Manutea Poghosian
Messages postés : 42
Inscrit.e le : 19/08/2018

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Birdy askip :sueur:
Autre:
posté
le Mar 3 Sep - 23:18
par Manutea Poghosian

C'est tout d'abord un soupir, qui se laisse entendre. L'appartement était plongé dans un silence propre à l'absence de vie en dedans. Aucun animal, aucune compagnie pour l'attendre le soir. Et il appréciait cela, Manutea. Appréciait de pouvoir briser celui-ci de ses propres habitudes. De pouvoir les casser d'avec une douche, le clapotis de l'eau plus ou moins régulier, d'une musique en fond, de quelques mots qu'un écran aurait pu cracher, s'il avait lancé le pc pour écouter les informations. Pas les japonaises, surtout pas, parce qu'il en assez de ce trop plein de politesse, des conversations qui ressemblent à des murmures parfois, des airs si bien habillés de quiconque qu'il peut croiser au travail, même en dehors. Saisit mieux pourquoi certain-e-s apprécient tant l'extravagance lors de leur temps libre, pourquoi les tenues qui l'ont fait tant se retourner au départ, à se demander ce qu'ils foutaient. Il saisit que c'est comme pour lui, une manière de se laver de tout ce bordel, de toute cette politesse, de tout ce qu'il juge être comme de l'hypocrisie. L'envie de cracher dans la bouche des gens la plupart du temps et devoir se retenir, parce qu'il ne faut pas se refaire remarquer, qu'il est encore à travailler son jeu et son rôle, qu'aucun soupçon supplémentaire ne doit peser sur lui. Qu'il a déjà la tête de "l'étranger" et que ça éveille, directement, des suspicions. Il y été préparé, a longtemps travaillé sur le tout, appris à la perfection les règles et Lois de ce pays. Accepté de les respecter devant les autres pour mieux les bafouer ensuite, quand la nuit vient, qu'il a dans le bout des doigts tout ces vices qui veulent sévir. Un pianoti souvent régulier, un besoin de laisser le venin ressortir. Le brave se transforme en escroc à sa manière, arbore une attitude toute autre que celle devant le public. Comédien qui s'est retiré, costume enlevé sous la douche. Et parfois il vient à sortir encore, comme n'importe qui, mais ne va pas n'importe où. Marécage plutôt qu'océan.

Mais ce soir, le courrier n'est pas un message caché. Pas une invitation à proprement parlé. Juste un ordre, qui tombe désormais, après deux ans dans ce foutu pays. Il se pensait intouchable à sa manière, lui, l'étranger. Parce qu'après tout, qui pourrait bien correspondre pour mêler son ADN à pareille bête ? Personne, allons. Quand il la décachette, c'est déjà trop tard pour se rendre au domicile. Alors il la dépose après avoir pris connaissance du nom de la femme à aimer, qu'il sait déjà détester quelque part. Par principe, juste, pour échapper à l'ennui aussi. Dans les cavités, l'animosité se dilue doucement, constitue un fond qu'il est encore possible de diluer au point qu'il pourrait ne rien en rester. Il aurait été possible d'y faire quelque chose, oui. Mais vient le second jour et son regard se pose, en rentrant dans ce nouvel appartement, sur une présence masculine. Un haussement de sourcil, vague, la bouche qui formait encore un trait. Une voix de femme ensuite, et le voici confus, ou plutôt quelque peu médusé. Madame avait-elle tant besoin d'un cavalier pour rencontrer le dorénavant époux ? Abrutie. Pensée première ainsi, le fond se remplit un peu plus d'un crachat de venin, sans rien pour en atténuer le goût. Ils se jugent, les adversaires, Manutea peu enclin encore à la conversation. Alors il se défait de son manteau, avant de consentir à un effort quelconque. Bonsoir. Marmonnement de l'étranger, d'avec sur le bras la veste qu'il vient de retirer, un sac pas si grand à ses côtés. Pas vraiment rempli, surtout, parce qu'il n'avait pas la moindre envie d'être comme une mule. Qui est Birdie ? Bonne prononciation. Il s'en fout bien que ce soit "Baby", pour l'assemblée. S'en foutra encore même en sachant, s'enquiert juste de ce qu'il peut bien y avoir, sur le papier. Banalité, pour un homme dont rien ne ressort de particulier pour l'instant. Seulement atypique de par son identité, encore un foutu type venu se perdre au Japon, venu se foutre volontairement une foutue puce dans la tête pour on ne sait quelle raison. L'arnaqueur jauge encore, découvre en tâtonnant, ne dévoile rien de son jeu pour l'instant. Un coup mentale sur la table, pour signifier qu'il veut checker la prochaine carte qui figurera sur la première. Peut-être que l'adversaire se dévoilera bien plus rapidement. Il n'en sait rien encore, avisera en temps et en heure. Partie de poker menteur.
Banpei Fujiyo
Messages postés : 478
Inscrit.e le : 08/05/2014
Exploseur de Mots
Exploseur de Mots
posté
le Ven 6 Sep - 21:45
par Banpei Fujiyo
La tâche la plus violente n’a pas été de récupérer Baby, qui se débat comme un chat phobique des piqûres à l’heure de l’entrée en cage, ni de la porter directement sur les épaules pour lui faire faire le trajet et croiser le regard incompris mais respectueux (en longue distance), des passagers du bus qui avaient dû à Tokyo souffrir de visions plus ridicules ; le plus compliqué dans l’histoire, c’est qu’il fallait faire les courses. Le poids de Baby passait du simple au triple lors du détour à la supérette du coin pour que je puisse acheter le fameux champagne que je réservais à tous les jeunes mariés - seul moi n’avais pas eu le droit à mon propre cadeau, mais si Butch l’avait reçue malgré la détention, si Jin l’avait reçue malgré les cascades d’alcool que j’avais dû traverser, alors Baby l’aurait. Quand les larmes de la dernière avaient repris alors que j’étais en caisse pour payer la bouteille, arrosant mes épaules d’un relents de mouchoir et des voisins d’un bruit entre le râle et la fatigue, personne n’avait fait de commentaire : les gens aussi suspects que la paire ne pouvaient pas avoir quelque chose à se reprocher tout en essayant de se payer désespérément avec trois doigts de l’alcool en vue de tous.

Et j’ai mal. Le détour fut atroce, mais la suite, sans repos ne pouvait mathématiquement pas être mieux. Je souffre tout le trajet, mes tendons claquent comme des tomates sur un mur, j’ai les chevilles qui cherchent des nouveaux muscles, les jambes qui cherchent comment se déboîter les rotules, et les bras ceinturant les jambes de Baby qui cherchent la grève, puis le dos qui se met au compost, et je respire, et je respire bons dieux, je ne souffle plus, je crée du vent, j’éteins les bougies et les fait s’envoler du gâteau… Puis j’ai le visage, j’imagine, couleur claque-ventre en plongeon piscine. Et je continue de souffler comme un fou, comme si j’avais quatre poumons, quitte à paraître plus proche du désespoir que mon sac à patates perso.

Savoir que Baby allait se marier me mettait sur les nerfs… Non, attendez, ce n’était pas précisément de la colère, mais une sorte d’appréhension discrète, apeurée, qui me donnait envie de me venger auprès de quelqu’un qui n’avait encore rien fait pas parce que je devais expulser des sentiments... mais en prévention. Le sentiment du père de famille relou, couplé à une sorte de vengeance pour me retirer Baby, atténuée cependant depuis que j’étais moi-même marié, trois mois de cela plus tôt, et que nous avions déjà fait le deuil de nos espoirs de vivre en deux symbiotes, comme nous étion habitués depuis le début de notre rencontre. Jusqu’à mon mariage, nous deux n’avions rien loupé des événements de l’in et de l’autre, sinon une brève coupure Butch qui avait amené au final à la création du B-Bang ; à l’époque, on se disait avec Baby que notre lien sublimait toutes les épreuves, et aux déchirures de devenir le ciment de l’un à l’autre. Et on savait pertinemment que la seule chose qui pourrait nous couper à tout jamais serait le bord d’une lettre rose. Alors maintenant que la première avait fait office, la seconde ne provoquait rien de plus que des échos en pagaille de souvenirs, des relents qu’il fallait vomir de toute manière. Mes sentiments négatifs ne vivaient que sur la façade : l’âme sage avait déjà appréhendé et accepté une telle situation, et comme j’étais dans la boue depuis plusieurs semaines, savoir que Baby me rejoignait n’était au final, qu’une sorte de consolation. Nous étions dans le même bain. Pas le meilleur, mais ensembles dans la mouise. Puis comme vous le voyez, vu qu’il fallait que je la porte, elle pleurait pour deux. Je n’étais pas si triste qu’elle trouve quelqu’un car les coeurs se menacent, et personne ne pourrait maltraiter Baby sans qu’une pelle lui aplatisse la tempe contre l’autre, mais j’étais triste qu’elle, le fut.

Baby ma belle, c’était une fleur fermée au lycée qui avait éclos à Tokyo, et plus les années passent et plus elle absorbe la vie comme les plantes absorbent le soleil, et elle danse de plus en plus sur des émotions de plus en plus pures et fortes… Donc quand la tristesse déboule, elle casse tout l’édifice, ou pire, se met à danse avec elle, et là, l’opéra commence. L’entendre se déchirer les cordes vocales fend mon coeur, pauvre Baby. L’entendre piailler alors que la cage se rapproche, c’était atroce comme dans un abattoir. Les chances de revoir Butch, que la relation reprenne après on ne savait quel tournant dont les scénaristes de film avaient le secret, perdait toutes ses chances de ressusciter. Le drame avait tissé de ses fils sa venue, maintenant dessiné, il sortait au grand jour. Le B-Bang était marié à plus de la majorité.

Je ne partageais pas les larmes de Baby, car le sang-froid, glacial comme l'Arctique gelait d’avance toute émotion ; la brutalité, par contre, ça irait bien. Je n’avais pas l’explosion biologique qui caractérisait toute colère, mais j’avais en tête un plan minutieusement dressé de ce qu’il se passerait si Baby se retrouvait mariée, et je le suivais avec attention. L’état colérique de toute manière, est si nocive pour l’être humain qu’il ne dure souvent pas longtemps, surtout quand on tente de l’examiner, surtout, encore plus, quand vous portiez une Baby sur vos épaules dans un trajet qui n’aurait pas pu être plus long si l’Incontestable l’avait envoyée sur la Lune.

Les deux dernières centaines de mètres sont au-delà de l’effort (quand votre corps se plaint cons-tam-ment, littéralement au moindre geste), au-delà de la volonté (quand votre esprit essaie d’apaiser le corps exténué avec moult mensonges qui tiennent plus ou moins longtemps selon votre entraînement), ils étaient de l’ordre du devoir : je me disais donc, à chaque fois “fais-le pour elle”. C’était un anesthésiant aussi puissant que court : il fallait que je le répète toutes les trois secondes. J’en arrivais à un moment où j’espérais l’entendre pleurer car ses larmes reconstruisaient les valeurs curatives de ma pensée essorée. Et au bout de plus d’une heure de voyage, une étape en bus, au supermarché, avec trois pauses accordées, plusieurs étages à grimper, ce fut le visage tomate, les jambes terminées, le souffle rompu et la sueur à cinquante degrés, que la porte s’ouvrit et que je fis tomber mon paquetage sur le sofa, si proche de la mort que je remarquai à peine que la lumière n’avait pas été allumé.

En parlant d’allumer, où sont mes clopes ? J’en grille une que j’expire, mais au rythme de l’expiration/inspiration que je faisais, j’allais terminer ma sucette en trois secondes. Le mari, le fameux Manou, se montra franchement, très vivement après ; on l’avait précédé de quoi, deux minutes à peine ? Faisant que quand il débarqua, pas soigné pas rangé, il vit le clopard que j’étais, au bout d’une ou deux vies, avec une triste comtesse que la tristesse assaillait. J’avais longtemps hésité à rester quand le mari débarquait, afin d’être là en soutien psychologique à Baby et de faire comprendre au nouvel arrivé dans la famille que les écarts avec ses compagnes, c’était avant qu’il fallait les placer. Mais après ma propre aventure avec Astrée, je préférais tant et de loin, que Baby apprenne à se lever seule et affronter la vie, plutôt que de se lover dans les chevilles des autres. Les miennes évidemment, n’en pouvaient déjà plus. Je pouvais être là maintenant pour Baby, mais je ne serais pas là quand elle devra dormir avec lui, je ne serais pas là au réveil, pour la matinée, etc. Personne ne sera complètement là de toute manière. Personne n’a plus de bras que Baby spécifiquement, ou plus de jambe, alors à un moment, c’est au personnage principal de se dresser contre les menaces de son film. C’est tout le bonheur que je lui souhaite : boxer en-face d’elle. La poupouner, c’est la trahir.

“C’est elle.”, le rassurais-je certainement, entre deux soupirs de fatigue, en me levant du canap’, clope entre les dents, tirant un coup avant de me baisser pour embrasser le front à ma fille et lui lâcher dans le creux de l’oreille un discret : “Tu vas gérer. Appelle-moi en cas de pépin.”

Je me relève sans force, avec de la confiture de genoux qui tombe jusque dans les godasses, et je m’avance vers la porte de sortie non sans un dernier regard déchiré ; je m’avance aussi, fatalement, vers l’arrivant, et sans le décider, j’y allais pas façon sereine. Mais si dans ma tête, je me voyais bien lui tirer une gueule de truand et lui dégobiller quelques menaces explicites, je savais que mon état perché de coureur de fond amateur allait pas lui laisser une grande marque de standing dans l'intimidation, à souffler toutes les deux syllabes pour rassurer les poumons, donc l’idée s’évapora d’elle-même et cela me fit un grand bien. Pour déculpabiliser, j’ose le début, faux calme, et trois petits points.

“Je te préviens…”, et j’agite le doigt proche de lui comme si c’était un revolver. Je respire, je lui clash yeux à yeux, il comprend mon délire, normalement. Be Good. Je tire une tronche, héros de film d’action à moralité grise foncée à la fin de son climax, la tête un peu ravagée, très show-off, très explicite de la pupille, prêt à dégainer encore car on s’arrête pas de courir jusqu’au générique. Je le laisse cinq secondes dans la marinade de mon regard qui voulait à tout prix faire passer tout ce que je ne voulais plus dire en mot, et alors que je me dis que j’ai plus rien à lui dire, je ne m’arrête pas contracter les épaules et de jouer au dur, car j’avais oublié quelque chose : “Tiens…” Mon ton de voix resta dans le même ton de menace que j’avais cru pouvoir lui sortir si je n’avais pas craché toute mon énergie à porter Baby jusqu’ici : “Félicitations… Pour le mariage…” Je lui laisse la bouteille de champagne, je claque la porte, et je manque de m’endormir… Il faut sérieusement que je rentre chez moi, maintenant ? Quoique, je préfère encore me taper le trajet inverse, viser les bus, plutôt que de revivre un nouveau mariage. Baby ma belle, à toi l’ingrate soirée, l’infortunée gêne de tous jeunes mariés.
Birdie Poghosian
Messages postés : 83
Inscrit.e le : 16/10/2018

★
posté
le Mer 11 Sep - 9:18
par Birdie Poghosian
I know all too well it don't come easy
The chains of the world they seem to move in tight


Not even met, already hated


Je croyais que le mariage de Butch serait la fin de mon monde.

Je croyais que le mariage de Burdy ferait s'effondrer l'univers.

En fait, c'était juste une introduction. Le pire, c'est de les regarder partir, faire les cartons, séparer le linge des armoires et chercher la dernière chaussette qui manque à leur collection. En fait je dis ça mais j'ai assisté à rien du tout parce que je partais tremper toutes les chemises connues de Tokyo avec mes larmes. Non, ce que j'avais en revenant c'était deux appartements bien grands et bien vides quand seules mes affaires meublaient l'espace.

Les lendemains, je pleure toujours seule. Même si c'est juste trois secondes le temps de jeter un œil avant de fermer la porte.

Et puis les mois ont passé. On s'habitue jamais vraiment.

Puis je les ai vus, mes amours. Quelques heures, jours, semaines après, chacun dans leurs prisons plus ou moins littérales. J'ai vu les visages fatigués, avec des sourires de façade, les cernes sous les yeux et la tristesse au visage. Alors j'en ai voulu aux autres. Les pièces rapportées qui ont ramené les emmerdes dans leurs bagages.

Puis j'ai laissé tomber. Sauf pour Astrée - elle me revient pas, je suis sûre que c'est un nid à embrouilles cette fille.

Quand j'étais gosse, je pensais que la lettre ne ferait que confirmer l'évidence. Que ma future âme soeur débarquerait dans ma vie sur un beau cheval blanc, agiterait ses cheveux de soleil et me réveillerait de mon cauchemar de quelques chastes baisers - Kami-sama en soit témoin, je trouvais ça déjà tellement osé à l'époque. Et puis je me suis rendue compte que je pouvais en avoir à la pelle, des blonds. Des bruns, aussi, et des roux, et des japonais, et des gaijin comme moi. Que tout ça c'était qu'un ramassis de conneries et que la vie valait son poids en liberté.

Par contre, j'aurais jamais imaginé me faire trimballer comme un sac à patates, que mon fidèle destrier porterait un béret et que je déverserais le débit du Nil sur mon passage, emportant avec lui mascara et anti-cernes.

J'ai pleuré tout le trajet. Je veux pas y aller.

Je veux pas le voir. Sa tête me donne le bourdon. Merci LinkedIn pour le spoil, maintenant va falloir se faire à l'idée qu'il va être la première et la dernière chose que je vais voir de la journée. De quoi te ruiner la bonne humeur. Et puis il est greffier. S'il commence à partir dans ses élans de mec qui a fait du droit et du coup qui est chiant, juré je l'assomme avec son Code civil.

J'aurais pu le trouver mignon, dans une autre vie. Si son nom avait pas remplacé le mien dans les courriers officiels.

Et puis. Sincèrement. On en parle de ce nom ?

A en faire fuir tous les clients s'il finit en tête d'affiche. C'est mort. J'espère que l'Incontestable a de bonnes assurances s'il me fait perdre mon job, Machintela.

Je veux pas y aller. Je suis sûre qu'il est bête et qu'il pue.

C'est pas possible qu'on me laisse tranquille ?

Je crois que j'ai dézingué le dos de Burdy à coups de faux-ongles. Puis j'ai fini par achever sa chemise en m'y agrippant, je crois que c'était juste après la supérette.

Je t'aime, Burdy.

Pourquoi tu m'emmènes à l'échafaud ?

Le trajet fut aussi long qu'une journée sans weed. Il y a un immeuble dans lequel on monte, une porte qui s'ouvre, l'odeur de la peinture fraîche et du parquet ciré.

J'ai fini mes larmes en silence. C'est fini, c'est mon cercueil, même le plancher il sent le sapin.

J'atterris sur un canapé, tout ce sur quoi je pose les yeux je le hais déjà. La cuisine, moche. Les posters, moches. Le salon ? Super moche j'ai envie de vomir sur les futons en toile et le tapis par terre. Je veux pas voir ça cinq secondes de plus. Il y a un couloir, au fond. Je me suis jetée dessus comme une furie.

Mauvaise idée.

Au moins le dressing est grand, sinon... c'est la déception. Et puis il y a cette chambre qui me met trop mal à l’aise. J’aime rien, ni la peinture, ni les draps, encore moins les tableaux monochromes qui pendent tristement au mur. C’est laid. Ça fait vieux. J’aime pas. C'est là-dessus qu'on finit le tour du propriétaire. La minute la plus inutilement déprimante de ma vie. C’est tout de la faute de l’autre, ça. Pas possible d'avoir des goûts aussi nuls, y a pas d'autre explication. Retour à la case départ et au salon nul. Je me sens pas chez moi. J'ai peur de la suite.

La porte ne bouge pas d'un iota, c'est pas faute de la fixer pourtant. Je veux voir, je veux savoir, et en même temps j'ai juste envie de tout oublier et me réfugier sous les draps moches de cette chambre laide. Il a intérêt à se ramener, l'avocat au rabais là. Sinon je jure je lui arracherai ses coglioni qui ne servent à rien et je les lui ferai avaler tout rond.

Et pile au moment où je pense ça, vraiment, au millième de seconde près il y a un bruit de clefs dans la serrure. La poignée s'actionne. La porte s’entrebâille, quelqu'un rentre.

Tadaima, husbando-san

Je me raidis comme un balais. Les draps sont beaucoup trop loin pour se planquer dessous.

J'ai peur.

Il a une tête qui me revient pas. Je sais pas c'est bizarre, une sorte de feeling qui me retourne le ventre à m'en mettre mal à l'aise. Je sors une clope (toujours pas une vraie, non, mais on commence à avoir l'habitude) histoire de faire comme si j'étais trop occupée pour voir Burdy partir. La vérité, je me serais bien jetée à son cou quand il est venu me faire un bisou. Au lieu de ça j'ai rien dit, j'ai soufflé de la fumée derrière lui pour rendre son départ aussi dramatique que dans un vieux western spaghetti. L'effet est plutôt cool. Je retiens mes larmes en tirant sur le joint.

Burden est parti.

Je lui en veux, quelque part.

Il n'y a plus que moi et l'autre.

J'ai rien à lui dire.

Par contre pour le juger des pieds au sommet du crâne, on est là. C'est avec ça que je vais finir ma vie ? Il a l'air aussi vivant et joyeux qu'un plat de pâtes trop cuites. Un feu d'artifices de joie de vivre.

"T'as le dressing, là-bas."

Va-t-en.

Un pogo dans la fosse. Et ça sera pas moi.

© leplusbeau
Manutea Poghosian
Messages postés : 42
Inscrit.e le : 19/08/2018

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Birdy askip :sueur:
Autre:
posté
le Mer 11 Sep - 21:55
par Manutea Poghosian

Il y a un orage qui plane. L'atmosphère est lourd, des pigments d'électricité qui règne dans le silence étouffant. Le regard derrière les verres qui se fait un peu plus sans vie, alors qu'on menace la sienne. Même pas implicitement. Je te préviens. Mais de quoi donc ? Pour qu'elle soit pleine, il faudrait que l'homme sous la menace de cet éclair impromptu en ait quelque chose à faire. Alors il ne lui offre que son indifférence la plus totale, les prunelles qui pourraient presque lui ordonner de frapper, donc. Qu'il se défendra, rendra chacun des coups et peut-être plus encore même, pour le plaisir de faire craquer les doigts qui font des bang sans mesurer les conséquences. Casse toi, gangster de mes deux. Un regard qui se fait long, finalement, sur le protecteur alors que Manutea ne bouge pas. On pourrait l'imaginer figé sous l'effet de ce revolver imaginaire contre sa tempe, impuissant jusqu'à ne pas savoir  assumer le regard ou les gestes des gens. Il n'est pas faible à ce point. Une expiration, finalement, face à ce morne spectacle. Trop classique. Il a déjà révisé ceux-ci, connaît déjà toutes les chansons possibles, tout les blablas associés. Alors quand l'asperge disparaît, il n'a pas rouvert sa gueule, le reptile caché sous des traits d'homme. Et enfin, le silence tant apprécié, qui s'intensifie. Ils se jaugent, d'avec madame Poghosian désormais. Il a envie de lui dire de tout oublier, déjà, de la tendresse de cet inconnu parti. Qu'il ne sera jamais lui et que de toute manière, elle ne le souhaite pas. Il ressent les tensions, cette envie de se carapater chez l'épouse. Piège à loup. Bien. Et il récupère le sac, se la joue bon toutou, bien dressé, qu'on croirait capable de remuer de la queue. Oublie tout ce qu'a pu être ton bonheur, chérie. Quelques pas à faire, avant de disparaître, d'aller s'ébrouer plus loin. De déposer avec presque négligence le sac dans un coin, d'y poser finalement les quelques affaires. L'orage qui fronde encore, au loin, qui rend l'air encore plus irrespirable. C'est finalement quand il a les poumons comprimés qu'il se sent plus à l'aise.

Clac clac.
Piège refermé.

Il revient dans le salon, délesté de ses affaires. A encore l'air d'un homme propre sur lui, la chemise repassée, les cheveux qui font des boucles sans sens mais qui n'ont rien de désordonnée pour autant. Jean simple, légèrement trop large si on venait à y prêter attention. Le foyer des lunettes marron, qu'à peine la lèvre déformée pour enfin casser le tableau. Il a l'air si banal, le reptile. Rien de plus qu'un homme, parmi d'autre, sans rien d'exceptionnel. Il n'a jamais prétendu l'être. Derechef, les prunelles qui reviennent à la femme. Sa femme. Qu'il méprise, déjà, pour ses premières allures de faiblesse, l'envie de lui sommer de cesser d'être un cliché. Parce qu'il sait, Manutea. Que si elle se retrouve mariée à lui, c'est qu'elle ne doit pas l'être tant que ça. Une évidence, même. Ça te fait quoi, de devoir être sage, désormais ? Qu'il demande, en relevant légèrement le menton, avisant son épouse. Sans prendre de précaution, ni de pincette. Pourquoi faire ? Il est détestable et assume son rôle. Les bras qui se croisent, alors qu'il ne casse pas la distance, prend juste place contre un pan de mur, avisant son dragon personnel, désormais. J'espère que tu as eu le temps de bien réviser les consignes. Baiser. Activité. Repas. Dormir. Baiser. Il a envie de lui murmurer qu'elle a tout perdu. D'enfoncer le couteau dans la plaie, dans un sourire simple et sage, aux yeux du monde. Qu'un énième poignard, caché, dans le creux de ses lèvres. Mais s'il ourle ses lèvres d'une expression si singulière, on pourrait y entendre le bruit des chaînes, fraîchement mises, s'agiter. Et pour l'heure, pour l'instant, il n'offrira aucunement ce son-là au monde. Il évalue juste l'adversaire et verra par la suite, ce qu'il en fera, de ses entraves. Il y a des esclaves qu'ont tué leur maître, avec celles-ci. L'un de nous n'y survivra pas, chérie.

Vive les mariés.
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
posté
par Contenu sponsorisé
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
© Street cred
Le contexte original du forum appartient à Aiichirô C. Yori. Les évolutions, précisions et annexes appartiennent aux staff présent et passés de JM.

Design et code par Carmine S. Bellandi / PAN, avec l'appui des ressources de Forumactif et CCC. Optimisé pour Firefox et grandes résolutions d'écran.

Les productions écrites du forum appartiennent à ses membres.

Toute reproduction partielle ou totale du forum, de son contexte ou de son contenu est strictement interdite. Soyez sympas, faites pas vos tarbâs. ♥

Nos partenaires
RPG-ChevalierFaux paradis || Birdie 50-50-2Earth WolfFaux paradis || Birdie 50x50-56504f9 Faux paradis || Birdie SvinFaux paradis || Birdie 3zm1 Faux paradis || Birdie Opol0Q6Faux paradis || Birdie FHZzEDvFaux paradis || Birdie 7Uxn8zPFaux paradis || Birdie 494ZUS0Faux paradis || Birdie 1553711497-50-50FTM 50x500Faux paradis || Birdie B50x50Faux paradis || Birdie 1553722908-no-50x50Faux paradis || Birdie 59e4Faux paradis || Birdie Logo_510Faux paradis || Birdie 190412122437274038 Faux paradis || Birdie RXqdRpDFaux paradis || Birdie Logo5010Faux paradis || Birdie VBL1j1M Faux paradis || Birdie 1559228694-50x50Faux paradis || Birdie Qlaa Faux paradis || Birdie IcoSC5050 Faux paradis || Birdie Bouton10 Faux paradis || Birdie Bouton15 Faux paradis || Birdie 1498954954-bouton-50 Faux paradis || Birdie Sans_t12Rejoins-nous sur Intelligences Mécaniques !Faux paradis || Birdie Dezg