a whole world of mine || Shiro 200803042355296862
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— Just Married —

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Shiro UTSUMI
unfaithful king, unresting soul

généralités
Nom ;; Utsumi (内海). En japonais, 内 signifie « à l’intérieur » et 海 « mer, océan ».
Prénom ;; Shiro (白), qui veut dire « blanc ».
Âge ;; 24 ans et toujours l’air d’un enfant. Il est né le 1er janvier 2088 à 23h37.
Genre ;; Masculin.
Origines ;; Japonais.
Activité ;; Bibliothécaire.
Sexualité ;; Ne s'y est jamais intéressé.
Avatar ;; Kim Taehyung (nom de scène « V »), membre des BTS. Redessiné par Hiroyuki (merci, t’es le meilleur ♥).
Règlement ;;
Chemin ;; Un ami m’a invité. a whole world of mine || Shiro 4115966937
Commentaire ;; Je tente l'écriture à la deuxième personne, j'espère que ça ne va pas être trop moche. a whole world of mine || Shiro 1298939953

Bonne lecture ! ♥
your mind has locked the door
Tu devais avoir neuf ou dix ans quand tu as entendu Noriko-san parler de toi au téléphone.

« Ce garçon a de sérieux problèmes, Yamauchi-san. Je sais qu’il est encore petit et qu’une partie de lui a besoin de s’exprimer, mais quand il s’énerve c’est… Il a mordu Kenta hier soir. Il se comporte plus comme un animal que comme un petit garçon. »

Bien sûr, tu n’as pas compris, pas vraiment.

Comment aurais-tu pu ?

Quelque chose a toujours cloché chez toi. Un désintérêt et une incompréhension profonde du reste du monde, une sorte d’apathie sociale qui t’a enfermé dans une bulle, a fait de toi un drôle de petit garçon un peu trop décalé, pas assez normal, quoique tu n’en aies jamais vraiment eu conscience. Le concept t’a toujours échappé.

Mama, ta vraie Mama, pas celle qui s’est occupée de toi après, te criait beaucoup après, disant que tu étais bizarre, déséquilibré, pas un vrai petit garçon. A l’époque, tu avais quatre ou cinq ans, pas beaucoup plus, mais tu t’en souviens encore.

Les cris t’ont toujours marqué.

A t’en faire te rouler en boule, mains sur les oreilles, yeux fermés fort, fort, fort, en espérant qu’ils se taisent et disparaissent, te laissent tranquille. Où est le silence ? Qu'on te le rende.

Mama et Papa criaient beaucoup.

Tu n'aimais pas ça. Tu n'aimes toujours pas ça. Les cris, les bruits trop forts. Ils retentissent à tes oreilles comme une vibration sourde, comme un choc qui se répercute dans ta tête encore et encore. Ça te gêne. Ça t’énerve. Il y a beaucoup de choses qui t’énervent.

Tout ce qui n’est pas bien rangé, ordonné, carré. Tout ce qui dépasse. Les coupures de courant. Quelqu’un qui entrave ta route. Qu'on te touche sans te prévenir, sans que tu le veuilles. Quand tu t’assois sans faire exprès sur la télécommande et que la chaîne change. Un trait qui dépasse sur ton dessin, une couleur qui bave. La sonnette de la porte d’entrée. Le bruit.

Oh oui, il y a beaucoup de choses qui t’énervent, tellement que faire une liste exhaustive est impossible.

Mais le problème, le vrai, c’est que tu fais peur quand tu t’énerves. Incendie qui se propage. Enfant sauvage qui prend subitement le contrôle, comme sorti de nulle part, et frappe, crie, hurle.

Noriko-san a vite compris que s’opposer à toi dans ces moments-là n’était pas une bonne idée. De façon générale, toute contrariété supplémentaire quand tu es en crise est malvenue.

Il suffit d’un rien et, sans prévenir, tu te jettes sur la personne, attrapes ses cheveux, commences à les tirer de toutes forces, cherches à mordre ce qui passe à portée de tes dents et cries fort, si fort. Et tu fais peur. Petite boule de nerf pas bien grande, pas bien forte, capable pourtant de faire mal sans qu’on s’y attende, tu fais peur, oui.

Mais aussi vite que l’incendie se déclare, il s’éteint.

Et tu oublies.

Une fois la colère surmontée, la crise passée, tu oublies.

Pas de contrition. Pas de regret. Aucun ressentiment non plus.

Tu ne comprends pas la portée et l’impact de ton comportement sur les autres. Tu balaies juste ce qui s'est passé, parce que ce qui est fait est fait et tu oublies, tu avances. Yamauchi-san a souvent essayé de te parler de tes accès de colère, mais dans ta tête, c’est comme s’ils n’avaient jamais eu lieu. Difficile d’apprendre et de changer quand on vit dans l’instant présent à un degré aussi extrême.

Tu es bizarre, Shiro.

Tu l’as toujours été.

Sinon, comment expliquer le fait que tu n’aies jamais appris à parler avant tes quatre ans ? comment expliquer le fait que tu aimais te rouler en boule dans la cage du chien, que tu t’y sentais plus en sécurité que partout ailleurs dans la maison ? comment expliquer le fait qu’encore aujourd’hui, quand tu te sens acculé, quand on te force à regarder quelqu’un dans les yeux, tu grognes et montres les dents comme un chien ?

Tu es bizarre, Shiro.

Mais Noriko-san t'a appris à l'être un peu moins.

Elle t’a dit d’arrêter de te cacher sous ton lit ou dans ton placard, que si tu avais peur ou que tu te sentais mal, tu pouvais toujours venir lui demander un câlin et qu'elle te protègerait. Elle te serrait fort, fort, fort. Maintenant qu'elle n'est plus là, c'est Kenta qui te serre quand tu t'énerves et que tu hurles, pleures, frappes.

Elle a fait de son mieux pour que tu cesses de hurler la nuit comme un animal blessé, ne t'a pas houspillé quand tu t'es mis à sucer ton pouce pour t'éviter de faire du bruit. Elle t'a même acheté des tétines amusantes, avec la forme d'une moustache ou de dents de vampire, pour que tu ne te fasses pas mal au pouce à force de tirer et mordiller la peau.

Elle t'a laissé jouer aux jeux vidéos, ne t'a jamais grondé quand tu t'acharnais à compléter les objectifs à 100%, au point d'y passer des heures et des heures, des jours entiers parfois, comme si elle savait que tu avais besoin de ça, de rester concentré. Elle t'a appris à compter le temps, petit à petit, à ne pas rester trop longtemps devant un écran, à mettre en pause pour pouvoir continuer plus tard, parce que ce n'est pas grave si ça prend un peu plus de temps, mon chéri, tu le finiras quand même.

Elle s’est bien occupée de toi et tu as grandi, un peu plus équilibré qu’à ton départ dans la vie. Elle t’a aimé, comme une mère aime son fils et au fond, elle était déçue que tu ne lui aies jamais rendu la pareille. Mais Shiro, tu ne sais pas aimer, on ne t'a pas appris quand tu étais petit. C’est un sentiment bizarre, que tu ne connais pas vraiment, si étranger que tu es incapable de mettre le doigt dessus et de l’exprimer.

Elle était bien, Noriko-san.
Peut-être que tu serais normal, si elle avait été ta Mama dès le début.
Day after day after day

Tokyo, Japon — 2095
Tu as 7 ans.

Tu serais resté dans la cage, si seulement on t’avait laissé le choix. Mais le monsieur t’a quand même tiré hors de ta cachette. Oh, gentiment, avec un sourire d'abord, une voix chaude ensuite, et puis une main douce sur tes épaules frêles. Il t'a même proposé un biscuit.

Mais quand même.

Tu aurais préféré rester dans la cage.

C'est pas juste.

Il fait chaud dehors. Tu ne sais pas si c’est le soleil ou la drôle de couverture brillante qui te réchauffe le plus. Tes mains sur tes oreilles masquent presque efficacement les voix des adultes qui s’affairent tout autour mais laissent passer les pleurs de Satoru, stridents à t’en faire siffler la tête.

« Tais-toi ! » Tu cries plus fort que lui mais il continue de pleurer, encore et encore et encore. « Tais-toi ! Tais-toi ! » Et tu te laisses tomber, accroupi sur le béton brûlant du trottoir, la tête entre les genoux pour faire taire tout ce bruit.

Qu'il se taise.
Qu'ils te laissent.
QUE ÇA S'ARRÊTE !


Yokohama, Japon — 2086
Tu n’existes pas encore.

Il paraît qu’il y a toujours un déclencheur, une raison, que rien n’arrive pas hasard.

Il paraît, oui.

Toi, tu n'y as jamais réfléchi. Tu ne t'es jamais demandé pourquoi. Qu'est-ce qui a tout fait déraper ? Où est-ce que ça a capoté ? Tu ne sais pas, n'as jamais cherché à savoir. En vérité, la question ne t'a pas une seule fois traversé l'esprit.

Peut-être que tu es foutu, irrémédiablement foutu depuis le tout début.
Enfant raté, embryon de normalité mort-né.

Peut-être que tu es né comme ça, que tu as été conçu comme ça.
Enfant indésirable, indésiré mais incontesté.

Peut-être que c'est la faute de ta mère, de tous ces trucs qu'elle s'enfilait et qui ont fini par la déglinguer. Peut-être qu'elle t'a rendu malade alors que tu étais dans son ventre, l'endroit supposément le plus sûr au monde pour un bébé. Peut-être qu'elle a causé ta perte avec ses clopes et sa dope, l'alcool dans les veines à la place du sang, la poudre au nez et aux yeux. Peut-être, oui. Sûrement.

Ta mère, elle a commencé sa vie comme tout le monde, dans une famille bien comme il faut, avec un papa médecin et une maman fleuriste. Ta mère, elle s'appelle Hinata. Aonuma Hinata. Une petite japonaise ordinaire, adolescente en quête de soi qui s'est perdue en route. Il est difficile de savoir quand est-ce que tout ça a commencé, quand est-ce qu'elle a glissé, trébuché. C'était peut-être à sa première soirée, quand Shigeru lui a proposé un joint. Ou alors à la fête d'anniversaire de Kinuko, quand elle a tellement bu qu'elle s'est réveillée à côté d'un inconnu. Il y a tellement de premières fois possibles, qui sait ?

Au début, c’était pour s’amuser, pour faire comme tous les autres, se sentir pousser des ailes, jouer à la grande. Puis elle y a pris goût, un peu trop sûrement, elle a commencé à en avoir besoin et ça a été le début de la fin.

Ce qui est sûr, c'est que ta mère, elle a dégringolé toute seule, personne ne l’a poussée.

Elle voulait devenir avocate. Elle avait des rêves plein la tête mais il faut de l'argent pour payer les études, le loyer, la nourriture. Et ses parents ne voulaient plus entendre parler d'elle, ont préféré couper les ponts pour qu'elle apprenne à la dure et grandisse un peu. Il fallait de l'argent, oui, de l'argent qu'elle n'avait pas, qui partait dans les clopes, la dope et l'alcool. De l'argent qu'elle avalait pour le vomir, qu'elle dilapidait sans savoir s'arrêter.

Ta mère, elle voulait devenir avocate, oui. Elle a fini serveuse dans une boîte minable pour se payer ses doses. Elle avait vingt ans à peine.

C'est là que ton père est arrivé.

Ton père, c'est Eiji. Hosada Eiji. Fils d'une bonne famille. Enfant modèle, un peu délaissé par ses parents trop occupés à se jeter tête la première dans le travail. Adolescent solitaire mais solaire, déterminé à réussir pour attirer le regard de papa maman. Jeune homme obstiné, qui s'est oublié pour devenir un avocat, un vrai, connu et reconnu.

Ton père, c'est un japonais comme un autre, un qui a réussi et qui cherche à faire toujours mieux sans prendre le temps de se poser, réfléchir à soi. Diplômes à foison, bel appartement en plein Roppongi Hills, club d'hôtes tous les week-end, la belle vie. Et sous le tapis, forcément, quelques problèmes de gestion de la colère. Typique. Acharné du travail, délaissé par ses parents, incapable d'avoir une relation stable dans l'attente de son mariage. Il le cachait bien, mais il était capable de s'énerver fort, fort, fort - peut-être que tu tiens ça de lui - et il payait un coach de vie des fortunes pour essayer régler ça.

En soi, tout allait bien pour lui.

C'est là que ta mère est arrivée.

Elle avait vingt ans, il en avait trente-quatre. Leur mariage a été un échec.


Tokyo, Japon — 2087
Tu n’existes pas encore.

Au début, ça criait et ça hurlait juste. Au début, c’était les insultes, la vaisselle qui se brise contre les murs, les pas précipités et la porte qui claque. Au début, c’était juste ça.

Faut dire que ta mère avait un sale caractère, assez d’addictions pour remplir une valise entière et que ton père représentait tout ce qu'elle n'avait pas et n'aurait jamais. Et pour Eiji, se retrouver marié à une gosse mal dégrossie préférant sniffer la table à faire la cuisine ou trouver un travail, ce n'était pas vraiment l'idée qu'il se faisait de son mariage.

Alors ils se sont détestés.

Ça arrive, des fois.

Que malgré toute la compatibilité de deux personnes, ça ne fonctionne pas. L'Incontestable ne fait pas d'erreur, mais les humains, si, souvent.

Ça arrive, oui.

Et ce qui était de l’incompréhension mutuelle au début s’est transformé en colère puis en haine. Viscérale, mauvaise. Sale. A toujours rejeter la faute sur l'autre, incapables de se remettre en question et de grandir un peu. Papa était hautain, certain d'avoir réussi dans la vie avec ses diplômes et Mama... eh bien, Mama avait beaucoup, beaucoup d’orgueil. Alors elle refusait de se laisser faire, de s’offrir à cet homme, préférait lui griffer le visage et enfoncer son pied dans ses couilles, lui faire mal. Lui a juste commencé par l'éviter, la repousser, a fini par la gifler.

Mais tout le monde s’en fichait dans le voisinage.

Le quartier était sordide, la fréquentation bien pire. Alors ils passaient presque inaperçus et personne n'a rien dit.

Pas même quand tu es arrivé.


Tokyo, Japon — 2088
L'année de ta naissance.

Faites un enfant.

L'ordre est tombé.

Indésirable, incontestable, l'ordre est tombé et maman a brisé le moniteur. Son poing dans l'écran, des bris de verre partout et la milice qui débarque au beau milieu de son salon dans la foulée.

Autant dire que papa n'a pas spécialement apprécié apprendre la nouvelle en cellule. Encore moins devoir procéder à l'acte dans un endroit aussi sale. Il lui en a voulu, tu sais ? Plus que pour tout le reste, il lui en a voulu profondément, de le forcer à s'abaisser à une telle situation, de l'humilier en public. Il ne lui a jamais pardonné. Mais elle aussi, elle s'en est voulue. Parce que devoir faire ça en cellule, devant le passage des gardiens ? Elle n'a probablement jamais eu aussi honte de sa vie.

Mais l'ordre était tombé.

Et neuf mois plus tard, tu es né.


Tokyo, Japon — 2092
Tu as 4 ans et bientôt un petit frère.

Faites un enfant.

Quatre ans plus tard, la même carte redistribuée.

Oh, ça s'est mieux passé cette fois. Dans un lit, plutôt que sur une paillasse crade. Presque sans cris. Presque sans heurts ni bleus. Peut-être que c'est pour ça que ton frère est moins cabossé que toi. Peut-être que tout vient de là.

C'est arrivé vite. Tu as vu le ventre de ta mère s'arrondir et grossir, sans trop comprendre ni t'en préoccuper.

Puis Satoru est né.

Il pleurait beaucoup.

Tu ne l'as jamais aimé.


Tokyo, Japon — 2095
Tu as 7 ans

Ce matin, Papa est tombé.

C’est Mama qui l’a poussé. Tu le sais, tu les as vus. Ils criaient fort, fort, fort et puis il y a un drôle de bruit, comme un craquement sourd, et plus rien. Papa était par terre, sur les morceaux de ce qui a été une table basse en verre. Quelque chose de rouge coulait de sa tête. Le sol a changé de couleur et ça sentait bizarre, comme le métal de la cage.

Il a toussé. Une fois, deux fois.

Puis il s’est tu.

Ce matin, Papa est tombé et ne s’est jamais relevé.


Tokyo, Japon — 2096
Tu as 8 ans

« Cent. » Annonces-tu devant la porte. « Une allée de cent pas. Cent pas exactement.

- Shiro-kun est un peu obsédé par le chiffre cent, Noriko-san. » Explique Yamauchi-san à ta nouvelle Mama d’accueil. « Ça ne pouvait pas être le six ou le dix, n’est-ce pas, Shiro-kun ? »

Tu le regardes bizarrement, incertain de ce qu'il veut dire par là. Il ne se démonte pas - il commence à avoir l'habitude, depuis le temps qu'il te suit. C'est un bon, celui-ci. Un bon assistant social, un bon référent, une bonne personne. Dommage que tu n'aies jamais fait la différence avec les mauvaises, avec ta boussole morale pas très bien réglée.

« Bonjour Shiro-kun ! »

C'est la dame qui vous a ouvert. Elle a poussé la porte et vous fait signe d'entrer, incline la tête poliment en te souriant.

Tu te rappelles d'elle. De son visage tout blanc, de ses dents un peu trop espacées devant et de ses longs, longs, longs cheveux noirs qui sentent bon les fleurs. Elle est venue au foyer, là où tu as été placé quand vos grands-parents sont venus chercher Satoru. Toi, ils ne t'ont pas pris. Tu les as entendus dire qu'ils n'avaient pas les moyens pour s'occuper d'un enfant difficile. Tu ne sais pas trop ce que ça veut dire mais quelques temps après, cette dame et un monsieur sont venus te voir. Ils ont dit qu'ils aimeraient bien prendre soin de toi.

« Je suis Noriko, tu te souviens de moi ? Je suis vraiment très contente de te revoir. Tu veux boire quelque chose ? Je t’ai préparé quelques biscuits.

- Est-ce que je vais rester ici ? » Question franche, un peu brutale. Tu regardes un point à côté du visage de la dame.

« Oui, mon chéri. » Répond-t-elle. « Tu vas rester ici maintenant. »

Peut-être que ça aurait été bien, si Noriko-san avait été ta vraie Mama dès le début.


Tokyo, Japon — 2096
Tu as 8 ans

Tu es allongé sur le dos, sous le lit, ton regard fixé sur le sommier qui te surplombe. C’est confortable. Rassurant. Ça te rappelle un peu la cage, c’est bien.

« Qu’est-ce que tu fais là-dessous, mon chéri ? »

C’est Noriko-san.

Elle s’est agenouillée sur le plancher pour pouvoir te regarder. Tu tournes la tête pour éviter son regard et fixes un point dans le vide en lui souriant. Un drôle de sourire cependant, un peu tordu, qui ne semble pas tout à fait réel. Un peu comme un masque que tu t'es plaqué sur le visage sans réfléchir. Tu sais ce qu'est un sourire. Mais tu te contentes généralement de l'imiter, sans ressentir aucune émotion en particulier. Tu as assimilé la mimique et tu la produis quand tu penses qu'on s'attend à te voir le faire.

« Bonjour, Yamauchi-san. Regarde. » Tu pointes du doigt ton pyjama. « C’est un nouveau pyjama. Tu vois ? Il est bleu parce que j’aime le bleu. »

Elle rit et te tends la main.

« Allez, viens avec moi, mon chéri. Yamauchi-san est le monsieur qui t’a amené hier, tu te souviens ? Moi, je m’appelle Noriko. »

Tu ne prends pas sa main mais te tortilles pour sortir de sous le lit et te mettre sur tes pieds.

« Alors, qu’est-ce que tu veux manger pour le petit-déjeuner ?

- Des croquettes, s'il te plaît.
»

Tu ne comprends pas pourquoi elle ouvre de grands yeux comme ça, mais ça lui donne un peu l'air d'une chouette. C'est joli, ça lui fait le visage tout rond.


Tokyo, Japon — 2091
Tu as 3 ans

Mama a ramené un chien à la maison. Un bâtard crasseux a dit Papa. Elle lui a craché à la figure et annoncé qu'elle allait le garder, que ça ferait de la compagnie au morveux braillard.

Elle l'a appelé Oni et lui a acheté tout plein de choses. Un panier, une cage, des jouets, des croquettes et tout un tas d'autres trucs. Tout ça, elle l'a pris avec le salaire de Papa - faut dire que Mama, elle ne travaille pas, préfère vivre aux crochets et à la gueule de l'autre, là, comme elle dit, pour l'énerver. Elle dit qu'il gagne bien assez pour faire vivre leur famille.

Alors forcément, quand il a vu tous les paquets, Papa a crié et toi, tu as pleuré.

C'est la première fois que Mama t'a enfermé dans la cage.

« C'est pour apprendre aux bestiaux à rester calme, ça lui fera pas de mal. »

Tu ne te souviens pas bien, mais tu t'es endormi. Et quand tu t'es réveillé, il y avait Oni à côté de toi, qui te tenait chaud. C'était bien. Mieux que le matelas froid te servant de lit.


Tokyo, Japon — 2093
Tu as 5 ans

Mama préfère Oni.

Tu le sais, tu le vois.

Tu ne comprends pas très bien mais à lui, elle fait des caresses et même des bisous sur le bout de la truffe. Toi, elle ne te touche que pour changer ta couche et te pousser. Elle lui donne à manger tous les jours, trois fois par jour. Toi, tu as parfois droit à une assiette ou un pot pour bébé, plus souvent à un biberon et puis c'est tout pour la journée. Papa n'a pas le temps pour ces histoires de bonne femme, ce n'est pas à lui de gérer la maison, il a suffisamment à faire à ramener de l'argent pour vous nourrir. Alors il ne s'occupe pas de toi, ferme les yeux et laisse Mama tout gérer. Sauf que Mama oublie souvent de te donner à manger. Trop occupée à regarder ses dramas, gratter ses jeux d'argent ou renifler la table en verre du salon.

C'est sûrement pour ça qu'un jour elle t'a trouvé les mains dans la gamelle du chien, à prendre des croquettes par poignées pour les enfourner dans ta bouche.

« T'aimes ça, la bouffe pour chien ? Eh bien c'est ce que t'auras tous les jours maintenant. »

A partir de ce moment, tu as eu un peu plus à manger.

Des croquettes dans un bol, tous les jours.

Tu as fait un grand sourire à ta Mama et tu lui as balbutié un merci vacillant.


Tokyo, Japon — 2098
Tu as 10 ans

Tu aimes les puzzles.

Noriko-san t’en a offert un nouveau aujourd’hui. Tu as renversé la boîte entière sur le tapis pour rassembler et trier les morceaux.

« Il faut commencer par les coins et puis après on fait les bords. »

C’est ce que tu as dit à Noriko-san et c’est ce que tu fais avec application, la langue un peu tirée.

Tu en es presque venu à bout une heure plus tard, quand une explosion a lieu. En un instant, tu es debout et, sans prévenir, tu donnes un grand coup de pied dans ton puzzle, envoyant voler les pièces un peu partout sur le tapis et sous les meubles.

« Je te déteste ! » Cries-tu en direction du sol avant de commencer à piétiner les pièces. « Je te déteste ! Je te déteste !

- Shiro ! Qu’est-ce qui ne va pas ? » Demande Noriko-san en arrivant dans le salon. Elle s'arrête à la vue de la scène. Un petit garçon rouge et au bord des larmes, en train d'écraser un puzzle qu'elle lui a offert dans la matinée. De quoi la déboussoler. Mais rien qu'un instant. Faut dire qu'elle commence à s'habituer aux crises inattendues qui explosent et balaient tout sur leur passage sans prévenir. « Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? Qu’est-ce qui s’est passé, mon chéri ?

- Je le déteste ! Il est nul !
» Tu hurles, pointant un doigt rageur sur l’amas de pièces éparpillées. « Les couleurs sont pas bonnes ! Les bords vont pas ! C’est nul, j’en veux pas ! Je les déteste !

- Les couleurs ne sont pas bonnes ? Comment ça, mon chéri ? Le puzzle me semblait très bien tout à l’heure.
»

Mais même si elle commence à bien te connaître, des fois, Noriko-san se trompe et oublie qu’il ne faut pas s’opposer à toi dans ce genre de situation. Ça ne fait que te contrarier davantage.

« Les couleurs ne sont pas bonnes ! » Tu t’emportes et te jettes soudain sur elle, lui attrapes les cheveux et commences à les tirer de toutes ses forces. « Je les déteste ! Je te déteste ! » Une vague de cris, de jurons et une volée de coups partent, le tout accompagné d’une tentative de mordre le bras qui te retient.

« Shiro, lâche-moi s’il te plaît. » Elle a une voix douce, toute douce. Mais tu tires de plus belle, cette fois avec un cri à en déchirer les tympans. « Lâche-moi. Maintenant. Et écoute-moi. Je veux t’aider. Je veux comprendre ce qui s’est passé avec ton puzzle. Mais je ne peux pas le faire – je ne peux pas t’aider tant que tu seras dans cet état. »

Tes yeux sont maintenant pleins de larmes et ta voix est rageuse.

« C’est à cause du bord ! »

Ta jambe se contracte, comme prête à donne un nouveau coup, mais celui-ci ne part pas.

« Très bien. Shiro, regarde-moi. Regarde-moi. Très bien. Commençons par là. Quel problème y a-t-il eu avec le bord, mon chéri ?

- Il y en avait un qui n’était pas à sa place ! Un rouge et blanc alors qu’il aurait dû être bleu ! La pièce n’allait pas là et c’est pas moi qui ai fait ça, c’est pas moi !


- D’accord mon chéri. Je comprends à quel point ça peut être énervant.

- C’est pas moi qui ai fait ça. » Répètes-tu à nouveau en serrant les dents. « C’est pas moi !

- Je sais mon chéri. Peut-être vaudrait-il mieux laisser le puzzle pour aujourd’hui, d’accord ? »

Tu secoues la tête, sans rien dire.

« Regarde-moi mon chéri. Écoute, voilà ce qu’on va faire. On va ramasser toutes les pièces ensemble, d’accord ? et les remettre dans leur boîte. Et on ira préparer un thé ensemble, au matcha, comme tu l’aimes. D’accord ? »

Elle prend le risque de te relâcher lentement et se met à genoux devant le carnage. Elle ne tremble pas, n’a pas peur une seule seconde. Elle sait.

Qu’il ne reste plus que les braises de ta colère.
Que l’incendie s’est déjà éteint.

La preuve, tu es déjà à ses côtes et tu commences à ramasser les pièces précédemment piétinées avec enthousiasme sous ses yeux fatiguées.

A bien des égards, vivre avec toi relevait davantage du champ de bataille qu’autre chose.

Et pourtant, elle ne t’a jamais laissé tomber.


Tokyo, Japon — 2099
Tu as 11 ans

Tu trembles comme une misérable feuille, ta couverture serrée sous ton menton. Tu es perdu, ne sais pas trop quelle heure il est, si tu ne sens rien ou si tu sens tout. Tu pourrais bien être encore dans ton rêve, sauf que quelqu’un ouvre ta porte.

« Shiro ? » C’est Noriko-san. « Chéri, tu as fait un cauchemar ? » Elle caresse tes cheveux humides de sueur tout en continuant de te parler. « Tu as fait un cauchemar, c’est ça ? Dis-moi. »

Tu trembles vraiment très fort et tu sens quelque chose d’humide dans ton pantalon. Tu gémis et ramènes la couverture sur ta tête, te mets à divaguer. Méchant garçon. Sale. Pas gentil. Ça fait mal. Ne jamais dire. Silence. Silence silence silence Shiro tais-toi. Il ne faut pas le dire. Ne dis rien. Tu pleures aussi. Émets de drôles de bruits, comme des gémissements.

« Mon chéri ? »

Elle tire doucement sur la couverture, et tu glapis, enfouis ton visage entre tes genoux. Tes cheveux te collent au crâne, au front, aux joues, ton pyjama est poisseux, moite, mais tu t’en rends à peine compte.

Méchant garçon tais-toi.

Tu geins, comme un chien blessé.

Désolé Mama.

« Tout va bien mon cœur, ce n’était qu’un cauchemar. »

Une main sur la tienne, qui caresse ta peau.

« Je suis un méchant garçon, Noriko. Je suis vraiment un méchant garçon. »

Tu pleures plus fort maintenant, comme si le barrage, quel qu’il soit, avait soudain cédé. Des bras t’étreignent, fort, fort, fort, te bercent, et elle embrasse le haut de ta tête, chuchote dans tes cheveux :

« Oh, mon chéri, ce n’est pas vrai, pas du tout. Tu es un bon garçon. Tout va bien maintenant. »


Tokyo, Japon — 2097
Tu as 9 ans.

Il fait beau, le soleil est haut dans le ciel et Noriko-san profite de l’après-midi au parc pour lire. Du moins, elle en profitait, jusqu’à ce qu’une femme arrive, visiblement furieuse, un petit garçon dans les bras. L’enfant devait avoir deux ou trois ans, pas beaucoup plus, et pleurait très bruyamment.

Inquiète, elle te cherche tout de suite du regard – parce qu’elle sait, maintenant, que les bruits te font mal et t’énervent. Mais tu es perché sur le toboggan, en plein milieu de l’aire de jeu, et tu t’apprêtes à glisser vers l’avant comme si de rien n’était.

La nouvelle venue, d’ailleurs, pointe un doigt accusateur dans ta direction.

« Est-ce que le garçon sur le toboggan est votre fils ?

- Oui. » Après tout, elle et son mari t'ont adopté. Même si tu ne les appelles pas Mama ou Papa, ils sont tes parents. « Que s’est-il passé ?

- Il a mordu mon fils, voilà ce qu’il a fait ! Vous voyez ces marques ? C’est une honte. Vous n’avez pas le droit de laisser un tel animal sans surveillance. Je suis à deux doigts d’appeler la police, vous savez ? »

Tu l’as en effet mordu très fort, on peut voir les marques de dents sur son bras et un peu de sang.

Elle crie fort, la dame. Alors tu te bouches les oreilles et continues de glisser sur le toboggan. Sauf que Noriko-san arrive bientôt, sourcils froncés et mine sévère. Tu vas pour remonter à l'échelle mais elle t'arrête.

« Je ne suis pas contente, Shiro. Tu sais pourquoi ?

- Non. Pourquoi t’es pas contente, Noriko-san ? »

Elle te fait descendre de l’échelle et se penche pour se mettre à ta hauteur. Tu ne la regardes pas dans les yeux, fixes un point un peu au-dessus de sa tête, mais elle sait qu'elle a toute ton attention.

« C'est à cause de ce que tu as fait à ce petit garçon. »

Tu penches la tête sur le côté, l’air proprement ahuri.

« Qu’est-ce que j’ai fait, Noriko-san ?

- Tu l'as mordu et tu lui as fait très mal. »

Tu clignes des yeux, essaies de te remémorer l’incident. Mais tu as déjà oublié, quelques minutes ont suffi pour que l’épisode soit balayé de ton esprit.

« Ah bon ? » Demandes-tu, l’air presque timide.

« Maintenant tu mets ton manteau et on rentre à la maison. » Tu obéis, enfiles la veste qu'elle te tient et la zippes. Tu ne comprends toujours pas. « Tu sais bien qu’il ne faut pas faire mal aux gens comme ça, mon chéri. »

Pour une fois, tu la fixes droit dans les yeux. Ça ne dure qu’un instant, mais tu es vraiment perplexe.

« Je me souviens pas Noriko-san. Mais c’est ce que font les adultes, non ? Pourquoi ils ont le droit, eux, et pas moi ? »


Tokyo, Japon — 2100
Tu as 12 ans

« Shiro ? Shiro, putain. »

Tu restes assis derrière la porte fermée, tes mains plaquées sur tes oreilles si fort que tes ongles laisseront des marques sur ta peau tendre.

« Shiro, ouvre-moi. »

C’est fou ce que tu as mal à la tête. Ça bourdonne à l’intérieur, ça se répercute sur tes tympans et ça bat à tes tempes. C’est désagréable et ça te donne envie de vomir. A la place, tu gémis, drôle de bruit lancinant qui s’échappe de ta gorge, et te balances d’avant en arrière.

« Je suis désolé Shiro. Ouvre-moi, allez, sois pas chiant. »

Kenta actionne la poignée mais tu as fermé à clef.

Tu ne veux pas le voir, tu ne veux pas l’entendre. Tu as mal à la tête. Qu’il se taise. Qu’il te laisse.

« Shiro… »

Kenta, c’est le fils de Noriko-san et de son mari. C’est un garçon aux oreilles un peu décollées, aux dents légèrement de travers.

Au début, vous ne vous entendiez pas très bien. Il n’arrêtait pas de dire à sa mère qu’il avait peur du grand méchant loup qui vit à la maison. Puis tu as arrêté de hurler la nuit et il t’a prêté sa console. Alors c’est allé mieux. Mais des fois, il fait des trucs stupides qui t’énervent.

Comme crier après la télé.

Tu n’aimes toujours pas le bruit. Alors tu es parti en courant et tu t’es enfermé là, dans ta chambre.


Tokyo, Japon — 2099
Tu as 11 ans.

« Shiro ? Que se passe-t-il mon chéri ? »

Noriko-san t’a trouvé dans le placard. Tu es roulé en boule sous les chemises de son mari, la tête posée sur tes genoux.

Elle s’accroupit pour se mettre à ta hauteur sans trop s’approcher. Elle sait que tu n’aimes pas qu’on envahisse ton espace personnel à moins que tu l’aies demandé.

« Yamauchi-san m’a dit que c’est l’anniversaire de mon frère dans quelques jours. Il m’a demandé si je voulais lui faire un cadeau.

- Oh. »

Tu n’as pas vu Satoru depuis qu’ils vous ont emmené, après que papa soit tombé.

Ils ont dit que tu ne pourrais plus le voir pendant longtemps, parce que c’était mieux comme ça. Tu te rappelles avoir entendu quelqu’un dire que « Le petit est terrifié par son frère. Il dit qu’il ne veut pas que le méchant chien s’approche de lui, qu’il va le mordre encore. ». Alors tu sais que Satoru ne veut pas te voir.

« Et est-ce que tu veux lui faire un cadeau, mon chéri ? » Noriko-san est précautionneuse quand elle te demande ça. Faut dire que tu n’as jamais parlé de ton frère, pas une seule fois. « Ce serait une belle intention de ta part mais tu n’es pas obligé, tu sais. »

Tu secoues la tête.

« Je crois que je ne veux pas, non. De toute façon je n’ai pas le droit de le voir. Est-ce que je peux faire un cadeau à Kenta à la place ? »

Parce qu’au final, c’est bien lui qui est devenu ton frère.


Tokyo, Japon — 2101
Tu as 13 ans.

C’est un soir d’hiver.

Il fait froid, alors vous avez mangé sous le kotatsu. Noriko-san boit son thé en scrollant sur son portable pour consulter les dernières actualités. Kenta et son père jouent à la console ensemble. Tu les regardes, l’air concentré.

« Dis, Noriko-san.

- Oui, mon chéri ? »

Tu hésites, cherches tes mots, pas certain de savoir comment formuler ta question.

« Est-ce que je reverrai ma Mama un jour ? »

Pas sûre de la réponse à donner, elle cherche le regard de son mari pour un peu de soutien. Il passe un bras autour de ses épaules.

« Eh bien… Si tu le veux, nous pouvons aller lui rendre visite. Tu te rappelles où elle est ?

- En prison. L’endroit où ils mettent les gens méchants pour les punir. C’est un peu comme ma cage, mais en plus grand, pas vrai ? »

Elle te sourit pauvrement.

« Le juge a décidé que ta Mama n’était plus capable de s’occuper de toi et ton frère. Ce qui signifie… Eh bien, ça veut dire que vous n’allez plus pouvoir vivre avec elle.

- Plus jamais, jamais ?

- Au moins jusqu’à ce que tu sois grand, mon chéri. Tu pourras décider quoi faire de ta vie.  Mais si tu le veux vraiment, si ça te fait plaisir, tu peux aller la voir. Elle a le droit aux visites. »

Tu hausses les épaules.

« Je préfère rester ici. » Tu te tournes vers Kenta. « Je peux jouer avec vous ? »


Tokyo, Japon — 2104
Tu as 16 ans.

Une camarade t’a demandé de la rejoindre sur le palier du deuxième étage, là où les escaliers se rejoignent. Il est tard. Presque tout le monde a quitté le lycée.

Pas vous.

Tu crois qu'elle s'appelle Kimiko. Shikin Kimiko. Tu ne la connais pas très bien mais elle veut te parler, alors tu es venu.

« Shiro-kun ? »

Elle se tient les mains et te jette des regards un peu inquiets sous ses lunettes. Tu ne la fixes pas directement mais tu notes tous les détails. Ses joues rouges. Ses lèvres qu’elle mordille. Son air profondément anxieux. Tu te demandes ce qu’elle te veut et si ça va prendre du temps. Kenta a promis de faire une partie de Final Fantasy avec toi ce soir.

« Bonjour Shikin-san.

- Tu… hm, merci d’être venu. Je suis désolée de te déranger comme ça… »

Quelqu'un de bien, de normal, dirait que non, voyons, tu ne me déranges pas.

Mais voilà, Shiro, tu n'es pas normal. Alors tu te contentes de pencher un peu la tête pour mieux écouter. Elle a une voix douce, c’est agréable.

« Tu voulais me voir. Je suis venu. Je veux rentrer vite alors dis-moi ce que tu veux. »

C’est abrupt, peut-être un peu trop. Mais tu ne t’en rends pas vraiment compte. Tu n’as pas le même baromètre de tact que la plupart des gens.

En tout cas, elle sursaute, recule d’un pas et baisse la tête, balbutie quelque chose d’inintelligible.

« Je ne t’entends pas. » Crois-tu bon de souligner.

« Je… C’est… Je voudrais… Je voudrais te demander si… »

Elle s’arrête en plein élan, te regarde avec de grands yeux mouillés. Tu fronces les sourcils, ne comprends pas pourquoi elle fait une tête pareille. Et tu attends toujours qu’elle parle. Ça commence à t’énerver. Tu n’aimes pas attendre quand on te demande de venir.

« Quoi ?

- N-Non, je… Excuse-moi de t’avoir dérangé ! »

Elle s’en va presque en courant.

Tu ne sauras jamais qu’elle voulait se déclarer à toi et te demander de devenir son petit-ami.


Tokyo, Japon — 2109
Tu as 21 ans.

Tu te jettes sous ton bureau, les mains sur les oreilles alors que le monde se met à trembler. Tout est trop brusque, trop brutal. Tu as peur. Tu as mal. Tu ne comprends pas. Ça éclate tout autour de toi.

Dehors, le vent gronde, l’orage tempête.
Sous tes pieds, le sol grince et vacille.
Et toi, tu trembles.

La tête entre les genoux, les yeux fermés le plus fort possible comme pour fuir la réalité, tu comptes. Jusqu’à cent. Une fois, deux fois. Trois fois. Encore et encore. Tu comptes. Mécanisme de défense usé par l’habitude.

C’est seulement quand des mains saisissent les tiennes et que la voix de Kenta te parvient à travers le sifflement d’un acouphène que tu comprends que c’est fini.

Les cheveux trop longs de celui que tu as appris à appeler ton frère balaient ton visage, s’emmêlent dans les tiens, quand il te sert contre lui. Tu t’en moques. Tu t’agrippes à ses épaules, ses côtes, sa chemise, tout ce que tu peux saisir pour ne plus lâcher. Et tu enfouis ton visage dans l’obscurité rassurante de son cou. Silence, loin de la frénésie du monde en pleine apocalypse. Tu es bien, là. Tu ne veux pas bouger.

Mais ça ne fait que commencer.

L’enfer sur terre. Deux jours d’horreur, entre typhons, séisme et tsunami. Les éléments contre le monde entier et Tokyo, broyée, qui se noie et sombre.

Ce n’est qu’une semaine plus tard que vous apprenez que Noriko-san et son mari sont décédés. Ils ont été retrouvés sous les décombres d’un immeuble, dans les bras l’un de l’autre. Kenta s’est effondré, agrippé à ton bras. Toi, tu as regardé un point dans le vide, comme d'habitude. C’est bizarre, il y a comme un vide dans ta poitrine. Mais l’apathie de tes sentiments est parfois telle qu’il te faut du temps pour mettre le doigt sur ce que c’est.

Ça s'appelle le chagrin.


Tokyo, Japon — 2111
Tu as 23 ans.

« Eh, Shiro. Viens voir ça. »

Tu n'entends pas vraiment Kenta à travers le casque anti-bruit qu'il t'a offert pour ton dernier anniversaire, mais il attire ton attention avec de grands gestes alors tu lèves les yeux. Il te rend un regard appuyé, t'incitant à ôter ta barrière auditive pour l'écouter.

« Hm ?

- Viens, y a un flash spécial du Ministre. »

Et alors ?

C'est ce que tu as envie de demander, mais tu sais que Kenta haussera juste les épaules en te disant que c'est important, tu dois regarder ça. Alors tu te lèves et, casque entre les mains, tu vas te mettre sur le canapé à côté de lui.

Normalement, c'est l'heure de Love with Flaws, le drama favori de Kenta, sauf que c'est la tête de Katsura Chiyoda, Ministre de l’Intérieur, que tu vois à l'écran.

[...] vous avez probablement pu être témoins d’une extinction totale de l’Incontestable. Certains d’entre vous y ont vu l'occasion de revenir à un célibat temporaire et ce malgré vos devoirs d'hommes et de femmes mariés. Avant toute chose je vous assure qu’aucune sanction ne sera prise à cet égard. En effet, cet arrêt temporaire fait partie d’un projet de recherche sociale plus global visant à mesurer l’impact et la réussite de l’Incontestable sur la société japonaise, 58 années après sa création.

Kenta se trémousse dans le canapé.

« Ah ! Je le savais ! Je le savais ! C’était impossible que l’Incontestable ce soit arrêté comme ça, sans raison ! Je te l'avais dit ! »

Il a l'air fier comme un paon et toi tu acquiesces vaguement, l'air de rien, parce que de toute façon, quoi que tu dises à cet instant, il n'écoutera pas.

Malheureusement, les résultats ne sont pas réellement réjouissants. Si la majorité d’entre vous, mes chers concitoyens, a réussi sans surprise à demeurer fidèle aux règles du mariage, les quelques comportements déviants que nous avons cependant enregistrés ne nous permettent pas d’établir un bilan entièrement positif.

Tu fronces les sourcils, te rappelles les deux derniers mois et les milliers d'articles que tu as pu lire au sujet de la disparition de l'Incontestable. Sur le moment, ça ne t'a pas trop marqué. Faut dire que tu n'es pas marié, Kenta non plus, et tu n'as personne d'autre qui compte au point que ça t'importe.

Entre les suspicions de bug, les rumeurs du retour des Incontrôlables et t'en passes, la toile s'est affolée.

Aujourd'hui, les japonais ont enfin une réponse à leurs questions.

Les différentes instances du TPAI seront à nouveau joignables à compter de ce mercredi 3 juillet, toutes les demandes et requêtes non-afférentes à l’extinction seront traitées dans l’ordre de réception. Les lettres de mariage reçues avant la date du 1er mai ne prennent effet qu’à partir de mercredi prochain également. Toutes celles reçues après la remise en fonction de l’Incontestable font foi dès leur réception, engageant le processus habituel d’emménagement.

Tout est bien qui finit bien, finalement, comme dans les livres que Noriko-san te lisait, autrefois.

Tokyo, Japon — 2111
Tu as 23 ans.

Kenta est tombé malade.

Il a eu de la fièvre, s'est mis à tousser. Pas grand chose. Rien qui ne pouvait prédire que quelques semaines plus tard, un message terrifiant s'affiche sur ton portable.

Décédé.

Tu n'as jamais couru aussi vite.

Et tu l'as frappé quand tu as vu qu'il était en train de jouer à la console.

« Je te déteste ! » Les cris t'ont échappé. Tornade enragée, tu n'as réussi à t'arrêter que lorsqu'il t'a étreint, fort, fort, fort. « Je te déteste. »

D'abord, tu as cru à une mauvaise blague.

Puis tout un tas de japonais se sont mis à mourir pour de faux.

Tokyo, Japon — 2111
Tu as 23 ans.

Certains parlent de rébellion, du retour des Incontrôlables.

Kenta est allé déclarer qu'il est encore en vie, qu'il n'a jamais cherché à éteindre sa puce - loin de là, lui qui est un fervent défenseur du système en marche.

Il a disparu quelques jours.

Quand il est revenu, il était un peu plus pâle que d'habitude. Il ne t'a jamais dit où il avait été, s'est contenté de reprendre sa place dans ta vie, dans l'appartement que vous partagez. Mais maintenant, t'es tétanisé dès que tu franchis le pas de la porte, dès que tu ouvres l'application ATAI ou les réseaux sociaux, t'es terrorisé à l'idée qu'il soit de nouveau décédé mais pour de vrai, ou qu'on l'emmène et qu'il ne revienne jamais.

Tu n'as rien contre l'Incontestable. Tu n'as rien pour non plus. La machine ne fait pas d'erreur, jamais, tu le sais. Mais les puces ont failli et manqué d'emporter ta seule famille. Et ça aussi, ça t'énerve.
Behind closed eyes
Avec les années, rien n'a changé. Enfin, presque rien.

Ça y est, tu es un grand maintenant, même si tu as arrêté de pousser autour de tes seize ans, te figeant au mètre soixante-six et demi. Le demi est important - la précision est importante. Tu es petit, peut-être un peu trop. D'autant plus que tu ne te tiens pas très droit, restes constamment voûté, comme si un poids pesait sur tes épaules. Habitude usée par le temps, tu essaies inconsciemment de te faire plus petit, de disparaître, qu'on t'oublie. Et tu y arrives très bien.

C'est vrai, tu as l'air de rien comme ça. Tu ressembles à n'importe quel jeune homme japonais. C'est assez ironique quand on y pense : à l'intérieur, tu n'as rien d'ordinaire, rien de normal ou de banal, mais à l'extérieur... à l'extérieur, tu n'es rien. Il suffit d'un coup d’œil pour faire le tour, passer à autre chose.

Et si on s'attarde ?

Tu ressembles toujours à monsieur tout le monde, avec tes chemises et tes pantalons droits, tes t-shirts soigneusement rentrés dans tes chinos. Invariablement tiré à quatre épingles, rien qui ne dépasse, tout qui tombe à la perfection. Pas par souci du paraître. Juste parce qu'il faut que ce soit droit. On dirait un salaryman ordinaire. Sauf quand tu portes ton gilet en laine favori. Et tu le portes souvent. Il est rouge, avec de gros boutons noirs brillants. C'est un peu ton doudou, tu ne le quittes que rarement. Peut-être parce que tu te sens rassuré avec cette chaleur qui t'entoure, ce poids sur tes épaules. Qui sait.

Et sous tes vêtements ?

Peau pâle, si pâle, qui te donne un côté un peu gracieux, délicat. Comme une fleur qu'on n'ose pas toucher, de peur de la froisser - et c'est vrai que tu marques facilement, sous le soleil, sous les coups, c'est vrai que tu rosis, rougis, bleuis rapidement. Rien de bien remarquable, sinon qu'avec tes cernes comme des valises, on te dirait malade. Tu tiens ça de Mama, même si tu ne t'en souviens pas.

Tu te rappelles de ses yeux par contre.

Noirs. Sombres. Taches d'encre. Gouffres sans fond. Tu as exactement les mêmes, jusque dans la tendre courbure, jusque dans les cils longs, un peu clairsemés.

Tes cheveux, tu ne sais pas si tu les tiens de Papa ou de Mama ou des deux. Tu n'as aucune photo pour comparer et tes souvenirs sont trop flous. En tout cas, ils sont lisses, doux, toujours coupés de la même façon mais ils ne gardent jamais la même couleur.

Kenta s'occupe de les couper. Une fois toutes les cinq semaines, le mercredi matin, il prend le temps de te coiffer. La dernière fois, il t'a fait du bleu, un joli bleu un peu indigo, sombre, qui se confond dans tes mèches noires. Ça te va bien. Ça adoucit un peu tes traits. Dommage que tu t'en moques.

Ton apparence n'a jamais été ta priorité. En fait, tu ne t'y es même jamais vraiment intéressé.

Et pourtant, t'es mignon, vraiment très mignon. Tu as une bouille adorable de bambin angélique trop vite grandi, des lèvres un peu trop marquées, un peu trop roses, et ça te va bien, l'air de rien.

Tu as l'air fragile comme ça.

Et tu l'es. Poids plume sans aucune force, tu surprends à faire mal lors de tes crises.
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Époux/se : Sergei Vanzine
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Bienvenue et bon courage pour ta fiche ! a whole world of mine || Shiro 1362171446

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

a whole world of mine || Shiro Y23dmr11
Thanks Kenken pour le kit et Kea pour le vava ♥
— Just Married —

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a whole world of mine || Shiro 1518348080

Finis vite cette fiche, je t'attends. a whole world of mine || Shiro 2741732466
— Just Married —

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Merci Kaori.  a whole world of mine || Shiro 2244379341

Attend-moi donc. J'aime te faire languir. a whole world of mine || Shiro 1518348080
— Just Married —

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Je suis: anti-Incontestable.
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Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Bienvenue ici ~ beau vava , le petit pur !

Au plaisir ~
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Autre: cause en #CC6666. Bosse chez un fleuriste. Aussi menteur que mignon. Aime le rose. Et les lapins. Et aimer, tout simplement.
Qui est ce bebou trop chou ??? oh là là 😩

Bienvenue chez nous, installe-toi, on a des cookies ♥
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le Dim 8 Mar - 5:45
Bienvenue ! Bonne rédaction de ta fiche. a whole world of mine || Shiro 2432113367
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Merci vous trois. ♥ *croque les cookies*
Prenez soin de mon petit chou à la crème svp, c'est un bébé trop doux pour ce monde.
Physique posté, j'espère qu'il va vous plaire ! a whole world of mine || Shiro 1298939953
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le Dim 8 Mar - 12:24
TAEHYUUUUUUUUUUUUNG ♥ je t'aime officiellement voilà!

Bienvenue et on courage pour la fin de ta fiche!
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Autre: Russel forever ♥
Trop de BTS, trop de BTS a whole world of mine || Shiro 2829859912
Déso j'sais pas faire la diff entre les membres de ce groupe jpp xDD

Bienvenue ici en tout cas, fight pour la rédaction et la valid' !
Et écrire à la deuxième personne, c'est perf a whole world of mine || Shiro 3998388675
— Just Married —

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Merci merci. ♥
(J'avoue que j'ai du mal à les différencier aussi, Renji. Ils se ressemblent tous. a whole world of mine || Shiro 4158426957 Mais il a l'air si doux ce garçon, c'était perf pour Shiro.)

J'ai posté le caractère - et je me suis un peu trop emballé je crois, il est un poil long. Il est possible que je repasse dessus pour des modifs plus tard, mais l'idée est là. a whole world of mine || Shiro 2609568152
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Bienvenue !
Il a l'air tout mignon ton personnage ! a whole world of mine || Shiro 3488335006
Bon courage pour la suite :3
— Just Married —

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Inscrit.e le : 07/03/2020
Merci. ♥
Il est tout doux, vui. J'espère qu'il va vous plaire. a whole world of mine || Shiro 1362171446
— Just Married —

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Inscrit.e le : 07/03/2020
Et voilà, le monsieur est fini ! a whole world of mine || Shiro 2579413762 Normalement j'ai pensé à inclure tous les événements du contexte (normalement). J'espère qu'il ne manque rien.
J'attends le couperet du staff. a whole world of mine || Shiro 1298939953
(C'est un peu long, sorry.)
— STAFF JM : REINE DES CHAGASSES—

— STAFF JM : REINE DES CHAGASSES—
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... a whole world of mine || Shiro 428445822

a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822a whole world of mine || Shiro 428445822
a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050a whole world of mine || Shiro 501520050

Je crois que c'est au moment des croquettes que je me suis dit que tu es un monstre. a whole world of mine || Shiro 501520050

Allez ça part, hellcome parmi nous, j'espère que tu lui mettras un peu de paillettes dans la vie à ce p'tit gars a whole world of mine || Shiro 3912395661

Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

N'oubliez pas :
• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
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a whole world of mine || Shiro 181202111716271804

Kinkeabae, fournisseuse de kits swag since 2018

so nobody will ever forget your memorable skill, satoshit:

a whole world of mine || Shiro 85277910
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Désolé a whole world of mine || Shiro 4158426957
Il y a un peu de sadisme en moi a whole world of mine || Shiro 4158426957

Merci beaucoup en tout cas ! Hâte de commencer à rp avec vous. ♥
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#17 —Re: a whole world of mine || Shiro
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