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le Mar 3 Sep - 16:10
Corvus Akiyama
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Brisure d'Automne.
Le garçon est debout, fier comme la vie qui s'écoule à nouveau.
Les yeux sont clairs, vifs, la peau a laissé sa pâleur aux draps d'hôpital uniquement. Ses gestes lents ne sont plus les reflets de la fatigue, mais de ce raffinement particulier qu'il s'efforce à cultiver. Il le sait.
Il le sent.
Le Roi est sur pieds. La partie peut recommencer.

Le Japon offre ses jours mordorés de Septembre. A peine débuté, le mois a encore ces couleurs éparses de l'été mourant. Les rues sont moins peuplées. Et il y a cet épuisement ambiant des fortes chaleurs qui fait remonter l'odeur du goudron. Le peuple est ralenti, lui. Les affres de la maladie n'ont épargné personne. Même les sains ne savaient plus à qui se vouer.

Mais l'histoire est ancienne et le reste à écrire.
Il y a cet instant de grâce, au cœur de la librairie, où Il devine que le tournant est arrivé.

L'heure propice au changement, au départ d'un nouveau genre.


« Eh... »

Rien qui ne pourra le perturber, soit dit-en passant.
Les mots de papier et les ordres sous-jacents ne sont que de simples outils d'un système. A défaut de le défier, il reste à en jouir et à le dépasser.

Apprendre à utiliser les moyens du bord pour les transcender, c'est l'ultime preuve de grandeur.


« Corvus, gamin... »


Tout ira bien. Tout est en ordre.
Il contrôle. C'est lui aux commandes des lois imposées.
Le Roi est sur pieds. Incapable de tomber.

« Ohééééééé !! »

Grand-mère claque des doigts devant mes yeux pour ramener à elle. Sa voix sait atteindre des décibels implacables quand il s'agit de se faire entendre. Il me semble que mes pensées sont allées bien trop loin, pour cette fois. J'ai dû apprendre à les laisser divaguer pendant tout ce temps alité. C'est ennuyeux.
Mais je crois qu'elle s'impatiente. L'odeur du thé s'est dissipé et j'ai eu gagner quelques minutes à réfléchir, je suis la cause volontaire de ce suspense.
Grand-mère n'aime pas les polars trop longuets. Elle veut connaître le fin mot de cette histoire.
Puisque sous mes doigts, le destin a pris la forme d'une lettre rose. Enfin.

« … Tu vas la r'garder pendant encore longtemps ? Ouvre-la, bon sang !
- … C'est la première de notre famille, grand-mère.
- Ouais, et donc ? Perd pas plus de temps mon poussin, j'veux savoir moi ! »

La missive n'avait encore jamais atteinte les cimes de l'arbre bleu. Mon géniteur est né hors mariage, là où grand-mère n'a fait qu'attendre, toute sa vie, que les dieux la choisisse à son tour. C'est pas si important, qu'elle disait, ma chère aïeule. Mais je savais qu'en apportant la mienne ce matin même, son mensonge éhonté se déchirerait. Tu en as lâché ta cigarette, Ichiko, là est bien la preuve.
A croire qu'elle est presque plus impatiente que moi. Son regard pétille comme un ressort de jouet usé mais qui peut encore amuser la galerie.
Alors je souris. De cette façon simple, sans trop d'effort. Avec elle, je n'en ai presque jamais besoin.

Le papier s'effrite et le contenu se dévoile.
Je cherche l'ombre des branches et mon sang se glace.

La montagne s'est écrasée sur l'écorce.

"Corvus Akiyama, anciennement Aoki."

« Eh ben. Un mec. Akiyama, hm ? C'pas si moche que ça, en soi. Ça t'va bien ! »

Akiyama.

Akiyama.

A.ki.ya.ma.


Des syllabes comme des coups de haches dans un bois fier et haut. Où sont les ramures azures ? Où sont-elles, où sont-elles donc ?...

Les phalanges tremblent et les yeux se voilent.
La bouche se tord, plus de rictus, plus de douceur.
De la déception ? Peut-être.

Grand-mère se fend d'une caresse entre mes mèches. Son expression vaut mille instants de peur effacée. Ce touché, c'est celui qui n'a jamais été donné dans l'enfance, là où une poignée d'années a suffit pour en raviver l'importance.

« Ca ne peut que bien s'passer, gamin. J'te le promets.
- … Mais, Aoki...
- C'est pas un nom qui te définit, d'accord ? Tu resteras mon petit-fils adoré, qu'tu sois un Aoki, un Akiyama, ou même un blase de gaijin comme on en croise partout d'nos jours. T'es beau et jeune, profite de ta chance. »

Beau et jeune.
C'est convenu, comme lieu commun.
Grand-mère s'attache au passé d'une énergie envolée comme une larve à son rocher. Mais ses ailes de couleurs sont plus grandes que je ne le serais jamais.

« Bon. Et si on commençait à préparer tes affaires ? »


[…]

La maison est dans une sorte d’alcôve temporel. Ancienne, mais résolument moderne. Relativement spacieuse pour le terrain du quartier de Meguro, et le coup du mètre carré à Tokyo. Mon large sac ne contient que le stricte nécessaire pour ce soir, tandis que derrière moi, le soleil décroît. J'ai promis. Un peu à grand-mère, et surtout moi-même, que les règles seront appliquées à la lettre. Que je n'aurais jamais rien à me reprocher. Que ce système m'avait trouvé l'idéal et que pour régner, il fallait parfois accepter de déléguer. Parfois.

Mes pas grincent contre le parquet traditionnel. Les portes coulissantes, le jardin aménagé et l'intérieur du séjour m'arrache un élan patriotique inconnu. Un soulagement certain face à ce mobilier bien ancré dans son patrimoine. Je pourrais presque entendre une ou deux notes de Shamisen, si je tendais l'oreille.

Ce sont davantage les yeux qui sont en alerte. A l'affût. D'abord dans le séjour, puis les autres pièces. Cuisine. Chambre. Salle de bain. Seconde chambre ? Bibliothèque. Et cette autre pièce, cet endroit vide qui servira peut-être un jour à l'un de nous deux.

Nous deux.

Mais je suis seul, pour l'instant.

A l'image des pieux qui crurent que le monde se créa en sept jours, le mien pourrait bien s'écrouler à la fin de ce temps imparti.

Alors tandis qu'au-dessus de moi, le soleil décroît, j'attends. Car j'ai promis.
Et mes règles seront siennes.

[…]

Huit heures trois-quarts de sommeil. La nouvelle a dû me fatiguer plus que je ne l'aurais cru. Le lendemain est là, le soleil croît, et cette maison ne grince plus autant que la veille. Courses faites. Coups de fils donnés. Appétit satisfait. Effets personnels rangés, je passerai remplir mon sac d'autres affaires et contacter grand-mère dans la journée. Je peux m'accorder le temps de réviser.

[…]

Six heures et demi de sommeil. Sept heures du matin. Mon rythme de nuit se joue parfois de mon métabolisme. Mes horaires ont bougé, avec le déménagement, et les commodités aménagées. Mon responsable d'équipe a bien pris en compte le changement de situation, et mes plannings sont modifiés. En fin d'après-midi, le camion transportant les meubles de mon ancien appartement sera là. Tout se passe pour le mieux.

Sauf en ce qui vous concerne, Inari Akiyama.
Vous, vous n'êtes pas là.
Deux jours, déjà.

Et je me mets à réfléchir à comment m'en sortir, tandis qu'une tasse de thé chaï fume entre mes doigts.
Le soleil est haut, le ciel d'une couleur éclatante.

Alors où êtes-vous, tendre Consort ?
Vous qui avez abattu de vos mains l'arbre bleu,
Vous apprêtez-vous à faire de ce bois la potence qui nous attend en votre absence ?

Allons, Akiyama.
Ne soyez pas si idiot.
Et reconnaissez l'honneur de notre union...
Car à défaut de la demander,
Vous ne voulez pas que je vous force la main.


Sept heures cinq. La main se crispe sur la porcelaine.

Plus que cinq jours avant le déluge.
Sexy Papy
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le Jeu 5 Sep - 16:54
Inari Akiyama
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C'est la deuxième fois.

Tu te demandes si c'est la dernière. Tu l'espères, un peu, beaucoup, très fort. C'est bizarre, ça frappe contre tes tempes, écorche ton cœur, remue tout à l'intérieur. C'est la deuxième fois. Que tu reçois la lettre, que les mots te frappent en pleine poitrine et te marient sans que tu puisses y redire quoique ce soit. Ça ne devrait pas t'atteindre, pas tellement, pas à ce point. Comme tout bon japonais, tu y as été préparé, tu sais que c'est pour le mieux mais, eh, c'est la deuxième fois. Et puis cette fois, tu n'es pas tout seul, il y a quelqu'un dans ta vie, quelqu'un à qui dire au revoir.

Il y a Chris.

Et ça te prend à la gorge, ça te serre le cœur de savoir qu'entre vous ce ne sera plus jamais comme avant, plus vraiment. Encore une fois. La vérité, c'est que tu n'as pas le choix. Mais tu n'arrives pas à te retenir de le frôler une dernière fois, glisser tes doigts dans ses cheveux comme par mégarde et les caresser, l'air de rien, l'air de tout, pour finir par le relâcher, le laisser aller et lui montrer. La lettre. La fameuse, avec son enveloppe rose, ses mots noirs et ses ordres incontestables. La lettre, hein.

Franchement, t'es trop vieux pour tout ça, tu ne sais pas pourquoi elle est encore entrée dans ta vie. Enfin, si. Tu le sais. Une histoire de comptabilité, tout ça. Ils ont trouvé la parfaite moitié pour toi et peut-être bien que celle-ci ne mourra pas avant toi.

Mais est-ce que tu n'as pas déjà suffisamment donné, avec un mariage heureux et une petite fille ? Le système n'a pas encore compris quel mauvais père tu fais ?

Faut croire que non.


« Ce serait bien que tu manges à la maison ce soir. Je dois te parler de quelque chose. »

Il n'y a pas d'orage dehors. Pas de nouveau tsunami en vue non plus. Mais c'est presque tout comme, pas vrai ? Il y a cette tension dans l'air, cette électricité qui couve entre vous et ne demande qu'à jaillir pour vous meurtrir encore.

Elle ne te répond pas. Se contente de prendre une pomme pour la glisser dans son sac, dédaignant complètement le bento que tu lui as préparé. Tu pourrais soupirer, t'insurger d'être devenu à ce point invisible dans ton rôle de père. Mais t'en es toujours à te demander si t'aurais pas mieux fait d'y rester, ce jour-là, alors tu baisses juste un peu la tête et tu reprends.

« Nao ? Tu m'écoutes ? »

Ta voix est douce, comme une caresse. Elle sursaute pourtant comme si tu l'avais giflée et se tourne vers toi en te fusillant du regard. C'est viscéral, cette haine qu'elle te porte. Et ça fait toujours aussi mal.

« M'appelle pas comme ça.

- Désolé. Je me disais qu'on pourrait manger tous les deux ce soir. S'il te plaît ? »

Elle te regarde, les sourcils froncés. Ce à quoi elle peut penser, ça te dépasse. Tu ne la connais plus depuis longtemps, ta fille.

« Pourquoi ? Tu veux jouer au père maintenant ?

- J'ai-

- Qu'est-ce tu veux ? »

Alors tu hausses les épaules et tu finis par lui montrer la lettre. Y a rien d'autre à faire, de toute façon, rien de ce que tu pourras dire n'adoucira sa peine, sa colère, tout ce qu'elle voudrait pouvoir te jeter à la figure.

Elle n'ouvre pas l'enveloppe, ne lit pas le courrier, mais elle la reconnaît forcément alors elle se tait, son visage se ferme. Et toi, tu patientes. Parce que tu sais que derrière ses grands airs, Naoko a un cœur fragile, à vif, qui voudrait que sa mère soit encore là pour l'épauler. Sauf que Nadeshiko est décédée. Et que cette lettre est en train de la remplacer, quelque part, dans ta vie.

« OK. » qu'elle dit.

Tu fronces les sourcils. Tu mentirais en disant que tu t'attendais à ça. Toi, tu pensais plutôt qu'elle exploserait de toute la force de ses sentiments. Pas qu'elle te répondrait avec cette voix horriblement plate.

« OK ?

- OK. » elle répète, fourre une autre pomme dans son sac, le ferme, et tourne les talons. Ses lourdes bottes claquent sur le sol, martèlent le tatami sans aucune douceur, l'écrasent comme elle doit sûrement écraser la colère qui la prend et la porte. « Vais chez Chris. »

Le nom te fend le cœur et tu te demandes si elle reviendra avant que tu aies déménagé vos affaires ou si elle ne te fera même pas le plaisir de s'installer avec vous. Tu es faible, Inari. Tu la laisses faire ce qu'elle veut, tu la laisses partir, fuir, se mettre en danger parce que t'es incapable de lui dire non, pas vrai ? Mais elle est en sécurité avec Chris. Seulement si elle va vraiment chez lui, pas chez un autre, pas dans une ruelle sordide. Quel mauvais père tu fais. Et le pire, c'est que tu le sais.

Tes doigts abîmés finissent sur tes yeux, y appuient comme pour empêcher la fatigue - ou peut-être est-ce autre chose - de s'en écouler. Ah, tu savais comment ça allait finir, n'est-ce pas ?


Ta maison, c'est ton lieu de travail, c'est là où tu existes pour de vrai. Il y a cette pièce, où tes clients viennent te voir pour que tu les tatoues, où vous prenez le thé et vous discutez de qui ils sont et de ce qu'ils veulent. L'endroit le plus important, le lieu où tu te sens vraiment à ta place.

Tu as confiance en l'Incontestable mais tu te demandes quand même s'il y aura une pièce comme ça dans ta nouvelle maison. Si oui, tu te doutes qu'elle ne sera pas prête à ton arrivée. Alors, tu as dû décaler plusieurs rendez-vous, leur assurer que non, tout va bien, tu n'arrêtes pas mais tu as besoin d'un peu de temps puisque tu as reçu la lettre. Tu sais qu'ils comprendront, peu importe d'où ils viennent, peu importe ce qu'ils font dans la vie, le système n'épargne personne et tout le monde sait qu'un déménagement impromptu peut occasionner des désagréments. Comme celui-ci.

Devoir arrêter de travailler, ne serait-ce que quelques jours, peut-être une semaine ou deux, ça t'ennuie, te démange, te chagrine même.

Mais pas le choix.

Il te faut deux jours pour tout organiser. Gérer les impératifs, appeler les clients, préparer le déménagement. Cette maison, c'est celle que l'Incontestable vous a attribués, à Nadeshiko et toi, après la naissance de Naoko. Les meubles ne t'appartiennent pas, c'est ça de moins à gérer, mais ça te fait tout drôle de devoir t'en aller.

Mais pas le choix.

Tes affaires, celles de ta fille, tout ça tient dans la camionnette que tu as dû louer pour l'occasion. De justesse, cela dit. Il t'a fallu jouer au Tetris grandeur nature pour caler les cartons de livres et ceux de tout ton matériel sans que rien ne déborde. Il ne reste pas la moindre place et tu dois caler deux valises sur le siège passager mais tant pis.

En route.


Sept heures cinq. Tu ne sais pas trop comment ça va se passer mais te voilà arrivé.

La maison traditionnelle en plein Meguro se dresse devant toi. Elle ressemble un peu à l'ancienne, celle que tu viens juste de quitter, alors tu n'es pas trop dépaysé. Machinalement, ton regard fouille un peu partout à la recherche des traces de Nadeshiko. Le mobile en origami juste devant l'entrée. Le paillasson un peu trop vert à ton goût. Les plantes en pot bien taillées. Mais non.

Nadeshiko n'est plus là. Corvus, par contre, t'attend.

La camionnette garée dans l'allée, deux valises et un carton sur les bras, tu t'avances pour entrer. Si t'étais honnête avec toi-même, tu admettrais que tu as peur, un peu. Mais l'Incontestable ne se trompe jamais, pas vrai ?

« Tadaima. »

Ta voix résonne, claire dans le hall, pendant que tu ôtes tes chaussures pour les ranger contre le mur. Tu ne vas pas encore fouiller les meubles mis à disposition pour savoir s'il y a des chaussons ou des geta, tes chaussettes ne sont pas trouées ni sales alors tu préfères t'avancer et voir s'il y a quelqu'un.

C'est un homme.

Tu n'es pas spécialement surpris mais tu ne t'y attendais pas non plus. Le prénom Corvus ne t'était pas familier alors tu n'y as pas trop réfléchi. Mais c'est définitivement un homme que tu rencontres dans l'espace de vie, et un très jeune. L'âge de Chris peut-être ? Non. Tu dois arrêter de les comparer. Ou ça n'en finira jamais. Ton cœur s'emballe, curieux de découvrir cette personne faite pour lui, et tu fais quelques pas.

« Bonjour. » Tu as l'air serein, vieil homme que plus rien ne peut briser, qui a trop bien appris à plier. Tu poses ton chargement dans un coin avant d'avancer tranquillement, incliner la tête mais pas trop. Vous êtes mariés après tout, nul besoin d'une politesse surannée. Tout ça c'est nouveau pour vous mais le système a décidé, les jeux sont faits. Il n'y a pas de place pour l'inconnu et la crainte et même si ça veut dire que tu t'oublies en chemin, tu es déjà prêt à tout pour ce mariage. « Je suis Inari. Enchanté. » Tu n'as pas peur. Tu n'as plus le temps d'avoir peur. « Et tu es... Corvus, c'est bien ça ? Il faudra que tu m'apprennes à le prononcer correctement. »

Sourire doux, qui s'excuse sans un mot.

« Je vais continuer à décharger mes affaires, ce sera fait comme ça. Surtout que je dois retourner la camionnette assez rapidement. » Tu commences à te retourner, continue de sourire tranquillement, posément. Tu as l'air à l'aise, oui, vraiment. Faut dire que tout ça, cette rencontre, tu l'as déjà vécu une fois. C'était avec une femme, une autre personne, mais la situation est un peu la même finalement. « Ne te dérange pas, je n'en ai pas pour longtemps, il n'y a pas grand chose. »

Tu es déjà dehors, à retrousser les manches de ta chemise pour embarquer d'autres cartons. Vu tout ce qu'il reste, autant s'y mettre dès maintenant, oui. Tu dois ramener ta location dans quelques heures seulement, de toute façon. Tu n'as jamais aimé laisser traîner les choses, pas vrai Inari ?

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le Jeu 12 Sep - 0:02
Corvus Akiyama
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« Tadaima. »

Ça résonne, comme une promesse impériale. Cette voix qui transporte, dans son chant, un trop plein de destin.
Ça tambourine contre mon tympan, plus fort qu'une centaine de valses entraînantes.

C'est là.

Il est là.

Inari Akiyama.

Je fige.
Je fixe l'horizon, cette petite ligne d'arbustes qui sépare ma – notre – demeure du reste des voisins.

Savent-ils, eux ? Sont-ils au-moins comme nous ?
Ont-ils cette chance ?

Je ne me retourne pas. Pas encore. J'écoute.
Son pas.
Le froissement de ses vêtements dans ses quelques mouvements.
Et ses salutations. Elles sont engluées dans un pétrin de temps passé. Un japonais parfait, ciselé dans la coupure de lèvres sans doute vieillissantes.

Il n'est pas jeune. Bien.
Son passé me sera peut-être utile.

Quand je me retourne finalement, je ne fais que confirmer ce fait : son histoire est gravée dans ces ridules creuses, dans ce corps que la vie n'a pas épargné. Mon mari est un homme qui a vécu. J'en suis surpris. Ma fraîcheur est-elle censée l'éclater ? Sa sagesse est-elle censée me guider ?

Incontestable, je cherche à comprendre et je dois avouer que ton énigme me passionne, tendre ami.

Mes mots sont clos, pendant une fraction de secondes. Mes yeux l'observent de haut en bas. Je lis.
Abîmé. Digne. Calme. Tempéré. Travail manuel. Mains caleuses, marquées. Dos légèrement voûté. Yeux honnêtes. Marques de sommeil. Un goût pour le traditionnel appuyé. Un brin marginal, cependant. Origines étrangères, sans doute.

Mon époux est, au premier abord, simple à cerner.

Alors je lui renvoie son respect, d'une inclinaison du chef et d'un dialecte maîtrisé. J'ai lutté, pendant huit années, à effacer cette Germanie lancinante qui pointait au bout de ma langue.

« Enchanté également, Inari-san. »

Façade à sourire. Nuance numéro huit, la politesse chaleureuse. Taux de réussite estimé à soixante dix-huit pourcent.

« C'est une locution scientifique pour le terme « Corbeau ». D'origine latine. Pour la prononciation, Côbasu semble être la manière la plus simple de le dire. »


Un ramage noir, une ombre au tableau. A croire que les Engelmann cherchaient ce moyen de jeter l'opprobre sur ma naissance quand, au contraire, l'aspect noble des racines latines ne me donnaient que plus de présence. Idiots.
Terriblement idiots.
Du début jusqu'à la fin.

Trêve de cela. J'observe mon nouveau départ dans ses yeux plissés mais diablement ouverts. En faites-vous déjà trop, Inari ? Tout se passera bien, vous savez.

Il me parle de cartons et de camionnettes quand je n'entends là qu'une occasion de m'imposer.

« Faisons cela à deux. Ce sera encore plus rapide ainsi. »

CQFD. Moins de temps à le perdre, sans que je ne sois à ses côtés. Ces heures sans lui ont déjà eu des atours d'éternité.
Je le suis dehors, à regarder la rue une seconde, à sourire à un passant, à donner cet aspect de couple idéal qui devrait transpirer de nos échanges. Pourtant, il y a ce petit doute qui subsiste. Son retard. Il est la raison première de ma distance verbale. Je ne peux pas encore lui donner l'illusion de cette confiance qu'on les amoureux.
Il ne la mérite pas.

« Pourquoi avoir mis tant de temps à venir ? Hésitiez-vous ? »

Ma voix est volontairement calme. Elle s'étire cependant vers les élans de la réprimande. J'ai conscience que ce ne sera sans doute pas la première fois.
Mes bras s'étirent vers quelques cartons. A peine six kilos huit sur mes biceps. Ce peu d'affaires m'intrigue. Compte-t-il au moins rester ?

« Parce que je vous ai attendu. Je suis ici depuis trente-cinq heures et... » Un coup d'oeil à ma montre, une fois les affaires déposées dans le hall d'entrée. « Dix minutes, désormais. C'est relativement long, seul. Mais j'ai eu tout le loisir de m’accommoder à notre maison, cependant. Elle est... idéale. »

Parfaite.
Comme elle se doit de l'être.

Comme tout ce que nous serons.
Nous n'avons aucune autre option.
Sexy Papy
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le Jeu 17 Oct - 13:48
Inari Akiyama
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Il te suit.

Ah, tu pensais que tu serais seul. Histoire de respirer un peu. Appréhender votre nouvelle vie à deux petit à petit et pas d’un coup, d’un seul. Tu aurais pu prendre ton temps entre chaque carton, le voir en entrant, t’imaginer avec lui un instant, puis repartir et laisse ça s’imprimer dans ta tête. Le plan parfait. Sauf qu’il t’a suivi. Est-ce que ça t’ennuie ? Pas vraiment. C’est plutôt bon signe en fait. Ça sonne comme il faut, comme une famille, comme un couple.

Tu le sais déjà, ça va te faire bizarre un moment. Non que tu n’en veuilles pas. C’est juste que tu ne t’y attendais pas.

« Merci. »

Pour l’aide.

Tu te penches dans le fourgon, attrapes un carton puis un autre, pour les empiler sous ton bras. Une inspiration, une valise suit le mouvement et tu tires sur la hanse pour la faire rouler. L’encombrement de bagages te semble moins imposant que dans tes souvenirs. Peut-être parce que la maison est grande. Peut-être parce que tu sens que ton époux te juge.

C’est vrai, tu n’as pas tant de possessions. Et à bien y regarder, ces affaires là-bas, dans le coin, elles sont étiquetées au nom de Naoko.

Non, tu n’as pas grand-chose Inari.

Tu n’as jamais eu grand-chose.

Puis les mots tombent et tes lèvres s’entrouvrent légèrement, tes sourcils se haussent. Hésitais-tu ? Pourquoi as-tu mis tant de temps à venir ? Tu tournes la tête, laisses ton regard trouver le sien, s’y ancrer l’air de rien et un silence s’immisce entre vous deux. Une seconde, puis deux. Ou peut-être une minute, qui sait. Pas toi, c’est certain. Tu le juges, le jauges, le toises et évalues sa question. Tant de temps ?

« Non. » Non, tu n’hésitais pas. Non, ça ne fait pas si longtemps. Non. « J’ai préparé le déménagement. » Les mots sonnent vides, comme creux. Tu peux mieux faire, Inari. « J’ai dû me mettre en congé aussi. » D’ailleurs, avec tes manches relevées, on peut voir tes tatouages. Est-ce qu’il va prendre peur ? Est-ce qu’il va te juger ? Peut-être pas. C’est un gaijin après tout. « Prévenir les clients, louer la camionnette, faire les papiers, ça m’a pris un peu de temps. Et il fallait que je l’annonce à ma fille. » Ah oui. Naoko. Qui s’est enfuie, est partie se cacher derrière l’ombre de Chris, encore une fois. « Je ne voulais pas t’inquiéter. Désolé. » Inclinaison de la tête, les épaules qui plient juste assez. Excuses informelles.

Les mots coulent et avec eux l’anticipation. Comment va-t-il réagir ? Maintenant que tu sais qu’il est du genre à te faire des remontrances – déguisées mais tu les as reconnues quand même – pour quelques jours d’attente, tu te poses tout un tas de questions.

C’est vrai que tu ne le connais pas.
C’est ton époux, mais tu ne sais rien de lui.
Rien du tout.

Tu ne sais pas si tu as la force de faire ça encore une fois alors tu t’excuses d’un sourire et disparais à l’intérieur de la maison. Les cartons peuvent bien attendre dans le salon. Il y a suffisamment de place pour ne pas encombrer le passage.

« On peut commencer par tout poser là, si ça te va. » Tu lui dis en ressortant, ta main distraite venant frôler son avant-bras. « Je rangerai tout après, comme ça on sera débarrassé du fourgon. »

Puis tu retournes te charger comme une mule et tu récupères autant d’affaires que possible. Tu es encore solide pour ton âge, autant en profiter. Au moins ça ne vous prend pas longtemps pour tout décharger et te voilà dans le hall, à regarder les environs. Tout a l'air si calme. Tu te demandes s'il y aura la place pour que tu reprennes le boulot. Tu as confiance en l'Incontestable et sa logistique mais il y a quand même une part d'inconnu qui ne te plaît pas.

« C'est vrai que la maison a l'air idéale. Tu veux me faire visiter ? Avant que j'aille rendre la camionnette. »

Machinalement, tu remets les manches de ta chemise à leur place, recouvres entièrement tes bras tatoués par le tissu, sans jamais quitter Corvus des yeux. Tu es curieux. A-t-il vu ? Qu'en pense-t-il ?


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— soosaku —

le Jeu 19 Déc - 15:28
Corvus Akiyama
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Il regarde, scrute le moindre mouvement de lèvres, la moindre inclinaison de orbites surplombées de passé. Il y a déjà quelque chose qui le pousse à l’observer, longuement, cet homme lié à lui. Un phrasé, une allure, peut-être. Ce genre de chose trop subtile pour être calculé et qui a le don d’horripiler le jeune homme dans son rationnel rigoureux.

L’inexplicable l’ennuie. Ou l’effraie. Peut-être les deux, parfois. Souvent.

Mais Inari Akiyama a cet avantage certain de lui offrir tout le temps du monde pour le percer à jour, et ça, accompagné du package mariage, n’a pas de prix.

Ainsi il regarde, écoute, appréhende. Les informations glissent et se logent. Des congés. Des tatouages. Une fille.
… Sa fille ?

Hm.

Des fleurs de soucis germent dans son esprit.
La partie s’épine d’une cavalière en trop.
Il se chargera de la mettre en échec plus tard ; pour l’heure, restons doux.

Léger mouvement de tête négatif, ses mèches éparses flottent autour de son visage. « Ce n’est pas grave. Vous êtes là. » Rectification mesurée. Son expression s’ajuste, tout comme sa manière de parler. « Tu es là. Dans les temps. Alors tout va bien. » Un sourire pour ponctuer. Aussi sincère que possible, dans sa fabrication composée. Bien sûr que la cellule était une option possible lors de la réception d’une lettre destinée, mais entre toutes celles que le garçon avait imaginé pour son futur, elle restait celle la moins plaisante. La plus contraignante, à la fois pour lui comme pour l’éventuel rebelle.

Quitte à lutter vainement, il aurait préféré tuer plutôt que d’y rester trop longtemps.

Cela dit, la question étant désormais réglée, c’est avec un certain plaisir qu’il aide son époux à s’installer. Comme pour marquer son appartenance à la demeure, à leur union, à la vie qu’ils devront partager. Les cartons déposés dans le séjour, il entreprend de les regarder, avant de lever les yeux vers Inari. Ce dernier cache ses bras. Dommage. Il aurait aimé en voir davantage. La peau est une toile comme une autre, et de nos jours, il y a de plus en plus de musées ambulants qui ne demandent qu’à être explorés.

« Bien sûr, allons-y. »

Il avait eu tout le loisir d’en explorer les recoins durant ses longues journées seul. Elle était spacieuse, pleine de promesses. Comme un bon guide, il mène son époux de pièces en pièces, sans trop en fait, les laissant s’exprimer d’elles-mêmes. Salle de bain, cuisine, grande pièce à vivre, encore vide.

« Je ne sais pas encore ce que nous pourrons en faire. Un bureau, peut-être. » Tour d’œil vers l’aîné, les bras croisés. « A propos, quelle profession exerces-tu ? » A la vue de la maison offerte par l’Incontestable, il était clair que sa rémunération d’interne ne suffisait pas à payer un tel endroit. Inari devait être quelqu’un d’encore plus spécial que ce que le contrat stipulait.

Nouvelle évolution vers les dernières pièces, en passant par l’extérieur. Les couloirs en bois et le jardin se baignent de lumières dorées qui arrêtent, quelques secondes, le garçon dans sa démarche. Une légère suspension dans le temps, face à ce spectacle matinal, privilégié qu’il est de pouvoir y assister. On dirait une bulle hors de Tokyo, se dit-il parfois. Un palais sculpté pour les chanceux du système, brillant, et tendrement cloisonnant.

Quand finalement il s’aventure vers la chambre à coucher, il y entre, et fronce les sourcils. La pièce est sobre, propre, épurée, mais le lit n’est pas encore parfait. Un coin est mal plié. Ses mains s’agitent promptement pour arranger les draps.

« Mes excuses pour le désordre. » Ça ne lui ressemble pas de se laisser autant aller. A croire qu’il aura un peu de mal à composer avec cette vie partagée, mais il se refuse à cette idée. « Il y en a une autre, plus petite. Elle n’a qu’un lit simple. Sans doute pour ta fille. »

Où est-il, d’ailleurs, ce petit chardon ? A-t-elle eu aussi du mal à quitter ses racines ?
Sexy Papy
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le Dim 22 Déc - 14:06
Inari Akiyama
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Corvus ♥
Autre:
Wondered who you are
Wondered what you're like

Tu savais qu’un jour, ça recommencerait.

Tu le savais mais tu n’as pas essayé de t’y préparer. Tu as préféré profiter, laisser couler. Tu as trouvé quelqu’un, pas vraiment un compagnon, pas vraiment un ami, quelque chose entre les deux, et voilà que tu dois le laisser s’en aller pour un autre. Un enfant, à première vue. Un enfant capricieux qui te voulait tout de suite et te le fait remarquer. Dommage. Tu n’as plus l’âge d’être touché par ce genre de bêtise.

Tu sais, je me sens comme une fleur cueillie trop tôt.
Arrachée à son lit de terre, coupée de ses racines.
Pétales froissées, tige abîmée, que reste-t-il à sauver ?

Hier, tu étais Inari Akiyama et tu étais presque seul. Veuf, père célibataire. Aujourd’hui, tu es toujours Inari Akiyama mais tu n’es plus vraiment le même. Certainement plus seul, déjà à suivre ton époux dans les méandres de la maison. C’est amusant comme elle ressemble à l’ancienne. Celle que tu avais avec Nadeshiko. Où toi et ta fille avez vécu jusqu’à la veille. C’est amusant, un peu étrange aussi.

Tu ne cilles pas une seule seconde devant la décoration traditionnelle, le bois qui meuble tout et partout. Tu restes muet, à te dire qu’au moins tu ne seras pas trop dépaysé.

Pas sûr que ça te fasse plaisir, cela dit.

Arrivé devant la grande pièce vide, tu croises les bras et jauges l’espace. C’est décent. Tu pourras sûrement en faire quelque chose. Accrocher tes œuvres ça et là, sur les murs. Ajouter une table basse et des coussins pour prendre le thé. Il n’y a ni matériel ni fauteuil, mais tu possèdes tout ça et tu vois déjà où tu pourras les installer.

Encore faut-il que tu sois d’accord.
C’est vrai que tu ne sais pas encore.

« Je suis tatoueur. » Et vous y voilà. Le fameux aveu. Celui qui pourrait tout détruire, tout ce qui n’existe pas encore, en une fraction de secondes. Après tout, qui sait ce qu’il pense des tatouages, ton nouvel époux. Doucement, tu plisses le bout du nez pour remonter tes lunettes, et fais un pas en avant, puis un autre, tournes pour mieux regarder autour de toi. « D’ailleurs, ça ferait un bel espace pour accueillir les clients. » Tu le regardes droit dans les yeux, l’air serein même si tu voudrais être ailleurs. « Je travaille essentiellement à la maison. Des fois je me déplace, mais c’est assez rare. Si ça ne te dérange pas, j’aimerais aménager l’endroit. » Et s’il ne veut pas ? Eh bien, il faudra commencer à songer à une solution de repli. « Mais on verra ça plus tard, ce n’est pas pressé. Continue, je te suis. »

Tu te frottes machinalement la nuque du plat de la paume, baisses un peu la tête pour mieux te regarder, et se remet en marche pour la visite.

Eh, Corvus. C’est joli ici.
Dis-moi, est-ce que ça te plaît ?
Je pense qu’on sera bien, tu sais.

Y a un sourire qui naît au coin de tes lèvres quand vous arrivez dans la chambre à coucher et que tu vois le lit à l’occidental. Heureusement, l’Incontestable a pensé à ton dos. C’est que ton âge commence à se faire sentir. Plus si jeune, le Inari. Ç’aurait été dommage que tu te retrouves coincé à cause d’un mauvais choix de literie tout de même.

Tu t’adosses au mur, bras croisés sans vouloir te donner l’air fermé. Ça ne te ressemble pas mais tu jauges l’autre.

Il ressemble à un adolescent ou un jeune adulte. Tu lui donnes la vingtaine, pas beaucoup plus – et certainement pas moins, espères-tu très fort. Il a l’air méticuleux. Un peu maniaque sur les bords ? Amusant. Tu es plutôt habitué au désordre laissé par la tornade qu’est ta fille, mais le changement est agréable.

Tu penches un peu la tête, l’observes s’agiter. Et tu te demandes : seras-tu capable de l’aimer, cet enfant qu’on t’a assorti ?

Sûrement.

L’Incontestable ne se trompe pas, jamais.

Mais tout de même. Il est majeur au moins ? Il pourrait être un frère pour Naoko.

« J’irai y poser ses cartons. Elle les déballera plus tard, quand elle arrivera. » Quand elle voudra venir, oui. « A seize ans, elle n’aime pas trop que son père touche à ses affaires. » En vérité, elle n’a jamais aimé ça. Mais tu n’oses pas le dire tout haut. Pas encore. Pas tout de suite. Tu ne veux pas paraître négligent ou mauvais parent – même si tu sais très bien que tu l’es.

Y a quelque chose qui me chiffonne.
Je veux savoir. Je dois savoir.

« Désolé de te demander ça mais… tu as quel âge ? »

Tu y vas franco. A peine des excuses pour la forme. La question tourne en boucle dans ta tête et tu prierais presque pour qu’il ne soit pas mineur. Tu ne sais pas si tu pourrais le faire. Être marié à un enfant. Devenir un pédophile, même avec la bénédiction de l’état, c’est très loin de te faire bander et ce mariage ne serait alors qu’une contrainte, une nuisance à t’en rendre malade, à te faire te sentir coupable.

Alors dis-moi que tu es adulte.
S’il te plaît. Mens-moi s’il le faut.

Une sonnerie. Ta montre connectée qui se rappelle à toi, te signale que c’est bientôt l’heure de ramener la camionnette si tu ne veux pas payer plus cher. Tu claques la langue, irrité malgré toi, et fronces un peu les sourcils. Arriver pour repartir, laisser ton époux en plan, très peu pour toi. Tu passes un pouce sur l’écran, décales l’alarme d’une heure – ça suffira bien.

« Est-ce que tu veux prendre un thé avant que j’aille rendre le fourgon ? Enfin. Si tu as le temps. Tu travailles peut-être aujourd’hui ? »

Ou alors tu as encore cours.

©️ P A N
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