Just Married
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Les plus du perso :
Je suis: pro-Incontestable.
Époux/se : Une petite chèvre. BHÊÊÊ. ♫
Autre: Remerciements, big up, infos à savoir ?
Épreuve 6 ;;
Entorse au règlement
Afin qu'il trouve la rédemption suite à ses crimes, Eurysthée, roi de Tyranthe, a donné douze travaux à faire à son cousin Hercule. Celui-ci les a acceptés sans broncher. Néanmoins, c'était sans compter sa maladresse légendaire. En effet, le voilà qui s'est fait une méchante entorse au poignet et ne peut donc plus faire ce qu'on attend de lui. Heureusement, vous êtes là et votre bon coeur vous pousse à lui venir en aide. Quel bon samaritain vous faites !

Contrainte

Nous ne sommes pas sadiques et nous ne vous demanderons pas de faire les 12 travaux d'Hercule. Ce serait trop éreintant. Alors les Moires en ont choisi un pour vous. Respectez leur choix si vous ne souhaitez pas baigner dans les eaux du Styx.

Dompter les juments de Diomède

Rappel des règles

✗ L'épreuve se termine au bout de 24 heures, soit ce soir, le 29 mai, à 23h59.
✗ Les réponses sont limitées à 1500 mots maximum.


▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬ ◆ ▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

 
L'Incontesté
Si t'es sage, t'auras un badge
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Invité
Kaoren [VIBES]
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Kaoren
Introduction:



On dit que les coulisses sont au théâtre ce que le germe est à la fleur : tout ce qui se joue sur les planches a d’abord été pensé, révisé et appréhendé où le regard du public ne porte pas. Un acteur solitaire en coulisses inspirera un personnage distant sur scène, un machiniste hésitant lèvera des pendrillons bien fébriles sur le premier acte, et s’il est vrai que les trois coups de bâton sont capables de bien des métamorphoses dans le cœur des figurants, il demeure incontestable que tout ce qui s’expose au jugement de l’audience est né de ces chambres sombres où les fils de la pièce sont manipulés à son insu.

« Merde, mon vieux Christophe.
Merde, Renaud. Merde à vous tous ! »

Or, si le meilleur naît bien de l’ombre, c’est aussi d’elle qu’émerge le pire. L’imprévu demeure le compagnon le plus fidèle de la troupe, le squelette autour duquel doivent s’agencer toute la toile et ses fioritures ; parfois, il découvre l’excellence où l’on ne l’attendait pas, mais parfois…

« Il manque encore quelqu’un. Anton ! Où est notre Hercule ?
Je crois qu’il s’est cassé un poignet.
Non, l’expression, c’est "cassé une jambe".
Non, vraiment, il s’est cassé un poignet. »

C’est la panique à bord. Le jeu des acteurs peut cacher bien des faiblesses de la troupe, mais pas l’absence du personnage principal. Alors on le secoue, on se demande s’il parviendra à tenir son rôle malgré son infirmité, tel Molière combattant la maladie pour venir la jouer sur scène… et puis on se résigne. Le destin a frappé. On traverse les coulisses de long en large en cherchant une solution que la divine Providence aurait bien voulu déposer sur notre route, mais ce n’est souvent que désespoir de cause.

« On n’a personne pour remplacer ? Dans les figurants, par exemple ?
Je pense pas. On se les est fait prêter par une troupe italienne, la moitié ne parle même pas la langue.
L’équipe technique, alors ?
Il y a peu de chances qu’ils se souviennent du texte entier. On aura déjà de la veine si on en trouve un qui connaisse un rôle secondaire.
Écoute, ça coûte rien de demander. »

La résilience, l’audace, et l’improvisation ; voilà le propre de l’acteur de génie. Un four vaut mieux que deux ajournements. Beaucoup de ces accès de panache n’engendreront que de nouvelles déceptions, mais combien d’entre eux ont su sauver des représentations que l’on donnait perdues ?

« Marius ? Tu pourrais jouer Hercule, ou Diomède à la limite ?
Non, aucune chance. J’ai vraiment une mémoire de poisson rouge.
Et toi ? Tu penses pouvoir ?
Non, monsieur… vraiment désolé.
Et toi, là-bas ? Jouer Hercule, tu t’en sens capable ?
Scusa, non parlo francese. »

Car c’est parfois lorsque tout espoir semble définitivement abandonné que survient le signe d’un sort bénévolent.

« Et lui, là-bas ? Avec les cheveux rouges ? Je sais même pas qui c’est.
Il a pas vraiment la carrure d’un Hercule.
On s’en moque, au point où on en est. Hé, petit ! »

Il se présente sous les traits d’un jeune inconnu, ostensiblement solitaire. Quand il tourne le regard, on peine à deviner les songes qui le traversent ; l’urgence de la situation semble totalement lui avoir échappé, comme s’il venait tout juste d’apparaître dans cet antre où l’on a besoin de lui. Feignant l’indifférence, il adopte une posture désintéressée, ses yeux esquivant tout juste ceux qui l’abordent.

« Je ne t’ai jamais vu ici, tu accompagnes quelqu’un ? »

Et il commence :

« J’accompagne, rétorque-t-il gravement, ceux que le récit de nos actes réclame de me voir accompagner. Je suis le secondant de ceux qui vont seuls où l’on n’avance que par deux ; je porte la marotte du bouffon auprès du seigneur orgueilleux, ou le bâton de l’oracle auprès du sage. J’accompagne, oui, ceux qu’il m’est indispensable d’accompagner. »

Un bref silence se pose, sur le poids de ces mots dont on ne peut toiser la portée qu’à l’aune d’un songe prescient.

« Qu’est-ce qu’il dit ?
Je sais pas, je crois qu’il est acteur de remplacement, ou quelque chose comme ça. »

Mais on prend alors conscience de ce qui vient d’être dit. Et devant la fortune qui revient, on s’exalte :

« Mais c’est parfait ! Tu saurais tenir le rôle d’Hercule ?
Aucun rôle ne m’est inconnu de ceux qui sont connus de tous. J’ai levé l’épée de Lorenzo comme le crâne d’Hamlet, et me suis planté le nez de Cyrano comme le poignard de Pyrame. D’Hercule, j’ai goûté toutes les faces de la folie, du poison d’Euripide aux écueils de Sénèque, du sauvage de Sophocle aux échos de Virgile.
Oh. Alors en fait, c’est une relecture du mythe qu’on écrit nous-mêmes.
Il va de soi ! Nos costumes ne se tissent qu’au gré des mots que nous daignons leur prêter ! Bien sûr, Hercule ne sera plus aujourd’hui celui que jadis fut Héraclès ; ses mœurs vieillissent, sa peau de lion s’enrouille, et sa langue se meurt. Mais son esprit demeure, et nous le ressuscitons chaque instant sous de nouveaux atours ! »

Un nouveau silence vient détrôner ses mots.

« Bon, envoie-le sur scène, je vais briefer les autres.
Tu es sûr de ton coup, là ?
Non, mais on verra bien. »

La Providence a frappé d’un signe peu orthodoxe, mais l’espoir renaît ; les acteurs se remettent en branle, les machinistes tirent les guindes, et le régisseur se prépare à donner les trois coups. À leur tête, ce personnage aux cheveux rouges dont le verbiage semble porter tous les mots que la Terre ait jamais prononcés.

« Bon, les amis, lance le metteur, nous allons jouer avec ce… jeune homme. Il est probable qu’il s’éloigne un peu du texte original, mais faites semblant de rien, et préparez-vous à jouer all’improvviso. »

Il se tourne vers le garçon.

« Le premier acte commence avec le dressage des juments de Diomède. Il pointe deux de ses compagnons. Celui-ci sera Diomède, et celui-là Abdère.
Allons donc ! Je rendrai ces juments si dociles que Bucéphale en deviendra un cheval de manège, et si j’échoue dans ma tâche, qu’on me serve le premier à leurs gueules carnivores ! »

Alors, dignement, le pourpoint haut et le pas vif, le jeune homme aux cheveux rouges file sur scène, prêt à accomplir sa tâche herculéenne sous les yeux des centaines d’âmes venues en témoigner.

« C’est juste une pièce de théâtre, hein ? »

Les trois coups sont frappés. Les pendrillons sont levés. Le public applaudit.

« Hélas !, commence le garçon, j’ai reçu l’ordre de museler tout le troupeau de ces juments dont la sauvagerie traversa les frontières et les époques, mais aucune ne hante cette paisible pâture ! Redouteraient-elles celui qui vient coiffé de la peau du lion néméen ? Ne l’égalent-elles qu’en cruauté, lui qui fit preuve de férocité jusqu’au dernier souffle que mes bras lui accordèrent ? Où sont Xanthos, Dinos, Lampon et Podargos ? Où sont leurs rouges sabots ? Où sont leurs gueules ornées de crocs ? »

Ce disant, il mime la rage, la détermination d’un héros venu quérir sa raison d’être à travers un exploit. Même ses silences sont marqués par le bruit de ses pas sur les planches ; sa marche est constante, et si rude qu’on l’entend jusque dans les coulisses.

« C’est plus qu’une adaptation, là.
C’est pas grave, envoyez-lui les juments. »

Alors, huit paires de pieds, sous les aspects de quatre juments, répondent à la démarche d’Hercule en trottant à leur tour sur le plancher, escortées d’un Diomède à l’allure hésitante. Au milieu de la scène, le héros, accompagné de son compagnon Abdère, reprend la parole :

« Ah, vous voici, cruelles ! Venez subir le châtiment d’avoir servi un maître dont le vice égale le vôtre ! »

Il s’approche de l’une des juments, dont il frappe le flanc d’un grand coup de sa main, lui faisant lâcher un « Aïe ! » à l’accent italien.

« Que dis-je ?, reprend-t-il. Vous, enfants d’Épiméthée, jouissez au moins du bénéfice de l’ignorance ! Le feu de Prométhée n’a jamais ardé le plat de vos sabots ! Vous n’êtes que fidèles, fidèles à celui qui ne mérite la fidélité de personne ! La rancune des Érinyes appelle à punir vos actes, mais c’est la sagesse de Pallas qui guidera les miens ! »

Hercule s’approche alors de Diomède, toujours escorté de son vaillant Abdère.

« C’est toi, Diomède, toi seul, qu’incombent les crimes de ces juments ! C’est ton âme qui s’est souillée du sang de leurs victimes ! Ce sont tes mains qui sont trempées de celui d’Abdère !
Euh… je suis encore là, en fait.
Et c’est en te punissant qu’elles recouvreront leur bonté ! C’est en faisant le deuil de leur maître qu’elles redeviendront dociles aux âmes valeureuses ! Tombe, Diomède ! Et subis le courroux que tu leur as insufflé ! »

Le garçon jette violemment Diomède sur les planches, entre ses quatre juments, et se retourne vers l’audience.

« Voici, peuple de Thrace, comme s’exprime la justice olympienne ! Bénissez les dieux d’en avoir été témoins ! Autour de cet endroit, vous bâtirez une cité au nom du défunt Abdère, pour vous rappeler à jamais la teneur de mes propos ! Allez en paix ! Je m’en retourne quant à moi annoncer mon triomphe à Eurysthée ! »

Et, d’un élan vif, Hercule tire sa révérence, pour enfin se retirer hors des regards, d’un pas plus léger que jamais.



« Mais il est parti, ce con. »




Kaoren [VIBES]
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