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12 février 2114

Il y avait eu une coupure de courant dans la nuit... Oh, pas dans l'intégralité du quartier, hélas. Si ça avait été le cas, ça n'aurait pas été mon problème. Non... Les plombs avaient juste sauté dans le dojo et, parce que sinon c'était pas drôle, je n'avais pas sous la main ce qu'il aurait fallu pour remplacer et relancer... Relancer « tout », en fait... Chauffage, chaudière pour l'eau des douches... J'aurais presque pu tenir sans tout ça et envoyer un élève au kombini du coin dès l'ouverture des portes. Mais « pas d'électricité » signifiait également « pas de café » et ça, ce n'était pas concevable. Du coup, réveillé par le froid aux alentours de quatre heure du matin, j'avais enfilé ce que j'avais de plus chaud comme jogging avant de quitter les lieux. Un des avantages du Japon, c'était les quinze mille et quelques distributeurs qui habillaient chaque coin de rue et dans lesquels on pouvait trouver tout et n'importe quoi. Le désavantage, c'était qu'il y en avait tellement que trouver « le bon » relevait parfois du parcours du combattant. J'avais déjà fait deux fois le plein de caféine infâme et trop diluée, couru un bon nombre de kilomètres entre chaque spot, lorsque je tombai enfin sur le Graal. Mes achats en poche, et le temps de faire le trajet de retour jusqu'à la salle, il était déjà presque l'heure d'ouvrir les portes. Le temps que l'espace se réchauffe, les plus matinaux allaient clairement devoir se secouer pour supporter la température ambiante ! Bref, j'avais à peine dormi et j'étais frigorifié, mais la cafetière ronronnait de nouveau. Tout allait bien ou presque, sinon mon humeur qui n'était pas exactement égale après cette très agréable nuit...

Dix heures du matin, il commençait enfin à faire bon et la « chaleur humaine » n'y était pas pour rien. Pas uniquement celle de la franche camaraderie, faut pas déconner ! Non... Juste celle créée par le mouvement car je n'avais épargné personne et surtout pas moi. Il était temps de faire une pause avant l'arrivée des élèves du prochain cours et je la passai à vérifier que tout fonctionnait correctement du côté du disjoncteur. Pas de flammes, pas de bruit bizarre... Sur le papier, ça sonnait bien. Pourtant, en revenant vers l'accueil, je découvris une assemblée d'utilisateurs qui me laissa perplexe. Quoi encore ? Si quelqu'un avait renversé le café, j'allais le démarrer !

« Sensei ! Un de mes collègues me repéra et m’appela, dispersant rapidement la nuée de moineaux autour de nous même si tout le monde semblait me regarder comme si une deuxième tête venait de me pousser. Ça puait... J'avais pourtant payé les factures, ma moto était correctement garée, la cafetière semblait intacte... Est-ce que mes parents avaient appelé pour annoncer un malheur soudain ? J'avançai vers lui, l'expression neutre bien que loin d'être tranquille, jusqu'à ce qu'il me tende le courrier du jour... Le « courrier » tout court, même... Car en 2114, les boîtes aux lettres ne servaient plus qu'à une seule et unique occasion ou presque. Je m'étais figé, le regard posé sur l'enveloppe rose que me présentait le jeune homme sur le plateau formé par ses mains. Le facteur l'a confiée à Kyo. Il ne voulait pas vraiment vous la remettre personnellement, je crois... » Je n'avais toujours pas bougé. D'ici, je voyais parfaitement inscrit le nom du destinataire. Tora Kanashisa... Alors ça faisait ça comme effet, de voir son existence retournée du jour au lendemain par un bout de papier ? Je n'avais jamais reçu la missive m'unissant à Asuka...

J'avais fermé les yeux, inspiré profondément et tenté de décontracté l'intégralité de mon corps qui ne semblait plus vouloir m'obéir. C'était comme ça... Avais-je envie d'être de nouveau marié ? Non... Est-ce que ça me faisait peur ? Ouai, un peu quand même... Est-ce que je pouvais me permettre de flancher, de piquer une crise ou de me barrer ? Non... J'avais présentement dans les locaux une quarantaine d'élèves, les trois quart d'entre eux n'ayant jamais encore été unis. Pas mal de gosses, surtout. Que j'approuve ou non le système ne changeait rien au fait que je devais montrer l'exemple et, dans le cas présent, leur indiquer comment se conduire pour ne pas risquer de se faire exécuter pour refus d'obtempérer. Expiration... Je rouvris les yeux, hochai à peine la tête et acceptai la lettre. « Tu peux prendre le prochain cours en charge ? » Il acquiesça et m'adressa un regard inquiet mais ne me posa pas de question. C'était la règle. Une de mes règles... Pas de question qui n'étaient pas en lien direct avec la salle...

Je me posai au bureau des inscriptions avec ma tasse du jour « I don't have a short temper. I have a quick reaction to bullshit ». Vingt minutes plus tard, l'enveloppe n'était toujours pas ouverte. Allez Tiger... T'as plus de couilles que ça, non ? Agacé contre moi même, j’attrapai la lettre du gouvernement ainsi que le coupe papier. Voilà, c'était ouvert ! Un bon point pour moi ! Mais maintenant, il fallait lire le contenu même si je n'allais y découvrir que mon adresse et, avec un peu de chance, le genre de mon partenaire. C'était jamais gagné d'avance avec les prénom japonais qui étaient, très souvent, unisexe...

Catarina...

Une demoiselle, donc ? C'était assez probable étant donné l'écriture en katakana et son nom de famille étranger. Un poids de moins sur mes épaules, déjà, même s'il n'était définitivement pas dit que nous nous supporterions. Pour autant, si j'avais fait ce que j'avais eu à faire avec Asuka pour ne pas nous mettre en danger, nous en avions souffert l'un comme l'autre, alors... C'était sûrement très égoïste, mais oui, j'étais soulagé d'être tombé sur une femme... En espérant qu'elle se trouve dans le même état d'esprit, car il n'y aurait plus qu'elle... Plus que moi... Jusqu'au divorce ou bien jusqu'à la mort... Putain...

Catarina... Cat... Cat & Tiger... Si l'Incontestable avait tenté de faire de l'humour, ça me passait largement au dessus... J'avais besoin d'une clope, emportai papier, café et cancerette du côté de l'espace de pause puis à l'extérieur. Bunkyo-ku ? Au moins, nous n'habiterions pas bien loin du dojo... Et, à y réfléchir... Je reconnaissais même l'adresse pour être passé plus d'une fois devant l'étrange maison et avoir trouvé son architecture « sympa ». Si j'avais su...



La journée était passée et il était temps de me décider... Est-ce que j'y allais dès ce soir ? Ou bien j'attendais, peut-être ? L'expression inquiète d'Asuka s'imposa à mon esprit, le souvenir de ses traits tendus et fatigués lorsqu'on m'avait « escorté » jusqu'à notre cellule du Centre. Certes, je n'avais pas « choisi » de lui faire faux bon, mais... Je ne voulais plus renouveler cette expérience. Catarina et moi étions mariés et c'était comme ça. Il ne servait à rien de tourner autour du pot ou bien de reculer pour mieux sauter. Le plus tôt nous nous rencontrerions, le plus de temps nous aurions pour échanger avant de... Enfin... « Avant »...

Le temps de vérifier que tout était bien fermé et éteint, puis je pris la route pour découvrir notre demeure en laissant ma moto sur place. Il me semblait bien avoir vu un garage, mais... Si je me trompais d'adresse ? Autant la laisser là où je savais qu'elle ne risquait rien. Une cigarette pour me tenir compagnie, je suivis l'itinéraire que me proposait mon portable pour arriver à destination au bout d'une vingtaine de minutes de marche. Pas exactement la porte à côté, mais trop loin quand même... Et... Et c'était bien la maison que j'avais repérée... Ce remariage aurait-il eu lieu de la même façon si je n'avais jamais prêté attention à la « sky-house » ? Je ne le saurais probablement jamais... En attendant, il y avait bien un garage mais aucun véhicule n'y était installé pour le moment. Ni voiture ni moto... Pas même un vélo ou une trottinette électrique... Et je ne voyais aucune lumière animer l'intérieur, donc... Ouai, j'étais sûrement seul sur place. En même temps, nous n'en étions encore qu'à J-0. Le temps de voir venir...

Un escalier... Ce qui devait être un cellier ? Puis une nouvelle volée de marches et enfin une porte posée sur un balcon qui semblait faire le tour de la maison. Étrange configuration... Quelques chiffres tapés, retrouvés sur l'ordre d'union, et j'arrivai « chez nous »... Vide, comme je m'y étais attendu. J'en fus à nouveau bizarrement rassuré. Ça me donnait le temps de me poser un minimum...

Le tour des lieux fut très rapidement fait étant donné la simplicité du plan. Ça me convenait, même si j'aurais apprécié une salle de bain un peu plus grande. Au pire, j'avais toujours les douches du dojo... Le frigo et les placards étaient relativement bien garnis et je me trouvais finalement installé à une table basse pour manger dans cet espace qui m'était encore totalement étranger. Je n'avais pas allumé la télévision ni mis de musique. J'écoutai simplement le bruissement de la fontaine occupant un coin de la vaste pièce principale. C'était... Apaisant... Assez apaisant pour que je me décide à appeler mes parents...

« Hey Tyyyy ! J'avais appelé le portable de ma mère, mais c'était sans surprise Connie qui avait décroché et accroché un sourire au coin de mes lèvres.
-Salut Sis' ! Comment tu vas ? Du haut de ses douze ans, et ne s’inquiétant de rien, elle commença à me parler de ses professeurs et de ses copines avant de me demander des nouvelles d'Haven puis, finalement.
-Ah ! Maman est sortie de la douche ! Je te la passe ? J'avais surtout écouté jusque là, en plaçai enfin une.
-Oui, s'il te plaît... Je l'entendis courir dans la maison, annonçant que c'était moi. Un silence, puis...
-Tiger ! Je ne m'attendais pas à un appel aujourd'hui !
-Ouai, je sais... Désolé...
-Ne t'excuse jamais d'appeler, tu nous manques ! J'entendis Connie confirmer de loin... Est-ce que ça va ? Son ton avait changé et je savais qu'il ne servait à rien de décanter. Autant y aller franco...
-Je suis marié... Nouveau silence au bout de la ligne, puis...
-Oh... Est-ce que ça va ? Répétition de la même question, sur un tout autre ton bien plus inquiet.
-Ça ira... Il faudra bien... Un rire sombre... J'ai reçu la lettre ce matin et je suis seul chez « nous » pour le moment.
-Vous avez sept jours pour emménager, c'est ça ? Je tirai sur ma clope avant de répondre...
-Ouai... Y'a le temps...
-Hum... Je savais ce qu'elle voulait demander sans oser le faire, soufflai finalement.
-Je crois que c'est une femme... Catarina Brunner...
-Ah ! Tant mieux ! Enfin, je veux dire... Je sais qu'Asuka a souffert de votre mariage, même si tu faisais de ton mieux... Je balançai la tête avant de lâcher d'un ton sombre.
-Tu sais, même si c'est bien une femme, rien ne dit qu'elle sera hétéro... Une pause...
-C'est vrai... Désolée...
-T'inquiète, je sais que tu pensais pas à mal... J'avais pas grand chose de plus à dire, au final... Je te laisse prévenir Papa et expliquer à Connie ?
-Oui... Bon courage, mon grand... Et Tiger ? Ne doute pas de toi, d'accord ? Tu es quelqu'un de bien, mon fils... Une boule au fond de ma gorge. Ça serait tellement plus simple si j'étais réellement « son fils »...
-Ouai, si tu le dis... Salut Maman...
-Je t'aime ! Prends soin de toi ! »



14 février 2114

Catarina n'arriva pas ce jour là ni le suivant et je tâchai de trouver mes repères dans la maison, sans « elle » pour le moment. Je devais me lever plus tôt pour pouvoir faire ma routine matinale à la salle et ça piquait un peu le matin. D'ailleurs, j'avais eu toutes les peines du monde à quitter le lit ce jour là et était un peu en retard sur l'horaire... Tant pis, je ferais mes propres circuits dans la soirée et attaquerai directement sur les cours. Tant que j'y étais pour ouvrir à 8h, tout était bon... J'avais même le temps de prendre une douche avant d'avaler une demi cafetière... Cette dernière était en train de couler tranquillement dans l'annexe servant de cuisine, et je laissai l'eau brûlante percuter mon dos pour finir de me réveiller... 6h50, il était temps de sortir affronter le monde... Le temps de me sécher et d'enfiler un pantalon de jogging et un t-shirt, je me collai une baffe sur chaque joue pour reconnecter les neurones avant d'aller me servir le premier café du jour. Délaissant la table sur laquelle trônait encore un bout de papier destiné à Catarina indiquant l'adresse du dojo d'une écriture claire en anglais et très malhabile en hiragana, je commençai à boire debout devant la vaste baie vitrée donnant sur le parc en contre-bas. Le soleil n'était encore qu'une infime lueur à l'horizon...
Tora Kanashisa
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「Félins pour l’autre ?」

Cela faisait deux ans, depuis la dernière. Première. Quand était-ce, déjà ? Avril, quel jour… elle ne s’en souvenait plus. Ne voulait plus s’en souvenir. Ce rose trop joyeux, trop criard, se teintait d’une amertume douloureuse, le sentiment d’avoir été responsable de cet échec, la frustration aussi d’être à jamais liée à ce pays. A ses lois absurdes, à ses incontestables mariages. Le pénible souvenir d’un échec double, une fuite trop vite achevée, un mariage trop vite arrêté. Le soulagement égoïste d’avoir été libérée de ces chaînes, le remord silencieux de n’avoir pas su rendre ce qui lui était offert ; mais la reconnaissance aussi de ce qu’elle avait reçu, douceur d’une tendresse imméritée. L’ordre était tombé en libérateur et elle s’en était voulu, un peu, de le voir salvateur. Parce qu’elle n’avait pas assez donné, pas assez vite. Parce qu’elle n’avait pas voulu donner ; pas assez, pas assez vite. Comme un frein dans sa tête, dans son cœur, qui crissait toujours plus fort, comme un pique qui s’enfonçait chaque jour un peu plus à devoir sourire, embrasser. S’oublier. Elle avait passé de bons moments, certes. Mais à chaque coucher, chaque lever, elle sentait un peu plus ce poids dans son ventre, qui tirait, tirait, tirait si fort qu’il commençait à l’étouffer. C’avait été un tel soulagement, de se retrouver seule – se retrouver, simplement. Comment serait-ce, cette fois ? Allait-elle recommencer, encore, croiser une pauvre âme qui convaincue du système tomberait amoureuse simplement parce qu’elle le devrait ? Qu’elle ne pourrait aimer parce qu’elle-même était un peu cassée, pas très normale ? Elle qui tombait amoureuse, si vite, pour un regard, pour un parfum, ne pouvait le faire si on le lui demandait.

Le temps passé avait balayé un peu de sa colère, un peu de sa détresse, de n’avoir su échapper à ce sort qui l’attendait. Elle avait délaissé ses rêves de romance, ses espoirs de grand amour ; non. Grand Amour. En majuscule, comme dans les livres d’enfants, où le protagoniste peut vaincre le démon et défier les dieux pour retrouver son âme sœur, où malgré le sort s’acharnant les sentiments finissent par apparaître, parce que cela ne peut être que cela : le Destin. Catarina avait compris, finalement, que ce mot n’avait guère de sens et que du destin, elle ne devait guère en attendre quoi que ce fut. Elle était entrée dans ce monde, triste, gris, des adultes apathiques, loin des couleurs de l’enfance aux songes audacieux. Trop à faire, dans cette épuisante réalité, pour se bercer encore d’illusions. A moins que… ? Peut-être que tout cela, c’était pour en arriver là… ? Que toutes ces épreuves, que tous ses échecs, étaient pour la mener exactement là où elle en était, ce jour-là. Entre le monochrome d’un gris trop bien décliné et le pétillant d’un monde saturé de couleurs par milliers elle voguait sans trop savoir où s’arrêter, cherchant sa place parmi ces décors changeant. Existait-elle seulement pour elle, quelque part ? Peinte en rose, aujourd’hui. Demain. Pour tous les prochains jours qui feraient de ce mariage son mariage.

Elle secoua la tête, soupira, malmena un peu plus la lettre entre ses doigts sans parvenir à se décider à l’ouvrir. Posée, reprise. Reposée. Les cents pas dans son petit studio tandis qu’elle se mordillait la lèvre, incapable de s’arrêter. Certains parfois passait des années épargnés de ce poids, désespérant que l’equation trouve solution, espérant chaque jour que dans la besace du facteur se glisse un courrier rose à son nom ; vingt-et-un ans et déjà remariée. Elle en avait honte. Un regard à l’heure : il était tard, déjà. Il lui faudrait se lever tôt, demain, mais elle savait être incapable de trouver le sommeil ; et quel sommeil, quand il se peuplait de tant de cauchemars ? Cette nuit toutefois elle ne penserait qu’à cela, ce papier mystérieux qu’elle n’aurait pas osé ouvrir, ce nom encore caché qui lui nouait déjà la gorge. Une femme ? Un homme ? Une personne jeune ou vieille, gentille ou non ? Et si c’était quelqu’un… pas comme il faut ? Un nouveau soupir, lourdement chargé de ses interrogations trop nombreuses, et elle se laissait tomber sur son lit, reprenait la lettre. L’observa, de tous les côtés, le cœur battant. T’as connu pire, pire qu’ouvrir une enveloppe. Pourtant elle ne s’en était pas sentie la force, à cet instant, de perdre peut-être encore son identité. Dos basculant sur le matelas moelleux, elle avait contemplé le plafond en silence, l’esprit saturé par les pensées qui s’agitaient.

Tora. Tora Kanashisa. Catarina Kanashisa. Il était trois heures cinquante-sept du matin, elle avait somnolé vaguement sans que l’énergie ne parvienne à céder le pas au sommeil. Trop de curiosité pour se laisser aller contre Morphée et ses capricieuses étreintes, aussi la jeune femme s’était-elle finalement relevée pour récupérer sa lettre. Dans un couinement de douleur elle avait un peu tangué et percuté l’angle de la table de la hanche, avait attrapé sa lettre pour retourner en trottinant jusqu’à la chaleur de ses couvertures. Là, dans la lueur douce de sa lampe de chevet, elle s’était décidée à en dévoiler le contenu. Tora. Le tigre. Comment serait-il, féroce ? Imposant ? Libre ? Agressif ? Avec un peu de chance c’est juste un tigreau. Un peu pataud, attendrissant. Elle voulait y croire. Elle devait y croire. Lire ces quelques lettres, sommaire désignation de celui qui serait désormais une partie de son existence, lui avait semblé étourdissante épreuve ; elle s’était mordillé la langue, inquiète, roulée en boule dans le lit en délaissant ce morceau de papier, craignant les lendemains qui se profilaient à l’horizon. Et les heures s’étaient écoulées, lentement, jusqu’à la nouvelle l’aube.

Elle n’avait pas dormi depuis deux jours à présent. La fatigue se faisait d’autant plus lourdement sentir qu’elle appréhendait son arrivée dans les lieux, ce premier pas qui serait décisif, cet instant qui serait un non-retour. L’adresse, le nom ; ils tournaient dans sa mémoire, lus et relus trop souvent pour qu’elle parvienne à les oublier. Sans doute était-ce pour cela qu’elle était partie si tôt, ce matin-là. Bunkyō. Ce n’était pas sur sa route mais le détour serait léger et elle avait un peu de temps devant elle ; assez pour se perdre dans ce trop grand quartier, découvrir rapidement la demeure, prendre ses premiers repères. En d’autres temps, peut-être aurait-elle craint de le faire seule ; plus maintenant. Non qu’elle n’ait pas prévenu ses proches, mais elle ne voulait pas être encore un poids, encore un fardeau, pour eux qui avaient déjà leurs propres tourments. Leurs propres familles. Un message à sa mère ; « Ça va aller ma chérie, appelle-moi si tu as besoin ♥ ». Elle avait souri de cette réponse, heureuse de ce lien renouée entre elles, malgré les kilomètres qui les séparaient, malgré le temps passé qui ne saurait être rattrapé. Un message à Yuki-san, qui l’avait assuré de son soutien. Il viendrait l’aider si elle avait besoin, avait-il dit ; il en était désolé, avait-il dit. Désolé. Elle aussi l’était, désolée. Désolée pour elle-même et désolée, un peu, pour ce tigre qui héritait d’un chaton.

Sitôt le métro quitté que ses pas l’avaient porté au travers des rues animées, guidées par la voix mécanique de son application. Elle ne connaissait guère le quartier que pour y être venue quelques fois pour des travaux avec la faculté, quelques sorties entre amis également. Pas assez pour se repérer néanmoins ; y avait-il seulement un endroit où elle puisse aller en sachant se repérer parfaitement ?

Elle l'avait déjà vu, cette maison. Aperçue, plutôt, observée un peu émerveillée. Sans jamais s'approcher, avait été émue par cet équilibre qui ressortait. Comme si elle voulait s'évader, les porter. Au plus proche du ciel pour offrir leurs songes aux nuages, qu'entre les nuées s'oublient les difficultés. Immobile devant la porte, elle retint son souffle, hésitant. Nouvelle maison. Nouvelle vie. Nouvel époux. Elle se souvenait de sa première fois, lorsqu'ils étaient restés sur le seuil de leur appartement, volant un jour de liberté par quelques heures de bavardage. Le pourrait-elle aussi, ouvrir la porte pour satisfaire sa curiosité sans entamer le compte à rebours ? Elle n’en était pas certaine, ne sachant même pas réellement à quel moment ledit seuil serait franchi. Ce n’était pas grave, elle viendrait ce soir, pour s’assurer que les lieux étaient toujours bien vides ; à présent qu’elle était là, la curiosité la tenaillait aussi fortement qu’excitation et anxiété. Ca fait à peine deux jours, il n'est probablement pas encore arrivé. Un jour et demi depuis qu'elle avait trouvé sa lettre rose. Qui irait si vite ? Et puis, c'était la St Valentin, aujourd'hui. Peut-être Tora la passait-il avec la personne que son cœur avait choisi, mains liées par un statut qui empêchait de se laisser aller à toute tendresse, au revoir le jour de l’Amour. A moins qu'il ne soupire simplement en songeant qu'il lui faudrait bien y aller dès le lendemain - du moins l'espérait-elle, car la cellule n'était pas de ses projets. Et s’il ne venait pas du tout ? Devrait-elle l’appeler, le contacter ? Curseur posé sur la barre de recherche, elle avait hésité à entrer son nom dans les réseaux sans jamais en franchir le pas, trop inquiète de savoir ce qui se dévoilerait ; en retardant la découverte, peut-être pourrait-elle inverser le mauvais sort. Mais il ne serait pas là, aujourd'hui. Après tout, ce serait gênant, n'est-ce pas ?  
Il était très tôt encore, trop pour les gens normaux – trop pour elle en temps normal, à dire vrai. Une brève secousse de la tête et plongée dans ses pensées, elle franchit l’entrée sans prêter attention à la moto garée dans l’ombre, gravit les escaliers lentement laissant courir les doigts sur la rambarde. J'ai pas intérêt à me casser une jambe. Pas d'ascenseur, retour à une rusticité qui avait son charme propre ainsi qu’un certain inconvénient : à peine trois marches et yeux rivés sur le plafond à la recherche de ce qui se dévoilerait à la remontée que déjà elle manquait tomber. Un regard en arrière une fois arrivée au balcon et un sourire étirait ses lèvres face au spectacle de la ville, au loin ; c’était étrangement apaisant.


Enfin, un lecteur de code s’afficha devant une porte d’entrée et, soulagée, elle se fit la réflexion qu’il lui suffisait finalement de la déverrouiller, observer rapidement les lieux avant de disparaître aussi rapidement qu’elle était venue. Ce devrait fonctionner, n’est-ce pas ? elle n’en était pas certaine mais le corps agissant plus vite que l’esprit, ses doigts gantés étaient déjà afférés à tapoter les chiffres indiqués sur le papier ressorti. 986 – 543 – 35… Sa main resta un instant en suspension, hésitante : 3. Avec un mince bruit annonçant le déverrouillage, la porte s’ouvrit sitôt qu’elle en eut actionné la poignée pour dévoiler un vaste espace douillet, loin de tout ce qu’elle avait imaginé. L’agencement lui semblait aussi simple qu’extravagant mais, n’osant s’avancer, elle ne pouvait déterminer si toute la maison pouvait recevoir tels qualificatifs. Quelque chose en revanche attira rapidement l’attention de la jeune femme ; quelque chose, ou quelqu’un. Une silhouette, haute, large, qui se découpait sans mal dans les premiers rais du jour. Etait-ce lui, Tora ? Non, il lui semblait trop… trop. Trop adulte, quelque chose comme ça. Probablement le grand-frère, venu procéder aux premiers aménagements avant la venue du cadet. Bien sûr, c’est le grand frère. C’était plus rassurant ainsi, quand bien même n’était-ce que pour les quelques secondes jusqu’aux présentations.

- Bonjour ? Je… Je suis Catarina. Excusez-moi, je ne pensais pas que… il y aurait déjà quelqu’un.

Ce serait toutefois terriblement logique, n’est-ce pas, une rencontre entre Tora et Cat dès potron-minet.
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Planté devant la baie vitrée, je laissai les secondes et les minutes s'écouler tandis que le soleil pointait tranquillement le bout de son nez et illuminait peu à peu le parc. Je m'en voulais presque de trouver ça « beau », car une vue agréable pouvait-elle effacer à elle seule le restant du tableau ? Le reste, c'était cette étrange maison entre ciel et terre à laquelle j'étais désormais enchaîné... C'était la femme qui allait m'y rejoindre aujourd'hui, ou demain... Ou dans quelques jours, peut-être, à moins que nous ne nous rencontrions finalement en cellule... C'était le moniteur qui, pour le moment, n'affichait encore que le décompte du temps disponible pour valider l’emménagement et qui bientôt nous dicterait chaque geste que nous devrions avoir l'un pour l'autre... Le reste, c'était le fait que je ne pourrai probablement pas aller voir ma sœur cet été, comme je le lui avais pourtant promis... C'était les quelques voyages que j'avais prévu sans poser de date, censés enrichir mes connaissances martiales, et qui ne pourraient pas non plus avoir lieu... A moins que Catarina ne m'accompagne, peut-être ? Encore fallait-il qu'elle soit volontaire pour ce genre d'aventure et que l'Incontestable approuve ce type d'initiative. La question n'avait pas eu le temps de se poser du temps d'Asuka, trop secoué pour songer à aller voir ailleurs... Mais et maintenant ? Quelle forme allaient prendre les liens m'attachant à ce pays, à mon épouse ?

J'avais retenu un soupire, l'avait noyé dans une gorgée de café. Ça manquait de quelque chose, non ? De nicotine sûrement... Le temps de trouver mon paquet, mon briquet... Puis d'hésiter encore une fois. Il faisait froid dehors, mais je ne m'étais pas encore permis de fumer « dedans ». Pour ce que j'en savais – c'est à dire absolument rien - , la nouvelle Madame Kanashisa pouvait aussi bien fumer comme un pompier qu'être totalement réfractaire à l'odeur du tabac. Est-ce que je pouvais juste « m'en foutre » ? Probablement, mais... Asuka n'aimait pas être confronté à mes cancerettes, et j'avais pris l'habitude d'aller à l'extérieur. Ce n'était qu'un automatisme à prendre, à retrouver...

J'avais posé la main sur le panneau coulissant, m’apprêtais à sortir sur le balcon, lorsqu'un son inconnu attira mon attention. Était-ce un des appareils dans la cuisine ? Le disjoncteur, peut-être ? (Non, je n'étais pas traumatisé par la coupure de courant du dojo!). Sourcils froncés, je tâchai d'identifier l'origine du signal lorsque... La porte s'ouvrit... Ah... C'était donc pour maintenant ? Et c'était donc elle, Catarina ?

Immobile, la main toujours sur la poignée, je l'observai tandis qu'elle restait sagement sur le seuil et glissait un regard à l'intérieur comme pour prendre la température des lieux, vérifier qu'il n'y avait aucun piège. Quelques secondes, puis nos regards se croisèrent même si je n'étais probablement qu'une silhouette sombre à contre jour des premiers rayons du soleil pour elle. Catarina. Elle semblait jeune... Très jeune, et je n'avais aucun mal à supposer que ce mariage était probablement son premier. Est-ce que ça changeait quelque chose ? Non... J'aurais peut-être un peu plus de patience si c'était le cas ce qui ne signifiait pas non plus que j'en manquerais dans le cas contraire. Tout dépendrait d'elle, en définitive... De son attitude, de ses paroles... De ce que je ferai également, sûrement. Elle était jeune, oui... Et jolie, un peu comme pouvaient l'être les demoiselles bien nées qu'on voyait poser sagement sur les photographies sépia. Un charme suranné, rehaussé par l’amplitude de ses jupes... De grands yeux bleus un peu tristes, sûrement surpris, qui accrochaient la lumière... Un tain d'opaline, quelques mèches dorées... Une parfaite poupée, qui aurait peut-être un caractère en opposition totale d'avec son apparence. L'instinct était une chose, mais il fallait toujours mieux éviter de juger un livre à sa couverture... Je hochai à peine la tête, reposai clopes et briquet sur la table et abandonnai le projet de m'en griller une même si j'en avais encore plus besoin d'un instant plus tôt...

« Pas de problème... Chez toi... Qui s'excusait de pénétrer dans « sa » maison ? Un souvenir acide... Moi, par exemple... A chaque arrivée dans une nouvelle famille d'accueil... Un silence, puis... Bienvenue... Nouvelle hésitation... Je suis Tora... Qui d'autre, en même temps ? Le plombier ? Le déménageur ? Ouai, ça peut-être... Café ? Je ne parlais déjà pas énormément de base, mais l'utilisation du japonais me faisait passer pour un véritable homme des cavernes. Ce n'était peut-être pas si éloigné de la réalité, au final ? Ses traits confirmaient des racines étrangères, au moins en partie... Je pouvais peut-être tenter le coup ? Vous comprenez l'anglais ? Je suis une merde en japonais... Une gorgée de café pour me donner du courage, je frottai machinalement la serviette dans mes cheveux pour finir de les sécher, une bouffée de l'odeur boisée du shampoing envahit l'espace... Mais... Ouai... Je suis Tora, du coup... Enchanté, je suppose... Un sourire plus que désabusé. Enchanté ? Désolé plutôt... Désolé pour elle, pour moi... Au moins, elle paraissait savoir à quoi s'en tenir, contrairement à moi lors de mon arrivée dans la cellule qui m'avait été assignée. Elle ne semblait pas non plus agressive ou provocatrice, juste... Ouai... Surprise de me trouver là... Je ne savais pas trop si ça allait me valoir un bon ou un mauvais point. Travail, bientôt... Ce soir ? Version soleil levant, juste quelques mots traversant l'espace vide ou presque sur un ton de base roulante que je tâchais de rendre aussi inoffensive que possible. Je n'avais toujours pas bougé pour ne pas l’inquiéter... En anglais de nouveau, de façon un peu plus élaborée. Je vais devoir aller travailler, bientôt... Vous serez là ce soir ? Pas comme si elle avait vraiment le choix, mais bon. Autant s'en assurer... Sans compter que je n'étais probablement pas « rassurant » ? Je la laissai décider de comment elle souhaitait réagir, m'avançai finalement du bloc de papier sur lequel j'avais déjà noté l'adresse du dojo, y ajoutai mon numéro de portable. Est-ce qu'elle comptait rester sur le seuil ? Haussant un sourcil, je lui présentai le papier sans chercher à l'obliger à entrer. Elle n'avait qu'à tendre le bras pour s'en saisir, si elle le souhaitait... Ou pas... Je retentai... Du café ? Ou du thé, peut-être ? » Ou bien une assiette de lait, pour Kitty Cat ? Amusé par ma propre bêtise, un sourire d'une fraction plus sincère tenta d'étirer mes lèvres...
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「Félins pour l’autre ?」

Chez elle… L’était-ce vraiment ? Elle parcourait de ses orbes océanes les vitres luisantes, laissait courir son attention sur le parquet chaud, caressait du regard les tendres feuilles vertes. C’est joli. Un décor rassurant et accueillant, aussi chaleureux que douillet, sophistiqué dans sa simplicité. Il ne lui faudrait guère d’efforts pour s’imaginer s’éveiller en cette pièce, allumer son ordinateur pour se blottir dans la couette en grignotant tandis que sous ses yeux défilaient les images d’une série parmi d’autres. Rentrer le soir, fatiguée, pour admirer les étoiles sur le balcon en prenant garde de ne pas renverser la tisane chaude. Se rouler en boule, le cœur trop gros pour encore entrer dans sa poitrine, larmes perdues dans les draps froissés. Chanter et danser, musique résonnant, en terminant une cuisine apocalyptique. Vivre, heureuse, malheureuse, parmi les nuages blancs ou gris du ciel qui l’entourait. C’est vraiment joli. Mais ce n’était pas chez elle, ne le serait jamais. Quoi qu’en énonce un morceau de papier, quoi qu’en dise un illustre étranger. Toute la douceur des lieux ne pouvait que s’effacer sous la contrainte d’une vie partagée, tranquillité sèchement chassée par les devoirs liés. Si c’était là un cadeau, il était bien cruel ; mais le monde ne l’était-il pas, cruel ?

- Bienvenue...

Son minois se tourna de nouveau vers l’inconnu qu’un instant elle avait oublié, sobre statut qu’il était, contour dessinés dans la lumière matinale sans qu’elle n’en distingue vraiment les traits. Nerveuse, Catarina crispa les mains l’une contre l’autre, ouvrit la bouche, la referma. Elle voulait lui demander qui il était, ce qu’il faisait ici, depuis combien de temps il était là. Pourquoi il était venu, ce matin-là, pourquoi il brisait ainsi ses illusions. N’osait pas, préservant encore un peu son ignorance. Son pied se souleva, pointe de la chaussure tapotant distraitement le seuil qu’elle n’osait passer, se reculant comme pour amorcer le retour. L’envie surgissait, soudainement, de partir en courant. Tout de suite, très vite. Redescendre en courant les escaliers étroits, dévaler le chemin pour remonter la rue. Remonter sa vie, mais pas trop ; juste quelques jours, pour retrouver son nom comme son isolement. Elle avait eu tort de venir, céder à sa curiosité pour regarder. Elle n’était prête ni pour la rencontre avec son futur époux, ni pour la vie qui l’attendait.

- Je suis Tora...

Son cœur tressauta, trébucha pour s’affaler dans sa poitrine, se relever toujours aussi écorché. Tremblant, à s’agiter si vie. Prête à s’échapper sur un « au revoir » bredouillé, l’étudiante se figea. Tora. C’était donc lui. Pas son frère, pas son ami, personne en repérage pour lui. Pourquoi était-il déjà arrivé ? Elle ne le voyait toujours pas vraiment, en contrejour devant les fenêtres de la pièce. Devinait ses traits au mieux toutefois, scrutant l’angle marqué de la mâchoire, l’ombre du nez droit, l’arrondi des sourcils de jais. Ni son regard, ni le pli de ses lèvres : son expression lui était inatteignable et cela suffisait à l’angoisser un peu encore. Il lui proposa du café ; elle ne réagit pas. Ses mains se serrèrent un peu plus, jointures de métal prêtes à céder sous la pression exercée l’une envers l’autre, tension pressée sous les prothèses froides. Elle aurait aimé qu’à étrangler ses sentiments se dénoue un peu le nœud dans sa gorge, que ses entrailles cessent d’ainsi se tasser douloureusement. Il était bien trop grand pour être époux. Bien trop large. Bien trop présent. Bien trop… trop. Avec le temps, avec la thérapie, elle avait appris à dépasser ses traumatismes, vivre avec plutôt que les fuir. Cette fois, toutefois, elle avait un peu de mal à l’accepter.

-Vous comprenez l'anglais ? Je suis une merde en japonais...

Elle comprenait, oui. Chacun de ses mots, chacun de ses gestes. Mais sa langue s’était figée, glacée dans sa bouche, gelée comme l’était son être. Seuls bougeaient ses yeux, qui le suivaient avec appréhension, traquant à l’affût l’instant où ses traits se dévoileraient pleinement à elle. Ne pas sentir ce que ses yeux laissaient passer de son âme. Il sentait le café, le savon, le shampoing pour homme. Est-ce qu’un tigre pouvait vraiment sentir le savon ? Puis un déclic, dans sa tête. Ce soir. Ah. Bien sûr qu’elle serait là ce soir. Bien sûr qu’elle devrait être là, ce soir. Pouvait-elle l’éviter, prétendre ne pas l’avoir vu, rentrer chez elle sans inquiéter de savoir si sa venue avait ou non compté comme première venue ? Iraient-ils en cellule, sinon ? L’idée seule de retrouver des murs gris, froids, angoissants, perça son immobilisme pour lui insuffler l’énergie nécessaire de se reprendre un peu. Elle déglutina, hocha la tête en silence tandis qu’il s’avançait. En un geste presque automatique, sa main se tendit, s’empara du papier tendu sans vraiment en regarder le contenu, trop occupée à dévisager le messager qui s’était dévoilé. Oh… Il est beau. Un instant plantée à l’admirer en silence, fascinée par l’or sombre qui lui faisait face, elle se reprit finalement tandis que nuque et joues s’empourpraient un peu. Ses iris claires se baissèrent sur l’écriture délicate pour dissimuler son trouble et elle en lu le contenu rapidement. Une adresse… dojo ? Pourquoi un dojo ?

- Du café ? Ou du thé, peut-être ?

Cette fois, la proposition trouva le chemin de son esprit et elle redressa brutalement la tête pour accepter. Elle aurait très certainement la bouche trop sèche dans quelques heures, sitôt devant le petit groupe qu’elle suivait, nerveuse toujours qu’elle était de faire face à des professionnels.

- Je veux bien du thé, s’il vous plaît. Et je comprends l’anglais et… Oui, je serai là ce soir. Juste… je sais pas quand.

Parce qu’elle ignorait quand se terminerait sa journée, devoir à faire obligeant un nécessaire passage en bibliothèque. Parce qu’elle n’avait pas fait ses cartons, trop angoissée pour s’en préoccuper, trop peu organisée pour s’en être souciée. Sans doute pourrait-elle n’amener que quelques affaires, le temps de s’occuper du principe le week-end venu… Pour le peu qu’elle avait, quelle importance ? Les avait-il emmené, lui ? Ses yeux glissèrent sur ses bras tandis qu’elle songeait qu’il lui était certainement aisé de déménager tout rapidement… Elle rosit un peu plus, les idées mises en pagaille par son incapacité à canaliser son appréhension, avant de se pencher pour ôter maladroitement ses chaussures et s’avancer un peu timidement, marmonnant une excuse pour s’inviter ainsi… chez elle. Qu’importait désormais de franchir le seuil maintenant, puisqu’elle reviendrait inéluctablement dans quelques heures – ne le lui avait-elle pas promis à l’instant ? Conservant instinctivement une prudente distance, elle relut la note entre ses doigts avant de ramener les yeux vers son hôte. Mari.

- Vous êt... Une interruption brève pour reprendre en anglais : Vous êtes… professeur de judo ? Ou… karaté ou… je suis désolée, je n’ai jamais mis les pieds dans un dojo.

Une honteuse conclusion qui s’acheva d’un ton bas tandis qu’elle rangeait une mèche derrière son oreille ; Hormis en cours, durant sa prime jeunesse, lorsqu’elle n’avait d’autre choix que subir la torture du sport… depuis son accident, son corps fragilisé se trouvait d’autant plus à l’écart de ces types d’activités qu’elle complexait toujours de s’afficher dans les trop seyants vêtements de sport. Était -ce elle ou il faisait excessivement chaud ? Elle n’osait toutefois ôter sa veste, la conservant telle une armure de tissus qui la protégeait encore de l’inconnu dans lequel elle évoluait.

-Pourquoi ne parlez-vous pas japonais ? D’où venez-vous ? Vous êtes arrivé à cause de la lettre ? Elle se mordit la lèvre, confuse à cette idée : Je suis désolée.

De ses questions, de ce mariage, d’exister ; un peu les trois, peut-être.
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Est-ce que c'était moi qui l'effrayais ou bien la situation de façon plus générale ? Et aurait-ce servi à quoi que ce soit que je lui assure qu'elle ne risquait absolument rien avec moi ? Souvenir d'enfance, un vieux Disney que j'avais découvert avec Connie même s'il avait fallu m'expliquer la référence... « Je ne suis pas Nazi ! Je suis un officier Britannique ! -C'est exactement ce que vous diriez si vous étiez un Nazi ! *». Les mots ne prouvaient jamais rien, seul le temps et les actions parlaient réellement. En attendant, elle risquait de se blesser les mains si je ne parvenais à la rassurer au moins un minimum. Peut-être en conservant mes distances, pour commencer ? Ça ne fonctionnerait que jusqu'à ce que l'ordre d'échanger un premier baiser ne tombe, mais... Pour le moment, c'était faisable. Maintenant qu'elle avait récupéré mes coordonnées, je pouvais la soulager de ma présence... Au moins un minimum... Ça lui rendrait peut-être sa langue et un peu de courage ? Quoi qu'elle était parvenue à soutenir mon regard pendant quelques longues secondes... Elle avait un certain cran...

Du thé, donc... Je hochai la tête en silence, amorçai même un pas de côté pour rejoindre la cuisine avant que la suite de sa phrase ne me percute et me permette d'enregistrer qu'elle comprenait bel et bien l'anglais dans la mesure où elle venait d'utiliser cette langue pour me répondre. Un peu lent ? J'aurais aimé voir qui que ce soit d'autre à ma place... N'importe quel Japonais ayant déjà reçu une lettre rose ou deux était parfaitement en mesure de comprendre à quel point ces premiers instants étaient... Perturbants ? Importants ? Il suffisait d'un rien pour que tout soit parfait, d'un rien pour que tout tourne au cauchemar. Au moins, la barrière du langage semblait surmontable en ce qui nous concernait ! Un bon point ! Elle serait là ce soir ? C'était finalement tout ce qui comptait. Elle avait probablement des tas de choses à gérer de son côté pour s'adapter à sa nouvelle existence de femme mariée.

Sentant son regard sur moi durant un silence, je lui adressai un question muette à laquelle elle préféra ne pas répondre puis la laissai se déchausser. Si elle m'avait semblé prête à prendre ses jambes à son cou un moment plus, elle paraissait désormais résignée et envisageait peut-être même de nous donner quelques minutes pour nous « rencontrer » ? J'allais l'inviter à avancer vers la cuisine lorsque sa voix résonna de nouveau dans l'espace désencombré. Du japonais, pour commencer, avant qu'elle ne se reprenne très rapidement. Judo, karaté ? Quelque chose dans ce goût là, oui... Perplexe, je marquai une pause dans ma progression pour lui faire face, croisant mes bras sur mon torse. « Un peu tout ça à la fois, ouai... MMA... Arts Martiaux Mixtes... J'enseigne le Free Fight, si le nom vous parle plus... Je balançai la tête, ouvris cette fois-ci la porte menant à la pièce attenante... La cuisine et la salle de bain sont par ici... Ombre de sourire, ombre tout court, alors que je cherchais la bouilloire et la remplissais d'eau. Et vous excusez pas. Vous avez sûrement vu et fait des tas de choses auxquelles je connais que dalle... Chacun son truc... » Une des très rares choses que j'avais ramené ici c'était mes tasses légèrement borderline, faute d'en avoir trouvé dans les placards en arrivant... J'en récupérai une dans l’égouttoir, l'essuyai un coup avant de la pousser vers elle. « I don't know how to put this nicely, so I won't ». Bon... Elle était « prévenue » ? Mon humour n'était pas pour tout le monde, je l'admettais sans trop de mal. Mais ce n'était pas le mug le plus offensant de ma collection !

Elle avait enchaîné les questions après cela... Le temps que je m'en souvienne... Elle voulait savoir ce que je foutais là si je pannais pas deux mots de japonais ? Interrogation légitime. Pourtant, encore une fois, elle s'excusait ? Je fronçai les sourcils, mes mâchoires se contractant malgré moi. Certes, je détestais les questions pour avoir subi bien trop d'interrogatoires en garde à vue ou chez les psys, mais... « T'excuse pas... Je déteste devoir me justifier en temps normal, mais si quelqu'un à le droit de me poser des questions... Bah... Je suppose que c'est toi... Ouai, j'avais changé de registre de parole... Car si elle pouvait se permettre de passer mon CV au crible, je pouvais au moins alléger l'échange de mon côté. Vous avez essayé d'être marié et de vous sentir à l'aise avec quelqu'un qui vous balançait du « vous » et du « Monsieur » ? Ça passait mal... Je suis là que depuis un peu plus de trois ans et je viens de Londres. J'avais déjà eu le temps de faire le tour des lieux, dénichai une boîte de thé des plus basiques que je posai à côté de sa tasse en faisant la grimace. Les membres du TPAI n'étaient pas particulièrement gourmets, même s'ils avaient couverts les bases. Mais Asuka m'avait habitué au thé de très grande qualité, et sûrement étais-je désormais un peu snob sur ce point ? Un filtre... Une cuillère... Et la bouilloire en avait terminé de chauffer, elle était parée... Je suis bien arrivé ici à cause d'une lettre de l'Incontestable, ouai... Mais pas la tienne... » Ça, c'était posé... J'avais déjà été marié et j'avais survécu. Hashtag, je comptais pas la foutre dans la merde histoire de faire le malin... Mon attention se reposa sur elle, emmitouflée dans sa veste comme si cette dernière pouvait la protéger du grand vilain tigre. Ne pas rire, Tora... T'es encore plus flippant quand tu ris... Ou pas ? Un regard outré pour ma tasse, mon café était froid... Est-ce que je vidais le restant dans l'évier et mettais les voiles ? Est-ce que je me resservais et nous accordais encore quelques minutes ? Plus important encore, est-ce que Catarina « voulait » ces quelques minutes ou bien n'avait-elle retiré ses chaussures que car j'avais indiqué que je m’apprêtais à vider les lieux ? Les maux de têtes des premiers jours... Et contre ça, il n'y avait qu'un remède... Encore plus de caféine... Mon mug fut donc de nouveau rempli puis glissé dans le micro-onde. Oui, j'aimais le café... Mais j'avais pour autant aucun respect pour lui... En cas d'urgence, même froid, je pouvais l'avaler... Mais il était temps d'en revenir à ma... A ma femme... Merde...

« Tu dis que tu sais pas trop à quelle heure tu rentreras ce soir... Tu veux que je vienne te chercher si t'as un problème de transport ? Le micro-onde sonna, je récupérai ma tasse et la portai à mes lèvres. Je peux aussi te déposer, tu me diras... Pas comme si mes collègues pouvaient pas ouvrir le dojo sans moi... Et ils savaient que... Enfin... Que les prochains jours risquaient d'être aléatoires niveau horaires... Une pause à nouveau, avant que mon regard et mon attention ne se reposent définitivement sur la demoiselle que je pris le temps de détailler un peu mieux, tout en tâchant de ne pas avoir l'air... Trop insistant ? Je lâchai un soupire... Je propose pas ça pour m'inviter dans ta vie et marquer mon territoire, hein... Tu fais bien comme tu veux... Juste, j'ai pas entendu de moteur avant que tu débarques, donc je suppose que t’utilises les transports en commun ou le vélo... J'avais un casque de dépannage, même s'il ne serait pas parfaitement adapté à sa tête... Et si elle remontait ses jupes et les coinçait correctement, ça pourrait passer... Ça me coûtait rien de proposer sinon un peu d'essence... Tu bosses dans quel coin ? » Quoi? J'avais bien le droit de poser une question aussi, non?

* "L'Apprentie Sorcière"
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Tout ça ? Était-ce seulement possible de connaître autant de manières de se battre ? Pourquoi toutes ces disciplines ? L’humain était si étrange, à développer autant ses capacités guerrières sans vraiment s’en servir. Apprendre à cogner, souffrir, estropier et pourtant se réfugier derrière des outils en tous genres, tirer sans réfléchir et frapper sans pitié. Larmes face aux armes ; quel monde sinistre que celui-i. Même en temps de paix, vingt-deuxième siècle désormais entamé, loin des conflits d’autrefois, il trouvait encore à faire de la violence un divertissement, un travail, une passion. Il mettait des règles dans sa sauvagerie, pour se pardonner peut-être le sang coulé et les os brisés. Il en faisait des concours, filmait des combats, sacrait des champions. MMA, Free fight, elle ignorait à quoi cela correspondait. Si le sport n’avait jamais suscité en elle grand intérêt Catarina avait d’autant moins d’amour pour ce qui ne relevait que de la brutalité ; le monde serait plus calme, si tous oubliaient la violence pour chercher plutôt l’apaisement de l’âme. Poncer sa rancœur dans le chant ou la lecture, déverser sa colère par la course ou la danse : il y avait tant de possibilités de laisser couler la rivière de ses émotions, épancher le fleuve débordant de ses sentiments. Pourquoi le faire dans la violence ?

- Non, je connais pas.

Son ton méfiant, réprobateur, trahissait combien elle ne voulait pas connaître, alors que prudente elle suivait l’homme avec prudence pour visiter la maison. Jolie, toujours. La salle d’eau et la cuisine semblaient petites, mais peut-être l’auraient été moins si son guide n’avait pas été si grand. Car en vérité, l’étudiante avait été habituée à bien plus petit. Une obscure pièce minuscule pour faire office de salon-chambre-cuisine, quelques moisissures rongeant les sous-bassement et une coulée d’eau par le vélux fuyant : face à son dernier logement, celui-ci faisait office de palace. Tout était si cher, à Tokyo… Ses yeux s’illuminèrent face aux quelques plantes qui n’attendaient que de recevoir de bons soins, heureuse toujours de découvrir la vie dans sa plus silencieuse expression. Il y avait quelque chose de profondément apaisant à pouvoir s’occuper de végétaux, les regarder grandir et s’épanouir au rythme des saisons. J’aurais bien aimé être une fleur. Enfoncer ses racines dans la terre tendre pour aller puiser ses nutriments et pousser, pousser pour fleurir et mourir. N’était-ce pas un peu ce qu’ils faisaient, finalement ? Sans cesse déracinés, replantés ; était-elle une mauvaise herbe, de celles qui ne cessent de revenir aussi souvent soient-elles arrachées ? Au fond, c’était sûrement tout ce qu’elle avait fait : exister. Rien de plus à raconter, rien qui puisse lui être envier. Tora était certainement de ces personnes à la vie trépidante, passant d’une aventure à une autre, croyant avec nonchalance qu’il en allait de même pour ses pairs. C’était faux, mais elle ne pouvait pas le dire. Seulement hocher un peu la tête, contrite, en conservant ses distances.

Elle récupéra la tasse d’un geste précautionneux, préférant ne pas la voir achever sa vie au sol à peine aurait-elle eu le malheur de croiser la route de l’autrichienne. Si je lui casse déjà ses affaires… Allait-il être fâché ? Déprimé ? Déçu ? Elle ignorait à quoi pouvait ressembler cet homme en colère mais il était une chose dont elle était certaine : elle ne voulait pas le découvrir, et surtout de suite. D’autant plus nerveuse, Catarina écouta avec attention les réponses qui lui étaient faites alors que l’eau chauffait, soulagée qu’il se montre aussi conciliant. Il ne parlait pas japonais mais, au moins, il ne refusait pas de parler tout court… Trois ans ?! Ses sourcils se soulevèrent de surprise tandis que surprise elle fixait son interlocuteur, sincèrement étonnée qu’en tant de temps il n’ait guère fait davantage pour s’intégrer. Vivait-il totalement reclus, ne s’exprimant qu’au travers du sport ? Au moins se rassurait-elle, égoïste, à l’idée de n’avoir pas tiré un pauvre malchanceux de son douillet cocon anglais. Combien cela lui aurait semblé cruel, à elle qui avait tant souhaité fuir, de se révéler la raison de la venue d’un autre… Attrapant un sachet de thé au hasard – quelle importance, quand elle avalerait trop vite le contenu brûlant pour en sentir le goût avant de s’échapper au plus vite – qu’elle laissa infuser dans la tasse au message… particulier, la jeune femme laissa échapper un soupir de soulagement en hochant la tête. S’il avait déjà été marié, jugerait-il moins sévèrement qu’elle-même ait déjà connu l’échec ? Se dandinant d’une jambe à l’autre sans oser s’assoir, elle commençait à avoir vraiment chaud, emmitouflée dans son manteau. Main tendue vers la fermeture qui dégagea un peu le cou avant qu’elle ne s’arrête, surprise, à la proposition faite. La déposer ? Il avait donc une voiture ? Elle ne l’avait pas vu en arrivant mais peut-être s’était-il garé plus haut dans la rue… Quel genre de voiture pouvait avoir un homme comme lui ? Noire, avec des vitres teintées et une carrosserie luisante ?

- Non non, merci, je… ah ! Pardon !

Rougissant à l’idée de se trouver ainsi conduite, elle avait secoué vigoureusement les mains devant elle, renversant en partie sa tasse heurtée dans sa foulée. Il lui suffisait d’être un peu trop émotive pour que les connexions avec ses prothèses vieillissantes connaissent quelques ratées, la rendant d’autant plus maladroite. Se répandant en excuses nerveusement bredouillées, elle répara au moins la catastrophe avant de soupirer de nouveau, déjà épuisée de cette journée tout juste entamée. Cette fois, elle ouvrit enfin son manteau sans l’ôter vraiment, ne parvenant pas à se détendre assez pour se sentir à son aise en ce lieu inconnu.

- Pardon ! Mais non, merci ! Je prends le métro mais ca va très bien !

Elle avait l’habitude, depuis le temps, de concilier marche à pied – courses, puisqu’elle était toujours en retard – et transports en commun. Ecouteurs glissés aux oreilles, elle éprouvait un certain plaisir à parcourir la ville en laissant l’esprit vagabonder dans ses mondes imaginaires. Le plus insupportable demeurait cette surpopulation aux heures de pointe mais le temps passant, elle avait appris à repérer les rames les moins pleines comme les horaires les plus avantageuses. Il lui faudrait juste recommencer depuis les stations de ce nouveau lieu de vie…

- Je travaille à Shinjuku, mais juste en temps partiel… Je suis à la fac mais on a beaucoup de cours en distanciel donc…

Donc elle serait souvent ici, si l’endroit s’y prêtait. Elle ne voyait pas de bureau mais sûrement pourrait-elle trouver à mettre le sien dans un petit coin… si coin il y avait puisque la disposition de la maison était des plus singulières.

- Pour quelques semaines je vais à Chiyoda pour un reportage… Je suis en école de journalisme du coup… parfois on va sur le terrain.

Nerveuse à l’idée de ce qu’il penserait de cette voie, elle glissa une main derrière son oreille, se mouillant la joue de son gant mouillée. Froncement de sourcil avant qu’elle ne s’essuie d’un geste de la manche, un peu plus gênée à chaque seconde passant. Désireuse de se débarrasser de ce poisseux sentiment d’embarras qui lui collait à la peau, elle porta à ses lèvres sa tasse qui terminait d’infuser, se brûla les lèvres et la reposa aussitôt. Une inspiration. Respirer, avant de faire une crise d’angoisse maintenant. Elle était seule à s’émouvoir, augmentait elle-même sa propre nervosité.

- Je vais y aller !

Ah, mon thé ! Elle dévisagea sa tasse d’un œil mauvais, traîtresse qui venait entraver ses projets tandis qu’elle n’aspirait qu’à un peu d’air frais pour apaiser ses pensées. Et en parfaite contradiction avec cette annonce, elle tira une chaise pour s’asseoir, mains enveloppant l’infidèle venant de la trahir.

- Enfin, bientôt… Est-ce que… vous avez ramené toutes vos affaires ? Vous voulez que je ramène quelque chose en venant ?

Ce soir. Puisqu’ils devraient passer la soirée ensemble, manger… s’embrasser. Dormir ensemble. Incroyable, comme il faisait chaud dans cette pièce. Ses doigts tapotant distraitement la porcelaine chaude, elle ne lui laissa pas le temps de répondre que déjà une nouvelle question fusait, qui rôdait dans son esprit depuis l’instant où elle avait découvert ses traits.

- Au fait… vous avez quel âge ?
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Ça n'avait pas été long, cette fois-ci. Il avait suffi de quatre petits mots, simples et inoffensifs en eux même. C'était son ton qui les avait rendu heurtant même si je les avais reçu comme on supporte la pluie et le tonnerre lorsqu'on n'a pas d'autre choix que d'avancer sans parapluie ni imperméable. J'avais l'habitude car ma discipline n'avait pas la meilleure des réputations. Car on voyait les plaies et les bosses, les blessures et le sang. Qu'on ne comprenait pas la danse, l'estime de l'adversaire et encore moins la franche poignée de main de fin de combat. Pas besoin de confronter son regard, j'avais adressé un rictus blasé au mur. « ...'k... » Que pouvais-je dire de plus ? Elle n'était que douceur et fragilité, candeur peut-être même... Naïveté, sûrement ? Nos mondes étaient en opposition totale, et elle même s'opposait déjà à ma manière de vivre sans rien en savoir. A quoi bon déclencher le conflit, dans ce cas ? Juste « ok », oui. Tu ne sais rien de moi, Kitty...

Et elle ne voulait apparemment pas en savoir davantage. L’enthousiasme qu'elle mit à repousser mon offre, manquant d'échapper sa tasse au passage, était plus que parlant. Craignait-elle que je l'agresse, ou que ma conduite la mette en danger ? Que je n'ai pas le permis et que ma voiture soit volée, peut-être ? Amertume... Malgré le séjour au centre de redressement que je lui avais imposé, Asuka ne m'avez pas aussi rapidement jugé et placé dans une petite boîte trop étriquée. Sûrement car je ne pouvais pas être « pire que son ex » ? Dans quel cocon la blondinette avait-elle vécu jusqu'à ce jour pour s'en tenir à une première impression et à des a priori ? Simplement au sein de la « bonne société » Japonaise... Ici, il fallait toujours mieux rentré dans les cases. Manque de chance pour moi, je n'en avais jamais trouvé une à ma taille ! Alors... Alors juste un haussement d'épaule alors que je lui présentai un torchon pour s'essuyer en espérant qu'elle ne se soit pas brûlée... « ...'k... ».

Le temps qu'elle se reprenne et s'essuie, puis j'appris où elle travaillait ainsi que le fait que je pouvais encore retrancher quelques années à l'âge que je lui avais « donné » dans la mesure où elle était encore à la faculté. Plus jeune encore que je ne l'avais envisagé, donc... Ça excusait en partie son ton, peut-être ? A cet âge, on pense tout savoir et avoir réponse à tout. Hum, barrez ce que je viens de dire... Pas mal d'adultes pensaient exactement de la même façon sans que la course de la Terre autour du Soleil ne change grand chose à leurs idées reçues. Beaucoup de cours en distanciel ? Cela signifiait qu'elle serait très souvent « à la maison ». J’imagine que ça irait, dans la mesure où je passais plus ou moins ma vie au dojo. Elle n'aurait pas à me supporter plus que de raison. Juste un corps étranger dans son lit la nuit, auquel elle tournerait probablement le dos... Je n'étais pas habitué à ça... Je m'y habituerai... On s'habituait à tout, après tout...

Journalisme ? Intéressant... Elle devait être particulièrement intelligente, s’intéresser à des tas de sujets. Et moi, sur l'autre rive, ne n'avais pas le moindre diplôme en poche sinon celui consacrant ma progression sur le ring et me conférant le droit d'enseigner ce que j'y avais appris. Tu peux aussi cocher cette case, Catarina... Violent et stupide... Hélas, il n'y avait aucun SAV dans le monde de l'Incontestable. Aucune ristourne pour malfonction, pas de retour de produit. Il faudrait faire avec... J'imaginais qu'à ce stade, pourtant pas bien avancé, mon avis sur sa filière lui importait déjà bien peu. Aussi, pour la troisième fois, la même réponse tomba... « ...'k... ».

Elle y allait ? Ou pas... ? Son anxiété était aussi blessante qu’accusante.. Elle n'avait clairement pas envie de partager la pièce avec moi, aussi je vidai finalement le café dans l'évier – sacrilège ! - et nettoyai ma tasse avant de la remettre dans l'égouttoir. Nouvelles réponses, toutes aussi courtes... « Pas besoin d'autre choses, non... Encore une question. Alors mon âge la chagrinait tant que ça ? Trente ans... Dans quelques jours... Ou pas... Il n'y aurait pas de 29 février cette année, aucun besoin de fêter mon anniversaire, donc... Je m'essuyai les mains, ramenai mes cheveux en un chignon branlant et encore humide à l'aide d'un élastique qui m'avait cisaillé le poignet. Mon regard se reposa sur elle, plongea dans son regard de ciel... Un balancement de tête, puis je la dépassai pour retourner dans le salon puis dans la chambre. Pas besoin de te presser, je pars. Et t'auras la maison pour toi toute la journée la plupart du temps. Je passe les miennes au dojo. Tu m'auras rarement dans les pattes. Mes yeux tombèrent sur mon casque posé non loin du côté du lit que j'avais réquisitionné, même si je me foutais bien de dormir à gauche ou à droite. J'aurais eu besoin d'aller rouler... Loin... Longtemps... Mais j'avais des obligations à la salle. Aussi, je pris le plus chaud de mes sweats et mes baskets plutôt que ma veste de moto et mes boots. Courir... J'allais juste courir jusqu'au travail, ça me viderait peut-être assez la tête ? Comme si on pouvait oublier qu'on était « marié »... Un grognement m'échappa. Le système avait fait une putain d'erreur, cette fois-ci. Si j'avais été au goût d'Asuka, bien malgré moi, je n'étais apparemment pas du tout à celui de Catarina. Mais je savais déjà qu'on ne pouvait pas plaire à tout le monde et que je plaisais moins que la moyenne...

Revenant vers le salon, j’attrapai mes clopes et les calai dans la poche de mon jogging avec mon portable. Pas besoin de portefeuille, j'avais toutes les applications nécessaire pour payer ou justifier mon identité au besoin. Il manquait une icône, cependant... Un passage dans les archives, et je réactivai celle du moniteur pour y enregistrer mon « nouveau code ». Couple Kanashisa, Incontestablement uni depuis à peine une demi heure et déjà bringuebalant. Les comptes à rebours étaient lancés. Celui de notre première étreinte, celui de notre premier baiser... Je phasai un temps devant mon écran, avant de soupirer et de revenir vers mon épouse. A nouveau, je l'observai et ça me hurlait aux oreilles par tous les pores de sa peau de pêche. Trop bien pour toi... Beaucoup trop bien... Trop fragile... Trop intelligente... Trop jeune... Trop pleine de rêves et d'illusions, peut-être ? Un silence, puis... « Tu préfères attendre ce soir, ou bien être débarrassée... ? » De moi, autant que de notre toute première corvée... Elle aurait goût de thé, et moi de café...
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「Félins pour l’autre ?」

A peine deux syllabes qu’il laissait échapper, dont la première était avalée et la deuxième difficilement poussée jusqu’à elle, témoignage du cruel manque d’enthousiasme éprouvé pour cette rencontre. Une fois, deux fois. Trois fois. Le même mot évadés de sa bouche trop vite refermée, réponses qui n’en avaient que le nom. Déroutée, elle l’observa en silence tandis qu’il vidait sa tasse dans l’évier, épaules s’affaissant doucement, doigts crispés autour de son thé brûlant dont la chaleur lui semblait aussi inatteignable que celle de l’homme devant elle. A quel point était-il déçu d’elle, pour se trouver dégoûter de la boisson qu’il venait de réchauffer ? Le ciel de ses yeux se couvrit un instant de nuages sombres avant qu’elle reprenne la parole, s’interrogeant sur la différence d’âge – de vie – qui pouvait exister. Bientôt trente ans… Presque une décennie pour les éloigner, pour les séparer. Il avait vu et connu bien des choses, croisé plus de personnes qu’elle ne pouvait l’imaginer, observé le pays changer et se modeler bien différemment d’elle. Il avait grandi, mûrit, s’était épanoui tandis qu’elle n’était encore qu’une enfant taquinant son demi-frère ou riant avec sa belle-mère. Il avait vécu un mariage certainement bien plus longtemps qu’elle, avait bâti ou reconstruit une vie d’adulte qu’elle ne pourrait comprendre. Il avait eu le temps de vivre quelques rêves, souffert des autres effondrés. Puis se relever, plus fort, plus sage, alors qu’elle-même s’enlisait encore dans une marée de sentiments gluants et d’émotions tumultueuses.

Pivotant sur son siège pour le suivre des yeux, elle se mordit la lèvre inférieure pendant qu’il récupérait ses affaires, refroidie immédiatement malgré la chaleur de la pièce. A peine quelques minutes et déjà elle avait réussi à le décevoir, déjà il fuyait au plus vite. Son cœur se serra aux derniers mots prononcés, lui rappelant combien elle était de trop. Malgré le soulagement de pouvoir s’habituer seule à la nouvelle demeure, elle se sentait aussi humiliée qu’heurtée qu’il puisse ainsi éviter sa compagnie comme la considérer comme s’appropriant les lieux. Ne lui avait-il posé ses questions sur le travail que pour s’assurer qu’elle ne vienne pas jusqu’au dojo, puisque de celui-ci il disait avoir fait sa seconde demeure ? Immobile, l’autrichienne observa cet inconnu qui regardait son téléphone en soupirant ; et ses yeux se baissèrent sur ses manches un peu effilées. Evidemment. Qui n’aurait pas été déçu, de la découvrir comme sa nouvelle épouse ? Combien de temps cela allait-il durer, cette fois ? Plus court, plus long, que la première fois ? Issei avait été patient, plein d’enthousiasme. Tora, lui, semblait déjà savoir à quoi s’attendre ; à quoi ne pas s’attendre. Le changement avait été si rapide, entre sa politesse distante et sa froideur actuelle, qu’elle ne pouvait se départir de la confusion douloureuse qui l’étreignait. Déglutissant, elle releva les yeux vers lui en sentant son regard peser : à quoi pensait-il, pour la dévisager ainsi ? Qu’était-ce, qui brillait dans l’or sombre de ses orbes tristes ? Déception ou dégoût, agacement peut-être.

-Tu préfères attendre ce soir, ou bien être débarrassée... ?

Un instant perplexe sur l’objet de cette question, elle se souvint rapidement des ordres quotidiens et devina sans mal de quoi il parlait. Toute allusion à de tels contacts l’aurait ordinairement embarrassée ; cette fois, la formulation lui laissait seulement un goût amer en bouche. Débarrassée. A quel point en était-il écœuré ? A quel point l’estimait-il comme un poids – cette tâche ou elle ? Elle n’avait pas envie de l’embrasser, à cet instant moins encore qu’à l’arrivée. Ramenées sur son giron, ses mains se refermèrent en poings serrés, serrés comme l’était sa gorge.

- Ce soir.

Et elle le regarda s’éloigner sans rien ajouter, sa haute silhouette disparaissant par la porte close qui resta un long moment l’objet de son observation. Puis un soupir, tandis qu’elle contenait ses larmes, laissait à son tour son thé rejoindre les canalisations de l’évier, observant l’ambre liquide se répandant sur l’inox luisant. Pourrait-ce être seulement plus simple, la journée passée ? Comment quelques minutes avaient-elles suffit pour déjà cette distance ? Déjà un échec ; encore un, un de plus. N’y était-elle pas habituée, désormais ? Peut-être l’attendait-elle, finalement – l’espérait-elle, sachant que rien d’autre ne pourrait être. Si elle était rassurée sur l’homme qu’il était, sur le danger qu’il pouvait représenter, sur le respect qu’il manifesterait, elle n’en était pas moins amère. Elle n’était pas faite pour cela, ce système, se sentait d’autant plus punie d’avoir tenté de lui échapper ; mais peut-être n’était-elle simplement pas faite pour qui que ce fut. Plus jeune elle avait fui en croyant courir après l’amour, après son droit de donner son cœur selon ses envies propres. Peut-être était-elle de ceux qui ne peuvent, qui ne doivent, que vivre seul. Si déjà sa compagnie le répugnait à ce point, s’il voulait si peu la côtoyer, combien serait-il dégoûté qu’elle soit à demie cassée ? Ces marques multiples, cicatrices sur son corps qui n’avaient pas su disparaître malgré le temps passant, coudes qui n’existaient plus qu’en rouages huilés, combien le rebuterait-il d’autant plus ? Son téléphone vibra tandis qu’elle fixait le vide d’un œil morne, la tirant vers la réalité ; message d’une camarade, qui s’impatientait tandis qu’elle était déjà parvenue au point d’arrivée. En retard, encore. Démoralisée de cette journée qui commençait si mal, Catarina rinça rapidement la tasse pour la glisser sur l’égouttoir avant de sortir au plus vite, laissant la porte se refermer en douceur derrière elle sans parvenir à y laisser ses tourments.

Il était tard, déjà. La journée s’était écoulée trop vite à son goût tandis qu’heure après heure elle s’angoissait davantage de ce que serait cette soirée à venir. Rentrée depuis un moment déjà, Catarina avait pris le temps de passer chez elle prendre quelques affaires, se doucher, achever quelques devoirs pour la faculté sans que le moindre pas ne se fasse entendre pour signaler la venue de son époux. Hésitante, elle avait remis ses gants, les avait enlevés. Remis. Enlevés. Incapable de se décider, elle observait désormais les minutes qui s’écoulaient avec anxiété. Allait-il revenir ? L’avait-elle fait fuir, dégoûté au point qu’il n’ose rentrer ? Allaient-ils se retrouver dans une cellule grise, froide, avec le froid de l’hiver qui se glisserait jusqu’à leurs nuques pour leur murmurer de macabres promesses ? Immobile devant son ordinateur, elle se mordilla les lèvres, ne parvenant pas à se concentrer sur la série qui défilait en images fades devant ses yeux soucieux. Ventre noué, elle n’avait rien avalé au déjeuner et, ce soir, patientait que Tora pour partager le dîner ; son estomac criait famine sans qu’elle ne parvienne à y associer la moindre envie. Sur la table, un petit sac en papier patientait sagement, dissimulant une simple boîte de chocolats ; Saint-Valentin obligeant, maladroite tentative d’approche peut-être. Elle ne pourrait dormir auprès d’un étranger ; elle ne pourrait simplement demeurer auprès d’un homme qui la méprisait déjà. Est-ce qu’il va les accepter ? Cela avait-il le moindre sens ? Elle ne l’aurait pas dans les pattes, avait-il dit. Sans doute une manière de lui dire qu’il ne voulait pas, lui, l’avoir dans les siennes. Dans un nouveau soupir, sa tête retomba au creux de ses bras croisés sur la table, regardant sans les voir vraiment les scènes qui se succédaient, attention seulement portée sur le lent défilé des minutes qui s’écoulaient. Puis un bruit, enfin ; redressée tel un diable en boîte, pouls brutalement accéléré par l’appréhension de leurs retrouvailles, l’étudiante s’approcha pour lui souhaiter la bienvenue avant de se figer. Elle ne savait pas comment agir, avec lui, comprenait simplement qu’il voudrait s’assurer qu’ils se croisent le moins possible. Plus dur, plus aisé.

-  Okaerinasai.

Réflexe retrouvé de sa vie en communauté – famille, mariage, collocation – plus que sincère accueil, elle se sentait toutefois soulagée de n’avoir pas à voir venir la milice ; une fois lui avait amplement suffit. Ne sachant que dire, comment l’accueillir, elle demeura à prudente distance pour ne pas risquer de se voir accusée de s’immiscer dans son espace personnel, n’osant attraper le sac pour lui tendre, mains enfoncées dans les manches de sa veste en polaire :

- C’est la Saint-Valentin alors… c’est pour vous. Si… vous voulez ?
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Ce soir, avait-elle répondu. Pourtant, avec ses petits poings sévèrement serrés dans son giron, elle semblait avoir eu toutes les peines du monde à ne pas cracher un « Jamais ! ». Je restai un temps là, stoïque, observant son visage mobile qui semblait heurté sans que j'en comprenne la cause. Je n'avais rien dit de méchant, pourtant ? Je ne lui avais pas renvoyé au nez l'ombre de mépris qu'elle semblait nourrir pour ma fonction. Je n'avais pas cherché à lui imposer ce baiser. Pause. Puis je balançai la tête vaguement en la soulageant du poids de mon regard. « Comme tu préfères, quand tu seras prête... J'avais pas l'intention de m'imposer à elle... Ce soir peut-être, à la dernière seconde, pour ce premier baiser si elle s’obstinait à le refuser et car cela me semblait un moindre mal, mais... Était-ce trop tôt pour lui promettre de ne pas la prendre contre son gré à l'échéance de ces deux semaines si elle se refusait à moi ? M'aurait-elle seulement cru, si je l'avais évoqué ? Mes pas s'estompaient déjà dans le séjour alors que j'avançais vers la porte. J'ajoutai simplement avant de partir... Tu as mon numéro et l'adresse du dojo sur le papier, si besoin... Bonne journée... »

La porte s'était refermée derrière moi, doucement... Une profonde inspiration, une profonde expiration... Elle était jolie, Cat... Elle semblait gentille, Cat... Elle était même un peu émouvante, Cat, avec sa maladresse et ses hésitations... Mais pourrions nous un jour nous comprendre ? Nous apprécier ? Je n'en étais pas certain. Inspiration, expiration... Regard levé vers un ciel encore plus que marine. Est-ce que je devais revenir vers elle, déjà ? Reprendre. Tenter de faire mieux. Expliquer mes choix de vie ? Je serrai les poings à mon tour. Je n'allais pas m'excuser d'être celui que j'étais ! Mon parcours étant ce qu'il était, j'estimais être déjà plus que conciliant avec toute cette histoire d'Incontestable ! J'avais grandi sans me penser un seul instant concerné et, contrairement à d'autres gaijins, je n'avais pas non plus « choisi » de venir ici et d'être implanté. Tout ça m'était tombé dessus sans prévenir juste un peu plus de trois ans plus tôt et, comme tout le reste, j'avais encaissé. Juste une blague de plus sur mon CV, pas vrai ? J'étais plus à ça prêt...

Et je n'allais pas m'excuser... Pardon, Kitty...

Capuche remontée sur ma tête et avalant mon visage, je descendis les marches sans trop compter combien j'en passais à chaque foulée. Trois ? Quatre ? Plus ? Juste partir, pour le moment... Juste m'enfuir... Juste oublier qu'encore une fois on avait voulu me donner une place qui n'était pas la mienne... Et pas un son dans la rue, sinon le martellement rythmique de mes pieds sur le bitume. Ça m'avait pris vingt minutes pour venir en « marchant », le premier jour. Je couvris cette fois-ci la distance bien plus rapidement et ne m'arrêtai qu'à peine en arrivant avant de foncer sur le tapis de course. Kilomètre après kilomètre, je fuyais sur place... Je fuyais une gamine qui ne m'arrivait même pas à la moitié du torse et qui devait à peine faire la moitié de mon poids...

Je n'avais jamais affronté d'adversaire plus impressionnant...

...

Les heures étaient passées... Le tapis, un cours... Les poids, un cours... Le sac de frappe, un cours... Est-ce que je devais rentrer pour manger à midi avec elle ? Elle ne serait sûrement pas là, n'est-ce pas ? Elle ne voudrait sûrement pas de moi, n'est-ce pas...? Alors encore le tapis, puis encore un cours... Les règles étaient simples, pas de question sans rapport avec la salle et personne ne vint m'en poser. Tant mieux ! Mais, au moment d'aller à la douche, je constatai que le monde n'avait pas cessé de tourner en mon « absence ». Le bureau de l'accueil en était couvert... Couvert de chocolats... Et, sur beaucoup trop de boîtes, on retrouvait mon nom... Ou bien un petit tigre...

« Et merde... Asagi releva le nez de son écran sur lequel il entrait les inscriptions du jour. Lui même avait une boîte ouverte sous sa main et un chocolat à mi-chemin de ses lèvres. Le crush sur le prof de sport, hein ?
-T'avais oublié la date ? Il se leva et commença à faire le tri dans les présents. Nous étions trois hommes et deux femmes à travailler au dojo. Il y avait quatre tas... L'une de mes collègues en avait donc également reçu d'une de nos élèves ? Les choses étaient tellement codifiées, au Japon... Le 14 février était officiellement le jour des déclarations des demoiselles... Là où j'avais grandi, et au delà de l'aspect commercial, c'était donnant donnant... Catarina n'avait pas l'air purement Nippone... Attendait-elle un geste de ma part ? Quelque chose ?
-Tsss... Un regard en biais, le jeune homme poussa vers moi de quoi prendre une bonne dizaine de kilos.
-Tu devrais avoir l'habitude, pourtant. C'était déjà comme ça du temps de... Il stoppa sa phrase avant de prononcer le prénom d'Asuka. C'était déjà comme ça « avant »... Et très peu savent que tu es remarié... D'ailleurs, tu nous as pas parlé de... Appel du pied... Non, j'avais rien dit... Et j'avais pas eu l'intention de le faire, mais... A qui d'autre aurais-je pu en parler ? Mes parents, malgré toute leur bonne volonté, ne comprenaient pas vraiment ce que vivre sous le régime de l'Incontestable signifiait... J'aurais pu appeler Haven, peut-être ? Mais je ne voulais pas le déranger... Et Asagi semblait prêt à écouter ? Depuis le temps que je le connaissais, je savais que je pouvais lui faire confiance, c'était juste que... Oh, et puis merde...
-Catarina... Voilà, c'était fait... Et je dus ensuite lui donner les grandes lignes de notre rencontre, ce qui retarda ma douche et donc mon retour. Ce qui en découlait, c'était que nous n'étions pas parti du bon pied, mais que c'était peut-être récupérable ? Et que, si elle avait un peu de sang étranger, il serait peut-être pas plus mal que je ne revienne pas les mains vides ce soir ? C'est stupide... Elle n'attend probablement rien... J'attends rien, moi...
-Ça veut dire que je peux avoir tes chocolats ? Haussement d'épaules, c'était pas comme si je comptais les manger... Pas comme si je « pouvais » les manger... Prends lui des fleurs... Une rose, par exemple, juste pour marquer le coup et pas passer pour un gros con ! Regard noir qui ne l’impressionna pas du tout... Ou peut-être un peu ? Son ton s'adoucit. Elle n'a même pas besoin d'être rouge, la rose...
-Hum... » Et ça en resta là. La douche, puis le chemin du retour...

...

Et un fleuriste, comme par hasard, sur ce trajet... Encore ouvert, espérant probablement attirer quelques retardataires. Je restai un bon bout de temps devant, regardant les bouquets... C'était artificiel, comme ce mariage. C'était conventionnel, téléphoné... Une douzaine de rose, pour la petite dame ! Non...
« Je peux faire quelque chose pour vous, Monsieur ? Des fleurs pour votre dame, sans doute ? Je levai à peine le regard sur lui, perdu pour être franc...
-Je sais pas... Sa collègue arriva, comme pour commencer à ramasser pour fermer. Il était tard.
-Si vous ne savez pas, prenez en quand même ! Les fleurs sont toujours une bonne idée ! Pour se faire pardonner, pour faire plaisir, pour se faire plaisir, pour tisser un lien... Ce serait pour qui ?
-Mon épouse... Un sourire bancale.
-Vous êtes unis depuis longtemps ? Le nombre des années peut aider à définir le nombre de...
-Depuis aujourd'hui... Mariés depuis aujourd'hui... Un blanc... Puis l'homme vint me tapoter le bras comme pour m'encourager. C'était la première fois depuis tellement longtemps qu'on m'approchait sans crainte ! Je devais vraiment faire pitié...
-Faites vous confiance, mon garçon. Et une rose, ce sera parfait. Blanche, je dirais... Sa collègue acquiesça, mais je balançai la tête de gauche à droite.
-Non... Pas une rose, non... Mon regard se porta à l'intérieur. Un... Un petit rosier, peut-être ? Pour en appartement ? Devant leur perplexité, je me justifiai comme je pouvais... J'aime pas les plantes. Mais la maison est pleine. Elle préfère, je crois... Un nouveau sourire de l'homme, qui m'invita à entrer.
-Nous avons ça, oui. Et ça se passera bien. Vous semblez attentif, c'est bien... »

...

Encore un bon quart d'heure de passé, il commençait à être tard lorsque j'attaquai les marches pour rejoindre notre porte. J'allais simplement taper le code, mais... Je ne voulais pas lui faire peur ou la brusquer, alors je frappai doucement avant de commencer à taper les chiffres... Pour la prévenir... J'avais à peine passé l'huis que...

«  Okaerinasai. Surpris, je lâchai presque automatiquement et avec un très mauvais accent teinté d'hésitation...
-Tadaima... J'avançai un peu, la trouvai debout les mains enfoncées dans ses manches comme si elle avait quelque chose à cacher ou bien qu'elle venait de voler l'orange du marchand.
- C’est la Saint-Valentin alors… c’est pour vous. Si… vous voulez ? Hein ? De quoi...? Je suivis son regard, et le mien tomba sur un petit sachet de papier attendant sagement sur la table basse. J'avais vu suffisamment d'emballages de ce genre sur le comptoir du dojo pour comprendre qu'il s'agissait de chocolats, mais son geste m'étonnait pourtant. Pourquoi ? J'aurais aimé lui poser la question, mais... Moi aussi j'avais essayé, non ? Je fis demi tour, repassai la porte... Avant de revenir avec entre les mains le petit rosier que j'avais laissé dehors en arrivant afin qu'il ne pâtisse pas trop de la chaleur à l'intérieur de la demeure. J'avançai vers elle, la plante entre les mains. Elle ne présentait pas encore le moindre bourgeon, un peu à notre image, mais...
-C'est pour toi... Si tu veux... Je n'avais besoin que d'une main pour tenir le rosier dans ma paume, l'autre frottait ma nuque comme pour en chasser la tension. J'ajoutai, pas vraiment sûr de moi. Le fleuriste voulait que je prenne des roses coupées, mais... Y'a plein de plantes ici, et je sais qu'elles sont pas là pour moi. J'ai pensé que tu préférerais une plante vivante, du coup. C'est... Un rosier d'intérieur... Blanc... Il faudra lui donner un peu de temps, mais... Enfin... Bonne Saint Valentin, Catarina... »
Tora Kanashisa
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「Félins pour l’autre ?」

C’avait été quelques coups sur la porte qui les premiers l'avaient convaincu de sa venue, l'avaient fait douter aussi : qui frapperait à sa propre demeure, se sachant déjà attendu comme en retard ? Elle n'attendait ni n'espérait personne, ayant dans un élan de pudeur préféré taire cette désastreuse entrevue pour s’éviter toute indiscrète question qui n’auraient fait qu’augmenter son désarroi – même à ses proches, elle n’avait précisé son aménagement. Trop de choses, trop vite. Les évènements de la matinée avaient tourné en boucle monotone dans son esprit agité, rendant plus complexe une concentration déjà difficilement mobilisée en temps normal ; elle avait tant malmené le papier qu’il lui avait laissé que l’écriture s’en trouvait à peine lisible. Sorti, déplié, relu, replié, rangé. Puis, de nouveau, sorti et déplié, relu, replié et rangé. L’adresse entrée sur la carte aérienne pour obtenir quelques images de l’endroit ne lui avait rien apporté, sinon une façade parmi tant d’autres, d’un dojo parmi tant d’autres. La certitude renforcée, aussi, d’une si grande divergence entre leurs vies. Divergence qu’ils pourraient certainement prochainement confirmer puisque Catarina perçut bientôt les discrets mais aigus bruits des touches d’entrée. Puisqu’un code y était tapé, elle avait ainsi la confirmation que le nouveau venu était bien un tigre grincheux, sans qu'elle n'ait compris la raison de ses frappes ni n'eut le temps d'aller ouvrir. Et alors que le battant s’ouvrait, ses pensées s’agitèrent pour une inattendue pensée : j’aurais dû commander des pizzas. N’importe quelle nourriture qu’ils se seraient fait livrer, alors que son retard avait grandement grignoté la soirée et que la cuisine ne pourrait être qu'expéditive. Nulle soirée ne pourrait être vraiment mauvaise, avec des pizzas. Magiques, elles avaient ce pouvoir mystérieux de réunir comme d’apaiser, sans qu’elle ne sache lequel des deux elle aurait aimé ainsi calmer ; les deux, certainement. Mais elle ne connaissait rien de lui, rien de ses goûts, rien de ses envies – si ce n'était qu'elle n'en faisait pas partie. Tout avait déjà trop mal commencé pour qu'elle prenne le risque d'un nouveau faux pas, nouvelle offense : végétarien ou féroce carnivore, allergique ou capricieux, la cuisine demeurait domaine plus sensible que le commun des mortels ne pouvait le concevoir. Après tout, les sportifs ne suivaient-ils pas des régimes spécifiques ?

Accueil aussi chaleureux qu’il lui avait été possible de donner et l’autrichienne, mal à l’aise, avait profité de son élan d’énergie pour lui offrir le présent acheté, regard dérivant un instant vers le sachet qui patientait. L’accepterait-il ? Elle songeait à présent que tout comme les plats gras il éviterait peut-être les confiseries. J’aurais dû prendre un truc plus léger. Les sucreries s’étaient suffisamment diversifiées pour offrir un large choix de gammes variées, s’adaptant à tous les profils ; peu habituée à côtoyer des athlètes, elle n’avait tout simplement pas pensé à cela lors de l’achat. Au-delà de cette considération diététique, accepterait-il simplement le geste ? Comme une main doucement tendue, soupir léger pour disperser les vents mauvais venus plus tôt souffler. Il n’y verrait, peut-être, qu’hypocrisie et mensonge, provocation peut-être. Une immixtion dans sa vie privée, intrusion sans gêne d’une gamine qu’il ne voulait pas voir. Elle doutait soudainement de la pertinence de son geste. Grimace, pour elle-même ; et alors que Catarina relevait les yeux vers lui pour jauger de sa réaction, Tora pivota sur ses talons pour ressortir. Son cœur rata un battement, affolé de l’avoir ainsi de nouveau fait fuir, paniquée de ce que cela signifiait. Déjà, elle amorçait un premier pas pour le rattraper, s’arrêtait sans oser vraiment bouger, perturbée par cette inattendue réaction. Ses pensées s’agitaient en tous sens sans qu’elle ne parvienne à les arrêter, aucune ne s’implantant assez longtemps pour qu’elle en prenne réellement conscience. Puis aussi vite qu’il était parti il réapparut et, cette fois, son esprit se vida. Un grand calme, que le soulagement faisait naître, la perplexité accroître : il y avait quelque chose, entre ses mains. Un pot ? Une plante ? Surprise, elle posa un regard étonné sur le cadeau, le ramena sur l'homme. Elle ne s'y était pas attendue, non seulement en raison des échanges de la matinée que du symbole de la journée : c'étaient les femmes qui offraient. Il était vrai toutefois qu'en tant qu'anglais il n'avait probablement pas les habitudes… Comment vivaient-ils, là bas ? Comment le fêtaient ils ?

- C'est pour toi... Si tu veux...

Hésitante, elle laissa ses prunelles aller de l'homme à la plante sans oser s'en saisir, enfonçant un peu plus les mains dans ses longues manches. Habituée aux coutumes japonaises, elle ne s’était certainement pas attendu à quoi que ce fut, moins encore aussi touchante sollicitude. Puis le bras se leva, rapidement, pour attraper le petit pot précautionneusement ; petite patte de chat venant en douce s’approprier rapidement l’alléchant contenu d’une assiette, elle prit garde à ce que ce geste vif ne vienne pas dévoiler la nature de ses membres. Ses yeux brillant étudièrent avec attention l’être vivant devant elle, notant la vivacité de la tige, l’émeraude clair des feuilles crénelées, les minuscules épines aussi fragiles qu’acérées. Non un bouquet de tristes fleurs trop vite fanées, sève coulant dans le tombeau d’un vase trop froid, mais une plante vivante qu’elle pourrait chaque jour choyer pour qu’au soleil de mai il s’épanouisse pleinement.

- Bonne Saint Valentin, Catarina...

Rougissante, elle hocha doucement la tête, tordit les lèvres en une moue embarrassée, sincèrement touchée de cette attention. Il avait pris le temps de s’intéresser à ses goûts, de prendre garde à son environnement, de s’arrêter lui acheter ce présent. De quoi la laisser perplexe autant que l’apaiser, alors que relevant le visage vers lui elle l’observait avec embarras avant de replonger le nez vers le pot :

- Bonne Saint-Valentin à vous et… merci beaucoup. C’est… très gentil.

Immobile devant lui, elle tapota nerveusement le sol du bout de ses orteils, sentant monter la tension de cet instant ô combien gênant. Première chose à faire : récupérer ses esprits ; Dieu seul savait où ils avaient filé et cela faisait trop longtemps qu’elle ne l’avait pas salué pour espérer son aide.

- Vous avez raison, c’est un peu triste, quand c’est coupé. Vous… n’aimez pas ? Les plantes ? C’est apaisant, de s’en occuper alors… je pourrais vous donner des conseils… si vous voulez ?

A peine les mots prononcés qu’elle les regretta, craignant qu’il ne prenne comme une avance cette proposition, qui n’était qu’expression de son soulagement. Que voulait-il, de la froide distance ou de la sympathique entente ? Prenant pour prétexte d’aller poser le pot auprès de ses semblables, place doucement dégagées pour qu’aux premiers rayons du jour le rosier se prélasse sous le maigre soleil d’hiver, elle revint vers Tora pour l’observer timidement, avant de se décider, mains sagement croisées dans le dos :

- Qu’est-ce que… enfin. Une pause, le temps que la formulation s’impose à l’esprit : Est-ce que vous pouvez manger… tout ? Avec le sport… ?

Sushis, pizza, malbouffe si désastreuse au corps mais si chaleureuse au cœur… chocolat ? Elle qui affectionnait la pâtisserie, devrait-elle étendre ses compétences culinaires aux tristes légumes bouillis et autres porridges divers ? Surtout, avait-elle commis son premier impair en le narguant de ce qu’il ne pourrait déguster ?
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Quelques origines étrangères, certes, dont témoignaient tant son nom de jeune fille que son physique, mais... Mais sans doute mon épouse avait-elle davantage été élevée à la japonaise qu'à l'européenne. Ce qui me poussait à le penser ? Le fait que ses salutations avaient été faites dans la langue du pays qui teintait d'ailleurs légèrement sa diction en anglais. Ça, et la perplexité qui s'était un temps inscrite sur ses traits lorsque j'étais revenu vers elle les mains « pleines » de ce présent qui aurait dû attendre un certain temps avant d'être offert en retour. Combien de temps plus tard venait le « White Day » ? Pas la moindre idée... Et si Cat s'attendait à un autre cadeau ce jour là, elle serait sûrement déçue car je n'avais pas vraiment la mémoire des dates. En tout cas, pas la mémoire des dates sans importance et... Sérieusement ? J'avais vraiment pas la fibre romantique...

Je retins un sourire amusé et l'observai tandis que son regard de ciel allait du rosier à mon visage, puis de mes yeux à la plante et encore un tour... Surprise, incrédulité... Plaisir, peut-être un peu aussi ? Je l’espérais, en tout cas, ne serait-ce que pour lui faire passer l'idée préconçue qu'un homme qui vivait du combat était forcement un monstre sans... Sans considération ? Sans éducation ? Sans un minimum de bonnes manières ? Mauvaise pioche, Kitty... Les Thorne étaient bel et bien arrivés tardivement dans ma vie, mais Jane et Christopher avaient fait en sorte d'adoucir mes angles trop durs... Juste assez pour que je reconnaisse l'importance de commencer par tendre la main avant de frapper. Pourquoi cela ? Car si l'on pouvait toujours passer des caresses aux coups en cas de besoin, le chemin inverse était impossible à emprunter. En commençant par se montrer froid, on perdait l'option de se montrer doux et d'être crédible dans ce rôle. Si Cat ne voulait pas prendre cette main tendue, et bien... J'aurais essayé et j'aurais ma conscience pour moi. Il serait toujours temps ensuite de vivre comme des étrangers, si nous ne parvenions pas à nous entendre...

En attendant, surprise ou pas, la jeune femme s'était décidée et emparée de la plante qu'elle observait comme une mère observe son dernier né... Hum... Un froid dans l'estomac que je massai vaguement de mon poing désormais vide. Comme « j'imaginais » qu'une mère devait regarder son enfant, plutôt... Comme Jane avait regardé le petit visage encore rouge et fripé de Connie avant de m'attirer à elle pour m'enlacer également... Je haussai légèrement une épaule en recevant ses remerciements, lui adressai les miens en retour. « Merci pour les chocolats... ». J'allais peut-être en manger un ou deux, finalement, même si je n'étais pas très « sucré ». Est-ce que j'étais censé aller les prendre ? Il me semblait qu'il y avait une sorte de règle tacite, au Japon, spécifiant qu'on ne devait jamais ouvrir un cadeau devant la personne qui nous l'offrait. L'idée était, je crois, de ne pas imposer sa déception ou son déplaisir si le cadeau n'était pas à son goût ? C'était con... Si le rosier n'avait pas fait plaisir à la blondinette, j'aurais voulu le savoir histoire d'apprendre de mes erreurs, au minimum. C'était bien plus productif, non ?

Le silence était retombé dans la maison sans que je m'en préoccupe réellement, absorbé par mes pensées, mais la voix de ma femme me ramena à elle et je reposai le regard sur ses traits. Me donner des conseils ? Pour quoi ? Pour m'occuper de la forêt vierge menaçant d'engloutir notre demeure ? Je balayai l'espace du regard, tandis qu'elle trouvait une place adéquate au pot, sans chercher à répondre pour le moment. Je me contentai d'avancer dans l’immense pièce à vivre après avoir retiré mes baskets, enlevant mon sweat au passage sans trouver où le poser. En désespoir de cause, je le nouais autour de mes hanches quand elle reprit sur le thème de... De la nourriture ? Une grimace... Il était tard, effectivement... Pas vraiment le temps de me lancer dans de grandes préparations...

« Je mange aussi équilibré que possible, mais je suis pas difficile et je me débrouille plutôt bien en cuisine... Pour la simple et bonne raison que j'avais dû gérer ma petite sœur à de nombreuses occasions pour aider nos parents. Je pars pas du principe que le repas sera toujours prêt quand je rentrerai et que j'aurais juste à caler mes pieds sous la table. Je fis une pause, recalculant ce que je venais de dire. Je veux dire... Si t'aimes cuisiner, c'est cool... Mais on peut aussi faire ça ensemble... Ou je peux aussi le faire pour deux, c'est pas un problème... Je ramenai mon regard sur elle, l'observai un temps avant d’enchaîner. On devrait peut-être aller préparer quelque chose, d'ailleurs, à moins que tu préfères qu'on sorte voir si on trouve un truc à emporter ? Ça nous fera l'activité commune et on aura plus ensuite qu'à prendre le repas commun... Un rire sans joie m'échappa avant que je ne lui offre un sourire triste autant que résigné. Ce mariage n'avait rien de naturel. Les premiers jours allaient être compliqués, le temps qu'on trouve et prenne un rythme, qu'on voit ce qui fonctionnait ou pas... J'avançai vers la cuisine pour voir s'il restait de quoi préparer un repas pour deux ou bien s'il fallait mieux trouver un kombini ou un restaurant, mais me souvins de sa question sur les plantes et me retournai pour lui répondre à retardement. Et j'ai rien contre les plantes, mais je les préfère dehors avec leurs racines bien enfoncées dans la terre et totalement indépendantes de mes soins. J'ai vraiment pas la main verte. Tu peux en mettre autant que tu veux dans la maison, ça me va. Mais si tu y tiens, me demande pas de m'en occuper sinon pour me demander de te soulever pour atteindre celles qui sont trop hautes pour toi. J'avoue, l'image m'amusa. Je me demandais combien de temps je pourrais la tenir à bout de bras avant de commencer à fatiguer... Enfin... Je me doutais bien qu'elle ne me voulait pas « si proche » tant qu'elle en avait encore le choix. De nouveau le silence, tandis que mes traits se lissaient et que je plongeai longuement dans son regard comme pour trouver des réponses à des questions qui n'étaient pas encore posées. Finalement, je balançai la tête avant d'en revenir aux placards. Sinon, tu fais comme tu veux, mais t'as pas à me parler aussi poliment. Je me doute que c'est pas facile de te retrouver avec un type qui doit avoir dix ans de plus que toi, mais... Enfin... Comme tu veux... Mais je vais pas te mordre... » Pas tant qu'elle ne le demandait pas, en tout cas... En attendant, Asagi pouvait être fier de moi. Je faisais des efforts pour éviter de "passer pour un gros connard" même si je ne pouvais pas vraiment m'empêcher de l'étudier et que je ne répondais pas forcement dans l'ordre ni immédiatement à ses questions. C'était pas que j'écoutais pas... J'avais juste besoin de temps pour réfléchir et décider quoi et comment répondre... Et sur quel ton le dire, surtout...
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「Félins pour l’autre ?」

Un vague sourire à son remerciement, trahissant le soulagement de son acceptation. Nerveuse, Catarina laissa coulisser les yeux vers le sachet, hésitante quant à l’idée de lui présenter tandis qu’entre ses mains le rosier lui semblait précieux trésor ; lui rappelait aussi qu’après avoir fait ces efforts pour elle il lui paraîtrait certainement insultant qu’elle délaisse ainsi les bonnes manières. Contrariée de ces idées, elle se mordilla nerveusement les lèvres avant de se détourner, ses mains occupées par le présent reçu ne pouvant pour l’heure lui tendre le sien. Une bonne, une triste, excuse, surtout. Car sitôt la plante déposée elle observait le nouveau venu déambulant dans la pièce, prunelles curieuses posées sur l’inconnu avec qui elle était lié, faisant de la question des chocolats ce qu’elle faisait toujours des problèmes : remettre à plus tard. Il fallait dire, aussi, que la vue était aussi intéressante qu’inattendue, carcasse immense promenée dans la pièce chaleureuse. Sweat-shirt enlevé, elle percevait davantage la découpe de son torse, sans parvenir à déterminer si elle en était inquiète ou fascinée ; plus doux qu’il n’y paraissait, il ne paraissait guère dangereux mais son esprit ne parvenait à occulter complètement tout ce que leur union symbolisait. Elle aurait aimé avoir le luxe de n’en profiter que par les yeux, elle aurait aimé avoir le plaisir d’en plaisanter avec ses amies. Avec légèreté, avec humour, comme un exorcisme qu’elle avait au fil des ans appris à pratiquer pour ôter un peu du dramatique à ce domaine toujours si complexe pour elle ; l’apprivoiser, pour apprivoiser sa propre peur, pour apprivoiser ses souvenirs. Mais loin de ces boutades sans suite, loin de ces grivoiseries sans sérieux, elle ne pouvait seulement que le détailler avec timidité, regard posé sur lui quand il se détournait, mirettes fuyantes sitôt qu’il la fixait. L’écoutant avec attention, toutefois, désireuse de s’éviter tout nouveau faux-pas, craignant qu’une maladresse ne vienne causer une incompréhension quelconque.

Aussi équilibré que possible… Alors… pas de pizzas ? Pas de semaine à enchaîner frites, spaghetti, sushis et nouilles, pour toute verdure que celle que sa culpabilité lui intimait de vaguement croquer pour terminer ? Pas de bonbons goulûment avalés devant un film, vingt-trois heures déjà sonnées, le sucre béni lui évitant l’inévitable endormissement ? Pas de gâteaux, crêpes, gaufres, viennoiseries, choses indéfinissables de son invention mais entrant indubitablement dans la catégorie des mets trop sucrés pour un sportif attentif à sa nutrition ? Mince, va falloir que je cache mes réserves. Inquiète pour ses précieuses sucreries, amis de longue date au réconfort poison, dont elle craignait un funeste destin s’il prenait à Tora la mauvaise idée de l’embrigader dans son alimentation raisonnable, la jeune femme se raccrocha à la réalité en s’apercevant n’avoir pas écouté la phrase qui avait suivi, perdue qu’elle était dans ses pensées. Cuisiner pour deux, c’était une très bonne idée… au moins pour lui, car elle n’était pas certaine que son estomac soit prêt pour ses plats. Non que qui que ce fut se soit plaint de ce qui lui était présenté – il ne fallait pas en revanche espérer la voir suivre la moindre recette, ces dernières ayant le mystérieux pouvoir d’être parfaitement inapplicable, résultat si peu conformes à ses attentes que c’en relevait de la sorcellerie.

- Beh... j’aime surtout faire de la pâtisserie… alors…

Alors l’idée de lui laisser la tâche du repas lui semblait parfaitement alléchante ; à moins que ce ne soit sa fainéantise qui s’en réjouisse. S’il était habitué à cuisiner, que dans cet art il avait d’honorables compétences, elle ne trouvait guère rien à redire. S’y sentait obligée, toutefois, tortillant dans son dos ses manches trop grande, craignant d’être un poids supplémentaire pour lui, s’inquiétant de n’être perçue qu’en enfant incapable :

- Mais je sais cuisiner, hein ! On peut… faire chacun son tour ? Ou, selon les jours ?

Emploi du temps peu fixe et urgences possibles viendraient inévitablement mettre à mal une organisation trop bien soignée mais s’il revenait au premier rentré de cuisiner, certainement pourraient-ils trouver un arrangement. Ils en auraient le temps, cependant, car pour l’heure le sujet était urgemment d’actualité… Réfléchissant à sa proposition, Catarina baissa les yeux sur sa tenue – pyjama – et grimaça dans l’ombre de ses mèches blondes. L’idée de ressortir à l’air frais de l’hiver lui semblait aussi alléchante que démotivante ; entre soulager un peu la nervosité en changeant de cadre ou devoir se changer pour affronter le froid, son cœur balançait. Elle n’eut toutefois pas le temps de lui faire part de son choix qu’il reprenait déjà :

- Et j'ai rien contre les plantes, mais je les préfère dehors avec leurs racines bien enfoncées dans la terre et totalement indépendantes de mes soins. J'ai vraiment pas la main verte. Tu peux en mettre autant que tu veux dans la maison, ça me va. Mais si tu y tiens, me demande pas de m'en occuper sinon pour me demander de te soulever pour atteindre celles qui sont trop hautes pour toi.

Si elle hocha la tête avec une petite moue confuse aux premières phrases – compréhension respectueuse de sa vision du monde végétal, déception nerveuse de n’avoir pas cela à partager – la dernière lui fit piquer un fard à l’image suscitée.

- Non !

Ah, il allait encore se vexer de son refus, n’était-il pas ? Elle avait eu beau avoir analysé toute la situation de la matinée, elle n’était pas parvenue à déterminer ce qui avait brutalement causé son changement d’attitude –était néanmoins convaincue que son refus du baiser l’avait fait fuir d’autant plus vite. Ah… c’est vrai… Cela aussi, serait l’une des tâches à faire. Secouant doucement la tête pour chasser ses pensées, reléguant à plus tard cette nouvelle difficulté, elle reprit plus doucement :

- … Merci mais... Je suis assez grande.

Pas autant que lui, immense, mais plus que la majorité de la gent féminine, dont celle nippone n’était guère connue pour être grande. Assez, néanmoins, pour se débrouiller seule, chaise ou escabeau réquisitionnés si nécessaire. Elle ignorait s’il se moquait d’elle dans le seul but de la taquiner ou s’il était sérieux ; il comprendrait toutefois rapidement que les limites de sa pudeur étaient bien plus avancées que, certainement, celles du peuple anglais.

- Sinon, tu fais comme tu veux, mais t'as pas à me parler aussi poliment. Je me doute que c'est pas facile de te retrouver avec un type qui doit avoir dix ans de plus que toi, mais... Enfin... Comme tu veux... Mais je vais pas te mordre...

Nouveau rougissement léger tandis qu’elle hochait la tête, s’efforçant de ne pas prêter attention aux derniers mots, un peu honteuse qu’il puisse songer qu’elle le considère comme vieux ; ce qu’il était, certes, mais dix ans… non, finalement, quelle que soit la manière dont elle y réfléchissait, l’autrichienne concevait difficilement qu’ils puissent avoir autant d’écart. C’aurait même pu être un vrai vieux et cette pensée la dégoûtait profondément, lui laissant sur la langue une sensation des plus désagréables. Ou pire encore… Sur ce frisson de dégoût, la réponse cherchée plus tôt lui semblait des plus évidentes. Elle étouffait, soudainement, dans cette maison à elle sans l’être vraiment, avec ce mari qui ne l’était pas vraiment.

- Est-ce que vous… Un léger soupir, comme pour se donner du courage, avant de reprendre : tu veux bien qu’on aille plutôt chercher un truc, du coup ? Il y a… un konbini et un coréen, à côté.

Plats traditionnels coréens, servis sur place ou à emporter ; gourmande, elle l’avait déjà repéré tant sur l’aller qu’au retour, l’estomac se faisant souvent la meilleure motivation pour sa piètre mémoire. Nouveau regard sur sa tenue, nouvelle grimace avant qu’elle ne s’éclipse :

- Je reviens !

Brièvement changée dans la salle de bain, ce fut avec un infiniment soulagement qu’elle glissa les prothèses dans ses gants fins, tirant jusqu’au-dessus du coude le tissu usé. Elle pouvait sortir, à présent ; elle pouvait exister, un peu plus sereinement. Regard d’encouragement à elle-même et regagnant la pièce de vivre, Catarina posait les yeux sur le paquet sur la table. Toujours pas offert. A présent plus sereine désormais que ses mains se trouvaient cachées, elle se trouvait toutefois quelque peu embarrassée de la signification que pouvait avoir la solennité d’une remise en mains propres. Un soupir nerveux, un autre, pour évacuer la tension dans sa poitrine serrée, et après un instant d’hésitation elle le récupérait précautionneusement. D’ordinaire, c’était à l’élu(e) de son cœur qu’ils étaient offerts… Mais traître ce dernier ne s’était pour l’heure jamais qu’entiché des mauvaises personnes, chaque fois un peu blessé de ne faire toujours qu’échouer. Peut-être avait-elle eu tort, de croire à tout cela. Sans doute ne devrait-elle y voir que ce que les plus prosaïques voyaient : une fête commerciale, rien de plus. Juste pour un sourire, juste pour se saluer.

- Avant… tiens.

Deux mains soigneusement tendues pour lui présenter le cadeau, comme une présentation solennelle après qu’il lui avait fait la sienne, et elle relevait finalement les yeux alors qu’il récupérait le présent :

- C’est… en japonais, c’est « chocolat » . Enfin… si… si tu veux l’apprendre un peu mieux. Mais l’anglais me dérange pas !

Conclusion sur un rythme rapide prononcée, craignant de le voir se renfermer. Qui n’empêcha pas la suite, toutefois, question qui s’attardait depuis le début de la journée :

- Juste… tu m'as pas dit alors... pourquoi tu le parles pas, si ca fait trois ans ?
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Une bien étrange gamine, que l'Incontestable avait jugé bon de me confier cette fois-ci... Mais, dans la mesure où je n'avais jamais réussi à comprendre « pourquoi Asuka », je n'allais certainement pas commencer à me demander « pourquoi Catarina ». C'était comme ça et c'était tout. Nous n'y pouvions, en définitif, absolument rien. Ni elle, ni moi. Taper du pied n'aurait servi à rien. Se plaindre non plus. Refuser d'obéir ? Encore moins. Livre ouvert ou presque, car je n'en connaissais pas encore la calligraphie, le visage expressif de la demoiselle passait par bien des émotions que j'observais avec calme et distance. J'apprenais... Une question posée qu'elle effaça bien vite en prenant d'elle même sa décision. Nous allions donc sortir et je devais l'attendre le temps qu'elle se change ? « ...'k... ». C'était moi qui avais proposé, après tout, donc cette solution me convenait autant que l'autre.

Je la laissai donc s'évader en direction de la salle de bain, mon regard la suivant un instant avant que je ne repasse machinalement mon sweat que je venais pourtant tout juste de retirer. Je devais me retenir de rire, pour être franc. Alors comme ça « Non ! » elle ne voulait pas que je la soulève ? Dommage... Dommage, et même triste... Il fallait espérer qu'elle en vienne à changer d'avis sur ma personne – au moins un peu – car sans cela cet union n'allait être que douleur et je ne lui souhaitais vraiment pas ça. Moi ? Moi, on s'en foutait... Je m'en foutais, pour être plus précis... Est-ce que j'avais le temps de me faire couler un café ? J'hésitai. J'hésitai trop longtemps, et la blondinette se ramena à l'instant même ou j'esquissais un pas vers la cuisine. Bon... Tant pis... J'en chopperai un dans l'un des distributeurs du coin sans trop de mal, en cas de besoin. Au moins, je pouvais accorder un bon point à mon épouse. Elle ne traînait pas dans la salle de bain. En tout cas, elle n'avait pas traîné cette fois-ci. Peut-être avait-elle tout particulièrement envie de sortir ? J'étais en train de réorienter mes pas vers la porte lorsque sa voix m’interpella. « Tiens » ? Mais que je tienne « quoi » ? Ah...

Les deux mains tendues vers moi, elle me présentait cette fois-ci directement le paquet de chocolats offert plus tôt. Est-ce que je l'avais vexée en ne m'en saisissant pas dès la première occasion ? Dans le doute, je revins vers elle pour le réceptionner. Et, de nouveau, je la remerciai... « Merci... ». Nouvelle hésitation. Est-ce qu'elle espérait que j'en prenne un tout de suite ? Alors que nous allions manger ? Hum... J'en avais pas particulièrement envie, mais dans la mesure où j'avais passé ma journée à me ronger les sangs, j'avais sûrement un peu de marge niveau nombre de calories à ingurgiter. Ayant tout juste frôlé ses doigts gantés – elle avait si froid que ça ? -, j'ouvris doucement le paquet et attrapai un chocolat avant de lui proposer de se servir à son tour. C'était pas mauvais et ça ne faisait pas de mal, de temps en temps. Encore une fois... « Merci, Cat... ». C'est bon ? On pouvait y aller maintenant ?

Apparemment, non, car elle enchaîna même si sa question ne m’empêcha pas de remettre mes chaussures et d'enfiler ma veste avant de lui présenter ce qui devait être son manteau que je trouvai accroché dans l'entrée. « Je sais, merci... Je parle... Un peu... Je repassai très vite à l'anglais, d'ailleurs. Le japonais est une des langues les plus compliquées à apprendre et ça fait « que » trois ans que je suis là. Pour quelqu'un qui en connaissait à peine trois mots avant d'arriver, je trouve que je me débrouille pas trop mal... Je vérifiai que j'avais bien toujours mon portable, c'était bon. Je tentai un parallèle. Si t'avais jamais mis un orteil dans l'eau... Tu crois qu'il te faudrait combien de temps pour traverser l'Atlantique à la nage ? Je fais ce que je peux... Pour être honnête, j'avais pas vraiment envie d'évoquer ma maîtrise de la langue... Ni même qu'elle tente de m'apprendre à l'utiliser mieux que je ne le faisais déjà. C'était Asuka qui m'avait donné mes premières leçons, et c'était en s’échangeant des noms d'oiseaux que nous avions commencé à nous liés réellement. A rire ensemble, malgré nos obligations... Je balançai la tête, chassant le souvenir avant de m'assombrir... Tu viens ? »

J'attendis qu'elle soit prête à décoller, puis lui tint la porte avant de la claquer derrière nous après avoir vérifié que j'avais bien encore le papier avec le code sur moi car je n'avais aucune envie de passer la nuit à la belle étoile. Quoi que... Au pire, j'aurais pu l'amener au dojo ? Non, mauvaise idée... Elle n'avait apparemment aucune envie d'en entendre parler... Je commençai à avaler les marches, comme je le faisais toujours, avant de me souvenir que je n'étais pas seul et de ralentir pour l'attendre. Être à deux – avec elle – allait demander bien des ajustements... Je la laissai me guider vers le restaurant qu'elle avait repéré, préférant pour ma part de la cuisine fraîche à un plat précuit trop longtemps à l'avance et patientant en rayon depuis l'époque de Mathusalem. Le silence était... Lourd ? Personnellement, ça ne me dérangeait pas vraiment, mais... Peut-être que Cat n'avait pas encore repris la parole car ma précédente réponse l'avait douchée ? Mains dans les poches, je cheminais à ses côtés en cherchant quoi lui dire... Quoi faire... Jusqu'à ce qu'un distributeur ne me sauve la vie... « Attends, j'ai besoin de ma dose de café... Je lui indiquai la machine avant d'avancer vers elle et de parcourir son assortiment. Tu veux quelque chose, en attendant de manger ? Il y avait des boissons chaudes ou froides, des snacks, des briquets... Et merde, j'avais aussi envie d'une clope maintenant... Je payai ma canette qui ne tarda pas à tomber et qui serait sûrement dégueulasse et attendis, la main sur le pavé numérique, qu'elle m'indique si elle désirait quelque chose. J'observais son profil, illuminé par la lumière de la machine... Est-ce que j'avais été trop sec plus tôt ? Un soupire avant que je ne me cale finalement contre le côté du distributeur, me noyant dans ses ombres. Écoute... Désolé si c'est sorti trop dur, toute à l'heure. C'est juste que... Un silence, un sourire amer adressé à la nuit. C'est mon premier mari qui m'a appris le peu de japonais que je maîtrise et, après lui, j'ai pas tenté de m'améliorer. S'il te plaît, Cat. Lis entre les lignes et comprend que j'ai pas une envie folle de réveiller de vieux démons... T'es probablement trop jeune pour avoir déjà été mariée, non ? Enfin... Je sais pas... Dans ma langue, c'était une question. Mais je pris la peine de le préciser pour pas qu'elle passe à côté et qu'elle pense que je m'en foutais. Tu l'as déjà été ? Mariée, je veux dire... ? » Je repensai aux chocolats qu'elle m'avait offert... Elle avait peut-être prévu de les donner à quelqu'un d'autre ? Désolé, Kitty...
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「Félins pour l’autre ?」

Soulagée de le voir accepter, elle l’observa ouvrir le paquet pour se saisir d’un chocolat, le porter délicatement à la bouche. Un sourire sincère à son nouveau remerciement venu illuminer son visage rougissant quand résonna le surnom donné avec un naturel tranquille et Catarina baissait les yeux sur ses pieds, hochant la tête pour accepter sa reconnaissance. Gêne digérée et elle relevait sur lui, profitant de l’apaisement apporté par cet échange de présents pour l’interroger sur la raison de cette méconnaissance de la langue. A nouveau, un remerciement lorsqu’elle amorça une première traduction ; sarcastique, lui sembla-t-elle, alors que son cœur plongeait face à la réponse qui suivie, sa gorge se serrait devant la fraîcheur affichée. Muette, elle opina du chef pour accepter l’explication, achevant simplement de se préparer alors qu’un « d’accord » marmonné honteusement se faisait à peine en réponse. Bien sûr, qu’il savait dire « chocolat ». Bien sûr, qu’il était difficile d’apprendre une telle langue. Bien sûr, qu’elle ne pouvait pas en comprendre la difficulté. Arrivée jeune elle avait bénéficié de cette facilité qu’ont les enfants à s’adapter, cerveau en pleine croissance prêt à l’apprentissage et mémoire prête à la mémorisation. Mais lui, sûrement, avait dû se battre avec deux alphabets lui étant parfaitement étrangers, apprendre de nouvelles sonorités, s’adapter à une grammaire autre. Sans le vouloir, sans le savoir, projeté dans un monde qu’il ne connaissait pas, qui l’avait happé sans lui laisser le moindre choix. Quelle idiote ; sans réfléchir elle avait encore vexé, se permettant une critique sous-jacente avec toute l’arrogance de sa jeunesse inexpérimentée.

- Tu viens ?

Mortifiée, l’autrichienne attrapa rapidement son sac pour le passer en bandoulière, referma à la hâte la fermeture du manteau avant de passer la porte au plus vite, frôlant le cadre pour s’écarter instinctivement. En excuse pour cacher son visage, le froid qui justifiait que se rabatte dessus la capuche molletonnée, cherchant pourtant seulement le doux réconfort d’un monde qu’elle refermait sur elle. Il faisait froid, plus encore alors qu’ils venaient de quitter la chaleur douillette de la maison. Esquissant un frisson, elle releva distraitement les yeux vers la lune qui brillait au loin : elle était si belle, d’ici. Si loin, si triste. Libre, dans la mer noire qui l’entourait, jalousée des étoiles qui scintillaient sans qu’aucune n’ait sa grâce. Un œil bientôt rond qui se posait sur le monde avec toute sa superbe, l’univers contemplant son œuvre chaque nuit venue. J’aurais dû être astronaute en fait ; aurait-elle été seule, là-haut ? Pendant six mois, un an, plus peut-être, elle aurait échappé aux ordres. Aux hommes. A un mariage qui chaque fois qu’il lui semblait pouvoir débuter – balbutier – avec une relative compréhension mutuelle, la faisait de nouveau sombrer entre incompréhension et désarroi. Déprime, aussi, tandis que dans la rue silencieuse dans laquelle ne résonnaient que leurs pas, elle sentait monter l’appréhension de cette journée qui devrait bientôt s’achever pour ne cesser de recommencer. Inspirant doucement l’air glacial de l’hiver, ses sens se portèrent sur cette ville qui l’entourait, ce quartier qui s’endormait. Quelques rires, en passant devant une fenêtre éclairée ; quelques cris, en passant devant une porte entrouverte. C’est ce qu’il voulait dire ce matin quand il disait qu’on n’aurait pas à se voir de la journée ? Un chien, un chat, un hululement parfois. Ce sera comme ça demain ? Après demain et… tout le reste ? Le passage brusque d’une voiture aux phares trop vifs, d’un blanc écœurant lui rappelant douloureusement les lampes mordantes de l’hôpital. Est-ce qu’il veut juste que je me taise ? L’odeur de la soupe, du bitume, de l’essence, du plastique. Un peu de fleurs par ici ou les égouts par là. … C’est mieux je suppose, pour pas le vexer… encore. Tournant vers lui ses prunelles azur, elle l’étudia un instant avant rebaisser la tête vers ses chaussures, observant légèrement le bout écorché signe d’une mort imminente ; le faux cuir des bottines s’usait trop vite, raclant le sol chaque fois qu’elle ne levait pas assez les pieds. Est-ce qu’il était comme elle, puni de n’avoir pas joué le jeu ? Ecopant de sa présence, sentence appliquée mais guère acceptée.

Dans un silence davantage lourd à chaque seconde qui passait, distance prudente conservée avec son compagnon, elle se sentait de plus en plus désemparée. De plus en plus agitée, alors qu’elle hésitait à s’emparer de son téléphone, envoyer un message à son aîné de cœur ; mais il était tard, déjà, et lui avait aussi sa vie. Ses problèmes. Elle se l’était promis, après tout. Arrêter de trop s’immiscer autant dans le quotidien des autres, cesser de déverser sur eux ses propres angoisses et difficultés. Il l’avait déjà tant aidé, comment pourrait-elle encore se montrer si égoïste ? Elle était grande, maintenant. Majeure. Adulte. Et les adultes se débrouillaient seuls, n’est-ce pas ? Ils bravaient les tempêtes en serrant les dents et fixant l’horizon, le regard imperturbable, l’âme sereine. Cœur serré et larmes au bord des yeux, elle se concentra sur ses pensées pour ne pas les laisser s’emballer, réprimant de son mieux l’oppressant besoin d’écrire qui naissait, médicament naturel dont elle avait manqué la dose journalière. S’épancher, laisser courir les mains sur le clavier ou la bille sur le papier, déverser des mots comme se déversent des flots, baver ses sentiments dans l’encre trop liquide, imprimer ses émotions sur des lignes bien régulières. Quelques mots d’esprit qui éclabousseraient son écran comme des gouttes de peintures une toile, couleurs variées agencées sans autre raisonnement que ce qu’elle éprouvait. Concentrée, elle se focalisa sur ces images, ouvrant délicatement l’ordinateur, taillant précautionneusement la mine du crayon usé. Mentalement, calmement, ainsi que lui avait appris son thérapeute. Ne pas laisser la place à cette anxiété qui savait si bien surgir à tout instant, qui guettait avec une terrifiante assiduité. Inspiration, expiration. Visualiser des gestes quotidiens, dérouler le fil de ses récits dans le livre sans fin soigneusement conservé dans son esprit.

- Attends, j'ai besoin de ma dose de café...  

Concentration rompue et elle tourna les yeux vers lui, surprise, avant de les glisser vers la machine qu’elle n’avait pas remarquée. Hochement de tête et elle s’approchait docilement pour patienter qu’il choisisse, « non, merci » sagement répondu à la proposition sans oser le regarder. Téméraires, ses lèvres s’entrouvrir pour amorcer une question, lui demander… elle ne savait pas quoi, en vérité. Inutile de créer de nouvelles complications, alors qu’elle n’attendait déjà plus que de se plonger dans son lit et s’enrouler autour de ses peluches ; et tant pis pour lui s’il jugeait cela trop enfantin. Mal à l’aise et bouche de nouveau close, elle resserra un peu les coudes contre son corps, observant mains dans les poches la rue alentours. Une minuscule poudre blanche tombait du ciel, grains si fins qu’ils semblaient n’être que mirages que les prunelles rêvaient, disparaissant dans un souffle de vent pour mourir avant même de toucher le sol. Elle les devinait seulement, qui tournoyaient dans la lumière jaunâtre du réverbère, nostalgiques de l’hiver froid s’achevant déjà.

- Écoute... Désolé si c'est sorti trop dur, tout à l'heure. C'est juste que...

Etonnée de nouveau, elle ramena un œil méfiant sur lui, patientant qu’il termine ce qui semblait si dur à prononcer. Ah. Il y avait donc un fantôme, avec eux. D’un homme mort ou seulement d’un amour pleuré, mais qui vivant ou mort traînait autour de Tora ses lamentations douloureuses. Partagée entre la curiosité d’en savoir davantage et l’entêtement de poursuivre dans sa bouderie, heurtée toujours du ton employé plus tôt, elle tordit les lèvres en entendant sa question, haussa brièvement les épaules avant de lâcher :

-Oui. Pas longtemps mais… Il était gentil.

Lui. Elle ne le prononça mais le mot resta un instant en suspens entre, s’accrochant au ton accusateur pour flotter entre les minces flocons qui déjà s’arrêtaient de tomber. Phrase aussitôt terminée que Catarina s’en voulait de l’accuser ainsi, alors qu’elle était première responsable par ses maladresses, que si Tora était bourru il n’était toutefois pas méchant. Un « désolée » bredouillé tandis que le bout de sa bottine grattait nerveusement le sol, contrariété augmentée par la faim qui ne pouvait que la rendre plus irritable. Puis un soupir, qui s’échappa en fumée blanche de ses lèvres, alors qu’elle relevait un instant les yeux vers lui, les détournait rapidement.

- C’est lui qui m’a offert mes gants.

Pour lui, cela ne signifiait rien, certainement. Une paire de gants pour l’hiver, portée comme tant d’autres. Il ignorait ce que cela pouvait signifier pour elle, d’avoir ainsi ce présent. Ce soutien, cette acceptation, tout en l’aidant à se cacher de ces regards trop curieux qui la figeaient si souvent, qui pesaient sur elle pour lui rappelait ce qu’elle était. Sale. Ce qu’elle avait fait. Ce qui en avait coûté, que les reproches lui avaient si souvent rappelé. Elle déglutit, glissa de nouveau les mains dans le tissu de la veste alors qu’à chaque nouvelle union remuaient les ombres d’un passé qui se rappelait à elle, qu’elle craignait de voir découvert. Mais peut-être que cela irait plus simplement, cette fois. Un mari, avait-il dit. L’avait-il aimé ? Probablement, puisqu’il semblait n’avoir fait cet effort d’apprendre le japonais que pour lui. Même pas pour vivre correctement dans le pays, non. Pour un autre. Etrangement, cette conclusion la rassurait, expliquant cette froideur distante qu’elle percevait depuis la matinée, si contraire à cette volonté de bien faire que le naturel chassait trop vite. Egoïstement, elle se raccrochait à ce qu’elle en déduisait, bien qu’il ne puisse que souffrir de ce remariage ; un homme amoureux d’un autre ne pourrait la désirer, ne pourrait la brusquer. Seulement la rejeter, dégoûté peut-être – au moins seraient-ils deux, sur ce plan. Il était comme elle, finalement. Soulagement et Compassion posèrent avec délicatesse un baiser chaleureux sur son cœur, l’invitant au pardon alors qu’elle songeait qu’ils étaient donc bien tous deux punis. Elle préférait cette franchise à ce silence insupportable, comprenait à demi-mots qu’il lui signifiait ne pouvoir s’impliquer dans ce mariage. Ne pas le vouloir non plus, certainement. Sans doute serait-elle finalement seule jusqu’à ce qu’un nouveau divorce vienne mettre un terme à son handicap marital, quand bien même serait-il chaque soir à ses côtés. De simples colocataires, acceptant les règles parce qu’il le fallait, sans guère plus s’impliquer. Amis, probablement pas, puisqu’elle doutait pouvoir apprendre à le connaître assez, estimait peu probable qu’il puisse désirer tisser de réels liens quelle qu’en soit la nature. Cela n’avait pas d’importance car cela l’apaisait, de savoir tout cela tout de suite avant que son esprit anxieux n’ait pu établir davantage d’hypothèse. Pour l’heure, mieux valait oublier les quelques particularités de cette cohabitation avant que l’appréhension ne vienne quant à leurs réalisations, se concentrer seulement sur ce qui allait.

- Et… En anglais, c’est bon. Ca ira…

Nerveuse malgré tout, elle se mordilla les lèvres un instant, hésitante quant à la suite à donner tandis qu’il dégustait caféine ou nicotine. Ils n’avaient pas encore mangé et, si elle supposait qu’aller faire ainsi leurs achats pourraient compter comme activité commune, elle s’imaginait mal poursuivre toute la soirée en l’ayant de nouveau vexé.

- Hm… Nous ne som… on n’est pas obligés de parler, si tu veux. Je sais qu’on est mariés mais…

Mais cela ne durerait pas, certainement. Mais ce n’était qu’un titre, finalement. Mais ils pouvaient simplement se côtoyer sans avoir davantage à faire qu’être aimables, après tout.

- Enfin, je me doute que je ne suis pas…

Voix mourante tandis qu’elle ne savait pas vraiment comment terminer sans le braquer de nouveau. Pas du bon côté de la barrière, pas assez mature, pas ainsi qu’il l’imaginait simplement. Pas vraiment une « épouse », certainement pas attendue. Elle s’humecta les lèvres, tapotant un peu plus vite le bitume de son pied, tâchant de terminer aussi rapidement que possible avant de perdre le fil de ses pensées emmêlées :

- Mais je veux juste pas finir en centre… s’il te plaît. Après… y pas besoin de faire plus.

Inutile de fournir des efforts pour cette relation. Pour elle. Cette année écoulée seule lui avait appris à – essayer de – se satisfaire à elle-même, elle pourrait donc plus aisément qu’autrefois supporter ce que de solitude cette situation apporterait. Comme une adulte. Comme une adulte. Ne restait qu’une dernière interrogation, crainte d’une réponse qui s’avèrerait positive :

- Oh, juste, est-ce que… tu as des enfants ?
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Surpris ? Ouai, je l'étais... Déjà car ma chère épouse avait déjà eu le privilège tout relatif d'être mariée, malgré son supposé jeune âge, mais également car cette dernière tirait à balles réelles... Gentil, hein ?  Son intonation rendait plus que clair le fait qu'elle s'était à grandes peines retenue d'ajouter un « lui » bien senti, mais sa réserve n'allégeait en rien le poids du non dit. Il avait été gentil, lui, comparativement à moi... Mon regard s'était reposé sur elle, or assombri tant par la nuit que par bien d'autres facteurs, sans qu'un mot ne quitte mes lèvres que ce soit pour me défendre ou bien pour lui donner raison. Silence bref, jusqu'à ce qu'un « désolée » ne froisse sa jolie bouche et que je hausse vaguement les épaules avant de la soulager de mon attention. On m'avait accusé de choses bien pires que de ne pas être particulièrement aimable. J'avais pas le physique pour, pas non plus le background pour... Sûrement pas l'envie non plus, même si j'avais tâché de faire un effort avec elle. Coup d'épée dans l'eau, visiblement. Mon dos s'était dessoudé du distributeur afin de pouvoir reprendre notre marche avant que l'envie de fumer ne devienne trop prégnante, le café allait devoir suffire pour cette fois...

Il lui avait offert ses gants ? Ok... Étrange choix de cadeau, mais je pouvais comprendre qu'elle s'obstine à les porter. En souvenir de lui, probablement ? Avait-elle prévu de passer sa Saint Valentin avec lui, malgré leur divorce, avant de recevoir son nouvel ordre de mission ? Étant le proverbial chien qui s'était invité dans le jeu de quilles, je ne me voyais pas vraiment lui poser la question pour en obtenir confirmation. Je n'étais peut-être pas « gentil », mais je n'étais pas non plus cruel. J'étais également suffisamment fin pour comprendre que je n'étais pas le bienvenu dans sa vie. J'étais le nuage de pluie venant gâter les noces... Les siennes, ou bien les nôtres...

Il neigeait... Juste un peu, juste assez... Ça aurait pu être romantique dans d'autres circonstances... Si ça n'avait pas été moi, si j'avais été lui... Est-ce qu'il aurait pris sa main dans la sienne pour la protéger du froid ? Peut-être... Est-ce qu'il aurait effacé en souriant les flocons venant se prendre dans ses cils dorés ? Sûrement... Auraient-ils ri ensemble ? Échangé un baiser frileux pour se réchauffer un peu ? Je l'imaginais sans trop de peine... Mais c'était moi, et je n'étais pas lui... Sans compter que, vu la distance que Cat avait instaurée entre nous, le moindre geste dans sa direction aurait probablement été interprété comme une agression... Le message était clairement passé et à plusieurs reprises, déjà... Pas de baiser, et pas d'aide pour arroser ses plantes... S'ajoutait à cela le fait qu'elle avait manqué heurter le montant de la porte dans son effort pour éviter mon ombre... Distance, oui... Encore une fois, une femme « destinée à m'aimer » me rejetait de tout son être... J'aurais dû en avoir l'habitude...

Silence donc, alors que nous cheminions et que je vidais consciencieusement ma canette. Pas obligés de parler ? Sans manquer un pas, mon attention se reposa sur elle. C'était donc à ce point ? Autant pour l'effort de communication, Tiger. Elle en avait probablement absolument rien à foutre de toi et de ta vie. Ça serait probablement plus simple ainsi, après tout... Elle se doutait qu'elle n'était pas... Pas quoi ? Elle ne me laissa pas le temps de répondre avant d’enchaîner et sa réflexion sur le Centre paracheva de tracer pour moi le portrait qu'elle semblait s'être fait de ma personne. Rien de bien reluisant, donc... Dernière gorgée de café, j'écrasai la canette entre mes mains comme si elle avait été faite de papier avant de la jeter dans une poubelle auprès de laquelle nous passions. Avais-je envie de me « défendre » ? Ouai, au moins un peu... Au moins au nom des Thorne qui avaient fait de leur mieux pour faire de moi quelqu'un de... Quelqu'un de « bien », à peu de choses près... Un profond soupire souleva mon torse avant que je ne me décide à lui répondre d'un ton sûrement morne et défaitiste...

« Je suis pas le monstre que t'as l'air de croire que je suis... Et je compte pas foutre le bordel dans ta vie. Si tu ne veux pas me parler, ne me parle pas. Comme je disais ce matin, t'as même pas besoin de t’inquiéter que je t'empêche d'étudier depuis la maison. Si tu veux pas que je rentre à midi, je resterai au do... Je tiquai... Je resterai au travail. Je m'imposerai pas si tu veux pas m'avoir dans les pattes, je sais que je prends trop de place. Et t'as pas à t’inquiéter pour le Centre. Je crèverai avant de t'y envoyer... Rire sombre, nuage de buée s'échappant de mes lèvres pour s'envoler dans l'air nocturne et valser avec les rares flocons. Enfin... J'imagine que tu vas pas me croire sur paroles, hein... ? »

Pas besoin de faire plus... Aucune chaleur, aucune complicité... C'était parfait, non ? J'étais très doué pour ne pas m'impliquer... Pour en donner l'impression, en tout cas... Et j'avais bien des années d’entraînement en la matière, mur de glace posé entre moi et... Et le monde... Entre moi et les autres, tous ces êtres qui fonctionnaient « normalement », qui suivaient les normes et les comprenaient... Je finis par reprendre...

« Pas d'enfant, non... Rire sec, cette fois-ci. Je ferais pas un bon père de toute façon, et j'ai pas reçu l'ordre d'adopter avec Asuka... Il aurait aimé pourtant, lui... Pincement au cœur... Mes poings se fermèrent dans mes poches, avant que je ne reprenne. Je peux pas faire d'injections de testostérone en contraception, ça apparaît comme du dopage dans mon métier. Mais je prends la pilule masculine, celle développée par les laboratoires Amazone, depuis un certain temps. Quasi aucune chance qu'un mini Tora se pointe un jour et me demande de le reconnaître, du coup... Je lui lançai un bref regard, avant de reposer les yeux sur le bitume. Ça a jamais été dans mes projets, ça l'est toujours pas... Mais... Si d'ici quelques années nous sommes toujours mariés, et que tu veux être mère... On pourra en reparler... J'ai pas le « droit » de t'en priver non plus... Un soupire. Il était très tôt pour avoir ce genre de conversation, non ? En même temps, elle avait le droit de savoir à quoi s'en tenir... On en reparlera... D'ici quelques années, ou bien si l'ordre tombe... Mais on a largement le temps, non ? Un doute soudain dans mon esprit... Elle avait été mariée avant moi, non ? Hésitant, je demandai... A moins que tu sois déjà enceinte... ? » Pas de reproche dans mon ton, mais une anxiété soudaine... J'étais pas fait pour être père... Vraiment pas fait pour ça...
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「Félins pour l’autre ?」

[size=13]Ce devait être un pas vers lui, le rassurer pour qu’il n’ait pas à faire l’inutile de lui parler s’il voulait l’éviter. Ce devait être une tentative de s’accorder, que de gênant le silence soit simplement… silence. Ce devait être bien différent de ce que fut, alors qu’avec un las soupir il lui répondait avec amertume. Monstre…  

-Mais… je n’ai jamais dit ça.

Un balbutiement qu’il n’entendit peut-être pas, alors qu’à cette première phrase en suivaient d’autres aussi fatalistes. Pourquoi n’était-il pas heureux, soulagé ? C’est toi qui a boudé d’un coup ce matin, pourquoi tu es vexé maintenant ? Semblait-elle si désagréable, qu’il ait pu imaginer qu’elle le chasse de la sorte ? Il lui reprochait l’image de lui qu’elle s’était mais… et toi, comment tu me vois pour penser ça ? C'était si frustrant de le voir ainsi se méprendre. Certes, Catarina lui avait un instant reproché de n’être pas aimable mais ce n’était que l’effet de la colère, alors que plus tôt son ironie l’avait blessée. Avait-elle prétendu ne pas vouloir le voir ? Il était le seul à répéter ne pas vouloir la déranger, certainement car lui ne voulait pas l'être. Ses sourcils clairs se froncèrent d'agacement alors que ses lèvres se pinçaient de désapprobation. Envers lui, sous la colère, puis envers elle-même, finalement. Peut-être avait-il raison, au fond. Elle ne comprenait pas exactement tout ce qu’il lui reprochait, ne savait ce qu’il désirait : se taire, parler. Se rapprocher ou s’éloigner. Mais sûrement était-ce par ce qu’elle était incapable de s’exprimer convenablement. De se comportement correctement.

-Enfin... J'imagine que tu vas pas me croire sur paroles, hein... ?

Pourquoi ne le croirait-elle pas ? Mais lui, la croirait-il, sa réponse ? Elle en avait connu, des monstres. Sous différentes formes, sous divers visages. Des brutaux, des pernicieux ; n'envisageant même pas d'en être. Elle en avait connu qui l’avait caché des années durant, tandis que d’autres s’étaient à la première rencontre révélés comme tels. Peut-être en était-il un, au fond. Les monstres ramenaient-ils des fleurs ? Oui. Ils étouffaient leurs proies sous les pétales colorés, couvraient de corolles délicates les plaies qu’ils provoquaient. Ils faisaient tomber des pluies de cadeaux, après celles des coups. Ils susurraient des mots doux, après des menaces. Etrangement toutefois elle doutait qu’il en fut, lui. Malgré sa carrure large et ses lèvres amères, elle ne percevait en lui que lassitude à cette nouvelle union. Seulement un mari – divorcé, veuf, qu’en savait-elle ? – soudainement confronté à une pénible destinée. Du dégoût, peut-être ? Elle comprendrait. Il lui avait fallu du temps pour s’apprivoiser elle-même. De nombreuses séances de psychiatrie, pour s’accepter – à défaut de s’aimer. Comment pourrait-elle demander à quelqu’un d’en faire de même, alors qu’instinctivement son propre corps fuyait le contact et craignait la proximité ?

-Pas d'enfant, non... Je ferais pas un bon père de toute façon, et j'ai pas reçu l'ordre d'adopter avec Asuka...

Pas d’enfants… elle ne serait donc pas belle-mère, même pour un instant. Quel apaisement, quand son titre était pour elle teinté de tant d’amertume. Était-ce de la détresse ou bien du soulagement, ce rire que laissait échapper Tora ? Elle aurait aimé lui poser la question. Savoir comment s’il dissimulait son dépit derrière cette affirmation. Pourquoi cette conviction, aussi, de n’être pas un bon père. S’il détestait les enfants – mais au fond, y avait-il vraiment quelqu’un pour les détester ? Elle imaginait que oui, puisqu’il y en avait pour les faire souffrir ; en nombre bien plus grand que tous les chiffres pouvaient clamer. Les traces parfois ne se voyaient pas tout de suite mais les blessures étaient bien profondes… à quel point était-ce difficile, d’être parent ? Une pensée aux siens ; aux trois siens, au fond. Une mère pendant quelques années, une qui réapprenait juste à l’être. Et un père aussi bon que mauvais, nuisible que bienveillant. Sans doute ne le saurait-elle jamais. Lui ne voulait pas l’être mais au fond… quelle importance ? Sûrement n’auraient-ils pas à se poser cette douloureuse question… heureusement. Arriveraient-ils seulement à se comprendre avant la séparation ? Il lui semblait qu’ils ne se trouvaient ensemble qu’en tant qu’exclus, personne d’autre pour convenir à l’autre ; c’était là bien cruel de mettre un cœur brisé avec un autre mal conçu. Préférant se concentrer sur ces pensées plutôt que ses propos, l’autrichienne chuchota à son cœur de s’apaiser, inspira doucement l’air glacé de la nuit tombée. Ne pas prêter attention à ce que contraception supposait, ce que conception nécessitait. Pouvait-il vraiment en parler avec autant de légèreté, en pleine rue, avant même que le premier jour ne soit achevé ? Soupirant doucement, elle tenta de masquer sa confusion comme sa gêne, contenir sa curiosité comme son soulagement. Mieux valait se taire, n’est-ce pas, puisqu’à parler elle ne parvenait qu’à le heurter…

-A moins que tu sois déjà enceinte... ?

Redressant brusquement la tête vers lui, elle s’arrêta une fraction de seconde, saisie. Puis à son tour un léger rire étranglé lui échappait, une réponse franche alors qu’elle était choquée de cette question brutale :

- Oh non.

Comment le pourrait-elle, d’ailleurs… Son mariage était loin désormais et ses timides apprentissages intimes récents n’auraient pu mener à cela. Surtout, elle avait toujours pris soin de s’éviter l’angoisse d’un enfant non désiré ; si elle aspirait, peut-être, à en avoir un jour, ce ne serait qu’enveloppé d’amour. Rien, plus rien qui ne fut subit. Plus jamais… Elle passa distraitement une main sur son ventre, sachant que derrière le tissu des vêtements épais quelques cicatrices se dissimulaient. Physiques, légères, marques imperceptibles sur le grain de la peau. Mentales, profondes, qui n’avaient jamais pleinement guéries. Enfant… encore une chose qui ne pourrait certainement que les diviser d’autant plus, car en l’apprenant certainement qu’il ferait comme tous les autres – comme presque tous les autres. Dégoûté, en colère, déçu. Des reproches qui couleraient de ses lèvres mais qu’elle n’écouterait pas, pas qu’elle était fatiguée d’en avoir tant entendu. S’ils ne s’entendaient pas pour les choses les plus simples, comment le pourraient-ils pour celles d’importance ? Baissant les yeux sur le bout de ses chaussures qui avançaient, gauche, droite, gauche, droite, elle laissa le silence retomber, frissonnant autant de froid que de déception de cette catastrophique journée. Il était un compagnon moins susceptible, moins difficile à comprendre.

Le restaurant avait été vite atteint et ils avaient rapidement passé commande avant que celui-ci ne ferme, la moitié des plats étant déjà terminé ; au moins eurent-ils le plaisir de se voir offrir quelques hotteoks à partager pour leur dessert, Catarina acceptant sans rechigner de participer à la prévention du gaspillage. Après tout, si c’était pour aider… Ce petit cadeau lui réchauffait le cœur, lui rappelant cette triste réalité : la nourriture était finalement la meilleure des amies. En récupérant un pour croquer directement sur le chemin du retour – non sans en avoir au préalable tendu à son compagnon de misère – elle s’apaisa un peu en sentant le sucre fondre sur sa langue. A peine cela parvenait-il à masquer l’acidité qui lui brûlait la gorge, alors que le chemin se faisait en silence. Elle contint un énième soupir, épuisée. Nerveusement plus que physiquement, en vérité. Dire qu’il leur faudrait encore manger, s’embrasser… dire qu’ils n’avaient pas encore tenu plus de cinq minutes de discussion apaisée… et dire, surtout, qu’elle ne savait comment changer cela. Yeux tournés vers les étoiles qu’elle apercevait au travers de la fausse fourrure de sa capuche, elle observait pensivement ce nouveau paysage qui serait une partie de son quotidien. Il ne neigeait plus, dehors. La nuit s’était encore refroidi et un crachin fin venait poser sur leurs manteaux d’éphémères diamants brillants. C’était beau ; un peu triste, peut-être, par cette froide humidité qui pesait. Un peu triste comme elle l’était. Il lui fallait régler cela, au plus vite. Avant que ce ne soit pire. Mais le cœur battant elle ne cessait d’en repousser le moment, ne sachant que dire qui puisse se faire une trêve.

- Attends !

Ils venaient d’arriver devant la maison, chaque pas du retour ayant résonné un peu plus fort dans sa poitrine. Devant elle, les escaliers lui rappelaient que sitôt montés ils se trouveraient sur la scène plus intime de leur nouveau chez eux. Un nouveau spectacle, dont ils étaient les comédiens imprévus. Et elle ne voulait pas qu’ils y jouent un drame ; surtout, elle n’avait jamais été très douée, pour garder pour elle ses ressentis. Elle remonta à sa hauteur, nerveuse. Dans le halo des lampadaires, il lui semblait encore plus grand, plus vieux. Différent, d’elle, de son monde. Même si c’est moi qui suis dans mon monde. De rêveries et de cauchemars, d’imagination et de réalité. Crispant les doigts sur ses manches, elle inspira doucement, fixant le sol bien moins impressionnant.

- Ecoute, ce n’est pas que je ne veux pas te parler ou… ou te croire ou… ou je sais pas quoi. C’est juste… comment dire.

Si bafouiller en japonais rendait déjà toute explication difficilement compréhensible, l’usage de l’anglais ne pouvait que rendre plus complexe la moindre tentative d’éclaircissement. Il lui semblait que son vocabulaire prenait la fuite pour ne laisser qu’un esprit vide, l’habitude seule des derniers stages lui permettant d’épargner à la grammaire anglaise de se faire sévèrement torturée.

- C’est ta maison aussi… surtout.

Après tout, c’était lui qui certainement en payait le plus ; qui était-elle pour le chasser ? Comment pourrait-elle se sentir à l’aise dans une demeure dans laquelle elle se sentirait parasite ? Au même titre qu’elle, à plus d’égards qu’elle, il pourrait y vivre. Amener ses affaires, profiter de son café devant les baies vitrées. Après tout, s’ils étaient si hauts… c’était qu’il aimait être seul, aussi, n’était-il pas ? Le dojo sûrement, bien que deuxième demeure, devait résonner des échos du moindre bruit ; n’avait pas beaucoup de lumières, probablement, et fort peu de fenêtres.

- Je suppose que tu as ta vie et… tes habitudes, et que tu vois ça comme… Elle chercha un instant l’expression qu’il avait plus tôt utilisée, un peu hésitant quant à la formulation : s’avoir dans les pattes ? Mais même si j’y suis et que tu veux rentrer, tu peux, je ne te dérangerai pas tu sais…

Trop bruyante, lui avait-on déjà dit. Un grognement en se tapant à la table, un rire devant un épisode, un soupir devant un devoir. La cuillère qui tournait dans sa tasse ou le froissement d’un papier de gâteaux, des marmonnements à elle-même ou un monologue devant ses plantes. Au moins pouvait-elle lui épargner de le déranger par d’inutiles discussions, qu’il n’ait pas à fuir de son propre foyer. Et si c’était trop malgré tout, si Tora trouvait ses jours de repos plus épuisants qu’apaisants, il suffirait à la jeune femme d’aller au parc ou à la bibliothèque, profiter du soleil ou avancer ses travaux… Son roman ne s’achèverait pas seul, après tout. Tout comme son monologue, d’ailleurs, qu’elle s’empressa de terminer avant de n’en avoir plus le courage.

- Enfin, je veux dire… des fois je parle trop et… pas sur les bons sujets alors… je ne veux pas te vexer ou être… indiscrète. Donc… on peut parler si tu veux mais sinon… ce n’est pas grave. T’as pas besoin de te forcer, c’est tout…

Comme l’avait si bien illustré le matin même, à quoi servait de forcer la discussion s’ils ne pouvaient que s’en offenser ?

- Et je ne m’attends pas à prendre la place de… elle chercha son prénom un instant, se souvint qu’il commençait par un a, ne parvint pas à davantage : ton mari. J’imagine que si tu as appris le japonais qu’avec lui…

Tu l’aimais. Il aspirait certainement à le comprendre, pouvoir lui parler avec facilité. Et elle comprendrait qu’il ne refasse pas cet effort pour son nouveau mariage – combien de temps durerait-il, après tout ? Pas beaucoup, certainement. Si elle ne pouvait rester avec quelqu’un qui l’avait appréciée et comprise, comment le pourrait-elle avec lui ? Pourquoi ferait-il davantage alors ? Le cœur pris, chaque ordre serait jour après jour plus douloureux. Plus insoutenable.

-Bref, ce n’est pas que tu es un monstre mais… ça peut être dur. Donc juste… Je ne veux pas aller en centre mais sinon tu n’es pas obligé de te forcer à… hmm… A t’adapter à moi ou… quoi que ce soit.

Parce que, pas plus que lui, elle ne voulait s’imposer dans sa vie. Pas plus que lui, elle ne voulait perturber ce qu’il avait construit, s’immiscer dans ce qu’il aimait, forcer la porte de son cœur. Elle n’en demandait pas tant ; simplement un peu de chaleur.

- Si on n’est pas amis, est-ce qu’on pourrait au moins être… des colocataires ?

Qui s’entendent bien ; ou à défaut, s’entendent tout court.
Catarina Kanashisa
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Pas de réponse à mon discours sinon pour m'assurer qu'elle n'était pas enceinte du fruit de ses premières amours. Tant mieux ? Ouai... Oui, tant mieux... C'était bien assez compliqué comme ça, non ? Un hochement de tête, puis le silence était retombé entre nous, le battement rythmique de nos pas estompé par l'épaisseur de l'air chargé d'humidité et aussi froid que l'avaient été nos échanges depuis notre rencontre. Froid... Quoi que, elle avait souri au rosier, non ? Un peu... Juste d'une fraction... Car elle avait apprécié de recevoir un présent, ou bien de la nature du présent lui-même ? Je ne la connaissais pas suffisamment pour le deviner... Je ne la connaissais pas «tout court », en fait. Ça avait été bien plus simple avec Asuka, malgré nos divergences d'orientations. Je n'avais alors eu aucune chance d'être « pire » que ce qu'il avait déjà vécu, et c'était tout le contraire avec ma nouvelle épouse... Pas obligés de parler, pas obligés d'échanger... Mais ce silence était lourd et s'empesait à chaque seconde un peu plus...

Le restaurant était devant nous et je laissai ma compagne commander avant de tendre mon portable pour valider le paiement et sans que la laisser se charger de la facture ne me traverse l'esprit. C'était même pas une question d'être galant, poli ou quoi que ce soit, non. Elle avait dit être étudiante et j'en avais bien assez au dojo pour savoir que les fins de mois étaient rarement aisées. Il serait toujours temps de partager les frais des courses plus tard, si elle y tenait et en avait la possibilité. Une hésitation... Est-ce qu'elle allait se vexer ? Un regard inquiet dans sa direction, mais elle avait déjà le nez dans les... Comment avaient-ils appelé ça ? Hotte-quelque chose ? J'y connaissais pas grand chose en gastronomie coréenne, alors je l'avais laissé gérer la carte et les interactions avec les cuisiniers. Ils n'auraient probablement rien compris à mon japanglais, de toute façon... Enfin... Le ravitaillement était fait, c'était tout ce qui comptait.

Portant nos vivres dans un sac, je tenais dans l'autre main une sorte de beignet au sucre prélevé dans le sachet que Catarina m'avait présenté alors que nous reprenions le chemin de « la maison ». J'hésitais à croquer dedans, observant mon épouse qui semblait y trouver une nouvelle dose de courage. Un sourire tenta de s'inviter sur mes lèvres, mais je le retins avant de mordre dans la pâtisserie. J'aimais bien la douceur de ses traits lorsqu'elle oubliait de s’inquiéter de ma présence pour savourer son « dessert en avance ». L'ambiance s'était même presque un peu apaisée... Jusqu'à ce que notre étrange demeure sur pilotis apparaisse au bout de la rue et qu'une nouvelle tension s'installe dans ses pas, dans ses épaules. Est-ce que je la regardais trop ? Sans doute, oui... Mais j'avais toujours été bien plus sensible au langage muet des micro-expressions aux grands discours, donc... C'était ma façon de l'apprendre, de m'habituer à elle et à sa présence... J’espérais qu'elle n'y voyait pas de malveillance...

J'avais pris un peu d'avance sur elle, comme pour tenter de lui prouver qu'elle ne risquait rien et que la maison n'allait pas l'avaler, mais un éclat de voix clair me stoppa dans mon élan avant que je ne me retourne à demi vers elle, une question dans le regard. Oui ? Attendre quoi ? Avait-elle oublié quelque chose au restaurant ? Perdu quelque chose en marchant ? Un cailloux dans sa chaussure, peut-être ? Apparemment non, car elle avança jusqu'à moi tandis que je finissais mon demi tour pour l'écouter. J'aurais aimé voir son visage, mais elle s'obstinait à fixer le sol... Elle ouvrit alors la bouche, et je compris que notre précédente mise au point n'avait pas été suffisante. Ou, plutôt, que nous ne étions définitivement pas compris. Alors je l'écoutai à mon tour, tandis qu'elle cherchait ses mots et en tâchant de ne pas l'interrompre même si ce n'était pas l'envie qui me manquait. Lorsqu'elle sembla en avoir terminé, je laissai un soupire fatigué m'échapper avant de murmurer... « C'est NOTRE maison... »

Un silence, puis je posai le sac de nourriture sur le rebord d'un muret avant de me retourner pour prendre la jeune femme par les hanches et la soulever dans les air pour la reposer avec douceur à côté de nos plats. Elle était étrangement plus lourde que ce à quoi je m'étais attendu ! Plus musclée qu'elle ne semblait l'être, peut-être ? Mais il aurait été très malvenu de lui en faire la remarque aussi me contentai-je de chercher son regard du mien maintenant qu'elle était à peu près à ma hauteur. Un sourire amusé, je levai ma main vers son visage avec lenteur pour éviter de l'apeurer avant de passer mon pouce au coin de ses lèvres. « Il te restait un peu de sucre... Je gardai ensuite mes mains de part et d'autre de son corps, posées sur la pierre plutôt que sur elle. Pas pour la retenir prisonnière, non, mais pour l'aider en cas de déséquilibre. Le silence à nouveau, je cherchais mes mots. Qu'étais-je prêt à lui dévoiler ? Qu'est-ce que je voulais garder pour moi encore un temps et peut-être même pour toujours ? Finalement, je baissai la tête vers le sol à mon tour avant de reprendre. Je n'ai pas l'intention de faire moins d'efforts pour toi que j'en ai fait pour Asuka... Une douleur dans ma poitrine, l'épidémie m'avait enlevé un être cher... Il était mon ami et je serai le tien si on s'en donne l'occasion. Je ne serai « que » ça, si c'est ce que tu souhaites... Mais j'ai pas l'intention de t'ignorer ou de t'éviter... C'est... C'est agréable d'avoir quelqu'un qui nous attend à la maison, non... ? Il avait fallu le miracle des Thorne pour que « maison » devienne « foyer » dans mon esprit... Chaleur, joie de découvrir les fenêtres illuminées et d'entendre des voix à l'intérieur avant même de passer la porte... Je relevai le nez vers elle, sondai son regard clair. J'ai rarement été le « bienvenu » dans la vie des autres, jamais été considéré comme une bonne nouvelle. Je sais que je ne suis pas engageant, que je peux faire peur, alors... Je m'attends pas à ce que tu me sautes au cou ou que tu sois heureuse de me voir rentrer, c'est tout... Mais je te promets sur ma vie que t'auras pas à mettre un orteil au Centre de Redressement tant que tu seras mon épouse... Et je te promets que je ne lèverai jamais la main sur toi pour te contraindre à quoi que ce soit, mariés ou non... Un rire sourd, une moue sur mes lèvres amères... Je me vexerai peut-être, par contre. Je suis très loin d'être parfait mais je connais mes défauts sur le bout des doigts, donc il faut vraiment y aller fort pour m'agacer. T'as de la marge... Et je mettrais forcement les pieds dans le plat plus d'une fois en te parlant aussi, de toute façon... Et maintenant que tout ça était dit, je me sentais un peu con. Très con, même, car les vrais problèmes avaient été glissés sous le tapis comme le tas de poussière qu'on a pas encore le courage d'affronter. Pour autant, le ménage était à peu près fait... On pouvait démarrer sur ça, non ? Je balançai la tête, soupirai de nouveau... Est-ce que je te repose par terre... ? »
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「Félins pour l’autre ?」

Leur maison, quels termes étranges. Maison, quel mot curieux, aussi plein de sens que vide de signification. Maison. Elle n'en avait pas eu depuis ses quinze ans, laissée derrière elle résonnant encore des cris des cadets ; peinte aux couleurs de l'amertume, plongée dans l'ombre de sa douleur, baignant dans la brume de sa rancœur. Maison. Elle l’avait quitté avec autant de soulagement que de regrets, avait été aussi fortement tenté d’y retourner qu’elle avait craint de le devoir. Depuis lors, Catarina avait associé le terme de chez-elle à celui d'appartement. Pas trop grand, pour qu'elle ne se perde pas dedans ; assez pour qu'elle y fasse sa vie. Un studio, une chambre, un cagibi pourraient convenir, tant qu'elle pouvait s'y réfugier, en faire son antre. Y laisser ses rêves et ses désirs, y déposer sa fatigue comme ses contrariétés. S’y mettre à l’abri, loin des autres ; il lui fallait seulement une fenêtre, pour perdre le bleu de ses yeux dans celui des nuées. Mais une maison… c'était sérieux, imposant, ennuyeux. C’était l'une de ces choses réservées aux adultes, aux familles. Voiture, maison, enfant, pour s'assortir à un travail honorable. Rien qu'elle ne possède, rien qu'elle ne s'imagine posséder. En même temps, elle fait pas trop maison celle-là... Posée en équilibre sur cet escalier qui montait vers les nuées, semblant s’échapper vers la rivière qui en dessous sinuait, elle s’élevait gracieusement loin de la morne réalité. Terre à ciel, plutôt que terre à terre. Cela n’en faisait pas plus « leur » maison, mais au moins pouvait-elle l’accepter un peu mieux. LA maison.

Prunelles un bref instant échappées vers la silhouette sombre de leur objet de discussion, elle ramena bien vite son attention sur le sol gelé, échappant au plus vite au visage face à elle. Elle préférait détailler, esprit ailleurs, les petits grains irréguliers du bitume luisant. Allait il soupirer, encore ? Se détourner, ne sachant que dire ? Ne le voulant pas, peut-être. Un simple "okay" aux syllabes avalées. En l'entendant bouger elle releva un instant la tête, l’observant au travers les franges de sa capuche tandis qu'il… posait la nourriture ? Rien de bon ne sortait jamais d'un moment où les gâteaux étaient mis à l'écart. Lorsqu'il se retourna vers elle, ce fut avec un peu d'appréhension qu'elle attendit la suite, craignant qu'encore une fois ils ne soient voués qu'à l'incompréhension. Qu’il s’agace de sa puérilité – il n’y avait que les enfants, qui demandent à être amis. En revanche, elle ne s’était pas préparée à se sentir soudainement décoller du sol, agrippa instinctivement ses épaules avec un exclamation de surprise. Un instant plus tard et elle se trouvait assise sur le muret froid qui courait à côté, sentant désagréablement s’infiltrer l’humidité de la pierre pour percer le tissu jusqu’à ses chairs. Non qu’elle ait le temps de s’en préoccuper : tout près, elle voyait la main de son nouvel époux s’approchant, se figea lorsque la chaleur de ses doigts se confronta à sa peau froide. Sa nuque chauffa, ses pommettes s’enflammèrent, son visage s’embrasa ; doucement, un pouce venait effleurer le coin de ses lèvres avant de se retirer avant tout l’innocence du monde.
- Il te restait un peu de sucre…

Ecarlate, elle n’osa pas s’humecter les lèvres malgré la soudaine sécheresse dans sa bouche, se contentant de le dévisager en silence. Dans le silence de la nuit, son cœur tambourinait bien trop fort à ses oreilles. La honte. Elle avait envie d’enfouir son embarras derrière ses manches, craignait toutefois d’en être plus ridicule encore. Se moquait-il d’elle, à sourire de la sorte ? Il semblait grave, soudainement, confiant ses émotions au plus grand des confidents : le sol.

- Je n'ai pas l'intention de faire moins d'efforts pour toi que j'en ai fait pour Asuka...  Il était mon ami et je serai le tien si on s'en donne l'occasion. Je ne serai « que » ça, si c'est ce que tu souhaites... Mais j'ai pas l'intention de t'ignorer ou de t'éviter... C'est... C'est agréable d'avoir quelqu'un qui nous attend à la maison, non... ?

Muette, elle retenait son souffle, comme si le moindre bruissement d’air pourrait troubler l’instant et interrompre son interlocuteur. Son ami… c’était plus qu’elle n’avait espéré, n’était-il pas ? Elle n’en avait pas tant espéré – pourraient-ils seulement l’être ? L’affection n’était pas de ces choses qui se forcent, l’amitié ne surgissait pas de l’insistance. « Que ca », avait-il dit. Attendait-il plus ? Espérait-il plus ? Perplexe, elle observait les mèches sombres qui s’agitaient doucement au rythme de ses mots, cherchant un sens à ce qu’il disait face à ce qu’il faisait. A ce qu’il était. Il l’avait accueilli pour mieux fuir, avait fait montre d’attention pour la troquer contre de la froideur. Était-il perdu, lui aussi ? Se demandant quoi faire, comment se comporter. Quoi – qui – être. Elle demeurait si souvent confuse sur ce qui était attendu d’elle. Présente mais pas trop, sérieuse mais pas trop, douce mais pas trop. Un instant louée, le suivant méprisée. Une seconde encouragée, celle d’après découragée. Se demandait-il également ce que ce remariage signifiait ? Il y avait une vérité néanmoins qu’il avait énoncé avec toute simplicité, une conclusion avec laquelle elle ne pouvait discuter. C’est vrai. Pas de mots mais un léger hochement de tête tandis que lui relevait la sienne, redoutant qu’au moindre son il s’interrompt pour ne jamais reprendre. Il était vrai, toutefois, qu’avoir quelqu’un attendant son retour était doux. Ancrait l’existence dans le monde, gommer la terrible sensation qu’à vivre ou mourir rien ne changerait pour personne. Un réconfort égoïste, celui que disparaître puisse faire souffrir n’était-ce qu’une personne, d’occuper au moins quelques pensées. Même si c’était seulement pour partager un sourire ou un repas, même si ce n’était que l’habitude qui fixait dans l’horloge interne l’attente de l’autre.

- J'ai rarement été le « bienvenu » dans la vie des autres, jamais été considéré comme une bonne nouvelle. Je sais que je ne suis pas engageant, que je peux faire peur, alors... Je m'attends pas à ce que tu me sautes au cou ou que tu sois heureuse de me voir rentrer, c'est tout...

Peur… par ses silences, surtout. Par cette carrure qui ne tolérait pas son sérieux, qu’un rire aurait dû égayer. Derrière les plus tendres visages se dissimulaient toutefois les plus redoutables tortionnaires ; devrait-elle avoir peur de lui pour cela seul ? Si elle se méfiait, ce n’était guère quant à sa carrure ou ses traits, plutôt pour son genre. Mais sur ce point il prenait soin déjà de la rassurer, ôtant un poids invisible de ses épaules. De son cœur. Il ne la contraindrait pas. Mariés, ou non. Entrailles serrés, elle contenait de son mieux l’envie de pleurer qui montait, le soulagement d’une peur dissimulée suintant de tous les pores de sa peau. Se mordant la lèvre pour s’empêcher tout débordement d’émotivité, Catarina se raccrocha aux mots qui suivaient, aux explications qu’il poursuivait :

- Je me vexerai peut-être, par contre. Je suis très loin d'être parfait mais je connais mes défauts sur le bout des doigts, donc il faut vraiment y aller fort pour m'agacer. T'as de la marge... Et je mettrais forcement les pieds dans le plat plus d'une fois en te parlant aussi, de toute façon...

Un sourire, cette fois ; un peu humide, peut-être, du vague sillon salé qui glissait de sa paupière. Elle renifla, hocha la tête :

- Ca me va… tout ca.

Tout ca. Son amitié, son respect – mais n’allait-ce pas de paire ? – ses maladresses. Elle en ferait de même, certainement. Loin du romantisme de son premier mariage, cuisant échec auquel elle n’avait su répondre, elle trouvait un certain réconfort dans cet exposé raisonnable. En ne donnant pas trop, il n’exigeait pas trop ; s’il n’avait pas trop d’attentes, elle pourrait moins le décevoir, certainement. Se décevoir.

- Est-ce que je te repose par terre... ?

Essuyant d’un mouvement furtif son œil traître, la jeune femme baissa les yeux vers le sol, hésita. Sa pudeur lui enjoignait de refuser, sa crainte d’accepter. Elle n’aimait guère les hauteurs. Non, elle détestait devoir sauter – à contempler ainsi la distance jusqu’au bitume, il lui semblait encore entendre résonner tout près les crissements des pneus, exploser dans son corps une insoutenable douleur.

-… s’il te plait.

Un instant plus tard elle se sentait de nouveau décoller de son siège improvisé, retrouvait sous ses semelles le sol bien-aimé. Patienta, gênée, tandis que sur ses hanches demeuraient posées deux mains intruses jusqu’à ce qu’elle se tortille pour leur échapper. Ne sachant qu’ajouter tandis qu’elle avait épuisé en cette seule soirée toute l’énergie pour la semaine, elle récupéra une partie des sacs pour reprendre le chemin vers l’escalier, soulagée ; elle en oubliait en avoir froid aux fesses. Un pas, un seul, avant qu’elle ne s’immobilise de nouveau, nerveuse. Il y avait encore une chose qu’elle ne lui avait pas dit. Qu’il lui valait mieux avouer maintenant, tant que dans la lumière relative des lampadaires elle pouvait espérer se tromper sur son expression. Que s’il grimaçait, elle prétendrait seulement qu’il ne s’agissait que des ombres, jusqu’à s’en convaincre.

- Juste…

Elle tordit la bouche, ne sachant comment verbaliser la chose. Avec le temps, elle avait appris à passer un peu outre des regards, aussi. Se promener sans ses gants, dans ses meilleurs jours – manches amples, mais manches seulement. Lui… lui la verrait tous les jours. Lui la jugerait tous les jours. Sa réaction, sûrement, lui importait plus que celle de ces innombrables inconnus dont elle redoutait pourtant violemment les regards.

- C’est que…

Nerveuse, elle se sentait incapable de passer le pas. Allait-elle tout gâcher, maintenant ? Reposant le malheureux repas désespérant certainement d’être un jour dégusté, elle inspira avant de prendre les mains de son mari entre les siennes, les pressant doucement tandis qu’instinctivement se conservait une prudente distance entre eux. Il sentirait, certainement, la dureté du contact au travers des gants, la découpe incisive des phalanges, la force anormale de l’étreinte.
Catarina Kanashisa
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Est-ce que j'avais réussi à la rassurer, ne serait-ce qu'un tout petit peu ? Je ne parvenais pas à m'en faire une idée claire dans la mesure où le sourire tremblant ornant désormais son visage luisait d'une larme venue s'échouer sur ses lèvres. Ça lui allait ? Réellement ? Sincèrement ? J'avais encore pas mal de doutes sur la question et la jeune fille ne semblait pas en état d'éclairer davantage ma lanterne que ne le faisaient déjà les lampadaires illuminant la chaussée. En attendant, fuyant le mien, son regard s'était déporté sur le sol comme si elle étudiait mon offre sans parvenir à réellement se décider. Infime vibration, ou bien était-ce un tremblement, un déséquilibre ? Mon regard s’affûta, prêt à la retenir, mais elle se contenta d'accepter mon aide. Bref hochement de tête, puis je reposai mes paumes sur ses hanches avant de lui rendre le plancher des vaches... Peut-être que je la déposai un peu trop près de moi ? Ou bien peut-être que mes mains s'étaient faites trop présentes sur sa taille ? Quoi qu'il en soit, même si « tout cela lui allait », elle était encore bien loin d'avoir dépassé l'inconfort que je lui inspirais... Le dépasserait-elle un jour ?

Sacs de courses récupérés par ses soins, ce fut les mains vides que je repris finalement ma marche à sa suite en espérant retrouver aussi rapidement que possible la chaleur de l'habitation qui nous avait été confiée. Espoir rapidement déçu, encore une fois... Un pas, pas plus... Pas même l'esquisse d'un second, avant que la demoiselle ne temporise de nouveau notre retour au bercail. Juste ? Juste quoi ? Avais-je dit quelque chose susceptible d'être interprété de façon moins honorable que je l'aurais souhaité ? Nous n'allions décidément pas nous en sortir, et il fallait encore que nous mangions... Entre autres légers détails à ne surtout pas oublier...

Sans prononcer un mot, j'attendis qu'elle poursuive jusqu'à ce qu'elle se tourne de nouveau vers moi après avoir reposer notre commande au sol. Heureusement que l'Incontestable nous avait généreusement fourni un micro-ondes, n'est-ce pas ? Je retins ce trait d'humour en voyant ses mains se tendre vers moi, prendre finalement les miennes en un geste qui dénotait totalement du restant des rares interactions que nous avions eu jusque là. Chaque frôlement l'avait effarouchée, et la voilà qui réclamait mon contact ? L'intensifiait même ? Qu'attendait-elle ? Quel message cherchait-elle à transmettre ? Perplexe, j'attendais des explications qui ne venaient pas... C'est que ? C'est que « quoi », Catarina ? J'avais depuis un certain temps cessé de me considérer comme « stupide », mais là... L'énigme que me présentait ma conjointe était sans faille et elle ne me proposait pas le moindre indice...

J'étais sensé comprendre quelque chose, de cela j'étais sûr, mais je n'étais déjà pas loin de m'impatienter. Elle était injuste d'espérer de moi une illumination soudaine, que je trouve sans son intervention la réponse à une question qu'elle se refusait à formuler. Il n'y avait que la pression de ses doigts rendus durs et froids par la température extérieure... Est-ce qu'elle souhaitait que je l'embrasse immédiatement, afin de cocher cette ligne de notre liste de devoirs ? Non... Certainement pas... Et ses doigts qui se refermaient sur les miens encore un peu, comme une supplique... Est-ce qu'elle souhaitait que je la porte pour passer notre seuil ? Non... Que je lui jure un amour éternel béni par le gouvernement ? Non plus, j'osais l'espérer... Alors quoi ? Quoi, Cat ? La recette de la sauce secrète ? La réponse à la grande question sur la Vie, l'Univers et le Reste ? QUOI !?

Grimace sur mes traits, la pression de ses mains devenaient franchement inconfortable... Et, pourtant, je ne voyais pas le moindre tremblement musculaire sous ses manches, mais la moindre infime faiblesse dans une de ses phalanges avant qu'elle ne reprenne sa vigueur... Froncement de sourcils avant que mon regard ne se pose plus franchement sur nos mains jointes... Sur ses gants dont le tissus usé paraissait glisser sur une surface... Une surface lisse, sans chaleur, aux arrêtes abruptes... Ses gants... J'osais à peine en comprendre toute la signification...

Un instant immobile, interdit, je finis par baisser la tête pour encaisser le choc de toutes les images violentes traversant mon esprit pour « expliquer » ce que je commençais à intellectualiser... Je hochai la tête pour moi-même, une fois... Deux fois... Avant de finalement lever ses mains inertes à mes lèvres pour y déposer un baiser... Avant que je ne libère une de miennes de l'emprise des siennes pour la placer sur le tissus de sa capuche et coiffer cette dernière d'un nouveau baiser... Comme si ça pouvait tout soigner, hein ? Mais, n'ayant pas les mots pour apaiser, j'avais toujours eu recours à cette « magie » pour soigner les bobos de Connie. Élan protecteur, fraternel... Absolument pas calculé... Je la relâchai enfin, confus... Surpris... Puis je me baissai pour ramasser nos sacs et pour l’entraîner vers « chez nous », gardant sa petite main "au chaud" dans la mienne...

Les marches furent gravies sans un mot... La porte fut passée sans un mot... Je l'aidai à retirer son manteau avant de me défaire du mien. Debout dans l'entrée que je bouchais, je ne savais vraiment plus quoi faire de moi ni comment agir, comment réagir. Je comprenais que c'était important pour elle, qu'elle étudiait très certainement mes expressions avec appréhension, mais je ne savais pas... Je ne savais vraiment pas ce que cela représentait pour « moi ». Tout serait conditionné par... Par son histoire... Par la perception qu'elle avait d'elle même... Profonde inspiration avant que je ne m'ébroue comme l'aurait fait un brave canasson avant une course...

Une hésitation, puis je repris sa main dans la mienne pour la guider vers la table basse où je déposai notre dîner. Elle l'aurait trouvé sans aide de ma part, mais... Il me semblait vital de ne pas lui laisser l'occasion d’interpréter mon silence comme du rejet ou de la pitié... J'en étais encore à me mettre d'accord avec moi même lorsqu'on se décida à s’asseoir sur l'épais tapis couvrant le sol... Puis je repris sa main, encore, une question dans le regard tandis que mes doigts remontaient sur son bras pour trouver le haut de son gant... Est-ce que je pouvais les lui retirer ? Pas de réelle autorisation, mais pas d'interdiction non plus... Le tissus glissa, dévoilant des prothèses mécaniques qui ne me semblaient pas de première jeunesse mais restaient suffisamment fonctionnelles pour ne pas la trahir si elle ne les dévoilait pas... Je hochai la tête une fois, deux fois... Avant de reposer mon regard dans le sien.

« Est-ce que tu veux m'en parler... ? »
Tora Kanashisa
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「Félins pour l’autre ?」

Il faisait froid, dehors. Dedans. Chaud, pourtant. Son corps transpirait l’angoisse d’une réaction qui ne venait pas, frissonnait d’une attente qui se prolongeait. Il y avait toujours cette peur, ancrée au plus profond d’elle, nichée au cœur de ses entrailles, de se voir repoussée. Jugée. De retrouver ces regard de mépris, de dégoût, qui s’empilaient au fond de sa mémoire dans des tiroirs qui ne se fermaient jamais vraiment. Déjà trop grande, déjà trop grosse ; elle aurait aimé être de ces menues créatures qu’un souffle de vent semblait pouvoir souffler, peau d’albâtre pour une crinière d’ébène, fondues parmi la foule des êtres de chair. De chair. Pas de métal. Ceux qui pouvaient tendre la main pour prendre celle de leur ami, ceux qui pouvaient d’une caresse réchauffer la joue de l’amoureux. Chasser une larme, tendrement, avec la douceur d’un pouce délicat. Porter sans honte bikini et débardeur, avoir l’air féminine. Elle n’avait pas oublié, ces quelques mots. Des années plus tôt, certes, conversation qui n’avait même pas cherché à être cachée de ses oreilles bien trop près. « Qui, Brunner ? Ouais nan elle est sympa mais… t’as vu ? Elle a déchiré un gant l’autre jour, t’imagines avoir une meuf comme ça ? ». Elle était allée vomir, après. Pleurer. Un des deux, ou les deux, elle ne se souvenait plus guère. Seulement de ce dégoût qui avait collé au palais, de cette colère qui l’avait secoué, de cette douleur qui avait percé. De la suite de la conversation, trop explicite. Répugnante. Au-delà de cette idée, humiliante et abjecte, que femme elle n’avait d’autre rôle qu’être jolie, au-delà de ces repoussantes images qu’elle avait fui sitôt qu’elles s’étaient vues imagées, ces termes s’étaient plantés profondément en elles. « Comme ça ». Comme ça. Amie, collègue, camarade, oui. Rien d’autre. Jamais rien d’autre. Quelques bonnes âmes ; combien de mauvaises ? Qu’il était compliqué, de réapprendre à s’aimer quand les autres ne le permettaient guère. Qu’il était difficile, de s’apprivoiser quand les autres vous donnaient l’envie de vous cacher. Mais ce n’était pas toujours possible. Dans ce monde rude qu’elle parcourait contre son gré, vivre seule n’était pas une option. Le système était ainsi fait qu’il ne tolérait pas de s’isoler. Et puisqu’aujourd’hui, elle vivait avec un autre, alors cet autre devait savoir. Tout de suite ; parce qu’elle n’aurait plus la force, après. Alors, de ses mains elle pressait doucement les siennes, lèvres closes sur ce qu’elle n’osait dire. Avouer. De ses yeux elle cherchait les siens, suppliant en silence de comprendre. Sentir. Cesser de la regarder avec cet air d’incompréhension, se concentrer sur ce qu’elle lui transmettait.

Là. Il avait compris, n’est-ce pas ? Un hochement de tête, un second, alors que ses yeux observaient leurs mains jointes. Il avait compris, oui. Certainement. Ou pas ? Interdite, elle le laissa embrasser l’une des siennes, cœur trébuchant de surprise pour repartir à la hâte. Nouveau baiser, sur la capuche. Qui la fit ciller, vaciller, l’océan de ses prunelles luisant de l’eau à peine contenue sous le choc ; le choc de sa douceur. De cette bienveillance inattendue, ce chaud rayon de soleil dans la nuit d’hiver. Se mordant la lèvre pour contenir ses émotions en ébullition, Catarina releva les yeux vers lui, le dévisageant sans comprendre. Que faisait-il ? Pourquoi ? Il n’émettait pas un mot, pas un son, demeurait simplement ainsi. Sans chercher davantage à étudier ses doigts, sans manifester le moindre signe de compréhension. Peut-être s’était-elle trompée. N’avait-il pas, finalement, deviné ce qu’elle lui disait en silence. Qu’avait-il cru ? Avait-il pensé qu’elle lui demandait un quelconque réconfort, que lui prenant la main elle réclamait sa tendresse ? Un soupir, léger, s’échappant de sa bouche pour disparaître dans le lointain. Un autre jour, alors, un autre soir. Elle n’aurait pas la force, ce soir, de recommencer. De lui montrer, lui expliquer. Seulement aborder le sujet, fut-ce indirectement, sapait ses forces plus efficacement qu’une longue course de fond. … tant pis. Tant mieux. Manger, dormir. Délaisser aux lendemains cette charge, se concentrer seulement sur cette vague chaleur distillée. Comme un porte-bonheur, déposé sur ses vêtements, une inattendue bénédiction dont elle ne comprenait pas le sens. Comme elle ne le comprenait pas, lui.

En silence, elle se laissa entraîner jusqu’aux marches, observant la silhouette liée à la sienne. Inévitablement, son attention se portait sur ces doigts refermés sur les yeux, le reflet des mains jointes tournoyant au fond de ses iris. Elle ne le sentait pas ; pourtant, c’était agréable. Au-delà du toucher, simplement la tenir, avec douceur. Ne percevait-il rien, de la rudesse de son contact, de la finesse de ses doigts, de la sécheresse des articulations ? La lâcherait-il, un jour ? Bientôt ? Devrait-elle vraiment lui dire ? Laisser s’installer cette incompréhension, profiter simplement qu’il n’y ait pour l’heure plus de tension ? Lui révélerait-il seulement ce qu’il imaginait, ce à quoi il avait pensé pour se faire silencieux de la sorte ? N’osait-il pas, simplement, manifester son incompréhension ? Manteau enlevé, chaussures ôtées, la jeune femme tentait de décrypter ce que les yeux mordorés lui cachaient. Lui disaient. Confuse, elle ne savait ce que signifiait cette proximité, ce que traduisait ce mutisme. Avait-il compris, finalement ? Qu’avait-il compris ? Son visage impassible n’exprimait rien qu’elle ne puisse interpréter ; un soupir, avant qu’elle ne baisse les yeux sur ses chaussons. Attendant, simplement. Un mot, une réaction. Avoir n’était-ce qu’un soupçon d’informations, qu’il s’ouvre une fraction de seconde pour lui dévoiler ses pensées. Repensait-il simplement à tout ce qui s’était dit plus tôt ? Cherchait-il encore la réponse à cette devinette posée silencieusement, dont il n’osait reconnaître la difficulté ? Avait-il simplement faim, ne sachant que faire d’elle ? L’estimait-il folle, désespérait de ce que serait le futur avec une femme au comportement aussi énigmatique – absurde ? Dis juste quelque chose. N’importe quoi. Bon appétit ou au revoir, déjà, suffiraient. Quelque chose, plutôt que de l’entraîner de la sorte sans qu’elle ne résiste, se laissant tomber à ses côtés sur le tapis. Ah… Ses doigts glissaient le long de son bras, remontant sa manche, cherchant le haut du gant. Ah… il a compris, en fait. Se mordant les lèvres, elle se rétracta par réflexe avant de le laisser faire, étudiant anxieusement ses réactions. Encore ces hochements de tête…

- Est-ce que tu veux m'en parler... ?

Enfin, enfin des mots, enfin quelque chose. Rebaissant les yeux, elle secoua la tête, sans déterminer ce qui prenait le pas, du soulagement ou de l’appréhension.

- … Pas maintenant.

Pas ce soir. Cela faisait beaucoup, n’était-il pas ? Une rencontre, une dispute. Une tension qui s’était traînée toute la journée, portée par leur mécompréhension de l’autre. Une grimace de sourire, une excuse :

-Désolée. Je sais que… c’est pas joli mais…

Mais elle était normale, à part ça. Ni trop fragile, ni insensible. Juste normale. C’était mieux qu’il le sache, malgré tout. Qu’il le sache avant de le découvrir par surprise. Une inspiration avant qu’elle ne remette nerveusement ses gants ; et désolée, c’est pas poli de les garder, disait toujours maman.

- Ah, ca va être froid, pardon. Tu… on mange ou tu veux te doucher ?

Attraper un sujet, le jeter dans la corbeille, espérer qu’il disparaisse. Feindre qu’il n’ait jamais eu lieu, que la plus banale conversation viendrait la remplacer pour lui faire oublier son existence.
Catarina Kanashisa
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Pas maintenant, dans ce cas. J'acquiesçai à peine alors qu'elle remettait déjà ses gants, couvrant les cicatrices métalliques d'un passé qu'elle n'était visiblement pas prête à évoquer davantage pour l'instant. Il lui avait déjà fallu énormément de courage, n'est-ce pas ? Ce soir, oui, mais aussi tous les autres jours de sa vie. Le monde n'était jamais tendre avec les personnes « différentes », j'étais très bien placé pour le savoir. J'avais connu quelques gosses comme elle, aux foyers, même si jamais aucun d'aussi marqué... C'était ceux dont personne ne voulait jamais, qui n'avaient pour ainsi dire aucune « chance » d'être adoptés sinon par des familles espérant pour pouvoir toucher des aides de l’État majorées. Ceux qui étaient toujours choisis en dernier dans les jeux - s'ils étaient jamais choisis - qu'aucune équipe ne voulait jamais... Et c'était déjà la seconde fois qu'on l'imposait à un partenaire de vie ? Je ne pouvais qu'imaginer l'angoisse... Pas un mot de plus de ma part, j'attendais qu'elle en termine. Un froncement de sourcils, avant que je ne balance la tête et commence à sortir les plats du sac pour les déposer sur la table.

« Je me lave toujours avant de rentrer du travail... Même si j'aurais bien été me réchauffer sous le jet brûlant après cette promenade sous la neige. Tu pourras y aller avant moi, d'ailleurs. Mais si on attend encore avant de manger, ça sera définitivement froid... Et t'avais l'air d'avoir faim... Je poussai vers elle un plat dont j'ignorais absolument tout jusqu'au nom, mais qui sentait plutôt bon, avant de reprendre... Je voudrais juste que tu gardes un truc en tête, Cat... Tes cicatrices, quelles qu'elles soient... Elles te disent d'où tu viens et ce que tu as traversé, c'est tout... Elles te disent pas qui tu es, ni où tu peux ou ne peux pas aller... Elles te disent pas qui tu peux ou ne peux pas être... Ok ? J'attendais pas vraiment qu'elle me réponde. Car qu'aurait-elle pu dire ? Que c'était plus facile à dire qu'à vivre, qu'à accepter, qu'à supporter. Et j'aurais pas eu d'autre choix que de lui donner raison, car c'était sa vie, sa peau, ses traumatismes et ses bras... Et... Tes gants... Si tu te sens mieux avec, c'est ok... Mais te sens pas obligée de les porter pour moi... Enfin... Tu fais bien comme tu veux... » J'allais devoir m'habituer à ses prothèses, de toute façon. Le plus tôt serait le mieux, sans doute ? Je savais toujours pas trop ce que je pensais de tout ça, pour être franc. Pas certain d'être à l'aise avec l'idée d'abandonner le contact chaud et sensuel d'une main sur ma peau, remplacé par des doigts de métal. Je baissai le nez vers mon assiette, prélevant une bouchée. Nous n'en étions définitivement pas là...

Nous mangions, et l'ambiance était... Étrange... Peut-être avait-elle espéré mieux de ma part ? Des mots pour la rassurer de façon plus concrète ? Une réaction plus vive, en bien ou en mal ? Quelque chose, ou bien rien... Sans doute qu'elle n'attendait déjà plus rien de moi, n'est-ce pas ? Pour autant, je ne percevais pas de réelle tristesse, sinon de la perplexité... Un peu de gène, surtout... Je pouvais peut-être l'aider à se détendre ? Trouver un sujet plus neutre ? Plus facile ? Elle avait dit faire des études de journalisme, non ? Je tentai, au bout d'un moment... « Tu travailles sur quel genre d'article en ce moment ? » Sans doute l'avais-je surprise... Peut-être ne s'attendait-elle même pas à ce que je m'en souvienne ? Mais son ordinateur trouva rapidement sa place sur la table basse et, tout en mangeant, elle commença à m'expliquer tout ça. Est-ce que je comprenais tout ? Non... Mais elle semblait un peu mieux et c'était tout ce qui comptait...

Le repas terminé, notre plan de bataille pour la fin de soirée était fait. J'allais desservir pendant qu'elle allait se laver, puis elle ferait la vaisselle quand mon tour serait venu de passer sous l'eau. Il y avait moyen qu'on fonctionne pas trop mal, en fait! J'en eus très rapidement terminé et commençai à tourner en rond dans la pièce jusqu'à ce que je repère un élément du plafond qui m'arracha un rictus amusé. Il n'était jamais trop tard pour s’entraîner, n'est ce pas ? Je commençai par tester la résistance de la poutre qui semblait pouvoir supporter mon poids ce qui était parfait. Quitte à aller me laver, autant suer un peu avant ! Mon sweat trouva sa place sur un fauteuil, mon t-shirt également... Un élan, et j'étais accroché à ma poutre pour une première série de tractions qui me vidèrent agréablement la tête et m'engourdir le corps. Le sport, l'action... C'était définitivement ce dont j'avais besoin pour me sentir moi-aussi un peu plus à ma place dans cette maison...
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「Félins pour l’autre ?」

Avait-elle faim ? Oui, non. Elle était aussi affamée que son estomac était noué, elle se sentait aussi pleine d’énergie qu’épuisée. C’avait été une excuse, le repas. Détourner la conversation, rattraper la banalité. C’avait été une muette supplique de ne pas insister, de ne rien ajouter. Qu’il feigne de n’avoir rien entendu, qu’il prétende n’avoir rien vu, était-ce trop ? Mensonge, hypocrisie, sûrement, alors que la jeune femme sentait sur ses côtes se presser la tension qui l’agitait ; il n’y avait rien de normal, dans cette soirée, rien de banal. Ni le sujet de conversation, ni l’environnement, ni même leur présence réciproque. A peine plus le contenu du repas, finalement, tandis que les odeurs des plats étrangers les enveloppaient délicatement. Etait-ce mal, que de se duper ainsi ? Pourquoi toujours chercher la sincérité, pourquoi toujours accepter la réalité, lorsqu’il était plus doux de se bercer d’illusions ? Alors tandis qu’elle plongeait avec curiosité la cuillère dans un plat pour en verser un peu dans son assiette, son pouls s’accéléra en entendant Tora reprendre. S’il te plaît. Dis rien. Ni pardon, ni désolé ; qu’ils étaient absurdes, tous ceux qui s’excusaient quand ils satisfaisaient sans honte leur malsaine curiosité. Aucun je comprends, surtout : que pouvaient-ils en comprendre, quand ils en ignoraient tant ? Des ca va aller qui n’étaient que promesses vides alors que la vie prenait malicieux plaisir à venir contredire ces affirmations. Des silences, dégoûtés, apitoyés, begayant quelques mots réconfortants jamais achevés ; ils savaient, eux-mêmes, que leurs efforts étaient vains. C’est joli, riaient certains. Trop cool, s’exclamaient les plus impitoyables. Mais il y avait toujours de la gêne, finalement. Des regards qui se glissaient avec une discrétion douteuse, douloureuse. Des questions qui n’osaient se poser, qu’elle devinait en silence. Imaginait, peut-être ; à douter de soi il est si facile de douter des autres.

- Tes cicatrices, quelles qu'elles soient... Elles te disent d'où tu viens et ce que tu as traversé, c'est tout... Elles te disent pas qui tu es, ni où tu peux ou ne peux pas aller... Elles te disent pas qui tu peux ou ne peux pas être... Ok ?

… Okay. Sa thérapeute le lui avait déjà chanté pareil refrain, lui avait fait prononcé de tels mots. Sa valeur n’était pas liée à son corps, ni à celle que les autres lui donnaient. Elle n’était pas « moins », parce qu’elle avait cela « en plus ». Cela faisait partie de son histoire, cela faisait partie de son identité – avait-elle pourtant jamais prétendu l’aimer, cette identité ? Pourquoi ne pouvait-elle pas haïr simplement, sa vie, son passé, son corps, elle-même ? Pourquoi se voyait-elle forcée à les aimer, sa vie, son passé, son corps, elle-même ? Peut-être aurait-elle été mieux, sans tout cela. Eté « plus », avec cela « en moins ». Mais il ne comprendrait pas, sûrement. Elle ne le comprenait même pas vraiment, pas consciemment du moins ; qui elle était, où elle allait, dépendait de ses propres barrières. Et ces cicatrices, au fond, n’en étaient que parmi d’autres.

- Et... Tes gants... Si tu te sens mieux avec, c'est ok... Mais te sens pas obligée de les porter pour moi... Enfin... Tu fais bien comme tu veux...

Si seul un hochement de tête avait accueilli ses premières paroles, né plongé dans l’assiette pour fuir tout regard, Catarina releva la tête vers son nouvel époux en entendant ces mots. Surprise. Reconnaissante. Un léger sourire étira nerveusement ses lèvres, un peu bancal, un peu boiteux.

- Merci.

Chuchotement glissé avant qu’elle n’engloutisse une bouchée, soulagée. Il ne lui demandait pas de les porter, il ne l’obligeait pas à les enlever. Il ne la forçait pas à l’interroger, il lui manifestait tout de suite la liberté dont elle disposait. Selon ses envies, selon ses humeurs, elle pourrait faire à sa guise sans craindre qu’il ne la questionne, sans risquer qu’il ne l’embarrasse. Merci. Cela ne semblait rien ; pour elle, c’était beaucoup. Elle n’en dit rien de plus, le malaise était toujours présent, pourtant elle se sentait quelque peu plus détendue. Sans être apaisée – le sujet demeurait toujours à trotter dans ses pensées – elle pouvait davantage savourer les plats. Bouchée après bouchée, pourtant, la gêne s’accentuait. Elle si bavarde, souvent, ne savait que dire. Il lui semblait que ce calme paisible était trop fragile pour qu’elle se permette de le briser de la moindre manière, trop délicat pour qu’elle se permette le moindre faux-pas. Aucun sujet ne lui venait, dont elle ait l’assurance qu’elle ne l’ennuierait pas ; alors, embarrassée, elle mangeait en silence, formulant en son esprit des dizaines de questions dont aucune ne trouvait grâce à ses yeux. Sans doute le perçut-il, finalement, puisqu’après quelques lourdes secondes, minutes – elle n’en savait rien – il l’interrogea sur ses articles ; avec un soupir de soulagement, s’empressa de lui présenter ses derniers projets.

Laissant l’eau s’écouler sur ses épaules, Catarina ferma les yeux quelques secondes, tentant d’ignorer la vague culpabilité de gaspiller ainsi alors même qu’elle s’était déjà lavée plus tôt. Eut-elle été seule que peut-être – sûrement – ne l’aurait-elle prise ; dans un sursaut de fierté néanmoins elle se refuser de lui apparaître sale. Chasser le froid de l’hiver, chasser les quelques poussières de l’extérieur, chasser la nervosité ; cette douche n’était pas qu’inutile, l’entourant d’un léger parfum d’amande douce. Quelque peu apaisée, elle avait repassé avec le plus grand des plaisirs son pyjama molletonné, avec hésitation délaissé ses gants soigneusement pliés : elle n’en aurait pas besoin, pour la nuit. La nuit. Ils allaient devoir dormir ensemble, bien sûr. Certes, il lui semblait être de bien, lui avait promis ne la forcer à rien, pourtant… Pourtant elle sentait sa respiration s’accélérer à cette idée, un frisson courir sur sa colonne en y songeant, sa bouche s’assécher sous cette pensée. Ca va le faire. Juste dormir – elle n’y arriverait pas, certainement, mais elle pouvait s’offrir le luxe de ne surtout penser à rien d’autre. Le devait, plutôt, pour sa propre santé mentale.

Prenant une profonde inspiration, rassemblant son courage pour cette nouvelle vie qui l’attendait, l’autrichienne passa le pas de la porte, en heurta le battant avec un grognement discret avant de retourner à la pièce de vie prévenir son compagnon.

- Tor… AH !

Surprise, elle se détourna pudiquement en le voyant torse nu, sentant son visage s’enflammer de la vision offerte. Le concerné, tout à ses activités, avait décidé de se mettre à l’aise… Mais qui fait du sport à cette heure-ci ?! Envisageant de battre en retraite le temps de le laisser se rhabiller – ou s’empresser vers la douche, à sa guise, la jeune femme risqua néanmoins un second regard curieux vers la silhouette non loin. Ses muscles jouaient sans mal sous la peau souple que la transpiration faisait doucement scintiller, accentuant la découpe de son corps. Tête de nouveau pivotée pour lui rendre un peu d’intimité, nouveau regard au travers du rideau blond qui la cachait. Fascinée, elle laissa glisser les iris sur son ventre plat, détailla la taille marquée, remonta sur ses pectoraux dessinés. Effleura l’arrondi des épaules, caressa la courbe des biceps, s’étonna de… Nom de… Alors que dans un léger mouvement il avait présenté son profil, elle distinguait des formes colorées ornant son dos. C’EST QUOI CA ??? Si son cœur fit un arrêt, ce ne fut que pour repartir à pleine vitesse. Sous le choc, elle s’était pleinement redressée pour faire un pas en avant, posant un regard terrifié sur l’épiderme marqué.

- Tu… C’est… c’est juste des tatouages, n’est-ce pas ? Tu… n’es pas un yakuza ?

S’il répondait par l’affirmatif, que ferait-elle ? Où irait-elle ? Impossible. Son esprit refusait de l’accepter, de l’intégrer. Impossible, impossible, impossible. Elle ne pouvait pas être avec un criminel, pas se trouver liée à… non. Non.
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J'avais enchaîné les séries, descendant parfois de mon perchoir et restant suspendu à d'autres pour renforcer mes doigts et étirer mes épaules. Ça venait doucement, l'endorphine... Un peu de coton posé sur les questionnements et les émotions pour ne plus écouter que les sensations du corps, ses tensions et ses limites. Ça venait plus ou moins vite selon les personnes et certains avaient besoin de longues heures de souffrance physique pour dépasser leurs préoccupations. Pour moi, c'était... Comme un état d'esprit ? Une porte que j'ouvrais puis refermais derrière moi afin que personne n'entre dans ma bulle. J'enseignais, mais j'appréciais assez peu qu'on vienne me déranger lorsque je m’entraînais... Et c'était aussi l'une des raisons pour lesquelles j'évitais les combats autant sur le ring que dans la rue. Cette bulle, elle était dangereuse... Pas d'émotions, pas de réflexions... Presque pas de douleurs... Rien que l'instinct qui disait où taper pour faire le plus mal possible, pour être le plus efficace. Plusieurs de mes maîtres, et d'autres pratiquants rencontrés durant mes voyages, m'avaient appelé « Berserker »... Ça les amusait, mais pas moi... C'est pour cela que je ne me battais pas...

Sa voix...

La bulle était brisée, la porte défoncée... Et les émotions cognaient plus fort que n'importe quel champion UFC... En suspension... Mon corps... Mon souffle... Mes pensées... Tressaillements... Puis encore une traction, encore une et une dernière pour clore ma série. Je me laissai retomber sur le sol qui encaissa vaillamment mon poids sans trembler. Je lui offrais mon dos, pour que l'image de mes encrages s'imprime dans ses rétines. L'idéogramme noir, pour qu'on sache son quel nom m'enterrer peut-être ? Les dessins sur mes épaules, sur mes bras... Connie les aimait bien pourtant, elle... Mes poissons et mes fleurs... Rire sec... Je récupérai mon t-shirt et m'en servis pour m'éponger le visage et le cou avant de me tourner vers mon épouse. Et voici le côté face, Catarina !

J'affrontai un temps – quelques secondes valant une éternité – son regard de ciel horrifié... Amusant, non ? Tu souffres tant de tes différences et refuses de les expliquer à quelqu'un qui t'accepte... Et au moment d'inverser les rôles, tu n'offres que dégoût et suspicion... Tu réclames des explications, une justification, mais... Honnêtement ? Ça changerait quoi ? Si je te disais que non, tu me croirais ? Si je te disais que oui, tu te plaindrais ? Et ça changerait quoi, au final ? Absolument que dalle...

Tu vois, Cat... On peut avoir un visage d'Ange et se conduire comme un monstre... Regarde-toi... Tellement jeune, bordel. Est-ce que tu es à ce point inconsciente de la portée de tes mots ? De ce qu'exprime ton corps en général et tes yeux en particulier ? Ou peut-être juste que tu t'en fous ? Tu te dis que t'as déjà tellement morflé que tu as de la marge, tu peux rendre quelques coups ! Et tu peux, oui ! Mais « rendre » implique d'avoir été heurté en premier... Et qu'est-ce que je t'ai fait, Kitty ? Rien... Absolument rien...

Ça fait déjà deux fois, Catarina... Deux fois que tu juges sans savoir... Est-ce que tu vas encore soutenir que tu ne m'as pas traité de « monstre » ? C'est pourtant ce que ton ton implique... Encore...

« Pourquoi tu demandes ? Tu comptes me croire sur paroles si je te dis que non ?
Pas la moindre intonation... Je renvoyai mon vêtement sur la chaise d'un geste sec, passai rapidement par la chambre pour y prélever un boxer propre et un jogging, avant de revenir pour m'engouffrer dans la salle d'eau qui était presque trop petite pour moi. Tu peux aller te coucher, pas la peine de m'attendre... » Rien de plus à lui dire pour ce soir et peut-être même pour toujours...



Ça faisait déjà quelques longues minutes que je me tenais sous le jet brûlant, les paumes à plat contre le mur et la tête basse masquée par deux rideaux de soie noire... Je m'étais laver les cheveux et le corps, mais je n'arrivais pas à chasser l'amertume.

C'était pour ça... C'était précisément pour ça que je ne « parlais » pas... Pour cela que je ne m'ouvrais pas, jamais, ne serait-ce que d'une fraction. Les gens jugeaient, toujours et sans savoir... Il est trop grand, il ment sur son âge ! Il ne parle pas, il est stupide ! Il est trop fort, il est dangereux ! Il est métis, il est différent ! Il est tatoué, il est méchant ! Il est... Il est... Il est... J'avais jamais eu le droit d'être « moi »... Des étiquettes dès ma naissance... « Abandonné », « Bâtard », « Indésiré »... Les Thorne avaient réussi à gommer quelques étiquettes, à m'en donner des neuves sur lesquelles je pouvais écrire ce que je voulais... Mais même eux, parfois, ils avaient eu peur... Peur de moi, ou peur pour moi...

Un grand bruit me ramena à moi... Une douleur dans le poing que je venais d'envoyer de toutes mes forces contre la cloison... Mes jointures saignaient, ça faisait des petites gouttes écarlates sur la faïence blanche... Comme des larmes... J'avais besoin de ma sœur... J'avais besoin de parler à Connie...

...

Le jet avait été coupé et j'étais resté un moment encore immobile à goutter sang et eau avant de me décider à bouger et à me sécher. Est-ce que j'avais envie de voir ma femme ? De lui parler ? Non, définitivement pas... Mais, si elle n'avait pas été docilement se coucher, elle avait au moins eu la bonne idée de s'expatrier au fin fond de la pièce à vivre avec son ordinateur et sa musique. A peine un regard... Elle était de toute évidence plongée dans son monde pour oublier sa triste réalité que je représentais... Sourire acide adressé à la cafetière, que je relançai malgré l'heure avancée, avant de repasser par notre chambre pour y attraper une épaisse paire de chaussettes et un pull. Mon itinéraire était tracé... J'allai récupérer mon portable sur la table où nous avions mangé, vérifiai l'heure. Celle du Japon, à peine. Celle de Londres, surtout. Ça passait largement... Il était près de seize heure au Royaume-Uni et Connie finissait l'école à quinze heure trente. Elle devait être au parc avec ses amis, à leur raconter que son grand frère sur lequel elles bavaient toutes avait été marié... Non, je me vantais pas... C'était ses mots...

Le café était coulé, je m'en servis une tasse... J'en avais tellement, que je considérais parfois le « message » de cette dernière comme un oracle... Ma version de l'horoscope, en gros... Je portai la désignée volontaire à mes lèvres, en pris une gorgée, avant d'évacuer un rire sec en lisant « It hurts, but it's ok... I'm used to it. » On me l'avait offert pour le dojo, mais... Ouai... Putain d'horoscope... Plus qu'à trouver mes clopes, puis j'allai m'isoler à mon tour sur le balcon face au parc et à la rivière... Le silence, ou presque... Il faisait toujours froid, et il neigeait à nouveau... Je me concentrai autant que possible sur leur chute pour me calmer tout en alternant tabac et caféine... Finalement, un peu plus calme, je récupérai mon téléphone et cherchai dans mes contacts jusqu'à trouver l’émoticône d'un petit soleil... J'appuyai...

« Ty ! C'est Tiger, les filles ! J'entendis ses amies pousser des cris de joie... Elles avaient gardé en tête l'image du grand frère de substitution qu'elles côtoyaient lorsqu'elles avaient huit ou neuf ans... Qui les menait à l'école en même temps que sa benjamine... Un demi sourire...
-Salut les filles, vous allez bien ? Trois ou quatre voix hurlèrent dans le combiné de façon simultanée et je l'éloignai de mon oreille par sécurité.
-Oui/Super/Nickel/Et toi, Ty ?
-Ça va... J'entendis Connie qui s'excusait auprès de ses copines, leur indiquant qu'elle revenait vite. Elle enleva tout de suite le haut parleur et reprit.
-Tu t'es encore cassé la main, pas vrai ? Merde... Je grinçai en agitant devant moi mes doigts bandés à l’essuie-tout. Tu sais que le papier toilette c'est pas suffisant, hein ? Je ris presque.
-T'as installé des caméras dans ma nouvelle baraque, ou quoi ? Et j'ai utilisé des mouchoirs...
-C'est à peine mieux !
-C'est ta mère qui est censée être infirmière, pas toi ! Un blanc...
-C'est ta maman aussi, Ty... Et re merde...
-C'est pas ce que je voulais dire, Connie... Excuse-moi...
-Hum... Un soupire... J'entendais à sa voix qu'elle grandissait à toute vitesse, qu'elle comprenait des choses qui n'étaient pas censées être à sa portée... J'avais mal pour elle, car grandir était douloureux... Alors elle est comment ? Oui, forcement...
-Elle est... Elle est jeune... Et jolie... Et intelligente... Elle veut devenir journaliste, je crois. Écrire, en tout cas... Je savais que je faisais gagner des points à Cat auprès de ma sœur qui était une grande lectrice.
-Vrai ? C'est super ! Je ris de son enthousiasme.
-Ouai, je me doutais bien qu'elle te plairait...
-Et toi, elle te plaît ? Je tirai sur ma clope, relâchai la fumée...
-Je sais pas... Je crois surtout que c'est moi qui lui plais pas...
-Alors elle est pas si intelligente que ça ! C'était ça que j'avais besoin d'entendre... Ça foi inconditionnelle en moi... J'avalai une gorgée de café avant de soupirer.
-Je t'aime, Connie... Tu me manques...
-Toi aussi, tu me manques... Maman a dit que tu pourrais peut-être pas venir pour mon anniversaire ?
-Et bien... C'est loin Londres, tu sais... Et Catarina a ses cours à suivre... C'est... C'est compliqué ici, tu sais... J'entendais presque la tristesse dans sa voix même si elle se contenait pour ne pas m'accabler.
-Je sais, oui... Je... Je pourrais peut-être venir, moi ? Ils me mettront pas de puce si c'est des vacances, hein ? Un instant interdit, je balançai la tête dans le vide.
-Nan, ils te mettront pas de puce pour des vacances... Écoute, je... Je vais en parler avec les parents, d'accord ? Et avec Catarina... La maison est un peu bizarre, ça sera pas facile de t'accueillir, mais...
-T'as pas dit non !
-J'ai pas dit oui non plus ! Elle gagnait à tous les coups... Écoute, je vais aller me coucher. Mensonge... Il est tard ici... Tu embrasses les parents et tes copines ?
-Oui, promis ! A bientôt, Ty ! Et bonjour à Cat même si elle est un peu bête ! Rictus, nuage de fumée.
-Je lui dirai... A bientôt, Sis'... »

La conversation se coupa... Quelques secondes plus tard, je recevais une photo d'elle et de ses amies en train de tenter de faire un bonhomme de neige avec l'aide d'un jeune labrador qui devait appartenir à une des petites. Elles avaient l'air heureuses... Elles étaient loin... Elles étaient, surtout, en sécurité... Je posai l'écran en équilibre sur ma jambe pliée, comme un pont vers ce qui aurait dû être ma « normalité », avant de reprendre ma noria... Gorgée de café, taffe de tabac...
Tora Kanashisa
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「Félins pour l’autre ?」

Qui était-il ? Qu’était-il ? Homme, étranger, yakuza peut-être. Inconnu, surtout. Sur sa peau, elle voyait s’étirer des motifs délicats aux couleurs et formes trop reconnaissables pour quiconque avait grandi au Japon. Indissociables, en vérité, de ceux qui les arboraient avec tant de fierté et d’impudence. A ces seuls marquages, l’esprit associait inévitablement crimes et délits, sombres histoires de prostitutions ou cadavre mystérieusement retrouvé. Pour elle, il s’agissait surtout de dettes et faux papiers, employeurs sans vraiment l’être ; en faisait-il parti ?

- Pourquoi tu demandes ? Tu comptes me croire sur paroles si je te dis que non ?

Catarina tressaillit alors qu’il projetait son vêtement sur la chaise, s’éloignait en l’invitant à se coucher sans attendre. Muette, la jeune femme observa la silhouette qui disparaissait, déglutissant tandis que son cœur menaçait de s’échapper de sa poitrine. Avait-il du sang sur les mains, des balles dans le corps ? Avait-il observé s’échapper des lèvres d’un homme le dernier soupir d’une vie abrégée dans la souffrance ? Avait-il volé, trompé, menti, menacé ou torturé ? Combien de liasses avait-il fabriqué, combien d’autres détournées ? A quel clan appartenait-il, aussi ? Etait-il seulement dans l’un d’entre eux ? Mains s’activant distraitement pour nettoyer le peu de vaisselle sale devant laquelle ses jambes l’avaient mécaniquement porté, l’étudiante apaisait ses doutes avec son pouls. Analyser, il faut analyser. Prendre de la distance pour demeurer objective, ainsi que le leur enseignaient les divers intervenants : chaque histoire avait des chapitres cachés auxquels nul ne prêtait jamais attention, pris au piège des plus passionnels. Pour déterminer ceux qui intéressaient, ressortir l’important, encore fallait-il connaître la trame de fond ; elle avait bien grand mal, souvent, à trouver cette distance. Qu’est-ce qu’il a dit déjà ? Pinçant les lèvres, elle se concentra de son mieux pour tenter de revenir un instant en arrière. Elle ne la croirait même s’il niait, quelque chose comme ça. Cela voulait-il dire qu’il n’en faisait pas parti ? Au contraire, que si ? Se mordillant la lèvre, l’autrichienne acheva sa besogne avant de se réfugier dans ce qui était toujours plus doux des réconforts : l’écriture. Là, dans ce petit coin un peu sombre qu’atteignaient à peine les tentacules lumineux de l’ampoule, elle laissait voler ses doigts sur le clavier, se plongeait dans une histoire de toute pièce créée. Oubliait où elle était, qui elle était, pourquoi elle était. Pour quoi, elle était. Ses doutes, ses doutes, elle les donnait à d’autres, les laissait en souffrir pour effacer un peu de sa propre confusion, leur construisait un monde pire que le sien pour n’avoir pas à s’y intéresser. Un peu de douceur, parfois, quand elle manquait trop ; comme un câlin doux pour envelopper son âme, un coton délicat pour apaiser ses plaies. En hoquets indomptés, les paragraphes apparaissaient, les chapitres s’enchaînaient. Disparates, ils créaient pourtant lentement une histoire qui prenait vie – prenait sens, à ses yeux. Dans ses souvenirs elle imaginait des mondes, de ses coupures elle créait des ouragans. Des contes, féériques et tragiques, aussi légers que douloureux. Des récits de nuages, noirs ou blancs, gris parfois ; des histoires de lutins, farceurs ou facétieux, endeuillés aussi.

Les dernières notes s’achevèrent en douceur pour laisser place à un long silence, tandis que la chanson suivante prenait un temps déraisonnablement long pour s’installer dans les oreillettes. Elle ne s’en inquiéta pas, habituée qu’elle était à cette liste de lecture qui l’inspirait depuis le début de son livre. Surtout, autre chose attira très vite son attention, son discret qu’elle distingua néanmoins dans la quiétude de la pièce. Tandis que les porte-fenêtres se refermaient, elle perçut un faible souffle frais venu brièvement l’effleurer, aperçu en relevant la tête la silhouette de Tora qui disparaissait. Inquiète, elle se redressa immédiatement, arrachant plus qu’ôtant les écouteurs d’où s’échappait enfin la chanson suivante. Où allait-il ? Que faisait-il ? Hésitant un instant, elle déposa finalement son ordinateur pour s’approcher de la porte, regarder par l’une des nombreuses vitres. Il lui fallut entourer son visage de ses mains, visage collé au verre, pour distinguer la silhouette de son mari qui lui tournait le dos et échapper aux reflets de la lumière intérieure. Son dos… nerveuse à l’idée qu’il la voit, elle se recula brusquement, s’accroupit en réfléchissant tandis que revenait ses interrogations le concernant. Du recul, elle devait prendre du recul. L’ennui était que c’était toujours bien plus difficile à faire qu’à dire. En pleine réflexion, elle perçut néanmoins un faible son – une voix ? S’approchant de la vitre, elle y colla son oreille, ferma les yeux pour se concentrer et priant pour qu'il n'ait pas la mauvaise idée de se retourner. Il lui semblait que résonnait dans la pièce l’écho de la voix exaspérée de sa belle-mère – « Catarina-chan ! Quand est-ce que tu vas apprendre les bonnes manière ? » – mais elle la chassa rapidement : Pas maintenant en tout cas. Il lui semblait bien plus important de se concentrer sur la conversation se déroulant tout près et dont les quelques bribes lui semblaient difficilement perceptibles. Outre le verre qui compliquait la compréhension, elle peinait à distinguer les mots prononcés trop rapidement dans cette langue qui n’était pas celle maternelle ; sans doute bavardait-il avec un anglophone. Contrariée, elle se précipita vers la fenêtre la plus raisonnablement proche – c’était à dire assez pour que sa voix soit perceptible, pas assez pour qu’il en repère l’entrebâillement – avant de s’installer discrètement près de celle-ci, aux aguets. Il était en train de s’excuser. Pourquoi s’excusait-il ? De quoi ? Avec qui était-il au téléphone ? Ses interrogations disparurent rapidement tandis que les paroles suivantes éveillaient bien plus son intérêt. Il parlait d’elle… en termes bien plus flatteurs qu’elle ne l’aurait imaginé. Riait.

- Je sais pas... Je crois surtout que c'est moi qui lui plais pas...

Baissant les yeux, Catarina pinça les lèvres. Elle n’avait pas besoin de savoir ce qu’avait demandé l’interlocuteur pour le deviner. Il ignorait si elle lui plaisait, était toutefois convaincu que l’inverse n’était pas vrai. Quelle étrange question, à poser si rapidement.

- Je t'aime, Connie... Tu me manques...

Elle cilla, surprise. Etait-ce à sa petite amie, qu’il parlait ainsi ? Connie… N’était-il pas encore amoureux de… comment était-ce ? Akira ? Quelque chose comme ca… Quel que fut le nom de son premier mari, il lui avait semblé y être très attaché ; avait-il eu depuis une autre compagne ? Se mordant la langue, la jeune femme pressa soupira doucement, laissant sa honte s’échapper dans le froid de l’hiver. Elle l’avait pris à une autre, s’était immiscée dans une histoire commençant déjà à s’inscrire. Etait-ce pour cela, qu’il avait été si grognon à la première heure de leur rencontre ? Lui avait-elle rappelé qu’il ne serait pas avec celle qu’il aimait ? Pourquoi t’acceptes comme ça d’être mariée avec une autre, aussi ? Certainement pour la même raison qu’elle-même acceptait d’être mariée, tout court. Parce qu’il n’y avait pas le choix, parce qu’ils n’avaient pas le choix.

- Et bien... C'est loin Londres, tu sais... Et Catarina a ses cours à suivre... C'est... C'est compliqué ici, tu sais...

Londres ? Avait-elle bien compris ? Si elle n’était pas certaine de la fin de sa phrase, qu’une bourrasque avait emporté flotter parmi les flocons blancs, elle était en revanche certaine d’avoir perçu le nom de la capitale anglaise. Se souvenait, soudainement, qu’il venait de ces terres. Etait-ce un amour de jeunesse, retrouvé quand s’était achevé son premier mariage ? Certains pouvaient aimer au travers du temps, au travers des lieux… combien elle admirait cela, cet amour si pur et sincère qu’il n’était que douleur brute et authentique douceur.

- Nan, ils te mettront pas de puce pour des vacances... Écoute, je... Je vais en parler avec les parents, d'accord ? Et avec Catarina... La maison est un peu bizarre, ça sera pas facile de t'accueillir, mais...

Trop de mots, trop vite, trop peu articulés. Elle prenait brutalement conscience de l’effort certainement fait – consciemment ou non – pour se faire intelligible aux japonais. A elle. Perturbée par tout ce qui s’était dit plus tôt, elle tenta néanmoins de commencer l’analyse des morceaux de la phrase, s’arrêta toutefois brutalement en percevant un « je vais aller me coucher de mauvaise augure. Pouls précipité sous l’adrénaline immédiatement diffusée dans ses veines, elle se sentait espionne risquant la découverte par l’ennemi ou mauvaise élève en pleine tricherie. Doucement, l’étudiante referma la fenêtre, s’assurant que ce fut sans bruit, avant de repartir en trottinant sur le bout des pieds jusqu’à son ordinateur. Transpirant dans sa veste polaire sous la chaleur diffusée par son stress, elle se défit de celle-ci, tapotant distraitement ses mains l’une contre l’autre en s’amusant des sonorités produites ; son esprit, lui, n’était focalisé que sur l’homme dehors. Mais qu’est-ce qu’il fait ? N’avait-il pas dit aller se coucher ? Peut-être avait-elle mal entendu, mais elle craignait que retournant écouter il puisse la prendre sur le fait. Ses yeux glissèrent sur l’heure affichée, s’y accrochèrent un moment. Vingt-trois heures quarante-sept. Aussitôt le cœur reparti à toute allure, le moniteur affichant toujours le dernier devoir à accomplir avant qu’ils n’aillent dormir. Avait-elle envie de l’embrasser ? Absolument pas, moins encore s’il le faisait en pensant à une autre. Elle n’avait même pas envie de le voir et sûrement était-ce réciproque. Au milieu de tout cela, elle ne parvenait pas à chasser l’image des tatouages qu’il arborait. Depuis combien de temps était-il au pays du soleil levant, déjà ? Mettant péniblement en marche sa mémoire défaillante, Catarina se concentra de son mieux. Deux ou trois ans, lui semblait-il ; pas assez pour qu’il soit réellement étonnant de ne pas parler parfaitement japonais, suffisamment pour que le peu qu’il prononçait laisse perplexe. Etait-ce suffisant, pour intégrer les yakuzas ? Peut-être pas, surtout pour un étranger – encore qu’elle n’eût aucune idée des pratiques de ces clans. Si sa transaction avec Alekseï l’avait naturellement mené à s’interroger de plus près à cette partie de la société, tout ce qu’elle en savait ne provenait que de reportages divers et variés. Mais qui se ferait semblables tatouages seulement pour le plaisir ? Cela n’avait aucun sens. Vingt-trois heures cinquante-et-un. Elle soupira, se releva finalement avant de refermer sa veste. Respirer, surtout, elle devait seulement respirer. Contenant l’angoisse qui montait, elle inspira doucement, récitant mentalement de vieux poèmes pour contenir ses pensées. Un verre d’eau et elle se dirigeait vers de nouveau vers la porte du balcon, abaissait doucement la poignée pour rencontrer brutalement le froid de l’hiver.

-Tora ? Excuses-moi…

De le déranger, de l’avoir écouté, d’exister. D’avoir pris la place d’une autre, de ne pas trop comprendre ce qu’il était. De continuer à douter et se méfier, de s’angoisser de la seule idée de le trouver dans son lit.

- Est-ce que je… euh. Est-ce qu’on peut… s’embrasser ?
Catarina Kanashisa
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Discrète, certes, mais pas encore suffisamment... Oh, elle n'avait pas produit le moindre son, et je n'avais pas entraperçu du coin de l’œil le moindre fil d'or de sa chevelure... Je l'avais simplement sentie, amande douce, lorsqu'elle s'était esquivée et qu'un infime courant d'air m'avait porté son parfum dont j'avais déjà reçu une pleine bouffée lorsqu'elle avait quitté la chaleur humide de la salle de bain... Amande douce, douce-amère... Juste amer, car il n'y avait absolument rien de doux ou tendre dans ce qui nous attachait l'un à l'autre, pieds et poings liés... Mon regard retomba sur ma main blessée que je serrai, serrai fort... Douleur, ancrage au présent et à sa réalité cruelle. Qu'avait-elle entendu de ma conversation avec ma sœur ? Qu'en avait-elle compris ? Déduit ? Est-ce que je lui en voulais d'avoir espionné cet échange ? Pas vraiment... Chacun devait faire au mieux avec les armes en sa possession et Cat était tout aussi désarmée que moi face à cet union. Son action était « légitime », à défaut d'être très « fair-play ». Et ce n'était pas comme si j'avais quoi que ce soit à cacher, de toute façon... Aucun cadavre dans le placard, et ce n'était certainement pas avec Connie que j'évoquais mes doutes et mes regrets... Quand elle serait plus âgée, peut-être ? Cette gamine était ce qui me maintenait en vie les jours les plus sombres, mon rayon de soleil... S'il me restait bien un principe auquel m'accrocher, c'était de ne définitivement rien faire pour assombrir son sourire...

Fragrance féminine et délicate évanouie dans la nuit noire, il ne me parvenait plus que les senteurs aqueuses de la rivière en contre bas et celles bien moins agréables de la ville. Danse des flocons, hypnotisante... Juste assez désordonnée pour ne pas être lassante. Juste assez constante pour apaiser l'esprit et oublier un temps le passage des minutes. J'avais dit que j'allais me coucher, non ? Il était sans doute temps... J'écrasai mon mégot, son dernier soupire de goudron calciné s'élevant en une ultime volute fantomatique... Je récupérai mon portable, décroisai mes jambes pour me relever... Restai finalement assis et tourné vers le panorama moucheté de blanc lorsque j'entendis la porte s'ouvrir derrière moi... A nouveau cette odeur, sûrement celle de son shampoing...

Quelques mots en japonais, heureusement à ma portée même si la question était et demeurait de savoir de « quoi » je devais l'excuser et si j'avais même une bonne raison de le faire. C'était probablement une simple formule de politesse, de toute façon, aussi j'attendis simplement qu'elle poursuive. Et lorsqu'elle poursuivit, après quelques secondes, mon estomac rempli de nourriture coréenne tomba au fond de mes talons en même temps que mes yeux sur l'heure qu'affichait mon portable. Il ne nous restait que quelques minutes... Génial... Est-ce que la milice état déjà en route ? Allait-elle défoncer la porte au premier coup de minuit ou bien se donner le temps d'arriver, toutes sirènes hurlantes ? Est-ce que j'avais envie de tester leur patience ? Non... Est-ce que j'avais envie d'échanger un baiser avec mon épouse ? Non plus...

J'élevai ma main à mon front pour en lisser les plis de contrariété avant de feuler vaguement lorsque la douleur se réveilla dans mes jointures. Je balançai la tête, la laissai retomber en arrière pour croiser le regard de Catarina que l'obscurité teintait d'argent. Elle me semblait étrangement grande, de ce point de vue... Plus grande que moi pour la seconde fois de la soirée... L'esquisse d'un sourire sans aucune joie sur mes lèvres...

« J'aurais dû t'embrasser lorsque tu étais perchée sur ce muret... L'ambiance était meilleure... Car il fallait bien appeler un chat « un chat », et ce chat là n'avait pas plus envie de m'offrir un baiser que de sauter sans parachute d'un avion passant au dessus d'un lac de lave en fusion... Ouai, l'image était assez violente. Mais ça résumait pas trop mal les choses, non ? Je redressai la tête, lui attirai une chaise du bout du pied pour l'inviter à s'asseoir avant de vider ce qu'il me restait de café. Les coudes sur mes genoux, dos courbé, j'en étais revenu à jouer avec mes doigts et ce fut au sol que j'adressai la suite de mes mots. Je t'ai promis de rien faire pour nous envoyer en cellule... Mais je t'ai aussi promis de ne te contraindre en rien, ce qui me laisse avec une belle épine dans le pied car tu n'as clairement aucune envie que je t'approche à moins de trois mètres... L'ombre d'un rire, alors que je relevai à peine la tête vers elle. Du moins, pas tant qu'il n'y a pas un mur entre nous et quelques informations à glaner ? Une main à peine levée, pour lui éviter de s'alarmer... T'inquiète... Et ma sœur te passe le bonjour, d'ailleurs... J'étirai un instant mes jambes avant de finalement me relever pour avancer vers la rambarde, contemplant un instant le vide rendu abyssal par la nuit. J'aimais pas les hauteurs, le garde-fou était une bénédiction... En même temps, quelle maison aurait un balcon sans protection ? Mais je divaguais et il était grand temps d'en revenir au problème qui nous occupait... M'adressant au paysage voilé d'une neige éparse, je repris. Je suis pas yakuza, ok ? Il y a quelques années de ça, je savais même pas que j'étais Japonais... Je savais pas que j'avais une putain de puce dans le crâne... Juste, je sais pas... De très lointaines origines, comme l'indiquait le test ADN... Alors ouai, je me suis fait tatouer... Parce que j'avais pas grand chose à revendiquer comme « passé » et... Et j'avais clairement pas prévu de venir vivre ici et de me faire refaire le portrait tous les quatre matins ! Les gangs, les flics... Tout le monde... On me voit, et... Un regard par dessus mon épaule. Et qu'est-ce que je peux dire pour ma défense ? J'ai le physique de l'emploi, je pratique et enseigne un sport jugé « violent » et considéré comme « sans règles »... Alors on juge... Comme tu l'as fait... Et vu qu'ouvrir ma gueule sert visiblement à rien, j'ai appris à me taire... Je me retournai vers elle, adossé au parapet. Alors, Cat... Qu'est-ce qu'on fait... ? Je continue de me taire et tu continues de te faire des idées ? Ou bien on reprend à zéro ? »
Tora Kanashisa
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