Just Married
×
Le deal à ne pas rater :
Cartes Pokémon : sortie d’un nouveau coffret Ultra Premium ...
Voir le deal

— Just Married —

Messages postés :
129

Inscrit.e le :
22/02/2022


Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Chae babe ♥
Autre:
Entre deux -
—Jun x Hanz

J’ai eu envie de te revoir. Le jour suivant notre rencontre ; quand il a fallu que j’aille faire ma déposition. Puis le lendemain. Et le surlendemain. L’idée comme logée dans ma tête. Irrépressible envie.

Qu’est-ce que c’était qu'cette connerie ?
Cette soudaine aménité, surgit de nulle part, que j’ressentais à ton endroit ?

J’pouvais pas l’empêcher. C’est comme si, à un moment donné, un fil s’était enroulé autour de moi pour me lier à toi. Aucune arrière pensée, pourtant. Juste… Juste l’esquisse de ce truc imprécis, qui me faisait revoir ta mine défaite, entre douleur et pâleur, tranchant l’air du soir. Et, qui me disait : merde, merde, faut que j’m’assure qu’il va bien. Faut que j’en aie le cœur net.

Pourquoi ?

Ces enflures non plus, j’les ai pas oubliés.
Ce qu’ils t’ont craché à la gueule, tout en abîmant celle-ci…


Ça me rendait fou, quelque part. J'espérai qu'il y aurait rapidement punition. Même sans savoir pourquoi, ni ce qui me prenait.

C’était là.

C’était là. Et c’était tout.

-  -  -

C’est là aussi, en ce début d’après-midi. Quand j’éteins finalement l’écran de mon téléphone, après t’avoir envoyé ces SMS. Un léger sourire satisfait s’étale sur mes lèvres, tandis que j’caresse déjà de l’esprit mes futurs plans pour vendredi.

J’suis foutu. Que j’me dis, tout en retournant à mes affaires. J’vais devoir dévaliser un certain coffee shop, avant d’y aller…



Vendredi 9 Juin 2113 — 18h22


Le moteur de ma moto ronronne encore quelques secondes, avant de s’éteindre. Le contact coupé, je retire mon casque, appréciant la brise nocturne sur ma peau, échauffée par le trajet. Putain, si je m’écoutais – et que la décence n’était pas ce qu’elle était… – j’aurai déjà retiré ma veste et mon t-shirt, pour faire redescendre la température. Au lieu de quoi… J’inspire profondément. Pousse un soupir ; puis passe une main dans mes cheveux afin de recoiffer ceux-ci, vissant mon regard déterminé sur la devanture de ton atelier, à deux pas de là.

Air roublard sur la gueule, canine enfoncée dans l’une de mes commissure, j’enjambe ma bécane. Je coince mon casque sous le bras, le temps de le placer de sorte à ce que lui et ma moto soient sécurisés. Puis, délesté de ce fardeau, j'récupère le sac suspendu précautionneusement à la poignée. Ça y est. L’anticipation est là. En témoigne cette petite étincelle dans le fond de mes yeux sombres, et ce sourire, que j'essaie de réprimer, m'humectant les lippes. C'est qu'il faut faire face à la perspective de passer la porte de ta boutique, m’imaginer d’avance ta réaction, quand tu verras ce que je ramène – hormis mon p'tit cul.

Une seconde. Le temps que mon propre comportement me fasse tiquer. … Merde. Vraiment. J’sais pas ce que j’ai. Pourquoi je suis comme ça ? C’est assez inhabituel pour se poser des questions… Mais, p’t-être aussi que ça finira par passer. P't'être que c'est rien. J’attends pas vraiment que ma sincérité trouve de réels points d’ancrage, après tout… Y a qu’à voir ma vie et ceux qui la compose.

Mais en définitive, je suis toujours en train de sourire comme un connard suffisant, quand j’passe le seuil. Une clochette retenti, trahissant mon entrée. Alors, vaguement, mon cœur s’accélère. J’fronce les sourcils pour me donner contenance, plissant un peu les yeux, mon sourire se transformant en rictus amusé, un tantinet réprimé. Je me demande si tu seras seul. J’me demande si tu seras content de me voir.

J'me demande pourquoi ça m'importe.

Et mon regard glisse ainsi sur les alentours. Curiosité intacte dans le fond des prunelles tandis que je fais quelques pas. J’inspire à nouveau, m’imprégnant du lieu, sentant sur mes muscles tirer le tissu anthracite de mon t-shirt. Je crois que j’aime bien l’ambiance qui règne ici. C'est tranquille. Et y a cette odeur, qui flotte, que j'arrive pas vraiment à identifier.

Mains jointes dans le dos, sangle du sac dans le creux d'une phalange, muni d'une nonchalance appuyée. J'fais mine de me perdre un temps dans la contemplation de ce qui est exposé... Jusqu'à ce que ta silhouette n'apparaisse dans mon champ de vision, au bout d'un moment.

Alors, y a ce petit sursaut intérieur. Je cille, battant seulement des cils pour tourner mon regard vers toi, mon visage accompagnant distraitement le mouvement.

— Salut, l’artiste…, que j’ronronne, t'accueillant d'un petit sourire paresseux, impossible à contenir.

Et de t’aviser, ainsi, sans pouvoir m’en empêcher. Réalisant à quel point j’avais envie de pouvoir le faire. Par réflexe, je cherche les traces de ton agression. Me flagellant ensuite mentalement. Au moins, j'arrive à rester tranquille. J'arrive à contrôler la cadence de ce qui vibre sous mon torse.

J'marque une pause, tâchant encore d'analyser ce que j'ai sous les yeux, haussant un sourcil en me rapprochant.

— T’as pas oublié que je devais passer, pas vrai ? te fais-je, de ma voix rauque, un brin interrogative.

J'fais un pas, puis un autre. Te fixant, ce faisant. Finissant par brandir du bout du doigt, le fruit de mon passage chez "Slow Chill", le regard brillant d'amusement.



Hanz Asuka
Si t'es sage, t'auras un badge
Abonné meetic
A posté une recherche de conjoint
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
203

Inscrit.e le :
03/04/2022


Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Un jour, peut-être... ? ♡
Autre:
Entre deux



. : .
. : . 09/06/2113 . : .
. : .





Lumière agressive occultée par de lourds battements de paupières.
Bougonnements frustrés. Bouche sèche et pâteuse du matin. Soif. Sons à peine audibles au creux de la gorge.
Brume opaque sur mes yeux encore imbibés par mes songes.
Muscles ramollis par les baisers de Morphée encore agrippé à celui qui émerge peu à peu dans le monde des vivants.
Tignasse jais en bataille. Mèches joueuses accompagnant le mouvement de ma tête et de mon corps endolori. Après de laborieuses secondes, celui-ci finit par se tourner pour imbriquer l’empreinte de mon faciès dans l’oreiller.
Nouveau soupir fatigué. Crâne sous le point d’exploser face à une pluie d’éléments passés, présents et futurs. Cacophonie du temps. Cavalcade de mon myocarde perdu.

Autour de moi, le bruit de la rue. Celui des véhicules. Celui des passants qui rient, parlent, hurlent ou se hâtent à coups de talons bruyants sur l'asphalte. Celui de la vie.
Immobile, je m’intime de remuer. Il est temps d’aller fermer la fenêtre ouverte en oscillo-battant par laquelle s’invitent une bise fraîche et les sons extérieurs. Peine perdue… À quoi est-ce que je m’attendais ? Au réveil, je suis une véritable loque… Plus encore depuis que la douleur s’est installée dans mon quotidien, suite à ce maudit passage à tabac...

Doucement, mes doigts viennent se nouer entre eux sous le coussin. Celui-ci se tord et se creuse. Aussitôt, mes traits épousent davantage le coton moelleux. Des grognements étouffés s’élèvent, aussi bien pour la forme que pour la sensation de froid sur mon dos nu… Petit frisson. Pourquoi est-ce que j’ai ouvert la fenêtre, déjà ? En guise de réponse, mes souvenirs s’abattent en masse, tels les oiseaux d’Hitchcock sur une proie facile… Leur attaque me tire une grimace.
Une création tardive.
La forte fragrance de la peinture ainsi que du produit pour protéger et vernir les couleurs.
La flemme d’aller fermer quand je me suis réveillé vers quatre heures du matin à cause d’un satané klaxon…

- Hmpf !...

Je crois que c’était un juron. Même avec de la concentration, je n’en suis pas certain… De nouveau, je roule sur le matelas. Le drap accompagne alors mes mouvements et glisse le long de mon buste, pour finalement s’arrêter vers mes abdos inexistants. Instantanément, l’air ambiant me provoque la chair de poule et m’oblige directement à ramener le tissu jusqu’à mon cou. Dormir dans mon atelier n’a pas que des avantages. Comme la pièce est plus grande que ma chambre et se trouve être parfois assez humide, je dors nettement moins bien qu’à l’accoutumée. Même si nous sommes en été, pour un frileux, ce n’est pas la joie. Malheureusement, c’était la seule solution pour que je puisse continuer à travailler sans à souffrir des déplacements entre mon domicile et ma boutique. Il fallait que je puisse encore exercer et gagner ma vie. Ces connards m’avaient pris mon fric et ma santé. C’était déjà bien trop ! Pour rien au monde, je reviendrais sur ma décision. Mettre un matelas gonflable dans cette pièce, c’était la meilleure chose à faire !... Au grand damne de mes proches qui me manquaient.

Inaya... Papa… Tandis que leur image se calque dans mon crâne, mes incisives se plantent rapidement dans la pulpe labiale. Bon sang ! Même si cela remonte à quelques jours, je revois parfaitement leurs œillades inquiètes sur ma silhouette voûtée. Môme pris en faute ayant plus de courage à affronter du regard ses harceleurs que celui de ses aînés… Si j’avais pu échapper à leur vigilance grâce à leur emploi le lendemain matin du drame, je savais que ce n’était qu’une question de temps avant que la vérité éclate au grand jour. Malheureusement, j’espérais ne pas être pris sur le fait aussi vite…


Entre deux. 2747


En dépit d’un endormissement difficile, j’avais pu me reposer quatre petites heures, avant d’être réveillé par l’appel de l’avocat d’Hanz… Un homme direct, patient, doué de ses mots et apparemment résolu. Même avec ma tête dans le coaltar, j’avais saisi pourquoi le grand brun l’avait choisi… Je crois qu’ensuite, mon lit m’avait tenu en otage. J’avais comaté dedans, incapable de faire plus d’efforts.
Contrecoup des effets dissipés des médicaments dans mon organisme…
État de semi-conscience où tout semble au ralenti, mais où chaque geste provoquait une cascade de maux physiques.
Fine carcasse brisée.

Bien que ce ne soit pas dans ses habitudes, Inaya était rentrée à midi pour déjeuner. Or, face à mes volets fermés, elle était allée vérifier si je dormais encore pour me proposer de me lever et de prendre le repas avec elle. Hélas, je ne l’avais pas entendue monter...
Miracle dû à de la persévérance et à un temps infini, depuis une dizaine de minutes, je m’étais tracté vers la salle de bain, avec l’espoir de me rafraîchir et dénicher de nouveaux médocs... Le robinet coulait doucement dans la vasque, couvrant les sons environnants. Avec un masque insondable, j’étais simplement en train de faire face à mon reflet, grave, mutique et chancelant, les paumes encastrées dans la faïence du lavabo. Mes ébènes parcouraient mes bandages avec sérieux, pendant que mes souvenirs de la veille repassaient en boucle, comme un vieux disque rayé.

- Jun ?... T’es là ? Est-ce que tu veux mang-…

Ma belle-mère a simplement poussé la porte déjà entrouverte… Réaction immédiate et sans appel. Son étonnement, projeté en un puissant cri surpris, m’a fait directement sursauter ! Sur le coup, j’ai même manqué de me rétamer et de m’amocher encore plus… Rattrapé de justesse grâce à la paroi de douche et le meuble sur lequel je m’appuyais, j’ai tenté de l’apaiser.
De lui expliquer que c’était moins grave que ça en avait l’air.
De la supplier de ne pas téléphoner à mon père afin de ne pas l’inquiéter.

L’amour pour son mari a été plus fort que mes conjurations…

Suite à un coup de fil, mon père a débarqué une heure plus tard. Il était paniqué, son costume froissé et ses lunettes glissantes à cause d’un fin voile de sueur provoqué par sa hâte. Entre temps, je m’étais rhabillé et Inaya m’avait aidé à descendre les étages pour me guider jusqu’au canapé. Me connaissant que trop bien, elle m’avait ensuite obligé à grignoter quelque chose, ne serait-ce que pour reprendre des couleurs. Apparemment, j’étais vraiment très pâle… À la limite cadavérique… Mélange d’épuisement, de nuit courte, de souffrance et de fringale qui durait depuis quasiment vingt-quatre heures. Mauvais cocktail… Dès que je l’ai vu, l’air soucieux de mon géniteur a eu l’effet d’une gifle aussi puissante que celles reçues dans la ruelle. Peut-être même davantage… Impuissant, je n’avais rien trouvé de mieux que de baisser la tête, honteux.

La suite est finalement la mélodie désenchantée d’un gamin, dans le corps d’un jeune homme, démuni face à l’anxiété de ses parents incapables de comprendre pourquoi des types ne cessent de s’en prendre à lui… Entre éclaircissements, négociations et débats, j’ai tenté de leur faire expliquer ce que je comptais faire par la suite. Évidemment, malgré leur effroi, ils m’ont soutenu. Dès que possible, ils m’accompagneraient pour une déposition. Ils proposèrent également un appui financier que je réfutais, de toute manière incapable de savoir combien j’allais devoir à l’homme de loi…

En revanche, ils mirent beaucoup de temps avant de se laisser convaincre par mon projet d’aller crécher à la boutique. Leur avis se rangeait du côté médical. C’était logique. Toutefois, ma détermination et mon côté buté leur a fait comprendre que ma décision était irrévocable... Alors, plutôt que de me laisser me démerder, ils m’ont aidé à déplacer mon strict nécessaire. La suite, je la gérais en solo. Ainsi, tous les deux ou trois jours, je prenais un taxi jusqu’à la maison afin d’avoir accès à une douche et à mon armoire à fringues. J’en profitais pour leur montrer que j’allais bien et pour prendre de leurs nouvelles.
En soi, les douches improvisées dans les sanitaires de mon atelier étaient, certes, vraiment galères, mais pas non plus la mer à boire… Idem pour les repas sur le pouce avec des boîtes de conserve ou ceux commandés via une appli sur mon téléphone. Je me fichais d’avoir l’air encore plus à côté de la plaque que d’habitude. Tout ce qui importait, c’est que je me débrouillais pour survivre et ce, malgré des cons qui me mettaient des bâtons dans les roues.

Je m’étais relevé du deuil de Shun. Je surmonterais cette nouvelle épreuve.

Plutôt que de déprimer, je voyais chaque nouveau jour comme un défi. Ainsi, je me donnais systématiquement des objectifs quotidiens.
Marcher plus de trente secondes sans prendre appui sur un mur.
Réaliser une commande sans grincer des dents.
Ne sauter qu’un repas sur deux.
Ranger et faire du ménage, même si c’est en plusieurs fois.
Ne pas tout envoyer valser les mauvais jours…
Envoyer des messages rassurants à ma famille pour leur assurer que je suis bien vivant, même quand je ne passe pas les voir.
Ne pas envoyer chier mon psy refusant de décaler notre rendez-vous et accepter sa putain de visioconférence, en lui faisant croire que tout va bien dans le meilleur des mondes…

Je n’ai pas eu le cœur de raconter cette histoire à Yosuke ou à Aki. Quand on s’appelait, je passais cette mésaventure sous silence. Avec brio, j’orientais les conversations sur autre chose, que ce soit sur eux, des projets ou des sujets insignifiants. Heureusement, ils n’y ont vu que du feu.
Leur écrire de temps en temps, bosser sans discontinuer pour ne pas sombrer, jouer de la gratte, chanter, plancher sur le dossier pour l’avocat et rêvasser a finalement constitué une routine réglée comme du papier à musique…

… Jusqu’à ce que je me mette à décompter les jours, suite à un échange de SMS.

Sans que je m’y attende, mon bienfaiteur m’avait contacté peu de temps après ce sauvetage improvisé. De mon côté, je n’avais pas encore osé : peur d’être collant et crainte de le déranger… Je m’étais juré de le faire à un moment donné, sans savoir réellement comment l’aborder. Outre le soulagement qui s’était emparé de moi face à son nom sur mon téléphone, j’avais surtout été surpris par la joie provoquée par nos messages. L’écran avait certainement libéré mon côté bavard mais, à n’en pas douter, je me sentais surtout très à l’aise à papoter avec lui ! Même s’il passait sous silence certains sujets -le coup du financement de l’avocat, par exemple !-, nous blaguions et discutions facilement. De plus, même après que nous ayons cessé de converser, une salve de sourires peignait toujours mes traits. Depuis, dès que je songeais à sa venue, un rictus revenait immédiatement étirer mes lippes… Et je ne parle même pas de cette expression joviale et allègre m’ayant hanté tout le temps de la conception du mug Batou-kitch ou du vase légèrement torturé ! J’ai ainsi réalisé que j’avais envie d’apprendre à le connaître…


Entre deux. 2747


Peau humide par quelques rincées énergiques et lèvres entrouvertes, voilà une bonne minute que mon reflet me fixe sans ciller. Mentalement, je songe à tout ce qu’il me reste à faire aujourd’hui. Pas grand-chose, en réalité. Ce matin, je compte rapidement nettoyer mon bordel d’hier soir. Le reste est déjà propre et rangé. Au cas où, il me faudra aussi dissimuler mon lit et mes affaires d’infortune sous une bâche, comme on cache les preuves sous le tapis… Pathétique, certes, mais je n’ai rien trouvé de mieux pour éviter cette vision au visiteur de ce soir ! Une fois la pièce clean, je prendrai un taxi. Direction la maison pour me doucher en vitesse et récupérer de nouvelles fringues. Certes, depuis quelques jours, je ne prends plus appui sur tout ce qui se trouve à portée néanmoins, je boite toujours. On va donc éviter de rentrer à pied… De leur côté, les hématomes n’ont malheureusement pas disparu. Au contraire ! Ils semblent avoir pris le chemin des couleurs de l’arc-en-ciel. Actuellement, on est sur un bel indigo. Tsss ! Pourvu que cela change bientôt…

Et, finalement, nous y voilà. Avec une journée ayant défilé à vive allure ! Cet après-midi, les clients ont été assez nombreux. J’ai eu de quoi m’occuper. En plus des nouvelles têtes, deux ou trois habitués se sont pointés pour récupérer une commande ou simplement pour papoter. Quand ils ont réalisé que tout n’était pas comme d’habitude, leur état les a vraisemblablement surpris… Aussitôt, leur curiosité couplée à une expression inquiète m’a percuté de plein fouet. Génial ! Moi qui déteste qu’on me prenne en pitié et qui ne suis pas du genre à raconter ma vie à des inconnus, je me régale de ces instants ! Actuellement, je suis justement avec l’une de ces petites fouines soucieuses que je peine à envoyer promener sans me montrer discourtois. Il ne faudrait pas froisser la clientèle.

- Ça va aller, Hakucho-san. Sinon, je ne serais pas là ! D’ailleurs, regardez : j’ai mis seulement quelques jours à réaliser votre nouveau set de table. Fraîchement terminé hier soir ! Ça vous va, ce rouge bordeaux sur la partie inférieure de l’assiette ?

Bottage en touche peu subtil. Pourtant, il fait mouche ! L’octogénaire, qui doit d’ailleurs boiter autant que moi, saisit délicatement l’une des assiettes posées sur le comptoir. La contrariété fait place à de l’admiration, tandis qu’elle caresse de ses doigts abîmés le vernis de la vaisselle. Son geste tendre me décroche un sourire. J’aime lorsqu’une création captive son nouveau propriétaire. C’est un instant magique qui vaut tous les sacrifices du monde…

- C’est parfait, Tsuyu-san ! Exactement ce que je voulais. Ces assiettes vont beaucoup plaire à ma petite-fille. Elle attend son premier bébé, vous savez ?

Il me semble qu’elle m’a annoncé l’heureux événement déjà trois ou quatre fois cependant, son bonheur est légitime ! Rien qu’à ses prunelles brillantes, je peux voir à quel point ce changement la comble… C’est peut-être pour cela que ne réagis pas à sa rengaine… Ou que j’ai volontairement glissé un petit cadeau à l’intérieur de la boîte dans laquelle je dépose chaque assiette soigneusement emballée. Alors que je m’affaire, la petite mamie repère rapidement une petite pochette dans du papier kraft. De son doigt arthrosé, elle désigne l’intrus, pourtant consciente de ce dont il s’agit.

- C’est quoi, ça ?
- Un cadeau... Une petite décoration à accrocher ou à mettre sur une étagère de la chambre du futur bébé. Vous m’aviez bien dit que le thème était le printemps, n’est-ce pas ? C’est une création fleurie et colorée…

Mon attention a l’effet d’une bombe. Instantanément, la cornée de l’aïeule se voile d’un filet opaque et humide. Ses doigts se crispent et sa mâchoire tremble, signes qu’elle est émue, peut-être même sur le point d’exploser. Cela me touche. Un doux croissant de lune étire mes lippes, tandis que je continue d’emballer la commande. Je crois qu’ensuite, j’entends un compliment auquel je réponds d’un simple hochement de tête entendu. C’est fait de bon cœur… Inutile de me remercier pour ça.

Quand Hakucho-san quitte la boutique, des larmes perlent encore au coin de ses yeux. Toutefois, ses traits resplendissent de satisfaction. Il ne m’en faut pas plus pour être content… Ou peut-être que si, justement !? Cela justifierait mon œillade incessante, aussi rieuse qu’expéditive, sur l’écran de mon téléphone portable.
18h07
18h08
18h09…
Est-ce qu’Hanz va bientôt arriver ?...
Je sens la pression pulser dans mes veines et me donner une bouffée de chaleur. Sa venue est comme un retour en enfance : j’ai l’impression d’être un minot qui, après avoir compté les jours, s’attaque aux heures, avant l’arrivée du Père Noël ou d’une autre figure festive ! Mon faciès s’éclaire de nouveau, tandis que son image m’apparaît dans un boomerang mental. Rah ! Il me tarde vraiment de le voir débarquer !

C’est peut-être idiot, quand on y pense cependant, j’appréhende également un peu… Est-ce qu’il appréciera ce que j’ai fabriqué pour lui ? Normalement, cela devrait aller, car j’ai fait comme nous avions convenu et j’y ai mis toutes mes tripes. Néanmoins, une partie de moi angoisse à l’idée qu’il n’apprécie pas, qu’il soit déçu ou, pire, qu’il fasse semblant que ça lui plaît pour me faire plaisir…
Lentement, mes onyx dérivent de la porte principale à celle menant vers la remise. C’est là où j’ai rangé les deux objets. Pour le fun, l’un est emballé dans un affreux papier cadeau à l’effigie du chevalier noir. Je ne sais pas ce qu’il est arrivé au designer, mais le mélange de jaune vif et des smileys américains, ne faisant absolument pas écho au Joker, sont déjà une source de gloussements incontrôlés. Pauvre Chevalier noir… Il a beau avoir l’air menaçant et badass, entouré de sourires niais, il perd de sa superbe ! Pour le vase, j’ai préféré prendre un emballage noir, avec des motifs argentés qui s’entrelacent de manière aussi chic que raffinée. Bien sûr, j’aurais très bien pu me contenter d’un papier simple ou de ceux que j’utilise d’habitude en boutique cependant, j’avais envie de pousser le détail… En outre, j’avais du temps pour surfer sur mon téléphone et pour commander une livraison en express ! Autant mettre cela à profit et aller dans mon délire perfectionniste.

Impatients, mes doigts dégainent de nouveau mon portable pour vérifier l’heure. 18h11. Rien ne me dit qu’Hanz viendra bientôt, qu’il sera en retard ou qu’il me mettra un lapin. Hélas, c’est plus fort que moi… Mécontent de mon myocarde bruyant, je lâche un soupir, puis m’étire bruyamment, bras en l’air, paumes tendues vers le plafond. Les manches bouffantes de mon pull beige glissent alors jusqu’à mes coudes. Curieux, j’avise brièvement ma tenue d’un rapide coup d’œil. Débardeur noir recouvert d’un haut tout doux et léger d’un genre informe. Pantalon jais du genre stretch pour éviter à mes plaies d’être compressées. Convers’ classiques. Et, pour finir, les bijoux habituels entravant mes phalanges, mes poignets, mon cou et mes oreilles. Pas trop non plus, afin d’éviter l’œil moralisateur de certains clients idiots, persuadés que seules les femmes portent bagues ou colliers... Comme tous les jours, j’ai également mis un coup de liner autour mes yeux. Discret, cela dit. Juste de quoi faire ressortir un peu plus mes ébènes.

18h12. Mes doigts caressent la surface du comptoir. Je ne sais pas quoi faire. Sur le moment, je me sens gauche et tendu comme un élastique prêt à rompre. Claudiquant autour des présentoirs, je réajuste chaque pile ou tout objet ayant bougé suite à l’inspection de plusieurs visiteurs. En soi, je ne suis pas maniaque. C’est juste une façon de m’occuper. De gagner du temps. De penser à autre chose qu’au grand brun et au sourire complice qu’il m’avait adressé avant de partir de chez moi. J’aime ce rictus. Bien qu’il soit rare, il est contagieux. Que ce soit à l’hôpital, dans le taxi ou chez moi, il éclaire systématiquement le mien… Je suis certain que, si Hanz en a conscience et l’utilise à ses fins, ce truc est pire que de la kryptonite ! Une chance que je ne sois pas intéressé et que j’étire simplement mes lèvres en retour !

18h18. Autant me rendre à l’évidence : ranger ne semble pas chasser mes pensées. Même en me concentrant sur autre chose, celles-ci me ramènent irrémédiablement vers Hanz. Mon torse s’élève sous un lourd soupir contrarié et impatient. Mince ! J’ai l’impression que le temps s’est suspendu... Seulement cinq minutes depuis que j’ai quitté le comptoir ?! Putain, c’est tout ?! Avec exaspération, ma paume vient épouser mon front pour balayer les mèches sauvages qui ne cessent de revenir devant mes cils. Bon sang ! Je suis en train de devenir une véritable pile électrique !... Et si je m’en grillais une ? Ouais… Je vais faire ça… Même si je n’aime pas fumer en pleine ouverture, surtout si proche de l’heure de fermeture, cela va peut-être me calmer... Au moins, si le motard débarque, je le verrai arriver !

Sans attendre, je clopine de nouveau jusqu’au comptoir, puis avise une étagère dissimulée aux yeux des clients. Avides, mes ongles se plantent directement sur le paquet abandonné à côté d’un cendrier. Malheureusement, il semblerait que j’ai usé du dernier cylindre tout à l’heure… La boîte est vide ! Sous l’impulsion d’un juron, je m’en retourne jusqu’aux tréfonds de mon atelier, à la recherche d’un nouveau paquet. Tsss ! Une chance que j’aie du stock sur mon lieu de travail. Sans cigarette, je péterais vite un câble... Foutue addiction.

Trouver le Graal ne met qu’une poignée de secondes. J’ai mis plus longtemps à me déplacer qu’à mettre la main dessus. Vivement que je gagne en fluidité de mouvement… Brusquement, je m’immobilise, l’oreille tendue : le son du carillon a résonné dans la pièce d’à-côté. Aussitôt, je glisse mes clopes dans l’une de mes poches, puis me dirige vers l’espace boutique. Est-ce un client de dernière minute ? C’est rare, mais ça arrive. Malgré ma raideur, je presse le pas et m’annonce, usant de la puissance de ma voix pour bien me faire entendre.

- Bonjour ! Bienvenue dans la boutique !

Je n’ai pas encore aperçu la personne ayant franchi le seuil. Encore quelques pas et… Je me fige. Tandis que mes jambes se bloquent, mes commissures s’étirent à outrance et laissent apparaître l’émail. Tout mon visage s’éclaire. Je suis même certain que l’éclat grisé de mes prunelles danse joyeusement sous cette vision (presque ?) inattendue. Alors que je pensais cela improbable, mes lèvres s’ourlent encore plus suite au « Salut, l’artiste… » couplé à ce sourire irrésistible.

- Salut, Hanz ! Je répète, presque bêtement et de façon mécanique.

Comme s’il attendait ce feu vert, mon corps se met en mouvement. Je traverse doucement la pièce pour venir à sa rencontre. Tout en marchant, mon attention s’attarde sur sa silhouette. Cette dernière est telle que dans mes souvenirs. À ceci près que la joie pare merveilleusement sa bouche. Tant qu’il gardera cette arme de destruction massive, impossible d’espérer que la mienne décroisse. Peu importe ! Au moins, il comprendra que je suis ravi de le retrouver. Sa remarque me tire un bref gloussement contenu.

- Impossible, surtout avec le mug Batou-kitch qui me nargue plusieurs fois par jour !

Mouais… Comme si j’avais besoin de ça pour penser au grand brun vêtu de noir dont je me rapproche progressivement… L’amusement clairement visible, les iris anthracite se heurtent jusqu’à leurs jumelles, pour être finalement déconcentrées par un geste impulsé par mon vis-à-vis. Soutenu par un simple doigt, un sac s’élève entre nous. Ma réaction est immédiate.

- Oh putain, t’assures !

C’est si spontané et irréfléchi que j’en écarquille les yeux, avant de libérer un petit rire. Délicatement, ma senestre se tend délicatement vers l’anse du sac. Toutefois, elle interrompt son mouvement à quelques centimètres de la main d’Hanz, comme si la raison se rappelait à moi. Alors, mon poignet se brise vers le bas, tandis que la plupart de mes phalanges se réfugient contre ma paume. Un index curieux s’élève pour désigner le contenant « Slow Chill ». Sur le ton de la confidence, je questionne :

- Est-ce que c’est un dix-huit sur vingt ?

Rictus en coin, j’exagère un haussement de sourcils intéressé, puis contiens un nouveau rire faisant vibrer ma gorge.

- En tout cas, rien qu’à l’odeur, il a au moins la moyenne…

Effaçant mon hésitation initiale, ma main directrice se déroule lentement pour venir attraper l’anse. En écho, ma dextre vient promptement en renfort sous le sac, afin de stabiliser le contenu.

- Laisse-moi en juger…

Le sac vient trouver refuge sur l’une des tables servant de présentoirs. Taquin, je décide de jouer les critiques gastronomiques en ouvrant l’un des gobelets. Sans rien toucher, mon nez vient glisser au-dessus du liquide moussu. D’une grande inspiration, je me délecte alors de cette merveilleuse fragrance. C’est un tel délice que je ne peux empêcher mes paupières de glisser sur mes joues. Une microseconde plus tard, mes onyx réapparaissent pour plonger à la rencontre de leurs consœurs. Je prends un air faussement grave et pousse le vice en offrant une moue hésitante.

- Hm…

Volontairement, je laisse un ange passer, avant de finalement me faire vaincre par mes talents d’acteur au rabais, balayés par un sourire sincère.

- Clairement, ça s’annonce être une tuerie !...... Merci pour cette attention, Hanz !...

Cette ultime phrase est presqu’un murmure. Audible, certes, mais dans un timbre bien moins fort que mon impression sur l’odeur du café. Pour ne pas laisser l’air altérer le goût du breuvage, mes doigts viennent recrocheter le capuchon. Une idée me traverse. Est-ce la boisson qui me donne chaud ? Impossible. C'est du café froid... Ce n'est donc pas cette option... En revanche, mes pommettes sont parées d’un voile carmin brûlant, alors que je n’avais rien senti deux secondes plus tôt… Pour éviter d’avoir l’air d’un con, je me concentre sur cette sensation afin de rapidement la faire disparaître. Quelques battements de cœur plus tard, je reprends la parole, m’évertuant à laisser le naturel reprendre le dessus.

- Comment vas-tu ?... Tu as trouvé facilement ?

Double interrogation. Au moins, cela me laissera encore un peu de temps pour effacer mentalement les dernières séquelles de cette vague coquelicot, due à l’appréciation de cette jolie surprise... Non sans curiosité, mes ébènes viennent se cogner à celles de mon interlocuteur.
Point d’ancrage rassurant.
Repère qu’il m’est agréable d’avoir retrouvé.






Annexes:



Jun Tsuyu
Si t'es sage, t'auras un badge
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
129

Inscrit.e le :
22/02/2022


Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Chae babe ♥
Autre:
Entre deux -
—Jun x Hanz

Un peu désarmé face à ton exclamation si spontanée, un rire discret vibre dans ma gorge. Je te fixe sans discontinuer, avec l’impression que ton sourire vient d’éclairer la pièce. Qu’il se fait miroir, s’élargissant à mesure que le mien en fait de même. Sont-elles étranges, ces retrouvailles… ? Serais-je à côté de la plaque si j'affirmais que tu m’attendais ? Étonnamment, une chaleur s’insinue dans mon torse, à l'idée. L’espace d’une seconde. Le temps que je me dise que ça fait plaisir de te voir dans ces meilleures conditions, avec ces sourires sur tes lèvres, semblant si sincères et si vrais.

Déjà, tu enchaînes, m’arrachant à mes pensées. Mes iris s’attachant alors à cette main qui s’élève sans trouver rien d’autre que le vide, avant d’en revenir à tes yeux.

— Est-ce que c’est un dix-huit sur vingt ?

— Hum... Peut-être… ? Dis-je en rigolant doucement.

Pour l’occasion, j’emprunte mon air le plus mystérieux, une once d’amusement luisant toujours dans mes yeux noirs.

— Y a qu’une façon de le savoir, pas vrai ?

Et de sourciller, muni de mon sourire en coin. J’te laisse volontiers t’emparer du paquet, suivant le mouvement tandis que mes yeux observent le moindre de tes gestes. Une fois le tout déposé sur un coin de présentoir, je me rapproche, tout naturellement. Alors, posant tantôt l’index sur l’un des gobelet, tantôt sur l’autre, j’prends soin de t’expliquer, un petit peu, ce que t’as sous les yeux :

— Alors… J’en ai pris deux… T’as le choix entre un classique Iced coffee, ou… un Orange Almond coffee, un peu plus « exotique ». Et d’enchaîner, après t’avoir laissé l’occasion d’aviser l’ensemble : Tu peux goûter les deux, si t’hésites, et prendre celui que tu préfères.

Cela dit, je m’appuie tranquillement contre le meuble, l’air satisfait. Perso, pour avoir testé les deux auparavant, j’peux garantir leur valeur, mais bon… J’ai aucune idée de tes goûts ou préférences en la matière, du coup…

Du coup j’anticipe un peu le verdict, en vérité. Genre : Est-ce que j’aurai dû prendre des cafés simples, sans m’prendre la tête ?

C’est un peu trop tard pour y réfléchir.

— Hm…

Un silence tombe. Mon regard s'intensifie tandis que tu sembles prendre un malin plaisir à faire durer le suspense – et me torturer ? J'en viens même à me mordre inconsciemment la lèvre inférieure, me forçant à garder le silence…

Jusqu'à déployer un nouveau sourire, dès que t’ouvre la bouche.

— Clairement, ça s’annonce être une tuerie !...... Merci pour cette attention, Hanz !...

Et la flèche de voler, à tes mots…
pour se planter directement dans mon cœur…


Putain. Je m’y ferai jamais, à cette façon que t’as de me remercier, à chaque fois, en prononçant mon prénom. Est-ce que ça fait de moi un mec irrécupérable ? Probablement…

Cillant tout en prenant une grande inspiration, j’tente tant bien que mal de cacher mon ressenti en me raclant la gorge. Mais clairement, j’ai l’impression de me transformer en agneau avec toi ; et le réaliser me perturbe un peu beaucoup.

— Hum. Avec plaisir, que je murmure à mon tour, d’un timbre semblable au tien.

Et je me redresse alors machinalement, me décrochant du meuble avant de tapoter celui-ci du bout des doigts, laissant traîner mon regard à la ronde. S’en suit un nouveau silence radio, un brin différent du premier… rompu par une question de ta part, à laquelle je m'empresse de répondre.

— Ça va, fais-je, laconiquement. C’était tranquille à moto.

Puis relevant les yeux pour t’étudier du coin de l’œil, j'te décoche un autre demi-sourire.

— Mais… c’est moi qui devrais te poser cette question, nan ? … Comment tu te sens ? C’était pas trop dur cette semaine ?

Marquant une pause le temps de te laisser me répondre, arrive ce moment où je remarque de plein fouet ces teintes carmines sur tes joues... J'sais pas pourquoi je le remarque que maintenant. C'est comme si ça me frappait tout à coup, alors que c’est vraiment flagrant…

Un peu troublé et interrogatif, j’réagis avec un temps de retard.

— Tu…

Putain il rougit, là ??

Par réflexe, mes yeux percutent les tiens pour une confrontation muette. Toutefois, contrairement à ce que j’peux bien songer ou m’imaginer, j’me déride rapidement… Et alors, mon ton est tout ce qu’il y a de plus léger quand j’hausse un sourcil exagérément circonspect, au bout d’une seconde ou deux, pour railler :

— Tu devrais peut-être enlever ton pull, nan… ? On dirait que t’es en train de cuir, là.

À moins que ce soit ce foutu café qui te mette dans toutes tes états ?

Gardant cette réflexion pour moi, je t’adresse un grand sourire avant d’enchaîner sur autre chose, t’évitant ainsi d’avoir à me répondre, si jamais c’est trop gênant.

— Bref... Pour en revenir aux choses sérieuses…, énonce-je d’une voix claire, quoiqu’un peu traînante. Regarde-moi ça, c’est pas tout…

Agitant un index pour attirer ton attention, retrouvant mon air de connivence, je me penche légèrement vers le présentoir, te glissant un coup d’œil, avant de murmurer : J’ai pris à manger aussi…

Désireux de te montrer de quoi il retourne, j’écarte les pans du sac pour en retirer deux boites délicatement emballées. À la suite de quoi, j’me pince les lippes et m’humecte celles-ci, dans l’anticipation d’une autre réaction de ta part. Parce que : Ouaip. T’étais pas au bout de tes surprises, en fait.

— J’sais pas trop ce que t’aimes, alors… hum. J’ai pris du sucré et du salé.

Ouais, bon. Peut-être que j’en fais trop. Mais même si c’est le cas, j’en ai rien à cirer. C’est pas un crime de vouloir faire plaisir ? Et en vérité, j’suis pas peu fier de moi, pour le coup… Parce que quand je soulève les couvercles pour te permettre d’aviser mes offrandes (des beignets glacés à la fraise et au chocolat blanc, ainsi que des club sandwich à l’air divin…), ça m’fout pas mal l’eau à la bouche, pour tout dire.

— J’me suis dit qu’on aurait de quoi se remplir l’estomac comme ça, après. Si t’as envie que je te tienne compagnie.

Est-ce que je suis en train de m’incruster ? Ouais.
Est-ce que j’en ai honte ? Non.

Et de t’adresser un regard perçant, ce faisant, plaçant mes deux paumes de part et autre de la nourriture, bras tendus, maintenant que j’en ai terminé des déballages.

L’une de mes mains, particulièrement plus proche de toi, effleure inconsciemment le tissu de ton habit comme pour attiser plus encore ton attention, le temps que je rajoute, à mi-voix :

— Mais avant qu’on se pose quelque part pour déguster tout ça… j’ai droit à une petite visite ?




Hanz Asuka
Si t'es sage, t'auras un badge
Abonné meetic
A posté une recherche de conjoint
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
203

Inscrit.e le :
03/04/2022


Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Un jour, peut-être... ? ♡
Autre:
Entre deux



L’éclat aussi railleur qu’énigmatique de mon interlocuteur m’amuse. Comme moi, il abat la carte du mystère et laisse planer le doute sur le contenu du sac « Slow Chill »… Avec un léger rire, il me provoque, affirmant qu’il n’y a qu’une manière de savoir à quelle catégorie le café appartient… Le doute s'installe. Celui-ci fait-il partie de l’élite dont il m’a parlé, ou bien rentre-t-il dans le top des breuvages infects ? Intrigué et ravi, j'accroche mes onyx sur ces petits sourires qui étirent ses lèvres. Je poursuis alors mon jeu de faux expert en caféine, puis j’entreprends de humer l’un des gobelets. Délice olfactif…

Tandis que mon flair jauge le délicieux fumet d’un des contenants, Hanz détaille sa commande. Il y a donc des parfums différents. D’après l’odeur, je dois avoir l’Iced coffee sous le nez, car je ne sens pas d’agrume… Le fameux Orange Almond coffee m’interpelle. Je ne connais absolument pas cette boisson néanmoins, j’ai soif de découvertes ! J’apprécie surtout grandement le fait qu’on me propose de goûter aux deux, afin de choisir mon favori. C’est préférable, effectivement ! Au moins, si l’orange a un goût trop prononcé, au point de nuire celui du café, je pourrais me rabattre sur une valeur sûre et plus connue. En y réfléchissant, c’est surtout une chance que le jeune homme ne soit pas nareux ! Même en se connaissant de longue date, certains potes ne supportent pas de boire ou de manger quelque chose où quelqu’un est passé avant. Pour ma part, je n’en ai absolument rien à foutre. Tant que l’on ne crache pas volontairement dedans, on peut boire dans mon verre ou faire un croc dans ma bouffe, cela ne me fera ni chaud ni froid.

Mon petit manège pour contrôler le café ne dure pas et, quelques instants plus tard, après avoir échangé rires et remerciements, j’en viens à m’informer de l’humeur ainsi que de la santé de mon acolyte. Celui-ci paraît gêné par mon « merci ». Toutefois, avec l’ocre de mon teint, je peux aisément comprendre son embarras ! Hélas, j’ai réellement été touché par son attention. Je ne m’y attendais vraiment pas... Apparemment, mon corps non plus, puisqu’il a décidé d’improviser une réaction incontrôlée sur mon épiderme ! Fichu traître...

Afin d’annihiler toute présence carmin, je me concentre sur des petits détails comme sur les expressions faciales du motard ou, tout simplement, sur ses paroles. Sa réponse à ma question est d’ailleurs assez brève... Elle ressemble aux « ça va » qu’on balance sans en penser un seul mot, juste pour ne pas inquiéter la personne en face et pour couper court à la conversation. Est-ce que j’interprète ? Réalité ou impression erronée ? Insister me paraît grossier… Même si une part de moi espère qu’il se porte bien et qu’il n’a pas trop d’ennuis, je me contente d’offrir une réplique succincte :

- Tant mieux. J’imagine, oui. D’autant plus qu’il y a souvent des places.

Qu'importe l'heure, la rue est à la fois très fréquentée, sans l’être. En plus de déboucher sur une grande artère, elle est surtout bien desservie en termes de parkings : il y en a vraiment partout dans le coin ! On peut se garer pas trop loin, ou à seulement quelques pas, sans avoir à tourner pendant une plombe… Rien à voir avec mon quartier résidentiel où chaque petite zone est prise d’assaut. C’est juste une véritable galère, ne serait-ce que pour décharger les courses ! Vivement qu’on trouve un nouveau foyer pour éviter certaines contraintes, qu’elles appartiennent à la logistique ou à l’humain…

Soudain, les prunelles obscures du biker glissent sur ma silhouette, l’étudient sommairement, avant de rejoindre les miennes pour s’y amarrer. Hanz me retourne alors ma question. Aussitôt, les mots se cadenassent dans ma gorge, face à son doux visage. À quoi bon se plaindre ? À quoi bon jouer les durs ? Sur le moment, aucun de ces choix ne me fait envie… En outre, développer me fera forcément basculer d’un côté de la balance. De ce fait, je décide de plus ou moins botter en touche, quitte à m’attarder sur une partie de cet ensemble d’interrogations… Mon acolyte, lui-même un adepte des réponses filtrées, ne devrait pas totalement m’en vouloir… Du moins, je l'espère.

- Il y a eu des jours avec et d’autres sans… Mais, ça va. Et puis, l’avantage d’être ici, c’est que j’ai de quoi m’occuper… Surtout avec certaines commandes !

L’envie de teaser étire de nouveau mes commissures d’un rictus mutin. J’avoue avoir passé pas mal d’heures sur ses deux créations… Surtout sur la plus personnelle… Entre croquis et conception, mon esprit et mes doigts ont été bien occupés ! Alors, certes, je lui ressers à peu près ce que j’ai suggéré par SMS cependant, même si cela reste vague, cela reste sincère. Mes projets et, plus généralement, mon boulot m’ont effectivement permis d'éviter de me focaliser sur des choses trop négatives ou sur la douleur omniprésente.
Après un tel événement, il me semble évident que je ne sois pas au meilleur de ma forme. Clairement, j’ai douillé… J’ai eu des phases où bouger le petit doigt me donnait envie de hurler de douleur. La mauvaise humeur s’est invité plusieurs matins. La colère a parfois débordé. Quelques larmes ont également coulé… Néanmoins, l’auto-apitoiement n’est pas nécessairement mon style et il est hors de question de tanner Hanz avec des plaintes. De ce fait, je ne rentrerais pas dans plus de détails.

C’est alors que le grand brun commence une phrase sans aller jusqu’au bout. Instantanément, un sourcil curieux s’élève vers mon front, tandis qu’un autre s’abaisse, marquant clairement mon interrogation. Je n’en dis pas plus. Inutile. Cette fois-ci, nos lèvres ne semblent pas avoir envie de s’écarter. Son regard se verrouille au mien, me noyant dans la noirceur de ses pupilles insondables. Involontairement, nos faciès affichent les mêmes expressions. Miroirs remplis d’énigmes muettes. Chacun tente de percer le silence sans en ressentir le besoin de le faire vraiment. Un moment qui pourrait paraître gênant pour la plupart des gens, mais qui m’interpelle plus qu’autre chose.

- Tu devrais peut-être enlever ton pull, nan… ? On dirait que t’es en train de cuire, là.

Je hausse les épaules avec un sourire en coin, déjà prêt à rétorquer une phrase ou deux. Sur le coup, je n’ai pas fait le lien avec mes rougissements... Surtout pas une minute plus tard, maintenant que j’ai retrouvé une teinte normale !… En réalité, j’hésite entre humour et sincérité. Ces deux options s’entrechoquent avec violence, si bien que je suis incapable de me décider. Puis-je m’autoriser à faire une vanne, ou bien dois-je avouer que je n’enlèverai rien tant que le magasin est encore ouvert ? Avec les séquelles sur mon corps, je veille à le dissimuler au maximum… Honnêtement, je pourrais presque faire concurrence à une bonne sœur dissimulant chacun de ses membres sous un morceau de tissu ! Rien ne dépasse ! « Couvrez cette peau que je ne saurais voir !... »

Même avec des températures caniculaires, je préfère ouvrir la fenêtre ou mettre un peu la clim, plutôt que d’enlever une couche devant mes clients. Même si le pull est léger, je crève parfois de chaud, toutefois, je ne peux pas me permettre de montrer mes blessures. Le jugement serait immédiat ! De temps à autre, je deviens même parano avec le fond de teint sur mon visage… Ce dernier camoufle au maximum les ecchymoses néanmoins, un œil avisé doit irrémédiablement deviner ce qu’il y a en dessous… Dès que ça s’estompe, il n’est d’ailleurs pas rare que je détale pour en remettre !
Non ! Surtout, ne rien dévoiler.
Je dois limiter au maximum l’image du bagarreur ou du mec passé à tabac. Déjà que mon boitement m’a valu plusieurs questions auxquelles il m’a été difficile de répondre… Alors, comment pourrais-je justifier la marque violacée sur ma joue et qui, à chaque sourire, m’élance malgré tout ?

Avec douceur, mes lippes se désolidarisent. Le dilemme n’est plus. Je préfère finalement le refuge de l’humour à la sincérité. Toutefois, mon sauveur embraye sur un autre sujet, ce qui m’oblige à me taire. Rassuré par cette porte de sortie, je m’humecte les lèvres d’un bref pincement entre elles et me concentre sur la voix de Hanz qui continue dans sa lancée.
Index brusquement levé vers le sac laissé à l’abandon.
Curiosité renouvelée.
Mes ébènes suivent le mouvement, puis reviennent se heurter au rictus complice de ce mystérieux garçon. À manger ? Vraiment ?! À ce stade, j’appelle ça être gâté. J’en ai le souffle le coupé. Pendant que le grand ténébreux entrouvre davantage le sachet, mes cils papillonnent, comme pour me forcer à me réveiller. Comment ce mec peut-il être aussi gentil et généreux avec moi ?! Mon attention navigue entre les clubs sandwich, la boîte de ce que je pense être le sucré et l’adorable donateur.

- Je… Merci !...

Murmure. Souffle qui manque. Comme un idiot, j’en perds mes mots. Franchement, je ne m’y attendais pas ! Déjà que les cafés m’ont totalement surpris mais alors, ça en plus, je suis sur le cul ! Sentant déjà le retour de la peinture rouge vouloir s’étaler salement sur mon épiderme, je me mords discrètement l’intérieur de la joue. La douleur court-circuite rapidement le coup de chaud revenu à la charge. En attendant, mon vis-à-vis continue ses explications et  propose de rester un peu avec moi. Nouvel uppercut dans mes tripes. Cette fois-ci, les mots viennent aisément glisser sur ma langue. Armé d’un sourire, je lâche :

- Carrément ! Tu restes autant que tu veux !

Des propos innocents, lâchés sous la spontanéité. Je ne les regrette pas pour autant. Cette offre de passer du temps avec lui est sincère. Il paraît être quelqu’un de vraiment cool et bienveillant ! Alors, mon sourire s’ancre un peu plus. Durant un instant, je l’observe, mes iris contre les siens, muni d’un air satisfait, bien qu’un poil intimidé à cause de toutes ces attentions adorables. Il y a cet air perçant et tellement assuré, aussi. C’est assez désarmant.

Soudain, ma concentration est attirée par un léger effleurement sur mon haut. Je n’ai pas besoin de baisser les yeux pour identifier où on m’a touché… Malgré la couche duveteuse du pull, mon poignet me brûle… Et… Cela me perturbe. J’ignore si c’est intentionnel ou non… Ça l’est pas du tout, n’est-ce pas ? Je suis juste un con, qui se fait un film, là où il n’y a rien. En tout cas, j’espère que ce geste a été réalisé par inadvertance car, malgré le feu d’artifices sur mes joues, rien ne m’intéresse d’autre que de l’amitié avec autrui. Ainsi, mon esprit rationnel fait pencher la balance du côté de l’involontaire. Instantanément, mon cœur reprend un rythme normal. Sans geste brusque pour ne pas montrer mon émoi, je récupère doucement mes poings, tout en répondant :

- Bien sûr ! Par contre, ça va aller vite. C'est pas un dédale comme l'hôpital........ Mais, au moins, le mec de l'accueil ne va pas te saouler avec un formulaire et ne va pas te faire poireauter une plombe.

J'ajoute, avec un air taquin et chaleureux. Après quoi, ma main gauche saisit mon téléphone pour m’informer de l’heure. 18h29. Pour une petite minute, ça ira.

- Laisse-moi juste fermer et laisser les clefs sur la porte. Non que je craigne une venue à l’improviste de quelqu’un : je saurais l’envoyer promener et je ne crains rien aux côtés du Batman, mais… C’est une habitude.

Certes, le quartier craint moins que celui de la maison cependant, depuis l’ouverture, j’ai déjà eu plusieurs visites en dehors des horaires. Si la porte est ouverte et, malgré la pancarte, il y existe des forceurs ou des gens curieux… Bien que cela ne m’aie pas spécialement dérangé sur le moment, je ne tiens pas à ce que des gens se tapent l’incruste… Surtout avec l’anonymat de Hanz. Contrairement à moi qui ne l’ai toujours pas reconnu et qui refuse de faire des recherches sur lui, je présume que les gens ayant le nez dans la réalité seraient bien capables de l'identifier…

Joignant le geste à la parole, je gagne la porte pour aller changer l’orientation de la petite pancarte « Ouvert / Fermé ». Ensuite, je nous enferme d’un simple tour de poignet, le trousseau resté pendu sous la poignée. Non seulement, ça permet d’éviter de chercher les clefs pendant vingt ans à chaque pause clope mais, d’une certaine manière, cela évite, peut-être, au biker de se sentir « prisonnier » ? Après tout, il est plus ou moins enfermé avec un inconnu... Un mec à moitié estropié qu’il peut envoyer valser d’une pichenette, certes… Mais, un étranger quand même. Au moins, avec la clé encore dans la serrure, il sait qu’il peut sortir quand il le veut ! Rassuré par la porte close, je reviens vers mon compagnon. Le faciès rayonnant à l’idée de présenter mon univers, je me racle la gorge.

- Une petite visite, hm ?

De façon synchrone, mes bras s’élèvent autour de moi pour indiquer l’espace dans sa globalité.

- Ici, c’est donc la boutique où tu peux trouver un peu de tout : aussi bien de la vaisselle que des objets décoratifs ou des sculptures.

Claudiquant d’un endroit à un autre, je lui désigne quelques éléments. Parfois, la pulpe de mes doigts vient caresser la faïence avec un geste mêlant délicatesse et affection. Je comprends aisément pourquoi certains créateurs considèrent leurs tableaux, leurs statues, leurs romans, leurs chansons ou leur création en général comme une partie d’eux-mêmes.
On y met ses tripes. Son temps. Son amour. Sa passion. Ses réflexions.
Ainsi, certains de ces objets m’évoquent une pluie de choses. Des souvenirs. Une musique. Une personne. Un mot. Une sensation. Quelque chose.
Est-ce que j’ai créé en songeant à notre rencontre ? Évidemment…

Mes jambes s’immobilisent tout d’un coup. Lentement, ma dextre vient prendre appui sur une table centrale ornée d’une nappe d’un bleu céruléen. Sur celles-ci, sont disposés des articles aux teintes bleutées ou épurées. On distingue également des motifs ou des objets faisant songer au ciel, aux oiseaux ou à l’air.

- Là, tu as un espace qui varie selon la période, les fêtes ou les saisons. J’aime bien proposer un contenu spécifique et retaper la déco de la galerie…

Bien que ce geste ne soit pas nécessaire, mon index s’élève vers le plafond où on discerne une multitude de petites lampes laiteuses. Sur chaque lumière, je me suis fait chier à coller des nuages dessinés par mes soins et découpés dans du papier. Je crois qu’il y en a une centaine… Peut-être plus ? Une impression de constellation de cumulo-nimbus... Au-dessus de nos têtes, il y a également des plumes accrochées à du fil de pêche invisible ainsi que des petits mobiles en argile suspendus. Des volatiles ou encore des nuages. On sent l’idée de liberté qui se dégage… Le rendu est plutôt joli. En tout cas, les compliments ou les sourires satisfaits des visiteurs m’ont permis d’en déduire que je me suis plutôt bien débrouillé…

- En ce moment, on est sur la thématique du ciel, mais ça va bientôt changer pour laisser place à quelque chose de plus punchy avec la fête de la musique. J’essayerai de faire ça la semaine prochaine… J’explique, les traits déjà éclairés par l’étincelle de l’impatience.

Bon sang, pour ça aussi, je compte les jours, tellement j’ai hâte d’y être ! J’ai répété comme un dingue plusieurs morceaux, notamment les dernières tablatures de mes potes. Même si ce sera avec une sèche, je compte bien leur faire honneur en jouant l’un de leurs sons. Qui sait, cela leur fera peut-être même un peu de pub ? Rah ! J’espère sincèrement être un peu plus sur pied d’ici là…

Chassant la pointe d’inquiétude au creux de mes tripes, je reprends alors le petit tour du propriétaire. À pas lents et hésitants, je nous dirige vers un couloir débouchant sur trois accès. À gauche, un sanitaire, que je ne présente pas. Un petit écriteau sur la poignée de porte le fait déjà très bien à ma place... Je ne suis pas fan d’indiquer les pièces cependant, j’ai vite réalisé que des gamins, des femmes enceintes ou des seniors avaient des besoins imminents. Alors, j’ai cédé à leurs exigences… C’était ça ou les laisser uriner en plein milieu de la boutique ! C’est quand même moins pénible de nettoyer une cuvette qu’une maudite flaque en plein milieu du magasin... Bref, je me concentre donc sur la porte en face des WC. Par habitude, ma paume s’abat avec fracas sur la clenche que j’abaisse et repousse d’un geste vif et rapide. Sans attendre, je m’engouffre à l'intérieur, l’ombre de mon invité sur mes talons. D’une voix tranquille, j’explique laconiquement l’emploi de cette pièce toute en longueur.

- Remise et espace perso.

Dans un coin, une table encadrée de deux chaises pliées pour gagner plus de place. Non loin d’elle, un mini-frigo, une machine à café ainsi qu’une bouilloire allant de pair avec des réserves de thés basiques, d’infusions, de dosettes de café et de clopes.
Sur les murs, des étagères à n’en plus finir.
Des étagères à gauche.
Des étagères à droite.
Des étagères de toutes les tailles et à différentes hauteurs.
Des étagères contenant, souvent, des cartons ou des classeurs de toutes les couleurs. On distingue aussi une ribambelle d’œuvres stockées avec, pour la plupart du papier à bulles pour soigneusement les protéger.

Le tout est rigoureusement rangé et donne une ambiance méticuleuse, voire archi-carrée qui ne colle pas à ma personnalité. Pourtant, cet endroit est bien à moi… Oh, il ne faut pas s’y fier : ça doit bien être la seule salle où je m’évertue à être soigneux et organisé… Même si elle est rangée pour Hanz aujourd’hui, la pièce qu’il nous reste à visiter est, de coutume, à l’image de ma chambre : un bordel chaotique ! Ma senestre sur ma nuque, j’appuie sur mon trapèze supérieur légèrement courbaturé, tout en daignant enfin donner un peu plus de détails :

- J’y stocke un peu de matériel, de la paperasse, de la déco, des créations en attente de la venue de leur propriétaire, les invendus ou éléments à thème de la saison dernière, … Sinon, c’est petit mais, j’ai l’habitude de prendre mes pauses ici… Autrement, je mange aussi dans la pièce à côté. Dans l’atelier. Il y a plus d’espace et de tables, mais il faut généralement pousser mon bazar…

L’une de mes commissures s’ourle malicieusement, tandis que j’ajoute dans la foulée :

- … Bazar à peu près rangé, car je me doutais que tu voudrais jeter un œil au cœur de l’atelier !... Si tu veux, on pourra donc se poser là-bas…

En revanche, je ne pensais pas que mon accompagnateur rentrerait complètement dans la remise… Le voilà, planté au milieu de la pièce, proche de l’encadrement de la porte. Mes onyx coulissent vers les siennes et tentent de saisir quelques-unes de ses pensées à travers les expressions qu’il daigne m’offrir. Or, c’est à ce moment-là que je réalise.
Derrière moi.
En plein milieu.
Bien visible.
Le « merveilleux » papier cadeau Batman…

Aussitôt, le croissant de lune sur mes lèvres décroît jusqu’à former une grimace paniquée. Je prends rapidement mon inspiration, puis j'avale la distance entre le grand brun et moi. Sans crier gare, la paume ma dextre vient doucement trouver refuge sur les paupières du jeune homme, tandis que ma main directrice appuie sur son torse pour lui intimer de reculer. D’un ton suppliant, j’essaye de le repousser en arrière.

- Non, tu n’as rien vu ! Le Batou kitch n’est pas ici !!! Viens, il nous reste une pièce à visiter ! On sort de là !

Mon palpitant se démène derrière sa prison d’os. Sa cavalcade assourdissante me fait presque serrer les dents… À moitié lovée sur le sternum et l’un des pectoraux de Hanz, ma senestre tente de mettre un peu plus de puissance. Hélas, c’est peine perdue… Malgré ma taille, je ne dispose pas d’une force herculéenne. De plus, j’ai l’impression d’être face à un bloc de béton qui, s’il n’en a pas envie, ne bougera pas d’un iota ! Rahhh ! Il n’a pas volé son surnom de « Batman » ! C’est presque une véritable armoire à glace à côté de mon physique fin et élancé…
Furtivement, je jette une œillade vers les deux créations emballées. Merde ! Elles ont forcément dû être remarquées par le motard. Pourquoi est-ce que je ne les ai pas cachées derrière la porte ou dans un carton !? Sous la contrariété, ma canine vient brusquement frapper le moelleux de ma lippe inférieure. J’impulse tout de même une nouvelle poussée contre le poitrail de mon interlocuteur.







Jun Tsuyu
Si t'es sage, t'auras un badge
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
129

Inscrit.e le :
22/02/2022


Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Chae babe ♥
Autre:
Entre deux -
—Jun x Hanz

On peut pas dire que j’aie pour habitude de visiter ce genre d’endroits. C’est très loin de la sphère dans laquelle j’évolue (mon milieu naturel, en quelque sorte). Mais c’est également ça qui attise ma curiosité ; cette occasion de plonger au cœur de ta vie par ce biais, te découvrir un peu plus et toucher du doigt quelque chose qui me ressemble pas, ce faisant.

Alors ma requête tombe, et voilà que je me retrouve suspendu à tes lèvres, à attendre ta réponse. Mon regard suit chacun de tes mouvements, jusqu’à l’obtenir. D’un petit hochement de la tête, j’te fais signe que je comprends et, tandis que t’entreprends de fermer boutique, pour ma part je m’autorise enfin à retirer une couche de fringue. Le cuir passe mes épaules, glisse sur mes bras nus pour en révéler les tatouages. J’ai vite fait de me débarrasser de ma veste, la déposant aux côtés de mes offrandes gustatives. On est quand même plus à l’aise en t-shirt par ce temps, bordel... Je sais pas comment tu fais pour garder ton pull. J’suis pas du genre à devenir écarlate à la moindre bouffée de chaleur mais… ça m’empêche pas de mourir de chaud. Y a qu’à toucher ma peau pour comprendre, que j’suis pas du genre frileux, entre autre.

— Ça va m’coller à la peau cette histoire de Batman, hein ? je balance, amusé toujours.

La visite privée commence. Bon élève, je croise les bras sur mon torse et je me prête au jeu, te confiant toute mon attention en te couvant du regard, passant tantôt de toi, tantôt aux détails variés que tu me pointes. Et si te voir claudiquer me replonge dans la réalité sinistre de notre rencontre ; j’dois dire que ça a un truc attendrissant de saisir ta passion à travers tes explications. C’est rafraîchissant. C'est authentique et sensible. Ça se voit, que t’aimes ce que tu fais. T’as ces gestes doux, cette voix comme une caresse quand tes yeux frôlent chacune de tes créations, et que tu les accompagnes du bout des doigts. À quoi tu peux bien penser, quand tu crées ?

Attentif, j’emprunte un air impressionné quand tu m’évoques le coin éphémère ; toutes ces petites lampes laiteuses et cette armada de nuages sur le thème du ciel.

— Sympa le concept.

Petit commentaire, pour marquer le coup. Mon regard s’attarde. Dans un coin de ma tête, j’me promet de te demander une photo quand t’auras changé la thématique, après la fête de la musique, juste par curiosité.

Et puis, la visite se poursuit. On croise la porte menant aux w.c ; nous engouffrons finalement dans ce que t’appelle la remise et l’espace perso. Bien qu’attentif, j’crois que je me suis rapproché de toi, instinctivement. Au cas où… j’sais pas… t’aurai encore du mal à marcher, ou une faiblesse, un truc du genre. Rien qui soit trop perceptible cependant… pas envie de faire mon collant...

— Je sais plus ce que tu m’as dis, mais t’es tout seul à travailler ici ? C’est ton atelier perso ?
 
Je déplie les bras pour fourrer mes doigts dans mes poches, m’engouffre dans la zone, à ta suite, restant non loin de la porte. Là, je ratisse machinalement la pièce des yeux, laissant à mes prunelles le loisir et détailler quelques éléments, tandis que tu m’abreuves d’explications. Ici, tout est plutôt bien rangé. Tout est carré. C’est assez étrange. J’imaginais que ce serait un peu comme ta chambre, p’t’être ? Va savoir.

— Je vois…

Mais en fait, j’ai pas vraiment le temps de me faire une impression autre que générale. Brusquement, tu te retournes vers moi. Tu fais ce pas qui nous sépare. Mon palpitant en rate un battement sous le feu de l’incompréhension. J’écarquille même les yeux quand ceux-ci se retrouvent obstrué par ta main.

— Qu’est-ce qu- ai-je à peine le temps de souffler.

Je sens tes doigts sur mon torse, faisant pression. Par automatisme, j’fais un pas en arrière. Mon dos cogne contre l’encadrement de la porte. Position instable. L’une de mes mains se pose sur ton bras, l’autre s’arrime à ta hanche, que je presse et rapproche comme pour avoir prise sur quelque chose.

— Non, tu n’as rien vu ! Le Batou kitch n’est pas ici !!! Viens, il nous reste une pièce à visiter ! On sort de là !

Et alors, j’comprends. Passé le moment de surprise, un sourire roublard se dessine irrésistiblement sur mes lèvres. Je m’humecte celles-ci, laissant alors entendre un petit rire grave face à tes efforts pour me pousser hors de la pièce. Mais pas question que je bouge davantage. Au bout d’une seconde ou deux, ma dextre vient lentement se superposer au poignet de cette main maline qui me barre la vue. Tout doucement, millimètre par millimètre. Le cœur battant un rythme lent et presque trop lourd en contraste avec le cocasse de la scène. Je les fait glisser sur l’arête de mon nez, de sorte à pouvoir croiser ton regard. Le mien est rieur, amusé… Dans le creux de ta paume, mon souffle chaud ricoche.

— On a des trucs à cacher ? Que je susurre d’un ton parfaitement railleur et mielleux.

Taquin le chien... Pourtant, pendant une seconde, un léger trouble s’empare de moi quand je remarque pour la première fois ce maquillage discret qui rehausse ton regard… Ton regard, pas si noir, en fin de compte. Avec ces iris où se mêlent des notes couleur tempête, de gris, de granit et d’asphalte. Ouais, pendant une seconde, j’suis troublé. Troublé par cette proximité soudaine. Cette vision. Tous ces détails qui me sont donné de voir.

Pas suffisamment, toutefois, pour m’empêcher de faire ce que j’avais prévu de faire…

L’instant suivant, comme si c’était mon plan depuis le début, mon regard pivote. Tout droit vers le sujet de toutes tes préoccupations, voilà qu’il se plante.

Alors mon grand sourire refait surface, s’élargit de plus belle, victorieux, tandis que j’abaisse un peu plus ta main.

— C’est pour moi ? Te demande-je presque fièrement en retournant t’observer, tout en sachant pertinemment que tu sais à quoi je faire allusion.

J’laisse filer une petite seconde pour te laisser le temps de réagir. Pas trop. Au cas où.

— Désolé, te dis-je alors d’un ton qui ne semble pas l’être du tout. Maintenant il va falloir que je vois ça de plus près, tu crois pas ?

J’exerce une petite pression sur ta hanche ; sur ce corps, décidément trop proche.

— À moins que t’aie vraiment envie de m’en empêcher ?

Je hausse un sourcil circonspect, te relâchant doucement, pour te faire comprendre que t’es libre de te pousser de… moi, en fait. Puis, plisse légèrement les yeux sans cesser de te fixer, mon sourire empruntant cette fois quelque chose de carnassier.

Mais j’vois pas trop comment tu pourrais, cela étant.
Et… putain tu devrais voir ta tête…


Est-ce que je suis allé trop loin ?

M’affalant de plus belle contre la tranche du mur en enfouissant à nouveau mes mains dans les poches, innocemment, pour bien te faire comprendre que je vais pas bouger, je me racle la gorge.

Alors… ? Semble te dire mon regard, sous couvert d’une pseudo docilité passagère, sans perdre entièrement mon sourire.

J’attends. Je vais nulle part.


[/i][/i]
Hanz Asuka
Si t'es sage, t'auras un badge
Abonné meetic
A posté une recherche de conjoint
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
203

Inscrit.e le :
03/04/2022


Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Un jour, peut-être... ? ♡
Autre:
Entre deux



Est-ce de la curiosité face à mon enthousiasme ? Alors que je claudique d’un présentoir à un autre, je sens le jeune homme guetter mes faits et gestes et s’abreuver de mes explications. Telle une ombre, il me suit à la trace. Si, la plupart du temps, il se contente d’observer en silence parfois, il réagit à mes explications. Ainsi, au détour de ma logorrhée, un compliment fleurit. L’idée de thèmes cycliques pour les mises en avant semble lui plaire… À moins qu’il ne s’agisse de la décoration sur laquelle j’ai passé du temps ? Dans tous les cas, un « Merci. » aussi concis que ravi fait vibrer ma gorge. Mes traits s’éclairent également avec sincérité.

J’ignore si ça l’intéresse réellement ou s’il fait semblant… Toutefois, à plusieurs reprises, je crois avoir décelé une lueur d’intérêt dans ses prunelles… Cette impression étire davantage mes commissures et se répercute dans ma voix. Enjoué, j’en profite alors pour continuer la petite visite, veillant néanmoins à ne pas trop blablater pour éviter de le saouler, sans pour autant négliger mon monde… On ne peut pas parler de restriction : les mots s’écoulent sans hésitation. Cependant, je ne noie pas Hanz sous des détails sans importance. Je vais à l’essentiel. Libre à lui de faire une remarque ou de poser une question, s’il en ressent l’envie. Chose qu’il ne se gêne d’ailleurs pas à faire au moment où il me demande si l’atelier m’appartient personnellement ou s’il y a d’autres employés que moi. Aussitôt, mes onyx fondent sur leurs semblables pour s’y heurter avec douceur.

- C’est effectivement mon atelier perso... Je préfère créer seul et ne dépendre de personne.

Un bref haussement d’épaules accompagne mes propos. Au moins, il n’y a pas de maître pour me laisser les créations qui l’intéressent le moins. Ni pour m’imposer des créneaux horaires ou pour m’obliger à vivre dans son ombre. Mon nom, je le dois à mon labeur. Qu’importe si, au début, j’ai mis du temps avant d’avoir une clientèle régulière. Cravacher sans compter mes heures, tracter dans les rues et participer aux moindres salons ne me faisait pas peur. En outre, le fait de ne pas avoir de collègue me permet de m’approprier les locaux comme bon me semble. Je suis libre de squatter les lieux à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit, d’aménager les meubles au gré de mes envies, d’aborder les thèmes qui me parlent ou de laisser mon bazar en plan. Si je fais faillite ou si je suis moins productif certains mois, ce sera simplement ma faute. Mes propres problèmes. Je serais le seul à blâmer. Personne ne viendra me prendre la tête, si ce n’est moi-même. Tout choix a des avantages et des inconvénients. J’en ai conscience et je les assume.

La découverte des lieux se poursuit paisiblement. Régulièrement, je veille aux expressions de mon invité, afin de voir si cette exploration lui convient ou non. Alors que je me dirige vers la remise, mes iris obsidiennes coulissent brièvement de son visage à ses bras encrés. Jusque-là, je n’ai pas osé m’y attarder. Pourtant, les tatouages m’ont toujours captivé. En voir m’impressionne et me rappelle à quel point je me tâte à sauter le pas un jour… Or, les siens ne font pas exception. De loin, ils paraissent fascinants… Est-ce que le grand ténébreux m’en voudrait si je les étudiais ? Ou bien fait-il partie de ces gens pudiques et réfractaires aux regards intrusifs ? Ma conscience me souffle qu’il vaut mieux me contenir. Je doute qu’il m’empêche de poser mes yeux sur lui, mais cela ne le mettrait sans doute pas à l’aise. Il ne faut pas oublier que, derrière un tatouage, se cache souvent une histoire. Poser des questions ou les pointer du doigt peut enfoncer des portes ouvertes et rouvrir des blessures… Par respect pour mon défenseur, je ne tiens donc pas à gaffer…

Du moins, ça c’est ce que je pensais faire, jusqu’à ce que nous nous trouvions dans la remise ! Là-bas, quelque chose a dérapé… Quel idiot ! Cette situation est entièrement due à mon étourderie avec ce fichu paquet cadeau visible sur l’étagère !
Est-il possible de s’enfoncer encore plus dans sa propre bourde ?
La position dans laquelle nous nous trouvons me dit que oui…

Caresses éphémères aussi légères qu'une envolée de papillons. Les cils du grand brun glissent doucement sur le creux de ma paume. Cela chatouillerait presque. Toutefois, je n'ai pas vraiment le loisir de m'attarder sur cette sensation, car une autre, plus intense, incendie mes veines depuis quelques secondes... La première étincelle de ce brasier intérieur, je la dois à une main lovée contre ma hanche. Cramponnée et possessive, elle semble vouloir m'obliger à davantage réduire la distance. Est-ce que c'est réel ? Y a-t-il indubitablement une force physique, en train de me faire perdre tous mes moyens ? Parce que je la sens, cette légère pression revendicatrice m'intimant de faire un pas en avant ! Impossible qu'elle soit fictive ! Or, en cet instant, je lutte littéralement contre elle... Campé sur mes appuis, faisant fi des douleurs de l’agression, je refuse de laisser mon bassin venir se heurter à celui de Hanz. Je verrouille mes jambes avec fermeté. Hélas, plus je mets de l'énergie dans cet effort, plus mon palpitant s'affole. En écho, mes joues s'empourprent progressivement d'une teinte de plus en plus rosée... Bon sang ! Un câlin amical ne m'a jamais dérangé cependant, cette proximité est un peu trop intime pour moi !

Les doigts de mon interlocuteur sont comme du métal en fusion. Même à travers ma couche de vêtements, ils me brûlent et réchauffent mon épiderme. J'ai l'impression de sentir chaque phalange s'imprimer dans ma chair... Tétanisé, je déglutis.
« Merde, Hanz, tu me fais quoi, là ?! »
C’est comme si notre rapprochement l’amusait… À moins que le divertissement vienne de mes réactions excessives ?! Sensation d'avaler des éclats de verre. Paniqués, mes onyx tremblent jusqu'aux lippes en face de moi. Le rictus qui les habille a titillé mon attention. Sur l'instant, je ne vois que lui... Les choses se compliquent avec ce petit rire qui s’échappe et chamboule encore plus mon myocarde…

Je sens tout son corps près du mien. Il est près... Trop près. Nettement trop près… Ce constat me tombe dessus. Dès lors, je suis incapable de chasser cette idée de mon esprit. Tous mes efforts pour songer à autre chose sont vains. Merde, ça ne va pas le faire ! Il faut absolument que je m’éloigne ! Alors, tout en essayant de contrer la pression sur mes hanches pour les forcer à demeurer immobiles, ma paume sur le torse du jeune homme se fait plus insistante. Aller ! Encore un petit effort ! Je vais bien finir par lui faire faire un pas en arrière, non ?

Malheureusement, comme si mon cœur n'était déjà pas sur le point de lâcher sous l’émoi et l'incompréhension, de nouvelles braises viennent chauffer à bloc une partie de mon corps. Cette fois-ci, c'est la dextre de mon vis-à-vis qui étreint mon poignet... D'une lente pression, à la fois déroutante et efficace, elle abaisse progressivement ma main. Chute aussi lente que contrôlée. Le pire, c’est que je le laisse faire. C’est à peine si j’offre une résistance tant je suis sonné… On dirait qu’avec ces maudites phalanges sur moi, mes forces se sont fait la malle ! En y réfléchissant bien, c’est peut-être ce qu’il arrive… Avec contrariété, mes sourcils se froncent, tandis que mes lèvres se pincent en une moue boudeuse.

Mon expression est presque contradictoire face à l’hilarité du motard. Tandis que lui se fait fripon et doucereux, mes traits deviennent distants, voire contrariés. Sans attendre, mes ébènes se fracassent contre leurs consœurs pour leur ordonner silencieusement de me lâcher… Ou de remonter sa main ! Non, je n’ai rien contre le fait qu’on soit proches ou que l’on se touche. Après tout, le jour où j’ai été passé à tabac, je me suis littéralement pendu à son cou et j'ai joué les glues à son bras pendant des heures... Bien que le contexte soit différent, je ne vais pas le saouler pour une question de distance. Tant que ça reste amical, je m’en cogne. En revanche, il y a cette fichue main près de mes reins et ce souffle ardent sur ma dextre suspendue, auxquels j’ai bien du mal à me faire !

- On a des trucs à cacher ?

Beaucoup trop... Pour toute réponse, ma bouche se pince encore plus fort. Putain, je crois que ma faculté de parler s’en est allée… À l’inverse, mon odorat fonctionne à merveille. Il capte d’ailleurs cette fragrance masculine dont mes narines sont insidieusement envahies. Mes onyx fonctionnent également très bien et tentent toujours d’intimer à leurs alter ego qu’il serait peut-être temps de faire quelque chose. Hélas, si nos regards s’affrontent, je ne sais quoi lire dans ces deux abysses d’encre… Raaah ! Il n’y a que moi que la situation gêne ?

Brusquement, les gouffres insondables du biker dévient derrière moi, sans doute sur la source de tout ce bordel. Puisque je ne peux toujours pas m’extraire de ce contact, je profite de cette distraction pour brièvement m’attarder sur ce biceps droit, dont l’extrémité maintient mon poignet captif. J’y distingue un portrait insolite. Un cadre noir avec un visage féminin, les paupières closes. Beau faciès strié de bandes obscures, tel l’ombrage de stores. C’est assez classe... La curiosité me pousse à hâtivement dévier mes iris vers l’autre côté. Au passage, je ne peux m’empêcher de noter que, si notre taille est assez similaire, ce n’est pas le cas de notre silhouette. Hanz n’a rien de long, svelte et filiforme. Au contraire. À sa carrure générale, on devine qu’il sue régulièrement pour s’entretenir. La plupart des hommes ne sont pas aussi athlétiques que lui. Or, dans ce t-shirt sombre épousant ses bras et ses intrigants tatouages, j’ai le loisir de découvrir chaque mont formé par ses muscles… Sans parler de ce torse, aussi solide qu’un mur, sur lequel ma senestre repose toujours.

Enfin, ma vision s’arrête sur ce que je crois être un ensemble d’allumettes consumées, à l’intérieur de l'avant-bras gauche. Difficile de bien me concentrer, car le temps me manque. Frustration. L'artiste en moi adore effeuiller le moindre détail dans un dessin. Ne pas m'y attarder me désole presque… Cependant, je sens de nouveau l’attention de mon vis-à-vis revenir sur moi. Je m’y amarre sans hésiter. Encore cet air fier, canaille et victorieux embellissant son faciès. Si je n’étais pas au centre de cette distraction, le spectacle me plairait.

Un instant plus tard, l’immense sourire laisse place à une question qui sonne comme une évidence. Bien sûr que c’est pour lui ! Contrit, je reprends contenance et je tente au moins de récupérer ma dextre en tirant dessus. Petit frisson désagréable. Même en fermant les paupières, j’ai encore la marque fantôme du souffle sur mon épiderme. Chaque mot prononcé contre ma paume a engendré une raideur sur ma nuque. Bon sang, je déteste ça ! Maudite respiration qui m’a donné la chair de poule… Une pointe d’agacement se loge subitement dans mes tripes. Stop. Cette position inconfortable dure depuis trop longtemps. Il est temps d’y mettre fin. Je souffle, sans détour :

- Non.

Je mens comme un arracheur de dents. Il le sait pertinemment. Pendant un dixième de seconde, tout mon esprit se concentre sur lui et sur les endroits précis où nos deux corps sont en contact. Le monde entier a-t-il cessé de tourner ? J’ai l’impression que plus rien n’existe sauf ces points qui nous relient. L’air me manque tellement, que j’en suis toujours cloué sur place. Heureusement, je sens encore mes appuis exercer une légère force pour me dégager. Au moins, ma carcasse a les idées claires, elle.

Un « Désolé » s’écrase au creux de ma dextre. Décontenancé, je hoche doucement la tête, aussi bien pour me reprendre que pour offrir une réponse. Ce n’est pas grave… Cela dit, je vois bien que ces excuses ne sont pas spécialement sincères. Surtout lorsque celles-ci s’accompagnent d’une pression sur ma hanche. Cette fois-ci, je sens mes jambes me propulser avec hargne en arrière. À moins que le grand brun ait enfin décidé de me lâcher ? Le fait est qu’une distance de deux ou trois pas me permet enfin de retrouver mon souffle… Et un teint moins carmin.

- À moins que t’aies vraiment envie de m’en empêcher ?

Malgré mon recul prudent, mon regard ne se détourne pas. Ce n'est pas parce que je me retrouve face à une impasse que je vais abandonner ou baisser les yeux. Les connards de la ruelle le savent et mon interlocuteur l'a également bien compris... À moins qu'il l'ait oublié ? Effronté, j'élève imperceptiblement le menton, puis noue mes bras. Me forçant à chasser définitivement le champ de coquelicots sur mes joues, j'affiche un air résolu. Une seconde plus tard, j'abats la carte de la franchise.

- Merde… Hanz… T-…

Raclement de gorge pour retrouver mon élocution.

- Ta main. La prochaine fois, mets-la ailleurs. Plus haut ou sur mon épaule. Pas là…

Bien que la phrase soit jetée d’une traite, mon ton est intraitable. Néanmoins, j’ai conscience que la scène est plutôt comique… Je ressemble à une tomate sur pattes qui grogne comme un chihuahua atrophié... Le pire, c’est que je ne trouve rien de mieux que de poursuivre d’une menace ridicule…

- … Sinon, je te fais boire le café de la réserve. Et je t’assure que tu n’aimeras pas ça…

Conscient de cet ultimatum risible, je lâche un frêle sourire. Je veux lui faire comprendre que je ne lui en veux pas… À condition qu’il ne recommence pas. Pourquoi le faire chier, en sachant que je suis, hélas, l’initiateur de cette proximité ? Ainsi, avant de le lyncher, il faudrait déjà me jeter plusieurs pierres…

Ma tête se détourne légèrement, tandis que je dégage les mèches jais de mon front d’un simple passage de l’index. Un battement de cœur plus tard, mes commissures laissent un rictus prendre ses aises, pour finalement devenir insolent.

- Hm... Je ne sais pas si t'as le droit de voir ça de plus près…

Une épaule s’élève, comme si je me tâtais, indécis. Ce mouvement est en totale contradiction avec mes onyx, car ces derniers pétillent face à l’amusement qui refait surface. Couplé à l’expression sur mes lèvres, il paraît évident que je chambre mon interlocuteur, voire le cherche... Moment de flottement. Avec un pas sur le côté, je suis suffisamment leste pour m’emparer du tube de papier cadeau Batman dissimulé au milieu des autres papiers colorés. Aussitôt, le rouleau s’élève sous le nez du jeune homme.

- Mais, si c’est l’emballage qui t’intéresse, voilà de quoi satisfaire ta curiosité.

Un vil sourire en coin incurve ma bouche. Moi aussi, si j’en ai envie, je sais jouer aux cons entêtés…

- C’est bon ? Ça te va ? On peut quitter la pièce ?...

Le rouleau, à moitié tendu entre nous, glisse lentement au niveau du torse du grand brun, à l’endroit exact où j’ai déposé ma paume une minute plus tôt. Volontairement, je singe le rictus carnassier de mon camarade, allant même jusqu’à utiliser l’intonation de sa dernière phrase.

- À moins que t’aies envie de te faire pourfendre à coups de rouleau à ton effigie ?





Jun Tsuyu
Si t'es sage, t'auras un badge
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
129

Inscrit.e le :
22/02/2022


Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Chae babe ♥
Autre:
Entre deux -
—Jun x Hanz

C’est une myriade de sensations qui se propagent de l’un à l’autre. De mon côté pourtant, le refus simple de voir l’évidence que j’ai sous les yeux. De constater à quel point t’es troublé, toi, le corps tendu sous mes effleurements, ton souffle anarchique et ton visage rubis.

Peut-être que j’aurai calculé plus tôt si j’avais pas été tant pris dans le jeu, tourné vers l’objet de toutes mes suspicions – ce paquet spécial et son papier-cadeau criard. Peut-être aussi que je t’aurai moins cherché, cela étant, à pousser la provocation jusque dans mon phrasé. Mais que veux-tu, on s'refait pas… C’est dans ma nature de répondre aux impulsions. Une fois sur trois. Ça passe ou ça casse.

Alors ouais, je mets du temps à me rendre compte qu’un truc cloche de ton côté. Et ouais je suis surpris quand tu t’arraches presque à mes doigts. Ta main tout d’abord, puis ton corps, ensuite. Comme si je t’avais brûlé – comme si j’étais pestiféré?

Y a ce petit laps de temps durant lequel je reste mutique, retournant les yeux vers toi, l’air interrogatif. Totalement désarçonné en vérité, par l’expression qui danse sur ta face, et le ton que t'emprunte. Ces mots sur lesquels tu butes, ce « Merde… Hanz… T-… » qui en dit trop long sans toutefois le faire.

— Ta main. La prochaine fois, mets-la ailleurs. Plus haut ou sur mon épaule. Pas là…

Alors, incompréhension. Puis trouble, à nouveau.

— … Quoi ? Te fais-je à mi-voix, avec un petit temps de retard, comme si j'avais mal compris, ou que mon cerveau avait du mal à saisir pleinement ce qui t'arrivais.

Quoi ma main… ?
Putain qu’est-ce que-


Mes cils papillonnent furtivement. C’est à mon tour de faire disparaître ce que j’ai sur les traits ; cette expression de victoire qui p’t’être auparavant l’enjolivait.

— euh … ok ?

N'ayant rien d'autre à rajouter, je fronce les sourcils, demeurant immobile en te regardant plus attentivement – examinant ton langage corporel. Et c’est là que je raccroche les wagons. Putain Dieu sait que pendant une poignée de secondes, j’me sens trop con. J’me dis que c’est pas possible. Que je me fais des films ? Tu peux pas… avoir été si sensible ou dérangé par… par quoi d’ailleurs, en fait ? Ce contact insignifiant ? Mais c’est pas toi qui es venu m’acculer le premier ? … C’est pas toi qui t’appuyai encore, y a pas deux secondes, contre mon torse, me demandant de reculer ? Ou alors…

Est-ce que je t’ai fait mal ?

Comme si ça suffisait pas, voilà que mon palpitant décide brusquement de sortir de sa léthargie. Voilà qu’il s'emballe, à mesure que je capte les probables raisons de ton trouble précédant.

Cette fois, c’est moi qui me racle la gorge. Étrangement sur la réserve, tout à coup, je détourne la face en me grattant la tempe. Je dévie l’angle de mon regard sans toutefois cesser de t’observer. Mais alors que j’aurai pu t’envoyer chier à ton tour, te demandant si tu te foutais pas de ma gueule, avant de m’agacer prodigieusement… une seconde passe et… mes traits s’adoucissent. Je sais pas pourquoi. Si c’est juste parce que c’est toi, là, face à moi. Ou si c’est parce que je suis dans un « bon » jour. Mais le fait est. Je te laisse utiliser tes réparties pour rétablir l’équilibre. J’te laisse même me menacer, avec ton café.

— T’oseras pas… que je parviens à murmurer avec mon assurance coutumière, m’appuyant tranquillement contre l’encadrement de porte en lâchant un bref pouffement – incertain, lui.

Putain qu’est-ce que je dois faire maintenant… ? La question tourne en boucle dans mon crâne tandis que je t’écoute, en mode analytique. Les mains toujours dans les poches, j’me dis que je les sortirai plus de la soirée. Sage. Sage, ok ? Parce que c’est Jun, là. Et une autre voix intérieure de rajouter : C’est Jun… et alors ? Qu’est-ce qu’il a de plus que les autres, ce mec ?

C’est une bonne question. J'crois qu'elle me trouble. Parce qu'il est probable que sa réponse explique pourquoi j’ai ressenti le besoin de me pointer ce soir, avec toute cette bouffe et ce café et ce sourire niais.

Mais… c'est pas le moment, et je laisse rien deviner de mes pensées. Nan. J’laisse rien filtrer ; si ce n’est ces lèvres qui frémissent quand tu remets l'histoire du cadeau sur le tapi. Alors, j’hausse un sourcil intéressé, me focalisant sur ce que tu peux bien envoyer.

Là… voilà… que j’me surprends à t’encourager mentalement, l’ombre d’un sourire accroché à mes lippes. Détend-toi, joli cœur. C’était rien, tu vois ? Tu gères.

— Qu’est-ce que je dois faire pour en obtenir le droit alors, hm ? Que je reprends d’une voix doucereuse, jouant le jeu sans te lâcher des yeux, toujours, mon regard perçant comme celui d’un aigle.

Puis je retrouve l’étincelle au fond de tes prunelles ; en éprouve un étrange soulagement – à croire que j’ai eu peur, pendant un instant, de perdre ce truc, entre nous, à cause de mes conneries… C’est que ce serait pas une première, hein ! L'instant suivant, j’émets un rire grave quand t’en viens à me proposer l’emballage supra-kitch, me menaçant même de ce dernier, en le pointant sur mon torse.

Si c’est bon ?
Si ça m’va ?


À dessein, j’laisse passer un ange, détaillant du coin de l’œil le tube en question avant de remonter les yeux vers toi.

— C’est marrant… d’habitude c’est moi qui tend le bâton pour me faire battre.

Mes lèvres s’étirent doucement en un sourire qui laisse entrevoir mes dents – complice, mais peut-être aussi un tantinet appréciateur. La seconde suivante, je mord dedans, le faisant disparaître en m’humectant la pulpe de mes lèvres. Puis… je pousse un soupir. Redressant le menton, je lève finalement les avant-bras au ciel en signe de reddition.

— OK. C’est bon. T’as gagné, je capitule. J’ai pas été très sage cette année de toute façon. Je sais pas si je mérite quoi que ce soit.

L'air amusé, d’un revers nonchalant de la main, j’écarte le rouleau.

— Donc ça m’va.

Et de reprendre :

— Tu veux bien me montrer ton atelier ?

Je suis prudent, maintenant. Pas envie d’avoir encore un geste malheureux qui viendrait tout foutre en l’air. Alors, quand tu passes devant moi, je fais mine de croiser les bras derrière mon dos, pour bien te montrer que c’en est fini, les mains involontairement baladeuses. D’un mouvement du menton suivi d’une œillade appuyée te disant silencieusement que tout baigne, je t’invite à poursuivre, calquant ensuite mon pas au tien.


Hanz Asuka
Si t'es sage, t'auras un badge
Abonné meetic
A posté une recherche de conjoint
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
203

Inscrit.e le :
03/04/2022


Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Un jour, peut-être... ? ♡
Autre:
Entre deux



Au moment où je lui ordonne de ne plus poser ses doigts sur mes hanches, l'air perdu, hésitant et interrogatif d’Hanz me perturbe. Est-ce que j’ai vu le mal où il n’y en avait pas ? Ai-je des limites différentes des siennes ? De toute évidence, le biker ne pensait pas à mal et n’imaginait pas que je puisse être perturbé par cette main qui menaçait nos deux bassins d'entrer en collision…
Peut-être avait-il agi d’instinct ? Il s’était simplement rattrapé comme il le pouvait ? Pourquoi pas. C'était possible… Ensuite, il avait poursuivi nos taquineries, sans se rendre compte de mon état... Hm. Voilà qui était également probable.

Honnêtement, je voulais bien mettre cette situation sur un enchaînement de boulettes impulsé par ma personne. Après tout, j’avais été le premier à me jeter sur lui… Cependant, des questions me titillaient. Or, plus les secondes passaient, plus elles s’attardaient et prenaient de l’ampleur. Insistantes, comme un chat enfermé dehors, labourant la baie vitrée de ses petites pattes pour rentrer, elles ne lâchaient pas l’affaire. Fichue rengaine d’interrogations : si c’était un concours de circonstance, pourquoi me taquiner autant avec cet éclat provocateur ? Pourquoi jouer avec mes joues carmin ?... Simple envie de s’amuser ou de me tester ? Caractère du genre fripon ? Tentative de drague avortée ? Autre chose ?...

Les réponses me filaient entre les doigts. Même une minute après, elles m’échappent encore… Évidemment, il était hors de question de sonder directement l’intéressé ! Il n’y aurait rien de pire pour renforcer ce moment d’embarras… J’avais donc préféré revenir à une dynamique moins ambiguë et plus amicale. De quoi nous soulager tous les deux et vite essayer d’oublier cette scène… Mais, avant cela, je n’avais pas pu m’empêcher d’offrir une menace navrante : celle de boire un café très bas de gamme... Si cela arrivait, nul doute que le motard grimacerait face à ce goût légèrement amer et classique !
Or, une vague de soulagement m’assaillit quand mon invité répliqua à cette bravade. Avec une pointe d’humour assumé, malgré des réminiscences de gêne, il me lança un « T’oseras pas… » éclairant son visage.
Sans hésiter, j’accueillis sa réplique d’un bref sourcil dressé, accompagné d’une commissure ourlée en coin. Expression malicieuse en disant long… Petit diablotin dissimulé derrière un doux minois...
Il était évident que nous ne nous connaissions pas assez. Auquel cas, le grand brun n’aurait jamais osé mettre en doute cet avertissement !

Mon trouble chassé avec fracas, je me plais à asticoter mon vis-à-vis avec insolence. Non, il ne peut pas accéder à son cadeau. Pas encore... À cette déclaration, ses deux billes insondables semblent luire d’une attention plus profonde. Je le sens jauger mon attitude. Décrypter au peigne fin mes gestes. S’imprégner de mes paroles.
En aucun cas son observation m'intimide ou me terrifie.
Au contraire.
Étrange jeu silencieux plutôt grisant.
Alerte et assidu, je me délecte de sa réplique doucereuse où il quémande la raison de mon refus. Je laisse volontairement le silence planer, un regard pétillant appuyé au sien. Il lui faudra faire preuve de patience… Mais… Est-ce un trait de caractère qu’il possède ? Une petite partie de moi, un peu trop stupide, voire masochiste, est tentée d’en faire l’expérience… Toutefois, je l’étouffe au plus vite. On va déjà essayer de retrouver une ambiance plus sereine avant d’avoir ce genre d’idée ! De plus, la récompense sera en fin de visite ou pendant le café. Ce n’est donc qu’une question de minutes…

Transporté par l’amusement, je menace brusquement mon sauveur d’un rouleau du papier cadeau Batman. Délicieuse réaction soufflée au creux de mes oreilles… Sans surprise, le rire rauque et taquin d’Hanz ne fait qu’étirer davantage mon rictus mutin. Ravi, je l’observe détailler les motifs kitchs annonciateurs d’un présent de « bon » goût. Une fois son analyse terminée, nos prunelles viennent de nouveau s’entrechoquer.

- C’est marrant… d’habitude c’est moi qui tends le bâton pour me faire battre.

Gloussement immédiat. Sans me départir de cet éclat agitateur, je libère un nouvel avertissement :

- Si tu t’entêtes, l’issue peut revenir au même…

Un léger plissement des paupières réduit mes onyx perçants dont l'extrémité est toujours étirée par l’espièglerie. Joueur, je laisse cette expression imprégner mes traits, tandis que, aphasique, je me délecte de ce sourire franc, complice et ravageur... Il n’y a pas à tergiverser : ce rictus, qu’il soit subtil ou total, c’est réellement ce que je préfère chez le motard…

L’instant suivant, l’hésitation vient pourtant parasiter le faciès me faisant face. Loin de m’en formaliser, je suis plutôt satisfait de voir mon défenseur se tâter à lever le drapeau blanc. À moins qu’il évalue le temps qu’il mettra pour traverser la pièce avant d’expérimenter mes « merveilleux » talents d’escrimeur ? Qu’il essaye… Je suis prêt ! Déterminé à ne pas marquer le moindre signe de faiblesse ou prêt à réagir au quart de tour, je campe sur mes appuis, les doigts toujours lovés autour du tube coloré.

Un ange passe. Finalement, le grand brun abdique. Un éclair réjoui danse dans mes prunelles obscures. Qu’importe si c’est une ruse ou une véritable capitulation, il est ardu de rester indifférent à cette victoire… Tout comme il m’est difficile de rester silencieux suite à cette histoire de mérite… Que veut-il dire ? Irrémédiablement, le souvenir de ses aveux dans le taxi vient me heurter, tel un boomerang projeté à toute vitesse. « Savoir que j’ai pu faire quelque chose de bien, pour une fois… Ça fait plus de sens qu’une histoire de fric. » avait-il dit. Voilà que, de nouveau, il se juge, voire se place lui-même sous l’échafaud.

Doucement, la joie s’étiole sur mes lèvres que les secondes transforment en une timide moue aussi songeuse qu’inquiète. Mon cœur manque un battement. Je ne sais pas ce qu’il se reproche néanmoins, j’éprouve l’étrange envie de lui tendre la main pour l’aider à éclaircir l’obscurité de ses pensées.
Or, plus les secondes passent, plus je réalise que l’envie laisse place au besoin.
Ouais… Plus de doutes…
Même si c’est infirme, je veux estomper les abysses enveloppant et rongeant son myocarde.

Quand son ultime demande claque à mes tympans, ma tête se penche délicatement d’un côté. Puis, un tendre sourire prend vie sur mes lippes. Je croise alors les bras, le papier cadeau toujours empoigné contre ma paume. Mes pas hésitants me mènent en avant, en direction de la sortie. Arrivé près de l’immense silhouette, je me fige, avant de plonger mes ébènes contre leurs consœurs.

- Tu sais… J’m’en fous que tu n’aies pas été sage. Je ne juge que ce que je vois… Et, à ma connaissance, venir en aide à quelqu’un se faisant tabasser, c’est une bonne action........ Autrement dit, tu mérites largement ce cadeau…

Mon souffle se meurt avant que j’inspire en accompagnant ce mouvement respiratoire par un murmure.

- Honnêtement, si je pouvais… Je ferais bien plus pour te remercier…

Le problème, c’est que je ne sais même pas ce qui lui ferait plaisir ou ce qu’il m’autoriserait à faire… C’est assez… Frustrant ! Soudain, ma bouche se pince au moment où je me rends compte du court silence engendré par cette confession… Je me reprends, doucement, à travers deux ou trois battements de cils. Sans tarder, mon sourire s’allonge, jusqu’à prendre un curieux mélange entre la tendresse et la bravade.

- Bref ! Inutile de t’auto-flageoler… Tu ne me feras pas changer d’avis ! C’est clair ?

À ces mots, mon bras, tenant le tube coloré, s’élève brusquement au-dessus d’Hanz. Ma réplique se conclut alors sur un petit coup de rouleau en plein milieu du crâne. TAC ! C’est vraiment léger, mais pas assez pour donner la sensation d’une caresse… Finalement, il l’a tendu, ce bâton invisible… Je n’ai fait que lui donner de la contenance. Un air carnassier révèle mes dents, tandis que je me hâte, boitillant, vers la sortie pour gagner l’atelier, tel un sale gosse... Par prudence, mon « arme » de papier reste dans ma main, histoire qu’on ne la retourne pas contre moi. Pas folle, la guêpe ! Alors que mes pas s’éloignent, un bref gloussement lézarde les murs…

- La suite se passe par là ! Lancé-je, attentif aux bruits de pas derrière moi.

Difficile de se perdre : nous avons visité toutes les pièces. Il ne reste que celle de l’atelier, située au bout du couloir. La porte s’ouvre sans un bruit. Peu de temps après, nos pieds viennent à fouler le sol d’une grande pièce lumineuse. Ici, plusieurs tables sont disposées les unes derrière les autres. Hormis une où j’envisageais que l’on boive le café, toutes sont couvertes d’œuvres inachevées et dans des tailles variées. Dans ce véritable pêle-mêle arc-en-ciel très éclectique, on distingue aussi bien des poteries aux teintes merveilleuses, des sculptures à demi-façonnées ainsi que des créations terminées, attendant patiemment la caresse d’un pinceau coloré… Comme la remise, les murs sont occupés par quelques étagères sur lesquelles d’autres éléments attendent leur heure ou, plutôt, des précisions de leur commanditaire !

Pour une fois, le chaos ne règne pas trop. Le seul « bazar » que l’on peut trouver à cet antre est le surplus de créations en cours où il y a aussi bien du personnel que du professionnel… Disons surtout que le ménage est fait… Et ça se voit ! Au lieu d’être disséminé de-ci de-là ou par terre, le matériel est rangé. Il n’y a pas de traces de peinture ou de débris sous les tables. Les fours, dans lesquels je cuis mes œuvres, sont lustrés. Enfin, les vitres des fenêtres brillent et apportent une belle lumière ne nécessitant pas encore d’éclairage artificiel... Est-ce qu’on pourrait dire que la seule ombre au tableau est cette bâche dissimulant mon lit et mes effets personnels, situés dans un coin de la pièce ? Clairement… Hélas, je ne vois pas comment dissimuler tout ça autrement. C’est comme vouloir cacher un éléphant au milieu des faïences : impossible !

Empruntant un air faussement innocent, je pivote vers le motard, les mains dans le dos, maintenant le rouleau Batman à l’abri de son regard… Je joue le mec sérieux et professionnel. Pourtant, le petit rictus fier affiché suite à ce petit coup bas me trahit... Avec peine, je tente de le dissimuler au mieux. Cause perdue. En dépit de mes efforts, je le sens encore flotter sur mes traits, tel un spectre acharné… Alors, avec mon meilleur jeu d’acteur, je fais mine de reprendre la visite, comme si de rien était.

- Et voici la dernière pièce… Celle où je peux passer des jours et des nuits sans voir le temps filer.

Mes jambes dansent sur mes appuis. Hanz l’ignore sans doute, mais les gens ayant foulé cette pièce sont rares… Cet endroit est mien. Ça me fait toujours quelque chose quand on pénètre au cœur de mon univers. J’ai toujours l’impression qu’à travers mes créations, on peut lire des fragments de moi… Mes moments de joie à travers les teintes chatoyantes de quelques assiettes. Mon côté barré avec plusieurs mugs. Mon vécu, mes rencontres et mes émotions, notamment les négatives, à travers les statues ou les objets aux formes souvent originales et, parfois, torturées. Avisant l’œil inquisiteur de mon invité dont l’attention est encore tournée vers ce qui nous entoure, je tente de le sonder.

- Alors ?... Satisfait de la visite ?... Ça te va si on boit le café ici ?

Avec un éclat de curiosité perceptible, mes iris anthracite demeurent ancrés sur les traits du jeune homme. Le coin de mes commissures est toujours relevé. Expression à mi-chemin entre la taquinerie et la sincérité, comme si je ne savais pas encore bien choisir… Reflet exact de mes pensées. Avec cette personne remplie mystère, je ne sais pas toujours sur quel pied danser… J'ai l'impression qu'on s'apprivoise. Parfois étrangement, certes, mais j'apprécie nos échanges ainsi que toutes les nuances qu'on me laisse entrevoir...





Jun Tsuyu
Si t'es sage, t'auras un badge
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
129

Inscrit.e le :
22/02/2022


Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Chae babe ♥
Autre:
Entre deux -
—Jun x Hanz

Et je suppose que ça valait le coup de tirer le drapeau blanc quand je perçois l’éclat léger de tes prunelles. Qu’importe si j’ai le sentiment qu’un torrent de pensées te traverse et qu’aucune ne me sera livrée. C’est mieux qu’un malaise ; mieux qu’une hésitation.

Alors j’me laisse aller à sourire, me confronte à l’espièglerie qui habille tes traits. Juste un instant. Le temps que ça dure. Jusqu’à ce que ton sourire ne s’évanouisse à nouveau, remplacé par une moue timide.

Quoi ? Que j’me demande, sentant moi-même mon rictus s’ébranler. J’ai dis un truc qui fallait pas ?

Interrogatif, je t’observe, toujours ; croiser les bras, sourire tendrement et faire mine de me dépasser en te dirigeant vers la sortie. Sans savoir pourquoi, j’sens mon pouls qui s’emballe. Comme si j’avais déjà deviné que t’allais rajouter un truc, à ce moment précis – un truc qui me laisserait pas indifférent.

Et c’est le cas.
C’est le cas, quand tu me livres ta pensée. Et que celle-ci

— Merde…, marmonné-je en esquissant un rictus ébranlé, allant pour me gratter machinalement une zone sous l’oreille en détournant le regard. Parfois t’es beaucoup trop adorable, tu sais ça ?

Je le dis pas à voix haute, mais…
Clairement, ça devrait être interdit !

J’en fais claquer ma langue, d’un air faussement contrit – ému comme un bleu, en vérité – et conscient que tu ne sembles pas avoir capté le cynisme dans mes paroles précédentes, au sujet du fait que je n’avais pas été sage. Tu sais ? c’était pas un truc sur lequel se formaliser. C’était juste pour détendre l’atmosphère… En gros.

Alors qu’est-ce qui peut bien te pousser à me rassurer ?
Me confier ce que t’en penses, toi, de ma vision de moi-même.

Et surtout pourquoi, comme un con, j’me laisse émouvoir ?


— T’as pas besoin de faire plus, rajouté-je plus doucement mais également d’un timbre plus implacable.

Moi, par contre, j’aimerai faire plus. Même si je sais pas trop ce qu’il se passe entre nous. J’ai par moment l’impression que j’te vois comme le petit frère que j’ai jamais eu ? Ou dans tous les cas, quelqu’un que j’ai envie de protéger. J’peux pas nier. Qu’il y a une sorte d’affection qui continue de s’éveiller. Mais p’t’être qu’il faut juste pas tâcher d’en découvrir davantage ; p’t’être que c’est mieux comme ça. Fugace. Innocent. Momentané.

— Bref ! Inutile de t’autoflageller… Tu ne me feras pas changer d’avis ! C’est clair ?

Je m’esclaffe doucement.

— Clair comme de l’eau de roche, chef.

Et puis, mimant un salut militaire négligé en plaçant deux doigts sur mon front, j’persiste à te couver du regard, bien sagement, tandis que tu me dépasses.

J’écope d’un coup de rouleau papier. M’esclaffe de plus belle, par automatisme, parce que subitement la scène vient de prendre quelque chose de comique – surtout quand t’essaie de t’enfuir sans demander ton reste, ensuite, te traînant comme tu peux en conservant ce satané papier-cadeau dans la main. Y a ce mélange de tendresse et de peine détonant qui explose en moi ; qui m’fait même déglutir. Sans doute parce que cette vision de toi, boitillant, a pour cause un drame que je ne peux oublier, dans le fond, et qu’elle signifie « douleur ».

— Tsss…, souris-je pour moi-même sans piper mot, en t’emboîtant le pas.

T’es vraiment un phénomène.

Et nous voilà rendu dans ton atelier, à proprement parlé. Cette zone spéciale, baignée de la lumière douce et déclinante du jour, lieu apparemment privilégié de création.

— Et voici la dernière pièce… Celle où je peux passer des jours et des nuits sans voir le temps filer.

Un moment, à garder le silence.

— Alors c’est là que la magie opère…, commenté-je doucement en entrant prudemment, comme si le sol de cette pièce était sacré.

Mon air se fait plus sérieux. J’essaie de m’imprégner de l’ambiance et de l’atmosphère qui règne ici. Laisse fureter mon regard, que celui-ci s’accroche aux diverses poteries en cours de création, et sur chaque détail, outils, matériel disposés un peu partout. Bien sûr je loupe pas la bâche qui trône dans un coin. Mais si les questions me brûlent les lèvres, pour le moment, j’en laisse filer aucune. Je me demande en secret ce que tu ressens quand tu t’assois ici pour créer. Je me demande ce qui te passes par la tête. Pourquoi telle ou telle couleur. Pourquoi telle forme. Est-ce que t’en oublie de manger ? Et… où est-ce que tu dors, au milieu de tout ça ? Certes, je n’ai pas vraiment de quoi poser de comparaison, étant donné que c’est bien la première fois qu’il m’est donné de visiter un tel endroit, et que j’ai rien d’un artiste moi-même, mais… je suis tout de même capable d’apprécier ce qui se dégage du lieu. Et parfois, mon regard se déporte jusqu’à toi, comme pour te faire coller à cet univers ; que je puisse bien te rattacher à ce que je vois.

Je fais un pas de plus. Effleure des doigts la tranche d’une table, en passant à côté…

Puis m’arrête, au son de ta voix.  

— Alors ?... Satisfait de la visite ?... Ça te va si on boit le café ici ?

J’hausse un sourcil, me retourne à moitié pour te faire face, biaisant l’œil dans ta direction pour t’observer quelques secondes.

Très satisfait, te réponds-je finalement, avec un petit sourire en coin un brin énigmatique.

Pour la suite, j’opine du chef.

— Ça m’va. Et de rajouter : … Bouge pas. Je vais chercher le paquet, je connais le chemin maintenant.

Autant t’éviter la peine d’avoir à boiter à nouveau dans tous les sens. C’est pas comme si on pouvait se perdre ici, de toute façon. Aussi, sans attendre ton assentiment, je rebrousse chemin. Me faut pas plus d’une minute pour revenir avec dans la main le fruit de mon expédition. Je pose le tout sur la table indiquée, t’adresse un regard, puis m’installe à mon tour. Cela fait, je tire les gobelets hors du sac, dispose les boites contenant la nourriture salée et sucrée, de sorte à t’en donner l’accès, et puis :

— Vas-y, goûte moi ça. J’ai hâte que tu m’en dises des nouvelles.

Eh, autant pas tourner autour du pot.

T’enjoignant du regard, comme proposé précédemment, j’te laisse choisir entre les deux boissons avant de me rabattre sur celle que t’auras délaissé. Puis, porte moi-même la paille à mes lèvres, sans te quitter des yeux, m’affalant un peu plus contre le dossier de ma chaise, l’air quelque peu pensif – c’est-à-dire assez insondable.

— Alors… où est-ce que tu dors ? Fini-je par demander, croisant nonchalamment un bras sur mon torse tout en appuyant mon coude dessus, pour me permettre d’avoir l’accès à ma boisson.

J’attends ta réponse, lorgnant sur l’endroit indiqué avec curiosité, si t’oses me le révéler.

— Je peux te poser une autre question ? Et sans trop attendre, voilà que je débite : Qu’est-ce que tu préfères le plus dans la poterie, en fait ? Tu… tu ressens quoi quand tu crées ? … Est-ce qu’on peut fabriquer n’importe quoi avec de l’argile ? Ça fait combien de temps que tu fais ça d’ailleurs… ?

Bon, ok… ça faisait bien plus qu’une seule question.
J’y peux rien. C’est sorti tout seul.
Mais fallait bien que ça le fasse, à un moment où à un autre.



Hanz Asuka
Si t'es sage, t'auras un badge
Abonné meetic
A posté une recherche de conjoint
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
203

Inscrit.e le :
03/04/2022


Les plus du perso :
Je suis: neutre.
Époux/se : Un jour, peut-être... ? ♡
Autre:
Entre deux



Quelque chose plane dans l'atelier... C'est doux. Confortable. Protecteur. Les sens en alerte, je laisse délicatement mes cils frapper mes joues. Juste quelques secondes... Le temps de comprendre. D’être sûr… Oui. Plus de doute. Cette impression, je la dois au silence. Si l'on passe outre les bruits extérieurs, on entend plus que le son de nos pas et celui de nos respirations. Il s’agit d’un refuge dans lequel je me sens toujours bien et que, étrangement, j’aime partager avec Hanz…

Flash rapide de nos deux corps assis à l'hôpital, enveloppés dans une bulle de mutisme. Réminiscences de souvenirs négatifs comme positifs. Le temps d'un battement de cœur, ce cocktail me trouble. Je le chasse au profit d’un souvenir plus immédiat : celui de notre échange au moment de sortir de la remise. Le trouble du biker m’avait heurté. Ses mots plus encore. Pas besoin de faire plus ? Il y avait clairement méprise. Je ne ressens pas uniquement le besoin de rendre l’ascenseur un jour ou l’autre. J’en ai envie. Toutefois, j’avais accueilli cette réplique d’un simple échange de regard, avant de passer à l’attaque avec mon rouleau. Nous sommes deux personnes butées. Inutile de parlementer. Le sujet reviendra certainement un jour sur le tapis… Tout comme cette histoire de frais d’avocat !

Sans un bruit, la silhouette vêtue de jais chemine près des tables. Ses prunelles obscures caressent chaque élément avec curiosité. Je me demande ce à quoi il peut bien songer… Ce qu’il pense de cet endroit ou des créations en cours. S’il devine quelles touches de moi il y a dans telle ou telle œuvre. Bien qu'il affiche actuellement un air insondable, son sourire railleur, lorsque je l’ai frappé avec le papier cadeau, est encore épinglé derrière mes rétines. Cette image contribue à m’apaiser. Aphasique, je le laisse s’approprier le lieu. Communiquer suppose aussi des silences. Pas forcément par simple envie de se taire, mais pour permettre à l’autre le temps de la réflexion… Et, aussi pour laisser de l’espace pour que les mots puissent se rencontrer.

Néanmoins, au bout d’un moment, la curiosité finit par crever ce cocon. Alors, ma voix s’élève pour s’enquérir du ressenti de mon interlocuteur. Celui-ci pivote pour m’aviser et m’offrir une réponse concise avec un « très » assez appuyé. Bien que j’aurais souhaité en savoir plus, je saisis le message sous-jacent. Soit. Je m’en contenterais. Un rictus fugace ourle mes commissures, tandis que mon vis-à-vis reprend la parole. De son propre chef, il décide de soudainement tourner les talons pour aller chercher ses achats. Petit pincement de lèvres dans son dos. Sur le moment, je me retiens d’affirmer que je peux aisément le faire moi-même et que, malgré mon état, je ne suis pas impotent. Cependant, ma chair labiale demeure scellée. Tout va bien. Même si je n’ai vraiment pas l’habitude que l’on me couve comme ça, il n’y a pas de mal... Ce n’est pas parce que j’ai l’habitude de me débrouiller seul que je dois refuser qu’on me tende la main. Songeur, je laisse mon menton s’abaisser vers mes jambes ayant encore bien du mal à me soutenir. Rah ! Il y avait longtemps que mon corps ne m’avait pas fait autant défaut ! Cette impuissance me frustre comme pas possible !

Ravalant mon irritation à mon encontre, je décide de contribuer à ma manière en dépliant des sièges que j’avais disposés contre le mur pour passer l’aspirateur. Je me presse volontairement. Plus pour me prouver à moi-même que je peux installer deux misérables chaises en moins d’une minute. Certes, mes gestes sont tremblotants et hésitants néanmoins, j’ai absolument besoin d’outrepasser mes limites. Non, je ne suis pas encore bon pour la casse ! Hors de question.
Quand Hanz revient, je me tiens en appui sur le dossier de l’assise, dissimulant au mieux ma fébrilité par un timide sourire. Je sais que le jeune homme n’est pas dupe. Mais, lui-même doit commencer à cerner certains de mes traits... Ce qui explique certainement le fait qu’aucun de nous deux ne fasse le moindre commentaire. Quoi qu’il en soit, le croissant de lune s’élargit sincèrement au fur et à mesure qu’il s’approche. Plus encore quand le sachet atterrit sur la table. Sans hésitation, l’un de mes index s’élève vers l’une des chaises mises en place, tandis que je m’installe sur celle devant moi.

- Vas-y, goûte moi ça. J’ai hâte que tu m’en dises des nouvelles.
- Puisque tu m’as permis de goûter aux deux, je vais très vite te dire ça !

La satisfaction prenant réellement ses aises sur mon faciès, je m’empare du contenant à la fragrance fruitée : l’Orange Almond coffee. Par simple plaisir olfactif, je hume de nouveau son parfum avant d’apporter la paille à mes lèvres… Un délice ! La combinaison des ingrédients est savoureuse, sans être écœurante. Mes onyx pétillent, tandis que je ne commente pas encore mon ressenti, même si celui-ci est clairement perceptible tant il fait danser les éclats gris de mes prunelles… L’Iced Coffee connaît le même sort. Son goût est plus commun néanmoins, on sent réellement le grain de café. C’est divin ! Avec une expression comblée, je rejette lentement mon dos en arrière. Celui-ci bute contre la chaise, tandis que les mots s’élèvent.

- Wow ! On est loin des dosettes dont je m’abreuve à longueur de journée !... Leur note est clairement justifiée.

La blancheur de mes dents fait son apparition tellement mon entrain ne peut être dissimulé.

- Honnêtement, les deux me plaisent, mais je vais rester sur du classique. Sinon, je me connais : avec l’orange, je vais avoir la sensation de manger et je ne vais pas faire honneur aux autres douceurs que tu as amenées !

Déjà que, d’avance, je sais que je ne pourrais pas tout avaler ; autant éviter de me mettre des bâtons dans les roues… Radieux, je fais glisser le second gobelet en face de moi. Mon compagnon s’en empare aussitôt pour s’y abreuver. J’en fais de même et savoure ce second choix aussi frais que désaltérant. Hum ! En plus d’être exquis, ce breuvage a le mérite de légèrement faire descendre ma température corporelle.

Après quelques gorgées, Hanz me questionne brusquement à propos de l’endroit où je pionce. Un sourcil circonspect s’élève, comme pour lui faire savoir qu’il n’y a pas trente-six possibilités. Il a déjà déambulé dans chaque recoin des locaux. De plus, ma « cachette » n’en est pas vraiment une. Souhaite-t-il en avoir la confirmation de vive voix ? Soit. Qu’il en soit ainsi.

- Là-bas.

Mes ongles, négligemment appuyés sur le capuchon en plastique du café, s’immobilisent, tandis que l’index s’élève en direction de la bâche. Je ne sais pas trop où il veut en venir, ni à quoi il s’attendait. Aussi, j’opte pour me montrer assez laconique. En revanche, s’il a d’autres interrogations, j’y répondrai certainement avec plaisir. Un fait que mon comparse a vraisemblablement compris, puisqu’il m’adresse toute une salve de questions ! Cet interrogatoire me tire un gloussement. Apparemment, je ne suis pas le seul à avoir soif de curiosité ! Mes paupières s’abaissent quelque peu, tandis que le pouce et l’index de ma senestre viennent s’amuser à pincer la paille devant moi.

- Tu peux me poser presque toutes les questions que tu veux…

Sourire toujours présent. Inclinaison de la tête pour marquer ma réflexion. Petit soupir étouffé.

- Ça dépend des jours. J’aime créer de tout et chaque phase de conception m’amuse… Mais, j’avoue réellement me lâcher quand je sculpte, sans idée précise. Juste en laissant mes émotions et mes envies guider mes doigts… (Le plastique de la paille se tord, avant de subitement reprendre forme sous le relâchement de la pulpe de mes phalanges.) Faire de la poterie, ce n’est pas uniquement créer du tangible. C’est s’interroger. Donner vie à ses pensées. Extérioriser des idées aussi noires qu’agréables. Aller au plus profond de soi. Quand j’ai de l’argile devant moi, je m’en sers pour anesthésier tout ce qui pollue ma tête… C’est pour ça qu’il y a autant d’œuvres en cours autour de toi.

La guitare et le chant m’apportent plus ou moins cette sensation. Différemment certes, toutefois, c’est complémentaire. Aborder cette seconde passion essentielle à ma vie ne me dérange pas néanmoins, je n’en ai pas fini avec la poterie. De ce fait, j’avale un peu de café, puis reprends tranquillement ma logorrhée.

- Ça a l’air assez noir et torturé dit comme ça, mais ça me permet aussi de m’amuser, hein ! Donner vie à du concret ou fabriquer de l’utile me grise. C’est peut-être idiot, mais il n’y a rien de plus plaisant que de modeler ou de colorer quelque chose, surtout lorsqu’il y a une commande bien précise ! Sinon, réparer de la faïence brisée ou abîmée est également une facette du métier qui me plaît. C’est plus délicat, car ça demande une certaine minutie et de la patience, mais le challenge est agréable.

Nouvel aplatissement de la paille. Tic involontaire, sans doute dû à l’habitude de manipuler de la texture.

- Pour ce qui est de ta question à propos de la fabrication, je pense que oui, on peut concevoir n’importe quoi. Quelque chose de minuscule ou d’immense. Un truc basique, informe ou féerique. Des créatures argileuses à l’apparence presque réelle… J’ai déjà… Façonné des visages ou des animaux plus vrais que nature… En fait, je pense que, tant qu’on a des idées, du matériel et de quoi cuire le tout, quitte à fonctionner morceau par morceau, tout est faisable.

Mon interlocuteur a-t-il senti ma voix un peu vriller, à un moment donné ? Si oui, a-t-il compris que mes dires dissimulaient des secrets enfouis ? Ou bien, a-t-il mis ce déraillement sur le fait que je parlais depuis trop longtemps ? Afin de ne pas laisser place à la réflexion, j’essaye de faire pencher la balance d’un côté. Sous un petit rire, je m’abreuve de nouveau, puis annonce sans détour la couleur :

- Bon, je réponds à ta dernière question. Ensuite, j’te préviens : ce sera à toi d’user un peu de ta salive !

Ma dextre se plie pour que le moelleux de ma paume vienne épouser ma mâchoire.

- J’ai découvert la poterie quand j’étais ado, grâce à un prof. Ça m’a tellement plu que j’ai rapidement voulu bosser après les cours pour me payer du matériel ! J’ai eu de la chance, je suis tombé sur un patron peu regardant sur l’âge de ses employés… Hm... Bref. Quoi qu’il en soit, tu n’imagines pas à quel point j’étais aux anges quand le livreur s’est pointé avec tout le matos ! J’étais pire qu’un gamin devant ses cadeaux de Noël ! Depuis, je n’ai jamais décroché… J’ai ouvert cet atelier en 2110. C’était limite un soulagement pour mon père, tant mes créations s’entassaient en masse dans la maison…

Nouveau ricanement, vite avorté par une énième gorgée de café. Ma gorge picote un peu cependant, j’ai l’habitude de parler beaucoup avec mes étudiants. De ce fait, je passe outre ce détail. Avec un air impénétrable, j’ordonne à mes iris d’aller cogner contre leurs consœurs. Mutique, je tente de saisir quelques émotions ou expressions. Avec ce long discours, j’ai conscience d’avoir apporté une pluie d’informations à mon acolyte… Il est bien probable que nouvelles demandes viennent franchir ses lippes toutefois, je l’ai averti : c’est à son tour de passer à la casserole ! Je serais intraitable là-dessus ! Moi aussi, j’ai envie d’en apprendre plus sur lui.

Le temps d’une poignée de secondes, je me perds dans les yeux sombres du motard qui, j'en ai eu la preuve, s'accordent à merveille au ciel de minuit. Si mes iris sont faits de nuances de tourmaline, de labradorite et de calcédoine, les siens sont d'un jais aussi profond qu'envoûtant... Deux iris sombres qui m'aspirent, irrémédiablement, que je le veuille ou non. Soudain, mon attention est détournée par l’une des douceurs sucrées. Le sachet contenant quelques couverts en plastique, je m’empare d’une cuillère afin d’aller dérober une bouchée de beignet glacé au chocolat blanc. J’ai à peine le temps de déposer l’ustensile sur ma langue que mes cils supérieurs s’élèvent vers le plafond. Oh mon dieu ! Ce truc fond dans ma bouche !

- Pfiuh ! J'ai rarement mangé quelque chose d'aussi bon ! Soupiré-je d'aise. T’as vraiment bien choisi.

Pourtant, j'ai eu la chance de goûter à des merveilles grâce à mes quelques amis... Mais là, malgré mon appétit d'oiseau, je pourrais certainement manger plusieurs beignets sans m'en lasser ! Olala… Mieux vaut que ce délice ne reste pas devant moi trop longtemps, parce que je suis en train de prendre plusieurs kilos rien qu'en le fixant ! Certes, j’ai énormément de marge, mais qu’importe ! Je secoue rapidement la tête, comme pour détourner mon regard. L’instant suivant, je reprends contenance.

- Je ne sais pas trop à quelles questions j’ai le droit... Du coup, je vais t’en proposer plusieurs et tu n’auras qu’à choisir celles auxquelles tu veux répondre ?

Peut-être est-ce plus simple comme ça ? Silence. Le trouble déborde dans ma voix. L’assurance de tout à l’heure s’est envolée. Je peux aisément l’expliquer : Hanz est une personne mystérieuse. Or, je ne veux pas le blesser ou le faire fuir en me montrant intrusif… Expiration pensive et bruyante. Cette fois-ci, la pulpe de mes doigts vient caresser le bord du capuchon à coups de petites pressions. Mes onyx se font brièvement happer par ce geste pendant que je réfléchis à quelques interrogations où il pourra piocher.

- Dans quoi tu bosses ?... Est-ce que ça te plaît ?... As-tu une passion capable de t'occuper pendant des heures ? C’est quoi la meilleure chose qui te soit arrivée cette année ?

Lorsque ma bouche laisse filer le dernier mot, mes ébènes viennent retrouver leur point d’ancrage favori…






Jun Tsuyu
Si t'es sage, t'auras un badge
Machine à écrire
A posté 100 messages
— Just Married —

Messages postés :
129

Inscrit.e le :
22/02/2022


Les plus du perso :
Je suis: anti-Incontestable.
Époux/se : Chae babe ♥
Autre:
Entre deux -
—Jun x Hanz

Tu me l’affirmes. Tu me le dis, que j’peux bien te poser presque toutes les questions que je souhaite. Et au fond de moi, une voix n'en revient toujours pas : C’est fou, cet intérêt que tu suscites chez moi.
Qu’est-ce qui m’prend, d’ailleurs, de te poser toutes ces questions ?


À ta place, j’y aurai sûrement réfléchi à deux fois. Partager s’avère dangereux, parfois.

C’est ainsi que j’apprends l’endroit où tu pionces. Dans cette zone couverte, accolée dans un coin.

Ma paille coincée sous une canine, j’aspire posément mon café sans te quitte des yeux. Quelque chose de vif couve dans mes prunelles mais… c’est à peu près tout – tout ce que je m’autorise à trahir, sur ce que je ressens, à cet instant. Peut-être qu’il y a plus en réalité. Peut-être que je réalise pas ce qui émane de moi. Peut-être que j’ai un air trop absorbé. Trop réceptif, face à tout ce que toi tu peux me transmettre.

Mais quoi qu'il en soit, je t’écoute.

Je t’écoute. Et peu à peu, y a ces termes qui reviennent. Ces idées qui me parlent. Qui évoquent un moyen, quelconque, une catharsis, qui n’est pas sans me laisser songeur. Tu dis : Anesthésier tout ce qui te pollue la tête… Extérioriser tes idées. Les noires comme les blanches. Et, je m’en rend pas vraiment compte au départ.
Mais il y a aussi ce que j'entends entre tes lignes, qu’il me semble comprendre, et qui me frappe de plein fouet. Ça augmente ce truc. Celui me disant « merde, Hanz, peut-être que c’est pas pour rien, si tu te sens proche de ce type. »

Toi aussi, t’as l’air d’avoir tes démons.
Toi aussi, t’as l’air d’avoir été blessé par la vie.

Mais qui ne l’est pas, au fond ?

Non. Là, c'est juste différent.
Nous sommes différent.
Et pourtant j'ai l'impression qu'on se ressemble.

— … C’est un peu thérapeutique, c’est ça ? Commente-je, faisant de mon mieux pour pas te couper.

Je laisse rien transparaître de spécial quand ton rire fuse, et que tu me lances cet avertissement au sujet de ma dernière question. J’colle simplement un air amusé sur ma face, le regard brillant, toujours, t’incitant silencieusement à poursuivre.

Et, c’est comme si découvrir ces nouvelles facettes de ton art et de ton histoire m’en révélait de nouvelles, sur toi. Je me sens bizarre, tout à coup. Un peu intimidé – ce qui m’arrive pratiquement jamais.

J’le capte pas. Mais mes lèvres s’étirent un peu plus, elles aussi, à mesure que je t’écoute.

Puis, le silence s’en vient.

— J’aurai bien aimé voir ça, que je souffle à voix basse, porté par le respect que j’éprouve à cet instant, et la vision que j’imagine, de toi, y a quelques années, recevant ton matos. Mais je comprends mieux maintenant. Tout ce qui t’attire, là-dedans. Je crois que… faudra que je teste, un jour.

Ouais. Ça pourra pas faire de mal.
Peut-être que… ça pourrait m’aider.


Ça m’évoque le Kintsugi. Cet art assez proche de la poterie finalement – probablement même complémentaire ? La résilience s’exprimant à travers la réparation de porcelaine brisées.

Pendant quelques secondes, j'avise la table. Relève les yeux en sentant que tu m’épies. Apparemment, c’est l’heure d’enfin goûter aux douceurs que j'ai amené. J’émets un petit rire en t’entendant te pâmer, après ta dégustation, puis dépose mon café sur la table, déportant mes coudes vers celle-ci pour me rapprocher, sans te quitter des yeux.

— Ha ha..., un sourire de contentement dans les prunelles, je ronronne : Je suis ravi que ça te plaise.

Et sans me départir de mon petit air satisfait, j’attrape au hasard, le premier beignet qui me passe sous la main. J'prend le temps de l’inspecter, puis m’interromps, en saisissant tes paroles. Malgré moi, l’espace d’une seconde, mon sourire s’effrite. Puis je cille, remontant mes iris dans ta direction.

Mais toi aussi, t’as l’air troublé. Ce détail ne m’échappe pas. Il me fait hausser un sourcil et plisser le regard, même si je ne pipe mot.

J’attends.

Une seconde, puis deux. Observant ton manège. Avec l’impression de pouvoir presque voir les rouages de ton cerveau s’activer tandis que tu fixes ton gobelet.

Est-ce que j’fais si peur que ça ?

— Vas-y, t’encourage-je à mi-voix, malgré mon appréhension. Poses-les, ces questions qui te brûlent les lèvres.

J’suis partagé, je crois. D’un côté… tu mérites bien d’assouvir ta curiosité, et ça m’attendris un peu de te voir ainsi. Mais de l’autre…

De l’autre, c’est juste compliqué.
Je déteste parler de moi.

En tout cas, ça l’est suffisamment pour que je laisse retomber le beignet dans son sachet, et que je rattrape plutôt mon café, le saisissant par le capuchon pour porter la paille à ma bouche et me donner du courage.

La première salve passe alors la barrière de tes lèvres.

Une à une, les questions s’impriment dans ma tête, activant du même fait ma réflexion sur le sujet. Et… faut bien le reconnaître, elles sont plutôt pertinentes… Mais cette fois, c’est moi qui en vient à fixer un point invisible, entre les sandwichs. Les secondes s’étirent, ainsi, mon cœur s’accélérant crescendo sans que je sache trop quoi te dire ni t’avouer.

Parce que… parce que bordel, je me sens juste stupide. Ça s’insinue. Ça s’infiltre. Ce sentiment de malaise. De pas vraiment mériter que tu t’intéresse à mon cas. Qu’est-ce que j’pourrais bien te dire, hein ? Dans quoi je bosse ? Oh, rien de spécial ! j’ai pas besoin de bosser, tu sais, je suis déjà riche, donc… - Quoi ? Est-ce que ça me plaît ? Je sais pas. Je crois que non. Je crois que je suis trop pété mentalement pour juste me dire de profiter de la vie, ou que j’pourrais faire quelque chose de constructif de celle-ci. Et à part avaler des tonnes de cocktails hors de prix, m’envoyer en l’air ou faire du shopping… Nan… Nan putain ! j’ai pas de passions, j’ai rien, c’est-

Ma vie… ma vie est…

Creuse ?
Superficielle ?
Vide de sens ?

— Je…

Mes doigts se crispent autour du récipient.

— J’ai pas…

C’est quoi, la meilleure chose qui me soit arrivé cette année ?

La question tourne en boucle dans ma tête, me faisant froncer les sourcils et m’obsédant presque.

Réfléchi, putain… réfléchi Hanz !

Nan… j’ai juste un putain de problème. Voilà. C'est tout.


Au même instant, la pression de mes doigts fait exploser le capuchon du café. Là. Sans crier gare. Le contenu du gobelet jailli, éclatant sur mes fringues et mes cuisses en me retombant dessus. Le contact avec le liquide froid me fait sursauter avec véhémence. J’me relève aussitôt et…

— Merde ! M’écrie-je en percutant violemment la table de mes cuisses, créant une secousse semblable à un tremblement de terre.

Ma chaise tombe à la renverse. Une grimace tord mes traits. Mes yeux s’écarquillent. J’essaie de rattraper ce que je peux. En vain.

Si y a bien un truc, avec la nervosité ; c’est que quand celle-ci est couplée à une maladresse, ça se transforme vite en catastrophe incontrôlable !

La preuve en est.

Quand la crise passe, et que je reste planté debout, comme un abruti ne sachant plus quoi faire de lui-même, admirant les dégâts.

Tiré de ma stupéfaction, je déglutis.

— Pardon… pardon, vraiment je- je suis trop con.

Une part de moi se dit que c'est une aubaine, en fin de compte : tout bousiller plutôt qu'avoir à répondre sincèrement. Pourtant, le cœur battant la chamade, j’attrape l’une des serviettes qui était fournie avec la nourriture. Et, profondément désemparé, je me baisse, dans l’espoir de nettoyer, faisant fi de mes fringues trempées. J’essaie alors d’en rire. Mais, même le son qui sort de ma bouche me paraît creux et nerveux.

Parce que ; je suis nerveux. De la racine de mes cheveux jusqu’aux bouts de mes doigts.

Putain de merde.
Mais qu’est-ce qui m’arrive ?!
 


Hanz Asuka
Si t'es sage, t'auras un badge
Abonné meetic
A posté une recherche de conjoint
Machine à écrire
A posté 100 messages
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Si t'es sage, t'auras un badge
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum