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Les jours qui suivent sont ternes. Gris. Noirs. Foncés. Pas joyeux pour un sou. Ton sourire a disparu. Tout comme le début de vie que l’on pouvait voir dans ton regard. Tu es redevenue cette jeune femme morne que tu étais, il y a quelques temps. Des idées noires dans la caboche. Personne à qui en parler. Personne à qui te confier. Si. Si… Le psy. Il a un peu augmenté la dose. Mais ça ne te suffit pas.

Dans la baignoire, la lame te semble être une solution. Ou au moins, un exutoire.

Acier contre peau. Un arrêt.

Tu avais oublié comme cela pouvait être effrayant. Tu n’as plus l’habitude de la douleur. Elle te fait peur plus qu’elle ne t’attire. Les larmes sur les joues. Sanglots silencieux. Tu abandonnes le rasoir, sans avoir versé une seule goutte de carmin. Tu as également songé aux médicaments. Non. Tu as essayé. À la place. Dans la chaleur de l’eau. Tu t’es endormi. Piqué du nez. Perdu connaissance ? Était-ce dû à une potentielle surdose ou au fait que tu ne fermes presque pas l’œil de la nuit, depuis … l’incident du salon ?

Deuxième option. Tu n’as pas pris plus que prescrit. Enfin. Si. À peine plus…

Tu te sens lâche. Tu as peur.

Ce soir-là, tu ne te sens pas bien. Pas bien du tout. Le silence est pesant. Tu as l’impression de perdre l’esprit. Tu as bu. Un verre. Ou deux. Ou peut-être trois. Tu es allongée dans le canapé, en faisant profil bas. Il rentre tard. Vous êtes censés faire une activité ensembles. Mais tu t’en fous bien, de finir au centre, en vérité. Tu n’as plus beaucoup d’éclat. Terne.

Par contre, de la colère, ça, tu en as à revendre.

Tu l’entends rentrer. Tu l’entends t’éviter. Aller se coucher. Tu n’es pas dans le lit. Pas encore.

Dans la pénombre, tu avances. Tu te glisses. Tu l’observes. Tu en as beaucoup sur le cœur. Tu le fixes. Observe la silhouette que tu devines. Avant d’aller allumer la lumière. Brusquement. Sans crier gare. Tu ne veux pas faire ce que tu veux faire là, alors qu’il est allongé.

« Debout. »

Tu ordonnes. Tu veux parler à cœur ouvert. Lâcher ce que tu as sur le cœur. Quitte à te briser, tu veux le faire en face à face. Le regarder droits dans les yeux pour la première fois depuis l’annonce de votre mariage. Tu as besoin qu’il soit debout. Tu as besoin qu’il soit plus grand que toi. De pouvoir le bousculer. Le frapper, avec tes petits points. Lui crier dessus.

Il obéit. Dieu merci, il obéit. Tu l’entraines jusqu’au salon. Au début, tu gardes le silence. Tu ne le regardes pas. Tu cherches ton courage que tu avais, il y a moins de deux minutes encore, et qui semble s’être fait la malle.

Inspiration profonde. Sentiment d’un élastique qui pète.

Raide, droite, tremblante. Ton cou se tourne. Visse ton visage pour être face à lui. Tes yeux se plantent dans les siens.

« T’es un connard. »

Tu lâches. Sèche. Tu as besoin de commencer fort. Tu as besoin de commencer fort, parce que tu sais que tu vas finir au sol. Alors autant tout lâcher au début, comme ça, c’est fait.

« T’es un putain de connard, qui débarque dans ma vie avec la délicatesse d’un tractopelle daté. T’as enfilé tes putain de grosses bottes pleines de boue, en te disant que tu devais forcément arriver en terrain conquis et que ton point de vue devait forcément être le bon et que tu devais forcément avoir raison. T’as eu le tact d’un foutu gorille, tu ronfles pire qu’un moteur qui a pas été huilé depuis un siècle et tu t’es branlé, bourré, sur mes cuisses ! »

Ce que tu dis n’a aucun sens. C’est juste une accumulation. Mais tu essaies. Tu essaies d’établir un dialogue. Tu essaies. Tu n’es pas douée. Tu le sais. Tu as du mal à communiquer, tu le sais. C’est le problème de ta maladie. Tu gardes beaucoup pour toi, jusqu’au jour où ça pète. Sauf que visiblement… cela ne pète plus comme ça a pu. Cela ne veut plus laisser de traces sur ta peau. Sur ton corps.

« Alors oui ! T’es un connard ! »

Inspiration. Ta voix tremble.

« T’aurais pu penser à comment est-ce que moi je pourrais vivre la chose. T’aurais pu penser que moi, j’suis pas juste sortie de cette lettre, vierge, sans passé, sans passif. T’aurais pu me voir comme un être humain, avec mes fêlures, mes brisures, mes imperfections et mon caractère. »

Une pause.

« Ma mauvaise foi, mon manque d’entrain, le fait de pas avoir envie de faire d’efforts, non plus. Ou de pas m’en sentir capable. »

Une nouvelle pause.

« Tu m’as braqué. Tu m’as tellement braqué que je suis sur la défensive h24 et que la réciproque est vraie. J’ai l’impression d’être sur l’échafaud, chaque instant passé dans ce putain d’appartement. »

Tu te rapproches, les larmes aux yeux. Lève le bras. Arme le poing. Qui s’abat mollement sur son torse. Les larmes roulent sur tes joues, alors que tu baisses le visage. Rompt le contact visuel. Mais pas physique.

« J’ai essayé de te libérer. J’ai essayer de mettre un terme à tout ça. Mais je n’en ai pas eu le courage. Je n’en ai plus le courage. »

Tu ne portes pas de manches longues, aujourd’hui. Il peut les voir, tes bras, aujourd’hui. Il peut voir les très – trop – nombreuses cicatrices blanches qui parsèment ta peau pâle.

« Moi aussi, je suis une connasse… égoïste. Égocentrique. Égocentrée. J’ai pas fini de me relever de toutes les épreuves que j’ai subi, que je m’en prends une nouvelle dans la gueule. J’étais pas prête. Je voulais pas être prête. Alors je ne t’ai clairement pas accueilli comme, peut-être, tu le mérites. Je suis une putain de connasse, de pas t’avoir laissé ta chance correctement. »

Tu marques un temps. Essaie de calmer tes sanglots. Tu te sens épuisée. Vidée.

« … mais grâce à toi, j’ai découvert qu’il me restait de l’orgueil. Un peu. Du mordant. Un peu. De la fierté… un peu. Je pensais n’être qu’une enveloppe vide. Mais si j’ai mal… si j’ai de la colère… si j’ai peur… alors c’est que je suis toujours en vie. »

Tu inspires. Finis par poser ton front contre son torse. Tu aurais bien besoin qu’on t’enlace. Qu’on te dise que tout ira bien. Mais tu n’attends rien de sa part. Si. Tu attends, potentiellement, un pas en arrière.

« T’es un connard. Je suis une connasse. Mais je suis désolée. »

Ca, par contre… tu ne t’attendais pas à le dire. Tu soupires. Là, c’est toi qui recule. Qui rompt le contact physique et visuel.

« … fallait que je vide mon sac. »

Tu viens remettre une mèche en place, sans le regarder. Tu ne veux pas le laisser jubiler de te voir aussi minable, les yeux humides, rouges du manque de sommeil et des larmes.

« On a toujours une activité à faire. »

Tu ne sais pas si ça va servir à quelque chose. Mais au moins, si vous devez finir en détention, voire pire… au moins, tu auras mis les choses à plat. Enfin. Presque. C’était quand même vachement brouillon.
Astrée Nakayama
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Comme à chaque fois que la dépression avançait dans les personnalités énergiques, une forte résistance s’armait et tout comme des murailles de meuble bloquaient les rues, ma propre personnalité s’emparait de tout ce qui pouvait être à portée pour tenir à distance la tristesse, quitte à rêver d’ennui, quitte à s’allier à la soumission, à la poussière sous le tapis et le silence.

Le lendemain des tracas brouillons et des poussées de rêve de divorce, j’avais accéléré la cadence de mon sport et j’avais avalé les heures supplémentaires en traitant Astrée avec négligence, en soudoyant son mépris contre le mien. J’en étais venu à m’affairer longtemps après mes heures avec des collègues que je ne supportais pas, mais qui avaient la bonté d’être présent pour une discussion, n’importe laquelle, qui me permettait de trouver du confort où je le pouvais, c’est-à-dire, partout dans le monde, ailleurs que chez-moi. Généralement Rodolphe, l’amant solaire au peu de scrupule, je me transformais en Charles Bovary avec ma propre bénédiction, je faisais saigner le cœur d’Astrée en coagulant le mien. Avant épris de dialogue et de trouver une solution pour ouvrir la relation, je tirais maintenant d’une fierté crasse de tout abandonner. Le message était simple : on survivrait dans le même appartement, mais pas ensemble.

Les activités de l’Incontestable me paraissaient acides, mais j’y plaçais si peu de bonne volonté qu’il n’aurait pas été improbable que la police ne vienne pour comprendre ce qu’il se passait. On regardait des séries tous les deux, éloignés à l'extrémité du sofa, se laissant divaguer à en acheter un plus distant encore, ou mieux, un fauteuil pour définitivement nous séparer. Nos baisers étaient faits de plâtre. Tout cela me convenait à merveille : la toute-légère culpabilité féministe qui me cisaillait les intestins n’avaient plus aucune prise sur moi. Maintenant que ma résolution absolutiste de ne plus m’occuper de ma femme avait pris corps dans ma tête, je pouvais tout justifier avec un panache qui n’était généralement réservé qu’aux imbéciles. Oh, je l’avais traumatisé ? Très bien, regardez alors comment je ne la touchais plus, que je ne faisais plus durer aucun contact. Était-elle heureuse maintenant ? N’étais-je pas un bon repentant de creuser la distance ?
Peut-être alors que le monde entier comprendrait que méchancetés ou pas, aimable, attentif, détestable, n’importe quel adjectif, les malheurs d’Astrée resteraient toujours aussi solides. Son âme était noire de l’encre dans lequel Dieu ou autre l’avait faite plonger ; seule sa mort écaillera peut-être la couleur.

Un soir cependant où j’avais duré tant et tant au travail que le ciel s’était colorié de noir et de néons depuis des heures, je partis me coucher sans même remarquer Astrée - ce n’était qu’un courant d’air. Je partis au lit, sans façon, la tête bouchée, cuite de fatigue, et je tombai à la renverse dans le lit, sommant directement dans les draps doux auxquels je trouvais un repos paradisiaque et où je pensais à peine à ces plans mystiques qu’il fallait travailler - le réalisateur m’avait commandé assez sagement pour le coup, la réalisation de quelques photographies qui feront office de publicité étrange, impactante, pour l’héroïne, une forme d’obscure révélation et un sens de l’image, qui échappait totalement à Miraï. Pressé par le temps, je lui avais promis de m’en occuper au plus vite, une nouvelle astuce pour rester plus longtemps au travail le soir et griller des heures de temps libre qu’Astrée me corromprait. Mais j’en avais assez pensé pendant le lent trajet du retour, maintenant, il était temps de dormir.

Jusqu’à ce qu’Astrée me tire de mon réveil, somnolent. Mon cerveau, plus habitué du tout à la considérer, se bloqua par la surprise, comme sous une menace au couteau. J’obéis dans des grognements dociles jusqu’au salon : la petiote n’avait pas encore trouvé le courage de considérer la chambre comme une pièce où elle pouvait s’exprimer. Un sentiment étrange, paradoxal, scinda mon esprit épuisé en deux petites émotions. Une d’un ancien Bunta, s’allumait doucement de joie en anticipant enfin une foire à empoigne au forceps qui ne pouvait pas empirer la situation ; une autre du nouveau Bunta, voyait cela comme une débauche d’énergie qui ne mènerait nulle part, car aplanir les conflits ne nous mèneraient au mieux qu’aux mêmes pays vides qui les avaient faits naître.

Puis Astrée commença à m’insulter. Je ne répondis rien, d’instinct, je savais qu’il était de bon ton de me taire et de laisser la fange m’éclabousser. Ma réactance, prête à me défendre et à ridiculiser ses prochains propos, se tenaient prêtes à bondir pour lui retourner tout ce qu’elle me dira. La bonne nouvelle, c’est qu’elle restait pour le moment dans les buissons pendant qu’Astrée cherchait à démonter à la machette et à la clef mon ego comme une vieille carcasse de navire. Et elle continue, je ne dis rien, elle me cogne, ou elle pose sa main, l’impact est relatif, elle se met à pleurer, puis elle déballe tout, puis elle m’enlace. Mes émotions ont à peine bougé, mais moi, j’avais vrillé.

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit ainsi. Juge, haineuse, vulgaire, oui. Mais si vulnérable ? J’ai un grand coeur de prince, cette posture assez lumineuse et naïve chez les hommes de croire que les femmes sont plus désirables quand elles pleurent - enfin, j’ai grandi - mais j’avais des relents qui pour une fois peut-être, me conseillèrent sagement car je répondis à son affection par une étreinte beaucoup plus amante qu’aimante. Mes deux bras costauds l’entourèrent pour la protéger, comme si sa dépression était un fantôme extérieur, et ma main lentement caressa le creux de ses omoplates pour la consoler, jusqu’à remonter quelques fois pour goûter la chaleur de sa nuque. Peut-être que c’était moi aussi, qui avais besoin d’affection. Peut-être.

“Chérie, t’es pas un cadeau”, je balance entre deux lignes alors que j’essaie peu à peu de la détendre, en regardant le mur derrière elle sans vraiment voir quoique ce soit, à tordre mon esprit entre une véritable repentance et à une empathie à laquelle je ne parvenais pas complètement, comme si ma fierté m’interdisait de me lancer à pieds joints dans mon propre procès. Et pourtant, je dis : “Je ne sais pas pourquoi je suis ainsi. Peut-être que je me suis dit qu’en allant bien, en faisant comme si tu n’avais pas de souci, peut-être que tu te dirais que tu n’avais effectivement rien, je tentais de normaliser. Et peut-être que c’était une excuse pour être lâche et ne rien changer. Que tu serais obligée à aller mieux, comme par magie.” Les prochains mots me piquent et m’arrachent la langue, mais je les prononce quand même : “Je vais faire mieux, je suis désolé.”

Elle se pousse enfin hors de mes bras, et la solitude silencieuse qui m’avait prise et qui soudain jaillit dans ma tête, me hurle de venir la récupérer. Peu de poids dans le conseil, je la fais taire pour l’écouter. Une dernière activité à faire ?

“Ne bouge pas, tu es parfaite.”

Je file dans ma chambre à nouveau en trottant vivement dans le couloir. Je m’y penche pour me saisir de mon sac et d’y trouver deux boîtes noires légères à l’élégance raffinée. Je reviens en trombe dans le salon et y éteint la plupart des lumières pour une ambiance tamisée, pris d’excitation. Quand enfin je suis satisfait de la luminosité de la pièce, je décale Astrée en lui touchant le bras pour qu’elle soit éclairée à la perfection.

Une fois que c’est fait, j’ouvre la première boîte qui contient quatre cylindres noirs. J’enclenche le principal d’un doigt sur un bouton puis les jette vers le haut comme on jetterait des fleurs. Les quatre petits boîtiers se stabilisent dans les airs pour former un grand rectangle, quatre coins d’un écran lumineux qu’ils font apparaître. Je place finalement Astrée devant ce voile numérique, comme les anciens photographes utilisaient une toile blanche. J’ouvre alors mon second sac qui dévoile un appareil photo, un très vieux modèle qui datait de 2072. Les plus récents permettaient de diriger directement les cylindres noirs pour les adapter à l’angle de l’appareil qu’on utilisait ; je ne considérais pas que c’était tricher, mais… Je reste un vieux con, je trouve du charme dans l’effort.

“J’ai un petit projet pour le film, j’ai besoin de quelques photos. Et reste comme tu es, ne t’arrange pas les cheveux.” lui dis-je au cas où il lui prendrait de rêver de se faire légèrement plus belle ; légèrement décoiffée, rouge des joues et sous les yeux, les lèvres encore tremblantes de la vérité qui en avait coulée, l’aspect farouche de ses épaules et l’expression crue de son visage me semblait être la muse parfaite pour trouver l’énigme dont rêvait mon réalisateur pour l’épiphanie de son héroïne. Elle n’avait jamais ressemblé autant à elle-même qu’à cet instant. “C’est comme ça que j’ai besoin de te prendre.”

Poète peut-être pas, mais je suis prêt à défendre qu’on n’est jamais plus soi-même, sans masque, que quand on est vulnérable, à cran, sensible, comme si notre âme nue ne supportait plus le contact avec l’air extérieur.

“Imagine que tu es posée. A l’abri de tout, tranquille, dans ton paradis, dans un lieu où tu te sens bien, à jamais. Comme à l’intérieur de toi, mais le blanc a remplacé le noir. Tu es apaisée et de tes yeux, tu trouves une autre personne que tu voies, peut-être une autre toi, qui va mal. Comment la regarderais-tu, pour que sans un mot, rien qu’en te regardant, elle se dise à son tour que tout ira bien ?”

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle pose comme je le demandais : le propos était trop vague, et je la sentais bien trop éloignée du modèle que je décrivais pour trouver un moule qui la satisferait. Mon but était de prendre les clichés quand je parlais, la voir réagir aux mots, les savourer éventuellement quelques instants. Le bruit de l’appareil n’existait pas, et j’utilisais mes paupières pour demander la photo, pas besoin de doigt, si bien qu’elle pouvait très bien ne pas se rendre compte que les photos la capturaient alors que je dictais encore mes phrases. J’essayais de prendre son visage sous différents angles, de prendre le buste, le plan américain au niveau des hanches, de modifier la perspective pour trouver le moment magique en déplaçant subtilement l’écran derrière elle.

“Maintenant, tu es pleine de tous les sentiments qui te font souffrir. Ou au contraire, qui te donnent de l’espoir. Ou de l’égarement. Tout ce que tu portes maintenant, tu vas bientôt le hurler à la planète entière, comme tu viens de le faire avec moi. Les micros s’approchent, tu n’es plus qu’à quelques secondes de tout déverser à des millions de personnes qui ne pourront rien faire que de t’entendre, que de t’écouter parler. Tous sont suspendus à la furie que tu vas faire subir au monde alors que les lumières s’allument et qu’on te fait le signal que tu peux t’exprimer.”

Encore une fois, je cherche à capter quelque chose, j’appuie sur des mots en particulier, pour mieux dresser le portrait de son changement de ton, cet espèce de regard qui se cherche sans forcément parvenir à trouver l'intérêt ou la réponse à l’exercice. Comme on pouvait s’attendre, devant ce visage reluisant de honte, de sincérité, en sueur légèrement de son propre déchaînement comme si corps ne pouvait pas contenir sans souffrir des tourments qu’il contenait, je sentis cette légère connection qu’un photographe et son sujet pouvait nouer, entre un rapport discret de domination et l’érotisme lancinant d’un corps figé qui échappait à tout contrôle du mouvement.

“La ville est vide, il n’y existe plus rien que toi et la personne dont tu es amoureuse, à qui tu as envie de tout donner, du moindre centimètre carré de ta peau à la moindre profondeur de ton âme. Vous vous retrouvez enfin après des années, le lien qui vous lie est toujours aussi passionné, le temps n’a eu aucune prise. Tu le retrouves au milieu de cette avenue où vous vous étiez croisés pour la première fois, en sachant avec certitude que vous pourrez vous aimer jusqu’à la fin de votre vie, vous allez bientôt courir l’un vers l’autre. Tu ne sens que ton coeur qui ta bat, tes passions qui le font accélérer, cette foudre qui te dit que tu es vivante.”
Bunta Nakayama
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C’est la première fois depuis des années que tu parles à cœur ouvert. Tu te surprends, au début, à le faire. Ça part dans tous les sens, tu peines à rester cohérente. Mais le message passe. Tu essaies de renouer le contact. Tu essaies… de faire un effort. Et il faut croire que ça paie. Alors tu n’étais à rien de te briser, de t’écraser au sol, une paire de bras s’enroule autour de toi. Comme du ciment, il te consolide. Ça a besoin de sécher, un peu, bien évidemment, pour que les failles ne paraissent plus.

Tu pouffes, sans le vouloir. Chérie, t’es pas un cadeau.

« Non, je le sais. »

Tu réponds, du tac au tac, souriant timidement malgré tes larmes. Bien sûr, lui aussi, il a des choses à dire. Et n’a ni tort, ni raison. Tout comme toi. Vous avez échangé vos ressentis. Et alors, tu sens déjà comme un poids qui s’est envolé de tes épaules. Le simple fait d’avoir pu verbaliser, ça t’a libéré. C’est une chose que tu n’as pas fait depuis tellement longtemps. Trop habituée à t’enfermer. À intérioriser. Tu as même abandonné ton carnet intime. Alors forcément, que ça commençait à faire lourd. Tu ne voulais pas importuner les rares personnes qui veulent encore un peu de toi.

Cette étreinte, elle te fait un bien fou. Elle t’apaise, un peu. Te permet de retrouver un peu de contenance. Un peu de confiance. Un peu de courage, aussi. Assez pour te défaire de ce contact. Tu viens t’essuyer les yeux, doucement. Mais il t’intime de ne pas bouger. Parfaite ? Parfaite pour quoi ? Tu te figes, un peu surprise, ignorant totalement ce qu’il a en tête. Il revient, avec du matériel. Tu ne sais pas trop ce que c’est. Ni trop ce qu’il veut en faire. Ou faire de toi. Tu fronces un sourcil, doucement.

Tu le laisses faire, un peu curieuse, tout de même. Mais sa phrase… te fais t’éclaircir la gorge. Comme ça qu’il a besoin de te prendre ? Il veut te demander un truc cochon ? Le salon va-t-il devenir une habitude, pour ça ? Il va vraiment faire ça après que tu as fait un putain d’effort pour renouer le contact ? Tu mènes une main jusqu’à ton visage, glisse l’ongle de ton pouce entre tes dents, le croque, doucement. Pour autant, tu es toujours à fleur de pot peau.

Il commence à te parler. Tu clos les yeux un instant. T’efforce à ne pas réfléchir. Mais ses mots, ce « prompt » te semble… presque inconnu. Comme si tu n’as plus une seule safe place depuis trop longtemps. Si… peut-être. Les yeux clos, tu revois l’écurie. Tu pensais qu’allait s’imposer à toi une bibliothèque ou la librairie où tu travailles. Mais non, ce sont les écuries qui s’imposent. Ton corps entier se détend. Et… c’est effectivement un autre toi, que tu aperçois. Celle qui était détruire après une chute. Ton regard se remplit de douleur, en te rappelant ce que tu ressentais. Et te rends compte tu chemin que tu as parcouru. Du courage dont tu as fait preuve, ce soir. Et alors, la tristesse, la douleur, la mélancolie disparaissent pour laisser place à de la douceur. De la fierté. Tu le lui dis, silencieusement. Tu iras mieux.

Tu n’es clairement pas une professionnelle, tu ne sais pas poser, tu ne sais pas si ça va bien rendre. Sur le moment, en réalité, tu ignores même ce que veux exactement faire Bunta. Pour autant, tu te prêtes au jeu. Enfin, tu essaies.

Pleine de tous les sentiments qui te font souffrir. Ça, tu connais mieux que le reste… Ton corps entier se tend. Tes yeux s’humidifient de nouveau, mais ton regard se durcit. Lance des éclairs. Ce n’est pas au monde entier que tu t’imagines hurler tout cela.

C’est à ton père…

Ton expression entière est faite de pure haine. De mépris. De colère. Tu lui en veux tellement. Toujours autant. Et tu peines à te calmer. Pour autant, les mots suivants de Bunta te frappent.

La ville est vide, il n’y existe plus rien que toi et la personne dont tu es amoureuse, à qui tu as envie de tout donner, du moindre centimètre carré de ta peau à la moindre profondeur de ton âme. Vous vous retrouvez enfin après des années, le lien qui vous lie est toujours aussi passionné, le temps n’a eu aucune prise. Tu le retrouves au milieu de cette avenue où vous vous étiez croisés pour la première fois, en sachant avec certitude que vous pourrez vous aimer jusqu’à la fin de votre vie, vous allez bientôt courir l’un vers l’autre. Tu ne sens que ton coeur qui ta bat, tes passions qui le font accélérer, cette foudre qui te dit que tu es vivante.

Ce n’est pas une personne qui s’impose à ton esprit. Tu t’es interdit de penser à elle, depuis… bien trop longtemps. Celle à qui tu voulais tout donner. Absolument tout. Et qui te le rendait. Tu t’imagines la retrouver. Les larmes aux yeux, toujours. Mais c’est de l’émotion qu’on peut lire. Du bonheur. De la joie. Du soulagement. De l’espoir, peut-être. Un sourire étire tes lèvres, tremblantes. Comme si tu n’oses pas y croire. Ce qui est vrai. Tu ne veux pas y songer. Tu luttes un peu. Et pourtant…

Pourtant, tu te laisses en rêver, un instant. Un simple instant.

Toi. Et River Saw. De nouveau réunies.

Avant que tes jambes ne te ramènent à la réalité. Que ta jambe diminuée ne puisse plus te porter. Tu renifles, péniblement. Essaie de ne pas craquer. Pas maintenant. Tu as résisté à votre affrontement. Tu ne veux pas plier maintenant. Mais c’est complexe. Très complexe. Trop complexe.

Tu te passes une main sur le visage.

« Excuse-moi… je… suis désolée. Je pense que… j’ai usé de mes dernières ressources niveau énergie pour… cette conversation et jouer le jeu. »

Tu susurres, doucement. Souhaitant garder la face. Tu ne veux pas aborder le sujet. Pas maintenant. C’est trop tôt. Mais ce sera toujours trop tôt, pour toi.

« C’était pour quoi, tout ça ? »

Tu finis par demander, doucement, un peu curieuse.

« Ca avait l’air très précis. Trop… c’est pour le boulot ? »

Tu veux détourner l’attention de toi. Mais tu ignores l’image que tu as pu lui offrir, alors que tu t’adonnais réellement à l’exercice. Il a pu te voir comme toi-même, tu ne t’es jamais vue. Fragile. Sincère. Heureuse, pendant quelques secondes, quelques minutes.

« D’ailleurs… ce sont des photos, que tu as pris ? Tu me montreras ? »

Tu essaies de te relever. Peine un peu. Décide de rester au sol, dans un soupire. Tu ne t’avoues pas vaincu. Tu te laisses juste le temps de respirer un peu et te ressaisir.

Mais si une main se tend, tu ne la refuseras pas…
Astrée Nakayama
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Astrée se lâche, elle est au sol ; tout le corps occupé à remuer son soi a coupé les vivres aux jambes. Un peu étonnée, acceptant la défaite, elle s’y cale et je remballe l’écran synthétique d’une pression sur le bouton. Je ne me précipite pas à son chevet pour la récupérer et la faire tenir contre la cuisine : si elle se sent pas bien, faut qu’elle longe un peu sur le sol le temps de récupérer.

J’en profite pour poser un regard très rapide sur les photos que je pouvais tirer en glissant mon doigt sur l’écran ; pas mal, pas mal, pas mal… Sur la trentaine de photos, toutes avaient besoin de retouches bien sûr, j’étais pas pro, mais quatre me semblaient sublimes ; je les fous en favori tandis que je réponds, légèrement distrait sur les premières syllabes, à Astrée qui s’interroge :

“C’est pour le boulot, t’as saisi. J’ai besoin d’une imagerie un peu exotique, hypnotisante, quelque chose qui laisse une marque. Tu avais le profil parfait sur le moment.”

Cette dernière phrase est un ajout de dernière minute, un drôle de véhicule pour une excuse à peine conscientisée d’avoir brisé cet éclat de discussions entre nous pour le professionnel. Tant que je la photographiais, nous faisions quelque chose de pur. Mais maintenant, peut-être que j’en avais retiré sa dimension sacrée, surtout que les lumières revenaient et que l’instant figé venait de disparaître dans un souvenir. Mais j’étais certain qu’Astrée ne m’en tiendrait pas rigueur : avant le boulot, notre connexion avait tinté et elle avait dû sentir que pour moi aussi, c’était ça le morceau principal ; question job, c’était plutôt le lard. Ma fatigue qui s’était retranchée se remet tel un chat à gratter à la porte. Je pouvais présenter ces photos dès demain si je m’accordais une petite heure de travail supplémentaire.

“Allez patate, t’es épuisée, t’as les yeux qui gonflent, je te ramène au pieu. Tu verras les photos demain, quand j’aurais tout fignolé.”

Je ne tends pas la main, je ne suis pas assez précieux, et trop généreux pour ça. Je la récupère à même le sol et la soulève comme une princesse, un bras pour la nuque, un bras pour le derrière des genoux. Preuve que je fais gaffe, je redouble de précaution quand il s’agit de passer la main sous sa jambe meurtrie ; un esprit rationnel aurait décrété à ma place qu’il n’y avait justement, pas lieu de s’en faire, mais je vais prioriser la prudence avec Astrée et j’apprendrais son territoire. De ce geste de rien du tout, je cale déjà comme une promesse pour la suite de notre relation.

Je la pose sur le lit avec effort après avoir traversé ce couloir comme si c’était du beurre, et comme elle est encore un peu allongée, je la gratifie du baiser quotidien ; j’y sens enfin ses lèvres.

De mon côté, je m’épuise au travail encore une fois, mais pour la bonne cause. Je dirais que je suis plutôt excité de montrer ça aux collègues demain, pas parce qu’Astrée se révélait être un sujet de génie - même si quelques clichés cochaient toutes mes cases - mais surtout parce que c’était ma femme. Allez savoir pourquoi. D’où venait cette fierté, qui étaient ses parents. Je vous jure, je ponds des gosses, je montrerai leurs photos à tous les gens qui peuvent encore voir.

Pendant une bonne heure trente, je joue avec les logiciels. Je peux vous placarder là l’inventaire de ce que je fais mais on se ferait chier, alors je peux au moins vous éclairer sur mes attentions : je ne cherche pas à corriger le visage d’Astrée ou à atténuer son expression, au contraire même, je cherche à accentuer le contraste. Puis je bouge légèrement l’angle de caméra, je fais la découpe, je joue sur la lumière. Je cherche la compo parfaite pour étaler l’émotion brute de la blonde. Puis le plus dur pour tout artiste : prendre du recul, oublier son rapport à l’oeuvre pour tenter de la redécouvrir sous l’angle d’un inconnu et essayer de mimer ce qu’on y puise ; ma sensibilité est boeuf mais je fais de mon mieux. Puis quand on est rompus à l’exercice, on lubrifie son succès.

__

SORA, en train de piquer une clope à BUNTA, regarde son portable et s'interroge : T’as installé InconSeil ?
BUNTA, râleur, aurait préféré que ça vienne pas sur la table : Tu connais ? Il paraît que ça fait un tabac.
SORA, acquiesce de la tête : T’es passé de l’autre côté de la génération, Bunta. Tu l’as téléchargé quand ?
BUNTA, découvre encore l’appli : Ce matin. Dans le bus. J’essaie de coller avec ma femme donc je crois que ce genre de trucs, c’est une manière de m’investir. Je peux cocher les cases les unes après les autres selon les devoirs de l’Incontestable et je peux trouver un minuteur pour savoir le temps qu’il me reste. Puis ça donne des conseils en cas de besoin, comme les activités. C’est directement lié à certaines données de l’Incontestable, c’est certifié gouvernement. Il se trompe de page plusieurs fois, mais ne râle pas, il se fait de bonne volonté.
SORA, d’un doigt agité : C’est aussi dans tes données que ce machin plonge. Y a eu une polémique, mais je sais pas si c’est vrai ou pas. Comme quoi, si ça fait longtemps que t’as baisé, tu commences à avoir des pubs pour des cabarets, ou tu tombes plus facilement sur des contenus osés quand tu te balades sur le net. Afin de t’exciter.
BUNTA, provocateur mais intéressé : Ah ouais ?
SORA : Un de mes amis avait l’appli. Le dernier jour des quatorze, il m’avait dit qu’il cherchait des crayons sur Google, pour checker la marque, puis il est tombé dans la librairie d'images sur une fille nue qui était là quoi. Enfin, qui servait de pot à crayons.
BUNTA, développe son imagerie intérieure : Han ?
SORA : Tu me diras si ça te fait la même chose ?
BUNTA : Ouais, si je suis excité par une nana qui se sert de sa chatte comme taille-crayons, je te dirais. Enfin, quand même, il soupire, le gouvernement nous traite comme des putains de panda.
SORA, songeur, mais vif dans le ton : Moi, je pense que ça m’exciterait. Si elle est belle.
BUNTA : Ouais, une belle fille à poil, bien sûr que ça exciterait. Je te parle des crayons, moi. La plus-value sexuelle des crayons, c'est quoi ?
TANAKA, arrivant précipitamment, l’un des secrétaires de Bunta, sur la sellette après plusieurs bourdes, pourtant quasiment aussi âgé que lui : Bonjour. Bonjour. S’incline. Je ne suis pas en retard à la réunion.
BUNTA, s’allume une clope et détaille le visage rouge du nouvel arrivé, qu’il n’aimait pas franchement : Pas loin d’un retard. Mais ça va.
SORA : Réunion de ?
BUNTA, obligé de déclarer à Sora maintenant : On se fait un compte-rendu sur la semaine à venir avec les hautes têtes. D’ailleurs, si t’as le temps de passer, j’aurais besoin de ton avis. L'invitation avait été polie.
SORA : Bien sûr, j’ai le temps.
BUNTA, pensant l’inverse de ce qu’il va dire : Cool.

______

Deux heures plus tard après que plusieurs personnes soient passées devant pour expliquer les points, les enjeux, les avancées et les retards, et après avoir développé les objectifs de la semaine entre maintes courbettes et powerpoint. On y trouve les têtes pensantes, le réalisateur Ueki, Mitsu la scénariste, Duoduo, la costumière, Rin, l’opératrice-en-chef, quelques autres managers. C’est au tour de Bunta.

_____

BUNTA, frappe dans ses mains quand il est debout et se pose devant tout le monde : Je pense que chacun a fait un petit résumé de ce que j’avais fait. J’aurais plus de sujets à dire si les choses vacillent mais heureusement, cette semaine s’est bien passée. Il regarde la salle intensément. Pour la plupart d’entre-vous. Quelques rires de circonstance : il restait assez élevé dans la hiérarchie pour qu’on se taise quand il frôlait l’humour et il se rendit compte que Tanaka, avec ses notes sur lesquelles il ne marquait rien, riait le plus fort. Ca le détermina à rester sérieux. Je vous montre les clichés dont on avait parlés hier.
UEKI, surpris positivement : T’as fait vite !
BUNTA, faussement modeste : Aaah eh ! C’est moi ! Il clique sur un appareil et on voit la roue du chargement qui touche le mur. Je devais trouver un visuel impactant pour l’héroïne, voici mes idées. Le mur d’un ange s’affiche en grand sur le mur ; on y devine la force, la résistance, la destruction et l’empathie. Bunta fait défiler ses photos et se rend peu à peu compte que la salle est silencieuse. Il s’inquiète au bout d’un moment. Alors ? La salle reste pensive.
UEKI, qui se remet du choc : Tu… Enfin, c’est pas mal. Vraiment pas mal.
MITSU note quelque chose.
SORA, impressionné : Au top, le boulot.
Une vague de murmures salue la performance et on demande à ce que les clichés passent encore ; Bunta ne sait pas s’il est content ou trop surpris par l’effet.
DUODUO : C’est quelque chose. Rin, tu en dis quoi, toi ?
RIN : J’ai besoin de retoucher l’image, bien sûr, mais autrement, le modèle est superbe.
TANAKA, siffle, son verre d’eau à la main : Ah, ça, c’est une jolie salope.
BUNTA : C’est ma femme.
Le bruit que fait Tanaka avec sa gorge et son eau à moitié dans l'œsophage pourrait être comparé à un train qui passe sur une vache, une chaise qui crisse, et un contrat qui part en cendres. Il ne parlera plus de la réunion.
RIN change de sujet : Comment as-tu fait pour lui trouver des émotions pareilles ? Elle est professionnelle ?
BUNTA, se gratte la tête de gêne : Non, je l’ai prise comme ça, après qu’on se soit disputés.
Silence malaisant dans la salle.
RIN, repreneuse de balle professionnelle : T’es un drôle de connard quand même. Mais bon, elle est parfaite. Je ne sais pas ce que tu en penses Ueki ?
UEKI : Si si. C’est mieux que ce que j’imaginais.
DUODUO : Qu’est-ce qu’on fait alors ? On a besoin d’autres photos ?
MITSU, hésite : Non, normalement pas. Mais l’effet est plaisant, je peux imaginer d’autres moments où cette femme apparaît. Oh je vois. Elle se lève, à moitié possédée par sa muse. Chiaki passe dans la rue, elle est démoralisée. Puis sur cet énorme panneau publicitaire, elle voit cette femme. On ne sait même pas si c’est une pub, ou bien le miroir que la société rend à Chiaki, elle qui est noire, petite, déprimée, elle tombe en tête à tête avec cette grande affiche qui remplace la lumière de la lune. C’est son soi à l’envers, c’est la pureté blanche, blonde, internationale, plus fragile et pourtant plus forte qu’elle. Chiaki ne comprend pas si c’est l’image qu’elle croit que la société veut lui imposer, ou le reflet de ses propres désirs...
SORA essaie de lui tapoter l’épaule pour la faire sortir de sa transe : Oui, d’accord, on se calme. Donc oui, il faut qu’elle vienne ?
MITSU, affirmative, hypnotisée par l'ange qu'elle avait devant elle : Oui.
UEKI : Très bien. C’est réglé Bunta. Tu penses que tu pourrais lui dire de passer au studio ?
BUNTA s’est tu depuis très longtemps, quand il avait compris qu’il allait devoir demander à Astrée de venir. Il reprend connaissance quand on prononce son nom.
BUNTA, se frotte les mains : Et bien et bien… Tous les regards sont braqués sur lui ; personne ne s’attend à un non. Tout le monde veut voir cette nouvelle diva, travailler avec elle, la comprendre. Je lui en parlerai ce soir.

__

Je rentrerais plus tôt ce soir : comme l’hostilité entre Astrée et moi se dissipait, mes heures supplémentaires en faisaient de même. Je portais une boîte de chocolats dans la main, avec marqué dessus : “Vous êtes magnifique”, signé Tanaka, une idée de dernière minute pendant la pause-déjeuner pour tenter de calmer une colère terrible qu’il m’avait prêté plutôt à juste titre. Je déchirais cependant le mot pour le jeter dans la poubelle du hall de l’immeuble, avant de monter dans l’ascenseur. J’enlève tenues en trop et sacs et chaussures avant de déclamer :

“Honey, I’m home.” dans un anglais de cinéma à-propos. Elle, posée sur le canapé, se réchauffait du temps qui refroidissait. Je pose directement sur ses genoux la boîte de chocolats : “Tes clichés ont tellement marqué les gens qu’un de mes collègues t’a acheté des chocolats.” Je lui souriais ; c’était une belle félicitation que ce sourire-là chez des gens comme Bunta qui quelques fois, préférait ne rien paraître, comme ses vieux pères de famille marin qui ne souriaient jamais sur leurs photos. Je me saisis d’une pince de musculation pour entraîner un peu mes poignets, ce que je n’avais pas pu faire ce matin, et je me pose à-côté d’elle sur le canapé. Je ne retiens pas la proposition plus longtemps : “J’ai un truc pour toi, reste assise parce que c’est gros. Le studio voudrait potentiellement t’embaucher pour faire quelques clichés supplémentaires. Ça ne prendrait qu’une journée max, peut-être deux. Est-ce que tu accepterais ?” Je me barbouille la bouche de ma main restante et je calme le jeu : “Tu n’es pas obligée d’accepter, si tu sens que c’est trop dur. Quant à moi, enfin, je m’en fiche, je préfère que tu sois heureuse. Je trouve ça fou. Si tu viens, tu seras dorlotée comme une princesse et assez payée pour te payer le premier joyau de la couronne. Pour ce que ça pèse dans ta décision, arf. Fais comme tu le sens et réponds-moi quand tu veux. De toute manière, ce n’est pas pressé, le tournage n’a pas encore commencé. Tu as sept semaines environ pour faire le shooting et je serai avec toi la journée pour te supporter.”

Je me tais, je parlais trop. En plus de mes appareils reposait dans mon sac noir une bouteille de Nikka, au cas où elle serait ravie de tenter l’expérience. Dans le pire, du whisky japonais, c’est jamais perdu chez moi. J’avais bien fait de tout lui décocher maintenant, un poids s’envolait.
Distraitement, je posais sur la table la minuscule carte mémoire pour qu'Astrée, quand elle serait seule, puisse voir à quoi elle ressemblait, quelle empreinte elle avait pu laisser à l'entièreté de la réunion.
Bunta Nakayama
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Aucune main n’est tendue. Au lieu de quoi, tu es soulevée du sol. Bunta te porte, littéralement, en faisant attention à ta jambe boiteuse. Tu détournes le regard, camouflant le rose qui te monte aux joues, alors que tes bras viennent s’enrouler autour de sa nuque, délicatement. Tu te sens tout de même un peu désolée de peser, mais tu sais que tu n’es pas bien en état de refuser son aide précieuse, pour le coup. Tu te laisses allonger, non sans le remercier. Tu te sens… un peu apaisée, malgré tout. Tu apprécies la tournure qu’a pris cette soirée. D’avoir pu lancer l’échange. Débloquer la situation. Ne serait-ce qu’un peu.

Et c’est après votre premier baiser sans dégoût profond, que tu fermes les yeux, et t’endors pour une vraie nuit de sommeil réparateur. La première depuis… trop longtemps, à ton goût, à vrai dire.

La journée du lendemain est totalement banale. Travail, accueil des clients, conseils littéraires, lecture à côté de la fenêtre lorsque la boutique est vide… La journée n’a rien d’extraordinaire. Mais tu te sens déjà mieux et ton sourire est plus lumineux que les jours précédents. Même ton patron le remarque. Il te complimente, d’ailleurs, là-dessus, te disant que tu as l’air d’aller mieux. Mais il ne te pose aucune question. Respecte ta discrétion sur le sujet. Et tu l’en remercies, silencieusement.

Tu l’invites, cependant, à venir prendre un café, lorsque l’heure vient de fermer la boutique. Il te remercie, te suit docilement. Tu l’emmènes dans ton café préféré. Et pour la première fois depuis un moment, déjà, tu sociabilises, un peu, avec plaisir. Vous parlez principalement travail et livres, bien sûr. Mais ça te fait un bien fou.

Il finit par s’excuser, doit rentrer pour passer du temps avec son épouse, et bien sûr, tu le libères, devant en faire de même. Même si tu penses que Bunta va rentrer plus tard. Du moins, c’est le rythme auquel il t’a habituée.

Sur le chemin du retour, tu te décides à faire un détour par un konbini pour faire quelques courses, dans l’idée… de cuisiner le diner. Tu n’es pas une grande cuisinière, mais avec la bonne appli et les bonnes explications… tu prends ton le nécessaire, demandant un sac plastique pour pouvoir mieux transporter tes courses grâce aux poignets et le caissier te mets tes produits dedans, gentiment, avant de te le tendre en te demandant si tu es sûre que ça va aller. Il a remarqué la canne, bien sûr. Tu t’inclines, poliment, pour le remercier, en l’assurant que tu n’as pas un long chemin à faire, avant de sortir et te remettre en route.

Une fois arrivée à l’appartement, tu abandonnes tes affaires à leur place, avant de t’affairer à tes préparations. Tu te coupes deux ou trois fois, grommelant, cherchant des pansements pour couvrir les petites plaies, avant de finir ce que tu fais pour laisser le tout mijoter. Et te demander, finalement, si Bunta va aimer. Après tout… vous n’avez jamais trop discuté de vos goûts et tu t’es orientée vers un plat français par nostalgie – ou peut-être que, tout simplement, tu avais envie d’une blanquette de veau.

Bref, le temps de la cuisson, tu vas t’installer dans le canapé. Peut-être que tu t’assoupi un peu. Ou tu rêvasses. Mais tu es tirée de tout cela par le bruit de la porte qui s’ouvre et se referme. Tu regardes l’heure, par réflexe. Il est… bien plus tôt que ce que tu as l’habitude, pour le coup. Tu fronces un sourcil, un peu surprise. Mais … soit. D’autant plus que c’est bien sa voix qui résonne. En anglais. Tu souris, amusée.

« Okaeri ! »

Tu réponds, doucement, en te redressant. Avant de te retrouver avec une boite sur les genoux. Tu clignes des yeux, montrant quelque peu ton incompréhension. Puis lève le regard vers Bunta qui commence à parler. Et tu… essaies de tout suivre. De tout comprendre. Tes clichés… Les photos de la veille ? Déjà ?

« Attends… tu es en train de me dire que tu les as déjà montrées ? Et que tes collègues les ont vues avant moi ? »

Tu prends un air faussement outré. Mais en même temps, il est vrai que tu aurais bien aimé avoir la primeur du visionnage. Mais la suite te souffle. Grandement. Là, tu te retrouves… à te forcer à inspirer, expirer. Heureusement que tu es déjà assise. On veut que toi, tu viennes, dans un studio, pour, de manière professionnelle et rémunérée, te prendre en photo ? On te le demande ? Et Bunta qui continue. Et toi qui sent l’anxiété monter un peu. Un peu beaucoup.

« Je… j’ai… besoin d’un verre d’eau. »

Tu susurres. Soufflée, tu l’es. Grandement. Besoin d’un verre d’eau et d’une clope, en fait. Tu te lèves, te serre ton verre d’eau, avant de récupérer une de tes plaquette d’anxiolitiques pour t’en avaler un, béquille pour t’aider à te calmer. Puis, tu vas à la fenêtre, pour t’allumer une cigarette. Respirer un grand coup. Avant de te tourner vers Bunta.

« Je… »

Tu cherches tes mots.

« Ce n’est pas tant que je ne veux pas. »

Tu commences, doucement, le regard vissé au sol.

« Je pense simplement… que je n’en serais pas capable. Hier c’était… un moment un peu spécial. Tu as vu une occasion, tu l’as saisi. Je suis … heureuse, vraiment, par contre, que cela soit positif pour toi, pour ton travail ! Ne te méprends pas. Je ne veux pas … risquer de vous décevoir, tous… »

Tu susurres, penaude. Tu ne trouves pas jolie. Tu ne comprends même pas, pour le coup, ce qu’on peut te trouver. Parce que tu ne les as pas vu, ces photos. Alors forcément…

« Je… ne peux pas donner de réponse. Pas tout de suite. »

Nouvelle pause. Tu tires sur ta cigarette avant de jeter le mégot avec agilité. Pas bien. Mais à ce stade… tu emmerdes les gens. Tu es décidée, tout à coup.

« Montre moi les clichés, s’il te plaît, Bunta. »

Tu demandes. Ou bien ordonnes-tu ?

Ton époux, alors, s’exécute. Récupère le matériel nécessaire pour organiser le visionnage. Tu en profites, rapidement, pour aller remuer ta blanquette qui cuit.

Mais lorsque tu te retournes, tu te figes. Et tu en lâches l’outil que tu tenais, qui s’écrase au sol, le tâchant d’un peu de crème. Tant pis. Ce qui t’estomaque, c’est la façon dont tu brilles, comme une étoile, sur ce cliché. Tu en as les larmes aux yeux. Tu ne te reconnais pas vraiment. Et en même temps…

« C’est… ça, que vous voyez, de moi ? En moi ? »

Tu susurres, en t’approchant, lentement, du mur. L’image change. Tu sens qu’il y a de la puissance. Tu déglutis. Baisses le regard.

« C’est toi, qui a réussi à tirer ça de moi… Moi, je n’y suis pour rien. Tu… pourrais en faire tout autant avec n’importe quelle autre personne sachant un minimum poser, non ? »

Tu demandes, essayant de chercher ton trouble. T’interdisant, peut-être, aussi… d’être fière de ces photos. Et de vouloir recommencer. Tu inspires. Tu te mords la lèvre inférieure. Viens ronger l’ongle de ton pouce.

Et puis merde.

Ton psy te dirait d’arrêter de fuir. D’arrêter de te fuir.

« Tu me promets que tu seras là ? Tu penses être capable de trouver les bons mots pour réussir à capturer quelque chose d’aussi bien ? »

Tu n’oses même pas espérer à mieux, en vérité, hein. Nouvelle inspiration.

« Je me fiche de l’argent. »

Nouvelle pause. Ton esprit tourne… rapidement.

« Je vais le faire. Si tu me promets un week-end – long, donc quelques jours de congés à poser, deux ? trois ? – pour nous deux, en dehors de la ville. »

Tu poses tes conditions. Mais elles ne te semblent pas déraisonnables. Puis, le minuteur retenti.

« Ah ! Le repas est prêt. J’ai… fait un plat français. De la blanquette de veau. C’est… de la crème et du veau, des champignons et des carottes, et du riz. Tu penses… que ça peut passer ? Sinon je file te chercher quelque chose au konbini. »

Changement de sujet. Tu éteins le feu sous le plat, pour sortir deux assiettes, en servir déjà une, hésiter pour la seconde.
Astrée Nakayama
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Je rigole quand elle m’accueille comme ça. Mais j’ai en même temps l’humeur perchée sur un couteau, à me tirailler sur la grande question : est-ce que je suis sincèrement heureux d’un bon moment, d’une belle entente, d’une amélioration de la situation, ou est-ce que je me leurrais moi-même sur la durée et que ma joie de son salut ne venait que d’un soupir d’aise de ne pas me retrouver en enfer gris comme les précédentes nuits ? Que je me forçais à être heureux comme un assoiffé dans le désert est prêt à boire de l’eau croupie, car il sait qu’il aura encore des kilomètres à ramper ? C’est une simple question mais il y a un son lancinant qui l’accompagne, une note discordante. Cependant, je vais jouer sur la partition. La meilleure série du monde disait sur le bonheur : il faut faire semblant de l’être, puis à un moment, ou oublie qu’on prétend. Testons et agrippons le positif.

L’échange avec Astrée qui se poursuit est pour la grande part, assez anticipé. Blondie se lève, pas fraîche d’un coup, déjà assommée par l’idée qu’elle puisse être quémandée quelque part, déjà étouffée comme si même de refuser une demande d’inconnus à qui elle ne devait rien lui faisait trop sentir le poids de son malheur. Elle titube, elle ne veut pas, je culpabilise un peu de ne pas lui avoir montré plus tôt les clichés (puis j’oublie), je la guette depuis le canapé le temps qu’elle laisse échapper ses mots. J’apprends à écouter, et c’est rageant de voir à quel point c’est facile.

Par contre, je bouge. Je me mets en position attentive quand elle déverse les phrases pour se libérer du poids des pensées qui la pèsent, puis quand elle dit qu’elle doit réfléchir à la réponse, comme si je lui assurais que l’au-delà existait à condition de trouver la bonne religion et lui demandais en même temps de deviner maintenant la divinité, je lève mes bras pour dire que ce n’était pas un problème et qu’il n’y avait pas de souci à se faire.

Puis Astrée me demande, presque inquiète, surtout curieuse, de son minois doux, à apercevoir les photos qui semblaient la hanter joliment depuis hier. Y flairait-elle de nouvelles puissances, ou espérait-elle trouver des limites et se lamenter encore plus ? De toute manière, je récupère ma carte mémoire sur la table basse, elle avait bien le droit de voir. Je l’insère dans notre bonne grande télé et et je traverse les menus pour arriver aux bonnes images, comme je l’avais fait tantôt. Le choc voyeuriste y est cependant beaucoup plus intime.

Je scrute la femme pour y relever tous les détails possibles et comprendre les troubles qui la prenaient. Mais j’étais pas analyse, pas physionomiste et certainement pas subtil. Pourtant, difficile de louper la transformation de visage d’Astrée qui rendait la pièce grave. Quelque chose s’éveille en elle, quelque chose de gros. Un bon félin des familles dans sa grotte d’hibernation. Quelque part, j’étais content de savoir qu’une simple séance photo allait pouvoir relancer les marées dans la petite Astrée. Je lui rendais d’une certaine manière, son coup de gueule qui nous avait fait avancer. Mais c’est avant tout une autre force qui m’accroche à son visage. Je dirais au jugé, l’empathie. Je pouvais ressentir, ou effleurer les émotions qui se lisaient sur son visage, et il y avait quelque chose de beau là-dedans, un plaisir loin de la médiocrité.

Les secondes défilent et je peine à saisir, de mon petit rien de cerveau, tout ce qui peut se passer en elle. Je suis juste le spectateur de ce petit mouvement. Je tente de décoincer l’atmosphère un peu, pour casser la magie - quelques fois, il ne vaut mieux pas s’engouffrer dans la fascination.

“C’est comme entendre sa voix enregistrée, mais dans le bon sens.”

Elle présente ses doutes, forcément qu’ils avaient leur mot à dire, ils avaient tout un Sénat à l’intérieur de ses poumons qui se prononçaient dès que la moindre chose positive leur tombait dessus. Mais étonnamment, j’avais déjà anticipé ma réponse et j’étais enfin debout pour promouvoir mon propre moment :

“Ecoute Astrée, peut-être que quelqu’un de professionnel pourrait tirer de ça de n’importe quelle nana. Mais toi, là-dessus, tu ne poses pas. Tu ne sais pas poser, c’est un art. Là ici, c’est toi, vue par moi, point. Qu’est-ce qu’on se fout de ce que sont capables de faire les autres avec les autres, franchement.” Cette dernière phrase, je la veux si critique que je la grommelle, comme pour lui dire qu’elle était parfaitement ridicule à poser ce genre de questions. Je me penche légèrement pour donner à mes prochains mots une atmosphère de secret : “Tu ne le sais pas mais tu es parfois magnifique.”

C’est un compliment sincère, mais je ne lui ai pas donné gratuitement, pour la faire sourire, et encore, si elle sourit ! si elle y croit ! si elle comprend même ! Mais il faut bien justifier aussi pourquoi elle trouve ces photos belles. C’est aussi parce qu’il y a une belle femme dessus. Je parie qu’elle se regarde dans le miroir le matin et se clame “Ah mais que je suis laide”, puis elle passe dans la rue, plus fraîche d’une douche déjà, et les regards se tournent pourtant.

Astrée me pose alors plusieurs questions maintenant qu’elle a accepté, et j’ai besoin de quelques secondes de réflexion ; j’en presse des réponses moins, ou plus, satisfaisantes. Je me rends compte que son retournement de situation me met du baume au cœur et m’excite un peu.

“Je ne sais pas jusque-là si c’est moi qui prendra les clichés, voire si j’assisterais à la séance. Tu seras sous les ordres de notre opératrice ou d’une de ses subordonnées. Je pourrais être là pour te rassurer certainement. Tu sais quoi, je demanderai. Et s’il le faut, j’exigerai.” Pour de meilleures nouvelles, je filais vite : “Deux jours de congés, je pourrais peut-être poser, trois si je trime plus que de raison. Et je sais parfaitement où on va aller ! Je connais des amis qui louent une maison à Okinawa au bord de plage. On pourra aller à la fin de saison, ils n’auront personne et ne nous feront rien payer. Je te ferai goûter les spécialités de l’île, je connais par coeur ! Ma mère et mon oncle viennent de là-bas. Tu verras, ça sera le paradis. La plage blanche, le soleil, les plus belles chemises du monde, la décontraction des gens. Ah, mais maintenant, c’est à moi que je mets l’eau à la bouche !”

Le dîner allait être servi et c’était madame qui s’en était occupée ; cette petite soirée toute décontractée dans une famille parfaite me faisait le plus grand bien. J’y retombais peut-être sur des clichés, mais c’était un confort qui apaisait un peu l’esprit, après la décharge de travail de ces derniers temps et l’énergie de la veille passée dans notre réconciliation. Je lui avais dit que c’était parfait et que j’avais hâte de goûter ; quant à moi, je servais mon Nikka dans deux petits verres.

Deux Kanpai plus tard, je pouvais porter le verre au-dessus de l’assiette et de ses arômes pour me délecter de la première gorgée. Qu’est-ce que c’était bon, merde ! Je pose, j’attends un peu que ma langue s’en remette, puis j’attaque le plat.

“Très bon”, je dis la première bouchée à moitié encore dans le gosier. Je le pensais.

Pendant le repas où j’ingurgite tout le plat plus le rab, ce qui était allons, pas trop loin d’une manoeuvre diplomatique je le concède, et alors que j’enfile respectueusement quelques rasades en trop de whisky, je raconte à Astrée les charmes d’Okinawa. Je lui parle de ses rues calmes, des gens charmants, de la bonté du soleil et de l’eau à la température parfaite. Je lâche peu de détails sur mes souvenirs d’enfants et d’ados, tout simplement parce que tout ça remonte à loin, mais j’étais persuadé qu’une fois sur place, le tout me reviendrait par à-coups, rien qu’en entendant le son des vagues. Il faut savoir pêcher aussi ! Peut-être que j’irai sur une barque avec un très vieux cousin pour une aprèm histoire de lancer la ligne, un peu de bateau. J’en rêve maintenant, quelle bonne idée servie par une belle proposition.

Si je ne parle pas, c’est que je mange ! Je me tais tout à fait quand il est question du shooting, je préfère ne pas préparer le stress d’Astrée plus que nécessaire. Au contraire, Okinawa est mon miroir aux alouettes pour lui donner envie, de rendre quelques photos, une simple formalité, comme poser ses bagages à l’aéroport. Peut-être que le seul truc sur laquelle j’oserais m’épancher, ce ne fut qu’à la fin du repas pour dire :

“C’est toi qui choisis la date pour tes photos. Et depuis elle, je prépare notre voyage.” Puis je me cogne le poing contre le front pour me frapper d’avoir oublié. “Oh, avant toute chose, il me faut tes mensurations ! Duoduo a plusieurs robes mais elle a besoin de connaître tes formes pour les préparer. Je l’ai prévenu que t’étais…” Comment disait-on, gâtée sur les courbes, mais avec déférence ? “... Un bon sablier.” Pas mal. 3/10. “Si tu les as, écris-les-moi, sinon préviens-moi un soir et je te mesurerai. En attendant, je me lève tôt demain, je vais me raser maintenant.”

En disant ça, j’avais placé la majorité de la vaisselle dans la machine, je pouvais partir sans culpabilité. Puis quand je passe, elle assise sur sa chaise, je me penche et je l’embrasse. Vraiment cette fois-ci. Plus que la seconde nécessaire. Plutôt cinq secondes, voire un peu plus. Je la goûte avec volupté comme une pêche de printemps, sans agression. Juste le résultat de l’alcool, et peut-être de ces dernières ving-quatre heures. Sur le dernier geste, ma main s’était posée contre sa joue. Je brise le contact lentement, et je décampe dans le couloir, fier comme un poète qui a délivré ses vers nés de la veille à sa muse encore engourdie par l’investissement du prétendant.
Puis je vais sur l’appli InconSeil, et je note que le bisou quotidien avait été réalisé. J’étais pas mal pour aujourd’hui.
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Tu sens que tu mets le doigt sur ce qui te semble si désagréable, chez Bunta et… paradoxalement… ce qui est extrêmement rafraichissant : il est brut de décoffrage, ne mâche pas ses mots et ne s’inquiète pas de choisir ses tournures de phrases. Il n’est pas une vipère. Il est un putain d’ours. Un ours qui te brusque, te bouscule, mais qui te fait te dire, également, que tu n’as pas envie de plier. Ni de te fissurer, plus encore. Il est aux antipodes de ces gens que tu as côtoyé dans ta jeunesse, ou même lorsque tu étais… professionnelle. Tu n’es pas habituée à cela. Encore moins de la part d’un japonais. C’est un fait. Et du coup… ça t’irrite.

Mais là… pour la première fois… son franc parlé, son manque de délicatesse te… fait plaisir. Tout du moins, te fait chaud au cœur. Pour une fois. Peut-être même pour la première fois, à vrai dire. Tu baisses les yeux, un instant, doutant de les mériter. Et en même temps, c’est de Bunta que l’on parle.

Tu ne le sais pas mais tu es parfois magnifique.

Ces mots te semblent tellement bien plus aisés à croire que ceux qui te disent tout simplement que « tu es belle », « tu es splendide », « tu es magnifique » tout court. Pour toi qui t’es habituée à voir le verre à moitié vide, il t’es plus simple d’accepter, un petit peu, le compliment de quelqu’un qui te dit que tu es « parfois » magnifique. Tu souris, sans le vouloir. Te passes une main sur la nuque.

Finalement, le sujet se détourne de « toi » directement, pour aller sur le shooting. Tu fais la moue. Réfléchis.

« Non. Tu dois être là… S’il te plaît. »

Tu demandes, doucement, en relevant le regard vers lui. Il se met à te parler d’Okinawa. Visiblement, il a déjà la destination en tête. Tu ne connais pas. Tu ne le contredis pas. Ça à l’air de lui faire plaisir. Okinawa, donc. Tu hoches du chef. Tu n’es pas encore entièrement prête à t’imposer, visiblement. L’éclat de la veille t’a donné un petit boost de confiance en toi, mais visiblement pas à ce point. Tu te notes, psychologiquement, de travailler sur ce point. Un petit peu.

Le repas, tranquillement. Et Bunta qui semble apprécier. Tu espères, cependant, que c’est sincère et qu’il ne se force pas. Et cela te travaille, tout du long. Tu déglutis, doucement. Essayant de profiter de ton repas. Les restes, ça fera au moins une part pour demain midi, s’il désire l’emporter. Sinon, tu te feras une gamelle.

Et vient la fin du repas. Repas où tu as bu, également, un petit peu. Petit mélange d’alcool et d’anxiolitique. Cela te met un coup de barre. Assommée, un peu. C’est toi qui décides de la date ? Tu hoches du chef. Tu verras demain tes disponibilités. Tu te frottes les yeux, lentement, avant de soupirer. Tu ne prêtes même plus vraiment attention à ce qu’il se passe. Bon. Le dernier verre était peut-être de trop. Avant de relever le regard et froncer les sourcils. Sablier ?

« Je… suis loin des standards typiquement japonais, je suppose… »

Enfin, non. Tu ne supposes pas. C’est plutôt une façon de parler. Tu soupires. Tu ne t’es pas bien exprimée, une fois encore. Tu balaies tes mots d’un geste de main vague.

« Bref. Je ne les ai pas. Mais je peux le faire moi-même, si on me dit comment et où je dois les prendre. »

Tu réponds, doucement. Ce n’est pas dit méchamment. Plutôt sur le ton de la constatation. Mais tu hoches du chef. Il doit aller se coucher. Et toi aussi, tu es fatiguée. Les événements de la veille, les nouvelles de la journée, le travail… le whisky et les médicaments. Tu as besoin de te coucher.

Tu ne t’attendais, cependant, pas à ce baiser. Bien que tu aurais dû. C’est normal. C’est le baiser quotidien. Mais il a une saveur différente. Tu te surprends à fermer les yeux, sous la caresse de ses doigts, de sa paume, contre ta joue. Avant de soupirer. L’observer s’éloigner. Tu finis ton verre. Te remplis une bouteille d’eau. Avant de boitiller jusqu’à la chambre. Ta jambe est raide. Te fais mal. Mais tu serres les dents, le temps de te préparer à dormir. Un t-shirt trop large. Le reste, ôté. La bouteille posée sur la table basse. Le portable à la charge, avec le réveil réglé. Tu finis par te poser dans ton oreiller, sous la couverture. Les yeux clos. Et le sommeil qui te vient rapidement, après une dernière pensée.

Aujourd’hui était une meilleure journée qu’hier.

Le réveil est toujours trop tôt à ton goût. Surtout que tu t’es réveillée, quand celui de Bunta a sonné et en as profité pour boire un peu d’eau avant d’essayer de te rendormir, après lui avoir souhaité une bonne journée, d’une voix ensommeillée.

La journée va se passer comme d’habitude. Sans encombre. En revanche et cela tombe bien, ton chef te demande si tu es disponible pour travailler samedi, lui a une urgence d’ordre familiale. Tu acceptes, sachant qu’il te rendra un jour dans la semaine qui suit.

C’est donc, forcément, un sourire aux lèvres, plutôt contente de pouvoir annoncer à Bunta que tu as une disponibilité rapidement que tu rentres à la maison. En l’attendant, tu te rends dans ton bureau, mais ne fermes pas totalement la porte. Te contentes de la laisser entrouverte, avant de te poser devant une feuille, crayon à la main.

Lorsque les signes de son arrivée se font entendre, tu lui laisses le temps de se poser, avant de le rejoindre, en prenant appui sur ta canne et lui annoncer la bonne nouvelle.

« Jeudi prochain, pour le shooting, ça vous irait ? »

Tu demandes, doucement.

« J’ai un jour de congé pour rattraper ce samedi à venir. Je me disais que… eh bien. Tu m’as dit de choisir la date, hier soir. Donc… jeudi prochain ? »

Pour le coup, tu ne lui laisses pas vraiment l’occasion de te dire non. Mais en vérité, tu sais que cela ne va pas dépendre que de lui. Et qu’il va falloir passer par la case mensurations. Ça fait si longtemps que tu ne les as pas… prise. Que tu ne t’en es pas souciée. Tu as sûrement dû prendre du poids, d’ailleurs, depuis… depuis.

Mais ça, on s’en fout. Ce n’est pas le sujet.

En revanche, le repas et l’activité de ce soir, eux, sont des sujets. De bons sujets. Que tu abordes, en désirant vraiment son avis. Pas simplement pour la politesse.

Ce n’est pas encore entièrement ça, tu restes encore un peu sur la défensive, mais… déjà, la glace est brisée. Et rien que ça, c’est une étape énorme. Une étape que tu n’as pas été capable de franchir avec tout le monde, encore… Peut-être est-ce le début de beaucoup de choses. Peut-être… ?
Astrée Nakayama
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