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Comment dire… Le temps est beau mais pâle quand juste après mon anniversaire la lettre rose est tombée, salopiaute juste après le réveil, endormie, comme si elle n’était pas plus importante que les factures d’Internet voire pire, que les publicités, alors que ma tête se remettait à peine, pleine de béton, à guérir des quelques jours de la veille. Je l’avais dans les pognes quand je terminais ma dernière tartine, sans l’ouvrir mais sans trembler ; je cherchais la bonne minute, celle où l’on se dirait qu’on avait agi avec dignité. Trop précipité voulait trop dire, trop attendre aussi. Juste après la dernière bouchée peut-être, me permettrait de déclarer à tous que j’avais eu mieux à faire à ce moment-là, que oui, le confort avant l’emmerde, qu’à ce moment où l’humain était le plus soumis à son Etat, j’avais eu assez de marge pour épanouir encore ma liberté bafouée ; mieux encore, j’avais fait acte de sang-froid quand j’en étais sûr, les gens défaillaient d’une manière ou d’une autre.

Enfin, emmerde avais-je pensé, vous auriez vu mon âge, vous auriez flippé comme moi. Trente-neuf sans mariage, je m’étais mis à croire que l’Incontestable n’avait personne qui pourrait un peu me correspondre ; après, je tenais la baraque, je n’étais pas du genre à me verser dans les mouchoirs puis je pouvais me concentrer sur ma carrière et mes sorties alors en vrai ? Ouais, peut-être qu’à choisir, c’était le bon âge pour se marier ; si ce n’était l’ego, je n’avais pas vraiment à me plaindre. Enfin, tout de même, ne suis-je pas convenable ? Peut-être expansif, mais n’était-ce pas moi, mon caractère et ma joie, le fruit le plus sacré de l’Incontestable, la raison profonde de son existence ?

Le ventre se serre quand même, sacré appareil, il y avait si peu de monde qui te comprenait ; peut-être Lao Tseu, lui, il savait écouter le ventre plutôt que les yeux et j’avais suivi au moins de lui, cette philosophie où les contractions ne leurraient jamais plus que les yeux. J’ouvre la lettre, conscient que le nom me filerait le vertige même s’il n’y avait aucune chance qu’il me dise la moindre chose ; là encore, les mystiques qui attribuaient un pouvoir sur le patronyme ne s’était pas trompé. Quoique… Je pouvais tomber sur un mec. Oh non… Peut-être que l’Incontestable, marre de chercher une gonze qui me correspondrait, avait cédé et avait ouvert mes nouvelles préférences à ma place. Pitié pas un crétin, je me jetterais du balcon, tout le monde comprendrait.

Heureusement, entre mes doigts lourds, inscrit sur du rose pâle,le nom d’Astrée Duval m’apaisa aussitôt. Il me surprenait finalement et la surprise prenait le pas sur les angoisses. Un nom étranger et si je ne me trompais pas, c’était un nom français. Il y avait d’autres pays francophones mais je ne doutais pas qu’elle fut française, par intuition conne plutôt que par réflexion ; qui avait entendu parler d’un moindre Duval au Japon et pourquoi diable serait-elle Belge ? La Belgique connaissait-elle le Japon ? Si elle était Suisse, pourquoi partir du pays ? Il n’y avait plus qu’à prier pour ne pas tomber sur une vieille veuve que la solitude ridait, ou un laideron aux traits si terribles qu’il n’y avait qu’au Japon qu’un mari se présenterait dans la même pièce qu’elle… Enfin, encore une fois, je me faisais des films. Ma spécialité, bien.

J’avais rempli mon sac des premières affaires histoire de m’établir au plus vite. J’avais tant dans cet appartement qu’il me faudrait bien un camion et quelques allers-retours pour tout déballer, les gens comme moi ont tendance à bien accumuler de leurs expériences et souvenirs, la mémoire est faillible, pas les cailloux qu’on ramasse sur le trajet de la vie. Me fallait du courage aussi parce que je sentais au fond de moi se creuser un drôle de puits, une lassitude à devoir changer du tout au tout mes habitudes et je sentais que tout mon courage était en train de colmater des inquiétudes grandissantes. Ce drôle de puits, tout le monde devait l’avoir en soi ou on n’était pas humain, cet engourdissement dans les membres et la tête, cette vision limitée au nez de l’âme, cette étrange clameur à l’intérieur de nous qui se plaignait de tout et ne voyait dans le changement aucun espoir ni confort et on se disait que rien n’allait s’arranger. On ne pouvait rien entendre et tandis que je terminais mon sac et que je posais le tout dans ma voiture, je dû couper ces mauvais bruits, cette fureur angoissée, avec de la musique. Il y avait des groupes que des vieux lecteurs d’un siècle dirons-nous ne pourraient comprendre mais quelques fois, on avait Imelda May et son “It’s good to be alive” qui savait très bien que ce n’était pas de l’excellente musique mais en même temps, c’était ce genre de came que j’étais venu chercher, un bon confort sympa, où y a aucune note inconnue dans laquelle je peux louvoyer mes doutes quelques instants.

Ma Lexus est fiable elle, complètement électrique, elle fait zéro bruit et la musique à l’intérieur, je la mets à fond. Je mets toujours “It’s good to be alive” pendant que le soleil, découpant froidement ses rayons comme dans une usine à lumière, me forçait à porter mes lunettes de soleil. Je m’anesthésiais complètement et ouvris les fenêtres, plus aucune question, j’allais juste voir par moi-même et encaisser, j’aurais tout le temps de me plaindre ensuite, toute la vie même, alors autant repousser au plus tard les chialeries… Tokyo pouvait être bouchée mais pas à cette heure et pas dans les rues : je connaissais les meilleurs endroits pour éviter les feux les plus douloureux, c’était étrangement, puérilement, une de mes plus grandes fiertés.

Je rejoignis l’appartement sans joie et je tentais de me consoler de mille façons, dans l’ascenseur. J’étais sociable, c’était certain qu’ils allaient me coller au ménage une gonze du même acabit. Puis dans le pire, je détendrais l’atmosphère, je ferais en sorte que ça marche. Tout le monde à part quelques extrémistes devaient être dans cet état d’esprit. Evidemment, bien sûr que j’aimerais faire confiance à l’Incontestable aveuglément mais au fond de moi, malgré ce que je pensais de lui, il y avait toujours un sentiment primal, une inconnue insubmersible qui tremblait au loin, provoquant le noir le plus obscur pour se cacher.

Toujours dans l’optique de calmer mes vertiges émotionnels, sans avoir à décrire l’appartement dont vous pouvez lire la description ailleurs (imaginez-le plus vide), je commençais doucement, sous la mélodie d’Imelda, à déballer un peu de repas pour ce midi, pour le soir et d’autres et direct, en mettant ses soeurs dans le frigo, je me pris une bière. L’alcoolisme était aux portes de celui qui pour chercher une meilleure version de soi dans les situations les plus tendues s’en murgeait une - qui pourrait m’en plaindre ? Puis c’est juste qu’une, puis il fait soif.

La donzelle pourrait arriver maintenant, dans mes pas, ou dans la semaine ; j’avais eu de la chance, c’était mon jour de repos aujourd’hui, j’étais entre deux projets dirons-nous. Disons que j’ai retapé un script que je trouvais bancal, les deux scénaristes ont vrillé et manifestement, les corrections à apporter ont trouvé en eux des divergences difficiles à surmonter. Je les presse, je les presse mais en attendant qu’ils corrigent, c’est le tournage qui est décalé à deux semaines, date butoir à partir de laquelle le réalisateur sera obligé de commencer son film, script ou pas script. La situation n’était pas tendue pour moi, je n’avais plus aucune responsabilité dans le travail que je prenais et j’aurais l’autorisation dans cinq jours de débouler pour faire avancer moi-même le projet - sous couvert de l’accord du réalisateur… En tout cas, je n’étais pas trop stressé, juste nerveux car quand je retournerais au travail, ça serait pour secouer des gorges… Mais en attendant, j’avais un autre diable à affronter.
Bunta Nakayama
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Un matin comme un autre. Un réveil qui sonne. Te voilà à te lever, parfaitement réveillée, parfaitement coiffée, avec un teint parfait et une odeur de fraicheur digne d’une princesse Disney… Non, pas du tout. Ton esprit t’a empêché de dormir. T’as tapé une quasi nuit blanche, tu es cernée comme pas permis, le teint pâle, mais pas pâle maîtrisé, pâle du « j’ai pas dormi depuis vingt-quatre heures et je tourne au café. Ceci est le 15ème de ma journée ». Bref, t’as une sale gueule, et ta jambe te lance. Enfin. Pas vraiment ta jambe. C’est plutôt psychologique. À cause de ta nuit, justement. Tu ne veux clairement plus y penser. Tu veux songer à autre chose.

Alors, tu vas te glisser sous l’eau chaude de ta douche. Tu n’as pas trop fait attention à la météo, pas encore. Tu as… un peu trop la tête dans le cul pour ça. Et tu comptes sur l’eau pour te réveiller un peu plus. Ce qu’elle fait, légèrement, mais pas assez à ton goût. Ton peignoir et tes chaussons enfilés, c’est vers la cuisine que tu boîtes pour aller te faire un café. Triple dose. Serré. Sans sucre. Bref, le truc le plus concentré – et dégueulasse – possible pour te donner l’énergie de tenir ta journée sans t’endormir au travail. Et en effet, une bois la boisson prête, et que tu y as goûté… Tu ne peux t’empêcher de dire qu’elle aussi dégueulasse que ce que tu imaginais. Toi qui es plutôt « petit café avec nuage de lait et son petit sucre » - ou, en gros, à commander des lattes quand tu vas dans un café – tu n’apprécies pas du tout. Mais tu as besoin de toute l’énergie possible.

Déjà, pour aller t’habiller. Enfiler quelque chose de couvrant, manches longues, jean jusqu’aux chevilles, qui seront les seules parties de ton corps visibles, alors que tu mets tes socquettes dans l’idée de chausser des tennis simples, par la suite. Et puis, tu observes tes pulls… avant de te dire qu’il avait l’air de faire bien jour, dans ta cuisine… Et finalement regarder par la fenêtre. Puis, checker la météo sur ton téléphone. Et elle t’informe que la journée promet d’être belle. Non, qu’elle est déjà belle. Et tu soupires. Et tu vas mettre du déo.

Avant d’aller chercher ton courrier, pour clôturer ton petit rituel du matin – et le lire autour d’un nouveau petit café, mais moins serré cette fois. Celui-ci, il est fait pour le plaisir (comptons tous ensembles, nous en sommes déjà à deux). Donc, tu claudiques, gentiment, jusqu’à la boîte aux lettres, insère ta clé dans la serrure, ouvre la petite porte, attrape le paquet de courrier pour commencer à feuilleter, tandis qu’un de tes voisins vient en faire de même, en te saluant, d’un sourire courtois. Un jeune homme, d’à peu près ton âge, qui a déjà essayé une dizaine de fois depuis ton emménagement de t’inviter à déjeuner, diner, boire un verre, dehors ou chez lui. Et toi, tu n’as jamais compris ses propositions, ou alors tu as dû décliner pour de bonnes raisons. Tu ne remarques pas non plus comme il t’observe avec désir, avec envie, avec passion… et comme ses sourcils se froncent, alors que tu tombes sur l’enveloppe rose… et que tu fais tomber ta pile de courrier. Tu ne le remarques pas non plus ouvrir sa boîte avec empressement, pour y découvrir un vide d’enveloppe rose qui lui fait claquer la porte de la boîte et te ramène à la situation, dans un sursaut.

« Félicitations. »

Te lâche-t-il, avant de t’offrir une courbette polie et s’en aller à toute vitesse direction son appartement. Ce que tu t’empresses de faire, après avoir ramassé le reste de ton courrier éparpillé au sol. Tu refermes la porte, jette ce qui ne t’intéresse pas sur le coup, dans le vide poche de ton entrée, avant d’entrainer l’enveloppe rose jusqu’à la cuisine pour te faire ton café latte. Une fois la boisson prête, tu t’installe à ta table à manger, avant de venir caresser le papier du bout des doigts. Étonnamment tu savais que ça allait finir par arriver. Mais tu espérais que… eh bien. Cela ne vienne pas, tout simplement. Tu te sens très bien sans personne. Mais il faut croire que la machine n’est pas – plus ? – de cet avis.

Tu soupires, avant de boire une gorgée pour te donner le courage de, finalement, ouvrir l’enveloppe pour en lire le contenu. Et…

Rien. Tu ne ressens rien de spécial.

Si ce n’est… Si. Tu es, d’une certaine manière, heureuse de te défaire de ce nom de famille que tu détestes. Nakayama… Astrée Nakayama… ? Ça sonne… pas mal. Bien ? Hmm… Il va falloir que tu t’y habitues. Ceci dit, tu te demandes à quoi ressemble ce Bounty… Pardon, Bunta. Houla. La fatigue. Tu sens, cependant, que ça va rester, ce surnom… Tu l’imagine, peut-être, de ton âge. Pas vraiment plus âgé. Peut-être banal. Pas forcément beau, mais pas forcément… non, c’est méchant, tout de même… moche ? Tu soupires, doucement, viens boire une deuxième gorgée. Et aller chercher ton téléphone pour appeler ton patron. Tu lui expliques la situation et, compréhensif, il te donne ta journée. Tu promets d’échanger et de récupérer sur un de tes jours de repos. Il te répond que ce n’est pas la peine, que tu fais déjà bien assez d’heures supplémentaires pour qu’il puisse te donner cette journée quelque peu… spéciale, ainsi que le lendemain pour l’organisation du déménagement. Avant de te lâcher ce … « félicitations ». C’est déjà le deuxième de la journée. D’une voix un peu coincée, tu le remercies, avant de raccrocher.

Tu termines ton café, vas dans ta chambre pour venir attraper la valise qui pionce sous le lit, avant de la remplir du strict nécessaire pour pouvoir tenir, le temps d’organiser le déménagement. Parce que bon… tu es bien consciente, bien au courant, que tu n’as pas le choix. Mais tant qu’à faire, tu préfères… eh bien. Ne pas fuir. Faire ta valise, en y mettant des sous-vêtements, des vêtements et des chaussettes pour une semaine. Une fois ceci fait, tu te rends au Kombini le plus proche pour acheter des cartons et commencer à les préparer. Mais tu les finiras demain. Il se faire presque l’heure du repas de midi, et tu es curieuse de ton nouvel habitat. Et peut-être… de l’autre.

Tu reviendras faire le reste de tes cartons demain et contacteras une agence de déménagement à ce moment-là. En attendant, eh bien… Tu commandes un taxi, pour te faire emmener jusqu’à destination et, en l’attendant, retourne au Konbini, en trainant ta valise, pour acheter de quoi manger pour deux personnes pour ce midi et ce soir. Tu prends des choses basiques, ignorant ce qu’il aime – car tu imagines difficilement une femme avec un tel prénom, d’autant plus que tu en as pris le nom de famille – et, surtout, tu ignores également s’il sera là. Mais au cas où, tu préfères prévoir pour la journée. Tu iras faire des courses plus importantes demain. Enfin. Tu… trouveras bien le temps, hein ? Pendant le trajet, tu essaies de calculer ton temps de trajet jusqu’à ton travail. Cela ne te le rallonge pas énormément, a priori. Mais un peu, quand même. Bon. Ça t’enquiquine, mais ok.

Et enfin, te voilà devant le bâtiment. Tu viens rentrer le code, en tirant ta valise, avant d’entrer et te diriger sur l’ascenseur. Le son de ta canne claque contre le carrelage au sol. Ta valise, elle, ne fait pas de bruit. Tu entres dans l’engin élévateur, appui sur le bouton et te laisse mener jusqu’au bon étage, avant de regarder à droite, à gauche… et te diriger vers la porte de l’appartement. Là, encore, tu tapes le code pour y avoir accès, en regardant le courrier. Elle se déverrouille, te laisse pénétrer les lieux. Et … tu ignores pourquoi, mais tu as le sentiment que tu n’es pas toute seule…

Tu avances, en posant ta canne dans l’entrée, entraine ta valise jusqu’à ce qui semble être le salon et... pose ton sac de courses sur le plan de travail de la cuisine, avant de t’atteler à tout ranger dans le réfrigérateur avant de finir par regarder autour de toi. Et te rendre compte que tu n’es pas… seule. En effet. Il y a déjà des traces de … potentiel repas. Pour ce midi et ce soir. Il faut croire que vous avez eu la même idée. Tu soupires, te traite mentalement d’idiote.

Mais tu n’as sûrement pas remarqué que la présence est… présente. Juste qu’il y a des bières. Et que tu en prendrais bien une. D’ailleurs, ta main se tend. Avant de renoncer. Est-ce que tu peux toucher à ses affaires ? Est-ce que ce qui est à lui est à toi ?



Oh et puis merde, aller, juste une. Tu lui diras que tu en rachèteras demain, si besoin. Tu l’ouvres, bois une gorgée et…

« Aaaah… »

Ce soupire étrange et libérateur de la personne assoiffée. En l’occurrence, de la jeune femme qui stresse un peu à rencontrer celui qui lui a été désigné comme sien…

Et qui est là. Bel et bien là.
Astrée Nakayama
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Il fallait avoir les yeux qui bravaient le noir pour imaginer les abysses dans lesquels j’étais tombé quand j’entendis le bruit d’une canne qui dans le couloir avait stoppé ses pas claquants devant la porte d’entrée de l’appartement ; la théorie de la vieille veuve qui à défaut d’empoisonner l’air de son ancien mari étendait ses miasmes à un pauvre prétendant tel que moi me glaça directement les sangs. Ma bière se décolla légèrement de mes lèvres, faisant plus de mouvements que les saccades de mon cœur, lui arrêtés net, givré d’un coup. Je voyais déjà le tombereau de rides, l'œil fixé sur moi comme une proie, d’un bec de rapace ravi de pouvoir terminer ses jours avec un homme dont la jeunesse lui épargnait l’épouvante d’une camaraderie sexuelle qui irait dans le mauvais sens. Allez-y, lancez-moi les éclats de la bienfaisance, que faisons-nous avec ce gérontophobe qui voit les femmes comme des fleurs qui fanent avant la moitié de leur existence, n’est-ce pas bien jouer contre le type qui lui-même ne rêve que d’une minette d’une décennie sa cadette pour profiter à fond des atouts que seule la jeunesse peut fournir ? Que le diable m’emporte si c’est par ses terres qu’on peut profiter de la luxure ! Qui a le droit de m’empêcher de désirer une peau de pêche !

Que croyez-vous, que je ne pense qu’au devoir conjugual ? Non ! Bien sûr que non, j’aime l’esprit, le caractère, les discussions pendant des heures avec la même personne jusqu’à ce que les étoiles nous bercent et pourquoi pas, leur fille de toujours, l’aurore qui trouve un compromis entre le bleu et l’orange du ciel, j’adore les sourires et les attentions et si l’amour doit être entre deux personnes imprévues par la nature, ça ne me pose pas de problème non plus, la sincérité de l’engagement, la passion de l’investissement, je suis sensible à toutes ces choses. Une odeur qu’on partage ensemble, des musiques sur lesquelles danser, le même arbre ou la même rivière, ces endroits qu’on décore de souvenirs et ces frôlements de peau, ses baisers sur le front, comme tout le monde j’adore. Mais ma femme n’est pas obligée de me tenir le bras dans la rue ou de m’embrasser la nuque quand je fais la vaisselle ; par contre, elle sera obligée de coucher avec moi. Le sexe, c’est le dénominateur commun absolu d’une histoire liée par l’Incontrôlable, je sais, j’ai retouché des scripts pour le cinéma, bien sûr que tout ça me passe par la tête. Mais si c’est pour taper la croûte, puis le pus - comme la fameuse blague - pourquoi fallait-il que ça tombe sur moi ?

Ne faisais-je pas de l’exercice, preuve de ma volonté ? Ne servais-je pas avec dévouement l’Incontestable quelque part, en fournissant au public des comédies romantiques à son honneur ? N’étais-je pas typiquement le genre de personnes, sociable, solaire, que le Japon rêvait de voir retrouver en ces terres ? Quelle galère qu’un serviteur comme devait encore surmonter pour que le grand Seigneur Cupidon m’accorde une légère faveur, celle d’influer légèrement le destin pour que je fusse avec une dame dont je pourrais admirer la beauté ? J’en avais des fantasmes et des goûts mais aucun ne s’embarrassait d’une canne !

La mariée rentre soudainement ; encore sonnée par la lettre rose peut-être, elle s’ébahit de son nouvel environnement de prime, me rendant invisible à ses yeux. Pendant quelques secondes, je pouvais l’apercevoir sans qu’elle ne me vit avec ce genre de voiles dans lesquels les romans du 19ème tiraient leur romantisme. Dieu qu’on était loin de toute crainte et comme pour me faire une sale blague, même la canne avait été relégué à l’entrée comme si elle sortait de notre univers ; elle claudiquait encore un peu mais sa beauté pardonnait tout. Ce n’était pas un ange, pas complètement et sa démarche semblait rabougrir son honneur mais mon référentiel avait si bien plongé qu’une dame commune m’aurait déjà soulagé d’un tel poids que j’aurais pu l’appeler ma reine. La mariée, Astrée de mémoire, était blonde comme il était dur de le croire mais elle avait la taille fine, le dos très droit, comme l’avaient m’avait-on dit, toutes les Parisiennes, des yeux gris, dedans, pas dehors, les mains fines mais fermes et des épaules serrées, puis il était difficile de croire qu’elle n’était pas généreuse par nature tant la nature avait été généreuse avec elle. Elle avait peut-être le visage qu’on trouverait commun dans son pays ou les traits sont plus fins et les nez plus en trompette, mais elle avait un buste qui d’une main posée dessus pouvait soigner n’importe quel chagrin.

Quand elle se saisit d’une bière dans sa main, je me lève et fais savoir ma présence d’une légère courbette qui se voulait polie :

“Madame, je suis enchanté, je suis votre mari, Nakayama Bunta.” Je peux me vanter d’avoir le savoir-faire avec les gens et d’être présentable mais dans cette situation, même quelqu’un de mon tonneau devait sembler perdu. Je rajoutais, trop poli peut-être : “Je suis ravi qu’on soit mariés ensemble.”

Ce n’était pas un mensonge : la beauté passée, moi comme j’avais déjà dit, le mariage n’était plus tellement un problème. Je faisais confiance à l’Incontestable pour la compatibilité de caractère, plus en tout cas. Je lève ma bouteille :

“Tu bois ? Déjà un bon point.” Un rire de deux notes. Modeste blague, modeste blague.

Maintenant que j’étais sur le coup, il restait à savoir comment débuter une conversation sans que la gêne ne s’installe et j’étais perdu pour dire. J’allais tout partager avec cette personne comme on naît au monde enchaîné à une respiration et ce pour la fin de la vie ; des relations passionnées, fusionnelles n’étaient pas prêtes pour la plupart au degré d’investissement qu’il nous fallait à elle et à moi. Je me reposais sur la chaise en me demandant s’il ne valait pas mieux rentrer chez moi commencer à préparer mon déménagement… J’éviterais son regard jaugeur, le même que le mien, ça me grattait la nuque de ne pas savoir aborder une personne. Hm, Bunta, c’est toi ou elle qui allait mener la discussion, montre qui tu es.

“Je sais qu’on a énormément de choses à se dire. Je t’avoue que je ne sais pas par où commencer et ce qui te mettrait à l’aise !” Je faisais tomber mes mains sur mes cuisses, dans une pose interrogatrice. “Ce que je peux te proposer, c’est qu’on ne se dise rien, basta ! Mais je t’invite dans trois endroits différents qui sont spéciaux pour moi, et de ton côté, tu fais de même. C’est tout de même six rendez-vous. Et on pourra se parler tranquillement et se découvrir l’un l’autre, le temps qu’on emménage nos affaires ici. On parlera de tout et de rien. L’endroit est chouette, non ? L’endroit est chouette.”
Bunta Nakayama
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Sûrement la fatigue, qui te fais occulter autant le reste de la pièce. Cette présence, non loin. Qui pourtant, est tout de même quelque peu imposante. Plus que toi, c’est un fait. Tu bois une gorgée… avant de sursauter, en entendant cette voix derrière toi. Te faisant tomber de la bière… direct sur ton haut. Tu te tournes, peu ravie déjà de sentir la bière avant le déjeuner, et… te mets à le dévisager. Oh. Tu ne t’attendais pas vraiment à grand-chose. Mais peut-être qu’au final, tu espérais peut-être… mieux ? Enfin. Ah. Oui. La politesse. Il faut de la politesse.

« Astrée Duval. »

Tu réponds. Avant de te mordre la lèvre inférieure, et te gifler mentalement.

« Veuillez m’excuser. Je… »

Un temps. Oh. Il semblerait qu’il sache parler pour deux, en fait. Tu le laisse continuer à déblatérer, hochant du chef à sa « blague » sur le fait de boire, avant de le fixer, en n’étant pas trop sûre de ce qu’il désire, en fait. Tu fronces les sourcils. Beaucoup de mots. Trop de mots. Tu as du mal à tout suivre. Tu finis par inspirer, profondément.

« Ok. »

Tu susurres, pour toi-même, essayant de te calmer. Nouvelle inspiration. Expiration.

« Premièrement, je vous prie de m’excuser de ne point vous avoir remarqué. La nuit fut courte, très courte, et le café ne coule pas encore assez à flots dans mes veines pour que je réussisse à être attentive à tout. »

Tu avoues, en lui offrant un sourire pitoyable. Tu viens attacher tes cheveux, avant de fixer ton t-shirt tâché, tout en réfléchissant à la proposition de l’homme.

« Je ne suis pas sûre d’avoir trois idées en tête qui pourraient bien vous passionner. »

Tu lâches, finalement. Parce que bon… la librairie, la bibliothèque et un café, est-ce que vraiment c’est là où tu aurais envie de l’entrainer ? Qu’est-ce que ça dirait sur toi, d’autre que ta vie est extrêmement triste ? Bon. C’est… vrai, en fait. Tu finis par reposer ton attention sur la bière, pour venir boire une nouvelle gorgée.

« Je ne sais pas, cependant, quand vous voulez organiser ces six rendez-vous. Il est déjà midi passé, aujourd’hui, on ne réussira jamais à tout enchainer en un après-midi. Et j’ai prévu d’aller terminer de faire mes cartons, demain. Donc à moins que vous ayez votre journée et souhaitez m’aider à ranger mes affaires… »

Ou alors il voulait dire après le travail, peut-être ? Tu inspires.

« Et si nous déjeunions, d’abord ? Avez-vous déjà mangé, Nakayama-san ? »

Tu as déjà du mal à l’appeler par son prénom, pour le coup. Tu as même du mal à te dire que… eh bien. Vous êtes mari et femme. Tout te semble… terriblement brutal. Brusque. Trop pour être réel. Tu ne réponds pas, en revanche, sur sa question qui te sembles rhétorique.

« Hmm… »

Tu retournes fouiller dans le réfrigérateur pour sortir ce que tu as amené, ainsi que ce que lui a amené et tout poser sur le plan de travail.

« Y a-t-il quelque chose qui vous fasse envie ? Personnellement, je pense que je vais opter pour… ça… »

Un des plats que tu avais pris, et qui te faisais envie, au Konbini. Tu le mets au micro-ondes, avant de reprendre ta bière et en boire une nouvelle gorgée, encore. Tu iras te changer, après. Parce que bon, pour le moment… tu pues la bière. Et ça, c’est pas agréable du tout. Tu as… pas mal de questions que tu as envie de poser. Et tu n’as… pas envie de parler de toi, à vrai dire.
Astrée Nakayama
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La pauvre était étourdie, ça ne devait pas être une journée facile pour elle, on devient rapidement hébété avec la digestion et quelque chose me dit qu’elle digère depuis des semaines. Astrée semble à moitié présente, comme si elle absorbait que la moitié de ce que je disais et que sa bouche oubliait ensuite à nouveau une moitié de l’information jusqu’à ne rester qu’un gloubi boulga de syllabes qu’elle envoyait le poignet pâle. Quand un oiseau se cogne la fenêtre heureusement pour elle, j’étais plutôt le genre d’homme à me pencher puis à panser ses plaies, pas à me moquer. Peut-être que j’émis quelques mouvements à peine contrôlés et à peine visible quand elle tenta de saouler son haut d’un mouvement maladroit mais sinon, je tentais de contrôler tout ce que je faisais, ce que j’associais à une forme de retenue et je n’étais pas le genre d’animal à être doué là-dedans : mais je pouvais faire un effort.

“C’est une journée qu’il faut encaisser. Elle est difficile pour tout le monde et pour n’importe qui. Je rentrerai ce soir avec un bouchon d’alcool à brûler, on enlèvera cette tâche rapidement.”

Ce n’était pas qu’une question d’hébétement peut-être, me disais-je quand elle semblait ne pas comprendre mon opération. Il fallait me rectifier au plus vite et si vous pouviez m’entendre, j’avais pris une voix légèrement plus lente qu’à l’accoutumée, je la posais comme si je tentais d’amadouer une créature agitée. Astrée ne semblait pas nerveuse, les gens nerveux avaient de l’énergie et semblaient trembler sur place comme si la batterie à l’intérieur d’eux était surchargée et brûlait par violents à-coups ; ici, on avait plutôt l’impression qu’elle sous-jouait dans sa propre vie. Mais j’étais bien méchant, elle était étrangère et même si son japonais ne me faisait pas tiquer, il était possible d’imaginer qu’elle fut dans le coin depuis peu. Elle ne devait pas bien connaître Tokyo, qui pouvait l’en blâmer, une vie ne suffirait pas à en faire le tour ? et on était toujours avisés de jouer la bonne âme quand rien ne l’appelait.

“Je pensais à six rendez-vous étalés sur au moins deux semaines, pour apprendre à se connaître sur le terme. Et si tu ne connais pas d’endroit, tu en découvriras des neufs ! Je dois découvrir ce coin encore, je ne suis pas un grand connaisseur du sud de Tokyo, mais en allant vers le centre, je connais quelques endroits où se poser ou à visiter. Les grandes villes peuvent faire peur, elles s’adoptent doucement au fur et à mesure des quartiers que tu visites. Et si tu veux, on peut commencer dès demain soir, je t’emmènerai dans un restaurant. Il est très bon.”

Au fur et à mesure, je commençais peut-être à cerner ce qu’il se tramait : Astrée était étrange, pas complète, quelque chose de plus que la fatigue ne suffirait pas à expliquer. A force de fréquenter des gens, on pouvait les comprendre rien qu’à l’énergie qu’ils déployaient dans chaque mot et Astrée à-côté de gros esclaffeurs de soirée qui se satisfaisaient de survoler toutes les tables du bar de leur bois par leurs vivats, elle semblait siffler ses mots, comme s’ils n’en valaient pas la peine. On aurait pu croire qu’elle sortait d’un vieux roman, de ceux où les femmes sont toute secrètement aigries comme si on avait étouffé avant les cinq ans leur force vitale et qui persiflaient pour seul acte de rébellion, et encore, celles qui n’avaient pas de comportement religieux qui leur trouvaient une certaine fierté à subir le plus possible comme si le dos servait avant tout à recevoir le fouet plutôt qu’à transporter sa fierté. Je lui accorderais une bonne nuit de sommeil et quelques semaines de répit avant de dresser un portrait plus sévère… Puis pourquoi toujours chercher les défauts sans les événements qui les ont provoqués, sinon par paresse de jugement ? Pourquoi pas tenter de l’aider d’abord ? L’Incontestable ne nous avait pas collés ensemble au hasard ! Etrangement, ce genre de pensées me donna plus de courage que je ne l’aurais cru.

Je lui dis que j’allais l’imiter pour la prise du repas et mon plat, destiné avant tout à une consommation solitaire, que j’avais pris au cas où Astrée aurait mis des jours avant de visiter l’appartement, passa au micro-ondes après le sien. J’anticipais cela comme les vieux film, sinon, les films d’auteur, sur un plan où deux personnes rentrant à peine dans le cadre, montrant un repas où le silence des protagonistes disait tout. Je ne sais pas si Astrée allait se mettre à parler mais je n’aurais pas trouvé cela moche, peut-être juste dommage que je fus un des participants. Le silence était rarement sujet à interprétation tant qu’on saisissait le contexte qui taisait les mots : il pouvait être un signe d’affaissement de l’amour comme chez d’autres, une preuve qu’il flamboyait tant que des regards suffisaient aux paroles. Ici, juste deux inconnus qui se jaugeaient, proie et prédateur, un peu de l’un et un peu de l’autre, qui se trouvent au même point d’eau, le seul de la région et devront le partager ensemble plusieurs fois par jour.

Je mange vite, je n’ai aucune raison de faire traîner ce repas ; c’est pour le plaisir un repas et ici, je ressentais trop de maladresses d’une part et d’autre de la table, de maladresses ou de prudence, dans un cas comme dans l’autre, il n’y avait pas besoin de continuer la scène car le temps fera mieux son office que nous.

“Je vais commencer à repartir chez moi emballer mes premières affaires. Dans deux jours, je pense que j’aurais tout déménagé. Si tu as besoin d’aide ou d’un camion, je suis là, passe par moi, je t’en trouverai un gratis.”
Bunta Nakayama
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Étourdie. On peut dire cela ainsi. Mais la vérité, c’est que derrière tes mèches blondes, ton esprit dérive à vive allure, pensant à mille choses à la fois. Tu ne veux pas y songer. Et pourtant, tu ne peux t’en empêcher. Tu sais où cela vous mène. Tu sais ce que la machine attend de vous, en vous envoyant ces enveloppes, en vous mariant par la loi, en vous offrant cet appartement – que vous allez payer, bien évidemment, chaque mois, comme avant. Tu sais ce qu’il doit arriver, au bout des deux semaines fatidiques et tu le redoutes.

Non pas que l’homme soit hideux – il faut de tout pour faire un monde, les goûts et les couleurs, tout ça tout ça – il n’est pas exactement à ton goût. Cependant, peut-être que, dans le noir, sans y voir, tu pourrais peut-être… Tu secoues la tête, déglutis péniblement. Outre le fait que toi, tu ne sois pas spécifiquement attirée, tu te demandes également comment lui pourra l’être. Toi qui n’apprécies pas ton reflet dans le miroir à sa juste valeur. Toi qui te vois plus brisée que tu ne l’es en vérité. Mais tu préfères ne pas y réfléchir. Ne pas y penser. Il doit sûrement avoir d’autres atouts que son physique, non ? Putain, mais t’es vraiment une connasse, dans ta tête… Tu as envie de te gifler.

Mais il finit par te sortir de cette mare boueuse dans laquelle tu t’enlises, mentalement, avant de relever ton regard vers lui. Il te ramène au présent. Tu fronces les sourcils, doucement, avant de te mordre la lèvre inférieure… puis venir te ronger l’ongle du pouce, songeuse.

« Encaisser… »

Tu répètes, doucement. Avant de soupirer, puis venir remettre une mèche en place. Nouvelle inspiration, profonde. « Bip ! » le son du micro-ondes, annonçant que ta pitance est prête. Tu la sors de la machine, la pose sur la table avant de chercher une paire de baguettes, avant de t’installer, ce qui soulage ta patte folle. Soupire.

« Eh bien… D’accord pour le restaurant demain. »

Tu espères simplement qu’il est dans tes moyens. Tu n’as pas vraiment envie de commencer ce mariage sur ton époux qui te paie tout et n’importe quoi. Tu voudrais au moins payer ta part.

« C’est surtout que je sors peu. Et vais toujours aux mêmes endroits. Qui se ressemblent pas mal. Et je ne suis pas bien sûre que ce soit passionnant de vous emmener à la bibliothèque, où l’on ne peut pas vraiment… parler. »

Tu finis par avouer, avant de lâcher un petit « ittadakimasu » avant de plonger tes baguettes dans ton plat pour commencer à manger. Et ce repas te fait un bien fou. Mais tu sens, déjà, que la digestion va être compliquée. Tu vas devoir lutter contre l’envie de taper ta meilleure sieste. Ou… pas. Compte tenu des mots de Bunta, sur son planning de l’après-midi.  

« Je comptais… eh bien. M’occuper de mes affaires demain. Je vais donc déjà défaire la valise que j’ai préparé, m’habituer un peu à l’endroit… peut-être visiter un peu le quartier, pour prendre mes repères. »

Tu finis par répondre. Mais tu ne rebondis pas de suite sur sa proposition. Tu n’as pas vraiment envie… de lui devoir quoi que ce soir, pour un service rendu. Sûrement es-tu… trop méfiante. La faute à qui, on se le demande. Hein, monsieur Duval ? Bref. Tu viens te gratter la nuque, doucement, puis remets, de nouveau, une mèche derrière ton oreille.

« J’apprécie votre proposition. Mais j’ai déjà un contact pour s’occuper de tout ça. Ne vous dérangez pas pour moi. »

Pas encore, en tout cas. Enfin. Tu finis par te relever, pour chercher où sont rangés les verres, trouver ce que tu désires et le remplir d'eau, avant d'aller récupérer ton sac à mains pour en tirer deux boites de cachets. Tu en prends deux de chaque, que tu avales, avant de venir boire quelques gorgées d'eau pour faire passer le tout.

Tes meilleurs amis : anti-douleur et anti-dépresseur. Anti-toi. Anti-tout.

Le temps que cela fasse effet, puisque tu as oublié, dans la précipitation matinale, de les prendre, tu préfères te concentrer sur ton vis à vis, plutôt que sur toi. Que sur ta jambe. Que sur ta psychée en morceaux.

« Dites Bunta. Vous aimez manger quoi ? Parce que j'ai pris des onigiris, des ramens instantanés et des buns au porc, mais c'est... eh bien. Quelque peu rustique. Je ne suis pas la meilleure cuisinière, mais je sais faire du basique, pour peu que vous m'indiquiez ce que vous aimez, n'aimez pas, si vous avez des allergies ou intolérances... »

Tu essaies d'y mettre du tien, oui... C'est un fait.[/i]
Astrée Nakayama
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Elle a besoin d’une boussole certainement parce que la chtiote est perdue ; je ne sais pas, il y avait quelque chose dans sa voix comme si coupée à un certain endroits, il y aurait pour toujours un tressaillis dans ses phrases, un trémolos dans l’âme. Rien qu’à entendre parler quelqu’un, on pouvait plonger dans un puits pour appréhender une personne et fiou, ça fonce loin et sombre chez elle. Elle a des cernes, peut-être pas sur le visage mais elle tremblote comme si elle sortait perpétuellement d’une mauvaise grippe. En rapport peut-être avec les médocs qu’elle s’enfilait ; peut-être que sa jambe lui arrachait plus de douleur qu’on pourrait le croire.

Je finis mon plat à grande vitesse et ne demande qu’à m’expulser de cet endroit : forcément, avec un être pareil qu’on vous associe d’une chaîne mortelle dont le moindre maillon brisé vous prendrait votre vie, entre deux inconnus qui au-delà des devoirs, devront coper avec l’autre jusqu’à la mort, ça serait une gageure d’être à l’aise. Je m’imagine déjà respirer enfin par chez-moi à préparer lentement mes affaires sous du bon son parce que l’atmosphère devenait vite glaçante à force d’être gorgée de politesse. Astrée me demande ce que je veux bouffer ; j’ai l’estomac plein mais je fournis un gros effort pour lui répondre et je vais tout simplement au plus simple :

“Des ramens, ne t’embête pas. C’est facile à faire, ménageons-nous.”

Je me lève et pose les quelques couverts dans le lave-vaisselle ; je termine ma bière en quelques instants. Je pourrais me présenter plus en détail mais dans l’idée, je préférerais laisser ce genre d’informations aussi importantes fussent-elles pour les rendez-vous : j’en avais eu l’idée pour ça puis je tirais un petit plaisir de ne pas savoir grand-chose d’elle et de découvrir au fur et à mesure sa personnalité m’enjaillait, d’une certaine manière, alors bien égocentriquement, je lui prêtais les mêmes désirs. Eh, c’était peut-être même ma dernière occasion d’avoir des premiers rendez-vous romantiques avec quelqu’un, je n’allais pas m’em priver aussi vite. Je dis calmement :

“Je vais rentrer chez moi, c’est loin et je vais rapporter l’essentiel pour le soir.” Je fais un petit salut de la tête, les bras pas loin du long du corps. Je me trouve encore trop engoncé, moi le fanfaron sous les étoiles, putain, ça valait le coup de se vanter de pouvoir tisser un lien avec n’importe qui si c’était pour buter contre la personne la plus importante de sa vie. Après, est-ce que c’était un défi réalisable ?

Mais je le sens pas les gens qui le sentent pas, non pas que j’ai quelque chose contre ceux qui se taisent, bien entendu que non, mais c’est difficile de s’ouvrir quand quelqu’un en-face a levé toutes les barricades possibles et protège des remparts de glace (et Astrée est loin d’être à cette extrémité) ; pire que difficile, ça pourrait même être maladroit. Parler à quelqu’un, c’est danser avec elle, c’est s’avancer et reculer alors déjà c’est compliqué de prendre l’initiative mais si en plus votre partenaire semble souffrante, il ne fallait pas lancer la valse à mille temps.

Cependant, quand quelqu’un ne va pas très bien, tu peux au moins laver l’honneur comme le seigneur lève des troupes et tenter de rassurer les malheureux. En passant près de la blonde, je pose une main compatissante sur son épaule.

“Ça va le faire. Ecoute, je suis pas la première personne à qui t’en aurais envie, mais si tu as le moindre souci, tu peux me parler. Il y a une pièce au fond de l’appartement, je n’en ai pas l’usage alors tu peux la prendre si tu la souhaites.” Voilà quelque chose de plus acceptable, c’est posé ainsi.

Je pars quelques instants après une fois les chausses remises et je retourne au garage où ma Lexus est planquée, j’ai dit à ce soir à Astrée, en me demandant dans le souterrain sombre si le choc derrière nous, on pourrait enfin mettre de côté les a-prioris pour commencer quelque chose de plus honnête. Il faudra travailler à s’entendre à l’intérieur des murs comme des colocs et voir si un jour, on pourrait s’entendre comme des gens mariés. Je savais que je disais, surtout les pintes dans le nez, que c’est pas une femme qui va changer quoique ce soit à ma vie - quelques conneries au quotidien - mais que dans la possibilité où l’on ne se supporte pas, rien ne s’embrouillera véritablement et je continuerais à sortir et à m’éclater le soir, faisant fi de la mauvaise ambiance comme d’une légère fumée. Mais maintenant que j’y étais, maintenant que je me rendais compte que une femme, une vraie personne, c’était un autre boulot que des illusions lointaines, mes certitudes s’étaient évaporées ; j’avais tant vécu loin de l’Incontestable et de sa lettre rose que je m’étais peut-être imaginé que jamais on me marierait. Enfin, pour être plus précis… Disons que je savais que demain, j’aurais une lettre rose mais pas aujourd’hui et ma vie avait été une longue suite de jours d’aujourd’hui.

Je finis après avoir vaincu le trafic de rentrer chez moi, dans mon appartement devenu peut-être un peu trop petit - il fallait que je me tire de là de toute manière, l’autre était bien deux à trois fois plus spacieux - et je me demandais par quoi commencer. Je me posai dans chaque oreille mes écouteurs et lançai la musique.
Bunta Nakayama
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Tu as voulu faire un effort. Et tu as l’impression de te prendre un revers de gant. Sa réponse te donne l’impression qu’il t’envoie paître. Et son attitude par la suite également. De se lever, débarrasser, vouloir partir… Tu baisses la tête, te traitant d’imbécile, mais il s’arrête, pose une main sur ton épaule, pour te lâcher ces mots là…

Tu inspires, profondément, pour essayer de te contenir. Mais tu ne réponds pas. Le laisse partir, en silence. Tu attends d’entendre la porte d’entrée se fermer, avant de te lever, jeter ton plat que tu n’as pas terminé, avant de claudiquer jusqu’à une fenêtre, que tu ouvres, puis récupérer un paquet de cigarettes que tu ne touches que rarement – uniquement lorsque tu te sens sous pression – pour en sortir une et la caler entre tes lippes, puis l’allumer. Tu la fumes, en prenant ton temps, pour finalement la terminer et aller jeter le mégot, à son tour. Puis, tu retournes récupérer ta valise, à la recherche de la chambre, que tu finis par trouver. Tu viens ranger tes affaires dans le placard, avant de t’assoir sur le lit. Il te semble confortable. Le matelas n’est ni trop dur, ni trop mou, et la couette te semble moelleuse à souhait. Quant aux oreillers… et bien, il y en a assez pour que tu en piques deux pour toi.

Puis, tu te lèves, décidée à aller chercher cette pièce dont Bunta a parlé, plus tôt. Une pièce qu’il ne compte pas utiliser, apparemment. Et… tu t’y sens de suite chez toi, à vrai dire. Cette bibliothèque, ce coin lecture, ce bureau… D’accord. Ici, ce sera ton refuge. Tu as adopté cette pièce. Tu te dis, donc, que demain, tu viendras ranger tes livres ici. Ainsi que tes crayons, tes feutres, tes papiers…

Tu te décides, cependant, à reprendre ta visite, avant de… eh bien. Retourner dans la chambre, pour retirer ton pull, ton jean, avant de te glisser dans le lit. Tu as bien mérité de dormir encore un peu, non ?

… Non. Mais tu en as vraiment besoin. Et à peine ta tête est-elle posée sur l’oreiller, que tu t’endors, directement, sans te sentir partir. Pour ne te réveiller que bien plus tard. Au début, en ouvrant les yeux, tu ne sais plus trop où tu es. Tu te passes une main sur le visage, avant de te lever et te diriger vers la salle de bains, sans te couvrir plus pour le moment. Le tout, pour pouvoir te passer un peu d’eau sur la figure.

Et puis, tu te souviens. Ce matin, la lettre rose. Le repas. L’ambiance plus qu’étrange. L’impression de t’être faite jeter, alors que tu as tenté de faire un effort. Tout. Tout ce malaise qui pèse, dans ces lieux. Bunta qui était parti chez lui. Il est rentré ?

Tu te frottes les yeux, encore un peu ensommeillée, avant d’aller jusqu’au salon, pour aller te servir un verre d’eau et en le cherchant, peut-être. Oubliant bien ta tenue. Heureusement, tu as opté pour quelque chose de sobre à te mettre sur les fesses, aujourd’hui. Pas du coton, mais pas de la dentelle non plus, quoi.

Au moins, s’il est là et que tu n’as pas capté sa présence, comme ce matin, alors tu dois lui offrir un drôle de spectacle. Mais tu finis par sentir un courant d’air, heurter tes jambes. Et te rends compte que tu n’es qu’en t-shirt manches longues et culotte. Tu regardes, en boitant, jusqu’à la chambre, pour récupérer ton jean et le remettre là où il doit être.

Est-ce le moment de mourir de honte ou bien est-ce que tu as eu de la chance ?
Astrée Nakayama
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Le grand rangement se fait sans hâte, sans pression et sans grande hargne ; dans chaque oreille je reçois “High Voltage” et l’énergie qu’on peut en tirer : une super ligne de basse en arrière-fond avec des paroles erratiques et des ponts de silence qu’on ne trouvait généralement plus dans les musiques de grande écoute. Le chantier du déménagement était énormissime mais c’était cela qui me plaisait : un travail accompli trop vite et c’était l’ambiance hasardeuse, entre aube et crépuscule - parce que le doute est un vers solitaire plus rongeur que la colère ou la mauvaise ambiance - cette ambiance pleine de doutes comme un mur d’escalade aux prises inversées et glissantes duquel on ne pouvait pas vraiment tomber.

Je vous fais grâce de l’entièreté de l’inventaire et de tous les cartons que j’étais allé chercher au garage et de toute l’organisation d’un déménagement qui n’avait pas plus de malice que le vôtre si ce n’était peut-être comme je l’avais dit, un grand nombre d’affaires que j’avais pioché au hasard de ma vie pour en constituer un stock important de passé - la mémoire qui fait défaut tue bien plus de vie que la mort, alors sachez prendre des photos ! Imaginez, pas mal de natifs généralement quittaient rarement le Japon : l’Incontestable agrippait fort par le col et les déplacements en territoire étranger étaient contraints par les baisages habituels et les bisous sur la trompe de chacun. Moi par contre, j’avais le double avantage d’un métier qui demandait des fois des tournages à d’autres horizons (notamment les moins chers) et ce, sans que je n’aie de lettres roses de l’Incontestable, autant dire que j’avais encore deux ailes et de plus, une trajectoire. Je ne compte pas le nombre de fois où j’avais même pris la tête de la réalisation car le réalisateur n’avait pas pu se défaire de l’emprise du mariage pour venir : Bunta est pratique, tout le monde le sait. Et donc j’étais allé un peu partout dans le monde pour aider à des productions où certains Japonais ne pouvaient aller et me voilà avec les appartements plein de choses étrangères, de vêtements d’ailleurs, des journaux particuliers, des grandes photographies, des peintures, des sacs, des pots de miel de Mongolie et bien plus. Après, tout ça, je l’empaqueterai en dernier lieu, le plus important, c’était les vêtements, les accessoires de muscu, les DVD et disques durs avec mes films les plus importants, les plantes aux feuilles douces, mes plus fragiles cocottes. Mes chaussons, c’était le plus important. D’autres bières, le nouveau plus important.

Enfin, vous connaissez les bruits de scotch contre le carton, les reniflements quand on regarde sous le lit les tapis de poussière, les égarements habituels quand les affaires, en bien trop grandes quantités pour leur espace avaient pourtant trouvé un certain équilibre dans le vertical ou l’arrière des choses et ce n’était qu’en déballant, qu’en brisant le vase, qu’on se rendait compte à quel point il contenait trop d’eau, physiquement parlant.

Il y avait deux extrêmes dans la vie, les maisons blanches, les maisons témoins sans âme que seuls des bons samaritains savaient encaisser sans devenir timbré où toute pièce était parfaitement rangée et il ne suffisait que d’une chaussette pour provoquer l’anarchie et le dégoût comme une mouche écrasée sur un tableau vierge savait le faire. Voilà, je vous parle de maison triste, de maison trop carrée où les angles piquaient et où le vide impressionnant de l’ambiance quelconque empêchait toute harmonie avec les meubles ou les sculptures, tout trop minces et trop désolés. De l’autre côté de l’extrême, vous aviez ce que j’avais, ce que mes parents avaient et toutes ces maisons inhospitalières pour qui n’y vivaient pas, ces gros pleins de partout qui débordent, les placards ouverts par les manches de poêle, où aucune place n’était certaine et se débattait avec la forme des autres objets, ces grands cocons dévastés par une tempête intérieure d’êtres vivants en son sein. Moi-même j’aurais dû être le premier à apprécier le gigantisme du travail à accomplir et un coup d’oeil étranger m’aurait donné juste quant au temps estimé à empiler dans les cartons ce bardas gargantuesque… Mais c’était sans compter sur le vertical et l’arrière des choses qui fortes de leur statut d’autres dimensions avaient encore plein de choses à me faire découvrir. J’en avais pour trois jours ce matin, voilà que ça allait me prendre cinq années maintenant que j’étais éclairé.

J’appuyais sur ma portière de Lexus pour la fermer ; vous comprenez maintenant que quand je rentre au garage de ma nouvelle demeure et que j’emprunte les escaliers, une plante verte sous les bras et un grand carton mal ajusté sous l’autre, je suis pris de fatigue et je dodeline de la tête dans l’ascenseur. Je me recompose vite quand j’arrive à mon étage et les émotions qui me bouffent l’estomac grésillent tout ce qu’ils peuvent pour me fournir un peu d’adrénaline et bientôt, diantre, je n’aurais plus de cerne après un tel cocktail.

J’ouvre et je ne trouve pas Astrée mais je l’entends et elle se trouve sous la douche ; elle l’avait baptisé avant moi… Mais cette chaleur et mes efforts, il faudrait que j’y aille juste après. Je continue mes allers et venues entre l’ascenseur et la maison, trois devraient suffire pour tout poser un peu à-côté de l’entrée, mes affaires de première nécessité. Je vous raconte que pour saluer la fin de ma besogne, c’est Astrée d’un coup qui m’accueille sans l’avoir prévu et elle s’en va vers la chambre certainement pour couvrir ce dont les romanciers d’avant n’oseraient jamais parler malgré les grands paragraphes qui filaient dans leur tête pour les empêcher de mordre le sujet de leur désir soudain. Ceux qui me connaissaient savaient que ce genre de vues chez moi déclenchait le moindre commentaire qui lui-même camouflait une envie inextinguible d’aller chercher une boisson pour la biche mais cette fois-ci, je me retenais si bien tel un marin qui empêche à mains nues, tenant son cordage tiré, son bateau de dériver pendant une tempête de crus et de grossièretés. Peut-être la seule pensée qui me traversa pleinement fut qu’elle quittant le living, roulant ostensiblement ce qui prendrait des années à décrire comme il le faudrait, j’admirais au moins le pulpe de ses cuisses en imaginant qu’il n’y avait ni assassinat ni suicide si quelqu’un finissait étranglé entre : c’était juste un privilège contre lequel il avait négocié sa vie.

D’un coup d’une légère humeur maintenant que le principal avait été fait sérieusement, je prévins Astrée en passant près de la chambre que j’allais me doucher. Je transpirais facilement et j’avais le front si luisant que je pouvais sentir le sel se coucher à nouveau sur ma peau dans un grattement désagréable. La douche tiède, ensuite froide, fut si bonne que j’y restais quelques minutes supplémentaires, puis je me passais un savon sur tout le corps et frotta et frotta comme si je pouvais prendre de l’avance sur les douches à venir. Une fois que je quittais la salle de bain, je prévins que j’allais distribuer mes affaires dans les pièces et je partis m’occuper ainsi. Pendant que je faisais, je demandais à la belle, non sans mettre un léger sourire pour me rendre agréable :

“Tu as visité un peu ?” Le sous-entendu était clair, je voulais savoir si elle était particulièrement passée dans la pièce que je lui avais laissée. “Je vais commencer à avoir faim. On fait ensemble ? Je crois qu’on doit une activité à l’Incontestable.”

On doit aussi un baiser de mémoire, mais je le garde sous silence pour éviter que la gêne ne se repointe. Je garde aussi sous silence l’épisode de ses jambes à nu, j’avais hésité à faire un commentaire mais comme je ne savais pas si ça allait briser la glace ou la raffermir, je préférais ne rien tenter pour le moment. Moi-même, je savais que j’étais tiède avec elle mais encore une fois, je savais qu’aidé par les rendez-vous, l’alcool et je ne savais quel allié encore, j’allais pouvoir lui apprendre qui j’étais tranquillement, sans presser et sans brusquer. Pour un tel sujet comme le mariage, je me surprenais à déployer des trésors de patience quand d’habitude, j’étais le gai luron qui fonçait sans état d’âme pour la lenteur, et des trésors de douceur quand d’habitude, j’étais le gai luron qui fonçait sans état d’âme pour la subtilité.
Bunta Nakayama
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Tu te réfugies, il faut bien le dire, dans la chambre, et te dépêche d’enfiler ton jean, les joues rougies de honte. Tu l’entends te prévenir qu’il va se doucher, le laisse faire ce que bon lui semble, pour retourner dans le salon, avant de récupérer ton portable pour pianoter dessus. Prendre rendez-vous pour demain, avec une entreprise de déménageurs, pour qu’ils t’aident à bouger le tout jusqu’ici. Rendez-vous pris, tu vas te fumer une cigarette, à la fenêtre du salon. Pas dans la chambre. Surtout pas dans la chambre. T’as pas pensé à demander à l’a-… Bunta, si cela le dérange ou non. Tant pis. S’il doit t’engueuler pour ça, il t’engueulera. Et tu te braqueras. T’aimes pas qu’on t’engueule. Normal.

Tu inspires, profondément, termines ta cancérette, avant de l’écraser contre le crépi extérieur de l’immeuble, en haussant les épaules, avant d’aller jeter le mégot à la poubelle. Bunta a terminé sa douche. Et semble bien décidé à dispatcher toutes ses affaires dans l’appartement. Mais surtout, à te question. As-tu visité ? Tu hoches du chef. Puis réponds, poliment.

« Oui. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas de ce bureau ? Je serais ravie de l’investir, mais pas à votre détriment. On peut le partager, si besoin. »

Tu n’as pas vraimentenvie de le partager. Mais c’est ce que la bienséance désire que tu dises. Tu attends une réponse. Qui vient, peut-être. Ou pas. Mais surtout, de nouveaux mots sont lancés.

« En effet, si j’en crois les règles, on lui doit cela. Je ne suis pas une excellente cuisinière, mais je sais au moins faire des ramens. Ou un curry. Cependant, j’ai pas pensé à prendre mon cuiseur à riz… et j’ai pas acheté de riz, non plus. Ni de poulet, ou de porc, ou … quoi que ce soit. »

Tu soupires, vient te frapper doucement le front de la paume de ta main. Stupide.

« Bon, ce soit ce sera… à la bonne franquette. On peut faire des ramens instantanés – j’ai pas de quoi en faire des maisons. Et puis, on peut se poser devant la télé. Devant un film, ou une série ou… je ne sais pas ? »

Tu réfléchis à toute berzingue. La télé, ce serait un moyen d’occuper l’espace au niveau sonore et de pas avoir besoin de parler. Parce que tu le sens, que t’es pas à l’aise, et que tu parles trop pour ne rien dire. Ce qui te fait te sentir profondément idiote, et tu n’aimes pas cela.

« Je me dis… qu’après une après-midi comme celle que vous venez de passer, vous devez très sûrement être fatigué… Donc si vous préférez juste préparer les ramens, les engloutir et aller vous coucher, je ne vous en tiendrais pas rigueur. »

Il ne manquerait plus que ça. Au contraire, tu te sentirais même… mieux ? d’être laissée à toi seule.

Bref, tu te diriges vers la cuisine pour sortir deux bols, puis une casserole assez large que tu remplis d’eau, avant de la mettre à chauffer, à feu fort. Tu lui demandes s’il peut te donner les sachets de ramens instantanés, que tu mettes les contenus dans les bols.

« Une dose ou deux ? »

Tu demandes. Tu n’assumes rien, ce n’est pas une question de « oh, il est gros donc il doit manger beaucoup ». Plutôt que tu sais qu’une portion peut être insuffisante pour certaines personnes. C’était le cas, pour ton beau-père. Et pour un ancien collègue. Mais tu comprends, après, que cela peut-être… mal interpréter. Tu espères que ce ne sera pas le cas…

Vous préparez, ensembles, donc, la pitance. Et une fois tout bon, tu attrapes ton bol pour aller t’installer dans le canapé. Te mettre à l’aise. Normalement, la table serait plus convenable, pour un repas. Mais ce soir, tu préfères… le salon. Le canapé. Et tu lui intime de venir. Vous êtes censés « partager » le repas ensembles, après tout…

Vivement la fin de cette soirée. Vraiment.
Astrée Nakayama
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02/05/2022

“Je n’ai pas besoin de travailler ici, je fais tout en studio.” balayais-je de la main sa proposition. Ce n’était pas une prise de hauteur, je lui faisais comprendre que dans ma tête déjà, cet espace était à elle.

L’enfer est gelé, avait prouvé mathématiquement un étudiant de philosophie ; comprenez qui pourrait. S’il avait un grain de cervelle, alors il déduirait que l’enfer est pas trop loin d’Astrée et de moi, y en avait une porte au milieu de nous, dans le nœud gordien qui nous lie l’un à l’autre. On fait la bouffe ensemble et je viens la retrouver après sur le canapé pour becter ensemble le repas, on salue l’Incontestable, on pipe pas grand-chose.

Je commence à me détendre un peu, l’effet de la bière et du temps ; et comprenant qu’elle n’allait pas de la soirée prendre la moindre initiative, je nous envoie à l’écran une mini-série qui en moins de huit épisodes ne nous laissera pas sur notre faim. Ce n’était pas ce que je préférais mais elle était assez originale pour qu’on réfléchisse ensemble et qu’on puisse en parler après éventuellement. Puis, je restais sur ma voie : ne pas déballer grand-chose. Des séries, j’en connaissais à la pelle. Des films, je baigne dedans tous les jours et chaque mois, deux ou trois pépites n’attendent que la curiosité pour être excavées. Donc on part sur une mini-série que je connais de loin, vu une fois il y a huit ans ; en vrai, c’était un terrain neutre.

Le visionnage m’aspire alors je ressens moins la tiédeur salée d’Astrée, encore étrangère à sa nouvelle vie, s’étant décidée à rompre en politesse. Rien de mieux que des images qui bougent pour oublier ses soucis, je dis ! Pendant quarante-cinq minutes, la première moitié passée à avaler lentement les ramens, je n’ai plus à me soucier de l’Incontestable et je peux imaginer que je suis seul. Dans ma tête, je m’étais imaginée que ma première soirée se passerait aisément : on accepterait tous les deux, sous la pression de la vie neuve, à boire de l’alcool ensemble et ivres, abattre toutes nos barrières comme le feraient deux matelots rescapés d’un naufrage bordés d’océans et d’horizons et qui trouvaient comme on trouvait toujours quand la situation exigeait la camaraderie, magiquement les bras de l’autre plus chauds que le soleil.

Je commence à me poser et à prendre mes marques : les murs à la fin de l’épisode un, sont légèrement moins neufs et inconnus, le canapé commence déjà à nous accuser. Je ramasse la vaisselle aimable et informe que je vais m’en aller me pieuter. Mais si on avait partagé le repas ensemble, il allait de soi que le baiser devait suivre. Comment le faire ? Y aller comme si c’était un big deal et effaroucher la demoiselle pour un acte si bénin ? Ou partir sur de l’indifférence, du dédain de compet’, quitte à continuer à tracer des ronds devant l’iceberg ? Orf, je verrais demain… Les biches ne s’attrapent pas en une journée. Je regarde Astrée, elle a quand même un visage aux traits occidentaux, d’une arrogance de glace. Au lycée, je l’aurais jamais approchée ; deux ans plus tard, je lui aurais fait la bringue en second temps de soirée, après que tout le monde soit imprégné de la même ambiance.

“On s’embrasse et je vais aller me coucher. Je travaille demain dès 7h30”.

Elle encore assise sur le canapé, moi derrière, je pose mes mains sur la banquette pour me pencher, on se tord l’un comme l’autre pour poser nos lèvres.

En vrai, pour moi, c’est un moment d’appréhension. D’un côté, rien ne serait plus triste que de quitter sa bouche sans sentiment, avec le vide qui caractérise les baisers innocents et bourrés entre amis. De l’autre, il n’y avait pour moi rien de plus intime et secret qu’embrasser l’autre : combien de fois j’avais ruminé contre des culs pendant des heures entières, combien de filles et moi essorés dans un lit après avoir déplacé le mobilier, sans qu’un baiser ne se fut échangé ? Entre faire l’amour et baiser, il y avait une différence impériale : si j’embrasse ou pas. Et j’avais plus baisé que fait l’amour. J’estime que quand j’embrasse, c’est avec le cœur dans les lèvres ; sinon, c’est une caresse sans intérêt dans un monde où elles devraient toutes, même les imprévues, avoir un millimètre de sens.

Et pourtant, nos lèvres se quittent ; rien ne s’est passé, mais la transmission de chaleur s’est faite. Devant moi, c’est bel et bien une femme.

__

“Je me présente enfin.”, je dis en lâchant un petit rire en regardant la table. "Je m’appelle Bunta Nakayama. Bienvenue dans un de mes antre.” J’ai commencé pour elle par du simple : on a une bonne idée des restaurants qui peuplent le mieux l’étranger donc je suis allé dans un bar à sushis, mais pas n’importe lequel : il était petit mais toujours bondé, j’ai eu notre petite table parce que je connaissais bien les cuisiniers/patrons de l’établissement. La qualité est folle, j’espérais qu’elle allait être conquise. Les gens sages s’attrapent par le ventre disait ma mère, qui pratiquait le taoïsme bourré. “D’habitude, je me place au comptoir pour voir les pros travailler, puis je discute avec eux quand je ne sors pas trop tard du travail. Moi, je suis assistant-réalisteur. Tout ce que le réal veut, c’est moi qui organise. Je suis l’huile de coude indispensable à n’importe quelle décision et je statue sur pas mal d’affaires. Généralement, l’assistant-réalisateur est vu comme un poste ingrat mais je suis affilié à une boîte de productions donc j’ai une double-casquette : je sers aussi d’inspecteur pour vérifier que tout se passe conformément aux décisionnaires qui viennent du haut. Et généralement, ce qu’ils veulent, c’est de la romance pro-Incontestable. Si tu vas souvent au cinéma, c’est certain que tu m’as vu au générique quelque part.” dis-je en rigolant. “J’ai travaillé sur pas mal de films assez connus. En rien des chefs-d'œuvre, à ce stade, on peut appeler ça des produits commerciaux. Mais il en faut pour tous les goûts. Première désillusion quand j’étais à l’école ! les gens ne vont pas au cinéma pour les mêmes raisons. Ah, quand j’étais jeune, j’y allais soit pour me défouler, soit pour voir des perles inconnues, tu sais, je cherchais le transcendantal, comme tous les artistes. Un fragment du ‘Beau’, qui fait qu’on est touchés par un paysage de coucher de soleil alors qu’il n’y a ni artiste ni message ni technique derrière. Mais non, perdu, les gens vont souvent au cinéma pour voir ce qu’ils s’attendent à voir. Les tristes veulent quelque chose de dépressif et pleurer avec le monde en-face d’eux, les communautés vont voir des films sur leurs communautés, et les vieux, qui ne supportent plus les drames, veulent de la comédie et du sentiment rose. Le cinéma, c’est moins un art qu’une droguerie : chacun va y chercher sa saveur.”

Ca se voit que je suis plus à l’aise : maintenant que j’ai lâché les turbines, ma vraie personnalité prend le dessus. J’ai le mouvement plus vif et de plus belles intonations quand je m’exprime. Je salue les visages que je connais et je tente de mettre Astrée à l’aise, qu’elle se détende un peu.

“Saké ! Et on prend une entrée d’abord !”
Bunta Nakayama
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Bon, d’accord, tu notes donc que cette pièce est pour toi, et qu’il n’y a pas à discuter. Cela te convient, en soi. Tu vas pouvoir l’investir avec tes affaires, tes livres, en faire ton espace, ta safe place… bref, tu le remercies du bout des lèvres. Tu n’arrives, pour autant, pas à te sentir vraiment à l’aise avec cette situation. C’est votre première soirée. C’est votre premier repas. C’est… Tu soupires, avant de te concentrer sur ton propre repas et sur ce qu’il y a à la télévision.

Tu manges, silencieusement, parce que tout simplement, tu n’as jamais réussi à faire du bruit et encore moins à supporter faire du bruit, pendant que tu manges. Réflexes de la France, ça, pour le coup, et de ton éducation reçue là-bas. Silencieuse, tu observes, avale, pose sur la table basse ton bol vide, avant de soupirer et ramener ta jambe en bonne santé contre toi, le pied posé sur le canapé. Mais le film se termine assez rapidement.

Tu aimerais pouvoir dire que tu es fatiguée. Seulement… avec la sieste que tu as faite cet après-midi, ce n’est pas encore le cas. Par contre, Bunta t’annonce que lui, il va y aller. Sauf qu’arrive le moment fatidique du premier baiser.

Il se penche, vers toi. Tu déglutis, détourne le regard. Pas le choix, à vrai dire. Alors, tu coopères. Te redresses, péniblement, avant de venir poser tes lèvres sur les siennes.

Pas de papillons, pas d’étincelles, rien. Rien que l’humidité de ses lèvres, l’odeur de savon et la tiédeur de sa peau. Au moins, ce n’est pas si froid. C’est un contact… quelconque. Tu le laisses partir, reste encore un peu dans le canapé, pour regarder un peu la télévision… Avant d’aller ouvrir la fenêtre et te fumer une cigarette, pour t’apaiser. Te calmer. Aller te chercher une autre bière. T’aider à t’assommer un peu.

C’est une bonne heure et demie après que tu finis par claudiquer jusqu’à la chambre, retirer ton pantalon, ton soutien-gorge, ton t-shirt pour le remplacer par un plus large, avant de te glisser dans le lit, du côté qui t’a été laissé.

Le lendemain, tu te fais réveiller par la sonnerie en charge de tirer Bunta du pays des rêves. Mais tu te rendors, bien rapidement, pour te réveiller, quelques heures plus tard. Tu te sors rapidement du lit, te disant que tu n’as pas vraiment le temps de trainer, puisque tu dois retourner à ton appartement, packer tes affaires, appeler ton propriétaire, avant que les déménageurs n’arrivent et surtout, avant le rendez-vous de ce soir. Rentrer un peu en avance pour avoir le temps de prendre une douche et essayer de faire un effort pour pas trop ressembler à un sac, même si ce n’est pas évident.

Par chance, et surement car tu n’as pas grand-chose chez toi, ce qui fait que tu réussis à tout faire rentrer dans ton planning serré et être à ton nouveau domicile assez en avance pour faire un coup de propre, essayer de dompter ta tignasse, pour finalement opter pour une queue de cheval et chercher quoi mettre comme vêtement.

On porte quoi, pour un rencard, en fait ? Qui plus est, un rencard avec son mari imposé par une intelligence artificielle… Tu soupires, en t’observant dans le miroir, tenant une robe dans ta main gauche, un haut et un jean dans la droite… Finalement, ce sera un simple débardeur, noir, avec quelques brillants incrustés dans le tissu et un jean. Tu aurais voulu faire un effort et mettre une paire d’escarpins, mais tu les as bannis depuis que… tu ne peux plus marcher autrement qu’avec une canne. Alors, ce sera une paire de ballerines, noires, classiques… Sobre. Mais efficace. Et finalement, détachés, les cheveux…

Bref, tu estimes être prête.


Vous voici installés. Et Bunta qui parle. Parle. Parle beaucoup. Se présente. Tu essaies de retenir les informations. Bunta Nakayama, ça, ce sont des choses que tu sais déjà : après tout, tu viens d’hériter de son nom. Bon, le restau… si, en fait, tu notes des informations intéressantes. Bunta serait du genre à facilement sociabiliser ? En tout cas, il a la tchatche facile. Plus facile que toi, c’est un fait. Il est assistant-réalisateur. D’accord. Pour des … ah. Romances pro-Incontestable. D’accord. Tu hoches du chef, encore.

Tu viens te ronger l’ongle du pouce, doucement… jusqu’à ce qu’il décrète que vous alliez prendre du saké. Et une entrée.

« Quel type de saké ? »

Tu demandes, doucement. Non que tu en ais vraiment quelque chose à faire. En vérité, tu le laisses choisir. Mais tant qu’à faire, puisque vous êtes là pour apprendre à vous connaître, un peu…

« Non pas que je sois vraiment compliquée. Mais c’est vrai que quitte à choisir, j’aime bien ce qui est fruité. J’ai goûté un Ichigo Saké, une fois, qui m’a fait fort bonne impression… Ainsi qu’un Saké peu filtré. C’est spécial, mais… »

Tu te tais, d’un coup, te mords la lèvre inférieure. Tu as peur de passer pour une alcoolique, tiens.

« Erm. Quelles sont les spécialités du restaurant ? »

Tu demandes, doucement, avant de déglutir, légèrement. Et soupirer.

« Je crains… eh bien. De ne pas être très cinéphile. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de m’intéresser plus que cela à … cet art. Je suis plus portée sur les livres. D’ailleurs, je suis libraire, pour une petite librairie de quartier. C’est un peu old school, mais j’apprécie. J’aime le contact du papier sous mes doigts. Et pouvoir conseiller les gens qui sont ouverts à l’échange. »

Mais seulement concernant les livres. Du reste… t’es pas toujours la nana la plus sociable.

« Quelles sont vos horaires, en règle générale ? Sont-elles fixes ou variables ? J’aurais voulu savoir si demain, vers dix-sept heures, dix-sept heures trente, vous seriez disponibles pour me rejoindre ? »

Parce que tu viens enfin d’avoir une idée – une seule – d’un endroit où l’emmener, mais ce ne serait pas pour un diner. Plutôt plus un café, voire un quatre heures.

« Pardon, je pose des questions qui n'ont rien à voir avec... non... si ? Vos horaires, ça fait partie d'apprendre à vous connaître également, non ? Mais du coup... »

Tu fais vraiment un effort, hein, pour essayer de rentrer dans son jeu.

« Cela fait combien de temps que vous êtes assistant-réal ? »
Astrée Nakayama
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“Vous avez entendu la dame ? Votre saké le plus sucré. Mettez-en deux, que je goûte.” Le garçon que je connais un peu, prend commande nerveusement, il devait être tendu. Il m’a quand même reconnu alors je lui pardonnerais une connerie ce soir.
“Tu viens accompagné Bunta, ils t’ont marié ?” demanda-t-il en soulignant la commande d’un trait grossier.
“Hé, c’est pas ma sœur.” répondis-je en levant les épaules. “File, on a soif.” Un brin de fierté de savoir qu’Astrée avait des exigences sur l’alcool : une exigence, c’est une marque de caractère. La première que je voyais chez elle ; comme quoi, sortir était une bonne idée. Je répondis pour les spécialités du restaurant : “Tout ce qui font est bon. Ils changent de recettes de maki tous les mois, ils sont réputés pour ça donc c’est qu’ils doivent être bons…” J’y réfléchis un instant et marmonnais quasi pour moi : “... ou pas justement.”

J’aime bien l’endroit, j’aime bien le monde. Je suis de ceux que la foule électrise ; la campagne, on y respire allez, ça fait du bien puis le nez plein de pureté, ça encrasse jamais l’esprit. Mais moi, je préférais le cambouis, les cris, les coups de coude, les voitures qui vont et viennent selon les caprices des flamboyants feux, les néons, les gens qui sortent des magasins, qui courent ou s’abritent de la pluie, les discussions des passants et les énormes boulevards. On est un peu tous dans le même bâteau ; pas forcément dans les mêmes étages et certains sont sous les cales mais c’est bien le même navire. Vous prenez conscience de ça et même le métro perdait de son odeur désagréable : quand vous êtes entourés de vos frères et sœurs, quand vous sentez entre tous les coeurs une connexion d’une essence à une à une autre, ça réchauffe comme un plaid humain.

C’est pour ça que j’aime bien ce sushi. Ça fait troquet, toujours plein, les serveurs jouent du ventre pour pas être aplatis entre deux chaises, on peut à peine se déplacer et il y a la queue aux chiottes. Mais c’est du monde, c’est vivant, ça pousse les interactions et personne peut détourner le visage pour se cacher. Quand vous aimez les gens, pourquoi avoir peur d’être les uns sur les autres ? On avait quand même une table où on pouvait être tranquilles et où on s’entendait ; ce n’était pas comme s’il y avait un boucan du diable au centre mais on était plus à l’abri des marées humaines. Et c’était pas le chaos non plus ; y avait juste une proximité. C’était un peu comme le cinéma : c’était un art social. On mixait toute la population, à de rares salles anciennes, il n’y avait pas de distinction de place, et le prolo et le richou mangeaient dans le même pot de popcorn.

J’écoute Astrée qui ne connaît rien au cinéma. Loin de m’effaroucher, au contraire, je prenais du plaisir à digérer l’info : j’avais un sacré monde à lui faire découvrir alors. Elle de son côté, ce qu’elle préférait, c’était les bouquins, les grimoires, et pas n’importe lesquels, les livres à l’ancienne, ceux qu’on le grain et qu’on peut découvrir avec le doigt. Je rigole encore et je lui explique :

“C’est pour ça qu’on est ensemble ! Je suis encore des rares à regarder mes films sur disque. Quand c’est physique, j’ai une impression de possession véritable. Mais c’est surtout le geste qui m’attire. A la voix ou à la télécommande, je peux démarrer n’importe quel film, pouah mais ça m’a coûté quoi ? Rien. Chercher le disque, insérer le disque, en prendre soin, c’est un geste, tu sais ? C’est comme une prière. On est de la vieille école. Pour les gens autour de nous, c’est comme si le sens du toucher était impi.”

Je n’étais pas certain de préciser que les livres, je lisais pas : j’avais déjà fort à faire et mon temps libre était réduit à peau de chagrin. Puis je lisais ! Des scripts. Voilà tout. Sur tablette en plus, c’était pratique, je pouvais toucher des commentaires en quelques clics et si le malin me prenait, je modifiais directement le texte pour des répliques qui étaient certaines de virer sous une relecture collective ; j’avertissais mon scribe ensuite et rares étaient ceux qui m’en avaient pas touché de mot. Les artistes sont des gens sensibles. Bouah, le temps qu’on perd si tout devait se décider par collectivité alors que je voyais déjà de mon poste le fin mot de l’histoire. Je pose un mot comme ça, parce que la discussion est un jardin et que j’aime les hautes fleurs :

“C’est marrant, non ? Je me vois comme quelqu’un d’extraverti, donc logiquement, j’aime tout le pataquès de la foule, je la recherche et le cinéma, où je me retrouve parfaitement rassemble des gens à la quantité que j’aime, serrés comme j’aime. Mais ce faisant, je disparais dedans et les regards que je voulais capter ne me trouvent plus. Toi, qui a tout l’air du rat de bibliothèque, tu t’isoles en toi-même, loin des autres, tu veux de la solitude parce que tu rumines mieux seule. Et tout ce que tu provoques, c’est qu’à l’inverse, on te remarque : sur une table de café, les gens à deux et trois disparaissent, les gens seuls comme toi sortent du lot. A te séparer des gens, tu ne fais que te distinguer.” J’étais fier de ma pensée même si je doutais de son intérêt véritable.

On nous servit les entrées et le saké pour commencer. Pour rire, je trinquais à la française, en cognant doucement mon verre contre le sien puis je bus la moitié d’une grande goulée. C’était bon mais le goût du fruit spoliait bien trop l’aigreur de l’alcool. Les femmes, il fallait apprendre à aimer l’amer.

Astrée commençait à poser des questions… Heee, c’est que le chat sort de sa tanière. Je souris quand elle parle, j’ai un beau sourire qu’on me dit - en vrai, tous sont beaux, j’ai remarqué, secret pour séduire quelqu’un. Ça me fait plaisir qu’elle se livre un peu, j’ai l’impression qu’on peut créer un lien à nous, loin des impositions du gouvernement. Est-ce que j’avais déjà travaillé sur un film où le couple s’était dompté ainsi ? Possible, mais ça remontait à loin.

“Mes horaires ? Je travaille beaucoup, beaucoup. Je peux tenter de me libérer pour 17h30, pas après. Je viens de me marier alors ils comprendront.” En vérité, ça me faisait chaud au cœur qu’elle ait déjà un endroit où elle voulait m’adresser son premier rendez-vous. Tout commence à rentrer dans l’ordre.

Je commence à manger en l’écoutant. Elle avait encore des questions, c’était bien : ça voulait dire qu’elle cherchait à relancer la discussion.

“Oula, c’est un bail. Assez rapidement après avoir obtenu mon diplôme. Que j’ai foiré d’ailleurs, argh, je m’en voudrais toujours pour ça. J’ai jamais été doué à l’école.”Je mange une bouchée avant de reprendre. “Mais j’ai quand même trouvé du travail. Dans ce monde-là, le réseau compte plus que les notes. Ça s'entretient avec du social, de l’attention, des coups de fil mais aussi en faisant bien mon travail ; l’un comme l’autre, je me débrouille assez et on m’a filé assez de responsabilités pour ne pas que je m’ennuie. Rapidement d’ailleurs.“Je mange encore. “Mon premier film, c’était “Haruki”, je m’en souviendrais toujours, à l’époque, on m’avait mis assistant d’assistant-réalisateur afin que je me prenne en main, j’étais sous l’aile de Nobu, comme on l’appelait, une dame frigide comme on en trouve qu’au dix-neuvième siècle, grande presque comme moi, fine comme un épouvantail au régime. Elle était sévère, odieuse, maquillée chaque jour comme un camion. Elle se tenait droite comme si elle était allergique au mouvement. Elle travaillait bien, je crois. Elle m’a dégommé plusieurs fois, la vache de conneries que je faisais. Je suis pas trop tourte mais tu sais ce que c’est, quand quelqu’un surjoue son autorité et que tu rentres dans son jeu, tout ce que tu fais se crispe instantanément et t’es cent fois plus con que d’habitude. Je me demandais si j’allais poser ma dem mais à la fin du projet quand le film est parti en boîte de montage, on m’a dit que Nobu m’avait apprécié. La garce, zéro compliment devant, un sourire derrière. J’avais vingt-quatre ans à l’époque ? Puis on m’a donné un premier projet avec un réalisateur qui avait l’habitude du médiocre pro-Incontestable et il était cool, sérieux et il n’y avait pas besoin de vraiment repasser sur ce qu’il faisait donc c’était pépère… ça aussi, ça m’a mis le pied à l’étrier.”

Je parle et ça me donne soif, je termine mon saké et j’en recommande un autre. Du même tonneau pour pas blesser madame, puis c’est pas si mauvais. Je la regarde quand même pendant qu’elle termine son entrée. Quand j’avais dit qu’il y avait du chat chez elle, je me plantais pas : je lui trouvais une retenue féline. Je suis pas un sociologue mais ma grande théorie, c’est que vous pouviez poser les gens dans deux cases : l’un chez les chiens, l’autre chez les chats. Moi je suis chien par exemple : j’ai la grande gueule, je cours vers les gens, je fais du bruit et je suis au centre de la pièce. J’admire un peu le chat, je lui trouve des traits assez athlétiques pour une boiteuse. Mais comme sa cuisse lui fait défaut, je n’ai pas envie d’aborder ce sujet tout de suite. Peut-être qu’assez confiante, elle rentrera elle-même dans le sujet. Mais ce soir, je ne voulais que du positif. En tout cas, j’avais lâché le sport il y avait quelques mois, il faudrait que je reprenne la muscu assez vite.

“Il y a quoi comme livres que tu aimes lire ? Voire même, quoi, que tu me conseillerais ?” Faire un pas dans son royaume, c’était toujours une bonne idée. Les gens s’ouvraient d’eux-mêmes sous la passion ; tout le monde était bavard quand on appuyait sur le bon bouton. “Je passerais te rendre visite si je pourrais me le permettre. Dans ta petite librairie.”
Bunta Nakayama
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Étonnamment, il ne discute pas tes goûts en matière d’alcool et ne cherche pas à t’orienter vers quelque chose qui te – pardon, lui – plairait plus, comme un certain autre le ferait… Tu te mords la lèvre en y penser, sentant un de tes sourcils tressauter, avant de soupirer. Et arquer carrément l’autre sourcil, à la réflexion du serveur, que tu fixes, avant d’observer Bunta, l’interrogeant du regard. Mais il semblerait que monsieur Nakayama connaisse l’homme. Pour autant, tu te sens… agacée ? Depuis quand un garçon de service se permet de faire des commentaires sur ses clients ? Tu souffles, avant que Bunta l’envoie chercher votre commande.

« La familiarité est également au menu, de ce que j’en vois. »

Tu siffles, pour toi-même, en te renfonçant un peu dans ton dossier. C’est-à-dire que… ça regarde qui, au juste ? Et pourquoi devoir obligatoirement le souligner, hein ? Il ne pouvait pas le faire en privé ? Non mais vraiment ! L’éducation des jeunes, de nos jours… Tiens, est-il jeune ? Tu n’y as pas vraiment prêté attention…

Tu inspires profondément, essaie de rattraper le train d’infos en chemin. Makis. Recettes. Changées tous les mois. Gage de qualité ? Tu pinces les lèvres.

« Eh bien. Je suppose qu’il n’y a qu’un seul moyen de le savoir. Par contre, si je suis malade cette nuit ou demain, je vous en tiendrais personnellement responsable, Bunta. »

Tu lâches, mi sérieuse, mi… amusée ? C’est surprenant de ta part. En revanche, la suite… Tu déglutis, à ses mots. C’est pour ça que vous êtes ensembles ? C’est sûr que tu ne connais rien de cette personne. Et peut-être n’as-tu pas vraiment envie de le connaître. On te l’impose, comme ça. Surprise ! Qu’on te dit, limite, en te le collant dans les pattes. Et maintenant, il essaie de trouver des raisons. Mais des raisons, est-ce qu’il y en a vraiment ? C’est pas juste une putain de machine qui a fait ses calculs à la con pour trouver une soi disant compatibilité ? D’ailleurs, ils ont codé ça comment, les dév, si ce n’est avec le cul ?

Oh. Outch. On avait dit des efforts. Essayer. Mais effectivement, tu es un peu sur la défensive. Parce qu’il y a cet homme dans ta vie, qu’on t’a pas laissé le choix d’accepter ou non. Et il y a ses mots. Comme s’il essayait de gratter tes plaies qui tentent de cicatriser. Tu déglutis, avant de prendre ton verre de sake et le fixer, avant de lever les yeux au ciel, à moitié amusée, à moitié agacée, de nouveau.

« Ok, alors je vais commencer par remettre quelque chose au clair de suite : j’apprécie les attentions « à la française », mais je suis à moitié japonaise, et je vis ici depuis … des années, maintenant. Même si mon nom, mon prénom et mon apparence ne le laissent pas penser. Ma mère est… était… Japonaise pure souche. Cela ne va donc pas me choquer, que vous me disiez « kanpai » et agissiez… eh bien. Normalement. Je sais le faire aussi. C’est plutôt sur d’autres points qu’on peut sentir que je suis plus… occidentale. »

Tu lâches, doucement, avant de déglutir et venir boire une gorgée, pour reprendre un peu contenance. Ne pas sortir les griffes. Pas tout de suite.

« C’est amusant, j’ai presque l’impression d’entendre mes psys. Mais comme s’ils étaient accoudés au comptoir d’un bar. »

Tu réponds, à ses propos sur le fait qu’il devienne invisible en cherchant à attirer le regard et toi, que tu brilles quand tu cherches à t’effacer. Il parle de ruminer. C’est ça qui t’a froissé. Et … te mets sur la défensive.

« Je me permets donc de corriger… pas ruminer. Me protéger. »

Tu susurres, avant de boire une nouvelle gorgée et changer de sujet. Dire que tu n’es pas très film. Tout ça. Lui poser des questions, à son tour. Détourner l’attention de toi, la reporter sur lui. Mais lui, visiblement, ne veut pas te lâcher. Mais d’abord, tu notes psychologiquement ses horaires. Puis il te questionne sur tes lectures.

« Je lis un peu de tout. Que ce soit en français ou en japonais, je n’ai pas trop de préférence. Je lis autant des comédies romantiques que des polars. Des thrillers ou des œuvres de sci-fi. Du plus ancien comme du plus récent. J’aime bien Donato Carrisi. Un autour dont les plus gros titres sont surtout sortis entre 2009 et… 2020 je crois ? Ça a un siècle, c’est pas tout jeune, mais ça marche bien, niveau frisson. Enquêtes et suspens. Angoisse. Ambiance. J’aime beaucoup. Sinon, j’apprécie les dystopies. Même si je … n’en lis plus beaucoup, depuis que je vis ici, au Japon. Cela me rappelle, parfois, un peu trop le quotidien. »

Tu ris, sans rire. Ce n’est pas d’amusement. Plutôt de nervosité. Tu balances des trucs aussi gros à un type qui bosse pour ce système, indirectement. Parce que tu n’es pas sûre que ce soit l’état qui paie pour les productions sur lesquelles il travaille ? Tu ne sais pas. Tu ne sais plus. Il te l’a dit ? Si c’était subventionner ? Enfin. Au pire, quoi ? Il te fera les gros yeux, te dira « ohlala, attention, c’est pas bien ! » et quoi d’autre ? Tu hausses les épaules, doucement.

« Avez-vous voyagé, Bunta ? Je veux dire, pas des voyages d’affaires. De vous-même. Pour le loisir, le plaisir ? »

Savoir un peu combien il peut être ouvert d’esprit ou non. Souvent, ça en dit beaucoup sur les gens, cette simple question.
Astrée Nakayama
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02/05/2022

La poupée se détend ; question d’épaules, question d’expressions, je le sens légèrement. Y a des chats qui se domptent pas en un jour mais à qui sait lire les moustaches voit la progression. C’est peut-être qu’un fantasme qui complotiste ne voit que les interprétations d’indice pour conforter son monde enfin, il me manquerait l’odeur et je saurais écrire un livre sur les gens que je croise - c’est ce que j’aime croire en tout cas. Je la laisse répondre pour marquer son terrain, elle y pose les balises à pas dépasser, et moi pas farouche pour laisser la demoiselle prendre un peu le contrôle de sa nouvelle vie, je prends une bouchée pour chaque mot que je tais. Pas que j’ai grand-chose à répondre de toute manière mais je lui montre que quand je pose un point à une réflexion, c’est que je veux pas m’y perdre plus de temps. Chacun son verre d’eau.

Après, moi, inexpressif, je suis pas de marbre, je réagis bien, comme le paternel hoche la tête pour pousser son gamin à continuer la leçon. Je rigole souvent, un petit rire qui en quelques syllabes, déploie sa sincérité, je surligne les traits d’esprit d’Astrée. Pas mal de personnalités réagissent bien quand vous rentrez dans leur délire ; je ne vais jusqu’à lui lécher le cul mais je joue l’écoute. Je l’écoute de toute manière, je suis encore bien concentré. Le poids des semaines et des mois me mettra peut-être la pression pour rester attentif ensuite, j’en connaissais un brin, mais en attendant, ça reste une soirée importante pour moi. Je peux même m’excuser modérement quand elle me dit de la traiter comme une Japonaise ; elle dit tout haut ce qu’elle pense. Pas très japonais mais je gardais le commentaire moqueur mais léger pour moi. Comme si j’allais dire non à un peu de caractère.

“C’est noté.” dis-je en observant son visage aux traits de poupée. Presque une admiration. Mais peut-être que je me calme un peu quand je rentre dans les psychologies et les conneries. A la base, c’était juste pour discuter. La jambe devait pas trop ressentir la douleur mais entendez peut-être que l’âme à la place, s’était faite plus fragile pour compenser. Je prends sur moi, j’ai encore des sacs de patience que je pense, ce soir, inépuisables, et franchement, je fais front honorable d’un petit rire sur le commentaire des psys au comptoir : “Je vais pas chercher loin.”

Je comprends pas jusqu’où j’avais pu être blessant ; intrusif surtout. Pas ce soir, pas avec mes faibles connaissances de la miss, autant dire que je partais mieux à parler avec une ombre de personnalité. Là, maintenant, je partais plus du principe que c’était ma bêtise qui l’avait piqué, ma sagesse qui comme toute chose trop vaillante mais fine, pouvait quand même piquer.

Le saké commence à grimper à la tête et j’ai les tempes qui se serrent, et pour avoir le plaisir de la quantité, je commandais une bière pour attaquer avec le gros du repas. J’écoute en tout cas ses livres, sa passion, elle me raconte un peu. Disons que je connais rien, que je lis qu’à peine, que les romans avaient depuis longtemps laissé place aux bouquins de cinéma et que la lecture ludique était devenue une sorte de pollution qui me prenait mon temps quand je devais pendant mes études, apprendre cent choses. Les pages, les tablettes, les programmes, ça touchait pile dans ma passion et à la fin, je reposais un bouquin avec un serment d’analyse qui me prenait des jours à digérer. Et maintenant, dans cette vie d’adulte, j’avais bossé et bossé tant et si bien que seuls mes loisirs les plus chers avaient été conservés. Cad, le sport, un peu.

Cependant, plutôt que rebondir sur ce qu’elle me disait, elle tourna le sujet vers la dystopie que nous vivrions. Ah là, que dire, impossible de passer ; puis, il fallait bien que la discussion se fasse. J’attendis qu’elle termine pour intervenir.

“Et c’est ici qu’on retrouve tes traits à l’occidentale.” osais-je dans un sourire pour cacher ce que je ne pourrais plus cacher par la taille de la tirade que je m’apprêtais à sortir ; je parlais lentement pour qu’elle intervienne quand elle le voulait, je ne voulais pas monopoliser la conversation. Je parle comme un daron. “Tu sais, moi l’Occident, ce regard de moralité sur ce qui est dystopique ou pas, ça me frise les sourcils ou ça me passe au-dessus de la tronche, c’est l’un ou l’autre, je sais pas, c’est à choisir. Vous avez depuis je ne sais quand, la Renaissance peut-être, une envie terrible de poser les bons points et mauvais points. Ce qui ne vous plaît pas, que vous avez en horreur ou ne comprenez pas, vous vous donnez vie ou mort sur les civilisations et jugez affreusement. S’en suit alors colonisation, conquête, jugement, expo, racisme et génocide. C’est le petit délire de chaque pays mais les Occidentaux ont un train d’avance et c’est ce regard de morale qui en est la raison. Je te dis ça après, t’es pas complètement concernée certainement, mais je te dis comme je pense.” Je sirote ma bière avant de continuer. “Même vos interventions militaires après la période de la décolonisation ont été marquées par votre regard de bienpensance absolue. Des militaires français intervenaient en Afrique je ne sais plus quand et ne promettaient aux peuples africains que de les débarrasser des terroristes s’ils respectaient des conditions sanitaires comme, utiliser des préservatifs pour éviter que des gosses pullulent et qu’ils ne savent plus gérer la population. La gueule du chef de guerre quand on leur dit ça, faut imaginer. Des gens, qui ne connaissent rien à ta culture, à ta façon de fonctionner, qui débarquent pour te jeter des préservatifs à la gueule pour que tu acceptes de les sauver. C’est une condescendance abyssale. Et je te parle même pas des Américains !” Roh les Américains, quelle bande… Mais je mange un bout avant de reprendre. “C’est pareil pour l’Incontestable. Je ne sais pas à quel point il faut se rendre compte de l’urgence que c’était à l’époque. Un manque de démographie, c’est un pays qui meurt. Ce n’est pas qu’une question d’individus, je ne parle pas de mort poétique comme je parle de pandas. A l’échelle économique, comme tout est basé sur la croissance, s’il y a moins d’individus, alors les entreprises s’effondrent puis une décennie plus tard, tout le système financier suit ; le nombre de gens qui auraient été jetés dans la misère dépasse toutes les prévisions possibles. Pis encore, la culture du Japon, c’est riche quand même, on vit depuis un brin, y a de la philosophie, le shintoïsme puis le bouddhisme qui arrive du continent, on a une longue histoire de guerres. Mais si notre culture se fait faiblissante, si moins de gens la portent parce qu’elle se fait moins sentir dans les coeurs, si en plus les jeunes gens s’en vont parce qu’ils n’ont aucune perspective d’avenir, en moins de deux siècles et j’exagère pas, le Japon et ses cultures n’auraient été étudiées que par les archéologues et les quelques résidents de l’île. Puis les gens, fallait voir leur tête à l’époque, leur incapacité ; ça fait sourire maintenant, d’imaginer des gens qui ne savent plus baiser à cause des technologies, ça fait sourire les étrangers qui n’imaginent pas à quel point le Japon a été innovateur aux nouvelles technologies et à quel point leur état d’esprit les a rendus sensibles : odes aux vieux, anti-féminisme, carriériste au possible, etc. Toutes ces conséquences économiques, c’est acceptable ? La disparition d’un pays, c’est acceptable ? Peut-être d’un point de vue d’imbécile libéral qui croit que le mérite fait prospérer le fort et effacer le faible, et qu’est-ce que c’est ethnocentré de croire ça ! Nous avions des soucis et une solution, on a appliqué la solution et déjà en trois générations à peine les effets positifs se refont sentir. Regarde-moi ! Je parle fort, je m’impose, je suis à l’aise, je suis un de ces Japonais nouvelle génération qui font qu’un jour, on n’aura plus besoin de l’Incontestable. La machine disparaîtra mais en attendant, c’est efficace. Et c’est pas le regard moral de ces Occidentaux, leur condescendance envers une solution politique qu’ils jugent bête, alors que eux, les premiers, font dans les mollassons, les compromis entre les puissants et l’éclatement de la classe moyenne, encore et toujours. Nous avions des soucis structurels, nous nous sommes remontés les manches et avons accepté parmi le plus grand des sacrifices. Et ça fonctionne. Que les Occidentaux s’occupent de ce qu’il se passe dans leurs frontières, nous, nous faisons de même !” Et je termine à boire même si manifestement, j’avais déjà dépassé ma limite. Je pose mon verre bruyamment et je conclus pour elle : “Enfin, encore une fois, j’ai l’air de t’accuser de tous les maux, t’y es pour rien. C’est juste que c’est un discours que j’ai souvent entendu, ça me coure. Ils n’étaient pas là, au pays, il y a plus d’un siècle, ils n’ont que leur rictus qu’ils prennent pour de l’intelligence. C’est par amour pour notre pays qu’on s’est battus pour lui. Qu’on dénigre notre amour et les combats de mes grands-parents par des godelureaux aux poignets mous, ça me défrise. Le Japon survivra, certainement pas grâce à ces connards qui du haut de l’Europe et de leurs hauts principes ne voient plus leurs propres défauts ; non, le Japon survivra grâce aux Japonais ! Et n’importe quel pays qui chercherait à en faire de même de son côté, trouver une solution radicale pour sauver son peuple, son histoire, sa culture, de l’effacement, aura au moins mon respect, sinon l’ignorance à la limite, mais jamais mon mépris."

Je lui raconte ensuite que oui, pour le coup, j’avais déjà voyagé vu que mon statut de célibataire me permettait de quitter le pays facilement. J’avais été notamment en Thaïlande, au Kazakhstan (difficile pour celui-là), en Birmanie et en Espagne même ! Bien sûr, Malte. Je m’épanche pas trop maintenant que j’avais assez accaparé la discussion mais je laisse comprendre que j’en parlerais peut-être plus tard quand j’en viendrais à parler de mes tournages ; en tout cas, je laisse comprendre pleinement que j’avais adoré mon expérience. Le Japon était mon pays d’amour et je l’aimerais du début à la fin mais c’était plaisant d’aller trouver de nouvelles expériences. D’ailleurs, sans cela, comment apprécier son pays, enfin ? Aimer, facile, mais apprécier demandait des points de comparaison.
Bunta Nakayama
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C’est peut-être ton côté parisienne qui ressort, alors que Bunta te sort sa longue tirade. Longue. Très longue. Trop longue. Tu sens tes ongles s’enfoncer dans ta cuisse. Tes dents, elles, mordent ta lippe inférieure. Tu te sens comme si tu gagnais en pression. Comme un ballon de baudruche qu’on rempli d’air, encore et encore. Sur le point d’imploser. Tu inspires, profondément. Essaie de garder ton calme. Veux garder ton calme. Tu n’aimes pas, quand tu perds pieds. Tu n’aimes pas avoir le sentiment d’être acculée. Et là, avec sa tirade, c’est clairement ce qu’il te fait ressentir. Comme s’il te poussait, te forçait à reculer, pour te coincer contre un mur, dans un coin. Sans échappatoire.

Tu te recroqueville sur toi-même. Déglutis péniblement. Tu ne veux pas montrer les crocs ou les griffes. Et pourtant… tu sens que…

« Ma mère était autant japonaise que tes parents… »

Tu finis par susurrer, froidement.

« Et me prends pas à partie personnellement comme si j’y étais pour quoi que ce soit dans la chute démographique du Japon. Peut-être qu’on fout notre nez là où il faudrait pas. Mais p’t’être que certains en seraient pas là où ils en sont si leur gouvernement les y avait pas poussé. Ou la pression sociale. Un tout qui a causé cette situation. »

Tu rajoutes, sans le regarder. Tu ne veux clairement pas le regarder. Parce que ses mots t’ont brusqué. Tu l’as sûrement cherchée, c’est fort probable. Tu n’aurais peut-être pas dû l’ouvrir de la sorte, en ne sachant trop à qui tu avais affaire. Mais tu notes de ne plus aborder le sujet. Aussi viens-tu vider ton verre, d’une traite.

Le peu de ta coquille qui s’était ouvert, vient littéralement de se refermer, et ce, à triple tours.

« Ah. J’avais oublié que j’étais prise demain soir. Je viens de m’en rappeler. Oubliez pour le rendez-vous. »

Mensonge éhonté. Mais chat échaudé craint l’eau froide. Et toi, tu te traines tellement de valises pesantes que clairement… après cet épisode, qui ne semble pas l’avoir marqué lui, mais qui toi, rouvres tes plaies, tu n’as pas envie d’essayer de sitôt. Oui, c’est un manque de volonté, oui.

Tu ne l’écoute plus, donc, quand il te répond qu’il a voyagé. Tu as même déjà oublié que tu avais posé cette question, te concentrant plus sur ton verre que sur lui. Tu ferais, tout de même, mieux d’éviter de boire autant. Avec les médicaments, c’est déconseillé. Et en même temps… tu te dis que ce serait une libération pour tout le monde, si tu devais enfin… Non. Putain ! Tu avais réussis à retrouver un semblant de vie normale, de stabilité psychologique. Et il te faut un coup derrière la nuque pour te remettre à broyer du noir. Cela ne te plaît pas. Pas du tout.

Il est hors de question que ce type ruine tous tes progrès. Tous tes efforts.

Oui. C’est peut-être une part de mauvaise foi. Mais quand vous êtes en bas, ce n’est pas volontairement que vous blâmez les autres. Vous avez déjà bien trop dans votre assiette, vous avez besoin de vous dédouaner un peu, vous alléger. C’est ce qu’il se passe pour toi. Tu viens te ronger l’ongle du pouce, nerveusement, avant d’inspirer profondément.

« Dépêchons nous de manger et de rentrer. »

Tu conclues, un peu sèchement.

Tu as besoin de temps. Du temps, encore du temps, rien qu’un instant.
Astrée Nakayama
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Quel mauvais cadre qui chahutait partout, renversait les sauces et aux discussions volantes avec cette odeur de nem, jaune-orange qui remplit les nasaux, pour qu’Astrée commence à sortir ses piques et ses lames à mon égard. Ah, trois paragraphes et me voilà assiégé par une colère sourde, qui remplaçait dans ses yeux l’absence d’empathie, un triste spectacle qui une fois qu’il eut le temps d’une réplique de ma part juste avant une bouchée, m’entendit déclamer, le regard vide (imaginez l’Astrée avec des bajoues de boxeur) :

“Une émotion, au moins.”

C’était peut-être plus subtil que ce dont j’étais capable quand on me rentrait dedans à la provocation ; n’essayez rien, restez chez vous, je beugle et cogne assez vite. Mais la raillerie fut donc le premier de mes réflexes, comme si je sentais le besoin de me caler sur ma femme pour montrer une bonne foi que je ne voudrais pas respecter : je n’irais pas plus haut que toi. Et j’étais encore composé de ce masque de retenue à la con qui baillonnait mon extraversion débordante…

Mais la guerre est déclarée néanmoins, il suffit de mots pour le dire, pas d’un ton ou d’une mauvaise note. On pouvait partir sur le champ de bataille avec le sourire, la clope au bec ou en train de chialer, guerre il y aurait quand même. Mais après la déclaration, il fallait bien la première salve d’artillerie et voilà à quoi ressembla la mienne :

“A ce que je sache, je mange pas avec ta mère.”

Je n’irais pas plus loin pour ce soir et pour cause, Astrée m’infligea un camouflet qui en privé, aurait été rendu d’un revers de la main d’une violence laissée au hasard : elle annulait tout simplement mon idée pour apprendre à se connaître, prétextant à peine. Dans mon corps se souleva un monstre, hors de l’eau, qui sobre déjà semblait bien grand et dont les yeux crachaient des flammes et des crocs. Des phrases d’insulte me retournaient les estomacs et c’était un miracle que je puisse encore, les cordons bouchés d’horreur avaler quoique ce soit - je ne m’étendais pas ici pour éviter le cancel mais sachez que “salope” est la base du plat et de loin le plus neutre et fade parmi tout le reste des ingrédients.

La blonde piquait droit dans ma vanité, je ne savais pas si c’était calculé ou non mais elle touchait si vite à mes points sensibles qu’on aurait pu la traiter de sorcière. Je venais à peine de la rencontrer donc j’attribuais au hasard l’efficacité de sa parade et le bénéfice du doute fit un excellent avocat qui m’empêcha de la traduire moins sereinement à une peine terrible d’une haine qui serait pour les prochaines semaines, infranchissable. Mais je venais d’être touché, j’avais été mouché même et mon égo hurlait à la vengeance. Je mastiquais mes plats plus violemment pour m’y calmer.

“Addition.” Voilà enfin qui lui ferait plaisir mais je ne disais plus rien. Si elle ne pouvait pas supporter mes tirades, qu’elle tâte de mon silence.

Le rouge alcool me prenait le cerveau entre ses griffes mais encore une fois, Astrée par chance, n’avait pas à en être inquiétée : c’est imbibé que les mauvaises idées pénètrent l’esprit et j’avais pris mes décisions assez sobre si bien que même la tête amochée, je n’irais pas à doubler la mise. J’allais être calme et rester au calme mais mon silence prenait trois fois plus de place que moi je n’en prenais et Astrée peut-être, s’y sentirait compressée.

On s’en alla et je payais le tout : des pratiques dandy venaient du plus profond d’un homme et n’avaient rien d’une politesse qu’Astrée pouvait me retirer par sa méchante humeur. On s’enfuit enfin du restaurant mais ma colère et peut-être la sienne ne tarissaient point. Alors on marchait, moi d’un pas vite qui sous ce cagnard que la soirée rendait épaisse plutôt qu’elle ne l’éteignait, me transforma en boulet de canon rageur suintant le rhum et la sueur. Voilà, on se livre, on est doux et tendre, quelle récompense de merde ! J’avise une ruelle proche de nous et l’envie soudaine de prendre Astrée par le bras, de l’y coller puis de l’engueuler fut si intense qu’elle déchira mon visage d’un rictus abominable.

Mais je fermais les yeux pour me concentrer sur ma route et en cinq minutes, nous tournions les clefs de la porte de notre appartement. Peut-être que demain j’irai mieux, j’aurais renouvelé la patience et je trouverai des angles nouveaux à l’histoire qui me feront la pardonner plus vite que le temps simplement. Mais à ce moment quand je pénètre dans l’entrée et que je fais le point sur la soirée, j’ai envie de lui hurler dessus. Pour le moment, je reste dans le froid, je me tais complètement et ne grogne même pas. Elle sait assez qu’elle a cassé le mood, pas besoin de rajouter des mots inutiles pour en parler. On se cherche encore, allez, voilà l’excuse. C’est ce que je dirais demain si demain on doit parler, on se cherchait, la route est longue ; imaginer ceci me détend un peu.

Imaginer dormir par contre me rend déjà plus nerveux mais au moins, j’avais une bonne excuse pour rester silencieux dans ma parcelle de lit. Je pouvais me reposer tranquille, je n’allais pas tarder de toute manière, le temps filait et mon travail m’attendait demain - à moi toutes les heures supplémentaires ! Je vous prends, je vous chéris, épargnez-moi le cocon conjugal.

Le plus bizarre certainement fut le baiser imposé. Gardant mon silence, je pris tout de même l’initiative et cela dû faire bien peur (un met dont je pourrais me régaler). Mon intention quand on croisa dans le couloir de l’appartement, elle le saisit très bien : certainement en tout cas, ce genre de trucs, ça se lit sans pression dans la démarche. Je l’embrasse et la pousse en même temps contre le mur et quand elle y est à dos, emporté par mon élan, je dois me retenir et mes deux bras frappent l’édifice, Astrée coincée entre les deux. Mes lèvres étaient plissées contre les siennes dans un geste d’agression. La scène a duré deux secondes à peine et je me détache comme un missile qui se serait trompé de destination.

Je m’endors et grommelle : pas une seule fois ne serait venue l’idée de s’excuser ou d’empathir. Je m’endors, sans honte mais sans fierté. La nuit fut lourde et je pestai avant de m’endormir.
Bunta Nakayama
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Cette réflexion sur ta mère t’a sortie de tes gonds. Et la suite, on la connait. Tes mots, ils ont été prononcés. Tu reviens sur ta proposition pour le lendemain, sans vraiment chercher à prétexter, tu l’envoies paître sans trop t’en cacher, ni même t’en préoccuper. Tu t’es juste sentie… attaquée, personnellement. Et tel un animal qui se retrouve coincé contre un mur, tu montres les crocs.

Tu n’as, cependant, à aucun moment, idée de combien tu peux taper juste, chez Bunta, dans ta réaction. Tout ce que tu sais, c’est que dans ta réaction d’auto-défense, tu le rejettes tout entier, corps et âme. Et que la situation toute entière fait monter la pression. Que tu sens poindre la crise d’angoisse. Tu essaies de respirer, avant de chercher ton sac pour attraper une plaquette de pilules… qui est vide. Tu n’as pas d’anti anxio avec toi. En désespoir de cause, c’est à ton verre, que tu te raccroches, pour le vider d’une traite, tandis que finalement, monsieur ne lâche une ultime réponse.

« Addition. »

Un mot. Un ordre. Simple. Efficace. Il cingle. Gifle. Retentit. Te gèle jusqu’aux os. Tu attrapes tes affaires, un peu précipitamment, pour pouvoir te lever. Mais l’agencement des lieux ne te facilite pas le passage. Tu galères à sortir, y parvient tant bien que mal – mais plus mal que bien. Tu n’oses même plus le regarder. Le fuis, quelque peu. T’engouffre vers la sortie, pour te sortir une cigarette. Pas d’anti anxio, mais du tabac. Ça pue, mais ça calme. Et s’il essaie de dire quoi que ce soit…

Non. Tu as épuisé toutes tes forces. S’il dit quoi que ce soit, tu vas trembler, telle une feuille qui ne tient qu’à un fil sur sa branche.

Par chance, il ne cherche pas à parler. Peut-être rumine-t-il. Au fond, est-ce que tu en as quelque chose à faire ? En vérité… tu aimerais pouvoir prétendre que non. Mais tout au fond, vraiment tout au fond… oui. Il marche, assez rapidement. Toi, tu traines la patte. Difficilement de faire mieux. Loin de te douter comme ça remue, derrière sa caboche. Toi, tu te sens vide. Et tu n’aimes pas ça. Tu sais que t’as pas forcément bien réagit. Que t’as fait preuve de mauvaise foi. Et en même temps, tu refuses de l’admettre. C’est tellement plus simple, que ce soit de sa faute plutôt que de la tienne.

Enfin, vous voilà rentrés. Tu abandonnes ta canne dans l’entrée, te disant que tu ne risques rien. Et c’est le cas, au début, tandis que tu retires ta veste pour l’accrocher, que tu poses ton sac également. Que tu commences à vaquer à tes occupations. Jusqu’à ce que tu le croises dans le couloir. Là, d’un coup, il te fait peur. Là, d’un coup, il te fait mal. Tu te crispes, quand ton dos rencontre le mur, sans délicatesse. Tu ramènes ton cou dans tes épaules, remonte les mains, en geste de défense. Et puis, ses lèvres se plaquent aux siennes. C’est froid. C’est violent.

Tu as l’impression que c’est une déclaration de guerre. Ou alors, elle a déjà été déclarée ? Est-ce que tu as foiré à ce point ? Mais tu restes immobile, alors que lui s’en va se coucher. Tu finis par filer, rapidement, dans la chambre à sa suite pour prendre des affaires de rechange et sortir de là, rapidement. Tu les poses dans le salon, puis va récupérer ta veste et ton sac, pour sortir de l’appartement, en laissant la porte claquer.

Tu as besoin d’air. Tu veux t’éloigner de lui. Tu veux fuir la situation. Tu voudrais que tout cela ne soit qu’un rêve, te réveiller. Dans la précipitation, tu n’as pris ni médicament, ni canne. Alors, tu sais que tu ne pourras guère aller très loin. Tu te laisses guider par les lumières, pour finalement trouver un petit coin, dans un recoin, assez intimiste. Une chaise où tu poser, un comptoir auquel t’accouder. Un barman pour te servir. Tu enchaines les verres. Tu perds la notion du temps.

Le réveil va être dur, demain. Mais pas le choix.

Tu ne sais plus quand tu rentres, ni comment. Tu sais juste que tu termines à moitié habillée sur le rebord du lit. C’est un miracle que tu ne finisses pas par terre. Et lorsque ton réveil sonne, trop rapidement après t’être couchée, tu fuis les lieux assez rapidement. Passage par la case salle de bains, puis départ sans passer par la case cafetière. Un simple verre d’eau, tes cachets avalés à la va vite, puis tu t’en va passer d’abord au konbini, acheter un truc contre la gueule de bois. Ensuite, en route pour la librairie, en passant par ce petit café que tu aimes tant, pour prendre une consommation à emporter.

La journée va être dure. Très dure. Et puis… tu ne vas pas pouvoir fuir indéfiniment, ça, c’est un fait…
Astrée Nakayama
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Le réveil me gifle, j’ai les cernes rondes, l’aube violette les cieux sans charme. Je vire les draps, j’avance dans le couloir d’un pas décidé les résolutions cimentées aux chevilles en laissant Astrée et la forteresse qu’était son coin. Je lance la machine à café, les œufs à cuire, je prépare les haltères. Ca faisait deux jours entiers après le restaurant qu’elle et moi ne nous parlions plus. Toute ma situation, j’allais la faire passer après moi.

  Je sors le tapis, les haltères, les pinces, les rubans, j’enlève mes vêtements jusqu’au caleçon, il est cinq heures du mat dans ces eaux-là, je sors mon portable, mon application, ma musique et dégommé, après un café, j’enchaîne l’échauffement de la nuque, des bras, je fais les dips sur le canapé, le moutain climbers au sol, la chaise contre le mur, les abdos du haut et du bas au tapis, le développé-couché sur le banc, les pompes pieds sur le canapé, les pinces pour les poignets debout, l’omelette et les protéines à table, le café quelque part tout le temps, les squats entre le ruban serré, hip-trust sur les épaules, les épaules contre le punching-ball, puis la corde à sauter et les burpees dans le garage.

  Entre la maison et le travail, j’ai compté huit kilomètres. Mon sac comporte mon ordi, mon déjeuner, mon portable, mes vêtements de bureau, mon déodorant, mon goûter. Je me mets à courir. Je retrouve le vent de la nuit contre la face, le paysage qui se tord pendant que mes baskets battent le béton, je ressens la vitesse, la force, la claque que les muscles prennent le matin alors que le soleil peine à se tirer hors de l’horizon. Mes poumons se gonflent, ma respiration bat en rythme, les passants se multiplient à mesure que je rejoins des artères plus denses. Je prends un shot d’adrénaline dans les veines, la liberté me pousse, c’est les paysages qui s’inclinent devan…

“Je peux payer en carte ?”

  Le chauffeur du bus dodeline de la tête et je pose en haletant mon portefeuille sur la machine. Je vais m’asseoir, vaincu par la fatigue, alors que tous les passagers voyant un sportif parmi eux, me jugent et me dédient. Trop ambitieux la course, je pèse le cul d’un cheval.

  Je reprends ma vie en main, pensais-je, le visage serré à touiller mon café dans les grands couloirs du studio. Je reprends sérieusement le sport, je me lance au travail comme une flèche de sagittaire inarrêtable, je reprends la mine, la forme puis Astrée, je m’occupe d’elle. Je trouve une solution pour que ça marche. Mes idées pour relancer une mécanique encore neuve et déjà défectueuse n’existent tout simplement pas ; mais la volonté de vouloir reprendre la relation est motivante.

  Dans les toilettes, je me suis débarbouillé de ma sueur avec une serviette fraîche, j’ai repris un petit-déjeuner pour récompenser les muscles, j’ai appliqué largement le déo sous les aisselles et je me suis habillé ; j’étais en avance sur la plupart de l’équipe.

  Je marche au milieu du couloir avec ma largeur d’épaules parce que je maîtrise tout, les autres se décalent légèrement ; on me fait signe en une phrase croisée qu’il ne manque plus qu’un acteur avant la répétition dans la salle de réunion - non, ça ne serait pas une italienne, pourquoi ? pour perdre encore plus de temps ? - les nouveaux tissus sont arrivés, il faudra valider les couleurs entre le réalisateur qui s’employait absolument, trop jeune encore, à apposer un peu de mise-en-scène particulière, avec la chef costumière et si possible, trouver assez de gens dévoyés pour une large scène d’intérieur histoire que le chef op puisse tester des essais lumière.

  Je jette mon café, je sors une tige, je l’allume, je me la grille ; le rythme de travail est épouvantable. Un film, c’est un train lancé avec deux-cent cinquante conducteurs, harnachés les uns aux autres par une division du travail complexe. Mon job à moi, c’est de tester le solidité de tous les liens et d’en rendre compte à qui ça pourrait déranger, le réalisateur en personne. Ueki Musada, trop jeune, je trouve, trop enchanté par des possibilités qu’il souhaite plus qu’il ne devine ; tenez, le godelureau croit que je suis son allié. J’enchaîne sur ce projet les mauvais alliés. Dans moins d’une heure, je promets qu’il me cassera les bonbons. En attendant, c’est un autre énergumène qui me colle, Sora. C’est un bon collaborateur, il gère notamment les comédiens, mais quand il vous parle, vous priez qu’une montagne vous écrase.

“T’as l’air dégommé Bunta.” Ma bouche se pince fermement à gauche pour laisser échapper un râle sans faire tomber ma clope. “C’est le mariage ?”
“Perspicace.”
“Les débuts sont difficiles ?”
“C’est une conne sans patience.”
Sora explosait de rire et je lâchais moi aussi mon propre rictus : aussi bête était-il, il comprenait que je m’étais décrit tout autant qu’elle.
“On dirait que tu te décris !” plaisanta-t-il et mon estime descendit d’un étage. Voilà qui était Sora, le Stabyloteur : il surlignait tout sans se rendre compte de l’inutilité de sa prise de parole. Il m’avait avoué qu’il était incapable de s’arrêter, il était obligé d’expliciter tout. Drôle de créature. La créature : “Moi aussi, mon mariage, quelles semaines j’avais passées ! Ça me flinguait la santé.”
“M’en parle pas.” C’était à moitié une politesse. L’autre moitié, un brin de sincérité.
“Quel mariage que j’ai eu ! Maintenant, Miko est calme et on a tracé les frontières, mais grâce à qui ? Grâce à moi !”
Alors qu’on dépassait trois maquilleuses en tournant, je lui jetais un regard de biais : penser que Sora ait pu faire quoique ce soit de malin pour améliorer l’image de son couple, ça demandait un sacré effort d’imagination. Inviter Astrée dans plusieurs endroits différents, c’était déjà faire preuve d’une plus grande sagesse qu’il ne fera jamais.
“Je t’écoute, je vais rester ouvert.” Je tire sur ma cigarette, la salle de réunion n’était plus trop loin mais il y avait déjà du monde qui tournait dans les couloirs.
“On travaille beaucoup sur des productions romantiques ? Est-ce que tu te souviens du “Le rouge de Milan ?” La scène quand les deux amoureux se rencontrent, là, sur cette colline et qu’il y a la ville en contrebas puis les étoiles par-dessus ? Ça se passait en Italie, tu sais.”
“Oui, Milan, je situe sur la carte.”
Et je situe très bien comme j’étais là, que la colline sur laquelle on avait trouvé se prénommait Nosuke et qu’elle était à cent kilomètres de Tokyo.
“J’ai amené Miko trois mois après notre mariage à Milan, je lui avais promis. Puis j’ai retrouvé cette colline, enfin, à peu près, j’ai eu du mal à trouver le lieu. Bon, les étoiles étaient cachées et la ville puait mais on était là, à vingt-trois heures du soir, on était couchés, j’avais ramené des tapis pour être posés. Et là, je lui sors la réplique du film, que le jeune sort à sa donzelle : “Pour le moment, on est bien.” Avec le ton du sage.”
“Ok.”
J’attendais la suite de son histoire sans impatience. Nous nous étions arrêtés devant la porte du studio.
“Voilà.”
“Voilà ?”
“Et voilà.”
“Donc…”
j’agite ma cigarette allumée, “votre couple s’est réparé automatiquement ?”
“Et bien depuis, je te jure qu’elle me regarde autrement.”
Hm. J’aimerais bien la rencontrer cette Miko. J’imaginais que moi, dans ses yeux, j’y trouverais une lassitude qui se sent oubliée des dieux. “Inspire-toi des films qu’on monte. Il y a du mielleux mais des pépites. Genre, des pépites de miel.”
“Je rentre. Abruti.”
Je me laissais le droit d’insulter une fois Sora par jour. Il le prenait bien ; d’ailleurs, là, il tourna les talons en rigolant, il devait croire que je surjouais notre amitié.

  Une demi-heure plus tard, il y avait les cinq acteurs principaux du film et on allait couvrir pour l’après-midi la première moitié du métrage. Je dis bonjour à l’assemblée en levant ma cigarette. On pouvait lancer la séance.

__

Scène 54 :
CHIAKI, neutre, assise en-face de son piano : Je vous voulais plus grand.
[Léger silence]
EIZO, grave mais professionnel : Je suis désolé.
CHIAKI, rectifiant tranquillement : Pas plus grand en taille.
EIZO, agacé : Que cherchez-vous ?
CHIAKI, diatribe posée qui ne veut pas être interrompue : Vous savez peut-être, vous, que quand on promet un mari à une femme, c’est comme si on lui donnait une nouvelle vie. On s’imagine alors que c’est un ange qui viendra, pas un homme. Une catastrophe de bonheur, un bouleversement fécond. Quelque chose comme un séisme, un raz-de-marée.

Je trace une légère note sur le script, je ne voulais pas de mention de séisme ou raz-de-marée alors j’ai tout barré et j’ai même posé un point d’interrogation derrière le mot “catastrophe”. Beaucoup trop tôt. L’écrivaine Mitsu, en-face diagonale à l’autre bout de la longue table, me dévisage d’un air pincé. Je déteste les scénaristes parce qu’ils portent en eux un égo qui ferait flancher Atlas. Savoir écrire des histoires faisait de vous un être supérieur et Mitsu est du genre à se baptiser elle-même. Heureusement, sa personnalité se tortillait plus dans sa caverne qu’en cherchant la confrontation : une critique un peu costaude et elle tire la langue mais se replie dans son monde, où la perfection de son talent est encore intacte des réécritures grossières.

EIZO, interdit : Je vous croyais moins naïve. Les romantiques souffrent quand ils se rendent compte qu’une porte est une porte.
CHIAKI, effleurant quelques notes de piano pour composer une mélodie sur laquelle elle chante : But I’d rather be, shattered than hollow…

  Nouvelle notification à moi-même : que Sora puisse donner des cours d’anglais à Chiaki pour éviter qu’elle ne bouleverse de terreur tout le monde anglophone.

MITSU, qui me fait chier comme d’habitude : C’est une chanson…
BUNTA, qui sait très bien que c’est une chanson : Je sais très bien. Je note autre chose.
UEKI, d’un geste de la main aux acteurs de la scène : Continuez.
CHIAKI : Ce que ça veut dire, c’est qu’il vaut mieux être brisé que vide.

  Nouvelle note : vérifier que cette périphrase n’est pas paresseuse. Le futur me donnera raison : c’était la strophe d’avant. Il faudra changer.

CHIAKI, concluant de sa voix douce : Mieux vaut être une romantique déçue qu’un vautour monotone.
EIZO, agacé : Je suis la vautour monotone. Il pose sa main sur le piano et change de sujet : Depuis combien de temps jouez-vous ?
CHIAKI, neutre à nouveau, comme renfermée : Depuis que j’ai six ans.
EIZO, hésitant à continuer sur ce chemin : Cela vous plaît ?
CHIAKI, soufflant : Oui, toujours.
EIZO, se lançant : En tout cas, vous jouez très bien.
CHIAKI, s’excusant presque : J’ai à peine touché les notes.
EIZO, encourageant : J’ai observé vos doigts, j’y ai senti la passion.
CHIAKI acquiesce : Oui… Elle se ressaisit et regarde la partition ouverte : Un proverbe d’un auteur français, en 2038 disait que l’art est la forme d’expression la plus poussée de l’être humain. J’aime beaucoup ce proverbe. Tableau, écriture, cinéma…
EIZO, complète du bout des lèvres : Musique.
CHIAKI, interrogatrice : Avez-vous déjà quitté le Japon ?
EIZO, surpris de la question : Moi ? Oui. C’était magnifique.
CHIAKI, déçue, renvoyée à sa propre condition : Oh.
BUNTA, qui se met à feuilleter ses pages de script : Roooh.
MITSU et UEKI fixent BUNTA, dépités.
BUNTA lève ses mains pour arrêter les acteurs, son script à la dernière page sur les genoux : Excusez-moi, je croyais avoir dit que le film ne peut pas terminer à Paris.
UEKI, embêté mais exigeant : On essaie, on essaie, je veux voir comment ça se passe.
BUNTA, voix lourde : Je ne suis pas contre les prises d’initiative. Contre de nouvelles idées. Mais quand j’ai dit une fois que ça ne se fera pas, alors le minimum du minimum, c’est de me prévenir quel script on jouait aujourd’hui.
UEKI, tente la conciliation : C’est minime. Avec ce que Tsu a écrit, on n’aura même pas besoin d’aller à Paris, un petit décor studio, un fond vert, une autorisation de la Mairie, ils acceptent toujours.
MITSU, explique l’intention avec ses bras : C’est beau, ce moment. Ils vont ailleurs. Le couple s’envole. En emmenant enfin sa dulcinée à Paris comme il l’avait promis, après tant et tant de péripéties, c’est un geste métaphorique qui le transforme en ange, comme elle demandait à ce qu’il soit.
BUNTA, cachant son dédain sous un faux-air de compréhension : Je comprends très bien. C’est compris, on a tous compris.
CHIAKI, comprenant enfin : H’’’mmm.
EIZO, lui, avait compris, il trouve ça cool.
BUNTA, feignant l’indifférence : Vous avez lu mon mail, vous savez que l’intention, je l’ai reçue. Le problème, c’est qu’en emmenant à l’étranger un couple réuni par l’Incontestable, c’est comme si vous sous-entendiez que le couple n’aurait pas pu s’entendre, ou être complet, sans sortir du Japon, ce qui métaphoriquement, me semble une critique assez… injuste de notre pays.
UEKI, les yeux en l’air : Mais bien sûr que non !
BUNTA reprend pour la seconde vague avec un mensonge : Je comprends le message et je ne suis pas contre le message. Mais jamais dans le film, on ne pose le moindre thème ou sous-thème qui parlerait de l’action du gouvernement. Pourquoi en faire un maintenant ?
MITSU, qui ne comprend pas la portée de production de mon intervention et va s’en tenir à la dramaturgie en agitant nerveusement ses perles : Et bien ? Et bien ? L’écriture n’est pas quelque chose qui se prend comme ça. Ils vont à l’étranger mais leur couple a été fixé avant. C’est le symbole. Voyez-vous, dans votre version du script, le personnage n’a jamais quitté Tokyo et ils partent pour Osaka. La portée n’est pas grande ! Emphase sur ‘grande’.
BUNTA, qui manque de tirer la langue : Le symbolisme, merde !
CHIAKI, affamée : S’il y a des discussions, est-ce que je peux prendre une pause ? Cigarette, manger ? Treize heures passent.
UEKI donne son autorisation d’un geste du menton et se tourne vers BUNTA : On peut tourner les deux versions et voir laquelle le public préfère.
BUNTA se lève, railleur : Pourquoi tourner des scènes qui ne passent pas ? Pour perdre de l’argent ? Du temps à tout le monde ? Je vais appeler le N+1, je vais lui dire que vous tenez à cette idée et je réfléchis à un compromis. Ok ? J’ai la dalle. Qui veut un café ? CAFE !

__

En termes de drama, le budget est bien trop serré, un acteur ne répond pas au téléphone depuis deux jours et est soupçonné de bouder suite à son personnage qui a perdu ses quinze “meilleures” scènes, le réalisateur a prévenu que son mentor, un réalisateur connu, participera à la suite de la répétition pour gagner en poids durant nos échanges, je suis obligé de transmettre mes lassitudes à des producteurs qui ont les yeux rivés sur un projet plus ambitieux, Chiaki est de loin la plus sympa des actrices et on fume souvent ensemble mais sa grossesse menace un déplacement de potentiels futurs reshoots à une date trop lointaine et on louperait notre fenêtre de sortie, stressant l’entièreté de l’équipe créative, le drone pour un plan large est tombé en panne, rien de grave mais ça doit quand même être géré, nous n’en avions pas deux, l’art est la forme d’expression la plus poussée de l’être humain, une chicanerie entre deux techniciens, Ueki me demande mon avis sur la photographie des monuments célèbres mais je n’ai pas reçu les photos, un acteur a débarqué sans son script pour la fin de journée, on doit lui en réimprimer un pour faire pro, mes partenaires sur les tenues m’envoient une quinzaine de messages, l’art est la forme d’expression la plus poussée de l’être humain.

  Ca, c’est ma journée. Je rentre chez moi avant vingt heures, je ne me faisais jamais prier pour des heures supplémentaires et j’en trouvais même une saveur sucrée de me faire payer pour échapper à ma femme. Toutefois, l’art est la forme d’expression la plus poussée de l’être humain. Hin hin, pourquoi ça me trotte ? Je suis d’accord ? Au contraire, je ne suis pas d’accord ? Mon âme est couchée dessus, il doit bien y avoir une raison. Peut-être que c’est la pépite de miel, mon nouveau cryptide.

Peut-être que si je ne parvenais plus à communiquer avec Astrée normalement, je pouvais me tourner sur une autre route. Je manigance un plan sur le chemin du retour (le bus du retour). Comme à notre habitude, la soirée se passa terne, sans mot, sans terme, devant la télé, notre activité obligatoire. Je débarrasse et empile la vaisselle dans la machine. Demain, nouveau réveil à cinq heures du matin ; je n’avais pas peur de réveiller Astrée avec ma nouvelle routine, le salon pouvait être insonorisé sur commande si on n’oubliait pas d’allumer les machines du couloir.

  Le réveil me gifle, j’ai les cernes rondes, l’aube violette les cieux sans charme. Je vire les draps, j’avance dans le couloir d’un pas décidé les résolutions cimentées aux chevilles en laissant Astrée et la forteresse qu’était son coin. Je lance la machine à café, les œufs à cuire, je prépare les haltères. Ca faisait trois jours entiers après le restaurant qu’elle et moi ne nous parlions plus. Toute ma situation, j’allais la faire passer après moi.

  Ah non, mes courbatures me tuent, je reste plutôt dans le canapé pour ce matin. Je suis planche de bois. J’aurais dû y penser avant de mettre mon réveil aussi tôt… Quel con. Pire, amateur !

J’en profite pour préparer mon plan. Je dicte aux enceintes, au moindre mouvement dans la pièce à partir de 6h30 soit mon départ, de lancer une certaine musique. Une fois qu’Astrée se lèvera et qu’elle ira dans le salon, la chanson se lancera.

  Oui, vous pouvez rire, c’est ça mon plan ! Rien d’autre, rien de sophistiqué ou de mental, même pas de chantage affectif ou un brin de manipulation. Juste… Un effort. De type neutre. Pas de grandiose, à peine une mise-en-scène, le poids d’un spray de parfum. J’imagine la tête d’Astrée quand “I’m Fine” d’Hazel English chantonnera tranquillement dans le salon à son arrivée. Enfin, resterait-elle de marbre, chercherait-elle le bug qui avait fait outrage au silence ? Me jugerait-elle avec mépris ? Est-ce que ça servirait à la moindre chose, peut-être ? Je quitte le salon, heureux de ne pas la voir, presque honteux du plan. Mais c’est tiré, je suis de l’école du risque et le ridicule, c’est une monnaie que je peux miser, ça m’importe peu.

  Ma carte bip et je peux m’asseoir dans le bus. Ma musique tonne dans mes oreilles et je balance ma tête en arrière, cherchant là un sommeil loin d’Astrée.
Bunta Nakayama
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Chaque minute qui passe, dans cet appartement, te semble être une éternité. Les nuits sont inconfortables. Les matinées oppressantes. Les soirées anxiogènes. Tu perds le peu de sourire que tu avais réussi à retrouver. Redeviens l’ombre de toi-même. Même au travail, tu peines à être entièrement toi-même, la libraire souriante et pleine de bons conseils. Cela inquiète ton patron, d’ailleurs, qui te demande si tout va bien. Mais tu n’as pas envie d’en parler et encore moins à lui.

Quand tu rentres du travail, tu te glisses le plus rapidement et silencieusement possible dans cette pièce qui t’est réservée. Vous ne vous voyez que pour les devoir : repas, activité, baiser. C’est mécanique. C’est répugnant.

Au fond de toi, tu es consciente d’être en partie celle à qui imputer les tords. Tu t’es emportée. Et tu as fait et fais preuve de mauvaise foi, depuis, préférant tout reporter sur lui. Pourtant, tu sais bien… ou… tu es certaine que si tu présentais juste tes excuses, alors… cela irait mieux. Oh, ce ne serait pas parfait, loin de là. Mais… tout de même ? Non ?

Sauf que tu t’y refuses. La mauvaise foi. Le confort de te cacher derrière ta maladie.

Sauf que ce soi-disant confort, il t’offre un train de vie inconfortable, passé à fuir chaque instant où tu pourrais te retrouver avec lui. La peur. La crainte. Calculer ton quotidien pour ne pas le croiser, en dehors des instants obligatoires.

Un soupire t’échappe, alors que tu ouvres les yeux. Comme tous les matins depuis votre … prise de bec, tu es sous la couette. Comme un enfant qui a peur du monstre sous le lit. Même si… en vrai… dans ta vie, actuellement, le monstre, il n’est pas sous le lit, mais dans le lit, à côté de toi. Bien que… non, bien sûr, Bunta n’est pas un monstre. Il ne te frappe pas, il ne te crie pas dessus, il ne t’insulte pas… Il ne fait que t’éviter, tout comme toi tu l’évites. Il ne dit rien. Le silence. L’ambiance qui pèse. Sûrement est-ce pire, au fond, en fait.

Bref. Tu sais que tu es seule dans le lit. Et même, dans l’appartement. Alors, tu rabats la couette, pour te libérer un peu et pouvoir, enfin, respirer de l’air frais. Plus frais, en tout cas, que sous la couverture. Tu te redresses, en te passant une main dans les cheveux, tout en baillant. Clairement, tu ne passes pas de très bonnes nuits. Tu dors peu. Et mal. Te couchant uniquement une fois que tu es sûre qu’il soit déjà endormi.

Un soupire t’échappe, tandis que tu te lèves. Tu viens te frotter les yeux, puis te gratter l’arrière du crâne, marchant – boitant – au radar, dans le but de te rendre dans la cuisine et te faire couler un café.

Mais dès que tu pénètres les lieux… une musique se lance. Tu t’arrêtes net, surprise. Avant d’essayer d’y prêter une oreille attentive. Et… de bien aimer ? De te laisser entrainer. D’aller faire ton café, les paupières à moitié closes. Et un très léger sourire sur les lippes. Avant de demander à la réécouter. Et te concentrer sur les paroles. Et sentir ta gorge se serrer. Et ton cœur se serrer. Et ton estomac se serrer. Et les larmes te monter. Et ton esprit, craquer.

Tu finis assise, à même le sol, adossée contre une porte de placard. Un genou ramené contre ton torse. Tu te demandes si cette chanson a été choisie au hasard. Et en même temps, tu en doute. Elle te parle. Et elle te parle douloureusement. Tu déglutis, t’essuie le visage. Essaie de chasser tes larmes. Tu te sens attaquée par cette chanson. Comme si elle mettait à nu beaucoup trop de choses en toi. Et de ces derniers jours. Ces derniers mois. Ces dernières années.

Pour autant, tu te dis que cette chanson, là… c’est peut-être lui qui essaie de faire passer un message. Mais est-ce que… ? Vraiment ?

Il te faut un moment pour te remettre. Être ébranlée ainsi de bon matin, mise le nez dans sa merde, mise au pied de la porte de façon aussi douce et pourtant si brutale, ça a le don de mettre une claque. Un café, une douche, un brossage de dents plus tard, te voilà à te creuser la tête sur quoi faire. Quoi dire ? Ou ne pas dire. Quoi répondre ? Comment répondre ?

Tu vas chercher ton téléphone, pour regarder tes notifications. Avant de t’habiller. Ton esprit se creuse. Jusqu’à ce que tu trouves quelque chose. Tu n’es pas bien sûre. Et en même temps… il te semble que… peut-être…

Tu programmes, à ton tour. C’est moins joyeux, que d’écouter « It takes a lot to know a man ». C’est moins léger. Mais au fond, le sens, la façon dont toi tu l’interprètes… elle est juste parfaite. Une façon de dire « je suis désolée » sans le dire. Une façon de dire que tu as chié dans la colle, sans le dire. Peut-être une façon d’essayer de remettre un peu les choses à plat. Tu ne veux pas te dire que le restant de ta vie va se passer dans cette ambiance froide. Non. Glaciale. Tu dois… essayer, au moins. Plutôt que de juste tout envoyer valser dès la première contrariété.

Le temps est un peu passé, tu as eu le temps de digérer l’information. Peut-être que maintenant tu peux arrêter d’agir comme une connasse et essayer de faire un effort ? Tu ne garantis rien. Mais… tu peux au moins essayer. C’est déjà pas si mal, non ?

Bref. Peut-être que ce soir, en rentrant… tu auras une autre chanson. Ou bien, un homme qui voudra échanger.

Tu crains, au fond, l’arrivée de ce moment. Tu ne sais pas. C’est… effrayant. De faire face aux conséquences de ses actes…
Astrée Nakayama
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“Bunta,
C’est quoi ce bordel ? Ueki lance des pressions, il y a des soucis ? Comment s’est passée la première répétition ? On a reçu des appels.
On se capte ?
Ikkaku”


J’avais attendu ce genre de messages, sans impatience, c’est pour ça que j’avais verrouillé un de mes yeux sur ma messagerie mail : au moindre caprice de mes supérieurs, je reçois une notification en réalité augmentée et je peux accéder au message. Je m’isole pour dicter oralement ma réponse. La relecture est complexe mais je me débrouille : quand vous envoyez plusieurs mails par jour donc plusieurs centaines chaque mois, vous apprenez vite à déployer une nouvelle voix, votre voix écrite. Aussi efficace que non-naturelle. L’expérience peut porter n’importe qui n’importe où.

“Monsieur Daisaku,

La première répétition s’est bien passée du côté des acteurs mais Ueki a fait passer sa première idée de script et comme j’ai manifesté par la négative mon intention de garder l’idée, s’en est suivie une légère discussion et il a dû monter au poteau tout l’après-midi parce que c’est ensuite que j’ai reçu plus fortement sa demande de poursuivre.

J’ai bel et bien exprimé mes inquiétudes comme on se l’était dit et je n’ai fait que répéter mes arguments mais malheureusement, les semaines ont fait que.

Si je peux me permettre, je ne peux pas revenir à la charge sans me mettre à dos le réalisateur, une partie de son équipe technique et Mitsu. Je vais devenir un obstacle (ouvertement un obstacle) et ça aurait des répercussions conséquentes sur le reste du projet. Au vu de ces éléments, est-ce qu’il serait possible d’avoir directement une réponse de la direction ? Si possible brutale pour que je puisse arrondir les angles et qu’on bétonne l’ambiance de groupe contre un ennemi commun.

En vous remerciant et en vous souhaitant une excellente journée,

Bunta Nakayama”


Je reçus la réponse assez vite, il n’était même pas dix heures du matin ; avec moi, ma secrétaire et un bon collègue. Je lis une première fois en diagonale : toutes les réponses importantes le méritent avant une lecture propre. A voix haute. Qu’on confirme ensemble l’avalanche qui déboule :

“Tout le monde doit soutenir l’émissaire, Bunta ! L’émissaire, c’est toi. Mais actuellement, on est en discussion avec Tadashi, il rêve de voir son poulain évoluer et s’il apprend qu’on l’a bridé dans son dos, il risque de décamper ailleurs. On est en fin de contrat avec lui et comme ses deux derniers films ont été un succès, on est vulnérables si la concurrence veut passer en force. Sois diplomate.”

“Sois diplomate. Il est hors-sol.”
“Sois diplomate !”
que je m’énerve tout seul contre cette dernière phrase. “Et j’oublie pas de respirer pendant que j’y suis ! Oh attention, soyez tous plus efficaces, un sacré conseil à suivre !” Je frappe du poing sur ma table.

Cette journée-ci me plonge en enfer. Non pas que les mauvaises nouvelles s’accumulent mais celles que j’ai déjà enregistrées semblent s’être organisées pour me prendre en étau. La direction m’avait applaudi du bout des lèvres et m’avait laissé ici. Ueki et Mitsu formaient une paire qui démarchaient acteur après actrice pour justifier leurs positions sur le premier script et se formaient une armée de convaincus derrière eux, dans le pire des cas. Au mieux, ils avaient entendu des arguments et embourbaient dans le nombre notre contentieux. Pire, pa prochaine répétition avait été avancée cette fois-ci avec tous les acteurs et si je ne prononçais pas une réponse forte rapidement, ils feraient passer leur script en bourrin à la vue de tous et tous les acteurs n’en pourraient plus des querelles qui pourraient avoir lieu.

L’après-midi alors, je tank les avancées, les manipulations et les guerres de gang. Mon cerveau surchauffe de colère… Une situation qui m’échappait, ce n’était pas un souci, ma carrière en était truffée, mais de voir l’avidité et la puissance envieuse des mains qui la récupérait me dégoûtait. La mesquinerie des gens, la langue pendue de ces chiens, ça a le don de faire voler en éclat la moindre parcelle de patience que la moindre pause cigarette me donne. Pire encore était la constatation que tous les problèmes habituels dûs à un projet de cette ampleur ne se cachaient pas plus parce que des soucis majeurs étaient apparus. Non pas, trop simple, les commandes manquent, un acteur reste absent, la mairie peine à donner son autorisation et si je ne suis jamais directement aux manettes, je devais m’assurer que les pilotes avaient fait le nécessaire pour avancer. Donc encore plus de mails, de gueulantes et de lassitudes et de cigarettes.

C’est épuisé d’un jeudi sinistre, rompant le dos et la morale, que je rentre exécrable. Les marches de l’appartement, deux fois plus hautes que d’habitude, m’achèvent les jambes et derechef, je remets en question ma routine sportive pour me remettre en forme. Pour quoi me cribler à l’aube d’efforts épuisants, sinon de montrer mes muscles à une bande d’ingrats ? Autant être moche et en sueur, ils ne méritaient pas un Bunta en bonne santé.

Le seuil pénétré, une mélodie m’accueille. Une douce, paisible. Je ne comprends pas les paroles même si le gimmick s’insère bien mais je ne vais pas chercher la signification profonde des paroles ou un sens aux notes. Je ne vois pas la musique comme un message qu’Astrée m’enverrait parce que ce qui compte là, c’est qu’elle avait répondu. Après le faux départ, la glace se remet à fondre. L’ardeur n’est pas brûlante et la passion est loin, mais le pas reste sensible et c’est finalement, la seule bonne nouvelle de la journée. Comme quoi, les vents des dieux changent vite et brusquement.

Le repas resta muet majoritairement et on se posa devant la télé pour que respecter notre activité en commun. Je n’osais prendre aucune initiative d’amener la relation plus loin, déjà parce que je n’en avais pas la force mais aussi parce que je sens Astrée légère et qu’un trop grand souffle la disperserait avant tout dans le lointain plutôt que de l’aviver. Je la préviens à la limite que demain étant vendredi soir, il serait judicieux de partager le petit-déjeuner plutôt que le dîner car je risquais de rentrer tard : avec les collègues, on sortait. Routine habituelle, la première tournée sur moi. Le baiser ne fut pas plus agréable que les précédents.

Engaillardi peut-être par cette première victoire dans notre relation avec Astrée, je pris la journée d’après avec une force nouvelle. Certes, j’étais encore sous le coup des courbatures mais une ambition saisissante m’avait pris. Je m’étais levé du bon pied. Je lui laissais à son compte pour le reste de la matinée à la prochaine fois qu'elle reviendrait occuper le salon, "1995" de Molly Nilsson.

La seule bombe véritable à désamorcer, c’était la mauvaise paire. Je les convoquais d’emblée, mon café à la main et les désarçonna : eux qui s’étaient armés au grand affrontement pour faire peser leurs idées quitte à renverser la table, je sapais toute leur préparation en leur révélant que j’avais changé d’avis et qu’on accepterait le premier script à la seule condition que le clap de fin se fasse au Japon ou au pire, dans l’avion qui ramènerait le couple chez eux. Moins d’une heure plus tard et tous mes soucis se délièrent.

La date de la répétition fut approuvée par tous et eut de surcroît mon aval. Je revins vers les acteurs pour discuter avec eux du script, sans chercher à piéger qui que ce soit et les échanges furent cordiaux. J’appelais cet enfoiré de Daisaku pour lui signifier qu’un terrain d’entente avait été trouvé avec Ueki sans travestir sa vision et il me combla d’éloges pour avoir dénoué une telle situation si rapidement.

Poussé par une frénésie du travail, je me mis à jour dans plusieurs dossiers et je ne me donnais aucune pause. J’acceptais les entrevues et comme soufflées à l’oreille les pensées d’un sage, je gérais les situations proprement, sèchement, mais sans jamais m’énerver ou envoyer chier qui que ce soit, ce qui m’avait semblé impossible la veille. Je tournais autour des différentes équipes et ne distribua que des bons points. A un technicien qui finissait enfin de gérer la lumière pour les scènes de bureau, je lui tapais l’épaule de respect. Pour la stagiaire qui se démenait, je me piquais d’un bon mot pour l’encourager. J’étais une force pour le reste de la journée et on me salua pour avoir été partout à la fois. Comme Ueki avait sollicité dans son combat de nombreuses personnes, elles avaient finalement bien reçu mon changement de position et deux acteurs au moins m’avaient témoigné une sympathie nouvelle et agréable.

La soirée, on partit au Raven’s Cave, on était même des habitués des lieux et ce fut une de nos meilleures soirées même si ce n’est pas ici que j’expliquerais pourquoi.

Mes obligations m’obligeaient à rentrer assez tôt pour cocher les dernières activités quotidiennes avec Astrée. Je rentre dans l’appartement et je suis reçu par Billy Joël et si la musique de hier m’avait surprise par son existence, il fallait avouer qu’elle était bien morne. Un ton plus joyeux accompagnait à merveille mon taux d’alcoolémie qui m’empêchait de conduire quoi que ce soit, même la moindre trottinette en bois, puis quoi, enfin, elle semblait témoigner d’une énergie positive, il fallait saluer ! J’en dansais presque alors que c’est l’épuisement avant tout, qui aurait dû me faucher.

Ce fut avec une voix éclatante que je l’invitais à sortir de sa chambre pour qu’on regarde un épisode. Je tombais sur le sofa, trahi par la gravité et allumais la télé où j’attendais la blonde avant lancer l’épisode. Tout tournait légèrement mais rien qu’une armée de verres d’eau ne saurait calmer. J’en pris un ou trois pendant le visionnage et mes pensées s’écrasaient les uns dans les autres : je peinais à suivre. Je ne savais pas si j’étais trop plein d’énergie ou si je ne possédais plus rien.

A un moment, deux personnages s’embrassent passionnément à l’écran et tout vire à une coucherie primale dans la pénombre d’une mise-en-scène pudique mais pas avare en râles. Comme imprégné de cette énergie, comme si je me rappelais enfin que j’étais excitable, c’est le moment que je trouve pour embrasser Astrée. Pour un lambda, rien de fou, je suis penché vers elle pour supplier ses lèvres de m’embrasser et je me penche jusqu’à être à moitié au-dessus d’elle. Pour nous, ça restait le sommet de l’érotisme. Ma main trouva sa cuisse que je soulevais lourdement pour mieux soupeser son poids et des envies terribles alimentées par l’alcool me bouffèrent toute retenue. Je lui souffle à l’oreille :

“Lève-toi, tourne-toi et enlève tout le bas. Je ne te ferai rien.”
Bunta Nakayama
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Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Ça fonctionne un peu, votre échange musical. Ça allège un petit peu l’ambiance. Ça fait moins chappe de plomb. Certes, ça reste lourd, mais… y a un petit peu de mieux. Un chouia. Une chouillette. Un brin d’espoir de pouvoir de vivre pas si mal. Ça veut dire que tu sors de ton bureau pour lui faire face. Pas en dehors des heures officielles de visit-… pardon, de repas, d’activité et de baiser sans saveur.

D’ailleurs, tu l’entends rentrer. Tu entends la musique qui se lance. Elle te donne un peu d’énergie, cette chanson. Visiblement, ça fonctionne aussi sur l’humeur de monsieur, qui n’est pas rentré bien tôt mais qui donne de la voix pour te faire sortir de ton entre. Tu vas récupérer un truc à manger, parce que tu n’as pas encore diné, ainsi qu’une bière, juste pour le plaisir. Sauf que lui… lui, il a l’air d’avoir déjà consommé. Ce n’est guère étonnant, il te semble bien que les employés ont tendance à beaucoup sortir après le travail. En silence, baguettes à la main, bento réchauffé sur les cuisses et canette posée sur la table basse, tu regardes l’écran, sans grand intérêt.

Jusqu’à une scène. Une scène qui te met plus mal à l’aise qu’autre chose car elle te rappelle, te jette, te gifle, avec ton manque de confiance en toi et surtout, le peu d’appréciation que tu peux avoir pour toi, ta personne et ton corps. Corps que tu trouves hideux et que tu cherches à cacher sous tes manches longues et tes pulls amples, quitte à crever de chaud en pleine canicule.

Cependant, cette scène, elle semble ne pas laisser Bunta de marbre. Et sa voix retentit. Et sa demande te choque. Tu restes interdite. Littéralement. En lâche ton morceau de viande que tu allais glisser entre tes lippes, entrouvertes. Tu déglutis. Fronce les sourcils.

« Pardon ? »

Tu te demandes, un instant, si tu as bien compris. Mais… Pardon ? Et pour tout ce que tu as envie de lui coller ta main dans la gueule, de le traiter de porc, d’enflure, de t’énerver contre lui… Des lignes du contrat te reviennent en tête.

Astrée Nakayama
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— Just Married —

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C’est une mini-série cheloue ; l’identité visuelle est forte, je suis toujours pour une bonne imagerie qui diffère des soupes américaines et des lumières plates. Deux personnes qui traversent de nombreux mondes virtuels pour illuminer leurs traumatismes et mieux les affronter ; il y a de l’audace, pas vraiment de romance, des twists et cette japonaise avec sa coupe carrée, en blouse, trois fantasmes servis dans un seul plat. Les lumières sont vives et je suis persuadé que le personnage principal est fou.
Les plantes sont belles, les plantes sont bien.
Il fait presque chaud, la moiteur n’est bonne qu’au pied.

Mon esprit s’égare partout dans mon corps, d’une volonté perçante dans tout ce qu’il perçoit, abandonnant le reste des stimuli, se sentant profond dans chacune de ses pensées - être bourré, c’est revenir au stade de perception d’un gosse. Quand Astrée revient et déboutonne son pantalon, les centaines de grappins dont mon aine est fourni se plantent dans sa chair, que je m’y consacre pleinement. Je me lève et enlève mon futal qui étouffe ma sincérité ; je me masse la bonne nouvelle à travers le calebard qui me tire et me prend.



“Si tu savais… Y a rien de mieux pour passer une bonne nuit après avoir trop bu.” Heureusement, j’étais quelqu’un d’assez de conciliant alors je proposais : “Tu veux te doucher avant moi ?”
Bunta Nakayama
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