Just Married
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« Take me to church. »

14.06.2114



Ce jour là, il l'avait attendu depuis longtemps. Pourtant, en prenant son courrier ce matin, la surprise l'avait foudroyé sur place.


~~~


- Sensei !

Une petite main est levée, la fillette en uniforme scolaire poussant sur sa chaise pour se grandir.

- Comment l'Incontestable peut savoir avec qui on doit se marier ?

Sur le tableau noir sont écrits des caractères parfaitement arrangés dans un discours mainte fois répété et intégré. La façade polie et sans défaut d'un système inquestionnable.

- Et bien, c'est tout simple Sayaka-chan. L'Incontestable a accès à qui nous sommes, et avec cela, il nous trouve la personne qui nous correspondra parfaitement et qui est faite pour nous.

- Comme notre âme sœur ?! S'exclame une autre voix enfantine.
- Exactement.

De son bureau, du haut de ses sept ans, le petit Naoki observe sa maîtresse de ses grands yeux curieux. Lui aussi, aimerait poser des questions. L'Incontestable ne se trompait-il jamais ? Comment pouvait-il savoir qui ils étaient, avec juste cette puce, alors qu'il ne le connaît même pas. Comment ce grand monsieur omniscient drapé de mystère pouvait-il bien écouter tous les japonais en même temps afin de décider lesquels devaient être mariés ?
Confus, son visage aux joues rondelettes se renfrogne, mais sa main reste baissée jusqu'à la fin de la classe.


~~~


- Okasan ! Ne, Okasan !

Ses menottes s'agitent dans un récipient de riz cru, que le garçon lave avec soin.

- Qu'y a t'il, Nao-kun ?
- Otosan et toi, vous êtes des âmes sœurs ?

La jeune femme aux cheveux noirs s'interrompt dans la coupe de ses légumes, ayant pendant une seconde imperceptiblement resserrer le manche de son couteau.

- Pourquoi tu me demandes ça, mon chéri ?

Un sourire doux étire ses lèvres alors qu'elle reprend sa préparation.

- A l'école, sensei a dit que ceux qui sont mariés par l'Incontestable sont des âmes sœurs, comme dans les histoires.

Le son de la lame résonne sur la planche en bois. Ce jour là, sa mère ne l'avait pas regardé.

- Si ton enseignante a dit ça, c'est que c'est la vérité. Les professeurs disent toujours la vérité, tu le sais, n'est ce pas ?

Le bambin hoche la tête, un grand sourire éclairant son visage.

- Hm ! Moi aussi quand je serais grand, je me marierai avec mon âme sœur alors ! Comme Okasan et Otosan !

Une main douce et maternelle se pose sur la tête onyx ébouriffée. Elle ne dit rien, mais au fond d'elle, elle espère que ce vœu ne se réalisera pas.


~~~


Les longs doigts du jeune homme font tourner l'enveloppe rose entre eux. Immaculée. Encore cachetée. Assis à la petite table de sa pièce de vie, Naoki triture la missive en la fixant intensément. A cette heure, il était normalement déjà parti pour le travail, mais les circonstances lui ont permis de poser quelques jours le temps de s'occuper de son déménagement. Son responsable, qu'il avait eu au téléphone dès qu'il avait aperçu le papier rose dans sa boîte aux lettres, était absolument ravi de lui accorder ces congés spéciaux que son entreprise mettait à disposition des employés.

"A votre tour de contribuer à la nation, Hasegawa-san ! Félicitations !"

Ces mots avait conclu leur appel, alourdissant un poids invisible sur ses épaules.

L'enveloppe rose est désormais posée sur le bois de la table. Ouverte, mais contenant toujours la missive inconnue. Naoki expire, surpris lui-même de la tension que lui procure un simple bout de papier. Après tout, la lettre était là, imprimée. Rien dans cette attente ne ferait changer les caractères encrés sur l'annonce.

Il avait longtemps attendu cela, n'est-ce pas ? Pourtant, face à la réalisation que ce jour est effectivement là, il se retrouve incontrôlablement nerveux. Pourtant, il était prêt. Il était même impatient. Cette nouvelle allait changer sa vie, allait changer ce quotidien qu'il détestait tant.

Fébrilement, il se saisit de la lettre, la dépliant avec soin presque comme s'il était un espion ne devant laisser aucune trace. Puis il repousse sa monture sur son nez, ses longs cils papillonnant contre le verre alors que ses iris parcourent les lignes noirs.

Jun Tsuyu.

C'est ainsi que s'appelle son épouse. Sa femme. Sa nouvelle famille. C'est un joli nom, pense t'il alors qu'il sent son cœur s'emballer. Avoir le courrier officiel ainsi inscrit sous les yeux lui fait réaliser à quel point tout ceci est réel. Imminent. Incontestable.

Jun.

Ses pensées se dirigent immédiatement vers cette inconnue. Qui est-elle ? Comment est-elle ? Allaient-ils s'entendre ? Comment se sent-elle, à cet instant, devant son nom sur sa propre lettre ? Est-ce qu'elle se sent aussi chamboulée que lui pour cette nouvelle ?

En un sens, il se sent soudain connecté. Comme si ce duo d'enveloppe était un lien qui unissait désormais ces deux individus. Les liens sacrés du mariage. Jusqu'à ce que la mort nous sépare.

Le fil rouge du destin reliant l'auriculaire de deux âmes sœurs.

Le salaryman prend une inspiration, puis se lève. Il a des cartons à faire, un appartement à rendre et des démarches administratives à boucler.

Aveuglé, il ne s'est même pas questionné sur son changement de patronyme. Inconsciemment, c'est un détail qu'il ne souhaitait pas voir.


~~~


Dès le surlendemain, il se retrouve devant les portes de l'immeuble qu'il va désormais habiter. Il en possède les codes d'accès, mais une hésitation le prend au moment de pénétrer.

Et si elle était déjà là ?

Son palpitant s'accélère, sa main sur la porte. Il est prêt à la voir, celle qui partagera sa vie, celle qu'il peut dire sienne, celle qui...

... N'est pas là.

L'appartement est vide, il n'y a pas âme qui vive. Cette touche de déception est vite remplacée par l'appréciation du lieu de vie. Il est spacieux et lumineux, rien à voir avec le petit studio miteux dans lequel il vivait. Le comptable est aussi ravi d'y voir de la verdure ainsi qu'un balcon, passant de nombreuses minutes accroupi devant des jardinières.

Finalement, le tour de l'habitation termine d'apaiser ses nerfs, et il se sent à nouveau réfléchir un peu plus calmement. Sa future épouse n'est pas encore arrivée, et pourrait débarquer d'une minute à l'autre. Peut-être pourrait-il rendre leur foyer un peu plus confortable pour elle, afin de l'accueillir ?
C'est ainsi que le salaryman se retrouve à s'organiser avec les déménageurs afin de réceptionner ses cartons, puis faire des courses pour pouvoir remplir les placards et le frigo. Ce n'est que lorsque les provisions sont toutes rangées qu'il s'autorise à souffler un peu. La journée touche à sa fin, et Naoki laisse ses doigts effleurer le plan de travail de la cuisine totalement équipée. Une sorte de nostalgie l'étreint, le souvenir de son temps passé avec sa mère à préparer les repas se calant dans ses rétines comme un voile altérant sa réalité. Il se rappelle de sa voix, des mélodies qu'elle murmurait au rythme du bouillon dont le fumet emplissait la pièce.

Il pince les lèvres, et quitte la cuisine pour prendre son manteau afin d'aller trouver de quoi manger à l'extérieur, dans un bouiboui du quartier. Cela lui donnera l'occasion de faire du repérage.
© PAN
Naoki Tsuyu
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. : . 15/06/2114 . : .
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La brume est là. Partout. Autour de moi. En moi. Épaisse. Poisseuse. Malodorante. Insidieuse, elle enserre chacun de mes membres, tel un amas de serpents invisibles. Chaque seconde qui passe permet à leurs anneaux de m’étouffer progressivement. Pourtant, je n’ai pas envie de bouger. À quoi bon ?... Inerte et aphasique, j’inspire longuement cette odeur répugnante à laquelle je suis habitué depuis plusieurs années. Je dirais même que, à la moindre contrariété, je m’en repais, comme si cela pouvait me permettre d’effacer, voire de faire disparaître chaque chose jugée négative. Hm… Si seulement c'était réellement possible, le monde entier aurait clairement une dépendance au tabac !... En attendant, on peut presque dire que je joue les souris de laboratoire en enchaînant les tubes depuis hier après-midi. À ce stade, le brouillard hantant la pièce doit certainement agir comme une seconde peau…

Bien sûr, mes travers n’ont pas porté uniquement sur mon envie de fumer… Si j’en juge les nombreux cadavres au pied du lit ou disposés de-ci de-là dans la pièce, je suppose qu’un œil extérieur pourrait cocher la case alcoolisme ? Inspiration bruyante, suivie d’une toux rauque. D’un mouvement de bassin, mon corps se détourne du plafond pour pivoter vers la chambre d’hôtel. Mince… Cette fois-ci, c’est clair, j’ai vraiment abusé sur la bouteille !... De coutume, je bois surtout pour accompagner mes proches, profiter d’une fête ou simplement par plaisir. Je fais partie de ceux qui apprécient un verre de temps en temps, mais qui peuvent aisément s’en passer pendant plusieurs jours... Disons surtout que cela dépend des gens avec qui je suis. Toutefois, si l’on passe outre quelques soirées où j’ai sérieusement déconné malgré ma bonne résistance, je bois généralement en quantité modérée… Ces dernières heures, il semblerait donc que j’ai totalement fait défaut à mes principes… Cela me peine, car je ne me reconnais pas… Mais, merde ! Vues les circonstances, j’ai le droit ! Le premier qui me tanne à me faire la leçon a intérêt à dégager fissa !

N’en déplaise à mon psy’ ayant essayé (en vain) de me joindre, j'ai besoin de ce temps de noyade. D'être en tête-à-tête avec moi-même. Faire le point seul. Toucher l'extrême, puis trouver la force ou, dans le cas présent, des œillères, pour rebondir. Tel un animal ayant un besoin de solitude pour panser ses plaies, je m'isole et me coupe du monde.

Mes ébènes effleurent soudain ma Songbird. Celle-ci repose sur le lit, comme si elle était la personne avec qui j'ai passé la nuit... Ce qui est plus ou moins vrai. Oh, le résultat n'a pas toujours dû être agréable… Surtout une fois complètement torché ! Mais, dès mon arrivée, mes doigts ont parcouru les cordes et ont permis à ma tension d'être projetée sur quelque chose de plus sain que la spirale d’excès ayant suivi. En revanche, je n'ai pas encore mis de pied dans mon atelier… Je sais que je détruirais tout ce que je touche, avant même d'avoir envie de construire ! Comme je l'ai un jour expliqué à Hanz, il y a un temps pour tout. Actuellement, mes pensées sont trop en vrac pour fabriquer quelque chose sans avoir envie de directement le balancer à l'autre bout de la salle ! Or, je préfère éviter de céder à la violence. Certes, je suppose que me murger et avaler de la nicotine en fixant un mur n'est pas mieux… Qu'on peut même parler d'autodestruction… Mais, honnêtement, je m'en fous ! Chacun réagit comme il peut. Et, sur l'instant, c'est ce dont j'ai besoin…

Agir avec lenteur pour éviter de le regretter. Doucement, ma carcasse se redresse en repoussant les draps froissés. Aussitôt, ma tête chancelle, tandis que mon crâne menace d’exploser. Les secondes s’envolent. Guidés par un automatisme, mes onyx dérivent succinctement sur l’écran de mon téléphone. Les notifications sont légion. Cela m’impressionne tellement que je n’ose pas regarder le nombre exact d’appels ou de messages, ni le nom des correspondants… Égoïstement, j’opte donc de nouveau pour l’ignorance. Tremblantes, mes mains me propulsent délicatement du matelas et j’entreprends d’aller me rafraîchir le visage. Hélas, à peine ai-je commencé à progresser que mes organes se manifestent, bien déterminés à se venger des excès subis. Paniqué, je me rue jusqu’à la salle de bain où je m’enferme de longues minutes, les lames au coin des yeux…

Une heure plus tard, me voilà négligemment appuyé à la fenêtre de la chambre, les mirettes orientées vers le vide. D’ici, les gens sont minuscules… Ils représentent assez bien ce que l’être humain est à la Terre : un insecte. Sauf que pour nous, bénéficiaires de la puce, la Reine n’est autre qu’une fichue machine…
Bordel ! Je n’ai pas réellement de griefs à l’encontre d’un mariage…
J’aurais simplement souhaité de plus de temps !
Je ne suis pas prêt… Tellement pas prêt…
Insidieux, les sanglots raclent ma gorge. Le sel glisse de nouveau sur mes joues.
Les paumes placardées sur mes cils humides, je me laisse alors brutalement tomber sur le lino.
Qu'est-ce qui me poussait à croire que le destin m’épargnerait ?
Pourquoi ai-je cru être aussi intouchable que mes amis ?
Que vais-je faire si je ne peux plus passer du temps avec mon père et Inaya ?!
Comment rendre quelqu’un heureux, alors que je lutte quotidiennement pour ma stabilité ?
Je ne suis pas prêt… Tellement pas prêt…


Take me to church. 2600


Cette rengaine, je me la répète en boucle depuis hier matin. Pendant que ma famille travaillait, j’avais bloqué ma matinée pour effectuer quelques courses et pour nettoyer toute la maison. Motivé, je m’étais même levé plus tôt, afin de préparer thé et café à mes proches ! Quel hasard… C’était comme si une maudite intuition m’avait soufflé que c’était la dernière fois que ça arriverait... Une fois la maisonnée partie bosser, je m’étais donc retroussé les manches, jusqu’à ce que tout brille ! Puis, satisfait, j’étais tranquillement allé faire la relève du courrier. C’est à ce moment-là que le séisme a commencé…

Elle m’attendait sagement dans la boîte aux lettres. Rose. Estampillée et datée par le gouvernement. Sans mauvais pli ou froissement dû à un bourrage dans la boîte aux lettres. Impeccable. Un courrier parfait. Dans une couleur rappelant le romantisme, la pureté, la fidélité et la candeur. Sur le coup, j’ai exécré cette teinte, alors qu’elle est présente dans ma garde-robe… La situation me révulsait.

Comme beaucoup de sceptiques, j’ai cru à une farce. C’en était une, n’est-ce pas ? Un coup d’Aki ou des Restless Yell, lassés que je n’affiche toujours aucune attirance pour qui que ce soit, alors que la trentaine s’approche ? Candide, je me suis persuadé qu’il s’agissait d’une blague de mauvais goût pour me tester ou d’une caméra cachée. Avec un air glacial et irrité, j’ai dardé des œillades assassines tout autour de moi. Décryptage du moindre mouvement… À l’affût, je me suis bien attardé sur les véhicules garés ou les bâtiments environnants. Je veillais au grain, au cas où une silhouette sorte de sa cachette et m’annonce, la bouche en cœur, que tout ça n’est qu’une vaste fumisterie ! Malheureusement, plus les secondes passaient, plus j’ai dû me rendre à l’évidence : la grande loterie japonaise avait tiré mon nom…

Dès lors, mon cerveau s’est mis en pilote automatique. Avant de prendre une réelle décision, j’ai rédigé un mot pour mon père et Inaya. Laissé en évidence, je savais qu’ils le trouvent dès leur retour. Sur ce papier griffonné à la hâte, j’ai expliqué que j’avais besoin de m’absenter une bonne journée en raison de l’arrivée de la missive rose. Il ne fallait pas qu’ils s’inquiètent si je n’étais pas disponible. J’avais besoin d’être seul. En outre, je leur avais assuré que je reviendrai dès le lendemain, en fin d’après-midi. Pour faire le point. Pour converser. Pour m’organiser. Pour grappiller du temps à leurs côtés.

Après quoi, j’avais embarqué ma guitare sèche, des clopes et du fric. Déambulant dans les rues, la lettre fushia bourrée dans la poche arrière de mon jogging, j’avais d’abord été annoncer mon absence exceptionnelle sur le rideau métallique du magasin. Alerter la fermeture du négoce sur les réseaux sociaux ou sur le site internet aurait été comme me tirer une balle dans le pied... Dès la publication de la nouvelle, mes proches étant abonnés m’auraient sauté dessus, certainement avec autant d’inquiétude que de curiosité maladive ! Je n’avais pas besoin de ça. Il était hors de question que je m’affiche au plus mal ! Ce n’était pas une image que je souhaitais partager avec autrui. C’est pourquoi, après une longue errance fait d’observation et d’envolées de pensées, j’ai finalement décidé d’aller louer une chambre d’hôtel. Entre des murs étrangers, je pourrais ainsi me perdre, chanter, jouer, fumer et tenter de remonter à la surface.


Take me to church. 2600




- Bonsoir… Déclaré-je en poussant la porte du domicile qui ne m’appartient déjà plus.

Le ton est volontairement assuré. En outre, mon apparence ne trahit pas de mal-être. J’y ai veillé. En effet, après plusieurs douches et la remise des clefs de la chambre, je me suis rendu à l’atelier. Là, j’ai enfilé des vêtements propres que je laisse volontairement toujours sur place. Mon métier étant salissant et oubliant souvent mon parapluie, j’ai vite appris qu’il me fallait du change sur mon lieu de travail... J’ai également un peu plus tiré sur le fond de teint et le crayon noir, histoire de masquer les potentiels yeux bouffis ou les signes pouvant me trahir... Enfin, puisque j’étais dans mon univers, j’en ai profité pour créer pendant quelques heures. Façonner mes ressentis me semblait essentiel. Certes, c’était assez sombre et déstructuré cependant, cela m’a fait énormément de bien… Nul doute que cela m’a vraiment permis de trouver force et détermination avant de retrouver les miens…

- Jun ?!

En équilibre sur un pied pour me déchausser, j’élève mes tourmalines en direction du bout du couloir. Un bruit de course résonne au rez-de-chaussée. Une seconde plus tard, une jolie américaine à la peau caramel et à la chevelure nattée déboule sous mon nez. Elle se heurte directement contre mon torse, avant que son museau vienne trouver refuge contre mon cœur. Ses bras fins encadrent tendrement ma taille, ce qui me procure immédiatement une sensation de chaleur. Au loin, une silhouette se démarque et semble indécise de l’attitude à adopter. Elle finit finalement par avaler la distance pour imiter ma belle-mère. Celle-ci se retrouve collée entre nos deux corps. La situation lui tire un gloussement, plus qu’elle ne paraît la déranger. À moins qu’il ne s’agisse d’autre chose ?

- Ton fils sent la terre cuite et la clope, Hisao. Je t’avais bien dit qu’il se cachait dans son atelier ! Se vante-t-elle.

Le concerné lâche un soupir, se recule, puis passe une main affectueuse dans ma tignasse ébouriffée. Après quoi, il entraîne sa femme par la taille en direction du salon. Sa voix couvre ses pas.

- Finis d’enlever tes chaussures, Jun. Il reste un peu de thé.

Au timbre qu’il utilise, il m’est facile de deviner les émotions qui l’assaillent : un mélange d’inquiétude, de sérieux, d’amour et d’autorité. Obéissant, je ne tarde donc pas à agir. Cette discussion, je l’ai déjà trop repoussée… Je suis prêt à l’entendre même si ce n’est pas pour autant qu’elle m’est agréable ! Évidemment, je n’échappe pas au long laïus sur le fait d’honorer la personne avec qui je vais vivre ma vie. En dépit du drame ayant frappé les Tsuyu, mes interlocuteurs sont des Pro-Incontestables. Pour eux, la machine ne se trompe jamais dans le choix des âmes-sœurs. Qu’importe si l’Amour vient ou non dans les couples. Si l’ordinateur choisit deux noms, c’est forcément pour une raison. Charnelle, économique, amicale, sentimentale, professionnelle ou simplement pour repeupler la nation. Le hasard n’existe pas. C’est pourquoi, Papa ressent le besoin de me briefer pendant de longues minutes. Sur l’instant, j’ai l’impression d’être un minot à qui on fait la leçon. Après tout, ce discours, je le connais depuis bien longtemps. Sans parler des cours sur l’Incontestable que l’on m’a rabâché toute ma vie… Néanmoins, je sais que ça lui tient à cœur. C’est comme une ultime leçon de vie avant le grand saut. Le passage du flambeau. L’ultime allocution avant la bataille. Je ne vois donc pas l’intérêt de le couper ou de lui offrir mon point de vue, hélas très différent du sien.

- En tout cas, prends soin de ton épouse. Rends-la heureuse. Cette Naoki mérite que tu la traites bien. Lâche-t-il tout en reposant sa tasse, l’air grave.

Une expression de surprise éclaire brusquement mon faciès.

- Naoki ?!
- Oui. Naoki Tsuyu !
- La femme qui porte désormais notre nom.

Ils semblent tellement persuadés de cette information, que leur rappeler la mixité de ce prénom me semble vain. Je n'ose également leur avouer que, malgré mon manque d'appétence pour les relations sentimentales, je ne suis absolument pas réfractaire à l'idée de partager mon quotidien avec un homme. Pour moi, le genre importe peu. Lorsque je m'attache à quelqu'un, je me fous de son sexe, de son milieu ou de son orientation sexuelle.
Songeur, je me redresse d’un coup. Un constat m’a tiré de mes pensées : comment savent-ils que j'épouse un.e Naoki ? Un rictus mutin fleurit délicatement sur mes lippes.

- Hum… Dites-moi… Qui de vous deux a ouvert la seconde lettre dans mon dos ?

Le ricanement étouffé de ma belle-mère et le rougissement de mon père m'évitent d'avoir à me creuser la tête. Les deux belles têtes de coupables ! Un rire vibre aussitôt dans mon poitrail. Ils ne le savent pas, mais ils ont eu connaissance du nom de la personne partageant ma vie avant moi. Sans un égard pour celui ou celle qui m’est destiné.e, j’ai gardé l’enveloppe scellée. Cela n'a pas d'importance. Qu'importe qui partage ma vie, je sais que ce ne sera pas facile... Notamment à cause de moi. Toutefois, je préfère ne pas y songer pour le moment. Je suis avec mes proches. Autant ne pas pourrir l’ambiance avec mes craintes. Taquin, je décide alors de tourner en dérision leur curiosité.

- Quel duo de petites fouines curieuses ! Maintenant, je sais quel animal représenter sur votre prochain cadeau !

Le sang afflue plus fort sur les joues de mon géniteur. De son côté, sa moitié se gausse, avant de déclarer :

- Je veux un porte-clés fouine en forme de petit cœur ! Un jaune pour moi, un orange pour ton père.
- Très bien, c'est noté ! Ricané-je, le design de l'objet déjà imprimé dans mon esprit.

Le reste de la soirée, nous la passons ensemble. À trois. Comme si c’était la dernière fois. Je suppose que ça l’est, puisque mes parents sont déjà impatients à l’idée de rencontrer ma femme… Dans leur euphorie, ils imaginaient même une descendance d’ici un an ! Bon sang… S’ils savaient comme leurs souhaits sont si loin des miens !... S’ils savaient comme j’appréhende ce grand bouleversement. S’ils savaient que je vais compter les jours et vivre ces derniers à fond ! Parce qu’il ne faut pas se leurrer : dès que j’aurais mis les pieds dans l’appartement imposé par l’Incontestable, les ordres quotidiens seront désormais obligatoires. Et, fatalement, le quatorzième jour arrivera… Et ce sera la fin. Pour Naoki. Pour moi. Pour nous.


Take me to church. 2600




Estomac comprimé. Aigreur. Angoissé à l’idée de me jeter à l’eau, je stresse, le dos imbriqué sur le siège conducteur de la voiture de mon père. Celui-ci a été adorable : pour le déménagement, il m’a prêté exceptionnellement son véhicule personnel. Je lui déposerai dès que possible, une fois que j’aurais sorti tous les cartons encombrant l’habitacle. Non que je possède beaucoup d’affaires cependant, il fallait bien emporter mes instruments, la sono, mes fringues, ma paperasse ainsi que quelques objets. Le tout en une fois, évidemment. J’ignore ce qu’il adviendra de mon ancienne chambre... Je suppose qu’elle sera vite employée à un autre usage ? Petite serre ? Chambre d’amis ? Bureau / bibliothèque ? Endroit cocooning ? Les idées sont vastes… En outre, ce réemploi ne me gêne pas. Je comprends : on ne crache jamais contre une pièce vide.

Non sans nervosité, mes pouces flattent le faux-cuir grisâtre du volant. Autour de moi, le silence est véritablement assourdissant. Pourtant, de coutume, je chéris ce genre de moment… Mais là, c’est comme si je n’entendais plus que mon myocarde tambouriner comme un damné dans mon corps ! Or, ses battements couvrent les bruits des voitures, celui de mon souffle lourd ainsi que le brouhaha de la ville… C’est terriblement bruyant. Même en me bouchant les oreilles, ce tintamarre ne cesserait pas ! À cette idée, je me pince les lèvres, puis inspire profondément pour maintenir les apparences. Mince ! Il faut que je me débarrasse de cette tempête intérieure. Si elle continue ainsi, elle finira par craqueler sur mon visage. Nouveau soupir fuyant mes narines, suivi d’une lourde aspiration. Allons. Ça va aller…

- Merde ! J’vais pas passer ma journée ici ! Persiflé-je, une minute plus tard.

Avec vivacité, ma main directrice crochète l’ouverture de la porte et je m’engouffre aussitôt dehors. Afin de m’économiser un voyage, je récupère ma guitare électrique que j’attache à mon dos, avant de choper deux petits cartons. La portière se referme d’un bref mouvement de bassin. La seconde suivante, je suis déjà en train de trottiner en direction de l’immeuble résidentiel. Le quartier me semble relativement calme… Néanmoins, je me méfie. Si c’est comme chez mes parents, la racaille se terre dans l’ombre… Est-ce que ce sera pareil ici ? Est-ce que mes harceleurs sont capables de s’en prendre à ma famille en voyant que j’ai disparu ? Rien qu’à cette idée, mon estomac se tord. Chasser cette appréhension m’est difficile toutefois, je finis par mettre cette pensée dans un coin de mon crâne pendant que je grimpe lentement les escaliers. Cette ascension n’est pas trop pénible. Même si je suis une feignasse dès qu’il est question de faire du sport, monter jusqu’au quatrième me paraît correct… Pour l’instant. D’ici un ou deux aller-retour chargé de cartons, je chanterai sans doute un autre refrain !

Le souffle tout de même court, je m’immobilise sur le pallier tout en haut des marches. Est-ce qu’il serait présomptueux d’affirmer que le plus dur reste à faire ? Tel un enfant curieux, j’accole doucement une oreille contre la porte. Est-ce qu’il y a quelqu’un ?…
Le temps défile sans qu’aucun son ne me parvienne. Bon… Il semblerait que les lieux soient déserts ? Avec une boule au ventre, j’ouvre alors la porte d’un geste timide et jette immédiatement une œillade par l’interstice devenant de plus en plus grande. Quand l’ouverture s’ouvre complètement, le silence me happe. Plus d’erreur : il n’y a personne ici. En revanche, des effets personnels trônent déjà de-ci de-là. C’est assez rassurant car, au moins, je n’ai pas affaire à un anti-Incontestable refusant cette union… À pas de loup, je dépose mon barda dans un coin du salon. Ensuite, la curiosité incendie mes membres. Aussi grandissante que puissante, elle donne l’impulsion à mes jambes de me porter à travers chaque pièce de l’appartement. Cette visite me séduit. Les lieux me paraissent grands et agréables… Je suppose qu’on ne peut que se sentir bien ici ?... Mais, ce qui me plaît le plus, c’est ce petit balcon où je pourrais certainement passer des heures à observer le monde, une clope ou ma sèche à la main…

Puisque ma moitié n’est pas encore là, je profite de son absence pour décharger un maximum de choses. Certes, œuvrer à deux serait plus rapide et facile néanmoins, mon habitude à me débrouiller seul m’incite à agir sans attendre. J’ignore combien de temps je passe à déménager. Le fait est que je finis complètement en nage, à cracher mes poumons... Honnêtement, j’ai fait mon sport de la semaine ! La preuve en est, que mes vêtements imbibés de sueur me collent à la peau ! Sensation désagréable. Stress toujours pas envolé. Sans attendre, je file en direction de la salle de bain afin d’enlever toute trace d’effort et apaiser mes membres grâce à une douche revigorante. Je ne traîne pas trop, au cas où… Je ne voudrais pas que mon époux.se se pointe à ce moment-là. C’est pourquoi je me hâte, puis revêts un t-shirt blanc assez large, couplé à un jean noir très serré. Après un bref remaquillage léger, surtout accentué autour des yeux, je quitte enfin les lieux. Soulagement intense en voyant l’appartement toujours vide.

Remotivé, je redescends alors chercher les dernières bricoles traînant dans le véhicule. Or, j’y passe plus de temps que je le devrais... La faute à ce fichu sac à dos qui s’est ouvert au moment où j’ai ressorti ma lettre rose pour avoir le code d’entrée ! Bon sang ! Et puis, je n’en peux déjà plus de ces maudits escaliers ! Ça m’apprendra à dire que c’est facile d’engloutir quatre putains d’étages !!! Un poil énervé, je pénètre de nouveau dans mon nouveau logis quand, soudain, une silhouette émerge dans mon champ de vision. Mes pieds s’ancrent alors dans le sol et refusent de bouger. Me voici comme un idiot, raide comme un piquet et planté sur le seuil. Évidemment, les mots se cadenassent dans ma gorge, si bien que je ne peux que m’exprimer par le regard. Celui-ci coulisse lentement sur le jeune homme en face de moi. Je comprends alors qu’Inaya et Papa se sont bien gourés. La personne qui partage ma vie est un Homme.

Son visage ne m'est pas inconnu. Hélas, impossible de remettre un contexte, un nom ou quoi que ce soit dessus. Ça pourrait être un client, un type croisé dans la rue, un passant que j'ai longuement scruté sans m'en rendre compte, une personne rencontrée en faisant les courses ou en allant en soirée, un mec vu à la télévision ou en photo sur les réseaux sociaux. Autant dire que c'est vaste. Malheureusement, ma mémoire aime particulièrement me faire défaut !
En réalité, j'ignore que je le connais déjà. Mon esprit a simplement volontairement occulté certaines informations… À cause de l'alcool que j'avais ingurgité ce soir-là… À cause de cette vidéo de moi en train de chanter et faire un strip-tease que j'ai tout fait pour oublier et ne jamais revoir…

- Bonjour.

Salutations laconiques. Aucune envie de parler davantage. Armé d’un masque insondable, voire froid, je laisse mes ébènes s'attarder sur Naoki. S’il tient à faire connaissance, qu’il impulse lui-même la conversation. Il l’ignore cependant, j'ai totalement alloué ma journée pour lui. Demain aussi. Il n’y a aucun impératif susceptible d’intervenir sur mon emploi du temps. La boutique est fermée et j’ai déplacé mes rendez-vous à plus tard. C'est là ma manière de faire des efforts… Mais, ça, hors de question de le lui avouer ! D'autant plus qu'à la moindre emmerde, je me contenterai du minimum : j'effectuerai les tâches quotidiennes imposées par la machine, puis je me tirerai ! Être un pantin ne m'amuse pas. Pour survivre et ne pas décevoir mon paternel, j'accepte de jouer le jeu. Toutefois, si on m'impose trop de choses ou si mon mari décide d'être invasif, je me barrerai dès que possible ! Rien à foutre que chacun vive de son côté ou que l'on échange trois mots par jour. Tant que les satanée règles de l'incontestable sont honorées, le reste n'a pas d'importance. De toute façon… Tout basculera le quatorzième jour… Lorsque la milice débarquera, bien décidée à nous mettre au trou… Alors, à quoi bon se forcer à faire des efforts inutilement ?!...






Spoiler:



Jun Tsuyu
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« Feed me lies, feed me well. »

16.06.2114



Après une courte balade dans le quartier et le tour du pâté de maison, Naoki fini par tomber sur une rue parallèle un peu plus animée, la même où se trouve la supérette du coin. Il repère aussi une première échoppe, un restaurant de ramen, et opte pour ce repas sans vouloir perdre trop de temps. De toute manière, maintenant qu'il habitait ici, il aurait sûrement l'occasion d'essayer tout les restaurants et snacks de street food aux alentours.

Ainsi, il s'installe sur le comptoir qui donne vers l'extérieur, après être passé sous les petits rideaux qui coupent la vue, accueilli par une effluve de bouillon gras et parfumé et de viande grillée. Cela le fait déjà saliver tandis qu'il retrousse les manches de sa chemise.
Rapidement servi, il ne perd pas de temps pour pincer quelques nouilles et les aspirer bruyamment. Il s'interrompt après sa première bouchée, ses lunettes se couvrant de buée à cause de la vapeur s'échappant du mets. Alors, il les retire, les posant à côté de lui sur le bar. Manger ce genre de plat en plein mois de Juin, il faut être un peu masochiste, mais la chaleur et la consistance de la nourriture a quelque chose de réconfortant. Et à ce moment, c'est pile ce dont Naoki a besoin. Même si cela fini par faire perler quelques gouttes de sueur sur son front.

Arrivé à la moitié de son bol, il s'accorde une pause, descendant son verre d'eau mouillé par la condensation, puis il s'essuie les mains, prenant son téléphone. Il regarde sa montre, puis pousse un soupire.
La sonnerie retentit dans le combiné, à son oreille, puis, une voix masculine.

- Bonjour.

Le ton est posé, dénué de chaleur et même de sympathie, et ce, même à travers la modulation du cellulaire.

- Oto-san, bonjour. Je m'excuse de te déranger.
- Qu'y a t'il ?

Sans y penser, le salaryman triture la branche de ses binocles entre ses longs doigts.

- Je voulais juste te prévenir que j'ai déménagé, aujourd'hui.
- Je vois. Tu me feras parvenir ta nouvelle adresse, dans ce cas.

Pas de pourquoi, de ça va, rien. Son père était aussi sec et froid qu'il l'avait toujours été, comme incapable de ressentir autre chose que du désintérêt, et parfois de la colère. Naoki était habitué. Ce n'est pas pour rien qu'il avait repoussé cet appel.

- Je... Je suis marié, Oto-san.

A l'autre bout du fil, la réponse n'est pas aussi immédiate que les précédentes, l'effet de surprise s'effaçant pour laisser place à l'inexpressivité habituelle.

- Félicitations. Tu me présenteras ton épouse. J'espère qu'elle vient d'une bonne famille.
- Mh.

Silence. Père et fils n'ont rien à se dire.

- Je vais te laisser. Au revoir, Oto-san.
- Au revoir, Naoki.

Les tonalités résonnent pendant quelques secondes avant qu'il n'abaisse l'appareil, se sentant soudainement... déçu. Peut-être que dans le fond, c'est une réaction différente qu'il attendait de son père, tout en sachant très bien à quel homme il avait affaire. Sa gorge se serre autour de la déception qu'il ravale, la faisant couler avec une gorgée de soupe, et une bouchée de nouilles.

Il ne saurait dire combien de temps il reste, mais Naoki ne se presse pas, cogitant à nouveau sur la personne qui va partager sa vie, accoudé sur le bois. Après son bol, il commande des dangos en dessert ainsi qu'un thé, qu'il sucre bien plus que de raison, discrètement.

Finalement, c'est le ventre plein, et le palais satisfait qu'il quitte l'échoppe, s'autorisant à marcher lentement jusqu'à sa nouvelle demeure. Dans le fond, il sait qu'il devrait être plus impatient que cela, mais il ne peut empêcher une certaine appréhension de faire ralentir ses pas. Probablement qu'une fois qu'il la connaîtra, ça ne sera plus le cas. C'est la rencontre, qu'il craint, se dit-il.

Montant les escaliers sans vraiment les calculer, il se retrouve à la porte de son chez lui. Il se demande comment ses parents se sont rencontré, ce premier jour. Sa mère lui aurait sûrement raconté. Sa mère, elle, l'aurait sûrement rassuré.
La porte poussée, il sort de ses pensées en remarquant que l'appartement n'est pas dans l'état dans lequel il l'a laissé, puisque plusieurs cartons ainsi qu'un étui à guitare sont posé dans l'entrée. Son esprit se vide alors que ses pieds le portent jusqu'à la pièce de vie. Et il n'a pas le temps de s'annoncer, que la porte s'ouvre derrière lui.

A cet instant, le temps s'est comme arrêté.

Plus aucune connexion ne s'est faite dans l'esprit du comptable, qui reste planté comme un piquet à fixer l'homme dans l'encadrement de la porte. L'homme. Qui est-il ? Que fait-il là ? Ou est son épouse ?

- B-Bonjour, répond-il uniquement par automatisme.

Et dans une tentative de fuite, son cerveau se rattache à une explication parallèle, au lieu d'envisager l'évidence qu'il aurait du voir en lisant sa lettre rose. En voyant que son patronyme avait été changé.

- Vous... Vous aidez... Tsuyu-san ? A déménager ?

Naoki s'accroche désespérément à ses œillères, avant que son monde ne se dérobe sous ses pieds.

- Ah, laissez-moi vous débarrasser, propose t'il alors immédiatement après, s'approchant en tendant les mains pour aider à porter les affaires qui l'encombre.

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Naoki Tsuyu
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La voix de mon vis-à-vis s’élève, balbutiante, pour répondre à mes salutations. Si mon faciès ne laisse entrevoir aucune réaction supplémentaire, mon esprit carbure. De ce fait, je ne peux m’empêcher de noter le fait que la situation gêne mon conjoint. Est-ce la surprise de voir que sa moitié est un mec au lieu d'une femme ? Est-il déçu de mon physique ? Avait-il déjà quelqu’un avant la missive rose ? Est-ce simplement le stress de la rencontre ? Les questions sont légion. Or, à chaque battement de cœur, une nouvelle interrogation vient se rajouter. S’attendait-il à ce que je débarque aussi tard dans la journée ? Me reconnaît-il ? A-t-il la même impression de « déjà-vu », sans parvenir à déterminer où et quand ?... Ou bien suis-je le seul ? Bientôt, je pourrais former tout un pan de mur empreint de mystère et d’énigmes que seul Naoki pourrait résoudre…

L’hésitation fait de nouveau vibrer ses cordes vocales à travers une question qui, cette fois-ci, me fauche sans que je ne puisse réagir à temps. C’est ainsi que l’un de mes sourcils s’ourle, circonspect. Quant à mes onyx, ils se parent d’un voile d’incertitude. Qu’est-ce qu’il raconte ?! Il n’y a personne d'autre dans l’appart… Aucun son ne résonne dans la cage d’escalier, signe que je suis bel et bien seul. Certes, un tiers pourrait être dehors, en train de décharger et récupérer d’autres cartons, avant de me rejoindre... Néanmoins, j’étais à deux doigts de refermer la porte. Je ne suis donc pas suivi. Que dois-je en déduire, hormis le fait qu’il y ait méprise sur mon identité ?

Hélas, je n’ai pas le temps de m’attarder sur cette réflexion que les mains de mon époux s’envolent brusquement vers mes possessions ! L'étonnement n'a pas le temps de m'atteindre, que mon corps agit avant mon cerveau. Involontairement, je joue alors de ma taille - ou plutôt de la sienne - pour protéger mes affaires. En un clin d’œil, mes bras se dressent en l’air ! Même sur la pointe des pieds, le pauvre petit homme à lunettes aurait bien du mal à s'en emparer. De sa hauteur, mon sac paraît le narguer, perfide... Le problème, c'est que le regard ténébreux de mon interlocuteur n'est pas braqué sur le contenant... Mais, sur moi ! J'ignore quelles émotions je pourrais lire dans ce regard. Sans doute de l'incompréhension ou du mécontentement ? En tout cas, pas de la joie. Or, j'ai comme l'impression que mon mari n'en aura pas avant un certain temps en ma compagnie... Dommage pour lui.

Mes lippes sont devenues une ligne horizontale aussi sérieuse qu'intransigeante. Non. Je n'ai pas besoin d'aide. En revanche, j'en connais un qui a besoin d'une mise au point... Avec une expression impénétrable, je continue d'amarrer mes ébènes à leurs consœurs. Une seconde plus tard, les mots raclent ma chair labiale.

- Je crois que t'as pas compris. Tsuyu-san, c'est moi.

Tutoiement volontaire pour briser la distance et donner un impact plus violent à mes propos. J'aurais bien fait un effort pour arrondir les angles et paraître bienveillant toutefois, je n'en ai pas envie. Pourquoi serais-je avenant, alors que mon intuition me souffle que ce mec aimerait que je sois une nana ?... « Désolé, ‘’mon grand‘’. Mauvais numéro. Il semblerait que la Grande loterie se soit complètement plantée… Il paraît que ça arrive, parfois… » Ai-je envie d’ajouter non sans sarcasme, tandis que mes pensées s’envolent vers ma génitrice.

Qu’il se rassure : si toucher un mec le répugne, il n’aura pas à m’embrasser bien longtemps… Sauf si... Sauf si, c’est vraiment... impossible pour lui ?! Merde ! Et si, c’était lui qui me conduisait à la cellule ?! Tout à coup, mon myocarde entame une violente cavalcade. Bon sang !... Non ! J’avais pensé que mon sursis serait de quatorze jours… Pas moins !
Tout en conservant un calme apparent, je me mords discrètement l’intérieur de la joue. Pourvu que je ne sois pas tombé sur un pur hétéro homophobe… Parce que là, ça va vraiment faire des étincelles !






Jun Tsuyu
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- Eh ?

Les bras légèrement tendu vers l'avant, les paumes ouvertes dans un geste bienveillant, Naoki se fige dans son mouvement lorsque l'objet de sa proposition est éloigné de sa portée. Tenu en hauteur, il suit le carton des yeux comme un oiseau qui s'envolerait, sauf que son regard s'arrête au niveau du visage de l'homme qu'il a en face de lui, même, désormais trop près de lui. Ses paupières papillonnent de surprise, et son pas en arrière est un peu maladroit.

- Oh, désolé, je ne voulais pas m'imposer à vous, s'excuse t'il poliment, convenablement, sans vraiment réfléchir. Automatiquement.

Ses onyx cependant, continue de détailler le visage de cet inconnu, qui, désormais, ne lui paraît pas totalement mystérieux, un air vague de familiarité le narguant dans un coin de son esprit bien trop imbibé d'alcool ce soir là pour que le moindre souvenir s'y soit ancré.

- Je crois que t'as pas compris. Tsuyu-san, c'est moi.

Léger froncement de sourcils confus, lèvres pincées de réflexion. Le salaryman a soudainement l'air sévère bien qu'il soit simplement perdu.

Et puis, comme un flash dans son esprit, les caractères sur la missive officielle reçue s'imposent à lui. En pleine face. En plein cœur.

Naoki Tsuyu.

Naoki Hasegawa Tsuyu.

Jun Tsuyu est un homme.

Jun Tsuyu est l'homme en face de lui.

La réalisation ne lui prend qu'une seconde tout au plus, durant laquelle ses yeux s'ecarquillent. Sa gorge se resserre, au point qu'il se sent manquer d'air. A moins que ce ne soit la compression de sa cage thoracique qui lui donne cette impression.
Le sol s'est effondré sous ses pieds. Comment était-ce possible ? Comment pouvait-il avoir été marié à un homme ? Il ne pouvait pas être son âme sœur ? Qu'en était-il de sa femme ? De son futur ? De sa place, qu'il devait gagner ?

Stop.

La raison rattrape la panique. Le devoir s'impose sur la perte de contrôle. Le poids de la convenance écrase le besoin d'expression.

Enchaîné. Minimisé. Entassé dans une boîte repoussée dans les ténèbres.

Le visage du jeune homme retrouve sa neutralité, passive. Vide. Il ne sait pas comment il parvient à articuler alors qu'il se sent encore étouffer.

- Oh. Je vois.

Il s'incline. Convenablement. Poliment. Automatiquement. Un geste maintes et maintes fois répété, engrainé dans son corps, dans ses muscles.

- Pardonnez-moi de la méprise.

Puis il se redresse, ses iris sombres toisant l'homme en face de lui.

Son mari.

Et il ravale. Il enfouie. Il refoule.


Les hommes ne s'effondrent pas, Naoki.


Sans savoir comment ses jambes en coton lui permettent, il s'écarte du passage avec un geste avenant pour l'inviter à entrer.

- Avez-vous besoin d'aide pour monter le reste de vos affaires ? Propose t'il avec bienveillance.

Le monstre de ses émotions est maintenu dans l'ombre. Sous contrôle. Écroué.


Reste digne, Naoki.


Après tout, c'est tout ce qu'il te reste.

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Comment peut-on refouler aussi vite son étonnement ?! Même si ça a été aussi vif et éphémère qu’un battement d’ailes, j’ai bien vu les yeux écarquillés de mon conjoint… Cette nouvelle l’a abasourdi. Il était persuadé qu’un inconnu se trouvait en face de lui. Il était fermement convaincu que je n’étais pas sa moitié. La preuve : il m’a demandé si j’aidais Tsuyu-san à déménager.

Pouvais-je louper cette expression de surprise, alors qu’il est juste en face de moi et que mes onyx glissent inlassablement sur ses traits ? Toute mon attention est tournée vers lui depuis que sa silhouette s’est imposée à mes rétines… Plus encore, après cette révélation balancée, telle une bombe… Or, j’ai pour habitude de laisser mes iris parcourir les traits de mes interlocuteurs. J’apprécie observer les réactions que les conversations ou les interactions suscitent chez autrui. Pourquoi, ce serait différent avec lui ?

Observateur, mais silencieux, je scrute donc mon époux encaisser la nouvelle… Très vite, ses sourcils relevés avec effarement s’abaissent pour se froncer. Sans un bruit et presque de manière synchrone, sa bouche se pince sévèrement. Mouais… Cela confirme mon intuition : ce mariage ne lui plaît pas. Soit, il désirait une femme. Soit, ma gueule ne lui revient pas. Sûrement les deux. Se retrouver avec une grande perche peu loquace, aux traits fins et ne faisant pas spécialement d’effort vestimentaire, n’est certainement pas ce qu’il attendait. Il aurait sans doute voulu une femme de sa taille, voire plus petite. Une jolie demoiselle gentille, prude, obéissante, de bonne famille, bien apprêtée, loyale envers le système et attentionnée. Peut-être… En tout cas, j’ai la certitude qu’il n’a pas coché l’option « grande taille », ni « sexe masculin »… Reste à voir si la case « bijoux et maquillage » le rebute chez un mec, ou si cela apaise ses peines.

S’il y a bien une chose sur laquelle je n’ai aucun doute, c’est sur les nerfs d’acier de mon vis-à-vis. Ce dernier est un maître du self-control ! En un claquement de doigts, ses maigres réactions sont estompées par un masque neutre, voire froid. C’est à peine s’il lâche son ressenti sur la situation… Il n'y a pas un soupir, un grognement, un sourire, un pleur ou une grimace de colère impossible à déloger, ... Rien. Ce mec m’offre le néant, alors que son union le surprend autant qu’elle lui déplaît. Pourquoi ?
Son « Oh. Je vois » irrite mes tympans. Or, je sens un nouveau nœud de former vers ma nuque lorsque le petit corps devant moi s’incline d’une révérence.

- Pardonnez-moi de la méprise.

L’envie d’affirmer que je me fous de ses excuses est forte. Il n’a rien compris. Peu importe s’il m’a pris pour une nana. Je ne lui jetterai pas la pierre, puisque j’ai plus ou moins pensé pareil de lui. Ce genre de quiproquo arrive. Ce n’est pas bien méchant. En revanche, je ne lui pardonne pas ce vouvoiement, ni cette distance émotionnelle. Une part de moi aurait voulu une confrontation. Un rictus doux et rassurant. Des sillons de larmes. Qu’importe… Mais, pas du vide...

Doucement, mes cils viennent embrasser mes joues. Les doigts contractés autour des affaires toujours brandies, je laisse lentement mes bras redescendre. À nouveau, le timbre de mon interlocuteur caresse mon ouïe. Il m’offre son aide pour le déménagement. Une proposition aussi généreuse que bienveillante. Néanmoins, est-ce une manière de rattraper la bavure du genre, une façon de faire connaissance ou bien la nature du jeune homme ? L’exaspération me fait pencher pour la première solution… Aussitôt, mes paupières s’envolent pour libérer mes ébènes. Empreintes d’un air insondables, celles-ci se fracassent directement contre leurs consœurs. Tel le reflet de mon trouble, les paillettes granit dansent au creux de mes rétines. Trois longues secondes plus tard, ma voix claque avec sècheresse.

- Non. Toutes mes affaires sont là. Occupe-toi des tiennes.

Le ton est si coupant qu’il est aisé de comprendre le double sens derrière cette ultime phrase. À y réfléchir, on doit même voir que ça… Tant pis ! Passer pour un connard n’est pas un problème. Après une expiration bruyante, je me mets soudainement en marche. En deux enjambées, je réduis la distance entre nous, sans jamais le quitter des yeux. Myocarde bondissant dans la poitrine. Gorge sèche. Nouvelle pierre dans l’estomac. Volontairement, j’impose ma présence dans son espace vital, simplement pour avoir une réaction. Ma proximité se fait d’autant plus étouffante lorsque je penche légèrement la tête au-dessus de celle de Naoki. Son odeur me percute... C’est délicat. Agréable. Fruité ou sucré ?... En dépit du trouble naissant, je fais tout mon possible pour ne pas m’en repaître. Si bien que j’opte plutôt pour reprendre la parole.

- T’as le droit de montrer que t’es déçu, tu sais ?...

Un murmure. Contraste total avec l’intonation agressive d’il y a quelques secondes. Au fil des mots, mon regard insondable s’est fait plus tendre. Honnêtement, je comprends que l’on veuille garder la face ou que l’on n’exprime pas ses émotions devant un étranger. Dans une société où les gens malhonnêtes se servent de nos faiblesses, c’est une manière saine de se protéger du jugement d’autrui. Pour tout avouer, ce comportement ne m’est pas inconnu… Or, c’est peut-être l’une des éléments m’exaspérant le plus en cet instant : mon mari me ressemble un peu. Lui aussi garde certaines choses pour lui. Il les refoule, les écrase pour les oublier et, peut-être, s’étouffe avec. Cependant, j’espère pour lui qu’il a des moyens d’exutoire, parce que les tourments résistent à tout. Ils sont irritants, écrasants, omniprésents et increvables. Même quand on les éloigne, ils attendent leur heure pour revenir à la charge... Essayer de noyer ses chagrins est vain, car ces enfoirés savent nager…

Mes lippes s’écartent, comme pour laisser filer ma voix. Hélas, seul mon souffle perce le silence. Avec douceur, il effleure la peau du petit brun. Brusquement, jouer avec les émotions de ce dernier ne me semble plus très amusant. Sans un mot, je me détourne de lui pour aller déposer ce qui encombre mes mains sur la table du salon. Après quoi, je m’empare de ma Song Bird, puis pars me réfugier sur le balcon. Par habitude, je fais comme à la maison : la porte demeure légèrement entrouverte, afin d’aérer un peu la pièce ou d’éviter de me retrouver enfermé dehors. La guitare sortie de sa housse, je m’assois ensuite en tailleur et passe outre la rugosité du sol. Tiens ?! Les plantations autour de moi me rappellent celles d’Inaya. À croire qu’un peu de chez moi m’a accompagné jusqu’ici…

- Tsss… Soufflé-je, las.

Le cœur lourd, je bascule légèrement en arrière. Mon crâne s’appuie négligemment contre la vitre, tandis qu’un nouveau soupir écorche mes lèvres. Quelle situation pourrie… On pourrait croire qu’en venant m’isoler ici, je fuis cette violente réalité. Toutefois, c’est se leurrer. J’offre à mon partenaire la possibilité d’encaisser sans le regard d’un tiers. De retrouver ses esprits. De se calmer. De prendre de la distance... À lui, comme à moi. Nous ne pouvons pas être deux grenades humaines prêtes à exploser. S’il a besoin de décharger, je lui en laisse de temps. De toute manière, j’en ai besoin aussi.

Subtilement, la pulpe de mes doigts flatte les cordes. Envolée de notes. Mon museau dérive sur mes phalanges qui se sont mises d’elles-mêmes en mouvement. Mon corps a agi d’instinct, sans que je ne le guide ou lui impose quoi que ce soit. Pour le moment, cela ne ressemble à aucune mélodie néanmoins, cette caresse musicale me permet de me raccrocher à quelque chose de tangible.
Énième expiration. Je crois que c’est le moment de lâcher prise.
Au fil des secondes, ma Song Bird s’éveille… J’aurais pu jouer n’importe quoi. Quelque chose de joyeux, de triste, de neutre ou de révolté. J’ai finalement opté pour un titre capable de m’occuper la tête comme la bouche. Tout à coup, sans crier gare, mes gestes gagnent en assurance… Et, bientôt, c’est ma gorge qui vibre aux côtés des cordes...





- Ooooh Father tell me, do we get what we deserve ?... Ooooh we get what we deserve… And way down we go-o-o-o-o… Way down we go-o-o-o-o… Say way down we go… Way down we go…

Au fur et à mesure qu’elles jaillissent, les paroles me happent. J’en viens presque à oublier tout ce qu’il se passe aux alentours et ce qui nous écrase, mon conjoint et moi... Pourtant, elle est bien là, cette bulle que chacun brandit. Cette coquile qu’on n’est vraisemblablement pas prêt de percer…

- Wohhh… You let your feet run wild… Time has come as we fall. Oh, go down… Yeah, but for the fall, ooooh, myyy… Do you dare to look him right in the eyes, yeah…






Jun Tsuyu
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« Feelings' waltz. »


~~



Derrière ses verres, les prunelles du jeune homme rencontrent celles de son conjoint. Elles sont aussi noires les unes que les autres, reflétant chacune leurs abîmes similaires enfouis, cachés, inaccessibles.

Puis les mots se fracassent dans ses tympans. L'intonation est tranchante.

- Non. Toutes mes affaires sont là. Occupe-toi des tiennes.

Le rejet est pur, sans fioritures ni emballage. Et c'est en pleine face que Naoki se le reçoit. A nouveau, la surprise s'exprime à peine sur ses traits. Cependant, durant moins d'une demi-seconde, c'est une expression blessée qui froisse son visage. Pendant ce court instant, qu'un simple clignement de paupières aurait fait manquer, l'incompréhension et le regret s'échappent par les fissures du masque, le faisant paraître un poil plus juvénile, plus androgyne. Mais celles ci sont comblées aussi vite qu'elles se sont montrées.

- Ah. Hm. D'accord.

Un nouveau pas vers l'arrière, son talon rencontrant le mur de l'entrée contre lequel il vient de se coller. On pourrait croire à une tentative de disparaître, se confondre et se fondre dans le décor. Comme une manière de faire oublier sa présence, discrète, sans vague. En vain, lorsqu'il n'y a que lui et son vis à vis, d'essayer de se faire oublier. Et ce, d'autant plus que la distance entre eux vient d'être subitement comblée, en deux enjambées à peine. Naoki aimerait à nouveau reculer, mais se retrouve acculé contre le mur vers lequel il cherchait refuge. Son espace personnel est piétiné, et la nervosité vient froncer ses sourcils en plus de marquer son front d'une légère ride.

Comme un mécanisme de défense, sa tête rentre légèrement dans ses épaules tandis qu'il lève les yeux, son joli minois renfrogné d'inconfort et de malaise. Aucune crainte ou reproche ne se lit dans son regard cependant, seulement le souhait que ce rapprochement s'interrompt le plus vite possible. Pour autant, il ne dit rien, bien que ses lèvres se soient légèrement entrouvertes, comme s'il s'apprêtait à prononcer quelque chose sans savoir quoi.

- T’as le droit de montrer que t’es déçu, tu sais ?...

Le corps du salaryman se tend brusquement, ses onyx filant immédiatement vers le sol, avant de remonter, puis redescendre, ne sachant plus ou se poser.


- Je ne...

...suis pas déçu ? C'est faux. La déception avait été certaine et violente, quand la réalisation l'avait frappé. Pendant cette seconde de révélation, le jeune homme avait vu ses rêves, ses projets, ses fantasmes se désagréger entre ses mains. Tout ce qu'il avait prévu de construire, ce qu'il imaginait pour son futur, pour lui, tout avait volé en éclat. Comment ne pouvait-il pas être déçu ? Abattu ?

Perdu ?

Pour autant, il ne montre rien, toujours rien de ces émotions qui le traversent. Toujours rien de la douleur qu'il ressent en resserrant entre ses paumes les morceaux brisés et coupants de ses attentes éclatées.
Cependant, c'est une certaine douceur qui prend place sur la face scrutée du salaryman. Touchante de sincérité, l'honnêteté claire dans sa voix légèrement hésitante.

- Je ne voulais pas... vous blesser, ou... vous faire vous sentir mal à l'aise...

Le spectacle de ses pieds semble plus réconfortant que la confrontation visuelle avec son époux, et ce, d'autant plus lorsqu'il sent son souffle sur lui. Immédiatement, son corps se crispe, en alerte, immobile et figé. Il reste ainsi, comme ces opossums qui se pétrifient en face d'un prédateur, ne s'autorisant à expirer l'air retenu dans ses poumons que lorsque Jun s'est éloigné. Il le voit récupérer sa guitare, et se penche un peu pour le suivre du regard jusqu'au balcon, avant de laisser tomber sa tête vers l'arrière.

Elle rencontre le mur dans un bruit mat tandis qu'un long soupir lui échappe. Le poids au fond de son ventre, telle une pierre qui y aurait été mis pour le lester est toujours là, lui donnant l'impression que chaque pas en direction de la cuisine va le faire couler au fond d'un abîme.
Il parvient malgré tout dans la pièce, sans vraiment comprendre pourquoi c'est ici qu'il se réfugie, derrière cette porte close.

Et maintenant qu'il se retrouve ici seul, il ne comprend pas non plus pourquoi une vague de tristesse et d'injustice s'abat subitement sur lui, alors qu'il venait de les ranger dans les ténèbres. Cette fois, pourtant, il ne les repousse pas immédiatement. Son front s'abaisse pour rencontrer le plan de travail en pierre sur lequel il est ratatiné, s'accordant ainsi quelques minutes pour ressentir. Se lamenter. Pester sur le sort. Quelques minutes pour crier intérieurement sa colère envers l'univers. Quelques minutes pour s’apitoyer sur la malice du destin.

Puis, il se redresse. Il inspire. Expire. Papillonne des paupières pour en chasser le filtre flou et la sensation de picotement. Reprendre pied.

Que faire maintenant ?

Jun, qui est un homme, est son époux. Il n'y a aucun doute, aucune erreur. Il est désormais marié à un homme, et s'il ne se conforme pas au souhait de l'Incontestable, c'est la milice qu'il verra débarquer.
Cette pensée le fait blémir. Les camps de redressement, il en a entendu parlé. Des exécutions aussi. Naoki avait peut-être perdu ses projets aujourd'hui, mais il n'était pas prêt à perdre la vie en plus. Surtout pas si cela coûterait aussi celle de quelqu'un d'autre.
Mais qu'en pensait son conjoint ? Lui, comment se sentait-il a propos de ce mariage ?

Passer le choc de l'annonce, de cette rencontre du mauvais pied, le comptable réalise à quel point il est primordial et urgent qu'il ait une discussion avec l'homme sur le balcon. Après tout, il n'était pas seul dans cette histoire, son partenaire tout aussi concerné.


Lorsqu'il pousse la porte de la cuisine, c'est avec deux mugs fumants dans les mains. Depuis le balcon à la baie vitrée entrouverte, Naoki peut entendre aisément une mélodie et la voix claire et grave de Jun s'élèvant pour accompagner sa guitare. Comme attiré par les notes, il s'approche, appuyant son dos contre la fenêtre afin de l'écouter jouer. On dit que la musique adoucit les mœurs, mais elle semble aussi capable d'adoucir le tumulte au fond du cœur.

Le comptable aimait la musique, y était sensible, et ce, d'autant plus dans ses versions acoustiques et live, manifestement, puisqu'il ferme les yeux afin de se laisser bercer. Entre ses mains, le thé qu'il a préparé est toujours brûlant, alors il peut bien attendre un instant. Naoki n'a pas vraiment envie de l'interrompre.

Lorsque la mélodie s'étiole d'elle-même, il se redresse, jetant un coup d’œil, pour s'assurer que le chanteur a bien terminé. Ses iris croisent leurs consœurs, et il prend cela comme un accord, se tenant devant la porte fenêtre qu'il ouvre un peu plus avec le pied. Il ne vient pas sur le balcon cependant, comme pour respecter l'espace de son époux. Par peur de s'imposer. Il aimerait faire les choses bien, et pourtant, il a l'impression qu'elles ont déjà déparées.

- Hm... Tsuyu-san ? J'ai préparé du thé, si... vous en voulez.

Il lui tend l'une des deux tasses, délicatement.

- Je ne savais pas ce que vous aimiez, alors... J'ai fait du thé vert. Si vous préférez autre chose, ou un café, je peux...

Ses mots restent en suspend alors qu'il se dit soudainement qu'il aurait peut-être du laisser Jun un peu plus longtemps. Peut-être avait-il besoin d'un peu plus de temps seul ? Et s'il avait mal interprété leur échange de regard et qu'il l'avait interrompu ?

Fébrile, ses doigts tiennent fermement son propre mug, dans lequel il a ajouté du lait et une quantité bien trop importante de sucre.

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Libération portée du bout des lèvres. Vibrations des cordes vocales. Caresses libératrices de mes doigts sur les cordes. Pensées négatives recrachées et transformées. Réalité semblant s’être disloquée. Comme à chaque fois que mes mains s’approprient ma guitare, plus rien n’existe autour de moi… Seules les notes et mes pensées débordent. Ainsi, j’en oublie beaucoup de choses… À commencer par le temps qui défile. Combien de temps suis-je resté dehors ? « Way Down We Go » n’a pas été la seule interprétation sur le balcon. Après ça, j’ai enchaîné avec un titre récent et un autre rétro du même registre… Outre le fait de bien me défouler, j’ai réellement perdu le fil avec le présent.

D’autant plus que, durant cette absence, des bribes de ce qu’il s’est passé ou a été dit avec mon époux ont trotté dans mon esprit… J’ai alors revu le regard fuyant du petit brun. Sa neutralité déconcertante placardée dès qu’il le pouvait. Ses mouvements de recul. Ses muscles tendus à mon approche. Sa tentative de contester sa déception, pourtant visible et légitime. Sa réponse hésitante. Son soulagement avec mon départ inopiné, avant que je m’enferme dans ma bulle musicale… Est-ce que l’on arrivera à se supporter quelques jours ?... Je l’espère.

Le fait est que c’est lui qui me tire de mon cocon… Lui et une délicieuse fragrance de thé. Dois-je voir ce breuvage comme une tentative d’enterrer la hache de guerre ? Avec vivacité, mes ébènes interrogatives rencontrent les siennes, puis projettent des questions silencieuses assez faciles à interpréter. La plus simple étant, évidemment, ce qu’il me veut. Nos mirettes, qui s’attardent les unes contre les autres, lui donnent soudainement le feu vert pour ouvrir la porte du bout du pied. Aussitôt, l’odeur du mug fumant s’échappe davantage vers l’extérieur. Plusieurs effluves viennent délicatement titiller mon odorat.

Naoki m’informe alors avoir fait du thé mais que, si je n’en souhaite pas ou si j’ai une autre préférence, il me suffit de lui en faire part. D’un léger hochement de tête, je repousse ce changement de boisson, tout en élevant ma main secondaire en direction de la tasse fumante. Pendant ce temps, l’autre dépose délicatement ma Song Bird contre la vitre, mon corps faisant alors office de rempart.

- Merci…

Une fois délestée de ma guitare, ma senestre rejoint sa consœur pour s’emparer de l’infusion. Par automatisme, je porte celle-ci à mon nez et hume doucement son odeur. Hum ! Ça donne envie d’y apposer ses lèvres !... Évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de brièvement observer nos contenants. Il s’agit de deux tasses très simples, d’un blanc cassé, sans aucune originalité. La vaisselle pas chère et passe-partout offerte par le gouvernement. Mouais… Mentalement, je me jure de ramener dès demain un nouveau service. À moins, que j’en crée un spécifiquement pour l’occasion ? Ou alors, je peux repeindre par-dessus celles-ci ? Certes, ce sera temporaire, vu que d’ici deux semaines les choses changeront… Toutefois, j’aime la couleur et personnaliser les choses. C’est pourquoi, il faudra que j’aille également jeter un œil aux assiettes et modifier tout ça rapidement…

Crispé, le garçon à lunettes m’observe en silence. Attend-il que je prenne la parole ? Dois-je détendre l’atmosphère ? Hélas, je suppose que je ne peux pas lui faire une blague cynique, comme avec Raiden. Dommage ! J’aurais pu, par exemple, lui demander s’il avait préféré cracher dans le thé ou directement y mettre de la mort au rat... Néanmoins, même s’il s’agit d’humour noir dont l’idol et moi sommes assez friands, je doute que cela passe avec mon mari… Surtout après cette première approche bancale et tendue… C’est pourquoi, j’opte plutôt pour m’éloigner au bout du balcon. À l’aide de mes jambes, je repousse mon fessier vers un côté, avant de désigner le sol sans un mot, d’un geste furtif. Or, malgré le malaise palpable, mon partenaire accepte cette proposition. Sans surprise, il s’installe loin de moi cependant, c’est loin de me déplaire. Pour le moment, garder de la distance paraît préférable…

Manifestement, ma bouche est assez avare ! Car, en dépit de mon bon sens me hurlant de prendre la parole, je demeure mutique. Volontairement, mes onyx s’imprègnent la silhouette assise à mes côtés. La situation est étrange… Voire dérangeante. J’ai encore du mal à me faire à l’idée que mon vis-à-vis va côtoyer mon quotidien. Du temps. Mon lit. Et, surtout… Mes lèvres ! À elle seule, cette idée me terrifie toutefois, rien ne transparaît. Pas question de montrer cette faille ou d’aborder le sujet maintenant… De toute manière, il est probable que Naoki s’en rende compte de lui-même, si jamais il accepte de réaliser les devoirs conjugaux quotidiens. Enfin… Je suppose ? Quoi que… S’il s’agit de brièvement apposer nos lippes, le temps d’un battement de cils, ça ne devrait pas être compliqué.

Au bout d’un long moment de silence, un soupir bruyant fuit mes narines. Une seconde plus tard, mes onyx dérivent de nouveau vers mon compagnon à qui je m’adresse enfin.

- Je suppose qu’il serait préférable qu’on se tutoie… Et qu’on fasse un minimum connaissance…

Voix calme et sans jugement. D’ailleurs, ma remarque vaut aussi bien pour lui que pour moi… Volontairement, je laisse un petit temps d’acception. Sans un bruit, j’élève de nouveau le mug pour que mon souffle caresse la surface de l’eau et la trouble. Le museau toujours au-dessus du thé, je murmure :

- On commence par des choses simples ?... Genre ce que tu fais dans la vie et quels sont tes loisirs ?

Des interrogations classiques. Simples. Sans surprise... Mais qui, à mon sens, sont pourtant nécessaires. Silencieusement, je tente de coller une étiquette sur mon époux. Un métier de bureau ? Un enseignant ? Un banquier ? Un libraire ? Je suis très mauvais pour deviner l’emploi de quelqu’un à son apparence car, plus que quiconque, je sais qu’il ne faut pas s’y fier. C’est pourquoi, s’il me lance tout de go être un agent de sécurité, un sportif ou un designer de mode, je ne serais pas surpris… Ne jamais juger un livre à sa couverture. Mieux vaut le laisser s’ouvrir petit à petit. Il est également inutile de se référer à l'avis d’autrui. Seul l’ouvrage est plus à même de tourner ses propres pages et de révéler tous ses secrets…





Jun Tsuyu
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« It is nice meeting you. »



La tasse quitte les doigts crispés du salaryman, qui l'abandonne aux soins de Jun, un certain soulagement à l'idée qu'il ne la repousse pas. Il s'était permis de proposer une boisson, sans savoir si son époux ne préférait pas prolonger son moment de solitude. Il l'avait interrompu, et maintenant qu'il se tenait debout, bêtement, face à la baie vitrée ouverte, il n'avait qu'une envie, c'est faire demi-tour et retourner s'isoler. Pourtant, il n'en fait rien, ses pieds ancré dans le sol comme un arbre qui prend racine, combattant ce désir de fuite en se disant qu'il se devait d'avoir au moins une conversation avec l'homme.

Heureusement pour lui, c'est de l'initiative de son vis-à-vis que la situation se débloque un peu, puisqu'il s'écarte, et l'invite alors silencieusement à le rejoindre. Le ventre noué, il ne dit mot alors qu'il sort sur le petit balcon, s'asseyant sur le sol en béton, à côté d'une jardinière où quelques pousses de cresson montrent le bout de leur nez. Entre lui et son époux, une bonne distance de bras tendu les sépare, chacun se retrouvant tassé dans son coin, sans aucun risque de se toucher par inadvertance.

Son pouce triture le faïence bon marché, son ongle ayant repéré la seule aspérité sur le mug fait à la chaîne, grattant une minuscule excroissance à la base de la anse. Le silence est pesant, et pourtant, Naoki n'arrive pas à le briser. Il n'est pas quelqu'un de très sociable ou extraverti, certes. Mais d'habitude, il n'est pas aussi mutique. Bien que cela lui coûte de l'énergie, il sait faire la conversation, et se prêter au jeu du small talk d'entreprise autour de la machine à café pendant la pause de l'après-midi.
Et pourtant, là, rien ne sort.

Son regard se perd alors dans le vert pâle de son thé, rendu trouble et pastel par l'ajout de lait pour adoucir l'amertume. Il souffle dessus, le porte à ses lèvres tandis que le vide s'étire. C'est presque comme s'il en avait oublié les bases fondamentale du contact humain.

Et puis, Jun prend la parole, lui faisant à nouveau une place pour qu'il puisse s'y installer, cette fois-ci, dans la conversation plutôt que physiquement à son côté. Naoki acquiesce par automatisme, bien qu'il sache qu'il ne parviendra pas à le tutoyer de si tôt. L'homme avait beau être son époux... Il ne restait pas moins un inconnu.

- Hm...

Il s'éclaircit la gorge, parler lui demandant un effort après s'être tue ainsi.

- Je... travaille en tant que comptable chez Poko & co. C'est un cabinet d'architectes, explique t'il d'une voix posée et dénuée d'excitation. Cela donnerait presque l'impression qu'il est en train de lire un CV. Ça fait 8 ans que j'y suis. Si cela vous intéresse, je peux vous fournir mes dernières fiches de paye.

Après tout, maintenant qu'ils allaient vivre ensemble, il leur fallait considérer toute l'organisation que cela demanderait. Le budget, les tâches ménagères, la gestion du logement et des démarches administratives. Naoki est terre à terre et concret, alors, c'est vers ces préoccupations que son esprit se tourne.

- Et vous ?

Il réalise alors qu'à peine après avoir accepté, il se retrouve à bafouer une demande de son époux. Alors, il incline légèrement la tête.

- Je suis navré. Pour le tutoiement. Je ne pense pas... être capable de le faire de suite, Tsuyu-san. Je vais faire de mon mieux, cela dit, j'espère que ça ne vous... froisse pas ?

Ses pupilles se posent sur l'homme à ses côtés, les traits fins de son visage laissant à peine transparaître un indice presque imperceptible d'inquiétude. Il semble évident qu'aussi bien de par sa politesse et ses manières, ses expressions et ses émotions soient tout autant mises sous clé d'une convenance ancrée en lui, automatique.

- A propos de mon emploi, je travaille toute la semaine, du lundi au vendredi, théoriquement de 8h30 à 18h30. Il m'arrive assez souvent de rester plus tard, en fonction de la charge de travail, ou s'il est nécessaire de terminer certains dossiers. Il m'arrive de travailler le week-end. Que ce soit au bureau ou chez moi. Les bureaux sont situés dans le quartier de Nakano. De ce fait, je ne pourrais pas rentrer pour déjeuner. Parfois, je dîne aussi au bureau.

Ce qu'il ne précise pas, c'est que ses déjeuners comme ses dîners sont rarement équilibrés et complets. Et qu'il lui arrive d'en rater, ou de grignoter à la place.

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Briser la glace n’est pas facile. Que ce soit avec douceur ou virulence, j’ai la sensation que le cocon gelé autour de nous demeure dur, épais et infranchissable. Chaque fragment de givre arraché paraît dérisoire face à ce qu’il reste à décrocher. Pourtant, j’essaye de mettre de l’eau dans mon vin en demandant, par exemple, ce qui occupe le quotidien de Naoki. De toute évidence, je suis face à un bourreau du travail ! À aucun moment, il ne fait allusion à un hobby ou à un loisir. Il se contente simplement de m’expliquer que, depuis huit ans, il est comptable dans un cabinet d’architectes et… C’est tout… ?! Son ton est neutre. Sans entrain. À la limite de celui qu’on emploie dans un entretien d’embauche. De ce fait, je suis incapable de déterminer si les chiffres sont un kiff perso, ou s’il fait ça par habitude et sans passion. D’après ma déduction, il fait partie des employés ne cherchant qu’à gagner leur vie et n’attendant pas grand-chose du lendemain, si ce n’est une stabilité financière ou une augmentation… On est donc à des années-lumière de ma carrière…

Insidieuse, la déception vient lacérer mon myocarde. L’idée même que l’Incontestable m’unisse à un mec préférant montrer des documents administratifs, plutôt que de me parler de ses passe-temps, me remue les tripes ! Bon sang ! Je comprends bien qu’on s’engage à fond dans son emploi. Qu’on ne compte pas les heures. Qu’on se réfugie là-dedans, notamment pour compenser un problème personnel. Qu’on soit fier de sa profession, au point de la mettre en avant, ou de d’abord se résumer à ça… D’accord. Mais… Il n’y a vraiment rien à côté, qui puisse le distraire, l’apaiser ou lui permettre de se défouler ?!... Merde, quoi ! Naoki pourrait être un adepte de nanomanie, champion régional de yoyo, fétichiste du tricot ou bien vouloir s’entraîner à un concours pour imiter le brâme du cerf, … ! Peu importe ! Je m’en fiche, du moment qu’il fasse autre chose que remplir des fichiers de chiffres ou de calculs ! Il n’y a pas que le « métro boulot dodo »… C’est peut-être idiot cependant, il m’est difficile de me projeter avec lui, si son quotidien est vide dès qu’il quitte les locaux de son cabinet… J’ai réellement besoin qu’il développe la seconde partie de ma question !... Finalement, c’est au prix d’un lourd effort que je demeure ineffable, notamment lorsque je lui réponds.

- Ok… Pour les fiches de paye, ce n’sera pas nécessaire. On se penchera ensemble sur le budget lorsque les premiers papiers du loyer, des assurances et des frais nous parviendront.

Là, dans l’immédiat, je n’ai vraiment pas envie d’étudier tout ça. D’autant plus que, en toute honnêteté, gérer un budget n’est pas ma tasse de thé ! Je le fais, parce que c’est nécessaire, en particulier pour mon atelier. Toutefois, ce n’est jamais de gaieté de cœur ! En outre, j’avoue que, jusqu’ici, je ne m’y étais pas beaucoup penché dans le cadre personnel… Notre appartement était géré à trois et on répartissait tout équitablement, que ce soit pour la location, les courses ou les factures. Jusqu’ici, j’avais donc de quoi me permettre de vivre, sans trop faire attention. Oh, je ne suis pas un grand dépensier ! Avoir des vêtements de marque ou des objets hors de prix n’est pas mon délire. Je ne voyage pas de droite à gauche. En revanche, j’adore aller dans un bar ou sortir avec des amis. De plus, mes deux passions peuvent nécessiter une certaine somme, surtout mon emploi ! Tôt ou tard, il faudra donc que je planche sur les nouvelles sommes à prendre en compte afin de réajuster tout cela.

Un temps se fait, jusqu’à ce que détonne un « Et vous ? » irritant pour mes tympans. Silence. Une réaction plus due au vouvoiement qu’à un manque d’envie de réponse. Volontairement, mon visage se détourne de mon époux pour marquer mon désarroi. Parfois, les gestes ont autant de poids que les mots. Or, je suis certain que le salaryman a saisi le message. Je profite d’ailleurs de ce rejet pour fermer les paupières et inspirer. C’est un véritable chaos sans nom dans ma poitrine ! Hélas, c’est pire dans ma tête, où les questions se fracassent avec sauvagerie ! Agacé, j’enjoins à mon cœur de cesser de battre si vite. Il ne m’écoute pas. Pas plus que l’assourdissante logorrhée intérieure servie par mon cerveau. Fichus traîtres !

Comme s’il réalisait sa bourde, que ce soit de lui-même ou via mon comportement, mon partenaire se met brusquement à bafouiller des excuses. Apparemment, il fait de son mieux, même s’il ne pense pas être capable de me tutoyer de sitôt. Ah. Vraiment ? Me vouvoyer et m’appeler par mon nom de famille, c’est faire de son mieux ?... Ses paroles me pénètrent, goutte à goutte, comme le ferait la pluie à travers un plafond fissuré. Lentement et progressivement, chaque mot ruisselle implacablement. Les dégâts sont visibles sur mes sourcils froncés. Rapidement, mon faciès revient alors vers mon époux pour le sonder.

- Pourquoi ?...

Interrogation entre grondement et perplexité. Franchement, en quoi est-ce si difficile de me tutoyer ? Ne le fait-il pas avec des potes ou des collègues avec lesquels il est proche ? Ne peut-il pas au moins essayer ? Là, il refuse sans même vouloir faire un effort… Ce qui est certain, c’est qu’il vaut mieux avoir une réponse de sa part car, me connaissant, je pourrais extrapoler, puis m’énerver…
Ma tasse posée sur le sol, je darde un regard froid, voire irrité. Je suis à deux doigts d’ouvrir la bouche, sauf que je sais d’avance que mon ton ne sera pas agréable. Ce sera à la lisière du passif-agressif… Autant dire que l’on fera dix pas en arrière, car je serais incapable de retenir des piques. Hélas, je suppose que c’est comme ce mariage : il n’est pas question de choix et ça ne dépend pas vraiment de moi. Cela dit, si Naoki tient tant que ça à instaurer de la distance et à nous limiter au strict nécessaire, aucun souci. Je ne suis pas là pour trouver l’amour. Encore moins avec une personne que l’on m’impose ! Si le brun à lunettes préfère qu’on demeure deux étrangers se vouvoyant, je m’adapterai à ses désirs.

La pulpe de mes doigts n’a pas retouché le mug depuis que je l’ai posé. L’envie n’y est plus. En outre, lorsque mon interlocuteur annonce tout de go avoir des journées bien remplies et qu’il lui arrive de faire des heures sup’, le soir comme le week-end, sa priorité dans la vie ne fait plus aucun doute ! Ce type vit clairement pour bosser ! Bon… Génial ! Au moins, il ne me tannera pas si je m’absente -vérité ou prétexte- à n’importe quelle heure du jour pour aller à l’atelier !

- Ok… Si tu pars tôt et travailles souvent le soir, je suppose que l’on se verra à ton retour. Qu’importe si c’est en coup de vent pour réaliser les tâches quotidiennes... Cinq à dix minutes quotidiennes devraient suffire. Au pire, si t’as déjà dîné, on mangera un fruit dès que tu rentreras, tout en regardant la télé. Comme ça, tu seras tranquille et t’auras pas trop besoin de prendre sur toi pour « faire de ton mieux ».

Le ton est assez accusateur. Naoki ne le ressent peut-être pas comme ça mais, en réalité, je lui offre la solution pour vivre sa vie comme il l’entend. Tout ce qu’il a à faire, c’est de consacrer un petit quart d’heure à son « couple ». Pour le reste, il a quartier libre… Pas besoin de plus pour deux misérables semaines.

- Je te transmettrai mon numéro. T’auras qu’à me SMS si tu dois rester au travail…

Énième silence qui nous enveloppe. Peut-être par cruauté, je le laisse s’installer quelques longues secondes, avant de finalement offrir quelques informations à ma moitié.

- Même si je suis passionné par la musique, je suis céramiste potier. Hormis les heures d’ouverture du magasin, mes horaires varient selon les périodes et les commandes… Mais, sauf le samedi, cela ne devrait rien changer pour toi… En revanche, je donne des cours à des élèves et à des particuliers certaines journées ou soirées. Tu seras informé en temps et en heure, histoire qu’on s’organise.

Est-ce que je serais le genre d’enfoiré capable de l’en informer le jour même, histoire d’imaginer sa panique, plutôt qu’un visage inexpressif ? Carrément… Néanmoins, pour l’heure, une réflexion me hante.

- Tu fais quoi, quand tu ne bosses pas ?...

« Pitié, ne me réponds pas « rien »… Sinon, je t’assure que j’enverrai chier la bienséance ! »





Jun Tsuyu
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« Nice to meet you. Again. »



- Pourquoi ?...

L'étonnement se lit sur le visage du comptable, qui semble confus pendant une seconde. Les mots roulent sur sa langue comme une évidence.

- Eh..? Parce que je vous respecte..?

Après tout, Jun est son époux, c'est une personne qui va partager sa vie. La moindre des choses qu'il puisse faire, c'est de le traiter convenablement. Mais cela ne semble pas vraiment plaire au concerné, ce qui ne fait que perdre un peu plus le petit brun. Décidément, il n'arrivait à rien.

La tasse offerte est posée au sol, et même si rien n'est clairement dit, Naoki a l'intuition qu'une porte vient de se refermer, alors qu'elle avait déjà été bien difficile à ouvrir. Il constate qu'il est en train de tout faire de travers, et pourtant, il ne comprend pas. Ce qui est attendu de lui, ce qu'il doit faire. Quand il s'imaginait rencontrer son épouse, choisie par l'Incontestable, il s'était imaginé que tout serait facile. Qu'il saurait quoi dire, quoi faire. Que les choses et le monde feraient soudain sens et qu'il se sentirait enfin à sa place.

Pourtant cette rencontre n'est que confusion, et il a l'impression qu'il serait n'importe où mieux qu'ici, sur ce balcon.

- Comme ça, tu seras tranquille et t’auras pas trop besoin de prendre sur toi pour « faire de ton mieux ».

Naoki se tourne vers l'homme, les lèvres pincées. Était-ce l'impression qu'il lui avait donnée ? Peu à peu, la réalisation l'atteint. A quel point il doit paraître fermé, et involontaire. Peut-être que ce qu'il considérait comme du respect n'avait été interprété que comme une manière de s'éloigner, et son investissement dans son travail, un moyen de l'éviter ainsi que cette union. Quelle incompréhension... !

Il entrouvre la bouche après une inspiration et un long silence, mais est coupé dans son élan par son mari à nouveau, qui lui confie être céramiste, en plus de confirmer sa passion pour la musique. Il referme les lèvres immédiatement pour ne pas l'interrompre, comme si on lui avait pincées, ses grands yeux noirs toisant Jun. Il travaille dans un magasin de poterie ? A cette information, il ne peut s'empêcher d'être admiratif, un éclat certain s'étant mis à briller dans ses iris, si bien qu'il est resté légèrement béat et stupide quand la question lui a été retournée.

- Ah euh... Avant cela...

Il s'éclaircit la gorge, et tout en restant à genoux, il se tourne un peu plus dans la direction de son vis-à-vis. Cette fois-ci, il le regarde dans les yeux, un air sérieux sur le visage, avant de s'incliner.

- Je m'excuse si... mes intentions n'étaient pas claires, déclare t'il avant de relever la tête, l'air toujours aussi solennel. Il est vrai que... l'agencement de cette union m'a surpris mais, je compte m'y engager sérieusement. Je crois que... Je crois que nous nous sommes mal compris, et, je ne voudrais pas que mon attitude vous fasse penser que je souhaite le contraire.

Au fur et à mesure de sa tirade, l'assurance du comptable s'amenuise, et son regard commence à fuir vers le bas.

- J'aimerais faire vo...

Il s'interrompt, se racle la gorge, et derrière son épaisse monture, on pourrait presque apercevoir que ses pommettes commencent à rosir.

- … t-ta... connaissance, c-comme il se doit. Pouvons-nous... pouvons-nous recommencer... ?

Ses tourmalines sont désormais rivées vers le sol, une tension visible dans tout son corps alors qu'il attend l'accord, qu'il n'est pas sûr d'obtenir. Il espère au moins que cette fois, ses intentions ne seront pas mal comprises.

Sans certitude, il s'aventure à lever les yeux, et après avoir rassemblé son courage et posé sa tasse à côté, il prend une inspiration pour se présenter, les mains crispées sur ses cuisses.

- B-bonjour, je.. j-je m'appelle Naoki Hasegawa. J'ai 29 ans et je suis actuellement comptable. Je.. Je suis vraiment honoré d'être... d'avoir été choisi pour.. pour former ce c-c... cette union, et je.. j-j'aimerais faire au possible pour que.. que les choses se passent au mieux et que v-vous vous sentiez bien. Je me doute que... que ce ne sera pas facile, nous ne nous connaissons pas encore, évidemment... S'il y a des choses qui... qui posent problème, j'essaierais de les améliorer.

Sa gorge est sèche, et il a l'impression de s'être totalement humilié. Autant aller jusqu'au bout.

- E-et vous.. tu me demandais tout à l'heure ce que je fais, en dehors du travail. J-je... Je fais du judo, une fois par semaine, et du.. du jogging. J'aime bien... jardiner et... et cuisiner parfois...

L'aveu s'est fait à mi-voix, avant qu'il n'ajoute précipitamment.

- Je suis quelqu'un d'assez ennuyeux, désolé...

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Naoki Tsuyu
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Mon agacement est palpable. Outre le fait que mon conjoint se comporte comme s’il était à un entretien d’embauche et ne vive que pour son boulot, sa réponse à mon « Pourquoi ? » m’a fait serrer les dents. Apparemment, il me vouvoie par respect… Ce serait légitime, si nous étions des collaborateurs ou de parfaits inconnus. En revanche, ça l’est moins avec la personne partageant son quotidien, son lit et son corps… Ou alors, mes parents ont loupé quelque chose dans leur éducation ? Même si leur union était bancale, tous deux se sont toujours tutoyés. Il en va de même avec ma belle-mère. Les rares époux, que j’ai vu garder ce genre de distance verbale et sociale, ne s’aimaient pas ou appartenaient à la haute société. Est-ce le cas de mon vis-à-vis ? En raison de son apparence et de son emploi relativement commun, il m’apparaît peu probable qu’il soit issu d’une famille aisée… Ce qui m’amène donc à envisager un sous-texte dans sa réplique. Ainsi, si je comprends bien… Il me juge comme une personne non-courtoise, voire irrespectueuse car, contrairement à lui, je le tutoie !? Bon… Je reconnais l’avoir été, notamment à travers certains propos... Toutefois, cela paraît logique d’essayer d’être familier avec sa « moitié ». Ignorant si je dois me sentir insulté, ou s’il s’agit d’une divergence d’opinion, un silence méditatif m’enveloppe.

Le temps de quelques secondes, j’analyse alors la situation, avant de proposer à mon interlocuteur la meilleure façon de continuer de vivre, sans trop trimer avec ce mariage illusoire. Le pincement de lèvres capté par mes onyx me laisse à penser que mon impertinence ne plaît pas. L’image de la gentille épouse docile s’efface définitivement… Tant pis ! Je ne vais pas m’excuser d’avoir été trop incisif, surtout quand j’aurais pu faire pire ! Après un énième mutisme, je cède de brèves informations sur ma personne puis, je décide de revenir sur un point me tenant à cœur : les loisirs. Mots envolés vers le visage fin du jeune homme. Iris charbon bloquées sur leurs consœurs. Affrontement muet. Court moment de flottement où l’encre finit par coulisser sur cette bouche entrouverte…

Soudain, Naoki baragouine avec hésitation. Il finit ensuite par s’éclaircir la gorge. Aussitôt, mes ébènes remontent vers le haut de son visage pour reprendre ce tête-à-tête visuel. Le sérieux a investi son faciès. Or, cette expression me met immédiatement sur mes gardes. Méfiant, je sens mes épaules se raidir en même temps que je me concentre davantage. Vue et ouïe décortiquent chaque mouvement ou mot du garçon à lunettes. De ce fait, la confusion et le mal-être prenant implacablement le pas sur son minois ne m’échappent pas. Est-ce cruel d’avouer que ces premières réactions réchauffent mon myocarde ? Au moins, il ne m’apparaît plus comme quelqu’un d’hyper solennel et sans émotions… Cependant, je devine aisément que la perte de ce masque impénétrable ne doit pas être facile à vivre… Une part de moi compatit à ce sacrifice… D’autant plus que, comme lui, je n’ai pas laissé entrevoir beaucoup de choses, si ce n’est un sale caractère !

Un réel soulagement s’empare de moi lorsque mon conjoint confesse sa surprise pour cette union. Bien que je l’eusse compris, le fait qu’il abatte la carte de la franchise est rassurant... Voire motivant ! En effet, si mon interlocuteur me semble sincère, j’ai tendance à l’être aussi… L’engagement de son futur investissement dans cette relation et son tutoiement estompent également la tension omniprésente dans ma carcasse. Va-t-on éviter l’ignorance, les faux-semblants ou les querelles quotidiennes ? L’espoir est permis… Ainsi, même s’il reste à voir si mon mari tient parole, cette mise au point est un immense réconfort.

- J'aimerais faire vo...... t-ta... connaissance, c-comme il se doit. Pouvons-nous... pouvons-nous recommencer... ?

Est-ce la lumière qui me joue des tours, ou bien l’ocre a-t-il coloré son épiderme ? Avec curiosité, mes mirettes dérivent sur ces nouvelles nuances… Pendant ce temps, un hochement de tête répond à cette proposition. Oh, j’ai conscience que ce geste risque d’échapper au salaryman dont le menton est rivé vers le sol ! Toutefois, je n’ai pas envie d’ouvrir les lèvres. Mon intuition m’affirme que parler le couperait dans sa lancée… Ce qui est, évidemment, hors de question !

Soudain, le son de la tasse sur le balcon crève la nouvelle bulle de silence et de gêne autour de nous. Patience. Sans un mot, je continue de scruter la petite silhouette à mes côtés. Celle-ci a l’air de s’être recroquevillée sur elle-même... Étrangement, cela la rend encore plus frêle et minuscule qu’à l’accoutumée... Le comptable m’apparaît alors comme un être fragile. Écorché. Troublé. Dérouté. Perdu. Mis à nu. Mon comportement l’a clairement poussé dans ses retranchements. Toute sa superbe s’est envolée !… Délicatement, mes tourmalines chavirent sur ses poings crispés contre ses cuisses. Captent-elles un tremblement ? J’en suis incertain. En revanche, elles envoient des reproches à mon palpitant. De toute évidence, j’ai fait du mal à l’homme en face de moi ! Pas besoin de suivre mon intuition. Toutes les preuves sont sous mes yeux.

Dans une nouvelle tirade hésitante, l’employé m’offre une pluie d’éléments. J’apprends ainsi son âge, ses passions en dehors du cabinet et, de nouveau, ses intentions vis-à-vis de nous… Bien que l’état de Naoki ne me laisse pas insensible, j’apprécie cette déclaration ! J’ai enfin la sensation d’avoir quelqu’un face à moi et non un mur froid, distant et hors d’atteinte.
Il me faut quelques secondes pour réaliser qu’un sourire aussi attendri que délicat a pris ses aises sur mes lippes. Ce dernier s’est éclairé au fur et à mesure de ce monologue, notamment lorsque mon compagnon m’a révélé tous ses loisirs… Apparemment, il fait beaucoup de choses, notamment dans le domaine du sport ! De la bienveillance hante mon regard, tandis que je secoue le museau à l’auto-critique du jeune homme.

- Je ne te trouve pas ennuyeux.

L’une de mes commissures s’ourle davantage. Aussitôt, le rictus sur ma bouche se fait plus doux encore.

- D’après les jardinières et les pots à l’intérieur de l’appart, l’Incontestable devait connaître ton don pour le jardinage… Certifié-je en dardant rapidement mes onyx sur les bacs, avant de revenir vers leurs alter ego. Si… T’en as envie… Je pourrai les personnaliser pour toi. Ils auront les couleurs ou les motifs de ton choix…

D’une brusque pichenette, l’ongle d’un de mes index vient tinter contre la faïence de mon thé. Le contenu tremblote, sans pour autant vaciller. Le coup a volontairement été léger, simplement pour capter l’attention de mon interlocuteur.

- Idem pour ces tasses… D’ailleurs, à tout hasard, t’aurais pas déjà une teinte ou idée qui te viendraient spontanément ?

Cette fois-ci, c’est à mon tour de laisser mes yeux glisser vers le sol. Mon sourire n’a pas décru cependant, ma voix a nettement perdu en assurance lorsque je susurre :

- Outre le fait que c’est mon métier, c’est ma façon de contribuer un peu à cette nouvelle vie… Contrairement à toi, j’suis loin d’avoir la main verte ou d’être doué en cuisine. Bien sûr, j’ferai d’mon mieux pour t’aider et te compléter. Mais, ne t’attends pas à des miracles…

Loin de là, surtout dans une cuisine !... Retour des deux billes obscures vers mon partenaire. Vif regain d’aplomb et de détermination.

- En revanche, faire les courses ou le ménage ne sera pas un souci !

S’il part tôt et rentre tard, j’aurai une large manœuvre pour faire briller cet appart’ ou aller faire le plein du frigo ! Tout à coup, un rire racle ma chair labiale.

- Crois-moi sur parole : tu préfères largement m’avoir en train de faire la vaisselle ou de passer l’aspi que de manger l’une de mes préparations… Ou alors, t’aimes vivre dans le risque et ça, ce sera à tes risques et périls…

Notamment pour son estomac ! Avec tendresse, la pulpe de mon index suit l’anse de la tasse. Après le coup, la caresse. Sur l’instant, je ne fais pas le lien entre mon geste et la situation que nous venons de vivre. Je me contente de poursuivre l’exploration de cette courbe blanche, tout en m’imprégnant des traits du salaryman. Je remarque alors la longueur de ses cils et, surtout, la superbe constellation sur son épiderme. Quelle vision fascinante… Intrigué, je m’y attarde quelques secondes.





Jun Tsuyu
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Le coeur lourd, son battement résonnant dans ses tympans, Naoki fixe le sol dans l'attente d'une réaction, dans l'attente d'un jugement. Il aurait pu récolter un rire,  de la pitié. Une condamnation.

A la place, c'est avec douceur que Jun lui répond, ayant pour effet de lui faire relever immédiatement les yeux. La douceur n'est pas uniquement dans sa voix mais aussi dans ses iris et sur son visage entier. Un sourire, presque tendre étire ses lèvres, pour la première fois depuis leur rencontre, et le comptable réalise à quel point il était tendu, lâchant un soupir de soulagement en même temps que ses épaules s’abaissant légèrement.

Son attention est captée par le geste du potier envers les jardinieres, et Naoki relève un peu les mains.

- Je ne dirais pas que c’est un don... J’apprécie juste l’activité. Je trouve cela... reposant.

La proposition suivante le surprend cela dit, le faisant rester un peu béat devant son époux, la bouche entrouverte dans une expression incrédule.

- Eh ? V-vraiment..? Vo... T-tu... Ne te tracasse pas pour ça, ça va vous rajouter du travail...

Il est évident par le discours du jeune homme que le tutoiement lui est compliqué mais l’effort est présent.
Puis la proposition est réitérée pour les tasses, et cette fois ci Naoki n’à pas le cœur à refuser. Alors, il réfléchi  quelques secondes avant de déclarer.

- J’aime.. bien le bleu marine..? Enfin... le bleu en général. Et... les autres couleurs aussi. Je vous fais confiance pour le choix, t-tu as probablement plus de sens esthétique que moi...

D’autant plus que le japonais ne s’autorisait pas vraiment à  porter ou avoir des choses colorées, l’impression que cela le ferait paraître moins sérieux. De toute sa vie, il n’avait jamais vu son père porter une couleur vive, et il était sa référence en terme d’image. Aussi fermée et désuète qu’elle pouvait l’être, il ne l’avait jusqu'ici jamais vraiment remise en question.

Sorti de ses pensée par une proposition d’organisation, Naoki pince un peu les lèvres dans une moue de réflexion. Faire la cuisine pour eux deux. Ça ne le dérange pas dans les faits, bien qu'il ne peut s'empêcher  de sentir une boule se former dans son ventre en l’imaginant. Il tente de se raisonner que si c’est sur la requête de son époux, il n’y a aucun mal à ce qu’il le fasse. N'est ce pas ?

- Si ça vous arrange... Je me chargerais de la cuisine. Je ne suis probablement pas plus doué que vo... toi, mais je tâcherais de ne pas nous empoisonner.

La touche d’humour a été dites alors que son expression s'est enfin adoucie, mais se retrouve en partie camouflée  derrière sa tasse qu'il  a récupéré.
C’est alors qu'il remarque que Jun est en train de le regarder. Le fixer serait d'ailleurs plus adéquate comme terme, l’attention du musicien totalement obnubilé par quelque chose sur son visage.

Le salaryman détourne les yeux d'abord, puis sent ses joues commencer à rougir sous l’observation inquisitrice de son mari. Il déglutit, faisant remonter sa pomme d’Adam, ses cils papillonnant alors qu'il ne sait où poser ses pupilles.

- H-hum... Ts...Tsuyu-san..? L’appelle t’il sans grande assurance. Il y a un problème..?

Sa main vient trouver sa nuque, qu'il frotte un peu pour se donner contenance, avant de qu'il ne se mette à triturer ses doigts nerveusement.

- J’ai... quelque chose sur le visage..?

Il s'essuie la joue d’un revers de main et continue.

- J’ai mangé dans une échoppe, je n’ai pas eu le temps de... de vérifier.

Quelle honte ce serait s’il était barbouillé depuis le début de cette conversation ! Jun allait avoir l’image d’un homme désordonné et sale, a cause de ça, et cette idée lui déplaît. Malgré tout, il aimerait lui faire une bonne impression !

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À la manière des vagues sur la berge, les efforts de Naoki pour me tutoyer glissent autant qu’ils refluent. En une seconde d’intervalle, il peut très bien me vouvoyer, avant de brusquement se montrer familier. C’est comme s’il ne savait pas sur quel pied danser. C’est sans importance car, il a le mérite d’essayer ! Il a pris en compte ma demande… Et s’adapte comme il le peut. Au moins, cela prouve que cette union ou notre entente lui importent… Bien que les conflits ne me dérangent pas, une part de moi est rassurée par cette implication. Je suis également admiratif de sa capacité à s’adapter… Aurais-je capable de me montrer aussi assidu si on me l’avait demandé ? Honnêtement, la réponse à cette question me paraît floue…

Mon esprit médite encore là-dessus lorsque le garçon me révèle jardiner pour se détendre. Une fois encore, la comparaison avec ma belle-mère me heurte de plein fouet. Rien que pour ça, tous les deux s’entendraient à merveille… J’ignore si cette similitude influe ou non dans ma proposition pour décorer les jardinières et les faïences de la maison… Le fait est que celle-ci quitte mes lèvres sans l’once d’une hésitation. Apparemment, l’offre surprend mon interlocuteur. Sa mâchoire retombe lentement, sans un bruit. Petit poisson hors de l’eau. Faisant fi de son étonnement et de son premier refus, j’insiste, jusqu’à parvenir à lui décrocher un choix. Une teinte. Le bleu marine.

Mon époux l’ignore toutefois, cette couleur me plaît également beaucoup. Elle m’évoque le ciel, l’obscurité, l’espace, le mystère, la mélancolie et, surtout, l’eau... Profondeurs abyssales… Si j’en porte peu, c’est un coloris que j’utilise souvent pour mes créations. En outre, peindre les jardinières avec cette nuance est loin d’être idiot. Le bleu marine est l’une des teintures naturelles les plus résistantes. Elle ne s'affadit pas trop rapidement au soleil et, contrairement à d’autres pigments, elle ne s'altère pas aussi vite lorsqu'elle est exposée aux éléments. Ce sera donc parfait pour décorer ces plantes d’extérieur !

Méditatif, j’enregistre cette demande, avant d’expliquer, penaud, préférer décorer ou nettoyer notre foyer, plutôt que de jardiner et d’avoir à faire la cuisine… Or, cet aveu provoque immédiatement un pincement de lèvres chez mon compagnon. Comment interpréter cette expression ? Déteste-t-il mettre la main à la pâte ? Avait-il envisagé les choses autrement ? Est-il aussi nul que moi derrière des fourneaux ? Pensait-il rentrer tard et tranquillement mettre les pieds sous la table en attendant patiemment que sa petite femme vienne remplir son auge ? Malheureusement pour lui, ce scénario est impossible si je fais partie du tableau... Ou alors, il a intérêt à accepter de bouffer du riz trop cuit, des plats préparés ou des assiettes à l’apparence ragoûtante !
Cela dit, je ne vois pas mon incapacité à cuisiner d’un mauvais œil. Après tout, avec les yatai et les nombreux restaurants proposant des plats à emporter à des prix dérisoires, manger correctement est largement possible ! De ce fait, si nous sommes deux brêles, il nous suffira de mettre un pied dehors…

- Si ça vous arrange... Je me chargerais de la cuisine. Je ne suis probablement pas plus doué que vo... toi, mais je tâcherais de ne pas nous empoisonner.

Un gloussement fait brièvement vibrer ma gorge. Probablement pas plus doué que moi ? Hm... Impossible ! Il n’imagine pas à quel point je suis une cause perdue… Néanmoins, il le verra bien vite ! Mon esprit anticipe. Une brusque vision du comptable, face à un bouillon de nouilles imbibées de sauce amère et de légumes grossièrement coupés, s’impose à mon esprit. Sa moue songeuse virant au dégoût se dessine sans grand effort ! Le pauvre… Pour peu, ce mirage me ferait presque rire. Cependant, je préfère concentrer mon attention sur le mug que j’ai sous les doigts ainsi que sur le visage en face de moi.

Il me semble avoir déjà vu cette constellation…
Mais où ?
Maudite mémoire embrumée ne paraissant pas vouloir faire d’efforts !

Songeur, je permets à mes onyx de s’attarder davantage… Peut-être trop longtemps ? Qui sait combien de secondes se sont écoulées quand la voix de mon interlocuteur fait vaciller la bulle où je me suis enfermé ?… Tout à coup, un revers de main écrase la myriade d'étoiles sur la peau du salaryman. Malgré sa douceur, il m’arrache instantanément à ma contemplation. Le retour sur Terre est rude. Sous l’agacement, mes sourcils se froncent légèrement. Vifs battements de paupières. Est-ce qu’il a quelque chose sur le visage de mon partenaire ? Non. Rien, hormis cette traînée de points que j’aurais voulu admirer davantage… Regrets enfouis. Dans un mutisme dérangeant, mes ébènes captent de nouveau l’ocre des joues de Naoki, puis dérivent sur leurs consœurs. Après une courte inspiration, mon regard se fait plus assuré.

- Ouais. Mais, t’en fais pas, t’as tout enlevé ! Affirmé-je d’une voix franche.

Me voilà mentant sans vergogne. Le pire, c’est que j’y parviens avec une facilité déconcertante ! Pour une fois, je sais que mes talents d’acteur ne sont pas trop mauvais. Le tout sonne tellement naturel… Plus encore au moment où je baisse les yeux vers mon mug, l’air grave et déterminé.

- Bon, c’est pas tout ça, mais j’aimerais déballer quelques cartons !

Ne serait-ce que pour avoir de quoi dormir cette nuit ou, mieux, la paix pendant une bonne heure ! L’index crocheté autour de l’anse, j’avale mon thé d’une traite, sans même le savourer. La chaleur irradie aussitôt le long de mon œsophage. Par je ne sais quel miracle, je retiens une grimace. Putain ! C’est brûlant ! À la place, j’offre un faux sourire en coin, puis décide de déployer ma carcasse. Au passage, ma senestre récupère la gratte. Celle-ci vient rapidement trouver refuge contre mon torse, avant d’établir domicile dans ce que j’identifie comme un potentiel bureau ? Très vite, elle est rejointe par ma guitare électrique, mon ampli ainsi que divers accessoires pour jouer de la musique.

N’étant pas crade, je nettoie ensuite ma tasse à la hâte. Puis, je décide de passer aux choses sérieuses : le déballage de mes affaires ainsi qu’un peu de rangement ! Pour cela, m’enfermer dans le silence me semble primordial... Histoire que mon envie d’être seul soit aussi claire que de l’eau de roche, j’enfourne une paire d’écouteurs dans mes oreilles et lance le dernier CD de mes potes. Non, je n’ai pas besoin d’aide… Et encore moins d’un inconnu ! Peu importe le lien qui nous unit maintenant. Je préfère me débrouiller tout seul et à mon rythme. De toute manière, nous avons déjà effectué l’une des activités quotidiennes, n’est-ce pas ? Pour le repas, c’est mort. Outre l’heure tardive, le jeune homme a déjà mangé. Certes, ce n’est pas mon cas, mais je n’en ai cure. L’appétit est aux abonnés absents. Me forcer ne rimerait à rien…

Il ne reste donc que le baiser à accomplir avant de rejoindre mon époux dans le lit conjugal ! Toutefois, je n’ai pas envie de m’y atteler tout de suite. C’est trop tôt… Bien trop tôt !… Malgré mon assurance, je réalise avoir encore besoin de temps pour me faire à cette réalité. Bon sang ! L’idée d’embrasser autrui me travaille plus que je ne le laisse paraître. Certes, c’est un acte comme un autre qui ne me fera sans doute ni chaud ni froid. Mais, jusque-là, m’en passer me convenait très bien ! J’ignore si mon conjoint aurait souhaité que nos lèvres s’apprivoisent sur le balcon ou si, comme moi, il avait besoin de temps… Ce qui est sûr, c’est que le choix ne lui est pas revenu. J’ai fui. Lâche doublé d’un menteur. Rien à foutre…

Tandis que les cartons se font éventrer et vider, les quarts d’heures défilent sans que je ne m’en rende compte. Or, si Naoki a tenté d’accrocher son regard au mien ou s’il a essayé de me parler, je n’y ai pas fait attention… Peut-être était-ce un choix de mon inconscient ou bien de l’inattention ? À moins que chacun soit resté dans son coin ? Sur le coup, cela m’importait peu. Seul le résultat avait de l’importance… J’avais eu ce que je souhaitais : un moment de calme, sans penser à rien, si ce n’est à l’endroit où déposer mes affaires ! D’ailleurs, à défaut d’être avenant ou bavard, je m’étais montré soucieux quant à la place occupée dans les espaces communs ou les pièces de l’appart’. Volontairement, je m’étais fait assez petit... Tiroirs et placards, apparemment déjà un peu remplis, n’avaient pas accueilli beaucoup de mes possessions. Non seulement, je ne possède pas grand-chose, mais j’avais surtout veillé à laisser quelques trucs dans mon atelier. La chose prenant le plus de place était clairement mon matériel musical.

Il doit être onze heures et quelques, lorsque je décide d’en avoir assez fait pour aujourd’hui. Avec tous ces allers-retours dans les escaliers et le rangement, mon corps me paraît courbaturé. Connaissant mon manque d’appétence et de pratique pour le sport, c’est bien probable ! Dextre levée vers le plafond et senestre encastrée sur le coude droit, je déploie mes muscles pour les étirer. Un léger soupir fuit mes narines en un gémissement discret. Fiuh ! Est-ce que toutes les journées vont être comme celles-ci avant le quatorzième jour ?... Mes bras retombent doucement le long de mes flans, tandis que mes iris anthracite partent à la recherche de la petite silhouette de mon colocataire.

Une boule compresse mon estomac. Il me semble que j’ai suffisamment repoussé l’échéance de cet ultime devoir conjugal… Pourtant, une part de moi désire encore jouer avec le feu… Dans tous les sens du terme ! Les écouteurs toujours greffés à mes tympans, je détale vers le balcon pour m’allumer une clope…
Rapide coup de Zippo. Lippes avides de goûter au tabac. Inspirations faussement détendues.  Les paupières mi-closes, j’observe méticuleusement les volutes danser dans la nuit. Hélas, plus le tube se réduit, plus je réalise que mon état n’évolue pas... Cigarette et musique ne parviennent pas à effacer l’appréhension de ce futur contact buccal. Ce baiser DOIT avoir lieu… Retarder l’inévitable ne changera pas la donne. Agacé, j’enfourne violemment ma main gauche dans ma tignasse indisciplinée. Fichue lettre rose…






Jun Tsuyu
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