui-ci. Tant pis. Je me pince les lèvres, me détournant d'ores et déjà.

« Viens, Shôji... T'as pas idée du nombre de moustiques et d'insectes non identifiés qui rôdent par ici. J'suis sûr qu'ils sont tous cannibaux, et s'ils te dévorent là j'vais devoir faire un insectocide. »

Je suis sérieux. T'entraînant derrière moi, pour peu que tu te défasses pas de ma prise, je te souffle quand même, encore plus doucement, à mi-voix : « Fais attention où tu mets les pieds... »

La lourde porte s'ouvre et fini par se refermer sur nos ombres. À l'intérieur, la lumière m'agresse les rétines, elle me semble bien trop vive comparé à l'obscurité qui régnait à l'extérieur. C'était plus rassurant, en définitive. Là, elle me donne juste la mauvaise sensation d'être nu sous tes yeux. Le problème, c'est que j'me serai bien passé de te faire voir ma mine défaite et trop pâle, ou la rougeur qui me pique les yeux. C'est la raison principale pour laquelle j'évite de te regarder. Néanmoins, sans te lâcher (si tu as toujours ta main dans la mienne), tâchant de conserver mon sang froid de façade, je t'entraîne jusqu'au seul meuble flambant neuf de la maison : le moniteur de l'Incontestable.

« Voilà... tu vois ? » Je te relâche, trouvant au vide une exécrable sensation de froideur, repliant mes doigts sur eux-même. « Tu le vois maintenant, que c'est pas une blague... »

Et c'est qu'elle clignote, la bête... Sous nos yeux, les ordres auxquels il nous faut répondre sont inscrits noir sur blanc. Et le compteur qui défile, inéluctablement...

Ma respiration s'accélère.

Est-ce que je dois te dire que j'suis désolé...? Désolé pour toi... ? Pour ce que l'Incontestable est en train de t'infliger ?

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Shôji Mikami
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posté
le Dim 1 Sep - 17:58
par Shôji Mikami

ft. Daiki Seki




Rien. Absolument rien ne sort de tes lèvres quand tu me vois débarquer. Subrepticement, j'ai l'impression qu'on est de retour des mois en arrière, à cette soirée funeste où je suis venu te confronter – où j'aurais pas dû... A c'moment-là non plus, t'avais pas été foutu de m'dire quoi qu'ce soit avant que j'te mette au pied du mur, littéralement. J'retiens un soupir en déviant mon attention sur cette bâtisse décrépie supposée être notre lieu de vie. Il va peut-être falloir que je m'y habitue, si on est vraiment mariés, à tes silences lourds de sens. Ça  pose sûrement les bases de notre future union : le silence, l'évitement, le rejet... Tu parles d'un cadeau, Incontestable ! A cette pensée ravive le brasier de la colère dans mon estomac noué, je serre les dents. C'est très loin de c'que j'aurais pu imaginer pour un potentiel mariage, tout ça...

Tu veux que j'te dise c'qui est le pire ? C'est que je le sens, ton regard fixé obstinément sur ma personne. Oh mec, j'le connais par cœur... J'le sens me brûler la peau, m'inspecter autant que faire se peut malgré l'obscurité des alentours. Je sens mon corps se tendre à ce contact mental, comme avant ; mon cœur se serrer en se demandant à quoi tu penses. Est-ce que tu trouves que ça m'va mal d'être brun ? Est-ce que tu m'trouves pâle, amaigri ? Est-ce que t'es déçu que j'sois venu finalement ? Surpris ? Soulagé ?... Est-ce que tu t'demandes, toi aussi, comment on va faire pour répondre aux ordres de cette foutue machine, vu l'état de nos relations ...? Moi, en tout cas, j'veux pas t'regarder. J'm'y autorise pas. La faute à ce savant mélange de rancœur et de peur qui me tort de l'intérieur. J'ose pas, j'ai peur. Peur de c'que j'pourrais voir, sur ton visage, dans tes yeux... J'ai beau donner le change comme je peux, j'ai pas la force de soutenir ton regard. J'crains trop ce que ça va m'rappeler...

L'échec cuisant qu'est devenue ma vie depuis que t'en fais plus partie.

Un mot finalement, qui confirme mes craintes. J'hausse les sourcils d'un air peu enjoué, me retenant de grimacer. J'prends un air embêté, me massant la nuque nerveusement. J'ose espérer que l'intérieur est mieux que ce que l'extérieur nous laisse voir parce que là... Ça craint. J'suis sûr que cette bâtisse aurait pu être squattée par des rats... Ou des SDF. Ou les deux.

La suite me confirme indirectement ce dont je me doutais déjà : toi non plus, tu t'es pas pointé avant aujourd'hui, sans quoi t'aurais pas émit l'hypothèse que j'serais resté seul. Je joue des mâchoires à cette réflexion, te laissant approcher sans sourciller. En fait, maintenant c'est certain : ni l'un ni l'autre, on n'voulait de ce mariage. Pourtant, ça m'laisse un arrière-goût amer en bouche. C'est bête, c'est sûrement ma colère qui parle, mais j'aurais préféré que tu sois venu plus tôt, toi. Pas forcément dès le premier jour, hein, mais... Cette idée m'aurait p't'être aidée à m'détendre un peu, à essayer d'aplanir les choses, de faire un minimum d'efforts. Parce que là... J'ai l'impression d'être le dindon d'la farce, et ça m'déplaît foncièrement. Ça m'aide pas à m'dérider, nan. Aussi j't'écoute d'une oreille inattentive, faisant mine d'inspecter le bâtiment alors qu'en vrai il m'intéresse plus vraiment – si ce n'est l'envie de s'en éloigner très vite doucement – avant de tourner un regard désabusé vers toi lorsque t'as fini ton petit exposé sur la déco de l'atelier. Mec, t'es sérieux... des cocotiers ? J'comprends pas comment tu fais pour continuer de blaguer dans ces conditions. Un souffle s'extirpe de mes narines tandis que j'acquiesce mollement, quittant ta silhouette des yeux à nouveau.

« Je vois. »    

Y'a rien d'autre à répondre. J'me demande juste comment j'vais faire maintenant. Comme un con, j'ai rien emmené pour ici, moi. Alors j'vais faire comment pour m'occuper avec toi dans les environs si j'ai rien ? Me retrancher dans Cherry pour m'écouter d'la musique j'suppose, j'vois que ça...

Puis, quelque chose d'inattendu se produit. Ta main s'empare de la mienne sans crier gare, m’entraîne à ta suite. N'y étant pas préparé, je sursaute légèrement, mon cœur se sentant particulièrement secoué par ce contact qu'il n'espérait plus. Ma respiration se bloque, me plonge temporairement en apnée. J'regarde ton ombre d'un air hébété. Tu m'parles d'un truc que j'arrive pas à capter, trop sonné que j'suis pour l'entendre. Mec, pourquoi ...? J'comprends pas. Ni ce qui se passe, ni c'que j'ressens... J'suis partagé. J'ai à la fois la fervente envie de me détacher de l'étreinte de ta main... Et en même temps l'envie désespérée d'la garder pour moi. Déchirante constatation, qu'une part de moi, infime, t'es encore dépendante. Pourtant, j'remarque qu'elle est moite, ta paume. C'est la chaleur qui fait ça, ou en fait, t'es tout aussi stressé que moi ? J'sais pas, j'sais pas... Et ça m'affecte encore un coup, quand tu m'préviens de faire attention où je marche, que naturellement je quitte la visions de nos mains mêlées pour inspecter le sol accidenté. Ma paume d'Adam roule, déglutit c'qu'elle peut. Et j'te suis.

Bêtement, automatiquement, je rentre à ta suite à l'intérieur, plisse tout fort mes yeux pour amoindrir l'impact des luminaires sur mes yeux trop habitués à l'obscurité du dehors. A peine rentré et mes yeux moins sensibles, j'écarquille les yeux devant... La tristesse de l'endroit. Ma main libre se pose devant mes lèvres pour cacher le fait que ma mâchoire inférieur a lâché prise. J'en ai l'souffle coupé, mais pas dans l'bon sens du terme. Mais putain... C'est une blague ?!. J'me retrouve à lancer un regard panoramique choqué à l'endroit. C'est que j'dois avoir l'air particulièrement intelligent, là, avec ma lettre sous l'nez. J'serais bien tenté d'me pincer si ma main n'était pas la prisonnière consentante de la tienne. Non, parce que d'abord toi, maintenant ça ?! On est loin des apparts tous neufs ou rénovés que j'connais. L'espace est grand, certes... Mais tout est à faire. On a hérité d'une vieille télé, dont je doute sincèrement de l'état de fonctionnement, de quelques meubles vieillis, poussiéreux ou sales... Ils mériteraient un bon coup de rénovation. Et du béton usé en guise de sol. J'suis sous l'choc, cherchant presque instinctivement la caméra cachée dans les coins sombres...

Puis tu m'attires devant le seul objet véritablement neuf de la pièce... Le moniteur.  

BIM. Impression qu'on vient de m'asséner un coup de poêle à l'arrière du crâne lorsque mes yeux se posent dessus. Tiens, prends ça dans ta gueule Shôji ! Ta main me délaisse enfin, mes doigts se recroquevillant instinctivement, face à cette cette sensation de froid...

« Tu le vois maintenant, que c'est pas une blague... »  

Ouais, j'le vois, quand j'm'approche prudemment de cette machine du démon ; que j'y vois le moniteur souhaiter la bienvenue aux époux dans leur demeure... Quand j'vois nos deux noms inscrits côte à côte sur l'écran. Figé devant l'objet, j'vois au-dessous listé nos ordres à exécuter, le temps qu'il nous reste pour ce faire. Du temps, on en a encore, et je suis là, donc ça ira. Ça sera pas forcément agréable... Mais ça s'fera.

Ça y est, j'peux plus y couper.
J'suis marié putain. Marié !
Et pas avec le premier venu : avec toi !

A cette épiphanie, mes muscles se tendent doucement. Mes yeux fusillent le moniteur du regard tandis que je serre les poings, froissant un peu plus encore la lettre du démon dans la main qui la tient encore. J'grince des dents, bombant le torse d'une profonde et intense inspiration... Qui me fait prendre conscience à quel poing cet endroit empeste la poussière et le renfermé. A cause de ça, peut-être, de ce grain de sable venu s'incruster en prime de tout le reste dans mon cerveau bordélique, j'suis pris d'un coup d'sang. Sans prévenir, je frappe le moniteur du plat de ma main libre avant de faire volte-face.

« Putain ! Mais c'est pas vrai !! »

Je crie, envoie violemment valser la lettre sur la table la plus proche. Elle s'y écrase, glisse jusqu'à l'autre bout... Et elle se paye ma tronche en plus du reste puisqu'elle y reste en équilibre instable. Besoin d'extériorisé, j'me mets frénétiquement en mouvement. La respiration se saccadée, j'commence à faire les cent pas dans ce grand espace pour me passer les nerfs, dans l'espoir que la pression redescende. Ça pulse dans mes veines, me brûle les joues de colère. Et j'me mets à vider mon sac de tout c'qui me passe par la tête, sans même passer par la case « réflexion ».

« J'y crois pas, putain... Nan, mais t'as vu c'taudis ?! » me mis-je à gueuler, me tournant subitement dans ta direction en désignant à la fois l'espace « cuisine » et celui « salon » de mes bras grands ouverts. J'agite mes mains, scandalisé. « C'est pas une maison ça, bordel ! C'est une arnaque, une bicoque tout juste bonne à nous abriter d'la pluie ! »

Ok, j'exagère. Et je le sais, d'autant que j'ai vu que la pièce principale, pas le reste. Néanmoins, c'est plus fort que moi, faut qu'ça sorte. J'me détourne bien vite de toi, me remettant à tourner, tourner, tel un fauve en cage. Mon esprit et mon corps pullulent tellement de tensions qu'il faut que je les expulse d'une manière ou d'une autre. Tant pis si la baraque en prend pour son grade. Les gars du TPAI avait qu'à faire leur boulot correctement ! Tiens d'ailleurs, en parlant de boulot... J'me fige, écarquille les yeux avec horreur en réalisant sérieusement cette fois que :

« … Ok, c'est officiel alors. J'ai perdu mon taff ! »

Mes traits trahissent une mine écœurée. Je nie vaguement du chef, fixant un point dans le vide. Mes sinus me brûlent, mes yeux s'humidifient. L'émotion remonte en cascade dans ma gorge, y appose son étau douloureux. C'est trop injuste. C'était tout c'qui me restait, c'qui m'empêchait de sombrer pour de bon et... Et maintenant j'ai plus rien. J'ai un taudis dans lequel j'vais devoir vivre avec l'ex qui m'a re-poussé dans l'alcool. Et en prime, j'vais devoir former mon successeur dans cet immeuble où je ne pourrais plus jamais vivre... Un geignement algique, ode discrète de mon désespoir intérieur.

« Super... Vraiment, super. C'est génial. » Soufflé-je d'une voix cassée.

Désabusé, je me mets à applaudir brièvement pour saluer la connerie de l'Incontestable. C'est dingue. J'viens de mettre les pieds ici et j'veux déjà m'barrer... Très loin. Ma respiration devenant sifflante, l'assèchement de ma bouche me revient à l'esprit. Sauf que c'est pas d'eau dont j'ai envie, pour hydrater ce désert... J'suis prit d'une violente envie de bière, là, regrette amèrement de ne pas en avoir emmené de chez moi, de ne pas même avoir fini ma dernière bouteille ! C'est du gâchis !

J'y crois pas, mais faut que je vérifie du coup : je bifurque d'un pas décidé en direction de la cuisine. J'me saisis de la porte du frigo, l'ouvre d'un geste brusque :

« Pff... J'suis sûr qu'on a même rien à boire là-dedans ! » Un rire amer s'envole en le découvrant vide de toute victuaille, liquide ou solide. « Bah tiens, qu'est-ce que je disais ? On est gâtés ! » déclaré-je en claquant la porte d'un coup sec avant de revenir dans la partie salon, l'air complètement désabusé.

Sonné, je marche lentement, jusqu'à finir par me stopper. Je nie encore de la tête en observant les lieux, plonge mon visage entre mes mains fébriles. J'y laisse choir un râle épuisé. Car après la rage, la colère, et la tristesse... C'est inévitablement la fatigue qui m'assaille. Trop d'émotions tout ça. Trop contenues, condensées, ravalées.. J'reste un moment comme ça, me frictionnant le visage entre mes doigts avant de basculer ma tête en arrière en un soupir las. Mes yeux emplis de peine papillonnent tout autour, fixent ce plafond. Puis une réflexion prend corps entre mes lèvres, faible, incrédule :

« … On va vraiment devoir dormir ici ? »

Interrogation pour moi-même, mais qui t'est peut-être adressée dans le fond ? Va savoir.

Je réalise alors que je t'ai complètement snobé jusque là, avec mes états d'âme. C'est pas cool, t'y es pour rien... Mais c'est pas pour autant que je vais m'en excuser. Ma tête dodeline dans ta direction. J'me demande c'que t'as bien pu penser, en me voyant me donner ainsi en spectacle. Et j'suis tenté aussi, bigrement tenté de te proposer de quitter les lieux pour aller dormir autre part. Ou, j'sais pas moi, qu'on dorme tous les deux dans Cherry ? Bon ça sera étroit mais confortable, et plus rassurant qu'ici quand même. Me pinçant les lèvres, j'hésite à lancer l'idée... Pour au final remarquer quelque chose qui m'avait échappé jusqu'alors, parce que j'te regardais pas...

« Hé... » Mes yeux papillonnent. « Tu t'es fait quoi à la jambe ...? »  

Une fois la question lancée, je m'autorise à m'avancer vers toi. Arrivé à un petit mètre de ta personne, je m'agenouille, pose un genou au sol et inspecte la plaie rougie de griffures au niveau de ta cuisse. C'est pas joli à voir, mais ça a l'air assez récent ceci dit... Doucement, je tends les doigts vers toi, hésite une seconde... Avant d'oser poser mon pouce au-dessus de ta blessure, juste sous le tissu de ton short. J'me pince les lèvres, prenant un air préoccupé.

« … T'es tombé ? » C'est pour ça que tu m'as incité à faire attention à l'endroit où je foutais mes pieds... ? A cette idée, mon cœur frémit et je remonte le museau. « … Ça va ? T'as pensé à désinfecter ...? »

Là, mes yeux arrivent à percevoir l'expression de ton visage, celle que tu caches si bien depuis que je suis arrivé derrière ta frange.
Dai... Pourquoi tu me regardes comme ça ...?


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Daiki Mikami
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le Lun 2 Sep - 10:55
par Daiki Mikami

Back to reality


SLAM!

Ta main percute le moniteur. Brusquement, violemment, tu cris, faisant vibrer l'air et coupant du même coup celui qui voulait s'acheminer jusqu'à mes poumons. Ton éclat me paralyse derechef. C'est à peine si un hoquet de surprise m'échappe quand tu te retournes vers moi pour m'accuser. Les pupilles rétractées à l’extrême, je me retrouve pris dans le feu d'une émotion terrible, cloué sur place.

Je m'attendais à une réaction négative. Mais ça... là... ? Cette déferlante de haine éclot de je-ne-sais quelle espèce de ressentiment me glace les sangs. J'ai l'impression que c'est pas toi, que j'ai sous les yeux.

Horrifié, je te contemple partir au quart de tour. Sous mes yeux écarquillés, tu te mets à rugir, à faire ta ronde furieuse, exprimant ta répulsion et ta rage. À ce moment-là, je mentirai si je disais que ça me fait rien. Petit à petit, un profond sentiment d'insécurité se réveille en moi, faisant naître des pensées que j'aurai jamais imaginé avoir un jour à ton sujet : Peut-être que t'as envie de me cogner moi aussi ?

Tu m'ignores. Tu préfères t'énerver sur le vide. C'est presque si tu me relègues pas au rôle du pot de fleur abandonné-là. Mais tous ces mots que tu craches. Toute cette violence, cette colère condensée que tu verbalises, je la reçois avec tout autant de brutalité. L'impression qu'en réalité, c'est à moi que c'est adressé, tout ça. J'arrive pas à le prendre autrement. Blessé, le cœur ne sachant même plus comment battre correctement, le regard fixement accroché à ta silhouette, j'ose plus émettre le moindre son. En fait, c'est à peine si je cligne des yeux aussi. J'ai peur... et ce sentiment se coule en moi, insidieux...

Et je te regarde, incapable de me défaire de ta vision. Mais plus je le fais, et plus sur tes traits se superposent ceux d'un autre homme. Soudain, j'suis plus là. Soudain, j'suis projeté des années en arrière, lorsque mon père criait encore sur ma mère à cause de leur divorce, et que ses hurlements faisaient trembler les murs de toute la maison. J'comprenais pas, tu sais ? Comment il pouvait être ainsi après avoir autant aimé ma mère... Qu'est-ce qu'elle avait fait de mal ? L'impuissance que je ressentais n'avait pas de commune mesure. Puis j'avais compris en grandissant. J'avais compris que c'était certainement le désespoir qui l'avait poussé à bout.

La porte du frigo claque, et moi, l'espace d'une minute, je redeviens l'enfant effrayé que j'étais. J'me laisse submerger, bêtement, sans rien dire. Sans rien montrer. Mais mes yeux papillonnent, et puis... Soudain, la culpabilité m'assaille tout aussi salement, enroulant ses doigts crochu autour de ma gorge, assassine. Merde...

Shôji... Il t'est arrivé quoi ? Pourquoi t'es comme ça ?

Est-ce que... c'est moi qui ai fait ça ? C'est moi qui t'ai rendu comme ça... ?

Les larmes aux yeux, statufié, je fronce les sourcils quand tu t'approches de ma personne, allant jusqu'à mettre un genoux à terre en t'inquiétant paradoxalement de ma cuisse écorchée. L'air affreusement soucieux et perturbé, par réflexe j'me recule. C'est rien, juste quelques centimètres, mais c'est aussi le triste aveux de ce qui m'anime à cet instant. Baissant les yeux sur toi, coupable, sachant pertinemment que je devrai pas repenser à tout ça, j'remarque mes mains tremblantes. Vivement, j'retiens un juron embarrassé et les entortille entre elles comme si ça pouvait contenir mon stress.

« N-Nan c'est rien... c-c'est Dick... » Je m'humecte les lèvres, nerveux. « ...Il m'a prit pour un parcours d'escalade tout à l'heure quand j'ai ouvert la lettre... »

Après ces mots, mon torse se soulève un peu plus vite. Il faut que je sache... Il faut que...

D'une voix blanche au débit lent et hésitant, j'articule :

« Shôji ...Est-ce que... t'as envie de me frapper, moi aussi ? »

À peine la question posée, mes narines se dilatent, j'inspire tant bien que mal, me pinçant les lèvres. J'ai jamais été connu pour mon courage, faut dire ce qui est. En vrai, je suis même plutôt froussard. Je sais pas par quel miracle j'arrive à faire autant le fou en BMX. Mais là... Là... à la peur se mêle les frissons même de mon âme...

« Tu sais... s-si ça peut te soulager... t'as qu'à le faire. Cogne-moi... »

Par je ne sais quel miracle je trouve la force de retrousser un peu mes commissures. J'ai l'air le plus désolé du monde. Mais tout ça c'est qu'un leurre. Ce sourire. Cette fausse preuve de courage qui ne sert qu'à t'encourager. Au fond, j'ai le cœur qui perd la tête. D'ailleurs c'est à peine si je l'entends battre, désormais. J'ai trop peur. Alors, peut-être que lui aussi il ose même plus exister. Peut-être que lui aussi il voudrait juste se cacher, disparaître.

« … sûrement que je mérite, dans le fond, alors vas y... »

Et pourquoi ça fait si mal... ? Pourquoi ça fait si mal bon sang ?!

Je sais pas ce qui t'es arrivé, tout comme je sais pas ce qui m'arrive, là. Est-ce qu'on est à ce point abîmé ? Pour plus savoir même se reconnaître ? Mais au-delà de tout ça, au-delà de la peur primaire que t'as invoqué au fond de moi, il y en a une autre pour se hisser au-dessus des autres : celle de découvrir que c'est réellement ma faute. Ma faute si ton corps semble si fragile, ce soir. Ma faute si ton regard a perdu de son éclat, qu'il semble presque éteint. Ma faute... si t'es plus toi...

Est-ce que je t'ai vraiment tout arraché, sans le vouloir ? Pourquoi ? Comment ?!

M'attendant presque à te voir t'énerver encore, je garde le silence quelques instants. Mais petit à petit, mes traits s'adoucissent. Il y a cette discrète étincelle pour faire luire quelques secondes mes yeux, y distillant une certaine douceur malgré la douleur. Le masque tombe. Il tombe, et avec lui, l'affliction réelle se laisse voir dans sa parfaite indécence. Mes bras retombent lentement le long de mon corps. Et avant que celui-ci ne me lâche, mollement, je tombe à genoux, devant toi. Mais cette fois, je te fuis pas. L'air piteux, mes yeux cherchent les tiens avec acharnement. J'arrive même plus à ciller, désespéré que je suis. Le souffle ténue, qui filtre doucement à travers mes dents serrées, j'entreprends de m'approcher tout doucement, glissant sur le sol froid jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de toi. Te frôler.

Là, je prends le temps de te contempler, de te redécouvrir. Bon sang... t'es toujours aussi magnifique... Du bout de mes empreintes, bouleversé, je viens timidement t'effleurer le visage avant de laisser mes doigts couler le long de ta peau pour se déposer autour de ta gorge, pouces sous tes mâchoires. L'émotion me comprime les poumons. La boule dans ma gorge enfle. Je la réprime, tout comme je tente aussi de réprimer le tremblement de mes lèvres. Puis la mine qui se défait brusquement, dans un soupir lourd de regrets, je craque. Mes yeux papillonnent, je viens me blottir contre toi, enrouler délicatement mes bras autour de tes épaules pour t'enlacer, priant pour que tu ne me repousse pas. Là, le cœur au bord des lèvres je ferme les yeux, j'inspire profondément, laisse ton odeur – qui m'avait tant manquée – m'envelopper. Puis le visage lové tout près de ton oreille, je murmure d'un timbre tremblant d'émotion :

« Pardon Shôji... »

« C'est ma faute... »

« j'ai eu tort... »

« J-Je suis désolé... j'suis tellement désolé... »


Un gouffre s'ouvre en moi, même si mes larmes sont toujours péniblement contenues, ma voix se briser dans ces murmures. Et plus l'émotion monte en moi, plus mes bras se resserrent autour de toi. Plus j'ai le besoin et la nécessité brûlante de te sentir, de te toucher, de t'avoir là, tout contre moi, en chair et en os... Bien réel...

« Je passerai le reste de ma vie à me rattraper s'il le faut... Mais j'te promet.. ça ira... J-Je te promet... La détresse qui brille dans tes yeux, j'm'en fais la promesse... j'la ferai disparaître... »

À ces déclarations, le souffle court, je m'écarte à peine pour te chercher des yeux. Je veux que tu vois. Que tu saches que je suis sérieux. Que tu sentes cette ferveur qui, bien que fragile, est tout ce qu'il y a de plus sincère. Le souffle qui se mêle au tiens car nos visage sont certainement trop proches, je marque une pause avant de poser mon front contre le tien. Là, je déglutis, je referme les yeux. Je prend une profonde inspiration, mes doigts revenant s'accrocher à ta nuque, ton cou...

« J'te lâcherai plus maintenant.. Plus jamais... »

Que tu le veuilles ou non...

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Shôji Mikami
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posté
le Mar 3 Sep - 10:57
par Shôji Mikami

ft. Daiki Seki



… J'comprends pas, tu sais ? J'reste bête lorsque tu te recules, à l'instant où mon pouce s'en allait effleurer ta cuisse meurtrie. Y'a cette sensation à la fois douloureuse et brûlante qui oppresse mon cœur, soudainement. J'la reconnais instinctivement : le rejet. La main figée dans le vide entre nous se glace, je finis par la baisser... Animal blessé, à qui l'on aurait refusé une caresse réconfortante. Je me pince les lèvres, serre les doigts... Mais j'comprends pas. C'est pas toi qui m'a pris la main, y'a deux minutes ? J'ai fait que t'effleurer, alors...

Alors pourquoi, Daiki ? Pourquoi ...?  

Mes perles trop sombres s'élèvent, quémandent une réponse sur ton visage parfait, tordu d'une émotion que je n'arrive pas à déchiffrer encore. J'te sens nerveux, plus qu'avant, sans capter pour quelle raison.

« ...Je vois. » marmonné-je quand même.

Ce faisant, mon regard tombe. Dis voir, ça devrait pas être moi, celui qui rejette l'autre dans l'histoire ? Après tout ce que tu m'as fait ?! Me voilà, à la place, à inspecter ce sol poussiéreux avec une certaine fascination. Y'a l'amertume, au fond de ma gorge, qui attend le feu vert pour sortir. J'déglutis, tente de la faire partir. Mais y'a pas, j'me sens de trop ici. J'y ai pas ma place. Peut-être même que j'y ai jamais vraiment eu ma place, à tes côtés. Peut-être que c'était une erreur... de croire qu'il serait possible qu'on puisse cohabiter... Un soupir, discret. Puis j'entame un mouvement pour me relever, mais me fige à ces mots terribles qui fusent, quelques décimètres au-dessus de ma tête.

CRAC. Bruit de mon cœur qui se fêle.
... Quoi ? J'ai mal entendu?

Non, non. Et c'est bien ça le pire : je suis sûr d'avoir bien entendu.
Ainsi mon sang ne fait qu'un tour avant que je ne relève derechef la tête vers toi, l'air alarmé.

« Qu- ! Mais non ! » m'exclamé-je vivement... Avant de répéter d'une voix fautive et ténue. « Bien sûr que non... »

Non, mais sérieux... Moi te frapper Toi ?! On croit rêver !

Pourtant, ça n'a rien d'un rêve. C'est plutôt, au contraire, l'incarnation d'un cauchemar que je suis en train de vivre, là. Tu peux te moquer, si tu veux, mais c'est seulement maintenant que je percute ce qui luit aussi terriblement au fond de tes yeux... La peur.

Une peur puissante, vibrante, de celles qu'on ne peut ignorer. Et j'en suis sincèrement ébranlé, choqué. J'ai envie de vomir... Parce que tu continues en plus, enfonçant un peu plus le couteau dans la plaie béante de mon âme. Tu finis d'ailleurs à te frapper. Je secoue la tête mollement pour éloigner cette idée abjecte, mais j'ai plus les mots. Ils se bousculent au fond de ma gorge, s'accumulent en masse informe et acide qui me brûle l’œsophage. J'aimerais te rassurer, te dire tous ces mots que mes yeux te crient. Par la pensée, je t'implore de te taire, d'arrêter de me faire ça. Puis, face à ce sourire d'une hypocrisie incommensurable, mes yeux s'emplissent de ce liquide honteux, floutant ma vision... J'ai mal.

C'est dur, tu sais ...? Cette impression d'être un putain de monstre à tes yeux...

Dans un soubresaut de vie, je toussote un geignement de douleur, en profite pour retrouver un semblant de respiration – si tant est que ce soit possible, au vu de la corde algique imaginaire qui se resserre de plus en plus fermement autour de mon cou. Lentement, je descends les yeux pour retrouver mon copain le sol. Je serre les mâchoires, cherche à m'empêcher de craquer, malgré ce menton qui frémit, malgré ce cœur que t'as brisé une fois de plus.

Mais le pire, dans tout ça... C'est d'imaginer que t'as peut-être raison. Que peut-être, sommeillent en moi les gênes d'un timbré, capable de battre sa moitié sans regret. Contrairement à toi, Daiki, moi j'sais pas qui étaient mes parents. Je sais pas ce qu'il leur est arrivé. Je sais pas ce qu'ils ont vécu ni pourquoi ils m'ont jamais récupéré. Il est pas exclu que mon père battait ma mère et qu'un jour... Elle a refusé un ordre, ou pire, commis un adultère sans le moindre remord. Leur absence, on peut l'interpréter de tant de façons différentes... Mais celle-là, elle fait partie des pires.

Je sais pas trop combien de temps je reste comme ça, à m’auto-flageler, mais toujours est-il que je demeure figé, aphone. J'te regarde plus. J'ose plus. Je savais que j'aurais pas dû t'regarder... Je cille juste, lorsque tu atterris à genoux. Mes yeux esquivent la trajectoire qu'empruntent les tiens, encore trop chargés de douleur liquide pour te faire face. Et c'est bizarre, mais j'te sens approcher, je crois... Mon cœur en lambeaux me l'indique, quand bien même ma tête veut l'ignorer. Un léger frisson quand tes doigts me frôlent, les traits qui se crispent d'affliction en repensant à ce que tu m'as dit, plus tôt.

D'ailleurs, c'est un timide sursaut qui me prend, lorsque tes doigts s'en viennent effleurer mes joues, jusqu'à couler plus bas. J'comprends que tu veux que j'te regarde, alors je m'exécute. Mais c'est dur, si dur de soutenir ton regard dans ces conditions. A cet instant, j'ai l'impression que toi aussi t'as changé. Je sais pas en quoi, comment, ni pourquoi... Mais t'as changé. Les lèvres obstinément pincées pour retenir ce qui couve à l'intérieur, mes yeux désespérément accrochés aux tiens... J'me laisse surprendre par ton étreinte. Et encore plus par ces traîtresses qui fuient de leurs poches aqueuses, en sentant que ce mouvement, il est pas dans ma tête; il est bien réel. Mec, si tu savais le nombre de fois que j'ai rêvé que tu fasses ça depuis deux ans... Pourquoi maintenant ?! Pourquoi quand j'ai enfin réussi à te détester ...?

Inévitablement, je craque à mon tour, un gémissement empli de détresse s'envolant non loin de ton pavillon. Mon visage fond, littéralement, à tes excuses que j'comprends pas vraiment, qui me semblent arriver beaucoup trop tard... Contrairement aux miennes, bien plus logiques étant donné les angoisses que j'ai su éveiller en toi.

« Pardon... Pardon... »

« J'suis désolé... »





Et tel un vieux disque rayé, je me répète ainsi un moment, reniflant de temps en temps. Timidement, mes doigts se nouent aux pans de ton t-shirt, qu'ils tirent doucement. J'ose pas te toucher, j'ose plus... Peur que tu partes, que tu prennes peur, que tu t'imagines des trucs... Le seul contact que je m'autorise là, tout de suite, c'est mon menton sur ton épaule, ma caboche contre la tienne. J'me mets à trembler, à cause de ce surplus d'émotions que j'ai que trop ravalé.

Puis des promesses, encore, que j'entends qu'à moitié. Elles me touchent, au fond, beaucoup trop vu l'état pitoyable dans lequel je suis face à toi. Mais j'veux pas que tu saches, non. Parce qu'il suffit pas de quelques excuses envoyées à la volée pour balayer des mois, des années de souffrance et de manque. Tu t'éloignes à peine, cherche à me confronter du regard, y arrive pour de bon lorsque ton front se pose sur le mien. Nos souffles émotifs se mêlent, m'ôtent un frisson d'émoi. Et mes yeux plongés dans les tiens, je me demande soudainement ça fait combien de temps que je n'avais plus ressenti ça ? Je réalise que tes mots m'ont un tant soi peu calmé, après m'avoir mis au tapis. Je m'humecte nerveusement les lèvres, quand une pensée plus terre-à-terre me vient :

« Dai... » soufflé-je.

Ils nous reste plus beaucoup de temps...

Furtivement, mes perles de jais s'arrêtent sur la courbe insolente de tes lèvres, marquent un temps d'arrêt dessus. Si je te fais si peur... C'est certainement le moment où jamais. Alors, lentement, mes doigts remontent sur ce tissu jaune criard, me picotent délicieusement au contact de ta peau, jusqu'à venir se loger dans ta nuque. Comme avant. Par mon regard, je tente de te faire passer le message, de t'avertir silencieusement pour que tu ne recules pas. J'approche un peu, mon nez frôlant le tien. Centimètre par centimètre, je rapproche mes lippes des tiennes, empli d'une timidité qui ne me ressemble pas. Mais si j'y vais aussi lentement, c'est peut-être aussi parce que ça faisait bien longtemps que j'avais pas ressenti ce genre de choses... Que j'avais pas véritablement eu envie d'embrasser quelqu'un...  

Ainsi, mes lèvres retrouvent les tiennes, emplies de regrets. Instinctivement, je ferme les yeux, quelques larmes supplémentaires m'échappant. Je t'offre ce qui est sûrement notre baiser le plus doux, le plus chaste qui soit. Parce que j'arrive pas à me laisser aller, pas assez. Si tant est que tu veuilles un peu approfondir les choses, tu sentiras que je n'y suis pas réceptif, mes lèvres refusant tout mouvement en dehors de ce contact trop sage. Pourtant, mes doigts toujours crochés à ta nuque, j'arrive pas à me résoudre à me reculer rapidement, comme je le voulais au départ. C'est dur... De réaliser que tu m'attires toujours autant. Alors il dure, cet étrange baiser, à moins que tu n'y mettes fin toi-même. Il te susurre tant de choses, mais n'en dit pas assez à la fois.

Puis, je finis par me reculer – sans te repousser pour autant – le regard fuyant, honteux.
Ordre accompli...
 
Ma langue passe furtivement sur mes lèvres, savoure ce souvenir que je ne sais pas comment interpréter. Je renifle, essuie mes joues humides d'un revers de main, puis recueille timidement les tiennes, si tu t'es laissé aller, toi aussi. Un silence plane, un silence qui me fait peur, que je ressens le besoin de briser au plus vite, quelques fois que mon cœur écoperait d'un nouveau coup en traitre ! Récupérant donc un ersatz d'assurance, je te fais face, un sourire tragique retrousse mes commissures.

« … Ce n'est pas la peine. Rien ne t'y oblige. » Conclus-je gravement, d'une voix qui a perdu de sa superbe. J'inspire doucement, tant que mes poumons gluants et lourds me le permettent encore. « Ni toi ni moi, on ne voulait de ce mariage... Ni toi ni moi ne voulions reprendre contact... Alors non. »

Eh bien, oui, si on est mariés aujourd'hui, c'est bien parce que t'as encore été divorcé. Et j'en ai encore rien su... Si j'avais compté pour toi, si t'avais eu des regrets ou que sais-je... Tu aurais fait exactement la même chose que ce que tu as fait ce soir pour me faire venir : t'aurais appelé, t'aurais trouvé un moyen de me joindre, qu'importe lequel. T'as mon numéro. Tu sais où j'habite. Ton ex-beau-père est un ami proche... Alors merde, des occasions, t'en as eu des tas à ta portée. Certes, je n'aurais pas forcément été disposé à t'écouter ou te croire... Mais au regard des faits, désolé, y'a rien qui m'incite à te croire sur parole. Rien...

Je secoue mollement la tête. Celle-là même qui me semble vide, si vide... Je me sens épuisé, avec toutes ces émotions... Dire que je croyais ne plus en avoir.

« Rien ne t'oblige à faire ce genre de promesses... » Brève pause. « Moi, en tout cas... J'ai arrêté de t'attendre. »

Je suis peut-être dur, mais je suis pas assez cruel pour te faire espérer que j'y crois, à tes belles paroles. Mais c'est bizarre... Pourquoi j'ai l'impression que ça sonne faux?

« On peut cohabiter, continuer nos vies, et voilà... J'peux pas te promettre grand chose, moi, mais... Sache que je respecterais les ordres, que je t’emmènerais pas en cellule. Et aussi... »

Je déglutis, la pilule ayant encore du mal à passer. Mes paumes s'en viennent se loger sur tes joues, dans le désir que tu écoutes attentivement cette partie. Mon regard blessé se plante dans le tien sans faillir.

« Que jamais... Jamais, jamais de ma vie je ne lèverais la main sur toi... Jamais, t'entends ? »

J'insiste, mais Dieu, que c'est dur à dire... Une part de moi ne revient toujours pas que tu te sois imaginé une chose pareil, tant c'est affreux.

Ma bouche s'assèche et mes commissures s'abaissent lentement. Avant que mes mains ne quittent ton visage, et ton corps en général, qu'une mine désolée se peigne sur mes traits.

« Mais si... Si tu as vraiment peur de moi, d'accord. Je ne te toucherais que lorsque ce sera nécessaire alors... » Soit deux fois par mois... Ça m'plaît pas, mais si c'est pour que cette cohabitation se passe plus ou moins correctement, je suis prêt à te laisser la main pour te prouver ma bonne foi. Puis un murmure, sincère. « Je suis désolé de t'avoir fait aussi peur... »

Un soupir, lourd de regrets. Je rentre un peu la tête entre mes épaules ensuite et me râcle la gorge.  Mes yeux se vagabondent autour de nous, cherchent un moyen de dévier rapidement la conversation.

« Sinon... T'as eu le temps de voir si on avait un lit digne de ce nom ...? Ou tu préfères qu'on dorme dans Cherry, ce soir ? »

Je sais pas pourquoi, mais j'ai le pressentiment qu'on va pas en rester là...


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Daiki Mikami
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le Mer 4 Sep - 12:10
par Daiki Mikami

Back to reality

Respire... Respire, Daiki. Faudrait pas oublier, laisser l'émotion emporter ce qui me sert encore de raison. Son invasion est tellement corrosive, ce soir. Sous tes sanglots, mon cœur peut à peine suivre la cadence, et même s'il ne m'empêche pas de penser ce que je déclare, d'y puiser ma fragile détermination, il se craquelle, sans cesse.

Quand je sens tes doigts s'accrocher à mon tshirt, je ressers mon étreinte, inconsciemment. Au fond, je sais même plus qui je cherche à rassurer. Je me dis que tout ceci n'est pas croyable. Que c'est étrange de se retrouver là. Étrange de pas savoir reconnaître ce décor, alors que ton parfum, ta voix, ou même le velouté de ta peau sous mes doigts ; me paraissent encore terriblement familier... Ça m'frappe, tout à coup, comme t'es là, contre moi. Faut-il être con pour comprendre si tard qu'en réalité, depuis le départ t'es impossible à oublier... ? Depuis que j'ai posé les yeux sur toi, en fait... Depuis ce fameux soir de janvier 2108 ?

Et la tristesse que j'entends dans ta voix m'est insupportable. À ce Dai que tu chuchotes, je me tais. J'ai compris. Toutefois, mon anticipation n'est rien face au tourbillon d'émotions qui m'emporte quand tu presses ta bouche sur la mienne… Bon sang... J'avais oublié à quelle point elle était douce, ta bouche. Elle était si loin, tout ce temps. Tellement inaccessible... Pourquoi ? C'est moi qui ai fait ça ? Comment j'ai pu vouloir m'en éloigner, comme m'éloigner de toi ? Intérieurement, je me broie de regrets. Je voudrais plus. Je voudrais te sentir m'épouser les lèvres, comme tu le faisais avant. Les miennes trahissent cette envie d'une caresse sur ta pulpe, légèrement plus appuyée et chaude. J'ai les yeux fermés, les larmes qui s'échappent. Je suis bouleversé. Encore plus quand tu cherches à t'éloigner, à rompre le contact. Instinctivement, mon visage suit le mouvement, tout doucement, incapable d'accepter que ce soit déjà fini. C'est que j'ai tellement rêvé de tes lèvres... J'en ai tellement cherché le goût sur celles d'étrangers, en vain... Ça me fait honte, tu sais, maintenant. Je me posais pas la question alors, de savoir si je faisais les bons choix. C'était tellement plus simple de faire comme si...

Tes doigts essuient mes larmes. La bouche encore entrouverte, j'arrive pas à rouvrir les yeux. Si je les rouvres, je pourrai plus me focaliser sur la douce brûlure qui subsiste encore. Je pourrai plus t'imaginer m'embrasser. Je risquerai de découvrir l'expression de ton visage... L'expression de ce qui n'est plus. L'expression de celui qui est désormais forcé d'agir...

Mes joues cuisent sans que je puisse l'empêcher avant qu'un soupir épuisé ne m'échappe, quand ta voix me rapporte tes convictions. J'en serre les dents, finissant par desceller mes paupières, encore tout déboussolé, pour t'étudier attentivement malgré ces yeux qui piquent.

« … Ce n'est pas la peine. Rien ne t'y oblige. Ni toi ni moi, on ne voulait de ce mariage... Ni toi ni moi ne voulions reprendre contact... Alors non. »

Je bronche pas, me contentant de froncer légèrement les sourcils avec désolation. Tu secoues la tête. Rajoute encore et encore :

« Rien ne t'oblige à faire ce genre de promesses... Moi, en tout cas... J'ai arrêté de t'attendre. »

À cet instant, j'ouvre la bouche, inspire rapidement pour te répondre.. Mais j'en ai pas le temps... Déjà, t'enchaînes sur cette histoire de cohabitation forcée... J'en demeure muet et frustré, même lorsque tes paumes viennent encadrer mon visage. À croire que j'ai perdu de ma rapidité. J'en sais rien. Mais Shô, qu'est-ce que t'en sais, si c'est pas la peine... ? Qu'est-ce que t'en sais, si j'en veux pas de ce mariage, moi ? Je n'ai même pas eu l'occasion de réfléchir à la question, tout est allé si vite aujourd'hui ! Mais une chose est sûre : Si t'as arrêté de m'attendre, moi, j'ai arrêté d'espérer... J'osais plus penser à un nous, après tout ce qui s'était passé. Et pourtant, on est là tous les deux... Si c'est pas le signe que tu devrais y croire, c'est quoi ?

Déglutissant péniblement de me sentir si impuissant, mes yeux papillonnent, se plissant sans cesser de t'observer. Ce que j'entends me fait mal pour toi et me touche. Il semble que je t'ai encore blessé, hein... sans le vouloir. T'as l'air tellement sincère et tellement atteint par tout ça... Si quelqu'un nous voyait, peut-être qu'il aurait l'impression de regarder un seul homme se fixant dans un miroir brisé.

Quoi qu'il en soit, l'émotion se tasse en rien. La faute à cet air piteux qui affaisse tes traits, quand tu cherches à me rassurer, qui m'ébranle et me fait tant de peine. Que faut-il faire pour que ta voix tremble moins ?

Faut-il parler ? Dire encore un bout de ce qui subsiste au fond du cœur ?

« Alors... Alors écoute... »

Je tente, d'une voix vibrante, une fois qu'il me semble avoir une ouverture, enfin. Parce que cette fois, tu m'empêcheras pas de m'exprimer en détournant la conversation sur Cherry...

Pour être bien certain que tu m'écoutes, je laisse planer un petit silence en te fixant. J'hésite une fraction de secondes et dépose ma main au-dessus de la tienne à portée, tout doucement.

« Je. J'ai pas peur de toi... C'est juste... Je sais très bien que tu m'en veux... Je sais que, même si j'ai jamais voulu ça, je t'ai quand même donné toutes les raisons du monde de me détester... » Je soupire, penaud, mal à l'aise au fond, de devoir exprimer ces choses, mais sachant aussi pertinemment que je te dois une explication. « Tu criais tellement, t'avais l'air si en colère... Avec le choc, les émotions, tout ça, j'ai... C'était plus fort que moi, j'ai repensé à des trucs qui sont arrivé il y a longtemps... »

Je raffermi ma prise autour de tes doigts à ces mots, comme pour te rassurer, m'humectant les lèvres sans cesser de te dévisager...

« Mais c'est passé maintenant, d'accord ? ... ça va... c'est bon. »

La voix qui se fait toute basse, un brin fêlée. Du pouce, délicatement, je caresse le dos de ta main.

« Je suis désolé... »

Désolé d'avoir imaginé que tu puisses avoir envie de me frapper. Mais je savais pas. Je savais plus. Il y a pas dix minutes, la terreur me broyait la raison. Maintenant tout semble si clair... Je suis juste un idiot.

Pause.

Lentement, attentif à cette nouvelle version de toi, je relève nos deux mains. Et si tu te dérobes pas, alors je viens poser ta paume contre ma joue. Mes doigts s'y superposant, tout doucement, je dévie le visage pour éprouver le contact de ta peau sur la mienne, lui faire frôler ma bouche..

« Touche-moi quand t'as envie.. Touche-moi quand tu veux... » Je murmure, fermant brièvement les yeux, cherchant à savourer...

Hésite pas... Hésite pas, parce qu'on va devoir surpasser tout ça...

Je rouvre les yeux. Les plantes directement dans les tiens, si tant est qu'ils se croisent. Ou que tu oses soutenir les miens.

« Peut-être que ça me rassurerait que tu le fasses... En vrai, je crois que j'attends que ça... C'est pathétique mais je peux pas le cacher... Ce serait ridicule... Moi, j'ai tellement envie de te toucher... »

Même si j'étais en train de crever de trouille, l'envie de te toucher ou que tu me touches serait encore la plus forte... J'le sais. J'le sais parce que j'ai jamais pu faire disparaître cette envie...

Et même si ça va plus comme avant entre nous, il y a toujours cette étrange connexion, ce petit crépitement désormais fragile, comme un brasier, étouffé, qui remue sous ses cendres épaisses. Je suis peut-être fou, mais je le sens, et je sais qu'il suffirait de pas grand chose pour que la flamme se rallume entre nous. C'est quelque chose de profondément ancré en moi. Une certitude. Autrement ma peau me brûlerait pas autant, quand tu me touches... Et toi... me dis pas que tu le ressens pas, parce que je te croirai pas...

Silence. Je reprends une profonde inspiration. J'ai l'impression d'abuser. Soudain, je repense à ce que tu m'as demandé plus tôt.

« Il y a un lit, en haut... »

Je bouge pas d'un pouce...

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Shôji Mikami
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le Dim 8 Sep - 16:32
par Shôji Mikami

ft. Daiki Seki



Évidemment, t'allais pas en rester là. Ç’aurait été trop beau !

Lâchant un bref souffle du nez, je t'écoute donc, puisque tu le demandes, relevant les sourcils d'un air de te dire que je suis pas vraiment réceptif. Au fond, je sais pas si j'en ai envie, de t'écouter. J'ai l'impression que ce soir, tout ce que tu dis, j'pourrais l'interpréter de travers, uniquement avec le filtre de ma souffrance. Et que ça me semblera bien plus logique que tous les arguments que tu pourrais mettre sur la table.

Puis franchement, je suis vidé, Daiki. Et j'suis sûr que toi aussi. J'peux pas m'empêcher de trouver qu'on se ressemble tous les deux en ce moment, à être aussi bouleversés par les événements, par ces retrouvailles involontaires. J'en suis d'ailleurs le premier surpris. J'aurais pas cru te retrouver aussi penaud et fragile. Est-ce que c'est moi qui te rend comme ça ...? Dans le fond, j'aurais tant de choses à te dire, encore. Pas forcément des choses agréables ceci dit, et j'ai pas envie de débuter ce mariage sous de telles augures. Aussi, mes ressentiments et mes interrogations, je les range soigneusement dans ma poche, me promettant d'y revenir plus tard.

Ta main épouse timidement la mienne, fait trébucher mon cœur au passage. Je peux pas m'empêcher de la regarder lorsque tu parles. A nouveau, je suis partagé. Je sais pas si je suis content que t'oses me toucher, toi, ou si j'ai envie de retirer ta main au plus vite... C'est si douloureux de ne pas savoir se positionner...

Un haussement de sourcils furtif, lorsque tu précises que j'ai toutes les raisons de t'en vouloir. Oh, mec... J'ai encore plus de raisons que ce que tu peux imaginer. A ton soupir pourtant, je relève les yeux... Pour mieux froncer les sourcils à ton explication. Le sous-entendu que je capte m'alarme intérieurement, réveille mon côté protecteur. ...Daiki, qui a osé te frapper ? C'est étrange, comme ces quelques mots ont le pouvoir de transférer ma colère sur un ennemi inconnu. Les scénarios se bousculent dans ma tête ; j'arrête pas de me demander qui. Qui t'a fait du mal ? Ton ex ? Celui avec lequel t'est resté si longtemps, là ? Et... Est-ce que ça a un lien de près ou de loin avec cette cicatrice de brûlure, au creux de ta main ? D'ailleurs, je réalise que j'ai jamais osé te poser la question. Je l'avais remarquée, bien sûr. Elle est difficile à ignorer. Mais j'me disais que si tu ne m'en parlais pas, c'est simplement que tu voulais pas m'en parler...

En fait... Peut-être que l'un des problèmes de notre couple... C'était qu'on se cachait trop de trucs ?

Ce questionnement prisonnier des tréfonds de mon cœur m'attriste sincèrement... D'autant que, pour le coup, je suis aussi responsable que toi. T'as jamais su pour mon abstinence. Ni pour Nee-chan. Ni pour ces années de souffrance que je t'ai tu... Est-ce que, involontairement... On a basé notre couple sur des mensonges par omission ?  

« Je sais... » Murmuré-je, pour toute réponse, acquiesçant sans te quitter des yeux. « Je sais... »

Je la sens, la sincérité derrière tes mots. Elle me touche au plus profond de mon être, met ma rancune en sourdine. En proie à une certaine mélancolie, je ne vois cependant pas venir la capture de ma main. L'étonnement se superposant à mes traits, je retiens mon souffle lorsque tu la poses contre ta joue ; lorsque ma paume épouse à merveille ta peau veloutée.

Ce simple geste ravive une petite étincelle au fond de moi, que je croyais avoir éteinte depuis longtemps ; et elle m'est d'autant plus évidente quand mon pouce effleure par ton fait, ta bouche délicate... J'en reste sans voix, tes paroles ricochant en écho dans mon esprit, tel le chant d'une sirène, désirant attirer les pauvres marins dans ses bras tentateurs. L'image te sied tant...

Mes yeux désespérément accrochés aux tiens, j'avale un semblant de salive. Si j'avais ce soupçon auparavant, maintenant c'est une certitude : tu m'attires toujours autant. Comme au premier jour... J'ai jamais su te résister. Jamais  

« Je... »

Ça palpite jusqu'à mes tempes, m'ébranle, comme j'ai envie de répondre positivement à tes avances doucereuses... Presque craintivement, mes prunelles redessinent les traits de ton visage. Non sans une certaine fascination. Bien vite dépassé par ce qui se réveille en moi, je commencerais presque à avoir chaud ! Et pas à cause de la chaleur estivale du dehors. Non, c'est toi. Ça a toujours été toi. Toi, et ce magnétisme qui nous attire l'un vers l'autre. Doucement, l'empreinte de mon pouce caresse ta lèvre inférieure, taquine ce petit anneau métallique comme si c'était la première fois que j'avais affaire à lui.

Si tu savais comme j'ai envie de t'attirer contre moi, comme j'ai besoin de t'enlacer, te serrer tout fort... Plaisir simple auquel je rêvais pourtant, quand tu étais marié. Si tu savais comme mes mains me démangent, désireuses de couler librement sur ta peau. Et tes lèvres, oh, tes lèvres... J'ai tellement soif de les retrouver, de t'embrasser vraiment.

« Il y a un lit, en haut... »

Cette information sonne mon retour à la réalité.

Je cille, encore perdu aux limites du rêve. Seulement, t'entendre parler du lit juste après que tu m'aies dit que t'attendrais que ça que je te touche me laisse à croire que t'as envie qu'on aille plus loin... Beaucoup plus loin que ce que je me permettais d'imaginer. Beaucoup trop loin. A nouveau, la sonnette d'alarme résonne en moi, m'incitant à me reculer au plus vite. Et au final, c'est ce que je finis par faire, un peu à retardement toutefois. Je récupère ma main, peut-être un peu rapidement ceci dit, une moue mi-anxieuse mi-fautive s'imposant sur ma face. C'est comme si je venais de me prendre un coup de jus en caressant ta peau. Mes doigts m'en brûlent, aussi je les triture fébrilement de ma main libre, les masse, de sorte à leur faire oublier au plus vite le contact délicat de ton épiderme contre leur chair.

« Je... Je peux pas. » admis-je, le regard un peu fuyant. « Je suis pas prêt pour ça. C'est trop tôt. »

Une part de moi, railleuse, me susurre que ça n'est pas mon genre, pourtant, de bouder quelques plaisirs charnels, surtout avec toi. Une autre me rappelle toutefois que c'est sûrement la réponse tardive à ma question précédente – ce qui me rajoute une cuillerée de culpabilité par-dessus le marché. Moi, je suis éprouvé par tout ça. Nos retrouvailles, mon corps qui t'appartient déjà malgré moi, mon cœur qui ne t'a pas vraiment oublié contrairement à ce que je croyais... J'arrive pas à gérer.

Alors je me pince les lèvres, ferme les yeux quelques instants pour me calmer. Lentement, mes paupières se rouvrent. Je reprends, le timbre fébrile:

« Tu peux pas... Tu peux pas me d'mander de repartir comme si de rien n'était, maintenant. J'ai besoin de temps. » Je souffle, passe une main sur mon visage. « Y'a deux heures encore, j'croyais que j'te reverrais jamais alors... Imaginer te toucher... »

Impossible.

Mes épaules s'affaissent en un soupir, ma main retombe sur ma cuisse. J'humecte mes lèvres, avant de prendre une profonde inspiration. Je suis perdu. Je sais plus si je dois agir comme mon corps me le dit ou comme ma tête me le dit... Dis-moi, Dai... Qu'est-ce que je suis censé faire maintenant? Je cherche tes yeux du regard après ça. Si tu l'évites, je finis par poser mes paumes sur tes épaules, de sorte à capter ton attention.

« Écoute... Je le ferai. Je vais faire des efforts pour passer outre tout ce qu'il s'est passé, mais... Il me faut un peu de temps. » Je m'approche un peu, penchant la tête sur le côté. « Je sais pas, on n'a qu'à... Faire comme on le sent, et voilà. Mh ? »  

Je risque un petit sourire. Ça sonne très faux, ce que je dis. Le truc... C'est que ça me ferait mal de succomber à l'appel de la chair si mon cœur, lui, n'est pas d'accord. T'es pas un bout de viande ou une donzelle de passage dans mon pieu ! T'es... T'es mon mari, ouais. Même si ça me fait encore tout drôle. Le fait est que peu importe que j'aie la haine contre toi ou pas : je t'estime trop pour te rabaisser à leur niveau. Je suis vraiment pas convaincu que tu apprécierais ! Moi, en tout cas, je te respecte trop pour ça !

Peut-être est-ce une erreur, en fait.
Peut-être que toi, ce que tu veux pour le moment... C'est juste du sexe ?


A cette pensée, je te relâche, me redresse tant bien que mal puis m'éloigne jusqu'au frigo pour récupérer une... Non, deux petites bouteilles d'eau. C'est la seule chose que contient cet engin de toute manière. Je dévisse donc la mienne, ingurgite une fraîche gorgée salutaire, désireux d'apaiser les tensions résiduelles de mon organisme. Mon cerveau, pourtant, tourne à plein régime, ressassant notre discussion, tes réactions. Je sais pas quoi en penser de tout ça. Quand j'vois comment tu agis avec moi, j'ai limite l'impression qu'on s'est jamais quittés. Comment tu fais ? Toi qui avais la haine contre moi à cause de Kô, toi que j'ai tant blessé sans le savoir... Comment tu fais pour agir comme ça ? Le regard perdu dans le vide, j'aimerais connaître la réponse... Parce que moi aussi, j'ai envie de toutes ces choses dans le fond.

Mais compte tenu de tout ce qu'il s'est passé, je ne nous l'y autorise pas.

« Bon... On va se coucher ? » demandé-je, tournant la tête vers toi.

J'attends d'avoir obtenu ta réponse avant d'esquisser un mouvement pour te rejoindre. Là, je te tends la deuxième bouteille, te la laisse si tu l'acceptes, puis je te contourne jusqu'à arriver à cet escalier que je monte prudemment. A chaque pas, je perçois que t'es pas loin derrière. Que ce soit au claquement de nos chaussures – enfin, mes claquettes et tes chaussures s'entend – sur les marches, ou de visu grâce au colimaçon. Il va décemment falloir que je me réhabitue à toi dans ma vie, à ne pas me dire que c'est « bizarre ». Après tout, maintenant, ça va être notre nouvelle normalité.

Mes claquettes foulent le sol de ce qui semble être notre chambre, j'avance de quelques pas. Mes yeux papillonnent de-ci de-là après avoir avisé le lit. Je tords mes lèvres sur le côté, en une mine pensive.

« Mh... ça aurait pu être pire. » Un haussement d'épaules, je m'avance vers le matelas et m'installe sur la place la plus proche de là où je me trouve. Au pire, tu me demanderas d'échanger et voilà. Une fois assis cependant, je fais la moue, te lance un regard interrogatif. « C'est moi ou il fait chaud ici ? »

Je soupire, secouant vite fait le col de mon t-shirt pour m'éventer un peu. C'est vrai qu'il fait plus lourd à l'étage qu'en bas, où il fait quand même relativement frais. Quoique, assez logique puisque la température monte... M'enfin, c'est pas grave puisque l'été je dors-

Et là je tilte, pouffe d'un rire nerveux.

« Oh, le con. »

Et sur cette parole, je me laisse tomber sur le lit, continuant de me moquer de moi-même en ébouriffant mes mèches brunes.

« Ah, bon sang... Cet instant où tu réalises que t'es parti sans rien prendre... » Je lève les yeux au plafond commence à énumérer sur mes doigts. « Pas de pyjama, pas d'affaire de rechange, pas de nécessaire de toilette, pas de cachetons... Rien. » Pas mes bières non plus...

Je laisse échapper un geignement de désespoir... Avant de te fixer à nouveau, l'air un peu embarrassé de te rappeler cela :

« … Tu te souviens que je dors en boxer l'été … ? »

Ça ira pour toi ...? Ou tu préfères que je reste fringué malgré la température ?


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le Lun 9 Sep - 22:22
par Daiki Mikami

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Je le ressens, tu sais. Tout ce qui t'agite intérieurement. Tout ce qui couve, d'indistinct, de trop subtil sûrement mais pourtant si réel. Je peux pas l'ignorer, ce frisson délicieux que ton pouce fait naître en effleurant ma lèvre... Tout comme je peux pas ignorer ce qui éclaire doucement ton regard quand tu me détailles. Dedans, je vois tant de choses. J'y vois le trouble, le doute... et tellement de petites fêlures aussi, que ça me met le cœur encore plus mal en point qu'il ne l'est déjà. Pourtant je ne dis rien de plus, suspendu à tes lèvres, à ce contact si doux de ta paume contre ma joue. Je réalise même pas que mes paroles peuvent être mal interprétées, à cause de l'émotion. Parce qu'au fond, je suis toujours bien trop désemparé par tout ça.

Aussi, tes paroles couplée à ton mouvement de recul me font battre des cils. Alerte, je t'interroge du regard et t'écoute, un brin inquiet.

« Pas prêt... ? » Je murmure, voyant bien ton agitation, m'en sentant d'autant plus touché.

Tu te pinces les lèvres, ferme les yeux, me donne trop de trucs à voir, en fait. Mes yeux dévient sur toi, tracent un chemin le long de ta silhouette. Ton langage corporel parle tout autant que tu peux le faire. Mais moi, là, je comprends plus. Ou du moins, j'y arrive plus. Je sais juste que je suis tellement écrasé de fatigue, tellement pétri de fragiles espoirs, là. Si quelqu'un pouvait disséquer ce qui me sert de cœur, sans doute qu'il rigolerait bien d'voir qu'après tout ce temps, je suis toujours aussi ridiculement troublé face à toi.

Et tandis que tu m'explique ces choses au sujet de tes émotions, de tes efforts prochains, moi je me demande juste : Est-ce que je peux te toucher, encore ? Poser ma main sur ton épaule ? Te réconforter, te dire que ça ira ? Quand tes prunelles retrouvent les miennes, mes velléités s'en trouvent aussitôt étouffées.

Tu m'offres un sourire. Je fais plus un geste.

« D'accord. Oui, d'accord... Je comprends... »

Bien sûr... Après tout, qui suis-je pour te mettre la pression ? (ou quoique ce soit d'autre, d'ailleurs ?) Si quelque chose m'échappe, alors tant pis. Demain. Demain, ça ira mieux. N'est-ce pas ?

Quand tu te relèves, rompant finalement ce qu'il nous restait de contact, un gémissement s'accumule au fond de ma gorge pour y demeurer coincé. Avec mon cœur qui tambourine et mes pensées qui s'entrechoquent, soudain, je me sens comme un jeune chiot abandonné dont le maître ne voudrait plus. J'suis penaud et abattu... Pourtant, mes sourcils se relèvent, allant se perdre sous ma frange indisciplinée. De mes billes de jade, je ne peux malgré tout m'empêcher de suivre la direction que tu empruntes, me dévissant même le cou pour ce faire, s'il le faut. Je le fais sans même prendre la peine de me relever, étant simplement trop fatigué pour y songer, sur le moment..

Il se passerait quoi si toute ces émotions finissaient par avoir raison de moi ? Je me fait la réflexion pendant que t'attrapes deux bouteilles dans le frigo. Pourquoi j'me sens si déprimé.. ?

« Bon... On va se coucher ? »

C'est une bonne idée. Je hoche le menton, le cœur lourd, t'observant toujours alors que tu reviens vers moi pour me tendre l'eau. Sans broncher, je l'attrape puis baisse les yeux pour me relever, appuyant l'une de mes paumes sur ce sol brut. J'y vais doucement, pour pas trahir un quelconque malaise. Et... qu'y a-t-il de plus à rajouter ? Ta silhouette se dirige déjà vers l'escalier en colimaçon. De mon côté, je reste un moment planté au milieu de cet espace quelque peu inhospitalier, soupirant avant de m'asséner une baffe mentale. J'en déglutis, jette un regard à la ronde pour repérer où j'ai bien pu fourrer mon sac.

Là-bas, près du mur. À côté du téléphone avec des yeux. Damn... ce téléphone...

Inspiration. J'évite globalement de me refaire le petit film mental de toute cette soirée, m'en vais récupérer mon bagage avant de calquer mon pas au tien, docilement. Dans l'escalier, je tique en remarquant avec horreur ces bouts de vélo incrustés dans le mur... Ça me fout un petit coup de pression. Et pourquoi j'ai pas remarqué plus tôt ?! Blêmissant, guère rassuré, je me contente de te rejoindre à l'étage, m'enjoignant au courage. Pas pour rien que j'ai cette inscription, sur l'avant-bras...

T'es déjà installé sur un bout de matelas lorsque mes deux pieds foulent enfin l'étage. Je t'entends commenter un truc,  repose mes yeux sur toi, l'air franchement à l'ouest. Et, il faut dire ce qui est : je me sens tellement bizarre... Je suis... tellement projeté dans le temps, là, en plus du reste... Je veux pas, pourtant... Ça va encore plus m'épuiser. Me faire mal.

« De quoi... ? »

Silence. Mes yeux papillonnent. Vers toi. Vers le lit. Ailleurs.

« Oh. Ouais... il fait grave chaud... »

Mal à l'aise, intimidé, c'est presque si je me replace pas une mèche derrière l'oreille, niaisement. Et je m'humecte les lèvres à mesure que tu t'exprimes au sujet de tes oublis. J'en reste muet tout du long, à essayer vainement de refaire fonctionner mon cerveau. Pas facile, tout ça... tellement pas facile...

Jusqu'à ce que tes yeux ne retrouvent les miens, qu'ils me prennent sur le fait, en quelque sorte, vu la façon dont je te détaillais de manière – très, très – appuyée. Puis soudain, dans ta bouche quelques verbes se chargent d'invoquer de nouveaux souvenirs beaucoup trop vif dans ma mémoire :

« … Tu te souviens que je dors en boxer l'été … ? »

Un petit sourire gêné me retroussant aussitôt une commissure, je plisse les yeux, ceux-ci devenant inconsciemment plus pensif... plus rêveur. Évidemment, faut que mon esprit s'évade sur des images que j'ai de toi, toutes plus hot les unes que les autres...

« Comment oublier ça, mec... »

Une rougeur coupable fini par éclore sur ma face, sans que je capte vraiment.

« Ce souvenir merveilleux me réveille toujours, la nuit... »

Aveux lancé sans en avoir conscience, je me gratte instinctivement le bras, détournant ensuite les yeux pour faire la moue. L'instant qui suit, je prend une grande inspiration.

« T'en fais pas pour moi... On est deux dudes civilisés, non ? »

Vaguement, toutefois, je me dis que cette phrase n'est sortie de ma bouche que dans l'espoir de me convaincre. Sans grand succès, hélas. Aussi, je me racle la gorge, choisissant cet instant pour bouger, me poster de l'autre côté du lit en balançant mon sac non loin. Autant faire quelque chose d'utile... sinon je vais devenir encore plus paumé et mièvre et stupide...

« Ça te dérangera pas si j'enlève mon short moi ? C'est un peu serré le jean, pour dormir, alors... j'aimerais autant mieux... »

Je réfléchis pas plus, cette fichue anxiété à beau me faire trembler encore un tantinet les mains, j'allume la lampe de chevet. Et après avoir déposé ma bouteille à ses côtés, j'entreprends de retirer pompes et chaussettes. Un peu plus de lumière, ça fera pas de mal. Celle qui remonte de l'étage inférieur n'est pas vraiment suffisante pour un trouillard invétéré tel que moi...

Puis, si tant est que t'as accepté le deal, j'entreprends de déboutonner mon short jusqu'à le laisser tomber au sol. Ceci fait, je marque une pause et me tourne vers toi, l'air préoccupé dans mon caleçon violet à motifs et mon t-shirt Nesquick...

« Dis... Tu crois qu'on peut laisser les lumières allumées... ? » Un peu bêtement, je me flatte la nuque.

On se refait pas. La nervosité me met le cerveau en vrac, comme d'habitude. Je me sens idiot de flipper comme ça, mais bon. Aussi, soufflant doucement, je me glisse sans plus y penser sous le drap. Mon mouvement rapide crée un gros appel d'air, faisant gonfler le tissu, le faisant retomber lentement sur moi. Je couine, larguant un bras pour dompter la bête et m'enrouler dedans, de sorte qu'il n'y ait plus que le sommet de ma tête et mes yeux qui ressortent. Au moins l'oreiller et tout doux et confortable, lui.

Là, sagement, sans bouger ni même remuer, je patiente le temps qu'il te faut pour me rejoindre sous – ou sur – le drap. Bien sûr, je ne peux pas faire autrement que de m'installer dans ta direction. Je me sentirai tellement mal de te tourner le dos... Alors... gardant un premier temps le silence, le cœur déconnant toujours et ruant vainement contre mon thorax, je t'épie avec ce petit air de chien battu, celui-là même qui semble ne plus vouloir me lâcher, ce soir.

De longs instants, je dois me mordre les lèvres pour ne rien dire. Je me demande tant et tant de choses à ton sujet. Je pense déjà à demain. Je songe à ce qu'il faudra pour qu'on se reconstruise tous les deux... Puis c'est plus fort que moi...

« … dude... t'as vu ? » Je murmure.. « Pourquoi il y a des carcasses de BB dans le mur... ? C'est flippant.. »

Une seconde, j'attends, le corps tendu, attentif à tes moindres faits et gestes. Je ne sais pas ce que j'espère. Ou peut-être que si. Peut-être qu'au contraire, je suis un fieffé galopin, et que je suis en train d'étaler des ruses idiotes pour parvenir à mes fins. Mais quelles fins ?

Un souffle ténu et vibrant d'émotion se coince dans ma gorge. Je crois qu'au fond, c'est qu'une excuse que je suis en train de te larguer. Mais j'y peux rien. C'est plus fort que moi. J'aimerais bien m'endormir tranquillement, m'apaiser après toutes ces émotions. Mais en vérité... Comment faire quand t'es là... ? Comment faire quand, tout au fond de moi, je me sens encore si ému, si bouleversé par la réalité de ta présence à mes côtés ? Hein ? Connais-tu le remède, toi ? Comment on va faire, Shôji ? J'ai tellement peur de fermer les yeux et me réveiller, demain matin, découvrir que tout ceci n'était qu'un rêve...

Est-ce que je peux te prendre la main... ? Ou c'est vraiment bête... Et malvenu... Et dérangeant... Et stupide... ?

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Shôji Mikami
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le Jeu 12 Sep - 23:49
par Shôji Mikami

ft. Daiki Seki



Même si je voulais l'ignorer, je remarque bien que ton comportement a encore changé. Tu sembles à l'ouest, comme dans ta bulle. J'ourle tout juste un sourcil suspicieux. C'est la fatigue qui fait ça ? Ou j'ai un rôle à jouer là-dedans ? Ah, y'a des jours comme ça où j'aimerais juste arrêter de penser. Ça me simplifierait tellement la vie ! Je soupire, me détournant de ta personne en me disant que ça me passera, qu'il suffit de faire « comme si »... Mais comme si quoi, d'abord ? Heureusement, mes pensées me rappellent ma bêtise, tandis que je m'écroule dos au lit. J'essaye de paraître à l'aise. Ça marche ou pas ? Va savoir, pas l'impression que tu sois réceptif. T'as l'air ailleurs, mais en même temps je le sens, ton regard obstinément accroché sur moi. Je le vois ensuite. Je sais pas si ça me déplaît ou me soulage, cruel paradoxe s'ajoutant à la petite pile que je cumule depuis que le téléphone a sonné.  

Dès que tes commissures se redressent, je me dis que j'aurais mieux fait de tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler, ouais. J'le connais cet air, mec. J'suis tombé amoureux de cette bouille, j'te rappelle... Aussi, je me tends, tique à ta réponse avant de plisser les yeux vers toi d'un air de te dire « N'y pense même pas ! ». Pourtant si, t'y pense, tu fais même preuve de générosité, me partageant sommairement ta pensée. Et quand bien même tu ne l'aurais pas fait, excuse-moi de te dire que ton langage corporel est assez explicite pour que je comprenne ce que tu imagines. Aussi je me redresse, m'asseyant de mon côté du lit. Je m'éclaircis la gorge, puis détourne les yeux à mon tour en espérant que tes souvenirs ne soient pas contagieux.

« Ouais... » répondis-je sans grande conviction.

Civilisés, peut-être... Mais l'appel de la chair, on peut pas l'oublier. Pas nous. Pas moi en tout cas, je l'ai bien noté tout à l'heure. Et c'est bien ça qui me fait peur...
Non, t'as raison. Nous sommes civilisés. Tout va bien se passer.

Mes poumons se gonflent donc d'une profonde inspiration tandis que tu passes dans mon dos. Tâchant de plus vraiment me préoccuper de ton cas ou de ce que tu fais, je dégaine mon téléphone, envoie un message impersonnel à l'ensemble de mes potes pour les informer que je suis marié... Mais aussi de qui est l'heureux élu. Ils t'ont certes peu connu, mais ils m'ont vu passer par toutes ces phases dégradantes après ton mariage. Ils savaient à quel point j'étais accro, à quel point tu étais parti en laissant un vide abyssal dans mon cœur, à quel point j'étais impuissant face à la situation... Mais aussi à quel point je me suis senti trahi, à quel point je t'en ai voulu. Ils devraient donc avoir à peu près conscience de mon état d'esprit actuel, je pense.

L'envoi venait de se faire lorsque tu as attiré mon attention sur ta tenue du soir. A ces mots, je me tourne un peu, me dévissant la tête dans ta direction. Et c'est plus fort que moi : mes perles de jais se perdent sur ce short en jean dont il est question. Inconsciemment ou pas, je l'avise sous toutes les coutures avant de relever obstinément mes yeux vers ton visage.

« … Non, c'est bon. Mets-toi à l'aise. » grommelé-je en sentant déjà mes pommettes se réchauffer.

En mon for intérieur, je m'autoflagelle : « mets-toi à l'aise ! » Non, mais quel abruti... Et pourquoi pas « fais-toi plaiz » pendant que j'y suis?! Un soupir las, je m’ébouriffe la frange un moment, ne me préoccupant point de tes actions, quand bien même les bruits me parviennent. Ce n'est que lorsque ta voix revient à mes oreilles que je me retourne vers toi, par réflexe... Et que je marque un réel tant d'arrêt. C'est qu'il est déjà tombé, ton short ! Et comme l'idiot que je suis, mes yeux ne peuvent s'empêcher de détailler tes jambes, ces cuisses qui m'étaient cachées jusqu'alors, se terminant sur ce caleçon bariolé. Les muscles de mon dos saillent, ma respiration se fige. Je me demande soudainement une chose qui ne m'était même pas venue à l'esprit : Bon sang, ça fait combien de temps que je l'ai pas vu, ton corps?

Un vertige inattendu me prend, quand je réalise que ça fait presque deux ans maintenant. Deux ans que mes doigts n'ont pu parcourir ta peau. Deux ans, bordel. Et en dehors de ces griffures superficielles que Dick t'a infligé, la seule chose que je note, c'est que les derniers hématomes que je t'ai vu arborés ne sont plus aux même endroits. Sans quoi, tes jambes semblent toujours les mêmes, toujours parfaites... Lentement, ma pomme d'Adam esquisse un mouvement de va-et-vient dans mon gosier avant que je ne remonte désespérément les yeux vers les tiens.

« Euh... » Je bats des cils, perdu et tourmenté par cette vision. Merde, il a dit quoi déjà? Je réfléchis à toute allure, la bouche entrouverte tandis que ma langue roule pensivement à l'arrière de mes incisives. Le regard qui finit par tomber sur ta lampe de chevet, l'épiphanie. « Non... Enfin, si ! On peut. On... » Le doute, dans ma voix, à ce que je m'apprête à dire. « On est chez nous. On fait c'qu'on veut. »

L'idée ne me réjouit toujours pas franchement au vu des conséquences pour ma personne, mais, maintenant qu'on s'apprête à dormir dans le même lit, j'penx pas vraiment nier ce fait...
 
Sur ces mots, je me détourne résolument, dépose mon téléphone sur la table de chevet à portée. Et sans plus un son s'extirpant de mes lèvres, j'ôte mon haut, un frisson me parcourant la colonne au changement de température agréable. J'comprends pas pourquoi t'as envie qu'on laisse la lumière allumée, là où moi j'donnerais tout pour l'éteindre, car ça risque de me faire mal dormir, mais je m'en soucie pas plus. Ce soir... J'ai pas franchement envie de te parler. Ta simple présence à mes côtés, dans mon pieu, est déjà dure à encaisser, alors te taper la causette en plus... J'm'en sens pas la force, mec. Pas ce soir.

Tandis que tu t'amuses avec les draps, moi je me redresse, laissant tomber mon short le long de mes cuisses. En proie à un soupçon de nervosité, je m'attèle à plier soigneusement mes vêtements sur le rebord de la table de chevet. Chose que, nous le savons tous les deux, je ne fais littéralement jamais avant de me coucher. Mais bon, faut croire que je suis plus ému que je ne veux bien te le montrer.

Et puis mon portable vibre, me donnant l'excuse idéale pour ignorer soigneusement ton regard tandis que je me glisse à mon tour sous les draps. Le palpitant tout agité de nervosité, je m'installe en un souffle, faisant mine de me détendre – mais pas assez, au vu des nœuds d'anxiété que s'amuse à tisser une petite araignée mentale dans mon dos. Plaçant le drap sur mon ventre, je tends le bras pour me saisir de mon mobile, remerciant d'ores et déjà mon (ou ma) sauveur (-euse). Seulement, mon cœur s'arrête en avisant la personne qui m'a répondu... Et c'est maintenant qu'il me répond, songé-je, un voile de mélancolie s'étendant sur mon visage à la lecture de son nom. Me pinçant les lèvres, j'hésite un moment avant de déverrouiller mon mobile et regarder le message, ne me préoccupant pas de si tu le lis discrètement ou pas.

●●●◦◦ 4G 00:11 AM53%
Les gars, faut que je vous dise un truc... Je suis marié.
Mon mari, c'est Daiki.
Je vous laisse imaginer comment je me sens...

Envoyé le 06/09/2111 à 00:05

Je ne suis pas surpris. J'dirais même que c'est la suite logique de votre histoire.

Je ne connais aucun des détails - Atsu m'a juste dit qu'il t'a fait souffrir - mais... L'amour fait souffrir, alors... Dans le fond, c'est quoi le problème ?

On s'connait depuis longtemps, mec. Et je sais quand tu es amoureux.
Tes yeux parlent trop, Shôji...

Envoyé le 06/09/2111 à 00:10
Tout ça pour dire que tu as le droit d'être en colère, ou triste, ou c'que tu veux... Mais pas de tout foutre en l'air. J'veux pas lire ton nom sur les journaux à la rubrique nécro' parce que ta fierté a décidé de vous amener à la case prison.

On a beau s'être éloignés, tu restes mon ami. Et tout c'que j'veux, c'est qu'tu sois heureux.
Fais attention à toi.

xoxo - Kô

Envoyé le 06/09/2111 à 00:11
Message

(C) OZZMAN



A cette lecture que je n'attendais pas, j'aimerais être en colère.
J'aimerais balancer mon téléphone à l'autre bout de la pièce.
J'aimerais gueuler sur Kô, lui dire qu'il ne sait rien de notre histoire, qu'il ne sait pas à quel point ta trahison m'a fait mal. A quel point j'ai souffert de ton abandon, à quel point je me suis senti démuni et anéanti quand tu as été marié... Et que je devais vivre sans toi, sans plus même avoir de tes nouvelles.
J'aimerais lui dire qu'après notre dernière altercation, j'ai replongé dans un vice dont Kô lui-même m'avait tiré in-extremis. Est-ce seulement remercier cet homme pour m'avoir sauvé la vie, des années en arrière, que de replonger par ta faute ? Non...
Je pense que s'il savait tout ça, son discours serait tout autre...

Et pourtant... Pourtant.
Une petite voix dans ma tête me chuchote qu'il dirait sensiblement la même chose, s'il savait tout cela. Pourquoi ? Parce qu'au fond, tout au fond de moi, je sais qu'il a totalement raison. Kô a toujours tellement su me cerner. Même quand il n'est pas là, même quand il ne sait pas tout... Il sait quand même l'essentiel.

Aussi ses messages me bouleversent. De par leur signification, mais aussi encore une fois, de réaliser que je lui ai brisé le cœur, mais que malgré tout, il demeure cet ami fidèle qu'il a toujours été. Je me pince les lèvres, déglutit en silence lorsque ton étrange murmure me sort de ma lecture. Je fronce les sourcils, pivote la tête vers toi en un premier temps, avant que mes yeux ne suivent la direction des tiens sur le mur.

« Mais qu'est-ce que tu racon- ?! » Et là, je les vois, ces morceaux de bicyclettes noircies figés dans le mur. J'en sursaute dans le lit, me rapprochant de toi sans le vouloir. « P'tain ! Mais c'est quoi ce truc encore … ? » maugréai-je, pas franchement rassuré par ce que je vois.

Sans aller jusqu'à dire que j'ai peur, clairement je trouve la « décoration » d'un glauque... Franchement, c'est quoi cette idée à la con ? Plus je détaille le mur, et plus je me demande comment et surtout pourquoi des gens iraient faire un truc pareil ? On dirait que les vélos ont été coupés en deux, brûlés puis collés à même le béton du mur quoi... Comment j'ai pu passer à côté d'un truc pareil ? Parce qu'il faisait trop sombre avant que t'allumes ta lampe de chevet ? Ou j'étais trop dans mes pensées ?

« Soit les gars du TPAI qui ont fait ça ont vraiment des goûts très chelous... Soit l'ancien proprio était pas tout seul dans sa tête. » commenté-je en grimaçant, ma caboche esquissant un mouvement de négation dédaigneux.

Un grommellement m'échappant, je dodeline la tête vers toi, avise enfin pour de bon l'expression de tes traits... Et je commence à comprendre.

« … C'est à cause de ça que tu voulais garder la lumière allumée ? »

Murmure empathique, comme un secret que l'on ne devrait dévoiler.
Ainsi empêtrés sous les draps, je ne peux m'empêcher de te dévisager avec un lourd pincement au cœur. J'ignore si c'est ce changement de sujet qui m'a tiré de ma rancune, ou si le message de Kô a eu plus d'incidence sur mon comportement que je ne l'aurais cru... mais toujours est-il que ça me fait un truc, cette façon dont qu t'as de me regarder. C'est sûrement à retardement, je pense, mais cette fois, ta crainte, je la sens, subtilement mêlé à cette nervosité qui suinte de tous tes pores. Ça m'fait de la peine de te voir ainsi, tu sais ?

Mon téléphone se met en veille à cause du temps que je prends pour te regarder. J'avale fébrilement un surplus de salive avant de le déposer sur la table de chevet. La seconde qui suit, je me retourne mollement vers toi, te regarde encore. Encore...

T'es à la fois si proche et si loin... Ici pourtant, je redécouvre ces petits détails qui font de toi, toi. Je redécouvre l'angle marqué de ta mâchoire, cette petite oreille recourbée, ce creux juste sous tes narines, témoignant de la courbure de ta lèvre supérieure... Et puis je trouve tes yeux, tes magnifiques yeux rieurs, qui semblent si anxieux, ce soir. Ça m'émeut de réaliser que, j'ai beau avoir enchaîné les conquêtes ces derniers mois, au final, y'en avait aucune qui pouvait rivaliser avec tes yeux. Malgré la pénombre, je les vois, ces diverses nuances qui composent tes iris, pour mieux refermer tes paupières sur cette virgule de chair...

Et je réalise douloureusement... à quel point tu m'as manqué.

« … Aller. Viens-là. »

Chuchotement, de ma voix vibrante d'émotion. Je t'offre mon bras gauche en guise de coussin, si tu en veux, ma dextre se crochant à ton bras pour t'attirer à moi... Cherchant à te blottir dans mes bras. Pour quelques secondes au moins si tu décides de te reculer, je t'emprisonne contre moi. Ma paume guide ton visage au creux de mon cou, l'y réfugie, comme pour te couper la vue de ce vilain mur. Juste pour te rassurer, pour essayer un peu d'apaiser ton esprit tourmenté. Et peut-être, dans la même veine, lénifier le mien également...

« T'inquiètes pas... J'verrais pour décrocher ces trucs ces prochains jours, promis. »

C'est bien le moins que je puisse faire pour toi. Oh, vu que ma condition physique n'est plus ce qu'elle était, je risque d'en chier mais... Je demeure en capacités de le faire, qu'importe le temps que ça prendra. Ça me passera les nerfs, me permettra de mieux réaliser tout ça, si je mets la main à la pâte. En attendant, j'pourrais toujours accrocher un long drap au plafond, pour nous cacher ces carcasses terrifiantes...

Un soupir chaud contre ton crâne, tandis que je resserre tendrement mon étreinte. Ma paume ancrée dans le haut de ton dos, je caresse tout doucement ta nuque. Je sais tellement plus comment m'y prendre avec toi... Ce que je dois faire ou pas...

« Repose-toi maintenant, Dai... On va avoir besoin d'énergie demain. Je... Je vais attendre que tu t'endorme, d'accord ? »

Furtivement, je dépose un baiser au sommet de ton front, redécouvrant ce réflexe par la même occasion. Ce n'est pas la première fois que je reste éveillé pour te regarder ou t'écouter t'endormir. Ça m'a toujours fasciné de te regarder dormir. Tu es si mignon, quand tu dors... Je sais reconnaître ce moment, à ta simple respiration, aux palpitations apaisées de ton cœur. Aussi je tends l'oreille, te laisse bouger si tu souhaites te défaire de ma prise.

Et j'espère que tu ne vas pas trop tarder à t'endormir, malgré toutes ces émotions cristallisées en nous. Moi, en tout cas, mes yeux papillonnent déjà...


btw, les ptites images d'inspi:

♥
Daiki Mikami
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le Dim 15 Sep - 12:56
par Daiki Mikami

Back to reality


« … Aller. Viens-là. »

C'est fou ce que trois mots peuvent véhiculer. Quand je les entends, perdu dans les ombres tapissant tes yeux, je ne sais toujours pas si j'ai le droit d'espérer. Un frémissement invisible m'agite l'âme, se loge directement dans mon cœur. J'en éprouve une puissante vague de gratitude... mais aussi de la culpabilité. Et à nouveau, tandis que tes bras s'ouvrent pour m'accueillir, que je viens me lover dans le creux de ceux-ci, retenant à peine un petit soupir rassuré, je ferme très fort les yeux.

Demain... Demain, il faudra être fort. Il me faudra surpasser la stupeur et tout ce qui me laboure l'estomac ; il faudra que je focalise mon esprit sur ce qu'il nous reste de vie, tout simplement, et pas celle qu'on a déjà perdue... Alors, juste pour quelques instants, s'il te plaît... permet-moi de rester là. Permets-moi de redécouvrir ta chaleur, ton parfum, la douceur de ton contact. Donne-moi un peu de force, même si c'est qu'une illusion... C'est pas grave. J'ai l'habitude. Avec le temps, je la ferai devenir réelle.

Tu verras.

[…]

Le réveil est terrible. Il me faut un temps monstre pour parvenir à émerger. La tête lourde et dodelinante, les paupières quasi-soudées, je redécouvre avec difficulté mon environnement. Le choc de te trouver à mes côtés m'arrache un petit frisson mêlé de panique. Mince, dude... tout ça c'était pas un rêve... L'impression d'avoir fait que ça, cette nuit, des rêves - ou plutôt des cauchemars. Tous plus vrai que nature, qui m'ont fait revivre sans interruption la perte de ce à quoi j'ai bien pu tenir dans ma vie. Pourtant t'es là. Le cœur qui se pince, me sentant envahi par trop de sentiments, je me laisse retomber sur l'oreiller pour te regarder dormir un moment. L'émotion de te redécouvrir au point du jour me laisse sans voix. T'es tellement beau... Pourquoi ton visage paraît si paisible, quand hier encore, il n'affichait que rancune et douleur... ?  Totalement contemplatif, suspendu à la vision de tes longs cils et tes lèvres, je me souviens alors. Tout ce qui s'est passé la veille.

Je me souviens de la brutalité. Brutalité des mots, des émotions. Mon cœur s'en serre d'autant plus. J'ai pas oublié, Shô... Ce que je t'ai promis hier.

Après de longues minutes passée à te détailler dans le secret de ton sommeil, mon cœur battant au rythme de la peur que je peux ressentir, d'échouer, je me lève doucement. Avec un dernier regard pour toi, le corps écrasé de fatigue, je trouve le courage de récupérer mon sac. Je descend sans un bruit, jurant dans ma barbe inexistante en revoyant les vélos emmurés.

On est dimanche. On a rien à bouffer et il faut que je prévienne toute la smala du déluge qui vient d'agiter mon existence – c'est à dire ma famille et mes potes, quoi. Bref. Daiki-zombie a pas mal de trucs à faire aujourd'hui. Le pas lourd et traînant, je ne sais par quel miracle je me rappelle de cette petite salle de bain nichée dans une pièce à l'autre bout du salon. Instinct oblige, sans doute. Ça n'aurait pas été coton pour toi de me surprendre en train de me laver tranquillement dans cette baignoire, là-haut. 'Fin, j'imagine.  

Soupirs sur soupirs, j'remercie mon cerveau d'être en partie anesthésié pendant que je fais ma toilette. Autrement j'aurai probablement hurlé quand cette araignée est tombée à mes pieds, dans la douche. Quoi qu'il en soit. Je me sens tout de même un peu plus frais en ressortant de cette cabine de l'enfer... J'enfile un petit blue jeans troué aux genoux et un tshirt gris [clic]. Prochaine étape : mes pilules. Je farfouille dans mon sac... capte après avoir foutu mon bordel partout que je les aie oubliées, grimaçant. Damn. Bon, ben ça attendra.

Je baille, m'attaquant la tignasse, guère alarmé. Puis finalement, cinq minutes plus tard je me retrouve dehors à suivre la direction de mon GPS. Apparemment, il y aurait un konbini à moins de dix minutes. C'est ce qu'on va voir. Dans le même laps de temps, j'en profite pour spammer tout le monde. Ah, dude, pour sûr que personne va en revenir... Moi-même j'en suis au point d'me dire qu'il serait pas ininteressant d'investir dans une machine à pincements. Juste pour être sûr que je rêve pas. Et pourquoi j'ai envie de fumer, maintenant que je penser à une machine à pincer ?

En arrivant devant l'épicerie, parce que les détails banaux de ma life ont le don de ressurgir quand je m'y attend le moins, je me rappelle soudain le sac de provision abandonné sur le trottoir la veille. J'en rigole tout seul, comme un idiot, avant de m'étrangler en recevant un sms de mon papy, qui veut s'assurer que tout va bien... Tu sais... Enfin, non, tu sais sûrement pas... mais je lui ai tellement parlé de toi, à mon grand-père. Trois ans qu'il entends des trucs à ton sujet. Sans doute qu'il te prend pour mon petit-ami imaginaire. Sauf que là. C'est devenu tellement vrai que même moi, je suis pas sûr de réaliser pleinement.

En tout cas. Qui aurait cru que j'aurai envie de verser des larmes devant le rayon condiments ? Pas moi ! D'autant plus qu'il y a ce petit vendeur qui est venu me voir à cet instant, en me servant du « Oui, ça me fait le même effet quand la pâte au wasabi est de retour en stock. » J'avais aucune idée de quoi il parlait mais j'ai acquiescé quand même, avec ma lèvre toute tremblante. Puis j'ai su alors, que cet homme et moi étions sur la même longueur d'onde. Et j'ai acheté cette pâte au wasabi.

De retour à la "maison", évidemment que je me suis mis au fourneau après m'être assuré que tu roupillais toujours comme un bébé... L'émotion s'est muée en autre chose, de plus lourd et de plus difficilement identifiable. Mais j'ai cuisiné. Pour toi, j'ai fais le bento le plus mignon de l'univers [clic]. Les potes devaient me retrouver à mon ancien appart' pour une opération déménagement, alors... Ben ensuite j'ai pas trop traîné. Juste le temps d'écrire un petit mot à ton intention, déposer le bento bien en évidence de sorte que tu puisses pas le rater ; et je suis parti.

Le petit mot : Je suis parti chercher des affaires chez mon coloc. Les potes vont m'aider a déménager tout mon bazar alors je suis dsl d'avance pour la gêne occasionnée à notre retour. Tu sais comme ils peuvent être bruyant !
Mange un peu. Même si t'as pas faim. J'ai fais ça pour toi ♥ :)
-Daiki.


[…]

Il est à peu près quatorze heure lorsque la petite troupe composée de Dan, Riki, Yue et moi revenons nous garer devant la baraque. Les bras chargé d'un premier carton, Dick courant déjà dans tous les sens, faut dire ce qui est : j'ai un sourire de con placardé sur la face à cause des vannes que Dan arrête pas d'enchaîner. À croire qu'il a capté que c'était pas tout rose. Que j'avais besoin de ça. Et j'avoue que ça fait du bien de pouvoir rigoler un peu, après tout le stress et l'angoisse accumulé cette semaine passée... Et celle qui risque de s'inviter à la fête, celle à venir.

« Wow !!! Matez-moi cette piaule ! Mec t'es sérieux ?! C'est LÀ que tu vas crécher ?! TOI ?? T'as pensé à transformer le truc en maison hanté ? J'suis sûr y a moyen de te faire de la thune là-dessus. »
« Dude. Il y a des cadavres de vélo dans les murs. No joke... Je sais pas comment je vais faire. Imagine je suis hanté par des fantômes de BB ensuite !! »
« Mystique. »
« Les gars ça vous dit que j'aille faire des courses pendant que vous déchargez les cartons ? » Enchaîna Yue, sans doute déjà épuisée à l'idée de devoir nous supporter tout l'après-midi. « J'ai vu le konbini pas loin. Ça te fera des provisions en rab', Dai. »

Quand j'y pense soudain, je suis pas sûr qu'elle ait capté que c'était toi, genre... le toi qui m'a tapé cette scène pas loin de son Yatai, la dernière fois... Je jure devant Bouddha que je l'avais jamais entendu proférer autant de menaces, quand elle m'a ramassé...

Pensif, je fini toutefois par lui répondre.

« Ouais, pourquoi pas. Ils ont une super pâte au wasabi. » Cru-je bon de l'informer, me sentant après coup super faible face au marketing de proximité desservi par les petits vendeurs en jean serré.

« Ok c'est noté ! Suez bien pendant ce temps ! »

Un bandana noué autour du front pour m'épargner la sueur sauvage, distraitement, je la regarde s'éloigner puis te cherche inconsciemment du regard, retournant celui-ci vers la maison. Tu fais quoi, Shôji... ?

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Shôji Mikami
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posté
le Lun 16 Sep - 16:58
par Shôji Mikami

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Nuit atroce. Une des pires qu'il m'ait été donné de vivre je crois.
Mais c'est pas ta faute, pour une fois. Du moins, pas vraiment...

Le fait est que j'ai tenu parole, hier soir. Patiemment, j'ai tendu l'oreille ; le temps de sentir tes muscles se détendre, devenir crémeux sous mes doigts. Une fois les mouvements de ta cage thoracique calmés, je me suis autorisé à somnoler. Les yeux tous papillonnants, j'avoue que j'ai eu du mal à te lâcher... Sûrement par crainte de cet « après » sur lequel je n'avais pas prise... Néanmoins, j'ai fini par me résoudre à délaisser ton corps ensommeillé à force d'être pris de sursauts lorsque ma tête déviait dans une position improbable. En douceur. Là, j'ai pu redécouvrir la candeur de tes traits endormis. Je n'y lisais plus de peur, ni de nervosité, et encore moins cet air préoccupé qui te colle à la peau depuis nos retrouvailles. L'espace d'un instant... J'ai cru retrouver mon mec. Celui insouciant et adorable. Intenable mais attachant. C'était bouleversant, vraiment. Jusqu'à ce que je me rappelle que notre relation ne serait plus jamais la même...

Après ça, je me suis résolument détourné de toi, qu'importe si je faisais face aux cadavres de métal emmurés ! Le sommeil m'a vite emporté ensuite. Je crois bien que j'ai eu une très longue phase de sommeil avant d'être réveillé à je-ne-sais-quelle-heure, par un son suspect. J'avais un de ces mal de crâne à cause de ces lumières que tu tenais à laisser allumées. Je suis trop sensible à ce genre de choses, tu le sais pourtant... M'enfin, vu la situation, je peux comprendre. C'est juste loin d'être drôle de dormir par à-coups. J'ai même cru devenir chèvre. Impression de percevoir le moindre bruit, que je percevais de façon amplifiée. J'ai tout essayé: boire de l'eau, répondre à mes textos en nocturnes, me tourner d'un côté puis de l'autre, faire la crêpe côté pile ou côté face, enfouir mon visage dans l'édredon ou m'en servir comme casque assourdissant... En bref, une seconde partie de nuit chaotique, qui n'a pas eu l'air de franchement te déranger, toi. Si j'ai rêvé, je n'en ai pas souvenir. Quoique, vu la situation, ce serait plutôt des cauchemars que je suis supposé faire...

Ça m'a fait tout drôle au réveil ceci dit, de me réveiller sans toi a mes cotés, tout juste avec des draps défaits et les lumières éteintes maintenant que le soleil nous illuminait. Mon corps me semblait aussi lourd qu'une masse, et mes paupières, comme scellées à la colle à bois ! J'ai tenté de me repasser le fil de mes sensations. Souvenir vague d'eau qui coule, d'allers et retours au rez de chaussée.

Cependant, en tendant l'oreille maintenant, tout ce que j'entends c'est un silence assourdissant. Ça, et les vibrations de mon téléphone tout proche. Rassemblant mes forces inexistantes, j'ai fini par mettre le pied à terre et la main au mobile. L'air profondément endormi, je me suis traîné en bas après avoir remis mes vêtements – le tout en baillant à m'en décrocher la mâchoire, évidemment. Puis, de mon seul œil ouvert pour l'instant, je t'ai cherché du regard. Hélas, il n'y avait pas âme qui vive. Eh beh, fuite dès le 2e jour. Ça promet... me suis-je amèrement fait la remarque, massant ma nuque endolorie. Mais ça, c'était avant de noter la présence de ton petit mot, et la boîte à bentô. J'ai bugué devant cette dernière d'ailleurs, en particulier devant les yeux de cet ourson de riz beaucoup trop mignon. Ça m'a réveillé pour le coup, m'a permis de lire ton message avec mes deux yeux ouverts cette fois !  

Après quoi j'ai fait la moue un moment devant ces lettres griffonnées à la va-vite. D'une part parce que si je connais certains de tes potes, c'est pas dit que ce déménagement se passe sous de bonnes augures, mais aussi d'autre part car... J'ai plus 5 ans bordel ! Est-ce que mon doux époux s'imagine que je suis encore un enfant ?! Aussi puéril que ça puisse paraître, j'ai donc boudé un moment ce bentô, répondant au harcèlement téléphonique d'Atsushi à la place. Le problème, c'est que tu lui avais fait une bouille beaucoup trop craquante, à cet ours ! Un truc à t'en séduire l'estomac d'un simple battement de cils ! Alors j'ai fini par le mastiquer, ton bentô, non sans cesser de bouder pour autant. Au moins, ça calmait mon estomac.

Enfin, jusqu'à ce que je manque de m'étouffer avec une feuille de salade au dernier message d'Atsushi.

●●●◦◦ 4G 11:15 AM39%
Atsu

Au fait, j'suis passé nourrir tes bêtes, mec. J'ai foutu une affiche sur la loge pour que tu sois pas emmerdé. Les locataires sauront se débrouiller sans toi pendant une semaine ! Faut que tu préviennes les proprios par contre.

J'ai commencé à t'faire quelques cartons aussi. Juste le nécessaire pour le moment. Les meubles et autres encombrants non-essentiels attendront bien le temps que tu aies formé le type qui va te remplacer, t'inquiètes.

Envoyé le 06/09/2111 à 11:10
J'embarque Lucky avec moi. Espèce de maître indigne, va !
J'prendrais les félins miniatures et autres p'tites bêbêtes chez moi le temps que ça s'tasse niveau mariage. J'crois me souvenir qu'il a un chien aussi Daiki, nan ? Autant pas prendre de risque. Une chose à la fois.

Envoyé le 06/09/2111 à 11:11
Ah, et Kô m'accompagne aussi.

Envoyé le 06/09/2111 à 11:12

Message

(C) OZZMAN



{...}


« Mais t'es complètement inconscient, ma parole ?! »

Et voilà, fallait bien que ça arrive.
Dès que j'ai su qu'il était chez moi, je savais que je n'allais pas y couper.

Oh certes, j'ai eu le droit à un petit temps d'accalmie lorsque lui, Kô et mon fidèle Lucky ont débarqué. Le calme avant la tempête, comme on dit. Il y a eu quelques étreintes maladroites, des caresses doucereuses, des émotions cristallisées, des regards qui s'évitaient... Puis je leur ai faussé compagnie. J'ai filé à la douche sans demander mon reste, le temps qu'ils déchargeaient les affaires qu'ils m'avaient préparées. Si j'ai pris la fuite ? Complètement. Je n'aime pas les conflits, encore moins quand je suis le fautif de l'histoire. Puis, autant dire ce qui est : j'en avais besoin de cette douche. Pas seulement pour fuir le regard lourd de jugements d'Atsushi, ou celui intimement déçu de Kô... Non. J'en avais seulement besoin pour terminer de me réveiller. Clairement, ça doit pas être mon mois. Les planètes doivent être alignées pour m'en faire chier et me confronter à tous mes problèmes irrésolus je pense ! J'ose pas imaginer la gueule de mon horoscope aujourd'hui... En vrai, je crois que je préférerais pouvoir rester dans cette petite salle d'eau délabrée ad vitam aeternam plutôt que de faire face au courroux d'Atsu présentement. Hélas, je me sens pris au piège... Sans même parler de Daiki et ses potes qui vont pas tarder à débarquer. Aussi j'enfile mes fringues après un soupir anxieux: un bête jeans grisé joint au premier t-shirt noir qui m'est tombé sous la main [clic].  

Armé de ma serviette éponge d'un blanc immaculé, j'ai espéré un quart de secondes passer entre les mailles du filet. C'est beau le blanc, c'est la couleur d'un innocent ! Ah, c'était sans compter la ténacité de mon ami. Peu lui importait la couleur tombante sur mes épaules, j'ai eu le droit à un remontage de bretelles en bonne et due forme ! S'il avait des doutes auparavant, dès lors où il s'est incrusté chez moi, il a pu constater de lui-même que oui, j'avais replongé dans l'alcool. Et pas à moitié d'ailleurs. Je le vois d'ici blêmir devant les bières au frigo, ou les quelques cadavres jonchant mon appart' et ma terrasse çà et là. Il a sûrement remarqué le rhum bien en évidence sur le plan de travail de la cuisine, la vodka au congélateur... Peut-être même a-t-il remarqué quelques cachettes saugrenues pour des versions miniatures.

Il a énuméré tout ce qu'il a vu, manquant se s'arracher les cheveux sous mes yeux ébahis. Il criait tellement qu'il a fini aussi rouge qu'un coquelicot ! Autant dire que je ne la ramenais pas, assis là, au sol, contre le mur. Pour me donner le courage de lui faire face, je cajolais Lucky du bout de mes phalanges. Cette brave bête avait fini par s'allonger entre mes jambes, certainement alarmée par les cris de mon ami. La tête sur mon genou, il regardait Atsushi comme si c'était lui qui avait fait une bêtise, avec le même air dépité que son maître. Si seulement la comédie pouvait calmer mon ami...

Intérieurement, je me suis félicité d'avoir pris contact avec mes employeurs pour leur annoncer mon mariage avant que ma mère Atsu ne me fasse ses longs discours sur la moralité. Comme si je ne le savais pas, tout ça... Il n'est pas dit que j'aurais eu la force de les contacter après, en raison mon moral à ras des pâquerettes ! Ça m'enlevait un poids des épaules de savoir que j'avais une semaine de congé avant de devoir former mon successeur. Ceci dit, je suis encore trop chamboulé pour bien prendre les remarques de mon ami en plus d'encaisser ce mariage. A croire que j'avais pas assez à gérer psychologiquement encore !

Je soupire discrètement. Et, pendant que l'autre s'agite, je lance un regard en biais vers Kô. Il est assit là, sur le plan de travail de la cuisine, à côté d'une montagne de pizzas qu'il a « ramené pour l'occasion ». J'imagine que lui, il sera content, le jour où il finira marié... Fidèle à sa personne, le jeune homme à la beauté de glace gardait un silence religieux. Balançant ses longues jambes dans le vide, il ne faisait que m'observer, peiné, ses yeux d'argent corrodé ne faisant que raviver ma culpabilité à son égard. Ça me fait tout drôle de le voir là, lui aussi. Depuis le temps... Si l'on s'est croisés de loin en loin à quelques reprises depuis ce fameux baiser, il n'empêche qu'il a pris ses distances avec moi depuis cet instant, trouvant toujours une excuse pour se défausser lors d'une rencontre.

C'est quand même étrange, comme cet homme a le pouvoir de revenir dans ma vie à chaque instant où elle se voit bousculée...

Je l'ai dévisagé longtemps, me désintéressant de la crise d'Atsushi, jusqu'à ce que je ne voie ses mèches blanches se tourner en direction de la grande baie vitrée qui nous faisait face. Claquement de portière. Les voilà ! Prisonnier de ma poitrine, mon cœur se tape un sprint, se prenant visiblement pour une balle de flipper. Je sursaute d'ailleurs lorsque Lucky se redresse, s'échappant subitement de mes doigts pour foncer en direction des intrus, jappant à tue-tête. D'autres aboiements. Ah, il a dû retrouver son copain Dick... Ma gorge s'assèche, ma langue se fait pâteuse. Je déglutis comme je peux. J'ai soif, putain... Pas dit que ce soit la plus saine, toutefois.

En tendant l'oreille, je perçois des voix d'ailleurs, derrière celle, trop accusatrice d'Atsushi. Aussi je me décide à me relever, malgré toute ma fébrilité, dominant mon ami à la chevelure cuivrée d'une bonne demi-tête. M'enfin, ce n'est pas ça qui va l'impressionner, depuis le temps. Non, à juger comme sa voix perd de sa superbe après qu'il ait remarqué  à son tour l'arrivé de nos invités, je pense bien que c'est leur présence à eux, qui le calment. Il finit donc par baisser les armes, concluant la discussion sur une note... Épineuse.

« Et qu'est-ce que Nagisa penserait si elle te voyait dans cet état, hein? »

Les paroles de trop. Je me fige dans mon mouvement, me pinçant les lèvres. Mes jointures blanchissent tandis que je fais volte-face dans sa direction. Il m'affronte du regard, ne se préoccupant guère de ces nuages sombres qui reviennent polluer le mien. Mes yeux se vissent à son faciès. Et dans ses yeux, je vois qu'il a compris qu'il avait fait une bourde.

« Nagisa est morte, Atsu. » rétorqué-je sèchement, avec aplomb, non sans lui reprocher intérieurement de m'avoir contraint à dire une chose pareille à voix haute. « L'état dans lequel je suis aujourd'hui, c'est le cadet de ses soucis ! »

Un blanc, l'espace d'un instant. Plus un bruit en dehors des chiens qui gambadent joyeusement entre l'intérieur et l'extérieur. Je ne cille pas, jusqu'à ce que Kô ne me ramène à la réalité.

« Et voilà le jeune marié ! » S'exclame-t-il un peu fort, essayant de couvrir notre embrouille lorsqu'il vous voit passer le pas de la porte. Sautant de son perchoir, il continue sur sa lancée, tout sourire. « Félicitations! »

Et sur ces paroles, le voilà qui se met à applaudir avec vigueur. Des claquements réguliers qui se répercutent, résonnent dans cette vaste pièce, certainement plus fort que nos cris en raison du malaise qui vient de s'installer. Mon cœur tremble, lorsque mes yeux se posent sur toi.

Puis je me demande, une angoisse toute particulière grignotant mon cœur :
... T'as entendu?

Bouffée de chaleur. J'ai peur. L'écho me fait vaciller, essouffle mon agacement dans l'oeuf. Je desserre les poings avant de tourner, comme beaucoup sûrement, un regard vers Kô. Le mien, toutefois, est nimbé d'embarras. Le jeune homme finit donc par s'arrêter, voyant que personne ne semble réactif à son positivisme détonnant. Son sourire disparaît. Il se met à me fixer, feignant de ne pas comprendre.

« Bah quoi ? C'est ça qu'on dit aux jeunes mariés, normalement, non ? »

Ou comment avoir l'impression de se prendre une claque avec une remarque somme toute anodine... Je ne sais pas si c'est de la joie sincère ou de la provocation. Dans le doute, je m'éclaircis la gorge, me malaxant la nuque. Aller, courage Shô ! Tu peux le faire! Je risque un sourire maladroit en vous regardant pour de bon cette fois, toi et tes potes.

« Ouais, eum... Salut les gars. Nous on s'connait déjà, hein... »

Dan et Riki, si je ne m'abuse ...? Rien qu'à dire ça, ceci dit, j'ose même pas imaginer c'que t'as dû leur dire sur mon compte. Non, parce qu'ils ont pas l'air des plus amicaux, leurs regards quand même. A moins que je ne sois en train de virer parano... J'avale un semblant de salive, me tourne vers chacun de mes amis pour les présenter.

« Lui c'est Atsushi... Et lui c'est Kô... »
« J'vous ai ramené des pizzas aussi. » S'empresse de compléter ce dernier, tapotant la tour de pise de cartons rouges aux odeurs alléchantes qui trônent à ses côtés. Perso, j'suis trop stressé pour avoir faim, là... « Ça creuse de faire travailler les muscles ! »

Je risque un regard vers toi, soucieux de prendre la température. Je t'assure que j'ai rien fait pour arriver à cette situation... me lamenté-je intérieurement, les yeux rivés sur ton bandana.

« Ils m'ont ramené quelques affaires eux aussi... C'est sympa d'votre part, de prêter main forte à Daiki... »

Je désigne mes cartons d'une main fébrile, en profitant pour dévier un temps mes yeux vers autre chose que mon peloton d'exécution... Parmi mes affaires, une bonne partie de mon matos de bricolage trône fièrement. Demande express' pour pouvoir décrocher ces foutus vélos du mur, plus tard. Puis, voilà que je me fais bousculer par un Dick fou de joie. J'en profite donc pour dévier la conversation.

« Eh, mon grand, salut... » Je m'agenouille, le gratifiant de quelques caresses après qu'il m'ait allègrement reniflé de tous côtés. Un pouffement, fluet. « Ouais, moi aussi j'suis content de te revoir... Ça fait longtemps. »

Vu l'accueil maladroit que je vous ai réservé par rapport à lui, c'est pas dit que vous le preniez bien... Toujours est-il que mon ami à pattes reprend sa cavalcade, et que je suis bien forcé de faire l'homme civilisé. Aussi je me relève, m'approche de toi, sans grande assurance. Je demande :

« On peut... Vous donner un coup de main, peut-être ? »

Les yeux rivés sur tes lèvres, j'attends, j'espère, je désespère d'entendre ta réponse.

S'il te plaît, dis-moi un truc, Dai... N'importe quoi!


♥
Daiki Mikami
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posté
le Mar 17 Sep - 12:52
par Daiki Mikami

Back to reality

Je crois que j'aurai jamais imaginé pouvoir te trouver en compagnie de quelqu'un, en rentrant. J'veux dire. Ok j'ai pensé à mes potes direct, et c'est débile que je me sois pas préparé à l'inverse. Mais j'étais pas prêt. L'esprit accaparé par toi et les nouvelles vannes de mes potes, sans doute que j'aurai réalisé avoir entendu autre chose, d'un peu étouffé, d'inquiétant, avant qu'on ouvre les portes.

Mais... il y a eut une autre voix pour crever ma pensée...

« Et voilà le jeune marié ! Félicitations! »

Si mes yeux t'ont trouvé directement en entrant...? Ouais. Et du coup, j'ai pas loupé la direction que les tiens empruntent. Et quand je l'aperçois, lui, que je surprends votre regard appuyé, une vague de douleur me submerge tel un épouvantable ras-de-marée. À cet instant, c'est plus fort que tout. Mon palpitant se réveille dans une flambée féroce et mon cerveau freeze. Je suis comme l'animal pris sous les phares d'un munster-truck, en pleine nuit, paralysé. Et le sourire qui tressaute, qui s'affaisse, malgré moi, juste une seconde, laissant l'éclat dans mes prunelles disparaître, puis mourir...

Quoi... Qu'est-ce qu'il fout là lui... C'est une blague...

« Bah quoi ? C'est ça qu'on dit aux jeunes mariés, normalement, non ? »

Non mais c'est un cauchemar. Et si dieu existe, il va me réveiller. Parce que je la sens encore, l'épine logée profondément dans mon cœur, qui cherche à remuer cette vilaine plaie incapable de cicatriser... Et les veines qui tambourinent violemment, qui me donnent le tournis, je me demande brusquement pourquoi t'as décidé de me faire ça, Shô... Pourquoi il fallait que la première personne que t'invite ici, chez-nous, soit précisément celle qui nous a séparée... Celle qui était en kiff sur toi, que t'as baisé, gardé dans ton entourage, qui m'a rendu vert de jalousie pendant des années, et qui doit très certainement me détester autant que j'la déteste...

Est-ce que c'est un genre de message ?

J'entends encore sa voix. Pourquoi n'y a-t-il qu'elle pour venir à mes oreilles ? Elle est pire qu'un sifflement. Pire que cet étau qui emprisonne ma gorge. Cela ne dure pas, toutefois... Ce moment de flottement atroce, horrifié, sans doute qu'il dure une éternité juste dans ma tête ? Je l'espère en soi. La main qui se dépose sur mon épaule, couplée à la voix de Dan, se charge de me tirer de là :

« Eh oh. Daiki. On te parle. » Il fait claquer ses doigts devant mon visage, préoccupé. « Mec, t'es là ?! »

Perdu, l'air hagard avec la bouche entrouverte, je cligne des yeux. Je réalise que j'ai sans doute raté des trucs, quand je te vois flatter Dick comme si tu t'étais téléporté là, tout à coup. ... faut vraiment que je dorme un peu plus ce soir...

« Hein... ? » Que je parviens à faire, bêtement...
« Dude merde ! Je t'ai dis de me laisser porter ces trucs !!! Donne-moi ça ! »

Par réflexe, piqué au vif, stressé à l'idée de rendre une image de moi complètement cramée et... et glauque ou je-ne-sais-quoi devant tes potes, devant lui... Je me rengorge, faussement amusé :

« Mais c'est bon ! »
« T'as p- »
« C'est bon, dude ! C'est qui le chaos coordinator ?! Mec tu m'connais pas ? »

Ce faisant, je crispe ma prise sur mon carton. J'aspire un peu de courage oxygéné. Le malaise s'accentue, toutefois, quand mon regard repart inspecter les visages présents, passant juste brièvement sur le tien. Je peux pas te regarder, là... J'sais pas ce que tu pourrais voir dans mes yeux... Je laisse rien paraître, autrement. Un sourire radieux vient même me fendre les joues et plisse mes yeux, cherchant à faire disparaître la douleur.

« Sinon salut les gars... ! Ça fait.. un bail... »
« On peut... Vous donner un coup de main, peut-être ? »

Ta proposition m'arrache un rire un peu roide. Mon cœur tambourine. Je fixe mes yeux sur ton t-shirt, tes fringues.

« Ha ha... C'est bon, t'inquiète. Mais merci, j'apprécie l'offre. P't'être après. »

Là... j'ai surtout besoin d'air, c'est vicié ici... Et c'est pas la faute de ces sainte-pizza-enrobée-de-cholestérol. Quelqu'un m'a largué un baque de glaçons sur la tête et j'ai besoin d'un peu de soleil pour sécher et réchauffer mon âme... Je sens que je vais craquer comme une fillette encore sinon... Je le sens gros comme une maison.

Mais t'es là. Et tous les regards sont rivés sur nous, me forçant à endosser un rôle plutôt difficile, en fait. Parce que je dois conserver mon sourire même si je suis probablement le méchant de ton histoire. Ce malaise... Je pensais pas devoir affronter ça direct...

J'allais laisser tomber mon paquet au sol avant de me raviser :

« Oh, quoique. Tiens, voilà. » Profitant que tu sois tout près, je te refourgue le carton, t'offrant même un petit sourire en coin, l'oeil tout près des tiens. « Ça c'est pour la chambre. »

Puis je marque une pause, ignorant ostensiblement les autres pour reprendre d'une voix plus douce, tout simplement parce que je suis faible... et pas foutu de la boucler :

« Au fait, bonjour... J'aime bien ta tenue, t'es canon comme ça... »

Je ne sais par quel miracle, j'arrive à faire bonne figure de la sorte. Brièvement, ça chancelle encore, sur mes lippes. Allez. Un dernier p'tit sourire appuyé à la ronde et je m’éclaircis la voix en balançant à l'intention de mes amis :

« Les gars c'est open frigo si vous avez soif. On a de l'eau... Fouillez bien, y en aura peut-être pas pour tous le monde ~ »

Et de marmonner tout seul en faisant volte-face pour regagner l'extérieur, n'y tenant tout bonnement plus...

« Cette chaleur c'est l'ennemie des hommes... c'est pas d'la pizza qu'il faut... »

Merci mais non merci... Allant pour sortir, je me met à prier très fort pour que personne ne me suive, parce que je l'ai sacrément mauvaise là. Dehors, mon sourire retombe illico pour donner à mon visage une expression de peine indicible. Je serre les dents, dois me mordre les lippes pour ravaler un sanglot puéril et archi ridicule. Je renifle. Allez. Cache ta joie, Daiki ! Tu crains. M’assène-je mentalement. Je savais que j'aurai dû partir avec Yue ! J'le savais !!! Pourquoi, seigneur, ne suis-je pas fichu de penser aux bonnes idées aux bons moments ?!

De retour à la petite camionnette, je dois me faire violence pour conserver mon calme. Je m'adosse contre, comme dans un état second, le poing contre les lèvres, revoyant le visage de ce mec. Je lève les yeux au ciel, espérant qu'ils s'assèchent. Mais le fait est que la pilule passe pas... Le fait est que j'ai pas envie de retourner là-bas... j'veux pas sentir encore son regard peser sur moi, j'veux pas entendre sa voix, ses belles paroles qui semblent toutes plus fausses les unes que les autre, parce que j'le sais qu'il doit crever de jalousie. Au moins autant que moi. Dude, sérieux... je me lamente, sentant ma propre jalousie refaire des lambeaux de ce qu'il me sert de cœur. À nouveau, une vague d'émotion me remue le bide. Je fais mine de fouiller dans les entrailles de cette bête métallique. J'attrape un sac. Le meilleur matos de survie est à l'intérieur. Voilà ce qu'il me faut.

Je le traîne avec moi de l'autre côté du véhicule, caché, vérifiant bien que vous restez tapis dans cette antre sinistre, là-bas. Puis je me laisse glisser par terre, adossé à une roue.

Il se passe peut-être deux minutes avant qu'une voix féminine ne m'interpelle prudemment :

« Daiki... Qu'est-ce que tu fais ? »

Je sursaute, pestant intérieurement de m'être laissé surprendre.

« Ben rien... je vais m'en cramer une vite fait. » Je remonte pas les yeux vers elle. Je me contente de fixer ses chaussures. « T'es déjà de retour ? »
« … j'ai oublié mon porte-feuille... » Je l'entends qui soupire. Je la vois qui s’accroupit face à moi, déposant ses avant-bras sur mes genoux. « Qu'est-ce qui se passe ? »
« Je... » Tout penaud, les doigts tremblant autour de ce joint que j'essaie vainement de rouler, j'hésite puis avoue : « J'en sais rien... un pic de stress. »

Soudain, sa main plonge vers moi. Me laissant pas l'occasion de réagir, elle plaque sa paume contre mon torse, capte sûrement les pulsations erratiques et fébriles de mon pouls. Je relève les yeux vers elle, piteux, comprenant aussitôt qu'elle sait.

« Depuis quand t'es en train de faire cette crise... »
« ... »
« Réponds-moi, vilain. »
« Une semaine, j'crois... Mais c'est rien... ça va. »
« Une semaine ?! Dai, donne-moi ça !!! »

Elle m'arrache mon pétard en devenir.

« Mais !? »
« N'essaie même pas de protester !!! Et où sont les autres ? Pourquoi t'es tout seul ? Tu commences déjà à fuir le domaine conjugal ?! »
« Mais non ! »
« Je te confisque ça. T'as pris tes médoc ? »
« Tu sais qu'ils me mettent mal... ça va passer tout seul... »
« Mais ça fait une semaine !!! Je sais même pas comment tu fais pour tenir debout ?! »

Agacé et en même temps bizarrement touché par la sollicitude – ou les réprimandes – de mon amie, je fais la moue.

« C'est la volonté du cosmique, dude ! »
« Tu vas voir ce qu'elle va te faire la volonté du cosmique... Elles sont où ?! »

Attrapant mon sac, elle se met à farfouiller dedans.

« Tiens, c'est ça ? »
« Mais arrête !! » beuglé-je, outré.
« Ton mari est au courant ? » riposte-t-elle, sans pitié.
« Qu-...Non !! Laisse-le en dehors de ça. C'est pas important ! » Soufflé-je brusquement très bas, de peur que quelqu'un entende.
« Si tu les prends pas, là, devant mes yeux » Menace-t-elle en soufflant de la même façon que moi – à ceci près qu'elle me fusille la face de ses iris caramel. « J'vais le lui dire, et alors peut-être qu'il aura des arguments plus efficace que moi. Bon sang, Dai ! C'est ta santé, c'est important ! Mais t'es pas fichu de prendre soin de toi, tu m'fatigues ! »

Bondissant presque sur elle pour lui plaquer une main sur la bouche, j'écarquille les yeux de stress. Mais c'est qu'elle va alerter tout le quartier !!

« Ok ! »

La relâchant, j'attrape le tube de pilule qu'elle a déniché lors de sa fouille sauvage et en retire deux petites billes blanche avant de le ranger. Bonjour le stress. Je suis cerné ou quoi ?! Je fais claquer ma langue, mécontent, avant de gober ces saletés en la dévisageant fixement. Moi qui voulais juste me détendre un peu...

Le médicament roule sur ma langue, dévale ma gorge dans une déglutition. À ma grande surprise, Yue me prend alors dans ses bras. Tout doucement, enfouissant ma tête sur son épaule, ses doigts perdu dans mon dos et sur ma nuque, elle se met à me dorloter.

« Je suis désolée... » murmure-t-elle. « Je sais que c'est pas marrant mais faut que tu penses à toi, aussi... »

Je me pince les lèvres. Je sens mon cœur vaciller sous cet assaut d'affection inattendu. Je sens mes yeux se gorger d'une peine liquide, étouffante et sournoise... Celle-là même que j'essaie de refouler depuis... Depuis deux ans, en fait...

Un sanglot éclate. Je m'agrippe à elle, cherchant à profiter d'un peu de réconfort tant que c'est encore possible. Mais très vite pourtant, un nouveau malaise incarné s'invite dans les parages...

« Merde ! Mais Daiki ? Tu pleures ?! » La voix de Dan tranche l'air, m'arrachant un hoquet de surprise. « Qu'est-ce que tu lui as fait Yue ?! »

« SHH !!! Ferme-là, Dan ! Ou sinon je vais te faire la même chose ! » Déclame-t-elle en brandissant un poing, me préservant contre elle de son bras libre.

Cette fille, c'est vraiment une maman louve. Parfois, je me dis que j'aimerai juste me transformer en louveteau et tout oublier contre son sein. Dommage que ça soit pas possible, malgré tous les progrès de la science. Mon cerveau se met à réfléchir à toute allure.

« Elle a confisqué mon joint, mec... » Reniflé-je en pouffant nerveusement, essayant de faire front, m'essuyant la face sans oser relever les yeux, de peur de croiser... ton regard. « Imagine le câlin et la punition en même temps. J'ai craqué, forcément. »

Oui... Je suis ridicule et je suis qu'un fichu émotif... et je suis irrécupérable. Je sais...

Le regard baissé, je me relève avec Yue en ravalant ma salive, puis m'époussette les fesses avec une moue suspendue sur le faciès.

« En fait... j'crois que je vais retourner au Konbini... J'ai besoin de marcher. Désolé pour la vision horrifique... Je vous laisse décharger les trucs, je vous revaudrai ça. »

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Shôji Mikami
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le Mer 18 Sep - 8:33
par Shôji Mikami

ft. Daiki Mikami


Ta réaction sonne tellement faux, Daiki. Aussi faussement que mon civisme de façade. Tu me regardes même pas... Je me pince les lèvres, me sentant fautif alors que j'ai rien fait, rien demandé moi. Pas besoin de chercher cent sept ans ce qui te perturbe. Il se trouve à ma gauche, quelques mètres plus loin, lui et son air nonchalant. Essaye pas d'me faire avaler des couleuvres hein : t'arrêtes pas de le regarder. Tes yeux semblent presque irrésistiblement attirés dans sa direction à chaque fois que tu balances un semblant de regard panoramique. C'est limite vexant. Si je n'étais pas venu te confronter il y a quelques mois, je n'aurais sûrement pas compris d'ailleurs. Peut-être même aurais-je été bêtement jaloux. Sauf qu'aujourd'hui, je sais. Même si je t'ai expliqué les faits, toi tu sais aussi... Pourtant, c'est évident que la blessure, elle est encore fraîche dans ton cœur.  

Devant ton refus premier, je me sens parfaitement impuissant. Désœuvré, mes bras retombent mollement le long de mon corps. T'as déjà refusé la proposition de Dan y'a pas deux minutes, donc c'était plutôt prévisible, mais... Mais j'ai besoin de m'occuper les mains, de me sentir utile là. Pas de faire la potiche pour tes potes ! Déçu, le cœur rongé par la culpabilité, je ne vois pas venir ton virement de bord.

« Oh, quoique. Tiens, voilà. »
« Hein ?! Mais- » Voilà que j'hérite de ton carton finalement. Je le rattrape de justesse, cillant d'un air perdu quand tu m'informes de sa destination finale. « Euh... D'accord. »

Je crois qu'il vaut mieux que j'arrête d'essayer de réfléchir en fait. Ça ne me réussit pas. Puis bon, ça va bigrement m'arranger, cette retraite temporaire dans notre chambre. Les nerfs à vif, les muscles tendus, j'ai clairement besoin de me détendre un peu. Aussi, disposé à m'exécuter sans demander mon reste, je demeure toutefois troublé par ton compliment. Sorti de nulle part, lui aussi. A croire que tu aimes me surprendre aujourd'hui. Une coloration timide réchauffe mes joues, me fait presque bégayer.

« Eum... Merci. Bonjour, oui... » me répété-je gauchement.

Si mon palpitant frémit, mon cerveau bug, lui par contre. Incapable de te rendre la pareille, je te fixe, cherchant un signe quelconque de ton ressenti intérieur sur tes traits. Et si je ne suis pas en capacités de décrire si c'est de la colère, du stress ou de la peine, qui fait fébrilement tressaillir tes lèvres, je sens cependant une nouvelle fois que ça ne va pas, tout ça. Même si tu l'admets pas. Non, toi, tu préfères faire le fort avant de prendre l'air. J'peux pas t'en tenir rigueur, d'ailleurs. A ta place, j'aurais fait la même. J'donnerais d'ailleurs tout pour t'y rejoindre, dehors. Moi aussi, j'ai besoin d'air d'un coup...

Mais t'en as décidé autrement, en témoigne ce carton volumineux que je maintiens à bouts de bras. Aussi j'me retrouve là, comme un con, planté au milieu de notre salon et entouré de quatre mecs qui ont chacun plus ou moins de raisons de m'en vouloir. Un vent de panique souffle dans mon cœur et je déglutis, pouffant ensuite d'un rire stressé avant de reprendre plus fermement mon paquet en mains.

« Eh ben... Vous l'avez entendu, hein ? Faites comme chez vous, les gars... »

Mais pitié, ne restez pas trop longtemps, j'en peux déjà plus ! pensé-je malgré tout très fort, en faisant instinctivement volte-face en direction de l'escalier en colimaçon. Les bras chargés, je suis un bien piètre hôte car non, je ne me préoccupe absolument pas de mes invités. Si les circonstances avaient été différentes, j'aurais sûrement agi autrement... Mais aujourd'hui, c'est pas simple de garder la face. Au loin, j'entends Atsushi et Kô leur taper la causette de leur côté. Sympathiser même, peut-être. Va savoir !

Pour l'heure, j'ai quelques difficultés à monter mon précieux à cause de la montée tournante de l'escalier. Ç’aurait été tellement plus simple de mettre un escalier droit à la place, ou encore un à quart tournant, comme à l'extérieur ! Mais non ! Evidemment, on a voulu me compliquer un peu plus la vie qu'elle ne l'est déjà ! Ah, heureusement l'arrivée au sommet se fait plus ou moins rapidement, me permettant de souffler un bon coup en posant le carton au sol. J'en profite pour m'asseoir sur le lit défait, mes yeux analysant intensément ledit carton. Je suis piqué de curiosté. C'est pas bien grave si je jette un coup d'oeil, hein ...? De toute façon, le sommet du carton est ouvert. C'est un signe ! Alors, inévitablement, je finis par l'ouvrir discrètement. Indirectement, ça me permet de gagner un peu de temps aussi, que de fouiller dans tes affaires. Enfin « fouiller », c'est vite dit. Disons plutôt que je m'occupe l'esprit. Et que peut-être, indirectement, je cherche à rattraper le temps perdu via tes affaires. Que je cherche ce que tu m'as empêché de voir de ta vie...

En fait, je sais pas vraiment ce que je cherche. Je trouve diverses choses, la plupart que je n'avais jamais vues dans ta chambre de Shinjuku. Cependant, dans ce bric-à-brac, il y a une chose qui attire mon regard. Une seule. Ta fameuse magic-8-ball. Un flot de nostalgie m’inonde le cœur à la découverte de cet objet. Alors comme ça, tu l'as encore... Ça m'avait fait bizarre la première fois où je l'avais découverte dans ta chambre, mais pas vraiment surpris d'apprendre que tu l'utilisais souvent, cette fameuse boule, quand une question « de la plus haute importance » qui te tourmentait. Demi-sourire. Je vis décidément trop dans le passé...

M'humectant les lèvres, j'hésite. Un instant, je regarde bêtement autour de moi, quelques fois que quelqu'un m'espionnerait... Puis je me décide à m'en remettre au pouvoir de la boule.

« … Est-ce que Daiki est fâché que Kô soit ici ? » je murmure, secouant la sphère en fermant fort les yeux. Puis je les rouvre.
« Sans aucun doute. »

Je contiens un couinement de lamentation, me décidant à poser une autre question, me laissant prendre au jeu.

« Est-ce que... Je vais réussir à lui pardonner un jour ? »
« Essaye plus tard. »

Je fais la moue, interprétant cette réponse comme un « oui » lointain, qui me semble somme toute assez logique. Je sais pas comment pour l'instant, mais peut-être que j'y arriverais un jour, oui... A l'instant où j'allais ranger la fameuse balle, une dernière énigme me vient, plus gênante celle-ci. J'hésite, ayant à la fois peur de la poser, mais aussi la sensation d'être complètement ridicule de m'en remettre aux prédictions d'un vulgaire jouet !... Wait, attends voir, c'est pas ce que je viens de faire deux fois déjà ?! Bah, perdu pour perdu, hein... Je marmonne la dernière, sur un timbre plus bas encore.

« … Est-ce que ce mariage va bien se passer ? »
« Pas d'avis. »

Je ravale un grognement en plongeant la boule dans son antre de carton, l'air un brin contrarié. « Pas d'avis », « pas d'avis » ! J't'en foutrais du « pas d'avis »! Cependant j'ai pas franchement le temps de me conforter en plaintes internes que j'entends du bruit. Enfin, disons, plus de bruits que je devrais en percevoir. C'est suspect. A l'extérieur, des gens crient. Je crois y déceler ta voix. Fronçant les sourcils, je passe la tête par-dessus la rampe pour interpeller les gars en bas. Force est de constater qu'aucun de mes quatre mousquetaires ne manque à l'appel. Un instant, je suis soulagé que tu ne sois pas en train de te crêper le chignon avec Kô... Mais si c'est pas avec lui, avec qui tu es en train de t'embrouiller au juste ?

« Eh, il se passe quoi ? » interrogé-je, un brin anxieux de ces voix dont je ne distingue aucune parole intelligible de là où je suis.

L'un d'entre eux se tourne vers moi, haussant les épaules d'un air interdit. Tes potes finissent par sortir, les miens restant perplexes. Pour ma part, à peine ai-je eu droit au haussement d'épaules de Riki que je descends les escaliers aussi vite que possible. Une fois au rez-de-chaussée, j'interroge Atsushi du regard ; note qu'il ne comprend pas plus que moi de quoi il en retourne. Aussi, après une seconde de flottement – et après avoir manqué de bousculer Cookie dans mon incertitude –  je rejoins ta bande à l'extérieur, quand bien même j'ai l'air peu assuré. Ça tambourine dans mon buste, à grands coups d'appréhension... Jusqu'à exploser aux premières paroles de Dan, assistant à la scène que je ne vois pas encore aux premières loges.

« Merde ! Mais Daiki ? Tu pleures ?! » Quoi?!

Quoi ?! Mon sang ne fait qu'un tour, que je me précipite pour vous rejoindre finalement. La mine alertée, je me poste aux côtés d'un Dan qui se fait menacer pour une fille. Et je te vois là, à pleurer dans les bras de cette nana dont le visage m'est familier... Je plisse les yeux un quart de seconde, jusqu'à la replacer. La cuisinière du yatai ! Mais qu'est-ce qu'elle fout là? J'ignorais qu'elle faisait partie de tes amis, mais bon, ça ne devrait pas me surprendre en vérité. Ce qui m'ébranle plus toutefois, c'est de te voir là, pleurer à chaudes larmes... Dans les bras de quelqu'un d'autre. A cette vision douloureuse, j'ai la sensation poisseuse d'être un acteur à succès à qui l'on aurait refourgué le rôle de figurant. Ça pique, m'affecte, de te voir dans cet état.

Muet, un nœud se forme dans ma gorge, mes poings se crispant quand tu nous sors tes excuses à dix yens. L'air sincèrement contrarié, j'y crois pas une seule seconde, moi, à cette histoire de joint confisqué. Ou peut-être - et tant mieux en un sens - , mais dans ce cas, ça ne peut pas être ça qui t'fait pleurer. Faut arrêter de nous prendre pour des truffes aussi! Dans mon dos, les gravillons crissent, mes amis se plantant derrière nous, tous penauds. Mais je n'en ai cure, trop préoccupé de te voir aussi mal.

Dis, c'est ma faute encore ?... Celle de Kô ?
Dis-moi, Dai... Pourquoi tu pleures ?
Explique-moi... Pourquoi mon cœur continue de saigner quand je vois tes larmes...?


Finalement, notre présence inutile aidant, tu te remets un peu. Tu te relèves piteusement, te sépare enfin d'elle. Moi je ne dis rien, passant nerveusement ma langue contre mes dents. Je sais pas trop quoi dire, ni même si j'ai le droit de dire quelque chose. Y'a trop d'monde, j'me sens pas à l'aise. Je sais juste que j'aime pas te voir dans cet état... Que j'aimerais pouvoir y faire quelque chose, même si c'est pas énorme... C'est là que j'entrevoie une issue lorsque tu annonces que tu vas aller au konbini. Encore ? On n'a pas assez de vivres peut-être? J'ai maté le frigo, t'as pas fait que deux-trois emplettes non plus tout à l'heure: ça n'est pas supposé être nécessaire. Cependant, c'est l'excuse qu'il me fallait. A peine te mets-tu en route que je t’emboîte le pas d'un air décidé.

« Je t'accompagne. » annoncé-je.

C'est sans appel, et c'est pas la fille aux yeux caramel qui arrivera à m'en empêcher, contrairement à tes potes qu'elle retient fermement. D'ailleurs, à peine ai-je fait quelques pas que je me fais retenir à mon tour. Stupéfait au premier abord, je me renfrogne, me tourne vers le trouble-fête concerné sans réel envie.

« Wow, t'es sérieux, mec ? Tu vas nous planter là, comme ça ? »

Sourire crispé à l'intention d'Atsu. C'est qu'il commence à me courir sur le haricot aujourd'hui... Il peut pas me laisser de l'air genre cinq minutes ?! Je dégage mon bras de sa poigne et commence à te suivre, étant donné que t'as pas l'air spécialement décidé à m'attendre bizarrement. Un dernier regard à Atsushi tout en reculant dans ta direction sur cette cour chaotique.

« Bah oui. Vous êtes tous adultes, aux dernières nouvelles. Alors vous arriverez à vous occuper d'ici à ce qu'on rentre des courses, j'ai une pleine et entière confiance en vous ! Et de toute manière, j'ai des trucs à acheter, moi aussi. » conclus-je, face à un Atsushi qui ne l'entendait pas de cette oreille.
« Ah vraiment ? Et on peut savoir ce que tu comptes acheter, précisément ? » maugrée-t-il. Je claque de la langue, exaspéré. Tu sais très bien ce que je vais acheter...
« C'que j'veux, mon pote. Ça t'regarde pas. J'suis chez moi ici ! »

Sentant venir une nouvelle pique bien sentie, et surtout qui risquerait de me mettre un peu plus mal encore, je décide de couper court à ce semblant de conversation, m'en retournant avant de taper un sprint jusqu'à l'autre bout de la courette pour te rejoindre. Là, j'réfléchis pas et je chope ton bras, t’entraînant à ma suite à droite. Je sais même pas si j'suis parti dans l'bon sens pour aller vers le konbini en vrai, tant j'étais dans l'urgence de la situation. Il aurait plus manqué qu'Atsu te vende la mèche, comme ça, au milieu de tout le monde...! J'l'aurais pas supporté.

Alors je cours, je cours, pendant un bon petit paquet de mètres encore, à cause du shot d'adrénaline que mon pote m'a insufflé avec ses mises en garde à peine voilées. Les poumons brûle, la chaleur se diffuse dans mon organisme. J'ignore tes tentatives de rejet si tant est que tu en aies fait. Puis une minute plus tard, après m'être assuré que personne ne nous suivait en regardant par-dessus mon épaule, je finis par ralentir le pas, jusqu'à nous stopper. Tout essoufflé, la respiration erratique à cause du stress et le front perlant légèrement de sueur avec cette chaleur, je te relâche doucement, prenant le temps de reprendre un peu mes esprits.

« Désolé... J'en pouvais plus, moi non plus... J'avais besoin d'air. »

J'me pince les lèvres, constatant qu'il n'y en a vraiment pas un pour rattraper l'autre en termes d'hospitalité. Mais tant pis. On sait que depuis la veille qu'on est mariés, normal qu'on ait les nerfs en pelote et la larme facile, surtout vu notre passif...  

Un soupir lourd s'extrait des tréfonds de ma gorge, mes épaules s'affaissent. Silence qui s'étire, un brin embarrassant. Par où commencer ? J'sais même pas si tu vas tolérer ma présence en fait. T'avais besoin de marcher et moi j'me suis incrusté, tel un vulgaire parasite, une tique accrochée à ta nuque et pas décidée à en descendre. Si ça s'trouve c'est sur moi que tu vas crier cette fois, me sommant de retourner avec les autres. Et puis, tant pis, faut bien commencer quelque part. Timidement, je finis par lever les yeux vers ton minois parfait.

« … J'savais pas que t'étais pote avec la fille du yatai. Yui, c'est ça ? Yue ? »

Dis, à elle aussi, tu lui as raconté que je suis le gros vilain de ton histoire ? Le vilain Shôji volage qui joue double-jeu entre deux mecs de son entourage. Ouais, j'l'ai encore en travers de la gorge celle-là, en fait. Même maintenant, ça m'fait mal de m'dire que malgré tous tes beaux discours sur l'amour, la confiance et tout l'bordel, t'as pas été fichu de les appliquer, ces principes auxquels j'adhérais tant. Si ça s'trouve même, c'est toi qui jouais double-jeu pendant tout ce temps, et ça t'a bien arrangé de me faire porter le chapeau pour pas t'en sentir coupable, pour pouvoir aller butiner où bon te semblait sans plus avoir de scrupules. Frisson d'effroi à ces tristes pensées. Non, la hache de guerre n'est pas enterrée... Juste camouflée sous une fine couche de poussière. Fais gaffe, Dai. On est en plein dans la période des typhons. Alors dieu sait que du vent, y'en a assez pour la soulever, cette couche de poussière...

Je passe nerveusement ma langue sur mes lèvres après ta réponse, acquiesçant mollement.

« J'peux savoir pourquoi vous vous engueuliez au juste ? Ah, et m'ressors pas ton excuse bidon, s'il te plait... » Repérant quelque chose, au coin de ton oeil, ma paume s'élève vers ton visage. Mon pouce s'en va recueillir une larme orpheline, que tu avais oubliée lors de ta fuite. Maigre sourire, peiné. « On sait tous les deux que tu pleurerais pas pour un joint qu'on t'aurait volé... Il s'est passé quelque chose avec elle ? ... Ou il y a autre chose ? »

Ma paume descend, chute jusqu'à s'arrimer tout doucement à ta nuque, si chaude. J'approche d'un pas, mes yeux s'arrimant plus franchement à toi. Car je veux connaître la réponse, quand bien même elle pourrait être amère, difficile à entendre... J'ai beau faire le bonhomme là, devant toi, intérieurement, je la ramène pas trop. Parce que j'ai beau vouloir savoir... Je crève quand même de peur de ce que tu vas me dire.

« Dis-moi... » Je murmure, presque sur le ton de la supplique. « …C'est ma faute ? » Micro-pause. Puis je risque, d'un ton un peu plus fébrile encore. « … Celle de Kô ...? »

Plus moyen de revenir en arrière maintenant...
Tant que tu me réponds pas un truc genre « Pas d'avis », ça devrait passer.


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Daiki Mikami
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le Jeu 19 Sep - 15:30
par Daiki Mikami

Back to reality

Encore tout empêtré dans mes émotions, le poids de la peine alourdissant chacun de mes membres et pulsant dans mon ventre : oui je fuis. Oui, j'ai besoin de disparaître. J'ai besoin de marcher, penser à autre chose. J'ai besoin d'oublier tous ces regards jugeant mes réactions, mes larmes, mes sentiments. Se retrouver à cœur ouvert, exposé aux yeux de tous, c'est pire que tout. Et je regrette déjà de m'être laissé aller si faiblement dans les bras de Yue. Je regrette d'avoir offert ce spectacle. J'ai honte. Encore plus après avoir surpris ta présence, au milieu de celle des autres.

Quand tu déclares ton intention de m'accompagnes, je réponds pas. Une angoisse se plante dans le fond de ma gorge, je me contente de presser le pas, sans plus regarder personne, indifférent aux éclats de voix que je peux surprendre. Pourquoi il voudrait me suivre ? Me susurre une petite voix intérieure, déprimée. Il veut des explications, peut-être ? Il veut comprendre pourquoi je sais plus retenir mes larmes ?

La triste amertume que voilà. D'ores et déjà rongé d'appréhension, je m'attendais absolument pas à sentir des doigts se lier à mon bras. Encore moins à ressentir l'urgence, devoir m'y plier, me mettant à courir comme un idiot derrière toi, sans rien comprendre.

Notre cavalcade sauvage brise le fil de mes pensées. Pendant un moment, je ne vois que ton dos. Je ne ressens que ta main et le tressautements qu'exerce mon pouls. Ça me serre encore le cœur, bêtement. Terriblement.

Une fois qu'on s'arrête, complètement paumé, j'ai une peine fou à recouvrir mon souffle. L'air allant et venant erratiquement gonfler mes poumons, je m'affaisse un peu, le visage rougit et le bout des fesses posées contre le mur le plus proche, les mains sur les genoux. Sensation d'étouffement, les poumons qui vont bientôt sortir de ma bouche tellement mon cœur bat vite, je plisse les yeux en les remontant vers toi.

« S'il te plaît... » Je parviens à articuler, battant des cils. « Attends une minute... »
« Désolé... J'en pouvais plus, moi non plus... J'avais besoin d'air. »

Les médocs font pas effet si vite. Il y a des petites étincelles qui passent devant mes yeux à cause du manque d'oxygène. Le silence qui suit aura au moins l'avantage de me faire récupérer un peu tandis qu'en moi, les questionnements refont surface : Pourquoi tu m'as suivi...? Je comprends toujours pas. Je comprends rien. Je comprends juste que je suis pas bien, que j'ai pas envie de retourner là-bas.

« … J'savais pas que t'étais pote avec la fille du yatai. Yui, c'est ça ? Yue ? »

Une inspiration, je me redresse, me décollant enfin du mur.

« Yue... Bien sûr que c'est ma pote... C'est ma maman louve personnelle... »

Je hausse les épaules, encore un brin essoufflé, les yeux chutant sur nos pieds, pensif. Forcément, bosser ensemble pendant des années ça tisse des liens. Et ceux que j'ai avec elle sont plutôt solide, maintenant. Surtout depuis ce qu'il s'est passé il y a trois mois... D'ailleurs. Pourquoi cette scène m'y fait bizarrement repenser ? Je me surprends à être sur le qui-vive, brusquement, lorsque ton pouce s'en vient recueillir une larme au coin de mon œil. Qu'est-ce que tu vas me sortir cette fois ? Si je te dis le fond de ma pensée ? Des trucs injuste encore ?

Je renifle, essaie de ne pas frissonner sous le contact de tes doigts tiède, filant dans ma nuque. Tes mots me font relever les yeux vers toi, lentement, gravement. Qu'est-ce que tu veux savoir... La raison pour laquelle on s'engueulait ? Ou la raison pour laquelle je pleurait...? Avant de laisser filtre une quelconque réponse hors de mes lèvres, je te regarde ainsi, longuement. Je voudrais me canaliser. Je voudrais être plus fort, ravaler mon envie de pleurer idiote ou encore cette autre, plus sournoise, qui cherche à me pousser dans tes bras pour y chercher un réconfort que t'es probablement pas enclin à offrir.

Il me faut prendre plusieurs grandes inspiration pour finalement parvenir à te répondre... Mais entre choisir d'exprimer la raison de mon engueulade avec Yue, et la raison de mes larmes, le choix est vite vu... Il y en a qu'une que tu pourras entendre aujourd'hui. Pas les deux.

« Tu veux savoir pourquoi je me suis mis à pleurer comme un idiot..? C'est parce que je comprends pas.. » commencé-je prudemment, d'une voix bizarre. « Je comprends pas pourquoi t'as décidé de me faire subir ça dès le premier jour. »

Nerveusement, absolument pas à l'aise, je me pince brièvement les lèvres en déglutissant, soutenant ton regard du mieux que je peux.

« Pourquoi... Même après tout ce temps, ça doit être encore Kô ? Pourquoi c'est toujours lui ? » La voix qui voudrait s'enflammer... Qui ne parvient juste qu'à se fêler misérablement dans ma gorge. « P-Pourquoi, même après tout ce temps, tu te démerdes toujours pour me donner le sentiment d'être le second ? Hein ? Même maintenant... Même maintenant, qu'on a enfin une autre chance, que je pensais niaisement pouvoir passer au-dessus de tout ça, il est là... »

Je sens les yeux recommencer à me brûler. Je sens ma peau me brûler. Tout mon corps me brûler. De peine, de peur et de désir mêlé.

« J'ai bien capté que t'avais une dent contre moi. Mais ce matin je... Je voulais  juste... quand même... Essayer de repartir sur de bonnes bases... C'est un crime, c'est ça ? »

Dis-moi. Je suis là, suspendu à tes lèvres, même j'ai bien conscience qu'elles pourraient encore me mettre à terre, comme la dernière fois. Même si tu pourrais encore te détourner, ne plus vouloir m'entendre et me montrer ton dos, sourd à ma détresse...

« Je le supporte pas, mec... » La voix qui chevrote, je répète : « J'te jure que je le supporte pas... T'as pas l'air de réaliser tout le mal que vous m'avez fait tous les deux... Même sans le vouloir... »


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Shôji Mikami
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le Ven 20 Sep - 2:16
par Shôji Mikami

ft. Daiki Mikami



Un silence s'instaure, pesant. Ambiance lourde à en crever... Que les températures grimpantes n'aident pas à apaiser. Heureusement qu'il y a ce léger vent frais, pour agiter quelques mèches indisciplinées dans ma nuque.

Pourtant je demeure, inébranlable ou presque. Je ravale ce nœud anxieux qui obstrue mes voies respiratoires, le contient tant bien que mal. Et toi ? Tu ne pipes pas mot suite à mes interrogations, tu ne cilles même presque pas. Tes émeraudes me sondent si intensément que je pourrais presque croire que tu essayes de me parler avec elles. Navré, Daiki, je suis pas devenu télépathe en deux ans... Je camoufle cette touche d'ironie piquante sous ma langue, comprenant bien que c'est pas le moment. Dans tes yeux, c'est un mélange poisseux que je distingue, qui fait tressauter aussi discrètement que possible les traits de ton visage. Derrière ta tristesse marquée, je vois de la rancœur, de la colère... Qui menace d'exploser d'une seconde à l'autre ; ne me rend guère confiant quant à la tournure de la discussion à venir.

Et quand ça pète, grand dieu que j'étais pas prêt !

Là où je tournais soigneusement autour du pot, de peur de te blesser avec quelques paroles déplacées, toi tu n'y vas pas avec le dos de la cuillère ! Ah non, t'y vas plutôt à grands coups de rangers dans la gueule ! Tu l'as bien remarqué, que toutes ces questions insidieuses, c'étaient par rapport à ton écart d'émotivité. Aussi je déglutis fébrilement, les muscles de mon dos saillant sur la défensive, me préparant d'avance à ce que je vais me prendre en pleine face. Léger froncement de sourcils, perdus. Comment ça « ce que J'AI décidé de te faire subir »?! Parce que ouais, il me faut une bonne seconde et demi pour tilter que c'est bien de Kô que tu parles, là, de ta voix toute fêlée par ce qui court, sous la surface.

Évidemment, je ne me sens plus le droit de te toucher, à peine ces invectives balancées. D'autant que je suis pas naïf : c'est que le début. Alors un peu maladroitement, mes doigts quittent leur ancrage dans ta nuque pour retomber contre mon jean. Bien que je n'ai pas demandé cette situation, je me retrouve bien penaud devant toi et ta peine. Ma tête rentre légèrement entre mes épaules, tandis que je soutiens ton regard blessé du mieux que je peux. La suite est plus corrosive cependant, me coupe le souffle. C'est comme si tu venais de me planter un poignard en plein cœur, celui-là même qui peine à battre normalement depuis que tu l'as brisé, quelques mois plus tôt. Mes traits se tendent, ma pomme d’Adam roulant lentement dans mon gosier.

T'es tellement injuste avec moi, et le pire... C'est que tu t'en rends même pas compte.

Tu réalises même pas que tu m'avoues encore une fois ton manque de confiance envers moi. Même maintenant qu'on est pieds et poings liés ensemble par le destin, tu trouves encore le moyen de m'atteindre... C'est dingue... Tellement dingue d'être accro à quelqu'un comme ça. Mes glandes lacrymales en feu et mes sinus irrités à force de contenir ce que je tente de cacher, je ne cille toutefois pas. Mes yeux perdurent, obstinément plantés dans les tiens, tandis que mes phalanges craquent, tant je serre les poings.

Mais malgré ma colère interne, je suis pas assez égoïste pour ignorer que ces mots, tu les envoies comme un cri de désespoir. Ton corps, ton être tout entier m'intime que tu crois dur comme fer à ce que tu dis... Que t'es aussi fragile que du cristal en ce moment. Ou sinon, tu joues sacrément bien la comédie ! Alors j'essaye de me mettre dans tes baskets, un peu, ignorant ma propre peine.

« Je voulais  juste... quand même... Essayer de repartir sur de bonnes bases... C'est un crime, c'est ça ? »
« Non... » répondis-je instinctivement, presque du tac-au-tac, de ma voix toute faible.

Je nie du chef pour confirmer ma pensée. Bien sûr que non... Et j'continue de nier, quand tu finis par admettre clairement que tu peux pas l'voir en peinture, que j'imagine pas à quel point on t'a fait souffrir, avec cette scène grotesque que tu n'aurais jamais dû voir. Et puisque tu m'y pousses, je corrobore ton idée sans hésiter, une fois tes lèvres redevenues aphones.

« T'as raison... » Soufflé-je, l'air à demi-éteint, à demi-ébranlé par ces révélations, qu'il me faut maintenant intégrer. « J'crois que... que je réalise pas. »

Parce qu'entre soupçonner quelque chose et l'entendre de la bouche de la personne concernée, il y a toujours un monde. Parce qu'il y avait toujours l'espoir, infime, que je me trompe sur votre animosité réciproque, vu comme tu cachais bien ta jalousie, au tout début. Parce que le temps a passé. Parce que tu t'es peut-être pas embrouillé avec Yue pour ça... Mais aussi et surtout parce que c'est plus simple de faire l'autruche quand on est soi-même blessé, plutôt que d'admettre ses torts.

« Tout comme toi, tu réalises pas non plus... A quel point tu m'as démoli. »

Voix grave, mais brisée. Le mot est choisi à la perfection, pour décrire de la façon la plus concise possible ce que je ressens. Mon regard se floute pour de bon, m'empêchant de te distinguer correctement. J'avale une grande bouffée d'air, remontant le menton en l'air, soucieux de calmer ce flot de larmes qui voudrait s'échapper. C'est pas l'moment de craquer ! J'ai encore trop de choses à dire pour me laisser aller maintenant.

Alors je fais mine d'admirer le ciel, faisant quelques pas sur le côté. Je garde le silence, ne t'écoute pas vraiment si tu réponds. Mes paumes frémissantes finissent par s'imposer sur mes hanches, pour me donner un peu de contenance. Reniflant, je reviens vite me poster devant toi. Basculant à nouveau la tête vers ta personne, ma commissure tressaute d'un sourire en perdition.

« Pou-Pour ta gouverne... Sans ce mec que tu supportes pas... T'aurais jamais eu de seconde chance... Ou plutôt, tu m'aurais jamais rencontré. » annonçai-je d'une voix absente.

J'hausse les sourcils sans force. Comprendra ? Comprendra pas ? Voudra comprendre ou persistera dans sa jalousie maladive ? Mes yeux plantés intensément dans les tiens, je cherche à savoir si le message est passé, si tu as une petite idée d'à quel point je tiens à lui et à quel point je lui suis reconnaissant dans ces circonstances... Et tu me connais, je suis fidèle. Trop même; avec certaines personnes, ça doit devenir un défaut.

Toujours est-il que j'suis pas prêt à te parler de ça, alors j'embraye derechef.

« Je suis désolé... » Pause, mes bras lâchant leur prise pour retomber mollement le long de mes jambes. J'aimerais que tu l'entendes, la sincérité dans ma voix... « J'ai beau ne... Ne pas l'avoir voulu, il n'empêche que tu l'as vu, toi. Que t'en as tiré tes conclusions, que tu t'es fait tes films... Et que tu souffres depuis. »

Dire que j'étais soulagé que tu sois marié et à l'hôpital quand il a fait ça... Car au moins, tu le verrais pas. Tu le saurais jamais. J'aurais voulu en faire un petit secret bien gardé, ou mieux, que ça ne soit jamais arrivé ! Hélas, on fait jamais c'qu'on veut vraiment dans la vie.

« J'ai... une bonne idée de c'que t'as pu ressentir en fait... Ça doit ressembler à c'que j'ai ressenti quand... quand j't'ai vu au bras de Moon... » Un goût amer de trahison. « Ou que j't'imaginais dans le lit d'un autre en général. »

Malgré ma bouche pâteuse, j'avale un semblant de salive. Je t'observe longuement, de ce regard qui semble te dire tout bas qu'on sait tous les deux que ces autres, ils ont bel et bien existé... Contrairement à une quelconque romance entre Kô et moi. Je sais pas par quel miracle je me contiens de le rajouter tout haut, en vrai... Je suis tellement blessé, et en colère, et révolté que tu persistes dans tes scenarii catastrophe, là !  

Mais je suis aussi le mieux placé pour comprendre ta peine...

Peut-être que j'ai juste envie de faire un pas vers toi, moi aussi ?


Ce pas, je le fais d'ailleurs physiquement, nous rapprochant un peu plus. La moue crispée d'émotion, je soutiens ton regard, le cherche si tu m'évites. Parce que ce serait trop simple sinon. Parce que j'compte bien aller jusqu'au bout des choses. Tu sais, c'est pas l'envie qui me manque de te plaquer contre moi, là. De t'enlacer tout fort. Et ça me contrarie, cette dépendance que mon corps et mon cœur ont développé pour toi, là où j'aimerais juste pouvoir te détester comme tu le mériterais... Comme j'en suis pourtant incapable.

Sauf que j'ai une vérité à rétablir.

Ma main plonge dans la poche de mon jean pour en extirper mon téléphone, que je déverrouille.

« Au fait, j'pense que tu devrais prendre connaissance de ça, avant d'continuer à m'accuser pour des trucs que j'ai pas faits, encore. » Ceci dit, je te fourre mon téléphone dans la main, la conversation avec Atsushi t'apparaissant pour que tu juges des faits toi-même. J'attends une seconde, que ton expression ait, peut-être, vaguement changé avant de préciser : « Je ne l'ai pas invité. Atsu l'a réquisitionné pour le déménagement, mais ça s'arrête là... Ça faisait presque deux ans qu'il m'évitait... Tu peux r'garder ma conversation avec lui aussi, si tu veux. J'ai rien à cacher... »

Mes épaules s'affaissent en un profond soupir affligé. Je secoue la tête d'un air peiné, mes yeux brûlant d'émotion ne te quittant pas. Et, lorsque je sens que peut-être, tu te sentirais prêt à réagir, je te coupe (encore) l'herbe sous le pied, annonçant d'un ton ne souffrant d'aucune hésitation :

« T'es qu'un crétin, Daiki Mikami. »

Oui, c'est ce qui s'appelle le cri du cœur.

Et sur cette conclusion, je fais ce que je crevais d'envie de faire depuis tout à l'heure : je t'emprisonne dans mes bras. T'attirant sans la moindre hésitation, je referme mes bras sur toi, d'un air foncièrement possessif. Parce que maintenant, quoi que t'en dises, quoi que les autres en pensent... T'es à moi ; à moi pour de bon, j'espère. Tu portes même mon nom. Tu peux plus m'fuir maintenant. Alors non, ce câlin n'a pas la même saveur que nos dernières « étreintes ». Il mérite bien son nom, je dirais. Je ne me soucie même pas du devenir de mon téléphone dans cette histoire. Tant pis si tu le lâches, tant pis si tu l'envoies valser... C'est bien le cadet de mes soucis !

Le souffle secoué d'émotion, je colle mes lèvres contre ton oreille. Les doigts de ma senestre plongent dans ta chevelure, la frictionnent vigoureusement pour témoigner de ma frustration.

« L'seul endroit sur cette Terre où tu te sois retrouvé second pour moi... C'est dans ta tête. Crétin ! » murmuré-je, avec la conviction d'un homme malheureux contre ton pavillon, les lèvres frémissantes d'émotion.

Mon étreinte se resserre ensuite, mes doigts quittant ta chevelure pour ton épaule. Et je te serre, tout fort, si fort... Aussi fort que j'aurais voulu t'étreindre il y a quelques mois de cela, quand je t'ai retrouvé... Quand j'aurais tellement voulu que tu me retiennes mais que tu n'en as pas été foutu.

Je sais, je suis mal placé pour te critiquer dans le fond. Je ne suis qu'un con. Un con affreusement naïf de me laisser ainsi attendrir alors que je suis, au final, la seule victime réelle dans cette histoire, celui qui a fait les frais de ton imagination fertile et de ton manque de communication. Mais l'espace de quelques minutes, je peux bien mettre de côté ma rancœur, au profit d'une trêve salvatrice.

Mon nez plonge entre tes mèches, mes narines s'abreuvant de ton odeur retrouvée. Je suis ému. C'est si dur et si éprouvant tout ça que, malgré l'envie irrésistible de craquer, je me contiens en un gémissement plaintif... Et quelques tremblements fébriles.

Daiki, quand est-ce que tu vas comprendre que je ne cherche pas à œuvrer chaque jour à ton malheur ? Je ne suis pas ton ennemi...


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Daiki Mikami
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le Ven 20 Sep - 20:09
par Daiki Mikami

Back to reality

Je cille, me mord les lèvres, avec l'impression d'être en apesanteur quand tu commences à me répondre. Tu crois que je remarque pas ta colère ? La peine qui filtre dans tes prunelles à la fixité absolue ? J'ai l'esprit qui voudrait quitter mon corps tant ça me remue l'âme, tout ça. Tant ça me fait peur, tant c'est terrible et terrifiant !

Peut-être que mes mots t'ont blessé par leur franchise. Mais maintenant, attendre une réaction de ta part me stresse comme un fou. Et c'est pis, quand le  tant est si bien que j'me sens obligé de m'appuyer contre le mur lorsque tu .

« Tout comme toi, tu réalises pas non plus... A quel point tu m'as démoli. »

Et plus je t'écoute, plus le couteau se remue dans ma plaie, et plus mon visage se referme, plus ce truc noir et détestable enfle en moi. Qu'est-ce que tu racontes ? Il s'est passé un truc grave ? Inquiétude. Vague. Abstraite. Sentiment que t'essaie de rendre sa présence légitime. Hormis ça. Hormis cette phrase, qui me remue beaucoup trop, finalement, tout ce que tu dis, ça sonne faux. C'est comme décrire l'existence d'un Iceberg par la seule pointe qui ressortirait de l'océan. Alors quoi ? Tout le reste n'existe pas ? C'est dingue comme t'es incapable de retracer le fil des événements, en fait. T'es bloqué sur cette période d'absence et de manque, comme si le reste n'avait jamais existé. Je le réalise quand tu t'imagines que je ne parlais que du baiser avec Kô. Comme si c'était juste ça mon problème ! Mais c'est pas ça, mec. Ça c'était juste la goutte de trop, en plus de celle dont m'avait abreuvé Teru, sur vôtre soi-disant colocation. La vérité, c'est que c'est pas que lui ! Mais la situation ! Les souvenirs ! Les détails ! Les faits ! La façon dont tu t'es amusé à souffler le chaud et le froid avec moi, pendant des mois, toujours le cul entre deux chaises, toujours à semer le doute dans mon cœur, me rendant dépendant de l'espoir que tu m'offrais, parfois, sur l'oreiller, sans jamais savoir aller jusqu'au bout des choses ! Lui ? Combien de fois il s'est incrusté entre nous ? Combien de fois nos plans sont tombés à l'autre à cause de lui ? T'as pas eu besoin de l'avouer, même à l'époque je savais déjà qu'il y avait un truc entre vous. Je l'ai deviné dans la façon qu'il avait de te regarder. Dans cette lueur pleine d'espoir et d'amertume qui brillait au fond de ses yeux. Et tu sais le plus drôle, c'est que j'avais la même lueur pour briller parfois au fond des miennes, quand je me regardait dans la glace, en essayant de me rassurer...

J'aimerai te hurler tout ça. J'voudrai que tu comprennes enfin. Pour en finir avec tout ça, une bonne fois pour toute. Parce que j'en peux plus... J'en peux plus de tout ça... J'en peux plus de me sentir coupable des trucs que tu déformes ! Tu peux m'accuser d'avoir menti. Oui. C'est la seule chose dont je suis coupable dans le fond ! Parce qu'à part t'avoir trop aimé, avoir essayé de revenir vers toi, à chaque fois, comme le dernier des abruti, non, j'comprend pas ce que tu peux avoir contre moi ! Tout comme au final, je comprends pas pourquoi tu m'as parlé d'attentes, hier. Ni pourquoi t'es venu me faire cette scène il y a trois mois... Pourquoi tu me fais me sentir coupable. Est-ce que ça t'amuse ? T'as besoin de ça en fait, me rendre coupable ? Mais je pouvais pas savoir que tu serai infichu de passer à autre chose, moi, en te laissant au nom du mariage ! C'est précisément pour te permettre de te résigner et m'oublier, que je l'ai fait. Et ça me brise le cœur, parce que je t'ai jamais demandé de m'attendre ! Je t'ai jamais rien promis ! Jamais j'aurai osé ! D'ailleurs quel genre de type espère toujours après quelqu'un qui a été marié par l'Incontestable ?! Mec, pourquoi tu t'es fait ça ? Pourquoi c'est ma faute ?

Bien sûr que t'as eu mal... Bien sûr que c'était affreux. Ça oui, je le comprends, et ça me fendille intérieurement, de saisir que tout ceci aurait pu être évité, si seulement les choses n'étaient pas déjà ce qu'elles étaient, entre nous. Mais je suis humain. Moi aussi j'ai mes limites, bien qu'elles soient probablement plus difficile à atteindre que d'autres, parce que je suis un gros neuneu sensible. Mais t'as pas le droit de m'accuser. Elle est là, l'injustice. Et quoi que t'en dise, t'aurai pu venir me trouver quand j'étais censé être marié avec Mina, si tu m'aimais autant, comme tu l'as dis – si tard, trop tard, il y a quelques mois. D'ailleurs, pourquoi tu t'es retenu à ce moment-là ? Pourquoi t'as craqué seulement quand t'as découvert que j'étais vraiment coincé !? Pourquoi t'es venu avec des attentes que j'étais incapable de remplir, à ce moment-là ?! J'ai eu beau y repenser un million de fois, je saisis toujours pas... Il doit y avoir un truc qui m'a échappé. Un truc qui fait que c'est plus simple pour toi, sans doute, de considérer les choses sous cet angle, alors que c'est pas toi qui a eu tes espoirs détruits toutes ces années. Toi, t'as simplement attendu en vain.

Je tremble. Je tremble de repenser à tout ça. Pis à la vision des sms, à tes mots, les fameuses explications au sujet de Kô que j'attendais. Mais ce que t'exprime, en vérité, ce qu'il faut comprendre, c'est que t'as récolté ce que tu avais semé, mec, et que derrière, t'es pas fichu d'assumer. Le découvrir maintenant me fait tellement de peine pour toi. Tellement, tellement de peine... J'ose même plus respirer, tant tout ceci est affreusement ridicule et glauque ! C'est quand même pas anodin, bon sang !!? Que les deux gars qui étaient amoureux de toi se soient barrés de ta vie !? Tu t'en rends pas compte ?! Et je me demande ce qui est le pire, tout à coup, puisque t'as osé remettre Moon sur le tapis – comme si c'était pas toi qui m'avais poussé dans ses bras. C'est quoi le pire, Shôji ? Ne coucher qu'avec les mecs qui sont amoureux de toi, tout en sachant que c'est leur donner de faux espoirs ? Ou baiser pour oublier ces mêmes espoirs, sans autres sentiments derrière que le désespoir et le besoin de vouloir juste un peu de chaleur, l'espace d'une nuit ? Effacer toute cette solitude, les doutes et la souffrance qui va avec ?

Mais je dis rien. Là encore. Je laisse le poison et tes reproches se retourner contre moi, sans broncher. Enfouissant tout ça très profondément. Amer. Tellement amer. Je me déteste de penser à tout ça, tu sais. Moi, je voudrais juste ton bonheur. J'ai jamais voulu que tu sois malheureux ! Je voudrais pouvoir t'offrir que mes sourires, comme avant. Et même là, après cette déferlante toxique, tout ce que je veux... c'est toi. Toi et le pardon. Toi et la paix. Une chance. Juste une chance. Si tu savais, seulement, comme mes propres pensées me révolte et me donnent envie de m'assommer ! Je donnerai tout ! Tout ! Tout pour oublier le négatif et ne garder que les rires, les partages, les confidences et les joies, tout ce qui fait qu'au final, nous deux, ça valait quand même le coup... Tout ce qui fait que c'était tellement doux et tellement addictif...

Alors, sans doute que c'est pour ça que je suis incapable de m'exprimer. Sans doute que c'est pour ça que le chagrin recommence à faire trembler mes lèvres. Tant pis. Je crois que je garderai toutes ces idées néfastes prisonnière de mon cœur toute ma vie s'il le faut, parce que j'ai conscience qu'elles pourraient te blesser trop durement, de par leur vérité, si je les laissait filtrer jusqu'à toi. Et je veux pas ça. Dieu sait que j'ai jamais voulu tout ça. Moi, c'est pas grave. J'ai déjà l'impression d'être puni, depuis deux ans. Mais la vérité, c'est que je te veux encore comme un dingue... La vérité, c'est que même aujourd'hui, je veux encore croire qu'un nous est possible. Peu importe la douleur. Je me suis toujours relevé, après tout... Et je sais toujours sourire...

Mais alors que j'allais parvenir à bafouiller un truc probablement incohérent. Ta voix me prend encore par surprise.

« T'es qu'un crétin, Daiki Mikami. »

Revirement de situation. J'en relève piteusement les yeux vers toi, perdu, sentant mon cœur se craqueler et mon estomac se retourner, incapable d'y croire. Et puis alors, tu réagis de la façon la plus merveilleuse qui soit...Tes bras se referment autour de moi, si fort. Si fort qu'une émotion sans commune mesure vient m'agiter l'âme, le cœur et le corps tout entier. Si fort, qu'à cet instant, mes dernières réserves volent en éclat. Si fort que la noirceur s'évanouit pour ne laisser place qu'à de l'amour... L'amour que j'ai pas pu oublier, malgré tout mes efforts. Qui demande pas grand chose pour renaître... Que je suis même prêt à te donner pour un rien, maintenant, tout de suite.

Oui... j'ai complètement fondu en larme. Et oui, je me suis accroché à toi. Complètement éperdu, complètement avide de ta chaleur, la face enfouie dans ton cou, à me presser contre ton corps, à te supplier sans un mot, que tu ne me relâches pas. Et ce secret que tu partages à mon oreille, que j'ai espéré si longtemps pouvoir entendre... Si tu savais comme il me fait l'effet d'être le plus beau des secrets du monde... Il m'agite d'une nouvelle crise de larmes.

Et cela dure pendant un moment infini... Je fini par oublier où nous sommes. Je fini par n'avoir plus conscience que d'une chose : toi.

« Shôji.. » Murmuré-je, tout secoué, d'une voix émue, m'accrochant toujours plus fort en me hissant sur la pointe des pieds. « Pardon.. »

Le visage barbouillé de larmes, les lèvres pleines du sel de mes yeux, je remonte me perdre dans les tiens. Je te regarde gravement, mes mains venant encadrer doucement ton visage, comme si j'avais besoin de ça pour bien imprimer cet instant. Me dire qu'on est là. Que c'est le présent. Qu'il n'y a plus que lui qui compte désormais, et qui doit compter.

Le sang cavale dans mes veines. Peut-être même que tu l'as senti s'emporter, quand j'étais encore plaqué contre toi. Je ne veux pas y penser. À ce moment, je ne vois que toi. Je pense même plus à nos amis abandonnés, à ce téléphone que j'ai laissé glissé par terre, tantôt. Là, il n'y a que toi. Toi et moi. Moi et mon désir palpitant et fragile.

« J'avais tellement envie de te voir.. de te parler, de t'entendre..et en même temps j'avais aussi tellement peur. Tellement peur d'avoir encore plus mal, de me remettre à espérer n'importe quoi et pas savoir gérer, de pas mériter.. »

Et là, j'ai encore tellement peur que quelqu'un t'arrache à moi, que l'Incontestable décide de nous séparer à nouveau...

« Crois-moi... Cette fois je... je perdrai pas cette chance de pouvoir construire quelque chose avec toi. »

Puis je n'y tiens plus. C'est maintenant ou jamais. On a déjà perdu trop de temps tous les deux... Alors, malgré l'hésitation encore quelque peu présente, la jade de mes yeux prisonnière de tes charbons ardents, je me hisse un peu plus. Et lorsque je suis tout près de ta bouche, je ferme les yeux. Le souffle brûlant d'émois, les lèvres à la flaveur du chagrin et la chaleur de l'amour, je viens m'emparer des tiennes pour les refaire mienne.

Mienne.. ou alors peut-être, te les donner, te les offrir... Te prouver ainsi, puisque les mots ne savent pas toujours aussi bien parler que les corps, que j'ai toujours une infinie affection pour toi. Il suffit juste que tu les acceptes pour découvrir ce que j'ai au fond du cœur à travers elles...

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Shôji Mikami
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Hier à 16:50
par Shôji Mikami

ft. Daiki Mikami



Je ne sais même pas où j'ai trouvé la force de te dire toutes ces choses, tout ce que j'avais sur le cœur. Car niveau épuisement, j'ai touché le jackpot. Malgré mes nerfs en pelote, j'ai bien vu à cette expression avec laquelle tu me regardais que tu n'étais pas vraiment réceptif à mes premières paroles, ou presque pas. Je te connais, tu sais. Je lis dans tes yeux quand tu es prompt à la communication ou pas. Et là, ils étaient bien sombres, tes yeux... Ma main à couper que tu ruminais quelque chose au fond de toi. T'étais certainement pas d'accord avec mon analyse des faits. Déni ? Je l'ignore. Peut-être qu'il y a un pan de l'histoire que je capte pas aussi. Tu sais à quel point je peux être lent pour voir les choses... Aussi, intérieurement, je te suis reconnaissant de ne pas avoir verbalisé le fond de ta pensée pour cette fois.

Quelque chose me dit qu'elle aurait fait mal...
Très mal.

C'est donc un soulagement immense quand tu ne rejettes pas mon étreinte, qu'au contraire, tu t'en rends dépendant. Parce qu'après tout ce que j'ai dit, quand même, j'étais pas certain que tu le prendrais bien. Enfin « bien », façon de parler. T'es quand même bien parti pour vider ton poids plume en larmes contre mon cou, là... Et ça m'émeut, de voir que t'es pas indifférent à mon approche, de constater qu'encore aujourd'hui, il subsiste ce quelque chose de « nous » en toi. Quelque chose de fort.

Il y a tes doigts noués à mon t-shirt. Il y a ta respiration humide contre ma peau. Il y a ton corps, lové à la perfection contre le mien... Si bien lové, d'ailleurs, que j'en perçois distinctement les battements de ton cœur, contre mon poitrail. Je m'en inquiète un peu d'ailleurs, trouvant que tes palpitations sont bien plus prononcées et vives que les miennes. Pourtant, j'ai déjà la sensation que le mien est en train d'exploser mais alors toi... Toi tu dois être sur le point de tourner de l’œil, non ? Pff, quel idiot. C'est peut-être moi qui suis juste trop sensible, qui m'imagine tout et n'importe quoi, à force de chercher des signes, des trucs à interpréter. Si t'étais vraiment mal, tu me le dirais, pas vrai ...?

Alors je décide simplement de continuer ce que je fais, te gardant jalousement contre moi. Ma main frictionne affectueusement ton dos, tandis que je murmure quelques mots pour t'inciter à te calmer. Je réalise d'ailleurs un peu tard que ta simple présence contre moi a bien fait baisser mes propres tensions. C'est... Surprenant, à vrai dire. J'aurais jamais cru que tu aurais encore ce genre de pouvoirs sur moi... Moi qui ai pourtant tout fait pour te haïr depuis ce fameux jour, cette fameuse ruelle... En fait, je sais pas lequel des deux rassure le plus l'autre. Mais au fond... Ça sert à quoi de se comparer, hein ? Y'en a marre de chercher la petite bête... C'est fatiguant. J'ai plus l'énergie pour ça.

Une excuse passe la barrière de tes lèvres, lorsque tu te redresses. Elle me touche en plein cœur, tu sais ? Cela dit, pouvoir constater du désastre de larmes qu'est devenu ton magnifique minois me pince le cœur. J'en déglutis même, me sentant profondément fautif à l'instant où tes mains fébriles se posent contre mes joues. Bien remué, je ne bouge pas d'un pouce, me contentant de soutenir ton regard comme je le peux. Et puis tes confidences me coupent le souffle. C'est étrange... Comme tu décris si habilement le fond de mes pensées. Celles, si bien cachées derrière ce rideau de colère qu'il va falloir décrocher pour de bon, un jour. Mais là, en cet instant, je crois bien que tu as réussi à le tirer, à me le faire oublier pour un temps. Et j'en suis tout déboussolé.

« Moi aussi... » avoué-je piteusement, avant que tu ne me fasses une nouvelle promesse.

A croire que ça va devenir une habitude, cette manie de me promettre le bonheur, de me faire espérer ce que j'ai toujours souhaité. Ça monte à nouveau à mes yeux, après tout ça, mon menton se crispant pour contenir ce qui menace de céder. A t'avoir dans mes bras ainsi... J'ai tellement envie de te croire, mais tellement peur en même temps... Parce qu'on est deux abrutis infoutus de s'aimer et se faire confiance comme il se doit. Aussi je réponds rien, si ce n'est un vague couinement, quasi-inaudible. Mais j'en pense pas moins, au fond, même si j'arrive pas à le dire.

Je préfère cependant me focaliser sur ton visage, qui s'approche timidement du mien. Mon corps frémit, mes lèvres s’entrouvrant par anticipation. Nos souffles se mêlent, me font languir. C'est si doux, si chaud, si troublant... Mes paupières s'abaissent à demi lorsque ta pulpe effleure la mienne. Je me rends compte que je retenais ma respiration pendant tout ce temps, en témoigne le soupir qui s'en extirpe lorsque tu m'embrasses pour de bon.

C'est puissant ce que tu me fais là, tu sais ? Les lèvres tremblantes au premier abord, je suis conquis par ce secret que ta bouche me livre – que je m'imagine peut-être encore. Ce baiser si tendre, si intime, je le prends comme une réelle déclaration d'amour. Souvenir fugace d'un anniversaire bien particulier. Et ça me bouleverse. J'en lâche un hoquet de surprise, mes yeux allant se cacher derrière leurs couvertures de chair. Ainsi le barrage cède, des perles d'émotion s'échappant pour mieux rouler sur ma peau, s'égarer certainement sur tes doigts. Un frisson  langoureux me parcourt l'échine. L'espace de quelques longues secondes, j'hésite à te répondre, encore trop penaud face à cette histoire, à ce mariage irréel que je n'espérais même pas. Je me demande si j'y ai vraiment droit. Si c'est un piège ou un nouveau moyen de m'affecter... Et si je cédais cette fois, qu'est-ce qu'il m'arriverait ...?

Mais la seconde d'après, c'est un tout autre son de cloche que je te livre. Bien que craintivement, je finis par te répondre, mes lèvres épousant les tiennes. Elles les effleurent délicatement, les redécouvrent avec une certaine fascination. Dieu que c'est bon... Dire que j'avais presque oublié cette sensation addictive. Je me sens infiniment stupide de ne pas avoir fait cela dès la veille, tant cela me fait du bien de t'embrasser, t'embrasser vraiment. Recouvrant mon souffle, et quelques maigres forces par la même occasion, j'en profite pour te repousser tout doucement contre le mur d'en face, mon corps suivant le tien dans le mouvement. Et pour rien au monde je ne délaisserais tes lèvres lors de cette translation. Oh non. J'ai pas encore eu ma dose de toi. J'ai deux années de manque à rattraper, faut pas l'oublier !

Petit à petit, je reprends même mes aises, mes habitudes. Mes doigts remontent, épongent tes joues maladroitement, avant de s'égarer ici, ou là, du bout des empreintes. Je me rends compte en cet instant à quel point tes lèvres me rendaient accro, à quel point celles de n'importe qui d'autre n'ont jamais su égaler qu'elles me font ressentir. La perfection. J'y vais franco, sentant ce désir qui m'a toujours animé pour toi se réveiller de plus en plus fort. Il pétille, secoue la moindre de mes cellules.

Et je sais qu'il suffirait de peu pour faire basculer ce baiser vers quelque chose de plus torride, comme on en avait l'habitude tous les deux ; la position aidant, et mes mains crispées sur ta hanche et dans ton cou réclamant de se remettre en mouvement. Mais je m'en tiens là, me refusant de laisser ma langue s'immiscer dans ce baiser. J'veux pas tout faire foirer maintenant. Il est trop important, ce baiser. Il dit et fait ressentir tant de choses que je ne veux pas, absolument pas qu'il soit gâché par quoi ou qui que ce soit. Et certainement pas par moi!

Et au fond de mon cœur, j'espère sincèrement que tu as compris ce que moi, je viens à peine de réaliser : que je suis encore désespérément amoureux de toi...

L'air finit par me manquer. Alors, lentement mais sûrement, mes lèvres se détachent des tiennes, prennent le temps d'inspirer l'air si chaud qui court encore entre nos deux visages, alors que mes prunelles d'encre reviennent chercher la jade des tiennes. Tout secoué, le visage humide, je reste là, mutique durant un petit moment encore, à passer nerveusement ma langue contre mes lippes. Je sais pas combien de temps il a duré, ce baiser, mais pour moi, ça m'a semblé être une éternité. Aussi je finis par me remuer, me reculant d'un pas en déglutissant, épongeant vaguement mes joues du plat de la main.

Sentant une présence non loin de nous, je tourne légèrement la tête, constate que deux personnes âgées discutent sur le pas de leur porte, nous regardant d'un air qui veut tout dire. Ok, nous voilà déjà jugés par les voisins du quartier, super... Sentant que je m'empourpre, je m'inquiète soudainement du sort de mon téléphone. J'inspecte tes mains – évidemment, il n'y est pas – puis l'asphalte, où je le découvre, gisant sur l'écran. Une grimace, avant que je ne me baisse rapidement pour le ramasser, l'épousseter. D'un simple coup d'oeil, je remarque qu'il semble fonctionnel, que l'écran n'est pas cassé. Tant mieux ! Ceci dit, il a tout de même pris un coup sur l'un de ses angles, mais rien de bien méchant.

Une fois mon mobile retourné à sa place initiale dans ma poche, je m'éclaircis la voix en me flattant la nuque, peinant un peu à te regarder dans les yeux après toutes ces émotions. Excuse-moi mais... Je suis encore chamboulé.

« Bon... Et maintenant, on fait quoi ? Enfin... Vis-à-vis des autres, j'veux dire.»  

Mes lèvres s'étirent sur le côté, l'air songeur. Rien que de repenser à eux tous là, je me sens sérieusement déprimé. Si on retourne les voir... Ça va péter hein ? J'ai du mal à me dire que ça pourrait bien se passer. Mes doigts finissent par ébouriffer l'arrière de mon crâne, tandis que je lâche un soupir dépité.

« J'ai tellement pas envie d'y retourner... » Coup d'oeil en coin. J'hésite avant de lancer ma bêtise en l'air : « Viens, on les abandonne. J'sais pas moi on pourrait... S'acheter deux-trois trucs à boire et à manger pour s'faire un pique-nique au parc ou j'sais pas... Refaire le monde ! »

Je pouffe, un brin nerveux. Le truc, c'est que si ça a pas l'air sérieux, au fond moi j'le suis complètement. C'est peut-être indigne ou égoïste de ma part, mais tant pis. Faut l'être parfois dans la vie ! J'pense qu'on n'a pas besoin d'être avec d'autres gens en fait en ce moment. C'est pas les autres qui régleront nos problèmes à notre place. Au contraire, j'ai plus l'impression qu'ils ne font que les exacerber. On n'a pas besoin de ça... J'aimerais juste... Faire taire ce malaise constant qui me prend quand je suis avec toi. Je sais que ça se fera sûrement petit à petit, mais là j'en ai marre de pas trop savoir ce que je peux faire ou pas. Besoin d'une pause, d'une vraie pause.

Puis, pour ne rien cacher... Ça m'arrangerait ce plan. Comme ça Atsushi ne serait pas sur mon dos si j'm'enfile une bière ou deux avec toi en secret. J'ai tellement soif depuis hier, si tu savais...

Alors je m'avance un peu plus, mes pouces accrochés aux passants de mon jean. Ma caboche dodeline sur le côté, essayant de me donner une moue mignonne.

« Et toi, qu'est-ce que tu veux ? »

Comment ça, de la manipulation ?
Mais non, voyons. C'est une tentative d'argumentaire comme une autre. ~

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