Yoroshiku Onegai Shimasu! [Fox x Tomoe] 200803042355296862

— Just Married —

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Le claquement des talons de Tomoe sur le trottoir ressemble aux secondes égrainées par une sinistre horloge. Sinistre à ses oreilles, du moins. En cette journée à marquer d’une pierre blanche, chaque minute qui s’écoule la rapproche d’une épreuve qu’elle n’est pas sûr de pouvoir relever. Elle dramatise, et elle en a conscience, mais ce réalisme est combattu par une drôle de sagesse qui philosophe que chaque obstacle ne doit pas être jugé par rapport à ceux surmontés par les autres mais à ceux qu’on a soi-même déjà franchis. Et étrangement, pour Tomoe, ce nouveau travail ressemble au plus grand challenge auquel elle a jamais été confronté – « étrangement » parce qu’il ne serait pas absurde de soutenir qu’elle a vécu pire qu’un premier jour de boulot. Sauf que ça n’a aucun rapport et elle ne met donc pas ces évènements sur le même plan.

Elle va devoir prendre des responsabilités. Ce mot lui fait peur. Elle n’a jamais vraiment eu à se montrer responsable. En tant que mannequin, elle laissait sa mère diriger sa carrière et les photographes, stylistes ou autres diriger ses gestes durant les shootings. Elle allait où on lui disait d’aller, prenait la pose qu’on lui demandait. Ses responsabilités se limitaient à sa petite vie quotidienne. Elle n’avait à s’occuper que d’elle et là, elle va se retrouver en charge de toute une entreprise. Qu’elle ne soit en charge que de la comptabilité et d’une petite entreprise, pas de tout Nintendo, c’est du détail.

Heureusement, une pointe de joie à l’idée d’échapper à cette vie de marionnette l’aide à garder un pas régulier et à ne surtout pas prendre ses jambes à son cou. Mais elle hésite encore quant à savoir si se rendre à l’agence à pieds était une bonne idée. Prendre un taxi l’aurait empêchée de faire demi-tour. Ou pas, en fait : un contre-ordre est vite donné. Et là au moins, elle s’aère l’esprit. Elle regarde autour d’elle la foule de salarymen pressés, essaie de copier l’air assuré des business women qui naviguent entre eux. Paraître aussi froide n’est pas dans ses intentions, d’autant qu’elle n’a pas menti sur son manque d’expérience, mais elle aimerait pouvoir cacher la panique qui lui monte à la gorge.

La boule l’étouffant enfle de plus en plus. Plus que deux rues. À droite au prochain croisement puis à gauche deux cents mètres plus loin, en face du magasin de cosmétiques. Elle a repéré l’itinéraire plusieurs fois, sur Internet et même en faisant deux fois l’aller-retour la veille. Manquerait plus qu’elle se perde et arrive en retard ! Et pourtant elle doute, toujours. Elle doute jusqu’à se trouver devant la porte du bâtiment. Elle doute dans le hall, et demande l’étage au gardien de l’immeuble. Il confirme ce dont elle se souvenait, mais au moins, à présent, elle est sûre.

Puis elle doute de nouveau dans l’ascenseur. Plus de sa destination mais de nouveau d’elle-même. Un regard en coin vers la glace recouvrant l’une des parois la rassure – un peu. On ne peut pas trop se tromper en portant un tailleur gris. Le col de sa chemise blanche, imitant un foulard et noué lâchement sous la gorge, apporte un peu de fluidité à cette silhouette rigide, tant dans ses lignes que dans ses mouvements, tandis que ses pendants d’oreille représentent la touche personnelle qui lui paraît indispensable quand on travaille dans la mode. Au moins, si on se rend compte qu’elle est à côté de la plaque et complètement déplacée, ce ne sera pas dès le premier coup d’œil. Elle aura peut-être eu le temps de montrer aussi ses qualités.

Les doubles portes finissent par s’ouvrir. Elle n’a jamais été aussi proche. Remontant sur son épaule la bandoulière de son sac, elle prend une grande inspiration avant de s’avancer. Que la sonnette soit activée d’un doigt tremblant, cela ne transparaît pas dans le son que Tomoe saisit depuis l’extérieur mais l’encourage à pousser la porte plus fermement que ses membres liquéfiés ne l’auraient fait spontanément. Et ainsi, elle se retrouve à l’intérieur. Toute fuite – si tant est qu’aucune ait jamais été envisageable – est maintenant impossible.

Son regard est immédiatement attiré sur sa droite. Les bruits, les exclamations appréciatrices ou critiques la plongent dans un bain familier qui la calme un peu. Elle n’est pas totalement perdue dans l’inconnu : elle connaît ce milieu, tout de même. Et elle a des choses à dire dessus, elle en a vu quelques ficelles et s’est déjà amusée à tirer sur certaines d’entre elles, poussée par le même instinct que ces gamins qui arrachent les ailes des mouches sous prétexte de curiosité. Cette idée lui provoque un sourire presque détendu.

Celui-ci s’efface vite lorsqu’elle se rend compte que quelqu’un se tient devant elle. Depuis combien de temps ? Elle se tourne dans un sursaut, s’empresse de joindre ses mains devant elle et s’incline profondément sans même lever les yeux vers son interlocuteur :

- Bonjour ! Je suis Tomoe Shibata, la nouvelle comptable.

@Fox Russel
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