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Lundi 18 Juin 2114


— As-tu la moindre idée de l’embarras dans lequel tu as placé ta sœur en quittant New York au beau milieu du meeting ?!

Debout au centre d’un bureau très vaste, Hanz encaisse les remontrances de son père, l’air inébranlable.

— J’avais une bonne raison…
— Une bonne raison ? (il se relève brusquement pour agiter son téléphone portable vers son fils) Tu parles de cette fête dont j’ai eu vent ? Était-ce là ta bonne raison ? Rentrer pour humilier davantage ta famille en montrant à quel point tu es irresponsable et pourri gâté ?!

Un instant, il tente de se canaliser, se pinçant l’arête du nez, fermant les yeux et montrant ainsi à quel point son enfant le déçoit.

— On te donne des responsabilités…, poursuit-il durement. Ta sœur te trouve un poste, que tu ne mérites pas. (allant faire face au jeune homme) Quand te mettras-tu un peu de plomb dans le crâne !

Il fait claquer sa langue.

— Regarde-moi. Le conseil d’administration n’approuvera pas ce genre de comportement. C’est ça que tu veux ? Combien de fois t’ai-je dit de faire profile bas, d’arrêter d’attirer l’attention sur Goldsky ? Cesse de nous faire honte ou je…
— Tu « quoi » ? aboie soudainement Hanz, à bout de nerf. Tu vas me faire renvoyer ? Me renier ? T’excuser publiquement en mon nom ? Ou essayer de reprendre ce que Suiko m’a donné après sa mort, parce qu’elle en pouvait tout simplement plus de cette putain de « famille » ??

Une claque violente interrompt sa diatribe.

— Comment oses-tu ?!

Choqué, le jeune homme cligne plusieurs fois des yeux, hagard alors qu’une traînée rouge et cuisante s’étale déjà sur sa joue. Son cœur bat un rythme fou. Ses oreilles sifflent. Il sait qu’il a été trop loin. Il l’a su dès l’évocation de sa sœur et de sa mort. Mais alors qu’un goût ferreux se répand sur sa langue ; alors que la douleur s’inscrit davantage sur son cœur plutôt que sur sa peau, l’héritier relève un regard sauvage sur cet homme qui se prétend son père. Il articula la seule chose qui, il le savait, aurai pu parvenir à le déstabiliser méchamment en retour :

— Je suis marié…
Faudra que tu viennes saluer ton nouveau « fils ».
Peut-être que tu l’apprécieras mieux que tu ne m’apprécies moi.



[…]


Cette sale journée s’est poursuivi jusqu’à mon retour à l’appartement, sous une pluie fine et un ciel gris, plus maussade que jamais. J’ai aucune idée des répercutions de l’annonce du mariage faite à mon père. Mais… y a cette douleur au fond de ma poitrine, qui me lacère. Cette douleur accentuée par l’impression d’être plus seul que jamais en ce bas monde, de n’avoir aucun allié. Personne pour me comprendre.

Et puis le Lundi qui s’achève.
Mardi qui commence.

Après cette scène à l’hôtel, notre relation s’est réduite au néant. Tu m’évites et je ne cherche pas à y faire quoi que ce soit. Le dialogue est rompu. Aucun pont de bâti. J’ai pas la tête à m’occuper de toi. Pas avec le boulot que je dois gérer. Pas quand, en l’espace d’une semaine, je me suis aussi brouillé avec mon père et Naa.

Entre nous, comme un accord tacite de silence et de passivité. Ne rien demander. Ne rien obtenir en retour. Juste remplir les ordres puis tenter de s’évader de soi. Moi allant m’enfermer dans la bibliothèque pour travailler et toi faisant ta vie sans que je ne m’en préoccupe. Les baisers volés n’ont plus de goût. L’activité partagée se réduisant à fixer la télé en bouffant ce qu’on peut bien trouver à se foutre dans l’assiette.

J’attends rien de toi. La porte s’est refermée et aucune brèche ne vient plus l’ébranler. Ses gongs sont solides, coulés d’acier. Je crois qu’il faut se rendre à l’évidence, et je crois aussi que tu sais, maintenant : nous sommes trop différents. Ça pourra jamais coller, entre nous. Tu vois, j’suis devin. J’le savais déjà, depuis le début. Maintenant, tout ne fait que se concrétiser, petit à petit. Peut-être moins hostilement qu’au départ, cela dit. Mais cela ne fait pas moins mal. Je l’avouerai jamais. Peut-être que j’aimerais avoir tort.

Mercredi passe ainsi.
Jeudi passe ainsi.
Vendredi et…

Samedi arrive.



Aujourd’hui, mon cœur bat plus fort qu’à l’accoutumée. Mes émotions transparaissent plus distinctement, sans que je le veuille. On a reçu cet ordre idiot, nous demandant d’aller à la fête foraine. Quel genre d’ordre stupide est-ce là ?!

Un coup d’œil à ma montre. Il est midi passé. Tu bosses et…

Je peux pas.
Je peux pas.

Demain, c’est l’anniversaire de la mort de Suiko. Il devait y avoir une commémoration. Quand a-t-elle lieu ? Aujourd’hui ou demain ? Pourquoi personne ne me prévient ? Je peux pas la louper. Je peux pas. J’ai promis. Suiko est la seule pour qui je tiens encore mes promesses.

Et voilà que le tic-tac du moniteur me ravage un peu plus, m’indiquant le temps qu’il me reste pour gérer l’ordre et cela.  

J’ouvre mes SMS, cherche ton contact, pianote un message à la va-vite, plus stressé que je voudrais bien l’admettre.

« Rentre pas tard. »

Puis j’enchaîne, avec ma sœur Ayana.

« Pourquoi personne me dit rien ????? »

Dix minutes à attendre. Pour revenir à la charge.

« La commémoration est aujourd’hui ou demain ? Ça va se passer où ?! »
« Père m’a chargé de te dire que tu n’étais pas convié cette année. »

Et cette sensation de cœur qui se brise. Ce sentiment de froid qui tombe tout d'un coup. L’injustice. L'indignation. Une seconde, et je me reprends, serrant l’appareil entre mes doigts tout autant que mes dents.

« Tu te fous de ma gueule ?! Il peut pas me faire ça !!! »
« Il paraît que tu es marié. »

J’entends d’ici sa voix condescendante ; son dédain. Je déglutis, sentant le sang déserter mon visage tout en continuant de me frapper les veines. Inlassablement.

« C’est pas le sujet, putain ! »
« Je crois que si. »

Elle ne m'a plus répondu. Elle a attendu. M’a laissé mijoter tout l’après-midi, sur le qui-vive, à tenter de trouver par moi-même l’information ailleurs, sans grand succès. De quoi me refiler des envies de meurtre.

Puis l’après-midi cédant sa place au soir, tu m’as trouvé faisant les cents pas dans le salon, à longer les baies vitrées tel un animal dans sa cage, les yeux fixés sur son téléphone. Je ne t’ai pas entendu arriver. Je n’ai pas entendu tes mots, s’il y en a eu. Obnubilé. Obsédé par l’écran. Par la peur de rater ce cérémonie stupide, d'être mis de côté, aux yeux même du monde qui pensera que j'en avais rien à foutre.

Jusqu’à ce moment où je reçois finalement l’information d’Ayana, qui aura eu un sursaut de pitié. Le soulagement mêlé de stress. Le cœur qui fait un bond, ne sachant plus sur quoi se poser. J’ai cillé, relevant les yeux vers toi, te voyant comme pour la toute première fois depuis ces cinq jours passés. Et le visage comme un livre ouvert, à cet instant, que j’ai oublié de refermer. La douleur lisible, le profond désarrois, le brusque revirement de ressentis, le soulagement.

L'atterrissage brutal de mes pensées.

— On doit partir ! Que je t’intime, l’urgence dans la voix, avant que je ne me foute quelques claques mentales. Je... S’il te plaît… va te changer, met la tenue que je t’ai offerte, on doit aller quelques part avant d’accomplir l’ordre.

De passer à côté de toi, filant moi-même me préparer à la hâte, la nervosité battant mes veines.

— J’ai pas le temps de t’expliquer ! Mais juste ce soir, d’accord ? J-Je ferai ce que tu veux ensuite, je te promet.

Une erreur. Des mots lancés sans trop réfléchir, qui me reviendront sans doute plus tard, me mettant face au fait d’une nouvelle promesse qu’il me faudra tenir.

— Retrouve-moi au parking.

Le temps d’enfiler moi-même une tenue appropriée, et mon visage s’est recomposé son expression habituelle, excepté que l’on ressent les remous qui passent en-dessous de sa surface sombre ; on ressent encore toute ma nervosité, l’amertume qui se concentre à présent sur la pensée du père qui aura voulu me blesser pour me donner une leçon.

Il est déjà tard.
Il est tard, et je me demande la tête qu’il fera, lorsqu’il me verra arriver.
Lorsqu’il te verra.

Est-ce qu’il comprendra ?
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Le bruit de tes maux Hanz • Chae-Rok

• Lundi 18 juin 21145

— Chae-rok, tout vas bien… ? Me questionne Nam-sun d’une voix dans laquelle transparaît l’inquiétude.

Il faut dire que je fais certainement peur à voir. Le teint morne, qu’un faible — et surtout faux — sourire vient appuyer. En fait, je me demande si ce repas avec mes deux amis coréens tombe vraiment à point nommé ou non. Si j’ai clairement besoin de me changer les esprits, il n’empêche que, depuis que je suis assis à cette table, je n’arrête pas de penser à toi. En fait, je me repasse en boucle ce qui s’est passé à l’hôtel. J’ai tes mots qui résonnent sans cesse dans ma tête — me rappelant à quel point je me suis trompé. Sur toute la ligne, vraisemblablement.

— Oui oui, ça va.

La réalité, c’est que je ne me suis jamais senti aussi vide. Je traine ma carcasse depuis dimanche. Même aller travailler hier ne m’a pas aidé.

— Je n’en suis pas certaine, relève Su-hwa.

Et tu as bien raison, de ne pas être certaine.

Là, à cet instant où je relève les yeux vers elle, vers lui, je crève d’envie de leur dire. De leur parler de nous, de tout ce qui a bien pu se passer — ces deux dernières semaines tout comme il y a deux ans. J’en aurais besoin, oui — d’entendre leurs avis et leurs conseils. Pourtant, j’ai beau leur accorder toute ma confiance, je m’obstine dans cette idée que je ne dois rien leur dire. Que je dois garder le secret et me contenter de me démerder tout seul. Alors, je soupire silencieusement, le regard fuyant. Et je mens.

— Je suis juste fatigué, c’est pas évident au boulot.
— Ça ne l’a jamais été et tu as malgré tout toujours su garder ta positivité et ton énergie. Alors là, sans aucun doute, je peux affirmer que ce n’est pas une histoire de travail.

Je laisse passer un silence.
Puis, j’arque un sourire désolé.

— Écoutez, je ne peux pas vous en parler pour l’instant…

C’est plus fort que moi. Et, de toute façon, ça ne servirait à rien d’essayer de continuer sur cette lancée. Su-hwa n’est pas dupe ; Nam-sun non plus.

Un jour, vous le saurez.
Et je sais, que vous comprendrez pourquoi je ne pouvais encore pas vous en parler.


{…}

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi ; il n’y a pas eu plus d’avancée.

J'ai ressenti le besoin de rester le plus loin possible de toi. Comme si je n'avais plus le droit de t'approcher après cette joute verbale qui nous a opposé, l'autre jour. Certainement car je n'ai de cesse de me sentir comme un abruti depuis. Je t'ai blessé, je l'ai compris. Ou plutôt, j'ai pu constater que l'on ne se comprend pas forcément, toi et moi. C'était sous jacent. C'était tapit dans l'ombre depuis le début — et je ne voulais tout simplement pas le voir. Ni l'admettre. Je me persuadais seulement qu'à force, on y arriverait — sans vraiment penser au comment. Bien des différences creusent l'écart entre nous. Des différences dignes de gouffres sans fonds pour certaines. 

Mais, ne pense pas que j'ai abandonné pour autant. 

Pas encore. Ce n'est pas dans ma nature de m'avouer vaincu. Je pense qu'on peut surmonter tout ça si tant est qu'on le veuille. Moi, j'ai envie. Je veux que tu m'apprennes à te comprendre. Je veux, plus que tout, que l'on se parle. Qu'on échange. Car, ces derniers jours où tout était fade étaient insupportables. Je sais, je n'ai rien fais pour y remédier. Toi non plus. Dans mon cas, c'était par besoin de prendre du recul. De revoir tout ce qui s'est passé, tout ce que j'ai loupé, là où j'ai fauté. Reculer, pour mieux sauter. J'ai besoin d'un peu de temps avant de revenir vers toi — et sois-en sûr, je reviendrai.

Parce que j'ai envie de me rapprocher de toi malgré tout. 

Je joue l'aveugle depuis le début. Je me voile la face. Je me berce de mots qui n'ont rien de vrai — tout de faux. Peu m'importe si tu ne m'aimes pas. Peu m'importe si tu es dur avec moi. Peu m'importe j'ai connu pire que toi. Peu m'importe peu m'importe peu m'importe — alors que tout, en vérité m'importe. Tu sais, c'est une sacrée grosse introspection que j'ai faite sur moi, cette semaine. J'ai beaucoup pensé à qui je suis, ce que je fais et ce que je ressens réellement. Ce dont j'ai réellement envie. Car, à toujours penser aux autres je m'oublie. Quand on s'est revu, ce soir-là, j'ai bien compris que le mariage ne t'enchantait pas — moi non plus, je n'étais pas ravi mais j'avais fini par accepter. Conscient d'être un poids pour toi, j'ai tout barricadé et je me suis martelé l'esprit de cette même idée, tout le temps : te faciliter la tâche. Ne pas trop t'embêter et juste, juste que l'on puisse s'entraider un peu, dans ce merdier. Du moins, c'est ce que je voulais. Et souvent pourtant, j'ai été un boulet. 

Peut-être car, à vouloir plaire, je me perds.
Et si je ne suis pas le bon samaritain, qui suis-je réellement ?

Au fond, qu'est-ce que je voulais vraiment ? 

Je ne voulais pas l'avouer. Je n'ai jamais voulu, depuis cette nuit où tu m'as lâchement abandonné. Je crois que tu me plaisais. Ou du moins, cette électricité qu'il y avait entre nous a réveillée des choses que je ne connaissais pas. J'avais peur — et j'avais peur de te retrouver, une fois la lettre rose entre mes mains. Mais je crois que j'espérais bien pouvoir t'approcher de nouveau. Te revoir pour ressentir, à nouveau. Avec cette idiote idée que peut-être, cette fois, ça pourrait compter. 

Je ne sais pas si, à tes yeux, ça pourra être le cas un jour. 
J'aimerais. 

Plus d’une fois, j’ai eu l’idée, de t’approcher. De venir te voir, toquer timidement à la porte de la bibliothèque pour t’expliquer — pour te dire quoi ? Que je suis désolé, encore. Que ça, t’éviter comme la peste, je n’en voulais pas. Et pourtant, la pensée n’en est restée qu’une. Je n’ai rien fais. J’avais l’impression que ce n’était jamais le bon moment.

Je marche sur des oeufs. Je me sens maladroit dans tout ce que je veux entreprendre. J’ai perdu de ma superbe. Je ne me reconnais guère. Tiraillé par toutes ces indécisions qui me laissent planté sur place sans que je n’esquisse le moindre geste.

Avec toi, je me sens gauche.

{…}

• Samedi 23 Juin 2114


J’ai reçu ton message. Je t’ai répondu que j’avais réussi à me libérer une heure plus tôt. J’ai réussi à m’arranger pour quitter à vingt-et-une heures quinze plutôt qu’à vingt-deux. Et j’ai eu chaud, d’ailleurs. L’ordre de l’Incontestable était encore affiché sur l’écran de mon téléphone lorsque je l’ai déverrouillé à côté d’une collègue. Heureusement qu’elle avait le regard à l’opposé ; j’avoue que je n’aurais pas aimé la séance d’interrogatoire qui aurait suivie.

Je n’ai pas trainé. J’ai même eu la sale impression de partir comme un voleur du boulot. Je sens bien, de toute façon, que mes collègues ont remarqué mon attitude changée — et plus encore ces derniers jours. En plusieurs années de travail dans la même structure, c’est la première fois que je leur fais autant de bizarreries et ce, en très peu de temps. Je mettrais ma main à couper que les questions ne tarderont pas à tomber. Un problème à la fois, je m’en occuperais plus tard.

J’ai pris l’ascenseur.
J’ai ouvert la porte.
Et je suis tombé sur toi.

Ou plutôt, sur un lion en cage faisant les cent pas, devant la fenêtre, dans le salon. Je comprends vite que quelque chose te tracasse. C’est évident. Il n’y a qu’à voir cette façon que tu as de fixer ton téléphone. Et quelque part… ça me touche de te voir comme ça. Alors, pour la première fois depuis dimanche dernier, j’ose :

— Hanz … ? Tout va bien ?

Tu ne me réponds pas. Trop obnubilé que tu es par ton écran. J’inspire donc un grand coup. Je pose mon sac dans un coin et je m’approche de toi tout en triturant mes doigts. La tête légèrement penchée sur le côté.

Quand tu relèves le nez — tes pupilles s’accrochant aux miennes.

Je suis percuté de plein fouet par tout ce que je peux voir sur ton visage. La détresse, qui s’échappe de tes pores. J’en cesse de respirer, quelques secondes. Les lèvres entrouvertes ; pantoises. C’est pour ainsi dire la première fois que je te vois ainsi.

Et quelque part, ça me fait mal.

Je ne sais pas ce qui te met dans cet état. Mais pour t’avoir vu la plupart du temps aussi expressif qu’un bloc de glace depuis que l’on se côtoie, je me dis que ce doit réellement être important pour toi. Alors, quand j’entends l’urgence, que tu m’intimes d’aller me préparer, de mettre le costume que tu m’as offert, qu’on doit aller quelque part avant de remplir l’ordre, je ne désapprouve pas. À la place, je te réponds d’un hochement de tête, l’un de ceux qui souffle ces « d’accord ». Puis, tu passes à côté de moi, cette nervosité qui t’habite trouvant une place au creux de mon coeur. La mâchoire contractée, je déglutis. J’ai pas besoin que tu me promettes de faire ce que je veux ensuite. Je suis pas comme ça, Hanz.

Machinalement, mes incertitudes sont mises au placard. Sans plus attendre, je te suis pour aller me changer. J’ai l’habitude de le faire en deux temps trois mouvements quand mon bip sonne et que je dois rejoindre la caserne. Aussi, me voilà de nouveau avec le fameux costume avant que je n’ai pu dire « ouf ». Je passe rapidement par la salle de bain, histoire de mettre un coup d’eau sur mon visage, d’enlever le bandeau avec lequel j’ai travaillé et de discipliner mes mèches rebelles. Si tu m’as demandé de bien me vêtir, c’est parce qu’on doit aller voir du monde avant, je suppose. C’est pour cette raison que je m’applique à me faire un brin de toilette.

Mon coeur s’emballe quand je descends les escaliers. Je n’oublie pas de prendre mon téléphone et mon portefeuille, avant de prendre l’ascenseur — encore. Tandis que la boite métallique entame sa descente jusqu’au parking, je me fais mille scénarios. Je me demande, ce qui t’a rendu comme ça. Ce qui t’as fais mal, comme ça. Et je me demande si je pourrais t’épauler, cette fois. Si je saurais te comprendre et te poser les bonnes questions.

Parce que j’ai envie d’être là pour toi, si ça ne va pas.
Je veux que tu comprennes que tu peux compter sur moi.


Quand les portes s’ouvrent, je traverse le parking en courant jusqu’à te retrouver.

Et, lorsque mes tourmalines peuvent enfin confronter les tiennes, je prends mon courage à deux mains et je te demande :

— On va où ? Qu’est-ce qui se passe ?

Je suis inquiet. Peut-être le verras-tu.
Peut-être le comprendras-tu.

Je suis à deux doigts de me dégonfler. Te dire que tu n’es pas obligé de répondre ; te laisser une porte de sortie. La dernière fois, ça ne t’a pas plu. Je ne sais donc pas comment tu réagiras cette fois-ci.

Mais j’espère que tu constateras cette lueur de détermination.
Celle qui te dit que

je te lâcherai pas, peu importe ce qu’il en sera.
Chae-Rok Asuka
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Le parking est vide. Il y vibre un murmure métallique à peine audible. T’ayant précédé, chaque secondes me semblent durer une éternité, alors, je ronge mon frein. Je rajuste mon blazer de velours noir, lisse ma chemise burgundy. Et puis, j’enregistre mentalement le trajet qu’il va me falloir emprunter pour rejoindre le lieu du gala. J’appréhende.

Le coup d’œil que je t’adresse quand tu réapparais est presque soulagé. Le suivant plus appuyé, lorsque tu m’interroges. J’inspire, cherchant les mots, me demandant ce que j’ai envie de te dire, puis t’informant tout bas :

— Ma famille organise une soirée que je peux pas manquer...

Et ce regard un peu torturé qui fuit, déjà replongé dans l’idée de devoir nous y rendre. Mes doigts sur la portière. Je te fais signe d’un mouvement du menton de t’installer, sans perdre une minute.

— Tu comprendras.

À la suite de quoi je n’ajoute rien.

Je dois me concentrer. Reprendre possession de moi pour que rien ne se craquelle. Que tout ce qui converge en mon sein ne m’empêche pas de conduire ou de réfléchir. Pourtant j’ai malgré tout conscience d’une chose… J’ai conscience que t’as accepté de me suivre aussitôt, sans poser de questions. Après cette semaine passée à s’éviter, faire comme si l’autre n’était qu’une variable négligeable, j’aurai pas cru ça possible.

Et qu’est-ce que j’aurai fait ?
J’aurai fait quoi si t’avais pas voulu venir ?
Avec ce putain d’ordre à côté comme un couteau sous la gorge ?


Les phalanges crispées autour du volant de ma Maserati, j’allume le moteur.

Et c’est dans le silence relatif que se passera le trajet. Un silence nerveux. Appréhensif. Chaque inspiration se faisant plus nerveuse ; chaque mètre d’asphalte avalé me tordant un peu plus le bide – de colère, d’indignation et de chagrin.

Nos peaux caressées par les milliers de néons crevant les rues noires, c’est un peu comme dans un songe. Je le ressens comme une pression à travers mes veines, les sens en alerte et le souffle retenu dans l’attente du réveil.

Réveil qui ne viendra pas.

Je n’ai pas desserré les dents de tout le trajet. Quinze de minutes plus tard, je me gare enfin, avisant l’heure avec fébrilité. Mais au lieu de ressortir aussitôt, je reste là, assis, à fixer un point au-dessus du volant. Je déglutis avant de t’adresser finalement la parole d’un timbre un peu rauque et bas – mais surtout bas :

— Il y aura sûrement la presse…, que je t’apprends, sans te regarder. Une fois à l’intérieur, fais toi discret mais… me quitte pas de ton champ de vision, d’accord ? Je… Je sais pas combien de temps ça va durer, on restera pas trop longtemps, normalement. Je dois juste faire un truc … alors fais en sorte que je sache où t’es quand il faudra partir.

Un frisson me traverse au terme de ces mots. Pourtant, je ne bouge pas. Je fronce les sourcils avec résolution (ou stress), m’humecte la bouche.

— Attends…, que j’ajoute alors, à brûle-pourpoint comme il me semble avoir perçu du mouvement de ton côté. Une dernière chose.

Cette fois je me retourne vers toi. Je te dévisage quelques secondes à travers mes cils opaques, dans la pénombre de cet habitacle. Pendant quelques instants, je contemple tes traits, l’air un peu absent. Et sans plus réfléchir, je me penche vers toi. Ma main trouve ta mâchoire, te fait doucement pivoter, et je t’embrasse. C’est léger. Rapide. Comme des ailes de papillons. Juste le temps pour mes lèvres de saisir un brin de ta fragrance et l’emporter avec moi, alors que je me recule.

— Désolé…, je murmure.

Et je crois que mon cœur bat la chamade, sans raison. L’instant suivant, la portière se referme déjà sur mon ombre. Je suis dehors, à aspirer l’air pollué de Tokyo à grandes goulées, vérifiant pour la énième fois que le bouton de ma veste est bien fermé.

Il fait chaud – ou peut-être est-ce juste moi. L’impression d’étouffer. Le nœud dans ma gorge se raffermissant à chaque pas que je fais. On peut voir, plus loin, des personnes sur leur 31, discutant, souriant, se pavanant au beau milieu de quelques flash, devant une bâtisse moderne aux lumières dorées. Une bouffée de stress s’empare de moi. J’accélère le pas, désireux de ne pas être vu trop vite – ni trop près de toi. Ou désireux tout simplement de me faufiler rapidement là-dedans, avant de changer d’avis et fuir tous ces gens à qui l’absence de Suiko ne fait – j’en suis sûr – ni chaud ni froid.

Je nous taille un passage sans m’arrêter. Monte les premières marches quand soudain, un bras solide  me barre le passage :

— Je regrette monsieur Asuka, vous n’êtes pas sur la liste des invités.

Je me crispe, relève aussitôt un regard noir. Un homme, en costard cravate, appartenant de toute évidence au personnel et muni de sa tablette tactile, me fait face. Mais pas le temps d’ouvrir ma gueule pour lui dire ma façon de penser : la voix de ma sœur se fait entendre.

— Laissez-le passer, intime-t-elle.

Putain. Serrant les poings, passant devant l’homme, je m’empresse toutefois de rajouter d’un ton sans appel :

— Il est avec moi. (te désignant d’un geste quasi imperceptible de la tête pour qu’il te laisse également passer)

J’ai le malheur de remarquer le regard d’Ayana qui se pose aussitôt sur toi, l’air vénéneuse et mortelle, malgré la délicatesse presque irréelle qui émane de ses traits. Une demie-seconde, seulement, avant qu’elle ne se recompose une expression mielleuse et n’adapte sa conduite, m’attrapant jalousement par le bras pour me coller à elle, m’entraînant à sa suite. T’ignorant et te laissant derrière, tout bonnement.

— À quoi tu joues, me siffle-t-elle dans le creux de l’oreille, d’une voix réprobatrice que son sourire démentira pour tout spectateur. Comment peux-tu l’emmener ici ?

Comme si elle savait déjà qui tu étais. Je sens un frisson désagréable me dévaler l’échine et se perdre quelques part, sous la plante de mes pieds.

J’peux même pas me retourner pour vérifier que tu suis.

— J’ai pas à me justifier, grogne-je entre mes dents, faisant moins d’effort qu’elle pour sauver les apparences.

Mais je ravale bien vite mon agressivité en apercevant le panneau de verre délicatement gravé, posé à l’entrée. Agrémenté de fleurs blanches et fins bougeoirs noirs, il marque le début d’un immense escalier de marbre au centre duquel dévale un tapis couleur crème, brodé d’or. « Bienvenue au 13ème gala commémoratif donné en l’hommage d’Asuka Suiko » Voilà ce qu’il dit, le panneau en question, en plus des informations de base concernant le déroulement de la soirée et son aspect caritatif. Ce simple message me fait l’effet d’une gifle. Je sens mon ventre se retourner. La plaie ouverte voilà tant d’années et jamais vraiment refermée, refaisant surface comme tous les ans pour me rappeler le frère indigne que je suis.

Pour cacher mon état, j’attrape le premier verre d’alcool qui me passe à portée. Quelques personnes se pressent déjà pour venir à notre rencontre alors que nous montons les escaliers. Je les esquive sans subtilité, les chassant comme des mouches indésirables, de quelques gestes de la main.

— Ça a commencé ? Demandé-je à ma sœur.
— Non… Mais il ne devrait pas tarder à faire son petit discours habituel.

Autrement dit… Si j’veux capter l’attention je le fais maintenant…

— Très bien.

La salle principale est éblouissante… Du sol au plafond, des cascades d’or, de noir et de roses blanches. Dans l’air, les notes d’un jazz discret. Et je vois. Chacun, champagne à la main, ayant semble-t-il revêtu ses plus beaux atours pour la soirée. J’entends, des rires et des conversations superficielles. Des flatteries et des confidences sans intérêts, téléphones brandis dans le but d’immortaliser la soirée sur les réseaux. Que dirait Suiko si elle voyait ça ? Que dirait-elle si elle voyait qu’au fil du temps, sa mort n’était devenue qu’un prétexte pour se faire bien voir au sein de la société ? Autant pour sa famille que pour tous ceux s’y rendant ?

Pendant quelques minutes je fais le tour de la salle, mon verre à la main, tâtant l’ambiance et scrutant les visages tel un loup à l’affût. Je survole les convives du regard, insondable, à la recherche de quelqu’un que je suis soulagé de ne pas trouver… Et puis, je te remarque, toi. Dieu que t’as l’air paumé… J’aurai presque eu envie de venir te trouver, si directement après ça, je n’avais pas croisé le faisceau flamboyant de colère du regard de mon père. Je l’ai soutenu quelques instants avant de boire une lente rasade de mon alcool, mimant rapidement le désintérêt pour poursuivre mon chemin.

Si j’avais l’air d’errer… en vérité… j’attendais juste que les musiciens finissent leur morceau. Parce que rien ne pourra m’empêcher d’injecter à cette soirée la sincérité qui lui manque dans son entièreté.

Quand les dernières notes tombent, je monte sur la scène. Un geste autoritaire au pianiste et le pauvre homme me cède sa place en jetant des regards confus à ses confrères. Sans prendre la peine de m’annoncer ; sans honte malgré mes mains tremblantes et ce qui palpite dans mes veines, je m’accapare le micro.

Je crois que personne n’aurait vraiment remarqué, si je n’avais soudainement décidé de prendre la parole. Si, sous mes doigts, quelques notes n’avaient jailli. Hasardeuses, pour le moment. Comme pour tester, pour voir, si je suis encore capable d’y toucher cette année.

Je n’attends pas que le monde se taise pour prendre la parole. Quand ma voix sombre perce les blabla pour attirer les regards.

— Il y a longtemps, j’ai fais une promesse à ma sœur.

Je lui ai dit que je serai toujours là pour jouer un air de piano à ses anniversaires.



J'ai passé ces dix dernières années à me dire que c’était stupide.



J’aurai dû lui promettre d'être toujours là pour elle, quoi qu’il arrive. Que je lui prêterai mon épaule quand ça n’allait pas. Qu’elle pouvait déraper, tant qu’elle me permettait ensuite de lui tendre la main.

Mais elle ne m’a pas attendu … et ce qui est arrivé il y a treize ans m’a coupé de ces vœux, comme il m’a coupé de sa présence…

Tout ce qu’il me reste aujourd'hui, ce sont mes doigts et ces notes, c’est cette promesse stupide avec laquelle je dois composer pour lui rendre hommage.


Tout le monde s’est tu et ma voix, bien que velours, s’est fait murmure.

— Je ne vous demande pas d’y prêter attention. Tout comme je ne vous remercierai pas d’être ici ce soir, alors qu’elle non.

— Ce morceau est pour elle. Pour Suiko.

Et le cœur sur les mains, et les mains sur ces touches, j'ai joué. Des notes hésitantes, peut-être même trop faibles. Mais qui peu à peu se sont transformée en quelque chose de doux, brut et fort. Comme une chrysalide s’épanouissant sous des émois diffus et torturés, enfermés voilà longtemps et privé de voix.

Est-ce beau ?
Est-ce déchirant ?

J’espère que ça le sera.
Que ça déchirera quelques cœurs comme ça déchire le mien.

Il n’y a plus personne.

Plus personne.
Autour de moi.

Que ces notes, et ce vide, et…

Il n’y a plus personne.

Trois minutes et cinquante six secondes. Le temps d’un morceau qui murmura tout haut ce qu’il y avait tout bas, au fond de moi.

Quand je rouvre les yeux, c’est le silence qui me heurte – comme si j’avais tout tué. Je n’ose pas regarder qui que ce soit ni même respirer. Envolée, la belle assurance, la morgue et ces façades de supériorité. Je suis comme cloué au siège. Corps et âme lié à l’instrument, incapable de bouger.

Et c’est alors que j’entends la voix de mon père. C’est alors que j’entends ses mots, qui invitent les gens à m’acclamer puis poursuivre la soirée dans la salle d’à-côté, comme si de rien n’était – les remerciant tous de leur précieuse présence.

Je me suis relevé brusquement, manquant de renverser le tabouret. La proie de mille tensions, j’ai quitté la scène. Sans un mot, sans un regard. De peur que quelqu’un ne remarque la tourmente qu’il y a encore dans le fond de mes yeux.

À cet instant je crois que j’étouffe de moi-même. J’étouffe d’être celui que je suis. Fatigué de ressentir si fort tout en me sachant incapable de tout laisser éclater au grand jour – car constamment scruté, car constamment jugé.

J’ai cherché la sortie la plus discrète qui soi dans un tel lieu, bousculant sans égard ceux qui avaient le malheur de se trouver sur mon chemin. À grandes enjambées, avant d’exploser. État second – nouvelle obsession.

Et puis ; l’air libre.
Je me remet à respirer, plus loin dans une rue, basculant la tête en arrière comme pour accuser le ciel.

— C’est fait. C’est fait, putain. Tu vois ? Tu vois ce que je fais pour toi ??? Tu le vois ?!

M’affalant ensuite contre le mur, m’accroupissant pour me prendre le crâne entre les mains, je suis encore salement sonné par tout ça. Je soupire, incapable de lutter contre ce chagrin.

Est-ce que j’ai l’air d’un fou, à parler tout seul ?
Des larmes plein les yeux, qui ne veulent pas pleuvoir ?

— Putain j’ai envie d’une clope…

Hanz Asuka
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Une soirée organisée par ta famille et que tu ne peux pas louper.
Tu comprendras, m’as-tu dit.

Je ne t’en demande pas plus, me contentant de faire le tour pour monter dans ta voiture. J’ouvre la portière, m’installe côté passager. La mine grave — troublé de sentir à quel point tu l’es. J’accueille le silence, conscient que les mots n’ont pas leur place. Je ne suis pas sûr que tu veuilles en dire plus. Et, maintenant que j’ai compris à quel point cela te touche, je conçois que tu aspires à garder encore un peu secret ce que je ne tarderais pas à embrasser.

Tu démarres — entamant le trajet.

Le coude contre la portière, mes doigts triturant ma lèvre inférieure, j’observe sans réellement le faire les lumières extérieures. Plus que le moteur qui ronronne, c’est surtout les battements effrénés de mon coeur contre mes tempes qui résonnent. Martelant mes tympans, comme pour me rappeler la nervosité qui m’a gagné. Ma respiration est lourde. Et je me demande, comment je pourrais t’aider — t’épauler. Si tu accepterais que je le fasse malgré les tensions qui nous ont causé bien des tourments ces derniers temps.

La voiture cesse sa course.

Tu ne bouges pas, aussi je fais de même. Un peu perdu ; attendant ton signal. Alors, je tourne la tête, je te regarde. Percuté par cette expression qui ne quitte pas tes traits — aussi sous-jacente soit-elle. Tu me dis tout bas que la presse sera certainement là. Que je devrais me faire discret tout en te gardant dans mon champ de vision. Que tu dois faire quelque chose et que je me dois d’être dans les parages au moment de partir. Je hoche la tête, quand bien même tu ne le verras pas — ou peut-être du coin de l’oeil — soufflant comme en secret :

— D’accord.

Je t’avouerai que j’appréhende un peu — ne sachant guère à quoi m’attendre.
Mais je ferais de mon mieux.


Ma main a bougé. Effectuant un écart de sorte à cliquer sur le bouton pour me libérer de l’étreinte de la ceinture. À peine ai-je fais ça que tu me dis d’attendre. Un peu surpris, je relève le nez. Je t’écoute. Seulement, il n’y a rien à écouter. Juste le bruit de notre silence quand tu me dévisages ainsi, quelques instants, avant que ta paume fébrile ne se pose sur ma mâchoire, me faisant légèrement tourner la tête. Juste le bruit de nos lèvres qui se touchent furtivement. Je sens mes joues crépiter, aussi bref fut ce contact. Peut-être car il n’a pas le même goût que tous ceux de ces jours précédents. Peut-être car il s’y cachait un fond de fragilité.

Tu te recules — tu dis être désolé.
Pourquoi, être désolé ?
Ne le soit pas, s’il te plait…


Aucun autre mot n’a sa place. Tu sors et je ne tarde pas à faire de même. Quand l’air s’engouffre dans mes poumons, j’ai l’impression de recevoir une claque. Mes muscles se tendent inévitablement tandis que mes pupilles avisent, un peu plus loin, tous ces gens bien vêtus. Je m’engage à ta suite, prenant soin de garder une certaine distance de sécurité pour qu’aucun soupçon ne soit éveillé. Je ne regarde personne — fais en sorte de ne croiser les regards d’aucun d’entre eux. Je me contente de te suivre, droit comme un i, soucieux que je suis de me fondre dans la masse — que l’on ne me voit pas. De passer inaperçu aux milieux de ces sourires et de ces costumes aux quelques milliers de yens.

C’est beau, pensai-je tout en grimpant les premières marches, me demandant quel genre de soirée cela peut être. Mais, voilà que quelqu’un t’arrête dans ta lancée. On te dit que tu n’es pas sur la liste des invités. Je fronce légèrement les sourcils, ne comprenant pas vraiment pourquoi tu n’es pas « sur la liste » sachant que c’est ta famille qui a organisé tout ça ? Nouvelle claque — quand je me rend compte, finalement, que je ne sais vraiment rien de toi. Ma mâchoire se contractant en secret, c’est avec surprise que mes yeux tombe sur cette jeune femme charismatique qui ordonne de te laisser passer. Toi, tu précises que je suis avec toi. Et quand mon regard croise celui de la belle, un frisson désagréable parcourt ma colonne vertébrale. Ses pupilles sont glaciales. Je fais en sorte de ne rien laisser paraitre, gardant la tête froide. Je lui adresse un signe de tête léger, poli — c’est tout. Tout va très vite ensuite : son expression change du tout au tout avant qu’elle n’attrape ton bras pour t’embarquer.

Comme si je n’existais plus.

Bien qu’une grimace menace de déformer mes traits, je souffle un coup et décide de ne pas y prêter attention. C’est certainement mieux ainsi.

Je vous suis, marquant une légère distance entre nous. Puis, je me demande si ta famille est au courant, que tu es marié. Je ne t’en voudrais pas, si ce n’était pas le cas. De mon côté, il n’y a que mon frère qui est au courant. Je n’ai pas encore trouvé le temps d’appeler mon père. Pour ce qui est de ma mère, je ne lui parle plus. Elle l’apprendra, mais ça ne sera pas de ma bouche. Quoi qu’il en soit, je ne veux pas t’attirer plus d’ennuis que tu sembles en avoir. Aussi, je me faufile entre tout le monde, l’expression neutre.

Du moins, jusqu’à ce que mes yeux tombent s’arrêtent sur le panneau de verre, en bas de cet escalier joliment décoré.

J’y lis l’inscription — de cette commémoration.
Asuka Suiko.
Mon coeur se serre. Voilà donc ce que tu ne pouvais pas louper.
Qui était-elle pour toi ? Une soeur ? Une cousine ? Une grand-mère ? Ta mère ?
Treizième.
Treize ans.
Ça semble si lointain.
Et pourtant, quand il s’agit de proches, il n’en est rien.

Je réajuste le col de ma chemise — comme si je cherchais par là à dénouer le noeud qui se forme dans ma gorge. Si je ne sais pas ce qui est en train de te passer par la tête tandis que nous arrivons dans une salle magnifique de part sa décoration, je peux toutefois comprendre. Cette année, cela fera quatorze ans que j’ai perdu ma grand-mère. Tout comme je ne sais pas qui était cette personne pour toi, ni même si tu en étais proche mais crois-moi, je peux comprendre ta peine.

Je me cale dans un coin. Ma main gauche fermement agrippée à la droite, je survole d’un côté puis de l’autre la salle — tout en jetant de rapides oeillades dans ta direction. Refuse un verre de champagne que l’on me propose. J’observe, tous ces gens, et je me demande pour quelles sombres raisons ils sont ici. Sont-ils proches de ta famille ? Après tout, un hommage à un être cher décédé, ça se passe uniquement en petit comité, non ? Je crois que ce qui me choque le plus, c’est que cela ne semble atteindre personne. Tout le monde sourit et semble passer du bon temps, champagne et petits fours entre les doigts. Serait-ce uniquement une occasion pour eux de se parer de leurs plus beaux atouts ? Je ne suis personne pour juger — et comment le pourrais-je seulement. Je ne connais rien de ce monde. Je sais seulement que je n’apprécierais pas de voir les gens se pavaner à une soirée d’hommage à ma grand-mère. Peut-être ai-je un raisonnement idiot. Je ne sais pas, ça me trouble. Et d’un autre côté, peut-être que je suis un peu jaloux. Je n’ai plus vraiment l’opportunité de rendre hommage à halmeoni. Je ne peux plus me rendre dans un temple à Busan pour honorer son souvenir. Plus moyen de déposer une fleur à son urne. L’unique chose que je puisse faire, c’est me remémorer pour ne pas oublier. Écrire dès qu’un souvenir me revient pour ne pas qu’il s’envole éternellement la seconde d’après. Même avec mon frère, nous n’en parlons jamais — il était bien moins proche d’elle que je ne l’étais.

Tout seul, sans personne avec qui échanger, j’ai le temps de penser, en t’attendant.
Je me demande.
Pourquoi tu n’étais pas convié ?
Et je me dis, que c’était plutôt violent. Après tout, venir ici semblait vraiment important pour toi.
Alors, pourquoi, tu n’étais pas invité ?

Je ne sais pas si j’oserais te le demander.

Mes tourmalines reviennent irrémédiablement vers toi quand je détecte que tu te meus. Je t’observe, monter sur la scène, prendre la place de ce pianiste déboussolé qui s’écarte et s’en va. Les muscles tendus sans que je ne m’en rende vraiment compte, dans l’expectative de ce que tu vas faire ensuite. Le coeur qui bute, l’apnée qui me coupe momentanément le souffle tandis que tes phalanges s’enroulent autour du micro. Toute mon attention uniquement tournée vers toi. Le buste qui s’élève irrégulièrement tandis que le bout de tes doigts se familiarise avec les touches de l’instrument.

Sans voix quand la tienne se fait entendre.

Alors, c’était ta soeur…
Non, ne pense pas que c’était stupide, de lui jouer un air de piano. Je trouve que c’est une belle façon de lui rendre hommage…
Qu’est-ce qui a bien pu se passer, il y a treize ans de ça ? Pourquoi, elle ne t’a pas attendu ? Pourquoi j’ai l’impression que tu t’en veux ?


Tu te mets à jouer.

Je déglutis, prend une goulée d’air pour alimenter mes poumons avant que ma respiration ne cesse, encore. Aussi hésitantes soient les premières notes, moi je te trouve courageux. Car, je ne peux qu’imaginer à quel point cela doit être difficile. Et plus tu prends confiance, plus tes doigts marquent le piano de ce que tu ressens, plus je sens mon propre coeur qui déraille. Percuté de plein fouet par ce que j’entends. Plus loin que la mélodie d’apparat — celle de ton chagrin. Les maux qui prennent vie le temps d’une poignée de minutes. Je te regarde, encore et encore, et je m’en veux. De t’avoir laissé, ces jours derniers. Ça n’arrivera plus.

Mes lèvres s’entrouvrent légèrement, à la recherche d’un peu d’air. Une larme roule discrètement le long de ma joue — que je viens rapidement enlever du revers de la main. Je suis à la fois ému et bouleversé. Malmené par le tumulte de mes sentiments — des tiens aussi. Je ne sais pas si les gens autour de moi, qui se sont tu de sorte à t’écouter, se rendent compte de ce que tu es en train de faire. S’ils perçoivent les bruits de ton coeur blessé au milieu de ces notes porteuses d’émotions.  

Le souffle coupé.

Quand tu termines, je ne reprends pas tout de suite une bouffée d’oxygène, non. Les yeux brillants, mes poings qui se serrent secrètement, je voudrais balayer toute cette foule pour venir te voir. Mais c’est impossible…

Le myocarde qui cavale, je reviens sur Terre quand une voix masculine résonne dans la pièce. Tournant légèrement le visage vers le nouveau venu, il invite les gens à t’applaudir, ce qu’ils font (sourires aux lèvres), puis à passer dans la pièce d’à côté pour poursuivre la soirée. Les traits froissés, mon regard passe d’une silhouette à l’autre, effaré.

C’est tout ?
C’est vraiment tout !?
On t’applaudit et on continue à boire et manger et rire et s’amuser après que tu te sois ainsi ouvert ?! Je ne peux pas dire que je te connais, Hanz, mais je suis du même avis que Naa : tu es une personne renfermée. Tu ne dis rien. Alors, faire ce que tu viens de faire… Je sais, que tu as dû prendre sur toi.

Personne ne le voit ?
Tout le monde s’en fout ?


Très clairement, oui. Ça crève les yeux. Car, quand tu te lèves si subitement, que tu fends la foule en bousculant ceux qui croisent ta route, aucun convive ne moufte. On ne vient pas te voir pour te glisser quelques mots réconfortants. J’ai même l’impression qu’on ne t’accorde plus un regard après que tu aies quitté la scène — si ce n’est pour te fusiller, car tu te frayes un chemin sans délicatesse. Alors, les sens en alerte, je scrute à droite ; à gauche. Bougez-vous ! Faites quelque chose ! Que quelqu’un aille le voir ! Et sa famille ? Y en a pas un dans le coin ?! Ma mâchoire se contractant, je peste intérieurement qu’on te laisse ainsi alors que tu ne vas pas bien.

J’inspire. Je guette le trajet que tu empruntes, le mémorisant. J’attends, quelques secondes, que les gens s’en aillent dans la pièce d’à côté. Et je suis tes pas. La respiration lourde et les doutes qui m’assaillent. Je ne suis pas certain que tu veuilles me voir dans ces conditions. Peut-être préfèrerais-tu l’un de tes proches. Ou même souhaites-tu être seul ? Peu importe : moi, je ne peux décemment pas rester les bras croisés à ne rien faire.

Moi, je ne peux pas te laisser comme ça.


J’ouvre la porte — et j’entends ta voix, un peu plus loin. Par réflexe, je regarde de chaque côté, m’assurant que personne n’est dans les parages, puis je me diriges sans tarder vers toi. Toi, que je vois finalement adossé au mur, te laissant glisser jusqu’à te retrouver accroupi. Un éclat de peine transperce mon palpitant. Tu parles à toi-même, dis avoir besoin d’une cigarette — ce qu’au fond, personnellement, je n’approuve pas. Alors, même si je veux t’aider, ce n’est pas ce que je te donnerais, non.

À la place, je te regarde — quelques secondes, tout au plus. Et je m’annonce d’une voix douce, pour ne pas trop te surprendre.

— Hanz…

L’instant qui suit, je me rapproche de toi — éclatant la distance de quelques pas. Encore une fois, je vérifie qu’aucune ombre ne rôde autour. Ceci fait, je t’imite et je m’accroupis aussi, devant toi. Mes bras viennent t’entourer, mes paumes se posant de part et d’autre sur tes épaules. Ce que je peux essayer de t’apporter, même si ça n’a pas été tout rose ces derniers jours, c’est un peu de chaleur. De réconfort aussi, peut-être ? Si tant est que tu l’acceptes. D’ailleurs, je dois bien avouer que, si tu essaies de me repousser, je ne te laisserais pas faire. Mon étreinte sera plus ferme — sans perdre en douceur pour autant. Mes mains caressent distraitement le haut de ton dos alors que je t’attire un peu plus vers moi. Ma joue se pose délicatement contre ta tête. Je reste silencieux, d’abord. Et finalement, je risque en un murmure :

— C’était magnifique, ce que tu as joué…

Sincèrement.

Ma dextre quitte sa place, glisse lentement pour venir cajoler ta nuque ; l’arrière de ton crâne. J’ai un mouvement un peu brusque quand je crois entendre un bruit, ma joue quittant ta tête tandis que je tourne la mienne — aux aguets. Alors qu’il n’y a rien ; juste les sons alentours de la ville. C’est tout. Mais je ne peux guère m’empêcher de penser à la presse qui n’est pas si loin et aux problèmes que je pourrais te créer si on nous voit ainsi. Je m’en voudrais, si c’était le cas. Dans ce cas, j’aurais dû faire quoi, hein ? Te laisser là et attendre que tu reviennes ? Non, non, non, je ne suis pas comme ça.

Je finis quand même par te relâcher malgré tout — de peur d’être trop envahissant. Enfin, pas totalement. Car si mes pupilles cherchent ton visage, mes doigts, eux, attrapent délicatement tes mains. Encore touché par tout ce qui vient de se passer, tu pourras déceler l’émotion sur mes traits, si tant est que tu me regardes.

— Je suis désolé pour ta soeur… Un souffle dans la nuit. Et je me risque, encore, un ton plus bas : Tu veux en parler… ?

Je peine à croire que tu accepteras de dire quoi que ce soit. Et je comprendrais, si tu viens à refuser. Après tout, ce n’est pas forcément le lieu, ni le moment. Puis, après ces derniers jours de guerre froide… Mais j’essaie. Je veux faire de mon mieux. Je baisse le nez un instant avant de retrouver ton regard. Je ne te laisserai pas le temps de répondre, finalement — pas tout de suite. Je pense qu’il est de mise que je fasse quelque chose, avant ; peu importe l’issue de ton choix. Un sourire triste arque mes commissures tandis que je t’avoue un secret — que je t’ouvres une porte.

— Tu sais, je pense que je peux imaginer ce que tu ressens. Ça va bientôt faire quatorze ans que j’ai perdu ma grand-mère. Elle était tout pour le gosse que j’étais. Elle me manque et pourtant j’suis pas fichu de lui faire un bel hommage comme toi tu viens de le faire.

Je resserre un peu mon emprise sur tes doigts, espérant que tu comprennes le sous-entendu. Ce n’était pas stupide, d’accord ? En tout cas, je ne parle pas à tout le monde d’elle. Je n’en ai ni l’occasion, ni l’envie — comment le pourrais-je, quand les gens en face de moi ne sont pas réceptifs.. Peut-être que tu t’en moques. Peut-être même que sous peu, tu vas m’envoyer balader, qui sait. Mais c’est ma façon à moi de te dire que je n’abandonnerais pas. Que je ne t’abandonnerais pas.

— Je me cache derrière des excuses : je n’ai personne avec qui le faire, je ne peux pas aller me recueillir où se trouve son urne… Mais je pense surtout qu’au fond, je n’ai jamais accepté la manière dont elle est partie.

Je déglutis. J’ai beau arborer des épaules solides et un sourire, ce n’est pas évident pour moi, ce que je suis en train de faire.

— Privée de ses souvenirs et des nôtres plus particulièrement. J’ai été la voir aussi souvent que possible pour qu’elle ne m’oublie pas. En vain. Ça dépendait des phases dans laquelle je le retrouvais. La veille de son décès, elle ne m’a pas reconnu. J’ai ce souvenir en tête qui ne me quitte pas et qui se rappelle à moi tout le temps. Et le regret, de ne pas avoir compris plus tôt que la maladie la grignotait.

Aujourd’hui, si j’ai voulu travailler en tant qu’aide-soignant en UVP, c’est pour accompagner les familles et les personnes touchées. Les stimuler, le plus possible, pour conserver les souvenirs. C’est pour cette raison, que mes collègues n’ont de cesse de dire que je me tue à la tâche. J’y mets tout mon coeur. À faire ce que j’aurais aimé faire avant qu’il ne soit trop tard. Il m’arrive même parfois de relancer les familles, de les appeler pour les avertir — leur dire de venir, avant qu’il ne soit trop tard. Qu’à laisser croupir seul leur proche, ils n’imaginent pas les remords qu’ils auront après. Alzheimer prend tout ; et c’est une guerre de longue haleine. Une bataille que je n’ai pas su mener avec Ae-sook.

— J’ai beau avoir fait tout mon possible, je me sens malgré tout coupable. Et j’ai compris, dans tes mots, dans tes maux, que c’est aussi ton cas.Parce que je n’ai pas su voir.

Je n’avais pas la maturité pour, c’est un fait.
Mais ce n’est pas une raison.

Et maintenant, tu peux me répondre ou non, me parler ou non.
Je t’ai ouvert une partie de mon coeur.
Pour m’excuser, peut-être, de mon comportement.
Puis, surtout, pour te soutenir — te montrer que tu n’es pas seul, quand bien même nos situations soient différentes.

Chae-Rok Asuka
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Ce n’est qu’en percevant le son de ta voix que j’ai réalisé, tambour au cœur, que je t’avais oublié. Comme si cela ne suffisait pas ; qu’en plus de t’avoir offert ce spectacle pathétique, il avait fallu que je balaie tous nos plans en t’abandonnant, en compagnie de ces gens.

Figé quand tu t’approches. Le cœur qui ne ralenti pas. Je ne te regarde pas. Je m’humecte les lèvres. Déglutis. Tente de ravaler l’émotion – tout ce qui cogne. Une seconde, je me dis qu’il vaudrait mieux que je me barre. Que j’ai pas le courage de t’affronter, en plus du reste. … Quelque chose se crispe dans ma poitrine quand je t’imagine m’observer là, le regard sur l’asphalte, submergé.

Dans ma tête, le déroulement de ces dernières minutes – de ces dix dernières années – se faisant bâton pour me battre.

Déjà t’es si proche…
Ai-je bougé ?

— Qu’est-ce que tu veux ?? que j’aboie par automatisme, mon palpitant cavalant de plus belle.

Une tentative désespérée visant à t’éloigner – qui ne fonctionnera pas … Une volonté qui me quittera, même, dès que tes bras me trouveront ; dès que je sentirai tes mains sur mes épaules et tes doigts dans ma nuque, qui glissent et qui cherchent, semble-t-il, à me donner un peu de chaleur. Cette putain de chaleur qui manque tant à ma vie ; cette chaleur sur laquelle je crache au quotidien, cherchant à faire croire à qui veut que j’en ai pas besoin.

Pourquoi voudrais-tu le faire ?
Pourquoi voudrais-tu me réconforter ?
On est pas proche, toi et moi.
On se tolère, à peine.

Et dans mes yeux, il y a une buée que tu ne verras pas.
Et dans mon torse, un martèlement semblable au tonnerre.

Et tu me dis que c’était magnifique et… je crois qu’à cet instant mon cœur aurait pu se fondre contre le tien. Je crois qu’il aurait pu s’abandonner … Si seulement je n’avais pas aussi perçu l’écho d’une hésitation – si seulement t’étais resté là, au lieu de t’éloigner.

T’essaie de me prendre les mains. Tu les trouves, les gardant sur mes cuisses. Je ne relève pas les yeux. Je fixe ces doigts qui se touchent. Ces phalanges douces. J’ai trop honte je crois, de te laisser voir tout ça. Personne doit voir tout ça. Tout le monde juge. Tout le monde jauge. Personne mérite. Personne sait.

Et alors, tu me dis être désolé…

Tu me demandes si j’veux en parler… et

… putain, oui… oui ! j’en crève d’en parler ! J’en crève si fort de me vider de ça. De décrire le cauchemar qui me noie et me broie depuis toutes ces années. Le chaos, le chagrin, la rage ! Et toutes ces blessures accumulées. Ce schéma répété voilà pas si longtemps, qui me terrorise encore.

Là. Là, juste là. Je pourrai t’en parler. Je pourrai te dire. Partager ça ce soir. Parce que ce soir, je déborde. C’est peut-être ce soir ou jamais. C’est là, sur le bout de ma langue. Regarde, j’ai déjà commencé devant ces centaines de personnes qui n’en avaient strictement rien à foutre.

Alors, je peux, pas vrai ?
Si tu me demandes là, si tu m’autorises,
je peux ?



Tu sais, juste un instant, je me suis accroché à l’espoir d’y arriver. Mais j’ai à peine eu le temps d’entrouvrir les lèvres. C’est là le drame, les yeux toujours rivés sur ces mains qui se sont trouvées : Une inspiration…

Une toute petite inspiration…

C’est tout ce que j’ai l’occasion de donner.

Sur le moment, je ne comprends pas. Pourquoi c’est ta voix que j’entends et pas la mienne. Je suis à ce point paumé, oui. Et mon cœur rate un battement désespéré, avant de s’affoler : Non !

Non ? Pourquoi ??

Je cligne des yeux et les relève, à la recherche de quelque chose. Je cherche, pour la première fois, depuis que t’es là. Si tu m’as demandé de respirer juste pour me foutre la tête dans le sable ou… ou si t’essaies de me réconforter maladroitement.

Et je me dis, au milieu de ces flots qui m’emportent..
Peut-être que t’avais davantage besoin de t’exprimer.
Peut-être que t’as pas fait exprès de rapporter les choses à toi.
Peut-être que c’était ça, oui, ta façon de me consoler.

Peut-être que je t’écoute parce que j’ai cru voir la peine dans tes yeux…

Mais au bout d’une minute, la boule dans ma gorge menace de m’étrangler. En surcharge émotionnelle. Totale et pleine. Putain j’ai pas la force pour ça…! J’ai pas la force d’empathiser  pour ce que t’as vécu ! Un autre jour, un autre moment : tout aurait été différent ! Mais là, ce soir ? à ce moment particulier… je… je peux pas. Et dans ma tête y a cette voix vicieuse qui me dit que les jeunes vivent et que les vieux meurent. C’est dans l’ordre des choses. Malgré la maladie, la vieillesse ça a ce truc inéluctable que personne peut contrôler. Et tu voudrais me faire croire que l’on ressent la même chose ? Que la culpabilité est la même alors que tu ne sais rien de ce qui s’est passé ?

T’as pas su voir quoi ? Sa vieillesse ?

Amer.

Moi j’crois que t’as toujours pas appris à voir les choses.
Est-ce que tu te sentiras coupable, demain ?


Au début, je ne bouge pas.
Je ne te regarde même pas.

Il fait si sombre que je me dis que tu ne verras pas les larmes qui n’arrivent toujours pas à couler du rebord de mes yeux. Tu ne verras pas non plus cette façon qu’ont mes mots de se coincer un peu plus profondément en moi, alors qu’il me semble avoir perdu l’occasion de les exprimer.

Tout ce que j’aurai le courage de te dire, c’est ça :

— Je vois.. Désolé.. que t’aie vécu ça.. désolé pour ta perte.

D’un ton monocorde et beaucoup trop bas, l’émotion coincée sous mes dents serrées – à la fois déchiré et frustré.

Et alors que je suis là, immobile, je suis comme traversé par une sorte de décharge électrique, un courant glacé, qui m’ouvre les yeux. Je réalise avec effarement que ça sert à rien de rester là. Que j’ai rien à attendre. Rien à trouver non plus. Que ces secondes ; ces minutes qui passent, ne feront que m'enfoncer davantage, perdu dans cette rue, à la vue de n'importe quel inconnu.

Muni de cette certitude accablante, je m’extirpe de ton contact avec une étrange pudeur. Je me recule lentement, m'humectant la bouche, sans gestes brusques, allant trouver le mur derrière moi afin de me relever.

— C’est bon.. tu sais quoi t’occupe pas de moi.

Au lieu de te donner l'opportunité réagir, je te fourre la clef de ma caisse dans la main, laissant à peine mon regard glisser sur toi.

— On a un ordre à accomplir. Va m’attendre à la voiture… j’ai.. un truc à faire avant.

Et de t’envoyer ça, te tournant le dos, la figure pâle et tout mon chagrin cristallisé, désormais caché sous une expression morne.

— J’en ai pas pour longtemps.

J’ai besoin d’un nouveau poison.
Hanz Asuka
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Je crois… que mon coeur s’arrête, quand ta voix résonne enfin dans le silence.

Il cesse de battre. Il trébuche — tombe. Car, une fois de plus, ni lui ni le tien sont accordés. Comme si un mur de béton armé les séparait. Et la douceur dans mes yeux laisse place à une profonde stupeur. Mes lèvres s’entrouvrent et se tordent en une grimace.

Non !
Mais non !
Pourquoi tu dis ça ?! Je veux pas que tu sois désolé ! C’était pas le but !

Pourquoi j’ai l’impression de me planter peu importe la manière que j’emploie ?!


Tu te recules, t’extirpes de mon emprise sur tes doigts. Tu me dis de ne pas m’occuper de toi.

Je ne te regarde même plus. Le regard perdu dans le vide, juste à côté de ta silhouette, planté dans le mur. Une main qui choit sur le sol et l’autre qui pend dans le vide, au niveau de ma cuisse. Pourquoi tu fais ça. Je me relève malgré tout — sans grande conviction. Les clefs de ta voiture atterrissent alors dans ma paume encore chaude de ce contact. Pourquoi tu fais ça, Hanz ? Tu me donnes encore des ordres — tout comme la machine nous en a imposé un. Encore une fois, j’ai l’impression de n’être qu’un pantin que tu peux manipuler à ta guise. Pourquoi tu me repousses. Tu n’en as pas pour longtemps, apparement.

C’est toujours pareil.

Les phalanges qui se replient tandis que tu t’éloignes déjà, je reste planté comme un con. La respiration rapide, le nez plongé dans le bitume. Mon poing tremble tout autant que mon âme. C’est difficile, de peser la balance avec toi. Le pour, le contre — comment il est préférable de réagir ou non. C’est un véritable casse-tête qui me demande beaucoup d’énergie. Les émotions en vrac, fatigué, je serre les dents — un pleur roulant le long de ma joue. Il y a bien longtemps, que je n’avais pas eu le coeur en désordre. Deux ans, pour ainsi dire. Depuis toi — et cette fois-ci, encore, toi.

C’est assez terrible, ce qui est en train de se passer dans ma tête. Je cogite, le train de mes pensées ayant mis les gaz. Partagé entre te laisser faire ce que tu as à faire et t’interpeler. Être sage, docile ou me rebeller. Tu sais, si ce n’était pas la soirée commémorative de ta soeur, je pense que j’aurais moins hésité. Je t’aurais fais une scène à n’en pas douter. Seulement, je me mets à ta place et, après avoir vu et entendu, je ne peux que freiner des quatre fers. Tu ne mérites pas que je te claque un scandale alors que tu as toi-même le chaos dans l’âme. Je devrais me taire.

Je devrais.
Je dois…

Je ne suis pas quelqu’un de violent. Pourtant, je ne peux réfréner mon poing qui vient frapper le mur face à moi. Je serre les clefs de ta voiture dans ma main droite. J’inspire, pinçant mes lèvres face à la douleur qui me lance, maintenant. Tant pis.

Et ceci fait, je me tourne vers toi, te rattrape avant que tu n’aies pu passer la porte.

Si je m’écoutais, je hurlerais certainement.
Mais par respect pour toi, j’use simplement d’un ton calme — quoique chancelant.

— Attend. Laisse-moi juste te dire deux mots.

J’ai aussi mon mot à dire, je pense. Je darde mes pupilles sur ton visage, les traits déformés par tout ce qui m’accable.

— Déjà, arrête de me repousser sans arrêt.

Tu iras faire ce que tu as à faire, pas de problème. Et moi j’irais à la voiture ensuite. Laisse moi juste t’expliquer.

— Ensuite, je te demandais pas d’être désolé. T’as visiblement pas compris la démarche. Je t’ai pas dis tout ça pour passer en victime. Je voulais juste te faire comprendre que t’es pas seul putain.

Je plonge ce poing qui me lance dans la poche de mon pantalon — comme si cela pourrait arrêter la douleur qui pulse. Mes tourmalines ne dévient pas. Elles ne flanchent pas quand je termine, un ton en-dessous, plus doucement :

— Tu sais Hanz, je suis prêt à attendre et surtout à t’attendre le temps qu’il faudra. Mais d’ici là, arrête de voir le mal dans tout ce que je dis, s’il te plait.

Sur ces mots — sur ces maux — je tourne les talons. Le dos de ma main droite venant cueillir rapidement les perles salées qui s’accumulent aux bords de mes yeux, je me mets en marche. Désireux de ne pas repasser au milieu de tout ce beau monde de faux semblants et, plutôt, de faire le tour du bâtiment pour regagner la voiture.

Te laisser faire ce que tu as à faire.
Et t’attendre.
Appréhender la suite.
Chae-Rok Asuka
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Je me déteste d’être comme ça. Je me déteste d’agir comme ça. D’avoir montré cette part de moi qui peut s’émouvoir jusqu’au déraillement. T’aurai pas dû voir ça. J’aurai mieux fait de te demander de m’attendre dans la voiture.

Si je pars, c’est dans l’espoir de calmer mes nerfs ; c’est pour trouver le moyen d’apaiser ce qui, à vif, me retourne complètement le bide. Des efforts, j’en ai déjà trop donné : Pour rester impassible, pour rester droit – affronter ma famille.

Si je te dis de laisser tomber, c’est pas contre toi.
C’est pour m’éviter d’avoir à gérer une nouvelle source de stress, en plus du reste.

Aussi, quand tu m’alpague avec tes mots, de toute évidence incapable d’accepter ma décision, j’ai l’impression de me recevoir un coup de fusil. Ça tremble, de toute part. Ça s’ébranle plus encore. Ça se craquelle. Tout mon corps accusant le coup, un frisson me dévalant la peau.

Dites-moi qu’je suis en train de rêver…

À nouveau sur la défensive. Tu me rattrapes. Te poste à mes côtés, de sorte que j’puisse pas louper ce qui t’anime ; qui me semble étrangement ressembler à de la rancœur, malgré ton pseudo « calme ».

Et si je cille en premier lieu : ce que j’entends me fait vite froncer les sourcils. Ça me hérisse, des pieds à la tête. Comme un tourbillon ; un brouillon de sentiments se mêlant au reste de mes embrouilles mentales et émotionnelles. Voilà que t’en rajoutes une couche.

Tu pouvais pas me laisser en paix ?
Tu pouvais pas faire preuve d’un peu de tact pour une fois, et respecter ma volonté ??
Non.
Non ! Évidemment que tu pouvais pas !


Pourquoi ? Parce que t’as constamment l’impression d’être lésé ; parce que je veux pas faire de toi le centre du monde ?

— Tu sais Hanz, je suis prêt à attendre et surtout à t’attendre le temps qu’il faudra. Mais d’ici là, arrête de voir le mal dans tout ce que je dis, s’il te plait.

Je crois que c’est la goutte de trop.

Si je reste coi de stupeur dans un premier temps, mon corps se meut ensuite tout seul. Je te rattrape d’une enjambée avant même de saisir ce que je suis en train de faire, te retient pas le poignet pour te faire pivoter, le cœur brûlant désormais d’une colère sourde.

— Qui t’a dit de m’attendre ? Que je vocifère. Vas-y. Dis-moi ! Quel mal je vois ?!

Je me rapproche de toi, jouissant de ma taille pour te surplomber.

— C’est quoi ton problème ? Que je siffle. T’as une double personnalité ? Un coup tu fais le mec sympa et compréhensif, et l’instant d’après tu me rentres dedans ? T’es vexé, c’est ça ? T’es blessé dans ton égo parce que j’vais pas forcément dans ton sens ? Parce que tu crois que je piétine consciemment tous tes efforts ? (je te relâche, pousse un rire amer tout en te scrutant fixement) Putain, mais quels efforts !

Je suis en train d’exploser. Tout ce que j’ai contenu jusqu’à présent sortant d’un seul coup pour palier sans doute avec tout le reste, qui reste prisonnier de moi.

Fallait pas me chercher.
Pas maintenant.
Pas ici !


— Pas seul, hein… pas seul…, que j’articule, amer. Mais oui. Bien sûr. Merci, Chae-rok. Effectivement, j’me sens moins seul de savoir que t’as perdu ta grand-mère ! Après tout, des gens meurent chaque seconde ! M’écrie-je, levant un bras pour désigner l’environnement. Quelqu’un, par là, est p’t’être même en train de vivre la même chose que nous, qui sait ! C’est ça, que t’appelle être « pas seul » ? Pas seul à subir le deuil ? Tu crois que ça me réconforte ? T’es…

Le cœur battant à tout rompre, je me muselle à la dernière seconde, pinçant les lèvres et secouant la tête. Pourquoi les choses ont virées rouge à nouveau ? La respiration erratique, j’inspire profondément, sens ma peau frémir et mes muscles trembler sous le coup d’émotions toujours plus fortes.

— Tu me rends dingue… poursuivi-je, un ton en-dessous.

Et de tenter de continuer ainsi plus calmement, à grand renfort de self-control – ou les dernières miettes qu’il en reste.

— Peut-être que j’comprends pas tes démarches nan. Mais je t’ai dis dès le début que je voulais pas de ce mariage. Et aux dernières nouvelles, je te dois rien. je t’ai pas demandé de venir me trouver non plus !

J’inspire à nouveau, marque une pause à m’en faire grincer des dents, trop aveuglé par mes émotions pour réfléchir correctement.

— Tu veux que j’arrête de te repousser ? (autre pause, te fixant toujours avec intensité en me rapprochant pour parler plus bas, près de toi) Et en quel honneur j’arrêterai ? c’est pas toi qui disais que c’était humain de vouloir se protéger ? … Un bien beau discours… après lequel t’as pas hésité à me balancer des piques à la gueule sans raisons, pour ensuite passer la semaine à m’éviter.

J’esquisse un rictus carnassier.

— Et tu voudrais que je baisse ma garde ?

Désolé.

Désolé j’marche pas comme ça.


Après une ultime œillade noire :

— Allez c’est bon, donne-moi ça, t’intime-je à travers mes dents. J’ai changé d’avis. Y a plus rien à foutre ici.

Et ce faisant, je t’arrache la clef des mains, te passe à côté, te bousculant presque. Amer et écœuré.
Hanz Asuka
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Je m’éloigne de toi mais je ne me sens pas à l’aise pour autant. Comme si ton ombre planait au-dessus de moi, je me voûte légèrement — inconsciemment. Désireux de quitter cette ruelle le plus vite. Respirer, un peu, avant que nous ayons à répondre à cet ordre qui opère tel une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes.

Fuir. Fuir fuir fuir fuir ;
Le même schéma qu’à chaque fois.


Ça me donne mal à la tête, tout ça. D’essayer de comprendre là où je me suis trompé. Nos conflits permanents.

Je veux juste…
Je sais même plus vraiment ce que je veux, maintenant.


Tout ce qui me tarde, c’est qu’on rentre. Que je puisse me cacher dans un coin et laisser s’exprimer tout ce que je couve.

Je voudrais que tout aille vite. Qu’on puisse accélérer le temps.

Mais ta main sur mon poignet ne fait que le ralentir.

Je me vois dans l’obligation de faire volte-face ; n’ayant guère d’autre choix. Mes pupilles percutées par ce qu’elles voient sur ton visage — mauvais présage.

Je retiens mon souffle. Tendu comme un arc — sur le point de rompre. Tu me hurles ta colère dessus. Tu me dis toutes ces choses avec une verve sans précédent. La haine au bord des lèvres — tandis que les miennes tremblent. Comme mes mains. Comme mon âme. Tu as beau m’avoir relâché, j’ai cette désagréable sensation — comme si tes doigts m’avaient brûlés. Ça fait mal, là. Un peu partout en fait. Mais je ne dis rien. Je reste silencieux. Je te laisse parler. J’ai compris que vu l’état de nerfs dans lequel tu es, tu ne m’écouteras pas. C’est peine perdue. Pourtant au fond de moi, je crève d’envie de te hurler en retour

les maux que tu m’infliges sans arrêt.

Personne m’a dit de t’attendre. Personne t’entend ?! C’est juste moi ! Parce que je suis comme ça ! Parce que j’ai envie d’y croire, d’accord ?! Et le mal ? Oh ce mal ! Tout ce que je dis, tu l’interprètes à ta façon. À la manière qu’il te plait de l’entendre ; peut-être pour plus encore m’envoyer chier ensuite ? Là, il est là, le mal ! J’ai toujours tort avec toi !

Mon problème ? Et le tien alors, c’est quoi ?! Je veux bien comprendre que t’as pas eu une vie facile et que ce mariage t’en voulais pas ! Mais alors, pourquoi ? Pourquoi tu fais tout et son contraire toi aussi ?! Tu m’évites, tu me pourris, et quand il s’agit de baiser, tu m’embrasses avec cette passion que je n’expliquerais pas ?! Me mens pas, je suis pas idiot ! Ne vient pas me dire que c’était pour faciliter l’ordre ! Y avait plus que ça — comme deux ans auparavant. Alors dis-moi, Hanz, pourquoi souvent t’es méchant, parfois tu sembles un tantinet avenant ? Que tu sois un ours mal léché, passe encore ! Mais souvent t’es propos sont violents, comme maintenant !

Tous les gens meurent, oui, je suis pas débile. Je côtoie la mort, souvent. Je la vois arriver dans les yeux des patients de l’UVP. Je la connais quand j’interviens en tant que pompier. J’en ai vu partir sous mes yeux. Je connais le cycle de la vie. Oui, tu n’es pas seul à subir le deuil, exactement. T’as beau jouer le dur, en parler te ferait certainement du bien. Je sais de quoi je parle. Parce que j’encaisse énormément aussi. Mais de toute façon, tu n’en as rien à foutre, alors pourquoi est-ce que je m’embêterais à te faire un dessin ? …

Toi aussi tu me rends dingue. Et pas dans le bon sens du terme. J’ai l’impression que plus les jours passent, plus je vire fou.

… J’en voulais pas plus que toi, de ce mariage. Encore moins après avoir vu ton nom. Parce que j’étais effrayé. Et je crois que je le suis encore. Ça me terrifie de perdre pied comme c’est le cas. De me noyer dans cet océan de « je ne sais pas » ; « je ne sais plus ». Dis-moi, Hanz, j’aurais dû te laisser tout seul dans cette ruelle ? Je n’aurais vraiment pas dû venir ? … C’est vrai, oui. J’aurais dû rester à ma place. Désolé.

J’ai commis des maladresses ; je n’ai jamais eu l’audace de prétendre que j’étais parfait. Je voudrais bien te mettre dans la gueule comme tu le fais toutes tes erreurs. À t’écouter, j’ai l’impression d’être l’unique fautif. Très bien, si ça te fait plaisir.

Je t’ai pas demandé de baisser ta garde putain !

Je…


Tu as changé d’avis. Tu arraches les clefs de ma main. Ton épaule percute la mienne quand tu me dépasses.

L’impression que le sol s’effondre sous mes pieds alors que j’ai cette assaillante envie de pleurer. Pourtant, je ne peux pas. Définitivement pas. Je ne dois pas te laisser voir mes failles aussi. Je dois être dur. Un bloc de marbre et de glace, comme toi. Je dois prendre exemple. Encaisser le coup, comme je le fais si souvent. Mais…

Est-ce que je te vocifère à la gueule à mon tour ?
Est-ce que je prends la fuite ?
Est-ce que je ravale tout ce qui me consume et je prends sur moi ?


Trois options se présentent à moi.

La première, elle ne servirait à rien. Simplement à extérioriser le mal qui me tue. Il n’y aura pas de dialogue entre toi et moi ce soir. J’aurais beau dire n’importe quoi, tu n’entendras rien.

La deuxième, j’en crève d’envie. Je lutte contre mes jambes qui veulent prendre la poudre d’escampette. Et, en toute honnêteté, je pense que c’est ce que j’aurais fais, si nous n’avions pas ce putain d’ordre. Je t’aurais fuis.

Seulement, je suis dans une impasse — au pied du mur.

Je te regarde t’éloigner, la vision qui se trouble. Mes traits se froncent à l’extrême tandis que je pince mes lèvres jusqu’à ce qu’elles en deviennent blanches. Quand tu as disparu, je lâche un sanglot avant de me reprendre, tant bien que mal. Je n’ai pas le choix. Je n’ai pas envie d’aller en prison. Alors, je vais prendre sur moi.

Mais, comme on ne doit pas nous voir ensemble… trente secondes. Juste trente secondes…

Pendant lesquelles mes larmes couleront.

Ensuite, je me mets en route. La démarche qui se veut assurée alors que mon coeur est bancal — quelle ironie ! Blême comme si j’avais vu un fantôme, je feins l’indifférence face à tout ce qui m’entoure. Je forge une armure avant de te retrouver. La peau cristallisée des perles salées. Et les images autour de moi qui, quand mes cils papillonnent, deviennent floues. La douleur qui pulse dans chaque cellule de mon corps.

Je contourne le bâtiment. Évite d’attirer l’attention en me faufilant comme je le peux. Mon corps agit tout seul. L’esprit bloqué. Ne rien montrer. Ne rien montrer. Ne rien montrer. J’arrive à ta voiture. Les battements de mon palpitant grimpent en flèche. Je fais comme si de rien n’étais.

J’ouvre la portière, monte et la referme sur mon ombre.

Je ne t’accorde pas un regard.
Je ne t’accorde pas une parole.

Je m’attache, m’enfonce dans le siège ; croise mes bras contre mon buste.

Le regard rivé loin devant — loin de toi.
Le torse qui tressaille.
Le teint pâle.
Le visage fermé.
Silencieux.

Qu’on en finisse et vite...

Avant que j'explose à mon tour.

Chae-Rok Asuka
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La colère dévore tout. C’est un feu violent qui ne laisse derrière lui qu’une terre émotionnelle vide et desséchée. Ce que je vois dans tes yeux ne me freine pas ; pour moi ton silence a davantage des allures de victoire qu’autre chose. Ce que je ressentais il y a une minute s’est dissout au profit de quelque chose de plus dur, de plus brutal – presque viscéral. J’en ai assez. J’en ai assez de souffrir. Au fond, voilà ce que cette colère dit. Rien de tout ça n’aurait dû se produire. Tu comprends rien. T’attends des trucs que je suis pas capable de donner. Si encore t’étais capable de me canaliser. Mais non. C’est comme si à mon contact t’étais devenu l’huile alimentant l’incendie – et peut-être qu’au fond, même si c’est moi qui en cherchai un voilà pas deux minutes, c’est moi ton poison.

Je fini par t’arracher la clef des mains.
Le souffle court et le cœur serré.
Je te laisse planté là.

Dans quelques secondes – peut-être une minute ou deux – je regretterai de m’être laissé emporter. Et puis ; tout me rattrapera. Tout ce que la rage aura mis de côté durant quelques instants.

Et l’ordre.
Ce putain d’ordre !

Un peu plus tard, indifférent à ceux que j’ai bien pu croiser, je fais claquer la portière. Je m’enferme dans la voiture, les poings crispés sur les volants, les phalanges blanchies. Les voiles de la fureur obscurcissent toujours mes prunelles. Je toise la rue face à moi, cherchant le calme, serrant le cuir sous mes doigts.

— Fait chier ! FAIT CHIER PUTAIN !!!

Du plat de la paume, ça percute. J’inspire aussitôt un grand coup, tente de me canaliser – endiguer la peine tout aussi violente qui recommence à affluer.  

Je me sens désemparé. Le cœur sans dessus-dessous. Plus seul que jamais. Quelle soirée de merde ! Si Suiko était là, elle me traiterait d’imbécile avant de me faire promettre d’arranger les choses.

Mais elle n’est pas là.

Y a plus que ma seule conscience pour me marteler l’esprit, mais Dieu sait qu’elle n’a jamais été à la hauteur de mon côté sanguin. C’est dur de recoller les morceaux une fois qu’on a tout brisé.

Je profite de ton absence pour chercher une fête foraine nocturne sur le GPS ; branche le pilotage semi-automatique. Puis, je me compose un air noir d’indifférence quand je te vois arriver dans le rétroviseur.

Si je t’accorde un regard – pour chercher quoi ? J’en sais foutre rien – en revanche, je ne dis rien. Je déverrouille la porte. Me contente de serrer les dents comme tu le fais toi-même. Pour une fois qu’on s’accorde sur un truc.

Le bruit du moteur est aussi nerveux que l’atmosphère est tendue. Le silence est à couper au couteau. J’en ai plus rien à foutre, que je tente de me convaincre. Résigné à passer une sale soirée dans sa totalité. Comme s’il avait pu en être autrement.

Une quinzaine de minutes plus tard, au terme d’un trajet à l’ambiance insupportable, je nous gare aux abords d’un parc d’attraction aux lampions multicolores qui me semble quelconque. Je tire mon téléphone de ma poche, inspecte l’ordre une ultime fois, ignorant consciemment les SMS que j’ai pu recevoir entre-temps. Ça dit juste « Allez à la fête foraine ». Y a pas marqué de faire ces manèges à la con. Bien.

En sortant, je prends toutefois le temps de retirer mon blazer histoire d’avoir l’air plus « casual »… Je le jette à l’intérieur du véhicule, déboutonne ensuite le col de ma chemise bordeaux dans l’espoir de mieux respirer, et me passe une main dans les cheveux. Le bruit des manèges et des cris d’euphorie me hérissent tout en me foutant un peu plus les nerfs. Je déglutis.

Sans t’attendre.

Comme si on était deux étranger se rendant hasardeusement au même endroit. Je gagne le guichet. Toise le vendeur, avant de lui demander :

— Un ticket.

Je paie… Et m’immerge, la gueule énervée, dans cet endroit en dichotomie totale avec mon mood.

Parce que j’ai aucune envie de m’essayer aux attractions, évidemment, j’me met à déambuler au hasard, m’imprégnant des odeurs de popcorn et de barbapapa. Les oreilles pleines des rires des enfants et musiques synthétiques. L’oeil parfois attiré par un stand et ces énormes peluches. Je me sens mal à l’aise. Aigri. C’est complètement irréel d’être ici, après… après tout ce qui vient de se passer. Incapable de décrypter ce que je ressens. Frustré de constater que l’ordre ne se valide pas, je fini par me stopper devant un stand de tir. Une petite partie, que j’me dis. Que je décharge cette sale humeur sur quelque chose…



Un petite partie, ouais.

Bien sûr 
!

Qui aurait cru que c’était si difficile de viser juste… !?

Et surtout, qui aurait surtout cru que je serai toujours là quinze minute plus tard, tous les spot accaparés, fusil sur l’épaule à viser avec détermination sur tout ce qui bouge ? Qui aurait cru que mon esprit de compétition ressurgirait à un moment pareil et occulterait tout le reste ? Putain. C’est comme si je ne voyais plus que ça. Que c'était devenu mon exutoire... ou que j’étais devenu le pigeon rêvé des forains ; celui qui se met de vider son porte-feuille sans compter.

Sur le moment, rien à cirer de l’attroupement qui se crée autour de moi ; des enfants qui disent : « maman pourquoi le monsieur il a tous les pistolets », et des : « pourquoi on peut pas jouer ??? ».  



Une heure plus tard, quand l’homme m’annonce n’avoir plus de gain à mettre en jeu, je ressors de ma transe et me rend compte avec effarement de la pile de peluches accumulées, gagnées à force d’éclater des ballons. Et c’est pire, quand les gens se mettent à applaudir quand le forain me remet dans les bras le nounours ultime, qui fait pratiquement ma taille. … Pris de court, je fusille l’assistance du regard et prends soin de ne pas écarquiller les yeux. À la place, je balbutie des remerciements et me renfrognant, affichant un air hautain en tenant ma peluche.

Bordel... C’était pas prévu du tout… comment j’me tire de là ?!

Mais bien sûr que je fais comme si c’était prévu.

Je me racle la gorge.

— Et ben… vous avez qu’à distribuer le reste aux gosses… Si vous voulez…

Et de m’excuser un peu raidement, avec toute la dignité qu’il m’est possible de rassembler en un instant pareil, pour me tailler un passage et m’extraire de là, priant pour que personne ne m’aie reconnu.

Un peu plus loin, alors que je me planque à moitié derrière l’ours en peluche, nerveux, je sors mon téléphone et lève les yeux au ciel en avisant l’heure tardive.

Je sais pas où t’es…
Mais apparemment, l’ordre est validé…
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Je crois que j’ai retenu mon souffle durant tout le trajet. Comme si le simple fait de respirer aurait été suffisant pour rallumer l’étincelle de cet incendie violent. L’air n’a cessé de crépiter — menaçant. L’écho de nos voix ne s’est pas fait entendre. Il y a juste eu le silence et le ronronnement puissant du moteur. L’attente — à l’instar des aiguilles qui cavalent sur une montre. J’ai tenté vainement de faire le vide. Soucieux malgré tout de réaliser l’ordre. Anxieux aussi, de savoir comment cela va se passer. Crispé sur mon siège, à triturer aussi bien mes doigts que mes méninges.

Une quinzaine de minutes, c’était affreusement long.

Tu gares la voiture tandis que mes pupilles virent çà et là sur les lumières colorées du parc. Un noeud se forme dans ma gorge. J’aurais tellement préférer y aller dans d’autres circonstances… Je me dis que toi, ce doit être encore pire. Avec cette cérémonie aujourd’hui, tu devais avoir mille autres choses à faire ; à penser. Un instant, à fixer l’extérieur au travers de la vitre alors que tu sors, je me demande — pourquoi ? comme à chaque fois. Comment cela se fait-il qu’un ordre pareil soit tombé aujourd’hui. Tu as beau m’avoir incendié précédemment, je n’arrive pas à faire autrement que de penser que c’est dégueulasse, pour toi.

Un soupir, j’ouvre la portière et je mets un pied dehors à mon tour.

Le temps que je referme sur mon ombre la porte, te voilà déjà parti. Je ne suis pas con, je lis entre les lignes : c’est désormais chacun pour soi. Je marque une certaine distance entre nous, allant acheter un ticket quelques minutes après toi. Et quand je m’engouffre au milieu de cet endroit pleins de rires et de sourires, je me sens comme une tâche. Je n’ai clairement pas ma place ici — assailli d’une honte certaine d’oser m’aventurer ici. Je n’ai pas le choix, que je me convaincs. Puisque c’est le cas, pas vrai ? Alors, je vais simplement errer. Faire comme si ce que je voyais m’intéressais. Jouer le jeu pour que je puisse m’échapper le plus vite possible.

J’ai commencé à marcher. Téléphone à la main, mes orbes faisaient des bonds entre les stands et l’écran allumé sur l’ordre de la machine. Car, elle était là, mon idée première : me barrer dès que je le pourrais. Pour aller où ? Je ne sais pas — le plus loin de tout. Je me disais que cela arriverait vite. Qu’un tour suffirait — mais non. Ni deux, ni trois, ni quatre. J’ai déambulé sans cesse une bonne vingtaine de minutes sans que rien ne se produise sur l’application de l’Incontestable, tout en détournant le regard presque à chaque fois que je passais devant ce stand de tir où tu étais. Le coeur en vrac, retourné par cette envie poisseuse d’aller me cacher à l’autre bout du monde — ou sous terre, peut-être ? Quoiqu’il en soit, j’ai fini par abandonner.

J’ai été me commander un taiyaki avant d’aller m’installer sur une petite table. Mais plutôt que de manger cette petite gaufre en forme de poisson, je l’ai fixé, un moment, avant de la laisser sur le côté. J’ai croisé mes bras sur la surface de bois et j’y ai plongé mon visage.

Vide que j’étais — comme si je n’avais plus assez de larmes pour pleurer, de joie pour rigoler ; comme si je n’avais plus rien en moi.

Je crois que j’aurais pu rester comme ça un long moment encore, si une main n’avait pas secoué doucement mon épaule. J’ai relevé le nez, tombant nez à nez avec une femme qui, la mine inquiète, m’a demandé si tout allait bien. J’ai mentis en disant que oui — en lui adressant un sourire. Elle a insisté ; je l’ai rassuré comme je pouvais. Et pour couper court à la moindre envie de parler de tout ce qui peut bien se passer dans ma vie actuellement, je me suis levé, incliné, puis je suis parti. C’est quelques mètres plus loin que je me suis rendu compte que l’ordre avait été validé.

Je n’ai pas hésité. Je me suis précipité d’un pas rapide vers la sortie.

Pourtant, maintenant que je suis là, au beau milieu du trottoir, une force invisible me retient. Je crois qu’avant d’aller trainer je ne sais où pour oublier tout ça, je dois faire quelque chose. Ça me tracasse depuis tout à l’heure. Depuis ce moment où, avant d’aller faire le mort sur une table, je t’ai regardé, de longues secondes. Ce moment où je me suis surpris à m’immiscer au milieu de la foule qui s’était attroupée autour de toi. Pour faire quoi ? Je n’en avais pas la moindre idée — mon corps tout entier n’en a fait qu’à sa tête.

Mes paumes se plaquent de part et d’autres du blazer que j’ai sur les épaules. Je tâte les poches, pestant en me rendant compte que je n’ai pris que le strict nécessaire. Je ne vais donc pas avoir le choix — de te parler de vive voix.

Inspirant longuement, je me dirige vers ta voiture. La respiration lourde, je laisse ma hanche se reposer sur la portière côté conducteur. Les bras croisés contre mon buste, je me pose des questions. Je me demande si c’est une bonne idée, après ce qui s’est passé. Mais, je crois que je dois le faire, vraiment. Peut-être car, maintenant que tout est retombé, je veux que tu comprennes — sans pour autant jeter un bidon d’essence sur les cendres encore chaudes. Je ne veux pas me prendre la tête à nouveau avec toi. Je pense qu’on a eu notre quota pour aujourd’hui, pas vrai ?

Je t’attends.

Je t’attends, le coeur débordant de peur.

Et quand ton ombre s'anime face à moi, je me redresse. Du moins, pas totalement. La tête un peu rentrée entre les épaules, j’arque un sourcil à la vue de cette énorme peluche que tu tiens entre tes bras. Toutefois, je ne m’attarde pas vraiment sur ce détail. Dès lors que je capte ton regard, mon bras se tend vers toi, mon index se dresse vers le ciel.

Je pense bien que je suis la dernière personne que tu voudrais voir en ce moment, mais…

— Trente secondes et je te laisse tranquille, t’intimais-je d’une voix faible.

Mon bras retombe le long de mon corps. Je ferme les paupières une seconde, avant de continuer doucement :

— Je suis désolé, si je t’ai blessé tout à l’heure. Ça n’a jamais été mon intention.

Sincèrement.

— C’était maladroit de ma part. J’aurais mieux fait de me taire.

Et si je voudrais en dire plus… Je tairais le reste.
Ça ne ferais que ressembler à des justifications.

Je me décale de ta voiture, attrape mon téléphone pour trouver l’itinéraire le plus rapide pour rentrer au penthouse. Puis je relève le menton, m’avançant vers toi tout en te dépassant — glissant quand je suis à ta hauteur :

— Je rentre à pied. Attention à la route.

Et, je m’en vais.

Je crois même que j’accélère un peu le pas.

Pour m’éloigner,
m’éloigner,




m’éloigner.
Chae-Rok Asuka
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