Just Married
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Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Une petite chèvre. BHÊÊÊ. ♫
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Épreuve 5 ;;
Danse macabre
Connaissez-vous la fête des morts ? Non ? Et bien c'est l'occasion d'y participer. Ce soir, le ciel est dégagé, les étoiles sont visibles dans le ciel et les gens ont allumé des dizaines de cierges pour honorer les disparus. L'humeur est à la joie et à la fête, car c'est un moment de partage davantage que de tristesse. Vous êtes là également et vous regardez les âmes des disparus passer le pont entre le monde des vivants et des morts. Là-bas, l'un de vos proches arrive vers vous. Ne serait-ce pas l'occasion de faire de nouveau la fête ensemble et de danser jusqu'au bout de la nuit ?

Rappel des règles

✗ L'épreuve se termine au bout de 24 heures, soit ce soir, le 29 mai, à 23h59.
✗ Les réponses sont limitées à 1500 mots maximum.


▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

 
L'Incontesté
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Invité
Daria Morgendorffer
Anonymous
Dim 29 Mai - 15:04
Spoiler:


Daria Morgendorffer

Merci
2 Novembre 2021, 19h30

" Je vous rappelle une dernière fois les règles pour la soirée : ne sortez pas de la Grand-Place, restez joignables, on se retrouve ici-même à minuit, et surtout, pas d’alcool  ! "

En lançant cette dernière consigne à la cantonade Elle avait fixé Jeong, un jeune étudiant d’Ilukaan qui lui avait répondu par un haussement de sourcil sarcastique. Il était peu probable qu’il se tienne à carreau. Certains élèves avaient une notion assez vague du règlement, de la sécurité et du taux d’alcoolémie acceptable durant une sortie scolaire.
Leur excursion au Mexique était sur le point de prendre une tournure un brin désagréable pour elle. Non pas que le voyage ait été paisible jusque là – garder en ville une bande d’adolescents surexcités en pleine fête des morts n’avait rien d’une sinécure, sans parler de la chaleur écrasante qui régnait et des cris constants des passants – mais au moins quand ils visitaient la ville ils étaient groupés et à peu près sages. Là, elle le sentait, ça allait vite être la foire. Et bien qu’elle ne soit pas la seule adulte de l’établissement pour les surveiller les prochaines heures promettaient d’être éreintantes.
Autour d’elle les adolescents sous sa garde et quelques locaux parlaient bruyamment en pointant du doigt le fabuleux spectacle auquel ils assistaient, impatients de s’élancer dans la foule. Et il est vrai qu’il y avait de quoi se réjouir. Toutes ces fleurs aux couleurs improbables qui luisaient de magie dans la nuit chaude, ces feux aux couleurs surnaturelles qui projetaient des lumières dansantes sur les bâtiments richement décorés pour l’occasion, cette ferveur générale teintée de surexcitation retenue, et par-dessus tout ce pont spectral surgi de dieu sait où qui charriait un flot discontinu de décédés venus profiter des festivités.

Le genre de chose qu’on doit voir au moins une fois dans sa vie, paraît-il, mais Daria n’était pas du genre à apprécier le tourisme. C’est bon, elle l’avait vu le pont maintenant, ça lui suffisait. Elle en avait déjà assez. Jouer la surveillante lui était si désagréable qu’elle ne profitait même pas de l’évènement. Sa seule hâte : retrouver sa chambre d’hôtel, son ordinateur et sa pizza froide qui n’attendaient qu’elle.
Que voulez-vous, à trop baigner dans la magie on se lasse des plus grandes merveilles.

" Filez tous, amusez-vous bien et soyez à l’heure surtout. Jeong, je vous vois loucher sur le bar là-bas, si je vous y vois vous repartez avec les morts ce soir. "

Elle les laisse tous s’éparpiller avec un soupir blasé avant de laisser son regard se perdre sur le pont noir de monde. Attirés par la présence de leurs proches, appelés par elle ne savait quelle sorcellerie, les défunts venaient rendre visite aux vivants. Et leur apparence avait de quoi étonner : émaciés mais colorés, définitivement morts et pourtant débordants d’énergie, pas des fantômes mais pas tout à fait de vraies personnes non plus. Certains n’étaient plus de ce monde depuis des siècles et pourtant continuaient à visiter leurs descendants chaque année, appelés par ce rituel quasi-religieux. C’était magnifique. Et Daria s’en moquait. Elle n’avait rien fait des usages nécessaires pour appeler un proche, devait mettre toute son attention sur les gosses sous sa garde qui ne manqueraient pas de tenter de grimper sur le pont en sens inverse et de surcroit se sentait affreusement moite. Sa vie pour un peu de vent et un coca frais, par pitié.
Tandis qu’elle se lamente intérieurement, un lointain éclat beige au coin de son champ de vision attire immédiatement son attention.

Elle les aurait reconnues entre mille. Scintillantes aux oreilles de l’être éthéré qui avait traversé le portail, grosses et rondes, si lourdes sur ces lobes qu’elles paraient de leurs reflets crémeux et opalescents. Elle n’en croyait pas ses yeux. On l’avait avertie que les esprits seraient attirés par la présence de leurs proches après le crépuscule, pourtant elle ne possédait pas les fameuses photos nécessaires à leur venue sur terre … à moins que les photos sur les smartphones ne comptent ? Mais qu’importe, elle ne pouvait pas se tromper. Elle aurait reconnu entre mille ces bijoux et cette improbable coupe casquée typique des années 70. Aussi loin qu’elle se souvienne, elle l’avait toujours vue parée de ces boucles, y compris à son enterrement. C’était peut-être pour cela que son esprit les portait encore, qu’est-ce qu’elle en savait.

Aucun doute n’est permis. C’est sa mère.

L’estomac de Daria fait un saut périlleux et une émotion diffuse la paralyse sur place. Surprise, joie, agacement et compassion se mêlent dans une mixture improbable.
Sa mère…

Leur relation avait toujours été compliquée, pleine de non-dits et de petites rancœurs. De son vivant Helen Morgendorffer avait largement privilégié le travail à sa famille, toujours été en décalage avec ses deux filles, systématiquement été frustrée dans ses relations et envahissante avec ses tentatives maladroites de créer du lien avec ses proches. Le fait que Daria se révèle née-moldue, seule sorcière de la famille, avait bétonné les fondations d’un mur infranchissable entre elles.
Des reproches, Daria en avait à lui faire autrefois. À la pelle. Combien de fois aurait-elle voulu lui crier au visage qu’elle était stupide, qu’elle ne comprenait rien, qu’elle n’avait pas besoin d’elle et qu’elle serait bien mieux sans elle. Elle le pensait si fort à l’époque, persuadée que ses sentiments étaient fondés. Pourtant, face au cercueil dans l’église, tout ce ressentiment s’était mué en  une culpabilité dévorante. Bien sûr que sa mère avait des défauts, bien sûr qu’il y avait eu des disputes et des échecs. Mais elle avait toujours fait de son mieux pour concilier travail et famille. Une lutte incessante dont sa fille aînée avait mis presque vingt ans à prendre conscience. Elle en concevait tant de regrets.
Devant sa pierre tombale qu’elle fleurissait tous les ans, Daria avait au fil des années murmuré mille mercis.

Merci d’avoir assumé des enfants quoi n’étaient pas forcement désirés.

Merci de ne pas l’avoir jetée par la fenêtre alors qu’elle ne faisait toujours pas ses nuits à deux ans.

Merci d’avoir toujours été patiente et impartiale quand elle se battait avec sa petite sœur.

Merci d’avoir soutenu leur père dans ses pires moments.

Merci de ne jamais avoir baissé les bras devant l’enfant très difficile qu’elle avait pu être, d’avoir bravé les regards des voisins, supporté les reproches et l’avoir toujours tirée vers le haut.

Merci d’avoir pris sa défense quand elle se croyait seule au monde.

Merci d’avoir fait face à ses sautes d’humeur, d’avoir toujours tenté de communiquer quand elle-même se refermait comme une huître.

Merci d’avoir géré de front son emploi, sa famille et la tenue de la maison. Toute seule. Toutes ces années.

Merci d’avoir patiemment écouté ses états d’âme d’ado qui lui semblaient, à l’époque, être des soucis tellement plus importants que ceux des adultes.

Merci d’avoir été son mât dans la tempête, imperturbable en apparence malgré ses inquiétudes.
Merci de lui avoir fait confiance.

Merci d’avoir respecté son intimité et de lui avoir laissé de l’espace quand il le fallait.

Merci pour les lasagnes surgelées qu’elle achetait toujours parce qu’elle savait qu’elle n’aurait jamais le temps de cuisiner.

Merci d’avoir lutté sans relâche pour créer des moments familiaux agréables.

Merci d’avoir toujours veillé à ce qu’elle ne manque de rien, alors même que ses filles se plaignaient de tout.

Merci pour les sacrifices, les nuits blanches, les rendez-vous médicaux pris dans l’urgence, les histoires le soir pour s’endormir même si cela faisait 150 fois d’affilée qu’elle réclamait le même livre.

Merci d’avoir toujours été fière d’elle.

Merci d’avoir été elle en somme, un être humain imparfait et pourtant si persévérant.

Une formidable Maman à qui elle n’avait jamais donné la moindre gratitude.

Ce soir, juste ce soir, là, maintenant, tout de suite avant qu’elle ne la perde de vue, elle avait l’occasion de se rattraper. De venir à ses côtés pour lui dire tout ce qu’elle a sur le cœur, de lui exprimer tout cet amour qui n’avait jamais franchi ses lèvres.

Elle ne le fera pas.

Parce qu’elle est trop fière, trop vaniteuse, que se montrer vulnérable lui est insupportable. Elle se connaît. Elle ira, pleine de bonne volonté, pour au dernier moment enfoncer les mains dans les poches de sa veste informe et saluer l’esprit avec un « tu as vraiment une tête de déterrée » de fort mauvais goût. Puis elle se montrera laconique, la suivra dans ses déambulations en roulant des yeux et soupirera quand il sera temps de danser. Elle acceptera avec une réticence feinte.

Et sa mère le verra. Elle saura. Devant la posture un peu voûtée de sa fille, son regard fuyant, son silence qu’elle sait décrypter à la perfection, elle lira son affection et son émotion. Elle saura que ce qui lui noue la gorge, ce sont des larmes. Elles n’auront pas besoin de mots. En fait, elles n’en ont jamais eu.
Lâchons la bride aux jeunes, rien qu’une heure ou deux.

Sans plus attendre, Daria s’élance.
Emme
Daria Morgendorffer
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