Les coups d'pouce ♥
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Your tears don't fall they crash around me.

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le Mar 5 Nov - 19:00
Ether Leonhardt
Messages postés : 370
Inscrit.e le : 15/01/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : célib
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Ether Leonhardt
"J'épuiserai ta flamme pour remplir mes mains, du nerf de la guerre et comme un grand malin"

Généralités
Nom ;; Leonhardt, lion brave. Ironique pour un cardiaque.
Prénoms ;; Ether, comme la divinité allégorique grecque. Symbole de la partie la plus lumineuse du ciel, là où les dieux vivent. À croire que ses parents ont cherché à faire un trait d’humour à sa naissance.
Âge ;; 38 années que ne trahissent pas la jeunesse de ses traits. (31 oct. 2073)
Genre ;; XY.
Origines ;; C’est l’Allemagne qui l'a vu naître, même si sa salope de mère a souillé son sang du poison japonais. Des relents islandais lointains, déjà bien dilués dans les racines de son père.
Activités ;; Des longues années d’études pour décrocher le diplôme de psychiatre. C’était une évidence pour lui. Pas parce qu’il veut aider les gens, tendre la main, oh non. Juste parce que l’espèce humaine le fascine, qu’il aime les secrets honteux, avoir l’ascendant sur quelqu’un. Personne ne peut nier qu’il fait très bien son travail, il n’est pas reconnu pour rien. Et fort heureusement, cela restera ainsi tant qu’on ne pourra pas lire ses pensées. Et personne ne le sait, mais dans son monde, il est aussi le dieu auto-proclamé de son empire de corruption. Propriétaire de plusieurs maisons closes de luxe en Allemagne, son exil forcé au Japon l’a contraint à repenser ses activités. Désormais, il est aussi le dirigeant d’une chaîne de fashion health. Mais chut, c’est un secret.
Sexualité ;; Amoureux des belles choses.
Avatar ;; Crimson Lazarus - Apriorii.
Règlement ;;
Chemin ;; Your tears don't fall they crash around me. 2078551763
Commentaire ;; Deep down, c'est un bon garçon. Your tears don't fall they crash around me. 3182035657
J'ai un peu écris l'histoire en mode fragments éparses, je trouvais ça sympa de la construire par morceaux par forcément chronologique mais connectés entre eux, j'espère que ça ira sinon je ferai un peu d'ordre. Your tears don't fall they crash around me. 1728200632
Histoire


FRAGMENTS
I.
« C’matin j’me suis levé pour ma première vie,
J’sais pas pourquoi j’suis là j’attends le premier signe,
C’est que ma première vie. »


C’est la troisième fois que vous vous voyez cette semaine. Il t’a appelé en pleurs parce qu’il avait besoin de te parler. Haku, tu le suis depuis longtemps. Un gentil garçon sur qui la vie a décidé de s’acharner. Il était stable ces derniers mois, l’arrivée de la lettre rose a fait valser les fondations que vous aviez mis tant de temps à construire ensemble. Il n’est pas spécialement beau ou attirant, c’est sûrement pour cela que tu n’as jamais cherché à souffler l’effondrement pour l’attirer au creux de tes griffes. Il te divertit et c’est déjà pas mal, tu n’en demandes pas plus.

Elle arrive. Tu le sens.

« Ça fait maintenant dix jours que vous êtes mariés. Est-ce qu’il y a eu un élément déclencheur qui a provoqué ta dernière crise ? »

Tu ne tutoies pas toujours nécessairement. Tout dépend de l’âge, de la personne en face, du degré de confiance. Au fil de tes années d’expérience, tu as appris à t’adapter aux profils, au climat.

Elle monte. Tu le sens.

« Ou est-ce tout simplement car… »

Elle est là. La quinte de toux qui t’étreint fait pousser des perles de larme au coin de tes yeux. Tu la sens toujours arriver, tu ne peux jamais l’empêcher. Comme un torrent de lave dans tes poumons, ça brûle, ça remonte là, le long de ta gorge, jusqu’à le cracher au fond d’un mouchoir. Et ça brûle encore, plus fort, jusqu’à te faire mal. Une main posée sur ton torse, comme pour la contenir, mais on ne retient pas le déluge. On ne peut qu’y assister impuissant et attendre qu’il passe comme Shukumei.

« Vous allez bien ?! » Ah, c’est le monde à l’envers, le patient qui demande au psychiatre si tout va bien. Mais tu ne peux pas lui répondre, t’es bien trop concentré à lui tourner le dos pour mieux t’abandonner. Surtout, rester noble et digne. Les cheveux emmêlés devant ton visage et tes yeux rougis par les larmes sont un tableau bien pitoyable, mais la glaire au fond du mouchoir encore plus. Ça t’arrive souvent ces dernier temps. Il serait peut-être temps de reprendre un rendez-vous chez le cardiologue.

Ça t’a toujours fait amèrement sourire, d’être né, toi, Ether Leonhardt, avec des problèmes de coeur. Tout ce que ta salope de mère t’a laissé en héritage, c’est une tumeur électronique et invisible au fond du crâne et un cœur qui souffle et saigne au moindre mouvement.

FRAGMENTS
II.
« Je lève les yeux comme le premier homme, comme le premier cri,
J’avance je prends des risques de toute façon ce n’est que ma première vie. »

Tu es né fragile.

C’est la faute de cette pute.

Japonaise, oiseau de passage aux airs de poupée, une peau de nacre et de velours, les yeux noirs comme les cheveux. Pas le genre de femme à se faire marcher sur les pieds du haut de son mètre soixante, non, oh que non, elle a toujours su en imposer, s’imposer, prête à tout pour maîtriser les arcanes de son métier. Le monde de la photographie, milieu de requins, où chacun lutte pour trouver sa place, percer, gravir les échelons, réussir à se faire un nom. C’est un univers qui fait rêver les enfants, tous ceux qui se mirent en artiste capables de créer une révolution artistique. Elle, avait réussi à se faire un nom au fil des années. Gamine déjà, elle aimait les voyages, figer l’instant pour l’éternité. Elle avait peur de finir mariée jeune, de ne pas avoir l’occasion de faire le tour du globe pour capturer tous ces fragments dans son filet comme autant de papillons. Ta mère a toujours été du genre à préférer se balader, s’amuser, papillonner. Elle profitait que le système l’épargne pour s’abandonner dans les bras de ceux qui la faisaient vibrer, sans jamais attendre plus qu’un moment de passion éphémère.

Ça devait être ça aussi, avec ton père.
Une aventure de passage, une semaine, deux tout au plus. Le temps que la bougie soit soufflée, que le travail la pousse à repartir. Oui, tout aurait dû être éphémère. Il a fallu que cette connasse tombe amoureuse de ton père, le cliché de l’allemand aryen grand, blond aux yeux bleus. Il a fait chavirer son cœur, l’a aimée, on connaît tous la chanson des contes de fées. Même s’il a mal commencé. Quelques caresses, quelques baisers, le ventre qui s’arrondit, et le choc. Le bébé est mort-né.

Ton père a bien failli ne pas le supporter. Il avait déjà des plans, des envies. Qu’elle soit Japonaise ne semblait pas vraiment l’effrayer, condamner un enfant à la tumeur maudite ne lui posait aucun problème. Tu envies ce gamin qui n’a pas eu le temps de vivre, de vivre dans le mensonge d’une vie qui n’était pas la sienne. Tu aurais aimé être à sa place, creuser des larmes sur les joues de ton père, avoir pourri le ventre de ta mère, la faire suer, transpirer, pleurer, espérer pour des chimères. Mais non, tu n’as pas eu ce privilège. Tu n’as pas pu les faire souffrir comme ça, cet enfant mort-né n’était pas toi.
Et tu n’as pas été là non plus pour constater à quel point il a fragilisé les fondations vacillantes d’un couple au fond condamné à un jour se séparer. T’as pas eu le privilège de te voir ta mère plier ses bagages en pleurant au moment de repartir au Japon, parce que c’est là-bas que le travail l’appelait. Mais putain, qu’est-ce que tu aurais aimé. Qu’elle parte et ne revienne jamais. Parce que après les jours, les semaines, les mois, les mots sur les maux et le miel sur les blessures, ils ont appris à surmonter cette déception sentimentale profonde. Et lentement tout doucement, ton père a su convaincre ta mère de revenir en Allemagne, après tout, elle n’était toujours pas mariée.

Elle aurait pu dire non.
Mais ton père lui plaisait.

Alors elle a jeté à nouveau ses vêtements au fond d’une valise, a pris un vol direction Berlin et quand elle a aperçu les longs cheveux couleur faucille de lune de ton père, elle a souri. Et elle a su qu’elle voulait construire quelque chose avec lui. Véritable gamine qui l’espace d’un instant a pensé que le système la laisserait en paix et vivre à jamais sa belle histoire d’amour avec un riche chirurgien.

Et après d’autres baisers, d’autres caresses, elle a pu sentir sous ses doigts la sensation de son ventre s’arrondissant au fil des mois. La peur de le perdre, lui aussi. Son enfant chéri. Elle avait déjà une idée du prénom depuis longtemps, ton aryen de paternel était d’accord. De toute façon, il disait oui et amen à tout pour ses yeux - ils n’étaient pas spécialement beaux.

Ether.
Pourquoi ? Comment ? Tu n’as jamais su. Tu peux pas t’empêcher d’avoir l’impression qu’ils ont cherché à faire un trait d’humour en t’affublant d’un prénom pareil. Ether, comme la divinité allégorique grecque. Symbole de la partie la plus lumineuse du ciel, l’endroit précis où les dieux vivent et s’abandonnent. Ether, comme le composant chimique parce que après tout, tu te composes d’un rien, de tout, tu te décomposes beaucoup aussi. Ether, parce que de toute façon, il fallait bien te nommer. Une jolie étiquette pour rentrer dans le moule. Enfin, peu. Ce n’est pas un prénom commun, ça dénote un peu. T’as appris à t’y habituer.

Ce n’est qu’un prénom.

Tu es arrivé sans prévenir, après sept mois et demi de grossesse. Minuscule gamin fragile, fripé et prématuré. Ça n’a pas empêché les services japonais de débarquer à la maternité pour te coller la petite tumeur au fond du crâne. Les semaines suivantes, tu les as passées en néonatalogie, même si les risques de complication étaient faibles. Ils ont eu peur de te perdre, tes parents. Mais le destin en a décidé autrement et tu as fini par sortir de la maternité, petit bébé freluquet.

Avec un petit cœur en piteux état et le cadeau maudit, souvenir d’une mère que tu n’as jamais aimée.

FRAGMENTS
III.
« C’est dur comme le premier round, pur comme la première fois. »

Maman a disparu un beau matin.
Sans prévenir, pouf, envolée.

Tu n‘avais que quatre ans. Chez ton père, l’effondrement et le silence. Les yeux rouges comme injectés d’alcool, mais c’était le chagrin qui le faisait délirer. Pourtant, il s’y attendait. Il savait bien qu’un jour ou l’autre, la lettre viendrait foutre en l’air les fondations de cette relation sans nom. Que sa petite famille volerait en éclats comme les pétales des fleurs à la fin de l’été. Les premiers gels ont fait flétrir les bourgeons d’un amour qu’il croyait possible, d’une histoire qu’il imaginait sans fin. Toi, ça ne t’a pas vraiment marqué. Un matin, maman était là, le lendemain, elle ne l’était plus. T’étais jeune, tu ne posais pas de questions, et puis elle n’est jamais revenue alors maman est devenue un souvenir. Tu avais tous les cadeaux que tu voulais, les jouets aussi, comme si ton père cherchait à compenser ta santé fragile, ton impression de grandir à l’écart des autres. Et c’est vrai que souvent enfant, avant que tu ne puisses suivre une scolarité normale et aller à l’école comme les autres, t’avais l’impression de regarder le monde à travers une fenêtre sale en ayant l’amère impression de ne pas pouvoir en faire partie. Longtemps tu as vécu dans un cercle restreint. L’éducation se faisait à la maison parce que tu étais fragile, que tes allergies et ton insuffisance cardiaque héréditaire faisaient peur à tes parents. La violente crise allergique que tu as fait quelques mois après le départ de maman n’a pas convaincue ton père de t’inscrire à l’école.

En grandissant, en interrogeant ton père, tu n’as obtenu comme réponse que les silences et les soupirs. Crispation de la mâchoire, regard fuyant, un secret à garder, un secret bien gardé, bien, trop bien gardé, oh oui. Verrouillé et enterré sous une couche de faux-semblants, ta vie s’est construite sur un mensonge, une faille sismique.

Et puis le sol s’est ouvert à tes pieds.

FRAGMENTS
IV.
« C’est sûr qu’à la fin cette vie m’aura laissé quelques marques. »

Ils sont venus t’arrêter ce matin.
À l’hôpital, au beau milieu d’un couloir.

À l’époque, tu avais vingt-neuf ans, tu avais obtenu ton diplôme deux ans auparavant, après dix années d'études. Tu étais avec Abel depuis huit ans déjà. Ton âme-sœur, ton associé, ton partenaire du crime. Ton tout, le seul à qui tu aimes te dévoiler. Un drôle de type, un oiseau fou lui aussi. Rouquin aux longues boucles soignées, visage net et tranchant bouffé par les taches de rousseur, des cavernes en guise de cernes, un regard couleur abysses de l’océan. Tu l’avais rencontré à la fac, lui avait choisi la kinésithérapie. De quelques années ton aîné, c’était sa démarche fatiguée et sa voix comme sur le point de se casser qui t’avaient fait te retourner. Non, Abel, il ne ressemblait à personne au beau milieu de ces premiers de la classe. Il fumait des joints, complètement déchiré, les yeux mouillés d’alcool, tout le monde se demandait ce qu’il foutait en médecine. Et pourtant, sous ses airs de garçon décomplexé, c’était un monstre de vivacité et d’intelligence. L’écouter parler pendant des heures te fascinait.

C’est de lui que t’es tombé amoureux, de lui dans son intégrité et t’y croyais pas vraiment. Jusque ici, l’amour t’avait toujours paru dérisoire et franchement dispensable. Rien de plus qu’un attrape-rêve juste bon à apaiser le âmes du commun du mortel. Genre de drogue pour atténuer les contours trop tranchants de la réalité. Toi, t’étais du genre à penser que les gens veulent être aimés parce qu’ils sont pas foutus de s’aimer soi-même. Pour combler un vide, quelque chose qui fait mal, là, au cœur. Fallait regarder ton père aussi.

Mais Abel, t’avais envie de le prendre dans tes bras, de vous coucher sur un lit de songe. C’était un peu bizarre. C’est lui qui t’a initié au monde de la prostitution. C’est sur ses lèvres que tu as formé tes premiers je t’aime, c’est sous sa peau que tu as connu les premiers frissons. L’attirance des premiers mois s’est muée en amour, l’engagement est venu sept ans plus tard sous la forme du PACS, avec la promesse d’un mariage à la fin de vos études, une fois tous les deux dans une situation stable.

Et ils sont venus te cueillir le jour de tes fiançailles.

FRAGMENTS
V.
« Parfois j’ai l’impression que le ciel nous nargue,
Moi j’suis bon qu’à faire des chansons à traîner dans la marge. »

Le Japon hein ?

Drôle d’endroit, monde de tarés. Relations codifiées, gamins commandés, bébés produits pour repeupler une nation à genoux. Peuple endoctriné par la propagande assénée par un gouvernement désespéré. Et pourtant, toi, tu regardais tout ça d’un air plus amusé que choqué. C’est fou de voir à quel point les êtres humains peuvent aller, pas vrai ? Ça s’entretue, ça se fait la guerre à grands renforts de menaces insidieuses et d’armes nucléaires, mais ça flippe à l’idée de voir s’éteindre la race humaine. Faites des gosses, oui. Beaucoup, beaucoup de gosses. T’en avais parlé quelques fois avec Abel, lui complètement pété sur le canapé après s’être roulé un gros pétard, toi étalé sur lui à jouer avec sa crinière d’or roux. Ça le dégoûtait. Quoi de plus normal. Abel a toujours été du genre courant d’air, aventurier aux semelles de vent, voleur de feu. Il voit, il vole, il va, vient, revient, c’est comme une brise, une caresse, un souffle éphémère. Il papillonne de fleur en fleur, insaisissable comme un rayon de soleil.

T’en parlais sans te douter que tu l’avais au fond du crâne, la tumeur.
Après le départ forcé de ta mère, ton père avait gardé le silence. Procrastination d’un aveu qu’il s’était pourtant promis de faire avant tes seize ans, avant que tu ne sois en âge d’être marié, là-bas.

Je lui dirais plus tard, il est si fragile, j’ai peur que son cœur ne le supporte pas. Ça a été sa première excuse bidon pour repousser l’échéance. Certes, tu étais un enfant à la santé délicate, contraint à l’éducation à domicile jusqu’au collège, mais t’étais pas un château de cartes de verre. Il aurait pu te le dire. Il aurait dû te le dire. T’étais suivi par un médecin, un cardiologue, tu avais des rendez-vous réguliers à l’hôpital pour surveiller de près ton insuffisance cardiaque. Et t’étais encore jeune à l’époque, peut-être que tu aurais pu l’entendre, te faire une idée, une raison. Avant d’entrer dans la vie active, de construire des projets d’avenir.

Je lui dirais plus tard, après tout, je ne veux pas qu’il déteste sa mère encore plus que de raison. Comment ne pas la haïr ? Une salope, amour parenthèse qui t’avait mis au monde avant de disparaître sans laisser de trace, sans te prévenir. Tu as passé vingt-sept ans à penser qu’elle t’avait juste lâché. Après tout, tu ne savais rien d’elle, surtout pas ses origines. Bien sûr que tu la détestais, putain.

Je lui dirais plus tard, je ne veux pas le déconcentrer à l’école. T’étais un enfant à la scolarité exemplaire. Du genre vif et intelligent à défaut d’être fort ou vaillant. Le chouchou des profs, l’intello, le suce-boules, celui qu’on interroge toujours quand personne n’a la réponse, le curieux qui pose des questions et reste à la fin des cours, bref, la tête de turc. Sauf que personne n’est jamais venu te chercher des poux parce que t’étais déjà un connard sur les bords et que t’adorais manipuler les profs pour causer du tort à tes petits camarades. Surtout l’abruti qui avait essayé de te faire tomber dans les escaliers parce que tu étais plus jeune que les autres, la faute à une classe sautée.

Je lui dirais plus tard, j’ai eu si peur de le perdre. C’était la première année de lycée, une violente crise, ton cœur a failli lâcher. T’étais resté un mois à l’hôpital, à suivre les cours du fond de ton lit. Bien sûr que ton père a eu peur, mais il aurait pu te le dire, là aussi. Après tous, les médecins étaient juste à côté, non ? C’est vrai quoi, même pas besoin d’appeler une ambulance.

Je lui dirais plus tard, il est lancé dans la vie active maintenant. Dix-sept ans, lycée terminé, en âge d’être marié depuis maintenant un an. Lancé sur la voie de la médecine, comme ton père, t’avais pas le temps pour grand-chose à part bosser, trimer et oublier de te reposer. T’avais choisi de partir en études de santé pour devenir médecin psychiatre. Fascination pour la psychologie humaine, les rouages du cerveau, les méandres les plus crades des pensées cachées. Plus jeune, t’aimais bien manipuler tout le monde, surtout ton père et les salopes de femme qu’il essayait d’imposer dans ta vie. Alors t’avais envie d’en apprendre plus. De voir à quel point on pouvait retourner le cerveau, semer les graines de la discorde et les cultiver avec amour. À quel point on pouvait foutre des gens en l’air avec les mots et à quel point l’humain pouvait être pathétique à en crever.

Je ne peux plus lui dire, il est engagé maintenant, ça lui briserait le cœur. C’était le jour où tu lui as présenté Abel. T’avais pas vraiment peur de sa réaction parce que ton père était pas du genre dérangé par l’homosexualité et il avait bien compris que toi, le genre, tu t’en foutais un peu, que t’aimais juste les belles choses, frappantes et atypiques.

Je prierai pour qu’il ne soit jamais marié.
Voilà comment ton père a fini par abandonner l’idée de t’avouer le secret de tes origines, de la disparition de ta mère.

Et voilà comment tu t’es retrouvé au centre de redressement, dans un pays inconnu, dans une langue inconnue, aux côtés d’un homme dont tu ne voulais pas.

FRAGMENTS
VI.
« J’erre sous le ciel gris tout le monde est triste à Paris. »

Pas un mot, juste un énorme crochet quand tu es entré dans cette cellule pouilleuse et mal-odorante. La silhouette de ton époux découpée par la lueur tremblante à la fenêtre t’a vite fait comprendre que tu n’aurais jamais le dessus, physiquement sur lui. Il était grand, pour un Japonais. Un sportif professionnel. Il était furieux que son épouse ne l’attende pas sagement dans leur nouveau chez eux. La première désillusion a été quand au bout du septième jour, les miliciens sont venus le cueillir à son entraînement. La seconde, c’est quand il a compris que ta chevelure d’or blanc et tes traits fins étaient traîtres à l’ombre. Lui ? Marié à un homme ? Et puis quoi encore ? Probablement qu’il t’a insulté de tous les noms, tu n’en sais rien, à l’époque, tu ne comprenais pas un traitre mot de japonais. Bien sûr, tu comprenais la violence sous-jacente, l’intonation veut dire beaucoup. Alors tu l’as laissé crier, s’énerver, parce que tu n’avais pas vraiment le pouvoir de recadrer cet enfant capricieux. C’est juste pour lui, rien que pour lui, que tu as décidé d’apprendre le japonais aussitôt sorti du centre après deux semaines de détention, probablement les pires de ta vie. Pour quelqu’un comme toi, l’enfermement, la pauvreté et la saleté étaient le plus dur à à supporter. Tu t’es promis que tu n’y retournerais plus jamais.

Alors après des litres d’antibactérien, trop de douches pour pouvoir les compter et quelques jours pour t’acclimater à ce drôle de monde qu’est le Japon, tu as engagé un professeur privé, acheté des livres et tu t’es mis au Japonais. Heureusement pour toi, t’as toujours aimé apprendre les langues. D’abord l’anglais à l’école, ensuite l’islandais pour te rapprocher un peu des racines lointaines de ton paternel. C’était des balbutiements un peu hésitant au début mais de fil en aiguille, avec du temps et de la pratique tu as fini par avoir un vocabulaire correct et de quoi te faire comprendre. Pas assez pour recommencer à exercer en tant que psychiatre au Japon, les longues conversations c’était pas encore ça.

Errant sous le ciel gris de ce mariage imposé, t’as accepté tous les ordres de la machine sans trop broncher. Malgré ton aversion pour ton époux et ce système. À quoi bon mourir ? À quoi bon se battre ? Autant courber l’échine. Même si le baiser quotidien te laissait un goût amer sur les lèvres, comme un parfum de regret. Non, t’avais pas vraiment l’impression de tromper Abel. Pas du tout même. Vous étiez plutôt dans une relation libre et de toute façon, lui continuait à se prostituer pour le plaisir. Pour ton compte aussi. Après tout, c’est lui qui t’a entraîné dans ce monde, des années plus tôt, en t’expliquant qu’il faisait ça pour se payer ses études et parce que ça l’amusait de découvrir tous les tabous et les désirs honteux des gens. Plein de secrets sales dans des cerveaux cassés.

Souvent, Abel est venu te voir au Japon. Sans avoir l’idée de s’y installer, bien entendu. Plutôt crever que se mêler à une foule de moutons. Mais ça te faisait plaisir qu’il vienne te voir. Il le fait encore. Au début, c’était dur de lutter contre l’envie de caresser sa peau, son ventre, d’effleurer ses lèvres, le croquer, le dévorer, le lécher, le bouffer tout entier. Il a toujours été lascif, un peu provoquant. Le pull qui se relève accidentellement, une langue percée passée innocemment sur le bout des lèvres, affalé sur un canapé comme une œuvre d’art, un cadeau à déballer… Tu pouvais respirer son odeur et le toucher du bout des doigts, c’était déjà ça. Une accalmie sous la tempête. Parce que l’autre, l’usurpateur, c’était pénible avec lui. Il te collait des poings et tu lui répondais à grands renforts de mots assassins, de quoi le faire douter, lui donner presque envie de renoncer au foot.

Deux années sont passées comme ça, progressivement, t’as pu reprendre ton activité, en libéral mais aussi à l’hôpital. C’était Abel qui gérait ton business en Allemagne. T’avais fini par faire de lui ton co-propriétaire. De toute façon, il te suivait depuis si longtemps dans tous tes plans douteux. Tu savais qu’il ne souillerai jamais les terres sacrées de ton empire, qu’il ne ferait que les embellir. C’est même lui qui t’a soufflé l’idée de te renseigner plus en avant sur la prostitution au Japon pour relancer la partie plus obscure de tes activités.

Il t’a donné un nouvel objectif, de quoi t’occuper, tuer le temps. Une autre source de divertissement.  

La prostitution au Japon, une vaste blague. Une simple loi vieille et facile à détourner pour exercer sans trop se mouiller. Non, le plus embêtant, au fond, c’est l’arrivée de l’Incontestable qui rend difficile la fidélisation des clients et des prostituées qui officient. Foutues lettres, foutues puces. Mais bon, l’appât de la chair est facile, celui de l’argent aussi. Certains ont fait leur beurre en utilisant des gamines beaucoup trop jeunes, pas en âge d’être mariées pour contourner l’Incontestable. Le trafic des lycéennes est fréquent après tout. C'est des choses que tu as découvert avec le temps, l’expérience et les recherches. À défaut de pouvoir t’y rendre, t’as envoyé Abel aux quatre coins de Tokyo pour tester différents établissements. Soapland, fashion health, pink salon… Tant de types d’établissement qui usent tous des mêmes méthodes pour contourner les lois. Après tout, l’interdiction pénale ne vise que le coït vaginal, non ?

T’avais déjà l’expérience de tes maisons closes de luxe au Japon pour ne pas partir de rien dans ce monde un peu douteux, où on fait souvent son beurre sur la misère humaine. Les jeunes en manque de thune, les vieux gâteaux qui veulent quand même baiser des jeunes, les étrangères un peu trop jolies qui ne parlent pas bien la langue… Mais bon, tu l’as toujours assumé. Qu’est-ce que ça peut bien te faire ? Tu veux du divertissement, des dorures, rien d’autre. L’envers du décor t’intéresse peu. Dans la prostitution, il y a de tout, tu l’as vite découvert. Certains comme Abel n’ont aucun souci avec le fait de vendre leur corps et se lancent là-dedans de leur plein gré. D’autres ont été forcé, par toi, un autre, peu importe. Ta morale ne s’embarrasse pas de tout ça. Tant que ton empire brille et prospère…

Avec Abel, vos règles ont toujours été les mêmes : n’officier que dans le luxe pour des clients riches et aisés, des formules sur mesure et pas de buffets chinois à volonté. Les devantures clignotantes et sales, les intérieurs pouilleux et dépouillés où on se demande quand le ménage a été fait pour la dernière fois et les photos des prostituées pixellisées et censurées, merci mais non merci. Les clients sales aux cheveux gras, qui déposent des billets froissés d’une main tremblante parce qu’ils sont toujours puceaux à cinquante ans, non merci. Non, toi tu vises les gens fortunés, raffinés. Des gens comme toi. Qui ont du temps et de l’argent. Des fantasmes que tu te fais une joie d’assouvir. Tu as la main sur le cœur, Ether.

C’est comme ça qu’après quelques mois, est né ton premier établissement. Tu as fait le choix de ne pas le placer dans le quartier chaud de Shinjuku. On ne mélange pas les torchons et les serviettes après tout. C’est Abel qui le premier a commencé à séduire et racoler pour toi. D’autres Jouets sont venus peupler tes terres au compte goutte. Des endettées, des gamines à vampiriser, deux-trois paumés doucement tout doucement attirés à toi au fil des séances psy, quelques curieux. Au fond, le bouche à oreille fait beaucoup. Les clients satisfaits parlent entre eux, amènent d’autres clients. Même les putes ramènent parfois des amis parce que bon, tu paies plutôt bien. La poignée de clients s’est transformée au fil du temps en carnet d’adresses de plus en plus rempli. Faut dire que tes formules sur mesure, les grandes salles de jacuzzi et l’endroit luxueux, propre, calme et discret d’enseigne a vite su trouver sa clientèle. Ici, même les costumes données aux prostitués sont sur mesure. Tous les fashion health reposent sur l’idée de costume, de mode, de fashion, les clients paient pour la tenue qu’ils veulent. Le plaisir de l’enlever - ou non, est bien plus grand. Toutes les demandes farfelues qui tombent, tu te fais une joie de les mettre en œuvre. Mais attention, en parfait serpent, t’as parfaitement su t’approprier la loi sans jamais la contourner. Et tu y veilles au grain. Celui qui tente de violer cette règle sacrée s’exposent à la fureur destructrice de tes mots assassins.

Voilà comment après une année d’activité, tu t’es retrouvé avec une quinzaine de putes à ton service. Les grands chiffres ne t’ont jamais fait rêver. Tu préfères garder une forme d’intimité, pour mieux contrôler, réguler, garder l’ascendant, bouffer de l’intérieur les animaux dociles qui tentent de se rebeller. Heureusement, les agneaux sont faciles à garder sous contrôle. Surtout en promesse de plus de billets. C’est la seule partie de ton trafic que tu gères directement, pour le reste, tu passes par des gérants, des pions que tu fais tomber quand ils ne te plaisent plus. Ejectés de l’échiquier sans le moindre état d’âme, remplacés par des nouveaux pions tout beaux tout neufs… mais pour certains secrets, c’est le Roi qui s’en occupe sans passer par les valets.

Il se murmure sur les lèvres de tes clients les plus fidèles que, discrètement, avec beaucoup plus de billets mis en jeu, certains prostitués font des extras et acceptent de ne pas respecter la loi. Pas aux fashion heatlh, dans des hôtels de luxe que tu choisis et qui changent à chaque fois. Ce sont eux, tes meilleurs Jouets, tes préférés. Il y a Abel, bien sûr, mais il n’est pas un Jouet, il est ton complice, ton âme-sœur, ton partenaire jusqu’à la fin. Et puis il y a la jolie Ruka aussi. Hinata depuis peu. Et Chiyomi. Eux, tu les connais par cœur.

C’est pour eux que tu sacrifies parfois tes soirées, avec eux que tu passais ton temps quand ça devenait lourd à la maison.

Mais heureusement, un jour, la nouvelle est tombée.
Vous n’étiez plus compatibles.
Plus de bleus aux couleurs de l’univers sur ta peau, plus de larmes salées sur ses joues.

Tu étais libre.
Libre de continuer d’entretenir ton nouveau joujou, cette nouvelle partie de ton empire encore fragile, les premières années sont décisives.

Et dire que quelqu’un a tenté de détruire le parfait.
Dire que quelqu’un a voulu brûler ton royaume de corruption.

Dommage, vraiment dommage, qu’elle ne soit plus là pour en parler.
C’était Fumiko, ta seconde épouse.
C’était.

FRAGMENTS
VII.
« Les deux pieds près du vide, des vagues contre le navire. »


Tout est parti d’Abel.

De votre rencontre des années plus tôt, au détour d’un couloir de fac. Ses boucles, son visage, sa gorge ployant sous ses drôles de rire de hyène, ses énormes Rangers à ses chevilles graciles. Il avait tout pour te plaire, jusqu’au grain de beauté arrogant, comme une tache sur sa lèvre supérieure ourlée. Alors tu l’as approché sans un bruit. Doucement, lentement, mais lui n’était pas comme ça. Son bras passé autour de tes épaules, des cris, des fracas, il est comme ça Abel. Il ne frappe pas aux portes, il les défonce de sa semelle, il enfonce tous les murs pour mieux voir l’horizon, laisser filtrer la lumière.

Alors voilà, il a posé ses godasses sur les terres de ton monde et c’est de lui qu’est né ton royaume, ton Empire. C’est lui qui le premier t’a annoncé sans gêne dès vos premiers instants de relation qu’il se prostituait tant pour payer ses études que par curiosité un peu malsaine. C’était même pas un aveu, juste un fait balancé comme ça. Deal with it. T’as pas trop su comment réagir, toi t’as grandi tout dans un monde de soie et de velours. Même si cette maison de verre t’a écorché et fait saigner bien trop de fois.

Mais non, ça ne t’a pas vraiment choqué. En Allemagne, ça fait bien plus de cent ans que la prostitution est devenue une institution légale et souvent controversée. Une loi initialement adoptée pour mieux protéger les prostitués et leur permettre d’exercer en toute sécurité, qui en réalité a donné lieu à des excès en tout genre. Berlin et ses maisons closes, Berlin, ville de la prostitution. Comme dans les quartiers rouges d’Amsterdam, les touristes s’y pressent en masse pour un peu de sexe bâclé et artificiel. C’est tellement ancré dans le décor que les natifs passent dans les rues sans trop y prêter attention. Ça y est et c’est comme ça. Les gamins mineurs mentent sur leur âge et piquent la carte d’identité de leurs amis majeurs parce qu’ils ont envie de baiser des putes et qu’ils se branlent sur des porno bas-étages. Tout ça pour un putain de buffet chinois à volonté où pour quelques billets froissés, on peut se taper toutes les nanas qu’on veut par tous les trous jusqu’à ce qu’elles bavent. C’est comme ça. C’est le lot de la majorité des maisons closes allemandes. C’est ce que tu as constaté quand Abel t’a emmené là où il bossait. C’était chiant, crade et en plus, tu t’es tapé une crise d’allergie à cause de la poussière.

Mais pourtant…
Et pourtant…

Ça a éveillé quelque chose en toi. Une curiosité malsaine pour un manipulateur comme toi. Un désir de possession. De contrôle. De gérer les clients comme les patients. De voir ce que ça fait, d’avoir l’ascendant sur tant de gens, de leur imposer chutes et révérence. Du divertissement sur mesure parce que la vie c’est comme un joli putain de zoo quand on la regarde vue d’en haut. Et puis il y avait ton arrogance certaine, un égo mal placé qui te soufflait de faire mieux que ces buffets industriels. Qu’on pouvait faire des grandes choses. C’est une idée qui ne t’a pas quittée. Comme une graine plantée dans ton esprit qu’Abel et vos discussions des mois durant a fait germer en jolie pousse.

Tu t’es lancé dans le monde du proxénétisme en parallèle de ta quatrième année de médecine. Enfin, lancé est un bien grand mot, tu faisais juste des heures de ménage dans une maison close réputée de la capitale. Ça te faisait grincer des dents de te rabaisser à une tâche pareille, mais au moins tu pouvais observer les gérants, les prostitués, calculer tes plans. Parce que même s’il est facile d’ouvrir un bordel en Allemagne, il est bien moins facile d’estimer les fonds et de comprendre les ficelles de ce business. C’est comme pour adopter un chien, avant de le faire faut se poser les bonnes questions. Alors voilà, tu t’es baladé de maison en maison pour analyser, observer, t’as même fini par te prostituer ici et là, pas pour la thune ni pour la curiosité malsaine à la Abel, juste par putain d’obsession de tout comprendre et apprivoiser du système.

Finalement, c’est dans ta sixième année d’étude, alors que t’avais fait le choix de partir en médecine psychiatrique, qu’Abel t’a pistonné et réussi à te vendre à son patron. Tu t’es retrouvé au comptoir à accueillir les clients dans ce buffet géant. T’avais déjà deux années dans les pattes alors t’étais à l’aise dans ce monde de drôles d’oiseaux. Et qu’est-ce que c’était jouissif de parfois croiser le regard fuyant d’un étudiant de ta fac. Plein de minutions en réserve, plus de secrets à noter, garder, enterrer, puis un jour peut-être exhumer. Tu t’es fait les armes comme ça, un peu comme tous les autres. À te faire des contacts avec des gérants, des propriétaires, des clients, des prostitués, tous les maillons de le chaine, indissociables et indispensables pour un commerce prospère. C’était usant de te concentrer et sur tes études et révisions, et juste sur le travail, t’en as sacrifié, des heures de sommeil pour réussir à concilier les deux, mais t’étais satisfait comme ça. T’avais un équilibre et il y avait quelque chose d’incroyablement satisfaisant à travailler si près d’Abel tout en sachant qu’il était tien. Qu’il est encore tien, que le Japon le veuille ou non.

Ton père n’était pas au courant de tes activités, mais de toute façon, tu n’avais aucun compte à lui rendre. Ce déchet pathétique à en crever depuis la disparition de ta mère, cherchant désespérément le réconfort dans des bras à la chaleur illusoire t’épuisait plus qu’autre chose. Il aurait bien pu crever, ça n’aurait rien changé à ta vie. Enfin si. Ça l’aurait rendue plus douce et encore plus facile, merci l’héritage familial, merci les grands parents décédés à la tête d’un empire commercial et financier en Allemagne.

Lui, il ignorait tout du royaume que tu t’apprêtais à construire et dont jamais il ne pourrait prétendre fouler les terres. Parce que après 7 ans à bosser pour Oslo, alors que t’étais sur le point de finir ton internat, il a fini par faire de toi son bras droit. T’étais à deux doigts de récupérer son affaire, à pouvoir la transformer et enfin en faire ce que tu voulais. Alors tu as sorti le grand jeu. Ether, vilain manipulateur. C’était ton coup d’essai, Fumiko elle, l’achèvement de ta partition. Et Abel t’a aidé à te débarrasser de lui, toujours là pour t’accompagner jusqu’à la déraison.

Abel a fouillé dans sa vie en s’invitant dans son lit. C’est un type plutôt droit, il n’y avait pas grand chose pour le faire chuter. Mais pas grave, vous lui avez inventé une vie qui n’était pas la sienne. Qu’il aimait un peu trop les enfants, surtout les siens. Rumeur murmurée aux bonnes personnes, au bon moment, vous avez été des brillants comédiens avec vos airs effarés, vos regard voilés par la peine et vos litanie de « je n’y crois pas, pas lui. »D’abord, les gens lui ont tourné le dos dans ses propres maisons closes. Ensuite, des anonymes ont commencé à l’insulter, voire même le frapper au détour d’une rue alors qu’il rentrait chez lui. Ça a duré des mois, il n’en pouvait plus. T’aurais bien aimé qu’il se suicide, pour la beauté du spectacle, mais non, il a préféré se barrer à l’autre bout de l’Allemagne après t’avoir refourgué le bébé. C’était tout ce que tu voulais, alors t’as accepté la bouche en cœur, en promettant d’en faire un royaume beau et prospère.

C’était facile.
Si facile.

Et quand même bien plus simple que te lancer toi-même, trouver des emplacements aussi bons que ceux d’Oslo. T’as juste pioché dans l’argent de ton père à grands renforts de chantage pour l’obliger à céder pour faire quelques travaux. Plus de buffet chinois. Plutôt des hôtels gastronomiques. Des formules sur mesure. Du blanc et des dorures. Moins de monde. Une ambiance plus intime, plus privée. Plus prestigieuse. Les clients en jogging ont fait place aux cravates et aux lunettes de soleil de quelques politiques de l’étranger. Plein de potins croustillants, t’étais une fouine bien heureuse d’avoir su être si patiente pour reprendre une affaire.

Et tu as géré ce royaume pendant deux années, jusqu’à ce que le Japon défonce la porte plutôt qu’y frapper. Tu l’avais embelli avec le temps, l’aide des bonnes personnes, des contacts que t’avais réussi à te faire pendant tes études. Et quand tu as dû partir, t’as placé quelques pions en qui tu avais suffisamment confiance à des postes stratégiques et tu as continué à gérer ton empire à distance d’une main de maître.

Quand t’as rencontré Fumiko, ton second mariage imposé, tu avais 33 ans, au Japon depuis maintenant quelques années, t’étais bien installé. Psychiatre réputé, recommandé - oh, si seulement ils savaient. Trois maisons closes en Allemagne, deux fashion health au Japon, un Empire construit sur des rires et des sourires, entretenu avec tant d’amour… elle n’avait pas le droit de tenter de briser le parfait.


FRAGMENTS
VIII.
« Les deux pieds près du vide, des vagues contre le navire. »

C’est vrai, tu pourrais dire que tu es désolé.
Tu pourrais le chanter, le hurler jusqu’à en dégueuler sur les murs, le souiller de cet amour falsifié. Tu pourrais le murmurer au creux d’une oreille, tout doucement, comme si tu racontais un secret qui n’appartient qu’à toi, à ne surtout pas partager. Tu pourrais dire que tu t’en veux, que tu as le cœur qui se serre à chaque inspiration, à l’étroit dans sa prison de chair. Tu pourrais dire que tu regrettes, regrets amers et corrosifs qui t’émiettent en mille morceaux de toi. Peut-être même que tu pourrais dire que tu aimerais revenir en arrière, changer les mots pour soigner les maux, la changer, la sauver. Changer les mots que tu as pu lui dire, qui faisaient danser des ombres au fond de ses pupilles. Changer les gestes que tu as pu avoir quand la peur habillait ses poignets trop fins. Dessiner un sourire sur ses lèvres gelées, rallumer les étoiles mortes au fond de ses yeux. Tu pourrais dire que tu aimerais l’embrasser une dernière fois, sentir vos souffles s’enlacer. Tu pourrais dire que tu as tout fait pour la sauver, l’aider, l’aimer, ta Fumiko, ta jolie poupée. Mais ce serait mentir. Parce que tu as tout fait pour éteindre le feu de ses yeux. Pouvoir étreindre ses chairs meurtries, là, à la lisière de ses poignets. Et tu l’as trouvée belle, drapée dans l’eau pourpre, portrait figé. Ça t’a plu, de la briser.

Tu l’as entendue pleurer, tous les jours avant le dernier. Elle se cachait pour le faire, petite princesse autoritaire, gamine persuadée d’être une femme. Une guerrière. Elle se trompait. Elle l’a payé. Alors non, désolé mais tu n’es pas désolé. Ça devait se passer ainsi, il n’y avait pas d’autres solutions. Tu n’allais quand même pas la tuer de tes mains, le sang ça tâche et puis un assassinat c’est pas créatif pour une sale race de ton espèce. T’aurais pu aller pleurer dans les jupes d’Alekseï et de l’Inagawa en prétendant que tes activités étaient en danger, vu que t’avais accepté de placer tes établissements japonais sous leur protection, moyennant finance et avantages bien entendu. Mais c’était quelque chose que tu voulais régler toi-même.

L’occasion de briller.

Pauvre, pauvre Fumiko.

Elle n’a pas eu de chance, tu n’as jamais été un cadeau. Trop destructeur et invasif comme les mauvais sentiments. Elle voulait faire partie de ton monde mais il n’y avait pas de place pour les filles comme elle dans les terres de ton royaume. Celui qu’elle a voulu briser. Pourtant, quand tu l’as rencontrée le premier soir, elle avait l’air de tout sauf d’une menace. Une mignonne petite chose bien rangée dans sa case qui ne t’inspirait rien. Elle n’était ni laide, ni jolie. Juste passe-partout. Elle ne méritait ni ta haine, ni ton amour. Ton ignorance et puis c’est tout. Elle t’avait souri de toutes ses dents blanches, pas toi. Non, vraiment, elle était invisible, un mur aurait pu te faire le même effet.  Tu l’as acceptée dans ton lit et dans ta vie parce que tu n’avais pas le choix. Au travers des jours et des bonjours, vous, enfin surtout tu, avais appris à la connaître. À t’immiscer dans les chemins boueux de ses pensées. T’en as parcouru chaque recoin comme une putain de mouche à merde. Et quand t’as trouvée la fissure, t’es devenu fou comme les requins attirés par l’odeur du sang. On vit tous avec une faille, une petite fissure, c’est pour ça que les gens sont tous fêlés. Et toi, t’as trouvé la sienne et tu l’as élargie jusqu’à ce qu’elle devienne une plaie béante, sanguinolente. T’as fracassé ses rêves et ses espoirs, tenu son petit coeur entre les mains jusqu’à l’essorer, l’assécher.

Mais t’as été doux, attention. Tu as pris plaisir à la noyer dans la brume, à la détruire jour après jour.  C’était de sa faute, t’avais pas eu l’intention de la tuer au début. Tu comptais laisser le système faire, comme pour ton premier mariage. Mais Fumiko n’a pas su rester à sa place. Elle avait compris ce que tu faisais de tes nuits et insomnies, de tes absences et mensonges. Que certaines rentrées d’argent n’avaient aucune explication. Ce secret que tu cherchais à tout prix à garder. Au fond, elle aurait bien pu le divulguer, c’était pas comme si les flics allaient faire quelque chose, mais tu n’as pas aimé. Tu n’as pas aimé qu’elle veuille détruire ton monde. Ton image de parfait psychiatre. Ton univers, tout simplement.

Alors elle s’est condamnée à mort. Sentence irrévocable.

T’as essayé de lui expliquer, mais elle était trop sotte pour comprendre la nature profonde de ton art. Toi, t’as jamais été un proxénète. Non, non, non. Tu es un Roi, un Artiste, un Démiurge. Tu as fabriqué ton monde, c’est l’oeuvre d’une vie. Tu as déblayé tous les déchets au sol, les Oslo et autres clodos, puis tu as bâti tes propres fondations sur ces cadavres. Ton univers est beau, propre, d’or et de velours. Ce que tu proposes, c’est bien plus que du réconfort à l’arrière d’une voiture. Mais elle n’a pas voulu te comprendre, t’écouter. Capter que t’es qu’un ange gardien qui donne de l’argent à des pauvres personnes dans le besoin, un vrai sain voyons, enfin. C’est juste que tu plies un peu les gens à tes règles. Sinon, ils ont des problèmes. Tu as toujours été doué pour les faire pleuvoir, il suffit de quelques mots. Ils ont toujours été plus tranchants que les coups. C’est avec eux que tu as tué Fumiko.

C’est parce qu’elle n’a pas su comprendre que tu étais un artiste qu’elle s’en est retrouvée là, les yeux levés vers le plafond blanc, comme dans une dernière supplique. Mais il n’y avait plus personne pour l’entendre, après la mort il n’y a rien, juste l’obscurité et le silence. T’as embrassé sa main inerte quand tu l’as retrouvée dans cet état. En te disant que c’était vraiment dommage et que tu aurais pu continuer à l’ignorer cordialement si elle s’était assise et qu’elle t’avait écouté.

Elle ne t’a pas laissé le choix.

Alors tu as commencé à imaginer l’acte final, celui de sa mort. Il ne fallait rien laisser au hasard. Jour après jour, tu t’es coulé en elle, déversant ton venin. Tu l’as souillée. Envolés ses rires, ses sourires, tu les as enfermés dans les placards de ton cœur. Alors bien sûr ses parents se sont inquiétés en la voyant dépérir. Ils s’en sont remis à toi, si pratique d’avoir un gendre psychiatre. Au fur et à mesure, la toile que tu peignais a fini par s’achever. Elle s’est fissurée, est morte à tes pieds. Il n’y avait plus de feu dans son regard, juste de la lassitude, elle était arrivée au bout de sa vie. C’était la première fois que tu poussais le vice si loin, que réellement, tu avais le pouvoir de tuer quelqu’un. Tenir une vie du bout des doigts, c’est incroyablement jouissif comme sentiment. C’est quelque chose que tout l’or du monde ne peut pas offrir.

Et un beau matin, le simulacre a pris fin. Tu l’as noyée dans ses abysses. Mais c’est de sa faute. Tu n’as fait que te défendre. Quelque part, tu savais que quand tu rentrerai le fameux soir, elle ne serait plus là. T’avais même passé la journée à te demander comment elle serait morte. Et elle était belle, les vêtements alourdis par le poids de l’eau. Là, elle était digne de ton royaume. Tu as été l’instigateur de cette fin malheureuse, le bourreau, mais tu n’as jamais tenu de couteau. Devant ta famille, tes amis, tu as joué le mari éploré, l’amant déchiré.

Et ils t’ont cru.

Abel a compris, lui. Bien sûr qu’il a compris. Et bien sûr qu’il n’a rien dit.

Personne à part lui n’a jamais su, personne ne saura jamais la vérité.
Elle a fait l’erreur de te rencontrer, l’Incontestable a fait l’erreur de vous marier.
Et c’est ce qui l’a tuée.

Ça t’a fait quelque chose, de pousser quelqu’un jusqu’à la mort. Un moment de latence, de choc même. Plus jeune, tu t’étais déjà amusé à te débarrasser des femmes de ton père à plusieurs reprises, ou bien causer du tort à tes petits camardes. Jeune adulte, tu étais allé encore plus loin avec Oslo. Mais Fumiko… tu ne pourras pas l’oublier. Peut-être qu’un jour, viendra le temps de la culpabilité. Peut-être.

FRAGMENTS
VIII.
« Si je meurs prends mon cœur, enterre-le en bonhomme comme Chopin. »

De nouveau célibataire, tu t’es consacré à ton royaume, ton travail de psy.

Et le jour de tes 34 ans, quelques semaines après le décès de Fumiko, une inconnu a sonné à ta porte. Petite, japonaise typique, un peu marquée par le temps, les années. Elle t’a appelé Ether. C’était ta mère. Elle voulait te rencontrer, te parler, s’excuser. Tu lui as claqué la porte au nez. Alors elle t’a écris des lettres et des poèmes pour renouer avec toi, demander pardon, t’expliquer des niaiseries, bla bla bla, l’amour ça ne se contrôle pas. Tu ne l’as jamais écoutée. Encore aujourd’hui, elle s’acharne mais tu l’évites, tu la fuis. Elle te met en colère. Torrent de fureur qui court court court dans tes veines.

T’as espéré très fort qu’elle meurt quand Shukumei a frappé le Japon. Toi, tu n’étais pas là. T’étais rentré en Allemagne à l’annonce du cancer du pancréas de ton père. Il t’a demandé pardon à plusieurs reprises, pour t’avoir caché le secret de tes origines, mais tu ne lui as jamais pardonné. Il est mort sans avoir réussi à renouer avec son enfant unique, ce bébé qu’il aimait tant. C’est cruel, mais tu es quelqu’un de cruel. De dur en affaire. On ne s’empare pas de ta confiance comme ça, on ne la regagne pas non plus. T’as pas pleuré à son enterrement, pas plus qu’à la lecture du testament. Qu’il te laisse toute sa fortune ne t’a juste pas surpris.

C’était une banalité, un fait.

T’as profité de ton séjour en Allemagne pour visiter tes maisons closes, tes trésors depuis tant d’années. Puis t’es rentré au Japon rassuré parce que tout se passait bien et que les murs étaient toujours parfaitement blancs.

Abel était avec toi quand le bug de l’Incontestable s’est déclaré. Lui était mort de rire, toi surchargé au cabinet de parfaits petits moutons en panique et beaucoup trop stressés à l’idée de perdre le phare de leur vie. Les pauvres. Toi, t’as pas besoin d’un ordinateur pour te guider. Tant qu’Abel il tient ta main, tout va bien. Rien ne vous a jamais séparé, rien ne vous séparera jamais. Et si ton cœur l’emporte et cesse de battre, tu sais très bien qu’il prendra la relève. Il ne laissera pas tomber ton rêve d’une vie, le même qui te hante, ce monde qui vieillit avec toi. T’es à l’aube de tes quarante ans, ta santé fragile te fait flipper, t’en parles pas mais t’as qu’une peur, c’est te réveiller un jour et réaliser que tu as fait tous les mauvais choix, que t’as mené une vie qui n’était pas la tienne. Mais ça n’arrivera pas ? Pas vrai ? Abel est là, tout va bien.

Après vous, le Déluge.







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le Mar 5 Nov - 19:01
Ether Leonhardt
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Caractère


« Les fleurs du mal ne poussent pas que dans les poèmes de Baudelaire. »

Papillon de nuit, il n’y a que les lueurs sales des lampadaires qui t’attirent. Les choses louches, mystérieuses. Jouer avec les secrets, les fantasmes les plus honteux des autres. Les triturer entre tes griffes jusqu’à les éventrer comme un doudou usé. Parfait produit des beaux quartiers, de la société, tu n’es rien de plus qu’un gamin qui s’ennuie. Et Dieu sait ce que les mômes font comme conneries. Quand tu étais enfant, ton père t’avait offert un ours polaire en peluche en précisant avec un sourire affectueux qu’il l’avait choisi à cause de la couleur de tes cheveux. Le soir même, la malheureuse peluche avait perdu une patte et un œil. Parce que tu t’ennuyais, parce que tu as toujours aimé détruire pour mieux reconstruire, asseoir ton emprise. Mais désormais, ce n’est plus les objets que tu abimes : c’est les gens. Toi, tu frappes même les hommes déjà à terre. Avec des mots sales et mensongers, qui ne sont là que pour briser. Tant que les os ne luisent pas, qu'il y a encore des lambeaux de chairs à arracher, un cœur qui pulse là tout bas, quelque chose à éclater entre tes doigts fins, tu t'acharnes. C’est ce qui te fait vibrer. Tu es une terre fertile de ronces plus que de roses. Une fouine qui tire profit de son métier pour s’immiscer dans les passés et les cœurs des gens. Mais attention, tu présentes bien.

Ce n’est pas écrit danger sur ton front.
Tu es un homme charmant et aimable. Papa t’a bien élevé. Les manières de ton quartier huppé aussi. Jamais rien qui dépasse, jamais un mot au dessus de l’autre. De toute façon, tu n’as jamais été du genre à crier à en faire trembler les murs, t’énerver à en jeter du verre. T’es calme et froid comme la neige qui s’agrippe au sommet des monts, qui dort sur les toits et qui luit sous les rayons de lune. Toujours un sourire de circonstance sur tes lèvres délicates. Tu inspires confiance aux gens. Tu es doux comme tes manteaux de fourrure, tu sens bon les fleurs et les étoiles, on a envie de venir vers toi, de pousser la porte de ton cabinet. Comment se méfier ? Pourquoi se méfier ? Tes mots caressent comme une main fraîche sur une peau brûlante. Et la plupart du temps, tu ne fais rien d’autre qu’apaiser et taire les maux.

Après tout, c’est pour ça que les gens te paient. Écouter, guider, conseiller, accompagner. Ils ne méritent pas tous que tu t’acharnes. Ce qu’ils racontent ne tombe jamais dans l’oreille d’un sourd, mais souvent, tu n’en fais rien. Tu les ranges dans un coin de tiroir, tout au fond de ta mémoire. Peut-être que ça servira un jour. Peut-être pas. Dans le doute, tu retiens. Après tout, le chantage, c’est un art que tu maîtrises à la perfection. T’as des doigts de marionnettiste, manipuler, c’est ce que tu fais de mieux. Quelques mots mielleux, un regard appuyé, un sourire lame de rasoir, et les genoux ploient, les larmes coulent, la volonté cède. Et ce que tu veux, tu l’obtiens sur un coussin, dans un écrin de velours. Autant de trésors dont tu aimes te parer pour mieux te pâmer.

Après tous, les Rois aiment l’or et les bijoux.
Et toi, tu es le Roi auto-proclamé de ton royaume de corruption.

Tu uses de ton influence pour en peupler ses terres. C’est ton monde, ta fierté. Tu l’as bâti pierre après pierre, poussière après poussière, sur des rires et des sourires. Toi, tu es le démiurge et l’artisan. Personne n’a le droit de défaire les mailles qui l’entretiennent. Ta salope de femme l’a payé de sa vie quand elle a voulu te mettre des bâtons dans les roues. Il a suffi de quelques mois, les bons mots, les bons coups, pour lui retourner le cerveau, la pousser à la mort. Tes mains blanches sont un mensonge, elles n’ont rien de pur. Elles se glissent dans les cheveux pour mieux tordre les nuques. Elles pointent du doigt, donnent des ordres, griffent, agrippent, accusent et parfois réconfortent. Se posent sur une joue, une épaule, doucement, tout doucement. C’est la récompense de tes Jouets les plus dociles. De ceux qui acceptent de faire les extras payés au black et n’entrant pas dans les prestations de tes établissements japonais. Eux, ce sont tes préférés, tes Poupées. On ne les abîme pas. Il n’y a que toi qui puisse le faire. C’est tes beautés, tes précieux. Si beaux, si raffinés, c’est leur physique atypique qui t’a tapé dans l’œil. Parfois, c’est des désespérés que tu as amadoué tout doucement lentement au fil des séances. Ether le psychiatre s’est effacé un peu plus chaque jour jusqu’à l’éclipse. Et là, Ether le proxénète s’est montré, main de fer dans un gant de velours. À leur courber l’échine jusqu’à la faire ployer. Mais attention, tu es un bon patron, tu ne prends pas d’argent sur les pourboires. Oh, quelle bonté. En plus, tu ne cherches même pas à séduire tes Poupées. Il ne vaudrait mieux pas essayer. Oh, quel sérieux.

De toute façon, on ne mélange pas les torchons et les serviettes. Personne n’est assez bien pour toi. Sauf Abel. L’amour de ta vie, le premier que tu aies jamais aimé. Ton amant, ton trésor. Ton meilleur ami. Les étoiles dans ton ciel noir. Lui, jamais tu ne le trahiras. Tu serais encore avec lui si le poison dans ton sang et dans ton crâne n’existait pas. Mais c’est pas grave, tu l’as gravé dans ton ADN en lettres d’or. C’est ton partenaire du crime. Ton associé. Là où Alekseï est ton reflet dans le miroir, Abel est l’ombre qui t’enlace à la taille. Il n’y a qu’en lui que tu as confiance pour gérer tes affaires en Allemagne. Vous avez vécu tant de choses que tu ne peux plus douter de lui. Et peut-être que tu as tort de lui faire confiance, qu’un jour il te trahira, mais tu as envie de croire en lui. Ça fait du bien, de croire, parfois.

Ça t’a fait un choc, de laisser derrière toi ses grands yeux bleus et ses boucles rousses pour le Japon et sa politique foireuse. Et puis, tu as rencontré Alekseï. Même démarche, même taille, même longue chevelure. Même cerveau cassé. Lui aussi, tu l’aimes bien, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Il te fascine et tu l’admires. Mieux, tu le respectes. Il y a des nœuds dans son cerveau que tu ne veux même pas défaire. T’aimes bien t’empêtrer dedans et t’y perdre.

Après tout, l’humanité à défaut de te plaire, te fascine.
Tu aimes apprendre sur elle, sur tout. T’as toujours été du genre intelligent et curieux. Tu aimes apprendre, comprendre. Te sentir supérieur aux autres pour pouvoir te la ramener dans des conversations avec tes connaissances. Gamin déjà, tu aimais la philosophie, la science, la psychologie et la littérature. Dans les cours d’école, tu avais toujours la citation pour énerver les autres, la petite référence pompeuse à placer. C’est pas de ta faute si tu es un amoureux des mots, surtout de ceux des poètes. Ils sont beaux, doux et délicats. Ils racontent tant en si peu de vers. Comment ne pas les admirer ? Même à l’ère du tout numérique, tu prends plaisir à collectionner les vieux bouquins. Dans ton appartement de luxe, t’as tout un pan de mur dévoré par les livres. Des objets d’art à chaque coin. T’es un véritable esthète qui ne supporte de vivre qu’au milieu des soies et des broderies. Chez toi, même l’objet le plus infime vaut des millions. Tu aimes l’argent, montrer que tu en as. Asseoir définitivement ta supériorité sur les autres. On achète tout avec l’argent, à commencer par les gens. Tu ne supportes pas devoir des comptes à quelqu’un, tu n’as jamais prêté un seul centime, un seul yen. Dans la rue, tu dévisages les SDF qui pullulent et qui polluent d’un sale œil. Il n’y a que pour tes furets que tu dépenses sans compter.

Vénus et Neptuna.
Deux furets aussi blancs que ton manteau, tes dents, les cheveux qui poussent, blanchissent plus meurent. Tu les abreuves et les inondes d’amour. Chez toi, ce sont des rois, des dieux. Tu ne leur refuses rien. Jamais enfermés en cage, tu aimes te poser dans le fauteuil de ton bureau le soir, travailler tout en leur caressant la tête. Ce sont des animaux qui te vont bien. Discrets et fouineurs. Pas très menaçants. Mais qui griffent très fort. Toi t’es comme eux, t’as l’air un peu fragile, un peu malade, ça te donne un air inoffensif. Il a toujours joué en ta faveur. Les flics ne te soupçonnent jamais vraiment. Et toi, tu aimes bien jouer avec eux, surtout ce Maze. Il te fait rire, celui-ci. Tu cours avec lui depuis quelques temps. C’est le cardiologue qui te l’a recommandé. Tu te traînes un peu à cause de ta jambe trop lourde, léger boitillement, souvenir d’une entorse jamais soignée. Mais pour l’instant, tu t’acharnes. Tu as trop de fierté pour abandonner devant Maze, ou n’importe qui d’autre. Même si tu détestes suer, être décoiffé. Avec toi, tout doit toujours être beau et parfait. À commencer par tes cheveux, ta religion. Ta fierté. Tant d’heures passées à les abreuver de soin, les brosser, les peigner, les démêler. Personne n’a le droit d’y glisser ses doigts. C’est vrai que tu es un homme occupé, très occupé, mais tu te ménages toujours un jour par semaine pour te faire dorloter la peau dans un centre de beauté. C’est important, de bien présenter. C’est pour cela que tu ne bois pas d’alcool, jamais. Il embrouille les pensées et délie les langues. Hors de question de paraître influençable, vulnérable. De donner aux autres l’occasion d’exhumer tes propres secrets. De toute façon, ce n’est pas bon pour la peau.

Abel t’a souvent taquiné à cause de toutes ces manières. Ta tendance à plisser le nez dans les transports en commun, à te nettoyer les mains après chaque poignée de porte, chaque contact avec le monde extérieur. La saleté, tu n’as jamais supporté ça. Que ce soit chez toi ou dans Royaume. La moindre poussière te fait grincer des dents. Le moindre imprévu aussi. Contrôle, le contrôle, toujours le contrôle. Le perdre te rend malade. Parfum de colère qui s’éclate dans les volutes de l’atmosphère. Colère froide et délicate. Qui reste longtemps dans l’air. Mais jamais tu ne cries. Ton truc, c’est les mots insidieux, forcer l’autre à s’ouvrir les veines à la force de ton venin. C’est tout un art, mais après tout, tu es un artiste.

C’est juste que le commun des mortels ne comprend pas ton art. Ça t’est bien égal, ils ne sont pas dignes de ton Royaume. Il n’y a qu’Abel et Alekseï qui sont capables de comprendre la beauté et la pureté de ton art. C’est beau, la pureté. Obsession maladive. Tu ne l’es pas, tu ne l’as jamais vraiment été. Et pourtant, tu lui cours après. Tu trébuches sans jamais la rattraper. Les manteaux en fourrure blanche comme tes chemises n’y changeront rien. C’est gris-blanc le méandre de tes pensées, le fleuve de tes sentiments. Tout en nuances parce que après tout, tu es double.

Tu es un peu de tout, de rien.
Tu te composes d’un rien et de beaucoup.

Mauvais ou méchant, ça dépend des gens. Doux et gentil, la plupart du temps, parfois même sincèrement. Caresser tes furets te fait du bien. Abel t’apaise quand il t’appelle pour vos réunions. Parfois, tu soupires à la fenêtre en regardant la pluie tomber, tu regardes dehors l’effondrement.  Toujours accompagné mais toujours seul, séducteur qui s’ennuie, tu joues plus que tu ne concrétises, la solitude te fait du bien, tu crois, tu n’en sais rien. Il y a beaucoup de choses que tu ignores, l’avidité de savoir n’y change rien. Peut-être que toi aussi, tu aurais bien besoin d’y psy. C’est une chose qui fascine beaucoup les autres : comment font les psy quand ils se posent des questions ? Est-ce qu’ils appliquent leurs propres conseils sur eux ? Qui vont voir les psy ? Un autre psy ? Et qu’est-ce qu’il y a au bout de la boucle ? C’est les questions que tu te poses quand la nuit s’endort et se confond avec le jour, et que toi, tu restes là, éveillé, fatigué. Ce temps que tu égrènes à la fenêtre de ton duplex, à fumer les Vogue ou bien la pipe. Uniquement du tabac, tu n’as jamais aimé les drogues, qu’elles soient dures ou douces. La M et les trips philosophiques au LSD, ça a toujours été la came d’Abel. Toi, tu étais le daron qui le ramassait le petit matin et s’assurait que tout aille bien. Parce que ça t’arrive d’être là pour les autres. Pour de vrai. Et les perles de ta vie, tu pries pour que jamais elles ne te trahissent. Ça te ferait du mal. Alors pour taire les peurs qui chantent dans ta tête, parfois tu abandonnes, tu t’abandonnes. Les chaînes te libèrent, la douleur te fait vibrer. Tu aimes autant la recevoir que l’infliger. C’est beau sur ta peau, un peu de sang.

Fais attention Ether, il y a des larmes qui coulent de tes fêlures.



Et ;;
Grand amateur de soie et d’or rose ; gamin capricieux habitué à avoir tout ce qu’il veut ; tendance à adopter un ton paternaliste, doué pour te donner l’impression que tu n’es qu’un enfant à éduquer ; mauvais joueur tant dans les jeux que dans la vie ; parle allemand, islandais, anglais et japonais ; peur des aiguilles ; masochiste ; n’aime pas qu’on lui fasse des avances, lui qui approche ; plus concerné par la cause animale que par les humains ; ne supporte pas les enfants, il les trouve laids et stupides ; une vague envie de balancer les bébés qui pleurent par la fenêtre ; n’aime pas le bruit tout court en fait ; joue du violon depuis son enfance, aimerait apprendre le piano mais n’a pas le temps pour ça ; végétarien, ses médecins lui conseillent de ne pas devenir vegan à cause de sa santé fragile mais il aimerait l’être ; esthète ; pourri gâté ; a deux manteaux en fausse fourrure : un blanc et un rouge ; n’aime pas les chiffres impairs ; peu sensible à l’humour ; n’a réellement jamais bu une goutte d’alcool ; il aurait probablement l’alcool triste ; égoïste et égocentrique, tout passe par lui et pour lui, n’appartient qu’à lui ; jaloux et possessif ; a une collection de boules à neige, seul vrai souvenir matériel de son enfance ; et a gardé son horrible ours en peluche


Physique




Dans la nuit, il y a tes cheveux couleurs rayon de lune qui donnent l'impression de briller comme autant d'étoiles. C'est comme si le ciel avait coulé dans tes mèches d'une pâleur irréelle. Elles tombent sagement le long de ton dos, autour de ton visage, sur ta peau de velours. Dans les mondes des contes de fée, tu pourrais être la liche ou la banshee. Si éthéré. C'est fascinant, effrayant aussi un peu, parfois.  Tu as l'air de rien, de tout, d'un rien du tout. Une prestance indéniable, un parfum qui emplit l'air et l'atmosphère. Quand tu es là, les gens le savent. Ils le sentent, ils le ressentent. C'est quelque chose dans ton sourire, dans ta démarche qui se pavane, dans ta force tranquille, ta fausse fragilité. Si dans la moyenne allemande, tu n'es pas spécialement grand, ton mètre quatre-vingt deux suffit pour dépasser la majorité japonaise. Pour qu'on soit obligé de lever les yeux vers toi pour te parler. Il te plaît, ce contrôle insidieux, vicieux. T'aimes bien poser un doigt fin et gracile sous un menton docile, forcer tes plus beaux Jouets à te regarder, te regarder vraiment. Au fond de tes yeux qui fascinent et qui attirent. Les avoir vairon n'a rien d'impressionnant à une ère où même les bébés deviennent des produits quantifiables et modifiables. L'iris est gris polaire à gauche, bleu fatigué de l'autre. Mais ils transpercent. C'est ton regard qui met mal à l'aise. Son intensité. Quand tu regardes les gens, tu les regardes comme si tu cherchais à fouiller au fond de leur âme. Tes yeux savent mordre comme caresser. Rassurer, mettre mal à l'aise. Ce sont des arts que tu as appris à maîtriser, perfectionner, au fil du temps et de ta compréhension de l'humain. C'est un artifice. Tu ne comprends pas toujours celui que tu regardes, tout l'art consiste à lui faire croire que si.

Et ça t'amuse.
Dieu, que ça t'amuse.

Tout est dans le paraître, apparence scrupuleusement travaillée. De tes cheveux peignés soigneusement démêlés aux bracelets à tes poignets graciles. Tu t'entretiens, tu prends soin de toi. Teint laiteux, air de poupée. Presque quelque chose de faux, on te croirait refait. C'est quelque chose dans tes traits trop fins, trop nets. Qui croirait que la trentaine t'a abandonné depuis déjà quelques années et que c'est la quarantaine qui bientôt t'étreindra. Ça t'ennuie un peu, de vieillir. Ça t'effraie, aussi. Alors tu t'entretiens à grands coups de soin, de masques, de gommages et de crèmes. Abel s'en est toujours un peu amusé. Parce que lui, il aime bien regarder le temps l'user, voir les cernes creuser son regard comme l'eau sur la pierre. Ses quarante piges, sa gueule, véritable panneau publicitaire anti drogue et sa voix rocailleuse lui vont bien. Pas à toi. Alors tu flippes à l'idée d'avoir des rides, des cernes. T'envisages même la chirurgie. On verra. Pour l'instant, tout va bien.

Tout va bien , oui. C'est ce que tu aimes dire. Mais t'as la jambe gauche un peu lourde, elle ploie, grince, grogne, c'est les os de ton genou qui agonisent et qui parfois hurlent à la mort. Souvenir d'une vieille entorse jamais soignée. Elle te suivra jusqu'à la fin. Le boitillement est léger, presque imperceptible la plupart du temps. Mais la pluie et le froid réveillent les vieilles rancœurs, l'effort prolongé aussi. Alors t'as appris à accepter l'idée de te déplacer avec une canne. Une belle canne épée ouvragé, le manche à tête de lion argenté. Tu ne pouvais pas trouver plus approprié, au fond. Elle est faite pour aller avec ton nom. Ce nom que tu as toujours trouvé un peu comique. Lion brave, lion fort... depuis tout petit, tu te traînes des problèmes de coeur - oh douce ironie -  qui t'affaiblissent un peu. T'es facilement essoufflé, tu ne pars jamais sans ton pilulier soigneusement rangé dans la poche intérieure de tes longs manteaux, vestes de costume. A défaut d'avoir une santé vaillante, tu as toujours  su bien t'habiller. L'élégance, la raffinerie... c'est un héritage paternel. Tu préfères le sur-mesure, tu ne portes que des tissus précieux. C'est gris-blanc ta garde robe, comme le fleuve de tes sentiments. Des teintes de rouge qui détonnent parfois, comme ce lourd manteau de fourrure ou ces rubans que tu accroches à ta chevelure. T'en as toute une collection, de tous les motifs, de toutes les textures. Ils changent chaque jour au gré de tes humeurs. Parfois, ils finissent à tes poignets, à ceux d'un autre...


Ça laisse des tâches au couleur de la galaxie sur tes traits fins, tes membres graciles. C’est fascinant. Tu trouves ça beau, les autres aussi. Sur tes poignets, ta peau est tellement fine qu’on voit très nettement tes veines. Parfois, tu te demandes si ce serait beau de les ouvrir, d’y planter une lame et de contempler ta vie fuir. Tu vois ton corps comme une immense toile immaculée et parfois te prend l’envie de la peindre. Curiosité macabre. Mais tu ne le fais jamais. Lâcheté ? Peut-être. Parce que tu t’aimes bien comme ça après tout ? Qui sait. Elle te va bien, ton apparence, t’apprécies te regarder dans la glace. Tes beaux cheveux, tes airs de fantôme, tes beaux vêtements, tes ongles manucurés et propres, toujours. Pas l’ombre d’une barbe, tu prends soin de te raser tous les matins. Ça amuse Abel qui a lui toujours adopté le look mal rasé. Mais ça lui plaît alors tout va bien. Il aime tout de toi, même ton sourire trop doux pour quelqu’un comme toi, ton nez délicat qui se plisse si facilement quand tu es contrarié, et dieu sait qu’il aime le faire. Combien de fois tu as froncé les sourcils et grogné à cause de lui ? Il est doué pour ça.

Il te rend fou ce mec.
Quand il passe la main dans tes cheveux, il te rend fou.
Quand il joue avec ton nœud papillon, il te rend fou aussi.Quand il s’amuse à piquer les mouchoirs que tu as toujours dans ton manteau ou dans la poche intérieur de ta veste, il te rend fou aussi, mais pas vraiment de la même façon. Il te rend fou, toujours. T’es dingue de son parfum, lui du tien, odeur délicate qui flotte toujours dans l’air comme un divin souvenir.

T’aimes quand il te dit que tu es beau.

Même si au fond, tu sais très bien que tu l’es. Tu t’aimes, c’est tout. T’as appris à chérir tes faiblesses, ton ossature fragile et délicate, ta santé trébuchante parce que au fond, c’est le déguisement parfait.

Comme ça, tu n’as l’air de rien.
Non, vraiment de rien.




— L'Araignée —
le Mar 5 Nov - 19:01
Alekseï Arizona
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Lullaby ♥
Autre:
FEURST Your tears don't fall they crash around me. 3766924225
Mon âme-soeur, mon bro de keur ♥. T’es le plus beau, le plus fab. Jtm déjà tellement Your tears don't fall they crash around me. 3912395661 Viens, on va dominer le monde.

★
le Mar 5 Nov - 19:05
Maze Jefferson
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Sexy langue de vipère Teare ♥
Autre: Merci Driss pour l'ava ♥
Your tears don't fall they crash around me. 2432113367
Boucle d'or ! T'as mis le temps ! Je vais enfin pouvoir te faire courir ♥ (omgjesuistrophype Ether Your tears don't fall they crash around me. 1984817200 )
— soosaku —

le Mar 5 Nov - 19:08
Valeriya Karayenkova
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Courage pour ta fiche ! :DD (ce vava Your tears don't fall they crash around me. 1451543918 Your tears don't fall they crash around me. 1451543918 )
— soosaku —

le Mar 5 Nov - 20:24
Amadeus A. Soda
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Omg ce vava... Je suis heureuse de revoir ce ft. **

Hate de lire cette fiche ! :3

Bonne rédaction o7
Fucked up's never been sexier
Fucked up's never been sexier
le Mar 5 Nov - 20:40
Chris J. Sôma-Attacks
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Il. Est. Enfin. Là. Your tears don't fall they crash around me. 3859597877

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

I've got love on my fingers, lust on my tongue
You say you got nothing, so come out and get some
◀◀    ❚❚  ▶▶

Reine des Chagasses
Reine des Chagasses
le Mar 5 Nov - 20:43
Seyfried H. Bellandi
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : BELLANDIVE (╯°□°)╯︵ ┻━┻
Autre:
Your tears don't fall they crash around me. 8226-We-were-expecting-you

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Your tears don't fall they crash around me. 181202111716271804

Kinkeabae, fournisseuse de kits swag since 2018

so nobody will ever forget your memorable skill, satoshit:

Your tears don't fall they crash around me. 85277910
— soosaku —

le Mar 5 Nov - 21:42
Kohaku Edo
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se :
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Et après on s'étonne que les psys aient mauvaise réputation... ^^"
Bonne nouvelle tête!
Gun cock, Gunshot, Gonna lick a boy
le Mar 5 Nov - 21:45
Bo D'Elia
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : roue libre
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Ohlalalala mais t'as pas fini de nous régaler toi Your tears don't fall they crash around me. 2047885044

★
le Mer 6 Nov - 8:50
Ether Leonhardt
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : célib
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Alekseï mon bro mon toi mon tout mon roi, j’avais si hâte de te voir. Le monde n’est pas prêt pour nous. ❤

Mazette, interdit de prendre des photos. Your tears don't fall they crash around me. 3766924225

Merci beaucoup Valeriya ! Je suis contente que l’ava te plaise. ;p

Merci Ama ! J’espère que ça te plaira haha. Your tears don't fall they crash around me. 128457956

Chris & Sif : Your tears don't fall they crash around me. 2432113367

Kohaku > Un problème cher confrère ? Your tears don't fall they crash around me. 3766924225

Bo > Your tears don't fall they crash around me. 3488335006 j’espère que t’aimeras bb

★
le Jeu 7 Nov - 9:49
Ambroise H. Vinsmoke
Messages postés : 205
Inscrit.e le : 15/08/2019

Les plus du perso :
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Époux/se : Aaron ♥
Autre:
Bon après toutes ses éloges...(re?) bienvenue hein xD
— soosaku —

le Jeu 7 Nov - 10:48
Corvus Akiyama
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Inari-san. ❤
Autre: Corvus vous méprise en #993300 •
Your tears don't fall they crash around me. 4086385827 Your tears don't fall they crash around me. 4222599891 Your tears don't fall they crash around me. 2432113367

★
le Jeu 7 Nov - 13:05
Ether Leonhardt
Messages postés : 370
Inscrit.e le : 15/01/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : célib
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Merci Ambroise Your tears don't fall they crash around me. 1362171446

Corvus, pourquoi tu viens polluer ma fiche Your tears don't fall they crash around me. 4209819182 (❤)
— soosaku —

le Jeu 7 Nov - 13:52
Corvus Akiyama
Messages postés : 48
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Inari-san. ❤
Autre: Corvus vous méprise en #993300 •
Pour mieux te faire rugir, blondie. Your tears don't fall they crash around me. 4158426957 (g si hâte wsh Your tears don't fall they crash around me. 3488335006 )
— L'Araignée —
le Jeu 7 Nov - 14:47
Alekseï Arizona
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Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Lullaby ♥
Autre:
Ce caractère Your tears don't fall they crash around me. 3488335006
Toujours aussi bg en plus. Où est la suite ? Your tears don't fall they crash around me. 3766924225
— soosaku —

le Jeu 7 Nov - 17:12
Haven Thorne
Messages postés : 117
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Cho ♥
Autre: Merci Teare pour l'ava ♥
Ta plume toujours...♥ Et quel ...agréable garçon.
J'aime beaucoup le fait qu'au milieu de ton vocabulaire soigné et délicat ou plutôt poétique, les pointes de vulgarités n'en sont que plus choquantes et violentes comme " Ta salope de femme". Ca, c'est fait o/

(Aplu? Aquandlasuite? )

★
le Lun 11 Nov - 18:25
Ether Leonhardt
Messages postés : 370
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : célib
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Tu vas voir comment je vais te faire rugir toi. Your tears don't fall they crash around me. 4158426957

La suite est là bb, juste pour toi. ♥

Je suis trop contente que tu aies remarqué ce détail bb doux. ♥

J'avance lentement mais sûrement, j'espère finir la fiche dans la semaine. Your tears don't fall they crash around me. 4158426957
Clumsy Seiyuu ❤
le Mar 12 Nov - 2:05
Jinjoo Daisuke
Messages postés : 227
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Nocturne Daisuke ♥
Autre: On s'regarde un animé ?
Wow ce personnahe o.o.

J'ai pas de mot, je suis en aww ❤

Du coup (re)bienvenue ? De ce que je comprends xD

★
le Sam 16 Nov - 10:26
Ether Leonhardt
Messages postés : 370
Inscrit.e le : 15/01/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : célib
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Ow merci beaucoup Jinjoo Your tears don't fall they crash around me. 1984817200

J'en profite pour demander un délais, svp. ♥
J'avance dans la fiche mais avec les trucs à faire IRL je finirai pas à temps, pataper. Your tears don't fall they crash around me. 128457956
— soosaku —

le Sam 16 Nov - 12:35
Kaori Vanzine
Messages postés : 3154
Inscrit.e le : 07/04/2014

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Sergei Vanzine
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
J'te rajoute une semaine o/

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Your tears don't fall they crash around me. Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
— soosaku —

le Dim 17 Nov - 21:38
Yori Yazawa
Messages postés : 78
Inscrit.e le : 17/08/2019

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Hato' ♥
Autre: N'hésitez pas à faire appel à ses services –
Et bien, sacré personnage, sacré avatar, sacré écriture o.o

Bon courage pour la validation o/
☠ You've been hacked ☠
le Mer 20 Nov - 17:19
Naa Zhao
Messages postés : 89
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Bao Yong Zhao.
Autre: #000000
Woaw. J’avais loupé cette fiche tiens. Quel personnage ! J’ai accroché direct. Il est fascinant et effrayant o.o

★
le Dim 24 Nov - 10:34
Ether Leonhardt
Messages postés : 370
Inscrit.e le : 15/01/2017

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : célib
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Merci pour le délai Kao, j’ai pu finir grâce à lui Your tears don't fall they crash around me. 128457956
Yori et Naa, merci beaucoup pour vos messages aussi <3
— L'Araignée —
le Dim 24 Nov - 18:24
Alekseï Arizona
Messages postés : 377
Inscrit.e le : 06/03/2017

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Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Lullaby ♥
Autre:
Hanlala.
Cette histoire. ♥
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