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Kanashisa
Tora

Kanashisa
Catarina

「Félins pour l’autre ?」

Nerveuse, elle attendait une réponse, espérait un refus, désirait un accord. Il n’en avait pas envie, elle le savait, elle le voyait ; elle n’en avait pas envie, il le devinerait, il le comprendrait. A qui penserait-il, qui regretterait-il, lorsque ses lèvres se poseraient sur les siennes ? De qui avait-elle pris la place dans sa vie ? Elle ne lui avait même pas demandé, n’avait pas pensé à le faire. Devait-elle s’en excuser ? Elle n’y était pour rien, certes, malgré tout s’en sentait légèrement coupable. Responsable, pour occuper une place qui n’aurait dû être sienne. Un peu mal, également, que cette soirée se voit achevée en pareille atmosphère. Dire qu’une heure plus tôt, Catarina pensait qu’un accord peut-être pourrait se trouver entre eux… une entente, une amitié, quelque chose qui leur permette tous deux de ne pas être un poids dans le quotidien de l’autre. Et maintenant… quoi ? Allait-il refuser ? Accepter ? Il a promis. Qu’ils n’iraient pas au centre, qu’ils s’épargneraient la cellule ; mais était-ce vraiment si facile, lorsque les ordres n’étaient suivis qu’à contrecœur ? Jusqu’où pouvaient-ils, devaient-ils, se forcer ? Oh, non, cela elle le savait, prétendait l’ignorer. L’oublier.
Refermant autour d’elle ses bras pour échapper au froid régnant, au dehors autant qu’en son cœur, elle fronça doucement les sourcils en apercevant sur la main de Tora quelques traces étranges. Dans la lumière discrète de l’intérieur parvenant jusqu’à eux, il lui semblait apercevoir des traînées sombres sur la peau claire. Sang séché ? Comment en était-il venu à se blesser ? Devait-elle lui proposer de le soigner ou était-il préférable de feindre n’avoir rien vu ?

- J'aurais dû t'embrasser lorsque tu étais perchée sur ce muret... L'ambiance était meilleure...

Elle cilla, surprise, avant qu’un léger sourire ne se glisse sur ses lèvres. C’était vrai, sûrement. L’ambiance était meilleure, plus tôt. C’aurait été plus facile, à cet instant, tandis que de timides flocons les surplomber sans oser les importuner. Se seraient-ils encore disputés, ensuite ? Surtout, ils n’auraient pas besoin de le faire, maintenant. S’approchant doucement lorsqu’il tira la chaise, elle hésita, n’ayant guère envie de s’assoir, n’osant pourtant refuser. Mains croisées dans son giron, l’autrichienne prit sur elle d’ignorer le contact froid de la chaise qui venait briser la douce chaleur de son pyjama douillet, observa nerveusement la chevelure en désordre de son interlocuteur – si interlocuteur pouvait être le bon qualificatif, tandis qu’il ne s’adressait qu’au sol.

- Je t'ai promis de rien faire pour nous envoyer en cellule... Mais je t'ai aussi promis de ne te contraindre en rien, ce qui me laisse avec une belle épine dans le pied car tu n'as clairement aucune envie que je t'approche à moins de trois mètres...

Pincement au cœur, elle baissait les yeux sans oser réagir, consciente qu’à cet instant même tout son corps se crispait inconsciemment de cette proximité, que son pouls s’affolait de la seule pensée d’une nuit auprès de lui ; pourtant elle en avait fait, des efforts. Des années de thérapie, un mariage, quelques rencontres. Aurait-elle seulement pu demander un baiser, deux ans plus tôt ? A se trouver seule avec lui la nuit venue, lui si… homme, elle n’aurait pu contenir l’angoisse qui se serait déversée en larmes salées ; ses tatouages, sûrement, l’auraient tétanisée. Mais ce n’était pas assez, encore. Le serait-ce jamais ?

- Du moins, pas tant qu'il n'y a pas un mur entre nous et quelques informations à glaner ?

Sursautant, elle releva les yeux aussitôt vers lui, mortifiée. Il l’avait vu ? La honte se diffusait dans son corps pour exsuder de chaque pore de sa peau, redoutant ce qui viendrait ensuite. Mais il n’y eut pas le moindre reproche, pas la plus petite accusation ; seulement un message transmis. Sa sœur ?! Surprise, elle se figea, tentant de faire fi du soulagement qui l’étreignait alors que ses épaules se relâchait doucement. Il n’y avait pas de cœur brisé, pas d’amoureux séparés ; du moins, elle ne prenait pas d’autre place que celle du fantôme qui semblait toujours le hanter. Tirant nerveusement sur ses manches, Catarina bredouilla un « désolée » d’autant plus sincère qu’après avoir grossièrement écouté sa conversation privée, elle avait en outre fait fausse route. Tout comme elle l’avait fait en lui prêtant des affiliations qu’il disait ne pas avoir. Il ment peut-être murmurait une petite voix au fond de son être. Pour l’amadouer, pour se protéger. Sa raison lui soufflait qu’un étranger, ne parlant qu’anglais, ne pourrait intégrer le moindre clan certainement ; son instinct lui assurait que sa voix était sincère, ses mots tout autant. Et… et qu’il avait raison, en ce cas. Elle l’avait jugé, à la seule vue des marquages sur son dos, pour lui attribuer naturellement un rang de mafieux. Qu’avait-il ressenti, à arriver ainsi dans un pays qu’il pensait n’être qu’élément de son passé ? Qu’avait-il traversé, quand il se faisait juger tant par ses traits étrangers que par ceux tristement autochtones ?

- Alors, Cat... Qu'est-ce qu'on fait... ? Je continue de me taire et tu continues de te faire des idées ? Ou bien on reprend à zéro ?

Zéro, qu’était-ce ? Faire semblant de n’avoir rien dit, rien vu ? Le malaise né de ces incompréhensions ne pourrait être chassé vraiment toutefois l’idée de prétendre avoir tout oublié de ce premier jour désastreux lui allait. Lui allait très bien. Comment devaient-ils faire, pour cela ? Elle soupira doucement, observa la lune derrière lui. Les étoiles se faisaient si belles, dans le lointain. Si douces, si froides, s’admirant dans le miroir froissé de l’onde en contrebas tandis que jaloux les flocons tentaient vainement de reproduire leur pur éclat, sans n’y jamais parvenir ; savaient-ils, seulement, qu’ils étaient spectacle tout aussi paisible, tout aussi somptueux ?

- Tu sais, ce n’est pas… ce n’est pas vraiment toi, qui me fait peur. C’est juste…

Un soupir, mal à l’aise, avant qu’un haussement d’épaules n’interrompe la conclusion, tandis que le regard fuyait vers la rambarde. Instant de pause durant lequel Catarina rassembla ses pensées autant que son courage, estimant lui devoir au moins cette vérité et qu’il ne se sente pas rejeté pour lui-même. Il en tirerait, certainement, les conclusions qu’il voudrait, lui prêterait l’histoire de son choix.

-Les hommes.

Ses prunelles songeuses suivaient avec assiduité le chemin d’un nouveau fil arraché de sa manche, participant un peu plus à ruiner l’habit déjà usé d’anciennes tortures tandis qu’instinctivement elle revenait au japonais, ne sachant ce qui la soulagerait : qu’il comprenne, ou non. Il était toujours plus aisé de ne parler qu’à soi-même, éviter le regard de l’autre – la crainte de ce qui s’y lirait, craint ou espéré. C’était étrange, la place que prenaient les hommes dans sa vie. Père défaillant ou agresseur, ils étaient sa source de malheur ; ami proche et mari patient, ils étaient aussi salvateurs.

- Toi… T’as l’air plutôt… gentil ?

Malgré son apparence impressionnante, malgré ses silences glaciaux, il n’avait eu à son égard aucun geste déplacé, n’avait montré que respect et attention. Pour… quoi ? En remerciement, elle ne lui avait présenté qu’un jugement trop rapide, avait violé son intimité, ne trouvait pas même les mots à dire maintenant. C’était étrange comme elle se trouvait toujours à trop parler d’ordinaire, avec lui ne savait que dire.

- Désolée… vraiment. C’est tellement, eh bien… évident, pour les japonais. J’ai oublié que… tu parlais même pas cette langue.

Combien de fois avaient-ils entendus ces avertissements, les enfants sagement obéissant pour redouter les hommes tatoués, jeunes filles prévenues de s’en tenir à distance. Etrange idée que de reproduire les mêmes motifs que cette faction criminelle si connue mais à l’étranger, sans doute, était-ce bien plus commun qu’elle ne pouvait le penser ; n’y avait-il pas de nombreuses œuvres qui la romantisaient ? Croisant les pieds sous sa chaise, la jeune femme redressa finalement les yeux vers Tora, répondant enfin avec prudence :

- On peut recommencer, oui… et… si tu es blessé, je peux soigner ta main… si tu veux ? Au fait… elle s’appelle comment, ta sœur ?
Catarina Kanashisa
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Il commençait à faire froid maintenant que je n'avais plus ni café ni nicotine pour me réchauffer mais, même si ma première réplique avait arraché un début de sourire à la jeune femme, je ne pensais pas que lui demander de me servir de bouillotte serait particulièrement bien reçu. Alors j'attendais tandis que les secondes s'égrainaient, les reins contre la rambarde et l'épaule contre un pilier, soutenant ces deux éléments du décor peut-être autant qu'eux même me soutenaient. Je n'essayais plus depuis longtemps de prendre « moins de place », d'être moins impressionnant, c'était perdu d'avance et ce soir je le regrettais. Je le regrettais plus que jamais et encore davantage lorsque Catarina se décida à me répondre. Mes bras, que j'avais croisés, retombèrent contre mes flancs comme vidés de force... C'était pas « moi », alors, juste les hommes en général... Pas « le genre humain », mais bel et bien la gente masculine dans son intégralité... D'accord... Ok... Et merde...

Merde car, si je pouvais faire tous les efforts possibles pour corriger mon attitude – à condition d'avoir une excellente motivation -, je ne pouvais hélas pas agir au nom de la moitié de la population... Il n'était pas à ma portée de modifier l'opinion qu'elle avait de mes pairs et qui était très certainement motivée par de très bonnes raisons qu'elle partagerait – ou non – en temps et en heure. C'était foutu d'avance, dans ce cas ? Ou pas ? J'avais l'air 'gentil' ? J'haussai un sourcil perplexe, me retenant difficilement de lui rappeler ses paroles d'un peu plus tôt. « Il était gentil », son premier mari, par opposition à moi et à ma propre attitude. Elle changeait un peu vite d'avis, non ? N'allait-elle pas à nouveau faire volte face d'ici quelques minutes ? Quelques heures ? Quelques jours ? Je n'allais de toute façon pas prendre cette déclaration comme un jugement définitif de ma personne. Souvent femme varie, bien fol est qui s'y fie... Et, même si c'était loin d'être un trait uniquement féminin, je préférais tout de même prendre sa déclaration avec des pincettes... Juste au cas où...

J'évacuai ses excuses d'un haussement d'épaule. Non pas que je m'en foutais, mais... Ma tasse parlait pour moi, encore une fois. « It hurts, but it's ok... I'm used to it... ». Ça faisait chier, mais j'avais l'habitude. Elle n'était pas la première et ne serait sûrement pas la dernière... Au moins, elle n'avait pas tenté d'appeler les flics pour me faire incarcérer sans préavis, ce qui aurait pourtant réglé les soucis de logistique qui nous occupaient en ce moment. Pas de mari à la maison, pas de baiser... Pas de lit à partager... Peut-être que l'idée ne l'avait simplement pas effleurée et qu'elle le regretterait si elle y pensait plus tard ? On verrait bien...

Nos regards se trouvèrent enfin, même si elle ne semblait pas vraiment plus à l'aise en ma présence que ce matin à l'instant de notre rencontre. Si je savais désormais en partie « pourquoi », que nous étions un tout petit peu moins des étrangers l'un pour l'autre, il n'y avait toujours rien entre nous qu'un contrat de mariage que nous n'avions même pas eu le loisir de signer... Ma main ? De quoi... ? Oh... J'avais remonté le membre en question devant mon nez et réalisai que les morceaux d’essuie-tout s'étaient plus ou moins fait la malle et que l'ensemble n'était pas particulièrement joli à voir. J'avais probablement cogné plus fort que je le pensais, car mes jointures avaient eu le temps d'enfler et mes doigts s'étaient quelque peu raidis. Tant pis pour moi... Je la laissai poursuivre...

« Connie... De la douceur, dans ma voix, comme à chaque fois que j'évoquais ma cadette... Je me redressai, avançai d'un pas vers elle... Ma main peut bien attendre... Encore un pas, j'étais déjà devant elle. Le balcon entourant la maison n'était pas si large que ça. Plutôt que de rester ainsi comme une montagne bloquant son champ de vision, je m'accroupis assez rapidement devant elle non sans m'amuser que même ainsi plier en deux nos yeux se retrouvaient presque au même niveau. Tu veux bien me donner la tienne... ? Sûrement car elle n'avait pas remis ses gants, ou bien car elle était encore loin de me faire confiance, la demoiselle hésita un moment avant de glisser ses phalanges mécaniques dans la paume que je lui présentais. La sensation était étrange et j'observais nos mains jointes sans sourire mais sans non plus faire la grimace, j'en suivis les angles froids du pouce... On a tous des particularités qui racontent un morceau de notre histoire... Faudra du temps avant qu'on soit près à s'expliquer, et c'est ok. Je remontai mon regard dans le sien. Je peux pas changer le fait que je sois un homme et tu ne peux pas cesser d'avoir peur du jour au lendemain. Ça aussi, ça prendra du temps. Mais on peut essayer de se faire confiance, peut-être ? Elle m'avait finalement donné sa main, donc j'imaginais qu'elle essayait déjà de toutes ses forces, à sa façon. Un bref sourire, puis mes doigts libres s'élevèrent vers l'angle de ses lèvres que j'avais frôlé un peu plus tôt pour en chasser le sucre. Ce geste l'avait surprise, mais elle n'avait pas tenté de l'esquiver, alors... Alors je recommençai, sans excuse cette fois-ci sinon celle de la préparer à ce qui allait suivre. Une interrogation muette, puis le dos de mes doigts vint courir sur sa joue pâle, chasser une mèche d'or que je replaçai derrière son oreille délicate comme un coquillage. Je n'avais pas menti à ma sœur, Catarina était jolie... Jeune, très certainement, mais jolie... Plus timide que les femmes qui passaient habituellement entre mes bras, mais celle-ci n'allait pas se contenter de « passer ». Nous allions devoir construire quelque chose, essayer de le faire en tout cas. Je ne percevais pas une once de méchanceté en elle, simplement les défauts à attendre de son jeune âge et qui se corrigeraient probablement avec le temps... Auxquels je finirai par m'habituer, sinon... Je posai un genou au sol pour maintenir mon équilibre et ne pas lui tomber dessus, avant d'approcher juste un peu plus mon visage du sien. Est-ce que je peux t'embrasser, Catarina ? Une moue au coin de ma bouche, entre l'amusement et la tristesse. Tu peux fermer les yeux, si c'est plus facile pour toi... Je t'en voudrai pas... Un infime hochement de tête, nous n'avions de toute façon plus le temps d'hésiter... Mais il n'était vraiment pas dans ma nature de faire les choses à moitié aussi, si je commençai par tout juste frôler ses lèvres des miennes pour l'habituer à mon contact, je revins assez vite vers elle pour poser un baiser au coin de sa bouche comme une question... Puis un nouveau, s'attardant juste un peu sur sa lèvre inférieure tout en restant attentif à ses réactions. Je ne poussai pas l'échange plus loin, même si l'envie de le faire n'était pas totalement absente... J'aimais embrasser et j'aimais ce qui venait généralement suite aux baisers, mais nous n'en étions pas encore là... Encore une caresse de mes lèvres sur les siennes, de mes doigts à la frontière de ses cheveux et de son front... Ça va ? »
Tora Kanashisa
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「Félins pour l’autre ?」

Connie. Elle s’en souvenait, à présent, de ces mots soufflés un instant plus tôt. « Je t’aime, Connie ». Combien ce devait être bien, d’avoir un grand frère qui sans inutile pudeur révèle son affection ; comme ce devait être bien, d’avoir un grand frère qui ait une véritable affection. Une pensée au sien, à leur lien entaillé de méchants coups du destin, effiloché pour n’être plus que piteux fils résistant à peine à l‘épreuve du temps. Une pensée à sa sœur, ce fantôme qu’elle s’efforçait d’oublier surtout, dont le visage devenait chaque jour plus incertain dans ses pensées. L’écho d’un rire, le souvenir d’un cri, des jeux d’enfants puis l’arrogance de l’adolescente. Des mots cruels que seule l’enfance permet d’éructer sans en comprendre le plein sens, sans que la cible ne puisse jamais pardonner ; les regrets d’une fratrie qui n’avait jamais pu se renouer. Comme ce devait être bien, qu’un simple nom au bord des lèvres fasse naître dans de douceur dans le regard, tant de tendresse sur le visage. Comme ce devait être bien, d’être aimé si fort mais si innocemment. Elle hocha la tête pour signifier qu’elle se souviendrait de ce nom, curieuse de la jeune femme qui répondait à cette appellation. Imaginer une version féminine de l’homme qui lui faisait face était quelque compliqué – voire absolument impossible – mais son imagination s’attela rapidement à la tâche, dressant des portraits sans cesse remodelés, se concentrant sur cette tâche pour évacuer les remous nés de cette mémoire avivée. Était-elle grande, petite ? Avait-elle quinze ou trente ans ? Mariée ou célibataire, blonde ou brune, joyeuse ou réservée, elle n’avait à son égard aucune information ; la conversation plus tôt écoutée ne permettait guère la moindre éclaircie. Délaissant toutefois ses hypothèses en l’entendant reprendre, Catarina l’écouta en silence rejeter son aide, n’offrir pour toute réponse qu’une moue de dépit. Ne savait-il pas combien de nerfs pouvaient posséder une main, combien fragile était cet outil que la Nature avait généreusement octroyé à l’humain ingrat ? Quelques heures perdues pouvaient parfois signifier le début d’une infection – était-ce l’orgueil ou l’ignorance qui le faisait parler ainsi ? L’habitude, peut-être, puisqu’il avait indiqué pratiquer un sport violent, sans règles. N’avait-il jamais eu le nez cassé ? N’osant relever visage vers lui alors qu’il s’approchait, elle en oublia ses questionnements tandis que sa silhouette lui cachait le sauvage ballet de la rivière endormie, sentait augmenter son anxiété tandis qu’il se faisait tout près. Trop près Nerveuse, elle crispa les mains, concentrée à les tordre et distordre scrupuleusement sans parvenir à lever les yeux sur son nouvel époux afin de prendre la température de ses émotions ; n’en eut pas besoin qu’il s’accroupissait déjà, soudainement assez près pour qu’elle puisse observer les détails de son visage. Distinguer, scintillantes, quelques perles d’eau témoignant des intrépides flocons qui, chevauchant le vent, s’étaient portés jusqu’à lui pour y mourir en silence, diamants liquides dans les ténèbres de la chevelure.

- Tu veux bien me donner la tienne... ?

Voulait-il vraiment sa main ? Pourquoi ? Les renfonçant instinctivement dans les plis du tissu, elle le dévisagea sans répondre, cherchant dans ses yeux la raison de cette étrange demande. Etait-ce la curiosité, d’observer par quelle moderne sorcellerie tout cela marchait ? Bien que les prothèses se soient doucement démocratisées, elles demeuraient régulièrement sources d’une attention aussi pesante qu’embarrassante. Il ne semblait pas vraiment de ceux-là, lui, pourtant. Pouvait-elle seulement, vraiment, le lui refuser ? Recommencer, avait-il dit. Ils pouvaient recommencer. Essayer, du moins ; alors laissant ramper la dextre sur ses cuisses couvertes, tel un insecte craignant de quitter le couvert de son refuge, elle la glissa doucement dans celle tendue, détournant instinctivement le regard pour le remonter finalement vers son interlocuteur avec anxiété. Or baissé sur les doigts qui pour la première fois se découvraient, Tora semblait perdu en de profondes réflexions. Que cachait-il, au fond de ses prunelles ambrées ? Ni rire ni pitié, ni dégoût ni perplexité, il se faisait si concentré qu’il en était fascinant, étrange créature de la nuit que l’hiver aurait porté jusqu’à elle. Comme une statut gravée, aux traits délicats ; oh, il n’a pas le nez cassé.

- On a tous des particularités qui racontent un morceau de notre histoire... Faudra du temps avant qu'on soit prêt à s'expliquer, et c'est ok. Je peux pas changer le fait que je sois un homme et tu ne peux pas cesser d'avoir peur du jour au lendemain. Ça aussi, ça prendra du temps. Mais on peut essayer de se faire confiance, peut-être ?

Confiance. C’était un mot si souvent usé et si souvent chiffonné, revendiqué dans les cris et appelé dans les larmes ; pour un rien déchiré, jamais vraiment recollé. D’aucuns affirmaient que c’était un précieux cadeau qui ne s’offraient qu’aux élus ; elle, la dispensait avec largesse pour trop souvent le regretter, certes, mais plus encore en tirer grande joie. La confiance ne se réclamait pas, pourtant. Elle se donnait ou ne se donnait pas, simplement. Naturellement, car artificielle elle fanait et se dévoyait jusqu’à devenir fleur corrompue. N’osant toutefois le contredire, Catarina hocha simplement la tête, encore une fois. Silencieuse. Un jour, peut-être. Cela semblait lointain, un jour. Impossible à imaginer, alors qu’ils venaient seulement de se rencontrer. Avant que cet instant n’arrive peut-être l’Incontestable mettrait-il fin à ce qui les avait réunis, désespérant que ce « un jour » puisse prendre place. Ces particularités, que chacun d’eux possédait, dévoileraient-elles seulement leur source ? Sans honte, sans tabou ; avant même de s’accepter, trouveraient-ils le courage de s’ouvrir ? Elle ne savait s’il lui fallait le croire, le vouloir. Désorientée, ne pouvait qu’opiner en taisant sa perplexité.

C’était juste un frôlement léger, comme une aile de papillon venant danser sur ses lèvres. Quand d’une douce caresse il avait posé le pouce au coin de ses lèvres, elle avait sursauté. Quand sa main doucement s’était glissée sur sa joue, elle avait retenu son souffle. Quand son visage s’était approché, elle avait instinctivement reculé le sien. Mais à présent, à présent qu’elle percevait ce frôlement doux et tendre sur ses lippes, à présent elle ne pensait simplement plus. Les yeux grands ouverts, elle tentait seulement de contenir son pouls qui s’affolait, partagée d’un millier d’émotions qu’elle ne savait identifier. Peur, dégoût, embarras, excitation, reconnaissance, tristesse. Douleur. Apaisement. Trop de contradictions pour ce simple contact. Un baiser, puis un deuxième ; alors que ses lèvres l’effleuraient pour s’échapper, la dernière bribe de conscience lui murmura que le baiser devait être partagé et avec autant de naturel que d’hésitation, elle pressa fugacement les siennes sur celles, toutes chaudes, qui déjà s’éloignait.

- Ça va ?

Ecarlate, elle hocha mécaniquement la tête sans bouger davantage, figée brièvement ; se leva finalement brusquement tandis que l’instant se faisait beaucoup trop intense à son goût. De justesse elle retint la chaise, évita de peu de prendre ses propres pieds dans ceux métalliques et se rapprocha de la balustrade pour profiter discrètement de l’air frais de la nuit. Avec Issei, au moins, ils se connaissaient… lui… elle avait embrassé un parfait inconnu. Non, son mari. Elle devrait s’y habituer, désormais. Son mari. Epuisée autant que pleinement réveillée, elle inspirant doucement, certaine de ne pouvoir se coucher tout de suite après ces dernières minutes. Elle travaillait, pourtant, le lendemain… Pivotant de nouveau, l’autrichienne tenta de reprendre contenance :

-Et du coup, maintenant, oh désolée, euh, tu veux… ? Ta main ! Ou… ou pas ? Comme tu veux !

Avait-elle seulement pris sa trousse de secours ? Elle ne s’en souvenait pas, espérait qu’un minimum de bon sens le lui ai permis. Ou que celui des architectes – décorateurs ? elle ignorait qui se chargeait de ces détails – de cette maison aient eu celui d’en prévoir une.

- Ou tu veux regarder un épisode ? En anglais, promis ! Enfin avec les sous-titres, hein. Tu veux de la tisane ?

En avait-elle seulement des sachets ? Aucun idée. Probablement avec la tasse à pharmacie ; non qu’il y ait la moindre logique dans cette déduction, mais à cette heure-ci, cela n’avait guère d’importance. De toute manière, elle avait ramené toutes ses affaires, certainement étaient-elles dans l’un ou l’autre des quelques paquets soigneusement rangés dans l’un des coins. Elle avait soif, elle avait chaud, surtout elle sentait que la nuit allait s’avérer incroyablement longue, mieux valait pour elle n’avoir pas oublié la boîte.

-Au fait elle a quel âge ta soeur ?

Elle ne lui avait pas laissé le temps de répondre aux trois premières questions, certes, mais il n'allait certainement pas lui reprocher ses pensées galopantes. Ou si ?
Catarina Kanashisa
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