Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 200803042355296862
Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 1GdvXk1

— Just Married —

Messages postés : 76
Inscrit.e le : 03/01/2020

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Je suis le résultat non-désiré d'une bonne baise entre Bagdad et l'Enfer.
Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 1596894166-aaaa

"Après l’agonie, voici la mort qui se présente. Et je l’ai vu de mes yeux éteints ; la paix est réelle."




23h43 - Doppelgänger, Tokyo.

“Je vous souhaite la bienvenue au Doppelgänger. Nous sommes heureux de vous retrouver ce soir.”

L’inclinaison paisible du dos. Le sourire figé et bienveillant. Mon oeil brillant qui observe des chaussures à moitié cirées. Cette danse mensongère se répète inlassablement à l’entrée du Doppelgänger face aux anciens clients que j’accueille. Je me découvre devant en incarnant un modèle de perfection, l’agent de sécurité conciliant qui fait respecter l’ordre avant tout. Comme l’éclat d’une émeraude taillée avec l’amour d’un artisan. Les clients me retournent leurs salutations avant d’entrer à leur tour dans l’établissement. Les minutes ont la réputation d’être longue à Tokyo.

Et les nuits sont toujours aussi froides en enfer.

Tout en étant adossé à l’entrée du bâtiment, je laisse mes pensées prendre leur envol en suivant la fumée voluptueuse de ma dernière cigarette. Pourquoi ne pas se laisser tenter par la vie simple d’une retraite sans encombre ? Pourquoi ne pas essayer d’incarner ce “Monsieur-tout-le-monde” jusqu’à l’aube ? Rien que l’idée de me convertir en un homme civilisé, un prêtre éveillé parmi la grandeur dans toute sa sainteté, m’éveille un sentiment complètement étranger. Comment ça fonctionne ? Qu’est-ce que les hommes civilisés font aujourd’hui ? Caresser un chien dans la rue ? Ennuyeux. Acheter une boisson non-alcoolisée dans une épicerie ? Fatiguant. Un barbecue avec quelques amis ? Déjà fait … Plus ou moins. Mes “amis”, des anciens de la pègre chinoise qui se sont installés au Japon pour me localiser, ont été enfermés à l’intérieur d’un refuge dans la forêt de Totoro. Malheureusement, ce refuge a prit feu dans des circonstances douteuses. J’ai regardé le bois fumer. La pierre fondre. Les pilotis de la cabane se désagréger à l’intérieur de flammes incandescentes. Un temple galvanisé par l’essence de la haine incommensurable d’un homme libéré.

Le constat psychologique est clair : j’ai déposé mon uniforme sans rendre les armes.

Mes pensées étant captivés par cette dernière image, une voix chaude et féminine commence à intervenir. Elle brise le silence et se fait entendre dans mon micro installé dans le creux de mon oreille.

“Jubei ? On a besoin d’une présence vers les pistes de danse. Rien à signaler d’alarmant.”

Ma tête se relève et se pose contre le mur froid du bâtiment. Je porte mes doigts à l’extrémité de la cigarette avant de l’écraser contre la paroi au-dessus de mon épaule. En une dernière expiration, je relâche d’une voix profonde et fatiguée :

“Je suis en route.”

Tout en tournant les talons, c’est à mon tour d’entrer à nouveau au Doppelgänger. Ce sanctuaire de néons pourpres et turquoises et de musique amplifiée pour les robots de ce monde. Je me demande quel autre plaisir se dissimule à l’intérieur de son ventre gourmand, bien tapi dans la chaleur suintante de ses viscères ?

Le premier pas à l’intérieur me suffit à entrer dans l’atmosphère atypique du club. Après plusieurs mètres, je vois que la salle de danse est effectivement remplie. Les serveurs conservent leur posture professionnelle et nagent avec aisance entre les lumières colorées et cet océan de clients. Les danseurs se frottent et se glissent entre eux, rebondissant comme des ressorts épileptiques. La musique électronique marque les esprits et tambourinent dans chaque recoin de mon crâne. Je me retrouve dans un environnement confrontant où l’hostilité peut arriver de tous les côtés. Un assassin chinois peut facilement s’y terrer.

Inspire, vieux con. Reste concentré. Pas de conneries ce soir.

D’un pas décidé, je me déplace parmi les clients avant de m’installer contre une colonne en retrait. Mon oeil avisé décide d'identifier le moindre détail. Je reconnais aisément les plus habitués d’entre eux, certains ont déjà embrassé mon poing tandis que d’autres se sont confondus en excuse. Mais à l’intérieur de la piste, une silhouette familière se tenait apparemment au coeur même du troupeau.

En ce monde, il y avait Naa Ikeda.

Son profil ne faisait pas partie des aristocrates narcissiques, des parias mystérieux ou des imbéciles de ce club. A vrai dire, elle ne faisait partie d’aucune catégorie tant son attitude et sa posture étaient complexes à lire en un seul coup d’oeil. Ses réponses se manifestent souvent comme des coups de poing et des séries d’uppercut, de quoi déboîter quelques mâchoires où les bouches restent grandes ouvertes pendant une simple discussion de courtoisie. Mais la mienne a toujours su rester close, les lèvres lisses et détendues, bien capable d’encaisser son attitude quelque peu sauvage. D’ailleurs, elle était la seule cliente du Doppel où je me sentais libre de parler sans retenue. Et cela me fait du bien quelque part.

Sans la quitter du regard, je me rends compte que deux-trois visages se tournent vers elle avec discrétion. Elle garde toujours les vestiges de sa célébrité en tant qu’athlète japonaise et les informations sur elle dans les réseaux sociaux ne manquent pas. Les réponses sur sa vie baignent dans la lumière et s’écoulent aussi clairement qu’un fleuve tranquille. Malgré cela, je garde le sentiment qu’elle comprend bien plus de choses en ce monde que ce qu’elle peut démontrer.

Chacun de ses regards aiguisés semblent révéler les traits d’une diablesse déchaînée.

Tout au fond, je le sais. Mais je suis incapable de poser un seul doigt sur sa véritable nature. Et cela me dérange comme un amas de sel sur une plaie ouverte. Une tique affamée que l’on souhaiterait arracher en se grattant la peau jusqu’au sang. Et pourtant, malgré sa popularité et son caractère d’acier, son charme bien trop lisse et propre m’anime dans la romance comme le plaisir de laisser fondre un morceau de chocolat sous la langue. Décidément, mes réflexions pour elle se noient à l’intérieur d’une flaque de sucre et de pisse. C’est à la fois excitant et terriblement amer en bouche. Après un certain moment, nos regards se croisent et brillent un instant. A l’intérieur d’un halo lumineux, j’acquiesce doucement de la tête afin de la saluer de loin, le visage impénétrable et quelque peu hautain. Puis, après un moment, je la regarde se déplacer en direction du bar. Je devrais rester à mon poste. Gérer la surveillance en respirant la sueur collective des danseurs. Mais mes pieds commencent déjà à se mouvoir avant que je prenne la moindre décision. Il est vrai qu’entre deux vannes provocantes, la présence de la jeune athlète me permet de souffler un peu. A proximité du comptoir, j’attends patiemment qu’elle puisse prendre place avant de venir me présenter.

“Ikeda-San.”

Je m’incline respectueusement avant de lui offrir un léger sourire teinté de politesse. On peut prétendre que je sois un hérétique monstrueux ou un dissident du paradis céleste. Les bonnes manières, c’est sans doute la seule chose éthique que je sais respecter.  

“Vous semblez faire la gueule aujourd’hui… Un gamin vous a battu à la course ?”

Tout en réunissant doucement mes mains, je sens qu’elle peut tout encaisser.

Pas de demi-mesure avec elle.
☠ You've been hacked ☠

Messages postés : 146
Inscrit.e le : 24/07/2019

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Nope
Autre: #000000
S’enivrer, danser, oublier. Le processus se répète d’année en année. Chacun se pare de son plus beau sourire avant de partir retrouver amis, collègues ou famille. La compagnie importe peu à dire vrai. Il s’agit simplement de répéter les excès du réveillon précédent, de prétendre oublier l’année qui s’achève et de placer tous ses espoirs dans la prochaine. Tout est une question d’illusions et d’espérances. L’espace d’une nuit, le Japon oublie son enfermement, cette isolation sociale qui aura valu l’intervention d’une intelligence artificielle. Chacun se retrouve. Tous ces gens se rassemblent autour d’une tradition volée aux autres contrées. Ils s’enivrent et oublient la servitude à laquelle ils ont si docilement courbé l’échine. Ce soir, ils oublient qu’une machine dicte leur vie. Naa pourtant n’a pas envie d’oublier. Et si elle se prête au jeu des apparences, le coeur n’y est pas. Elle ferme les yeux, laisse le rythme de la musique l’entraîner sans parvenir à chasser le fond de ses pensées. Les souvenirs refluent, inlassables. Trop de questions laissées en suspens. Ce soir, plus que jamais, elle regrette la liberté que sa naissance lui a volé.

Du coin du regard, elle accroche l’éclat d’un oeil unique. Au signe de tête qu’il lui adresse, elle répond d’un sourire lointain sans laisser les ondulations de son corps s’interrompre. Les yeux se ferment et elle oublie, un instant, les pensées qui la taraudent. Paupières closes, elle s’amuse à retracer les traits de ce visage si particulier. Elle devine, sans même le voir, l’éclat tranchant de ce regard sans cesse à l’affût. Sous les vêtements soignés se devine un corps faussement détendu, une série de muscles prêts à bondir et entrer en action. Cette aura de mort qui l’accompagne, Naa n’est pas en mesure de la définir complètement. Elle sait simplement que les cicatrices s’étendent au-delà du visible, par-delà le sourire courtois d’un simple vigile. En dépit de ce qu’elle pense deviner, elle n’est pas capable de voir au-delà de ces apparences. Chaque rencontre avec cet homme lui laisse un goût amer d’inachevé.

Naa rouvre les yeux tandis que ses mouvements ralentissent. Du regard, elle avise une de ses compagnes. Elle lui fait comprendre par quelques gestes qu’elle se retire du côté du bar avant de prendre retraite. Sur le chemin, elle doit se glisser entre la foule compacte massée au-niveau du comptoir avant de trouver un espace libre pour attirer l’attention d’un serveur. Les coudes posés sur le comptoir, yeux mi-clos, elle repose la tête entre ses mains. Un sourire discret vient ourler ses lèvres lorsqu’elle devine enfin la présence du vigile non loin d’elle. Même lorsqu’il parvient enfin à ses côtés et la salue, elle ne répond pas immédiatement. Autour d’eux, un espace semble s’être dégagé. Naa plisse les yeux tout en suivant du regard les mouvements du serveur qui a prit sa commande. Elle devine les coups d’oeil à la dérobade et l’attention qu’attire la présence de Kibagami à ses côtés. Au terme d’un battement de paupière excessivement long, la jeune femme s’extirpe enfin de son silence.

- You bait, glisse-t-elle dans un anglais parfait qu’elle accompagne d’un sourire espiègle.

Du dos de la main, elle repousse vers le vigile l’un des verres que le serveur vient de déposer devant elle. L’éclat surréel de son regard perce au travers du rideau de ses cils épais tandis qu’elle hausse un sourcil. Les améthystes viennent enfin se planter dans l’oeil unique de Fubei alors qu’elle relève le menton en un sourire de défi. Depuis leur première rencontre, le cynisme du jeune homme l’avait séduite. Elle aimait cette acidité avec laquelle il abordait les situations sans jamais tout à fait se départir de son flegme.

- Ta vanne mérite bien un verre, minaude-t-elle sans aucun égard pour les formules de courtoisie.

Ils savent tous deux qu’elle a passé la commande bien avant qu’il ne l’aborde. La tête penchée sur le côté, elle lui décoche un clin d’oeil avant de préciser :

- Sans alcool puisque tu es en service.

Elle se redresse puis saisit son propre verre.

- Je ne savais pas que tu travaillais ici ce soir d’ailleurs...

Elle hausse un sourcil et poursuit d’un ton désabusé tout en se penchant vers lui :

- Pas de repos pour les braves, n’est-ce pas ? Hum, à défaut de te réserver une danse ce soir car je sais que je risquerai d’attiser les foudres de tes admiratrices, d’un geste discret elle désigne les regards indiscrets que sa compagnie attire, on trinque ? achève-t-elle tout en levant son verre.
— Just Married —

Messages postés : 76
Inscrit.e le : 03/01/2020

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Je suis le résultat non-désiré d'une bonne baise entre Bagdad et l'Enfer.
Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 1596894166-aaaa

"Après l’agonie, voici la mort qui se présente. Et je l’ai vu de mes yeux éteints ; la paix est réelle."


Le temps s’arrête soudainement dans un silence méditatif. Imperturbable, la musique planante du club continuer de marteler ses notes en harmonie. Tandis que certains regards curieux se tournent dans notre direction, d’autres restent outrés par ma vanne incisive. Doucement, je contemple Naa de haut alors que le silence qui l’entoure se répand comme le plus beau des doigts d'honneur. Elle n’est pas surprise. Non, elle savoure simplement son mutisme comme un vin fruité et délicieux.

Les célébrités apprécient prendre leur temps. Mais elle, beaucoup plus.

“You bait.”, m’a-t-elle enfin répondu en plantant son regard cristallin dans le mien. Comme si je n’étais qu’un vilain garçon. Elle parvient à rebondir telle une féline indomptable, ma provocation se laissant glisser minablement dans l’oubli. Mieux encore, elle conclut avec élégance en me proposant de partager un verre dûment préparé à l’avance. Mes paupières viennent à cligner une fois. Puis, une seconde. Enfin à l’aube du troisième mouvement, un râle caverneux s’extirpe hors de ma bouche en exprimant une réjouissance que je peine à dissimuler.

Touché.

Elle et son audace brille toujours comme une ancienne légende. Restons donc bon joueur. Et oublions les politesses. Haussant les sourcils, je ne peux m’empêcher de lui exprimer mon sarcasme en mordillant ma lèvre inférieure avec une discrétion non-feinte.

“Sans alcool ? Merci Mère Térésa… Tu viens de me tuer avant le Réveillon.”

Tout en prenant place à ses côtés, je me laisse bercer par l’atmosphère festive et suante du Doppelgänger. Les cocktails alcoolisés se vident aussi rapidement que l’intelligence collective du lieu. Les rires euphoriques s'extasient dans la lumière ou devant une paire de seins voluptueux mise à nue. Le bruit des basses s’entrechoque comme un étalon furieux derrière nous. Ce qui d’ailleurs n’empêche pas mon talon de taper en rythme sur le pied de mon siège, mes doigts effleurant distraitement le verre offert.

“Moi non plus. Je pense que mon employeur a souhaité avoir du renfort pour ce soir. Le monde devient déjà un chaos aussi extravagant qu’une bonne sodomie entre Bouddha et Satan. Qui sait ce qui pourrait arriver ensuite.”

Ma voix reste suave et profonde, tandis que mon oeil pénétrant vient rouler paisiblement dans sa direction. Ses yeux ont toujours eu cette coloration particulière. Comme l’éblouissement d’un royaume de glace pourpre et froid qui ne s’effrite jamais. Cette particularité avantageuse pourrait facilement séduire les coeurs les plus insensibles. En désignant avec discrétion mes admiratrices, son visage s’approche du mien sans démontrer la moindre gêne. Sans me laisser impressionner, je pivote le mien en suivant son élan, dévorant du regard les traits de sa jeunesse. Ses lourdes mèches colorés viennent masquer le tiers de son visage alors que je la fixe sans sourciller une seule fois. Tout en hochant légèrement de la tête, je lui partage cette réponse :

“Pcht. Tu débites bien trop de conneries en étant sobre. C’est un trophée en plus à accrocher parmi tes médailles de courses.”

Mais elle dit vrai. Il n’y a qu’à suivre les roucoulements et les soupirs amoureux pour les entendre. Soit de son fan service ou, plus curieusement, des nouvelles clientes qui se laissent distancer par leurs maris. Sommes-nous donc deux viles créatures destinées à manier l’art de la séduction sans se soucier des autres ? Mon sourire lisse et détendue suffit à lui répondre. J’aurai souhaité lui faire entendre mon rire pour valider sa vanne. Si seulement je me souvenais comment cela fonctionne. Esquisser les lèvres comme le plus majestueux des anges lui suffirait peut-être.

Trinquons ! Au moment de la célébration, mon verre se lève et se suspend en l’air, l’oeil devenu attentif. Est-ce qu’il y a du cyanure à l’intérieur ? Pendant combien de temps ce barman travaille-t-il ici ? Ces questions absurdes, similaires aux pièces d’un puzzle, s’assemblent naturellement comme une réalité malgré moi. Puis, je prends le temps de regarder un instant ma partenaire, le visage aussi impassible qu’une statue de pierre. Bien que la probabilité de crever aujourd’hui reste toujours au-dessus des 90%, je peux bien prendre ce risque qui me semble déjà suicidaire.

Rien que pour ses beaux yeux d’améthystes.

Un maigre clin d’œil lui est adressé avec un sourire aimable.

“Trinquons à la gloire du passé. Et à l’enfer qui nous a suivi jusqu’ici.”

Tout en nous éloignant l’un de l’autre, les verres se lèvent enfin et s’entrechoquent sans modération. Mes lèvres fines s’ouvrent, puis se referment sur la boisson comme le portail d’un temple scellé pour l’éternité. Gorgée après gorgée, je viens boire ma consommation sans que l’arôme puisse exploser dans ma bouche comme une puissante détonation. Un soda très sucré au gingembre. De quoi honorer mon diabète. Et m'hydrater dans cette fournaise infernale. Mère Thérésa, je te dis. Dans un mouvement doucereux, mon visage vient à s'incliner devant elle.

“Merci pour le verre. Vraiment. J’apprécie le geste.”

Et la compagnie. Bien que je ne parvienne pas à m’attacher aux relations humaines, elle représente ce petit oasis paisible au milieu d’un champ de guerre et de ses mortiers. D’un geste presque théâtral, je relève la manche de ma veste cintrée en posant un œil sur une montre en or qui ne m’appartient pas. Les aiguilles défilent et indiquent que six minutes viennent de s’écouler. Nous avons encore du temps devant nous avant le décompte du Réveillon.

“Peut-être un autre jour pour la danse. Je ne suis pas aussi endurant que toi. Tu risquerais de me traiter de grand-père.”

En toute conscience, mes doigts viennent jouer avec le bouton de ma chemise. Dès sa première nuit au Doppel, j’ai imaginé qu’elle n’était qu’une petite peste sans avenir de la haute classe comme n’importe qui de son espèce. Une jeune femme exemplaire avec une renommée, de quoi faire bander n’importe quel parent en manque d’égo. Mais je me suis lourdement trompé. Et elle me l’a bien fait comprendre. En jetant un oeil discret, une aura aussi exquise que dangereuse émane d’elle, ses fines épaules éclairées par les néons rosés du bar.

“Cette période de gloire marathonienne étant terminée, tu as trouvé d’autres opportunités professionnelles ? Si je peux t’aider avec une recommandation ...”

Le modèle parfait du vigile soucieux. Soudainement, mon téléphone déposé sur le bar commence à vibrer. L’écran s’illumine en laissant apparaître le nom de la personne qui me contacte. “Maman”. Un profond soupir s’extirpe de ma bouche comme si je venais de relâcher la dernière fumée d’une cigarette. Tranquillement, sans geste démesuré, je raccroche l’appel en un seul geste. Pas maintenant. Ce trafiquant d’arme taïwanais devra patienter un peu avant de livrer mon fusil à lunette semi-automatique. Un petit bijou allemand avec des pièces démontables. Et une mallette qui l’accompagne pour une touche élégante et furtive. Mes doigts se frottent mutuellement, excités par la seule perspective de poser mon oeil derrière un viseur. Tout en me redressant confortablement sur le siège, mon attention se reporte à nouveau sur Naa, ignorant entièrement l’appel de ma présumée “mère” :

“D’ailleurs, je pensais que tu fréquentais cette charmante plante. Yua, Yui …? Quelque chose qui sonne dans ce sens.“

Mon “associé” n’a pas intérêt à me rappeler pendant mes heures de travail.

Une balle peut faire taire beaucoup de choses.
☠ You've been hacked ☠

Messages postés : 146
Inscrit.e le : 24/07/2019

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Nope
Autre: #000000
Touché, songe-t-elle en penchant la tête de côté. Des plis se forment au coin de ses yeux maquillés en écho au sourire qui étire également ses lèvres. Les répliques du vigile fusent et claquent sous la formes de négations. Elle hausse un sourcil, quelque peu surprise de la technique employée mais ne répond pas immédiatement. Naa n’avait jamais ressenti le besoin de remporter l’approbation de ses pairs. Cette soirée ne ferait pas exception. Elle hausse un sourcil en guise de réponse et laisse Fubei reprendre le fil de la discussion.

La question qu’il finit par lui poser en revanche la prend un peu au dépourvu. Lèvres entrouvertes, sourcils légèrement arcqués, elle s’apprête à lui répondre lorsque la sonnerie d’un téléphone la coupe dans son élan. Si elle capte à la dérobée le nom qui s’affiche sur l’écran du portable, ce sont les réactions de Fubei qui retiennent véritablement son attention. Elle fronce les sourcils, intriguée et bien incapable de discerner le fond des pensées du vigile. Fubei ne lui laisse pas vraiment le temps d’approfondir la question. Changement de sujet abrupt. Ses yeux se plissent tandis que ses pensées dérivent vers les réponses que cherche Fubei. Elle songe aux courbes voluptueuses qui s’offrent à ses yeux avides et cette peau laiteuse en contraste de ses mains exploratrices. Le regard chargé d’hybris, elle laisse un sourire laconique flotter sur ses lèvres avant de secouer doucement la tête.

- Non, vraiment, je ne vois pas de qui tu peux bien parler, lâche-t-elle dans un soupir savamment millimétré.

Avec un empressement tout aussi maîtrisé, elle porte le verre à ses lèvres tout en détournant le regard. Sa mère aurait pu être fière de son jeu d’actrice, songe-t-elle non sans une pointe d’amertume. Ses pensées reviennent vers le précédent appel. A quoi pouvait bien ressembler cette fameuse maman ? Naa doit bien l’avouer : elle éprouve quelques difficultés à imaginer la mère d’un tel individu, davantage encore la relation qu’il peut bien entretenir avec celle-ci. Tentée d’éclaircir le sujet, elle hésite un instant avant de se raviser. Elle flaire là un terrain trop dangereux pour s’y aventurer. Encore moins de manière aussi frontale si elle doit en croire son expérience. Ses précédentes tentatives pour en apprendre davantage sur Fubei se sont jusqu’ici soldées par un échec. Fubei trouve toujours le moyen d’éluder les questions ou de détourner le sujet. Et avec talent, elle doit bien l’admettre. La jeune femme fini donc par balayer les questions qui brûlent ses lèvres d’une nouvelle gorgée. Le verre claque sur le comptoir tandis que l’alcool y danse dangereusement dans le mouvement, menaçant de s’en échapper. Elle revient au sujet que l’appel a interrompu.

- Tu parlais d’autres opportunités professionnelles, commence-t-elle en ravalant un sourire carnassier, qu’est-ce que tu aurais bien à me proposer ?

En dépit de leurs rencontres fréquentes, ils n’avaient jamais vraiment abordé ce genre de sujet. Fubei devait sans aucun doute se fier aux rumeurs qui courraient sur elle et ce que pouvaient bien révéler quelques recherches rapides sur les réseaux. Sans doute serait-il surpris d’apprendre que ses qualités ne reposaient désormais plus sur son jeu de jambes. Elle enchaîne non sans appuyer ses propos d’un regard espiègle.

- Hmm pas que je n’envisage vraiment de changer de branche. Disons que mon métier paie plutôt bien mais, sait-on jamais, un homme plein de ressources comme toi aurait peut-être des offres que je ne saurais refuser.
— Just Married —

Messages postés : 76
Inscrit.e le : 03/01/2020

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Je suis le résultat non-désiré d'une bonne baise entre Bagdad et l'Enfer.
Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 1596894166-aaaa

"Après l’agonie, voici la mort qui se présente. Et je l’ai vu de mes yeux éteints ; la paix est réelle."


Et la voici apparaître à nouveau. Cette danse des mots aussi belle que mortelle, émouvante de vulnérabilité et de m’en-foutisme où les mensonges et la masturbation intellectuelle nous empêchent de fermer notre bouche sainte. D’un côté du ring, un étranger endiablé de la plèbe qui trace la vie d’un kamikaze des temps modernes, et de l’autre, une comtesse populaire de son époque qui règne au sein d’un purgatoire obscure encore méconnue. Nous avons absolument tout pour nous haïr. Et pourtant, derrière le voile de toutes nos manipulations, il existe bien une symbiose capable d’enfanter une relation dangereuse rien qu’à nous deux… Mais la paix n’est pas encore prête à arriver.

Nous sommes encore deux “enfants de choeur” qui essayons de se mettre d’accord entre la Bible et le Coran.

Tout en réunissant mes mains, je lis ses expressions faciaux avec beaucoup de difficulté. Ma question portée sur une romance est un sujet intrusif et délicat à camoufler. Mais, contre toute attente, elle continue à manier sa langue de velours en plantant son regard intense dans le mien. Rien ne sort. Pas un seul regard de travers, ni aucune fausse vibration dans sa voix. Pas une seule harmonie dissonante. Mon oeil continue de l’observer pendant une longue seconde avant de cligner calmement en signe d’acquiescement.

“Oh ? Je suis navré, je me suis certainement trompé.”

Sa réponse me suffit amplement. Même si elle est fausse, elle m'a démontré à quel point elle est habile en faisant germer les graines du doute. D’un geste pleine de grâce, je viens enfermer le verre à l’intérieur de ma main avant de consommer son noble breuvage. Du côté de mon téléphone portable, elle reste dans l’immobilité constante. Aucune vibration ne vient interrompre ce moment palpitant. Je pense que mon collaborateur a compris le message.

La jeune femme, quant à elle, s’interpose comme un étalon en éveillant de la curiosité sur ces fameuses “opportunités professionnelles”. Ce qui semblait être de la galanterie aux premiers abords vient de se changer en un argument qui me dérange. Comme une mouche affamé virevoltant au-dessus de ma tête. Ma mâchoire se contracte légèrement, je ne pensais pas qu’elle allait partir sérieusement dans cette direction. Elle peut supposer que je suis un mâle facile à anticiper, je vais lui prouver une nouvelle fois que je sais rebondir autant bien qu’elle. A mon tour de jouer en sortant la carte de la complaisance.

“Oh Naa … Tu vas me séduire si tu continues. Si seulement je pouvais être l’incarnation de tout ce que tu me décris. Un homme de ressources flamboyant dans le royaume des hommes...“

Amusé, un léger ricanement s’extirpe de mes lèvres en lui offrant un clin d’oeil charmeur. Je sens déjà qu’elle souhaite m’humilier en raclant la pointe sale de sa chaussure sur ma tête. Et cette hostilité aussi soudaine commence à prendre le pas sur mon intérêt envers cette furie au visage d’ange. Arquant un sourcil inquisiteur, je ne peux pas m’empêcher de lui répondre par un ton las et désolé :

“Je suis tout en bas de l’échelle ici, je dois donc jouer dans les règles et consulter mon employeur. Ma vie n’est pas très excitante, pour ne pas dire terne, ennuyeuse …”

Et explosive. Le visage lisse, je viens lier les mensonges avec la dextérité fine d’une ancienne couturière. Le défaut à tout cela, c’est que je prouve tout autant que mes mensonges sont maniés avec un peu trop d’aisance. L’expérience est mise en lumière et rien ne pourrait couvrir notre talent. A part notre curiosité morbide.

“A toi de me le dire. Puisque nous nous connaissons si bien, as-tu des qualités particulières qui seraient essentielles pour satisfaire les besoins d’une entreprise ?”

La tension monte d’un cran. Tout en m’inclinant de son côté, je laisse nos deux visages se tenir dangereusement à quelques centimètres l’un de l’autre. Le regard devenu complice, notre parfum vient s’entremêler en une seule émanation voluptueuse et aérienne. Tout en inhalant avec discrétion, je pourrai m’endormir dans l’effluve agréable de ses songes. Embrasser les odeurs raffinées qui la constituent et les emporter dans mes lubies. Avant de la voir mourir un jour, elle aussi. Un doux murmure franchit mes lèvres en un seul souffle, manquant d'effleurer les siennes :

“Une approche de travail qui te rend si spéciale, peut-être ?”

Mon sourire vient se figer alors que le silence tombe brusquement pendant un instant et alourdit davantage l’atmosphère. Tout en nous fusant du regard, nous partageons une transe commune où le temps refuse de reprendre vie. Une goutte infime d’hostilité a toujours régné entre nous. Car nous avons si envie de gagner un peu de pouvoir sur l’autre. De briser les murs du passé. “Crache une vérité, allez…”. C’est ce que notre subconscient ne cesse de nous répéter avec vigueur. Puis soudain, comme étant aveuglé par les premières lueurs de l’aube, un message divin du ciel s’interpose en allumant l’écran de mon portable.

”Joyeux anniversaire, mon coeur ! Pense un peu à ta mère et rappelle-moi. Je t’embrasse <3 <3”

Puis, tout en soupirant amoureusement, mon oeil incandescent vient se décrocher d’elle en souhaitant réduire en cendres ce portable de malheur. La vie reprend tout autour de nous, laissant les rires flotter et les nuisances d’une fête battre de nouveau à son paroxysme. Ma main vient se poser comme la patte d’un félin sur l’appareil, la faisant traîner sans délicatesse jusqu’à moi. L’humeur devenue cafardeuse, je me laisse bercer dans le rôle déprimant d’un enfant impuissant face à une mère désoeuvrée et éprise d’amour pour son seul fils.

“Ma maman est tendre et adorable. Mais sa maladie l’empêche de raisonner avec lucidité. Je suis sincèrement navré, je me dois d’interrompre notre discussion.”

En un claquement de doigt, je parviens à capter l’attention du barman.

“Shun ? Un Highball au gingembre pour ma délicieuse invitée.”

D’un geste bref, il me fait comprendre qu’il a compris avant de s’exécuter. Il aurait pu m’envoyer chier si je ne faisais pas partie de la sécurité. Mais pour elle, c’est la maison qui offre. De quoi calmer ses ardeurs avec de l’essence. Je me relève à mon tour avant de prendre congé.

“Ta présence en ces lieux m’honore beaucoup. Puisse cette nuit être inoubliable et satisfaire l’ensemble de tes besoins.”

Dans un élan doux et symétrique, je m’exécute en une révérence parfaitement exécutée avant de conclure notre rencontre par un sourire aimable. Rebroussant chemin, je viens à nouveau à m’engouffrer à l’intérieur du troupeau jusqu’à sortir de la salle de danse. En atteignant la réception, celle-ci m’offre la clé de chambre n°12 au troisième étage. Pour y atteindre, il faudra donc prendre l’ascenseur.

Après plusieurs minutes, je me retrouve enfin à l’intérieur de ce petit studio destiné à des couples en chaleur. Au premier coup d’oeil, j’entrevois un canapé en cuir, un lit double aux draps colorés et un petit balcon pour les fumeurs. La lumière reste tamisée pour augmenter la tension sexuelle. Je ne serai même pas surpris si le gérant a installé des caméras quelque part … Il aime bien contrôler autant le service que ses propres clients. Je viens me débarrasser de ma veste en la jetant sur le matelas du lit, mes mains remontant avec habitude les manches de ma chemise jusqu’aux coudes. Le téléphone en poche, je viens le prendre à nouveau avant de composer le numéro de mon associé. Sans même lui laisser le temps de me saluer, je débute les prémices de notre conversation en mandarin avec une voix blanche, le regard vitreux :

“[Mandarin] - Je vais arracher vos couilles à coups de pince avant de répandre vos tripes depuis Taiwan jusqu’à Taipei par simple plaisir sadique.”

“[Mandarin] - Euh … Bonsoir Monsieur Fuma. Votre fleuriste à l’appareil. Votre commande est prête dans la chambre n°12 du Doppelgänger.”

Déposé convenablement sur le canapé, je peux en effet voir un long carton emballé avec un noeud rouge vif et un bouquet de pivoines posées par-dessus.

“[Mandarin] -C’était bien la cargaison de pivoines. C’est bien le modèle … ?”

C’est une blague ? C’est bien la dernière fois que je collabore avec ce péquenaud de l’île du Sud. Tout en prenant une profonde inspiration, je jette un oeil derrière mon épaule en m’assurant que l’environnement soit désert. Mais un doute m'assaille toujours. M’avouant vaincu après une longue minute, je viens lui répondre ce nom anglais et universel à toutes les langues du monde :

“Walther 2000.”

Et deux packs de munitions de calibre .038 Winchester. De quoi perforer beaucoup de choses. Mon instinct suicidaire est en train de me piquer le lobe de mon cortex cérébral. Comme un sale gamin qui viendrait allumer son tout premier feu de joie.

“[Mandarin] - Oh, attendez … Oui, le versement a déjà été effectué. Je vous r...”

Un mauvais pressentiment me serre la poitrine. Je viens le couper immédiatement en parlant japonais, simulant la nature d’une autre conversation.

“Prends soin de toi, maman. Je suis content de savoir que les fleurs t’ont beaucoup plu. Je t’aime.”

“[Mandarin] - Hein … Pardon ?”

Clic. Je raccroche mon portable avant de l’éteindre. Qu’est-ce qui m’arrive ? Le visage brillant sensiblement de sueur, le paysage commence à danser devant mes yeux. Mon coeur palpite avant de se nouer violemment à l’intérieur de ma cage thoracique. Merde. Une crise de panique me déchire le ventre. La respiration haletante, je continue de serrer furieusement les poings, séduit par la seule idée de fracasser quelque chose pour ressortir toute ma hargne. Avec maladresse, ma main tremblante vient s’enfouir à l’intérieur de ma veste avant de retirer un flacon de médicaments. Sans hésiter, le bouchon s’envole d’un coup de pouce et plusieurs anti-douleurs viennent se réfugier à l’intérieur de ma bouche.

Avale. Avale-les, ducon. Laisse tes pensées divaguer. Laisse les mauvais souvenirs s’estomper. Et la paix venir frapper à ta porte.

Abruptement, je relève le visage en relâchant un long soupir de satisfaction, semblable à un veau en chaleur. Tout en me dirigeant pitoyablement vers le balcon, je trébuche en chemin avant d’arriver à ouvrir la porte vitrée. Le vent vient fouetter mon visage et redresser mon attention. Mes angoisses étant un véritable festin de sens, il faut attendre que tout cela passe désormais. Tout en secouant la tête pour reprendre mes esprits, je viens me moquer de ma propre nature et de ses faiblesses avec une voix rocailleuse :

“Allez, Fuma. Tu y es.”

Grande inspiration. J’y suis presque. Après le Réveillon, j’aurai officiellement terminé mon service ici. Et c’est entre les pétards et les confettis colorés que je voyagerai définitivement jusqu’à Hong-Kong afin d’assassiner la Tête de Dragon des Sun Yee On. Ou dû moins essayer de frôler l’impossible. Un aller simple pour l’enfer. Je suis conscient que je vais mourir là-bas. Attaché et noyé dans une mare de ciment. Une balle dans la nuque par un tireur d’élite. Une lame plantée dans mes poumons par un de mes hommes qui sa loyauté a été rachetée. Pour me libérer de toute cette pression, il faut se tourner irrémédiablement vers la foi.

Et pour cela, il suffit de sauter dans le vide.

D’accepter la chute et le vent qui nous rend si sourd et aveugle. Qui nous propulse dans un monde où tout est déjà terminé avant le commencement de toute chose. Tout comme l’agneau n’éprouve aucune peur quant à sa destinée, à savoir s’il sera remis auprès de son troupeau ou conduit à l’intérieur de l’abattoir. Les yeux dans le vague, je me penche sur la barrière du balcon en ayant laissé trainer mon téléphone sur le lit, observant attentivement un horizon incertain. La longueur des routes goudronnées qui s’étendent au loin comme un éternel instant. L’odeur polluante de la rue et de l’asphalte avant les premières lueurs de l’aurore. Une dernière cigarette avant de reprendre la route. Pour la dernière fois.

Le Réveillon est sur le point de sonner.
☠ You've been hacked ☠

Messages postés : 146
Inscrit.e le : 24/07/2019

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Nope
Autre: #000000
Naa observe attentivement les filets qu’il déploie autour d’elle sans même chercher à dissimuler la dissection dont elle fait l’objet. Le regard vissé dans celui du vigile, les croissants d’améthyste filtrent sous ses paupières amères et le défient sans ménagement. Les prémices d’un danger latent agitent la commissure de ses lèvres qui se soulèvent un sourire effronté. Au fond d’elle, son instinct lui intime de prendre retraite. Elle flaire le piège qui pourrait se refermer à tout instant sur elle. Le risque est grand de se trahir bien avant de pouvoir apprendre quoi que ce soit au sujet de son adversaire. Pourtant, mâchoires en avant et sourire plaqué sur ses lèvres charmeuses, elle persiste dans son jeu d’équilibriste. La curiosité qui la dévore depuis leur première rencontre prend le pas sur ses instincts de survie. Évoluant sur le fil de ses intuitions sans même savoir ce qu’elle pourrait trouver au-delà du gouffre à franchir, elle se lance, aiguillonnée par un désir irrationnel.

Une erreur, un simple écart suffirait à changer la donne. S’il ne s’agissait que de suspicions, Naa en a désormais la certitude : les ténèbres qui entourent cet homme sont bien plus opaques que ses attitudes courtoises ne laissent transparaître. De la traque ou des instincts de chasse, le sourire de Fubei ne lui offre qu’un bref aperçu des mystères que recèlent ses paroles. Sa main s’est instinctivement resserrée autour de son verre presque vide. Il n’y a pas de place pour la peur dans l’esprit de la jeune femme. Galvanisée, elle cristallise ses pensées sur l’éclat sanguinaire qui brille dans l’œil unique de Fubei. Une étincelle narquoise danse dans son propre regard avant de se fendre d’un sourire désabusé.

- Tout dépend ce que l’on cherche, commence-t-elle dans un murmure.

En dépit de leur proximité physique, elle ressent le gouffre qui la sépare encore de l’objet de ses convoitises. Pour amener Fubei où elle le souhaite, elle n’a d’autre choix que de céder elle-même du terrain. L’invitation est lancée, elle l’appui d’un sourire sibyllin avant d’ajouter :

- Disons que je suis plutôt douée pour fouiller du côté de ce qu’on ne souhaite pas trouver.

Sa voix lui paraît presque étrangère tandis qu’elle plisse les yeux. Souffle suspendu, elle se perd dans le regard du vigile à en oublier le reste. La musique pourtant omniprésente lui paraît lointaine, atténuée par l’opacité de ses propres pensées qui défilent, en filigrane, à la surface de sa conscience. La vibration du téléphone de Fubei l’en extirpe brutalement. Elle inspire d’un coup, remontant à la surface de sa propre conscience. Lèvres entrouvertes sous l’effet de la surprise, elle cligne des paupières à plusieurs reprises. D’un mouvement de recul instinctif, elle rétablit la distance entre eux et trouve ancrage dans le bar contre lequel elle s’appuie. L’absence de dénouement la laisse pantelante. Son regard accroche le message sur l’écran du vigile mais ne parvient pas à en capter le sens. Elle fronce les sourcils sans chercher à dissimuler sa déception. Le reste n’est plus qu’une succession de faux-semblants. La lutte a pris fin sans qu’aucun vainqueur ne l’ait emportée. D’une moue boudeuse elle reçoit les adieux du vigile qu’il appuie d’une révérence sortie d’un autre temps. Un instant, elle hésite à le retenir. Corps tendu vers l’avant, lèvres entrouvertes, elle s’apprête à le rappeler avant de se raviser. D’un air songeur, elle l’observe s’éloigner avant de terminer son verre d’un trait. Le serveur, aux aguets, est déjà parti lui en préparer un nouveau. Naa songe aux occasions manquées. Fubei, une fois de plus, s’en tire avec succès et la délaisse aussi vite qu’il s’est invité à ses côtés. Cette fois-ci pourtant, c’est avec amertume qu’elle le voit disparaître au détour d’un couloir. Ses yeux d’améthyste dérivent lentement vers le centre de la pièce. Elle observe la piste de danse sans comprendre vraiment ce qu’elle y cherche. Les paroles de Fubei défilent encore dans ses pensées. Quel sens peut-elle bien y dénicher ?

*

Ses pensées dérivent vers Hanz. Ne s’étaient-ils pas promis de se retrouver ici ce soir ? Un léger contretemps, lui répondra-t-il de son sourire arrogant. Elle consulte son téléphone, observe l’écran pendant quelques secondes avant de se décider à lui envoyer un message. De sa main libre, elle fait tourner le verre qui vient de lui être offert. Elle soupire puis range son portable avant de se redresser. Les coudes appuyés sur le bar, elle vient ficher son menton dans la paume de sa main. Yeux plissés, elle observe au-dessus de son épaule les compagnes avec lesquelles elle est venue ce soir. Naa capte le regard de l’une d’elle et lui adresse un signe discret de la main.

La réponse d’Hanz ne tarde pas à arriver. Elle consulte l’heure en même temps qu’elle lit le message qu’il lui adresse. Le réveillon est proche, bientôt ceux qui n’ont pas encore sombré dans l’ivresse se vautreront dans les festivités de la nouvelle année. Elle se redresse et repousse du bout des doigts le verre qu’elle n’a pas consommé. L’atmosphère lui paraît tout à coup trop bruyante, étouffante. Elle ferme les yeux tandis que les secondes s’égrènent au rythme des basses omniprésentes. D’un soupir, elle brise sa léthargie et quitte le comptoir. Sans même un regard en arrière, elle esquive les épaules qui se dressent sur son chemin et se dirige vers la sortie.

*

Corps tendu vers l’avant, elle s’extirpe du boyau mal éclairé du hall d’entrée et se lance à l’assaut de la nuit. Ses pas l’arrêtent à quelques centimètres du trottoir tandis que ses poumons s’emplissent d’un air frais et vivifiant. Alors que ses sens s’éveillent sous la morsure glacée de la nuit, elle prend soudain conscience de sa propre solitude. La foule s’est amassée un peu plus loin, sur une terrasse édifiée pour l’occasion. Naa croise les bras sur sa poitrine tout en sondant les ténèbres. Le réveillon approche, bientôt le ciel nocturne se déchirera sous les coups d’artifices. Le menton levé en direction du ciel qui s’illuminera bientôt de milles feux, elle plante ses mains sur les hanches et se penche vers l’arrière. Avec l’émerveillement de l’enfant, elle sonde la voûte céleste tandis qu’elle oublie progressivement le brouhaha ambiant. Les premiers coups de semonce lui tirent un hoquet de surprise avant que ses lèvres ne s’étirent d’un sourire indéchiffrable. Elle ferme les yeux une seconde puis, sans crier gare, se laisse glisser au sol afin de s’y asseoir en croisant les jambes sous elle. Prenant appui sur ses mains, elle rejette la tête en arrière. Son regard accroche alors un regard familier. Naa plisse les yeux sans se redresser tout de suite. Il lui faut quelques secondes pour reconnaître dans la pénombre et sous cet angle le profil qu’il lui est offert. Menton en avant, expression de défi sur son visage qui s’est couvert d’un éclat enfantin, elle hèle la personne qu’elle croit reconnaître deux étages plus haut.

- Fubei ! lance-t-elle dans la nuit pour couvrir le vacarme.

S’appuyant davantage sur ses mains, elle se penche davantage en arrière afin de capter son regard sans aucun égard pour la vue insolite qu’elle doit lui offrir. D’ici, elle ne peut distinguer les expression qui froissent ce visage familier. Elle sourit pourtant avant de lui décocher un clin d’oeil tout en l’observant en contre-plongée. Elle lui adresse un signe de la main avant de se relever souplement. Sans détacher son regard du sien, elle essaie de lui crier quelque chose. Les feux d’artifice au-dessus d’eux jouent leur maelstrom tandis qu’elle recommence et articule en détachant chaque syllabes : “bonne année”.
— Just Married —

Messages postés : 76
Inscrit.e le : 03/01/2020

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Je suis le résultat non-désiré d'une bonne baise entre Bagdad et l'Enfer.
Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 1596894166-aaaa

"Après l’agonie, voici la mort qui se présente. Et je l’ai vu de mes yeux éteints ; la paix est réelle."



0h01.

L’heure où les aiguilles de ma montre décident de bloquer les mécanismes du temps afin que je puisse savourer l’éternité de ce moment festif. Les premiers feux commencent à se propulser en déchirant les cieux avant d’exploser en plusieurs étincelles colorées. Eclairant la nuit de mille lumières, les gens se pressent rapidement sur la vaste terrasse du club afin d’admirer le spectacle. Les voix s’éveillent dans un élan victorieux, les applaudissements accompagnent, appréciant la beauté de ce ballet rayonnant et féerique. Toujours accoudé contre le garde-corps du balcon, ma voix mielleuse vient accompagner le bruit sourd des pétards.

“Jubei. Fin de service.”
“Confirmé. Matsuo est déjà sur le terrain pour prendre ta place… On m’a dit que tu partais à l'étranger. Bonnes vacances, Jubei !”

Concentré sur mon assassinat, le micro de mon oreillette retombe paresseusement, tandis que les médicaments commencent à marteler mes tempes. Nouvelle inspiration. Je suis en vacances. Ce qui signifie devoir jouer le rôle d'un vacancier. Comment ça marche ? Je n’ai jamais vécu une seule retraite dans mon existence. Après un moment à penser dans le vide, je décide de faire un simple allez-retour entre le balcon et la chambre. La veste d’un noir ébène allongé sur le lit, je viens sortir un cigare finement coupé de son intérieur avant de poser un oeil connaisseur sur la bague dorée. Avec envie, le cylindre composé de tabac épicé se coince entre mes lèvres, inhalant cette odeur piquante qui vient caresser mes narines. Dans un cliquetis métallique, mon briquet s’allume et laisse apparaître une flamme vorace brûler les feuilles. Je reviens sur mes pas en épousant une nouvelle fois le vent extérieur qui vient ébouriffer mes cheveux attachés.

Entre deux doigts, les premiers boutons du col de ma chemise blanche viennent à disparaître alors que je me penche à nouveau contre le balcon, révélant avec discrétion le haut d’un tatouage majestueux. Des fleurs de prune épousant des lotus noirs gravées dans la chair, tracées par deux profondes coupures juste sous ma gorge. Deux mutilations blanches et visibles parmi les trente-huits lacérations qui ornent mon corps comme une constellation de violence. Un vestige de ma fougueuse jeunesse. Tout en soupirant, j’espère que cette soirée sera l’aboutissement de ce vicieux cauchemar dans lequel je me suis pleinement engagé. Traquer et tuer. Il ne suffit que d’une balle dans la tête du parrain. Une chasse à l’homme à mon encontre. Mourir bêtement dans une ruelle sale entre les poubelles et ses ordures, la gueule arrachée par des cartouches encore fumantes. Et je pourrais enfin embrasser à pleine bouche le fond brutal de cette voltige inespérée.

jOui, mon existence commence à m’emmerder. Car elle n’est rien d’autre qu’un cycle perpétuel enraciné par l’ennui, la tragédie et la mort.

“Fubei !”. Une voix sucrée et familière, baignée dans la lumière fondante des feux, met un terme aux sombres rivages de mon palais mental. Comme une douce sérénade, mon nom d’emprunt est prononcé. Le cigare pendant à mes lèvres, je descends sensiblement mon oeil en me réveillant de mon absence. Le visage radieux, Naa se découvre une seconde fois dans sa plus belle énergie, son corps se coulant davantage en révélant des angles flatteurs. Vulnérable à sa pose désirable, mes sentiments se bousculent étroitement. Malgré moi, je commence à la dévorer du regard avec un plaisir partagé, assise comme debout, en traduisant sa réponse silencieuse inscrite dans ses lèvres pulpeuses. “Bonne année”, me réponds-t-elle. Mon coeur mort se resserre et ose une palpitation lointaine.

Tu m’emmerdes profondément, Naa.

Car te dire bonjour ne prend que quelques secondes. Mais te dire au revoir prend toute une éternité.

Nouvelle propulsion de fumée. D’un simple regard échangé, nous laissons cette alchimie s’imbiber dans notre conscience et nous révéler à quel point nous sommes coincés dans notre solitude. Elle en bas parmi une foule enivrée, et moi au sommet de ma tour d’ivoire. Je pensais que nous allions en rester ici, nous quitter afin de ne plus jamais nous revoir, alors que nous venons de consommer un cocktail de mensonges et de déception lourd de conséquences.

Mais est-ce que notre histoire peut se terminer ainsi ?

Indécis, mon pouce vient marteler la surface métallique de la barrière du balcon. Que faire ? Dois-je abandonner ici la vie de Fubei sans lui dire adieu ? Même si la galanterie est une denrée rare, la courtoisie envers une femme est habituellement une attention précieuse. Tout comme une fleur sensible qui manque à tout moment de se faner si on ne lui octroie pas un peu d’amour ou d’attention. Mais elle, cette créature aux yeux satinés et impénétrables, c’est Naa. Et ici, nous sommes à Tokyo, un lieu où les innocentes n’existent plus. Elles ont été remplacées par des maîtresses en puissance assises confortablement sur le trône de leur gloire. Et tout comme elles, Naa va assurément poser ses mandibules voraces sur mon cadavre, festoyant avec appétit comme le ferait une mouche trop grasse.

Le problème ? J'en redemande autant qu'un gosse diabétique en face d'un morceau de sucre.

Avec douceur, mes bras s’ouvrent solennellement dans sa direction comme une invitation à venir me rejoindre, un sourire éclatant animant mon visage encore blême. Tout en ouvrant mes mains dans sa direction, je lui indique le numéro de ma chambre en faisant danser mes doigts. Puis, le cœur léger, je me dirige à nouveau à l’intérieur… en constatant ma plus belle connerie. Sur le canapé en cuir, mon fusil à lunette est toujours coincé dans un paquet de fleurs jonché de pivoines. Sur la table, plusieurs flacons d'anti douleurs traînent et un sac de sport contenant d'autres équipements tactiques rôde derrière la porte. Et mon invitée est susceptible d'arriver tantôt.

“Fuma …Tu es beaucoup de choses. Un être noble, élégant et subversif. Mais là, tu es vraiment juste un gros con.”

A la hâte, je tente de ranger et de nettoyer tout ce que je peux trouver. Ma médication disparaît à coups de pied dans un maigre espace sous le lit. Mon sac de sport vient d’être jeté à l’intérieur de la baignoire, tirant les rideaux en manquant de faire sauter un anneau. Puis le paquet cadeau floral … peut suffire à ne pas éveiller les soupçons ? Je le laisse donc dormir sur le canapé. Mes mensonges s'occuperont de justifier sa présence.

Les dents serrés, je viens pousser un juron dans ma barbe. Les femmes à caractère. Ces succube reluisantes qui empestent la beauté auront ma peau. C'est illégal de séduire ainsi un séducteur de mon espèce.

Un jour, je devrais essayer d'embrasser les couilles suantes d'un homme pour rompre cet horrible maléfice.

Alors que je ressors de la salle de bain, la porte d’entrée de la chambre vient tout juste de s’ouvrir. L’œil alarmé et le regard fiévreux par la médication, je la toise d’un long regard avant de l’accueillir avec une douceur particulière :

“Bienvenue. Les plus beaux feux vont bientôt commencer.”

Je déglutis avec peine tout en offrant l’ombre d’un sourire. Puis, en un geste soigné de la main, la havane vient quitter mes lèvres rosies avant d’être tendue dans sa direction. Un dernier spectacle. Un dernier cigare. Une dernière compagnie féminine.

L’occasion est spéciale ; je vais quitter une guerre pour en trouver une autre.
☠ You've been hacked ☠

Messages postés : 146
Inscrit.e le : 24/07/2019

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Nope
Autre: #000000
Elle reste plantée là, nez en l’air, à tenter de capter le regard de Fubei. Yeux plissés, la jeune femme ne parvient pas à distinguer les expressions qui animent son visage. Au terme d’une hésitation qui lui paraît une éternité, le vigile finit par ouvrir les bras en l’accueillant d’un sourire. Instinctivement, ses lèvres y répondent en se rehaussant à leur tour. Puis l’invitation surgit sans qu’elle n’y prenne garde. Sourcils arqués sous le coup de la surprise, elle l’observe tandis qu’il lui indique un numéro avant de disparaître dans l’appartement. Les poings toujours plantés sur les hanches, Naa hésite. Fubei s’est toujours montré d’une compagnie agréable et si elle apprécie son humour caustique, le rejoindre dans une chambre dédiée du Doppelganger éveille en elle des sentiments mitigés. Elle consulte son téléphone. Les messages y défilent comme autant de parasites. Leur contenu importe peu tout comme la foule d’anonymes qui sont en sont les destinataires. Naa hausse les épaules avant de faire volte-face. Une dernière fois, elle sonde la rue principale à la recherche d’une silhouette familière. Hanz ne la rejoindra pas ce soir, elle en est certaine désormais.

Et c’est, les poings serrés, qu’elle pénètre dans le hall d’un air déterminé. Ses pas la mènent jusqu’au comptoir que les clients ont déserté. Le réveillon ayant sonné, ils se sont amassés autour de la piste. Les accolades et les rires fusent noyés sous la musique et l’alcool. Les yeux plissés, Naa les considère un instant sous ses paupières amères. L’ivresse passée, demain ils auront déjà oublié les effusions de la soirée et retourneront docilement au cœur de leur prison numérique. Elle soupire avant d'interpeller un serveur et dépose une paire de billets sur le comptoir. Armée d’une bouteille de brandy et d’un couple de verres, elle s’éloigne sans un regret. De retour dans le hall d’entrée, une standardiste lui indique aimablement les escaliers vers les étages supérieurs. Elle la remercie d’un sourire avant de pivoter sur les talons en direction de la chambre indiquée, délaissant définitivement les compagnes avec qui elle avait prévu de passer le reste de la soirée.

Alors qu’elle gravit les marches deux à deux, poussée par un sentiment d’urgence inexplicable, Naa ralentit soudainement l’allure en fronçant les sourcils. Elle considère le butin qu’elle tient entre ses mains puis songe à l’invitation de Fubei. Rien ne lui semble bien raisonnable là-dedans mais ce qu’elle craint davantage, ce sont les intentions du vigile. Indécise, la jeune femme oscille un pied sur l’autre puis soupire et reprend son ascension. Il lui faudra sans doute mettre au clair le sujet une fois arrivée à destination. Au pied de la porte, elle toque en s’aidant de la bouteille qu’elle tient dans une main. Le battant ne tarde pas à s’ouvrir et c’est un Fubei déchargé de son éternelle veste noire qu’elle découvre. La chemise entrouverte laisse apercevoir des tatouages que sa tenue habituelle ne pouvait laisser soupçonner. Pourtant, ce ne sont pas ces détails qui accrochent l’attention de la jeune femme. Le sourire tout comme l’éclat qu’elle distingue dans le regard de Fubei achèvent ses dernières réserves quant aux intentions du jeune homme. Désormais, elle est en certaine : en passant le seuil de cette porte, Naa devra manœuvrer en eaux troubles car il n’y a rien de plus délicat que l’orgueil froissé d’un prétendant débouté. D’un signe de négation à l’attention du cigare qu’il lui propose, elle secoue légèrement la tête avec un sourire.

- Je ne fume pas, merci, répond-t-elle de son timbre velouté.

Ses mains se sont levées pour présenter son trophée : une bouteille de brandy accompagnée de deux verres.

- Hum ton service vient de se terminer non ? Je me suis dit que tu n’étais pas du genre à boire du champagne.

La porte s’ouvre davantage et elle se glisse souplement dans l’interstice que vient de lui offrir Fubei. Passant près de lui, elle retient son souffle. Quelques pas rétablissent la distance. Un rapide coup d’œil circulaire lui permet d’identifier une table sur laquelle elle pose ses offrandes. Elle se redresse ensuite et pivote sur les talons. Tandis que ses yeux prennent le temps d’étudier la pièce, elle interpelle Fubei d’un signe du menton.

- Tu permets ? lance-t-elle tout en se débarrassant de ses escarpins qu’elle repousse du bout des orteils sous une chaise.

Le bouchon de la bouteille saute. Elle lui tend un verre rempli puis saisit le second. Ses yeux font une nouvelle fois le tour de la pièce. Des lumières tamisées jusqu’au choix des couleurs, tout la dérange dans cette chambre. Naa fait tourner son verre entre ses doigts, pensive, avant d’aviser la baie vitrée ouverte sur le balcon. Tout en s’accoudant à la rambarde, elle jette un rapide coup d’œil en contrebas sans y distinguer quoi que ce soit d’intéressant. Au-dessus de leur tête, le ballet des feux d’artifice continue. Fubei est venu la rejoindre. Elle lui sourit. Son regard accroche un détail qu’elle avait manqué jusqu’ici. Du col de la chemise entrouverte, elle devine deux entailles en contraste des fleurs qui s’épanouissent sur sa poitrine. Combien en caches-tu comme ça encore, Jubei Kibagami ?. Retenant un sourire triste, Naa soupire. Son regard se perd au-dessus de son épaule. Sur le canapé, un paquet agrémenté d’un bouquet retient son attention. Elle hausse un sourcil tandis que le coin de ses lèvres se rehausse d’un sourire espiègle.

- Tiens, tu ne m’avais pas dit que c’était ton anniversaire !

Sans attendre de réplique, elle porte le verre à ses lèvres. Naa ferme les yeux une seconde et laisse l’alcool emplir son palais d’un parfum qu’elle n’avait jamais appris à apprécier.

- Oh, à moins que tu t’attendais à recevoir de la visite, glisse-t-elle les yeux mi-clos, le rai de ses améthystes examinant l’homme qui se tient à ses côtés.

Un coude toujours appuyé sur la rambarde, elle se redresse sans se départir de son sourire. Son regard rencontre celui de Fubei. Elle remarque cette tension à la commissure de ses lèvres, aux ailes de son nez volontaire, le froncement léger de la ligne de ses sourcils qui, au-delà d’un air meurtrier, révèle un trouble qu’elle n’avait jusqu’ici jamais décelé chez lui. Sous la lumière des feux d’artifices, le teint du vigile lui paraît étrangement pâle, presque cireux. Un pli se forme entre ses sourcils, lèvres entrouvertes, elle se prend à hésiter. Avait-elle réellement fait le bon choix en le rejoignant dans cette chambre ?
— Just Married —

Messages postés : 76
Inscrit.e le : 03/01/2020

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Je suis le résultat non-désiré d'une bonne baise entre Bagdad et l'Enfer.
Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 1596894166-aaaa

"Après l’agonie, voici la mort qui se présente. Et je l’ai vu de mes yeux éteints ; la paix est réelle."


“Je ne fume pas”, me répond-t-elle d’une voix travaillée avec une goutte d’exotisme. Puis, elle marque sa présence en dressant une offrande juste sous mon nez, un Brandy Suntory à la couleur caramel et deux verres vides. Comme le ferait un apôtre devant la statue d’une belle divinité. Mon coeur manque un battement en la toisant d’un regard aussi ardent que indécis. En l’espace de plusieurs secondes qui me semblent durer une éternité, ma paranoïa vient brûler la floraison de mes pensées. Il y a-t’il du poison à l’intérieur ? Cyanure ? La ferme, Fuma. Enfin, je parviens à articuler d’une voix chaude et sereine ces quelques mots d’accueil :

“Tu as toujours su me prendre par les sentiments.”

La pureté de la courtoisie. Peut-être suis-je en train d’éprouver une certaine familiarité avec cette femme. Un terrain d’entente comme jamais je n’ai eu l’occasion de m’y confronter. Mais un rapprochement avec un individu de mon époque ? L’absurdité se répand comme la chiasse d’un canard. C’est un geste amateur et néfaste. Ma conscience commence à me réprimander sèchement et à refermer ma carcasse dans la solitude. Mais elle est en train de me corrompre avec délicatesse, comme si ses mains avaient décidé spontanément de terminer de détacher les boutons dorés de ma chemise.

Reste concentré, Fuma.

Comme une anguille, elle se glisse à proximité de moi sans s’y attarder, prenant déjà ses aises dans le confort d’une chambre qui atteste tout son contraire. A mes yeux, celle-ci ne sert qu’à une planque temporaire, mais pour elle, ceci pourrait être une prison dorée où la sueur et la tension sexuelle se retrouvent teintées dans la couleur vive du mobilier. Il ne manquerait plus qu’une étagère remplit de jouets, organisée selon les tailles et les couleurs, pour amplifier l’atmosphère d’un nouveau malaise.

En l’espace de plusieurs minutes, nous arrivons à adopter tous les deux une nouvelle posture, renforçant toujours plus cette mascarade polie et amicale alors que nous sommes de parfaits étrangers. Cette chambre n’est qu’une pièce de théâtre. Et les acteurs enchaînent attentivement leurs pas en effleurant le risque d’un oubli ou d’une mauvaise tirade à tout instant. Les projecteurs étant sur moi, je viens dévoiler l’espace d’un mouvement de bras en lui indiquant d’une voix sarcastique :

“Bien sûr. Considère ce lieu comme ton jardin spirituel… le côté zen en moins.”

Prenant le verre qu’elle me tend au passage, je la suis aussitôt comme une ombre noire et glissante jusqu’au balcon. Dos à elle, je viens humer et vérifier très attentivement le contenu du verre. Pas de piège à priori. Mais les plus sournois ne sont jamais visibles. Je m’approche d’elle avant de m’accouder à mon tour au balcon, reprenant ma posture la plus naturelle à ses côtés. Le nez en l’air, des palmiers dorés et flamboyants viennent désormais éblouir nos rétines.

En m’annonçant le jour de mon anniversaire, sa voix de miel se coule dans sa bouche sucrée et se répand avec chaleur dans mes oreilles. Croisant les bras, l’une de mes mains passe dans mes cheveux afin de les tirer machinalement en arrière.Ma voix se détache tout autant que la sienne en exprimant un air tout aussi réjouis.

“Ah, c’est vrai ! Apparemment, mon employeur s’en souvient plus facilement que moi. J’ai passé l’âge de penser à ces conneries… !”

Du coin de l’oeil, je m’aperçois que son visage pivote doucement au-dessus de son épaule. En un geste discret, je verse donc la moitié de mon verre en bas du balcon. Mon service est bien terminé, mais un autre travail commence. Il y a un temps pour le plaisir. Et un autre pour le devoir.

Enfin, ses yeux se reposent lentement sur moi, curieux et incrédules. Mon cœur se retrouve à nouveau baigné de cette étrange douceur si étrangère. Qu’elle regarde ailleurs, bordel. Car l’attention dans son regard réussi à nourrir l’égocentrisme d’un ange exterminateur en manque. Mais elle ne parvient pas encore à étouffer mes envies suicidaires. Celles-ci me pervertissent l’esprit comme un viol barbare, corrompant ce qui me reste de raison pour n’exercer que deux gestes impulsifs : prendre ses lèvres dans les miennes ou planter le canon de mon pistolet à l’intérieur de ma bouche. Tout en terminant mon cigare, je viens exprimer mon sentiment d’un timbre faussement complice :

“Tout est là, bien à sa place. Exactement comme je l’ai imaginé. L’horizon est cristallin et lisse. Aucune ombre ne vient. Aucune lumière ne glisse.”

Tout en propulsant mon cigare terminé au loin comme si le monde m’appartenait, je désire beaucoup de choses. Brûler le monde. Arriver au fond de mon verre. Que cette nuit brille. Je veux dormir, oublier. Pour changer le passé. Des munitions illimitées et un permis de tuer. Mais là, plus que toute autre chose, je la veux auprès de moi. Les joues sensiblement rosies, je reporte mon attention sur la route. A quoi bon se battre ?

“Merci pour le verre. Encore. Et ta présence m’a toujours été ...”

Agréable. Réconfortante. La fin de cette réponse se perd en un long souffle. Cela sonnait comme une confession. Un adieu définitif. Naa, comme toutes les personnes à usage unique que j’ai rencontré, m’a fait du bien et disparaîtra elle aussi. Car un homme qui perdure dans le couloir de la mort pendant de nombreuses années devient aussi transparent et apathique qu’un spectre mourant, sans attachement aucun pour le monde des vivants.

Mais avant l’épilogue de ce scénario sombre et mal ficelé, je souhaite ressentir quelque chose de beau. Une dernière fois.

“Je pars en voyage à l’étranger pendant plusieurs jours. Revoir ma famille. Je penserai à t’amener un Maneki-neko à mon retour...”

Le regard absent, ma voix reste blanche et dénuée de vie. Ma verve si belle et confiante de séducteur retombe comme un ballon percé, mon esprit si proche d’une mort imminente.

“ … enfin, il paraît que ça porte chance.”

Mordillant légèrement ma lèvre inférieure, je balaie l’air d’un mouvement de la main, comme pour l’inviter à oublier les conneries que je viens de dire. Un chat porte-bonheur ? Elle va vraiment penser que j’essaye de la courtiser. Et pourtant, mon cerveau reste en ébullition. Je ne demande qu’à exister pendant une heure dans les bras aimants d’une femme.

Je ne reviendrais pas. Jamais. Alors que nos regards se croisent, ma mâchoire vient se crisper avec cruauté, bien que je demeure aussi immobile qu’une statue de cire. Mais la tentation est si belle de volonté, si claire et rassurante que les premières lueurs de l’aurore. Elle me scrute avec attention comme je la dévore du regard. Nous nous tenons face à face comme deux étrangers éveillés et alertes. Lentement, ma bouche s’ouvre à nouveau comme l’éclosion d’une fleur qui s’éveille :

“Naa … Je …”

Mon coeur se tord douloureusement. Comme la promesse d’une étreinte qui pourrait être inoubliable, un regard langoureux se glisse dans ses yeux avant de redescendre jusqu’à l’extrémité de son cou. Cette surface si blanche et brillante, onctueuse en bouche en la nourrissant de plusieurs baisers gourmands. Je viens à me pencher docilement auprès d’elle sans la toucher, mon oeil effleurant le sien comme une vague immuable. J’aimerai effleurer ses doigts avant d’enlacer sa main. Ressentir la chaleur de sa paume. Quelque chose de rassurant. Qui me rappelle les plaisirs d’une femme.

“Est-ce que tu aimes faire du mal aux gens ?”

Tout juste un murmure. Une question intrusive qui n’a fondamentalement ni queue, ni tête. Ou peut-être un peu trop de queue pour que cette interrogation soit considérée comme une blague irraisonnée. Une dernière fois, je la bouscule sans concession afin de briser ce masque insipide qu’elle arbore, m’abreuver de ses confidences qui ne devraient plus exister pour moi. Elle pourrait me rire au nez. Me répondre avec la finesse d’une plume aiguisée. Ou fracasser ma gueule avec sa main douce et parfaitement manucurée.

La vérité est la suivante…

... cette nuit restera belle.
☠ You've been hacked ☠

Messages postés : 146
Inscrit.e le : 24/07/2019

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Nope
Autre: #000000
Le verre glisse entres ses doigts et manque de s’écraser cinq mètres plus bas sous le coup de la surprise. Naa le rattrape de justesse, masquant tant bien que mal son trouble. Ses paupières virevoltent sans qu’elle ne parvienne à se détacher de l’oeil, hypnotique, que Fubei braque sur elle. Si jusqu’ici ses réponses n’avaient été qu’une suite de banalités auxquelles elle avait répliqué d’un sourire évasif, la dernière question du vigile vient sérieusement d’ébranler son aplomb. Lèvres entrouvertes sur une réponse qui tarde à venir, elle l’observe en silence. Fubei, que cherches-tu à obtenir de moi ? Elle plisse les yeux, indécise. Doit-elle y déceler une faille ou l’ouverture n’est-elle qu’une feinte ? Les signaux se contredisent comme autant de parasites. Un instant aux abois, il semble perdre sa verve habituelle et, dans la même seconde, l’abreuve de pensées lubriques. Rien ne coïncide, pas même les expressions qui accompagnent ses paroles.

Toujours indécise quant à la nature du péril, Naa en est certaine désormais : cet homme est dangereux. Depuis leur première rencontre, chaque parole de Fubei avaient eu le don de démanger quelque chose à la périphérie de sa conscience, grattant sans ménagement sous le vernis de son indifférence pour y attiser une curiosité malsaine. Toujours penché au-dessus d’elle, Naa se noie dans son regard et songe aux réponses dont elle dispose. Elle doit se faire violence pour chasser la déferlante d’engrammes charnels qu’il vient de déclencher chez elle.

« N'as-tu jamais dansé avec le Diable au clair de lune ? »

La réponse est expulsée dans un souffle, brisant l'envoûtement d’une nouvelle bravade. Elle soutient son regard un instant, poussant le duel une seconde ou deux avant de se dérober derrière son verre. Elle le termine d’un trait. La langue claque sur le palais tandis que les arômes se propagent le long de son oesophage jusque dans sa poitrine qui se soulève sous chaque inspiration. Fubei n’a pas cillé un instant, passant au crible chacune de ses actions sous le rai implacable de son unique oeil. Au-dessus d’eux, les feux d’artifices n’ont pas cessé leur ballet. Une nouvelle fois, Naa se dérobe et se passe une main sur la figure. Elle prend une profonde inspiration avant de retenir sa respiration, le corps tout entier contracté, une grimace carnassière à demi-masquée sous sa main. Peut-être la proie d’un fou rire intérieur ou d’un accès de violence réprimé. Puis elle lâche nonchalamment, croisant les bras et se vidant de tout son air :

« Fubei, tu me perturbes...je ne sais pas quoi penser de toi. »

Le sourire désabusé qu’elle lui offre tranche avec la franchise de ses mots. De sa main libre, la jeune femme prend appui sur la rambarde afin de s’en écarter. D’un soupir, elle laisse échapper les derniers vestiges de tension. Le ton se fait léger tandis qu’elle pose le genre de question qu’on ne saurait refuser. L’heure de la dérobade.

« Où sont les toilettes s’il te plait ? »

Son regard décrit la pièce, accroche une seconde porte, différente de celle par laquelle elle est entrée et la désigne de la main. Fubei confirme, elle le remercie de ce sourire dont elle a le secret, de ceux qui savent désarmer jusqu’aux plus féroces résistances. Refermant la porte derrière elle, Naa ferme les yeux une nanoseconde et se sent dériver. Du plat de la main, elle s’appuie et se raccroche à la porte dans son dos. Adrénaline, excitation, peur, les signaux se mélangent et brouillent son esprit. Elle soupire puis avise le trône de faïence. Culotte baissée sur les chevilles, derrière apposé sur la cuvette, son air grave détonne avec l’image qu’elle renvoie. La jeune femme contemple l’écran de son téléphone, sourcils froncés. Les secondes s’égrènent et elle hésite.

Nouveau soupir, elle déverrouille le téléphone et lance une application de sa conception. Deux secondes lui suffisent pour repérer la puce de Fubei, cinq autre pour en subtiliser les informations. Magoichi Fuma, 30 ans, sans union. Les vertiges reprennent, ses doigts se resserrent autour du téléphone. Elle relit plusieurs fois les informations. Aucune erreur possible, la localisation est correcte et, jusqu’ici, son application s’était montrée infaillible. Elle l’avait créé dans la nuit où avait été annoncé le bug de l’Incontestable entraînant la mort numérique d’honnêtes citoyens en parfaite santé et, au passage, la désactivation de leur puce. Intriguée, Naa y avait perçu une faille à exploiter. Dans le laps de temps où le bug avait persisté, elle n’avait malheureusement pu obtenir que le moyen de détecter les puces actives autour d’elle et les informations qui n’avaient pas subi un encryptage trop complexe. Par peur de se trahir, Naa n’avait pratiquement pas utilisé l’application en dehors de tests pour confirmer son efficacité.

La jeune femme contemple son écran encore quelques secondes. Les émotions se succèdent et brouillent le flot de ses pensées. Armée de son téléphone, elle n’obtiendra pas grand-chose de plus sur l’homme accoudé au balcon, de l’autre côté de cette porte. Du moins, pas sans se mettre en danger et encore moins sans susciter le doute du vigile. Elle ne peut pas s’attarder plus longtemps. La chasse d’eau est tirée, la tenue corrigée. Elle contemple son reflet dans le miroir et réajuste quelques mèches. Son regard tombe sur la brosse à dent qui trône au milieu d’un verre posé sur le lavabo. Penchée en avant, les mains en appui sur celui-ci, elle contemple le visage que lui renvoie le miroir d’un air amer. Son regard accroche, dans le reflet, la douche qui se trouve dans son dos. Prise d’un doute, frappée d’une intuition presque douloureuse, Naa plisse les yeux puis se retourne d’un coup. Sans un bruit, elle soulève le rideau et y découvre un sac déposé dans la baignoire.

Ses yeux s’arrondissent en écho de ses lèvres qui refusent d’émettre le moindre son. Posé dans la baignoire à la hâte, à moitié fermé, le sac renferme autant d’équipements tactiques que de munitions. Si Naa n’y connaît pas grand chose dans le domaine, elle est certaine d’une chose : ce n’était clairement pas un butin réservé pour une partie de chasse dominicale. Du moins, pas pour le type de gibier que pouvait renfermer les réserves de la région. Pensées et souvenirs défilent à toute vitesse. Les éléments s’imbriquent. L’évidence s’impose, impitoyable, sous ses yeux. Tatouages, cicatrices, fausse identité et munitions éparpillées ne forment plus qu’une certitude : elle doit sortir de là rapidement et définitivement oublier le regard fiévreux de cet homme.

Les mains de Naa tremblent tandis qu’elles relâchent le rideau. Ce n’est pourtant ni la peur, ni la colère qui agite ses pensées. Le sentiment d’urgence distillé par son instinct de survie prend rapidement le dessus; dissipant au moyen d’une lucidité tranchante les derniers relents d’alcool et de fatigue. La porte s’ouvre sur le salon. Plantée sur ses talons, l’air interdit, ses yeux partent à la recherche de ceux du vigile; lui destinant un regard mégajoule incandescent, chargé de sentiments indicibles, debout en un immobilisme monolithique. Les doigts se resserrent mécaniquement sur le téléphone qu’elle tient toujours en main, tout près de sa hanche, revolver des temps modernes. Narines dilatées, mâchoire en avant et corps tendu à l’extrême, elle détache soigneusement chaque syllabe, menaçante jusque dans la froideur de son regard.

« Magoichi Fuma. »

L’ultimatum est lancé.
— Just Married —

Messages postés : 76
Inscrit.e le : 03/01/2020

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Je suis le résultat non-désiré d'une bonne baise entre Bagdad et l'Enfer.
Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 1596894166-aaaa

"Après l’agonie, voici la mort qui se présente. Et je l’ai vu de mes yeux éteints ; la paix est réelle."


Dans un claquement familier, la porte de la salle de bain se referme derrière elle. Et celle de mon esprit vient à nouveau s’ouvrir dans l’incertitude. Un doute cruel émerge des profondeurs, alors que mon coeur, lourd de conséquences, vient s’ouvrir dans sa dernière agonie. Pestant dans un murmure, je me maudis alors que mon poing vient marteler avec force le garde-corps du balcon. Naa, pourquoi dois-je t’aimer aujourd’hui ? Pourquoi cette nuit ? Je t’accueille dans une chambre grotesque alors que les indices pullulent comme des rats derrière nos murs. Je viens semer les graines de ma culpabilité sur ton passage, enchaînant les erreurs comme un foutu amateur afin que tu puisses t’y encoubler. Ne les vois tu pas ? Moi qui souhaite intimement que tu puisses comprendre avec colère le mal qui me ronge et briser mes côtes à coups de pied avant de me secouer comme un prunier. “Ne le fais pas, gros con, la vengeance ne mène à rien !”. Tu aurais raison. Je ne suis pas prêt à déclencher cette croisade génocidaire … A cause de toi. Tu es mon seul nénuphar brillant de couleurs au centre de mon océan brumeux. Tu ne me laisses donc aucun choix. Ici et maintenant, tu es tout ce qu’il me reste de beau et de bon.

Pour mener à bien ma mission, je dois donc te neutraliser.

J’inspire longuement par le nez avant de vider mes poumons. Le verre coincé dans ma paume, je viens vider son contenu en bas du balcon avant de le déposer sur une commode à l’intérieur. Je vais attendre qu’elle sorte avant de réfléchir à une manière de la mettre hors-jeu. Le sacrifice sera éprouvant, car je ne lui veux aucun mal. Je ne suis juste qu’un homme malade et sanguinaire, mourant à l’intérieur d’une carapace humaine trop étroite. Mais je l’ai déjà fait à de nombreuses reprises. Je peux le refaire. Juste une fois. Une dernière fois.

Tu es le Lotus Noir. Sois rationnel. Discipliné. Et élégant dans les ténèbres.

Assis sur le bord du lit, je guette attentivement la porte immobile de la salle de bain et ses sonorités les plus secrètes. Une chasse d’eau est tirée. Le son d’un élastique qui se tend, le frôlement des vêtements dans l’air. Les sens en éveil, la cage dorée qui entoure Naa se referme en effleurant son plumage d’oiseau avec une certaine douceur. Mais un silence vient. Court et insignifiant pour le commun des mortels. Mémorable pour un tueur-né qui aurait laissé son matériel à l’intérieur d’une baignoire. La probabilité est trop haute pour éviter ce risque. Je dois agir. Mes poings viennent se resserrer sur mes genoux. Le cerveau en ébullition, plusieurs scénarios se dessinent sous mes yeux. Un coup de pied contre la porte au moment où celle-ci vient à s'ouvrir. Un étranglement soigné à la corde au piano. Quoique attraper son cou et la menacer de casser ses jambes, ses trophées de toute une vie, devrait peut-être suffire.

La porte de la salle de bain s’ouvre enfin.

Avec surprise, une aura très forte émane de sa présence, une obscurité vive de clarté dans son regard. Elle se dresse devant moi comme une odieuse prêtresse, dont la prophétie est entonnée de mille voix comme une terrible menace.

“Magoichi Fuma.”

Sa réponse, éructée comme une prière divine, est en train de calmer mes ardeurs avec de l’essence.

Mon œil manque de sortir de son orbite. Comment a-t-elle su ? Les lèvres légèrement décollées, je réprime un gloussement impressionné.

“Tu es somptueuse. Une femme si séduisante, intelligente et versatile.”

Ma voix reste paisible. Glaciale et implacable. La rancune grossit comme une tumeur infectée. Le visage éveillé, je prends plaisir à la regarder. Non comme un connard de chien misogyne qui laisserait une langue pendante devant sa beauté féminine. Tout en me levant avec lenteur, je l’admire comme personne ne l’a jamais admiré auparavant : comme une cible prioritaire. Sans jugement, ni pudeur. Elle parvient à être victorieuse là où tout le monde semble avoir échoué jusqu’ici : elle est parvenue à me captiver. Puis, la vérité tombe comme un couperet et tranche les dernières miettes de notre relation.

“Je n’ai jamais imaginé un seul instant que tu pouvais être avec eux..”

Traîtresse.. Elle fait partie des Sun Yee On. Comment aurait-elle pu connaître ma véritable identité autrement ? Je ne me souviens pas avoir marqué mon nom dans la buée de mon miroir. Ni à l’extrémité de ma brosse à dent. Le seul constat le plus plausible, et sans doute le plus vertigineux, c’est qu’elle connaissait ma véritable identité depuis le début. Ses regards, ses rires, cette attraction respectueuse, voire même dangereusement sensuelle durant nos diverses soirées … Tout cela n’était que du bluff. Un horrible mensonge pour m’approcher et m’atteindre. Si elle est au courant, la Tête de Dragon l’est aussi… Ils ne vont donc pas tarder.

Tout est clair à présent. Et rien ne me fera changer d’avis.  

Calmement, je m’approche d’elle en effectuant un seul pas afin de marquer ma présence funeste. Sans un mot, une envie presque folle commence à enserrer mon cœur. Je souhaite sortir une lame et éventrer cette femme à plusieurs reprises avant de pousser mes doigts à l’intérieur de ses plaies déformées, mes ongles creusant et grattant la surface de ses os comme le ferait un porc dans ses ordures. Je souhaite que mes pieds puissent rencontrer à nouveau un sol écarlate, mes chaussures glissant avec amour sur la surface de ses entrailles visqueuses et de ses tendons déchirées.

Je souhaite détruire quelque chose de beau.

Mon corps devient brûlant de désir. Le regard euphorique fixé au plafond, une goutte de sueur commence à perler le long de ma tempe. En imaginant ces pensées obscènes je me rends compte que ma langue est en train de caresser ma lèvre supérieure avec une sensualité certaine. Tout en relevant les manches de ma chemise, je me tourne dans sa direction en la confrontant brusquement de face.

“J’aimerai participer à une dernière course avec toi. Une course qui te permettra de voyager dans les plaines d’un nouveau monde.”

Mon aura est teintée d’une noirceur décadente proche de la frénésie animale. D’une lueur étouffée dans le néant. Un ton légèrement paternaliste s’élève dans ma voix, faisant vibrer la surface interne de ma gorge déshydratée :

“Je te laisse vingt secondes d’avance pour fuir le Doppel. Ensuite, je viendrai te traquer avec tout ce que j’ai. Et je prendrai mon pied en admirant les vers se goinfrer sur ta majestueuse carcasse.”

Je lui offre une chasse à l’homme. Un sprint mortel jusqu’à la destination de son salut. Peu à peu, mon sourire paternel s’efface complètement alors que je la regarde d’un oeil nouveau. Froid et impénétrable. Un visage de mort.

“Je te fais la promesse que le chemin de ton pardon sera couvert d’embûches et d’épines que je sèmerai sous tes pieds nus. Tu saigneras, tu saigneras abondamment dans cette traversée, jusqu’à ce que ton corps ne puisses plus le supporter.”

Je ne compte pas abandonner dès la première nuit. Même si elle parvient à m’échapper, je compte bien la retrouver un jour. Je me présenterai à sa porte comme le ferait une ombre glissante, de près comme de loin. Puis, je viendrai brutaliser son système nerveux jusqu’à ce que la matière fécale s’échappe de ses fesses. Blesser et meurtrir tout ce qui la constitue sans jamais la tuer. Encore. Et encore. Car désormais, elle est ma cible. Je n’ai donc plus rien à perdre, hormis mon envie de participer à ce boléro infernal et meurtrier. D’une révérence mesurée, je viens à m’incliner devant elle en un murmure profondément désolé, une main contre mon coeur :

“Puisses-tu considérer cette courtoisie professionnelle comme la preuve de toute mon affection.”

Puis, mon pouce vient activer le mécanisme de ma montre en un bip sonore.

Une seconde. Deux secondes. Trois …

Au moment où une cible se matérialise sur notre cul, on vient à savourer le moment présent avec la même discipline qu’un moine bouddhiste. Cela peut durer une seule minute. Plusieurs heures. Ou une série de jours entiers. Maintenant, elle peut me faire face et mourir. Ou accepter de courir pour sa seule survie. Tout comme une brebis essoufflée qui s’élance dans les vastes pâturages de ma vallée. Dans mon sanctuaire de chasse. Les caméras du club et les autres agents de sécurité me permettront de la localiser et seront alertés à la seconde où elle décidera de quitter cette chambre. Je ne lui offre pas de choix. Juste le mérite d’accepter sa pénitence.

D’un dernier regard échangé, je lui fais cette promesse silencieuse, les épaules légèrement voûtées et prêtes à prendre le départ.

Peu importe ce qui arrivera. Elle ne me verra pas venir.
☠ You've been hacked ☠

Messages postés : 146
Inscrit.e le : 24/07/2019

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Nope
Autre: #000000
Les réactions ne tardent pas et en révèlent bien plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Fini le hors d’œuvre, ils attaquent tous deux la pièce principale de leur partie de bluff. Avec eux ? Froncement de sourcils, l'hésitation dure une fraction de seconde. Avec qui ? Visage fermé, Naa veille à ne rien laisser échapper de ses doutes. Tout n’est désormais plus qu’une question d’intimidation. Et, en la matière, Magoichi fait étalage d’un talent considérable. Naa peut presque percevoir les rouages grincer dans l’esprit du vigile tandis qu’il échafaude toutes les manières de la neutraliser. Envolées les tentatives de séduction, désormais, c’est bel et bien le langage de la mort dont il l’abreuve. Les menaces s’enchaînent impitoyablement tandis qu’il avance vers elle. Naa résiste à l’envie de prendre retraite et continue de le défier, menton en avant et regard furibond. Intérieurement, elle remercie la providence de l’avoir défait de sa lourde veste de costume. Impossible de cacher un pistolet armé d’un silencieux sous sa chemise saillante, non ? Elle sourit, cristallise sa détermination sur cette pensée et sur la vision des pectoraux qui se dessinent sous la fine étoffe.

- Non vraiment je suis plutôt du genre à jouer bande à part, glisse-t-elle entre ses dents.

Magoichi ne veut rien entendre. Elle secoue la tête tandis que son sourire se pare d’amertume. Inutile de chercher à palabrer. Les pulsions du vigile sont presque palpables. Seul un idiot ne pourrait pas en deviner la nature. C’est de sa mort et, accessoirement, de sa souffrance dont il veut, pas de ses explications. Une nouvelle fois, la jeune femme passe une main sur son visage mais tout sourire en a déserté ses lèvres. Le décompte vient d’être lancé. Il ne lui reste plus qu’à fuir. Plantée sur les talons, Naa penche la tête de côté, une lueur farouche dans le regard.

- Je préférais Jubei Kibagami à Magoichi Fuma, au moins, lui savait parler aux femmes.

La porte se trouve à quelques pas dans son dos. Elle fait volte-face et l’ouvre d’un coup, laissant l’air du couloir s’engouffrer sous l’appel. La silhouette de la jeune femme disparaît presque lorsqu’elle s’arrête, une main sur le chambranle. Par-dessus son épaule, elle lui glisse un sourire puis, en guise d’adieu, lui lance une dernière pique.

- Au fait, je ne vais pas en avoir besoin cette fois-ci mais pense à me ramener mes escarpins la prochaine fois !

Parvenue dans le couloir définitivement désert, elle s’élance. Sa main se resserre autour du téléphone tandis qu’elle atteint la cage d’escalier. Elle s'arrête une seconde, prend le temps de déclencher un système d'urgence sur son portable. Le brouillage ne pourra durer qu'une dizaine de secondes, tout au plus, mais suffisamment pour bloquer toutes les communications dans l'immeuble. Naa ne prend pas le temps de vérifier si le brouillage fonctionne correctement, elle reprend sa course effrénée.  Les secondes s’égrènent, implacables. Naa dévale les marches, s’appuyant sur la rambarde pour sauter la dernière volée et atterrir souplement sur le dernier palier. Bordel, j’suis pas une sprinteuse moi, j’cours des marathons ! Le répit accordé par le tueur touche à sa fin. Pendant sa descente, la stratégie s’est mise en place. Sans marquer d’hésitation, Naa se dirige vers la porte donnant sur le local technique. Chacun étant occupé à fêter le réveillon et contempler les feux d’artifice qui illuminent le ciel, personne ne remarque la jeune femme qui s’y glisse après avoir débloqué le verrou magnétique.

La suite des opérations s’enchaîne sans accroc. Les applications développées sur son téléphone lui permettent de prendre la main sur les systèmes de sécurité de l’immeuble. Et c’est, dans le désarroi le plus total que clients et salariés du Doppel se retrouvent aspergés par les sprinklers du système incendie. Dans la seconde, les sirènes se mettent à retentir tandis que les éclairages de sécurité prennent le relai et que toutes les portes se déverrouillent automatiquement. Sans demander son reste, Naa quitte le Doppel par une sortie de service sans aucun remord pour les gens qui cherchent encore à comprendre ce qui vient de se passer. D’un pas pressé, longeant les murs et veillant à ne pas sortir des zones d’ombre, elle s’éloigne de la scène du crime. Personne ne prête attention à elle. Parvenue au prochain bloc, la jeune femme dégaine son téléphone et compose un numéro d’urgence. Elle inspire un grand coup, se met à courir puis emprunte une voix paniquée.

- Il vient d’y avoir une attaque au Doppelgänger. Il y a du sang partout, un mec complètement fou qui tire sur tout ce qui bouge. Au-secours ! Il y a au moins deux personnes touchées.

Naa n’attend pas les réponses de la voix calme, presque artificielle, de la standardiste. Elle ne sait pas si son coup de bluff marchera. Forces de l’ordre et pompiers sont certainement bien occupés ailleurs avec le réveillon. Elle accélère l’allure, pieds nus sur le bitume, et disparaît dans la nuit. Ses pensées s’envolent vers un nom sur lequel elle compte bien prendre revanche : Magoichi Fuma.

*

Main sur la poignée de la porte, Naa marque un temps d’arrêt. Elle calcule le temps qu’elle a mis pour rentrer chez elle. Il n’y a aucun moyen pour que Magoichi ait pu remonter sa trace aussi rapidement. Elle consulte sa montre. Même en disposant de compétences en hacking, elle dispose d’une bonne demi-heure au moins avant qu’il ne puisse localiser son appartement. Avant de pousser la porte, la jeune femme s’arrête et ferme les yeux une seconde pour calmer son rythme cardiaque. Elle entend déjà Mu gratter derrière la porte. Naa soupire puis entre. Le chat coincé contre sa poitrine, elle referme la porte d’un coup de talon tandis que cette dernière se verrouille dans un chuintement feutré. Sans plus attendre, elle attrape la caisse de transport et y enfourne le chat. Naa attrape ensuite un sac de sport dans lequel elle fourre une paire de vêtement pour elle et des affaires pour Mu ainsi que deux ordinateurs portables.

Dans un autre sac, elle rassemble serveurs et autres disques-durs qui agrémentent son bureau. Naa hésite une seconde puis décide de se débarrasser de sa robe à sequins qu’elle jette dans le panier à linge. Elle s’engouffre sous le jet d’eau brûlant de la douche et pousse un long soupir. Elle a besoin de s’éclaircir les idées et, après la course qu’elle vient de mener, elle a bien besoin d’une douche. Deux minutes plus tard, elle s’extirpe de celle-ci et essuie rapidement les gouttes qui parsèment sa peau hâlée. Troquant sa tenue de soirée pour un jean troué, une brassière, un lourd perfecto en cuir et une paire de basket, Naa relève rapidement ses cheveux en un chignon puis quitte la chambre. Plantée au milieu du salon, elle observe la pièce à la recherche d’un détail qu’elle aurait pu oublier. Dans sa caisse, Mu manifeste son mécontentement. Sur le point de partir, la jeune femme attrape un bloc note et écrit quelques mots sur celui-ci avant de le déposer sur la table basse, bien en évidence.

Un sac de sport sur l’épaule, la caisse contenant Mu dans une main et un sac poubelle dans l’autre, Naa quitte son appartement sans un regard en arrière. Délaissant l'ascenseur, elle décide d’emprunter les escaliers. Sans s’arrêter au rez-de-chaussée, elle poursuit sa descente jusqu’au parking. La jeune femme s’arrête au-niveau du local poubelles et se déleste de son sac. Ce dernier contient les serveurs et disques dur dont elle doit se débarrasser. Elle soulève les premiers sacs et enfourne le sien bien en-dessous. Si Magoichi cherche à retrouver ses traces, au moins devra-t-il se salir un peu les mains. Relâchant le lourd couvercle, elle s’éloigne des poubelles et regagne le parking souterrain. Quelques places plus loin l’attend la moto d’Hanz. Suite à son accident, elle lui avait interdit de l’utiliser. Refusant de vendre le bolide et allant même jusqu’à payer les réparations, le jeune homme avait fini par la lui confier; bien conscient qu’il ne pourrait jamais la conduire de nouveau. Sans un remord pour Mu, Naa enfourne la caisse dans le top-case à l’arrière et cale les lanières du sac de sport sur ses épaules. Le moteur vrombit tandis qu’elle enlève la béquille centrale et repousse du pied la moto. Puis, sans un regard en arrière, elle quitte le parking et s’éloigne dans la rue déserte en cette heure si tardive.

Là-bas, sur la table-basse, un mot y attend Magoichi :

“ J’ai pris le temps de ranger avant de partir, s’il te plait, évite de tout casser sur un malentendu. J’ai accès à tes comptes en banque de toute façon, je paierai les dégâts avec s’il faut. A bientôt <3

PS : il doit rester des bières au frigo si tu veux te servir, c’est cadeau !”

*

Isolée dans une des planques de son choix, Naa limitait les contacts humains depuis près de deux jours. A peine atterrie dans l’appartement en sous-sol, loué pour une poignée de billets sur la semaine, elle avait posé des congés et prévenu son service qu’elle partait pour l’étranger. Dès les premières heures, Mu s’était mis à tourner en rond, agacé par la réduction subite de son terrain de jeu. Naa avait fini par le confier à une amie en attendant de régler son histoire avec un dénommé Magoichi Fuma. Repoussant les limites de la fatigue et l’appel de Morphée, Naa s’était ensuite lancée dans ses recherches. Aidées de la puissance combinée de ses deux ordinateurs et s’appuyant sur ses contacts, elle avait décidé de déterrer tout ce qu’elle pouvait trouver sur cet individu qui n’avait définitivement rien d’un enfant de chœur. D’ailleurs cet homme-là devait passer plus de temps à brûler des églises qu’à s’y confesser.

Sirotant les dernières gorgées de café froid qui repose au fond de sa tasse, Naa rassemble les dossiers qu’elle a réussi à récolter. Deux de ses amis s’étaient joints à elle pour déterrer les cadavres qui jonchaient le passé de Magoichi. Avec leur aide, elle était parvenue à démêler le fil de ses crimes. La stratégie s’était ensuite progressivement en place. Entre deux repos savamment chronométrés, Naa avait par mettre au point son plan. Désormais il s’agissait surtout de sauver sa peau et d’apaiser l’ire de l’ancien trafiquant d’armes. La curiosité mal placée de la jeune femme avait fini par la placer au cœur d’un quiproquo mortel. Si elle devait se fier aux menaces proférées par le vigile du Doppelganger, ce dernier l’avait prise pour un sbire des triades pour lesquelles il avait travaillé quelques années plus tôt.


Quel imbécile. Naa soupire. Si tu connaissais mes aspirations, Magoichi, je me demande bien quelle tête tu ferais. La jeune femme regarde l’écran de son téléphone. Il lui reste près de quatre heures avant l’aube. Repoussant la chaise d’un coup, elle se lève et tire les draps défaits avant de se jeter sur le lit sans même prendre le temps de se déshabiller. Demain, elle devra signer un pacte avec le Diable.

*

Café enfilé, douche expédiée, Naa contemple la paire de basket posée sur le seuil de la porte. Elle hésite, évalue les risques de partir pour un footing matinal. Magoichi a-t-il été en mesure d’identifier tous les parcours qu’elle effectue en général ? Au terme d’une longue hésitation, la jeune femme se ravise. Elle ne s’est pas suffisamment éloignée de son quartier d’origine pour prendre le risque. Un claquement de langue vient ponctuer son mécontentement. L’immobilité et l’enfermement forcés commencent à jouer sur ses nerfs. Les nuits se font de plus en plus courtes. Des douleurs se sont éveillées dans ses jambes sous le manque d’exercice. Elle soupire et décide d’enchaîner une série d’étirements pour pallier les carences. Très bientôt, la traque prendra fin.

Assise sur la chaise de bureau, tournée face à l’unique fenêtre de l’appartement, Naa glisse le casque sur ses oreilles et ajuste la position du micro. D’une commande vocale, elle actionne les applications qu’elle a mise en veille. Un numéro se compose sur l’écran. Elle plisse les yeux, les contours des silhouettes au travers du vitrage deviennent flous. Trois sonneries, une voix rocailleuse y répond. L’a-t-elle réveillé ? Intérieurement, elle espère que la traque de ces trois derniers jours l’aura privé de sommeil. La moindre des choses. Un sourire se glisse sur les lèvres de la jeune femme.

Hello darling, commence-t-elle d’une voix veloutée, hmmm je crois qu’on s’est quitté sur un malentendu l’autre soir. Comment ça se passe de ton côté ? Comment tu trouves la décoration dans mon appartement ? Tu as trouvé les bières au fond du frigo ? Elle marque une pause, pas de réponse. De l’autre côté, il lui semble pourtant pouvoir deviner le souffle sur le combiné. Humm, pour ma part j’ai trouvé pas mal de choses intéressantes. C’est un hobby chez toi de courir à poil le soir ? Les CCTV de ton quartier en ont gardé de beaux clichés, je les garde de côté...pour le plaisir des yeux bien entendu.
— Just Married —

Messages postés : 76
Inscrit.e le : 03/01/2020

Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Célibataire.
Autre: Je suis le résultat non-désiré d'une bonne baise entre Bagdad et l'Enfer.
Brûler les demi-mesures. [PV : Naa Ikeda] 1596894166-aaaa

"Après l’agonie, voici la mort qui se présente. Et je l’ai vu de mes yeux éteints ; la paix est réelle."


Et la voici qui s’élance dans le feu, ses premiers pas entamant les prémices d’un nouveau conflit inespéré. Entre provocation et lueur de défi, les paroles de Naa résonnent un instant avant de s’éteindre comme une flamme mourante. Elle n’est pas ce qu’elle prétend être et ne l’a jamais été. Mais ça …Faire partie de cette famille ? Cette nouvelle vérité vient bousculer tous mes principes. Et je viens à me damner cent fois de ne pas l’avoir découvert bien avant. Un dernier sourire est échangé, ses mots poussant à m’agacer alors que mon regard tient solidement la promesse d’un nouveau meurtre. Ses prunelles de braise, brillant d’une clarté malicieuse, se glisse sur les traits de mon visage telle une langue sensuelle. Puis, tout comme l’ensemble de mes femmes, elle disparaît elle aussi de ma chambre ... et de ma vie.

Adieu, chérie. Désormais, c’est à toi de jouer.

Mes épaules retombent enfin, mon corps se détendant en un seul coup. Le diable est sorti de mon refuge. Ici, il n’y a plus d’hostilité. Seulement un pacte qui vient d’être signé. Si cette succube est parvenue à me duper aussi facilement, je dois rattraper mon retard et apprendre à la connaître sous un nouveau visage. Mettre en lumière l’étendue de ses ressources cachées. De ce fait, je ne recherche pas à la talonner de si près, espérant l’assassiner en un temps record comme le ferait un misérable amateur. Tout en portant un doigt sur mon oreillette, j’appelle la centrale de sécurité. Mais un grésillement ennuyeux vient à troubler mon geste. Personne ne m’entend. Une bête coïncidence ? Ou une audace générée par une ange vengeresse qui commence enfin à déployer ses ailes ? Après deux tentatives, je laisse l’oreillette retomber sur mon épaule. Sans presser le pas, je me dirige aussitôt vers le canapé en ramassant le joli paquet cartonné où se trouve mon fusil à lunette préalablement assemblé. Puis, tout en trimballant mon sac de sport contenant mon équipement militaire sur le dos, je sors à mon tour de la chambre en prenant la direction opposée à celle de Naa, les talons de mes bottes en cuir claquant avec autorité sur le sol marbré.

En chemin, dans ce long couloir éclairé de l’étage, je croise le regard d’une femme de l’intendance qui m’est très familière, ses bras poussant avec vigueur un chariot de linge sale. A la vue de mon beau paquet, celle-ci ne peut s’empêcher de s'arrêter et de partager une remarque débordante de curiosité.

“Oh, Magoichi-san … Qui est l’heureuse élue ?”

Sous le chant mielleux de sa voix, sa bouche vient vomir avec avidité dans le seul but de connaître ma réponse. Qui aurait pu conquérir le coeur de pierre de Jubei Kibagami, le jeune et séduisant vigile du Doppel ? Tout en relevant la tête, un rire cristallin s’échappe de mes lèvres.

“Une si belle femme. Unique en son genre. En quelques minutes, elle est devenue ma seule raison de vivre.”

La bouche béante, ses joues rosies se gonflent alors que ses petites mains commencent à applaudir avec excitation.

“Je suis heureuse pour vous ! L’amour vous va si bien !”

Tout en la dépassant, mon épaule vient effleurer la sienne, ma gaieté s’évanouissant derrière elle.

“L’amour finit toujours par nous tuer, Hana-san.”

Un soupir amoureux résonne dans un léger écho. Au-dessus de mon épaule, un maigre clin d'œil lui est adressé en guise d'adieu, laissant planer la métaphore de cette dernière réponse dans l'oubli. Mes pas me conduisent enfin à un ascenseur. Sur le côté, un deuxième chariot rempli de couvertures et d’un duvet paresse à côté des boutons. Je balance le paquet et le sac de sport à l’intérieur, tout en poussant le chariot dans la cabine. En une simple pression, mon doigt vient heurter le bouton du dernier étage. Après une longue minute, les lumières s’éteignent subitement et l’alarme retentit dans tout le club. L'ascenseur s'arrête brusquement. Mon coeur s’alourdit car je me retrouve coincé ici dans le noir total. En un instant, je remets à nouveau l’oreillette dans le creux de mon oreille et un éclair d’incompréhension vient surgir dans mon regard.

“Accident dans l’aile Ouest ! Je répète : Il y a un accident dans …”
“Appeler les pompiers ! “
“Nous avons reçu un appel téléphonique….”
“Nao ? Passez-moi Nao !”

Whaou. Quel merdier total. En un temps record, elle est parvenue à déclencher un chaos infernal qui a influencé toute l’organisation d’un club pourtant si structuré. D’un geste dédaigneux, je retire l’écouteur une nouvelle fois en soufflant du nez, laissant ma tête heurter la paroi de la cabine. Bien joué. Elle est parvenue à paralyser la sécurité du Doppel d’une manière magistrale. Je ne peux plus compter sur leurs yeux. Je dois donc affiner le mien et suivre mon instinct. Naa aurait pu m’enfermer à l’intérieur pendant toute une nuit si Ryuku n’avait pas mis un paquet d’argent dans le fonctionnement de son hôtel. En effet, après quelques secondes, l’ascenseur repart aussitôt. Certaines batteries sont accompagnées d’une intelligence artificielle qui prévoient, en cas d’arrêt inopiné de la cabine, de terminer la trajectoire commandée.

Les portes s’ouvrent enfin en me permettant d’accéder au toit. D’un coup d’oeil vif, je constate qu’il n’y a personne. Pas une seule présence pour venir me déranger. Sans perdre de temps, je bloque la porte avec le chariot avant de ramasser le paquet à deux mains. Assis dans la cabine, bien à l’abri des regards, je viens ouvrir la boîte et m'émerveiller devant la pièce maîtresse de mon art : un Walther-2000. Un produit germanique, rare dans le commerce et apprécié par son confort et sa fiabilité. En quelques gestes, la lunette vient d’être changée par une autre avec une vision thermique. Et la couverture sale s’enveloppe amoureusement autour de mon arme comme une amante tendre et délicieuse. Quittant l’ascenseur, le vent nocturne propulse soudainement son souffle en ébouriffant mes cheveux attachés. Le Doppel possède une entrée principale et deux sorties de service, dont une qui est accessible uniquement dans les cuisines. En me tenant au bord, je commence à regarder un troupeau de personnes s’entasser devant l’entrée principale comme des rats paniqués. Impossible de trouver Naa dans ce dédale. Rapidement,  je me déplace dans le rebord opposé du toit en direction de la sortie de service. Par une chance inouïe, je parviens à voir de justesse la porte se refermer en un claquement silencieux. Mais pas de Naa en vue. Ou dû moins, au premier coup d’oeil. L’ombre d’une silhouette douteuse vient trahir sa présence par les lumières éloignées des lampadaires, sa chevelure reconnaissance entre mille a été découverte en l’espace d’une seconde.

Sans plus attendre, je pose mon genou à terre en m’installant sous la couverture, la lunette et le canon sortant à l’air libre. Fort heureusement, le drap ne semble pas sentir la pisse ou les relents d’un coït de plusieures heures entre trois partenaires. L’oeil froid derrière la lunette thermique, le monde ne devient que de nuances blanches, grises et noires. La respiration brève, le viseur circule lentement sur elle, caressant les courbes délicieuses de son corps. Je ne recherche pas à aligner un tir précis. Il me faudrait plus de temps. Juste tirer pour blesser. La meurtrir continuellement jusqu’à la pousser au seuil de son suicide. Je retiens mon inspiration, les pensées s'évanouissant dans l’espace et le temps. Le timing est très serré, car elle va bientôt disparaître de ma ligne de mire. Les muscles tendus, le souffle court et bref. Le doigt vient effleurer dangereusement la détente de l'arme.

Je n’ai pas le temps de vivre, ni même de rêver. Je ne regarde que la stupidité de l’humanité à travers le viseur de mon fusil.

“Bang …”

Et pourtant, ma parole devient la seule détonation de ce moment.. Tel un enfant désolé portant une marguerite fanée à la main, mon visage peu innocent se retrouve baigné dans les vagues de mon sentimentalisme. Mon doigt relâche la détente alors que je la regarde disparaître dans l’angle d’un nouvel immeuble, un sourire douloureux se dessinant au coin de mes lèvres. Cette opportunité manquée sera la dernière.

“Jubei ? Tu es encore là ? On vient de nous signaler un meurtre… Jubei ? Jubei ?!”

La centrale commence à céder à la panique. Immobile, mon oeil indifférent scrute les ténèbres étouffantes de cette nuit à la recherche de cette amie devenue étrangère, les sirènes des camions de pompier scandant à l'unisson dans les rues voisines.

“Au revoir, Ikera-san. L'amour me va si mal. Mais la mort vous ira si bien.”

-----------------------------------------------------------------------------------------------

L’aube d’un nouveau jour se lève.

Le lendemain, je me réveille dans le lit d'une autre femme. Elle est jolie, mélancolique et envenimée par le regret de posséder un mari violent. Elle fait partie de l’une des connaissances de Naa qu’elle a rencontré au Doppel, sans véritablement être une amie proche. Bien que ses jambes se soient ouvertes devant moi, sa bouche est restée scellée  dans l’insouciance. Je n'ai rien pu obtenir de ma proie ni une adresse, pas même un numéro de téléphone. Je n’ai su que plus tard que celle-ci était déjà mariée à un conjoint, et que tous les deux ont été dans l’obligation d’accepter une peine de mort par l’Incontestable. Je n’ai aucun regret, car cela fait partie du jeu. Les retombées qui parsèment mon chemin sont nombreuses et nécessaires.

Lorsque on vient à être dépossédé d’amour, la persuasion, la séduction et l’intimidation restent des outils de travail valables.

Un nouveau départ marque donc le début de cette traque. Changement de motel, changement de coiffure et de vêtements, et un deuxième téléphone en service afin de rompre toute traçabilité avec les Sun Yee On et la morsure rancunière de Naa sur moi. A ma demande, deux spécialistes en informatique financés par le Doppel ont pu investiguer les retombées dramatiques de cette dernière soirée. Le bilan a été claire : Plusieurs failles de sécurité ont été compromises en l'espace de quelques minutes. Mais la connexion parasite demeure intraçable. Une hackeuse pour le compte des Sun Yee On ? Naa devient vraiment une créature dangereuse. Et pourtant, les résultats ne parviennent pas à me surprendre. Autant sur les pistes de danse qu’autour d’un verre échangé, elle a toujours assumer pleinement son attitude de lionne indomptable.  

-----------------------------------------------------------------------------------------------

Plusieurs jours se sont écoulés.

Crochet du droite. Uppercut du gauche. Coude dans la trachée. La même opération se répète inlassablement, mon style de combat de rue étant tout aussi précis que "sale". L'œil fatigué et injecté de sang, je me retrouve entièrement nu à l’intérieur de ma chambre d’un motel ancien et moisi, pratiquant des exercices physiques pour consolider mes réflexes. La panique et l'adrénaline agissent comme deux puissants stimulants. Mes pensées se bousculent Je me sens dans un état mêlé d'euphorie et de rage, presque hypomaniaque. Certains de mes coups viennent heurter le mur en toute insouciance. Les poings en sang, le miroir de la salle de bain est brisé. Le congélateur en morceau. Les parois s’effritent sous mes assauts. Je suis un fauve déchaîné à l’intérieur d’une cage et la douleur ne parvient pas à m'arrêter … mais à m’ordonner de me salir toujours plus les mains. Car, dans ma tête, la sonate de la guerre sonne aussi fortement que les sifflements des mortiers.

Dans la chambre voisine, j’ai avancé une certaine somme afin d’embaucher un hacker vietnamien reconnu par certaines de mes anciennes connexions. Pas de nom, ni aucun contact visuel n’est réalisé entre lui et moi, hormis des messages écrits qui sont transmis via des post-it depuis nos deux fenêtres voisines. A l’inverse de Naa, je suis plutôt de la vieille école. Je ne parviens pas à me complaire dans la technologie. C’est une approche qui me dépasse. En revanche, tel un caméléon, je viens me fondre dans la nature, à l’écoute des arbres, du vent et des odeurs des bêtes qui y règnent. Car le temps, aussi précieux soit-il, devient terriblement épuisant dans la durée.

Les palpitations de mon coeur manquent de sortir de ma poitrine. Je ne céderai pas le premier.

Soudain, des pas derrière la porte me font à nouveau sursauter, me poussant à brandir le canon d'un Glock immatriculé dans cette même direction. Ca y est, la Triade arrive … Non ? Apparemment pas. Fausse alerte. La huitième depuis ce matin. Si cette danse continue, je vais m'autodétruire et me plomber le crâne tout seul. Le corps sculpté et brillant de sueur, je cesse mes exercices lorsque mon premier téléphone vient à sonner. Tout en haletant d’une voix grave, j’attends patiemment avant de répondre en poussant mon index sur le haut-parleur.

Puis sa voix de prédatrice réapparaît dans les limbes comme un souvenir lointain.

C’est bien elle. Elle attise ma fougue de mille feux alors que je viens à faire les cents pas dans la pièce, son intelligence semblant être imperturbable par la situation. Elle accepte les ténèbres qui frappent déjà à sa porte comme un amant véritable. L’incertitude d’une vie courte et d’une mort lente. Pas de crise d’angoisses ou de panique. Uniquement du contrôle articulé avec une intonation très joueuse. Et dans son jeu, elle vient me présenter la preuve de son pouvoir en relatant des photos compromettantes de ma nudité de jeune bâtard asiatique.

Naa dans toute sa splendeur.

Foutu Sun Yee On de merde. Elle est décidément bien plus dangereuse que je ne le pensais. Sa fuite a été parfaitement orchestrée, et ce genre de coup n’a apparemment pas été à son premier coup d’essai. Souvent, mes proies font des erreurs. Elle, pour le moment, aucune. Ce qui ne fait que confirmer sa trahison. Gérer cette fuite toute seule en étant ainsi préparée, vraiment ? Elle ne bluffe personne. Impossible qu’elle ait pu improviser une porte de sortie si solide. Relevant mes cheveux ébouriffés en un court chignon, je viens attraper un message de mon voisin si précieux par le biais de la fenêtre.

***Difficulté à tracer son appel. Impossible. Besoin de plus de temps.***

Je suis donc dans l’obligation de tenir la jambe à cette vipère ... Soit. Elle va s’en prendre plein la gueule, celle-là. En puisant dans une profonde inspiration, mes poumons se gonflent avant de déployer la plus lourde insulte jamais crée en ce bas-monde :

“Tricheuse.”

Si seulement j'avais pu anticiper ses compétences en hacking, le scénario aurait pris une toute autre tournure. Tout en inspirant profondément, je me laisse retomber sur le matelas de mon lit grinçant avant de croiser mes jambes l’une au-dessus de l’autre. Malgré mon visage pâle et fiévreux, je parviens à modérer mon souffle en lui répondant d’une voix suave et éloquente.

“Si à la vue de mes promenades de santé, ta lingerie décide de retomber, fais-le moi savoir. Je suis avide de connaître toutes tes pensées.”

Le dos de la main mutilée contre ma bouche, le goût écoeurant de mon propre sang stimule la sensibilité de mon esprit. Une excitation perverse commence à augmenter, flattant mon membre masculin qui pourtant refuse de se détendre lui aussi. Puis, sans parvenir à rester tranquille, je me relève d’un bond en coinçant un stylo dans la bouche en restant debout devant un plan de la ville accroché au mur. Je ne sais pas où se trouve Naa actuellement. Avec un peu de chance, je pourrais parvenir à trianguler sa position. Si elle n’était pas autant dans la défensive, j’aurai pu conclure qu’elle serait partie du pays. Mais sa puce l’aurait obligé à revenir ici au Japon tôt ou tard.  

“C’est dommage de ne plus te voir courir au parc du Hama Rikyu Gardens. Ton endurance légendaire, le mouvement perpétuel et maîtrisé de tes jambes, même après une boîte de six Takoyakis … Tu me fascines.”

Avec l’extrémité du stylo, je tapote un cercle entouré en rouge parmi tant d’autres. Plusieurs localisations habituelles dont son domicile, certaines restaurants habituels …  Ces informations ne découlent pas de ces derniers jours. Je dois admettre que j’éprouve un certain plaisir à suivre certains fidèles clients du Doppel, surtout celles et ceux dont je viens trouver des secrets avant de les faire chanter pour mon propre bénéfice.

“J’ai bien reçu ton joli mot. Ta demeure est chaleureuse, et les effluves de lavande qui y règnent ont été un véritable réconfort malgré les poils de ton félin. Je suis navré pour les bouteilles, mais je m’autorise à trinquer uniquement pendant les moments de deuil ou de retrouvailles. Ce moment n’est donc pas encore venu.”

Je me souviens très clairement de son appartement. D’ailleurs, je ne suis pas si loin que cela. En effet, je parviens à percevoir la fenêtre de sa cuisine à l’aide de jumelles. En ayant endossé l’apparence et le rôle d’un concierge, je suis parvenu à m’infiltrer dans son domicile depuis hier. Un Karambit à la main, je n’ai fais que découvrir l’organisation ordrée de ses chambres et la couleur pétillante de ses sous-vêtements. Un paquet a donc été déposé délicatement sur la table de sa cuisine au centre d’une couronne de lotus teintés de noir. La signature d’un assassin à la retraite. Autrefois, le phosphore blanc a déjà été utilisé à des fins de déforestation de camps ennemis au Vietnam. Bien que cette bombe incendiaire soit interdite par le droit international, ses composants sont encore disponibles au marché noir. Il n’a suffit que de passer plusieurs coups de fils et obtenir un expert afin d’obtenir une bombe artisanale. Cette bombe à émetteur est bien la représentation de tout mon amour envers Naa.

Une vague enflammée, passionné et douloureuse.

***Fréquence d’un train identifié pendant l’appel. Cible à proximité d’une gare ? Continuez de parler.***

De nouveaux traits s’affichent sur ma carte avec un point d’interrogation sur chaque gare ferroviaire. Les informations sont encore pauvres, nous ne faisons qu’effleurer de maigres indices. A nouveau, je recommence à faire les cents pas tout en me massant distraitement le front.

"L'argent, le matérialisme… Tu penses que tu peux m'avoir ainsi comme n'importe quel homme de notre époque ?"

Je m’imagine un seul instant dans cette existence familiale avec une femme mariée et aimante, peut-être issue de la bourgeoisie, en ayant l’esprit léger et la panse toujours pleine. Mais ma destiné est déjà toute tracée : je terminerai mes derniers jours dans les bas-fonds de la solitude et du déshonneur.

"Fais-moi mal, Naa. Assure-toi de le faire très bien. Le jour où j’aurai quelque chose à perdre, je te le ferai savoir.”

Le visage dénué de toute émotion, je viens observer les croûtes ouvertes de mes jointures en formant un poing solide. Je vais y aller à fond jusqu’à fracturer mon esprit. Une nouvelle fois.
☠ You've been hacked ☠

Messages postés : 146
Inscrit.e le : 24/07/2019

Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Nope
Autre: #000000
- Tricheuse.

Magoichi, je t’ai connu avec davantage de verve. Le mot tombe, lourd, empêtré dans la toile de mensonges qui s’est tissée entre eux. Un sourire narquois étire les lèvres de la jeune femme. Du bout des doigts, elle pianote sur un accoudoir de son fauteuil. Le buste légèrement redressé vers l’avant, elle attend la suite. Magoichi ne saurait se satisfaire d’une simple insulte, banale qui plus est. Après tout, n’avait-il pas prouvé un certain talent dans l’art de proférer des menaces ? La voix grave et doucereuse prend la relève, couvre chacune des paroles d’un voile mortel. Le sourire de la jeune femme se fâne progressivement. Inévitablement, elle songe aux faiblesses qu’elle lui a permise de dévoiler. Si ses recherches sur Magoichi lui permettent de brosser un tableau précis de son passé, elle sait désormais le danger qu’il peut représenter pour elle.

Une alerte sur l’un de ses écrans interrompt le fil de ses pensées. Avec un froncement de sourcils imperceptible, elle pivote légèrement sur son fauteuil. Ses doigts, habiles danseurs, prennent le relai sur le clavier posé sur ses genoux. Le pli entre ses sourcils se creuse tandis qu’un sourire mauvais dévoile ses dents d’une blancheur immaculée. Les paroles de Magoichi grésillent dans son casque mais elle ne les écoute que d’une oreille distraite. D’un claquement de langue elle ponctue le silence qui s’est de nouveau installé entre eux. Magoichi a terminé de proférer ses menaces, il attend désormais la riposte. Naa se laisse aller contre le dossier de son fauteuil et soupire, relâchant une partie de la pression qui tend ses épaules et son dos.

- Hum avec ce que j’ai appris sur toi, je pensais que tu faisais cavalier seul. Je suis déçue.

Le doigt suspendu au-dessus d’une touche de son clavier, elle la presse d’un geste théâtral, mettant en branle une série de programme qu’elle vient de lancer. Sa voix se fait dure, aussi tranchante que le fil d’un rasoir.

- L’est pas trop mauvais ton p’tit gars mais clairement pas assez discret. J’vais lui donner de quoi s’occuper un peu histoire qu’on puisse discuter en toute intimité.

Puis la tension s’évapore aussi vite qu’elle est apparue. Naa soupire et fait rouler ses épaules. Du coin du regard, elle surveille les lignes de codes qui défilent sur son écran principal.

- C’est quand même la deuxième fois que tu abordes le sujet de te faire du mal, Magoichi, commence-t-elle d’une voix exagérément lente, pleine de flegme, si je n’avais pas pris le temps de fouiller dans ton passé, j’aurais vraiment fini par croire que tu verses dans le sadomasochisme.

Elle s’interrompt, prenant le temps de formuler ses prochaines paroles. Les images de la scène sur laquelle ils s’étaient quitté ne cesse de la hanter. Elle ne comprend toujours pas l’élan suicidaire qui l’a poussée à se confronter à lui. Lorsqu’elle avait découvert sa véritable identité, ainsi que la série de gadgets qui parsemaient le fond de sa baignoire, pourquoi n’avait-elle tout simplement pas pris la tangente ? Un simple sourire, une excuse bidon et le tour aurait été joué. Elle soupire, ne cherchant même pas à cacher sa lassitude dans le micro. Quelles pensées non meurtrières pouvaient bien traverser l’esprit de Magoichi en cet instant ?

- Tu ne m’as pas vraiment laissée le temps d’en placer une, la dernière fois, avant de sauter sur des conclusions. Je te demande de m’écouter pour cette fois-ci, s’il te plait.

Naa place sa voix, impose un léger ralentissement. De l’autre côté, Magoichi n’a l’air d’émettre aucune protestation. Peut-être espère-t-il encore être en mesure de gagner du temps pour le hacker qui travaille à ses côtés ? La pensée lui tire un rire nasal, sans doute imperceptible de l’autre côté du combiné. Les mots se placent progressivement dans l’esprit de la jeune femme et c’est, avec une franchise déconcertante, qu’elle décide d’aborder la négociation.

- Honnêtement, si j’avais su qu’en te balançant à la figure ta véritable identité on aurait abouti sur cette situation, je me serais abstenue. J’ai pas été spécialement maline à agiter ton nom, comme ça, sous ton nez mais, crois-le ou non, j’avais surtout envie de te déstabiliser un peu et de voir de quoi t’étais fait. Je te l’ai dit pourtant, “tu me perturbes” et encore aujourd’hui, même avec tout ce que je sais sur toi maintenant, “je ne sais pas quoi penser de toi”.

Elle marque une légère pause puis reprend rapidement, de peur que Magoichi ne prenne de nouveau le relai.

- En tout cas, maintenant, j’en sais suffisamment pour me dire que j’ai plus très envie de me retrouver dans le mauvais camp, celui que tu considères comme l’ennemi. Les “Sun Yee On”, hun ? Crois-moi ou non mais, avant de fouiller dans ton passé, j’dois avouer que j’connaissais même pas ce nom. T’as vraiment cru que j’faisais partie de leurs magouilles ?

Elle sourit, laisse échapper un rire aigre puis enchaîne.

- J’te l’ai dit pourtant, j’suis plutôt du genre à faire bande à part. Et, pour être encore honnête avec toi, j’verse pas trop dans ces milieux là, moi.

Les révélations sur Magoichi lui avaient permis de mieux appréhender cet instinct de traque qui transpirait par chacun des regards du vigile, cette veille permanente dont il semblait être la proie. En revanche, les exactions auxquels il s’était donné par le passé lui avait passé toute envie de compatir avec son sort. Mais ce qu’elle pensait de lui, bien entendu, Naa ne comptait pas le lui révéler. Pour le moment, elle devait faire étalage de tout son pouvoir de persuasion pour que Magoichi cesse de nourrir des pensées mortelles à son égard.

- Il n’empêche qu’en fouillant j’ai déterré quand même pas mal de choses parmi tous les cadavres que t’as semé derrière toi...Plus de choses que je ne l’aurais voulu d’ailleurs. J’me dis qu’avec ce que j’ai récolté sur ton ennemi intime, les “Sun Yee On”, tu serais peut-être en mesure d’inverser la donne. Ou du moins de jouer à armes égales avec eux parce que, j’dois bien l’avouer, pour le moment je ne donne pas cher de ta peau. T’as conscience que c’est vers toi que j’suis venue, hun ? Alors que j’aurais pu chercher leur vendre pas mal d’informations intéressantes. Disons que j’préfère miser sur un cheval que je connais un tant soit peu, même s’il part pas vraiment favori de la course.

Naa marque une pause, presqu’à court de souffle. Un comble pour une ancienne athlète de haut-niveau. Elle sait, elle arrive au dénouement de son argumentaire. Bientôt, elle ne pourrait plus que se fier en la capacité de Magoichi à changer d’avis. Une fois qu’il avait mis le grappin sur une cible, était-il seulement capable de freiner en plein galop et de changer son fusil d’épaule ? La bouche sèche, Naa fronce les sourcils. Magoichi devait s’agacer de l’autre côté du téléphone à l’entendre déballer son argumentaire. Avait-il seulement pris la peine de l’écouter et de lui donner une chance ? La jeune femme soupire puis reprend d’une voix ferme.

- Personnellement, j’vois pas trente-six solutions : soit on continue de se balancer des menaces et l'un de nous finit par céder soit on essaie de coopérer et de trouver un terrain d’entendre où chacun s’en sort sans trop de dégâts.

J’tiens à la vie, moi tu sais, a-t-elle envie de lui crier.

- Alors on fait quoi maintenant, Magoichi ? lâche-t-elle, au bout du compte.
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Revenir en haut
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum