Astrée E. Fujiyo
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Je suis: neutre.
Époux/se : Banpei a.k.a Burden
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le Mar 3 Sep - 23:14
par Astrée E. Fujiyo
First lies.
Voici maintenant deux ans que tu as posé le pied sur le territoire Nippon. Deux années, durant lesquelles tu as lutté contre la dépression, contre la pression imposée par ton père. Deux ans que tu as fui les manipulations de cet homme diabolique qui te fait office de géniteur. Voici maintenant deux ans que tu goûtes, chaque jour, à ce sentiment de liberté, que tu profites de cette distance que tu as mis entre cet être nocif et toi, pour te protéger. Deux ans… cela te semble si court et si long à la fois.

Durant ces deux dernières années, il s’est passé tant de choses… Le tsunami, la mort de ta mère, ton envol, la rupture entre ta famille et toi. Pour ton bien. Et voici maintenant deux ans que tu peux enfin vivre une vie un tant soit peu « normale », si tant est que l’on mette de côté les catastrophes naturelles et les problèmes informatiques de Big Brother… Tu as même réussi à trouver un travail, tranquille, dans une petite librairie de quartier. Le genre assez tranquille, où tu peux t’assoir dans un fauteuil, les pieds sur le comptoir et te perdre dans un des derniers romans publiés avec un café.

Et c’est exactement ce que tu comptes faire, aujourd’hui, alors que tu te prépares à partir au travail, jetant ta veste sur tes épaules et t’emparant de ta canne, puis de tes clés pour sortir de ton appartement. Comme tous les matins, tu t’arrêtes devant ta boîte aux lettres pour attraper la petite pile qui s’est entassée, un peu plus tôt et la fourrer dans ton sac à main. Tu les liras, une fois arrivée au boulot, une fois que tu te seras armée de ton café. Et tu marches, tu boitilles, le long des rues, le long de la vie chaotique de Tokyo, la belle.

Tu t’arrêtes au même sempiternel café, pour commander le même sempiternel macchiato à emporter. Et Tanaka te serre avec le même sempiternel sourire charmeur, avant de te demander quand tu es libre, pour pouvoir t’inviter à diner. Et toi, tu lui offres la même sempiternelle réponse : je regarderai dans mon agenda si j’ai un créneau pour toi, avant de partir en riant. Si, au début, il était sérieux, quant au fait de pouvoir sortir avec toi, tes refus polis lui ont vite fait comprendre qu’il n’a aucune chance. Et aujourd’hui, vous en riez. Cela devient une blague entre vous. Une blague récurrente. Mais tout cela n’a aucun sens, à tes yeux. À quoi bon essayer de s’enticher, quand vous savez très bien que vous avez très peu de chance de vous retrouver mariés par la machine, hein ?

Après ça, tu reprends ton chemin, sans toucher à ton café. Cela ne se fait pas, de boire ou manger pendant que l’on marche, au Japon. Non, tu n’y goûteras qu’une fois arrivée à la librairie, ce qui ne tarde pas, car celle-ci n’est pas très éloignée du café. Enfin arrivée, tu ouvres la boutique, avant de t’installer dans ton fauteuil, dans l’attente que des clients ne viennent rompre la tranquillité des lieux. Et tu profites, enfin, de ton café. Et, du temps disponible, tu en fais bon usage, pour sortir ton courrier de ton sac et commencer à le feuilleter. Publicité. Publicité. Publicité…

Et tu la vois…

Tu laisses tomber le reste sur le comptoir, pour ne garder, dans tes mains, que l’enveloppe dont tu as tant entendu parler. Tu n’en crois pas tes yeux. Vingt-huit ans. Il a fallu qu’elle arrive à tes vingt-huit ans. Tu soupires, ferme les yeux un instant, croyant presque rêver. Mais quand tu les rouvres, elle est toujours là. Toujours rose. Tu caresses le papier, de la pulpe de tes doigts. Songeuse. Comment te sens-tu, de l’avoir, là, entre les mains, avec ton nom écrit dessus ? Tu n’en as aucune idée. Résignée, peut-être. Tu as toujours su que tu recevrais cette lettre un jour. Cela n’a rien d’anormal, pour toi.  Alors… tu n’es pas réellement effrayée. Après tout, rien ni personne ne peut être pire que ton géniteur. Et si vous ne vous aimez pas, vous ferez vos devoirs, tout simplement. Oui. Voilà… tu es résignée.

Homme ou femme ? La question te taraude, tout de même. Alors, tu commence à ouvrir l’enveloppe. Mais la clochette de la porte d’entrée résonne. Quelqu’un vient de pénétrer en ces lieux sacrés. Alors, tu déposes le courrier, pour te lever et entrer à la rencontrer de l’intrus. Client ou fournisseur ? Client, visiblement. Tu le salue, poliment, avant de le laisser à sa recherche, après lui avoir assuré être à son service s’il s’avère qu’il a besoin d’aide. Mais l’homme semble n’être qu’un curieux, qui ne cherche rien de précis. Alors tu retournes à ta lecture postale.

« Madame, Monsieur, par la présente… » blablabla… « Astrée E. Fujiyo, anciennement Duval, et Banpei Fujyio… »

Un homme. Un homme ? Tu as perdu ton nom de famille. Donc c’est un homme ? Cela t’arrange. Tu n’aurais pas été à l’aise, avec une femme. Tu n’éprouves pas d’attirance, pour les femmes. La tâche aurait été un peu plus compliquée, pour toi. Cela dit, tu l’aurais tout de même fait. Pas le choix, sinon c’est la mort. Et si, fut un temps, la mort t’attirait fortement… Tu veux te donner une chance de vivre ta vie et essayer d’être heureuse. Ce n’est pas gagné.

Tu prends la décision, cependant, de rentrer chez toi, ce soir, pour préparer quelques affaires pour aller passer la semaine dans ton nouveau chez toi. Tu vas devoir dire au revoir à ton voisin adoré…

[ … ]

La journée est terminée. Te voilà rentrée chez toi. Tu prends le temps d’écrire une note, à l’intention de ton voisin attentionné. Tu ne marques que les mots clés. Lettre rose. Incontestable. Mariée. Nouvelle adresse. Et tu la lui notes, la nouvelle adresse. De toute manière, il a ton numéro de téléphone. Et tu as le sien. Et puis, tu descends, avec ton sac et ta lettre, pour le code. Tu montes dans le taxi que tu as appelé, plus tôt. Tu n’as pas envie de marcher, pas ce soir.

Arrivée à ta nouvelle adresse. Tu observes l’immeuble, un instant. Est-ce qu’il est déjà là ? Ou seras-tu la première sur place ? Tu ne sais pas. Peut-être que tu stresses un petit peu. Et s’il décidait de ne pas venir ? Tu n’as pas envie de finir en cellule. Tu y serais sûrement privée de tes anti-douleurs, là-bas. Quelle horreur… Non. Tu n’espères pas. Après, que ce soit ce soir, ou les soirs suivants…

Bref. Tu pénètres dans l’immeuble, avant d’appeler l’ascenseur, afin de te rendre au dernier étage. Là, tu te plantes devant la porte, inspire un grand coup, avant de saisir le code. Tu pousses la porte, doucement. Un pas. Deux pas.

« … Bonsoir ? »

Es-tu seule ? N’es-tu pas seule ? … Où est l’interrupteur… ?
Banpei Fujiyo
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Exploseur de Mots
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posté
le Mar 3 Sep - 23:33
par Banpei Fujiyo
My My My…
Nouvelle digne d’un cognac... Plus, il se fait tard.
La journée a été longue, le genre qui dépasse les quatorze heures, qui n’arrive maintenant que deux ou fois par semaine heureusement, qui te marche dessus sans fin et que tu combats en éteignant tout espoir de voir la fin arriver. Les cernes d’ici à là, la démarche de trois heures du matin qui a oublié jusqu’ici le goût d’un matelas, j’ai vérifié après une heure de marche (ce qui me parut une heure) la boîte aux lettres, et j’y ai trouvé, la plus imparable, inconcevable et prévisible pourtant, de toutes les nouvelles.

Le verre à la main, posé sur mon fauteuil rouge bordeaux moelleux, je déchire la lettre solennellement, avec un couteau de cuisine pour n'abîmer en rien le papier de l’intérieur, et je lis tout, puis j’oublie tout. Je me concentre sur le nom de la femme, puis je soupire fort en y trouvant une nationalité étrangère. Je soupire très fort, il ne manquait plus que ça, une étrangère. En vrai, de loin, j’aurais râlé sur tout ce que j’aurais pu râler. Un nom trop commun, pas assez harmonieux, qui ferait trop riche ou bête… Mon ventre était vide, mouron, absent, je me sentais pris au vertige bien avant que mon foie ne recycle l’alcool. Je me relève et passe devant le miroir du salon pour m’y regarder, comme ça : Burden le marié. Mon reflet m’importe : à quoi vais-je ressembler pour elle ? Je trouve qu’il lui manque une clope au bec, je rectifie, j’allume, je soupire encore une fois. Je conclus avec un cent-pas.

Comment l’annoncer au B-Bang ? Un sms ? Un appel ? Je n’avais envie d’appeler personne. Juste de déménager le plus vite possible, de prendre un congé je-m’en-fous, d’affronter cette situation par la plus puissante des armes : l’aplanir avec la force inexorable de la monotonie, et recadrer ma vie, comme avant, repartir comme d’habitude au travail en me plaignant, faire revenir à la normale ma situation, creuser un tunnel dans cette montagne et marcher comme à mon habitude sans avoir à escalader. De toute manière avec la Toile Rouge, je couchais beaucoup moins qu’avant, c’était un fait, et je me complaisais dans cette situation en me disant que lors du mariage, je ne sacrifierais que des miettes de relation. Les tâches ménagères avec elle, une par jour, je crois, et le tout était plié. Ca serait facile, Burdy, vraiment facile.

Mais j’ai la tête à l’arrache, le troisième verre qui me prend alors que je parcours cent kilomètres dans mon appartement, je n’arrive pas à VOULOIR dormir, le cerveau est si agité qu’il doit évacuer par le corps toutes ces questions. Et quand je me parle à moi-même, comme maintenant, que je tente de m’auto-convaincre, je me rends bien compte que ma langue est plate, et mes esgourdes fermées. Et pourtant, je continue de marcher. Je savais que je ne serais pas heureux, mais je pensais avoir suffisamment calfeutré mes espoirs pour trouver la situation inédite, mais presque banale, et voilà que je me rends compte que je me suis absolument fermé pour éviter de recevoir d’un coup le poids atlassien d’une lettre de couleur rose pastel.

Allez, couche-toi pauvre bête, t’auras la nuit pour adoucir ce que l’alcool n’a pas pu brutaliser, et tu trouveras le lendemain j’espère, la meilleure manière d’annoncer à ta Toile Rouge que c’était toi, à ton tour, qui t’étais fait ligoter. Je prends un verre d’eau, placebo contre le cognac, je me couche vite mais m’endors lentement, soupirant encore, m’y complaisant, dormant sans rêve ; Burden demain, c’est la fin de la trêve.

__

Mauvaise nuit, réveil pas clair, j’envoie un sms à mon trio de braves, le plus court qu’on puisse imaginer, le plus détaché, comme si l’acte pourrait contraindre la pensée et me persuader qu’il n’y avait aucun vrai deal. Je ne savais pas quand elle arriverait, mais je n’allais laisser passer aucune émotion négative qui me séparerait de ma vie normale. Alors je déménage aujourd’hui, je fais les cartons avec les filles, on monte les marches jusqu’au dernier, et je déballerai avec la promise. Voilà, faisons comme ça. Mon ventre me tord les intestins si machinalement que je ne me remets jamais de la fatigue du réveil ; je fume deux fois plus qu’à l’accoutumée.

Butch arrive, seule. Elle sait pertinemment que de tous, je suis celui qui encaisserait le mieux la nouvelle rose d’une blague de l’Incontestable, et dès qu’elle me voit, mon trésor sait tout aussi pertinemment que je ne traverse pas l'épreuve aussi sereinement qu’espéré. J’y avais cru à cette lubie, mais je ne pensais pas que pour elle, ce mensonge ait vraiment tenu. Baby n’est pas là, me dit Butch. Et Boomer est allée la réconforter. Je ne demande aucune justification, je sais très bien pourquoi elle n’est pas là. Alors on fait le travail titanesque et ennuyant à deux. On parle bien, mais j’ai le mot froid. Je joue le détaché, les clopes au bec, tandis qu’elle et moi faisons tous les paquetages nécessaires. Ca nous prend bien la journée, et je me ravis de la douleur de Baby car elle me permet de penser à elle plutôt qu’à… Astrée. J’imagine que c’était un prénom européen. Impossible à prononcer.

Le crépuscule tombe inlassable, je quitte Butch en lui laissant un gros câlin, un gros merci, et une promesse d’appeler Baby juste après pour tenter de la consoler. A espérer qu’elle décroche, c’était une toute autre histoire… Maintenant que Butch partit en me promettant de revenir le lendemain, et que je lui faisais signe, la clope fumante au bec, assis sur un carton avant que la porte ne claque, je me sentais seul : Burden, au milieu d’un appartement vide, les lumières à peine allumées, le soir dans les cieux, sur son carton, entouré d’autres cartons et de meubles qu’il ne connaissait pas encore, fumant le joint perdu entre l’index et le majeur, bloqué dans l’avenir avec une fille dont il ne connaissait rien. Une demi-heure se passe, où mon esprit tourne au vide comme on rince ainsi un lave-vaisselle des fois, pour ne pas qu’il s’encroûte. Des questions surviennent, en escouades, en compagnies, en armée, mais elles ne trouvent rien d’autre que l’écho de mon crâne, aucune réponse ne vient : devais-je être à l’aise ou pas trop à l’aise ? Me montrer froid ou paraître hyper-ouvert ? Lui serrer la main, faire une courbette ou l’embrasser directement ? Si elle est étrangère, est-ce que l’Incontestable ne va pas trop la déranger ? Devais-je communiquer avec elle, ou me renfermer dès le départ pour mettre au clair ma position ? Comment aborder la Toile Rouge ou mon B-Bang ? Comment mettre les formes, la distance, les points sur les i ? Comment au mieux me présenter, moi ?

Tant de questions qu’à la fin, je m’y lasse et trouve le courage de me divertir d’elles en saisissant mon smartphone : “Appel Baby”. Les tonalités s’enchaînent sans espoir, et j’attends la fin du répondeur automatique avant de prononcer :

“Hello Baby ! Je t’aime très très fort, et aujourd’hui, plus que jamais, car comme d’habitude, on s’aime plus fort d’un jour sur l’autre. Et on savait que ça serait ce moment affreux où tu as le plus besoin de moi, et où moi, et bien, je ne serais pas là pour toi. Pas assez en tout cas, c’est bien le souci. On reste ensembles de toute manière. Tu squattes quand tu veux, on se voit toujours autant à la Toile Rouge, on se rendra compte au bout de quelques jours que toi et moi, on reste ensembles. Ce n’est même pas une inconvenance, en vrai, on s’en fout ! Viens, on s’en fout, elle ne prendra pas de place dans ma v…” Bruit de porte, je sursaute, je prie pour qu’elle ait pas entendu. Ma voix, malgré moi, s’accélère.“... dans ma vie. Je t’aime très fort, et rien ne me fait plus mal ce soir que de te savoir triste. Bisous.”

Je me redresse d’un coup, le dos bien droit, je jette ma clope dans la corbeille que j’ai ramené, je me trouve trop droit, je m'abaisse, me patraque un peu, c’est ridicule, je me remets normal, je crois, entre les deux, je tente de sourire car on est tous plus beaux en sourire et la première impression, vous connaissez ce que c’est, voilà, je suis prêt.

Elle débarque, simplement, sur notre seuil. Sachez qu’on n’est pas loin du canon. Je suis trop stressé pour analyser le visage, et trop direct pour regarder l’ensemble, pour oser me focaliser ailleurs, mais ma cervelle respire un bon coup : j’aurais pu être avec bien pire, ne serait-ce qu’un homme (qui portait le nom d’Astrée dans sa région ?). Elle est blonde soleil, rien que ça, me fait plaisir. On trouve de l’héliotropisme où l’on peut. Je m’avance très lentement.

“Bonsoir, enchanté, je suis Banpei. Mais tout le monde m’appelle Burden, c’est mieux.” Remarquez, je fais légèrement exprès d’être un peu plus stressé que je ne l’étais réellement, un chouïa pour la mettre en confiance et ne pas tapisser notre relation directement d’un trop grand sérieux. Je la ménage, le premier soir, elle doit au moins être aussi stressée que moi. “Astlée, c’est ça ?” Remarquez, preuve de la pensée précédente, que je fis exprès d’écorcher son prénom comme les Japonais adoraient faire, alors que depuis qu’Ambroise m’avait appris, je savais assez bien formulé la différence entre le l et votre r.

Je reprends légèrement contenance et je lui retire sa veste, comme un gentleman des vieilles années ; sa canne bloque légèrement et je me rends compte… qu’elle a une canne. Très bien. Qu’elle boîte alors.

“J’ai commencé à déménager mes affaires, j’ai de la chance, j’habitais dans le même immeuble, trois étages en-dessous. Celui-ci est plus grand.” Little talks. Mais ça laisse encore un peu le temps de me ressaisir. Le vrai Burden aime les gens, il aime les gens, c’est facile pour lui de se rendre sympathique, retrouve-moi ça ! “Si tu as faim, soif, n’hésite pas, je n’ai pas encore mangé.” dis-je en balayant le reste de l’appartement, côté cuisine, du bras. J’étais à ça de lui demander de se poser à table pour qu’on discute ensemble de notre enfermement collectif, mais ça allait attendre encore un peu. Rapide coup d’oeil à mon phone : aucun message, aucun appel. “Je commence à avoir faim, personnellement.”
Astrée E. Fujiyo
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posté
le Mar 3 Sep - 23:34
par Astrée E. Fujiyo
First lies.
Si la lumière de l’entrée était éteinte, il n’en est pas de même dans tout l’appartement. Ainsi, tu n’es pas la première arrivée en ces lieux. Et tu entends une voix, non loin. Tu ne veux pas écouter la conversation – c’est indiscret. Mais tu ne peux pas vraiment t’en empêcher. Ainsi, le cœur de ton époux assigné est déjà pris. Tu es donc l’autre. Celle que l’on détestera pour être entrée dans la vie de monsieur. Tu soupires, ferme les yeux un instant. Voilà exactement pourquoi tu refusais les avances d’autrui, auparavant. Mais tu ne peux pas en vouloir aux autres de s’attacher. Les sentiments, ça ne se contrôle pas. Tu te passes une main sur le visage, alors que des pas se font entendre. Se dirigent vers toi. Tu te redresses, relève le visage, le regard, pour observer l’homme qui vient vers toi. Il n’est pas « beau ». Pas selon les critères de beauté instaurés par la société. Mais il n’est pas laid. Il a du chien. Du charme. Peut-être. Qui sait. Tu aurais pu tomber sur pire, peut-être. Tu aurais pu tomber sur mieux, peut-être. Mais tu t’en moques. Tout ceci, ce n’est qu’un contrat, signé à la naissance. Une loi, à laquelle il faut obéir. Plutôt vivre dans l’indifférence que ne plus vivre tout court, n’est-ce pas ?

L’homme est devant toi. Il te salut, se présente. Banpei. Burden. Tu fais une moue, songeuse, avant de hausser doucement des épaules. Sûrement l’appelleras-tu Banpei. C’est le premier que tu aies mémorisé. Enfin, il prononce ton prénom. À la japonaise. Ça ne sonne pas étrange à tes oreilles. Tu as l’habitude. Merci maman d’avoir accepté de te donner un prénom de gaijin.

« C’est bien cela. Mais tu peux m’appeler l’autre auprès de tes ami-e-s, si jamais. C’est plus simple à mémoriser. »

Tu réponds, non sans lui offrir un sourire sincère. Tu es bien consciente que tu viens de t’incruster dans ta vie comme une maladie sexuellement transmissible que l’on ne désire pas. Et tu vas rester accroché à lui, tel un morpion, jusqu’à ce que la mort vous sépare… ou que l’Incontestable ne le fasse. Cependant, le second cas est tellement plus rare qu’il t’étonnerait que vous ayez droit à un traitement de faveur tel que celui-ci.

Il vient t’ôter ta veste. Tu es légèrement surprise, mais le laisse faire. Tu ne veux pas le froisser. Pour une fois que quelqu’un connaît les bonnes manières… Cependant, il semble s’arrêter un instant sur ta canne. Tu la caches dans ton dos, un peu gênée. Tu n’aimes pas quand on la fixe. Quand on se demande alors pourquoi. Quand on cherche à savoir. Cela impliquerait de raconter. De dire. Et ça, tu n’en as pas envie. Pas aujourd’hui. Ni demain. Peut-être jamais.

Il reprend la parole. Parle, parle. Te noie presque sous ses mots. Manger ? Ah oui. Tu aurais pu faire ça, avant de venir. Mais tu n’y as pas pensé. Et ton estomac s’en rappelle, d’un coup. Et gargouille, doucement. Tu rougis, un peu gênée qu’un bruit aussi disgracieux ne sorte de ton ventre. Tu fais la moue, de nouveau, plisse le nez, avant de soupirer.

« Je n’avais pas faim… jusqu’à ce que tu le mentionnes. »

Tu réponds, doucement, avant de le dépasser pour t’enfoncer un peu plus dans cet appartement qui est votre, désormais. Tu visites, non sans lui répondre.

« Le frigo est plein ? Sinon, je commande… »

Tu lâches, doucement, en atterrissant dans le salon. Grand salon, plein de baies vitrées. Tu te diriges vers celles-ci, sans avoir manqué l’odeur de tabac qui règne déjà dans l’endroit. Et tu observes, la ville, par la fenêtre.

« Jolie vue… »

Tu susurres, pour toi-même. Au moins, ce n’est pas trop mal situé. L’appartement à l’air d’être plutôt sympathique. Spacieux. Aisé. Ce n’est pas avec ton petit salaire que tu pourrais te payer ça. Alors, peut-être que ton nouvel époux peut se le permettre ? Tu te tournes vers lui, lentement, l’observe, un instant, le dévisage.

« Tu fumes ? »

Tu finis par demander. On ne va pas parler d’argent, c’est bien souvent un sujet qui fâche. Et tu ne comptes pas passer pour ce que tu n’es pas : une avare, une radine, une femme superficielle, une profiteuse, une femme vénale… Tu secoues doucement la tête pour chasser ces pensées de ton esprit, avant de sortir ton propre paquet de cigarettes.

« Ça ne te dérange pas si je me permet d’en faire de même ? Une ou deux cigarettes, cela ne fait pas grande différence quant à l’odeur de tabac froid que sentira notre salon plus tard, de toute façon. »

Toi, tu sembles véritablement détachée. Et tu l’es. Tu n’es pas désagréable. Tu donnes juste l’impression de t’en moquer. Et d’une certaine manière, c’est le cas. Il faut le faire, voilà tout. Et que tu le veuilles ou non n’y change rien, alors autant coopérer pour que tout se passe de la manière la moins désagréable possible. Tu amènes la cancérette à tes lèvres, l’allume du bout de la flamme de ton briquet, avant d’inspirer profondément, les yeux mi-clos. Et puis, tu sors ton téléphone. Tu n’as pas envie de cuisiner ce soir. Peut-être que lui oui. Mais tu préfèrerais peut-être commander quelque chose.

« J’ai bien envie d’une pizza… ça te branche, une pizza ? Avec une bière ou deux ? »

Ou trois. Ou quatre. Ou le pack entier. Ça brise le froid, ça. Mais est-ce que c’est vraiment une bonne idée de te montrer bourrée dès le premier soir ? Au pire, il le saura tôt ou tard.

« Désolée… Je parais peut-être froide, aux vues de la situation dans laquelle nous sommes. »


Tu finis par reprendre, en levant les yeux vers le dénommé Banpei.

« Depuis le temps que je sais que ça va arriver, je suis résignée. Je ne compte pas être une plus grosse épine dans ton pied, que je ne le suis déjà. Je me doute que je ne suis ni désirée, ni désirable dans ta vie. Mais il va falloir cohabiter. Alors… Ravie de te rencontrer, Banpei. Et oui, j’ai une canne. Au cas où. Et non, je ne te bassinerais pas avec le pourquoi du comment. Et oui, je sais m’en servir, si jamais tu t’avères être un trop gros connard. Et… oui. C’était de l’humour. J’essaie de détendre l’atmosphère. »

Tu marques une pause, te sens un peu stupide, sur le coup. Tu ris, un peu gênée.

« Désolée. Je suis un peu nulle, pour être drôle. »
Banpei Fujiyo
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posté
le Mar 3 Sep - 23:37
par Banpei Fujiyo
 L’ambiance est froide, température à brume d’hiver. C’était engageant, pensais-je en serrant les dents. Sa réplique cingla dans l’air avec une nonchalance qui l’adoucissait presque - presque. Maintenant que j’étais redescendu d’une torpeur céleste, je commençais à bien l’observer. Pas le corps, mais sa manière de se tenir, ce qu’elle dégageait. De la fermeture, déjà. Un peu comme moi. Rien que ça, c’est un brouillard qui gâche la vue et qui fausse tout résultat. Dans la rue, tu connais quelqu’un en quelques secondes parce que bloqués dans leur bulle, les gens ont l’attache du masque qui saute facilement pour peu qu’on connaisse la bonne phrase ; de là, tu retires ce que tu as envie de savoir, les lignes et les grands traits. Par contre, quelqu’un qui s’est préparé, et qui a les épaules comme ça, le regard comme ça, tu peux pas percer, c’est pas de la bonne terre et t’as des outils trop fragiles. Presque las d’être autant à l’aveugle, sans savoir comment lui répondre, j’use de la technique sans saveur de passer outre et de faire comme si je n’avais rien entendu.

 Elle se meut, elle regarde l’appartement, et chaque seconde où personne ne parle m’affaisse un peu plus les épaules. C’était gênant, voilà. Y a tellement de gêne dans cette pièce qu’en rétrécissant les murs les uns contre les autres, on réussirait sans mal à capturer plusieurs molécules in vitro, on en aurait un parfum condensé… Je n’avais pas envie de me battre contre ça. De la gêne, oui, mais il y avait surtout deux diffuseurs et j’en faisais partie : combien d’efforts je devrais faire pour me battre contre moi-même si Astrée de son côté ne taisait pas le flux. Peut-être qu’elle cherchait à l’affronter, aussi. Pfft, qui sait, puis à quoi bon ? Le premier soir, c’est sûr, ça sera comme ça. On se couchera cette nuit, dans pas trop longtemps j’espère, le lendemain nous paraîtra déjà l’odeur de la routine, on suivra le gaz et on retombera sur nos pattes. Je regrettais presque de ne pas avoir téléchargé le formulaire (disponible sur plusieurs sites, dont celui du gouvernement) rempli d’une longue liste de questions pour briser la glace avec le nouveau compagnon ou la nouvelle compagne. Quelle ironie d’en arriver, après avoir créé un Incontestable vivement critiqué à l’international pour la société ridicule que sa présence affirmait ayant pour mission de recréer le tissu social que la technologie (mère de l’Incontestable) elle-même avait ravagé, à devoir aiguiller avec une formalité maladive les gens jusque dans leurs relations forcées malgré les sacrifices encourus. Le Japon est si malade que des fois, il vaudrait peut-être mieux le laisser mourir de sa mort naturelle. Non, ça ne serait pas beau à voir, mais on ne méritait pas mieux, des fois.

 Ça parle de cigarette et de pizza, puis avec une bière ; je fus rassuré d’un coup car si l’alcool entrait en jeu, les barrières allaient s’abattre. Je dis oui à tout, je sors mon phone et je dis dans les airs “Commande deux pizzas, taille duo” et je laisse à Astrée l’écran pour qu’elle choisisse sa préférée - pas besoin de donner l’adresse, je connaissais le quartier comme ma poche, j’avais déjà mes habitudes et mes applications étaient bien calibrées avec mes goûts.

Dès qu’elle a fait et que j’ai rangé l’engin, je m’assieds à table pendant qu’elle se met à fumer près de la fenêtre ; un espace conséquent nous sépare. Je tambourine légèrement sur la table avec mes deux mains, avant de les nouer dans une contrition explicite. J’énonce n’importe quelle phrase pour tenter d’accrocher la discussion à une route légèrement plus solide :

“Oui oui, je fume pas mal. Je suis désolé, j’ai pas pensé à toi à ce moment-là. Je te propose qu’à partir de demain, on profite de la terrasse ?” Quand le papier-peint s’incline, ce n’est pas en marque de respect.

 Elle me sort une petite diatribe, un peu contrite, pour abattre les glaces qui nous séparaient ; c’était assez dur à entendre, parce que ça résonnait si adroitement avec mes propres échos que je pris instantanément du recul sur notre situation : tels les hommes qui ont découvert pour la première fois la photo Earthrise qui les a replacés au sein d’un îlot spatial d’une fragilité que personne n’avait jamais réussi à visualiser aussi concrètement, avec ses mots à elle, je me rendais compte que nous étions deux inconnus, dans une mégalopole étourdissante qui cherchait désespérément à créer un avenir, forcés d’avoir des enfants pour les vendre à un système. Nous n’étions que des poussières pour les costards systémiques, mais ce n’est pas parce que nous étions petits que nous n’étions pas complexes, et que l’approche se ferait sans heurt On chutait vers le même point de gravité, venant de deux directions différentes et on faisait tout pour ne pas avoir à se massacrer l’un l’autre quand on se retrouverait, lancés par nos deux vitesses contraires. Je dénoue les mains, j’approuve de la tête à la fin de son discours, et je place même un petit rire gêné (franchement, ce fut si ridicule que j’aurais dû le laisser au fond de la gorge, ça se voyait qu’il était forcé) pour répondre à ces derniers mots. Et je relâchais quelques éclats factices quand elle dit qu’elle manquait d’humour (ce qui était encore… PIRE). Mais ça passe tout de même le message, ça me réchauffe aussi un peu. On pourrait facilement tomber dans un accord mutuel, pas besoin de manipulation, de monter un plan, pour la faire arriver au point crucial, que je fais tranquillement, gratuitement, passer pour une réponse directe à ce qu’elle venait de dire :

“Ok, très bien, ça me convient parfaitement.” Je jouais presque le surpris, en sus ! Je ralentis mes phrases pour les implémenter fort : “Je fais ma vie, tu fais la tienne, on empiète le moins possible, et on survit. Meilleur plan.” J’acquiesce toujours ; sans m’en rendre compte, enfin, sans m’en être rendu compte plus tôt, j’avais récupéré les tics de corps du Jap modeste moyen, très renfermé, très souriant, d’une façade honteuse tant elle se voyait. J’aimerais la faire tomber, pour qu’elle se sente enfin à l’aise. Hmmm… En joueur de poker, j’avais plusieurs cartes, sortons la dame. Je me lève pour m’approcher du frigidaire : “J’ai déjà mis des bières à l’intérieur. Mais surtout, j’ai ramené…” Le temps de fouiller dans les placards, après avoir posé les bières sur le plan de travail… “Ça.” Le cognac que je buvais hier. “Je te sers un verre ?” Et le jus tombe. “Sinon, je suis barman dans la vie. Et croupier ! De poker principalement.” La bouteille retourne, les verres servis, loin dans son rangement.

 Marrant, c’était le fait de tenir la Toile Rouge que je pensais pouvoir dire facilement, et mentir sur mon métier de croupier pour éviter de lui mettre la puce à l’oreille, mais le cerveau de l’immédiat avait rectifié la grossière erreur que j’allais faire. Ne jamais dire que j’étais un des actionnaires principaux de la Toile Rouge, quel idiot ! Il aurait suffi de la moindre rumeur pour qu’elle se rende compte des pétrins dans lequel je pourrais être si la justice soulevait notre chappe ! Donc juste dire que j’étais barman, c’était très bien (faire gaffe à ce que les courriers m’étant destinés en tant que chefs d’entreprise ne tombent pas dans dans ses mains). Quant à ma profession illégale, il était en vrai, plus que sage de la mettre sur le devant de la scène : j’avais des mallettes de poker, des dizaines de jeux de carte, elle aurait pu trouver ça étrange que je ne lui parle plus en détail de ce qui semblait occuper un bon tiers de mes affaires. Mieux encore, je ne savais pas si elle touchait gros à la fin de chaque mois. Mais vu que j’étais passé de mon appartement à un autre pas tant que ça plus prestigieux, ça laissait deviner que je ramenais la grand majorité des deniers. Donc il fallait l’expliquer, et un barman, ça ne gagnait pas assez pour récupérer une telle terrasse. Doubler la mise permettait d’expliquer l’écart, embrouillait l’imagination par les chiffres. Plus qu’à trouver un nom de casino pas loin de chez nous et lui faire croire que c’était là-bas que je me rendais, quelques fois, pour des occasions spéciales.

“Donc, ce qui fait, que je suis assez rarement chez moi. Je vais organiser mon emploi du temps pour qu’on ait toujours du temps libre pour les activités quotidiennes.” Je lui tends le verre en plantant directement, pour la première fois, mes yeux dans les siens. Ils étaient bleu, ce fut si surprenant que je rompis le contact presque instantanément. Blonde aux cheveux bleu, l’Incontestable ne visait peut-être pas tant au hasard que ça. “Et… Et toi ? Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?” Je trinque et recherche ses yeux à nouveau. Pour la curiosité qu’ils me suscitaient, je pourrais monter le visage. “Tu viens de quel pays ?”

 Ça, c’était pas une phrase de Burden, ou si, l’inverse : c’était une pure phrase de Burden, une qui n’avait pas été digéré cent fois avant d’être lancée : c’était la première fois que j’avais parlé normalement depuis le début. Récompense ? Première rasade. La petite lave de noisette qui gicle dans ma gorge me réveille et mes gestes se font plus vifs ; je commence à craqueler, tant mieux.
Astrée E. Fujiyo
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le Mar 3 Sep - 23:38
par Astrée E. Fujiyo
First lies.
La conversation s’établie, petit à petit. Le stress – ou les nerfs ? – se font quelque peu sentir, au début. Mais pour autant, il faut bien la créer, cette conversation. Il faut échanger. Ne serait-ce que pour connaître ses intentions. Savoir comment t’adapter pour pouvoir cohabiter avec cet inconnu. Déjà, il aime les pizzas. Cela vous fait un point commun. Même si tu n’en manges pas tant que ça. Et visiblement, il connaît bien les adresses du coin, puisqu’il sort son téléphone pour commencer à commander avant de te tendre l’objet pour que tu choisisses à ton tour. Tu le fais, non sans quelques instants d’hésitation, le temps de savoir ce qui intéressait le plus ton estomac. Et une fois la chose faite, tu rends son téléphone à Banpei. Et il le range. Tu reprends une position plutôt décontractée. Ton estomac va être bientôt rempli. Cela fait du bien à ton esprit.

Et puis, Banpei reprend. Il fume, oui. Beaucoup, apparemment. Bien que l’odeur ne te dérange pas, tu hoches la tête à ta proposition. Tu ne vois pas de mal à profiter de la terrasse. Peut-être installeras-tu des coussins, lorsqu’il fera beau, pour fumer, dessiner et profiter d’un verre. Cette pensée te fait sourire. L’appartement pourrait s’avérer confortable. En tout cas, il ne te déplaît pas. Pour l’instant. Pour le peu que tu en as vu.

Cependant, ce qui te serre un peu le cœur, ce sont les mots qui suivent. Tu n’attendais pas vraiment mieux que de vivre en collocation avec la personne choisie par la machine. Mais peut-être qu’au fond de toi, tu espérais autre chose. Cela te fait sourire, amèrement. Tu lâches même un petit souffle du nez, trahissant un léger rire. Tu es stupide. Tu devrais le savoir que tu ne devrais plus rien espérer, si ce n’est de continuer à pouvoir te réveiller le jour suivant. Alors tu soupires. De nouveau, résignée.

« Bien. »

Tu finis par acquiescer, conclure. La résignation règne. Tu balaies tout le reste. Cela ne fera plus mal, c’est promis. Ensuite, il parle de bières. Dans le frigo. Au moins, c’est un type bien qui pense à l’important. Les bières au frais. Bon point. Meilleur point : toi qui ne comptais pas passer pour une alcoolique, tu as proposé de l’alcool relativement soft. Lui, il passe au niveau supérieur. Une étincelle dans ton regard. Tu souris, avant de t’assoir sur une des chaises, acceptant le verre. Et il parle de lui. Ses métiers. Tu essaies d’intégrer les informations. Barman et croupier. Cela sent le casino à plein nez. Mais tu ne poseras pas de question, ne voulant pas te montrer intrusive. Peut-être l’interprètera-t-il comme un manque d’intérêt. Peut-être que tu ne veux pas t’intéresser à lui. Cela fera moins mal, si tu ne le fais pas, n’est-ce pas ?

Il te parle d’organiser son emploi du temps. Toi, tu sais que cela ne va pas changer ton quotidien. Pas beaucoup. Tu as des horaires de bureau, presque. Aménagement pour ton handicap. On ne te laisse pas partir tard. On te l’interdit, même quand tu insistes. Ton patron est un homme bon. Qui t’apprécie et t’estime. Qui n’a jamais eu pitié de toi. Mais qui veut prendre soin de son employée modèle. Tu portes ton verre à tes lèvres, avale une petite gorgée, avant de soupirer. Ca chauffe. Ca fait du bien. Puis tu te retrouves surprise. Car il te questionne. Et tu as l’impression qu’il y a un réel intérêt, dans ses interrogations. Tu te mords doucement la lèvre inférieure, fait cliqueter tes ongles sur le verre, avant de t’éclaircir un peu la voix.

« Je suis libraire. Rien de bien fabuleux. Je vis une vie basique basée sur le sempiternel métro - boulot - dodo et ça me convient plutôt. »

Tu mens. Elle te manque. Et ta vie de compétitrice aussi. Tu soupires, avant de relever le regard, plantant l’azur de ton regard pâle sur cet homme avec lequel tu vas désormais partager ton quotidien – mais pas ta vie, encore moins ta mort.

« Je suis franco-japonaise. Je suis née à Paris. Ma mère est… était japonaise. »

La douleur se distingue dans ta voix. Pour te redonner contenance, tu viens prendre une nouvelle lampée de bourbon. Sujet sensible. Tu ne veux pas t’éterniser dessus. Ni t’apitoyer. Tu ne veux pas de sa pitié, non plus. Alors tu ne dois rien dire qui puisse l’attiser.

« Je suis arrivée sur le sol japonais il y a deux ans. Quelques mois avant… »

Avant Shukumei. Avant le tsunami. Nouvel arrêt dans tes mots. Nouvelle pointe du douleur. Tu te râcles la gorge, te force à sourire. Tu vas mieux. Tu mens. Tu lui mens. Tu te mens.

« Et je me sens bien, ici. »

Bien mieux, oui, puisque tu es à l’autre bout du monde, loin, très loin de ton géniteur.

« Je n’ai pas d’histoire très trépidante à raconter. Je ne suis qu’une étrangère parmi tant d’autres, qui vit sa petite vie bien rangée. Pas de compagnon. Pas d’ex. Personne qui me regrettera… dans ce sens là. Et toi ? Tu es né ici, au Japon ? »

Tu le soulignes, de toi-même, avant de lancer un autre sujet. Parce que toi, tu as entendu sa conversation. Et même si tu ne veux pas te montrer indiscrète, tu ne peux pas t’empêcher de lui offrir ta compassion et un sourire désolé. Désolée d’être entrée dans sa vie. De sûrement foutre beaucoup de choses en l’air. Un sourire qui sous entend une promesse : promis, je ne serais pas un fardeau. Promis, je ne prendrais pas beaucoup de place. Promis, promis…

Pourtant, de la place, tu en prends. Tu es un être humain. Et tu ne pourras sûrement pas passer le reste de tes jours à ses côtés sans impacter un tant soi peu vos relations. Mais ça, tu ne veux pas y penser. Tu préfères le laisser de côté. Oublier. Ignorer. Boire. Oublier. Manger.

On sonne à la porte.

« Déjà ? J’y vais. »

Tu te lèves. Ta jambe bloque un peu. Un froncement de sourcil. C’est bien le moment de faire chier. Tes anti-douleurs sont dans ton sac à main. Mais c’est un mauvais plan de les prendre, lorsqu’on a bu de l’alcool. Alors tu souffriras. En attendant, tu te saisis de ta canne et t’aide de celle-ci pour t’aider à te lever. Cela te sert de prétexte pour fuir. Respirer un coup. Faire une légère pause pour laisser le temps à tes quelques gorgées de t’embrumer un petit peu l’esprit. Faire tomber une barrière ou deux. Tant qu’il ne te demande pas de parler de ton passé, cela devrait aller. N’est-ce pas ?
Banpei Fujiyo
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posté
le Mar 3 Sep - 23:41
par Banpei Fujiyo
Oh elle ment. Ni besoin d’un mentaliste ou d’un prophète pour savoir qu’elle mentait, ni besoin d’un pif ou d’un bouquin, juste d’un peu de logique et de connaître les gens. Puis leurs phrases. Ou alors, premièrement, ça serait la première fois depuis toute ma vie riche et longue en discussions et en rencontres éphémères, que j’entends une des personnes utiliser le terme “métro-boulot-dodo” dans une phrase positive (cela seul met la puce à l’oreille), sans oublier l’inconnu au bataillon “je vis une vie insatisfaisante et ça me convient bien” ; secondement, je ne prête absolument pas foi aux équations de l’Incontestable, mais ils ne nous mettent pas des puces derrière l’oreille pour ‘rien’, il y a bien une raison à son existence et comme je ne m’étais jamais fait chopper cruellement par la justice, pas besoin de croire à un complot comme quoi elle était là pour aiguiller les narines des flicards sur les raies des bandits, l’Incontestable cherchait peut-être sans subtilité à relier les gens entre eux selon des affinités, des correspondances auxquels personne ne sait rien, mais s’imaginer cela banissait une compagne aussi morne que ça. Astrée mentait délibérément, j’en mettrais neuf de mes dix doigts sous lame. Puis j’avais menti juste avant sur ma vie, elle faisait de même, c’était une symétrie prometteuse.
Très bien, seconde rasade, au mensonge. Le cognac descend, mais les vapeurs remontent.
Dans le pire des cas, si elle ne mentait pas, si elle se contentait des restes qu’une vie pouvait offrir, et bien je priais pour qu’elle croie à la force de l’Incontestable, et qu’elle me case dans son esprit comme jumeau au sien, me contentant de peu sinon de vivre ma vie sous les signes de la tranquillité et l’espérance en rien de neuf. Oh tiens, un peu de vérité dilué dans mon plan :

“Libraire, c’est génial. Je lis très peu moi-même, par contre.” J’espère que ça serait un petit tue-l’amour, pour qu’elle décroche de tout espoir baveux avec son propre sel.

Elle venait de Paris… Yeeeeees ça. La France, la Seine, les quartiers chics, Paris, quoi ! Bonne nouvelle. Je ne sais pas pourquoi ça me mettait en joie ; quitte à avoir une compagne, qu’elle vienne de Paris, je suis parfaitement d’accord à ça. Puis elle parlait assez bien le Japonais pour éviter que la discussion ne vire au bouillon de culture dans laquelle une tête fatiguée alourdie par les plis de l’alcool s’y perdrait. Tous les avantages, aucun inconvénient. Paris, la ville-reine.

“C’est comment, la ville ? Aussi imbattable qu’on l’imagine ?” Je suis pas dupe comme beaucoup de compères, Paris, c’est pas le paradis. Mais c’était exotique, puissant, sensuel, comme odeur. Visiter Paris, pourquoi pas. A moi de parler de moi… Il fallait bien meubler en attendant le repas.

“Ouais, ouais, je viens plutôt du sud à la base. Dans une famille pauvre de chez pauvre. Ça a été l’enfer, j’avais un frère et une sœur, mais il n’y avait la place pour aucun de nous trois. J’étais ni bon en cours, ni à la maison. J’étais un sale gosse qui traînait un peu partout. Mais maintenant…” L’appartement que je regarde est assez éloquent sur la réussite professionnel. “... Tout confirme que je suis né dans un environnement vicié, il a suffi de déménager sur Tokyo, et tout s’est bien passé. J’ai mes amis, mes réseaux, mes contacts.” Les combines à deux sous, aussi. Ou dix mille. Je la rassure aussi, vite fait, avec un autre verre. “Tu n’as strictement cassé aucune relation sérieuse.” Vrai. “J’ai juste mon amie d’enfance qui est chamboulée. On a tout vécu, elle et moi, depuis le lycée, et le mariage va être la première épreuve depuis quinze ans qui va nous séparer un peu.” Je m’assieds tranquillement sur mon siège à nouveau, le verre à nouveau plein.

La pizza sonne, Astrée y va, sa patte folle la rattrape et je fais semblant de n’avoir rien vu. Il était plus courtois dans cette situation de la laisser faire plutôt que de la prendre en pitié et de la ridiculiser en jetant à l’eau sa bonne volonté. Les pizzas sont juste livrées, tout était déjà payé, et quand le serveur nous dit bonne soirée, je lui lève la main pour le remercier. Le fumet me donne faim à lui seul, je récupère ma pizza et on se retrouve tous les deux sur la table, l’un en-face de l’autre. Le constat d’une tristesse à blâmer me tombe dessus et ne demande aucune autorisation pour m’échapper :

“Il y a trois jours, j’avais une autre vie.”

Le tableau était pittoresque : moi devant une inconnue à grailler une pizza autour de murs que je ne connaissais pas, une vue que je ne reconnaissais plus, les odeurs n’étaient pas les mêmes et dans mon ventre, quelque chose s’était fermé à l’arrache, comme un gros trou dans un vêtement qu’une couture sèche, avec pour ordre de le refermer, avait défiguré l’intégralité du tissu pour remplir la commande. Je n’étais plus libre de voir qui je voulais et d’embrasser la personne de mon choix ; tous les gestes intimes seraient dirigés vers une seule et même personne, bien la seule parmi toutes que je n’avais pas choisi, et plus que de me savoir pris au piège, savoir que je jouais le jeu de l’Incontestable et les désirs de politiciens demeurés il y avait plusieurs décennies de ça me navrait. Les vrais rebelles japonais étaient encore tous célibataires ; une fois que vous étiez enfermés avec la même personne pour le restant de vos jours pour pondre du chiard à la moulinette, vous faisiez partie intégrante du système. Voilà l’horreur : sur ce combat, on pouvait ficher.

Après, tenez, je ne me plaignais pas tant que ça ; renverser l’Incontestable, je laisse ce rêve aux abrutis. Être pépouze avec une nana pour le restant de mes jours, à la limite, ça enlève un peu de charme à la vie, mais je suis pas contre la stabilité dans le foyer. En plus d’un con assuré, je pouvais me concentrer à pleine balle sur mes véritables occupations. Comme je pensais tantôt, de toute manière, ces derniers mois, on pouvait pas dire que j’avais gratté beaucoup de dos, alors j’allais pas naïvement me plaindre qu’on m’en fournisse en dépannage, garantie à vie. Mais j’étais pas à l’aise avec l’idée.

Bon, stop Burden, tu iras mieux, demain, finies les grimaces ! Déjà, pizza. J’ai ouvert les bières, l’aie servie dans un verre, puis je me suis reposé sur mon habituel en raclant la chaise, le dossier encore chaud. Le goût me réveille un peu, le goût de l’habitude, d’un truc un peu réel qui brise la fantasmagorie dans laquelle j’étais plongé. Entre deux bouchées, je me redresse :

“J’ai un tournoi de poker auquel on m’a invité, c’est dans une douzaine de jours. Il risque de me prendre la journée complète, entre dix heures et quinze heures, et je ne sais pas si on aura une autorisation qui nous délestera de nos tâches quotidiennes, alors il faudra prévoir une organisation.”

Dans un blanc de discussion, je savais si bien à quoi ressemblait cette phrase : je jouais au daron. Je haïssais ce rôle pour la distance froide qu’il mettait, mais c’était un mal nécessaire. J’essaie de partir sur un autre sujet :

“Et… Je ne sais pas si c’est indiscret... ta jambe ?” Pas besoin d’autre mot, toute l’information était bien passée.
Astrée E. Fujiyo
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posté
le Mar 3 Sep - 23:43
par Astrée E. Fujiyo
First lies.
Bien sûr que tu mens. Tu es sincère. Ton quotidien te convient. Ta vie te convient. Ton métier te convient. Tout te convient. Même ce mariage, tu l’acceptes. Certes, tu ne l’enlaces pas avec une joie éclatante. Mais tu l’acceptes. Tu te plies aux ordres. C’est mieux que de t’insurger et finir malheureuse à vie. Au fond, tu as raison. Tu fais mieux de te voiler la face. De te rendre aveugle au monde. À la réalité. C’est le meilleur choix à faire. Mais les pizzas ne vont pas aller se chercher toutes seules, si tu ne bouges pas ton cul, tu sais, Astrée ? Alors, tu claudiques jusqu’à la porte, ta canne résonnant doucement lorsqu’elle claque au sol. Tu ouvres la porte au livreur, l’accueil avec un sourire aussi aimable que possible, avant de réceptionner votre commande et reviens jusqu’au salon, les deux pizzas en équilibre sur le plat de ta main gauche, tandis que la droite tient fermement ta sécurité, avant de faire le chemin retour, non sans froncer les sourcils. Mais tu te forces à inspirer profondément, pour faire passer la douleur. Et enfin, tu poses les pizzas sur la table. Banpei se sert. Tu en fais de même, après t’être rassise et avoir posé ta canne non loin.

L’odeur finit d’éveiller ton estomac. Tu ne sais pas si tu vas la terminer, mais en attendant, elle te semble fort appétissante. Et la bière, servie par ton nouvel époux – ton nouveau colocataire – également. Et enfin, tu prends le temps de rebondir sur ce qu’il a pu te dire.

« Tu as bien le droit de ne pas être un grand lecteur, je ne compte pas te juger là-dessus. Ce n’est pas le truc de tout le monde et je comprends parfaitement. »

Raté, Banpei. Après, que les choses soient claires : ça n’est pas un tue l’amour, peut-être car tu ne ressens aucun amour ? Ni même une attirance. Tu te sens… plutôt neutre à son sujet. Il reste un inconnu. Et tu n’es pas dans un dessin animé. Tu ne crois pas non plus au coup de foudre. Tu es plutôt pragmatique, comme jeune femme. Et tu savais bien que tu ne tomberais pas amoureuse sur le champ, de ton mari imposé par l’Incontestable machine. Tu ne penses pas même tomber amoureuse, un jour. Peut-être y aura-t-il une certaine forme de tendresse. Une très grosse habitude. Un certain confort à ne pas être seule. Mais de l’amour… le programme n’est pas fait pour, malgré tous ses algorithmes.

« Paris… c’est pas mieux qu’ailleurs. Belle réputation. Mais c’est tout. Non, d’accord… je suis sévère. Les gens y sont désagréables, pressés, pas polis. La ville est salle, dans la plupart des quartiers. C’est blindé de monde. Ils déambulent tous comme des fantômes. Ou des zombies. Peur d’être en retard. Peur d’être en avance. Peur de voir son métro avoir un problème et ne pas fonctionner. Ça râle. Ça court. Ça ne vit pas. On pourrait croire, à m’entendre parler, que je n’aime pas ma ville… et pourtant… Si… J’aime Paris… Mais je ne saurais pas expliquer pourquoi… c’est peut-être inconditionnel. »

Tu l’aimes, oui. Mais tu n’y remettras pas les pieds tant que ton géniteur y vit.

« Je vois… »

Tu finis par répondre, à l’explication quant à sa meilleure amie. Tu es donc une épreuve. Tu ris, doucement. Comme quoi, il y a des choses qui ne changeront jamais. Un poids. Un boulet. Tu es imposée dans la vie des autres. Indésirée. Si tu pouvais disparaître, cela soulagerait sans donc beaucoup de personnes. Oh, non, Astrée. Range ces larmes qui commencent à te monter aux yeux. Ta gorge s’étrangle. Tu t’es coupée toi-même l’appétit, idiote. Alors, à défaut de manger, tu bois. Et tu peux avoir une sacrée descente, quand tu t’y mets : la preuve, tu vide ton verre d’une traite. Cul sec. Et kanpai. Ainsi, ses mots sont loin de t’avoir rassurée. Mais tu hausses les épaules. Ça passera… Tu es une grande fille, tu peux encaisser. Tu te mens.

« Il y a trois jours, j’avais sensiblement la même vie. »

Tu ricanes. Pas à manger de la pizza, certes. Juste des sushis achetés tout prêts au Konbini en bas de chez toi. Seule dans ta cuisine. Dans le silence le plus complet. La seule chose qui change… c’est que maintenant, quoi qu’il advienne, tu ne seras plus seule. Tu espères simplement qu’il ne s’avère pas aussi toxique que ton père… Et à cette simple pensée, tu te sens nauséeuse. Et si… ? Non. Tu ne veux pas y penser. Tu ne dois pas y penser. Alors, tu attrapes la bouteille de bière entamée, avec laquelle Burden t’a servie, avant de venir boire, directement au goulot. Au diable la grâce, la délicatesse et la féminité. Tant que tu te retiens de lui roter au nez… ça, ça serait vraiment le pire du pire, niveau glam. Même si tu es humaine. Mais peut-être pas le premier soir, tout de même.

« S’il le faut. Préviens-moi juste rapidement, si je dois prendre ma journée ou décaler mes horaires, que l’on s’organiser à la librairie… »

Tu finis par te forcer à prendre une part de ta pizza, pour la mener, sans plus aucune envie, à ta bouche pour la grignoter, sans faim. Mais boire le ventre vide, c’est la pire idée du monde. D’ailleurs, tu devrais songer à te prendre un verre d’eau, afin de t’hydrater. Ce serait dommage de montrer la « toi » qui a la gueule de bois dès le premier matin à ses côtés. Non pas que tu comptes le séduire. Mais si tu peux éviter de le dégoûter, ce serait génial.

Et… voilà qu’il aborde le sujet sensible. Si le bleu de tes yeux osait s’attarder sur lui, jusque-là, non pas pour le détailler mais pour attester de l’attention que tu lui portes, pendant votre échange, là, il se baisse pour fixer tes cuisses. Et tes mains, elles, viennent serrer le tissu de ton pantalon, à t’en faire blanchir les jointures. Tu es tendue, tout à coup. Il a touché là où ça fait mal. Mais tu ne veux pas l’envoyer chier. Pas prendre le risque de le froisser. Tu soupires. Inspire. Expire.

« Accident… »

Tu susurres, doucement, avant de regarder ailleurs, le fuyant toujours du regard.

« Ma jambe a été écrasée. Nerf compressé. Cela remonte à il y a quelques années maintenant… mais j’ai toujours des douleurs. Sûrement psychologiques. Mais rien n’y fait. Ni le psy, ni le kiné… Juste les antidouleurs. Je suppose qu’on a dû me mettre sous placebo il y a bien longtemps, maintenant. Mais je n’arrive pas à m’en séparer. »


Tu conclues, doucement, avant de relever le regard, chercher le sien. Tu ne donnes pas plus de détails. C'est déjà amplement suffisant, ainsi. Et tu l’interroges, de tes iris. « Pitoyable, hein ? » que tu lui demandes, silencieusement. Mais surtout, tu lui adresses une supplique silencieuse : « ne me pose pas plus de questions à ce sujet, s’il te plaît. Pas aujourd’hui. Ni demain. Jamais. » C’est sensible. Mais au moins, s’il veut t’attaquer sur tes faiblesses, eh bien… il a le moyen d’en connaître déjà une. Les autres, en revanche, tu les gardes pour toi, pour l’instant. Peut-être à tout jamais. Tant qu’il ne pose pas les questions, tu ne répondras pas. Et encore, pour que tu y répondes, il faudrait que ses questions soient extrêmement précises et t’empêchent de répondre par « oui. » ou par « non. ».

Et, finalement, pour l’occuper, pour ne pas qu’il cherche à en savoir plus, tu relances un sujet. Ou plutôt, reviens sur un qu’il a abordé.

« Et du coup… J’en conclue que ton amie d’enfance n’est pas mariée, elle ? »

Tu demandes, doucement. Tu essaies de t’intéresser vraiment à lui. Après tout, c’est la moindre des choses à faire, dans un tel cas.

« Et elle est du genre possessive ? »

Que tu saches à peu près à quoi t’attendre, des fois que… Oui, tu t’imagines les pires scénarios. Enfin. Pour toi, ce le sont. Parce que ma grande, tu es très loin du compte…

« Tu as de la famille dans la région ? Enfin… quand je dis famille… c’est au sens large du terme. Tu sais… celle qui l’est par le sang… et celle que tu t’es choisi, au court de ta vie. »


La meilleure des deux, à ton sens et selon ton expérience, c’est sûrement la seconde catégorie… Mais ça, tu te gardes bien de le dire, évidemment…

Banpei Fujiyo
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posté
le Mar 3 Sep - 23:44
par Banpei Fujiyo
J’aurais voulu vous parler de mon spleen qui dilué de base dans l’alcool que j’ingurgitais, se propageait dans chacune de mes pensées et me poussait aux problèmes de crâne et à l’abandon de poste des tranchées de la politesse auquel je m’apprêtais, mais en vrai, en tout premier lieu, je devais avouer que le récit d’Astrée me percuta un peu plus que prévu. Son histoire de jambe démolie, craquée sous le poids, était universelle : et comme ça n’arrivait pas souvent ce genre de plat, on pouvait sans imagination déceler là un accident, et les accidents sont toujours accompagnés d’une si forte dose d’injustice que la vie peut sembler cruelle, et méritante d’un bon crachat, ce que le corps comme l’âme savent produire en permanence sans ordonnance, et en distribuer à chaque minute de temps coulé. J’allumai peut-être ma dernière clope pour accompagner son récit, avant de répondre les lèvres enfumées :

“Ok. J’espère que tu vas bien.”

C’était dit avec un ton d’iceberg, mais c’était vraiment sincère... encore une fois, je cherchais ses yeux et je m’y accrochais pour lui envoyer quelque chose. Ne serait-ce que de la gravité pour souligner mes paroles. Tout ce qui est froid n’est pas forcément confiné au sérieux à ce que je sache : la neige a ses bons côtés. Je reprends du baume aux bronches, et je ressouffle. Je voulais m’excuser d’avoir posé la question, mais en vrai, je l’aurais remise sur la table à un moment ou à un autre, par curiosité ou par souci d’attention. Pas de regret à avoir. Je voulais lui dire qu’avec l’argent dans les poches que je me faisais, elle pourrait avoir accès à tous les anti-douleurs du monde, légaux et sous la manche, mais la tête de l’appartement me privait d’un show-off sans forçage.

Elle repassa, par le revers sur un contre-pied qui ne laissait plus trop de doute sur la difficulté qu’elle avait à parler de sa jambe défaite, sur mes proches amitiés à Tokyo. On aurait pu croire que coupable, qu’elle veillait à ce que sa présence ne mette pas à l’envers mon cosmos. Je lui répondis d’une voix plus neutre, un peu déconfit de son histoire, après avoir terminé ma part de pizza :

“J’ai trois amies avec qui j’ai créées…” Non, tu ne parles pas de la Toile Rouge. “... Une très forte amitié. On est inséparables. Mon amie d’enfance, déjà, et oui, elle est très possessive. Plus son crush à elle. Et la meilleure amie de son crush. Je suis le seul mec du groupe, mais y a jamais rien eu d'ambigu. Ce genre de relations fait plaisir, on sait à quoi s’en tenir. Tu les verras souvent, alors ne te laisse pas malmener. Boomer sera cool par compassion pour toi, Butch sera sèche aux premiers moments, et Baby…” Hm, Baby aurait la férocité d’un banc de piranhas affamés. “... Elle ira à son rythme.” Astrée devrait comprendre qu’un écu serait nécessaire. “Après, j’ai pas mal de gens que je connais, pas mal de collègues. Mais si tu rencontres le B-Bang, tu rencontres le centre de mon réseau. Après, j’ai une soeur aînée sur Tokyo, mais nous ne sommes pas trop en contact. Elle a déjà un gosse, elle est en mode carrière, on ne vit plus dans le même monde alors se parler devient difficile.”

La cigarette continue de se consumer alors que ma vie étalée ressemble, avec mon air désabusé, à une toile légèrement en charpie. Toute couleur vérité a été effacé comme il était possible de le faire ; ce n’est pas très beau mais l’art, des fois, remplit un rôle avant les yeux. Ce genre de pensée m’attaqua enfin, et nous pouvons reparler du spleen.

Car la soirée avançant, l’alcool descendant et sentant mes envies de discuter disparaître plus vite que mes parts de pizza, quand ces dernières s’en allèrent, resta le temps du constat : la glace avait fondu entre nous, légèrement, c’était bien, mais des barrières avaient été créées en remplacement, solides et grises. Même si le ton de la discussion semblait plus affirmé et qu’un échange véridique se transmettait, on portait déjà des masques lourds avec aucune raison de les enlever. L’alcool pourrait aider peut-être à nous rapprocher, mais l’alcool était des fois une pièce à deux faces : elle pouvait tomber sur le côté qui portait à l’ouverture, mais rarement, des fois, elle pouvait provoquer l’inverse. Et alors que de toutes mes expériences, et même, TOUTE la culture japonaise de la rencontre l’affirmaient : l’alcool casse les masques et les frontières, rapproche les individus. Je savais que si je suivais Astrée, je saurais être plus chaleureux, plus proche et que je pourrais même la faire rire et la rassurer qu’à l’avenir, je pourrais être un gars avenant avec elle. Ce n’était même pas de la foi, c’était presque logique, scientifique, je voyais déjà le soleil où on pourrait se sourire tous les deux, légitimement, se supporter l’un l’autre et se porter une affection mutuelle qui pourrait dépasser le cadre de l’amitié et de la collocation. C’était certain. J’avais la certitude qu’on pourrait planter cette graine à deux et qu’elle mettrait des semaines ou des mois et des années à pousser...

Mais la fatigue, la flemme, évoquer le B-Bang et sa blessure, mon déménagement à peine terminé dans un endroit que je ne connaissais pas, le foie triste, le ventre comprimé, ma vie chamboulée, me poussèrent, avec ma bénédiction poussiéreuse, dans l’autre direction. Mon esprit malade de solitude, ce qui était rare, boucla le procès et s’amenda d’une ultime politesse :

“Je suis fatigué, je vais aller me coucher. Beaux rêves.” En passant près d’elle, j’attaquai ma culpabilité de me complaire dans un sentiment négatif en posant ma main sur son épaule, un geste plus amical, de support “nous sommes dans la même galère toi et moi, je te plains”, qu’un geste tendre. Puis je la plantais, là, la face fermée.

Les dents lavés en quelques secondes, je filais dans la chambre, me déshabillai jusqu’au caleçon car je crois qu’on était censés partager la couche, et me posai par-dessus les draps car il faisait trop chaud pour oser se placer dessous. Je récupérai mon casque audio, et du tracé habile de quelques doigts sur la plaquette droite de l’appareil lança une musique.

Les premières notes tissèrent un cocon autour de moi, et en fermant les yeux, je pourrais presque me retrouver, trois jours de là, alors que l’avenir semblait aussi parfait que le hier. Tout était libre, tout était à disposition, les rues étaient toutes pleines de promesses, je pouvais traîner longtemps à l’extérieur sans me soucier de tâches à accomplir, de bisous à empiler, de conneries d’activités à se farcir quotidiennement. Par rapport à il y a trois jours, j’étais un homme libre. Pas une sorte de parasite nouveau à qui on promettait la joie du mariage, une valeur qui n’avait touché que les con-servateurs et la société qui rêve de robots à la place de coeur. Un type comme moi, le mariage, c’était peanuts. Rien d’absolument incroyable, pas de promesse mirobolante… Rien qui ne payait le prix de ce que j’abandonnais derrière moi, en vérité… En vrai. En fait.

Alors je priais pour qu’elle ne vienne pas de suite, que je puisse profiter de ma musique, de l’instant, de moi sur un côté (le gauche, côté fenêtre) du lit alors que je dors toujours au milieu pour m’étaler en long, en large et comme d’habitude, en travers, posé complètement sur le dos, les deux coudes pliés, les deux mains derrière la tête, à fixer le plafond pendant une longue minute, ou deux , le casque serré sur les oreilles - j’aurais pu tenir deux heures avec la même musique dans la tête, à rester ainsi, immobiles, à tenter d’expérimenter au plus profond, dans le noir, les sentiments d’amertume qui me parcouraient. C’était assez doux, poignant à l’intérieur du coeur, triste, citronné, bittersweet frais, rien qui ne ressemblait à un regret, plutôt de l’adiculé en pluie. Je cherchais la beauté des jours anciens, comme quoi le soleil était plus beau en souvenir qu’en vrai, parce qu’il était dans le temps, à la température idéale. Tout dans le passé était à la température idéale. Maintenant, il fait froid ou chaud, dans la tête, c’est toujours désagréable. Toujours triste, toujours quelque chose pour se plaindre. Le présent n’était pas beau.

Alors Burden, un peu pété, le visage un peu flouté d’alcool, on s’accroche à ce plafond, à ce rien immobile, et on espère s’imaginer qu’il puisse être le nouveau radeau dans lequel on va pouvoir se poser à venir. La table basse à-côté ne ressemble pas à la mienne mais je peux peut-être l’accepter. Les draps sont moelleux, je peux les accepter aussi. Les murs, je les vois à peine dans l’obscurité, mais j’imagine que eux aussi, je les accepterai… Je peux tenir la couleur, la fenêtre et les volets, les bruits tranquilles dans la rue que j’entends bien moins que dans l’appartement précédent, je peux essayer de me faire à l’idée, que non, mon plancher n’est pas légèrement incliné, ce qui me donne l’impression d’être sur un bateau, que les nouveaux voisins ne feront pas trop de bruit et que le B-Bang m’aimera comme avant, que notre relation était trop solide pour qu’une griffe puisse l’écorcher, je peux croire à l’armoire en-face qui attendait nos vêtements, et à la température de la pièce. Je peux croire en moi aussi, pas au futur, mais au Burden maintenant, au milieu de ses secondes, sa musique engoncée dans les oreilles qui le coupe de toute autre réalité, tout seul dans le noir, tout seul à prier pour que la coque du cocon ne se fasse pas illusion avec la présence de l’autre, je pouvais croire à Burden, tout seul dans le noir, à écouter sa musique jusqu’à ce que l’éternité se lasse et que les soucis trouvent paix en moi ; toujours présents, mais en paix, comme une petite société sans révolution, et s’il n’y a pas de révolution, c’est que c’est tranquille, et j’accepte tous les soucis de la terre tant qu’ils me laissent tranquilles, tant qu’ensembles, on puisse dîner ensembles. Je pouvais croire en la pièce entière et à l’oasis que je m’étais créé.
Mais croire en Astrée… Mon ventre se serra dans une convulsion violente et peinée. Je soupire fort, longtemps, seul chez moi, j’expire plus que mon air et mes poumons et je ferme les yeux alors que la musique me berce.
Astrée E. Fujiyo
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Inscrit.e le : 23/08/2019

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Banpei a.k.a Burden
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?

★
posté
le Mar 3 Sep - 23:48
par Astrée E. Fujiyo
First lies.
Sa réponse est froide. Mais pas sèche. Elle n’est pas emplie de pitié, ni de dégoût. Seulement pleine de sincérité. Mais… si ça va… C’est une bonne blague qui résonne dans ta tête. Tu vas bien. Tu vas bien. Tu vas bien. Tu vas mieux. Tu mens. Tu hoches doucement du chef, ne voulant pas t’apitoyer. Parce que non, tu ne vas pas bien.

« Aussi bien qu’on puisse aller. »

… dans une telle situation. Tu as une jambe moins opérationnelle que l’autre, sujette à la douleur et incapable de marcher correctement. Pire encore, une jambe qui t’empêche de monter à cheval. Enfin… ce que tu ne dis pas, c’est que tu pourrais te faire opérer. Tu pourrais te faire soigner. Mais ce serait effacer la dernière marque laissée par River. Ce serait finir de l’effacer de ta vie. Accepter de l’oublier et passer autre chose. Parce que, si ta jambe était guérie, tu pourrais de nouveau monter. Tu pourrais retrouver ta vie. Pas ce simulacre que tu te forces à aimer. La vraie vie. Celle qui t’a donné tant de sensations, quelques années auparavant.

Tu dois cesser de songer à de telles choses. Cela ne fait pas du bien, que de songer à de telles choses. Vraiment pas. Et l’alcool n’aide pas. Tu inspires profondément, clos les yeux, un instant, avant de secouer doucement la tête. Chasser les idées noires. Et il t’y aide, en reprenant la parole. Tu l’écoutes, avec attention, tout en continuant de grignoter la seule part de pizza que tu aies touché, sans plus de faim. Trois amies. Tu essaies de mémoriser les noms. Boomer, Butch, Baby. Sur cette dernière, il hésite. Ce doit être celle à qui il parlait, lorsque tu as fait irruption dans l’appartement. Tu ne doutes pas trop. Mais l’hésitation de Banpei quant à sa réaction… Tu pinces les lèvres, baisse les yeux, avant de soupirer. Tu le sais déjà, que tu vas être l’intruse. Mais tout de même…

Tu sens que ça ne va pas être une mince affaire. Joie. Bonheur. Tu vas t’amuser. Mais tu tentes, tout de même, de mémoriser le maximum d’informations possibles. Tout en mastiquant ta pizza comme un chien rongerait son os, tu repasses les informations en boucle dans ton cerveau dans l’espoir de les enregistrer. Mais les brumes te découragent. Alors, tu te contentes d’observer sa cigarette se consumer. La manière dont il la glisse entre ses lèvres. Ses traits qui se contractent, lorsqu’il tire dessus. Qui se décontractent, lorsqu’il expire. Il y a quelque chose de fascinant à observer les autres.

Mais voilà que Banpei finit par prendre congé. Tu hoches doucement la tête, avant d’incliner la tête, poliment.

« Bonne nuit… »

Tu répons. Mais tu ne bouges pas. Pas tout de suite. Tu veux lui laisser le temps de s’endormir avant de le rejoindre. Et te laisser le temps, à toi, de visiter un peu l’endroit. Peut-être. Si tu trouves le courage de lutter contre la douleur pour cavaler dans tout l’appartement. Tu le laisses partir, le regarder s’éloigner, sans plus te porter attention. Ainsi commence votre colocation. Tu soupires, tout bas, avant de venir t’attacher les cheveux et remonter les manches de ton haut. Ça non plus, il ne le sait pas. Il ne le connait pas. Tu ne lui as pas montré la peau marquée par les lames utilisées pour te purger, un peu plus jeune. Et… un peu moins jeune. Certaines ne sont pas si vieilles. Mais hors de question que lui laisses comprendre que tu as eu… quelques problèmes. Psychologique. Tu lui as promis de ne pas être un boulet à sa cheville.

Nouveau soupire. Tu finis par te lever. Sans prendre ta canne, tu titubes jusqu’à la baie vitrée, la porte fenêtre pour l’ouvrir et déboucher sur la terrasse. Là, tu observes l’endroit. Il fait un peu frais. Mais tu t’en moques. Ça fait du bien. Puis, tu t’installes sur un des transats avant de sortir ton paquet de cigarette et t’en glisser une entre les lèvres. Tu n’as pas envie de dormir. Encore moins d’aller te coucher. Tout cela a été assez éprouvant, au final. Plus que tu ne l’aurais cru. Alors tu profites de ta tranquillité, là, sur la terrasse, au-dessus de la ville.

Cette relation, là… forcée. Incontestable. Incontestée. Elle ne mènera à rien. Rien, si ce n’est à une habitude. Un train-train quotidien, comme celui que tu prétends apprécier. Mais qui ne te ressemble pas. Qui ne te correspond pas. Trop calme. Trop plat. Trop similaire. Aucune prise de risque. Aucune adrénaline. Rien. Rien du tout. L’ombre de toi-même. Voilà ce que tu étais jusque-là. Désormais, tu seras l’ombre de l’ombre de toi-même…

Tu restes là, un long moment, en retournant toute ta journée, dans tous les sens, dans ta tête. Et puis, tu finis par te résigner. Là, tu es fatiguée. Tu le sens. La brume t’est trop montée au cerveau. Alors, tu jettes, d’un geste désinvolte, ton troisième mégot, par-dessus la rambarde de la terrasse, avant de te redresser, puis te lever. L’effort est douloureux. Mais tu le fais. Puis tu retournes à l’intérieur, avant d’aller chercher ton sac afin de récupérer une chemise à manches longues, partir en quête de la salle de bains, dans la direction qu’a prise Banpei, trousse de toilettes à la main. Tu la trouves. Pénètre la pièce, observant autour de toi. Puis tu te changes, pour n’enfiler que la chemise, t’arrivant à mi-cuisses, ses manches amples cachant ta peau scarifiée, avant de te brosser les dents, puis aller dans la chambre. Tu n’y vois pas grand-chose, alors tu y vas à tatillons. Jusqu’à buter contre le lit – manquant de très peu de t’exploser le petit orteil contre la table de nuit, tu ne sais pas la chance que tu as, Astrée – puis t’assoir sur le lit.

Et enfin… t’allonger. Sous les couvertures. Il fait chaud. Mais étrangement… tu ressens une certaine pudeur, en cet instant et préfère te cacher sous la couette. Là, allongée sur le côté, dos à Banpei, tu t’enfonces dans ton oreiller. Le lit est confortable. La couverture est douce. L’oreiller est moelleux. Et la respiration de celui qui, désormais, se trouve être ton époux, qui va partager ton quotidien ennuyeux, te berce, doucement.

Et tu t’endors.

Ainsi se termine votre soirée ensembles, première d’une, sans doute, longue série… Au moins, tous les meubles, tous les vases, sont encore en un seul morceau…

Bienvenue dans ta nouvelle vie, Madame Fujiyo.

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