Just Married
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22/11/2013


Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Une petite chèvre. BHÊÊÊ. ♫
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Épreuve 3 ;;
Jouet avec le feu
La nostalgie, un beau sentiment, mais parfois un peu triste. Pourtant, voilà que vous retrouvez vos jouets d'enfance. Ceux qui vous ont suivi durant de nombreuses années et qui vous ont vu grandir. L'occasion de se remémorer de bons moments passés ensemble. Attendez... Est-ce que l'un d'eux ne vient pas de bouger ?! Mais si, le voilà qui s'approche de vous et, visiblement, il ne semble pas particulièrement content. Ses camarades non plus. Apparemment, ils ont des comptes à régler avec vous.

Rappel des règles

✗ Cette épreuve est un duo écho.
✗ Vous avez deux jours pour faire un post chacun.
✗ L'épreuve se termine donc le 29 mai à 23h59.
✗ Les posts sont limités à 1500 mots maximum.

✗ Rappel du duo écho
Dans une épreuve duo, deux champions de forum différent sont mis ensemble afin de poster chacun un post unique de 1500 mots maximum.
La particularité, c'est que dans un duo écho, les deux textes doivent faire écho l'un à l'autre. Cela peut-être au travers d'un même personnage apparaissant dans les deux posts, une même scène, une action identique... Quelque chose doit lier les deux posts selon le détail qu'il vous plaira. Laissez libre court à votre imagination !
Attention, utiliser un même code ou faire apparaître une même phrase n'est pas suffisant. Jouez bien le jeu.

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L'Incontesté
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Machine à écrire
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Invité
Beldura Glow
Anonymous
Beldura Glow

Spoiler:


Un coffre à jouets, intact sur la terre brûlée. Ses charnières paraissaient même neuves, ne grinçant pas lorsqu’elle en souleva le couvercle. Jaillirent alors des flammes, hautes, si hautes assorties de cris de douleurs qui la pénétrèrent jusqu’à la moelle des os. Elle recula avec un hurlement de terreur. Face à sa plus grande peur, elle rampait, les yeux agrandis, jusqu'à se trouver à suffisamment bonne distance pour ne plus sentir l’infernale chaleur, se rouler en boule et pleurer, encore et encore. Elle n’avait cure de salir sa robe avec le sol qui n’était plus que cendres et charbon, elle souhaitait juste …

"Ne pleure pas."

Avec un cri, elle bondit de côté. Personne ne pouvait être là. Personne n’avait survécu à ces flammes,encore nichées dans le coffre à jouet et qui avaient tout ravagé. Alors qui, comment ? Le coeur battant aussi fort que s’il s’apprêtait à briser sa cage thoracique pour en jaillir, elle tenta de regarder autour d’elle.

"Je suis là, Belle, en bas."

Cela faisait si longtemps que plus personne ne l'avait appelée ainsi. Parmi ceux qui employaient ce diminutif, plus aucun n’était encore en vie. Aujourd'hui, on l’appelait plus souvent “Majesté” que par son nom. S’attendant presque à croiser le regard d’un de ses frères, frissonnant d’horreur froide à cette idée, elle regarda vers le sol calciné.
Mais ce n’était pas un frère. C’était Étincelle. Une poupée de jute marron, aux cheveux en laine noire et aux yeux en boutons jaunes. Sa maman l’avait faite pour elle, et remplie de la paille de la grange. Beldura avait joué avec Étincelle, d’aussi longtemps qu’elle s’en souvienne. Elle l’emmenait partout avec elle, tenant dans sa main son bras, ou bien la calant dans la ceinture d’un vêtement. Elles étaient inséparables. Elle lui racontait tout. Les cours et les devoirs, les jeux avec les amis, les chamailleries avec ses frères et sœurs, les punitions. C’était sa plus grande confidente. sa complice la plus intime.
Étincelle était là, évidemment, le jour où …
Étincelle était restée sur le tas de foin, alors que le monde s’était transformé en incendie n'épargnant que celle qui l’avait causé. Tous les autres avaient péri, cuits dans la chaleur ou étouffés par la fumée noire, dense. Et Beldura n’avait jamais osé repenser à Étincelle, et avait banni le Feu de sa vie, terrorisée, avant, lentement, de commencer à craindre le monde entier.
Mais cette Étincelle-ci ne ressemblait plus à la poupée tant aimée. Sa robe au tissu noirci était trouée, du foin carbonisé en dépassait, et ses cheveux avaient disparu. Surtout, toute une partie de son visage avait disparu, mangée par les flammes. Face à cette vision terrible, Beldura gémit et se remit à pleurer, étalant un peu plus la suie sur son visage.

"Tu m’as détruite, Belle. Tu as tout détruit."

Incapable de lui répondre, la jeune femme se recroquevilla sur elle même, frissonnante, ramenant contre sa poitrine ses genoux. Elle détourna le visage, plaquant ses mains sur ses yeux, pour ne plus avoir à voir ni la poupée, ni le coffre où les flammes s’étaient éteintes, ni même la terre où s’était, il y a longtemps, tenue sa maison. Elle savait qu’elle avait tout détruit. Elle savait très bien que tout était de sa faute. Que si elle n'avait pas joué avec le feu dans le foin, que si elle n’avait pas tout embrasé, puis eu trop peur pour contrôler les flammes, sa famille serait encore là. Elle le savait, et cela faisait vingt et un ans que ça la rongeait,que cette certitude détruisait sa vie, déterminant tous ses rapports sociaux, toutes ses actions. Elle n’avait pas besoin qu’Étincelle le lui dise. Si elle avait pu revenir cette journée là …

"Va voir dans le coffre. Ne fuis pas. Plus tu fuiras, pire ce sera. Si tu fuis, tout recommencera."

Ne sachant pas pourquoi, elle obéit. Elle rampa jusqu'au coffre à jouets ouvert au milieu de rien, trônant sur les cendres. Elle tremblait de terreur, glacée à l’idée que de nouveau, des flammes jaillissent. Pourtant, rien. Et quand elle y jeta un oeil, elle y vit toute son enfance.
Tous les jouets dont elle se souvenait étaient là, rassemblés. Les jouets de son grand frère, les jouets des jumeaux. Ses jouets. Tous, ils étaient tous là. Elle les revoyait soudain, plus nettement qu’elle ne les avait jamais vu, riant et inventant des histoires.
Mais les joujoux ne ressemblaient plus à ce qu'ils avaient été. Les soldats de plomb étaient un peu fondus, les hochets n’étaient plus que du charbon. Il manquait des bouts aux poupées noircies, et les ballons étaient plats, racornis par la chaleur. L’odeur, âcre, piquante, brûlante, la prit à la gorge. Tous avaient souffert de l’incendie, comme elle.

"Que veux-tu de moi ?"
souffla enfin Beldura à Etincelle assise sur le rebord du coffre. "Je suis tellement désolée …"

Ces mots semblèrent lui écorcher la gorge. Tout piquait, comme encore irrité par la fumée.

"Tu peux être désolée. Mais ça ne changera rien. C’est fini, c’est passé. On ne modifie plus le passé. Nous ne sommes plus."

Lorsqu’elle reporta ses yeux sur le coffre, il était vide. Seule restait Étincelle. Elle eut un nouveau mouvement de recul, regarda la poupée.

"Il n’y a qu’une seule manière d’éviter ça, de nouveau, de ne plus avoir peur. Et tu le sais."

A ces mots, Beldura, assise, regarda ses mains. Sur sa peau blanche, il y avait des traces noires, laissées par le sol brûlé. Ses longs doigts fins semblaient curieusement épargnés. C'étaient d’eux qu'était venu tout son malheur, c’étaient d’eux que sortaient les petites boules de feu qui avaient chamboulé tout son univers. Elle frissonna, et cela fit jaillir des étincelles, si lumineuses au-dessus de cette terre brûlée, sinistrée. Si pleines de vie. Elle eut un mouvement de recul.

"Tu as toujours le Feu en toi, Belle. Et tu l’auras toujours. A toi de décider ce que tu veux en faire …"

Elle regarda Étincelle, avec un air suppliant. Elle savait parfaitement que la poupée avait raison .. D’ailleurs, n'était-ce pas un sourire qu’elle voyait sur ce visage démembré ? Beldura devait apprendre à maîtriser ce pouvoir, son pouvoir, le pouvoir de toute sa famille depuis des générations.

"Tu en es capable. Tu es plus forte que tu ne le crois."

Capable ? Elle n’était plus capable de rien, depuis des années.

"Qui règne sur Minos ? Qui a fait d’un continent méprisé une terre d’accueil rayonnante ? Si tu as fait ça, tu peux maîtriser le Feu."

Comment ? Comment affronter cette terreur qui la définissait ? Comment ne plus avoir peur ? Comment ne plus trembler face aux braises, aux étincelles, aux flammes ? Elle ouvrit la bouche, pour demander, mais il n’y avait plus d'Étincelle, plus de coffre. Plus rien, mis à part cette terre brûlée, ce terrain sinistré qui fut, autrefois, sa maison. Pourtant, il lui semblait voir des fleurs commencer à sortir de cette terre …

Dans un sursaut, la Reine de Minos reprit une goulée d’air, et se rendit compte qu’elle était dans sa chambre. Seule, couverte de sueur, mais bien dans un immense lit aux draps blancs. Moulue, courbaturée, le rythme cardiaque incertain, elle fit en sorte de se calmer, et se leva. Alors que de douces lumières magiques éclairaient la pièce, contrant tout à la fois sa peur du feu et sa peur du noir, elle alla dans sa salle de bains afin de se laver les mains. Lorsque l’eau coula sur elles, elle ressortit claire, et la jeune femme en fut surprise. Ses étaient toujours longues, fines et blanches, mais elle s'attendait à les trouver noircies, rougies, un peu brûlées. Mais rien.
C’était ridicule. Elle soupira, passa de l’eau sur son visage et croisa son regard dans le miroir. Étincelle avait raison, évidemment. Mais, si elle parvenait à affronter les peurs qui, depuis toujours, faisaient d’elle ce qu’elle était … que devenait-elle ? Pouvait-elle être autre chose que cette fille apeurée, qui pleurait, tremblait, frissonnait, paniquait ? C’était elle toute entière que la poupée de son rêve avait suggéré qu’elle change.
Serait-ce une si grave, de changer ? Son meilleur ami n’était plus, l’homme qu’elle avait aimé l’avait quittée. Elle était seule et ce depuis des années. Mais aujourd'hui, il y avait l’Ombre à combattre, et elle restait recroquevillée dans ses terreurs d’enfance. Alors même qu’elle était Reine ! Aussi dur que ce soit, il fallait absolument qu'elle apprivoise ses peurs et maîtrise son pouvoir. Pour les siens. Pour protéger ceux qui l'aimaient.

Elle n’était pas seule. Elle avait tout Minos avec elle. L'étincelle de leur amour la soutiendrait. Alors, elle allait demander de l’air, pour aller mieux, enfin. Et raviver les braises de sa vie, pour en faire un feu de joie.
Beldura Glow
Anonymous
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Invité
Loupiote (L'Entre-Passe)
Anonymous
L'Entre Passe:

Loupiote:


Les ombres qui se jettent contre les murs de la petite maison, cette petite chaumière dont tu as laissé les briques sombrées dans les méandres de ta mémoire. Son ombre, celle de ta mère. Aveuglé. Cette lumière te brûle les rétines, t’aveugle. Elle provoque en toi une chaleur insoutenable, tout ton être semble brûlé. Toi, tu veux hurler. De toutes tes forces, désespérément, tu appuies sur cet interrupteur, tu tentes de capturer la source de tous tes maux entre tes mains, encore et encore. Mais rien n’y fait : la lumière ne s’éteint pas, te provoque une douleur désagréable, ton corps se tord, tu te laisses tomber sur le sol, poses tes mains contre ton visage. Que l’obscurité reprenne ses droits… Vite, parce que tu ne tiendras pas. Les larmes dévalent le long de tes joues, s’écrasent sur le sol avec une violence rare. Chaque battement de cœur manque de t’arracher un hurlement saugrenue. Non, ne pleures pas. Tu ne dois pas pleurer. Tu as toujours été plus fort que ça, plus fort que la mort, plus fort que la lumière. Tu la domine maintenant, tu es son maître. Alors pourquoi refuse-t-elle de se soustraire à ta volonté ?

«Ouvre les yeux, Loupiote.»

Et tu t’exécutes. Parce que dans cette pièce ne reste que des cendres, des ombres, les traces d’un enfant que l’on a brisé bien trop tôt. Un enfant qui adorait sa peluche. Une peluche qui est un peu trop en vie pour ton cerveau de scientifique endurci. Une peluche sans visage, une silhouette. Tu es aveuglé, les yeux plissés, tu n’arrives pas à la distinguer correctement.

«Pourquoi craindre la lumière, Mélio ?»

Mélio. Un premier coup, en plein dans la cage thoracique pendant que ce premier souvenir jaillit de de ton subconscient. La douce voix de ta mère te chatouille les oreilles, les rires des enfants tandis qu’ils japaient en cœur le nom de ce pauvre gosse que tu étais, trop bon, trop con. Parmi les multiples fantômes qui peuplent le mur, un premier fil semble jaillir, se planter dans la peluche qui pousse un petit cri au passage. Tu esquisses un sourire. Loupiote. Cela n’a quand même pas grand rapport avec ton prénom d’origine. Mélio. Mélio. Mélio. Pourquoi te le répéter en boucle ? Parce que tu ne veux pas l’oublier, pas encore une voix, ce simple mot qui a fait trembler la voix de plus d’une personne de ton vivant, qui en a fait rire certains, pleurer d'autres. Souillé. Il a été souillé, probablement autant que ce pauvre jouet dont tu ne distingues même pas le visage. Tes mains se plaquent à nouveau contre tes yeux tandis que tu ramènes tes genoux contre ton torse. Tu as peur. Tu l’avoues, tu es terrifié. De ce sentiment purement mauvais que tu n’arrives pas, que tu n’arrives plus à apprécier. Parce qu’il te bouffe, il te dévore, il te grignote, ne reste que de l’enfant intérieur qu’un misérable tas de poussières bien cachés sous les traumatismes et l’ignorance.

«Tu m’as plongé dans l’obscurité, Mélio. Tu as fui, tu m’as abandonné. Moi, j’aurais pu te rassurer. J’aurais pu faire en sorte que tu ailles mieux, Mélio. Moi, je t’aurais fait un câlin, j’aurais conservé l’odeur si précieuse et rassurante de ta mère, le souvenir de tous ces moments passés contre elle, de ses baisers qu’elle nous offrait à toi et à moi chaque soir. Mais non, comme toujours, tu as préféré mettre la tête dans le trou.»

Le plus violent dans cette histoire ? Tu sais qu’il a raison. Et pire encore, tu as voulu te venger du monde entier. Si toi, tu n’as pas eu le droit au bonheur, si toi, tu n’as pas à eu le droit à la lumière, alors les autres non plus. Tu t’es laissé consumer par un incendie dévastateur, tu as laissé l’Enfer t’accueillir en son sein, sans hésiter un seul instant. Consumé. Les ombres. De nouveaux fils jaillissent, se tendent, commencent à t’encercler tandis que tes pauvres yeux s’habituent à la lumière.  

«A jamais. Elle sera à jamais avec toi. Tu l’as vu de toi-même, Mélio, il y a une vie après la mort. Alors pourquoi continues-tu de faire semblant de nous avoir oublier, Mélio ? C’est plus simple ? Tu ne veux pas que ta conscience te rattrape ? Mais comment fait-on, maintenant, Mélio ? Qu’est-ce que tu vas faire maintenant que tu es confronté à ce qui te terrifie tant ? Oui, Mélio, elle t’a vu. Et moi aussi, je t’ai vu. Et j’ai si honte, et je suis en colère contre toi. En colère parce que tu as tout cramé, ton honneur, ta dignité, la sienne, tu ne lui as pas rendu hommage, tu as simplement écrasé sans aucun scrupule ce qu’elle aimait tant, toi, sombre idiot. Tu n’as même pas cherché à comprendre, tu as simplement mis la tête dans le trou. Pauvre imbécile, on t’aimait tellement Mélio, et moi, je t’aime encore tellement. Mais je ne suis plus certain que tu mérites cet amour. Alors, fais au moins une chose pour moi…»

Un rire nerveux t’échappe. Le comble du comble, c’est que tu as envie de lui rendre service, à cette peluche. Comment tu l’appelais déjà ? Tu ne sais plus. Tout est encore trop flou dans ton esprit, il y a trop d’informations d’un coup. Mais… La lumière. Elle te dérange de moins en moins. Tu t’apaises. Tes yeux ambrés s’ouvrent doucement sur ce monde : celui que tu as oublié. Maman. Toi, Mélio.

«Ne crains plus la lumière. Ce n’est pas pour rien qu’elle est l’essence même de ton don aujourd’hui Mélio. Ouvre les yeux. Ouvre les. Tu es le seul à en être capable, tu es le seul capable d’avoir le déclic, celui qui te fera sortir de l’Entre-Passe. Parce que tu le détestes, cet endroit, au fond. Et que ta mère, elle t’attend. Vous vous croiserez peut-être, dans un futur proche. Mélio, tu es capable de prendre la lumière, mais tu es aussi capable de la rendre. Tu ne vois que l’obscurité, constamment. Mais tu peux aussi être un guide, ton guide. Comme tu l’as fait pour elle. Elle avait peur, mon grand. Elle avait peur, alors pourquoi ne pas l’avoir enfoncé comme tu le fais habituellement ? Tu as voulu l’aider, parce qu’au fond, la flamme n’est jamais morte. Tu n’as jamais réussi à dégager la lumière de ton être, Mélio. Pour moi, cesse de la craindre. Si tu n’arrives pas à le faire pour toi, trouve la force de le faire pour moi, pour elle, pour Maman. Mais surtout pour elle, tu ne penses pas qu’elle le mérite ?»

Une nouvelle larme glisse le long de ta joue tandis que la peluche commence à sortir de l’ombre, des centaines de fils dansant autour d’elle, vase endiablée qui provoque en toi des sentiments que tu pensais morts. Renaissance. Magie. Mille et une couleurs, des lucioles, un tourbillon d’étincelles. Les protagonistes de la scène sortent de l’ombre, tes yeux se posent sur la peluche. Petite, la peau hâlée, les mains encrassées par la cendre, le regard triste et perdu. Oui, tu te souviens, tu te souviens.

Voilà que tes yeux s’ouvrent en grand. Tu appuies une nouvelle fois sur l’interrupteur, la lumière s’éteint. Tu la rallumes, et ainsi de suite. Tu as repris le contrôle sur la situation. Alors tu te baisses, et tu saisis la petite peluche.

«Je suis désolé. Pour toi. Et je suis désolé aussi de ce que tu as pu voir. Je me souviens. Je me souviens de ces flammes qui ont dévoré la petite tente que je vous avais faite, qu’est-ce que j’aimais vous construire des cabanes, à vous, mes peluches, vous qui comptiez tellement à mes yeux, parce que vous représentiez tout ce que j’avais. Tout ce que ma mère pouvait m’offrir, et elle le faisait avec les yeux débordant de joie, je me souviens. Tu as dû te sentir si seule après tout ça… Tu as tellement dû culpabiliser. Tu as dû avoir si peur, c’est un miracle que tu y aies survécu… Mais te voilà, je la vois, cette terreur qui habite ton regard, cet apaisement que tu sembles ressentir tandis que mes chaudes mains t’enlacent. Je me souviens. Est-ce qu’eux aussi vivaient ? Non, je ne veux pas de réponse. Et du coup, sais-tu comment l’incendie s’est déclenché ? Non, ne me réponds pas, je lis la culpabilité dans ton regard. Moi, je ne t’en veux pas.»

Alors que tu tenais la peluche à bout de bras, tu la poses contre ton cœur, et la sert contre toi. Douce chaleur qui se répand en ton être sous la lueur fébrile de cette vieille ampoule grésillante :

Je suis là, maintenant. Ne pleure pas. Je suis là, Belle.

Tu te souviens. Tu te souviens de son prénom. Beldura. Peluche à la chevelure de feu. Tu allais être là, là pour raviver les braises de sa vie, pour en faire un feu de joie.
Loupiote (L'Entre-Passe)
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