éloge d'une ruine 200803042355296862

— Just Married —

le Mar 24 Mar - 18:15
Messages postés : 118
Inscrit.e le : 01/12/2018

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : l'indécence
Autre:
Komeiji Yuu
le prince charmant comme il respire.
Informations générales
Nom : Komeiji
Prénom : Yuu
Âge : Si le maquillage peut te sauver quelques années, il faut de plus en plus de poudre pour combler les sillons de l'alcoolisme juvénile et du temps que creusent tes 36ans. Il y a longtemps maintenant que tu te moques de jouer avec cette course accélérée débutée le 12 avril 2076.
Genre : Homme.
Origines : Ton père soutiendra jusqu'à crever être japonais, que son précieux enfant l'est. Et ce n'est certainement pas lui qui dira dans quel autre pays il aurait pu souiller ta génitrice.
Activité : Si son nom vous est vaguement familier, c'est peut-être que gamin, vous l'avez vu dans l'un des nombreux films où il jouait lorsqu'il l'était encore lui aussi. Durant tout le temps nécessaire pour briser un enfant. Mais si son nom vous est plus connu, alors vous savez probablement qu'il a la plume acerbe d'un écrivain et auteur reconnu, et une place importante comme journaliste pour une revue de mode influente. Elle appartient toujours à papa, mais qu'importe, tant qu'on a le pouvoir et les avantages qui vont avec.
Sexualité : Difficile à suivre.
Avatar : David Bowie
Règlement : - oula oops je m'y mets - Ollie
Chemin Celui du succès.
Autre : Au départ, je voulais essayer d'en faire un mec bien. Puis j'ai vu dans le règlement que les créatures fantastiques ne sont pas admises.

Autrement, l'histoire abordera le sujet de la pédocriminalité, si vous y êtes sensibles évitez.
[Histoire dans le premier post, descriptions physique et mentale plus bas]
Histoire - and sometimes, I miss this life I've never had
Il y a toutes ces choses que tu sais pas, des vérités achetées avec les mensonges.
D'autres qui sont simplement tues, enterrées à jamais sous les silences.

Tu ne sais où il était durant toutes ces années où tu n'existais pas. Il était loin d'ici, comme aujourd'hui parfois. Chine ? Thaïlande ? Corée ? Plus tard, tu as simplement compris le pourquoi, sans jamais apprendre où. Pour une invitation, suivre une tournée, ou simplement par tourisme ? Peut-être que maintenant tu t'en fous, ou tu te dis que dans ses égarements de cinglé, il l'a possiblement lui-même oublié. Il a répété qu'elle était japonaise. Tu l'imagines jeune et probablement naïve, sinon vulnérable. Il les a toujours préféré comme ça. C'est un miracle même, que tu sois le seul rejeton qu'il ait produit hors mariage.

C'est tout ce que tu peux imaginer.
Il a dit qu'elle ne voulait pas de toi. Qu'elle disait que c'était à lui, de te garder.

Mais tu ne pourras jamais entendre tout ce qu'elle a entendu, sentir le poids de ses mains lourdes serrant ses épaules en murmurant. Toutes les lois obscures d'un pays qu'elle ne connait pas, dont elle n'a appris que les rumeurs médiatisées. Il n'a juste qu'à les tordre pour l'effrayer assez. Il lui a répété qu'elle portait un bébé japonais, qu'avant toute chose c'était le plus important. Elle n'a surtout pas le droit d'avorter. Oh non, surement pas, c'est considéré comme un crime pour le pays, qu'il disait. Elle t'a gardé en pensant ne pas avoir le choix.
Ils viendront te chercher, qu'il disait. Ils t'arracheront de ses bras.
Parce que tu es japonais. C'est tout ce qui comptait.
À ses yeux, et contre sa volonté à elle.

Et ce jour là, à moitié évanouie, elle a posé les yeux sur toi pour la première fois. Sans que tu ne puisses avoir conscience que ça restera la dernière. Sa respiration s'affaiblit en voyant d'autres mains te saisir, comme il l'avait prédit. Le cordon a été coupé avec le dernier espoir, peut-être s'est-elle effondrée juste après pour ne pas avoir à renoncer. Il est sorti de la chambre, sans un regard, il les a suivi tant qu'il pouvait d'un couloir à l'autre.

C'est à ce moment qu'ils ont déposé cette bombe à retardement sous ton crâne.

Il était là, à t'attendre de pied ferme. Ils n'ont vu qu'un père inquiet venu récupérer son bébé. Et plus personne d'autre ne vous a vu après.

Penché sur le berceau qui te ramène au Japon, il te bercait.
Tu es mon bébé, tu sais ? T'es à moi, rien qu'à moi. T'es ma chose Yuu, t'es mon humain. T'es mon bébé.

Une clinique privée pour accueil et premier lieu de vie, bien loin des indiscrétions de la capitale. Derrière quelques enveloppes et murmures conciliateurs, un dossier a été glissé parmi les autres. Il indique que Yuu Komeiji est né au Japon entre leurs couloirs, d'une mère nommée X qui ne l'a jamais reconnu. La page suivante est une liste de toutes les manipulations génétiques qu'ils t'ont implanté. Métissage léger mais réel à effacer, coloration des pupilles et des cheveux. Et, à mesure que ton visage de poupon s'étirait, tes premières années ont été marquées par ces aller-retours devenant pour peu réguliers.

Akisada Komeiji, baignant dans sa folie et ses mensonges, t'y a noyé comme tout premier baptême. Personne ne sait à quel point il s'est lui-même fait opérer, et la même discrétion pour toi maintenant est achetée. Ta vie est un agenda, son agenda est recalqué sur ta vie. Il est ton père, ton présent, ton avenir. Et s'il est japonais, alors tu le seras aussi. Avant d'avoir l'âge de pouvoir t'en souvenir, avant qu'il ne puisse te présenter à son monde, il doit t'y préparer.

De nombreuses mains t'ont porté, changé, nourri. Elles ne restaient jamais les mêmes bien longtemps, aucune ne peut témoigner t'avoir vu changer. Et de ton père, ta mémoire n'en conserve surtout qu'un dos, penché sur son bureau, sortant de la maison, quittant la pièce lorsque tu étais trop bruyant. C'était le soir que tu avais droit à ton baiser rituel, les murmures d'un amour filiale et faux, des promesses possessives d'avenir radieux, et un toujours nouveau cadeau.

Tu ne voulais rien, tu avais déjà tout eu avant d'y songer.
Et tu savais déjà que bientôt, le reste serait à toi.

Tôt. Très tôt, tu as commencé les cours de théâtre. Tu étais un de ces enfants à qui on promet de réaliser tous ses rêves d'enfant. Tu seras un grand acteur, Yuu. Tu seras connu, adulé partout. Ton nom l'est déjà, fondation de l'empire familial dont tu es le futur héritier. Chemin tracé, offert, et du haut de tes six ans déjà tu marchais sur scène comme si elle t'appartenait. Tu savais que papa est important, et que par extension tu l'es aussi. Tu voyais les courbettes à son encontre et l'attention particulière que les professeurs te donnaient. Gratifiant. Grisant. Trop. Beaucoup trop. Bien plus que ce qu'un esprit aussi juvénile ne puisse appréhender, surtout né avec l'idée que tout est acquis et dû.

Car chaque mois, ton nom est imprimé plus d'un million de fois sur les couvertures posées en premier dans les kiosques, après l'actualité. La revue Komei a maintenant plus de soixante-dix ans d'existence, aujourd'hui bien implantée dans tout le pays. Mode, people, aux standings bien plus élevés que le simple tabloïd. Dictant les tendances à venir par les créateurs mis en avant, dénicheur d'idoles et de modèles posant pour eux, les importants, les fortunés, les conciliants.

Alors qui se permettra de te répliquer quoi que ce soit ?

Deux ans après, le premier casting a été une formalité. Tu ne connais pas le trac ici, tu as déjà vu l'homme que les autres appellent 'producteur'. Il était venu plusieurs fois à la maison, papa te l'a présenté, et pour lui tu avais déjà fait semblant de jouer. Si tant est que cette démonstration ait de l'importance, c'est toi l'objet de la transaction, plus que ta performance. Elle a été faite à l'avance, et nulle surprise ne se manifeste sur ton visage à l'annonce du premier rôle que tu as décroché. Une arrogante satisfaction, peut-être. La même que lorsqu'on dépose devant toi ton assiette pleine. Ce n'était qu'une simple audition, et tu te voyais déjà continuer avec cette même simplicité.

Ils vantent un visage atypique, étrange. Un regard profond, une froideur palpable, un sourire cassé, un physique qu'ils veulent exploiter.

Et tu ne comprenais pas tout ce qu'ils t'ont dit de faire. Le maquillage était toujours le plus long à faire. La peau recouverte d'une épaisse poudre blanche, les yeux cernés, et tu gardes encore en bouche le goût de ce qu'ils te faisaient avaler pour avoir les lèvres, les dents et la langue noires. Tu n'avais pas beaucoup de textes à apprendre. Ils t'ont fait pousser des cris aigus, ils ont projeté sur toi des éclats de sang. Parfois, on te confiait le plus long couteau que tu n'aies jamais vu. Tu ne savais pas ce que tu faisais, en ayant conscience pourtant de ce que ça signifiait. Tu dois lui sauter dessus. Tu dois passer tes doigts autour de son cou. Tu dois rester accroupi devant ce corps mutilé. Ces images qui s'impriment sur la rétine, qui s'infiltrent jusqu'aux confins de ton esprit. Et peu à peu, tu te fermes pour encaisser, pour accepter, tu te mets à agir sans y réfléchir. Le soir, tu étouffes et ravales cette boule de stress qui est venue se loger dans ta gorge, celle qui t'empêchait la journée d'avoir la nausée. Sans que tu ne le saches, c'est ta dernière once d'innocence que tu tues à petit feu pour supporter ce que tu vois. Jusqu'à ne plus avoir l'impression que c'est ta main qui s'abat pour semer une mort factice, avatar fantôme des cauchemars.

Quelque chose a changé en toi Yuu, mais tu ne sais encore quoi. Personne d'extérieur ne voyait la différence, ou presque. Ton professeur t'a félicité, les autres enfants de ta classe ont aussi du te montrer leur respect, mais depuis un mur s'est construit entre toi et eux. Ils pouvaient sentir l'injustice lorsqu'on te présentait comme modèle à suivre, alors que même dans cette école privée ton statut était déjà particulier. On leur a juste dit qu'ils n'avaient pas l'âge de voir le film dans lequel tu as tourné pendant ces deux mois d'absence. Alors pourquoi as-tu eu le droit de jouer dedans ? La réponse de ton père est devenue la tienne, tu es unique. Tu es important. Plus qu'ils ne le seront jamais.
Et cette idée a été bien plus que confortée quand Akisada t'a expliqué combien le film a marché, que bientôt tu seras une véritable star, que le contrat a été prolongé pour tourner la suite l'année suivante.

Tu n'avais plus le droit de retourner à l'école, tu ne voyais plus que des professeurs particuliers.
Tout s'est très vite enchaîné.

Jusqu'à ce qu'une bourrasque ne vienne secouer ton père sous la forme d'une lettre rose. Vous étiez loin de la maison pour le tournage, et tu t'es vite caché pour ne pas subir les torrents de colère qui brisent tout ce qui arrive entre ses mains. Toute l'équipe technique a pu l'entendre, comprendre, mais aucun n'a osé toquer à la loge familiale. De longues heures plus tard, avec un calme de façade retrouvé, Akisada te dit qu'il devra repartir. Que vous n'allez plus être seuls à la maison. Mais que toi, tu devras rester là, c'est le film le plus important. C'est pas toi, c'est les délais à respecter, ton rôle à conserver.
Tu hausses les épaules. À quoi bon, t'as pas le temps d'avoir une nouvelle maman.

...

« Bonjour mon petit Yuu, oui tu peux t'asseoir. Bien sur que tu peux en prendre, le paquet est posé pour ça ! Alors, ton papa t'a expliqué ce qui s'est passé ? Pourquoi il est parti et t'a confié à moi ? Oui, on ne pouvait pas arrêter en plein milieu si tu t'en allais, j'espère que ça ne te rend pas trop triste de plus le voir ? Non ? C'est bien, t'es un grand garçon. Alors dis moi, comment se passe le voyage pour toi, tu aimes bien tourner là ? Justement, je voulais qu'on discute un peu de ton rôle. Tu le fais très bien, tu sais. Non, je n'ai aucun problème avec. Tu savais que c'était moi qui m'occupait de tout ici ? Oui, je décide et je choisis, et je dois tout faire à la fois. La dernière fois, on avait pas eu le temps de se retrouver qu'à deux pour que je puisse faire tout mon travail. Aujourd'hui, c'est moi qui vais te photographier. Oui, place toi là, mon petit Yuu. J'ai besoin que tu fasses comme si on tournait pour de vrai, et là aussi tu dois faire tout ce que je te dis. C'est aussi pour le film. On commence comme pour le maquillage, il faut que tu retires ta chemise. Oui, comme ça... Et regarde moi, regarde moi bien. »

...

Un regard mort sur un visage mort.
Ils ont dit que tu n'as jamais aussi bien performé.

Quelques semaines plus tard, ton père t'a récupéré à l'aéroport. Il te parle de nouvelle maison sans grande conviction, et toi tu entends sans écouter. Il ne parle pas de qui vous attend là bas, te demande comment ça s'est passé pour le tournage, si rien n'a été gâché. Tu lui dis que maintenant tu commences à t'y habituer. Tu lui dis qu'ils ont tous été contents de toi. Tu es silencieux. Tu baisses la tête. Tu lui demandes si c'est normal que le patron a voulu te toucher. Tu n'as pas besoin de la relever pour savoir que la sienne n'a pas bougé. Il te dit que tout le monde dans ce métier fait ça pour réussir.

Cette phrase incisive gravée dans un morceau arraché de ton âme.

Ton esprit lui, a enterré au plus profond de ta mémoire cette discussion, là où tu ne pourras plus la retrouver.

Vous êtes arrivés à la nouvelle demeure, l'habitacle baignant dans un silence palpable. Elle est plus grande que la précédente, mais rien ici qui ne puisse t'impressionner. Tu n'as même pas encore atteint tes dix ans, que déjà tu as le désintérêt d'un homme âgé. Ou est-ce la certitude que de toute manière, rien de moins imposant ne mériterait d'être l'adresse de la famille Komeiji. Ton père n'est pas descendu de la voiture, fenêtre ouverte, il te dit qu'il doit retourner travailler, "qu'il t'indiquera à l'intérieur tout ce dont tu as besoin". Tu ne sais pas de qui il parle. Les premiers pas à l'intérieur sont lents, circonspects. Le hall est vaste, un bruit adjacent t'attire vers une seconde pièce. Te voilà hésitant dans ton propre chez-toi. La porte coulisse, tu entres, une silhouette est assise sur un fauteuil. Sans surprise, sans tact, sans présentation, tu lui demandes qui il est. Un sursaut plus tard il est debout, s'excuse déjà en s'inclinant. Sourcils froncés. Les domestiques peuvent se reposer dans votre salon, maintenant ?

Mitsukane. Mitsukane Komeiji.
Il n'a rien d'une nouvelle maman.

Et à vrai dire, tu ne te souviens pas non plus quand Akisada avait mentionné la personne à qui on l'avait lié. Tu l'observes en battant des cils, sans mot. Il t'appelle par ton nom de famille. C'est cet homme révérencieux qui venait s'imbriquer dans votre quotidien ? Ton mépris n'en démord pas. Tu ne veux pas de lui ici, tu ne veux pas qu'il s'approche, qu'il reste dans un recoin loin de ta vie. Il n'aura droit qu'à deux réponses mono-syllabes, et une porte qui claque, lorsqu'il t'emmène dans ta nouvelle chambre. Tu ne veux pas voir le reste, tu ne veux pas le voir lui.


Tu ne sais pas à quel point cet homme a déjà peur de ton père, qu'il reste autant intimidé face au fils.

Tu t'en fous, Yuu. Là, maintenant, tu t'en fous de tout. De lui, de la maison, de l'avenir.

Tu es seul, maintenant, enfin. Un trop plein qui crève à l'intérieur de toi, que tu hurles dans l'oreiller, pour faire sortir toutes les immondices qu'on t'a imposé.

Une routine qui commence à s'installer, sans qu'elle ne puisse réellement en devenir une. Des plateaux télé, où ton père te fait parader à côté de lui, des photographes qui te demandent sans arrêt de poser. Ceux qui vous suivent dans les rues, t'effraient, pour voler de nouveaux clichés. Jeune révélation, future étoile montante, ton visage iconisé dans le paysage du cinéma d'horreur japonais. Un rythme éreintant pour un enfant, une médiatisation poussée par un paternel bien trop fier, tu ne sais pas si tu aimes ça ou si tu voudrais disparaître. Un peu des deux à la fois, qui sait. Tu n'as pas vraiment d'amis, de rares occasions de rencontrer les gamins de ton âge, quand ils avaient le droit de t'approcher. Ton seul confident a été ton carnet. Quand tu as le droit d'être seul, de te retrouver, c'est des mots par centaines que tu vomis sur les pages blanches, des histoires qui font écho à la tienne, à défaut de vouloir la raconter proprement. Des pensées, beaucoup de pensées, des réflexions d'enfant sur un monde qu'il ne comprend pas encore, mais qui l'essore pourtant jusqu'aux os. Alors tu couches sur papier tout ce qu'on ne pourra jamais te voler.

Des jours longs, lents, qui se ressemblent.
Celui-ci était un peu différent des autres.

On toque à ta porte. C'est étrange, d'habitude ton père entre sans frapper. C'est le visage de Mitsukane à l'ouverture, qui n'ose entrer sans ton accord explicite. Tu t'es habitué maintenant, depuis bientôt un an, à sa présence silencieuse, à ses attentions distantes, sa politesse qui n'a jamais fait de vague. Ta méfiance n'a pas entièrement fermé les yeux, bien que la colère a eu le temps de s'émousser légèrement. S'il n'a jamais osé rien dire, il a pourtant été bien vite clairvoyant sur la manière dont te traite ton père, il a compris que s'il ne t'en parlais pas, tu l'apprendrais pas avant des mois. Il s'installe en face de toi, il te parle. Il te dit que tu n'as pas pu le voir, les moniteurs sont dans leur étage exclusivement. De toute manière, tu ne voudrais pas les voir. Ils ont reçu un ordre, le mois dernier. Maintenant, toute la procédure est enclenchée, il ne manque plus que le temps. Il t'explique comment ça fonctionne, que deux autres femmes vont porter un bébé de lui, un d'Akisada, et que l'un d'entre eux viendrait vivre avec vous. Sans que vous ne puissiez savoir lequel. Il utilise des mots et des tournures de phrases comme si tu avais encore cinq ans. Ça t'a toujours agacé. En surface. Car il est aussi le dernier à te considérer encore comme un enfant.
Mais tu ne dis rien.

Car tu ne seras plus le seul.

Tu ne seras plus tout seul.

Tu as eu tout le temps qu'il fallait pour te demander si c'était ce que tu voulais ou non. Sans réussir à trouver la réponse, à trancher, elle joue l'équilibriste entre ton égoïsme et ta solitude. Mais pas assez de temps pour choisir, tu dois enchaîner les tournages. Ils ne disent pas qu'ils veulent profiter au maximum de ton jeune âge, avant que ce ne soit trop tard, mais c'est ce qu'ils font. Tu as rencontré de nouvelles équipes, de nouveaux acteurs. Au départ, tu étais même soulagé d'avoir eu un autre grand patron. Répit. Tu voulais enfin souffler. Mais cette fois-ci, c'est un autre qui a refermé la porte des cris étouffés. C'est ce qu'ils font. C'est ce qu'ils font. Et tu dois faire ça pour réussir.

Tu es éteint maintenant, Yuu.

Tu ne pensais plus pouvoir te rallumer, tu ne le voulais plus.
Jusqu'à ce que tes yeux brillent pour la première fois, en plongeant dans le regard clair battant des cils au fond d'un berceau.

Tu le sais maintenant, qu'il faut que tu te bouches les oreilles en te réfugiant dans une autre pièce pour échapper à la colère explosive de ton père. Plus terrible encore que celle qui a éclaté quand il s'est retrouvé marié, une rage qui a fait trembler la maternité, qui s'est répercutée jusqu'à la maison. Mais aucune main n'aurait été assez grande pour occulter totalement le bruit du corps de Mitsukane violemment soulevé et plaqué contre le mur, ni des hurlements lui exhortant de cracher ses mensonges, qu'il revèle quelle partie de sa famille a été souillée par les gaijins sans qu'il ne l'ai dit. Les deux femmes étaient japonaises. Akisada est japonais. Elle ne peut venir que de lui. Il le répète, elle n'est pas la mienne, elle n'est pas la mienne.

Au milieu de cette cacophonie destructrice en écho, tu entends des pleurs, tu évites la pièce de danger pour aller dans celle d'à côté.

Elle est toute petite, rouge comme une poterie, fripée quand elle n'essaye pas de s'étirer. Tu secoues le lit doucement, pour qu'elle se taise, qu'elle arrête elle aussi de crier. Elle a ouvert les yeux pour te regarder. Ils sont bleus, profonds, ils t'électrisent. Et tu ne peux plus cesser de la dévisager. Autour de son poignet, tu lis sur le bracelet en plastique. Kayoko Komeiji.

Tu n'es plus tout seul, Yuu.

Et tu lui souris.

Les mois qui ont suivi, vous étiez plus souvent à trois dans la maison, le géniteur multipliant les voyages professionnels pour s'enfuir en solitaire, tirant et flirtant avec les limites de la tolérance du programme. Tu as appris à porter Kayoko comme il faut, comment la bercer pour la calmer, de quelle manière la faire manger. Tu lui parles, souvent, et tu lui fais des promesses. Personne ne la touchera comme on t'a touché toi, tu ne laisseras pas papa jouer avec elle comme il a fait avec ta vie. Elle est un cadeau qui t'a été offert, et tu prendras soin d'elle.

Kayoko, elle est le premier visage que tu peux toucher, sentir. Tu plonges tes doigts dans ses joues, tu presses tes lèvres sur son front. Sa peau est tendre, toute douce. Un jour, sans y réfléchir plus que ça, tu as demandé à Akisada pourquoi elle n'a pas les mêmes duretés sous la peau que toi, pourquoi elle n'est pas tendue comme ton visage. Il a répondu sèchement que c'est parce qu'elle est une fille, et que les filles sont plus douces que les garçons. Au fond de ses yeux, la même étincelle de colère familière que tu ne veux pas ranimer. Tu ne comprends pas pourquoi il ne veut pas en parler, et tu détournes la tête, avant d'avoir pu capter une étincelle de peur se glisser dans le courroux.

Et maintenant que tu as un point d'ancrage, chaque tournage loin de là devient un supplice de plus.

Mais cette fois-ci a été différente. L'homme qui ferme la porte t'as tendu un verre.
C'est chaud dans la gorge, ça fait mal à l'estomac, ça te tourne la tête, et tu ne comprends plus le monde autour de toi.

Cette fois-ci était un peu plus supportable que les autres.

Depuis, tu remarques ce détail auquel tu n'avais jamais fait gaffe, combien autour de toi l'alcool est si facile d'accès. Les placards, les frigos, sans surveillance et personne pour tout compter. Et il t'en faut peu, rien qui ne se remarque. Tu n'aimes même pas vraiment ça. Mais le sommeil arrive plus vite, le soir, et la mémoire mange les mauvais souvenirs. Le temps file sans que tu ne le remarques.

Si vite, que tu t'étonnes de voir Kayoko dire ses premiers mots, quand tu as l'impression que la semaine dernière à peine elle apprenait à marcher. Maintenant elle court dans le jardin avec toi, elle crie, elle vit comme tu n'as jamais pu vivre. Ça te rend plus heureux, de la voir comme ça. Du coin de l’œil parfois, tu peux déceler un sourire de Mitsukane. Il a convaincu Akisada de ne pas prendre de nounou pour elle, qu'il s'en occuperait vu qu'il était le vrai père. Tout pour le calmer, pour avoir la paix. Il avait conscience qu'elle aurait besoin de plus d'amour que tu n'as pu en avoir, qu'il lui donnerait ce qu'il pourrait. Tu ne saisis pas l'empathie de l'homme, ni qu'il en a autant pour toi. Mais il est le seul que tu tolères auprès d'elle. Tu ne laisses jamais l'autre seul avec ta sœur, tu accours au moindre éclat de voix à son encontre pour la récupérer, et tu commences avec une assurance qui te surprend à lui répondre avec la même furie entêtée.

T'es pas encore tout à fait un ado Yuu, mais il y a bien longtemps que tu aurais eu besoin de faire ta crise.

Tu grandis, et peu à peu ton visage commence à intéresser moins de contrats. Tu n'es plus cet enfant fantôme, tes rôles se diversifient, mais se font plus rares aussi. Ils sont remplacés par des tempêtes de frustration paternelle, de culpabilité autant que de courroux personnels. Et un sentiment que tu ne pensais pas ressentir un jour, l'injustice du désintérêt progressif. Les premières critiques. Le revers de la médaille. Tout ce que tu n'aurais jamais pu imaginer qui te fouette d'un coup, émotion contraire de se faire rejeter par toute l'industrie qui t'as broyé et que toi-même, tu as rejeté avant ça. Tu les hais, tous, mais tu ne peux t'empêcher de t'accrocher à ceux qui veulent encore de toi. Tu n'attends plus le soir pour boire les premières gorgées, tu les entames avant de tourner. Jamais trop, pour ne pas le transparaître devant la caméra, mais le rituel devient régulier.

Ça fait longtemps que tu te sens crevé, après tout.

Tu commences à peine à percevoir le gouffre béant que tu peines à emplir.
Que tu as au fond de toi, si vaste, qu'il te dévore peu à peu pour prendre ta place.

Yuu, tu es cette cavité creuse.

Qui se promet de ne pas montrer ses faiblesses de l'ivresse, mais qui peu à peu l'attise sans s'en rendre compte. Ils ne disent rien autour de toi, ferment les yeux comme ils l'ont toujours fait, continuent de faire tourner la caméra tant que tu te tiens droit. Ça a duré un temps, deux temps, jusqu'à cette fois là. Un geste bien trop brusqué, un décor mal accroché, un acteur qui tombe deux mètres plus bas. Tu n'es même pas désolé. Ils t'ont renvoyé dans ta loge, c'est ton père qui est venu te chercher. Tu savais qu'un jour ça finirait par arriver, tu serais presque étonné avec le recul qu'il ai attendu tes seize ans, mais pour la première fois il lève la main sur toi. Il aurait peut-être du le faire avant -ou jamais- car ta colère explose avec lui. Vous vous battez, tu finis au sol la bouche en sang, vomissant l'alcool ingurgité.

Ce fut la dernière fois que l'on t'appela pour un tournage.
Ils n'ont plus rien à prendre de toi, c'est terminé. La suite logique, lorsque tu ne faisais déjà plus les têtes d'affiche. C'est la fin de cette célébrité précoce, dans l'amertume, les regrets, et la vague de haine qui secoue le foyer. Akisada te rend au centuple tous les efforts qu'il a tenté pour te faire garder la face, essayer d'étouffer l'affaire, que rien ne s'ébruite et ne risque de finir en cure forcée de désintoxication. C'est l'honneur de la famille, l'image des Komeiji. Tes libertés deviennent encore plus restreintes que celles de Mitsukane. Tu te retrouves enfermé chez toi, ne voyant de l'extérieur que de rares personnes, ton prof particulier en premier, un médecin en second. Faible tentative pour te faire tenter d'arrêter tes excès. Ça marchera, peut-être, pour un temps, retarder quelque peu la replonge. Elle arrivera, probablement. Tu n'écoutes personne. Sauf Kayoko, tu as toujours du temps pour elle, la seule personne que tu aimes. Elle entre en primaire, elle te raconte avec des phrases maladroites ses journées, et tu ne la lâches plus une fois rentrée. C'est à elle que tu racontes les histoires que tu écris, pour l'aider à dormir. Et tu lui pinces les joues, tu lui baises le front. Tu touches tes pommettes dures.

Un soir, Mitsukane est entré pendant que tu la berçais, endormie. Tu as fini par comprendre que lorsqu'il fait ça, c'est qu'il se cache de l'autre pour te dire des choses que tu ne sais pas. Tu ne comprends toujours pas pourquoi il fait ça, aucun lien ne vous unit, tu n'as jamais cherché à en tisser. Aveugle aux signes qu'il a envoyé pour tenter de communiquer. Il plie silencieusement les petites robes pour les ranger, n'ose pas se tourner dans votre direction. Elle est tellement jolie quand elle dort. C'est peut-être plus simple de ne pas se regarder. Elle te ressemble plus qu'à moi. Sais-tu si tu ressembles plus à ta mère ou à ton père ? Il a quitté avant d'avoir une réponse, à vrai dire il s'en moque, t'indique à demi-mot que c'est à toi-même qu'il faut l'apporter. Il toque à la porte de ton inconscient qui s'est toujours posé toutes ces questions. Pourquoi la fureur du père, pourquoi ses réponses évasives, pourquoi ton étrangeté.

Les mois qui suivirent furent longs, ceux où tu te transforment en faux garçon sage. Tu insistes pour passer ta dernière année de lycée dans un établissement privé, tu lui parles de l'école de journalisme que tu aimerais intégrer plus tard, du cursus de langue que tu veux compléter. Et, avec tout le dégoût ravalé au fond de la gorge, tu lui présentes certains de tes écrits. Les mauvaises herbes de ton jardin secret -il n'y a que ta sœur qui peut y entrer, après tout- que tu lui rédiges, car tu sais que tes mots, en venant jusqu'à lui, ne sont traduits qu'en chiffres. Il s'enorgueillit de sa plume qu'il t'aurait finalement transmis. Sa garde se relâche, tout comme tu l'as prévu, il ne peut pas te contenir éternellement.

Neuf ans depuis la dernière fois, tu retournes enfin à l'école.

Tout est pareil, tout est différent. Tout le monde te connait, personne ne te connait. Les cours t'intéressent peu, les meilleurs enseignants étaient déjà venus chez toi avant, veillant à ce que tu ne souffres d'aucun retard, aucune lacune. Mais la masse grouillante d'adolescents autour de toi te fascine. Ils t'écoutent, cherchent ton attention, les filles t'observent de loin et les garçons n'osent pas te dire quoi que ce soit. Ils sont si aisément malléables, ta table devient celle d'un Roi et de ses sujets. C'est facile, tellement facile. Si facile de les utiliser... de les toucher, eux aussi. Tu l'as vite remarqué. Il suffit de charmer, un peu, savoir faire semblant. Tu l'as fait toute ta vie. Des œillades, un mot doux lâché comme une friandise, tu abandonnes un temps pour les voir revenir te chercher, et tu appâtes vers un couloir vide quand tu sais qu'on ne peut plus rien te refuser. Tu flattes, promets le secret, et tu deviens leur chance.

C'est comme ça qu'on glisse d'une addiction à l'autre, tu sais, Yuu.

Tu sais exactement ce que tu veux enterrer au fond de toi. La seule chose qui reste, c'est cette énigme que Mitsukane a posé. Tu as beaucoup réfléchi à ce qu'il a voulu dire, avec toute ton aversion amère tu as pensé à ta génitrice, qui elle pouvait être. Le vieux a simplement dit qu'elle ne voulait pas de toi, ni de vie de famille. T'es plus le gamin naïf qui croit tout ce qu'il lui dit, et tu as fait des recherches, tu as retourné des vieux papiers. Sans évidemment aucune trace d'un quelconque livret de famille. L'idée t'est enfin venue lorsque tu t'es souvenu qu'il avait précisé qu'elle était partie juste après l'accouchement, le seul lien qui te reste d'elle est son passage à ta clinique de naissance. Quelques soirs plus tard, toujours attendre le bon, cette fois-ci c'est toi qui toque à la porte pour voir Mitsukane. Tu lui tends un papier en murmurant que tu as besoin d'une autorisation parentale.

Le lendemain, tu tenais ton dossier médical complet entre tes mains.

Il n'y a pas son nom dedans, mais à partir de là, tu t'en foutais. Fixant une liste de modifications aussi vieilles que toi, dont tu ne t'es jamais douté. Les ongles qui s'enfoncent dans la peau de ton visage, un cri qui meurt dans ta gorge avant de pouvoir sortir. La nausée s'y mêle, tu es obligé de les ravaler.

Et tu découvres enfin la véritable signification de la haine.

Tu ne peux rien lui dire, tu ne peux pas le confronter. Et dans tes perditions, tu ne peux que rediriger cette fureur vers l'homme qui t'a poussé à découvrir ce secret. Sa patience résignée ne t'en veux même pas, et ça t'enrage d'autant plus.

Encore une fois, cette impression d'impuissance acide, rien n'est à toi, on t'a dépossédé de tout. Innocence bafouée, enfance volée, identité mensongère, croyances détruites.
Ta seule véritable accroche à la réalité reste Kayoko, tu restes pour elle, pour toujours la protéger. A mesure qu'elle grandit, les yeux du père se posent plus souvent sur elle, curieux. Comme à leur habitude, ils comptent. Qui de l'appât du gain ou de sa honte à la présenter affiliée à lui l'emporte, difficile à dire. Face à lui tu serres le poing, regard bouillonnant. C'est lui qui maintenant, commence à apprendre à se méfier de toi, et il ne dit rien, recommence à préparer ses plans en silence. Et lorsque tu te retrouves seul avec elle, tu lui parles d'autant plus. Il n'y a pas beaucoup à pousser pour l'inciter à rejeter tout ce que le paternel lui fera, lui apprendre à se méfier de lui, lui rappeler que tu es le seul en qui elle peut avoir confiance ici. Son esprit mutin s'est développé bien avant le tien, t'as toujours été fier d'elle. Tu l'aimes, ta Kayoko. Tu l'aimes comme t'aimes personne d'autre. À tes yeux, elle a déjà la grandeur de toutes les déités. C'est pour elle que tu subis.

Jusqu'à la majorité. Jusqu'à être diplômé. Pour la première fois de ta vie aussi, tu réfléchis à tes plans d'avenir. Tu as enfin pu récupérer et bloquer ton compte en banque, avec une bonne partie de tes anciens cachets. Tu ne sais même pas combien l'autre a ponctionné, probablement plus que tu ne peux imaginer. L'éventualité folle d'un procès t'a effleuré l'esprit, mais tu as bien trop à perdre -ta sœur, la première cible- pour t'y risquer. Tu as encore besoin d'Akisada, de son nom, son réseau. Même si maintenant, avant lui, tu veux avant tout penser à toi. Ta plume s'acère, s'habille de prose, se met en forme par le cynisme. Elle suinte, poisseuse, parfois pornographique. Tes mots sont crus. Prennent lentement forme et s'alignent sous une reliure. Pour finir comme étant ta première véritable fierté personnelle, un recueil de nouvelles. Frontière ténue entre la fiction et l'autobiographie, flirtant avec le plus sombre et métaphorique fantastique. Et l'autre connait les éditeurs, ceux qui peuvent le mettre en avant, l'adresse des émissions qui se chargeront de le présenter.

Un premier essai... presque décevant, pour toi.
Une chance inespérée qui se serait accomplie, pour le commun des mortels.

Rien d'assez satisfaisant à tes yeux. Ton nom a attisé plus de curiosité que de véritable intérêt, encore rattaché à ta carrière d'acteur dont tu veux t'arracher. Les premières critiques sont là, beaucoup surprises, certaines choquées, aucune indifférente. La plus importante, celle de Kayoko qui te dit qu'elle est fière de toi, qu'elle a volé un exemplaire pour le lire en cachette, et que même si elle n'a pas tout compris et que c'est parfois dégueu, elle te dit que tu y arriveras.
Ton étoile. Ta Princesse.

Lorsque tes horaires te le permettent, c'est toi qui va la chercher après les cours au collège. Tu ne vis plus vraiment encore à la maison, alors le peu de temps restant lui est entièrement dévoué. Tu jettes un œil aux élèves qui sortent avec elle, observes les visages à ses côtés et les attitudes envers elle. Parfois elle est contente de te voir, d'autres fois elle te dit qu'elle aurait voulu rentrer avec ses amis. Ça t'irrite. Parce que tu sais pas ce que c'est, qu'avoir des amis, et à tes yeux nulle relation ne devrait être plus importante que la vôtre. Tu accuses silencieusement son âge, elle se moque de toi, et d'un coup tout lui est pardonné. Tu lui demandes comment s'est passé sa journée, capable de l'écouter parler durant des heures. Ce ne sont pas les tiennes que tu lui raconteras, hein, Yuu.

Que peux-tu réellement lui dire, après tout. Car si le lycée était ton premier brouillon, l'université est un véritable tourbillon que tu mènes les doigts en éventail. Il y a longtemps que t'es retombé dans l'alcool, est-ce réellement étonnant, et le tabac s'y est mêlé depuis un moment. Avec même pour nouveauté une trace blanche dans le nez. Les soirées étudiantes comme un plateau d'argent qui te sert le poison de ta vie en quantité illimitée. Tu t'en abreuves jusqu'à la dernière goutte, goûtes la véritable chaleur d'un corps, de plusieurs corps, de tous ceux qui t'intéressent, et ils sont nombreux. Tu rattrapes avec la volonté du lièvre tes dix-sept premières années de perdues. Tu sens l'indécence, respires l'impudence, te nourris de la fascination de ton cercle de fidèles pour leur en abreuver. Il était évident qu'un Komeiji en école de journalisme serait comme chez lui. Beaucoup d'entre eux vendraient leur vie pour travailler pour son magasine. Et toi tu découvres et savoures pour la première fois le pouvoir et l'ascendant sur autrui.

Tu ne subis plus, tu prends.

Et de toutes ces calamités que tu sèmes autant que tu récoltes, coule goutte à goutte de la pointe de ton stylo ta deuxième œuvre. Plus longue que le précédent essai, mieux structuré, tu commences réellement à te trouver. Tu soignes la communication aussi, promettant à l'avance une sortie pour fêter le diplôme que tu décrocheras dans quelques mois. Déjà certain de l'avoir en poche, aucun doute dans ton assurance. Tu veux casser l'image de l'enfant star par une toute nouvelle qui marque, balaye les souffles, envoûte autant qu'elle rebute.

Cette journée fut le pinacle de ta vie.
Et tous tes souhaits se réalisent.

Les ventes s'envolent sans que tu ne puisses les compter, les séances de dédicaces sont fermées avant qu'ils ne puissent tous passer, tes réseaux sociaux éclatent, des curieux aux fascinés. Tout n'est qu'image, encore, toujours. Tu multiplies les séances photographie pour mieux l'alimenter, chaque nouvel abonné comme potentiel lecteur. Cercle de popularité, spirale d'adulation, icône trash qui dérange. Tu veux t'affranchir de l'ombre d'Akisada, pensant pouvoir enfin voguer par toi-même. Couler par toi-même. Maintenant, c'est toi qui ferme la porte, celle de ton vaste appartement. Et tout ce qui se cache derrière est un petit secret qui ne s'ébruite qu'en rumeurs que tu aimes parfois démentir lorsque ton sourire confirme. Il y a les habitués, ceux qui te suivent reçoivent une invitation glissée entre deux dédicaces où en message privé, et toi au centre qui te délectes du buffet que tu t'es toi-même offert.

Parfois, des week-ends entiers sont dérobés à ta mémoire, n'en restent qu'une successions d'images et de sensations, tu perds sens du temps, de la réalité, de l'espace autour de toi. Tu te laisses chuter dans ce puit sans fond, agrippant dans ta chute toute personne s'approchant de toi. L'impression de tomber à l'envers alors que tu te sens au plus haut. Les semaines passent, et les mois avec, dans l'ivresse poisseuse des excès. Plus rien n'a d'importance sinon toi-même, et tout ce que tu peux dilapider.

Jusqu'au coup de fil, une voix anxieuse qui t'appelle, te demande de rentrer.

Couperet qui lâche brusquement au dessus de ta tête. Tu as passé deux ans à revenir erratiquement à la maison, n'ayant aussi plus le temps, oubliant, d'appeler Kayoko comme tu le faisais au départ. Le temps ne s'est pas figé pour elle, ni pour personne d'autre, mais ta vigilance s'est lâchement relâchée. Depuis elle a grandit, prête à intégrer le lycée. Le géniteur lui a promis une école de doublage, une carrière de Seiyuu, un futur d'idole. Tu les connais, les promesses de ton père, elles ont valeur d'ordre immuable. Tu vois rouge, Yuu, comme jamais. Tu aurais pu arracher la portée d'entrée pour entrer et le rejoindre. Tu pensais lui parler, faire tout pour l'en empêcher, mais à la place tu l'as saisi par le col pour l'étrangler à moitié contre le mur. Toutes les années de rancœur qui éclatent en même temps, tu hurles, tu retrouves ton poing enfoncé dans sa face. Jusqu'à ce que deux mains douces te saisissent pour t'arrêter. Tu ne vois pas la peur dans les yeux clairs, trop obsédé par ta haine. Il ne la touchera pas. Il ne fera pas ce qu'il veut de sa vie, pas comme pour toi. Elle est pas à lui, il a pas le droit. Tu ne crois plus aux mensonges, tu sais qui il est. Tu sais qui tu es toi-même. Tes cris exhortés s'enchaînent, déversent tout le poison que ton fiel a accumulé, les sujets et paroles t'échappent. Gaijin. Le mot est dit. Tu ne comptais pas en parler, et tu n'as pas le temps d'être surpris par toi-même qu'une violente douleur t'accroche la mâchoire, le ventre, le dos. Tu l'as traité de gaijin, et tu ne vois même pas quelle décoration il a attrapé pour te rosser. Un cri aigu dans ton dos te fait l'attraper par le bassin pour le plaquer. Kayoko pleure, vous supplie d'arrêter, tu ne l'entends pas. Le temps passe, aussi rapide qu'il semble long, cinq minutes comme cinq heures à vous frapper et vous insulter.

Tu craches au sol. Tu ne seras plus jamais le jouet d'Akisada.

Il rit du jour où tu reviendras le supplier.

Tu n'avais besoin que de cet électrochoc pour te remémorer la liste de ton dossier médical. Tu ne peux plus voir ton visage, tu te dégoûtes, évites le moindre miroir. Maintenant que tu lui as tout déballé, il n'y a plus rien pour t'arrêter, après tout. Encore une fois, cette impression tenace de vouloir rattraper le temps. Tu t'es excusé auprès de Kayoko, tu as tout fait pour lui demander son pardon. Tu lui racontes enfin aussi, tout ce que tu sais. Sur lui, sur elle, sur toi. Elle te dit qu'elle s'en doutait. Qu'elle est bien plus souvent restée avec Mitsukane. Pointe de reproche dans sa voix, silence de la tienne. Tu ne t'es jamais excusé auprès de lui, tu ne l'as jamais remercié. C'est à elle que tu le fais encore, inlassablement, la tête baissée dans ses bras.

Tu lui dis de venir habiter avec toi. Elle refuse, tu insistes. Rien ne pourrait plus te briser que de la savoir encore effrayée par toi. Tu lui promets de faire des efforts, que pour elle, tu pourrais être quelqu'un de mieux. Elle te rappelle qu'elle est mineure, que tu as aucune autorité légale sur elle. Tu trouveras une solution, s'il le faut. Elle te dit qu'elle ne veut pas non plus quitter Mitsukane, qu'il l'aide. Longue discussion à cœur ouvert, où tu ne tentes plus de te cacher. Tu lui dis que tu as besoin d'elle, aussi. Et surtout, tu lui fais une vraie promesse, celle d'arrêter pour elle l'alcool et les écarts. Sa voix se fait toute douce, un instant. Elle accepte de passer de temps en temps pour t'y aider.

Elle est ton amour, elle est ton pilier.

Ça a commencé doucement, au départ, elle t'accompagnait à la clinique pour les rendez-vous avec de nombreux chirurgiens et généticiens. Elle voulait te voir changer, peut-être même qu'elle y croyait, et elle t'a poussé à entreprendre jusqu'au bout l'idée de toi-même te retrouver. Elle te disait que tu pouvais redevenir celui que tu aurais pu être sans le père. Des prothèses sont glissées, les cheveux décolorés. Ton visage prend forme, ils le découpent, le réarrangent, lui donnent de nouveaux angles. Elle finit par rester certains week-end, quelques soirs de convalescence.

Aujourd'hui, tu ne te rappelles même plus du premier sevrage forcé qu'Akisada t'avait imposé. Ce n'est pas non plus ta première cure, ton corps t'a déjà supplié plus d'une fois d'arrêter les excès. Tu les suivais comme des pauses ponctuelles, et le médecin n'est plus surpris de te revoir venir. Et s'il doute de la sincérité de cette fois-là, il n'en laisse pourtant rien paraître. Kayoko est ton seul jeton de sobriété. Peu à peu elle reste, s'installe, te surveille et t'encourage. Elle fuit la maison autant qu'elle aide, t'explique que Mitsukane commence aussi à répondre à l'autre pour la laisser vivre et te rejoindre.

Étrange période de ta vie qu'est celle-ci. Tu hurles tes manques et la douleur des cicatrices lorsqu'elle n'est pas là, te masques et t'apaises à ses côtés. Tu ne vois presque plus qu'elle, refusant de sortir ou te dévoiler alors que tu te transformes. Tu publies de plus anciennes photos restées inédites sur tes réseaux pour faire écran de fumée, tu payes des prostituées anonymes et silencieuses pour compagnie, et tu caches tout lorsque ta soeur revient. Tu écris aussi, prépares déjà ton retour. Physiquement, tout était bientôt terminé. Les yeux sont débridés, tu étais prêt à passer sous le laser.

Un hurlement a tout coupé.

Ils t'avaient prévenu que ce n'était pas aussi aisé de revenir en arrière sur de telles modifications, tu n'avais pas voulu les écouter. Ils ont fait ce qu'ils ont pu, ils ont tenté, mais ta rétine n'a pas supporté. Brûlure à vif, et si elle a pu retrouver sa couleur, elle est devenue presque aveugle. Les antidouleurs ne suffisent pas, les migraines te prennent, tu te raccrochent aux seules mains qui puissent te soulager. Elle rigole, légèrement, que peut-on faire d'autre dans ces moments, en te disant que de toute façon vous ne vous ressemblez déjà qu'à moitié.  Tu aurais pu flancher sans elle, rechuter, te laisser aspirer une nouvelle fois. Mais elle use son énergie pour toi. Elle te hisse à la surface pour te permettre de respirer, te donne la force à suivre une rééducation.
Tu voudrais vivre toute ta vie ainsi, juste avec elle, et contre le monde.

Les premières photos commencent à fuiter. Tu ne te montres pas entièrement, juste de quoi faire naître les premières rumeurs. Tu choisis les quelques rares médias pour te voir en avant-première, ceux qui auront l'honneur d'annoncer ton retour après trois ans caché à rester discret. Le jour de la sortie de ton nouveau livre, tu fais ta première réapparition publique. Un scandale. Tu fais la une de tous les magasines, sauf celui qui porte ton nom. Ils te traitent de fou, d'extravagant, d'artiste, quand certains parlent de coup de pub grossier, d'autres saluent la juste continuité de ton univers désaxé. Ils veulent s'arracher les interviews, décortiquer ta vie pour comprendre. Et tu te ris de ton public, créant une nouvelle histoire à chaque question. Aucune déclaration sur Akisada Komeiji n'a été faite.
Tu y as songé, un moment, avant de trancher qu'il ne fallait le provoquer plus que ça. Tu as conscience que si tu es encore ici aujourd'hui, c'est aussi parce qu'il veut bien te laisser ces portes ouvertes. Personne ne connait votre relation, et tu nieras publiquement autant que lui le sang gaijin qui coule dans vos veines. Tu préfères trouver bien plus d'intérêt en étoffant ton image de mystères et de lubies, ta vie t'appartient maintenant, elle n'est plus offerte sur un plateau à n'importe qui.

Hé, tu te connais Yuu, tu sais tes travers. Et que dire lorsque tu te retrouves à nouveau au centre des intérêts ? Cette fois-ci se mêle encore plus de curiosité, d'attrait pour la nouveauté, et tu les vois à nouveaux, tous, qui s'offrent à toi, s'arrachent ton insatiable lubricité. Et tu veux te retrouver après cette longue apnée aux draps vides, décharger toutes ces douleurs contenues. Mais certaines choses ne sont pas compatibles entre elles.

T'as voulu faire concorder les deux emplois du temps de tes vies insolubles.
Mais Kayoko a fini par rentrer un jour plus tôt que prévu.
Ça devait bien arriver à un moment, tu crois pas Yuu ?

T'as seulement pu enfermer dans la chambre les deux corps encore endormis pour qu'elle ne tombe pas dessus, mais le reste de l'endroit est une vaste scène de crime. T'as pas besoin de sortir le moindre mot pour qu'elle remarque ton intense gueule de bois, elle a pas besoin d'en rajouter pour que tu saisisses la peine et la déception dans ses yeux. Elle secoue la tête, pose ta clef sur une table, se frotte la main de dégoût en constatant avoir touché une trace poisseuse d'alcool et de poudre blanche. Elle ne peut plus, elle ne veut plus. T'es pas sain pour elle, et elle n'a plus l'énergie à hisser un poids mort qui ne veut pas être redressé. Elle ne parle pas, mais tu l'entends penser. À la place, elle te dit qu'elle a réussi à décrocher son permis. Le permis poids lourd qu'elle a passé dans le dos d'Akisada avec ton aide et celle de Mitsukane. Elle voulait te raconter sa réaction quand elle lui a annoncé qu'elle quittait l'école de merde où il l'a inscrite pour se barrer à son tour. Maintenant, c'est aussi de chez toi qu'elle se casse. Elle te promet de repasser, à l'occasion, entre deux trajets.

Le bruit de la porte qu'elle claque résonne dans le creux de ton cœur.

T'as perdu ton dernier garde-fou, ton accroche à la réalité, la dernière lueur d'un phare embrumé. Plus rien ne te freine réellement, et toutes les colères que tu contenais se déversent en calamités. Tu veux faire mal. Tu veux qu'on te fasse du mal. Tu veux t'en faire, encore et toujours. À trente ans comme à douze ans tu es resté le même, empirant même avec le temps. Affamé du bonheur, tu te repais de joie factice et éphémère. Et tu brises d'autant plus tout autour de toi, que le monde soit à ton image. T'as rien demandé, t'as rien mérité, alors eux non plus n'ont aucune raison d'un traitement de faveur. T'as toujours pas changé Yuu, la seule différence, c'est que maintenant tu le fais consciemment.
T'as encore pu tenir encore un an, comme ça.

Jusqu'à l'arrivée de la lettre.

Elle n'est pas rose, celle-ci.

En noir sur blanc, une convocation par le tribunal. Tu la fixes longtemps. Tu ne sais même pas pour quoi on pourrait t'accuser, du moins, pourquoi exactement. T'en as fait tellement que tu ne saurais dire. Tu joins ton avocat, passes des coups de fil, déjà prêt à verser le moindre pot-de-vin. Les lignes chauffent, les rumeurs circulent vite, et bientôt la nouvelle tombe.
Chantage, parce que toi aussi, t'as le pouvoir de briser n'importe quelle réputation et n'importe quelle vie. Tu le sais, et tu t'en sers depuis longtemps. Bien que les plus conciliants ne rechignent pas à courber l'échine, tu te dois de parfois le rappeler.
Menace, parce que tes paroles sont un venin que tu verses sans filtre, et qu'elles prophétisent tout ce que tu es capable de faire.
Agression sexuelle, parce vient toujours le moment où tu te sers, tu récupères ce que tu es venu chercher depuis le début. Dans la violence, comme on te l'a toujours appris. Cette phrase qui résonne en toi, c'est ce qu'on fait lorsqu'on veut réussir. On t'a laissé certaines clefs des portes qui mènent à la popularité, tu récoltes le paiement de passage.

Seul le bruit de tes ongles impatients qui roulent sur la table en écho perturbe le silence de la salle froide qui t'accueille pour la garde à vue. Tu attends l'homme censé te défendre en réprimant les bruits de bouche réprobateurs qui te viennent à chaque minute qui passe. Quand la porte s'ouvre, tu te lèves à moitié, te figes, les prunelles qui se dilatent sous la surprise.

Akisada Komeiji se tient devant toi, un demi sourire aux lèvres.

Tu voudrais éclater de rage. Les jointures de tes doigts blanchissent, la mâchoire se crispe. Il a attendu toutes ces années pour se pointer à nouveau. Avec la sûreté et la suffisance de l'arrogance. Il te dit qu'il a renvoyé ton incompétent d'avocat pour venir à la place, et qu'il ne te laisserait plus partir en roue libre et souiller le nom de votre famille. Il en connait un autre, bien plus adapté à ce genre de cas-là, qui en a sauvé des bien plus pourris que toi. Les premières rumeurs à la presse commencent à se faire entendre, il a réagi bien plus vite et efficacement que tu n'aurais pu l'imaginer. C'est là, que tu reconnais bien ton père, ce bâtard au carnet d'adresse épais comme son bras est long, veillant à ce que tu n'accèdes qu'aux premières pages de celui-ci et être sûr de garder le contrôle sur ta vie. La certitude de garder cette longueur d'avance sur toi. Que peux-tu faire d'autre, sinon accepter ?

Un nouvel homme entre, se présente comme celui qui reprend l'affaire. Il a déjà ton dossier, t'expose ce que tu savais déjà, rajoute des choses que tu ignorais totalement. Il te parle d'une procureuse mise sur le coup encore peu expérimentée, Fuku- Fuyu... quelque chose, l'air méprisant, signifiant qu'elle n'est pas grand chose pour lui mais une opportunité pour toi de t'en sortir. Il t'expose un véritable plan de bataille. Tu comprends peu à peu dans ses paroles qu'il n'est pas là pour défendre ton innocence -qui pourrait prouver l'existence de l'inexistant- mais qu'il compte briser tout ce qui a été mis en place pour t'attaquer. Et ta confiance en ses capacités enfle doucement, tu l'écoutes, prends en note, tu prépares tes mots à l'avance lorsqu'on viendra t'interroger. Le plan se dessine en même temps que le sourire sur tes lèvres fines.

Les semaines qui suivent, un nouveau témoin vient s'ajouter à la liste. Il raconte qu'il était là à cette soirée, qu'il a vu celle qui t'accuses à de nombreuses autres avant, cherchant ton attention, tes faveurs. Que ce soir là n'était pas différent, qu'elle riait encore en sortant de la chambre.

Et puis on indique que les enregistrements ne correspondent pas, que les dates se contredisent, remise en cause de leur validité exigée.

On fouille son passé, on cherche les failles, et le jour du procès sa vie privée est déballée. Regardez cette arriviste, observez comme elle se met en avant et semble prête à tout pour réussir.

En sortant du tribunal, tu souris aux caméras avec un salut chaleureux. Tu clames une histoire de vengeance cruelle, de tentative de diffamation en soulevant la possibilité d'une éventuelle plainte en retour. Tu sais pourtant au fond, que tu n'en auras pas besoin. T'as été acquitté, c'est tout ce qui compte à tes yeux, et surtout aux leurs. Les gens recommenceront à te défendre, à s'en foutre, et mieux, finiront bientôt par l'oublier. Petite tâche sombre que tu caches sous le tapis. Ta réputation est la plus importante, et si le juge va en son sens, ils recommenceront à la révérer.

Le soir, tu rentres à la maison familiale. Mitsukane a l'air d'être content de te revoir, un peu. Une lueur légèrement triste dans le regard, comme une déception qu'il tenterait de masquer. Pourtant il ne dit rien, te laisse bientôt seul avec ton père. Tu y as déjà réfléchi longuement, avant qu'il ne te dise ce qu'il s'apprête à te proposer. Tu écris régulièrement pour des revues satiriques, politiques, et certaines ont préféré arrêter de te publier depuis l'annonce de ta mise en cause. Il y aura probablement celles qui maintiendront leur position, d'autres qui te rappelleront. Tu les emmerdes, toutes. Alors t'es pas surpris quand Akisada te demande de rejoindre enfin la rédaction du magasine Komei, à la place qu'il t'a réservé depuis longtemps. Après tout tu restes son fils, et tout ça finira par entièrement t'appartenir. Lui commence à se faire vieux, ne peut plus autant le gérer qu'avant. Il sait que tu n'as pas le choix, tu sais que lui non plus. Jamais il ne confierait son véritable bébé à qui que ce soit d'autre.

Alors t'as accepté.
La haine n'a jamais été distillée de sa moindre goutte, mais t'as accepté.

Il n'a fallu que deux jours avant que la porte de chez toi ne cogne dans un bruit de colère et de furie. Tu ouvres lentement, et un tonnerre s'engouffre dans le salon. Kayoko te surplombe de sa petite taille, te brûle d'un regard qui promet les enfers. Elle te demande si c'est vrai, tu secoues la tête. Une gifle te glace les veines. Elle a écumé chaque site, article, info te concernant pour pister l'affaire. Et maintenant, tu travailles avec papa. Il n'y a pas de coïncidences, elle le sait, elle vous connait. Elle hurle que tu la dégoûtes, que tu vaux pas mieux que lui, elle crache sur les longs mois qu'elle a passé à vouloir faire quelque chose de toi, que t'es qu'une putain de cause perdue. Elle veut plus d'un père comme ça, mais plus du frère non plus. Ses poings s'abattent sur tes bras, ton torse, les larmes débordent et lui cassent la voix. T'as rien à lui dire, tu ne te souviens même plus des quelques phrases que t'as bafouillé entre ses cris pour tenter de te défendre, de toute façon elle n'a rien voulu entendre.

Ce jour-là, Kayoko a fait la meilleure chose qu'elle pouvait faire pour elle-même.
En claquant la porte, elle a décidé enfin de tous vous abandonner.

Tu ne l'as plus revue depuis.

Tu veux l'oublier, elle et ses mots, son geste, et pour une fois, tu te hais toi-même. C'est dommage pourtant Yuu, que ton seul réflexe pour réponse c'est encore de tout faire pour enterrer les seules émotions qui te permettraient une remise en question. Mais elle ne t'a pas quitté pour te ressaisir, et ses paroles n'étaient sûrement pas pour aller dans ce sens, non. Elle t'a dit qu'elle te laisse à ta merde, et c'est ce que tu fais.

Maintenant, la seule chose à laquelle te raccrocher, c'est ton bureau dans les locaux de Komei. Tu y croises Akisada bien moins souvent que tu ne le pensais. Ça t'arrange, il te laisse toi-même gérer officieusement une partie de l'équipe. Son aura pèse toujours sur ta nuque, il repasse toujours derrière toi, veille à ce que tout soit bien en ordre, selon son ordre. Tu laisses faire, ne dis rien. De toute manière tu connais son fonctionnement, tu sais qu'il a juste besoin de temps avant de se relâcher. Il n'a jamais été connu pour sa constance. Il suffit juste d'appâter lentement sa confiance. Et même s'il ne te laissera jamais le contrôle total tant qu'il sera encore vivant, la passation glisse doucement. Tu te fais lentement ta petite place de planqué, jusqu'à ce que tes habitudes puissent elles aussi revenir à leur rythme.

Il n'y a plus grand chose à présent, qui peut te détourner l'attention, te sortir de cette routine toujours aussi poisseuse. Il y a toujours autant de monde qui se pressent pour tes soirées, et maintenant aussi à ton bureau les journées. Tu as plus d'enjeux, plus de pouvoir, tu joues ce jeu. Plus rien ne t'intéresse. Même les affres de la nature, qui s'abattent sur la ville en immenses vagues. T'as gueulé sur la personne qui t'a rapporté avoir perdu la maquette du numéro du mois en même temps que sa maison. T'as harponné la femme de ménage pour qu'elle éponge les quelques flaques qui ont réussi à glisser jusqu'ici. T'as demandé à ton assistant d'écrire un message de condoléance sur tes réseaux sociaux.

La seule réaction censée a été de vérifier l'intégralité de ceux de ta sœur. T'as appris qu'elle n'est plus dans la capitale depuis longtemps, qu'elle a l'air de bien aller. T'as commencé à scroller les photos, lire les statuts, observer les noms qui interagissent souvent avec elle. Le lendemain, tu as fait la même chose. Le surlendemain aussi. Chaque soir, allongé seul en cherchant le sommeil, tu la regardes. Tu comprends qu'elle a repris d'autres études, qu'elle s'est mise à voyager dans le pays. Son grand sourire devant des paysages sublimes fait naître le tien. Elle te manque ta Kayoko, elle te manque à en crever. Tu ne peux plus que la regarder.

C'est tout ce qu'il en est de toi aujourd'hui. Les semaines, les mois, les années, tout se ressemble, tout est fade.

Une seule chose a réussi à relancer ton intérêt, lorsque tu as vu le message d'erreur sur les moniteurs. On ne t'a pas beaucoup vu, ce mois-là. T'as eu beaucoup à faire, à organiser. C'est des dizaines de nouveaux mets que tu peux goûter, tous ceux qui fuient leur mariage, qui veulent en profiter. Toi le premier.

Longue phase d'apnée que tu aurais pu continuer jusqu'à crever d'épuisement. Mais un appel t'a sorti de cette torpeur, de celui que tu attendais le moins. Mitsukane tente de te joindre, pour t'annoncer une nouvelle. Tu ne sais pas si elle est bonne ou mauvaise, tu n'as toujours pas choisi en dévalant les escaliers de la clinique. Essoufflé, le cœur sur le point d'exploser, tu entres en trombe dans une chambre pour te jeter contre la rembarde du lit que tu agrippes. Akisada est allongé, des tubes lui sortant de tous les endroits du corps, yeux fermés dans le sommeil lourd de la maladie. Tu le fixes, l'éternelle rancœur te broyant les tripes. Tu veux qu'il crève. Tu veux pas qu'il crève comme ça. Tu veux enfoncer cet oreiller sur son visage. Mais tu ne bouges pas. Pas même lorsque Mitsukane pose une main sur ton bras. Trop de souvenirs te remontent en tête, le ressentiment n'a fait que s'accroître au fil du temps, et tu ne sais comment réagir.

Le lendemain, tu n'as pas bougé non plus. Comme chaque jour à son chevet. Pour la première fois, tu le vois vraiment, tel qu'il est, homme vieillissant. Son état au stade qu'il présentait aurait été bien moins inquiétant avec une quinzaine d'années de moins.
Pourtant... il a pas voulu en crever. Il s'est accroché, inlassablement, alors que tu te voyais encore arracher ses perfusions.

Le même coup de poing du destin qui te décroche la gueule des mois plus tard, devant le journal. Tu avais entendu les rumeurs, tu as eu vent de ces personnes qui tentent de fuir le pays. Deux d'entre elles t'ont même demandé de l'aide, elle n'a pas réellement été gratuite. Elle a même du être bien plus coûteuse pour eux que ça n'aurait du. En lisant, tu comprends que bientôt, tu recevras toi aussi la nouvelle. Qu'elle ne voudra rien dire, que cet enfoiré sera encore et toujours en vie.

T'as fixé longtemps ton écran, en attendant de recevoir la notification. Elle n'en a pas été moins douloureuse.
Tu le hais Yuu, chaque jour un peu plus qu'un autre, même lorsque tu crois avoir atteint les sommets.

Et tu te promets de buter Akisada, avant un jour de crever toi.

— Just Married —

le Mar 24 Mar - 18:32
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Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Peut-être toi ? ♥
Autre: Avatars crédits à: Kinboloss, Carmine, Chiharu, Fu, Milo, Malva et Akihiko.
Jtm bg. ♥
Hâte hâte hâte éloge d'une ruine 1518348080
— Just Married —

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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Miyu ♥
Autre: Parle couramment anglais et japonais. Préfère qu'on l'appelle Noah que Motoki.
OOOOOOOOOH éloge d'une ruine 1503925550

Rebienvenue bb et j'suis impatiente de pouvoir lire ta fiche terminéééééée éloge d'une ruine 3488335006
— 渇いた叫び —

le Mar 24 Mar - 21:34
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le Mar 24 Mar - 22:41
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Je suis: neutre.
Époux/se : Katya Järvinen Bessho
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Et bien gamin... Une ruine ? Toi ? Qu'est ce que je dois dire de moi, dans ce cas ? Mhh ? Je ne vais pas te faire d'éloges...
Bienvenue à toi !
*Repart lentement en s'appuyant sur sa canne*
— Just Married —

le Mar 24 Mar - 23:03
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le Mar 24 Mar - 23:52
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le Mer 25 Mar - 11:09
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Je suis: neutre.
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le Mer 25 Mar - 17:49
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Je suis: neutre.
Époux/se : l'indécence
Autre:
oh Karmamour, j'ai hâte de faire du kayak avec toi éloge d'une ruine 1518348080

bwlbwlbwl Noah j'espère que ça te plaira ohlalala merci bb

Fu éloge d'une ruine 3303333686

Masao, c'est un autre type de ruine disons, merci et fais gaffe à ton tour de rein éloge d'une ruine 3182035657

Hanz je t'attends éloge d'une ruine 1266160259

♥ éloge d'une ruine 361633772 toujours présent, jtm

Simon éloge d'une ruine 2837215391

Merci pour vos petits messages d'encouragements, vous êtes le crack de ma pipe, le fromage de mes macaronis ♥
— Just Married —

le Mer 25 Mar - 18:03
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Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Temporaire
Autre: Reste Fuyuka dans le cadre professionnel
Oooh, recoucou toi éloge d'une ruine 3488335006 Ca y est, enfin je vais pouvoir te pouvoir faire une poupée voodoo à ton effigie et te maudire parmi tant d'autres ? éloge d'une ruine 2837215391 Bon courage pour finir ta fiche en tout cas éloge d'une ruine 2432113367 ♥
— Just Married —

le Sam 28 Mar - 10:48
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Mariée par l'esprit.
Autre:
Pouloulou o/

Je suis super fan de ce que je lis ! Bonne validation, et hâte de voir ce personnage parmi nous !

Izumi
— Just Married —

le Mar 31 Mar - 15:34
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : l'indécence
Autre:
Mais voyons mimi, tu sais très bien que je ne vous veux que du bien éloge d'une ruine 1266160259 ♥

Merci bbdragée, tant que tu valides j'ai besoin de rien de plus :relieved
Bien à toi, Yuu
— Just Married —

le Lun 6 Avr - 19:09
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : l'indécence
Autre:
J'aimerai demander maintenant mon étoile de délai svp, j'ai sous-estimé cette histoire je crois issou.
Merci d'avance ♥

éloge d'une ruine Sheraf
— STAFF JM —

— STAFF JM —
le Lun 6 Avr - 19:43
Messages postés : 5597
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Kiyohi Nanase
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Ajout d'une semaine complémentaire o/

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

éloge d'une ruine 4qQG8D4
Merci Lucci pour le kit éloge d'une ruine 1647638966

Spoiler:
Ce qu'ils ont dit ♥️:
[22:06:43] Luz E. Alvadaro : "Le RP plus une passion, une profession" "Makoto Nanase 2017"
éloge d'une ruine Ld7d
éloge d'une ruine BbNTuR8
Le plus beau compliment ♥️:
éloge d'une ruine Cn3Ckyx
éloge d'une ruine 1EPYLUw
éloge d'une ruine DfzeUm9


La famille ♥️:
Nanase's family:
éloge d'une ruine E9mgMerci à Aria ♥️

Game of Nanase et activité familiale:
éloge d'une ruine 3OXEfcUMerci à Driss ♥️

Merci Karlito ♥️:
éloge d'une ruine Ea0v9qn

Merci Oz ♥️:
éloge d'une ruine YqECw0j
— Just Married —

le Ven 10 Avr - 4:20
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Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : l'indécence
Autre:
je... pardon, je fais vraiment pas exprès, mais je vais avoir besoin de mettre ça là éloge d'une ruine 501520050

Physique
« Comme l'emballage d'un papier cadeau maintenant froissé et arraché...

Aujourd'hui, c'est le soleil qui décide de tes couleurs pour toi.

L'ombre d'une silhouette mince qui se détache de la réalité. Les mouvements de tes gestes assurés vers le ciel change toute la lumière de la scène. De tout Tokyo, peut-être. Le long de ta mâchoire brille le zénith, peau blanche et tirée, usée et fatiguée, qui ne retrouve son éclat qu'éclairée. Midi sonne sur une mèche plus claire qu'une autre, chevelure colorée par les saisons, du blond des épis d'été au roux des feuilles d'automne. Sur ton front plissé peine l'aurore, aux lueurs capturées par tes prunelles. L'une de miel et d'or, ton chaud et pupille dilatée prête à les capter. L'autre froide transperce altière d'un regard presque aveugle, un poignard dans l'âme, miroir de pluie.

Et de ces mouvements de soleil capricieux, tu changes le monde à tes convenances, ode à la lumière. Toute cette fantasque géométrie de ton être projette des reflets de vitraux, que tu foules sur bitume ou parquet. Tu veux briller. Tu te drapes et te déguises en astre, pour ne pas admettre que tu es Icare.

Jusqu'à ce que les costumes tombent. Chemises ou vestons, kimono ou pantalons droits, de la soie principalement qui te court sur le corps pour chuter. Et lorsque que les derniers éclats de poudre sont effacés, ne reste qu'une peau froide creusée par les cicatrices et nouée sur les muscles séchés. Tes écarts se dévoilent comme des stigmates. Tu ne peux plus vraiment le cacher, pas vrai Yuu ?

Non, bien sûr que non.

T'as laissé tomber cette idée le jour où tu t'es fait arracher la moitié de la gueule au bistouri.
La seule décision que tu aies prise pour te reposséder de toi. Il a disparu maintenant, le jeune Yuu qu'on voyait sur les écrans. Un Yuu aux cheveux noirs, aux yeux bridés, un Yuu au visage rond, qui n'aurait pu devenir si anguleux avec le temps. Lorsqu'on te croyait aussi japonais que ton nom. On ne peut le retrouver qu'à travers la pellicule qui l'a enfermé, mensonge cristallisé à jamais dans les mémoires.

Aujourd'hui n'en reste que les sécheresses. Tu clames d'une voix cassée, comme le sont tes gestes. Aura brute au parfum de danger, flamme dans un désert de neige brûlant ceux qui viennent s'y chauffer. Et chaque matin inlassablement, tu maquilles les cicatrices pour laisser derrière le mime habile une mine lisse et domptée. De nouveau tu transformes cet austère faciès en figure raffinée. Le visage est la tombe des ruines de ta vie dont tu en polis l'épitaphe pour ne plus exposer ces brèches.
Il te faudra bientôt rendre compte, le film poudreux ne suffira bientôt plus pour acquitter les écarts.
Le Roi Soleil ne brille plus que par sa couronne.

Caractère
... dont le présent abandonné depuis des années s'effrite sous la crasse accumulée. »

Tu étais beau ce matin, en marchant sur le parquet d'un plateau télé, aussi beau que pour une soirée. C'est qu'il faut savoir faire semblant pour les émissions enregistrées à l'avance. Et c'est tout ce que tu sais faire, semblant. C'est pour ça que tu es là. Tu ne te montres presque plus devant les caméras, sinon lorsque ta bibliographie est sur le point de s'agrandir. Il y a bien peu de raisons maintenant, qui te poussent à commettre un écart à la discrétion que tu tentes d'apporter à ta vie privée. Pour celle-ci, tu prépares tes poses, tu chronomètres tes sourires.

Et le monde te regarde.
Il te regarde comme il t'a toujours regardé.

Alors tu lui montres comme tu es beau. Il y a les mots qui coulent, fluides, les gestes qui happent et hypnotisent. Assis sur un fauteuil que tu prends pour trône, tu séduis une foule invisible. Tu sais jouer cette comédie. Aussi assuré et exubérant qu'au centre d'une soirée mondaine. On te remarque, Yuu. On te remarque et tu le sais. Ce n'est pas que tu aimes particulièrement ça, mais ça fait partie du jeu. Tu captes. Tu brilles. Tu appelles. C'est le jeu.
C'est le piège.

Dans ce contrat que tu as passé avec eux à la naissance, tu dois leur montrer l'arsenal de tes charmes. On salue la nonchalance derrière l'extravagance, le cynisme désabusé des mots crus que tu clames autant que tu les couches sur papier. Tu restes le même face à ton auditoire qu'avec toutes ces femmes et hommes avec qui tu bois en riant de vos conciliations. L'irréprochable et envié Yuu Komeiji, qui fascine et attire dans son univers épidermique. Qui encore après toutes ces années, soigne la moindre de ses apparitions publiques.

Après tout, c'est tout ce qui compte, l'image.

Et lorsqu'elle n'a plus tant besoin que tu flamboies, tu redeviens bien plus dur l'après-midi, une fois assis dans ton bureau. S'il n'y a aucun siège sur lequel tu ne te poses pas comme un roi, celui-ci est l'épicentre des griffes de ton pouvoir. Elles jaillissent tentaculaires, ronces et racines à la fois. Sans aucun tuteur ni garde-fou pour contenir leur étreinte empoisonnée. Une fois que les portes sont closes et les regards indiscrets éloignées, le tien se pose sévère, implacable miroir reflétant l'image de ce que tu es prêt à briser pour qu'on t'offre tout ce qui est exigé.

Parfois, on peut entendre les éclats glaçants d'une colère brûlante.

Mais les murs sont trop épais pour laisser passer les murmures doucereux susurrant qu'il faudra être très gentil avec toi.

Peut-être un rire, assez étouffé pour ne pas paraître faux. Sans qu'il ne signifie pour autant un meilleur signe.

Et ici aucun ne peut y échapper. Le magazine Komei, tour à tour épée et bouclier de ton narcissisme tyrannique. Il y a ceux qui veulent y écrire, jusque ceux qui y vendent leur corps et leur image. Tous finissent par être aussi dociles que les quelques malheureux qui, à l'inverse, se courbent par peur d'y apparaître. Le monde de Yuu Komeiji tourne ainsi. Et ils doivent être prêts à tordre le leur s'ils veulent avoir la possibilité de pouvoir y briller. Cet empire t'a été offert. Ta vie a été broyée pour lui. Aujourd'hui, tu peux broyer celle des autres.

Alors tu le fais.

Réservé jusque là, c'est ce soir que tu seras le plus sublime. Les talons qui claquent en tournant, et les bras qui se lèvent au centre de ton vaste salon pour saluer tes plus remarquables invités. Ils t'aiment, ils te veulent, et tu te baignes dans leur désir de briller à tes yeux. Leurs mains qui se posent sur toi, se remplissent d'alcool pour en verser dans les gorges. Les lumières deviennent floues, les couleurs se mêlent, les narines s'irritent. Tu ne comptes plus les bouches que tu as embrassé avant de trouver celle sur laquelle jeter ton dévolu. Plus petite qu'une autre, tendre et charnue. Une bouche que tu peux posséder pleinement et avaler, alors qu'un nuage de fumée couvre peu à peu son visage juvénile.

Et leurs ongles dans ton dos.

Leurs dents sur ta peau.

Le centre de leurs vies.

C'est une danse à la chorégraphie incisive, qui saisit, aux mouvements raides et poignants. Une création superbe et immédiate, un tableau que tu peins cent fois, que tu sublimes mille fois. Sanguin. Exalté. Déraisonné.
Ils t'emplissent alors que tu dévores.

Nourris toi de toute leur verve.

Car la nuit venue, les lumières s'éteignent pour ne pas voir comme tu es laid. Loin des reflets et réflexions, tu étouffes toute la sombre crasse de ton esprit aliéné. Les yeux fermés sur les cicatrices. Trop lucide sur toi-même pour encaisser, trop embrumé pour arrêter. Dans une course désespérée contre la puce, avec la peur qu'elle te rattrape et balaye ton monde d'un revers de main. Regarde toi Yuu, tu sais à peine marcher droit. Et chaque jour, il t'en faut un peu plus pour oublier celui qui vient de passer, et surtout, tous ceux qui reviennent te hanter. Il n'y en a jamais assez, assez pour te remplir, assez pour te faire ressentir, trou béant et vorace charriant les insanités.

Condamné à jamais à ne pouvoir être comblé. Le corps mort et l'âme en lambeaux, malédiction gravée pour prix. Et pour vivre comme un immortel, tu te dilapides et te vends un peu plus pour le payer. De ta vie. Tu crèverais pour ne pas mourir. Et tu te tues à petit feu pour que l'image de Yuu Komeiji te subsiste.

Oh, comme tu peux t'aimer Yuu,

et comme tu te hais.

♥ Kintaro je t'aime ! ♥

le Ven 10 Avr - 4:40
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le Ven 10 Avr - 9:03
éloge d'une ruine 3766924225
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— Just Married —

le Ven 10 Avr - 12:12
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Miskine j'ai trop hâte de te lire en entier jpp ! Je prépare ma tisane bb éloge d'une ruine 1620036270
— Just Married —

le Dim 12 Avr - 17:14
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EEEEEEEET c'est terminé éloge d'une ruine 2829859912
j'en peux littéralement plus, et on remarquera que plus le temps avance, plus les ellipses sont présentes jpp

Ceci dit je réitère l'avertissement en début de fiche, il y a pas mal de sujets lourds même si j'ai évité d'aller dans les détails.
et dsl aussi pour le code cassé, j'ai essayé de faire des trucs mais ça fait qu'empirer à chaque fois éloge d'une ruine 3182035657

Merci d'avance à ceux qui auront tout lu, et à celui qui fera la correction, jvm ♥
— Just Married —

le Lun 13 Avr - 23:01
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Époux/se : Jasminoux ♥
Autre: Je suis plus souvent connecté sur Renji, si vous me MP, un peu de patience SVP ♥
Et bien, rebienvenue et cette longuuuuuuuuuuuuuueur éloge d'une ruine 1518348080 Intéressant ~
— MODÉRATEUR FICHE —

le Mer 15 Avr - 12:35
Messages postés : 423
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Autre: cause en #CC6666. Bosse chez un fleuriste. Aussi menteur que mignon. Aime le rose. Et les lapins. Et aimer, tout simplement.
Modération de fiche

Salut éloge d'une ruine 4158426957 j'ai tardé, mais me v'là-

Introduction
Tu devrais faire tes fiches plus longues éloge d'une ruine 367806265 et trois posts au lieu de deux btw.
Sans forcément mettre un pays, il faudrait la nationalité de la mère ! Le continent suffit.

Histoire


Les modifs physiques sur Yuu sont trop nombreuses. Déjà sur un bébé/bambin c'est chaud quand c'est juste pour modifier ses traits, mais là y'en a un gros paquet. Le pauvre Yuu, jsp comment il fait pour avoir un visage structuré aujourd'hui éloge d'une ruine 3912395661 Si de toutes façons la mère n'est pas Japonaise, y'a déjà moins de boulot à faire. En plus, la manip génétique avant la naissance peut aider. Un coup de bistouri quand il est moins jeune, voire deux, ça va. Mais là y'a la dose-

Si je comprends bien, Yuu buvait le soir pour mieux dormir alors qu'il n'était même pas ado encore ? C'est pas un peu too much ? éloge d'une ruine 517494357 Surtout s'il continue en grandissant-

Il manque les mentions des Incontrôlables, de Shukumei, le bug de l'Incontestable (et encore je suis pas sûre, c'est bien ce que tu voulais dire à "Une seule chose a réussi à relancer ton intérêt, lorsque tu as vu le message d'erreur sur les moniteurs." non ?) et l'épidémie !

Caractère

RAS

Physique

Eventuellement changer à propos du visage en fonction de ce que tu revois pour cette histoire d'opérations x 10.

Conclusion

Eh ben c'était LONG éloge d'une ruine 4158426957
Hormis ces quelques bricoles, rien ne me pose problème, mais wouah, pauvre Yuu. Que veux-tu de plus : pauvre YUU.
Le personnage en a bavé, on sent bien le calvaire qu'est sa vie dans les mots, tout ce qu'il a cumulé, en même temps rien de plus normal quand on est un personnage rp j'ai envie de dire éloge d'une ruine 4158426957

Bon courage pour les modifications ! En cas de problème, de doute, n'hésite pas à contacter un des membres de l'administration, nous serions ravis de te venir en aide ! :)

Modération : 1/3

Nous analysons au maximum trois fois une fiche, après cela, si nous ne pouvons toujours pas la valider, nous serons malheureusement obligés de la refuser. Nous ne pouvons nous permettre de reprendre chaque fiche dix ou vingt fois, cela serait autant pénible pour vous que pour nous. Merci de votre compréhension. ♥
— Just Married —

le Mer 15 Avr - 16:20
Messages postés : 118
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Je suis: neutre.
Époux/se : l'indécence
Autre:
Coucou Ollie ! D'abord, merci d'être arrivé jusque là et t'être penché sur la correction, mais promis, j'ai vrmt pas voulu faire aussi long éloge d'une ruine 367806265 Bon après si tu le veux vraiment j'peux prolonger d'un troisième post mdr
Ceci dit avant de me pencher sur la correction, je voulais revenir sur les points soulevés.

Pour les origines, le père est à moitié japonais et la mère est inconnue. Il pose la question en début d'histoire mais j'ai moi-même pas choisi/décidé ça, parce que c'est aussi le genre de piste que j'aime développer en RP.  Je me suis basée sur ce que j'avais déjà, (Eren qui ne connait pas du tout ses géniteurs et qui a des origines totalement inconnues, Boomer qui avait avant un arbre généalogique assez fourni mais les origines éparses diluées) à moins que la précision soit maintenant obligatoire et que je sois passée à côté ?

Concernant l'alcoolisme juvénile justement... c'est la définition. J'ai fait pas mal de recherches avant sur la vie et les destins des enfants stars (surtout acteurs) et par rapport à ce que j'ai trouvé c'est pas si too much que ça. Vraiment, la réalité est encore plus affreuse. Quasiment tous les points de son enfance que j'ai posé ont des exemples vivants. (ou malheureusement, plus) Même si certains peuvent s'en sortir (quand ils ont des parents qui les protègent encore un minimum contrairement à ceux qui vendent littéralement leur gosse à l'industrie), la plupart c'est pas seulement l'alcool mais aussi d'autres drogues plus dures. L'un des exemples les plus marquant c'est Drew Barrymore qui a fait à 13ans sa deuxième cure de désintox, mais t'en as beaucoup d'autres. Macauley Culkin et le reste de sa fratrie, Daniel Radcliff qui était ivre sur le tournage d'Harry Potter, Anissa Jones morte à 18ans d'OD, etc etc etc. Pour ça qu'il commence que par quelques gorgées, et que j'ai attendu plus tard pour le reste. J'ai indiqué dans la fiche une fois adulte que pour tenir, il est passé par plusieurs cures, mais franchement, il arrivera effectivement pas à ses 60ans.

Pour les events je... éloge d'une ruine 4158426957 J'avoue que c'est le seul point que je comprends pas, vu qu'ils sont absolument tous là. Sauf les Incontrôlables qui commencent à dater et dont il se fout totalement de cette bande de troubadours, j'avoue n'avoir moi-même pas trouvé pertinent d'en parler. Je peux en faire mention quelque part, pour dire qu'il a ignoré l'affaire, mais pour le reste tout y est.

Shukumei > "Plus rien ne t'intéresse. Même les affres de la nature, qui s'abattent sur la ville en immenses vagues. T'as gueulé sur la personne qui t'a rapporté avoir perdu la maquette du numéro du mois en même temps que sa maison. T'as harponné la femme de ménage pour qu'elle éponge les quelques flaques qui ont réussi à glisser jusqu'ici. T'as demandé à ton assistant d'écrire un message de condoléance sur tes réseaux sociaux."

Le bug c'est effectivement le bug des moniteurs et Yuu qui profite de "tout ceux qui fuient leur mariage"

L'épidémie > "Essoufflé, le cœur sur le point d'exploser, tu entres en trombe dans une chambre pour te jeter contre la rambarde du lit que tu agrippes. Akisada est allongé, des tubes lui sortant de tous les endroits du corps, yeux fermés dans le sommeil lourd de la maladie." Tout ce paragraphe, c'est le père qui tombe malade. Avec les conséquences du Soosaku plus bas.
"Le même coup de poing du destin qui te décroche la gueule des mois plus tard, devant le journal. Tu avais entendu les rumeurs, tu as eu vent de ces personnes qui tentent de fuir le pays. Deux d'entre elles t'ont même demandé de l'aide, elle n'a pas réellement été gratuite. Elle a même du être bien plus coûteuse pour eux que ça n'aurait du. En lisant, tu comprends que bientôt, tu recevras toi aussi la nouvelle. Qu'elle ne voudra rien dire, que cet enfoiré sera encore et toujours en vie."

Voilà voilà pour les précisions, j'ai pas encore changé le sous-titre vu que techniquement, j'ai encore rien modifié. J'attends ton retour  pour ça, si t'as la moindre question ou quoi, on peut en discuter tranquille si besoin ;)
Des bisous à toi!

EDIT: Voilà les corrections après discussion :
- J'ai commencé par préciser à la place des Etats-Unis/Europe que la mère viendrait d'un autre pays asiatique

- "La page suivante est une liste de toutes les manipulations génétiques qu'ils t'ont implanté. Métissage léger mais réel à effacer, coloration des pupilles et des cheveux. Et, à mesure que ton visage de poupon s'étirait, tes premières années ont été marquées par ces aller-retours devenant pour peu réguliers."
(j'ai quand même gardé le fait que tout ne se fait pas en quelques mois, mais lesdits aller-retours sont beaucoup moins nombreux)

Pour l'âge adulte
- "Des prothèses sont glissées, les cheveux décolorés. Ton visage prend forme, ils le découpent, le réarrangent, lui donnent de nouveaux angles." > C'est donc à ce moment qu'il est entièrement refait.

- Quelques tournures de phrases comme
"aucune ne peut témoigner t'avoir vu autant changer" > j'ai viré le 'autant' pour alléger les différences
Le beau-père ne lui demande plus s'il ressemble à la mère, mais de faire un comparatif entre les deux pour indiquer que le problème de viendra pas d'elle
"Fixant une longue liste d'opérations aussi vieilles que toi" > "une liste de modifications"

En espérant que tout soit bon éloge d'une ruine 1728200632
— MODÉRATEUR FICHE —

le Mer 15 Avr - 21:21
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On est bons.

Pré-validation par Ollie
Votre fiche a été pré-validée par un modérateur, un administrateur passera sous peu valider officiellement celle-ci.
— STAFF JM —

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le Mer 15 Avr - 23:34
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Tu es validé(e) !

Toutes mes félicitations, votre fiche est validée !

N'oubliez pas :
• De remplir les champs de votre profil.
• De réserver votre avatar ; Réservation avatars
• Si vous souhaitez trouver des partenaires pour vous lancer, n'hésitez pas à faire un tour par ici ! ♥
• Dans l'ordre, vous pouvez faire une demande de conjoint ici, ensuite vous faites une demande d'habitation ici et enfin, vous pourrez valider votre mariage ici.
• De faire un peu de pub autour de vous pour le forum et de voter régulièrement aux tops sites. ♥

& Surtout, AMUSEZ-VOUS !

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#25 —Re: éloge d'une ruine
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