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Tu es loin de te douter de tout ce que ton fils a pu, en si peu de temps, infliger comme flot de paroles, à Côme. Tu le leur demanderas, peut-être. Mais en attendant, tu te poses. Ton fils sur tes genoux. Tu lui as manqué, qu’il te dit. Et il est content d’être avec toi et « tonton Côme », comme il le dit. Déjà. Tu lèves les yeux vers ton époux.

« J’ai l’honneur de vous annoncer que vous êtes déjà adopté, monsieur Gaillard. »

Tu ricanes, doucement, avant de ramener son omurice à ton fils vers lui, pour qu’il puisse manger, avant de grignoter, d’une main, d’un bras, la tienne, l’autre maintenant ton héritier sur tes genoux. Mais pour la suite… eh bien. Les propositions sont tentantes. Tu réfléchis. Jusqu’à la fin du repas, tenant une conversation basique, avec ton fils qui lance des sujets de son âge. Tu aimes bien, parfois, débrancher ton cerveau et simplement laisser Zephyr gérer. Il est, parfois, meilleur que toi pour sociabiliser. Et casser la glace.

Jusqu’à la fin du repas. Tu envoies ton fils se brosser les dents, pendant que tu vas te fumer une dernière cigarette. Puis, tu reviens le rejoindre, pour le mettre au lit. Il te dit qu’il aime pas trop trop, quand tu « sens comme ça ». Tu souris, t’excuses. Il te pardonne. Comme à chaque fois. Tu lui dis que tu es trop fatigué-e pour une histoire ce soir, mais que pour la peine, tu lui en liras deux demain. La négociation est acceptée.

Tu finis par lui embrasser le front, le laisse dans son lit, avec sa veilleuse, qui s’éteindra dans une demi-heure, avant d’aller toi-même te brosser les dents, histoire de pas incommoder Côme en prime… Une fois ceci fait, tu vas dans la chambre, retire ton t-shirt, parce que tu te sens plus à l’aise pour dormir et attrape ta tablette. Tu t’allonges sur le ventre, viens chercher un truc à mater, une série, peut-être, et attends que Côme arrive.

Ce qui se produit. Tu souris, doucement.

« J’ai mis un truc en fond, histoire que ça compte aussi. Le personnage principal, je sens qu’il va me gonfler, empêche-moi à tout prix de balancer la tablette à l’autre bout de la chambre. »

Tu ris, doucement. Avant de fermer les yeux dès que les mains viennent se poser sur ta peau tatouée. Dénouer les nœuds. T’apaiser. Te faire arrêter de réfléchir, également. Tu déglutis. Mais voilà que les doigts de ton époux viennent appuyer au bon endroit, faisant s’échapper, de plaisir, ta voix, dans un gémissement incontrôlé. Suivi d’un long soupire de bienêtre. Et c’est le moment que tu choisi pour, finalement, te retourner, te redresser et venir l’embrasser. Sans réfléchir. Sans te dire que peut-être… cela pourrait être interprêté. Du moins… pas sur le coup. CE n’est qu’après… que tu déglutis. Et rougis.

« Ah. Euh ! Désolé-e ! Je… je venais juste de réaliser qu’on avait pas fait le baiser du jour. Et je sais pas. La pulsion m’a pris-e. Pa-… rdon… »

Tu marmonnes, un peu penaud. Avant d’entendre une connerie dans la série de merde.

« … J’vais balancer la tablette. Cette héroïne me tape déjà sur le système ! »

En espérant que ça fasse diversion.


Eurydyce Gaillard
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Juillet 2114 – ft. Dixie

Côme ne peut pas franchement prétendre être doué en massage, mais il compense son absence de formation par un enthousiasme certain. Il aime faire plaisir à ses partenaires, et encore plus offrir du plaisir, ce qui fait de lui un amant des plus attentionnés. Il trouve une certaine satisfaction dans les sourires béats, les airs alanguis voire langoureux, les frissons qu’il fait lui-même naître. Et dans les gémissements…

Celui d’Eurydyce le prend par surprise. Ses mains, jusque-là occupées à pétrir les muscles tendus avec assez de force pour les tenir plaqués contre le matelas, retirent soudain, comme s’il avait l’impression d’avoir appuyé quelque part où il ne fallait pas – même si tout laisse à croire qu’il a plutôt fait le contraire. Et comme un diable jaillissant de sa boîte à peine le couvercle retiré, Eurydyce profite de ce nouvel espace de liberté pour se redresser et venir l’embrasser. Côme en reste plus interdit encore.

Il est tellement soufflé par cette réaction, son esprit est tellement embrumé, que sa première réaction est de croire à l’excuse visiblement bancale d’Eurydyce. Juste le « baiser du jour » ? Qui y croirait ?! Mais ce n’est pas comme s’il y avait une autre explication, pas vrai ? Il essaie de réfléchir à cette grande question, avec l’impression d’avoir la réponse sur le bout de la langue, en même temps qu’il donne le change à Eurydyce.

- J’ai arrêté de l’écouter il y a longtemps.

C’est tout à fait vrai : la série ne l’emballait pas plus que Dixie quelques minutes auparavant, et il était trop concentré sur le mouvement de ses mains pour vraiment écouter. Mais il se souvient, avec un petit délai, la mission qui lui a été confiée un peu plus tôt, et il tend le bras vers la tête du lit.

- Donne-moi cette tablette avant qu’il lui arrive un malheur.

Il s’empresse de mettre l’épisode en pause, alors qu’une nouvelle blague douteuse était lancée, et de mettre l’appareil en sûreté sur la table de nuit. Il essaie d’enchaîner avec une plaisanterie pour finir de descendre ce navet mais les rouages qui continuent de tourner dans le fond de son esprit le dérangent. Il repense à ce baiser, à sa spontanéité, et avoir Eurydyce pour la première fois torse nu face à lui ne l’aide pas à réfléchir. Il n’arrive pas à décider si ce corps est exactement ce à quoi il s’attendait ou complètement différent, comme s’il était tout à coup tellement conscient de l’absurdité de ses attentes qu’il ne peut croire qu’il les ait eues et préfère les oublier. Bizarrement, cette situation lui rappelle sa première rencontre avec un Québécois, quand il entendait des mots qu’il avait l’impression de comprendre mais ne cessait de se demander s’ils avaient vraiment le sens qu’il leur connaissait. Est-ce qu’il peut interpréter ces actes selon son propre langage ?

Non, il ne le peut pas, il en est sûr. Parce que Eurydyce n’est « pas intéréssé-e par la question », ça, il l’a bien retenu. Ça le tracasse, même, on peut le dire. Non pas que ça lui pose le moindre problème ! Enfin, sauf d’un point de vue… réglementaire, mais ils ont encore quelques jours pour régler cette question. Et donc quand il s’agit d’interpréter des actes perpétrés avec des intentions forcément différentes de celles de la plupart des gens qui les perpétreraient.

Et donc il se rend à l’évidence : va falloir finir par parler la même langue. Un peu embêté par ce qu’il a l’intention de dire, il baisse les yeux, mais comme il n’est pas sûr de pouvoir vraiment fixer ainsi ce torse rendu troublant d’ambiguïté par ces deux cicatrices qui le soulignent, il descend encore les yeux jusqu’au nombril. Son réflexe est de lever la main pour caresser le bras appuyé sur le lit près du sien, et ainsi adoucir ses paroles, mais il hésite là encore et ses doigts se contentent d’errer à quelques millimètres de la peau d’Eurydyce, ne l’effleurant qu’accidentellement. Et sans s’en rendre compte sans doute, il se penche un peu, pour pouvoir chuchoter – il ne craint pas que Zephyr les entende mais l’intimité de ce qu’il veut dire ne peut que se chuchoter.

- Dis-moi, Dixie… Si moi aussi… Si jamais j’avais moi aussi de t’embrasser ainsi… qu’est-ce que tu en penserais ? Pas ce soir, un autre jour, je veux dire. Ou même ce soir… Ou même sans parler de baiser, juste… je sais pas… te prendre par la main, ou quoi…

Tous ces actes et petits gestes qui, venant de n’importe qui d’autre et dirigés vers n’importe qui d’autres, voudraient dire des choses qui ne semble pas faire partie de la langue d’Eurydyce. Une langue qu’il n’avait jamais envisagée d’apprendre, dont à vrai dire il avait tendance à oublier l’existence, mais qu’il est plus que prêt à apprendre si ça peut lui permettre de communiquer sans quiproquo avec sa Dixie.

Yyc
Côme Gaillard
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D’accord. Y avait pas que le baiser du jour. Sauf que toi, ça… eh bien. Te semble… terriblement étrange. Oui. Clairement, ça te fait bizarre. Et le voir aussi troublé… Le voir… t’observer de la sorte… Ce regard… Tu déglutis, sans le vouloir. Détourne les yeux. Il y a quelque chose qui vient de te perturber, en réalité. Par chance, ton détournement de sujet semble fonctionner.

Semble.

C’est le mot clé.


Côme répond, au sujet de la série. Avant de te prendre la tablette des mains pour arrêter la série et déposer l’objet afin qu’il évite tes foudres. Cependant, c’est… eh bien. Le silence, qui s’en suit. Et tu le trouves un peu gênant. Gênant, parce que tu as trop de choses qui te passent en tête. Gênant, parce que tu… te dit que tu l’as embrassé, un peu, parce que tu en as eu envie. Comme un sursaut, comme une mouche qui t’a piqué. Mais tu ne saurais pas expliquer, parce que tu n’avais jamais envisagé Côme… comme ça. Et tu es certain-e que lui, non plus, ne t’a jamais vu ainsi. Et c’est normal. Vous étiez gosses quand vous vous êtes rencontrés, puis perdus de vue pendant des années et retrouvés il y a peu. Mariés, il y a … une semaine. Vivants sous le même toit depuis… Vingt-quatre ? Quarante-huit heures ? Putain, ton esprit s’emmêle, déjà.

Mais ce qui fait manquer un battement à ton cœur, c’est sa question. Tu restes immobile, un instant. Pas bien sûr-e de bien comprendre. De vouloir comprendre. Tu baisses le visage, penaud-e. Les mots tournent et retournent dans ton esprit.

« … »

Tu entrouvres les lèvres pour répondre, mais rien ne sort. Alors, tu refermes la bouche, avale ta salive. Tu ne te sens plus vraiment fatigué-e, là, maintenant, tout de suite.

« Je… ne suis pas bien certain-e de pourquoi tu… pourrais vouloir m’embrasser. »

Tu finis par répondre, doucement. Par manque de confiance en toi ? Par manque de confiance en lui ? En vous ? Tu ne sais pas. C’est…

« Je ne sais même pas pourquoi moi… enfin. Si… je sais, pourquoi j’ai… voulu. Pourquoi je l’ai fait. Outre le fait que… eh bien. On ne s’était pas embrassés, encore. Mais… J’ai terriblement manqué de tact avec toi, je ne t’ai pas tout dit, et quand ça a été le cas, tu… ne m’en as pas tenu rigueur. Et… tu es là, ce soir, à avoir préparé à manger, prenant soin de Zephyr, et… et de moi. Et… je… »

Tu marques une pause. Tu as l’impression d’être envahi-e par les émotions. Comme un ballon trop gonflé. Sur le point d’exploser.

« Je crois que je… t’ai juste… envisagé, pour la première fois, comme un partenaire avec qui avancé, en plus… de mon ami. »

Tu confies. Mais tout ça, ces explications, eh bien… ça ne répond pas du tout à sa question. Tu déglutis, doucement.

« Si… il te vient l’envie incongrue de m’embrasser… préviens moi. Enfin. Dis-le-moi. Verbalise le. Que je puisse… me préparer, même si ça… ruine un peu la spontanéité de la chose. Par contre si tu veux… me prendre la main, me serrer contre toi, me toucher les épaules ou la nuque ou les cheveux… à ta guise. Je… eh bien. Suis tactile, de base. Ce ne sont pas vraiment des choses qui sont connotées, pour moi. Enfin, d’habitude. Je suppose que ça dépend de… comment. »

Tu soupires, viens te gratter la nuque. Tout dépend de si ça ressemble plutôt à la façon qu’avait Idris de te toucher ou si ça ressemble plutôt à la façon qu’avait Yaishi ou Hayate de le faire. Le premier ayant été ton meilleur ami, les deux suivants eh bien… ton premier amour et le second. Même Eiji avait pas la même façon de te tenir dans ses bras. Ou de t’embrasser. Tu aurais… dû te douter de beaucoup de choses. Tu te sens un peu bête. Peut-être, du coup, que si Côme t’embrasse… tu comprendras mieux. Ou pas. T’en sais rien.

« Je… suis désolé-e, si ça t’a… dérangé. J’aurais dû… prévenir. »

Une nouvelle pause. Tu n’oses pas vraiment le regarder.

« Je… je vais te laisser, un instant. Je crois que j’ai besoin d’une clope. J’irais… me doucher et me relaver les dents, après. Histoire que tu ne dormes pas avec quelqu’un qui pue le tabac… »


Eurydyce Gaillard
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Juillet 2114 – ft. Dixie

Le problème de la communication est que pour l’enclencher, eh bien, il faut déjà communiquer. Et Côme a visiblement du mal. Enfin, c’est pas comme si c’était extraordinaire, venant de lui. Ce n’est pas la première fois que sa volonté de bien faire le fait tourner autour du pot. En l’occurrence, il ne veut surtout pas aller à l’encontre des sentiments d’Eurydyce. Il n’ose pas imaginer ce qui a dû lui être rabâché : « T’as le temps de changer d’avis », « T’as juste pas rencontré la bonne personne », « Le sexe fait partie de la vie de couple, faut faire des concessions. » Si même à lui ce genre de bêtises donne des envies de distribuer des baffes, il n’ose même pas imaginer l’effet que ça doit faire sur les personnes directement concernées.

C’est pour ça qu’il fait attention à ses mots. À ne rien présumer, à ne surtout pas se baser sur des références nettement moins universelles que ce qu’on peut avoir tendance à croire. Et à cause de cet excès de prudence, il se retrouve à louvoyer de façon compliquée, voire acrobatique, comme un enfant qui marche sur de vieux pavés en évitant les touffes d’herbes poussant entre eux. Mais à garder ainsi les yeux baissés sur les obstacles qu’il a lui-même décrétés, il quitte son but du regard et finit par dériver. Et au lieu de demander clairement où sont les limites d’Eurydyce, jusqu’où il peut aller dans d’éventuelles démonstrations d’affection, il formule ça comme une hypothèse, qui le gêne d’autant plus qu’il n’est lui-même pas sûr de vouloir l’envisager – mais ses sentiments à lui passent au second plan. Lui, il a plutôt été du bon côté des préjugés, avec sa bonne couleur de peau, sa masculinité teintée de juste assez de féminité pour qu’on ne le qualifie pas de toxique, et son amour des femmes qui excuse toutes ses autres escapades, alors il peut bien prendre sur lui pour protéger la sensibilité de quelqu’un qui en a, il imagine, bien plus bavé que lui.

Il pensait s’y être bien pris, avec tact et prévenance, il se rend vite compte qu’il a lamentablement échoué. Eurydyce se désole, se rabaisse, et laisse Côme bouche bée.

- T’en tenir rigueur ? bafouille-t-il. Mais…

Eurydyce ne se laisse pas interrompre. Les mots semblent déborder de sa bouche, jusqu’à ce que la gêne l’emporte. Et viennent des excuses, encore, et une tentative de fuite. Mais Côme refuse que ça se passe ainsi. Dans un même mouvement, il s’assoie au bord du lit et attrape le poignet d’Eurydyce pour l’empêcher d’aller se cacher sur le balcon. Pour le moment, du moins : il l’autorisera à aller ressasser sa honte plus tard, quand il aura essayé de rattraper sa propre bourde.

- S’il te plaît, attends… demande-t-il tout de même. Ça ne m’a pas dérangé, c’est pas ça… Juste surpris. Je pensais pas que tu en aurais envie, tu m’avais laissé entendre… Enfin, j’avais compris ça comme ça, se rattrape-t-il pour ne pas sembler l’accabler, que tu n’en aurais pas envie, et ça ne me pose pas de problème, pas du tout. Mais si tu… « m’envisages » – Il dit ce mot avec incrédulité, comme s’il prononçait les guillemets à voix haute – comme plus qu’un ami…

Cette fois, cette interruption n’est pas une simple hésitation, elle dure un instant plus longtemps. Le temps pour Côme de faire un peu le point sur ses pensées. En même temps, il tire légèrement sur le poignet d’Eurydyce, jusqu’à ce qu’ils soient face à face, et il se penche de façon à entrer de force dans son champ de vision.

- Il faut que je réfléchisse. Parce qu’on se connaît depuis bien avant que je m’intéresse à ce genre de choses, et que j’ai d’abord cru que je n’aurais pas à le changer, et que c’est difficile de… de finalement se dire qu’il va falloir que je change complètement de regard sur toi. J’ai l’impression de…

« Te rabaisser. » C’est ça qu’il devrait dire pour être honnête. Il aurait l’impression de jeter aux oubliettes toutes les qualités qu’il lui connaît pour ne plus regarder que son corps – certes attirant – et le bonheur que lui pourrait tirer de cette relation. Parce que c’est ainsi que tournent les relations humaines, non ? On choisit ses partenaires en fonction de ce qu’ils peuvent nous apporter, et on choisit comme amis les personnes de valeur. Et aux yeux de Côme, Eurydyce est une personne de grande valeur.

- … de devoir oublier tout ce que je sais de toi pour te redécouvrir sous un autre jour. Ça ne va pas être facile, mais si c’est ce que tu veux, ce dont nous avons besoin pour avancer ensemble, je ferai de mon mieux.

Ayant dit ce qu’il avait à dire (peut-être trop, ou pas assez, mais il ne peut rien retirer et ne voit pas quoi ajouter), il lâche les mains d’Eurydyce, prêt à ce qu’ils se séparent pour l’instant. Même s’il doute pouvoir réussir à trouver le sommeil avant son retour.

Yyc
Côme Gaillard
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La tentative de fuite échoue. Ses doigts se referment sur ton poignet. Ton cœur se serre. Ta gorge aussi. Tu n’es pas certain-e de vouloir entendre sa réponse maintenant. Mais il ne te laisse pas le choix. Et… Et ses propos tombent un peu comme une chape de plomb sur ton esprit. Tu déglutis, péniblement. Avant de rire, un peu nerveusement. Tes jambes faiblissent, sous ton poids. Et tu finis.. eh bien. Assez littéralement sur le cul, en fait. Tu inspires, profondément.

« … je … »

Tu susurres, essaies de parler, de reprendre la parole, de répondre. De… de rattraper les choses. Parce que tu as l’impression que tes aveux, ils viennent juste de tout foutre en l’air. De foutre en l’air des années d’amitié. De… tu te mords la lèvre inférieure, nerveusement.

« Je pense pas… que tu aies… besoin d’effacer tout ce que tu sais de moi … »

Tu réussis à articuler, bien que ce soit péniblement. Très péniblement, car les larmes te montent aux yeux, un peu. Lentement.

« Je… »

Putain, que c’est pénible. T’aurais… préféré ne pas recevoir cette foutue lettre rose…

« Si c’est trop pénible… Juste… oublie ce que j’ai bien pu te dire. Ou… dis toi que je l’ai dit pour déconner. »

Tu finis par susurrer, en essayant de lui offrir un sourire désolé. Tu fais ce que tu peux pour te relever.

« Juste… je… ma vision des choses… la façon dont je… t’ai vu, ce soir… elle a pas besoin d’être réciproque. Je peux aussi juste… oublier, aussi. »

Debout, cette fois-ci, tu réussis à fuir. Sortir de la chambre. Pour aller te réfugier, avec ton paquet de cigarettes, sur le balcon et allumer la première d’une longue lignée. Tu as envie de te taper la tête contre le mur. Envie de pleurer, aussi. Envie… de hurler.

Au lieu de quoi, tu finis simplement accroupi-e, recroquevillé-e sur le balcon, adossé-e au mur, clope au bec, légèrement tremblant-e. T’as juste… ouais. L’impression d’avoir tout ruiné. Vous vous êtes peut-être pas bien compris l’un l’autre. Mais ça, tu peux pas le savoir. Donc t’as un goût amer en bouche et c’est pas totalement dû à la clope.

Tu finis par laisser libre court à tes larmes. Parce que les retenir, tu sais que c’est pas bon. Mais… putain. Pourquoi a-t-il fallu que tu foires tout, encore ?

Tu te dis, également, que tu n’as pas… répondu à tout ce qu’il a pu dire. Lui expliquer plus exactement comment tu fonctionnes. Mais en vérité… à quoi bon ?

Tu finis par venir te ronger les ongles, en prime, n’arrivant pas vraiment à te calmer.

La fraicheur du soir te fait frémir. T’aide à t’apaiser, mais il n’empêche que tu gardes le cœur lourd. Tu as arrêté de réfléchir. Si bien que te voilà à entamer ta dixième clope sans que tu aies trop eu le temps de voir passer les autres…
Eurydyce Gaillard
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Comme attendu, le sommeil ne vient pas, mais Eurydyce non plus. Côme se tourne, se retourne, essaie d’effacer de son esprit – juste pour ce soir – l’image de sa silhouette effondrée devant lui ; en vain. Et plus il y pense, plus il ressent ce besoin de s’excuser. Il ne sait pas tout à fait de quoi, mais il est clair que ce qu’il a dit ce soir, un détail ou l’intégralité a grandement perturbé Eurydyce, bien plus que ce à quoi il s’attendait.

Tout à coup, il n’y tient plus et se lève. Sa culpabilité s’est doublée d’inquiétude et sa bonne résolution de laisser à Eurydyce le temps de processer ce qu’il vient de lui asséner ne lui paraît plus être une bonne raison. En remontant le couloir, il passe la tête dans la chambre de Zephyr, se disant qu’elle aurait pu faire un refuge tentant, mais ce n’est pas le cas. Il trouve sa silhouette prostrée sur le balcon, la tête sur les genoux, entourée de mégots, dont certains froids. Et bizarre, c’est ce cimetière de cigarettes qui finit de le faire craquer. Si chacun de ces cadavres est l’expression d’un certain niveau de stress, leur accumulation, ce charnier, est la preuve d’une grande détresse. Les larmes lui montent aux yeux, il tombe à genoux et jette ses bras autour de ses épaules.

- Je suis désolé, gémit-il à son oreille. Je suis désolé, je ne voulais pas dire ça… ou pas comme ça. Je veux pas te voir triste comme ça. Je… Je t’aime, tu sais. Je t’adore. Mais…

Il voudrait s’expliquer. Il s’est forcément foiré quelque part pour provoquer une telle réaction, parce que ce n’était absolument pas prévu ! Il n’a voulu mettre aucune méchanceté, aucun rejet dans ses paroles. Mais il saisit que ce n’est pas le moment. Plus aucun d’eux n’est en mesure d’écouter ou de dire quoi que ce soit qui ait du sens. Ils sont partis sur la mauvaise voie, ça ne les mènera nulle part. Et puis, tout simplement, il est fatigué. Essayer de mettre des mots sur les contradictions qui le pétrissent est exténuant, surtout quand il faut se débattre avec l’incompréhension. Alors il soupire et laisse tomber.

- Mais rien. Rien d’autre n’a d’importance. Je veux pas te blesser, d’aucune façon, et surtout pas parce que j’ai pas été foutu de m’exprimer correctement. Je t’aime, retiens juste ça, ok ? C’est le seul truc important que tu dois te rappeler pour ce soir. Le reste, on oublie pour le moment, et on remettra tout ça dans l’ordre un autre soir.

C’est peut-être un peu lâche, comme porte de sortie… ou la plus sage, à voir. Le fait est qu’aucun d’eux n’est en état de continuer cette discussion et que si rien n’est réglé, il n’y a aucun moyen de régler ça intelligemment ce soir. Côme ne peut s’empêcher de se dire que s’il trouvait les bons mots… Mais il ne les trouve pas, les bribes qui traversent son esprit sont tous plus stupides et ambiguës les unes que les autres, alors tant pis.

Il finit par se reculer pour regarder Eurydyce en face.

- Si on allait se coucher ? On a tous les deux besoins de s’allonger et de se reposer, je pense.

Gentleman, il lui offre son bras pour l’aider à se relever. Cette fois, il n’autorisera aucune fuite. Et même s’il craint que le froid entre eux n’imprègne leur couverture et le fasse trembler toute la nuit, il espère un peu que la chaleur apparente de son sourire aidera un peu à lui réchauffer le cœur.

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Tu ne t’attendais pas à sentir des bras s’enrouler autour de tes épaules. Ni à ressentir sa chaleur t’envelopper. Ou son odeur t’entourer. Et t’apaiser. Peut-être… tout simplement parce que tu ignorais à quel point tu avais juste besoin qu’on te prenne dans ses bras, pour t’enlacer. Te rassurer. Te rattraper. T’empêcher de sombrer. Et alors, tes larmes te montent, de nouveau, tandis que tes doigts viennent timidement agripper son haut, dans son dos, et que tu caches ton regard humide contre son épaule.

Tu l’écoutes, d’une oreille. Mais ses mots… eh bien. Tu n’arrives pas vraiment à y prêter entièrement attention. Pas ce soir. Plus ce soir. Mais il y a ces deux mots, qui sont prononcés. Et qui te font hoqueter. Et t’accrocher un peu plus fort à lui. Tu finis par te redresser un peu, t’essuyer les yeux, puis le nez, d’un revers de manche, avant d’hocher du chef.

Tu acceptes son bras, pour te relever. Tu dois bien avouer que tu es fatigué-e. Et que ces deux dernières soirées ne t’ont pas… aidé à l’être moins, au niveau psychologique. C’est tout de même amusant de voir que vous parlez les mêmes langues mais que vous êtes infichus de vous comprendre, tous les deux. Pas… pour l’instant, en tout cas. Peut-être jamais. Pour ce soir, tu essaies de ne plus y penser. Tu déglutis, péniblement, avant de glisser ton paquet de clopes et ton briquet dans une poche, avant de retourner à l’intérieur. Tu trembles. De froid. De fatigue. De beaucoup de choses. Tu demandes juste un instant à Côme, pour aller te servir un verre d’eau, histoire de faire un peu passer le goût du tabac – et l’odeur, un chouia. Tu voulais aller prendre une douche, à la base. Pour pas lui imposer l’odeur du tabac froid. Mais là, tu ne t’en sens vraiment pas capable. Alors, tu marches jusqu’à la chambre. Vire tout ce que tu as sur la peau, sauf ton caleçon, avant de te glisser sous la couette.

Et tu attends qu’il ait fait pareil, pour venir te coller contre lui. Ce n’est rien d’ambiguë. Tu veux juste… du contact. De la chaleur. Du peau à peau. Te sentir entouré. Te sentir… pas seul-e. Son cœur qui bat, dans ton dos.

« … j’espère que ça ne te dérange pas. J’ai… froid. Et… je veux juste… te sentir contre moi… mais si ça te plaît pas je… me recule. Me détache. »

Tu marques une pause, dos à lui, ne pouvant observer son visage. Mais toi… eh bien. Tu es tendu-e, malgré les tremblements. Ou à cause ? Non. Enfin. Pas que, dans tous les cas.

« Pardon je… j’aurais dû te demander avant de... me coller. »

Tu susurres, avant de bailler violemment. S’il te répond, tu ne l’entends pas vraiment, commençant déjà à partir dans les bras de Morphée. Côme n’aura qu’à te pousser, s’il préfère ne pas être contre toi. Même si, vraiment, tu ne pensais à rien de déplacé. Que tes pensées étaient pures.

Tu te réveilles, le lendemain matin, par un petit doigt qui te poke la joue. Zephyr se tient devant toi.

« Pam… je crois qu’on est en retard pour l’école. »

Il te susurre. Tu te redresses, d’un coup, avant de regarder l’heure. Et… en effet. Tu as oublié de mettre un réveil. Et quoi qu’il a pu se passer… rien ne t’a réveillé, donc.

« … mer-… credi. »

Tu marmonnes. Avant d’attirer ton fils au lit.

« Tu sais quoi ? École buissonnière pour toi, aujourd’hui. »

Tu réponds, doucement. Avant de le serrer dans tes bras. Et l’entendre rire.

« Mais j’ai faim, Pam ! »

Il te répond, te forçant à soupirer et à te lever. Tu ne fais pas vraiment attention à si Côme est toujours là ou pas. Mais tu vas dans la cuisine, après avoir enfilé un t-shirt, pour aller faire un petit déjeuner à ton tout.

« Tu veux m’accompagner au boulot ? Ou je demande à mamie de venir te garder ? Ou quoi ? »

Mais Zephyr t’indique qu’en vérité, il préfère aller à l’école, même en retard. Tu soupires. Il est trop parfait pour toi, ce gosse.

« Bien, alors j’appelle mamie pour qu’elle t’emmène… Moi, je dois… me préparer pour aller au boulot. Je suis déjà en retard. »

Tu ris, doucement, avant d’aller faire un coup de propre express dans la salle de bains, puis aller t’habiller. Et enfin, vérifier si Côme… est là, ou non.

Et partir au travail.

Pour revenir, plus tard, alors que tu viens récupérer ton fils à l'école, pour rentrer. Tu t'es excusé-e, pour ton retard, auprès de ton patron. Qui comprend. Tu rentres, après avoir fait quelque courses.

« Tadaimaaaaa... »

Tu lâches, complètement naze, déposant les courses sur le plan de travail. Puis, tu envoies ton garçon déposer ses affaires et se laver les mains, pour venir t'aider à faire la cuisine. Tu as acheté de quoi faire une ratatouille. Elle ne sera pas prête pour ce soir, il te faut au moins deux heures de cuisson, mais... tout de même. Et pendant qu'elle cuit, tu finis par commencer à préparer un rizotto au poulet et au champignon. Pas très japonais, ni très français, mais tout de même. Une des rares recettes que tu maîtrises bien.

Et demander à ton garçon de mettre la table, avant de l'envoyer jouer un peu dans sa chambre, le temps de terminer et d'accueillir Côme... ou sauf si tu n'as pas fait assez attention et qu'en fait, Côme est déjà là. T'étais juste trop concentré-e. Trop focus. Trop... tout. Monotâche, aujourd'hui. Trop fatigué-e.
Eurydyce Gaillard
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Juillet 2114 – ft. Dixie

Côme n’était pas sûr qu’Eurydyce le suivrait aussi sagement, mais il est content que tout se passe dans le calme, sans protestation. Il lui laisse le temps nécessaire pour se rafraîchir, puisque ça semble être ce qu’il lui faut pour se sentir à l’aise, mais fait bien attention à ce que ce ne soit pas une nouvelle tentative de fuite. Ce n’est pas le cas. L’eau coule dans la cuisine, comme c’était annoncé, un moment de silence, puis des pas remontent le couloir jusqu’à la chambre. Côme est encore assis au bord du lit, incertain de ce qui va se passer. Pris d’un coup de chaud, à cause de ses émotions ou tout simplement des températures estivales japonaises, il a déjà quitté son t-shirt mais après réflexion, il hésite. Faire quoi que ce soit qui puisse passer pour aguicheur après sa déclaration, ce n’est pas très honnête…

Mais Eurydyce est de retour, et ne manifeste aucune réaction devant sa tenue. Alors il peut se coucher détendu, couché face au milieu du lit parce que lui tourner le dos lui paraît impossible, pour la symbolique. Il a pourtant du mal à garder les yeux ouverts, à regarder ce visage qu’il imagine forcément déçu, aussi le contact d’Eurydyce contre son torse arrive comme une surprise et lui fait écarter en grand les paupières. Sans doute sa surprise était palpable, parce qu’il sent une hésitation, qui se double d’excuses.

- Non, reste-là, lui souffle-t-il, son étonnement passé.

Il se demande un instant ce qu’Eurydyce cherche à faire en le mettant dans cette position, mais il doit vite reconnaître qu’il n’y a aucune arrière-pensée, juste une envie qu’on l’enlace. Alors, sentant ses tremblements , Côme tire un peu plus la couverture sur eux et laisse son bras reposer innocemment sur son flanc. L’odeur de tabac froid qui a imprégné ses cheveux lui serre le cœur, mais il se concentre plutôt sur le contact de sa peau contre la sienne, sur son souffle régulier, et il se laisse ainsi bercer.

Au matin, il est réveillé sans doute par un mouvement d’Eurydyce, qui fait que ses cheveux viennent lui chatouiller le bout du nez. Il s’en faut de peu pour qu’il lui éternue sur le haut du crâne. Il lève précautionneusement la tête pour regarder par-dessus celle d’Eurydyce le réveil sur sa table de nuit. Il doit se lever dans deux minutes, de toute manière, alors il prend simplement son temps pour profiter encore un peu de la chaleur du corps contre le sien. Au moment de se lever, il se demande s’il doit réveiller Eurydyce… mais il n’a aucune idée de son emploi du temps. Et lâchement, parce qu’il n’a pas le cœur de réveiller un visage si paisible, il s’écarte délicatement, se prépare en silence, sort K7, finit par quitter l’appartement sans qu’aucun autre bruit que les siens ne se soient fait entendre.

Comme toute la semaine, ces quelques heures passées au centre de recherche représentent une parenthèse étrangement normale au milieu d’une semaine qui part dans tous les sens. Il n’a pas crié sur tous les toits qu’il était marié : il l’a annoncé à son supérieur, à certains de ses collègues les plus proches, mais pas du tout à toute l’équipe, loin de là. Non pas qu’il ait honte, c’est juste que c’est… ben, compliqué. Et que pouvoir l’oublier quelques heures peut faire du bien.

Il peut continuer d’oublier en rentrant le soir, et en trouvant l’appartement vide. Il n’est plus chez son père, bien sûr, et même plus dans son quartier, mais promener K7 dans ces rues qui pourraient ressembler à n’importes quelles autre le garde encore un peu éloigné des évènements des derniers jours. Ce soir, il décide d’aller s’aventurer du côté d’un parc dont il vient d’entendre parler, à quelques rues, et qui peut offrir une variante appréciée à ce qui est déjà devenu leur trajet habituel. Même si ce n’est jamais qu’une vaste pelouse entourée d’un chemin et d’une rangée d’arbres pour faire oublier la circulation… Au moins, le chemin n’est pas compliqué à suivre et Côme peut se mettre en pilotage automatique. Son esprit a toute latitude pour divaguer. À un moment, il se fait la réflexion que ce serait bien d’emmener Zephyr ici : il adorerait sans doute passer du temps à s’occuper de K7, et ce serait l’occasion d’avoir une discussion en face à face. Ou même Eurydyce… La verdure apaise, le public qui les entoure empêche tout débordement. Et tant qu’on garde un œil sur K7 pour rincer ou ramasser ce qui doit l’être, on peut tourner en rond à s’en foutre le tournis…

Mais pour le moment, il est seul. Et il pense. Et il se dit que Dixie et Zephyr lui manquent déjà, et que ce serait si bien s’ils pouvaient résoudre ces incompréhensions et passer directement à la phase où ils sont bien ensemble… Résoudre comment, pour arriver à quoi, il ne sait pas, il veut juste que ça se résolve.

S’il s’était agi d’un différend, il aurait déjà cédé. Enfin, ça dépendrait du sujet, mais la plupart n’auraient pas été aussi importants que sa bonne entente avec Dixie. Sauf que là, il ne s’agit pas de savoir quelle chaîne on regarde ce soir ou qui descend les poubelles, et qu’il ne sait même pas exactement ce que chacun attend de l’autre. Il ne peut pas demander à Eurydyce de se conformer à l’image qu’il en a, comme on ne peut pas lui demander de changer ses sentiments. Peuvent-ils l’être, déjà, indépendamment des demandes qu’on peut lui faire ? Il y réfléchit durant encore deux tours de par cet ne s’arrête que quand K7 lui fait comprendre qu’il en a assez. Mais ça tombe bien, il a peut-être une petite idée de ce qu’il peut dire à Eurydyce.

Quand il ouvre la porte de l’appartement, la bonne odeur de légumes qui cuisent lui redonne un peu le sourire. Ça sent comme une famille, comme un vrai foyer. Quand il passe dans la cuisine, il voit la table mise, et Eurydyce qui s’affaire devant la cuisinière. Dans un mauvais film, il s’avancerait doucement, l’enlacerait par derrière et planterait un baiser dans son cou. Cette idée, malgré son côté cliché, ne lui déplaît pas tant… Mais il préfère prévenir :

- Tada ima, lance-t-il, la gorge un peu serrée.

Après seulement, il ose approcher et regarder ce qui mijote dans les poêles.

- Wouah, tu nous gâtes ! Tout ça pour ce soir ?

Des compliments banals mais sincères, qui, il l’espère, dérideront un peu l’ambiance. Mais il voit bien, à l’expression d’Eurydyce, qu’ils partent de loin… Alors il préfère ne pas jouer l’idiot et aller droit au but :

- Écoute, ce que je te propose… c’est qu’on arrête de réfléchir pour le moment, d’accord ? J’ai peut-être trop pensé. J’ai absolument voulu mettre des mots sur ce que je ressens sauf que c’est un tel bordel… Je me suis peut-être trompé, ou précipité, et je me sens con d’avoir sorti des bêtises.

Il ne précise pas ce que sont ces bêtises, lui-même ne sait pas bien quelles parties en étaient et lesquelles étaient vraies.

- Ce qu’on peut faire, c’est peut-être… d’arrêter de penser, justement ? C’est bien, de parler, mais je pense qu’on l’a trop fait, hier. Moi, en tout cas, j’ai l’impression d’avoir trop parlé. Alors si pour le moment, on se laissait un peu porter ? Qu’on arrêtait de penser ? Juste, j’ai bien compris de te prévenir avant d’être trop… intime.

Il ponctue cette grande déclaration d’une caresse sur le bras, du dos des doigts, très délicate pour laisser Eurydyce s’écarter si ce contact n’est pas désiré. Mais l’expression de son visage le préoccupe toujours.

- Est-ce que ça va ? Tu as l’air complètement à plat…

Yyc
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Tu sursautes, sans le vouloir, lorsque sa voix résonne dans l’appartement. C’est pas vraiment qu’il t’a fait peur, en vérité. C’est surtout… eh bien. Que tu étais très concentré-e sur ta cuisine. Que tu ne pensais à rien d’autre pour justement ne pas trop réfléchir.

Tu tournes le museau vers lui, un bref instant, avant de planter ton regard de nouveau sur tes travaux, ayant l’impression que l’ambiance est… étrange, depuis l’échange de la veille. Peut-être est-ce juste toi et ta perception des choses. Peut-être que tu es juste… gêné-e. Tu n’as pas le temps, cependant, de trouver une potentielle façon de briser la glace, que Côme prend la parole en premier. Tu déglutis, péniblement, garde la tête baissée, n’osant pas l’affronter du regard. Tu finis même par fermer les paupières, avant d’inspirer profondément.

Mais il y a ce contact. Ces doigts contre ton bras. Toi qui avais l’impression de perdre pieds depuis la veille… cette caresse te ramène sur terre. Et te rend un peu d’équilibre. Tu finis, alors, par réduire le feu sous tes préparations, avant de te retourner et t’adosser au plan de travail, pour l’observer.

« Je… »

Tu commences, doucement, cherchant tes mots. Tu finis par attraper deux verres pour y servir de l’eau – tu essaies de rester raisonnable avec l’alcool, même si tu ne dirais pas non du tout à une bière… - avant de poser son verre devant lui et boire une gorgée du tien. Ça permet un peu d’hydrater ta gorge et retrouver un peu de voix.

« Ça me va. De… ne pas penser. Enfin. D’essayer. Sur le papier. Je peux juste… pas forcément te promettre d’y arriver à 100%, là, maintenant, de suite. »

Tu susurres, un peu penaud-e. Tu viens te gratter la nuque, un peu nerveusement.

« Je peux juste pas… m’empêcher de me dire que j’aimerais pouvoir effacer ce qu’il s’est passé hier soir. »

Tu finis par répondre, en baissant de nouveau le visage.

« Je peux pas m’empêcher de me dire que j’ai foutu la merde en étant… trop honnête. »

Tu soupires, viens remettre une dread en place, dans ton poulpe chignonesque.

« J’arrive juste… pas à arrêter de me dire que si je t’avais pas embrassé, et si j’t’avais pas dit ce que j’ai pu dire… j’aurais pas l’impression qu’il fait super froid, tout à coup… »

Tu murmures, avant de venir boire une nouvelle gorgée d’eau, doucement. Tu inspires, profondément, avant de te passer une main sur le visage.

« Je suis à plat, oui… mais ça va aller. Juste… bien manger ce soir, bien dormir… ça ira mieux, demain. »

Tu susurres, avant de te remettre à observer ton rizotto.

« D’ailleurs, c’est bientôt prêt. Tu peux aller voir Zephyr et lui faire se laver les mains avant de passer à table ? »

Tu demandes, doucement, dans le but de changer le sujet, tourner la page, passer à autre chose. Tu retires le repas du feu, avant de dresser les trois assiettes, ne mettant pas une énorme quantité à chacun. Il reste du rab, si jamais. Sinon, ça fera le repas du lendemain midi. Et puis, tu te laves les mains, avant de t’assoir, attendant les deux hommes de la maison. Tu te forces à afficher un sourire chaleureux, quand ton fils arrive. C’est le devoir d’un parent. Ne pas imposer ses peurs, ses craintes, à son enfant.

« Je ne connais pas encore ton appétit, donc je t’ai servi comme ça, mais si besoin, il en reste. Et sinon, ce sera pour demain midi. Et pour demain soir, j’ai préparé une ratatouille. J’avais… besoin de m’occuper la tête. Donc comme ça… ben… c’est fait. Mais je suis pas un-e super cuisinier-e non plus, hein. Je pense… que ça doit être passable. Je… prendrais des cours, si besoin. »

Tu susurres, doucement, avant de venir te gratter la nuque.

« Bref. Ittadakimasu ! »
Eurydyce Gaillard
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Juillet 2114 – ft. Dixie

Côme aimerait répondre à Eurydyce point par point. Ce n’est pas de sa faute, ce n’est pas la mention de cet ex qui les a mis dans cette situation, il ne fera pas froid s’ils se serrent l’un contre l’autre pour faire face ensemble. Mais il a dit lui-même, il faut qu’ils arrêtent de discutailler et y aillent un peu plus à l’instinct. Alors juste une caresse, un regard, et on passe à la suite. À des inquiétudes terre-à-terre, qu’on pourrait avoir même au bout de dix ans de vie commune. « Comment tu vas, amour ? On dirait que tu as eu une dure journée. » Il ne le dit pas comme ça, mais c’est ainsi qu’il le pense. Enfin, « amour » ne serait peut-être pas le premier mot qui lui vient en tête mais ça pourrait venir, peut-être, un jour. Est-ce que ce jour-là Eurydyce jouerait les gros bras en écartant ainsi ses inquiétudes, qu’il sait fondées ? Grande question.

Mais ce n’est pas le moment d’en discuter, alors il fait mine de croire ce mensonge et va exécuter ses ordres. Il trouve le garçon en train de jouer dans sa chambre.

- Zephyr, on va manger. Tu viens te laver les mains ?

Le petit bonhomme se hisse sur ses pieds et le devance en trottinant jusqu’à la salle de bain. Là, il doit se hisser sur la pointe des pieds pour réussir à peine à soulever le mitigeur et à glisser ses mains sous le filet d’eau.

- Mais… comment tu as fait pour le savon, ces jours ? s’étonne Côme en voyant la distance entre les doigts et la savonnette posée près du robinet.

- Z’en ai pas mis, avoue le garçon d’une petite voix.

Côme lui fait de gros yeux.

- Ce n’est pas bien. Pour se laver les mains, il faut toujours du savon. On te trouvera un marchepied, mais pour aujourd’hui…

Pour aujourd’hui, soulever l’enfant pour le hisser à hauteur fera l’affaire. Zephyr a l’air d’adorer ce petit tour de manège et part d’un grand éclat de rire, mais il finit par s’exécuter sagement, et deux minutes après, Côme et lui sont sagement attablés devant leur assiette. Il a le sourire, après cet échange et grâce au fumet du risotto, mais celui-ci se trouble un peu quand Eurydyce se justifie tristement. Elle blablate nerveusement, c’est évident.

- Des cours de cuisine ?

Il affiche une expression exagérément outrée.

- Qui êtes-vous, et qu’avez-vous fait de l’Eurydyce qui se fout des clichés de genre ? Nan, je plaisante, mais franchement, si tu en as envie, je vais bien sûr pas t’en empêcher, bien sûr. Mais ne le fais surtout pas parce que tu as l’impression que tu devrais le faire, tu sais que tu n’as aucune obligation. D’autant que ça sent très bon, donc je suis sûr que ça ne peut pas être mauvais. Itadakimasu.

Et il prend une bouchée sans hésiter. Sans regret. Peut-être que l’assaisonnement n’est pas aussi prononcé et original que ça pourrait l’être mais c’est tout à fait mangeable, et même loin d’être mauvais.

- Et c’est vraiment pas mauvais, hein, Zephyr ? Tu le crois, ça, quand Pam prétend que sa cuisine est bof ?

Zephyr, les joues gonflées par une grosse bouchée de risotto, fait mine de réfléchir.

- Hmm, c’est pas aussi bon que Mamie.

Côme prend un air outré.

- Bien sûr que ça peut pas être aussi bon que la cuisine de Mamie : rien n’est aussi bon que la cuisine d’une mamie, et Dixie n’est pas une mamie. Mais c’est bon quand même.

Le garçon fait mine de réfléchir mais finit par hocher la tête comme s’il voulait se la décrocher des épaules. Côme ne peut pas se retenir de lui ébouriffer les cheveux d’un geste affectueux.

- Très bonne façon de t’occuper la tête, en tout cas. Enfin… Non pas que ce soit cool que tu en aies besoin, mais…

Il commence à blablater nerveusement, lui aussi, alors il préfère s’arrêter et manger en silence. Il finit son assiette mais son estomac est un peu noué, sans surprise. Cette première ration lui suffira.

- Pour ce soir, pour notre activité commune, je te propose qu’on lise ensemble son histoire à Zephyr.

- Mes deux histoires ! intervient le garçon à la mention de son nom. Deux histoires, Pam, tu m’as promis !

- Ah, si c’est promis, c’est promis ! Mais donc que nous lisions ensemble ces deux histoires. Je suis fatigué, moi aussi, donc ça m’ira bien. On fera plus demain. Enfin, après une grasse matinée.

Yyc

Côme Gaillard
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Tu es loin de te douter de l’échange des deux hommes, dans la salle de bains. Trop occupé-e à cogiter. Ton esprit ressasse, même si tu veux passer à autre chose. Tu n’y arrives pas. Et cela t’agace. Totalement. Jusqu’à ce qu’ils reviennent. Alors, tu réalises combien la simple présence de ton fils change ton monde entier. D’un coup, tu as l’impression d’être plus léger-e. Le sourire te revient. Même les petites piques de Zephyr te font rire. Souffler, un peu.

« Mais ! Je vois, Monsieur Gaillard, que vous êtes un excellent élève et que vous avez de l’esprit, me voilà pris à mon propre jeu ! »

Tu rétorques, avant de sourire. Et puis…

« Disons qu’avec l’estomac bien rempli, on est moins grognons, il parait. Et que ça rend un peu plus heureux. »

Tu tires la langue, avant de venir prendre une bouchée. Moins bon que Mamie, hein.

« Je pense que j’ai trouvé mon professeur, alors. Mamie ce sera. Et ça coûtera moins cher que de commander tous les jours pour pouvoir bien manger. »

Tu inspires, doucement. Termine ton assiette, avant de venir essuyer le museau de ton enfant. Tu poses le regard sur Côme, l’écoutant, attentivement, avant d’hocher du chef. Et de sourire, alors que Zephyr, concerné par la conversation, s’offusque qu’on tente de lui voler une histoire.

« Une promesse est une promesse, en effet. Deux histoires, donc. Ça me va. »

Tu réponds, en hochant du chef, lentement.

« Tu as déjà une idée de ce que tu voudrais faire demain ou on verra après une bonne nuit de sommeil ? »

Tu demandes, en te levant pour débarrasser les assiettes. Tu demandes également à ton fils et à Côme s’ils veulent un dessert. Tu les laisses répondre, leur serre ce qu’ils désirent, avant de te rassoir. Tu as très envie d’aller te fumer une cigarette, mais pas avant de lire son histoire à Zephyr. Sans quoi, tu vas lui mettre ton odeur de cigarette dans le nez… donc non, mauvaise idée. Tu soupires, bois un verre d’eau. Jusqu’à ce que Zephyr ait terminé. Alors, tu l’envoies se brosser les dents. Ce n’est que maintenant que tu remarques la mine un peu triste de ton fils, à l’idée d’aller dans la salle de bains. Tu l’accompagnes… et comprends, enfin, le problème.

« Mais… pourquoi tu ne m’as rien dit ? »

Tu susurres, doucement, avant de venir le prendre dans tes bras. Tu le serres contre toi, t’excusant de ne pas y avoir pensé avant. Puis, tu le soulèves pour l’aider à pouvoir se brosser les dents. Tu sens de là les courbatures arriver. Une fois qu’il a terminé et que tu peux, alors, te reposer les bras, tu le reposes pour l’envoyer se mettre en pyjama et jouer un peu avant d’aller se coucher.

Puis, tu rejoins Côme, pour t’occuper de la fin du débarrassage.

« Sinon… tu as passé une bonne journée… ? »

Tu lui as dit que tu allais essayer de ne pas trop réfléchir. Ce n’est pas aisé. Mais … autant essayer de parler de choses banales. Le temps de finir de débarrasser, de tout mettre dans le lave-vaisselle, de se faire un café… et enfin pouvoir aller lire ses histoires à Zeph.

« Tu as choisi tes livres ? »

Tu lui demandes, doucement, en venant t’assoir sur le lit, invitant Côme à te rejoindre. Zephyr vous sourit, à tous les deux, avant de te tendre deux ouvrages.

« Tu ne les connais pas encore par cœur, ceux-ci ? Je te les lit tout le temps. »

Tu ris, doucement. Zephyr hausse les épaules.

« Mais Côme, lui, y doit pas les connaître ! »

La réponse est valide. Pleine d’esprit, également. Alors, tu tends un des livres à Côme pour l’inviter à commencer. Une fois que cela sera finit, tu iras fumer ta cigarette, puis te doucher et te brosser les dents avant d’aller te coucher…
Eurydyce Gaillard
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La surprise est l'épreuve du vrai courage

Juillet 2114 – ft. Dixie

Une grasse matinée, c’est incontournable. Côme ne sait pas si Zephyr est du genre à jouer sagement dans sa chambre en attendant le lever de ses parents ou s’il viendra se jeter dans leur lit à l’aube, mais quitte à le découvrir violemment, il préfère ne pas l’anticiper et croire qu’il pourra dormir. Au moins jusqu’à ce que K7 réclame sa sortie matinale. Et après…

- Je n’y ai pas vraiment réfléchi, reconnaît-il. Il y a ce parc, où je me dis que ça pourrait être sympa d’aller avec Zephyr pour promener K7… Mais on avisera demain, hein ?

Ils en conviennent, et tant mieux. Côme peut profiter de son dessert sans se creuser la tête, avant de commencer à débarrasser. C’est un peu fastidieux, puisqu’il n’a pas encore l’habitude des rangements ou de l’emplacement des éléments, mais ça viendra.

- Oh… Rien de particulier. On n’est pas dans la phase la plus passionnante du travail, pour le moment. De l’analyse de données pure et dure, des comparaisons statistiques… C’est un travail de fourmi mais faut le faire.

Il pourrait encore blablater quelques minutes, pour éviter un silence gênant, mais il doit se concentrer pour se souvenir où ils rangent les dessous de plat. Et finalement, il se rend compte que le silence, entre eux, ce n’est pas si terrible, d’’autant que le ronronnement de la machine à café évite le vide auditif complet. Il attend que ce bruit de fond se soit éteint pour retourner la question à Eurydyce, et écouter poliment la réponse. Il ne peut pas vraiment rebondir dessus, n’ayant pas encore la moindre idée de comment fonctionne un salon de tatouage, mais ça lui fait plaisir d’en savoir ne serait-ce qu’un peu plus sur son quotidien.

Le café avalé, ils se dirigent d’un commun accord vers la chambre de Zephyr. Le petit garçon est déjà assis sagement dans son lit, les attendant impatiemment. Les deux ouvrages de son choix sont posés devant lui. Eurydyce en aurait visiblement sélectionné d’autres mais son fils sait déjà se montrer convaincant. Côme capitule. Il prend sa plus belle voix et se lance dans le premier récit. Quand arrive un dialogue, il lit la réplique du personnage principal mais tend le livre vers Eurydyce au lieu d’enchaîner avec la réponse, avec un petit sourire en coin.

- C’est une activité que l’on est censé faire ensemble, non ?

C’est plus amusant, aussi, d’alterner les voix ; de donner une grosse voix bourrue à l’ours et une bien plus fluette au petit garçon. Zephyr, en tout cas, a l’air de bien apprécier. Quand les deux histoires sont finies, qu’Eurydyce a embrassé son fils pour lui souhaiter une bonne nuit avant de sortir fumer, Côme s’attarde un peu pour finir de border le garçon. Il l’embrasse sur le front, lui souhaite une bonne nuit, mais à peine est-il sorti de la chambre qu’une notification fait sonner son téléphone. En même temps, un autre bruit lui indique que le moniteur affiche sans doute la même alerte.

« Faites une cabane à base de coussins et de couettes et installez-vous dedans pour une nuit. »

Sa surprise passée, Côme retient un éclat de rire. Voilà un ordre des plus… inattendus. Mais tentants, aussi. En voilà au moins un qu’il suivra sans rechigner – ça lui donnera peut-être un peu de marge pour traîner à obéir aux suivants, non ? Bon, sans doute pas, alors profitons-en d’autant plus. Côme pense d’abord à se diriger vers le balcon pour annoncer la bonne nouvelle à Eurydyce mais il lui vient une autre idée : un sourire malin sur le visage, il rouvre la porte qu’il vient de fermer et passe la tête dans l’entrebâillement.

- Zephyr ? Tu as déjà dormi dans une cabane ?

Le petit garçon se redresse dans son lit, stupéfait par la question et par le sommeil qui commençait à l’envelopper.

- Une cabane ? Heu… non.

- Et tu veux essayer ?

Toute trace de sommeil disparaît tout à coup des yeux du garçon.

- Ouiiiiiiiii ! Mais… Mais on va la faire où ?

- Hmm… Dans le salon ?

Zephyr lui lance un regard émerveillé. On dirait que le mystère de l’univers entier vient de lui être révélé.

- On peut faire ça ? Une CABANE dans un SALON ?

- Eh oui !

- Et on pourra dormir dedans ? Tous les trois ? Moi, toi, et Pam ?

- C’est le but.

Retombant en enfance, Côme fait déjà mentalement l’inventaire des meubles du salon, cherchant cec qu’il pourra utiliser. Le dossier du canapé, deux chaises, voire trois, et y a-t-il assez de coussins pour faire tout un mur ? Un seul moyen de le savoir…

Quelques minutes plus tard, Côme et Zephyr entrent fièrement dans le salon, portant dans les bras les couettes et les oreillers des deux lits de la maison. Eurydyce risque d’avoir une surprise en revenant du balcon. Reste à savoir s’ils vont pouvoir continuer dans leur jeu ou s’ils vont l’entendre sonner la fin de la récré…

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Tu écoutes attentivement les réponses de Côme, t’intéressant tout de même réellement à ses journées. Tu aimerais bien, d’ailleurs, comprendre un peu mieux son travail. Mais ce ne sera sûrement pas pour ce soir. Pareil, il te retourne la question. Tu expliques dans les grandes lignes. Mais la précision, tu la gardes pour plus tard. Jusqu’à mettre Zephyr au lit, Côme à tes côtés, et commencer à lire. Il débute. Avant de t’inviter à le suivre. Ton épaule vient se coller contre son bras, alors que tu te penches un peu pour réussir à lire correctement. Tu essaies de bien cerner le personnage, pour lui offrir la meilleure interprétation possible. Et visiblement, votre manège à tous les deux fonctionnent plutôt bien. Zephyr rit. Et applaudit, même, à la fin de l’histoire, avant de quémander la suivante, pour laquelle vous faites pareil. Il a l’air aux anges. Et tu te prête plutôt pas mal au jeu.

Votre activité est validée. Mais en vérité, tu t’en fous. C’était un moment de complicité, qui a réussi à te faire oublier la veille. Et les jours d’avant.

Tu finis par aller sur le balcon, fumer ta cigarette. Tu as laissé ton téléphone à l'intérieur, et fermé la porte pour être sûr-e que l'odeur de cigarette de pénètre pas à l'intérieur et n'importune pas les non-fumeurs. Mais quand tu reviens dans le salon… c’est le bazar. Tu hausses un sourcil, doucement.

« Je peux savoir ce que tu f-… »

Tu commences, avant que ton regard ne soit attiré par le moniteur. Quelque chose est écrit dessus. Un ordre. Une action. Quelque chose à faire. Bref. L'Incontestable qui a frappé. Au début, tu n'y crois pas trop. Tu récupères ton téléphone. Même chose. Tu le repose, en soupirant, puis remets une dread en place.

Puis, le temps que ton esprit process l'information... tu finis par froncer les sourcils. Tu trouves la demande… simpliste. Voire idiote. Faire une cabane de coussins et dormir dedans ? Tu tournes la tête vers Côme. Qui… semblait commencer à faire cela, en vérité. Tu déglutis. Avant de froncer les yeux.

« Seriez-vous en lien avec la machine, monsieur Gaillard ? Car il semblerait qu’elle sache exactement ce que vous étiez en train de commencer à faire. »

Tu susurres, sur un ton un peu... amusé. Tu te doute bien qu'il n'a pas deviné avant de recevoir l'ordre ce qui allait se passer. Que c'est juste toi qui est en retard. Mais ça te permet d'essayer de relâcher un peu la pression que tu ressens à cause de cette interruption dans votre intimité. Tu inspires, profondément.

« Moi qui voulais aller me doucher… Je t’aide à monter ça et j’y vais. Je ne veux pas t’imposer l’odeur du tabac froid. »

Même si tu ne peux pas entièrement l’empêcher, parce qu’il s’imprègne aussi dans tes dreads et que tu ne peux pas toujours les laver. Et qu’aujourd’hui, bah… c’est pas le jour pour. Tu es, également, ignorant-e du fait que Côme compte faire participer Zephyr à vos… escapades hors de vos chambres nocturnes.

Alors, tu t’approches, pour observer. Bouger le canapé, à la force de tes petits bras – putain ce que c’est lourd, cette merde ! – et tirer un draps que tu fixes dans les plis du meuble, pour l’accrocher. Le tirer, le tendre, l’attacher à une chaise. Puis, tu prends un oreiller… tu l’observes. Souris. Taquin-e. Et finis par le jeter sur ton époux, affichant un air victorieux.

« Plutôt moelleux, ces oreillers. On ne devrait pas trop se ruiner le dos, pour une nuit. »

Jusqu’à ce que tu vois la petite bouille de ton fils qui s’amène, un peu timidement, vous fixe, avant de te demander comment il peut aider, lui aussi. Et, alors que tu fronces les sourcils… tu comprends. Que Côme l'avait déjà embrigadé là-dedans.

« … Oh. »

Oh, monsieur Gaillard. Tu regardes ton époux, un peu sévèrement, avant de soupirer.

« Que cela ne devienne pas une habitude, vous deux ! »

Tu susurres, doucement, les poings sur les hanches.

« Bon. Je vais me doucher. Vous voulez mettre un dessin animé, avant de dormir ? Attention, c’est exceptionnel ! »

Zephyr semble pétiller, tout à coup, avant d’hocher du chef, un sourire partant de l’oreille droite et arrivant à l’oreille gauche. Tu soupires. Ton fils est ton point faible, tu le sais…

« Bien. Je te laisse le choisir avec Côme. Je reviens. Soyez sages, hein ! »
Eurydyce Gaillard
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Juillet 2114 – ft. Dixie

La stratégie de Côme est simple : entamer la construction de la cabane le plus vite possible, de façon à ce que quand Eurydyce se retourne, le salon ne ressemble pas à un champ de bataille mais à la promesse d’une belle nuit. Ainsi, toute leur petite famille participerait non par obligation mais par envie. Ce serait nettement plus agréable. Côme a de beaux souvenirs des nuits passées dans le salon de Malo, sous ce même genre de cabane, et bien qu’il ait quelques vingt ans de plus, il est convaincu qu’il pourra retrouver certaines des sensations et des joies de ces épisodes.

Tout cet effet de surprise pourrait être gâché si Eurydyce est face au salon ou a déjà vu son téléphone mais Côme est tellement enthousiasmé par cette entreprise, il s’y projette tellement qu’il en a presque oublié que c’était un ordre pour croire qu’il en était à l’origine. Donc Dixie ne devrait se douter de rien, n’avoir aucun moyen d’être prévenue. Et heureusement, le destin, malicieux, a bien fait les choses. Quand Eurydyce se tourne et le temps que l’ordre fasse son chemin dans son esprit, la literie est en tas au milieu du salon, les chaises sont déjà tirées et le point de non-retour est largement dépassé.

- C’est mon côté devin. Magicien, même, répond-il à la blague avec un clin d’œil.

Il a peur une seconde mais finalement, Dixie se joint à lui. Ils bougent ensemble le canapé pour pouvoir avoir plus de place derrière le dossier et pendant que l’un s’occupe du couchage, l’autre tend le toit-drap. Ils semblent bien coopérer, sauf que… sauf qu’alors qu’il exécute très sérieusement sa tâche, il se fait bousculer par un jet d’oreiller. Outré, il se tourne vers Eurydyce, qui le fixe avec un air tout fier.

- Moelleux, vraiment ? Tu les as bien essayés ?

Mais alors qu’il s’apprête à lui rendre la pareille, Zephyr fait son retour. Il avait disparu quelques minutes, sans doute occupé à les aider comme il pouvait du haut de ses trois pommes. Apparemment, son parent n’avait pas compris que le petit garçon était lui aussi impliqué dans cette histoire, mais Côme ne comprend pas bien d’où vient l’air un peu irrité.

- Je ne nous imaginais pas faire ça sans lui, se justifie-t-il mollement, incrédule.

Mais non, ça ne deviendra pas une habitude, a-t-il envie d’ajouter. Être un beau-papa gâteux, c’est une chose, mais il sait que c’est une attitude qu’il faut doser, sous peine de perdre toute autorité sur Zephyr et beaucoup de la confiance d’Eurydyce. Et en attendant, c’est bien Eurydyce qui propose de prolonger encore la soirée en lançant un dessin animé. La preuve, sans doute, que le programme de leur soirée commence à l’inspirer.

- Bien, alors, qu’est-ce que tu aimes, comme dessin animé ?

- La maison de Mariko ! s’exclame immédiatement Zephyr en levant les deux bras en l’air.

Le titre parle à Côme, mais il n’a jamais vu ce film d’animation. Il est destiné aux enfants un peu plus âgés que Gen mais bien plus jeunes que lui. Mais connaissant le studio Ghibli et son succès qui ne se dément pas depuis plus d’un siècle, il s’agit certainement d’une œuvre joliment poétique et de très bonne facture. Il ne dit pas non à la découvrir avec le reste de son foyer.

- Alors va pour La maison de Mariko, acquiesce-t-il.

Il prépare le lancement du film, de façon à ce qu’il n’y ait plus qu’à appuyer sur une touche quand leur petit public sera au complet. À côté de lui, sur le canapé, Zephyr est déjà assis sagement, tout droit, comme tout enfant à qui on a appris que quand on veut quelque chose, il vaut mieux être bien sage pour l’obtenir. Il ne peut cependant contenir un grand bâillement, rappelant qu’il est déjà tard.

- Hmm, tu es sûr que tu ne veux pas aller au lit, finalement ? Enfin, dans le lit-cabane ?

- Nan !

Bien sûr que non. Un enfant de cet âge ne va pas renoncer si facilement à un dessin animé. Mais c’est l’occasion rêvée pour

- Tu l’as déjà vu combien de fois, La maison de Mariko ?

- Juste deux fois. Pam a pas voulu que je le regarde, l’autre week-end.

- Il y avait sans doute une bonne raison. Et tu as déjà vu Une drôle d’histoire de lutins ?

- Ouiiiii ! J’ai bien aimé aussi. Mais pas autant que La maison de Mariko.

Tout le temps de la douche d’Eurydyce, Côme converse comme ça avec le petit garçon. Si durant leur temps en cuisine, c’est lui qui s’est fait interroger, il profite du fait que le garçon soit trop fatigué pour jouer les enquêteurs pour le questionner à son tour. Il essaie de noter mentalement les petits détails qu’il apprend ou croit déceler chez lui, même s’il sait qu’il en oubliera la moitié aussi sec…

Quand Eurydyce revient, ils en sont à ses copains et copines d’école – surtout des garçons, parce que les filles, c’est nul, même si c’est tout pareil que les garçons. Côme se décale légèrement sur le canapé et tire Zephyr vers lui pour lui laisser une place de l’autre côté de l’enfant. L’odeur de son savon ne camoufle pas tout à fait celle du tabac mais l’enveloppe assez pour qu’il ne rechigne pas à l’idée de dormir à ses côtés. D’ailleurs, il devrait peut-être y aller aussi, avant de s’effondrer… mais il n’a pas envie de rater le dessin animé, ou du moins, ce moment partagé. Il ira juste avant le coucher.

- On t’attendait pour commencer, annonce-t-il à Eurydyce qui s’installe.

Apparemment, quelqu’un d’autre ne veut pas rater le film. K7, qui avait dû aller se cacher dans un coin quand le grand chambardement a commencé dans le salon, réapparaît soudain. La langue pendant, son petit bout de queue battant frénétiquement, il lance à son maître le regard humide de la pauvre bête qui a besoin qu’on la prenne dans ses bras.

- Non, pas de canapé, affirme Côme en lui faisant des grands yeux.

K7 essaie encore de l’amadouer quelques secondes mais finit par se coucher au pied du meuble, face à la télévision, comme comprenant la suite du programme.

- Allez, on est partis ?

Un appui sur la télécommande et les premières notes d’un doux générique sont lancées.

Yyc

Côme Gaillard
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Le moment de complicité avec Côme a quelque chose de déroutant, malgré tout. Mais tu es certain-e que tu as esquivé à une contrattaque d’oreiller, par un miracle appelé « ton précieux » - ton fils, ta bataille, fallait pas qu-… ahem. Bien sûr, qu’il ne vous voyait pas faire cela sans lui. Cela aurait été une trahison infâme que de laisser Zephyr de côté, en vérité. Et tu en as bien conscience.

Bref, tu files direction la douche pour essayer d’être moins insupportable à l’odorat de ceux qui vont partager tes… oreillers, aujourd’hui. Enfin, cette nuit. Tu essaies même de nettoyer tes dreads pour virer au maximum l’odeur. Mais le tabac, c’est une de ces odeurs insupportables qui vous collent à la peau. Au corps et au cœur. Peut-être que tu devrais essayer d’arrêter. Non. Tu balaies cette idée de l’esprit. Ce n’est pas le moment. Non, plutôt… tu n’es pas prêt-e.

Tu finis ta toilette, te brosse les dents, avant de te rendre compte que tu n’as pas pris de vêtements de rechanges. C’est donc une serviette autour des hanches et l’autre enrubanée sur ta tête pour contenir le poulpe dreadeux que tu vas dans la chambre pour chercher un t-shirt trois fois trop large et un boxer, que tu enfiles rapidement. Petit passage de nouveau par la salle de bain pour sécher au maximum ta tête – tu détestes dormir avec les cheveux mouillés – avant de revenir, dreads détachées, te tombant sur les épaules de le dos, et que tu t’arrêtes, observant… ta famille, là, sur le canapé, Zephyr en train de jubiler malgré la fatigue, et Côme… qui ne semble pas en mener vraiment plus large. Un sourire vient étirer tes lippes, avant que tu ne t’avances. Côme t’accueilles, te faisant de la place de l’autre côté de Zephyr. Tu viens la prendre, ramenant tes genoux sous toi et accueillant ton fils contre ton flanc. Dans cette position… Tu as presque l’impression que Côme est laissé de côté. Cela te fait froncer les sourcils. Alors, tu attrapes ton fils, le soulève pour te décaler, venir te blottir toi contre Côme et Zephyr sur tes genoux, contre vous deux.

« Cela me fait presque de la peine que ce pauvre K7 reste par terre… »

Tu susurres, en relevant un regard tristounet vers Côme. Mais c’est lui le maître. Et tout comme il ne peut aller à l’encontre de tes décisions pour Zephyr, tu n’outrepasseras pas les siens concernant le chien.

« Allons-y ! »

Tu finis par lâcher. Mais il faut bien avouer que personne ne fait bien long feu. Zephyr s’endort, assez rapidement, bien qu’il ait tenté de lutter de toutes ses forces. Toi aussi, tu piques du nez. Et Côme… eh bien. Tu jurerais presque qu’il dort debout ! Enfin. Assis.

Tes doigts viennent caresser son poignet. Un geste intime, mais pas intrusif, simplement pour attirer son attention.

« Arrêtons là pour ce soir. On le terminera demain. Allons-nous coucher, plutôt. »

Tu susurres, doucement, dans un sourire … paisible. Ca te fait du bien, étrangement.

Tu te soulèves, faisant preuve de toute ta force possible, pour porter ton garçon – qui n’est plus si petit que cela, à ton grand damne, et le mener dans la cabane-lit, pour l’installer, et te poser à côté de lui. Tu attends Côme pour ramener les draps sur, au moins, Zephyr et toi – tu n’aimes pas dormir sans rien sur toi, même s’il fait une chaleur à crever.

Et la nuit est…

Eh bien.

Pas si confortable, mais aurait pu être pire. Par contre, elle a été excellente. Car tout simplement, ça te fait plaisir d’être entouré-e de personnes que tu aimes. Aimer au sens large, bien évidemment. Mais pour toi, c’est ça, une famille. Ton fils. Des amis. Une personne avec qui tu as, malgré tout, de la complicité – en mettant de côté l’InCONtestable, comme diraient certains.

Tu te réveilles en premier-e. Courbaturé-e. C’est qu’elle vieilli, cette carcasse. Et ce n’est pas parce que tu la remets au sport qu’elle le vit bien de ne pas dormir dans un bon lit. Tu embrasses ton fils sur le crâne, qui soupire dans son sommeil, avant de te glisser en dehors de là… et attraper ton téléphone pour prendre en photo le spectacle. Côme encore endormi, avec Zephyr non loin. Et… K7, qui dort à l’entrée de la cabane. Attendri-e, tu veux encrer ce moment dans tes rétines. Et dans ton téléphone, du coup.

Puis, tu te décides à préparer le petit déjeuner, le plus discrètement possible, pour quand les Zhommes se réveilleront…

La suite du programme… eh bien. Elle sera à discuter avec eux. Peut-être une balade au parc ? Ou alors… pourquoi pas une journée à Disney ? Hmm. Ca, ça va dépendre d’à quelle heure ils se réveillent.
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Côme ne doute pas que le film soit de bonne facture mais il doit bien l’avouer, il ne peut surpasser la fatigue et les émotions accumulées ces derniers jours. Les corps de Zephyr et de Dixie lovés contre lui diffusent une douce chaleur, ainsi qu’un calme contagieux. Depuis la faible prise de défense de K7 par Eurydyce et le lancement du film, ils ont à peine prononcé quelques mots. Non pas que ça lui déplaise : les présences à ses côtés lui suffisent à adoucir sa soirée. Il se surprend à dodeliner de la tête, se réveillant en sursaut quand sa tempe rencontre le sommet du crâne de Dixie. Une fois. Deux fois. Puis quand des doigts viennent délicatement effleurer son poignet. La proposition d’aller se coucher arrive à point nommé.

- cTrès bonne idée ! approuve-t-il avec un grand bâillement.

Il s’apprête à soulever Zephyr mais son parent semble mettre un point d’honneur à s’en charger personnellement. Côme surveille du coin de l’œil, prêt à intervenir sir le petit fardeau se révèle trop lourd mais il arrive à bon port.

- Je passe à la salle de bain et je vous rejoins. Ne m’attends pas, je me ferai discret.

Mais à son retour, après une douche express et le lavage de dents réglementaire, Eurydyce a encore les yeux grands ouverts et ne finit de rabattre le drap que quand il s’est allongé à son côté.

- Bonne nuit, chuchote-t-il peu avant de fermer les yeux.

Il pensait trouver le sommeil rapidement mais il doit avouer que leur couchage de fortune n’est pas des plus pratiques… Il tâtonne un moment à essayer de placer des coussins correctement sous son dos, de façon à soutenir où il faut et ne pas appuyer où il ne faut pas. Quand enfin il finit par trouver une position confortable, là, effectivement, il ne fait plus long feu.

Il se réveille au son de la vaisselle qu’on sort des placards. Ce n’est pas le fracas d’une maladresse ou de l’indifférence pour le sommeil d’autrui, juste une petite musique pleine de précautions et de tendresse. Elle ne suffit pas à le réveiller complètement. Pour cela, il faut que des odeurs de petit-déjeuner lui caressent les narines, pendant qu’une tête aux cheveux soyeux vient se caler sous son menton. Il laisse échapper un petit gémissement satisfait. Mais soudain, son esprit endormi réalise un détail : ce ne sont pas les dreads de Dixie qui peuvent le chatouiller ainsi ! Et en effet, en ouvrant les yeux, c’est le sommet du crâne de Zephyr qu’il découvre. Les souvenirs de la soirée lui reviennent au compte-gouttes, appuyé par un élancement dans le bas de son dos. Son gémissement de plaisir de la minute précédente se transforme en petit geignement.

Bougeant avec précautions pour ne pas réveiller le garçon, Côme se redresse et sort de la cabane, pour s’étirer en grognant. Il n’a plus l’âge pour ces conneries… Il a retrouvé la joie de cette proximité particulière, mais niveau sensations… celles des coussins qui roulent, qui glissent, qui viennent forcément se nicher n’importent où et surtout où il faut pas… ses vieux os ne sont plus aussi à même de les encaisser.

Grommelant contre lui-même et contre cette idiote de machine qui les a bien roulés dans la farine, il s’avance vers la cuisine et l’origine des bruits et odeurs qui l’ont poussé à cet élan de courage que de se lever avant 10 h le week-end.

- Ça sent bon, qu’est-ce que tu nous fais ? demande-t-il à voix basse. Je peux t’aider à quelque chose ?

Son sursaut de bravoure est déjà presque épuisé et il serait tenté de se laisser tomber sur une chaise du comptoir pour comater, mais après sa tirade de la veille sur le genre, la répartition des tâches et tout cela, il ne se voit pas se contenter de se mettre les pieds sous la table.

- Pour Zephyr, j’ai pas de poisson, il me pardonnera ? À moins que toi, tu y aies pensé ? Mais j’ai des céréales.

Il sort une boîte de pétales au chocolat du placard mural près du frigo.

- Il prend du lait ?

Lui, de toute façon, il en boira, donc il sort la bouteille et la pose sur l’îlot, près de la vaisselle. Tant qu’il n’aura pas trouvé de vraie bonne boulangerie dans le quartier, pour se faire des tartines avec du vrai bon pain, il en restera aux céréales, comme les enfants – mais avec un café quand même, puisque son âge lui donne l’avantage de choisir à quel point il retombe en enfance. Et un jus de fruits, parce qu’il a toujours cru son père quand il lui disait qu’il faut des vitamines le matin.

Les préparatifs terminés, il se permet enfin de s’asseoir, un coude sur le comptoir et le regard tourné vers leur abri de la nuit. Zephyr y a encore bougé et prend maintenant toute la place disponible. K7 ronfle toujours tranquillement à ses pieds.

- On le laisse dormir, non ? On n’est pas pressés, aujourd’hui. Enfin, sauf si tu avais quelque chose de prévu ? Moi, je verrais plutôt quelque chose de tranquille, entre nous…

Yyc

Côme Gaillard
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Tu sursautes un peu, sans le vouloir, en entendant la voix de Côme, avant de te tourner vers lui en soupirant de soulagement. Tu ne sais pas qui ça aurait pu être d’autre, en vérité. Tu ne l’as juste pas entendu se lever et il t’a surpris-e. Rien de grave. Et puis, tu rougis un peu.

« Aaaah. Rien de bien compliqué en fait. Enfin… c’est peut-être trop occidental. Mais j’ai fait du lard, avec des œufs brouillés. Il y a du riz, dans le cuiseur. Du café de prêt. »

Tu susurres, doucement, avant de tourner la tête vers lui pour lui sourire, doucement. Puis, tu observes déjà ce qui a été cuisiné, tout en écoutant les propos de Côme.

« Oh… ne t’en fais pas. Je suis certain-e qu’il sera ravi de s’en passer. »

Tu rétorques, doucement, avant de servir une assiette à ton époux, lentement.

« Il prend du lait avec ses céréales. Tu peux le lui mettre dans un bol ? Je lui ferais chauffer au micro-ondes quand il sera réveillé. »

Tu réponds, en te servant une assiette à toi, également, avant de te faire craquer le dos pour t’installer pour picorer, du bout des doigts, attrapant des morceaux pour les glisser entre tes lippes. C’est samedi, tout est permis ! Tant que ton fils ne te voit pas.

« Je réfléchissais à peut-être vous embarquer tous les deux à Disney. Mais … je crois que tu subi le contrecoup de notre nuit dans un non-lit et quand je vois Zephyr dormir ainsi… j’ai bien l’impression qu’il a besoin de se reposer, lui aussi. »

Enfin, tu plantes ton regard sur ton mari.

« Je suis désolé-e, d’ailleurs… je ne sais pas ce que tu donnes, en quelle quantité et comment le matin à K7, si tant est que tu lui donnes quelque chose ? En tout cas, sache que j’ai résisté à ses yeux de chat potté pendant que je faisais cuire le lard ! Il n’en a pas eu ! Mais ce fut difficile. »

Tu confies, en faisant la moue, avant de rire, doucement.

« Je me disais… sinon… qu’on pouvait aller au parc, tout ensembles, pour promener ton… notre ? Compagnon à quatre pattes ? Peut-être faire le tour du quartier correctement pour repérer des petits commerces ? »

Tu aimes bien tout ce qui est boulangerie, aussi. Et puis... les papèteries. Les petites boutiques, tenues par des passionnés. Tu finis par sortir des baguettes et des couverts, ne sachant trop comment il préfère prendre son petit déjeuner. Toi, pour une fois, tu vas reprendre la fourchette pour enfourner tes œufs brouillés. Mais clairement, tu lâches pas trop ton idée. Pas forcément pour ce week end, du coup mais…

« … mais ça te plairait, toi, qu’on aille tous les trois à Disney ? »

Tu susurres, doucement, un peu penaud-e. Tu sais qu’il y a des gens qui n’aiment pas les parcs d’attractions. Ou tout simplement les lieux bondés de gens. Est-ce que c’est son cas ?

« Je n’ai encore jamais eu l’occasion de l’y emmener. Je pensais que… ce serait le bon moment ? Qu’il est assez grand pour pouvoir en profiter ? Alors peut-être pas ce week end, hein. Ce week end, je crois qu’on va tous les deux vouloir reposer nos dos – tu voudras un massage, plus tard ? Une sieste en même temps que Zephyr, dans l’après-midi ? »

Après tout, vous n’êtes pas obligés de faire quelque chose de dingue, non plus.

« … Et puis, de toute façon, Zephyr va absolument vouloir terminer son dessin animé. Ça, je te le garanti. C’est un peu mon fils, quand même. Et quand il a une idée en tête, il ne l’a pas ailleurs ! »

Tu ris, doucement, souris, tendrement. Cet instant, il est… naturel. Tu es naturel-le. C’est rafraichissant…
Eurydyce Gaillard
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Juillet 2114 – ft. Dixie

Finalement, le menu proposé par Dixie paraît à Côme plus alléchant que son bol de céréales, et il n’en a servi qu’un bol – et résiste à l’envie d’en boire une lampée à la bouteille ; ils en sont à un stade où il faut encore qu’il se tienne à peu près bien. Enfin, à peu près seulement, se dira-t--il avec un sourire, quand il verra Eurydyce manger avec les doigts. Avant cela, il se dit encore qu’il lui faut faire les choses biens, sortir des verres et des couverts pour tout le monde, apporter le riz à table pour en leur en servir à tous les deux avant de s’échouer devant son assiette. La réponse de Dixie à sa question et la mention de ce « contrecoup » lui rappelle qu’il lui manque une chose indispensable : le café. Il se relève pour aller chercher la cafetière délicieusement odorante et chaude, sans cesser de l’écouter. Il ricane en l’entendant parler des yeux de chat potté de K7, il imagine tellement la scène…

- Félicitations ! Quelle preuve de volonté ! commente-t-il, sans ironie. Effectivement, il ne mange pas le matin.

Il revient s’asseoir, prenant le temps de réfléchir à sa réponse. À sa formulation, surtout.

- Je pense que ce n’est pas le bon moment pour Disney, en effet. Pas après une nuit pareille.

Eurydyce insiste un peu, mais il ne peut pas lui en vouloir.

- Je suis pas sûr que ce soit le bon moment, justement. Le déménagement, cette nuit en cabane… Si on enchaînait tout de suite sur Disney, j’aurais peur qu’il prenne cette nouvelle vie comme… comment dire… comme des vacances ? Au sens, quelque chose de pas sérieux, un grand jeu… Ce serait pas mieux qu’il prenne ça trop au sérieux, bien sûr, faut le dédramatiser et tout mais… Sans tomber dans l’autre extrême, quoi. Mais dans quelques temps, oui, ce serait avec plaisir.

« Tes idées de sieste et de massage, par contre, je vais les accepter avec plaisir.

Il fait mine de trinquer avec son mug de café, mais manque de le renverser quand la blague d’Eurydyce le fait éclater d’un bref rire.

- Je n’en attendais pas moins de M. Zephyr Chevalier !

Il s’interrompt soudain.

- Enfin… Si c’est le nom qu’il utilise ? Il porte peut-être celui de son père ?

Il regrette sa question à l’instant où la pose. Elle est trop sérieuse pour être posée comme ça de bon matin. Mais trop tard. Et puis, c’est juste le nom, ils n’ont pas besoin de partir dans les détails.

- En tout cas, moi aussi j’ai bien envie de voir la fin du film. Je veux savoir si la maison de Mariko est vivante, ou hantée, ou si une petite créature se cache dans ses murs. Ce sera la récompense bien méritée après la promenade, hein ? Moi non plus je n’ai pas encore fait le tour du quartier, en dehors de mes promenades avec K7.

Son compagnon à quatre pattes, jusque-là toujours couchée en grenouille devant la cabane, redresse soudain la tête à la mention de son nom. Et le voilà qui trottine jusqu’aux pieds de son maître. Peut-être est-ce une sorte d’horloge interne partagée avec la boule de poils – il paraît que les enfants et les animaux peuvent avoir une connexion particulière – ou juste le bruit des griffes cliquetant sur le sol, mais Zephyr se réveille aussi à ce moment-là.

- Coucou, bonhomme, alors que K7 va inspecter sa gamelle – on sait jamais, sur un malentendu...

Le garçon se frotte les yeux et prend quelques secondes pour comprendre où il se trouve avant de se traîner à quatre pattes hors de leur abri. Les paupières encore lourdes, il se dirige vers la cuisine comme au radar, guidé par les odeurs ou les bruits.

- B’jouuuuur, bafouille-t-il.

- Bonjour, répète Côme, sur qui il se cogne presque, en lui passant la main dans les cheveux. Tu as bien dormi ?

Zephyr n’arrive toujours qu’à entrouvrir les yeux mais il lâche un grand sourire et hoche la tête avec enthousiasme.

- C’était troooop bien ! On peut dormir encore ce soir dedans ?

Un rire jaune échappe à Côme.

- Non, pas ce soir. Si tu fais trop souvent quelque chose que tu aimes, tu ne l’aimeras plus, tu sais ?

- C’est pas vrai ! Je mange souvent du poisson grillé et j’aime toujours ça ! J’aime ça pour TOUJOURS !

Petit malin… Côme a voulu éviter de révéler que son dos et celui de son parent sont la principale cause de son refus, et il s’est fait contredire comme un bleu. Il a peut-être l’air encore endormi mais son esprit est bien éveillé. Côme se tourne vers Eurydyce avec un sourire amusé.

- Tu ne lui as pas transmis que ton entêtement, hein ?

Yyc
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Tu prends un air faussement outré, lorsque Côme te félicite, le fixant.

« … tu oses te moquer de moi ?! »

Tu lâches, avant de rire, doucement. Mais quelque chose dans son ton t’indique qu’il… était sérieux. Sincère, en réalité. Qu’il ne se moquait pas. Qu’il ne faisait ni sarcasme, ni ironie. Alors, tu souffles doucement, gardant un sourire aux lèvres.

« Ce n’est… pas facile. De résister à une bouille pareille. Promets-moi de ne pas user de ce pouvoir, toi, sur moi. Je suis certain-e de ne pas être capable d’y résister. »

Tu lâches, doucement, avant de rire de nouveau à ta propre connerie. Tu continues de manger, doucement. Lentement. Le laissant se servir son café. Avant d’hocher du chef à sa réponse. Il a raison. Tu le sais. Cela ne t’empêche pas de sentir ton cœur se pincer, un peu. Tu déglutis, péniblement.

« Hmn… Je sais bien que tu as raison. Cela n’empêche que c’est moi qui suis déçu-e. »

Tu susurres, en souriant. Mais il a raison. Il a raison. Tu le sais. Tu te le répètes.

« Aaaah. Il va falloir que je pense à autre chose, du coup. Mais tu promets qu’on ira, hein ? Pas maintenant, je sais bien. Mais… on ira, hein ? »

Là, c’est toi qui lui fait des yeux de chat potté. C’est vrai qu’il y a des choses que tu ne lui as pas encore raconté, à Côme. Comme la raison pour laquelle tu serais prêt-e à absolument tout faire pour ton fils. Pour le voir sourire. La raison pour laquelle, parfois, il t’arrive encore de sortir de ton lit en pleine nuit pour te glisser dans sa chambre, l’écouter dormir. Simplement… être sûr-e qu’il est bien là. Toujours là. Que tout n’est pas qu’un rêve de ton esprit malade. Tu le faisais beaucoup, lorsqu’il est né, terrifé-e à l’idée qu’il puisse t’être repris comme… Idris avait été repris. Mais tu le fais moins, ces derniers temps.

Bref. Tu secoues la tête, pour chasser ces nuages sombres qui commençaient à s’accumuler au-dessus de ta tête. Tu clos les yeux, un cours instant, inspire profondément.

« Pardon. Je … peux être chiant-e à faire des fixettes sur certains trucs, parfois, et insister alors que je sais que… je n’ai pas raison, ou quoi. N’hésite pas à me le dire, quand c’est le cas. »

Avant d’hocher du chef. La sieste et les massages, ça te va, en vérité. Toi aussi, ton dos, il a un peu morflé… Et puis, tu l’entends prononcer le nom entier de ton fils. Et sembler confus ensuite. Tu viens poser ta main sur son épaule, doucement, délicate… petite, par rapport à lui.

« Eh. Tout va bien. Tu n’as rien fait ou dis de mal. Et si tu veux vraiment le savoir, tu as raison. C’est bien Zephyr Chevalier. »

Tu susurres, doucement, avant de venir embrasser sa joue. Tu ne sais pas pourquoi. Peut-être ton instinct parental qui se dit que c’est ce que tu aurais fait avec ton fils et que peut-être c’est ce qu’il fallait faire avec Côme. Avant de faire un pas en arrière.

Tu hoches du chef, pour la Maison de Mariko. Avant que Zephyr ne commence à bouger. Se réveiller. Côme prend la parole en premier. Toi, tu attends. Tu le connais. Il a du mal à émerger. Tu assistes ensuite à l’échange. Et c’est extrêmement dur de garder ton sérieux. Mais à la réponse de ton fils, tu ne peux t’empêcher de pouffer de rire. Et d’hausser des épaules, l’air de dire « Eh ! » à ton ami. En souriant. Fier-e de toi. Très, même.

Cependant, tu te décides à reprendre la parole, pour gérer ton garçon.

« Je sais que c’était très sympathique, hier soir, que tu as pu faire des choses qu’on ne fait pas d’ordinaire… mais il faut, justement, que ça reste des choses qu’on ne fait pas d’ordinaire. »

Tu commences, doucement. Mais Zephyr ne comprend pas. Tu souris, t’agenouille pour te mettre à sa hauteur. C’est très important, pour toi, d’être à sa hauteur. Ne pas le prendre de haut – malgré ta petite taille.

« Le salon n’est pas un endroit où on dort. On dort dans une chambre. Dans un lit. Ou dans un futon. Mais pas dans une cabane dans le salon. C’est un coup à risquer de tomber malade. Et prendre de mauvaises habitudes, monsieur Chevalier. »

Il fait la moue, avant de baisser le tête.

« Mais on le refera, Pam ? »

Qu’il finit par demander, doucement. Alors, tu soupires, et souris. Et offre un sourire désolé, d’avance, à Côme.

« On le refera. Parfois. Mais pas tout de suite. Il faut que ça reste exceptionnel, pour que tu puisses apprécier le moment, comme à la première fois. »

Il fait la moue… avant d’hocher du chef et t’offrir un « D’accord ! » confiant. Puis, il vient te prendre dans ses bras. Et tu fermes les yeux, le serre contre toi. Lui murmurant que tu l’aimes. Et lui, de te répondre qu’il t’aime plus encore. Enfin, tu te redresses.

« Aller, viens prendre ton petit déjeuner. Ensuite, tu iras t’habiller, on va aller se promener tous les quatre ! »

Tu lui annonces, doucement. Et il semble… content du programme. Ce n’est pas grand-chose, mais… cela semble suffire à lui faire plaisir. D’être avec toi. Et avec Côme, qu’il semble adopter plutôt… facilement. C’est ton fils, ça… Tu souris, devant le spectacle que les deux hommes t’offrent. Prenant une photo mentale de l’instant.

Le petit déjeuner se termine. Tu vas fumer une cigarette, sur le balcon, avant de passer par la case salle de bains et habillage, pour achever de te préparer pour la balade. Tu aides ton fils à faire sa toilette, avant de laisser la place à Côme. Vous l’attendez, patiemment, en discutant de la Maison de Mariko, avec Zephyr, qui te souligne bien qu’il « aimerait beaucoup voir la fin, parce qu’il ne s’en souvient pas bien ». Ce qui est un mensonge. Mais c’est un petit futé. Et tu fais semblant de tomber dans le panneau, lui promettant que vous regarderez une fois rentrés, avant de passer à table. Vous ne devriez pas vous balader pendant trois heures, non plus. Si ? Baah. Tu verras bien quand tu pourras lui mettre la suite.

Une fois Côme revenu, tu les observes, avant de tendre la main à ton fils.

« On est prêt à aller explorer ? »

Zephyr lâche un petit cri enjoué. Ce n’est pas impossible qu’il soit celui qui décide en partie du chemin que vous alliez prendre. Peut-être. Vous verrez bien…

« En route ! »

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Juillet 2114 – ft. Dixie

Côme sera soulagé de voir qu’Eurydyce le soutient dans son refus de passer une nuit supplémentaire dans ces conditions. Pour son dos, surtout, ainsi que pour l’éducation de Zephyr. Le garçon n’a pas l’air d’un enfant pourri gâté mais il détesterait qu’il le devienne : il adore les enfants sauf quand ils se comportent en petits tyrans. Laisser Eurydyce décider de l’éducation de son fils, oui… enfin, tant qu’elle est compatible avec sa vision des choses, oublie-t-il de se dire. Sa tolérance habituelle, quoi. Heureusement, pour l’instant au moins, ça ne devrait pas poser de problèmes.

Disneyland est compatible avec sa vision des choses, alors il n’a pas hésité à promettre à Eurydyce qu’ils iraient. Il se dit même que ce serait l’occasion d’y emmener Gen : sûr que ça lui ferait plaisir, mais que ce n’est pas leur père qui les emmènerait. Et juste lui et Gen… Ça ne lui a jamais traversé l’esprit, en fait. Il devait se représenter ça comme une sortie à faire en famille, pas en tête-à-tête. Mais les imaginer, tous les quatre, main dans la main, déambuler dans le parc, lui tire un grand sourire.

Heureusement, le naturel avec lequel Eurydyce répond à sa question a fait revivre ce sourire qui a un temps vacillé. Et le baiser qui suit le fixe sur son visage pour de longues minutes. Notamment durant ce fameux échange où Dixie fait preuve de bien plus de diplomatie et de force de conviction que lui. Ce garçon est adorable, peut-être juste un peu trop malin. Il risque de leur en faire baver, d’ici quelques années… Il renvoie son sourire désolé à Eurydyce.

- Viens, assis-toi à côté de Pam, dit Côme en se levant pour lui offrir sa place.

Et il le prend sous les aisselles pour le hisser sur le siège. Lui, il prend le temps d’aller réchauffer le lait au micro-ondes et de pousser le paquet de céréales devant lui avant de prendre place sur le siège de l’autre côté de Dixie. Il avait hésité un instant à plutôt s’asseoir à côté de Zephyr avant d’en décider autrement. Peut-être qu’il n’a pas envie de mettre qui que ce soit entre eux en cet instant, ou quelque chose comme ça. Il finit son petit-déjeuner en discutant de tout et de rien. Et pendant que le garçon continue d’engloutir ses céréales alors que les deux adultes ont fini, Côme se laisse aller à un peu de proximité. Il se penche pour s’adosser sur le dossier de la chaise d’Eurydyce et poser, en toute légèreté, son menton sur son épaule. Il reste crispé un instant, le temps de voir s’il va être repoussé, puis se détend.

Il sifflote tout en rangeant la table, alors que les autres sont à la salle de bain et pendant que lui-même essaie de mettre de l’ordre dans sa tignasse. Il tente même le fredonnement pendant le brossage de dents mais le gargouillement que ça produit n’est vraiment pas artistique, il préfère y couper court. Il reprend un instant, le temps de retourner dans l’entrée. Zephyr a trouvé la laisse de K7, pendue près de la porte d’entrée. Le principal intéressé a bien compris ce que signifie ce geste et il est en train de batifoler autour des jambes du garçon, qui est mort de rire.

- Tu veux le tenir ? propose Côme en s’agenouillant devant lui.

Pendant qu’il attache la laisse de K7 à son collier, Zephyr agite frénétiquement la tête.

- D’accord, alors regarde…

Il est hors de question de laisser un enfant de sept ans seul maître d’une boule d’énergie pareille – façon de parler, parce qu’il ne maîtriserait rien – alors il passe la laisse autour de son propre poignet et l’attrape fermement avant de la pousser vers Zephyr. Celui-ci l’attrape sans se poser de question, ravi du moindre contact, de la moindre illusion de contrôle, et lève vers Côme un regard ravi et fier. Le temps se fige un instant, suspendu… puis Eurydyce tend la main vers celle libre de son fils.

- On est prêt à aller explorer ?

Côme se rend vite compte que « explorer » est le terme approprié. Il ne s’agit pas seulement de se balader et de flâner le nez au vent, ce n’est visiblement pas le genre de Zephyr. Régulièrement, il les devance de plusieurs pas pour aller se pencher sur n’importe quoi ayant retenu son attention, puis il revient leur faire part de ses découvertes, avant de repartir de plus belle. De temps en temps, il fait quelques mètres à leur côté, reprenant appui sur la laisse, à défaut de son contrôle. À plusieurs carrefours, c’est lui qui décide de la route à suivre, même si d’autres fois Côme ou son parent doit le héler pour le ramener littéralement sur le droit chemin.

- Je suis déjà venu jusque-là mais à partir d’ici, c’est le grand inconnu pour moi, confie Côme alors qu’ils arrivent le long d’une grande artère. De l’autre côté, c’est le centre commercial puis la gare, je pense pas que ce soit le plus intéressant. On repart par là ?

Ils longent un peu l’avenue avant de replonger dans les petites ruelles de leur quartier. « Petite ruelle » n’est pas un pléonasme, dans ce cas : deux voitures ne s’y croiseraient pas, voire une seule devrait s’y glisser avec précaution. De minuscules commerces, surtout des restaurants, s’y recroquevillent, presque cachés, incapables qu’ils sont de déborder sur l’étroit passage. À son arrivée dans Tokyo, quand il a découvert cette architecture particulière, Côme a pu se sentir un peu claustrophobe, dans ces passages assombris par la hauteur des immeubles qui les borde, mais aujourd’hui, il trouve l’ambiance presque intime, et il glisse sa main dans celle d’Eurydyce.

Se souvenant de leur dernière rencontre, il laisse échapper un petit rire.  

- Après la Sumida versus la Maine, les petites rues entre immeubles typiquement tokyoïtes versus le centre-ville d’Angers, s’explique-t-il. Mais ça a son charme. Qu’est-ce que tu en dis ?

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Autant dire que Zephyr est honoré par cette responsabilité qui lui est confiée. Et bien qu’il ait très envie de bondir de joie, de laisser libre court à son exaltation, il se contient pour bien écouter et regarder comment il faut faire. Avant de se concentrer, pour tenir correctement ce qu’on lui accorde de tenir. Ce n’est pas bien important, que la tâche ne lui soit pas entièrement confiée. Tu le vois bien. Il reste fier comme un petit Artaban.

Tu souris, heureux-se de les voir bien s’entendre, tous les deux. Tous les trois, même, à vrai dire. Avant de sortir. Le tableau n’est pas habituel pour toi. Mais tu penses… non. Tu en es sûr-e : tu pourrais vite y prendre goût.

Mais tu essaies de te concentrer pour cartographier les lieux dans ta tête. Tu écoutes Côme, observant autour de vous, hochant du chef.

« Je suis allé-e moins loin que toi, je crois bien. Je sais juste qu’on a un konbini pas loin du tout, mais du reste… »

Tu avoues, doucement. Ceci dit, ton attention est attirée par une petite vitrine, dans un coin. Une papeterie, humble, sans prétention, qui t’appelle.

« On peut aller regarder, rapidement ? Je veux juste voir la vitrine. »

Tu fais des yeux de Chat Potté à Côme, avant de sourire et les entrainer à ta suite. Comme promis, tu ne fais que regarder. Et prendre note, mentalement, de passer, plus tard. Parce que tu vois bien des choses qui te plaisent. T’intéressent.

« Hmm. Le centre commercial, c’est bon à prendre en notes, si Zephyr a besoin de fournitures pour l’école ou pour les courses qu’on ne peut pas faire au konbini, comme les croquettes de K7 ? Sauf si tu les commande en ligne, bien sûr. Et la gare… bon, ça, je vois où elle est. »

Tu réponds, en souriant. Tu… aimes bien cette petite balade, en vérité.

« Aaaah… Angers… Je suis sûr-e que si on cherchait au bon endroit, on trouvait des petites rues aussi ! Pas comme ici, bien sûr… et… j’en suis pas certain-e, en vérité. Ca fait… trop longtemps que j’ai quitté la France. »

Tu avoues, tout bas. Des fois, ça te manque. T’as un peu de mélancolie, parfois, en y repensant.

« Tu penses… qu’on pourra s’organiser des vacances en France, un jour ? J’aimerais bien que Zephyr découvre notre pays natal. »

Tu lui confies, doucement, en venant te gratter la nuque. Zephyr qui lève le museau à la mention du mot « vacances ». Tu viens lui caresser la tête, tendrement, en souriant.

« Ce n’est pas pour tout de suite, mon bonhomme. »

Tu lui susurres, alors que vous reprenez votre chemin. Tu es tenté-e, cependant, par l’idée de dégainer ton smartphone pour googler le quartier et voir si y a ce que tu cherches. Ou non. Mais ça couperait un peu court à votre idée d’explorer. Alors, tu te retiens. Et c’est Zephyr qui vous pointe du doigt une direction, attiré par des… graffitis.

« Pam, c’est toi qui les as fait ? »

Te lâche-t-il. Tu souris, amusé-e, avant d’observer l’œuvre. Non. C’est pas toi. Pas du tout, même.

« Non Zeph. Tous les tags ne sont pas de mon fait. Mais si tu veux, je t’emmènerai voir une de mes œuvres, plus tard. »

Ton fils hoche du chef, enjoué à l’idée de pouvoir voir ça. Et peut-être même qu’il s’imagine de pouvoir suivre tes traces et apposer sa pate en couleur sur un mur, lui aussi. Mais ça, c’est hors de question. Pas de fresque avec ton fils dans le coin. Si les flics rappliquent, il y a trop de risques. Ou… si ce sont d’autres personnes. Tu as encore de mauvais souvenirs, avec Hiro… Hiro. Tu espères qu’il va bien. Tu n’as pas eu l’occasion de le revoir, depuis… l’incident. Tu passes souvent à la laverie automatique pour déposer des affaires. Mais tu ne l’as pas croisé à nouveau.

Bref. Tu inspires, profondément, alors que Zephyr et K7 semblent vous entrainer ailleurs, encore. Ah. Oh.

« Pam, regarde ! Une boulangerie ! »

Il te lâche, un grand sourire aux lèvres. Tu sens qu’il a déjà une idée dans la tête. Et tu le comprends. Et tu lèves le museau vers Côme.

« Tu penses qu’ils font du pain… correct ? »

Tu vas pas dire « bon », non plus, faut pas abuser. Tu ris, légèrement.

« Si y a bien un truc qui me manque, de la France… c’est ça. Le pain. Je paierai cher pour une bonne baguette ! »

Et c’est bien vrai, ça. Et puis, vous rentrez. Pour que Zephyr se choisisse une pâtisserie. Et que tu essaies de garder ton sérieux.

« Pain au croissant… ? »

Tu lâches, surpris-e. C’est un pain au chocolat, que tu as devant les yeux. Et définitivement... ce nom… Tu te retiens de rire. Fortement. Pas par méchanceté ou moquerie pure. C'est juste... En France, y a le conflit "pain au chocolat" ou "chocolatine". Visiblement, cette boulangerie a tranché. Tu trouves ça drôle, du coup.
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